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Full text of "Journal de chirurgie / par M. Malgaigne. Volume 1, 1843"

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DE 


Par  M.  MALGAIGNE , 
* 


PROFESSEUR  AGRÉGÉ  DE  LA  FACULTÉ  DE  MÉDECINE  DE  PARIS, 
CHIRURGIEN  DE  L’HÔPITAL  SAINT-ANTOINE, 

CHKYALIIR  DE  LA  LÉGION  D’HONNEUR  ET  DU  MÉRITE  MILITAIRE  DE  POLOGNE  ,  ETC. 


Première  année.  —  1843. 

TOME  PREMIER. 


(Dn  s’abonne  à  paris, 

AU  BUREAU  DU  JOURNAL  CHEZ  PAUL  DUPONT  ET  Ci»,  ÉDITEUR, 

Rue  de  Grenelle-Saint-Honoré,  55. 


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JANVIER  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux.  —  De  la  fracture  par  écrasement  du  calcanéum,  par  M.  Malgaigne.— 
De  la  rétroversion  de  l’utérus  dans  l’état  de  grossesse ,  par  M.  Amussat.  —  IL  Revue 
critique.  —  Chirurgie.  Discussion  sur  la  ténotomie.  —  Mortalité  après  les  opérations 
dans  les  hôpitaux  de  Paris.— Traitement  de  l’ophthalmie  des  nouveau-nés. — Obstétrique. 
Extraits  des  journaux  allemands.  —  Dépression  considérable  du  frontal  chez  un  nouveau-né. 
—  Pharmacologie  chirurgicale.  Note  sur  le  sparadrap  commun.  —  III.  Bibliographie. — 
Traité  des  sections  tendineuses  et  musculaires.  —  IV.  Nouvelles  et  variétés. 


AVANT-PROPOS. 


Un  Journal  exclusivement  destiné  à  la  chirurgie,  à  en  jugerpar  les  tentatives  déjà 
faites,  est  une  œuvre  difficile  à  créer  et  à  soutenir.  Certes,  ni  le  talent,  ni  la  volonté  ne 
manquaientà  ceux  qui  nous  ont  précédés  dans  cette  carrière,  et  il  faut  bien  chercher 
ailleurs  les  causes  qui  ont  nui  à  leur  succès.  Sans  doute,  c’est  que  les  efforts  d’un  seul 
homme,  ou  d’un  petit  nombre  d’hommes,  ne  sauraient  suffire  pour  assurer  à  une  publi¬ 
cation  de  cette  nature  toutes  les  conditions  désirables  d’intérêt, d’autorité  et  de  durée; 
et  il  nousa  paru  que  nous  aurions  bien  plus  de  chances  de  réussir,  si,  appelant  à  nous 
tous  les  représentants  de  la  Chirurgie  française,  nous  faisions  de  ce  Journal  un 
grand  centre  où  aboutiraient  tous  les  travaux  vraiment  utiles  ,  une  tribune  où  tous 
nos  chirurgiens  prendraient  la  parole  à  leur  tour.  Nous  nous  sommes  donc  adres¬ 
sés  aux  chefs  de  service  des  hôpitaux  de  Paris,  aux  professeurs  de  la  Faculté, 
aux  membres  de  l’Académie  royale  de  Médecine,  aux  praticiens  les  plus  notables. 
Nous  avons  fait  un  semblable  appel  aux  chirurgiens  des  grands  hôpitaux  de  pro¬ 
vince;  et,  à  part  un  petit  nombre  de  nos  collègues,  absorbés  par  des  occupations 
d’une  autre  nature,  ou  liés  par  des  engagements  antérieurs,  nous  sommes  heureux 
de  dire  que  nos  vues  ont  été  comprises,  et  que  nous  avons  réuni  les  adhésions  les 
plus  nombreuses  et  les  sympathies  les  plus  honorables.  Nous  espérons  ainsi 
que  ce  Journal  représentera  fidèlement  à  la  France  et  à  l’étranger  le  mouvement 
et  la  physionomie  de  notre  Chirurgie  contemporaine;  et  telle  est,  dès  aujourd’hui, 
l’abondance  de  nos  matériaux,  que,  pour  céder  au  légitime  désir  de  nos  collabora¬ 
teurs,  nous  donnerons  à  ce  premier  numéro  un  supplément  d’égale  étendue,  qui  pa¬ 
raîtra  le  20  janvier  prochain. 

Nous  ne  négligerons  point  cependant  de  tenir  nos  lecteurs  au  courant  des  pro¬ 
grès  de  la  Chirurgie  étrangère  ;  et  ce  sera  là  l’un  des  objets  essentiels  de  nos  re¬ 
vues  critiques.  M.  Danyau  ,  professeur-adjoint  à  l’hospice  de  la  Maternité,  sera 
chargé  de  tout  ce  qui  regarde  l’obstétrique;  et  pour  ce  qui  concerne  la  pharmaco¬ 
logie  chirurgicale,  nous  aurons  recours  aux  lumières  spéciales  de  M.  Bouchardat, 
pharmacien  en  chef  de  l’Hôtel-Dieu. 


I 


2 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Mémoire  sur  la  fracture  par  éerascment  dis  calcanéum, 

par  M.  Malgaigne. 

Je  me  propose ,  dans  ce  Mémoire ,  d’appeler  l’attention  des  praticiens  sur  une 
fracture  demeurée  jusqu’à  présent  inconnue,  car  je  n’en  ai  trouvé  de  mention 
dans  aucun  traité  de  chirurgie,  qui  ne  doit  pas  cependant  être  bien  rare,  puisque 
j’en  ai  rencontré  coup  sur  coup  trois  exemples  ;  qui  enfin  à  pu  exposer  plus  d’un 
chirurgien  à  une  erreur  de  diagnostic,  car  j’ai  d’abord  commis  cette  erreur  moi- 
même,  et  n’en  ai  été  détrompé  que  par  l’autopsie. 

11  ne  manque  pas  cependant  dans  nos  livres  classiques ,  comme  dans  nos  dic¬ 
tionnaires,  d’articles  assez  étendus  sur  la  fracture  du  calcanéum  ;  mais  on  entend 
par  là  une  sorte  de  rupture  analogue  à  celle  de  la  rotule,  effectuée  par  la  con¬ 
traction  des  muscles  qui  aboutissent  au  tendon  d’Achille,  et  dans  laquelle  les 
fragments  s’écartent  et  demeurent  séparés  par  un  intervalle  plus  ou  moins  consi¬ 
dérable.  Peu  de  sujets  ont  aussi  heureusement  exercé  la  verve  des  théoriciens;  ils 
ont  étudié  avec  une  sorte  de  complaisance  la  nature  de  la  cause  fracturante,  sa 
manière  d’agir,  les  symptômes  produits,  les  moyens  d’y  remédier;  à  ce  tableau 
tracé  de  main  de  maître,  il  ne  manquait,  à  vrai  dire,  qu’une  seule  chose,  quelques 
faits  exactement  observés.  Chose  étrange  à  dire  !  pas  un  dogmatiste  dissertant  si 
bien  sur  la  fracture  par  arrachement  du  calcanéum  n’en  avait  vu  un  seul  exem¬ 
ple  ;  à  force  de  recherches,  je  n’ai  pu  parvenir  encore  qu’à  en  rassembler  cinq  ou 
six  cas  fort  incomplets,  fort  mal  observés,  qui  font  jusqu’à  présent  tout  le  bagage 
de  la  science,  et  ce  n’est  pas  trop  s’avancer  de  dire  qu’il  y  en  a  plus  de  descriptions 
que  d’observations.  La  conséquence  que  je  veux  tirer  de  tout  ceci,  c’est  que  la  frac¬ 
ture  par  arrachement  doit  donc  être  excessivement  rare ,  car  elle  est  des  plus 
faciles  à  reconnaître ,  et  qu’il  se  pourrait  bien  qu’elle  dût  céder  le  pas  dans  nos 
descriptions  à  cette  autre  fracture  que  j’appellerai  par  écrasement,  et  qui,  par  la 
difficulté  de  son  diagnostic,  est  restée  oubliée  ou  bien  plutôt  méconnue. 

Du  reste,  avant  d’en  aborder  l’histoire,  il  me  paraît  à  propos  de  mettre  sous  les 
yeux  du  lecteur  le  premier  fait  qui  soit  venu  m’avertir  de  son  existence  ;  le  récit 
de  l’erreur  où  je  suis  tombé  en  dira  peut-être  plus  que  toutes  les  réflexions  du 
monde  sur  l’importance  relative  de  ce  sujet. 

Observ.  Ire.  —  Chiite  présumée  sur  les  pieds  ;  signes  de  fracture  rapportés  à  une 
fracture  du  péroné  ;  fracture  du  calcanéum  reconnue  a  l’autopsie . 

Le  11  mai  1842,  on  apporta  dans  mon  service  à  Bicétre  le  nommé  Martelli, 
aliéné  ,  âgé  de  CO  ans,  qui  depuis  quelques  jours  ne  pouvait  plus  marcher  par  suite 
d’une  chute.  On  nous  apprit  que  cet  homme,  atteint  d’une  paralysie  commençante, 
marchait  habituellement  avec  peine,  sans  claudication  apparente,  mais  sujet  à 
perdre  l’équilibre  au  moindre  obstacle  que  les  pieds  venaient  à  heurter;  et  il  faisait 
ainsi  des  chutes  assez  fréquentes  qui  n’avaient  eu  jusque  là  aucune  suite  fâcheuse. 
Le  7  mai  il  avait  voulu  pénétrer  dans  l’école  par  une  fenêtre  ouverte  à  hauteur 
d’appui  ;  mais,  ayant  mal  pris  ses  mesures,  il  était  retombé  en  dehors  sur  le  pavé. 
11  ne  pouvait  dire  comment  il  était  tombé,  ni  sur  quelle  partie  ;  tout  ce  qu’on  pouvait 
présumer  est  que  la  chute  avait  porté  sur  le  pied  droit.  Il  se  releva  et  put  marcher 
encore,  mais  en  boitant  cette  fois  sensiblement  ;  le  lendemain  la  douleur  accrue  l’a¬ 
vait  obligé  à  garder  le  lit  dans  sa  division  ;  et  les  cataplasmes  émollients  continués 
plusieurs  jours  n’ayant  amené  aucun  amendement,  c’est  alors  qu’on  nous  l’avait  en¬ 
voyé. 

A  l’examen,  nous  trouvâmes  la  partie  inférieure  de  la  jambe  et  le  pied 


MALGAIGNE.  —  FRACTURE  PAR  ÉCRASEMENT  DU  CALCANÉUM.  3 

occupés  par  un  gonflement  considérable,  sans  déformation  bien  apparente,  le 
pied  dans  ses  rapports  normaux  avec  la  jambe,  et  le  gonflement  égal  des  deux 
côtés.  Le  doigt  promené  le  long  du  péroné  déterminait  par  la  pression  une  douleur 
assez  vive  dans  la  moitié  inférieure  de  cet  os,  égale  dans  tous  les  points,  hormis 
sur  la  malléole  externe,  et  plus  encore  au-dessous  de  cette  malléole  où  elle  devenait 
beaucoup  plus  intense.  L’os  résistait  partout  ;  aucun  mouvement  ne  déterminait 
ni  déplacement ,  ni  crépitation  ;  le  tibia  paraissait  intact.  Tout  bien  considéré  ,  je 
réservai  mon  diagnostic  ;  toutefois  je  croyais  n’avoir  à  hésiter  qu’entre  une  entorse 
simple  et  une  entorse  avec  fracture  du  péroné  ,  et  j’inclinais  beaucoup  vers  cette 
deuxième  manière  de  voir. 

On  continua  trois  jours  encore  les  cataplasmes  sans  changement  apparent;  le 
14  mai  seulement  le  gonflement  parut  avoir  un  peu  diminué ,  et  des  ecchymoses 
se  montraient  autour  des  deux  malléoles  et  s’étendaient  jusque  sous  la  plante  du 
pied.  Des  mouvements  imprimés  avec  réserve  à  l’articulation  firent  percevoir  quel¬ 
ques  craquements  rares  et  sourds.  Etait-ce  là  l’indice  que  j’attendais  de  la  fracture 
du  péroné,  ou  bien  n’était-ce  pas  un  simple  craquement  dû  à  l’épanchement  du 
sang  dans  les  tissus  ambiants  et  peut-être  dans  les  gaines  tendineuses?  Sans  rien 
décider  encore ,  je  jugeai  prudent ,  comme  le  malade  était  fort  agité  ,  de  fixer  au 
côté  interne  du  membre  une  attelle  à  laquelle  j’attachai  le  pied,  de  manière  à  pré¬ 
venir  tout  renversement  en  dehors ,  et ,  pour  plus  de  sécurité,  j’assujettis 
les  deux  cuisses  à  l'aide  d’un  lac  serré  en  travers  du  lit. 

Le  19  ,  le  gonflement  avait  presque  entièrement  disparu  ;  il  n’en  restait  guère 
que  les  ecchymoses.  Le  péroné  exploré  de  nouveau  n’offrit  nulle  part  de  solution 
apparente  de  continuité  ;  et  toutefois  des  mouvements  imprimés  au  pied  nous 
ayant  donné  une  crépitation  cette  fois  incontestable  ,  je  m’affermis  dans  l’idée  de 
ma  fracture,  et  j’appliquai  un  bandage  dextriné.  Ce  ne  fut  pas  pour  longtemps  ;  le 
malade,  en  proie  depuis  son  entrée  à  un  délire  incessant,  fut  pris  dans  la  nuit 
même  d’une  violente  congestion  cérébrale,  et  succomba  le  20  à  sept  heures  du 
matin. 

Qu’il  me  soit  permis,  avant  d’aller  plus  loin ,  de  revenir  sur  le  diagnostic  ainsi 
porté.  N’étaient-ce  pointlà  tous  les  signes  attribués  à  une  entorse  violente  ?  Et  quand, 
en  outre  de  ces  signes  ,  nous  entendions  une  crépitation  manifeste  ,  bien  que  fugi¬ 
tive  ,  le  tibia  étant  intact ,  toutes  les  notions  acquises  ne  nous  autorisaient-elles 
point  à  la  rapporter  au  péroné?  Voyez  ce  que  Dupuytren  a  écrit  des  chutes  sur 
les  pieds,  du  diagnostic  des  fractures  douteuses  du  péroné,  des  lésions  qui  peu¬ 
vent  les  simuler  et  induire  le  praticien  en  erreur  ;  ajoutez  les  données  ingénieuses 
que  nous  devons  à  M.  Maisonneuve  ;  la  fracture  du  calcanéum  n’y  est  pas  même 
indiquée,  pas  même  soupçonnée.  La  fracture  de  l’astragale  est  d’une  telle  rareté 
qu’elle  peut  à  peine  être  mise  en  ligne  de  compte  ;  la  fracture  du  péroné  attire  à 
elle  toutes  les  présomptions,  toulesles  préoccupations, et  on  peut  lire  dans  le  célè  - 
bre  mémoire  de  Dupuytren  des  observations  de  fractures  du  péroné  diagnostiquées 
avec  moins  de  symptômes  caractéristiques  que  la  mienne. 

J’abordai  donc  l’autopsie  sans  défiance  ,  curieux  cependant,  car  c’était  la  pre¬ 
mière  fois  que  j’avais  à  disséquer  une  de  ces  fractures  douteuses,  de  rechercher 
a  quelles  conditions  était  due  l’obscurité  des  symptômes. 

Je  mis  à  nu  le  péroné  dans  toute  sa  longueur;  il  était  intact. 

J’explorai  le  tibia  et  ses  jointures  avec  le  péroné  ;  tout  était  sain. 

L’astragale  eut  son  tour  ;  il  était  à  l’état  normal. 

Seulement  nous  trouvâmes  un  peu  de  liquide  sanguinolent  dans  l’articulation 
tibio-tarsienne  ,  et  nous  pûmes  suivre  les  ecchymoses  observées  pendant  la  vie , 
d’abord  au  côté  externe  de  cette  articulation,  où  il  existait  un  épanchement  nota¬ 
ble  de  sang  sous  la  peau  ;  puis  sur  la  partie  externe  du  dos  du  pied,  derrière  le 
talon,  et  enfin  sous  la  plante  du  pied.  Dans  cette  dernière  région  seulement,  l’ec 


4 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 

• 

chyinose  occupait  les  muscles  et  leurs  interstices;  partout  ailleurs  elle  étaitsous-cu* 
lanée.  En  allant  plus  loin  ,  nous  rencontrâmes  un  peu  de  liquide  sanguinolent  dans 
la  bourse  synoviale  du  tendon  d’Achille,  puis  dans  l’articulation  calcanéo-cuboi- 
dienne  ;  et  enfin  du  sang  coagulé  dans  l’articulation  astragalo-calcanéenne.  Le  cal¬ 
canéum  ainsi  isolé,  nous  vîmes  en  plein  la  lésion  dont  il  était  le  siège. 

Il  avait  été  comme  écrasé  et  aplati  de  haut  en  bas.  D’abord  une  première  fracture 
horizontale  Lavait  séparé  en  deux  moitiés  superposées,  dont  la  supérieure  était 
enfoncée,  surtout  en  avant,  dans  le  tissu  spongieux  de  l’inférieure  ,  à  une  profon¬ 
deur  de  4  à  5  millimètres.  Cette  portion  supérieure  .était  à  son  tour  partagée  en 
deux  par  une  fracture  antéro-postérieure  divisant  la  grande  surface  articulaire  ; 
et  ces  deux  nouveaux  fragments  restés  en  contact  en  arrière,  s’écartaient  en  avant 
de  manière  à  laisser  entre  eux  un  intervalle  de  4  à  5  millimètres  rempli  par 
du  sang  coagulé,  lequel  semblait  avoir  déjà  reçu  un  commencement  d’organi¬ 
sation.  Le  fragment  interne,  déplacé  en  bas  et  en  dedans,  était  seul  mobile,  et 
c’était  lui  qui  nous  avait  donné  pendant  la  vie  cette  sensation  de  crépitation. 
J’omets  une  foule  d’autres  petites  fractures  occupant  la  grande  apophyse  antérieure 
et  l’apophyse  interne,  mais  tellement  maintenues  en  rapport,  soit  par  le  tissu 
fibreux  qui  forme  l’enveloppe  de  l’os,  soit  par  l’enclavement  des  fragments  les  uns 
dans  les  autres,  qu’il  était  impossible  d’y  produire  la  moindre  crépitation.  Notez, 
s’il  vous  plaît,  que,  bien  qu’au  treizième  jour,  il  n’y  avait  pas  la  moindre  trace  de 
travail  de  consolidation  à  l’extérieur ,  en  d’autres  termes  pas  de  cal  provisoire. 

Je  commençai  par  décrire  l’état  des  parties  avec  grand  soin  ;  puis  je  fis  dessiner 
la  pièce;  et,  tout  bien  considéré, je  vis  que  la  fracture  aurait  pu  être  devinée 
pendant  la  vie  à  ces  trois  caractères  :  1°  l’élargissement  du  calcanéum  au-dessous 
de  l’astragale;  2°  l’aplatissement  de  la  voûte  du  pied;  3°  l’absence  de  signes  certains 
de  fracture  dans  les  os  voisins.  Mais  le  gonflement  du  pied  d’une  part ,  et  de  1  autre 
nies  préoccupations  classiques,  m’avaient  en  quelque  sorte  fermé  les  yeux. 

Je  n’osais  cependant  attacher  trop  d’importance  à  ma  découverte  ;  et  ce  devait 
être  un  cas  bien  rare  et  bien  extraordinaire  qu’une  fracture  demeurée  inconnue 
jusqu’au  dix-neuvième  siècle.  Cependant,  environ  un  mois  après,  il  s  en  présenta 
un  deuxième  exemple  ;  et  cette  fois,  bien  avertis ,  nous  eûmes  la  gloire  de  la  re¬ 
connaître. 

üeserv.  IL  —  Chute  sur  les  pieds  ;  fracture  du  calcanéum  gauche  reconnue  ;  vives 
douleurs  ,  persistant  même  après  la  consolidation. 

Louis  Béju,  âgé  de  28  ans,  corroyeur  de  son  état,  terrassier  par  faute  d’ouvrage, 
travaillait  le  27  juin  1842  dans  une  carrière  découverte,  et  traînait  derrière  lui 
une  brouette  vide  sur  une  planche  jetée  en  travers  de  la  carrière  à  5  mètres  de 
hauteur.  La  roue  de  la  brouette  quitta  la  planche  ;  notre  homme ,  menacé  d’une 
chute,  fit  un  violent  effort  pour  retenir  la  brouette,  et,  ne  pouvant  y  parvenii,  piit 
son  temps  pour  arranger  au  moins  sa  chute,  et  tomber  sur  un  terrain  uni.  Il  tomba 
droit  sur  les  deux  pieds  et  ressentit  immédiatement  une  vivedoulcui  au  pied  gauche. 
Ses  camarades  accoururent ,  mirent  la  jambe  à  nu  ,  et  comme  il  n  y  avait  aucune 
plaie,  le  blessé  s’imagina  avoir  quelque  chose  de  disloqué,  et  les  pria  de  lui  tirer 
très  fortement  le  pied.  Ils  obéirent,  mais  la  douleur  persista  ;  en  conséquence  ils 
l’apportèrent  à  Bicêtre  ,  et  aux  renseignements  qui  précèdent  ils  ajoutèrent  celui- 
ci,  que  pendant  les  tractions  sur  le  pied  ils  avaient  entendu  un  bruit  dont  ils  ne 
pouvaient  bien  préciser  le  caractère. 

Au  premier  coup  d’œil,  rien  ne  paraissait,  changé  à  la  conformation  du  membre, 
à  part  un  léger  gonflement  autour  et  au-dessous  des  malléoles;  mais  ce  gonflement 
était  mou  sous  la  malléole  externe,  dur  et  résistant  au-dessous  de  1  interne.  La 
pression  déterminait  un  peu  de  douleur  vers  le  sommet  des  malléoles,  mais  une 
douleur  très  vive  au-dessous ,  de  même  qu’en  arrière  sous  l’insertion  du  tendon 


MALGA1GNE.— FRACTURE  PAH  ÉCRASEM12  XW  DU  CALCANÉUM. 


5 


d’Achille.  Les  tractions  sur  le  pied  étaient  peu  douloureuses;  les  mouvements 
d’exiension,  de  flexion  et  de  latéralité  l’étaient  beaucoup.  Aucune  de  tes  manœu¬ 
vres  ne  détermine  de  crépitation  ;  il  n’y  a  pas  non  plus  d’eccliymoses  apparentes. 

Malgré  l’absence  de  crépitation ,  la  nature  de  la  chute ,  les  dires  du  malade  et  de 
ses  camarades  sur  le  bruit  entendu  par  eux  lors  des  tractions  exercées,  le  siège 
de  la  douleur,  la  saillie  osseuse  sous  la  malléole  tibiale,  et  enfin  l’absence  de  tout 
indice  suffisant  de  fracture  au  péroné, me  firent  diagnostiquer  une  fracture  du  cal¬ 
canéum.  L’un  des  phénomènes  essentiels ,  l’écrasement  de  la  voûte  du  pied,  man¬ 
quait  à  la  vérité;  mais  les  tractions  avaient  pu  produire  une  réduction  suffisante 
pour  en  expliquer  l’absence  apparente.  J’établis  une  compression  modérée  à  l’aide 
de  compresses  disposées  en  dehors,  en  dedans,  sur  le  dos  et  sous  la  plante  du  pied, 
maintenues  par  un  bandage  roulé  remontant  jusqu’à  mi-jambe  ;  après  quoi,  le 
pied  fut  élevé  sur  des  paillassons,  soutenu  par  un  coussin  à  son  côté  externe,  pour 
s’opposer  à  toute  rotation  anormale;  et  je  recommandai  au  malade  d’arroser  l’appa¬ 
reil  d’eau  blanche  le  plus  fréquemment  possible. 

La  journée  fut  mauvaise.  Le  malade  se  plaignit  de  douleurs  lancinantes  et  déchi¬ 
rantes  très  vives,  dont  il  accusait  le  bandage;  et,  vers  le  soir,  nous  craignîmes 
en  effet  que  le  bandage  ne  fût  trop  serré.  On  le  leva  en  conséquence;  mais  comme 
il  n’avait  laissé  sur  la  peau  ni  rougeur  ni  empreintes,  il  fut  réapplique  comme 
auparavant. 

Les  douleurs  continuèrent  toute  la  nuit,  au  point  d’empêcher  le  malade  de  fer¬ 
mer  l’œil,  déclinèrent  un  peu  le  lendemain  matin  ,  mais  pour  revenir  le  soir  avec 
une  telle  violence  que  le  malade  ôta  son  appareil.  L’état  des  parties  étant  des 
plus  satisfaisants,  il  consentit  à  se  le  laisser  remettre. 

Ces  douleurs  étaient  vraiment  étranges.  Nous  avions  saigné  le  malade  aussitôt 
après  son  arrivée  ;  le  sang  ,  comme  on  le  pense  bien ,  avait  offert  l’aspect  normal. 
Il  n’y  avait  pas  eu  de  fièvre,  pas  la  moindre  accélération  du  pouls,  pas  d’inflam¬ 
mation  locale  appréciable;  le  gonflement  tendait  plutôt  à  diminuer  qu’à  s’accroître, 
et  le  ventre  était  libre.  Néanmoins,  la  nuit  du  28  au  29  fut  encore  sans  sommeil  ; 
ce  ne  fut  que  ce  dernier  jour,  vers  dix  heures  du  matin  ,  cinquante  heures  après 
l’accident ,  que  la  douleur  cessa  presque  entièrement ,  et  la  nuit  suivante  fut  bonne. 

La  douleur  revint  dans  la  nuit  du  1er  juillet,  mais  pour  disparaître  dès  le  len¬ 
demain.  Une  petite  douleur  d’un  tout  autre  genre  se  fit  sentir  aussi  à  la  partie 
postérieure  du  talon,  due  probablement  à  une  fracture  située  dans  ce  point;  et 
nous  remarquâmes  pour  la  première  fois  que  l’axe  du  pied  était  un  peu  plus  incliné 
en  dehors  que  sur  le  membre  sain. 

Le  2  juillet,  cinquième  jour,  une  ecchymose  apparut  au-dessous  de  la  malléole 
externe  ;  elle  figurait  un  triangle  dont  le  sommet  répondait  à  la  pointe  de  la  malléole 
et  la  base  au  bord  externe  du  pied.  Du  reste,  elle  ne  s’étendit  pas  davantage,  et 
disparut  au  bout  de  deux  jours. 

Le  4  juillet,  je  suspendis  les  irrigations ,  et  ayant  à  renouveler  l’appareil  et  à 
corriger  la  légère  déviation  du  pied  en  dehors  ,  je  saisis  cette  occasion  d’étudier 
de  nouveau  les  phénomènes  de  la  fracture.  Je  m’assurai  ainsi  que  ie  point  où  la 
pression  était  le  plus  douloureuse  était  à  environ  trois  centimètres  au-dessous  de 
la  malléole  tibiale,  le  long  du  bord  interne  du  pied ,  au-dessous  même  de  la  saillie 
osseuse  anormale  dont  j’ai  parle.  Le  tout,  dégage  à  peu  près  de  tout  gonflement , 
apparaissait  à  l’œil  un  peu  élargi  et  aplati  à  la  fois.  Les  mouvements  communiqués 
au  pied  étaient  peu  douloureux  ,  et  toujours  sans  crépitation  ;  mais  quand  on  disait 
au  malale  de  fléchir  ou  d’étendre  le  pied,  la  douleur  était  vive,  et  le  malade  la 
rapportait  constamment  au  tendon  d’Achille,  immédiatement  au-dessus  du  calca¬ 
néum.  La  pression  en  ce  point  était  aussi  très  pénible,  bien  que  le  loucher  n’y  fit 
reconnaître  rien  d’anormal.  L’apparcilfut  appliqué  de  manière  à  ramener  la  pointe 
du  pied  en  dedans. 


6  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Ces  essais  ,  quoique  fort  ménagés  ,  ramenèrent  des  douleurs  lancinantes  ,  qui 
persistèrent  la  nuit  et  la  journée  suivante;  un  léger  gonflement  apparut  sur  le 
coude-pied  et  la  malléole  interne.  Je  mis  un  appareil  plus  simple  ,  abandonnant  à 
elle-même  la  légère  déviation  en  dehors.  Le  gonflement  céda  ;  mais  la  douleur, 
disparue  dans  la  journée  du  6  ,  revint  le  7,  assez  intense  pour  nous  engager  à  re¬ 
prendre  les  arrosions  d’eau  blanche,  et  dura  ainsi  jusqu’au  9.  Du  9  au  20,  elle 
reparut  par  intermittences ,  à  peu  près  nulle  pendant  le  jour,  revenant  la  nuit 
très  violente  ;  et  les  arrosions  étant  évidemment  impuissantes  à  la  calmer,  furent 
définitivement  abandonnées. 

Du  20  au  26  tout  alla  à  merveille.  Nous  étions  alors  au  vingt-neuvième  jour;  il 
semblait  bien  qu’il  n’y  eût  aucun  péril  à  essayer  de  légers  mouvements,  et  cette 
précaution  me  paraissait  indispensable  pour  éviter  les  ankylosés.  J’essayai  done 
d’imprimer  quelques  mouvements  réguliers;  mais  les  douleurs  revinrent  la  nuit  et 
la  journée  suivante,  et  je  me  résignai  à  attendre  encore. 

Le  8  août,  42e  jour,  je  permis  au  malade  de  se  lever  à  l’aide  de  béquilles,  avec 
injonction  de  ne  p3s  poser  le  pied  à  terre.  Il  avait  lui-même  trop  peur  de  ses  an¬ 
ciennes  douleurs  pour  dépasser  mes  ordres  ;  et,  jusqu’au  15  août,  il  usa  de  ses  bé¬ 
quilles  en  appuyant  à  peine  la  pointe  du  pied,  mais  aussi  sans  accidents.  Ce  jour-la, 
en  descendant  l’escalier,  l’une  des  béquilles  glissa  ;  pour  sauver  son  équilibre,  il  fut 
forcé  d’appuyer  fortement  le  pied  sur  le  sol  ;  de  là  une  nouvelle  atteinte  de  douleur 
qui  demanda  quelques  jours  de  repos  pour  se  dissiper.  Cette  épreuve  1  enhardit 
pourtant;  il  se  servit  peu  à  peu  de  son  pied,  et  remplaça  bientôt  les  béquilles  par  un 
béquillon.  Dans  les  premiers  jours  de  septembre,  la  marche,  aidée  du  béquillon, 
étaitassez  solide;  les  mouvements  d’extension  et  de  flexion  étaienlbornés,  mais  non 
douloureux;  et  quand  il  avait  un  peu  fatigué,  c’était  constamment  en  arrière,  vers 
l’insertion  du  tendon  d’Achille,  que  la  douleur  se  faisait  sentir.  Arrivé  à  ce  point, 
notre  homme  décampa  un  beau  jour  sans  nous  dire  adieu,  nous  laissant  le  regret 
de  ne  pas  pouvoir  suivre  jusqu’au  bout  une  observation  aussi  importante. 

Je  fis  cependant  courir  après;  et  M.  Champeaux,  l’un  de  mes  internes,  le  re¬ 
trouva  sur  la  fin  de  septembre.  Il  avait  quitté  son  béquillon  ;  mais  il  ressentait  tou¬ 
jours,  après  une  longue  marche,  cette  douleur  vers  l’insertion  du  tendon  d  Achille. 

Ici  notre  attention,  éveillée  par  un  premier  cas,  nous  mit  sur  la  voie  du  diagnos¬ 
tic,  qui  très  probablement,  sans  cette  circonstance,  nous  aurait  échappé.  Comme  je 
reviendrai  plus  loin  surles  signes  caractéristiques,  je  veux  seulement  insister  ici  sur 
cette  douleur  étrange  qui  tourmenta  notre  blessé  si  longtemps  et  par  de  si  nom¬ 
breuses  récidives,  tandis  que  le  premier  n’en  avait  nullement  accusé.  Sans  doute 
on  pourrait  à  toute  force  alléguer  que  l’aliénation  mentale  du  premier  aurait  pu  lui 
ôter  le  sentiment  de  ses  souffrances;  mais  je  répugnais  à  considérer  une  douleur  si 
extraordinaire  comme  l’attribut  constantd’une  fracture  quelconque  ;  et  recherchant 
quelle  en  avait  été  la  cause,  je  me  demandais  si  les  tentatives  de  réduction  n’en 
devaient  pas  être  accusées.  Déplacer,  déranger  ces  fragments  nombreux  tassés 
et  quasi  confondus  par  l’écrasement,  faire  le  vide  dans  leurs  intervalles,  y  appeler 
un  nouvel  épanchement  de  sang,  n’était-ce  pas  assez  pour  déterminer  une  douleur 
plus  vive  et  plus  persistante  ?  simple  présomption,  et  qui  sans  doute  aurait  besoin 
déplus  d’un  fait  pour  acquérir  quelque  consistance.  Mais  j’étais  sous  l’impression 
de  ce  fait  unique  quand  il  m’en  arriva  encore  un  autre  ;  et  j’avoue  que  la  crainte 
d’éveiller  quelque  douleur  de  cette  nature  fut  l’un  des  motifs  qui  me  détournèrent 
de  tout  essai  de  réduction. 

Obs.  III. — Chute  sur  les  talons ;  fracture  par  écrasement  des  deux  calcanéum;  pas 
d'accidents t  mort  par  cause  étrangère  le  49e  jour. 

Caron,  âgé  de  45  ans,  aliéné,  jadis  berger,  était  en  proie  à  un  délire  triste, 
craignant  qu’on  ne  l’accusât  d’avoir  volé  des  moulons.  Déjà  plusieurs  fois  il  avait 


MALGAIGNE. — FRACTURÉ  PAR  ÉCKASEMENT  1>U  CALCANÉUM. 


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tenté  de  se  suicider,  lorsque,  le  12  juillet  1842,  étant  descendu  dans  le  préau  com¬ 
mun  et  trouvant  apparemment  l’occasion  belle,  il  grimpa  rapidement  sur  un  ar¬ 
bre.  Les  surveillants  accoururent,  mais  trop  tard;  et  le  malheureux  ayant  atteint 
une  branche  de  7  à  8  mètres  d’élévation,  se  précipita  de  cette  hauteur  et  tomba 
juste  sur  les  deux  talons.  De  là  une  vive  douleur,  impossibilité  de  se  relever;  on 
le  transporta  à  son  lit,  et  le  lendemain,  13,  on  l’envoya  dans  le  service  de  chi¬ 
rurgie. 

Ce  même  jour,  à  la  visite,  on  constata  les  phénomènes  suivants. 

Le  pied  gauche  présentait  au  niveau  et  au-dessous  des  malléoles  un  gonflement 
assez  considérable,  mais  offrant  une  frappante  analogie  avec  celui  que  nous  avions 
observé  chez  les  deux  malades  précédents,  et  nous  l’étudiâmes  ici  plus  exactement 
encore.  La  jambe  mesurée  immédiatement  au-dessous  des  malléoles  donnait  22 
centimètres  et  demi  de  circonférence  ;  au  niveau  des  malléoles  29  centimètres  un 
tiers;  plus  bas  la  mensuration  n’aurait  pu  être  appliquée  avec  avantage  que  si  l’au¬ 
tre  pied  fût  resté  intact.  On  sentait  assez  bien  la  malléole  tibiale  sous  ce  gonfle¬ 
ment,  sans  pouvoir  cependant  reconnaître  d’une  façon  certaine  si  elle  avait  souf¬ 
fert  quelque  fracture  ;  et  il  semblait  à  l’œil  qu’elle  était  notablement  déjetée  en 
dedans,  où  sa  saillie  paraissait  plus  forte  que  de  coutume.  De  même  au  côté  externe, 
la  malléole  péronière  paraissait  plus  saillante  et  comme  déjetée  en  dehors  ;  mais 
à  l’aide  de  pressions  méthodiques,  je  me  convainquis  que  cette  saillie  externe  était 
entièrement  due  au  gonflement  sous-cutané ,  dans  lequel  je  saisis  même  une  sen¬ 
sation  obscure  de  fluctuation.  Au-dessous  de  la  malléole  péronière,  la  tuméfaction 
se  profongeait  vers  le  calcanéum ,  mais  en  diminuant  un  peu  ;  en  dedans,  au  con¬ 
traire,  au-dessous  de  la  malléole  tibiale,  on  voyait  et  on  sentait  au  doigt  une  saillie 
dure  qui  se  prolongeait  jusque  près  du  talon  et  faisait  suite  à  la  saillie  malléolaire  ; 
et  dans  cet  endroit,  malgré  la  densité  de  la  peau,  on  distinguait  une  teinte  bleuâtre 
profonde  qui  accusait  une  extravasation  de  sang.  Le  dos  du  pied  était  aussi  forte¬ 
ment  tuméfié;  mais  ce  gonflement  était  mou  et  dépressible,  et  le  doigt  le  dépri¬ 
mait  si  profondément  avant  d’arriver  aux  os,  qu’il  paraissait  évident  que  la  voûte 
osseuse  devait  être  affaissée  et  comme  écrasée.  Cependant  aucune  de  ces  recher¬ 
ches  ne  déterminait  de  crépitation;  l’articulation  tibio-tarsienne  se  prêtait  à  tous 
les  mouvements  réguliers,  et  non  à  aucun  autre;  il  n’y  avait  aucun  des  signes  pa¬ 
thognomoniques  de  la  fracture  du  péroné  ,  et  déjà  nous  avions  des  signes  presque 
indubitables  de  la  fracture  du  calcanéum.  Afin  de  les  compléter,  j’embrassai  le  ta¬ 
lon  d’une  main,  de  l’autre  j’imprimai  à  la  pointe  du  pied  des  mouvements  de  la¬ 
téralité,  et  j’obtins  ainsi  une  crépitation  manifeste  qui  semblait  se  passer  tout  en¬ 
tière  dans  le  calcanéum.  Dès  lors  il  n’y  avait  pas  à  hésiter  sur  cette  partie  du 
diagnostic;  mais  la  saillie  de  la  malléole  interne  et  l’alfaissement  de  la  voûte  du 
pied  me  paraissaient  tels,  que  je  doutais  encore  s’il  n’y  avait  pas  en  même  temps, 
fracture  de  l’astragale  et  de  celte  malléole. 

Le  pied  droit  offrait  des  phénomènes  tellement  semblables  ou  du  moins  avec  des 
nuances  tellement  insignifiantes,  que  la  même  description  peut  lui  suffire.  La  cir¬ 
conférence  de  la  jambe  au-dessus  des  malléoles  était  de  22  centimètres,  au  niveau 
des  malléoles  29  centimètres  et  demi  ;  seulement,  en  avant  de  la  malléole  externe, 
était  une  petite  écorchure  qui  n’existait  pas  à  l’autre  pied,  et  que  je  note  pour  ne 
rien  omettre.  Le  diagnostic  fut  donc  le  même,  absolu  pour  la  fracture  du  calca¬ 
néum,  réservé  sur  les  deux  autres  points. 

Moitié  à  cause  de  cette  incertitude,  moitié  aussi  par  l’impression  que  m’avaient 
faite  les  douleurs  de  mon  autre  malade,  je  ne  voulus  pas  m’aventurer  à  une  double 
réduction.  Je  me  bornai  à  établir  sur  toutes  ces  parties  une  compression  modérée 
à  l’aide  de  compresses  et  d’un  bandage  roulé  ;  pour  nous  mettre  en  garde  contre 
le  renversement  du  pied  en  dehors,  deux  attelles  latérales  furent  appliquées,  les 
jambes  élevées  sur  des  coussins  ,  et  les  appareils  continuellement  arrosés  avec  de 
l’eau  blanche. 


8 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Deux  jours  se  passèrent  ainsi.  Le  malade,  assoupi  dans  la  journée,  délirait  et 
vociférait  toute  la  nuit,  sans  accuser  du  reste  aucune  douleur  du  côté  des  pieds. 
Le  15  juillet  nous  renouvelâmes  les  appareils  ;  la  diminution  très  sensible  du  gon¬ 
flement  nous  permit  de  nous  assurer  que  la  malléole  tibiale  était  intacte  ;  la  pres¬ 
sion  n’était  douloureuse  qu’au  dessous  des  malléoles. 

Le  21  juillet,  huitième  jour,  le  gonflement  avait  presque  entièrement  disparu  ; 
des  ecchymoses  se  montraient  au-dessous  des  malléoles  et  remontaient  de  là  jus¬ 
qu’au  tiers  inférieur  de  la  jambe.  Les  irrigations  furent  suspendues  ,  et  les  appa¬ 
reils  laissés  en  place  jusqu’au  15  août,  33e  jour.  Le  malade  avait  été  assez  tran¬ 
quille  ;  à  la  levée  des  appareils  nous  trouvâmes  les  ecchymoses  disparues,  toute 
douleur  à  la  pression  dissipée ,  la  voûte  tarsienne  fortement  aplatie  ;  mais  comme 
l’aplatissement  était  égal  des  deux  côtés,  il  n’était  pas  facile  de  distinguer  ce  qui 
était  l’effet  de  l’écrasement  et  ce  qui  pouvait  tenir  à  la  forme  même  des  pieds 
chez  ce  malade. 

Je  ne  voulus  pas  cependant,  de  peur  d’accident,  considérer  la  consolidation 
comme  suffisante  ;  et  ce  ne  fut  que  le  23  août,  41»  jour,  que  je  lui  permis  de  se 
lever  à  l’aide  de  béquilles.  Il  eut  beaucoup  de  peine  à  en  apprendre  l’usage  ;  le 
lendemain  on  le  fit  recommencer,  quand  tout-à-coup,  sans  cause  connue,  au 
milieu  de  la  journée,  il  fut  pris  de  coliques  très  vives  ,  accompagnées  de  vomis¬ 
sements  répétés.  Il  rendit  d’abord  ses  aliments,  puis  de  la  bile,  puis  vers  le  soir 
un  vers  lombric.  On  applique  15  sangsues  à  l’épigastre  ;  les  vomissements  conti¬ 
nuent,  le  hoquet  s’y  joint  ;  le  ventre  se  ballonne  /devient  douloureux  à  la  pression  ; 
pas  de  selles,  et  pourtant  pas  de  fièvre.  Nous  soupçonnâmes  une  hernie,  et  de 
fait  nous  découvrîmes  une  petite  hernie  crurale,  mais  souple ,  indolente  et  facile¬ 
ment  réductible.  Une  nouvelle  application  de  sangsues  échoua  comme  la  première  ; 
un  vésicatoire  à  l’épigastre  saupoudré  de  morphine  pour  calmer  le  hoquet,  une 
potion  vermifuge  ,  des  onctions  mercurielles  eurent  aussi  peu  d’effçl  ;  le  29  seule¬ 
ment ,  l’éjection  d’un  nouveau  ver  lombric  par  la  bouche  arrêta  subitement  le 
vomissement  et  le  hoquet.  Mais  à  partir  de  ce  moment  des  symptômes  presque 
opposés  et  non  moins  menaçants  apparurent  ;  fièvre,  pouls  rapide,  dépressible  ; 
langue  sèche  et  fendillée,  délire  continuel;  le  ventre  à  peine  douloureux  s’était 
aplati  et  rétracté  vers  les  lombes  comme  dans  la  colique  de  plomb  ;  à  la  consti¬ 
pation  avait  succédé  la  diarrhée  ;  bref  le  malade  succomba  dans  la  nuit  du  30  au  31 
août ,  48  jours  apfès  sa  chute. 

J’ai  besoin  de  dire  tout  d’abord,  pour  justifier  les  détails  dans  lesquels  je  suis 
entré  sur  la  dernière  maladie,  que  l’autopsie  ne  nous  fit  rien  découvrir  d’anormal 
ni  dans  l’abdomen,  ni  dans  la  poitrine.  Dans  le  crâne,  outre  une  sorte  d’infiltra¬ 
tion  sanguine  dans  la  pie-mère,  et  de  la  sérosité  sanguinolente  dans  les  ventri¬ 
cules,  on  trouva  en  avant  de  la  protubérance  annulaire,  sous  l’arachnoïde,  un 
caillot  sanguin  du  volume  d’une’aveline.  Tout  cet  appareil  d’une  péritonite  intense 
était-il  purement  sympathique  de  la  lésion  encéphalique?  Il  est  à  noter  qu’en 
même  temps,  dès  le  26  août,  il  s’était  produit  un  strabisme  convergent  de  l’œil 
droit. 

Mais  laissant  là  celte  question  délicate ,  et  revenant  à  nos  fractures  ,  la  dissec¬ 
tion  suivie  avec  le  plus  grand  soin  mit  au  jour  des  ecchymoses  sous-cutanées 
dans  le  tiers  inférieur  de  chaque  jambe,  une  infiltration  sanguine  dans  les  muscles 
de  la  plante  du  pied,  surtout  en  arrière,  et  de  la  synovie  sanguinolente  dans  les 
articulations  tibio-tarsiennes,  caleanéo-cuboïdiennes,  et  cunéennes.  Le  tibia  et  le 
péroné  étaient  intacts;  leurs  ligaments  intacts,  l’astragale  intact;  le  calcanéum 
écrasé  de  haut  en  bas  avec  enfoncement  des  fragments  les  uns  dans  les  autres  , 
mais  surtout  avec  un  élargissement  notable  de  son  diamètre  transversal,  élargis¬ 
sement  presque  entièrement  opéré  du  côté  interne.  Aucune  trace  de  cal  extérieur. 
Ayant  fait  scier  les  deux  os  horizontalement,  je  constatai  que  les  nombreux  inter- 


MALGAIGNE. —  FRACTURE  PAR  ÉCRASEMENT  DiJ  C  VLCAMÉIJM. 


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valles  laissés  par  les  fractures  étaient  à  peine  remplis  par  un  tissu  spongieux, 
plus  rouge,  plus  rare  et  plus  tendre  que  le  tissu  de  l’os;  dans  plusieurs  endroits 
même  la  réunion  ne  s’était  faite  que  par  un  tissu  mou  ,  tomenteux  et  raembra- 
niforme.  J’ai  fait  également  dessiner  ces  pièces ,  et  j’en  donnerai  des  figures 
exactes  dans  l’atlas  de  mon  Traité  des  Fractures  qui  est  sous  presse  en  ce  moment. 

Le  premier  point  que  je  veuille  noter  à  propos  de  cette  observation ,  c’est  la 
succession  rapide  de  ces  trois  faits,  arrivés  coup  sur  coup  dans  mon  service  dans 
un  espace  de  moins  de  deux  mois.  On  sait  que  le  hasard  amène  fréquemment  de 
ces  rencontres  pour  les  lésions  les  plus  rares  ;  faut-il  croire  qu’en  effet  il  s’agit  là 
de  trois  cas  rares,  et  qui  ne  se  reverront  plus  de  longtemps?  Alors,  sans  doute,  il 
était  urgent  de  les  saisir  au  passage  pour  avertir  les  praticiens  de  leur  existence  , 
et  il  y  aurait  déjà  là  quelque  utilité.  Au  contraire,  seraient-ce  des  exemples  d’une 
fracture  plus  commune  qu’on  ne  pense,  et  méconnue  précisément  parce  qu’on  n’y 
a  jamais  pensé,  et  que  les  occasions  de  la  constater  à  l’autopsie  avaient  jusqu’ici 
manqué  ?  L’expérience  future  en  décidera  ;  toutefois  je  consignerai  encore  ici  un 
renseignement  qui  ne  sera  peut-être  pas  sans  intérêt. 

Durant  deux  ans  et  demi  que  j’ai  dirigé  le  service  chirurgical  de  Bicêtre ,  je 
n’ai  vu  que  dix  fractures  déterminées  par  un  faux  pas  ou  une  chute  sur  les  pieds. 
Deux  occupaient  les  deux  os  de  la  jambe  ;  deux  le  tibia  seul  ;  trois  le  péroné  seul  ; 
et  sur  ces  trois,  une  était  sans  déplacement.  On  vient  de  lire  l’histoire  des  trois 
autres.  Or,  si  mon  premier  malade  avait  guéri,  je  compterais  aujourd’hui  au  moins 
cinq  fractures  du  péroné  ;  et  je  ne  sais  pas  trop  si  j’aurais  su  assigner  le  siège  de 
la  dernière  fracture  ,  la  plus  manifeste  de  toutes. 

Mais  un  autre  enseignement  au  moins  aussi  important  qui  ressort  de  ce  dernier 
lait,  c’est  que  quarante-huit  jours  ne  suffisent  pas  pour  rendre  au  calcanéum 
écrasé  une  solidité  égale  à  celle  qu’il  avait  auparavant;  en  un  mot,  que  la  consoli¬ 
dation  est  trop  molle  encore  et  trop  imparfaite  pour  lui  confier  le  poids  du  corps 
sans  quelque  péril  ;  et  dans  l’état  actuel  des  choses ,  je  ne  voudrais  pas  permettre 
à  un  malade  de  poser  le  pied  sur  le  sol  avant  le  soixantième  jour,  bien  que  tout 
appareil  puisse  être  ôté  dès  le  trentième. 

Essayons  maintenant  de  résumer  l’histoire  de  cette  fracture  dans  ses  éléments 
les  plus  pratiques.  Tout  indique  qu’elle  doit  reconnaître  pour  cause  presque  unique 
une  chute  sur  les  talons  ;  cette  cause  a  été  constatée,  pour  nos  deux  derniers 
malades,  et  peut  être  regardée  comme  à  peu  près  certaine  pour  le  troisième. 

Les  symptômes  sont  une  vive  douleur  ,  assez  forte  pour  empêcher  les  blessés 
de  marcher;  notre  premier  sujet  a  fait  toutefois  exception  à  celte  règle.  Presque 
en  même  temps  que  la  douleur,  se  développe  une  tuméfaction  qui  embrasse  les 
deux  malléoles,  le  coude-pied,  une  portion  du  dos  du  pied,  les  deux  côtés  du 
pied  sous  les  malléoles,  une  partie  de  la  plante  du  pied  ;  et,  chose  remarquable  , 
le  talon  et  la  région  du  tendon  d’Achille  ne  nbus  ont  rien  offert  de  semblable.  Ce 
gonflement  masque  si  bien  la  déformation  des  parties  qu’un  œil  peu  exercé  croi¬ 
rait  le  pied  tout-à-fait  hors  de  cause  ;  et  il  est  tellement  marqué  sur  les  malléoles, 
et  surtout  sur  la  malléole  externe,  qu’il  attire  presque  invinciblement  l’attention 
de  ce  côté.  Mais  sur  les  malléoles  comme  sur  le  dos  du  pied  il  est  mou  et  dépres- 
sible  ,  tandis  qu’au  dessous  de  la  malléole  interne  il  repose  sur  une  véritable 
saillie  osseuse  anormale,  celle  du  fragment  interne  et  supérieur  du  calcanéum. 
L’ccchymose  ,  difficile  à  apercevoir  au  début,  se  prononce  davantage  au  bout  de 
quelques  jours,  peut  remonter  jusqu’au  tiers  inférieur  de  la  jambe,  mais  siège 
principalement  au  dessous  des  malléoles.  Là  a.ussi  se  rencontrent  les  points  les 
plus  douloureux  à  la  pression  ,  surtout  au  côté  interne  ,  puis  à  la  partie  postérieure 
du  talon,  quelquefois  sur  les  malléoles  même.  Les  deux  déformations  caractéristiques 
sont  :  l’élargissement  du  calcanéum,  sensible  à  l’œil  attentif,  mais  surtout  au  lou¬ 
cher  au  dessous  de  la  malléole  interne;  et  l'affaissement  de  la  voûte  du  pied ,  quel- 


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TRAVAUX  ORIGINAUX. 


quefois  sensible  a  l’œil ,  sinon  reconnaissable  au  toucher  en  déprimant  les  parties 
molles  tuméfiées  du  dos  du  pied.  La  crépitation  est  obscure,  sujette  à  manquer; 
le  meilleur  moyen  de  l’obtenir  est  d’embrasser  le  talon  d’une  main,  tandis  que 
de  l’autre  on  imprime  au  pied  divers  mouvements,  et  surtout  des  mouvements  de 
latéralité. 

Cette  fracture,  ainsi  qu’on  l’a  vu  ,  a  été  prise  pour  une  fracture  du  péroné 
sans  déplacement,  mais  compliquée  d’entorse.  On  évitera  cette  erreur  en  s’assu¬ 
rant  exactement  du  siège  de  la  douleur  à  la  pression,  en  cherchant  la  crépitation 
par  les  moyens  signalés,  et  surtout  en  constatant  la  saillie  interne  du  calcanéum 
et  l’affaissement  de  la  voûte  tarsienne.  Même  après  avoir  reconnu  la  fracture 
calcanéenne,  il  est  possible  de  se  laisser  prendre  aux  apparences  du  gonflement, 
et  de  soupçonner  ainsi  des  complications  qui  n’existent  point,  telles  que  des  frac¬ 
tures  des  malléoles  ou  de  l’astragale  ;  la  prudence  veut  qu’alors  au  moins  on  ré¬ 
serve  son  jugement  définitif  jusqu’après  une  diminution  sensible  du  gonflement. 

Maintenant  faut-il  ou  non  essayer  la  réduction  ,  c’est-à-dire  exercer  des  tractions 
directes  sur  le  pied  pour  rendre  à  l’os  écrasé  sa  hauteur  naturelle  ?  Je  reste  encore 
dans  le  doute  à  cet  égard,  et  j’inclinerais  plutôt  à  ne  rien  faire.  Ce  qui  me  fait 
pencher  surtout  vers  cette  conclusion,  c’est  la  considération  de  la  lenteur  et  du 
peu  d’énergie  du  travail  de  consolidation  ;  il  n’y  a  pas  ici  de  cal  provisoire,  et  le 
cal  définitif  paraît  fort  long  à  se  solidifier.  Mais  je  regarde  comme  essentiel  d’as¬ 
surer  le  pied  contre  toute  déviation  en  dedans  ou  en  dehors  par  un  appareil  quel¬ 
conque  ;  les  deux  attelles  latérales  ont  suffi  sur  notre  dernier  malade  ;  je  ne  doute 
pas  que  d’autres  moyens  ne  réussissent  aussi  bien.  Le  choix  de  l’appareil  peut 
être  laissé  sans  inconvénient  au  choix  des  praticiens  ;  l’essentiel  est  de  poser  l’indi¬ 
cation  à  remplir. 

Telle  est  quant  à  présent  l’histoire  encore  très  succincte  de  la  fracture  parécrase- 
ment  du  calcanéum ,  en  dehors  de  toute  complication.  J’ajoute  cette  réserve  à 
dessein  ;  car  maintenant  que  nous  connaissons  la  fracture  simple,  nous  sommes 
fondés  à  y  rallier  la  fracture  compliquée,  qui  a  sans  doute  été  vue  de  tous  les  chi¬ 
rurgiens  des  grands  hôpitaux,  bien  qu’il  n’en  ail  guère  été  plus  parlé  que  de  l’autre. 
Quand  un  maçon  tombe  d’un  échafaud  élevé,  quand  un  suicide  se  jette  par  la 
fenêtre,  en  un  mot  dans  toutes  les  chutes  de  haut  qui  se  font  sur  les  talons,  il  y 
a  un  écrasement  anormal  du  calcanéum  avec  déchirure  des  téguments,  et  en  géné¬ 
ral  avec  d’autres  fractures  du  pied,  de  la  jambe  et  du  reste  du  squelette.  C’est  une 
cause  d’amputation  quand  les  sujets  survivent  ;  c’est  le  plus  souvent  une  compli¬ 
cation  d’autres  lésions  telles  que  la  mort  en  est  la  suite  plus  ou  moins  rapide , 
souvent  immédiate.  Le  seul  cas  de  ce  genre  qui  ait  été  décrit  à  ma  connaissance 
est  dû  à  M.  P.  Bérard,  et  les  pièces  en  sont  conservées  au  musée  Dupuytren.  J’ai 
disséqué  trois  sujets  porteurs  d’écrasements  aussi  graves,  et  entre  autres  le  cada¬ 
vre  d’un  vieillard  de  67  ans  qui,  voulant  en  finir  avec  la  vie,  se  précipita  d’une  fenê¬ 
tre  du  troisième  étage,  et  réussit  parfaitement  dans  son  dessein.  Chez  mes  trois 
sujets ,  comme  sur  celui  de  M.  P.  Bérard,  la  chute  avait  porté  sur  les  deux  pieds, 
et  les  avait  broyés  presque  également.  En  mentionnant  ces  désordres  si  graves 
qu’ils  semblent  défier  toutes  les  ressources  réparatrices ,  j’ai  cependant  en  vue  une 
remarque  qui  me  paraît  d’une  très  haute  importance  en  thérapeutique.  Il  peut 
arriver  qu’un  individu  se  brise  ainsi  un  calcanéum,  ou  même  les  deux,  avec  un 
tel  affaissement  de  la  voûte  tarsienne  qu’on  croie  l’astragale  compromis;  cela 
m’est  arrivé  chez  mon  troisième  malade,  qui  heureusement  avait  les  téguments 
ïfien  intacts.  Mais  supposez  la  peau  largement  déchirée  ;  un  chirurgien,  convaincu 
que  le  calcanéum  et  l’astragale  sont  compris  dans  le  même  écrasement,  ne  verra 
d’autre  ressource  que  l’amputation  de  la  jambe  ;  et  ma  troisième  observation  est 
là  pour  nous  apprendre  combien  les  apparences  sur  le  vivant  sont  trompeuses,  et 
combien  le  calcanéum  protège  les  autres  os  du  tarse  en  absorbant  à  lui  seul  tout 


AMllSSAT. — RETUOVKUSl  Oü 


LA  MATRICE. 


13 

l’effort  de  la  chute.  Assurément  une  fracture  limitée  au  calcanéum,  si  grave  et 
compliquée  qu’elle  soit,  n’est  pas'une  raison  suffisante  de  procéder  indistinctement 
à  l’amputation  de  la  jambe  ;  de  là  la  nécessité  d’un  diagnostic  rigoureux  dont  j’aurai 
peut-être  posé  les  premières  bases  ,  et  c’est  par  cet  avertissement  que  je  voulais 
finir. 


Mémoire  smr  la  Il  et  i*©  version  de  la  Matrice  dans  l’état 

de  grossesse ,  par  M.  Amussat. 

On  donne  le  nom  de  rétroversion  de  la  matrice  à  cet  état  dans  lequel  le  fond  de 
l’organe  est  placé  en  arrière  et  en  bas  dans  la  concavité  du  sacrum,  tandis  que  le 
col  est  dirigé  en  avant  et  en  haut  sous  la  symphyse  des  pubis  ;  plus  le  fond  s’abaisse 
vers  le  coccyx,  plus  le  col  se  relève;  quelquefois  l’utérus  se  courbe  ou  se  plie  ,  et 
alors  on  dit  qu’il  y  a  rélroflexion.  On  comprend  facilement  que  si  la  matrice  chargée 
du  produit  de  la  conception  reste  dans  cette  disposition  vicieuse ,  au  lieu  de  monter 
comme  un  ballon  dans  l’abdomen ,  elle  restera  dans  le  petit  bassin,  et  se  trouvera 
bientôt  emprisonnée  dans  une  cage  osseuse  qui  ne  peut  s’agrandir  pour  permettre 
son  développement.  Alors  l’utérus  comprime  les  organes  voisins,  sans  pouvoir 
s’élever;  des  accidents  se  manifestent ,  et  ils  deviennent  promptement  funestes  si 
on  ne  remédie  pas  à  cet  état  fâcheux,  comme  on  peut  s’en  convaincre  par  les  faits 


trop  nombreux  qui  ont  été  publiés. 

La  rétroversion  de  la  matrice  dans  l’état  de  grossesse  est  donc  un  accident  des 
plus  graves  ;  heureusement  qu’il  est  assez  rare  ,  non  pas,  comme  quelques-uns  l’ont 
cru  ,  que  la  rétroversion  dans  l’état  de  vacuité  soit  un  obstacle  invincible  a  la  con¬ 


ception  :  j’ai  vu  plusieurs  femmes  atteintes  de  cette  infirmité  devenir  enceintes; 
mais  généralement  la  matrice,  en  se  développant,  remonte  au-delà  du  détroit  su¬ 
périeur,  et  la  rétroversion  se  réduit  pour  ainsi  dire  d’elle-même.  Je  dirai  même 
que  les  faits  queje  vais  rapporter  sont  les  seuls  exemples  quej’ai  rencontrés,  dans 
une  pratique  fort  étendue  de  rétroversion  dans  l’état  de  grossesse  ;  et  la  rareté 
de  ces  cas  suffirait  déjà  pour  donner  quelque  intérêt  à  ce  mémoire.  Mais  si  l’on 
considère  que  les  exemples  de  réduction  heureuse  sont  bien  plus  rares  encore  que 
l’affection  même;  et  que  mes  recherches  sur  l’exploration  du  rectum  m’ont  conduit 
à  un  procédé  des  plus  simples  et  des  plus  efficaces  à  la  fois,  ainsi  que  ces  deux 
observations  en  fourniront  la  preuve,  on  jugera  sans  doute  qu’il  y  a  là  pour  les 
praticiens  toute  autre  chose  qu’un  intérêt  de  pure  curiosité. 


Observation  Ire.  —  Rétroversion  complète  de  l'utérus  au  troisième  mois  de  la 
grossesse;  accidents  graves ;  redressement  de  l'utérus  par  le  moyen  d'un  doigt  intro¬ 
duit  dans  le  rectum. 


Mme  S.,  âgée  de  38  ans,  taille  de  quatre  pieds  et  demi,  constitution  sèche  et 
maigre,  avait  eu  cinq  accouchements  heureux.  A  un  sixième  accouchement  qui  eut 
lieu  en  août  1834  ,  l’enfant  présentait  le  siège;  on  en  fit  la  version  après  sept  heu¬ 
res  de  travail ,  et  Mme  S.  fut  parfaitement  rétablie  après  quinze  ou  vingt  jours 
de  repos.  Les  règles  reparurent  trois  mois  après ,  et  la  santé  s’est  maintenue 
très  bonne  jusqu’à  l’époque  de  la  maladie  actuelle. 

Le  17  août  1839,  quinze  ou  vingt  jours  après  les  dernières  règles,  Mme  S., 
sans  se  croire  enceinte,  prit  la  diligence  pour  se  rendre  de  Paris  à  Clermont  en 
Auvergne.  Là,  dans  la  première  semaine  de  septembre,  en  revenant  de  se  pro¬ 
mener  dans  les  vignes,  où  elle  avait  mangé  beaucoup  de  raisin,  elle  éprouva 
presque  subitement  une  douleur  aiguë  dans  le  bas-ventre,  suivie  d’une  diarrhée  qui 
dura  trois  ou  quatre  jours,  mais  sans  vomissement  ni  nausées.  Le  ltr  octobre, 
elle  revint  à  Paris,  en  diligence  ,  mais  sans  trop  de  fatigue. 


12 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Le  27  ou  28  octobre,  ayant  rapporté  de  la  halle  jusque  chez  elle  (Grande  Paie* 
Verte)  un  fardeau  de  vingt-cinq  à  trente  livres,  peu  après  son  retour  elle  éprouva 
un  malaise  général,  des  vomissements  réitérés,  et  un  sentiment  de  pesanteur  dou¬ 
loureuse  dans  les  reins.  Les  vomissements  et  le  malaise  ne  tardèrent  pas  à  dispa¬ 
raître,  mais  non  le  sentiment  de  pesanteur,  qui  diminua  seulement  un  peu.  Ce¬ 
pendant  il  était  resté  très  supportable,  lorsque,  versle9  ou  10  novembre,  Mme  S. 
commença  à  éprouver  un  peu  de  gène  dans  l’émission  de  l’urine  et  la  sensation 
d’un  corps  pesant  sur  le  fondement ,  sensation  qui  devint  de  plus  en  plus  pénible  , 
jusqu’au  13  novembre,  époque  à  laquelle  la  malade  se  décida  à  consulter  M.  La- 
mouroux,  son  médecin.  Celui-ci  soupçonna  tout  d’abord  une  grossesse  avec  im¬ 
minence  d’avortement;  toutefois,  comme  il  n’y  avait  ni  fièvre  ni  contractions  uté¬ 
rines,  il  se  borna  à  prescrire  le  repos  du  lit,  des  cataplasmes  sur  l’abdomen  et  des 
lavements  émollients.  Le  surlendemain,  la  malade  étant  inquiète,  il  se  détermina 
à  une  exploration  minutieuse,  à  l’aide  du  loucher,  et  constata  les  faits  suivants  : 

1°  À  l’entrée  de  la  vulve  ,  et  le  long  de  la  paroi  postérieure  du  vagin  ,  existait  un 
repli  longitudinal  ayant  en  épaisseur  un  peu  moins  d’un  centimètre,  en  longueur 
trois  centimètres  environ  ,  et  un  peu  sinueux  ou  tlexueux  ; 

2°  A  l’extrémité  supérieure  de  ce  repli,  c’est-à-dire  à  trois  centimètres  de  l’en¬ 
trée  de  la  vulve  ,  se  présentait  une  tumeur  arrondie,  dure,  rénitente,  grosse  en¬ 
viron  comme  la  petite  extrémité  d’un  œuf  d’autruche,  mais  un  peu  aplatie  d’a¬ 
vant  en  arrière,  et  paraissant  exister  dans  la  moitié  supérieure  de  la  cloison  recto- 
vaginale;  car  il  y  avait  impossibilité  absolue  de  porter  le  doigt  entre  celle  cloison 
et  la  tumeur; 

3°  Le  doigt  porté  au-devant  de  cette  tumeur  pénétrait  aisément  dans  le  vagin 
(dont  la  paroi  antérieure  était  très-tendue),  mais  sans  pouvoir  rencontrer  d’abord 
la  moindre  trace  du  col  utérin; 

4°  A  un  ou  deux  centimètres  au-dessus  de  la  symphyse  pubienne,  on  trouvait 
le  col,  maisdifhcile  à  reconnaître ,  tant  il  paraissait  aplati  et,  pour  ainsi  dire,  effacé, 
ayant  son  orifice  dirigé  en  avant  et  surtout  en  haut,  de  sorte  que  sa  lèvre  anté¬ 
rieure,  devenue  supérieure  et  presque  postérieure,  pouvait  à  peine  être  atteinte 
par  le  doigt,  tandis  que  l’on  touchait  aisément  sa  lèvre  postérieure,  devenue  dans 
ce  cas  inférieure  et  presque  antérieure.  Il  était  impossible  de  pénétrer  dans 
l’orifice  ; 

5°  En  introduisant  le  doigt  dans  le  rectum,  on  constatait  que  la  tumeur,  tout  en 
existant  dans  la  cloison  recto-vaginale,  remplissait  le  petit  bassin,  de  sorte  que 
ce  n’était  qu’en  longeant  le  sacrum,  et  avec  peine,  qu’on  pouvait  arriver  un  peu 
haut  à  10  ou  12  centimètres.  Là  ,  le  doigt  était  assez  fortement  pressé  entre  le  sa¬ 
crum  et  la  tumeur,  qui  était  évidemment  le  corps  même  de  l’utérus  complètement 
rétroversê  et  rempli  par  le  produit  de  la  conception  arrivé  a  un  peu  plus  de  trois 


mois. 

Quoique  l’émission  de  l’urine  fût  pénible,  elle  se  faisait  cependant  encore ,  et  en 
quantité  assez  en  rapport  avec  celle  des  boissons. 

La  malade  se  trouvant  très  fatiguée  ,  on  prescrivit  un  grand  bain  et  le  repos 
jusqu’au  lendemain.  Ce  jour-là  et  le  suivant,  M.  Lamouroux  essaya ,  mais  en 
vain ,  de  redresser  la  matrice  ;  il  appela  à  son  aide  M.  le  docteur  Moynier ,  qui  re¬ 
connut  la  rétroversion  ,  et  tenta  avec  aussi  peu  de  succès  d’y  remédier;  en  vain 
essaya-t-on  de  porter  le  doigt  par  l’anus  et  par  le  vagin  ,  en  couchant  la  femme 
sur  le  dos,  ou  en  la  plaçant  sur  les  coudes  et  les  genoux;  rien  n’y  fit;  et  après 
deux  jours  d’inutiles  tentatives,  on  décida  qu’on  m’appeilerait  en  consultation. 

Je  vis  donc  la  malade  le  19  novembre,  à  9  heures  du  matin.  Il  y  avait  eu  dans 
la  nuit  une  rétention  complète  d’urine,  suivie  d’un  écoulement  par  regorgement 
assez  copieux  pour  faire  croire  à  la  malade  que  la  poche  des  eaux  était  rompue, 
et  qu’elle  allait  faire  une  fausse  couche.  Elle  s’était  mise  au  bain  ,  et  s’y  tenait  de- 


AMI  SS  AT.  —  RÉTROVERSION  t»E  LA  MATRICE. 


ra 


puis  une  heure ,  lorsque  nous  arrivâmes.  M.  Lamouroux  me  lit  pari  des  phéno¬ 
mènes  qui  avaient  eu  lieu  jusque  là,  sans  me  dire  toutefois  quel  diagnostic  il  avait 
porté  ,  et  m’engagea  à  examiner  la  malade  dans  le  bain.  Pour  satisfaire  a  son  désir, 
je  fus  forcé  d’ôter  mon  habit  et  d’avoir  l’avant-bras  nu,  ce  que  je  note  ici  comme 
étant  contre  mes  principes  et  mes  habitudes,  parce  que  ces  préparatifs  sont  ef¬ 
frayants  pour  les  malades.  Mme  S.  se  souleva  au-dessus  de  l’eau,  et  fut  soute¬ 
nue  dans  celle  position  par  son  mari.  Un  doigt  huilé  fut  introduit  dans  le  vagin  ;  il 
pénétra  avec  quelque  difficulté ,  la  cavité  vaginale  étant  fort  obstruée.  En  explo¬ 
rant  avec  attention ,  je  reconnus  en  arrière,  au  milieu  du  vagin ,  une  tumeur 
molle,  fluctuante,  qui  faisait  saillir  fortement  la  cloison  recto-vaginale,  et  re¬ 
poussait  le  doigt  contre  la  symphyse.  Le  col  utérin  était  situé  très  haut  et  fort  dif¬ 
ficile  a  atteindre  ;  à  peine  si  on  pouvait  le  reconnaître. 

Un  autre  examen  par  le  rectum  me  fit  également  reconnaître  une  tumeur  molle, 
fluctuante  comme  un  kyste  rempli  d’eau  ,  mais  complètement  distendu;  en  la  re¬ 
poussant  avec  mon  doigt,  je  sentis  qu’elle  se  laissait  déprimer  plutôt  que  de  s’éle¬ 
ver,  et  qu’elle  occupait  une  grande  étendue  en  travers. 

Le  volume  du  ventre  était  assez  considérable  ,  arrondi ,  saillant  à  l’hypogaslrc. 
Je  pensai  d’abord  que  ce  développement  était  dû  à  la  distension  des  intestins  ou  à 
une  hydropisie  de  la  matrice.  Mais  en  palpant  le  ventre  avec  soin,  je  reconnus  une 
tumeur  arrondie  ,  facile  à  circonscrire  jusqu’au-delà  du  nombril ,  ayant  le  volume 
mais  non  la  consistance  de  l’utérus  à  cinq  ou  six  mois  de  la  grossesse.  La  percus¬ 
sion  donnait  un  son  mal,  ce  qui  excluait  l’idée  d'une  tympanile;  mais  elle  ne  ren¬ 
dait  pas  la  même  sensation  que  sur  l’utérus  dans  l’état  de  grossesse,  et  je  pensai 
alors  à  une  rétention  d’urine.  Cette  idée  s’accordait  assez  mal  avec  l’assurance 
qu’on  me  donnait  que  la  malade  avait  rendu  chaque  jour  la  quantité  ordinaire  d’u¬ 
rine  ;  néanmoins  je  persistai  à  recourir  au  cathétérisme  ,  ne  fût-ce  que  comme 
moyen  d’exploration.  J’introduisis  la  sonde  ordinaire  sans  trop  de  peine  ;  elle  pé¬ 
nétra  à  une  grande  profondeur,  et  je  compris  à  l’instant  que  c’était  la  vessie  dis¬ 
tendue  qui  formait  particulièrement  la  tumeur  de  l’hypogastre. 

Une  grande  quantité  d’urine  s’écoula  ,  le  ventre  s’affaissa,  et  la  malade  éprouva 
immédiatement  un  soulagement  très  marqué.  La  quantité  d’urine  devait  être  con¬ 
sidérable  ,  car  je  ne  pense  pas  avoir  vu  durer  l’émission  aussi  longtemps  dans  au¬ 
cun  cas  de  rétention  d’urine  chez  l’homme.  La  malade  étant  dans  le  bain,  l’urine 
ne  put  être  recueillie  et  pesée,  comme  il  aurait  été  désirable. 

Après  avoir  vidé  la  vessie  ,  j’explorai  de  nouveau  par  le  vagin  ,  et  je  trouvai  que 
mon  doigt  pénétrait  moins  difficilement.  La  tumeur  qui  soulevait  la  paroi  posté¬ 
rieure  du  vagin  était  moins  saillante;  le  kyste  était  moins  bombé  en  avant  ;  le  col 
de  l’utérus  était  un  peu  plus  distinct ,  mais  toujours  très-élevé.  Enfin,  en  touchant 
par  le  rectum,  je  reconnus  que  la  tumeur  était  un  peu  plus  mobile. 

Le  diagnostic  ne  pouvait  être  un  instant  douteux  pour  moi;  et,  comme  l’avai 
fait  M.  Lamouroux  ,  je  déclarai  que  nous  avions  affaire  à  une  rétroversion  de  l’u¬ 
térus  dans  l’état  de  grossesse.  En  conséquence ,  après  avoir  accordé  quelques 
instants  de  repos  à  la  malade ,  nous  procédâmes  à  la  réduction. 

Les  mains  fixées  sur  les  côtés  de  la  baignoire ,  les  pieds  appuyés  sur  le  rebord 
de  la  petite  extrémité  de  la  baignoire,  un  mouchoir  sous  le  siège  dont  les  deux 
chefs  étaient  tenus  par  son  mari ,  la  tête  soutenue  par  l’un  de  nous,  telle  était 
la  position  de  la  malade.  Le  doigt  indicateur  de  la  main  droite  étant  introduit  dans 
le  rectum  ,  je  repoussai  la  tumeur;  en  cherchant  à  la  soulever,  elle  se  laissait 
déprimer,  ainsi  qu’il  a  été  dit ,  comme  une  vessie  ou  un  kyste  rempli  de  liquide. 
Je  fus  un  moment  arrêté  par  la  crainte  d’une  fausse-couche  que  pouvait  ame¬ 
ner  une  pareille  pression;  mais  je  me  rassurai  par  cette  idée  qu’en  cas  d’in¬ 
succès  la  seule  ressource  serait  de  provoquer  la  fausse-couche;  et,  en  consé¬ 
quence  ,  je  continuai  la  manœuvre  avec  plus  de  confiance  et  de  hardiesse.  Bientôt, 


14 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


en  enfonçantle  doigt  le  long  du  sacrum,  je  compris  que  j’agissais  plus  efficacement. 

Mes  recherches  sur  l’exploration  du  rectum  m’avaient  appris  qu’on  pouvait 
porterie  doigt  jusque  près  de  l’angle  sacro-vertébral,  et  atteindre  même  les 
grosses  artères  du  fond  du  bassin ,  en  poussant  le  coude  avec  l’autre  main  ,  et 
même  avec  la  hanche  correspondante,  de  manière  à  déprimer  plus  fortement  le 
périnée  et  la  marge  de  l’anus.  Par  cette  manœuvre,  et  en  parcourant  la  tumeur 
près  du  sacrum  de  droite  à  gauche  et  de  gauche  à  droite  ,  je  m’aperçus  bientôt 
que  j’avançais  en  besogne;  et  enfin ,  en  faisant  de  plus  grands  efforts  d’impulsion, 
favorisés  d’ailleurs  par  les  efforts  d’expulsion  que  j’invitais  la  malade  à  faire  pour 
faciliter  la  descente  du  col,  je  sentis  que  le  ballon  utérin  avait  franchi  et  dépassé 
le  détroit  supérieur.  Je  me  hâtai  de  vérifier,  par  le  vagin,  ce  que  je  venais  de 
faire  par  le  rectum,  et,  à  ma  grande  satisfaction ,  je  ne  trouvai  plus  de  tumeur; 
le  col  de  Putérus  était  redescendu  presque  à  sa  place.  Je  le  repoussai  en  arrière 
pour  compléter  la  réduction,  que  je  fis  constater  immédiatement  par  M.  La- 
mouroux. 

La  malade,  essuyée  convenablement,  fut  enlevée  avec  soin  du  bain  et  déposée 
dans  son  lit ,  où  elle  fut  placée  en  pronation,  c’est-à-dire  appuyée  sur  les  coudes 
et  les  genoux  ,  et  soutenue  par  des  oreillers  disposés  sous  les  cuisses  et  la  poi¬ 
trine  ,  de  manière  à  laisser  le  ventre  libre.  Le  toucher  exercé  dans  cette  position 
me  donna  l’assurance  que  l’utérus  était  bien  resté  en  place.  Nous  prescrivîmes 
des  sangsues  sur  le  ventre  ,  des  cataplasmes  et  des  lavements  émollients  et  légè¬ 
rement  calmants. 

La  réduction  avait  procuré  à  la  malade  un  grand  soulagement,  et,  d’un  autre 
côté  ,  il  y  avait  eu  ,  la  nuit  suivante ,  une  émisssion  libre  et  sans  douleur  de  l’u¬ 
rine;  mais  la  position  forcée  que  nous  lui  avions  fait  garder  toute  la  nuit  avait  pro¬ 
duit,  le  lendemain  matin  ,  un  peu  d’agitation  :  les  pommettes  étaient  rouges,  la 
respiration  gênée  ,  le  pouls,  très- petit,  donnant  108  à  112  pulsations  ;  la  peau 
sèche;  il  n’y  avait  cependant  aucune  douleur  dans  le  bas-ventre.  Elle  était  dans 
l’état  d’une  personne  qui  vient  de  supporter  une  grande  fatigue ,  sans  pouvoir 
suer,  et  qui  rentre  dans  un  calme  parfait  après  quelques  minutes  de  repos.  En 
effet  ,  dès  que  nous  lui  eûmes  permis  de  se  placer  sur  le  dos  avec  précaution  ,  en 
tenant  le  bassin  aussi  élevé  que  possible  ,  il  ne  fallut  pas  plus  de  cinq  à  six  mi¬ 
nutes  pour  faire  descendre  le  pouls  à  90  pulsations;  la  respiration  devint  libre,  la 
peau  perdit  sa  sécheresse  et  les  pommettes  leur  rougeur.  M.  Lamouroux  explora 
la  malade  et  trouva  l’utérus  à  sa  place  ;  mais  le  col ,  qui  paraissait  complètement 
effacé  pendant  la  rétroversion,  présentait  maintenant  un  volume  presque  double 
qu’à  l’état  normal,  et  un  peu  de  rénitence. 

On  laissa  donc  la  malade  sur  le  dos,  en  continuant  les  cataplasmes  ,  les  demi- 
lavements  et  des  injections  émollientes.  Le  lendemain  20  novembre  ,  nous  la  trou¬ 
vâmes  inquiète;  la  rétention  d’urine  avait  reparu  pendant  la  nuit;  l’exploration 
fit  voir  que  le  col  utérin  dégonflé  était  remonté  et  tendait  à  se  replacer  au-dessus 
des  pubis,  en  comprimant  de  nouveau  la  vessie.  On  pratiqua  le  cathétérisme  qui 
donna  issue  à  un  litre  un  quart  d’urine  normale  quant  à  la  couleur,  à  l’odeur  et 
à  la  transparence  ;  cette  émission  fut  suivie  d’un  soulagement  marqué  et  du  re¬ 
tour  du  col  utérin  à  sa  position  normale. 

La  malade  accusait  en  outre  une  douleur  à  l’aine  gauche;  une  application  de 
vingt  sangsues  la  fit  disparaître. 

Le  21,  mieux-être  général;  cependant  il  y  a  encore  de  la  difficulté  à  rendre  l’u¬ 
rine  ,  ce  qui  m’engagea  à  sonder,  jusqu’à  nouvel  ordre  ,  deux  fois  par  jour,  afin 
d’éviter  une  nouvelle  ascension  du  col  utérin,  et  partant  le  danger  d’une  nouvelle 
rétroversion. 

Le  22,  il  n’y  avait  pas  encore  eu  de  selles;  et,  jusque  là,  on  n’avait  osé  com¬ 
battre  la  constipation  que  par  des  lavements  émollients  et  huileux ,  dans  la  crainte 


15 


AMUSSAT. —RÉTROVERSION  DE  LA  MATRICE. 


que  les  efforts  déterminés  par  un  purgatif  ne  tendissent  à  reproduire  la  maladie. 
Mais  la  malade  allant  de  mieux  en  mieux,  et  les  lavements  n’ayant  rien  produit , 
on  administra  30  grammes  d’huile  de  ricin  ,  qui  procura  une  bonne  selle  un  peu 
douloureuse,  mais  sans  résultat  fâcheux. 

Le  23,  l’urine  était  rendue  librement  et  sans  douleur;  on  renonça  au  cathété¬ 
risme.  Le  28 ,  la  malade  se  promenait  dans  sa  chambre  ;  quelques  jours  après  elle 
descendait  et  remontait  trois  étages  sans  trop  de  fatigue;  bref,  la  rétroversion  et 
la  réduction  n’avaient  laissé  aucune  trace;  la  grossesse  poursuivit  son  cours,  et 
Mme  S.  accoucha  à  terme  d’un  enfant  bien  portant. 

Ici  donc  semblerait  terminée  cette  observation  ;  mais  la  malade  devait  nous  of¬ 
frir  un  exemple  de  récidive  très-remarquable. 

Le  15  septembre  1841,  Mme  S.  eut  ses  règles  comme  à  l’ordinaire  ,  pour  l'é¬ 
poque  et  la  durée;  mais,  les  mois  suivants,  les  règles  ne  reparurent  pas.  Dans  les 
premiers  jours  de  décembre  1841,  elle  vint  me  trouver,  se  plaignant  d’éprouver 
de  la  difficulté  à  uriner  et  des  douleurs  dans  le  bassin.  L’examen  auquel  je  pro¬ 
cédai  me  prouva  que  cette  femme  se  trouvait  presque  dans  le  même  état  où  je 
1  avais  vue  deux  ans  auparavant.  La  matrice  ,  augmentée  de  volume,  était  en  ré¬ 
troversion  et  déjà  enclavée.  Seulement ,  la  grossesse  ,  qui  ne  me  parut  pas  dou¬ 
teuse  ,  était  moins  avancée  que  la  première  fois,  la  dernière  époque  des  règles  ne 
remontant  qu’à  deux  mois  et  demi. 

Cette  fois  encore,  la  matrice  fut  heureusement  remise  dans  sa  position  ,  à  l’aide 
du  même  procédé ,  les  suites  en  furent  aussi  simples  ,  et  Mme  S.  est  heureusement 
accouchée  à  terme  d  un  entant  bien  portant.  Le  toucher  pratiqué  aujourd’hui 
(25  novembre  1842)  nous  a  permis  de  constater  que  la  matrice  est  à  sa  place;  et, 
du  reste  ,  la  santé  générale  est  excellente. 


Cette  observation  est  riche  en  conséquences  pratiques. 

Remarquons  d’abord  que  la  cause  des  accidents  que  la  malade  a  subitement 
éprouvés  est  très  évidente  :  un  long  voyage  en  voiture  et  le  poids  d’un  fardeau 
pesant  qu’elle  transportait  de  la  halle  chez  elle,  c’est-à-dire  à  une  distance  éloi¬ 
gnée,  ont  été  signalés.  Mais  cette  cause  pouvait  aussi  bien  donner  lieu  à  une 
fausse-couche  qu  à  une  rétroversion,  et  les  accidents  pouvaient  être  attribués  à 
1  un  ou  1  autre  ne  ces  deux  états  ;  c’est  en  effet  ce  qui  a  eu  lieu  :  la  rétention  d’u¬ 
rine  aurait  pu  faire  soupçonner  le  dernier  de  ces  accidents,  qui  se  présente  rare¬ 
ment  dans  le  premier.  Mais  1  urine  qui  s’écoulait  par  regorgement  avait  éloigné 
de  l’idée  d’un  obstacle  à  son  émission,  et  la  malade  elle-même  avait  pensé  que 
le  liquide  était  fourni  par  la  poche  amniotique.  Ce  n’est  qu’en  examinant  avec 
beaucoup  d’attention  parle  vagin  et  par  le  rectum  que  nous  sommes  arrivés, 
autant  par  voie  d’exclusion  que  par  les  signes  sensibles  ,  à  reconnaître  ,  d’une  ma¬ 
nière  évidente  ,  que  l’utérus  était  en  rétroversion;  et  le  cathétérisme  nous  a  en¬ 
tièrement  convaincus  de  la  justesse  de  notre  diagnostic. 

La  rétention  d’urine  existe  presque  constamment  dans  les  cas  de  rétrover¬ 
sion.  C’est  un  phénomène  physique  qui  résulte  de  la  pression  qu’exerce  le  col  de 
futérus  sur  le  canal  de  l’urètre.  Mais,  lorsqu’il  existe  en  même  temps  une  rétro- 
üexion  du  col ,  la  pression  étant  moins  forte  ,  il  n’y  a  que  difficulté  et  non  impossi¬ 
bilité  d’uriner.  Nous  verrons  que  cet  état  existait  chez  la  deuxième  malade,  dont 
nous  donnerons  bientôt  l’observation.  En  résumé,  ce  signe  pourrait ,  en  l’absence 
du  toucher,  faire  soupçonner  une  rétroversion  de  l’utérus;  mais  les  explorations 
deviennent  utiles  pour  formuler  un  diagnostic  certain.  Chez  notre  malade  ,  les 
accidents  ont  disparu  aussitôt  après  la  réduction;  mais  dans  l’état  de  vacuité  de 
rutérus,  la  rétroversion  s’étant  reproduite,  il  est  arrivé,  à  une  époque  peu 
avancée  d’une  nouvelle  grossesse,  des  accidents  semblables  à  ceux  auxquels  nous 
avions  remédié  la  première  fois.  Les  signes  de  ce  déplacement,  joints  aux  anlé- 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


IG 

cédenls ,  ne  nous  ont  laissé  aucun  doute,  et  nous  avons  procédé  à  la  réduction 
aussi  heureusement,  et  avant  que  l’utérus  eût  acquis  un  volume  capable  d’op 
poser  de  grands  obstacles  à  son  ascension  dans  le  bassin. 

Observation  IIe  —  Rétroversion  de  l'utérus  au  troisième  mois  de  la  grossesse ,  avec 

adhérences  au  rectum;  réduction  sans  accidents.  Observation  recueillie  par 

M.  Le  Vaillant. 

Mlue  G. ,  âgée  de  33  ans,  garde-malade,  d’une  petite  stature,  bien  con¬ 
formée  du  reste  ,  avait  eu  deux  grossesses  heureuses  et  deux  accouchements 
naturels,  sans  que  jusque  là  sa  santé  eût  jamais  été  altérée.  Mais,  quinze  jours 
après  son  dernier  accouchement ,  qui  eut  lieu  il  y  a  quatre  ans  passés ,  la  curio¬ 
sité  la  poussa  à  aller  au  convoi  de  Dupuytreii  ;  elle  resta  pendant  deux  heures 
dans  la  rue  ,  debout  et  exposée  au  froid  et  àl’humididé.  En  rentrant  chez  elle,  elle 
éprouva  du  frisson ,  puis  de  la  fièvre  ,  des  douleurs  dans  la  région  hypogastrique , 
s’étendant  dans  l’abdomen,  enfin  tous  les  symptômes  d’une  mélropéritonite,  con¬ 
tre  laquelle  on  employa  un  traitement  antiphlogistique.  La  guérison  ne  se  fit  pas 
longtemps  attendre;  mais,  depuis  cette  époque,  la  malade  conserva  toujours  du 
côté  de  l’utérus  des  douleurs  qui,  devenant  de  jour  en  jour  plus  vives  ,  la  for¬ 
cèrent  à  plusieurs  reprises  d’entrer  à  l’Hôtel-Dieu.  On  la  traita  par  divers  moyens 
qu’elle  ne  peut  pas  indiquer  d’une  manière  précise;  seulement  elle  se  souvient 
qu’on  lui  a  fait  porter  un  pessaire,  et  qu’à  une  autre  époque  on  lui  a  pratiqué  des 
cautérisations  sur  le  col  de  l'utérus. 

Rien  ne  put  la  soulager;  elle  éprouvait  des  douleurs  et  de  la  pesanteur  dans 
les  reins,  des  difficultés  à  aller  à  la  garde-robe,  et  une  pesanteur  insupportable  sur 
le  fondement  et  dans  le  vagin  lorsqu’elle  restait  pendant  quelque  temps  debout 
ou  assise.  Les  envies  d’uriner,  plus  fréquentes  que  de  coutume,  étaient  souvent 
satisfaites  avec  difficulté. 

Le  27  juillet  1839  ,  elle  vint  consulter  M.  Amussat ,  qui  reconnut  une  rétrover¬ 
sion  de  l’utérus  dans  l’état  de  vacuité  ,  sans  aucune  trace  d’altération  au  col ,  et 
qui  prescrivit  l’usage  d’une  éponge  en  guise  de  pessaire  pour  soulever  la  matrice. 

Elle  demeura  ensuite  cinq  mois  sans  revenir  à  la  consultation  ;  mais  enfin  les 
accidents  n’ayant  fait  qu’augmenter,  les  règles  ayant  déjà  manqué  depuis  trois 
mois,  désespérée  de  son  état  qui  l’empêchait  de  vaquer  à  ses  occupations,  elle 
vint  revoir  M.  Amussat  le  20  novembre. 

Le  loucher  par  le  vagin  fait  reconnaître  une  tumeur  volumineuse ,  molle,  fluc¬ 
tuante,  située  au  fond  de  ce  conduit  et  formée  par  l’utérus.  Cet  organe  est  dou¬ 
loureux,  surtout  lorsqu’on  presse  dessus  pour  le  faire  remonter  dans  le  bassin.  Le 
col  est  situé  derrière  la  symphyse  pubienne,  et  il  est  fortement  recourbé.  Ses  lè¬ 
vres  peu  écartées  sont  molles  et  son  ouverture  peu  large.  L’exploration  indique 
donc  une  rétroversion  de  l’utérus;  et  l’absence  des  règles  depuis  trois  mois,  et 
le  volume  de  l’organe,  ajoutent  la  presque  certitude  d’une  grossesse. 

La  sonde  droite,  introduite  dans  l’urètre  ,  pénètre  difficilement  dans  la  vessie 
qui  contient  peu  d’urine;  et  le  cathétérisme  cause  une  douleur  assez  vive. 

Attendu  la  complication  d’une  grossesse,  tout  délai  cette  fois  devenait  périlleux. 
Le  lendemain  fut  le  jour  pris  pour  la  réduction  ,  et  j’accompagnai  M.  Amussat  chez 
la  malade,  avec  M.  Cainescasse,  chirurgien-major  de  la  marine. 

La  malade  couchée  sur  le  bord  de  son  lit,  la  tête  renversée  en  arrière  sur  des 
oreillers,  les  jambes  écartées  et  les  pieds  placés  sur  deux  chaises,  M.  Amussat 
pratique  de  nouveau  le  toucher,  et  nous  permet  ensuite,  à  M.  Camescasse  et  à 
moi,  de  reconnaître,  par  le  même  moyen,  l’état  des  parties.  Cette  triple  exploration 
avait  un  peu  fatigué  la  malade;  on  la  laissa  se  remettre;  après  quoi  M.  Amussat 
procéda  à  la  réduction  de  la  manière  suivante. 

Il  introduisit  dans  le  rectum  le  doigt  indicateur  de  la  main  droite  ,  et,  appuyant 


AMUSSAT. 


RETROVERSION  DE  LA  MATRICE. 


17 

son  coude  contre  sa  hanche  ,  il  pénétra  ainsi  le  plus  haut  possible  vers  la  symphyse 
sacro-iliaque.  Arrivé  là,  ii  Ut  tous  ses  efforts  pour  relever  l’utérus;  mais  fatigué 
bientôt,  et  ne  s’apercevant  d’aucun  progrès,  il  s’arrêta  pour  rechercher  la  na¬ 
ture  de  la  cause  qui  s’opposait  au  succès  de  ses  manœuvres.  A  l’aide  d’un 
examen  attentif,  ii  sentit  distinctement  au  fond  du  vagin ,  à  gauche  de  la  tumeur 
formée  par  l’utérus,  des  brides  dans  lesquelles  le  doigt  s’accrochait.  INous  les  re¬ 
connûmes  après  lui  ;  et  il  ne  resta  aucun  doute  que  ces  brides  constituaient  de 
fortes  adhérences  entre  l’utérus  et  le  rectum.  Cette  découverte  n’était  pas  rassu¬ 
rante,  car  c’était  là  un  obstacle  physique  qu’il  semblait  d’abord  impossible  de 
vaincre.  Cependant ,  ayant  de  nouveau  examiné  attentivement  par  le  toucher  s’il  y 
avait  à  droite,  de  même  qu’à  gauche,  de  ces  adhérences,  M.  Amussat  acquit  la  con¬ 
viction  que  l’utérus  était  libre  à. droite.  Dès  lors,  débarrassé  d’une  pénible  inquié¬ 
tude  ,  il  pensa  que  de  nouvelles  tentatives  de  réduction ,  en  agissant  de  manière  à 
faire  tourner  l’utérus  du  côté  opposé  à  celui  où  existaient  les  adhérences,  c’est-à- 
dire  de  droite  à  gauche,  offriraient  quelques  chances  de  succès.  11  se  remit  donc  à 
l’œuvre,  toujours  le  doigt  introduit  dans  le  rectum  aussi  profondément  que  possi¬ 
ble.  Ayant  répété  plusieurs  fois,  et  très  énergiquement,  ses  tentatives,  en  remon¬ 
tant  l’utérus  tout  en  lui  faisant  faire  un  mouvement  de  torsion  ,  il  parvint  enfin  à 
remettre  l’organe  dans  sa  position  naturelle.  Le  toucher  par  le  vagin  et  le  ballon 
formé  par  l’utérus  se  dessinant  au-dessus  des  pubis  ne  nous  laissèrent  aucun 
doute  sur  le  succès.  {$3$ 

Immédiatement  après,  la  malade  fut  placée  dans  son  lit,  couchée  sur  le  ventre, 
la  poitrine  appuyée  sur  un  oreiller.  Des  sangsues  furent  appliquées  le  soir  sur 
l’hypogastre ,  afin  de  prévenir  le  développement  d’une  inflammation  imminente  à 
la  suite  d’une  pareille  opération.  Le  soir,  le  pouls  avait  de  la  fréquence,  mais  il 
n’y  avait  pas  de  sensibilité  qui  dénotât  d’inflammation.  Depuis  ce  temps,  la  malade 
est  restée  couchée  tantôt  sur  le  ventre  ,  tantôt  sur  le  côté ,  lorsque  la  première  de 
ces  positions  ne  pouvait  plus  être  supportée.  Huit  ou  dix  jours  après,  elle  s’est 
levée,  et  le  9  décembre  elle  est  venue  elle-même  à  pied  chez  M.  Amussat. 

Nous  la  revîmes  quelque  temps  après  ;  elle  éprouvait  encore  de  la  gêne  et  un 
sentiment  de  pesanteur  vers  le  rectum ,  mais  les  selles  étaient  régulières  et  beau¬ 
coup  moins  difficiles.  L’émission  de  l’urine  était  libre  ;  il  y  avait  des  tiraillements 
douloureux  dans  les  aines  ,  surtout  à  droite  ,  et  dans  la  partie  inférieure  de  l’hypo- 
gastre,  tiraillements  dus  sans  doute  à  la  tension  des  brides  anormales  accrue  par 
l’élévation  progressive  de  l’utérus.  Le  col  utérin  se  dirigeait  à  gauche  et  plutôt  en 
arrière  qu’en  avant;  ses  lèvres  étaient  molles,  assez  développées;  tout  faisait 
présager  une  grossesse  heureuse. 

La  grossesse  suivit  sa  marche  ordinaire ,  sans  être  troublée  par  le  moindre  acci¬ 
dent;  et  Mme  G.  accoucha  à  terme,  dans  le  mois  de  juin  1840,  d’un  enfant  bien 
portant. 

Après  cet  accouchement  la  santé  demeura  assez  bonne,  à  part  la  persistance 
des  pesanteurs  sur  le  fondement,  des  tiraillements  dans  les  aines  et  quelquefois 
des  coliques.  Les  règles  étaient  régulières. 

Dans  le  courant  de  l’année  dernière  (1841),  Mme  G.  devint  pour  la  quatrième 
fois  enceinte  ;  et,  à  la  suite  d’un  effort  pour  soulever  un  malade  paralysé,  elle 
éprouva  des  douleurs  utérines  qui  durèrent  huit  jours  environ  ,  et  qui  furent  sui¬ 
vies  d’une  fausse  couche.  Le  fœtus  pouvait  avoir  deux  mois  d’existence. 

Cette  fausse  couche  n’a  eu  aucuns  fâcheux  résultats  pour  la  santé  générale,  mais 
il  reste  toujours  de  la  pesanteur  sur  le  fondement,  et.assez  souvent  des  tiraillements 
dans  les  aines.  Une  exploration  récente  nous  a  montré  aussi  que  l’utérus  est  revenu 
en  état  de  rétroversion. 


Cette  observation  offre  peut-être  encore  un  intérêt  supérieur  à  la  précédente, 
c.  2 


18  TRAVAUX  ORIGINAUX; 

En  méditant  sur  les  antécédents,  il  ne  reste  guère  de  doute  que  la  rétroversion 
ne  doive  sa  première  origine  à  une  métro-péritonite  qui  a  déterminé  des  adhérences 
entre  l’utérus  et  le  rectum.  Lorsque  je  commençai  les  manœuvres  de  réduction, 
je  ne  soupçonnais  nullement  l’obstacle  que  j’allais  rencontrer,  et  ma  conliance  était 
d’autant  plus  grande  qu’il  y  avait  une  analogie  manifeste  entre  l’état  de  Mme  G. 
et  celui  de  ma  première  malade  ,  chez  laquelle  j’avais  si  heureusement  obtenu  la 
réduction  précisément  trois  jours  auparavant.  On  a  vu  dans  l’observation  de 
M.  Le  Vaillant  comment  je  reconnus  la  nature  de  l’obstacle,  et  comment  je  parvins 
à  le  surmonter;  mais  il  importe  d’ajouter  ici  que,  bien  que  je  sentisse  céder  ces 
brides  par  le  mouvement  de  rotation  que  j’imprimais  à  la  matrice ,  la  malade  se 
plaignant  de  douleurs  et  de  tiraillements  sur  le  rectum,  et  la  réduction  s’opérant 
avec  lenteur  et  difficulté,  je  ne  me  dissimulais  pas  que  j’avais  à  redouter  la  déchi¬ 
rure  des  brides  et  une  péritonite. 

La  réduction  étant  opérée,  je  craignais  encore  que  les  brides,  par  leur  traction, 
ne  reproduisissent  la  maladie  en  attirant  le  fond  de  l’utérus  dans  le  bassin.  Celte 
crainte  m’a  poursuivi  chaque  fois  que  j’ai  exploré  ;  et  l’on  a  vu  qu’elle  n’était 
point  vaine,  puisqu’à  la  fin  la  rétroversion  s’est  reproduite. 

Ce  fait  me  cause  beaucoup  de  satisfaction,  parce  que  dès  que  j’eus  reconnu  des 
adhérences,  je  désespérais  du  succès.  J’ai  trouvé  en  effet  que  tous  les  auteurs  qui 
ont  parlé  des  adhérences  regardent  cette  complication  comme  un  obstacle  insur¬ 
montable  à  la  réduction.  Maintenant  je  pense  que ,  lors  même  que  les  adhérences 
seraient  encore  plus  fortes  que  chez  Mme  G. ,  il  ne  faudrait  pas  désespérer  ;  dans 
un  cas  pareil  je  n’hésiterais  pas  à  tenter  la  réduction,  et  à  plusieurs  reprises  si 
Je  ne  pouvais  l’obtenir  en  une  seule  fois. 

Peut-être ,  au  reste  ,  ces  brides  ne  sont-elles  pas  si  rares  qu’on  pourrait  le  croire  ; 
je  possède  un  dessin  de  rétroversion  de  l’utérus  chez  une  femme  adulte  dans 
l’état  de  vacuité;  il  y  avait  également  des  adhérences  avec  le  rectum.  J’ai  un  autre 
dessin  de  rétroversion  pris  sur  un  nouveau-né,  qui  prouve  que  cette  déviation  peut 
être  congéniale. 

11  esta  regretter  que  l’anatomie  pathologique  des  déviations  utérines  soit  si  peu 
avancée;  rien  ne  guide  aussi  sûrement  le  praticien  que  l’image  exacte  des  disposi¬ 
tions  anormales  qu’il  a  à  combattre.  Je  conseille  du  moins  aux  jeunes  chirurgiens 
de  chercher  à  produire  sur  le  cadavre  des  rétroversions  artificielles;  il  suffit  pour 
cela  de  presser  avec  deux  doigts  sur  le  bas-fond  de  la  matrice  ;  si  en  même  temps 
on  porte  l’indicateur  de  l’autre  main  dans  le  vagin  ,  on  sent  que  plus  on  pousse  le 
fond  de  l’utérus  vers  le  coccyx  ,  et  plus  le  col  se  redresse  et  s’élève  vers  les  pubis. 
On  peut  même,  en  pressant  à  la  fois  sur  le  col  et  sur  le  fond  de  l’utérus,  détermi¬ 
ner  une  rétroflexion  artificielle. 

C’est  par  des  expériences  analogues  que  je  me  suis  convaincu  des  deux  points 
qui  constituent  essentiellement  mon  procédé.  Ainsi ,  sur  le  cadavre  d’une  vieille 
femme  ayant  un  fort  prolapsus  utérin  ,  la  matrice  sortant  par  la  vulve ,  j’ai  constaté , 
en  présence  de  M.  Le  Vaillant,  que  le  doigt  porté  aussi  haut  que  possible  dans  le 
vagin  ,  ne  pouvait  atteindre  la  concavité  du  sacrum  (il  est  bon  de  noter  que  le  doigt 
pénètre  plus  avant  lorsqu’on  embrasse  la  symphyse  avec  le  pouce  en  avant  et  l’index 
dans  le  vagin).  Mais  toujours,  par  le  rectum,  on  louchait  beaucoup  plus  haut,  et  on 
arrivait  très  près  de  l’angle  sacro-vertébral ,  en  poussant  fortement  le  coude  avec 
la  hanche. 

Sur  une  autre  vieille  femme  dont  le  bassin  était  moins  grand  ,  nous  avons  obtenu 
je  même  résultat,  ainsi  que  sur  beaucoup  d’autres  cadavres  de  femmes  de  diffé¬ 
rents  âges. 

Du  reste ,  ce  qui  prouve  encore  que  par  le  vagin  on  ne  peut  explorer  ni  agir 
aussi  bien  et  aussi  haut,  c’est  qu’il  est  presque  impossible  de  distinguer  par  ce  ca¬ 
nal  les  tumeurs  situées  profondément  dans  le  bassin,  tandis  qu’il  est  assez  facile 
deles  reconnaître  par  le  rectum. 


REVUE  CRITIQUE.  19 

En  résumé,  le  procédé  pour  la  réduction  de  l’utérus  dans  l'état  de  grossesse 
consiste,  après  avoir  situé  la  femme  comme  pour  l’opération  de  la  taille,  à  intro¬ 
duire  un  ou  deux  doigts  dans  le  rectum,  et  à  repousser  doucement  le  ballon  utérin, 
en  longeant  la  concavité  du  sacrum,  directement  en  haut  d’abord,  puis  de  droite  à 
gauche  et  de  gauche  a  droite ,  pour  relever  toute  la  surface  de  l’utérus.  Si  le  doigt 
ou  les  deux  doigts  introduits  dans  le  rectum  n’atteignaient  pas  assez  haut,  on  in¬ 
troduirait  le  pouce  dans  le  vagin  pour  soulever  le  périnée,  afin  de  pénétrera  une 
plus  grande  hauteur.  Enfin ,  pour  arriver  plus  haut  encore  ,  il  reste  la  ressource  de 
se  faire  pousser  le  coude  par  un  aide ,  ou  de  le  soutenir  soi-même  avec  la  hanche 
et  le  corps. 


REVUE  CRITIQUE. 


€Mvurgie. 


Discussion  sur  la  ténotomie.  —  L’évène¬ 
ment  chirurgical  de  ces  derniers  temps  est  la 
discussion  soulevée  à  l’ Académie  royale  sur 
la  section  des  tendons  des  fléchisseurs  des 
doigts.  Discussion  longue  et  ardue ,  qui  a  déjà 
occupé  dix  séances  et  fourni  une  quinzaine 
de  discours  à  remplir  soixante  colonnes  du 
Moniteur  ;  qui ,  née  à  propos  d’une  question 
fort  restreinte  ,  en  a  agité  une  foule  d’autres  : 
questions  générales,  questions  spéciales,  ques¬ 
tions  de  principes  ,  questions  d’application  , 
questions  de  priorité ,  enfin  questions  toutes 
personnelles  ;  en  sorte  que ,  sans  compter  le 
talent  clés  orateurs  qui  y  ont  pris  part ,  rien 
ne  lui  a  manqué  pour  surexciter  l’attention  : 
intérêt  pratique,  intérêt  dramatique,  ni  même 
l’attrait  un  peu  équivoque  du  scandale. 

Nous  n’avons  à  nous  préoccuper  ici  que  de 
la  question  pratique ,  qui  est  déjà  bien  assez 
obscure  et  difficile  à  traiter  ;  et  nous  ferons 
en  sorte  d’écarter  de  cet  article  tout  ce  qui  ne 
s’y  rattache  pas  de  très  près.  Peut-être  cepen¬ 
dant  ,  afin  de  faire  mieux  comprendre  à  nos 
lecteurs  la  nature  et  la  portée  de  ce  débat, 
ne  sera-t-il  pas  inutile  d’expliquer  la  position 
respective  des  deux  principaux  interlocu¬ 
teurs. 

M.  Bouvier  et  M.  Guérin  sont ,  comme  tout 
le  monde  sait ,  à  la  tête  des  deux  établisse¬ 
ments  orthopédiques  les  plus  célèbres  de  la 
capitale.  Le  potier,  dit-on ,  est  jaloux  du  po¬ 
tier  ;  il  n’y  a  rien  de  bien  étonnant  qu’une 
certaine  rivalité  ait  pu  s’élever  entre  deux 
orthopédistes.  Du  moins  faut-il  reconnaître 
que  cette  rivalité  a  toujours  été  digne,  grave, 
et  ne  s’est  révélée  au  public  que  sous  un  as¬ 
pect  purement  scientifique;  et  là  même  les  deux 
compétiteurs  se  sont  montrés  doués  de  facultés 
si  différentes,  que  cette  diversité  eût  suffi  seule 
à  rendre  la  lutte  inévitable.  Lorsque  M.  Gué¬ 
rin  ,  génie  ardent ,  aventureux ,  mais  d’une 
incontestable  puissance ,  eut  mis  le  pied  pour 
la  première  fois  sur  le  terrain  orthopédique  , 
il  le  trouva  bien  maigre ,  bien  obstrué  de  ron¬ 


ces  et  de  broussailles  ;  sans  balancer,  il  se  mit 
hardiment  à  l’œuvre,  défrichant,  cultivant, 
agrandissant  son  nouveau  domaine  qu’il  eut 
bientôt  peuplé  de  grandes  et  belles  théories, 
d’où  il  faisait  découler  toutes  sortes  d’applica¬ 
tions.  M.  Bouvier,  esprit  plus  froid,  plus  pru¬ 
dent  ,  plus  positif ,  était  alors  occupé  depuis  lon¬ 
gues  années  déjà  à  un  travail  d’une  autre  nature; 
rassemblant  laborieusement  les  faits ,  multi¬ 
pliant  sur  chaque  question  les  recherches  et 
les  expériences ,  ne  concluant  autant  que  pos¬ 
sible  qu’à  coup  sûr,  et  n’allant  ainsi  ni  si  haut 
ni  si  vite.  Il  se  trouva  subitement  réveillé  par 
le  bruit  que  faisait  son  voisin ,  qui  lui  taillait 
vraiment  de  bien  autre  besogne.  En  effet ,  les 
doctrines  générales  de  M.  Guérin  remuaient 
l’orthopédie  de  fond  en  comble,  donnant  aux 
questions  déjà  étudiées  une  face  imprévue ,  en 
suscitant  de  toutes  nouvelles ,  et  de  plus  se 
succédant  avec  une  telle  rapidité  qu’il  en  ré¬ 
sultait  d’abord  une  sorte  d’éblouissement.  Il 
fallut  tout  revoir,  tout  soumettre  à  un  sévère 
examen  ;  c’est  la  tâche  que  M.  Bouvier  a  pour¬ 
suivie  avec  persévérance,  et  plus  d’une  fois 
avec  succès. 

Il  y  a  donc  un  contraste  presque  absolu  en¬ 
tre  les  deux  antagonistes.  L’un  est  avant  tout 
l’homme  des  doctrines,  l’autre  avant  tout  est 
l’homme  des  faits  ;  l’un  dogmatise  toujours , 
l’autre  vérifie  sans  relâche  ;  celui-ci  regarde 
les  choses  de  bas  en  haut ,  celui-là  de  haut  en 
bas  ;  il  leur  est  presque  impossible  de  les  voir 
de  même.  Nous  ne  nous  écarterions  pas  proba¬ 
blement  beaucoup  de  la  vérité  en  soupçonnant 
que  M.  Bouvier  prise  assez  peu  les  hautes 
théories  de  M.  Guérin ,  lequel  de  son  côté  ne 
tient  pas  grand  compte  des  faits  de  détail  et 
des  expériences  de  son  adversaire.  Pour  nous, 
et  nous  croyons  en  ceci  représenter  assez  bien 
l’opinion  générale ,  nous  professons  une  très 
haute  estime  pour  l’un  et  l’autre  talent  ;  nous 
croyons  qu’ils  se  complètent  l’un  l’autre ,  et 
que  de  leur  réunion ,  ou  pour  mieux  dire  de 
leur  lutte,  la  science  retirera  des  bénéfices  que 


20 


REVUE  CRITIQUE. 


chacun  d’eux  isolément  serait  impuissant  à 
lui  donner. 

De  là  le  puissant  intérêt  qui  s’attache  à  leurs 
débats  ;  et  ici  cet  intérêt  s’augmentait  encore 
d’une  circonstance  particulière.  Pendant  long¬ 
temps  M.  Bouvier,  arrivé  le  premier  à  l’Aca¬ 
démie  ,  y  avait  fait  ses  démonstrations  sans 
contradicteur  ;  et,  d’un  autre  côté,  M.  Guérin, 
n’ayant  pas  voix  à  l’Académie,  triomphait  dans 
son  journal,  d’où  M.  Bouvier  était  exclu  à  son 
tour.  Quand  tous  les  deux  se  trouvèrent  enfin 
assis  sur  les  mêmes  bancs  et  purent  se  regar¬ 
der  face  à  face ,  on  prévit  bien  que  la  guerre 
ne  tarderait  pas  à  s’engager;  et  en  effet,  sur 
une  note  lue  par  M.  Bouvier,  et  où  le  nom  de 
M.  Guérin  n’était  pas  même  prononcé,  celui- 
ci  a  soudain  relevé  le  gant,  et  s’est  lancé  a  la 
tribune  pour  défendre  avec  la  question  scien¬ 
tifique  la  question  personnelle. 

Que  disait  donc,  en  somme,  la  note  de 
M.  Bouvier?  Elle  débutait  comme  il  suit  : 

«  La  question  de  la  réunion  des  tendons 
divisés  a  acquis  une  grande  importance  depuis 
l’extension  toute  moderne  de  la  ténotomie.  En 
raison  des  différences  que  présentent  les  ten¬ 
dons  ,  soit  dans  leurs  rapports  extérieurs ,  soit 
dans  leur  structure  intime ,  on  peut  se  deman¬ 
der,  à  chaque  nouvelle  section  tendineuse , 
si  les  bouts  du  tendon  se  réuniront  ;  s’il  con¬ 
tinuera  de  glisser  par  l’action  du  muscle,  de 
manière  à  conserver  sa  fonction ,  qui  est  de 
transmettre  cette  action  à  l’os?  La  solution  de 
ces  questions  fournit  une  des  bases  sur  les¬ 
quelles  reposent  les  indications  de  la  ténoto¬ 
mie.  Il  est  évident,  par  exemple,  que  si  le 
muscle  ne  devait  plus  mouvoir  l’os  par  défaut 
de  réunion  ou  de  glissement  du  tendon ,  il  fau¬ 
drait,  pour  poser  l’indication  curative,  balan¬ 
cer  cet  inconvénient  avec  ceux  de  la  diffor¬ 
mité  ou  de  ses  autres  moyens  de  traitement  ; 
et  on  devrait ,  dans  certains  cas ,  s’abstenir 
de  l’opération ,  lui  préférer  un  traitement  pu¬ 
rement  mécanique  ,  ou  même  laisser  subsister 
la  difformité,  plutôt  que  de  lui  substituer  une 
situation  à  certains  égards  plus  fâcheuse.  » 

Tout  cela  est  parfaitement  juste;  voyons 
maintenant  ce  que  révèlent  les  expériences 
touchant  la  section  des  tendons  de  la  main  et 
du  pied. 

Première  expérience.  Section  sous-cutanée, 
sur  un  chien  ,  des  tendons  des  muscles  radial 
antérieur,  cubital  interne ,  et  fléchisseur  super¬ 
ficiel  des  doigts  ,  à  la  partie  inférieure  de  l’a¬ 
vant-bras.  Sept  semaines  après,  on  trouve,  à 
la  dissection,  ces  tendons  réunis  par  une  sub¬ 
stance  intermédiaire  solide  ,  de  deux  à  trois 
centimètres  de  longueur  ;  cette  substance  for¬ 
mait  une  seule  masse  pour  les  trois  muscles, 
dont  l’action  isolée  était  par-là  devenue  im¬ 
possible. 

Deuxième  expérience.  Section  des  mêmes 
muscles ,  plus  du  fléchisseur  profond  ;  dissec¬ 


tion  deux  mois  après.  La  substance  intermé¬ 
diaire  est  commune  aux  quatre  muscles,  et 
adhère  en  outre  au  cubitus  ;  en  sorte  que  non 
seulement  l’action  isolée  est  perdue  ,  mais  que 
l’action  simultanée  est  même  détruite  par  l’ad¬ 
hérence  des  tendons  au  cubitus. 

Troisième  expérience.  Section  des  tendons 
fléchisseurs  profonds  des  deuxième  et  qua¬ 
trième  doigts,  vis-à-vis  la  deuxième  phalange, 
au-delà  de  l’insertion  des  languettes  du  flé¬ 
chisseur  superficiel.  Autopsie  deux  mois 
après;  au  deuxième  doigt,  nulle  trace  de  réu¬ 
nion;  les  bouts  du  tendon  sont  restés  isolés 
et  libres  dans  leur  gaine.  Au  quatrième  doigt, 
même  isolement  pour  le  bout  supérieur  ;  mais 
l’inférieur  a  contracté  des  adhérences  avec 
l’extrémité  du  fléchisseur  superficiel  à  son  at¬ 
tache  à  la  deuxième  phalange.  Dans  les  deux 
cas ,  action  perdue. 

Quatrième  expérience.  Section  des  tendons 
fléchisseurs  superficiels  et  profonds  sur  le 
métacarpe  ;  il  y  a  eu  réunion ,  mais  avec  adhé¬ 
rence  des  cicatrices  tendineuses  entre  elles  et 
avec  les  os ,  de  manière  que  les  muscles  divi¬ 
sés  avaient  à  peu  près  perdu  leurs  fonctions. 

«  En  serait-il  de  même  ,  ajoute  M.  Bouvier, 
si  l’on  divisait  dans  le  même  lieu  un  seul  des 
deux  tendons  fléchisseurs  superposés  ?  Leur 
étroite  connexion  doit  au  moins  faire  présu¬ 
mer  que  la  cicatrice  du  tendon  coupé  serait 
adhérente  au  tendon  resté  intact;  c’est  aussi 
ce  que  j’ai  observé  sur  un  cheval,  auquel 
M.  Boulev  avait  coupé  le  tendon  perforant  en 
ménageant  le  perforé.  » 

Dans  toutes  ces  expériences,  comme  on  le 
voit,  l’action  des  tendons  coupés  a  toujours 
été  perdue,  ou  à  peu  près.  Mais  peut-on  en 
conclure  directement  à  l’homme?  —  Oui,  et 
sans  restriction,  dit  M.  Bouvier,  en  ce  qui 
regarde  la  section  du  fléchisseur  profond,  soit 
à  l’avant-bras,  soit  dans  la  paume  de  la  main, 
soit  au  niveau  des  phalanges  ;  oui  encore  pour 
le  fléchisseur  superficiel  dans  la  paume  de  la 
main.  Pour  le  fléchisseur  superficiel  pris  au- 
dessus  du  poignet,  avec  certaines  précautions 
on  pourrait  espérer  une  réunion  isolée,  par 
exemple  en  coupant  ses  tendons  à  des  hau¬ 
teurs  différentes  le  long  de  l’avant-bras;  mais 
la  section  limitée  à  ces  tendons  serait  ineffi¬ 
cace. 

Les  conséquences  pratiques  différent  ce¬ 
pendant  pour  la  main  et  pour  le  pied.  Dans 
l’un  et  dans  l’autre  cas  ,  les  mouvements  sont 
perdus;  la  ténotomie  permet  seulement  de 
rendre  aux  doigts  et  aux  orteils  une  meilleure 
direction.  On  comprend  qu’aux  orteils  la  perte 
du  mouvement  est  peu  de  chose ,  tandis  que 
la  flexion  permanente  d’un  orteil  est  une  in¬ 
firmité  véritable  que  la  section  du  tendon 
peut  corriger.  M.  Bouvier  a  fait  plusieurs  fois 
cette  petite  opération,  et  affirme  en  avoir  tou¬ 
jours  retiré  un  succès  des  plus  satisfaisants. 


2! 


REVUE  CRITIQUE. 


malgré  l’extension  permanente  qu’elle  entraîne 
dans  les  dernières  phalanges.  A  la  main ,  au 
contraire ,  le  moindre  mouvement  est  pré¬ 
cieux;  l’impossibilité  de  fléchir  les  phalanges 
rendrait  la  main  à  peu  près  inutile  ;  la  ténoto¬ 
mie  nous  offre  donc  à  perdre  plutôt  qu’à  gagner. 
Le  cas  unique  ,  exceptionnel ,  où  elle  pourrait 
être  indiquée ,  serait  celui  d’une  rétraction 
extrême ,  rebelle  aux  moyens  mécaniques , 
qui ,  en  repliant  la  main  vers  l’avant-bras  et 
enfonçant  les  doigts  dans  la  paume  de  la  main, 
donnerait  lieu  à  une  difformité  très  incom¬ 
mode  et  à  une  impuissance  complète  des 
doigts  ;  alors  la  ténotomie ,  sans  remédier 
à  l’impuissance  ,  corrigerait  au  moins  la  dif¬ 
formité. 

Ainsi  qu’on  le  voit ,  la  question  nettement 
posée,  délimitée  par  M.  Bouvier  lui-même  , 
se  restreint  aux  tendons  des  fléchisseurs  des 
doigts  ou  des  orteils  ;  et  nous  ne  voulons  pas 
en  aborder  d’autres.  Or,  premier  point ,  les 
expériences  de  M.  Bouvier  sont-elles  assez 
nombreuses  ,  assez  variées  ,  assez  rigoureuse¬ 
ment  faites  pour  décider  la  question?  Nous 
pensons  qu’il  n’oserait  lui-même  répondre  af¬ 
firmativement;  et ,  par  exemple  ,  puisque  dans 
les  deux  seuls  essais  qu’il  ait  faits  à  l’avant- 
bras  ,  dans  un  cas  il  a  vu  les  cicatrices 
adhérentes  à  l’os,  et  dans  l’autre  les  cica¬ 
trices  adhérentes  entre  elles ,  mais  isolées  de 
tous  les  autres  organes;  comment  n’a-t-il  pas 
cherché  à  se  rendre  compte  de  deux  résultats 
aussi  différents?  Et  puisqu’une  fois  il  a  réussi 
à  avoir  une  cicatrice  en  masse ,  il  est  vrai , 
mais  isolée  des  autres  organes ,  qui  sait  si 
avec  un  peu  plus  de  précaution  il  n’aurait  pas 
eu  des  cicatrices  isolées  pour  chaque  tendon? 
De  même  pour  la  section  du  tendon  ,  au  niveau 
de  la  deuxième  phalange.  Quoi  !  une  expé¬ 
rience  vous  donne  un  résultat ,  la  seconde  en 
donne  un  autre  tout  différent ,  et  vous  n’en 
tentez  pas  une  troisième?  Que  dirai-je  de  l’u¬ 
nique  expérience  faite  sur  les  deux  fléchis¬ 
seurs  ensemble  au  niveau  du  métacarpe ,  qui 
laissait  tout  entière  la  question  de  savoir  si  la 
section  limitée  à  un  seul  n’aurait  pas  un 
meilleur  succès  et  n’autoriserait  pas  à  faire 
les  deux  sections  à  des  époques  différentes  ? 

Cette  objection  a  été  à  peine  touchée  dans 
la  discussion;  mais  M.  Guérin  en  a  fait  habi¬ 
lement  valoir  deux  autres.  D’une  part ,  un 
tendon  sain  ne  se  présente  pas  au  couteau 
comme  un  tendon  rétracté  ;  celui-ci  peut  être 
soulevé  par  l’extension  de  la  main  ,  dégagé , 
isolé  des  plans  profonds;  et  sur  l’homme  on 
peut  encore  augmenter  cette  tension ,  cet  iso¬ 
lement  ,  en  invitant  le  malade  à  contracter 
volontairement  chaque  muscle  à  diviser.  La 
section  de  chaque  tendon  est  donc  beaucoup 
plus  facile;  elle  se  fait  en  pressant  plutôt  qu’en 
sciant ,  à  travers  une  petite  ouverture  de  la 
gaîne  ,  en  intéressant  cette  gaine  le  moins  pos¬ 


sible  ,  et  en  se  mettant  ainsi  dans  les  meil¬ 
leures  conditions  pour  éviter  les  adhérences  du 
tendon  aux  parties  voisines.  Sur  le  chien  ,  on 
n’a  pas  ces  avantages;  il  faut  presser,  scier, 
diviser  à  la  fois  les  tendons,  les  gaines,  le 
tissu  cellulaire  et  jusqu’au  périoste;  ce  qui 
explique  à  merveille  la  réunion  en  une  cica¬ 
trice  commune.  D’une  autre  part,  M.  Bouvier 
n’a  pas  même  pris  une  précaution  essentielle 
pour  empêcher  l’adhérence  d’une  cicatrice 
tendineuse  à  l’autre;  précaution  qui  consiste 
à  diviser  chaque  tendon  à  part  et  à  des  hau¬ 
teurs  différentes.  En  un  mot ,  les  conditions 
du  chien  et  de  l’homme  ne  sont  pas  sembla¬ 
bles;  et  en  écartant  même  cette  objection 
capitale ,  les  expériences  faites  avec  des  pro¬ 
cédés  vicieux  ne  sauraient  prouver  contre  les 
résultats  obtenus  par  des  procédés  mieux  rai¬ 
sonnés. 

Toute -cette  partie  de  l’argumentation  de 
M.  Guérin  a  été  victorieuse  ,  et  le  débat  à 
peine  ouvert  aurait  pu  se  terminer  là  ;  mais 
l’orateur,  non  content  de  son  premier  triom¬ 
phe,  en  a  voulu  obtenir  un  autre  ;  et  la  ques¬ 
tion  s’est  trouvée  à  l’instant  portée  sur  un 
autre  terrain.  Car  les  expériences  de  M.  Bou¬ 
vier  ainsi  mises  hors  de  cause ,  l’utilité  delà 
ténotomie  appliquée  aux  tendons  fléchisseurs 
des  doigts  restait  encore  en  doute;  M.  Guérin 
a  cru  pouvoir  la  démontrer.  Il  a  donc  apporté 
ses  propres  observations,  qu’il  a  résumées  de 
cette  manière  : 

«  1°  J’ai  divisé  au  poignet  neuf  fois  le  grand 
palmaire .  cinq  fois  le  petit  palmaire ,  huit 
fois  le  cubital  antérieur;  et,  dans  chacune  de 
ces  sections  ,  j’ai  obtenu  la  réunion  distincte 
des  bouts  divisés  ,  avec  conservation  du  mou¬ 
vement  ,  et  sans  adhérences  capables  d’entra 
ver  ce  dernier. 

«  2°  J’ai  divisé  trois  fois  le  fléchisseur 
propre  du  pouce  ,  deux  fois  j’ai  réussi  complè¬ 
tement;  une  fois  il  n’y  a  pas  eu  de  réunion  , 
probablement  par  rupture  de  la  cicatrice ,  et 
la  perte  du  mouvement  s’en  est  suivie. 

«  o°  J’ai  divisé  deux  fois  le  fléchisseur  su¬ 
perficiel  des  doigts  au  poignet  :  réunion  sans 
adhérences  vicieuses  et  conservation  du  mou¬ 
vement  distinct  de  chaque  tendon.  » 

Voilà  pour  ce  qui  regarde  les  sections  faites 
au  niveau  du  poignet  ;  quant  aux  sections  dans 
la  paume  de  la  main  : 

«  4°  Sur  seize  sections  de  tendons  du  fléchis¬ 
seur  superficiel  dans  la  paume  de  la  main, 
treize  fois  la  division  a  eu  lieu  sans  intéresser 
le  profond ,  et  la  réunion  s’est  opérée  sans 
adhérences  vicieuses  et  avec  conservation  du 
mouvement.  Trois  fois  la  section  a  compris 
involontairement  le  tendon  profond;  des  adhé¬ 
rences  vicieuses  ont  aboli  presque  complète¬ 
ment  le  mouvement  de  la  phalangette  corres¬ 
pondante  ;  mais  les  autres  mouvements  des 
doigts  ont  été  conservés,  quoique  bornés.  » 


Tl 


REVUE  CRITIQUE. 


Et  enfin,  pour  les  sections  au  niveau  des 
phalanges  : 

«  5°  Trois  fois  j’ai  fait  la  section  du  long 
fléchisseur  du  pouce  au  niveau  de  la  première 
phalange;  deux  fois  avec  un  succès  complet; 
l’autre  fois  la  réunion  n’a  pas  eu  lieu. 

«  6°  J’ai  fait  quatre  sections  des  tendons 
superficiels  au  niveau  de  la  première  phalange  ; 
deux  fois  la  réunion  s’est,  opérée  ,  mais  avec 
des  adhérences  telles  que  le  mouvement  n’est 
plus  que  rudimentaire  ;  les  deux  autres  fois  la 
réunion  n’a  pas  eu  lieu. 

«  7°  J’ai  fait  onze  sections  des  tendons  du 
fléchisseur  profond  au  niveau  des  phalangines  ; 
six  fois  la  réunion  s’est  opérée ,  dont  quatre 
fois  avec  conservation  d’un  mouvement  pres¬ 
que  normal,  et  deux  fois  avec  conservation 
d’un  mouvement  limité  ;  cinq  fois  la  réunion 
ne  s’est  pas  opérée ,  et  le  mouvement  a  été 
complètement  aholi.  » 

Ces  résultats  sont  en  somme  assez  satisfai¬ 
sants.  Cependant ,  comme  d’autres  chirurgiens 
n’ont  pu  obtenir  en  aucun  cas  la  réunion  des 
tendons  ainsi  divisés  ,  il  fallait  donc  que  le 
nouvel  opérateur  s’y  fût  pris  d’une  autre  ma¬ 
nière.  Or  voici ,  en  effet,  comment  lui-même 
explique  ses  procédés  : 

«  Si  j’ai  affaire  à  la  rétraction  du  fléchis¬ 
seur  superficiel  seulement ,  je  mets  le  profond 
dans  le  relâchement  par  la  flexion  des  troisiè¬ 
mes  et  des  deuxièmes  phalanges.  S’il  y  a  rétrac¬ 
tion  simultanée  du  superficiel  et  du  profond ,  je 
commence  par  faire  la  section  des  tendons  pro¬ 
fonds  au  niveau  des  phalangines.  Dans  l’un 
et  dans  l’autre  cas  ,  je  place  ainsi  les  tendons 
fléchisseurs  profonds  dans  le  relâchement,  du 
moins  relativement  aux  fléchisseurs  superfi¬ 
ciels.  J’accrois  la  tension  et  le  soulèvement  de 
ces  derniers  au  moyen  de  la  contraction  volon¬ 
taire  du  muscle.  Je  les  divise  alors  des  parties 
superficielles  aux  parties  profondes,  énpressant 
plus  qu’en  sciant  ;  mon  instrument  s’arrête  aus¬ 
sitôt  que  le  premier  obstacle  est  vaincu ,  ou 
bien  son  action  s’émousse  contre  les  tendons 
profonds  qui  sont  relâchés  au  milieu  des  parties 
molles  environnantes.  » 

Ces  conditions  pourraient  bien  avoir  besoin 
de  quelques  éclaircissements.  En  fléchissant 
non-seulement  la  phalangette  ,  mais  encore  la 
phalangine,  on  relâche  tout  autant  le  fléchis¬ 
seur  superficiel  que  le  profond;  ce  qui  va 
contre  le  but  qu’on  se  propose.  Allèguera-t-on 
que  la  contraction  volontaire  réparera  cet  in¬ 
convénient  en  tendant  le  tendon  à  couper  ? 
Mais  il  n’est  pas  si  facile,  surtout  chez  des  en¬ 
fants  ,  de  faire  contracter  volontairement 
au  malade  le  fléchisseur  superficiel  en  laissant 
relâché  le  fléchisseur  profond; et M.  Guérin  au¬ 
rait  dû  au  moins  indiquer  le  moyen  de  surmon¬ 
ter  cette  petite  difficulté.  Quoiqu’il  en  soit,  il 
reste  ,  après  la  section  faite  ,  une  autre  pré¬ 
caution  plus  importante  encore ,  pour  empê¬ 


cher  l’isolement  des  deux  bouts  du  tendon  ; 
M.  Guérin  la  formule  de  cette  manière  : 

«  Maintenir,  pendant  quelque  temps  après 
l’opération  ,  les  deux  bouts  divisés  assez  rap¬ 
prochés  pour  permettre  l'affrontement  de  la 
matière  versée  par  chacun  d’eux.  »  A  la  main  , 
par  exemple  ,  M.  Guérin  maintient  d’abord  les 
doigts  fléchis,  et  surtout  il  invite  l’opéré  à 
s’abstenir  de  toute  contraction  musculaire  qui 
aurait  pour  résultat  de  provoquer  le  retrait  du 
bout  tendineux  correspondant  à  la  partie  con¬ 
tractée  du  muscle. — Ce  surtout  nous  a  quelque 
peu  étonné,  nous  en  faisons  l’aveu.  M.  Guérin, 
qui  a  tant  et  si  bien  étudié  les  sections  mus¬ 
culaires  ,  en  est-il  à  savoir  qu’un  muscle  ,  une 
fois  rétracté  après  sa  section ,  est  incapable 
d’une  contraction  volontaire?  Nous  avons, 
sur  des  animaux  vivants  ,  piqué  ,  tailladé  , 
brûlé  des  muscles  ainsi  rétractés  ;  et  nous 
pouvons  affirmer  qu’il  est  impossible  d’v  dé¬ 
terminer  rien  qui  ressemble  à  la  contraction. 
Le  malade  peut  donc  se  passer  de  toute  re¬ 
commandation  à  cet  égard. 

Après  cet  exposé  de  doctrines  et  de  résultats, 
que  restait-il  à  répondre?  M.  Bouvier  a  con¬ 
testé  la  réalité  des  faits;  notre  collègue  ,  a-t-il 
dit,  n’en  apporte  aucune  preuve.  Et  pour  rai¬ 
son  de  son  doute,  il  a  exposé  la  série  des  insuc¬ 
cès  des  autres  opérateurs.  Or,  cette  argumen¬ 
tation  était  par  avance  battue  en  brèche  par 
M.  Guérin  ;  mais ,  de  plus  ,  il  faut  bien  le  dire  , 
les  faits  mêmes  rappelés  par  M.  Bouvier  ne 
prouvaient  pas  tous  en  sa  faveur. 

1°  Stromeyer  coupe  le  tendon  du  long  flé¬ 
chisseur  du  pouce  et  les  tendons  du  sublime 
et  du  profond  à  l’index  et  au  petit  doigt,  le  tout 
au  niveau  des  premières  phalanges.  Résultat: 
quinze  jours  après  ces  opérations,  le  malade 
reprit  l’exercice  de  sa  profession  de  boucher, 
qu’il  avait  été  obligé  d’abandonner. 

2°  Section,  par  le  même,  des  tendons  fléchis¬ 
seurs  sur  chaque  doigt  séparément.  Résultat  : 
les  deux  fléchisseurs  contractèrent  des  adhé¬ 
rences  entre  eux  dans  le  creux  de  la  main  ,  et 
les  fonctions  des  doigts  restèrent,  à  cause  de 
cela ,  imparfaites.  Cependant  le  malade  pou¬ 
vait  fermer  la  main  en  partie ,  de  manière  à 
retenir  des  corps  un  peu  volumineux. 

3°  Deux  autres  opérés  de  Stromeyer  ont  été 
vus  par  M.  Doubowitzki  ;  l’action  des  fléchis¬ 
seurs  était  perdue. 

4°  M.  Dieffenbach  déclare  qu’il  a  redressé 
par  la  ténotomie  un  grand  nombre  de  flexions 
permanentes  des  doigts.  —  «  Et  je  n’ai  pas 
seulement,  ajoute-t-il,  ramené  les  doigts  à  la 
rectitude,  c’eût  été  un  état  pire  ;  j’en  ai  fait  des 
membres  parfaitement  flexibles  et  utiles.  »  fl 
cite  plus  bas  deux  sujets  sur  lesquels  il  a  coupé 
les  fléchisseurs  des  doigts;  la  contraction  qui 
existait  fut  diminuée  de  moitié ,  et  il  s’établit 
une  faible  action  de  la  main  qui  put  saisir  et 
tenir  de  plus  gros  objets. 


23 


REVUE  CRITIQUE. 


5°  M.  Phillips  a  coupé  les  tendons  des  deux 
llécliisseurs  communs  et  du  fléchisseur  du 
pouce ,  soit  dans  la  paume  de  la  main ,  soit  au 
niveau  de  la  deuxième  phalange.  La  flexion 
des  deuxièmes  et  troisièmes  phalanges  n’était 
pas  rétablie  cinq  semaines  après  l’opération. 

6°  M.  Bonnet  a  coupé  les  tendons  au  niveau 
des  phalanges  ;  perte  absolue  des  mouvements 
de  flexion. 

7°  M.  H.  Larrey  a  coupé  les  huit  tendons 
dans  la  paume  de  la  main  ;  les  doigts  ne  con¬ 
servèrent  que  le  mouvement  de  la  première 
phalange. 

8°  M.  Beréndt  a  coupé  le  fléchisseur  super¬ 
ficiel  de  l’index  au  niveau  des  phalanges  ;  il  se 
borne  à  dire  que  la  main  avait  gagné  notable¬ 
ment  en  utilité. 

9°  M.  Koch  a  coupé  les  fléchisseurs  à  leur 
tiers  inférieur  (sic)  ;  il  dit  qu’au  bout  de  trois 
mois  la  main  avait  recouvre  tout  son  usage , 
sa  mobilité  ,  sa  force  ,  etc. 

10°  Enfin  M.  Lesser,  après  avoir  coupé  les 
tendons  fléchisseurs  et  avoir  vu  quelque 
temps  les  doigts  redressés  et  sans  mouvement , 
les  a  vus  se  rétracter  de  nouveau  au  même  de¬ 
gré  qu’auparavant. 

M.  Bouvier  concluait  de  cette  énumération 
que  tous  les  faits  assez  connus  pour  être  ri¬ 
goureusement  appréciés  étaient  en  faveur  de 
son  opinion,  et,  ne  voyant  d’ailleurs,  dans  les 
procédés  revendiqués  par  M.  Guérin,  que  les 
procédés  de  tout  le  monde  (ce  qui  n’est  pas 
démontré)  demandait  un  seul  fait  établi  sur 
des  preuves  irrécusables.  M.  Guérin  en  a  pro¬ 
duit  deux  ,  et  il  y  avait  donc  lieu  d’espérer  que 
la  question  serait  éclaircie ,  et  M.  Bouvier  sa¬ 
tisfait.  Malheureusement  ces  deux  faits  ont  été 
si  singulièrement  présentés  qu’aujourd’hui 
encore ,  après  quatre  examens  successifs,  nous 
n’oserions  répondre  dé  leur  valeur  exacte. 
Voici  comment  les  choses  se  sont  passées. 

Donc  M.  Guérin  fait  apparaître  ses  deux 
malades,  d’uilé  façon  tout  inopinée,  au  milieu 
d’une  séance,  au  milieu  de  son  discours,  in¬ 
vitant  tout  le  monde  à  vérifier  deux  succès  à 
peit  de  chose  près  complets.  M.  Gerdy  se  pré¬ 
cipite  ,  suppute  vingt-quatre  mouvements  qui 
manquent  à  la  main  d’une  des  malades ,  et 
pendant  qu’il  fait  ses  calculs ,  l’autre  lui 
échappe.  M.  Bouvier  regarde  l’une,  regarde 
l’autre ,  prend  des  notes  en  courant ,  élève 
déjà  des  doutes  sur  les  prétendus  succès ,  et 
demande  une  commission  pour  les  vérifier. 
M.  Guérin ,  ferme  à  la  tribune  ,  refuse  la  com¬ 
mission  ,  déclare  que  les  faits  peuvent  être 
constatés  et  appréciés  immédiatement  par 
tout  le  mpnde  ,  et  qu’il  laisse  à  de  plus  diffi¬ 
ciles  le  soin  d’ épilogue?'  sur  la  plus  ou  moins 
grande  perfection  et  délicatesse  des  mouve¬ 
ments.  Puis  ,  quand  plus  tard  ses  adversaires 
contestent  les  résultats  annoncés ,  il  leur  re¬ 
proche  d’avoir  mal  examiné;  ce  qui  était  vrai, 


car  ils  avaient  eu  trop  peu  de  temps  pour  bien 
faire.  La  position  deM.  Guérin  paraissait  ainsi 
inattaquable  aux  uns  ,  fort  équivoque  aux  au¬ 
tres  ;  M.  Bouvier  prend  un  parti  désespéré  ;  il 
court  après  les  deux  malades ,  les  retrouve , 
les  examine  à  loisir,  et  rapporte  à  l’Académie 
des  conclusions  toutes  différentes  de  celles  de 
M.  Guérin.  Manche  à  manche.  M.  Guérin , 
poussé  à  bout ,  invite  cinq  académiciens ,  tous 
hommes  de  science  et  d’une  loyauté  inattaqua¬ 
ble  ,  leur  soumet  ses  deux  malades,  en  obtient 
un  certificat  bien  et  dûment  signé  ;  et  ce  cer 
tificat ,  chose  curieuse  ,  nous  montre  les  deux 
faits  d’une  quatrième  manière ,  qui  n’est  ni 
celle  de  M.  Gerdy,  ni  celle  de  M.  Bouvier,  ni 
même  celle  de  M.  Guérin. 

Mais  alors  à  quoi  pensait  donc  M.  Guérin , 
de  nous  dire  que  tout  le  monde  était  en  état 
d’apprécier  les  faits  immédiatement ,  et  qu’il 
laissait  le  soin  d’épiloguer  à  de  plus  difficiles  ? 
Il  faut  de  toute  nécessité  ou  qu’il  ait  mal  vu 
lui-même  ses  propres  faits  ,  ou  que  ce  soit  la 
commission  qui  les  ait  mal  appréciés;  et  alors 
véritablement  il  n’était  pas  fondé  à  dire  qu’ils 
étaient  si  faciles  à  constater  pour  tout  le  monde. 
Nous  nous  en  tiendrons,  pour  l’examen  de  ces 
deux  observations  ,  aux  dires  de  la  commis¬ 
sion  ,  comme  plus  probables  que  les  autres  ; 
leur  certitude  est  une  autre  question  que  nous 
aborderons  plus  loin. 

La  première  malade ,  Clémentine  Mouchy, 
était  une  enfant  de  9  ans  ,  affectée  de  flexion 
permanente  des  doigts  et  du  pouce  de  la  main 
droite ,  avec  paralysie  des  autres  muscles  du 
pouce.  M.  Guérin  coupa  les  quatres  tendons 
du  fléchisseur  superficiel  dans  la  paume  de  la 
main ,  et  le  fléchisseur  du  pouce  au-devant  de 
la  première  phalange  ;  l’indocilité  de  la  ma¬ 
lade  fut  cause  que  pour  l’indicateur,  le  tendon 
du  fléchisseur  profond  fut  coupé  en  même 
temps  que  celui  du  superficiel.  Or,  en  vertu 
de  cette  circonstance  ,  M.  Guérin  accordait 
que  la  phalangette  de  l’index  avait  perdu  son 
mouvement;  mais  il  affirmait  que  le  succès 
avait  été  rigoureusement  complet  pour  les  au¬ 
tres  doigts  et  le  pouce.  Là-dessus  grande  ba¬ 
taille  ,  et  l’on  va  voir  que  le  sujet  en  valait  la 
peine.  M.  Gerdy,  examinant  la  malade  pour 
ainsi  dire  au  vol ,  n’a  pas  trouvé  à  beaucoup 
près  le  succès  aussi  complet  que  le  disait 
M.  Guérin;  M.  Bouvier  a  confirmé  <en  gros  le 
dire  de  M.  Gerdy,  et  la  commission  des  cinq 
n’a  pas  changé  grand’chose  aux  dires  de 
M.  Bouvier.  Au  total ,  et  M.  Bouvier  et  la 
commission  ont  reconnu  que  la  phalangette 
du  pouce  avait  conservé  son  mouvement  de 
flexion.  Voilà  un  premier  point  assuré;  et  la 
section  du  long  fléchisseur  du  pouce  au-devant 
de  la  phalange  a  donc  été  suivie  d’un  plein 
succès. 

Pour  les  quatre  autres  doigts ,  il  y  a  plus  de 
mécompte.  La  jeune  fille  n’a  pas  tout-à-fait 


24 


REVUE  CRITIQUE. 


perdu  le  mouvement  de  la  phalangette  de  l’in¬ 
dex  ,  mais  elle  a  un  peu  perdu  du  mouvement 
des  phalangettes  de  l’annulaire  et  de  l’auricu¬ 
laire.  Or  ceci  est  digne  de  toute  notre  atten¬ 
tion.  Car  enfin  ,  en  coupant  le  fléchisseur  su¬ 
blime  ,  on  ne  voit  pas  trop  pourquoi  les  mou¬ 
vements  ne  seraient  pas  conservés  par  le 
fléchisseur  profond  qui  parcourt  les  trois 
phalanges.  Il  est  à  présumer  peut-être  que  si 
ce  dernier  muscle  eût  conservé  toute  son  ac¬ 
tion,  les  mouvements  eussent  été  intégralement 
conservés;  et  ce  sont  les  mouvements  aux¬ 
quels  il  préside  exclusivement  qui  ont  le  plus 
perdu.  Nous  arrivons  donc  à  ce  résultat  :  la 
conservation  des  mouvements  des  premières  et 
deuxièmes  phalanges  ne  prouve  nullement  la 
réunion  des  tendons  du  fléchisseur  sublime  ; 
et  la  diminution  des  mouvements  de  la  pha¬ 
langette  prouve  au  contraire  que  la  section  du 
fléchisseur  sublime  a  entravé  l’action  du  flé¬ 
chisseur  profond.  En  résumé ,  il  y  a  là  un 
succès  brillant  pour  le  pouce  ;  pour  les  autres 
doigts  ,  un  résultat  inattendu  qui  ne  prouve 
point  du  tout  ce  qu’avançait  M.  Guérin ,  qui 
prouve  bien  moins  encore  ce  que  prétendait 
M.  Bouvier,  mais  qui  établit  pour  les  prati¬ 
ciens  cette  conséquence  fort  importante  ,  qu’en 
cas  de  rétraction  rebelle ,  on  peut  couper  le 
fléchisseur  sublime  dans  la  paume  de  la  main, 
sans  trop  de  dommage  pour  les  mouvements 
des  phalanges. 

L’autre  malade ,  Clémence  Delamain  ,  âgée 
de  1-4  ans  ,  à  la  suite  d’une  fracture  de  l’avant- 
bras  mal  traitée ,  avait  gardé  une  flexion  per¬ 
manente  de  la  main ,  de  tous  les  doigts  ,  et 
du  pouce  à  un  très  haut  degré.  La  troisième 
phalange  de  l’indicateur  manquait ,  ayant  été 
détruite  par  la  gangrène.  Section  du  cubital 
antérieur  au  poignet;  nous  n’y  reviendrons 
pas.  Section  du  fléchisseur  profond  au  niveau 
des  secondes  phalanges,  du  fléchisseur  sublime 
dans  la  paume  de  la  main,  et  du  long  fléchis¬ 
seur  du  pouce  au-devant  de  la  première 
phalange.  M.  Guérin  annonçait  ici  tous  les 
mouvements  très  bien  conservés,  à  l’exception 
du  mouvement  des  phalangettes ,  resté  un  peu 
plus  difficile ,  et  de  celui  des  deux  phalanges 
de  l’indicateur,  dont  les  deux  tendons  avaient 
été  inopinément  divisés  au  même  niveau.  La 
commission  a  trouvé  au  contraire  encore  un 
peu  de  mouvement  aux  deux  phalanges  de 
l’index;  la  flexion  delà  phalangette  du  pouce 
très  bornée;  de  la  phalangette  du  médius, 
difficile  et  bornée;  delà  phalangette  de  l’an¬ 
nulaire  ,  arrivant  presque  au  degré  normal  ; 
et  enfin  au  petit  doigt ,  non-seulement  la 
flexion  delà  phalangette  ,  mais  celle  de  lapha- 
langine ,  très  obscure  et  très  bornée. 

Que  conclure  de  ce  deuxième  fait  ?  D’abord 
la  section  du  long  fléchisseur  du  pouce  et  la 
section  du  fléchisseur  profond  des  autres  doigts 
a  évidemment  manqué  son  but ,  excepté  peut- 


être  pour  l’annulaire ,  et  les  flexions  obscures 
des  phalangettes  pourraient  tout  aussi  bien 
tenir  à  des  adhérences  du  tendon  coupé  avec 
sa  gaine  qu’à  la  réunion  fort  douteuse  des 
deux  bouts  du  tendon.  Il  n’est  pas  mieux 
prouvé  que  les  tendons  du  fléchisseur  sublime 
se  soient  réunis  dans  la  paume  de  la  main,  les 
adhérences  possibles  du  tendon  du  profond  à 
sa  gainé  devant  conserver  les  mouvements  de 
la  phalangine.  Le  succès  total  est  moindre  ici 
que  dans  l’autre  cas  ,  et  il  n’en  résulte  de  bien 
positif  que  ceci ,  savoir  :  le  peu  de  péril  de  la 
section  du  fléchisseur  superficiel  dans  la  paume 
de  la  main. 

Nous  insistons  sur  ce  fait,  car,  à  notre  avis, 
il  est  d’une  importance  capitale  pour  la  prati¬ 
que  ;  et  si  c’était  le  fruit  unique  qu’eût  porté 
cette  discussion,  nous  trouverions  encore 
qu’elle  a  été  utilement  employée  -  Mais  il  y  en 
a  un  autre  qui  ne  doit  pas  non  plus  rester 
perdu;  c’est  la  possibilité  de  réunir  le  tendon 
du  long  fléchisseur  du  pouce.  La  réunion  a 
échoué  dans  le  deuxième  cas  ;  cela  prouve 
seulement  que  les  conditions  en  sont  encore 
inconnues  ;  mais  il  ne  s’agit  que  de  les  cher¬ 
cher. 

A  la  vérité  ,  M.  Bouvier  a  vu  les  faits  un 
peu  autrement  que  la  commission;  mais  ses 
divergences  laissent  ces  deux  points  entière¬ 
ment  hors  de  doute.  Et  ici  qu’il  nous  soit  per¬ 
mis  de  regretter  vivement  que  M.  Guérin  n’ait 
pas  accepté  la  commission  officielle  qu’on  lui 
demandait,  qui  aurait  soumis  les  faits  à  une 
vérification  contradictoire  ,  qui  eût  rendu  leur 
authenticité  plus  claire  que  le  soleil.  Il  n’y 
aurait  rien  perdu  ;  car  les  faits  restent  toujours 
ce  qu’ils  sont ,  et  il  n’est  donné  à  personne 
d’en  changer  la  signification  réelle  ;  il  y  aurait 
gagné ,  ne  fût-ce  qu’en  levant  les  doutes  qui 
restent  encore  au  fond  de  beaucoup  d’esprits. 
Car  nous  adoptons  de  préférence ,  pour  notre 
compte  ,  les  décisions  de  la  commission  offi¬ 
cieuse  ;  mais  nous  ne  saurions  que  répondre  à 
M.  Bouvier,  retranché  dans  son  propre  témoi¬ 
gnage.  Et  puis  la  commission  a-t-elle  tout  vu  ? 
Nous  cherchons  vainement  dans  son  rapport , 
par  exemple ,  si  tous  les  doigts  jouissent  d’une 
égale  flexion  quand  les  sujets  les  fléchissent 
ensemble  ou  séparément  ;  et  nous  pourrions 
signaler  plus  d’une  autre  lacune.  M.  Gerdy,  à 
notre  avis  ,  a  posé  la  véritable  règle  scientifi¬ 
que  pour  la  vérification  des  faits  contestés  ;  il 
faut  les  soumettre  à  une  commission  où  soient 
représentées  toutes  les  opinions  dissidentes. 

Nous  avons  fait  tous  nos  efforts  pour  dégager 
ce  débat  de  toutes  les  questions  irritantes  dont 
il  s’est  compliqué  ;  et  si  nous  n’y  sommes  pas 
parvenu ,  c’est  assurément  la  faute  du  sujet 
plutôt  que  celle  de  notre  vouloir.  Il  nous  faut 
seulement  reconnaître  en  finissant  une  énorme 
injustice  que  nous  avons  faite  de  propos  pré¬ 
médité  à  M.  Gerdy  et  à  M.  Velpeau,  en  les 


25 


REVUE  CRITIQUE. 


laissant  tellement  dans  l’ombre;  mais  ils  sc 
sont  surtout  attachés  à  la  discussion  des  ques¬ 
tions  générales ,  qu’il  ne  nous  paraît  pas 
opportun  d’aborder  quant  à  présent. 


De  la  mortalité  après  les  opérations 
dans  les  hôpitaux  de  Paris. 

Lorsque  nous  publiâmes  nos  Études  sta¬ 
tistiques  sur  les  résultats  des  grandes  opéra¬ 
tions  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  il  y  eut 
parmi  les  chirurgiens  un  étonnement  à  peu 
près  général,  accompagné  de  quelques  mur¬ 
mures.  On  fut  frappé  de  cette  large  part  faite 
à  la  mort,  en  dépit  des  consolantes  illusions 
que  l’on  trouvait  dans  tous  les  livres  de  mé¬ 
decine  opératoire.  Puis  on  demanda  si  ces  re¬ 
cherches  avaient  vraiment  quelque  utilité  ; 
s’il  n’était  pas  dangereux  de  révéler  ainsi ,  de 
traduire  au  grand  jour  cette  plaie  de  notre 
chirurgie;  et  enfin  on  chercha  à  élever  des 
doutes  sur  la  valeur  même  des  documents. 
Nous  dirons  d’abord,  sur  ce  dernier  point,  que 
jamais  ces  doutes  ne  se  sont  produits  publi¬ 
quement  dans  une  discussion  sérieuse;  au  pre¬ 
mier  mort  qu’on  eût  nié ,  nous  nous  faisions 
fort,  de  rapporter  l’extrait  mortuaire.  Quant  à 
l’utilité  pratique,  il  n’a  pas  été  difficile  de  faire 
voir  combien  la  connaissance  de  ces  résultats 
importait  au  pronostic ,  et  combien  elle  devait 
influer  sur  la  détermination  du  praticien. 
Restait  le  péril  d’une  telle  vérification  ;  et  l’on 
affectait  des  craintes  pour  la  responsabilité  des 
chirurgiens  :  objection  peu  réfléchie  et  tout-à- 
fait  indigne  de  la  science  ;  d’ailleurs  la  respon¬ 
sabilité  des  chirurgiens  ne  sera  jamais  mieux 
à  couvert  que  quand  il  sera  bien  établi  que  la 
proportion  de  leurs  revers ,  si  redoutable 
qu’elle  soit,  tient  à  la  gravité  des  opérations 
plus  encore  qu’au  choix  de  l’opérateur  ;  et  si 
celui-ci,  mieux  averti  que  par  le  passé,  croit 
devoir  recourir  au  couteau  avec  plus  de 
réserve,  l’art  et  les  malades  n’auront  qu’à  y 
gagner. 

Nos  calculs  étaient  fondés,  pour  les  ampu¬ 
tations  seulement ,  sur  une  masse  de  852  opé¬ 
rations  pratiquées  de  1836  à  1841,  et  dont 
le  Conseil  des  hôpitaux  s’était  fait  rendre 
compte.  Il  paraît  décidé  qu’à  partir  de  l’année 
prochaine,  le  Conseil  rendra  publics  les  résul¬ 
tats  de  toutes  les  opérations  pratiquées  dans 
tous  les  services  ;  unique  et  sûr  moyen  d’ap¬ 
précier  le  degré  de  salubrité  de  certains  hôpi¬ 
taux  et  de  certaines  salles.  En  attendant,  voici 
deux  de  nos  chirurgiens  les  plus  renommés, 
deux  professeurs  de  clinique  delà  Faculté,  qui 
font  publier  les  résultats  qu’ils  ont  obtenus 
dans  l’année  qui  vient  de  s’écouler ,  noble  et 
utile  exemple  qui  aura  sans  doute  des  imita¬ 
teurs.  MM.  Maunoury  et  Thorc,  internes  de 
l’Hôtel-Dieu,  ont  donné  dans  la  Gazette  mé¬ 
dicale  un  très  bon  résumé  statistique  de  la 


clinique  de  M.  Roux  en  4841  ;  M.  Velpeau  lui- 
même  en  a  fait  autant  pour  sa  propre  clinique 
durant  l’année  classique  1841-42  (  Gazette  des 
hôpitaux );  et  il  y  aura  quelque  intérêt  à  rap¬ 
procher  ces  résultats  nouveaux  de  ceux  que 
nous  avions  trouvés  pour  les  années  précé¬ 
dentes. 

1°  Du  trépan.  —  Le  trépan  a  été  pratiqué 
deux  fois  par  M.  Roux;  les  deux  opérés  sont 
morts.  Dans  les  cinq  années  de  1836  à  1841, 
nous  avions  vu  le  trépan  pratiqué  13  fois  dans 
les  hôpitaux  de  Paris  ,  et  les  13  malades  suc¬ 
comber;  nous  voici  maintenant  à  15  morts 
sur  15.  C’est  là  un  des  cas  où  la  statistique  doit 
achever  d’entraîner  les  convictions  les  plus  re¬ 
belles  ;  et  quand,  à  la  rareté  des  indications 
valables  du  trépan  ,  à  la  difficulté  de  constater 
ces  indications,  on  ajoute  cette  horrible  mor¬ 
talité,  on  peut  prédire  que  le  temps  n’est  pas 
éloigné  où  le  trépan  sera  aussi  rarement  pra¬ 
tiqué  dans  nos  hôpitaux  que  l’opération  césa¬ 
rienne. 

2°  Des  amputations.  —  MM.  Maunoury  et 
Thorc  ont  réuni  les  amputations  des  années 
1840  et  1841;  comme  la  première  année  avait 
déjà  figuré  dans  mes  propres  recherches ,  je 
ne  ferai  état  que  de  la  deuxième.  En  voici  le 
tableau  : 

Cuisses . 8  amput.  5  morts. 

Jambes .  6  3 

Premier  métatarsien  I  1 

Avant-bras . 3  0 

Métacarpiens . 3  2 

Doigt . 1  0 

Phalanges . 6  0 

M.  Velpeau  note -de  son  côté  : 

Cuisses . 6  amput.  4  morts. 

Jambes . 5  2 

Un  métacarpien.  ...  1  0 

Doigts . 3  ! 

Mâchoire . 2  1 

Nous  avions  trouvé  que  l’amputation  de  la 
cuisse  enlevait  les  deux  tiers  des  opérés ,  celle 
de  la  jambe  un  peu  plus  de  la  moitié;  addi¬ 
tionnez  les  chiffres  des  deux  cliniques,  vous 
arriverez  à  la  même  conclusion.  Seulement  no¬ 
tez  ici  que  sur  les  1  1  amputations  de  jambe,  qua¬ 
tre  ont  été  faites  au  tiers  inférieur,  opération 
toute  bénigne,  ainsi  qu’on  le  disait.  Or,  ces 
4  opérations  si  bénignes  ont  donné  3  morts. 
C’est  une  série  malheureuse,  nous  le  croyons  , 
mais  qui  suffira  cependant  pour  rabattre  un 
peu  des  éloges  trop  précipités  qui  avaient  ac¬ 
cueilli  cette  opération. 

Nous  passons  sous  silence  les  amputations 
de  l’avant-bras,  les  moins  fatales  des  grandes 
amputations.  Les  amputations  des  métacarpiens 
et  métatarsiens  n’ont  pas  été  heureuses  à  l’Hô- 
tel-Dieu;  celles  des  doigts ,  à  la  Charité,  ne 
l’ont  guère  été  davantage.  Il  ne  faut  voir 
là  sans  doute  qu’un  fatal  hasard;  toutefois, 
M.  Velpeau  a  répété,  à  propos  des  amputations 


26 


REVUE  CRITIQUE. 


des  doigts,  une  opinion  qui  lui  est  propre  et 
que  nous  ne  saurions  laisser  passer  sans  com¬ 
mentaire  :  «  Les  chirurgiens  savent,  dit-il, 
que  r amputation  d’un  doigt  tue  dans  la  pro¬ 
portion  d’un  opéré  sur  trois  ou  quatre  ;  » 
et  ailleurs  il  la  regarde  comme  presque  aussi 
dangereuse  que  celle  du  bras.  C’est  là  sans  doute 
le  résultat  de  son  expérience  personnelle  ;  mais 
quelque  étendue  qu’elle  puisse  être,  elle  ne 
saurait  suffire  pour  décider  une  pareille  ques¬ 
tion.  Car  voyez,  par  exemple,  avec  un  nombre 
de  faits  trop  limité ,  où  l’on  serait  entraîné. 
Voici  MM.  Maunoury  et  Tliore  qui,  comparant 
les  amputations  faites  pendant  deux  ans  à  l’Hô- 
tel-Dieu  par  M.  Roux,  arrivent  à  cette  autre 
conséquence  que  les  amputations  du  bras  sont 
plus  graves  que  celles  de  la  jambe,  et  que  la 
différence  pour  la  mortalité  entre  les  ampu¬ 
tations  de  la  cuisse  et  celles  du  bras  n’est  pas 
bien  grande.  La  réalité  est  que  les  amputa¬ 
tions  de  la  cuisse  emportent  près  des  deux 
tiers  des  opérés  dans  les  hôpitaux  de  Paris  ; 
celles  de  la  jambe  plus  de  la  moitié  (55  sur  100); 
celles  du  bras  près  d’un  cinquième  de  moins 
(45  sur  100);  tel  a  été  du  moins  le  langage  de 
nos  chiffres.  Quant  aux  amputations  d’un  seul 
doigt,  119  cas  de  ce  genre  n’ont  donné  que  10 
morts  ;  il  n’y  a  aucune  comparaison  à  établir. 

5°  Résections  du  coude.  —  M.  Roux  a  fait 
5  opérations  de  ce  genre  en  1840  et  1841;  il 
n’a  perdu  qu’un  malade.  Si  cette  proportion  se 
maintenait  sur  un  chiffre  plus  notable  d’opé¬ 
rés,  il  s’ensuivrait  que  la  résection  du  coude 
serait  de  beaucoup  moins  grave  que  l’amputa¬ 
tion  du  bras,  moins  grave  même  que  l’ampu¬ 
tation  de  l’avant-bras  ;  résultat  tellement  inat¬ 
tendu,  qu’il  est  sage  sans  doute  d’attendre  de 
nouveaux  faits  pour  l’admettre.  Quoi  qu’il  en 
soit  cependant,  les  succès  obtenus  par  M.  Roux 
sont  assez  encourageants  pour  engager  les  pra¬ 
ticiens  à  marcher  sur  ses  traces.  La  résection 
du  coude  est  une  opération  à  peu  près  aban¬ 
donnée  à  Paris;  et  dans  les  six  années  qui 
viennent  de  finir,  certainement  tous  les  ser¬ 
vices  de  chirurgie  de  Paris  n’en  compteraient  pas 
cinq  autres  exemples ,  tandis  qu’il  s’y  est  fait 
assurément  plus  de  cent  amputations  du  bras 
dans  la  continuité.  91  de  ces  amputations,  de 
1856  à  1842,  avaient  donné  41  morts;  et  il  ne 
faut  pas  oublier  que  la  résection  du  coude,  avec 
moins  de  chances  de  mortalité  peut-être,  laisse 
encore  au  malade  un  membre  fort  utile,  et  lui 
évite  une  triste  mutilation. 

4°  De  l’opération  de  la  hernie  étranglée. — 
J’avais  compris  l’année  1841  dans  mes  études 
statistiques  sur  cette  opération;  disons  toute¬ 
fois  que  dans  le  service  de  M.  Roux  spéciale¬ 
ment  9  opérations  de  ce  genre  ont  donné  5 
morts;  M.  Velpeau,  plus  heureux,  n’a  eu  qu’un 
mort  sur  4  opérés.  Cela  fait  au  total  6  sur  15, 
moins  de  moitié;  le  chiffre  général  auquel  j’é- 
ais  arrivé  était  de  135  morts  sur  220  opérés, 


près  des  deux  tiers.  Au  total,  cette  année  n’a 
pas  été  malheureuse  pour  les  deux  ser¬ 
vices,  mais  surtout  pour  celui  delà  Charité. 

5°  Staphyloraphie.  --  Neuf  opérations  ont 
été  faites  par  M.  Roux,  mêlées  de  succès  et  de 
revers,  toutefois  sans  avo#  compromis  la  vie 
des  opérés. Nous  n’aurions,  en  conséquence  rien 
à  en  dire  ici,  si  M.  Roux  n’avait  donné  lui- 
mêmeum  résumé  des  105  opérations  qu’il  a  pra¬ 
tiquées  jusqu’à  ce  jour.  Sur  ces  105  cas  il  y 
a  eu  trois  morts;  la  première  chez  une  jeune 
fille,  par  suite  d’une  inflammation  très  intense 
du  fond  de  la  gorge;  la  seconde  chez  un  jeune 
Anglais  ,  par  des  accidents  nerveux  de  nature 
assez  mal  définie;  enfin  une  jeune  Anglaise  fut 
emportée  par  une  phthisie  aiguë  dont  elle  por¬ 
tait  sans  doute  le  germe  longtemps  déjà  avant 
l’opération.  On  voit  que,  malgré  ce  loyal  aveu, 
l’opération  de  M.  Roux  n’en  reste,  pas  moins 
l’une  des  plus  innocentes  de  la  chirurgie,  et 
n’est  même  directement  responsable  que  du 
premier  cas  de  mort.  Ajoutons  ,  bien  que  cela 
sorte  de  notre  sujet,  que,  d’après  les  chiffres  de 
M.  Roux,  la  staphyloraphie  réussit  2  fois  sur 
3  dans  les  divisions  simples ,  et  1  fois  sur  3 
seulement  dans  les.  divisions  compliquées. 

6°  Fistule  a  l’anus.  — Cette  opération  a  été 
pratiquée  par  M.  Roux  sur  16  sujets,  par 
M.  Velpeau  sur  19;  il  n’y  a  pas  eu  de  morts.  Il 
paraît  que  quelques  chirurgiens  regardent  l’o¬ 
pération  de  la  fistule  comme  fort  dangereuse; 
M.  Velpeau  a  cru  nécessaire  de  combattre  cette 
opinion ,  dont  nous  ne  connaissons  pas  l’ori¬ 
gine.  Il  établit  donc  qu’elle  n’entraîne  d’acci¬ 
dents  mortels  qu’une  fois  tout  au  plus  sur  10 
ou  15  opérés,  sans  dire  sur  quoi  il  se  fonde. 
MM.  Maunoury  et  Thore  ont  fait  le  relevé  de 
toutes  les  opérations  de  ce  genre  pratiquées  à 
l’Hûtel-Dieu  de  1856  à  1840  inclusivement;  et 
sur  119  cas  ils  ont  trouvé  9  morts,  ou  1  sur  12. 
Nous  avouons  que,  bien  loin  de  nous  rassurer, 
cette  proportion  nous  paraît  effrayante  ;  rien 
dans  l’histoire  de  l’art  n’aurait  permis  de  la 
prévoir  ;  et  pour  notre  compte,  nous  n’avons 
perdu  jusqu’à  présent  aucun  de  ceux  que  nous 
avons  opérés.  Nous  présumons  donc,  jusqu’à 
plus  ample  informé,  que  la  plupart  pour  le  moins 
de  ces  morts  ont  emporté  des  sujets  porteurs 
de  complications  bien  plus  graves  que  la  fistule 
même. 

MM.  Maunoury  et  Thore  expliquent  cette 
mortalité  par  l’origine  tuberculeuse  de  bon 
nombre  de  ces  fistules  qui  précèdent  ou  suivent 
la  phthisie  pulmonaire.  M.  Amiral,  n’ayant  vu 
qu’une  seule  fois  la  fistule  à  l’anus  sur  800 
phthisiques,  avait  rejeté  cette  prétendue  coïn¬ 
cidence,  et  s’était  demandé  d’où  avait  pu  prove¬ 
nir  une  pareille  erreur.  MM.  Maunoury  et 
Thore  répliquent  un  peu  superbement  peut- 
être  :  «  Ce  sont  les  chirurgiens  qui  ont  ré¬ 
pandu  cette  opinion  fondée  en  réalité  ;  leur  ré¬ 
ponse  a  M.  Andral  est  que  sur  20  fistules  à 


: 27 


REVUE  CRITIQUE. 


V anus,  5  au  moins  compliquent  la  phthisie  pul¬ 
monaire.  »  Il  nous  sera  permis  de  dire  que 
cette  proportion  nous  paraît  donnée  fort  à  la 
légère,  que  nous  n’avons  rien  vu  jusqu’à 
présent  qui  lui  donne  même  un  air  de  vraisem¬ 
blance;  et  précisément  sur  21  fistules  entrées 
en  1841  dans  le  service  de  M.  Roux,  un  seul 
sujet  fut  renvoyé  comme  phthisique. 


Traitement  de  l’ophthalmie  des  nou¬ 
veau-nés  ,  par  M.  Ammon  de  Berlin. 

M.  Ammon  a  toujours  obtenu  le  meilleur 
résultat  de  la  méthode  de  traitement  suivante 
dans  l’ophthalmie  des  nouveau-nés.  Tout  au 
début  de* la  maladie,  il  a  recours  au  collyre 
suivant. 

R.  Extrait  de  belladone. .  25  à  50  centigr. 

Eau  chlorurée .  gtt.  x  à  xij. 

Eau  distillée . 125  grammes. 

Une  petite  éponge  fine  est  imbibée  de  cette 
solution  tiède ,  et  doit  être  appliquée  sur  les 
paupières  tous  les  quarts  d’heure  ou  demi-heu¬ 
res  ,  afin  d’en  laisser  pénétrer  jusqu’à  la  con¬ 
jonctive.  Dans  l’intervalle,  il  faut  recouvrir  les 
yeux  de  compresses  trempées  dans  la  même 
solution. 

La  belladone  est  employée,  dans  ces  cas, 
dans  un  double  but;  d’abord  pour  faire  dis¬ 
paraître  le  spasme  des  paupières  qui,  empêchant 


l’écoulement  des  matières  sécrétées ,  les  main¬ 
tient  constamment  en  contact  avec  la  cornée  ; 
ensuite  pour  dilater  la  pupille  ,  afin  que,  si  la 
cornée  vient  à  se  perforer  et  l’iris  à  faire  her¬ 
nie  ,  il  reste  encore  une  portion  de  la  pupille. 
Cette  dilatation  de  la  pupille  a  également  pour 
résultat  de  modifier  la  turgescence  de  toute  la 
chambre  antérieure,  et  en  même  temps  la 
tension  de  la  cornée  qui  en  est  le  résultat. 
S’il  y  a  lieu ,  on  pourra  recourir  à  des  déri¬ 
vatifs  intestinaux  et  employer  avec  avantage 
dans  ce  but  la  potion  suivante. 

R.  Nitre  purifié, 

Coquille  d’huître  préparée,  aa  50  centigr. 

Eau  distillée, 

Sirop  de  manne,  aa  50  grammes. 

Si  la  sécrétion  purulente  a  cessé ,  il  faut 
songer  à  accroître  la  tonicité  de  la  conjonc¬ 
tive  et  à  empêcher  la  maladie  de  passer  à 
l’état  chronique.  Pour  cela  on  instillera  entre 
les  paupières  des  gouttes  d’une  solution  de 
sulfate  de  zinc  (5  centigrammes)  dans  2  ou  4 
grammes  de  teinture  d’opium  avec  addition, 
si  on  le  juge  à  propos ,  de  l’extrait  de  bella¬ 
done. 

M.  Ammon  termine  en  engageant  vivement  à 
essayer  sa  méthode  de  traitement,  ajoutant 
que  l’ophthalmie  est  encore  le  fléau  de  l’enfance. 

Journal  von  Chirurgie  und  Augenheilkf, 
von  Walther  nnd  Ammon,  tome  51,  n°  l. 


* 


©SïStétriîiiie, 


EXTRAITS  DES  JOURNAUX  ALLEMANDS. 

L’obstétrique  a  toujours  tenu  une  place  im¬ 
portante  dans  la  presse  médicale.  Admise  sur 
le  même  pied  que  les  autres  branches  de  l’art 
dans  tous  les  recueils  périodiques ,  elle  s’est 
quelquefois  fait  une  large  part  dans  certains 
journaux  principalement  consacrés  à  la  chirur¬ 
gie;  elle  a  même  eu  ses  organes  spéciaux  et 
ses  publications  distinctes.  C’est  en  Allemagne 
surtout  qu’elle  s’est  montrée  jalouse  de  cette 
indépendance,  et  depuis  un  demi -siècle  elle 
s’est  maintenue  avec  dignité  au  rang  qu’elle  a 
pris  dans  la  presse.  Après  les  Archives  de 
Stark,  nous  avons  vu  paraître  la  Lucina, 
puis  le  Journal  d’ Accouchement  de  Siebold 
qui  a  eu  vingt-cinq  ans  d’existence  ;  en  même 
temps  Busch,  Mende,  d’Outrepont ,  Bitgen 
publiaient  la  Gazette  d’ Accouchement ,  dont  la 
nouvelle  série  compte  déjà  onze  volumes.  Cette 
Nouvelle  gazette  à  laquelle  Siebold  prête , 
depuis  quatre  ans ,  sa  savante  et  active  colla¬ 
boration,  est  maintenant  le  seul  journal  qui, 
de  l’autre  côté  du  Rhin ,  soit  exclusivement 
consacré  à  l’obstétrique. 

Quand  on  parcourt  ces  précieuses  collections, 
on  n’est  pas  moins  frappé  des  richesses  qu’elles 


renferment  que  du  ton  grave  et  digne  qui  y  rè¬ 
gne  constamment.  C’était  là  un  bel  exemple  of¬ 
fert  aux  autres  peuples,  et  qui  n’a  pourtant  que 
rarement  trouvé  des  imitateurs  parmi  nous. 
Toutes  les  imitations  d’ailleurs  n’ont  pas  été 
heureuses,  etpeut-être  les  conditions  de  succès 
n’existent-elles  pas  en  France.  Les  Siebold, 
ainsi  que  les  rédacteurs  de  la  Gazette,  n’ont  ja¬ 
mais  scrupuleusement  suivi  l’ordre  des  temps; 
ils  ont  moins  compté  les  mois  qu’ils  n’ont  tenu 
compte  du  nombre  et  de  la  valeur  des  matériaux, 
préférant  s’abstenir  et  attendre  lorsque  leurs 
cartons  n’étaient  pas  assez  bien  remplis.  Aussi 
les  Siebold  n’ont-ils  publié  que  dix-sept  volu¬ 
mes  en  vingt-cinq  ans.  Et  pourtant  quelle  vaste 
et  puissante  collaboration  leur  est  venue  en  ai¬ 
de  !  L’Allemagne,  qui  compte  tant  d’universités, 
renferme  un  nombre  à  peu  près  égal  d’hôpitaux 
et  de  cliniques  d’accouchement,  et  parmi  les 
médecins  placés  à  la  tête  de  ces  établissements, 
il  en  est  peu  qui  n’aient  fourni  des  mémoires 
plus  ou  moins  importants  au  journal  de  Sie¬ 
bold.  La  Gazette  qui  a  joui  des  mêmes  avan¬ 
tages  ,  profité  des  mêmes  ressources  ,  recevait 
en  outre  l’impulsion  de  quatre  rédacteurs  dont 
la  position  spéciale-,  le  mérite  personnel  et 


28 


REVUE  CRITIQUE. 


les  longues  études  semblaient  devoir  lui  assu¬ 
rer  une  sorte  de  fécondité.  Et  pourtant  à  peine 
publie-t-elle  un  volume  par  an  !  Cette  réserve 
est  certainement  de  bon  goût  ;  mais  serait-elle 
goûtée  chez  nous  comme  elle  mérite  de  l’être  ? 
On  veut  être  ici  servi  à  jour  fixe  ,  et  cette  exi¬ 
gence  bien  naturelle  peut  être  quelquefois  dif¬ 
ficile  à  satisfaire  quand  on  se  restreint  à  une 
branche  de  l’art  assez  limitée ,  malgré  ses  ✓ 
nombreuses  ramifications.  Je  n’en  veux  d’au¬ 
tre  preuve  que  la  fusion  qui  s’est  opérée  entre 
les  deux  journaux  allemands. 

Il  ne  faudrait  pas  conclure  de  cette  fusion 
que  les  faits  et  les  travailleurs  sont  moins  nom¬ 
breux  en  Allemagne.  Il  suffit  de  jeter  un  coup 
d’œil  sur  les  recueils  généraux  consacrés  aux 
sciences  médicales  pour  voir  que  les  cas  curieux 
d’accouchement  ne  manquent  ni  d’observateurs 
ni  d’interprètes ,  que  /es  doctrines  les  mieux 
établies  comme  les  doctrines  encore  mal  assu¬ 
rées  y  sont  sans  cesse  soumises  à  des  inves¬ 
tigations  nouvelles.  C’est  que  l’obstétrique , 
alors  même  qu’elle  était  conduite  par  quelques 
hommes ,  dignes,  au  reste,  de  lui  servir  de  gui¬ 
des,  dans  une  voie  séparée  et  indépendante , 
n’a  pourtant  pas  rompu  les  liens  naturels  qui 
l’ont  de  tout  temps  unie  à  la  médecine  et  à  la 
chirurgie ,  et  que  ces  liens  se  resserrent  tous 
les  jours. 

A-t-elle  donc  tort  de  vouloir  marcher  de 
concert  avec  les  autres  branches  de  l’art  ?  Non 
sans  doute  ;  car  elle  a  plus  à  gagner  à  cette 
union  qu’à  l’isolement.  Isolée,  jamais  elle  ne 
pourra  s’adresser  à  un  aussi  grand  nombre  de 
lecteurs,  et  comme  il  ne  lui  est  pas  plus  per¬ 
mis  qu’à  toute  autre  de  s’affranchir  dans  ses 
publications  d’une  régularité  indispensable , 
chez  nous  du  moins ,  au  succès  de  tout  recueil 
périodique ,  ne  serait-il  pas  à  craindre  qu’elle 
s’épuisât  bientôt  par  sa  fécondité  même  ?  Aussi, 
tout  en  comprenant  une  autre  marche  et  en 
applaudissant  à  d’autres  efforts ,  avons-nous 
toujours  pensé  que  cette  union  ferait  sa  force. 
Ici  donc  l’obstétrique  ne  sera  point  séparée 
de  la  chirurgie.  Dans  des  voies  tout-à- fait  pa¬ 
rallèles  et  d’un  mouvement  simultané,  elles 
marcheront  à  leur  but,  heureuses  de  se  soute¬ 
nir  pour  l’atteindre,  et  de  s’entr’aider  dans 
les  questions  d’intérêt  scientifique  commun. 

Avec  les  ressources  que  nous  possédons  déjà, 
et  à  l’aide  de  celles  qui  nous  ont  été  promises, 
nous  espérons  que  l’occasion  ne  manquera  pas 
à  ce  journal  de  traiter  beaucoup  des  hautes 
questions  de  l’obstétrique.  Aujourd’hui  notre 
intention  est  plus  modeste  ;  nous  avons  sous 
les  yeux  le  XIe  vol.  de  la  nouvelle  gazette 
d’ Accouchement  (N eue  Zeitschrift  für  Geburts- 
Kunde).  En  la  parcourant,  nous  trouvons  plu¬ 
sieurs  mémoires  concernant  des  points  impor¬ 
tants  de  doctrines  obstétricales  et  quelques 
observations  détachées.  Nous  nous  bornerons 
aujourd’hui  à  en  extraire  l’observation  sui¬ 


vante  ,  nous  réservant  d’y  revenir  dans  le 
prochain  supplément. 


Dépression  considérable  du  frontal 

chez  un  nouveau-né  ,  produite  par  une 

exostose  volumineuse  située  entre  la  qua¬ 
trième  et  la  cinquième  vertèbres  lombaires. 

Parle  docteur  Düntlzer,  médecin  à  Cologne. 

Christine  K _ ,  trente  ans,  brune,  d’une 

bonne  santé  habituelle,  un  peu  trapue  et  assez 
forte,  avait  souffert  dans  son  enfance  du  ra¬ 
chitisme,  et  sa  démarche  vacillante,  sa  petite 
taille  (4  pieds  1/4),  le  gonflement  per¬ 
sistant  des  extrémités  épiphysaires  au  ni¬ 
veau  des  poignets  et  des  articulations  tibio-tar- 
sicnnes,  la  forme  arquée  du  corps  des  tibias, 
la  dépression  de  la  région  lombaire,  annon¬ 
çaient  assez  qu’elle  n’en  avait  été  qu’incomplè- 
tement  guérie.  Ces  premières  données  de 
l’exploration  extérieure  faisaient  soupçonner, 
ce  que  l’exploration  interne  confirma,  l’exis¬ 
tence  d’un  bassin  rachitique.  La  viciation 
était  modérée,  avait  principalement  son  siège 
au  détroit  supérieur  ,  tandis  que  l’inférieur 
était  relativement  agrandi.  L’angle  sacro-ver¬ 
tébral  était  difficile  à  atteindre.  Le  diamètre 
sacro-pubien  avait  5  p.  1/4. 

Ces  dispositions  expliquaient  les  résultats 
des  deux  premiers  accouchements  terminés 
l’un  par  le  forceps,  l’autre  par  la  version,  et 
qui  avaient  donné  tous  deux  des  enfants  morts. 
Le  troisième,  dans  lequel  la  version  fut  éga¬ 
lement  indispensable,  fut  heureux  pour  l’enfant, 
petite  fille  à  la  vérité  délicate  ,  mais  vivace  et 
aujourd’hui  âgée  de  trois  ans. 

La  quatrième  grossesse  fut  troublée,  vers  son 
milieu,  par  quelque  dérangement  dans  les  fonc¬ 
tions  du  foie  et  du  système  de  la  veine-porte, 
mais  pendant  quelques  semaines  seulement. 
Dans  les  deux  derniers  mois,  K. . .  fut  tourmen¬ 
tée  par  une  douleur  sourde  continue  et  par  un 
sentiment  dépréssion  dans  la  région  des  der¬ 
nières  vertèbres  lombaires,  accompagnée  d’un 
petit  mouvement  fébrile  le  soir,  et  contre  les¬ 
quels  tous  les  moyens  restèrent  impuissants. 

Le  23  août  au  soir  le  travail  se  déclara,  bien¬ 
tôt  la  dilatation  s’opéra,  et  les  membranes  se 
rompirent;  mais,  bien  que  toutes  les  appa¬ 
rences  fussent  en  faveur  d’une  terminaison 
naturelle  et  prompte,  les  contractions  les  plus 
violentes,  aidées  des  efforts  les  plus  éner¬ 
giques  ,  ne  parvinrent  pas  à  engager  la  tête 
dans  le  détroit  supérieur.  Après  plusieurs  heu¬ 
res  d’attente  qui  ne  laissèrent  point  de  doute 
sur  l’impuissance  de  la  nature,  Düntzler  se  dé¬ 
cida  à  appliquer  le  forceps  et  fit,  non  sans  de 
grandes  difficultés,  l’extraction  d’une  fille  dans 
un  état  de  mort  apparente,  mais  qui  cependant 
fut  bientôt  ranimée  par  l’emploi  de  moyens  ap¬ 
propriés.  Mais  quel  ne  fut  pas  son  étonnement 
lorsqu’ayant  examiné  plus  attentivement  la  tête 


29 


REVUE  CRITIQUE. 


de  l’enfant,  i!  remarqua  au  côté  gauçhe  du 
front  une  dépression  ovalaire  s’étendant  trans¬ 
versalement  de  l’arcade  sourcilière  à  la  suture 
coronale,  et  ayant  deux  pouces  et  demi  de  lon¬ 
gueur  ,  un  pouce  et  demi  de  largeur,  et  un 
pouce  de  profondeur  !  Il  n’y  avait  ni  fracture, 
ni  tissure ,  ni  rougeur  de  la  peau ,  ni  ecchy¬ 
mose. 

L’auteur  ajoute  qu’ayant  introduit  toute  la 
main  dans  le  vagin,  il  trouva  une  exostose  ova¬ 
laire  de  la  grosseur  d’un  œuf  de  pigeon  entre 
la  quatrième  et  la  cinquième  vertèbres  lom¬ 
baires.  Le  promontoire  faisait  plus  de  saillie 
qu’à  l’ordinaire;  les  diamètres  du  détroit  abdo¬ 
minal  étaient  resserrés;  il  n’y  avait  point 
d’autre  viciation. 

La  mère  se  rétablit  et  l’enfant  alla  bien.  Au 
bout  de  quelques  jours  la  partie  déprimée  s’é¬ 
tait  déjà  un  peu  relevée  ;  trois  mois  après 
tout  enfoncement  avait  disparu.  A  six  mois, 
ce  côté  du  front  avait  presque  repris  sa  vous¬ 
sure  naturelle  ,  et  tout  faisait  espérer  qu’elle 
finirait  par  la  reprendre  tout-à-fait. 

Cette  observation  est  loin  d’être  la  seule  de,, 
ce  genre.  Les  annales  de  la  science  en  renfer¬ 
ment  d’autres  ;  mais  il  s’en  faut  bien  que  pour 
toutes  l’issue  ait  été  également  heureuse.  Trop 
souvent  la  solidité  des  os  du  crâne  s’oppose  à 
ce  qu’ils  soient  simplement  déprimés,  et  lors¬ 
que  la  dépression  s’accompagne  de  fracture, 
presque  toujours  la  mort  a  lieu  immédiatement 
ou  suit  de  près  la  naissance. 

Les  médecins  habitués  à  la  pratique  des 
accouchements  ne  contesteront  pas  l’origine  de 
cette  dépression  du  frontal;  le  forceps  n’en  sau¬ 
rait  être  accusé.  Mais  l’auteur  aurait  levé  les 
doutes  qui  pourraient  naître  dans  quelques 
esprits,  s’il  eût  indiqué  les  points  de  la  tête  sur 
lesquels  les  branches  de  l’instrument  avaient 
laissé  des  traces.  Cette  précaution  me  pa¬ 
raît  indispensable  dans  les  cas  de  cette  espèce, 
et  je  n’y  ai  jamais  manqué,  pour  ma  part.  Les 
dépressions  avec  fractures  produites  par  les 
saillies  osseuses  n’ont  pas,  en  effet,  toujours 
des  caractères  tellement  tranchés ,  que  l’idée 
d’une  lésion  par  le  forceps  ne  puisse  venir  à 
l’esprit;  et,  d’après  les  faits  que  j’ai  recueillis, 
je  crois,  dans  quelques  circonstances  au  moins, 
la  distinction  assez  difficile  pour  conseiller  la 
plus  grande  réserve  aux  médecins  qui  auraient 
à  prononcer  comme  experts  en  pareil  cas. 
J’espère  pouvoir  exposer  un  jour  le  résultat  de 
mes  observations  sur  toutes  ces  lésions  des 
os  du  crâne  chez  les  nouveau-nés,  et  les  exa¬ 
miner  en  particulier  sous  le  rapport  médico-lé¬ 


gal.  Déjà  je  me  trouve,  avec  Ed.  Caspar.  Jac. 
V.  Siebold  qui  a  traité  ce  sujet  au  tome  XIe 
de  son  journal,  en  désaccord  sur  trop  de  poin  ts 
pour  ne  pas  croire  que  cette  partie  de  l’obsté¬ 
trique  appelle  de  nouvelles  recherches. 

Je  ne  puis  pas  accepter  comme  démontrée 
ici  l’existence  d’une  exostose.  D’abord  la  pro¬ 
jection  de  l’angle  sacro-vertébral  produit  seul 
des  dépressions  semblables  à  celle  observée  par 
Düntzler  ;  en  second  lieu,  Nægelé  (Des prin¬ 
cipaux  vices  de  conformation  du  bassin)  a 
montré  l’excessive  rareté  des  exostoses  et  si¬ 
gnalé  les  cas  nombreux  où  la  saillie  sacro-ver¬ 
tébrale  avait  été  prise  pour  une  tumeur  os¬ 
seuse  ;  et  l’erreur  est ,  en  effet ,  facile  dans 
certains  cas  de  projection  de  l’angle  et  parti¬ 
culièrement  de  l’une  des  vertèbres  situées  au- 
dessus,.  Ce  qui  est  dit  de  la  dépression  de  la 
région  lombaire  donne  à  penser  qu’une  saillie 
de  ce  genre  existait  ici,  et  je  ne  pense  pas  que 
les  symptômes  observés  dans  les  deux  derniers 
mois  de  la  grossesse  soient  assez  caracté¬ 
ristiques  du  développement  d’une  exostose 
pour  qu’on  ne  puisse  pas  les  expliquer  autre¬ 
ment.  Enfin,  bien  qu’il  y  ait  des  exemples  de 
formation  rapide  d’exostoses,  cela  n’est  point 
ordinaire  pourtant,  surtout  aux  exostoses  iso¬ 
lées,  saillantes  et  globuleuses.  Mais  quel  ar¬ 
gument  opposer  au  résultat  d’une  exploration 
faite  avec  la  main  tout  entière  ?  Aucun  peut- 
être  ,  et  pourtant  l’erreur  n’est-elle  pas  pos¬ 
sible  ? 

11  est  probable  qu’il  n’y  a  point  eu  ici  frac¬ 
ture,  et  cependant  je  n’oserais  pas  l’assurer  ; 
une  observation  que  j’ai  recueillie  prouve 
qu’indépendamment  de  la  dépression,  des  frac¬ 
tures  peuvent^xister  et  n’être  pas  un  obsta¬ 
cle  à  la  guérison. 

Le  redressement  graduel  de  l’os  qui  s’est 
opéré  ici  comme  dans  quelques  autres  cas  n’a 
pas  toujours  lieu.  Je  doute  qu’il  se  fût  accom¬ 
pli  dans  le  cas  que  j’ai  observé.  M.  le  doc¬ 
teur  Hipp.  Petit  m’a  dit  avoir  pour  cliente 
une  dame  dont  le  frontal,  enfoncé  au  moment 
de  sa  naissance ,  est  toujours  resté  déprimé. 

L’observation  de  Düntzler,  fort  intéressante 
sans  doute,  l’est  moins  cependant  que  celles 
relatives  aux  lésions  des  os  du  crâne,  frac¬ 
tures  ou  dépressions,  résultat  d’accouche¬ 
ments  spontanés.  J’ai  observé  trois  cas  de 
ce  genre,  qui  n’eussent  point  été  déplacés  sans 
doute  après  le  fait  précédent ,  mais  qu’il  m’a 
pourtant  paru  plus  convenable  de  réserver. 
Elles  feront  partie  d’un  mémoire  destiné  au 
prochain  numéro.  Avt.  Danyau. 


NOTE  SUR  LE  SPARADRAP  COMMUN. 

Les  nombreux  onguents  et  emplâtres  com¬ 
posés  dont  les  anciennes  pharmacopées  étaient 
encombrées  ont  presque  entièrement  disparu 


de  la  pratique.  L’arsenal  pharmaceutique  du 
chirurgien  est  singulièrement  réduit,  mais 
aussi  il  est  une  préparation  dont  on  fait  une 
consommation  beaucoup  plus  étendue  qu’au- 
trefois. 


REVUE  CRITIQUE. 


30 

Quand  je  suis  entré  à  l’Hôtel-Dieu ,  il  y  a 
bientôt  dix  ans,  je  consommais  par  mois  envi¬ 
ron  12  kil.  d’emplâtre  pour  le  sparadrap.  Cette 
quantité  s’est  progressivement  élevée  à  15  kil., 
20  kil.,  25  kil.,  et  enfin  aujourd’hui ,  elle  est 
arrivée  au  chiffre  de  30  kil.  par  mois ,  quoique 
la  population  de  l’Hôtel- Dieu  ait  baissé  de 
près  d’un  tiers. 

11  importe  beaucoup  au  chirurgien  d’avoir  à 
sa  disposition  le  meilleur  sparadrap  possible  ; 
quand  il  est  de  bonne  qualité,  les  pansements 
sont  plus  faciles,  et  la  réunion  des  blessures 
par  première  intention  est  beaucoup  plus  sûre. 

Le  sparadrap  qu’on  délivre  dans  les  pharma¬ 
cies  de  la  ville  est  en  général  moins  bon  que 
celui  qu’on  emploie  dans  les  hôpitaux.  Nous 
allons  examiner  successivement  les  diverses 
espèces  de  sparadraps  qu’on  a  proposées ,  et 
nous  entrerons  dans  des  détails  pratiques  in¬ 
dispensables  pour  assurer  la  bonne  préparation 
de  ce  produit  important. 

Occupons-nous  d’abord  du  choix  de  la  masse 
emplastique.  On  a  adopté  exclusivement  dans 
les  hôpitaux  l’emplâtre  diachyîon  gommé.  Voici 
comme  on  le  prépare.  On  prend  : 

Emplâtre  simple . 480  grammes. 

Cire  jaune . 50  gr. 

Térébenthine  desVosges  50  gr. 

Poix  blanche  . 50  gr. 

Gomme  ammoniaque. .  .10  gr. 

Bdellium . 10  gr. 

Galbanum . 10  gr. 

Sagapénum . 10  gr. 

On  fait  liquéfier  l’emplâtre  simple  avec  la  cire, 
d’autre  part  on  fait  également  liquéfier  la  poix 
avec  la  térébenthine.  On  passe  <£  mélange  ;  on 
l’ajoute  au  premier  ,  on  verse  ensuite  dans  la 
masse  emplastique,  etA  on  incorpore  par  l’agi¬ 
tation  les  gommes-résines  qui  avaient  été 
préalablement  dissoutes  dans  l’alcool  à  56°  C., 
puis  ramenées  par  la  distillation  et  l’évapora¬ 
tion  à  la  consistance  de  miel  épais.  La  masse 
emplastique  qu’on  obtient  est  d’une  belle  cou¬ 
leur  jaunâtre  ;  son  odeur  est  assez  agréable;  sa 
consistance  est  bonne  ;  il  est  quelquefois  né¬ 
cessaire  d’y  ajouter  pendant  les  grands  froids 
une  petite  proportion  de  térébenthine;  mais 
presque  toujours  cette  addition  est  inutile. 

Sans  doute  on  pourrait  simplifier  la  formule 
précédente  sans  lui  rien  faire  perdre  de  ses 
bonnes  qualités.  La  poix  de  Bourgogne  est  un 
produit  souvent  impur  qu’on  pourrait  rempla¬ 
cer  par  de  la  bonne  térébenthine  ;  le  sagapénum 
est  si  souvent  falsifié  qu’on  devrait  le  suppri¬ 
mer  en  augmentant  la  dose  des  autres  gommes- 
résines.  Quoi  qu’il  en  soit  de  ces  remarques, 
le  diachyîon  gommé  constitue  une  masse  emplas¬ 
tique  bien  adhésive,  d’une  bonne  consistance, 
et  qui  très  rarement  détermine  des  érysipèles. 

M.  Sévin  a  proposé  pour  le  sparadrap  une 
masse  emplastique  dont  voici  la  formule. 


Prenez  :  Résine  élémi 

Térébenthine  fine  aa . 40  gramm. 

Liquéfiez  sur  un  feu  doux,  passez  et  ajoutez 

Cire  blanche . 15  gramm. 

Cire  jaune . 15  gramm. 

Emplâtre  simple . 50  gramm. 

Faites  fondre  sur  un  feu  doux  :  mélangez 
intimement. 

Cette  masse  emplastique  est  bonne  :  on  ob¬ 
tient  avec  elle  un  sparadrap  bien  adhésif  d’une 
odeur  agréable.  On  l’a  essayé  quelque  temps 
avec  succès  à  l’Hôtel -Dieu.  On  peut  objecter 
seulement  que  la  résine  élémi  est  souvent  rare 
et  chère,  et  on  peut  craindre  que  la  proportion 
un  peu  élevée  de  matières  résineuses  ne  déter¬ 
mine  dans  certaines  conditions  une  excitation 
qui  pourrait  favoriser  le  développement  d’é¬ 
rysipèles  ;  on  peut  craindre  aussi  que  l’absence 
de  gommes-rêaines  rende  le  sparadrap  un  peu 
moins  adhésif  que  celui  de  diachyîon. 

M.  Schaenffet  a  proposé  pour  le  sparadrap 
l’emplâtre  suivant  : 

Prenez  :  Colophane 

Résine  aa . 200  gr. 

Gomme  ammoniaque  \ 

Sagapénum . >  aa  10  gr. 

Galbanum . ; 

Térébenthine . . 

Emplâtre  simple - $  aa  ^  * 

Cire  jaune .  200  gr. 

F. s. a. — La  grande  diminution  dans  cette 
masse  emplastique  de  la  proportion  de  l’em¬ 
plâtre  simple  est  peut-être  une  circonstance 
fâcheuse ,  et  la  grande  proportion  de  matières 
résineuses  pourrait  aussi  déterminer  le  déve¬ 
loppement  des  érysipèles.  En  définitive,  on  n’a 
rien  proposé  de  mieux  jusqu’ici  que  l’emplâtre 
diachyîon  gommé. 

Le  choix  du  tissu  est  une  chose  très  impor¬ 
tante  dans  la  préparation  du  sparadrap.  Quel¬ 
ques  pharmaciens,  dans  l’intention  d’obtenir  un 
produit  qui  flatte  l’œil,  choisissent  ou  de  la 
toile  très  fine  et  bien  unie,  ou  du  calicot  très 
fin,  bien  lisse  et  bien  apprêté.  C’est  un  grand 
tort.  Il  faut  choisir,  et  cela  est  de  la  plus  grande 
importance,  du  calicot  écru  qui  n’a  subi  nul 
apprêt ,  qui  soit  bien  fort  et  muni  d’un  duvet 
bien  garni  et  bien  apparent.  Ces  petits  fils  de 
coton  qui  dépassent,  servent  merveilleusement 
à  retenir  la  masse  emplastique  et  empêchent 
le  sparadrap  de  s’écailler,  ce  qui  est  fort  désa¬ 
gréable  lorsqu’on  exécute  un  pansement  de 
quelque  importance. 

Différents  sparadrapiers  ont  été  proposés 
pour  étendre  la  masse  emplastique  sur  le  tissu. 
Le  procédé  qu’on  suit  dans  les  hôpitaux  est 
très  simple  et  très  bon.  Il  consiste  à  étendre 
le  sparadrap  au  moyen  d’un  couteau  à  lame 
droite.  On  prend  les  bandes  et  on  les  attache 
par  chaque  extrémité  à  des  espèces  de  peignes 
à  dents  que  l’on  fait  tenir  par  deux  aides. 

Le  tissu  étant  bien  tendu,  on  verse  l’em¬ 
plâtre  fondu,  mais  le  moins  chaud  possible,  sur 


BIBLIOGRAPHIE. 


Tune  de  ses  extrémités,  et  on  l’étale  sur  toute 
la  bande  au  moyen  d’un  couteau  légèrement 
chauffé.  On  repasse  à  plusieurs  reprises  pour 
que  la  couche  de  masse  emplastique  soit  bien 
uniformément  étendue  et  suffisamment  épaisse. 
Elle  est  en  général  trop  légère  dans  les  pharma¬ 
cies  civiles,  où  l’on  emploie  des  sparadrapiers 
qui  ne  permettent  pas  de  rectifier  les  bandes 
trop  légèrement  chargées. 

Nous  terminerons  par  un  fait  très  important  : 
le  sparadrap  doit  être  fréquemment  renou¬ 
velé  ,  au  moins  deux  fois  par  mois  ,  car  sous 
l’influence  de  l’air  il  s’altère  vite.  Les  gommes- 
résines  et  les  oléo-résines  se  modifient  et  de¬ 


31 

viennent  cassantes.  L’emplâtre  simple  lui- 
même  change  de  nature,  et  le  sparadrap  s’é¬ 
caille,  ce  qui  est  détestable. 

11  faut  encore  éviter  d’en  former  des  rouleaux 
trop  serrés ,  car  si  la  couche  emplastique  est 
suffisamment  épaisse,  cela  suffit  pour  gâter  le 
sparadrap. 

Je  suis  entré  dans  de  longs  et  minutieux 
détails,  mais  je  serai  heureux  si  je  puis  contri¬ 
buer  à  faire  trouver  partout  aux  chirurgiens 
du  sparadrap  de  bonne  qualité;  car,  je  le  ré¬ 
pète  en  terminant ,  c’est  la  préparation  phar¬ 
maceutique  chirurgicale  la  plus  importante. 

BOUCIIARDAT. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Traité  des  sections  tendineuses  et 
musculaires  dans  le  strabisme,  la  myo¬ 
pie,  etc.;  avec  atlas;  par  À.  Bonnet,  chi¬ 
rurgien  en  chef  de  Y  Hôtel-Dieu  de  Lyon. — 
Chez  J.  B.  Baillière  et  Germer  Baillière, 
rue  de  l’École  -  de  -  Médecine.  —  Prix, 
8  francs. 

Lyon  s’est  toujours  fait  remarquer  entre 
toutes  nos  villes  de  province  par  son  ardeur  à 
cultiver  les  sciences  ;  et  en  ce  qui  concerne  la 
chirurgie,  depuis  le  XVIIIe  siècle,  il  serait  fa¬ 
cile  de  dresser  la  généalogie  non  interrompue 
des  praticiens  et  des  écrivains  distingués  qui 
ont  fait  l’honneur  de  cette  cité.  Peut-être  ce¬ 
pendant  chacun  d’eux  restait-il  un  peu  isolé; 
ils  trouvaient  bien  des  successeurs,  ils  n’avaient 
pas  su  se  créer  des  disciples  et  une  éçole.  Au¬ 
jourd’hui  la  chirurgie  lyonnaise  nous  paraît 
avoir  pris  un  développement  tout  nouveau, 
Certes  le  chirurgien  qui  dirige  actuelle¬ 
ment  l’Hôtel-Dieu  de  Lyon  a  maintenu  la 
vieille  renommée  de  cet  hôpital  aussi  haut  pour 
le  moins  qu’aucun  de  ses  prédécesseurs;  mais 
plus  habile,  ou  plus  heureux,  ou  plus  confiant 
peut-être,  il  a  entretenu,  il  a  excité  parmi  ses 
rivaux  comme  parmi  ses  élèves  une  émulation 
sans  cesse  croissante  ;  Lyon  a  véritablement 
aujourd’hui  son  école  chirurgicale  d’où  sortent 
chaque  jour  d’utiles  et  remarquables  travaux, 
et  qui,  après  celle  de  Paris,  occupe  sans  contes¬ 
tation  la  première  place  parmi  toutes  les  écoles 
de  France.  De  cette  école  naissante,  M.  Bonnet 
est  le  chef  et  en  quelque  sorte  le  créateur;  en¬ 
touré  de  nombreux  émules  dont  le  nom  n’est 
déjà  plus  ignoré  de  personne,  M.  Bouchacourt, 
M.  Pétrequin,  M.  Diday  ,  ayant  à  leur  tour  au- 
dessous  d’eux  une  foule  de  jeunes  travailleurs 
dont  les  thèses  ont  marqué  dans  ces  derniers 
temps  parmi  les  meilleures  de  la  faculté  de 
Paris.  La  médecine  lyonnaise  a  été  entraînée 
elle-même  par  cet  élan  ;  nulle  autre  ville  n’a 
fourni  un  égal  contingent  de  publications  à  la 
presse  médicale  contemporaine;  et  parmi  ces 
laborieux  observateurs,  nous  avons  encore  à 


revendiquer  M.  Baumès,  qui  poursuit  d’un  zèle 
presque  égal  les  maladies  de  la  peau  et  les 
affections  syphilitiques. 

A  Dieu  ne  plaise  qu’en  constatant  ainsi  les 
progrès  de  l’École  de  Lyon ,  nous  veuillions 
méconnaître  les  services  rendus  à  la  chirurgie 
par  d’autres  écoles.  Mais  Montpellier,  élevée  si 
haut  par  Delpech ,  nous  paraît  un  peu  s’endor¬ 
mir  dans  sa  gloire  ;  Strasbourg  a  eu  besoin  de 
se  retremper  récemment  dans  la  faculté  de 
Paris  ;  Toulouse,  Bordeaux,  Marseille,  Rouen, 
avec  tous  les  éléments  de  prospérité  et  les  chi¬ 
rurgiens  éminents  qui  peuplent  leurs  hôpitaux, 
par  je  ne  sais  quels  obstacles  inconnus,  n’ont 
pas  porté  tous  les  fruits  qu’on  était  en  droit 
d’en  attendre.  Nos  villes  de  province  sont  su¬ 
jettes  à  se  plaindre  de  la  centralisation  pa¬ 
risienne  et  du  .silence  qui  se  fait  autour  de 
leurs  travaux  ;  nous  sommes  tout  disposés  pour 
notre  part  à  rompre  ce  silençe ,  à  seconder 
leurs  efforts  ;  heureux  si,  en  excitant  entre  elles 
une  noble  rivalité,  nous  pouvions  contribuer 
en  quelque  chose  à  l’avancement  de  la  science 
et  de  l’art. 

Donc,  après  avoir  semé  dans  les  journaux 
de  Paris  un  assez  bon  nombre  de  mémoires, 
M.  Bonnet  a  voulu  se  marquer  une  plus  large 
place  dans  la  littérature  chirurgicale  ,  et  livrer 
un  volume  entier  au  public.  Ce  volume  que 
nous  avons  sous  les  yeux  n’a  pas  moins 
de  650  pages  ;  il  est  plein  de  faits  et  d’idées, 
de  science  et  de  pratique;  à  prendre  l’un  après 
l’autre  chacun  des  chapitres  qui  le  composent, 
nous  n’aurions  guère  que  des  éloges  sans  res¬ 
triction  à  lui  décerner;  mais  il  y  a  une  autre 
question  préalable  à  laquelle  nous  n’oserions 
répondre  aussi  bien  :  malgré  le  titre  commun 
qui  leur  sert  de  lien  et  comme  d’enveloppe, 
M.  Bonnet. a  bien  fait  un  recueil  de  mémoires 
et  d’excellents  mémoires  ;  il  n’a  pas  fait  un 
livre. 

Lui -même  du  reste  le  reconnaît  quelque 
part.  Il  a  moins  eu  pour  but ,  ce  sont  ses  ex¬ 
pressions,  d’écrire  un  traité  complet  sur  les 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


sections  tendineuses  et  musculaires,  que  de 
faire  connaître  celles  de  ces  opérations  qu  il 
croit  avoir  éclairées  par  ses  travaux.  Le  titre 
de  l’ouvrage  trahit  encore  son  embarras.  Il  ne 
pouvait  pas  mettre  Traité  des  sections  sous-cu¬ 
tanées  ;  car,  pour  le  strabisme,  il  préfère  les 
sections  à  découvert;  et  cependantles  sections 
sous-cutanées  étaient  si  bien  dans  son  esprit 
qu’une  partie  importante  de  ce  traité  des  sec¬ 
tions  tendineuses  est  consacrée  à  la  section 
sous-cutanée  des  nerfs.  Onzième  partie ,  il  ne 
faut  pas  s’y  tromper;  ce  n’est  que  sur  le  ti¬ 
tre  que  l’auteur  embarrassé  a  annoncé  ce  mé- 
m  cire  comme  une  sorte  d’appendice. 

Après  tout,  direz-vous,  ce  n’est  là  qu’une 
question  de  forme.  A  la  vérité;  mais  nous  avions 
besoin  de  nous  expliquer  catégoriquement  sur 
cette  question  de  forme  ;  car  c’est  par  là  seu¬ 
lement  qu’il  est  possible  de  comprendre  com¬ 
ment  le  succès  incontesté  de  ce  livre  a  ce¬ 
pendant  été  si  peu  en  rapport  avec  son  mérite 
réel.  Les  recueils  de  mémoires  ,  de  monogra¬ 


ie  public  les  apprécie  peu  ou  les  dédaigne  ;  mais 
il  est  accoutumé  à  les  trouver  dans  les  jour¬ 
naux;  le  journal  a  tué  le  recueil.  M.  Bonnet 
a  traité  successivement  des  opérations  appli¬ 
cables  au  strabisme,  à  la  myopie,  à  la  fatigue 
des  yeux  et  au  trouble  de  la  vue,  au  bégaie¬ 
ment,  au  pied-bot  et  à  diverses  autres  diffor¬ 
mités  ;  il  n’est  pas  un  seul  de  ces  travaux  qui 
ne  se  recommande  par  la  richesse  des  faits, 
la  netteté  et  l’étendue  des  idées,  la  nouveauté 
des  applications  pratiques  ;  ils  auraient  fait  la 
fortune  d’un  journal;  il  était  peut-être  im¬ 
possible  à  notre  époque  qu’ils  fissent  la  fortune 
d’un  livre. 

En  résumé,  et  la  question  de  forme  mise  de 
côté,  le  volume  de  M.  Bonnet  est  un  de  ceux 
que  tout  chirurgien  amoureux  de  son  art  pla¬ 
cera  soigneusement  dans  sa  bibliothèque.  Sur 
certains  points  fort  importants,  comme  sur  le 
traitement  de  la  myopie ,  de  la  fatigue  des 
yeux,  etc. ,  il  est  tout-à-fait  neuf  et  original;  mais 
sur  les  questions  mêmes  déjà  traitées,,  on  ne 
trouvera  nulle  autre  part  plus  de  science,  de 
talent  et  de  bonne  foi. 


phies,  d’observations,  ont  peu  de  faveur  au¬ 
jourd’hui;  ce  n’est  pas,  comme  on  l’a  dit,  que 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.  —  Les  dernieres  séances  n  ont  lien  offeit  qui  ait  trait  a  la  chi- 
rureie  On  sait  que  la  mort  de  Larrey  a  laissé  vacant  un  fauteuil  chirurgical  ;  les  concur¬ 
rents  connus  jusqu’à  présent  sont  MM.  Amussat,  Bégin,  Civiale,  Duvivier,  J.  Guenn, 
Jobert  Lallemand  ,  Lisfranc  et  Velpeau.  La  nomination  n’est  pas  prochaine  encore,  et  n  aura 

secondaire, 

î  Acauemie  ue  mcuccmc  a  tit  ^***'*^* ^*“^**”  — r—  — r — ,  octobre  à  la 

discussion  sur  la  ténotomie.  Nous  en  avons  tait  1  objet  dun  examen  serieux  dans  notre  lievue 

critiaue  *  cg  qli!  noiis  dispense  d  ^  i*G\cnii  ici*  t 

Le  G  décembre  a  eu  lieu  la  séance  publique  annuelle.  Les  lectures  n’ont  nullement  touche 
à  la  chirurgie,  mais  quelques-uns  des  prix  décernés  ou  proposés  nous  concernent  plus  direc¬ 
tement. 

L’Lcadémie  avait  proposé  pour  les  prix  de  1842  les  questions  suivantes  : 
lo  Prix  de  l’Académie.  —  «  Rechercher  les  cas  dans  lesquels  on  observe  la  formation 
d’abcès  multiples ,  et  comparer  ces  cas  sous  leurs  différents  rapports.  »  Le  prix,  qui  était  de 
\  ,500  fr.,  n’a  pas  été  décerné;  l’ Académie  a  accordé  un  encouragement  de  500  fr.  àM.  Gély  (.LA.) 

chirurgien  des  hospices  de  Nantes.  , 

2°  Prix  Portai.—*  Tracer  une  histoire  raisonnee  du  système  lymphatique ,  considéré  sous 
les"  rapports  anatomique  ,  physiologique  et  pathologique,  depuis  Morgagni  jusqu’à  nos  jours.  » 
-  Le  prix  était  de  1,000  fr.  ;  l’Académie  n’a  reçu  aucun  mémoire. 

Tes  deux  prix  n’ayant  point  été  décernés  ,  les  deux  questions  sont  remises  au  concours 
pour  l’année  1844;  la  première  avec  le  prix  habituel  de  1,500  lr.,  la  seconde  avec  un  prix 
de  1,200  fr.  Les  mémoires  devront  être  adressés  dans  les  formes  usitées  au  sécrétariat  de 
l’Académie ,  avant  le  1er  mars  1844. 

•  \  .  k  ,'t*  *>* 


_  Traité  pratique  des  maladies  des  yeux  ,  suivi  de  conseils  hygiéniques  et  thé)  apeu- 

tiquessur  ces  maladies,  par  le  D1'  S.  Furnari.  —  Chez  Gardembas ,  rue  de  l’Ecole-de-méde- 
cine,  10.  —  1  vol.  in-8°  avec  planches;  prix,  G  fr. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  52  pages  grand  in-8°. 
Prix  de  l’abonnement  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Gomp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne  ,  rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Petits- Champs,  n°  59. 

Nota.  Nos  souscripteurs  recevront  avec  le  numéro  supplémentaire  de  janvier  le  titre 
imprimé  du  pronier  volume,  et  une  couverture  en  papier  de  couleur  pour  recevoir  les 
numéros. 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Cic,hue  de  Grenellc-Saint-Houoré  ,  55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 


Fan*  M.  MLAMa&Aï&BSE. 


JANVIER  1843.  ( SUPPLÉMENT .) 


SOMMAIRE. 

ï.  Travaux  originaux.  —  De  l’opération  du  bec-de-lièvre  compliqué  de  saillie  des  os  inter¬ 
maxillaires,  par  M.  Blandin.  —  Tableau  des  hernies  étranglées  traitées  à  Wurtzbourg,  de 
1816  k  1842,  par  M.  Textor.  —  Des  fractures  des  os  du  crâne  du  fœtus  qui  sont  quelque¬ 
fois  le  résultat  d’accouchements  spontanés,  par  M.  Danyau. —  Note  sur  une  nouvelle  thé¬ 
rapeutique  des  tumeurs  blanches,  par  M.  Malgaigne.— IL  Revue  critique.  —  Chirurgie. 
—  Fin  delà  discussion  sur  la  ténotomie.—  Traitement  des  hydarthroses  par  l’incision  sous- 
cutanée.  —  Traitement  de  l’hydarthrose  par  les  injections  iodées.  —  Obstétrique.  Implanta¬ 
tion  du  placenta  sur  l’orifice  utérin;  extraction  de  l’enfant  à  ti avers  une  perforation  de  cet 
organe.— Pharmacologie  chirurgicale.—  Sur  l’emploi  de  la  pommade  au  précipité  blanc.— 
III.  Bulletin  clinique.—  Fracture  par  écrasement  du  calcanéum;  résultats  constatés  15  ans 
après.— IY.  Bibliographie. —  Manuel  de  médecine  opératoire. — Y.  Nouvelles  et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Üe  ro|)ératiou  «lai  bec-de-lièvre  compliqué  de  saillie  des  os  inter* 
maxillaires  ;  par  M.  Blandin,  professeur  de  médecine  opératoire  à  la 
Faculté  de  Paris. 

De  toutes  les  difficultés  que  présente  quelquefois  l’opération  du  bec-de-lièvre 
il  n’en  est  aucune  qui  puisse  être  comparée  à  celles  qui  résultent ,  pour  celte 
opération,  de  la  saillie  considérable  des  os  intermaxillaires  ;  alors  en  effet 
l’action  chirurgicale,  fort  compliquée  elle-même,  comprend  nécessairement  deux 
choses  très  distinctes,  savoir:  la  suppression  de  la  saillie  anormale  de  la  portion 
médiane  de  l'arcade  dentaire,  et  la  synthèse  de  la  lèvre  supérieure.  Le  premier  point 
constitue  la  plus  importante  partie  de  l’opération  ;  il  en  est  l’indispensable  préli¬ 
minaire  ;  et  l’on  peut  assurer  que  de  la  plus  ou  moins  grande  perfection  apportée 
à  son  accomplissement  dépend,  en  réalité,  le  succès  plus  ou  moins  complet  de  la 
réparation  labiale. 

On  comprend,  d’après  cela,  tout  l’intérêt  qui  se  rattache  à  cette  partie  de  la  mé¬ 
decine  opératoire,  et  le  soin  avec  lequel  les  chirurgiens  ont  du  s’appliquer  à 
rendre  les  applications  plus  satisfaisantes  ;  cependant  les  procédés  mm  ™  Gn 

sédions  jusqu  ici  laissaient  encore  quelque  chose  a  désirer  *  de  snri  a  i  ^ 

.  ’  aux  te  que  oe  nou¬ 

veaux  perfectionnements  nous  avaient  paru  depuis  longtemps  nécessaires 

élever  la  thérapeutique  du  bec-de-lièvre  à  la  hauteur  à  laquelle  l’art  t|e’sP°Ur 
taurations  est  maintenant  parvenu. 

Trois  méthodes  différentes  ont  été  proposées  par  les  auteurs,  pour  faire  dism 
raître  la  saillie  médiane  du  palais  dans  les  becs-de-lièvre  compliqués  -  celle  l 
Franco,  qui  consiste  à  exciser  la  partie  osseuse  proéminente;  celle  de  Desauli* 
dans  laquelle  on  refoule  seulement  cette  partie,  en  exerçant  sur  elle  une  comores’ 
sion  soutenue;  celle  enfin  de  M.  Gensoul,  par  laquelle  on  obtient  le  même  résultat 

3 


34 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


d’une  manière  beaucoup  plus  prompte  et  à  l’instant  même,  en  refoulant  brusque¬ 
ment  en  arrière  les  os  intermaxillaires,  et  fracturant  les  parties  osseuses  qui  leur 
servent  de  pédicule.  Jetons  un  coup  d’œil  rapide  sur  ces  trois  modes  opératoires, 
afin  de  bien  faire  ressortir  les  inconvénients  qui  sont  inhérents  à  chacun  d’eux, 
inconvénients  qui  d’ailleurs  n’ont  pas  échappé  à  l'observation  des  praticiens. 

L’excision  des  os  intermaxillaires  oblige  d’abord  à  sacrifier  les  dents  incisives 
supérieures  ;  mais  c’est  là  son  moindre  inconvénient  ;  elle  produit,  en  outre,  sur  la 
partie  antérieure  de  la  voûte  du  palais  une  perte  de  substance  considérable,  de 
laquelle  résultent  ultérieurement  :  1°  un  rétrécissement  transversal  de  cette  voûte, 
et  un  tel  resserrement  dans  le  même  sens  de  l’arcade  dentaire  supérieure,  que 
cette  arcade  ne  correspond  plus  à  l’inférieure  ;  2°  un  refoulement  en  arrière  de  la 
lèvre  supérieure,  refoulement  qui  donne  plus  de  saillie  à  la  base  du  nez,  et  im¬ 
prime  à  la  figure  une  expression  désagréable. 

La  compression  simple,  inapplicable  aux  cas  les  plus  graves,  à  ceux  dans  les¬ 
quels  la  saillie  est  très  considérable,  est  une  source  de  gêne  et  de  douleurs  que 
les  malades  ne  supportent  qu’avec  beaucoup  de  peine,  et  qui  la  rendent  souvent 
intolérable  pour  quelques-uns  d’entre  eux.  D’un  autre  côté,  l’action  de  la  puissance 
compressive  sur  les  dents  antérieures  entraîne  fort  souvent  l’ébranlement  et  la 
chute  de  ces  dents;  enfin,  et  ce  point  est  fort  important,  elle  laisse  presque  tou¬ 
jours  après  elle  une  saillie  des  dents  et  de  l’arcade  dentaire,  que  les  progrès  de 
l’âge  ne  font  qu’incomplètement  disparaître,  et  qui  produit  une  difformité  opposée 
à  celle  que  nous  avons  reprochée  à  la  méthode  de  Franco. 

Les  violences  employées  pour  fracturer  le  pédicule  osseux  des  os  intermaxil- 
îaires  causent  nécessairement  un  ébranlement  très  considérable  de  toute  la  cloi¬ 
son  des  fosses  nasales;  leur  action,  ordinairement  bornée  à  cette  cloison,  peut 
quelquefois  s’étendre  aux  parties  voisines,  atteindre,  par  exemple ,  l’ethmoïde,  et 
fracturer  la  lame  criblée,  c’est-à-dire  la  base  du  crâne  elle-même;  de  sorte  que 
si  le  mode  opératoire  qui  les  réclame  permet  de  conserver  intacte  toute  l’arcade 
dentaire,  et  de  procéder  sans  retard  à  la  réunion  de  la  solution  de  continuité 
labiale,  on  conçoit  que,  nonobstant  le  parti  avantageux  que  M.  Gensoul  assure 
en  avoir  tiré,  il  ait  justement  répugné  à  la  plupart  des  chirurgiens,  et  qu’il  n’ait 
presque  plus  été  employé  depuis  ses  premières  applications. 

Du  reste,  les  reproches  que  nous  adressons  à  la  méthode  de  M.  Gensoul  ne 
doivent  pas  cependant  nous  empêcher  de  reconnaître  qu’elle  est  un  véritable  pro¬ 
grès;  en  effet,  elle  réunit  à  la  célérité  de  la  méthode  de  Franco  l’avantage  que 
Besault  cherchait  à  obtenir  par  la  simple  compression,  savoir:  l’intégrité  de  la 
voûte  palatine  et  de  l’arcade  dentaire;  or,  ce  dpuble  but  nous  semble  la  vérita¬ 
ble  perfection  dans  l’opération  du  bec  de  lièvre  compliqué  de  saillie  des  os  inter¬ 
maxillaires  ;  aussi,  les  seules  choses  que  nous  blâmions  dans  cette  méthode,  ce 
sont  les  moyens  employés  pour  obtenir  ce  résultat  si  désirable. 

Bien  convaincu  que  la  cloison  des  fosses  nasales  déplacée  en  avant  dans  le  vice 
de  conformation  qui  nous  occupe  est  le  véritable  pédicule  des  os  intermaxillaires  , 
et  le  seul  obstacle  au  refoulement  de  ces  os,  nous  croyons,  comme  M.  Gensoul ,  que 
c’est  sur  celte  partie  qu’il  faut  agir  dans  le  premier  temps  de  l’opération  que  ré¬ 
clame  cette  grave  difformité  ;  et  puisqu’alors  la  cloison  des  fosses  nasales  a  pris  plus 
d’étendue  dans  le  sens  antéro-postérieur  que  dans  l’état  normal,  il  doit  suffire  d’en 
réséquer  une  partie  derrière  et  au-dessus  des  os  incisifs,  pour  faire  rentrer  ceux-ci 
à  leur  place.  C’est  là,  en  effet,  ce  que  nous  avons  tenté,  d’abord  sur  des  pièces 
sèches,  offrant  des  exemples  du  vice  de  conformation  en  question,  ensuite  sur  le 
cadavre,  et  en  dernier  lieu  sur  le  jeune  enfant  dont  nous  rapportons  plus  loin 
l’observation. 

C’est  en  arrière  et  au-dessus  des  os  incisifs  que  nous  opérons  la  résection  indi¬ 
quée.  Nous  emportons  un  morceau  triangulaire  à  base  inférieure  de  la  cloison  des 


BLANDIN.  —  DE  ^OPÉRATION  DU  BEC-DE-LIEVRE. 


35 


fosses  nasales  ;  nous  nous  servons  pour  cela  de  très  forts  ciseaux  ou  de  cisailles, 
suivant  l’âge  des  sujets  que  nous  opérons  ;  sur  les  très  jeunes  enfants,  le  voraer, 
encore  très  tendre,  n’oppose  que  peu  de  résistance,  et  les  ciseaux  suffisent;  mais 
chez  les  enfants  de  dix  ou  douze  ans,  il  n’en  est  plus  de  même,  et  alors  nous 
préférons  les  cisailles.  La  pointe  de  la  section  en  Y  que  nous  pratiquons  doit 
s’avancer  très  haut  dans  l’épaisseur  du  cartilage  de  la  cloison  du  nez,  et  attein¬ 
dre  jusqu’au  dos  de  cette  partie,  de  manière  à  parfaitement  assurer  la  mobilité  de 
la  saillie  osseuse,  et  son  entier  refoulement  en  arrière. 

Quelques  vaisseaux  sont  ouverts  dans  cette  première  partie  de  l’opération;  mais 
sans  doute  presque  toujours  ils  devront,  comme  il  nous  est  arrivé,  ne  donner 
qu’une  très  petite  quantité  de  sang;  d’autres  fois  ,  froissés  par  les  cisailles,  ils  ne 
fourniront  aucun  écoulement;  dans  tous  les  cas,  en  relevant  la  lèvre  et  la  partie 
osseuse  qui  y  adhère,  et  que  la  section  précédente  a  rendue  aussi  mobile  qu’elle, 
il  sera  facile  de  faire  la  ligature,  la  torsion,  ou  d’opérer  la  cautérisation  de  ces 
vaisseaux,  si  l’hémorrhagie  continue. 

Quoi  qu’il  en  soit,  nous  recommandons  de  se  borner  d’abord  à  faire  la  résection 
que  nous  venons  de  décrire,  et  à  remettre  au  lendemain  l’avivement  et  la  réunion 
de  la  solution  de  continuité  labiale.  Par  là  on  se  débarrasse  de  toutes  préoccupa¬ 
tions  sérieuses  touchant  l’hémorrhagie  ;  et  si  elle  survenait  malgré  les  précautions 
prises  à  cet  égard,  comme  on  l’a  observé  après  la  résection  de  Franco,  on  ne  se¬ 
rait  pas  plus  embarrassé  pour  y  remédier  qu’au  moment  même  de  l’opération.  Au 
contraire,  il  en  serait  autrement  si  on  avait  immédiatement  procédé  à  la  réunion 
de  la  lèvre;  celle-ci  pourrait  se  trouver  assez  mal  des  moyens  dirigés  contre  l’écou¬ 
lement  du  sang;  à  la  rigueur  même,  on  pourrait  se  trouver  dans  la  nécessité 
d’opérer  la  désunion  des  parties  pour  faire  l’application  des  moyens  hémostatiques, 
ce  qui  serait  un  très  grave  inconvénient. 

Au  premier  abord,  en  faisant  cette  opération,  on  éprouve  la  crainte  que  les  os 
incisifs  ne  souffrent  dans  leur  nutrition  parleur  isolement  de  la  cloison  des  fosses 
nasales,  leur  pédicule  naturel,  comme  nous  l’avons  dit,  et  par  laquelle  ils  reçoivent 
leurs  vaisseaux;  mais,  en  y  réfléchissant  un  peu,  on  ne  tarde  pas  à  s’apercevoir 
que  cette  crainte  ne  peut  avoir  de  fondement  sérieux;  car,  adhérant  à  la  lèvre 
supérieure,  ou  plutôt  au  bouton  médian  de  cette  lèvre,  les  os  intermaxillaires 
reçoivent  des  vaisseaux  de  ce  côté,  vaisseaux  qui,  après  tout,  sont  au  moins  aussi 
nombreux  et  aussi  développés  que  ceux  que  l’on  conserve  dans  le  pédicule  étroit 
d’un  lambeau  autoplaslique. 

Immédiatement  après  cette  résection  ,  le  tubercule  médian  du  palais  et  de  la 
lèvre  supérieure  ,  devenu  mobile,  cède  à  la  plus  légère  pression  ;  il  vient  naturel¬ 
lement  se  placer  en  arrière  à  la  hauteur  normale,  et  on  le  maintient  en  ce  lieu 
au  moyen  d’une  bandelette  de  sparadrap  appliquée  transversalement  sur  la  lèvre 
supérieure.  Toutefois,  comme  cette  rétropulsion  des  os  incisifs  est  un  véritable 
mouvement  de  bascule  dont  le  centre  répond  au  dos  du  nez,  ces  os  et  les  dents  qu’ils 
supportent  tendent  à  se  tourner  un  peu  trop  en  arrière;  de  sorte  qu’il  est  indis¬ 
pensable,  pendant  les  premiers  temps,  d’assurer  leur  bonne  direction  en  fixant  les 
dents  incisives  avec  les  molaires,  au  moyen  de  fils  d’argent  ;  ou  bien  en  mainte¬ 
nant  sous  la  voûte  palatine  une  plaque  métallique  moulée  exactement  sur  cette 
voûte,  et  fixée  latéralement  sur  les  dents  molaires.  Je  suppose,  en  effet,  que  ces 
dents  existent,  et  qu’on  n’a  pas  tenté  l’opération  sur  un  enfant  de  moins  de  deux 
ans,  ce  qui  ne  conviendrait  sous  aucune  espèce  de  rapports. 

Obs.  —  Bec  de  lièvre  double  compliqué  :  1°  de  division  de  la  voûte  et  du  voile  du 

palais ,  division  double  en  avant  et  simple  en  arrière  ;  2°  de  saillie  en  avant  des  os 

intermaxillaires. 

Fleury  (Amant),  âgé  de  7  ans,  d’une  très  bonne  constitution,  a  été  amené  à  l’Hô- 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


36 

tel-Dieule7  octobre  et  confié  à  mes  soins;  voici  quels  étaient  les  caractères  du 
vice  de  conformation  qu'il  portait,  et  pour  lequel  il  venait  réclamer  les  secours  de 
Fart.  La  lèvre  supérieure  était  profondément  bifide,  jusqu’à  l’entrée  ries  narines 
inclusivement;  la  voûte  palatine  présentait  une  fissure  également  double  en  avant , 
mais  simple  en  arrière  ;  le  voile  du  palais  participait  à  la  séparation  médiane  de  la 
partie  postérieure  de  la  voûte  palatine  ;  les  deux  traits  de  la  division  de  la  lèvre 
supérieure  suivaient  les  parties  latérales  de  la  dépression  sous-nasale  de  cette 
lèvre  ;  la  double  fente  antérieure  du  palais  isolait  des  os  maxillaires  supérieurs  les 
épiphyses  intermaxillaires  de  ces  os ,  et  reproduisait ,  sous  ce  rapport ,  chez  cet 
enfant ,  une  conformation  qui  est  l’état  normal  de  la  plupart  des  mammifères  placés 
au-dessous  de  l’homme  dans  l’échelle  organique  ;  la  cloison  des  fosses  nasales  était 
libre  en  arrière  par  son  bord  inférieur,  tandis  qu’en  avant  elle  reposait  sur  le  tu¬ 
bercule  osseux  formé  par  la  réunion  des  os  intermaxillaires;  cette  cloison,  man¬ 
quant  ainsi  de  soutien  inférieurement ,  avait  été  refoulée  en  bas ,  et  surtout  en 
avant,  par  le  développement  de  la  base  du  crâne;  les  os  intermaxillaires  dépas¬ 
saient  antérieurement  de  deux  centimètres  et  demi  les  os  maxillaires  supérieurs, 
et  portaient  deux  dents  incisives  seulement  ;  le  tubercule  médian  de  la  lèvre 
supérieure  adhérait  à  la  face  antérieure  des  os  intermaxillaires,  et  se  trouvait 
refoulé  très  loin  par  eux  ;  le  nez  ,  plus  écarté  transversalement  que  de  coutume,  et 
tiraillé  dans  son  lobe  parle  bouton  médian  de  la  lèvre  supérieure,  offrait  un  apla¬ 
tissement  très  considérable. 

Ce  vice  de  conformation  n’était  pas  seulement  une  cause  de  grave  difformité  pour 
la  face  en  général,  et  pour  la  bouche  en  particulier,  à  laquelle  il  donnait  la  forme 
d’un  bec  d’oiseau;  il  rendait  encore  très  difficiles  la  mastication  et  la  déglutition 
buccale  ,  et  tout-à-fait  impossible  l’articulation  de  sons  intelligibles.  En  consé¬ 
quence  ,  d’une  part ,  l’indication  opératoire  ne  pouvant  faire  l’objet  d’aucun  doute , 
et,  d’un  autre  côté ,  l’âge  de  l’enfant  offrant  des  circonstances  tout-à-fait  favora¬ 
bles,  l’opération  fut  arrêtée  pour  le  12  octobre,  et  il  y  fut  procédé  de  la  manière 
suivante. 

L’enfant  futcouché  sur  une  table  garnie  d’un  matelas;  sa  tête  fut  médiocrement 
élevée,  et  fixée  par  un  aide,  tandis  que  le  corps  et  les  mains  furent  contenus  par 
d’autres  personnes  placées  sur  les  côtés.  Alors  placé  à  droite  du  petit  malade, 
ayant  fait  ouvrir  largement  la  bouche,  je  relevai,  avec  la  main  gauche,  le  tuber¬ 
cule  médian  de  la  lèvre  supérieure;  puis,  delà  main  droite,  armée  de  très  longs 
et  très  forts  ciseaux  à  bec  de  lièvre,  j’enlevai,  sur  la  cloison  des  fosses  nasales , 
immédiatement  en  arrière  du  tubercule  des  os  intermaxillaires,  une  pièce  trian¬ 
gulaire  dont  la  base  était  tournée  en  bas ,  et  dont  le  sommet  dirigé  en  haut  allait 
à  peu  près  jusqu’au  dos  du  nez  ;  pour  cela ,  deux  sections  furent  pratiquées  à  cette 
cloison  :  une  antérieure,  verticale,  et  une  autre  postérieure,  oblique  de  bas  en 
haut  et  d’arrière  en  avant.  Un  écoulement  assez  abondant,  fourni  par  une  artère 
de  la  cloison ,  fut  aussitôt  arrêté  à  l’aide  de  la  torsion  de  cette  artère. 

Cette  première  partie  de  l’opération  une  fois  achevée ,  les  os  intermaxillaires 
devenus  mobiles  purent  être  portés  en  arrière,  et  vinrent  se  placer  naturelle¬ 
ment  au  niveau  du  reste  de  l’arcade  dentaire,  entraînant  avec  eux  le  tubercule 
médian  de  la  lèvre  supérieure  qui  y  adhérait.  Pour  achever  la  destruction  du  vice 
de  conformation  dans  sa  partie  extérieure  ,  on  pouvait  procéder  immédiatement  à 
l’avivement  et  à  la  suture  de  la  double  fente  de  la  lèvre ,  ou  bien  la  remettre  à  un 
autre  jour  :  je  jugeai  convenable  de  prendre  ce  dernier  parti ,  afin  d’avoir  toutes 
les  facilités  désirables  pour  étancher  l’hémorrhagie  de  la  cloison  réséquée,  si  celte 
hémorrhagie,  comme  il  est  quelquefois  arrivé,  venait  à  reparaître. 

Deux  jours  plus  tard,  le  14  octobre,  j’avivai  en  même  temps  les  deux  fentes  de 
la  lèvre  supérieure;  puis,  ayant  traversé  avec  trois  longues  épingles  d’Alle¬ 
magne  les  deux  parties  latérales  de  la  lèvre  et  le  tubercule  charnu  qui  les  séparait, 


TEXTOR. 


37 


HERNIES  ETRANGLEES. 

j'achevai  la  suture  de  la  plaie  suivant  les  règles  ordinaires  ;  ensuite  le  malade  fut 
reconduit  à  son  lit ,  et  nourri  pendant  quatre  jours  seulement  de  lait  et  de  bouillon 
portés  dans  la  bouche  à  l’aide  du  biberon  à  bec. 

Le  quatrième  jour  après  l’opération,  les  épingles  furent  enlevées  ;  la  plaie  était 
réunie  dans  tousses  points;  des  bandelettes  agglutinalives,  fixées  sur  le  bonnetdu 
malade,  furent  néanmoins  appliquées  pour  soutenir  la  cicatrice ,  et  continuées 
jusqu’au  dixième  jour. 

Le  29  octobre,  quinze  jours  après  l’opération  ,  la  cicalrice  est  solide  et  très  peu 
apparente  ;  la  lèvre  supérieure  n’est  aucunement  proéminente  ;  le  lobe  du  nez , 
qui  était  légèrement  bridé  en  bas  pendant  les  premiers  jours  de  l’opération ,  est 
remonté ,  et  ne  paraît  plus  tiraillé  ;  le  tubercule  intermaxillaire  conserve  toute  sa 
mobilité,  et  tend  à  se  renverser  un  peu  en  arrière,  de  sorte  que  les  deux 
incisives  qui  lui  appartiennent  sont  tournées  en  bas  et  un  peu  en  arrière;  une  pla¬ 
que  d’argent,  moulée  sur  la  voûte  palatine,  arc-boutée  par  un  bord  un  peu  éleve 
sur  les  dents  incisives,  et  fixée  à  l’aide  de  deux  crochets  sur  les  premières  mo¬ 
laires,  suffit  pour  corriger  cette  déviation  ;  cette  plaque  sera  maintenue  jusqu’au 
moment  où  la  fente  du  palais  aura  subi  un  rétrécissement  suffisant,  et  où  les  os 
intermaxillaires  se  trouveront  solidement  fixés  par  les  os  maxillaires  supérieurs. 

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Tableau  de®  laepuies  étranglées  traitée®  a  HTurtzbourg  de 

4 81®  à  1^4^  ;  par  M.  Textor. 


Les  résultats  produits  par  les  grandes  opérations  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  et 
que  nous  rappellions  dans  notre  dernière  Revue,  étaient  de  nature  à  éveiller  toute 
l’attention  des  praticiens.  Tout  d’abord  il  se  présentait  une  question  à  résoudre  : 
une  mortalité  si  considérable  doit-elle  être  attribuée  aux  opérations  en  elles- 
mêmes,  et  l’influencé  des  hôpitaux  n’y  entrerait-il  pas  pour  quelque  chose?  Je  ne 
veux  pas  ici  comparer  les  opérations  pratiquées  en  ville  avec  celles  qui  se  font 
dans  un  service  d’hôpital  ;  il  est  constant  que  les  premières  sont  généralement 
plus  heureuses.  Mais  il  importe  de  savoir  si  les  hôpitaux  de  Paris  n'ont  pas 
une  influence  plus  fâcheuse  que  d’autres  établissements  du  même  genre  sur  les 
suites  funestes  des  grandes  opérations  ;  auquel  cas  la  sollicitude  de  l’administra¬ 
tion  aurait  à  rechercher  les  moyens  de  les  assainir  encore ,  soit  en  consultant 
les  faits  généraux  déjà  acquis  à  la  science;  soit  en  provoquant  une  enquête  dans 
laquelle  seraient  entendus  tous  les  chefs  des  services  chirurgicaux. 

Notre  excellent  confrère  et  ami,  M.  Textor,  de  Wurtzbourg,l’un  des  chirurgiens 
les  plus  expérimentés  de  l’Allemagne,  nous  a  adressé  un  tableau  de  sa  propre  prati¬ 
que  durant  vingt-sept  années ,  en  ce  qui  concerne  les  hernies  étranglées.  11  ne  s’est 
pas  borné  aux  hernies  qu’il  a  été  dans  la  nécessité  d’opérer;  mais  il  y  a  compris  toutes 
celles  qui  se  sont  offertes  à  son  observation,  opérées  ou  non  opérées;  de  telle  sorte 
que  nous  pourrons  en  déduire  des  conséquences  de  plus  d’une  sorte,  notamment 
sur  la  fréquence  relative  de  l’étranglement  dans  les  trois  grandes  espèces  de  her¬ 
nies;  et  c’est  ce  que  nulle  statistique  n’avait  précisé  jusqu’à  ce  jour.  La  pratique  de 
M.  Textor  remonte  à  quelques  années  plus  haut;  et  de  1812  à  1816,  il  avait  eu  à 


traiter  seize  autres  cas  de  hernies  étranglées,  toutes  réduites  avec  succès  par  Je 
taxis.  Nous  regrettons  qu’il  ne  les  ait  pas  comprises  dans  son  tableau  ;  mais 
comme  il  nous  laisse  incertains  de  la  nature  des  hernies  et  du  sexe  de  ccs  seize 


malades,  nous  n’avons  pu  réparer  ce  léger  oubli  ;  et  .voici  le  tableau  tel  qu’il  l’a 
dressé  lui-même. 


38 


TRAVAUX  ORIGINAUX 


HERNIES  ÉTRANGLÉES. 

Morts 

sans 

TRAITÉS 
par  le  taxis. 

OPÉRÉS. 

ANNÉES. 

TOTAUX. 

taxis 

Ingui¬ 

nales. 

Cru¬ 

rales. 

Ombili¬ 

cales. 

ni  opé¬ 
ra¬ 
tion. 

Guéris. 

Morts. 

Guéris. 

Morts. 

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24 

Le  premier  fait  qui  frappera  le  lecteur  est  cette  minime  proportion  des  exom- 
pliales  étranglées,  en  regard  du  chiffre  des  inguinales  et  des  crurales.  Ces  trois 
exomphales  appartenaient  à  des  femmes;  sur  les  soixanle-onze  crurales,  il  y  en 
avait  soixante-cinq  chez  des  femmes,  et  six  seulement  chez  des  hommes;  tandis 


TEXTOll. 


UËKNÏES  ÉTliAJXGLÉES. 


VJ 


que  pour  les  quatre-vingt-dix-huit  inguinales ,  il  n’y  avait  que  treize  femmes  contre 
quatre-vingt-cinq  hommes.  On  voit  par  là  combien  les  hernies  crurales  sont  plus 
sujettes  à  s’étrangler  chez  les  femmes  que  les  inguinales  ;  et  comment  les  opéra¬ 
teurs  avaient  dû  être  presque  irrésistiblement  conduits  à  regarder  ces  dernières 
hernies  comme  excessivement  rares  dans  le  sexe  féminin,  puisqu’ils  ne  les  rencon¬ 
traient  presque  jamais  sous  leur  couteau.  Il  reste  à  se  demander  pourquoi  les 
hernies  inguinales  s’étranglent  plus  rarement  chez  les  femmes  que  les  hernies 
crurales,  et  paraissent  aussi  s’étrangler  moins  souvent  que  chez  les  hommes: 
problème  insoluble  dans  la  théorie  ancienne  qui  voit  partout  des  étranglements , 
mais  dont  la  nouvelle  doctrine  que  j’ai  établie  permet  de  donner  une  solution  assez 
satisfaisante.  Les  chiffres  de  M.Textor  comprennent,  sous  une  dénomination  iden¬ 
tique,  deux  lésions  fort  différentes  :  l’étranglement  réel  et  l’inflammation  de  la 
hernie.  Les  hernies  crurales,  outre  le  resserrement  du  collet  qui  leur  est  commun 
avec  les  hernies  inguinales,  ont  encore  à  redouter  les  diverses  ouvertures  fibreu¬ 
ses  du  fascia  cribriforme;  les  causes  de  l’étranglement  réel  y  sont  donc  plus  nom¬ 
breuses;  aussi  il  ne  me  paraît  pas  douteux  que  l’étranglement  est  bien  plus 
commun  dans  les  hernies  crurales  que  dans  les  hernies  inguinales ,  tandis  que 
pour  l’inflammation  c’est  tout  le  contraire.  Mais  alors,  dira  quelqu’un  ,  pourquoi 
l’inflammation  serait-elle  plus  commune  dans  la  hernie  inguinale  chez  l’homme 
que  chez  la  femme?  A  quoi  je  réponds  qu’avant  de  chercher  la  raison  du  fait,  il 
serait  bon  de  commencer  par  établir  le  fait  lui-même.  Les  hernies  des  femmes  ne 
forment  guère  que  le  quart  des  hernies  des  hommes  ;  or,  presque  toutes  les  hernies 
des  hommes  sont  inguinales ,  tandis  que  chez  la  femme  les  crurales  et  les  ombi¬ 
licales  font  à  peu  près  la  moitié  du  nombre  total.  Les  hernies  inguinales  chez  la 
femme  sont  donc  aux  hernies  inguinales  de  l’homme  dans  un  rapport  qui  peut  être 
exprimé  par  approximation  comme  1  :  6.  Dès  lors ,  treize  hernies  inguinales  étran¬ 
glées  ou  enflammées  chez  la  femme ,  en  regard  de  quatre-vingt-cinq  hernies  du 
même  genre,  étranglées  ou  enflammées  chez  l’homme,  ne  s’écartent  pas  beaucoup 
du  rapport  général  de  ces  hernies  dans  l’un  et  l’autre  sexe.  Je  me  propose  d’ail¬ 
leurs  d’établir  plus  rigoureusement  ces  proportions  dans  un  travail  ultérieur,  où 
j’aurai  occasion  de  revenir  sur  le  tableau  si  intéressant  de  M.  Tcxtor. 

De  ces  cent  soixante-douze  hernies,  deux  ont  tué  les  malades  avant  toute  opé¬ 
ration;  cent  quatorze  ont  été  réduites  par  le  taxis,  et  sur  ces  cent  quatorze  ré¬ 
ductions,  il  y  a  eu  neuf  morts.  11  est  grandement  à  regretter  que  M.  Texlor  n’ait 
pas  ici  conservé  les  distinctions  de  sexe  et  de  hernies  ;  tout  praticien  sait  à  l’a¬ 
vance  que  la  réduction  est  bien  plus  facile  et  plus  commune  pour  les  hernies  in¬ 
guinales  que  pour  les  crurales;  ce  qui  est  d’accord  avec  ce  que  j’ai  dit  plus  haut 
de  la  nature  différente  des  accidents;  mais  nous  aurions  eu,  du  moins,  quelques 
éléments  positifs  pour  établir  le  rapport  des  réductions  à  l’opération  pour  les 
unes  et  les  autres.  Du  reste,  neuf  morts,  ou  un  sur  treize,  constituent  déjà  line 
mortalité  assez  forte  après  le  taxis,  et  plus  forte  assurément  que  la  théorie  ne 
l’aurait  supposée.  Il  est  probable  qu’elle  serait  plus  considérable  encore  dans  les 
hôpitaux  de  Paris  à  en  juger  par  les  résultats  de  l’opération. 

L’habile  chirurgien  de  Wurlzbourg  a  eu  recours  cinquante-six  fois  à  l’opération, 
et  il  n’a  perdu  que  vingt-quatre  malades  ;  moins  de  moitié,  et  plus  rigoureusement 
trois  sur  sept.  D’après  ce  que  nous  avons  dit  (voyez  page  26),  la  moyenne  générale 
dans  les  hôpitaux  de  Paris  est  de  plus  de  quatre  sur  sept  ;  en  sorte  qu’en  der¬ 
nière  analyse,  sur  sept  individus  opérés  de  la  hernie  étranglée,  on  en  perd  un  de 
plus  à  Paris  qu’à  Wurtzbourg. 

A  quoi  attribuer  cette  énorme  différence?  Personne,  assurément,  ne  songera  à 
mettre  en  doute  la  sagacité,  la  sollicitude,  l’habileté  de  nos  chirurgiens.  Il  faut 
donc  qu’ils  aient  à  lutter  contre  des  éléments  contraires  qui  n’existent  pas  au 


40  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

moins  les  principaux  dans  mon  travail  sur  les  résultats  des  amputations ;  ils  pour¬ 
raient  s’exprimer  en  ce  peu  de  mots:  la  mauvaise  disposition  des  salles,  et  la  trop 
grande  étendue  des  services. 


fractures  des  os  «lu  crâne  «lu  foetus  qui  sont  quelquefois  le 
résultat  d’ accouchements  spontanés  ;  par  Ant.  Danyau. 

Lorsque  la  tête  du  fœtus  est  engagée  avec  force  et  entraînée  violemment  à  tra¬ 
vers  un  bassin  réellement  rétréci  ou  relativement  trop  étroit,  le  résultat  varie  suivant 
le  degré  de  solidité  de  la  tête.  Quelquefois  les  os  du  crâne ,  au  lieu  de  chevaucher 
seulement,  plient,  s’enfoncent  ou  se  brisent  contre  les  parois  et  particulièrement 
contre  les  saillies  de  la  ceinture  osseuse;  d’autres  fois  leur  inflexibilité  et  leur  soli¬ 
dité  les  préservent,  et  ce  sont  les  symphyses  qui  cèdent,  se  déchirent,  s’écartent 
sous  l’effort  excentrique  qui  les  distend.  Ces  funestes  effets  des  tractions  exercées 
à  l’aide  du  forceps  ,  ou  avec  la  main  seule  après  l’extraction  du  tronc,  ne  se  bor¬ 
nent  pas  aux  cas  d’intervention  difficile  et  laborieuse  de  l’art  ;  la  nature  elle- 
même  peut  les  produire,  et  de  violentes  contractions  utérines  opèrent  quelquefois 
à  elles  seules  ces  tristes  désordres.  Les  fractures  des  os  du  crâne,  résultant  d’accou¬ 
chements  tout-à-fait  spontanés,  ne  sont  pourtant  pas  très  fréquentes,  et  les 
recueils  scientifiques  n’en  renferment  qu’un  très  petit  nombre  d’observations. 
Celte  rareté  ajoutera,  je  l’espère,  à  l’intérêt  et  à  l’importance  médico-légale  des 
faits  nouveaux  consignés  dans  ce  mémoire. 

On  n’a  pas  toujours  admis  la  possibilité  des  fractures  des  os  du  crâne  dans  les 
cas  où  le  fœtus  avait  été  expulsé  spontanément.  La  conviction,  à  cet  égard,  ne 
pouvait  s’établir  qu’en  présence  des  faits,  et  l’on  conçoit  qu’en  l’absence  de  celle 
démonstration,  Haller  ait  prétendu  que  toute  fracture  du  crâne  était  le  résultat 
d’une  violence.  Mais  Rœderer  et  Camper  cherchèrent  à  faire  prévaloir  une  opinion 
contraire,  et  leur  avis  avait  déjà  entraîné  la  plupart  des  médecins  légistes  qui  écri¬ 
vaient  à  la  fin  du  siècle  dernier.  L’opinion  de  ces  auteurs,  purement  théorique 
peut-être,  reçut  des  faits  observés  et  publiés  plus  tard  une  consécration  définitive. 

Siebold,  auquel  je  suis  obligé  ,  en  l’absence  des  ouvrages  originaux  ,  d’emprun¬ 
ter  la  plupart  des  détails  d’un  historique  principalement  fourni  par  la  littérature 
étrangère,  dit  que\V.-J.  Schmitt  fit  connaître  un  premier  cas,  en  1813,  dans  les 
actes  de  la  société  d’Erlangen.  Sur  un  fœtus  mort-né,  il  trouva  un  enfoncement 
avec  fissures  au  frontal  gauche.  La  figure  accompagne  l’observation. 

En  1815,  II. -A.  Ilirt,  et  plus  tard  Joerg,  donnèrent  l’observation  et  la  figure  d’un 
cas  semblable. 

Osiander,  dont  j’ai  l’ouvrage  sous  les  yeux,  s’exprime  ainsi  à  ce  sujet:  «Je  pos¬ 
sède  dans  ma  collection  anatomique  le  crâne  d’un  enfant  né  sans  le  secours  de 
l’art.  Les  os  sont  le  siège  de  fractures  ou  plutôt  de  fissures  qui  ne  peuvent  être 
attribuées  qu’au  long  séjour  de  la  tête  dans  un  bassin  étroit.  La  mère,  dont  le 
bassin  n’avait  pas  tout-à-fait  trois  pouces  dans  le  diamètre  sacro  -pubien  ,  était 
accouchée  seule,  le  30  janvier  1812,  au  milieu  des  plus  violentes  contractions  uté¬ 
rines.  L’enfant  né  mort  pesait  six  livres  et  demie.  Le  pariétal  et  le  frontal  gauche 
étaient  fracturés.  A  un  second  accouchement,  le  13  septembre  1819,  cette  même 
femme,  reçue  à  l’hôpital,  accoucha  sans  secours,  et  avec  de  très  fortes  contrac¬ 
tions,  d’une  fille  vivante,  mais  petite,  et  ne  pesant  que  cinq  livres,  dont  le  crâne 
offrait  une  dépression  à  droite.»  {F. -B.  Osiander ,  H  and  b .  der  Entbindungs-Kunst.  II 
206.) 

Plus  loin  le  même  auteur  parle  d’une  autre  femme  primipare,  âgée  de  28  ans, 
reçue  à  l’hôpital  le  10  novembre  1814.  Depuis  vingt-quatre  heures  en  travail,  cette 
femme,  dont  le  bassin  était  rétréci  par  la  saillie  sacro-vcrtébralc,  éprouva  des 


A.  DANYAU.  —  DES  FRACTURES  DES  OS  DU  CRANE  DU  FOETUS. 


41 


douleurs  de  plus  en  plus  fortes  jusqu’au  14.  Les  contractions  qui  persistèrent  avec 
intensité  le  15  et  le  16  amenèrent  enfin  l’expulsion  de  l’enfant.  La  tète  offrait  trois 
fissures,  une  de  deux  pouces,  une  seconde  de  sept  lignes,  et  une  troisième  de  qua¬ 
tre  lignes  de  longueur.  Au  niveau  de  ces  fissures,  il  y  avait  beaucoup  de  sang 
épanché  (/.  c.). 

D’Outrepont  a  vu  naître  un  enfant,  le  troisième  que  la  femme  mettait  au  monde  , 
qui  mourut  de  convulsions  aussitôt  après  sa  naissance.  Le  pariétal  gauche  of- 
lrait  une  fracture  allongée  d’arrière  en  avant,  d’un  pouce  et  demi  de  longueur. 
L’accouchement  avait  été  spontané,  court  et  facile.  Chose  remarquable,  le  bassin 
était  bien  conformé;  et  l’enfant,  à  terme  d’ailleurs,  était  d’un  volume  ordinaire. 

Carus  rapporte  qu’une  femme  déjà  accouchée  une  première  fois  péniblement, 
mais  naturellement,  d’un  enfant  à  terme  et  qui  vécut  six  mois,  eut  un  second  ac¬ 
couchement  facile.  L’enfant  offrait  une  dépression  aux  os  du  crâne  et  une  fissure 
au  frontal  droit. 

Siebold  lui-même  ( Journal  XI,  404)  rapporte  l’observation  suivante  : 


ire  Observation.— Kalh.  Elis.  Sch...,  30  ans,  fut  reçue  à  la  Maternité  de  Berlin, 
le  11  mars  1831 .  Premier  accouchement:  forceps,  enfant  mort.  Deuxième  accouche¬ 
ment,  la  tête  haute  d’abord,  descend,  après  la  rupture  des  membranes,  en  seconde 
position  transversale,  et  s’y  maintient  fixe  pendant  longtemps;  trente  grains  de 
seigle  ergoté  développent  d’énergiques  contractions,  et  une  demi-heure  après  l’en¬ 
fant  est  expulsé  mort,  offrant  une  profonde  dépression  sur  les  deux  tempes. 

Cette  femme  était  enceinte  pour  la  troisième  fois,  et,  parvenue  au  commencement 
du  huitième  mois  de  sa  grossesse  ;  la  mensuration  avec  le  compas  d’épaisseur,  à  la¬ 
quelle  Siebold  accorde  beaucoup  de  confiance,  donnait  3  p.  1/2  pour  l’étendue  du 
diamètre  sacro-pubien.  Toutefois  le  doigt  n’atteignait  pas  l’angle  sacro-vertébral,  et 
ne  faisait  non  plus  reconnaître  aucune  saillie  anormale  à  l’intérieur  du  bassin.  La 
partie  fœtale  était  haute  et  inaccessible. 

Les  premières  douleurs  du  travail  se  manifestèrent  le  5  mai.  Bientôt  on  sentit 
la  tête  en  portant  le  doigt  très  haut  derrière  la  symphyse  du  pubis.  A  quatre  heu¬ 
res  la  dilatation  était  complète,  et  une  heure  après,  les  membranes  se  rompirent; 
après  quoi,  l’orifice,  dont  la  dilatation  n’était  pas  soutenue  par  rengagement  d’une 
partie  du  fœtus,  revint  notablement  sur  lui-même.  Alors  le  doigt  put  atteindre 
l’angle  sacro-vertébral,  et  reconnaître  que  la  tête  se  présentait  au  détroit  supérieur 
en  première  position  transversale.  Après  de  violents  efforts  ,  elle  franchit  le  dé¬ 
troit,  et  une  demi-heure  suffit  ensuite  à  l’expulsion  de  l’enfant.  C’était  une  fille, 
pesant  sept  livres,  et  qui  ne  donna  aucun  signe  de  vie.  La  mère,  après  la  déli¬ 
vrance,  se  trouva  un  peu  faible,  mais  n’éprouva  aucun  accident  ;  les  suites  de 
couches  furent  naturelles,  et  huit  jours  après,  elle  quitta  la  Maternité  en  bon  état. 

La  tête  du  fœtus  avait  les  diamètres  suivants:  D.  occipilo-frontal,  4  pouces  1/2. 
D.  bipariétal,  3  pouces  1/2.  D.  occipito-mentonnier,  5  pouces.  Ecchymose  et  ex¬ 
coriation  à  la  tempe  gauche,  au  niveau  de  la  fontanelle  dite  de  Casserius  (petite 
fontanelle  antérieure  et  inférieure).  Épanchement  sanguin  abondant  à  la  surface 
du  crâne.  Le'pariélal  gauche  avait  fortement  chevauché,  particulièrement  en  avant, 
sur  le  droit;  pareil  chevauchement  existait  à  la  moitié  gauche  de  la  suture  lamb- 
doïde.  Le  temporal  droit  était  luxé  en  dehors,  et  la  fontanelle  antérieure  et  infé¬ 
rieure  se  trouvait  parla  notablement  agrandie.  Trois  fissures  existaient  au  pariétal 
gauche  :  la  plus  longue  (1  pouce  1/2)  s’étendait  de  la  bosse  pariétale  à  la  suture 
sagittale;  la  seconde  (1  pouce)  partait  du  bord  antérieur  de  l’os  et  se  dirigeait  en 
arrière  vers  la  bosse  pariétale;  la  troisième  (4  lignes)  se  trouvait  à  quelque  dis¬ 
tance  au-dessus  de  la  seconde.  Enlin,  il  y  en  avait  une  quatrième  sur  le  frontal,  au- 
dessous  de  l’ecchymose  signalée  plus  haut.  Elle  avait  un  pouce  de  longueur,  et 
s’étendait  horizontalement  en  avant  vers  la  bosse  coronale.  Quand  on  pressait 


42 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


fortement  le  crâne,  on  voyait  sourdre  du  sang  en  grande  quantité  à  travers  les 
fissures.  Siebold  donne  une  bonne  figure  de  cette  télé  de  fœtus. 

Le  docteur  Begasse  de  Belzig  a  publié,  dans  Berl.  Medic.  Zeitung  1841,  numéro 
37,  une  observation  de  fracture  des  os  du  crâne  produite  par  les  contractions  uté¬ 
rines.  Celte  observation  manque  malheureusement  des  détails  les  plus  importants, 
sur  le  nombre,  le  siège,  la  longueur,  la  direction  des  fractures.  Ce  qui,  dans  cette 
observation,  nous  intéresse  particulièrement  pour  notre  sujet  se  borne,  dans  le 
récit  de  l'auteur,  à  ce  qui  suit  : 

11e  Observation.— Paysanne de’40  ans,  déjà  trois  fois  accouchée,  parle  secours 
de  l’art,  d’enfants  morts  d’une  grosseur  extraordinaire.  Quatrième  accouchement 
spontané,  mais  très  long,  très  pénible,  accompagné  d’un  spasme  opiniâtre  de 
l’utérus.  Enfant  d’un  volume  énorme.  Os  du  crâne  désunis  et  fracturés  en  plu¬ 
sieurs  endroits.  L’auteur  ajoute  plus  loin  (et  c’est  tout  ce  qu’il  dit  à  cet  égard  de 
plus  précis):  sans  la  fracture  des  deux  pariétaux  et  de  rl’occipital,  le  travail  n’eût 
pu  se  terminer  que  par  la  perforation  du  crâne.  La  mère,  après  quelques  acci¬ 
dents,  se  trouva  rétablie  au  bout  de  trois  semaines. 

Dans  les  observations  qui  précèdent,  les  os  étaient  fracturés,  mais  non  enfoncés 
en  même  temps  au  niveau  même  de  la  fracture.  Ces  fractures,  dont  quelques-unes 
au  moins  peuvent  être  considérées  comme  indirectes,  ne  sont  pas  les  seules  qui 
résultent  d’accouchements  spontanés.  L’observation  suivante,  qui  m’est  propre, 
est  un  exemple  d’une  autre  espèce,  c’est-à-dire  de  fracture  avec  enfoncement  d’un 
fragment  presque  détaché. 

ine  Observation.  —  Rétrécissement  du  bassin.  Neuvième  grossesse.  Accouchement 

spontané.  Enfant  mort.  Fracture  dupariétal  gauche  avec  enfoncement.  Atlrîtion  et 

perforation  du  col  utérin  en  arrière.  Péritonite  suraiguë.  Mort. 

La  nommée  V....,  ouvrière,  d’une  petite  stature,  mais  dont  la  taille  elles 
membres  ne  sont  point  déformés,  dit  avoir  eu  une  enfance  exempte  de  maladies, 
et  ne  se  rappelle  point  avoir  été  nouée.  Cette  femme,  habituellement  bien  por¬ 
tante,  est  parvenue  au  terme  de  sa  neuvième  grossesse.  Son  premier  enfant,  ex¬ 
trait  avec  le  forceps,  naquit  mort.  Les  cinq  suivants  se  présentèrent  par  le  siège  ; 
un  seul  naquit  vivant;  enfin  les  deux  derniers  qui  présentèrent  le  sommet 
furent  expulsés  spontanément,  mais  étaient  morts-nés.  Us  étaient  tous,  assure- 
t-elle,  assez  forts  ,  sans  excepter  celui  même  qui  est  venu  au  monde  vivant.  Celle 
dernière  circonstance,  sur  l’exactitude  de  laquelle  la  suite  de  cette  observation  est 
bien  propre  à  faire  naître  des  doutes,  ne  fut  pas  la  seule  qui  resta  obscure  pour 
nous,  faute  de  renseignements  précis,  et  nous  regrettons  de  ne  savoir  rien  de  posi¬ 
tif  sur  la  durée,  les  difficultés,  les  détails  de  la  terminaison  des  huit  premiers  ac¬ 
couchements. 

Arrivée  à  trois  heures  du  soir,  le  13  février  1842,  à  la  Maternité,  cette  femme 
fut  examinée  à  la  salle  de  réception  ,  et  cet  examen  permit  de  reconnaître  la  pré¬ 
sence  du  cordon  et  d’une  main  au-dessous  de  la  tête.  Le  travail  se  déclara  le  soir 
même,  à  sept  heures,  et  presque  aussitôt  les  membranes  se  rompirent.  Lorsque 
Y.  fut  amenée  à  la  salle  d’accouchement ,  à  neuf  heures  ,  on  ne  sentait  plus  le  cor¬ 
don  ni  la  main.  Les  contractions, faibles  jusqu’à  dix  heures,  devinrent  ensuite  plus 
fortes  et  plus  rapprochées.  A  minuit  la  dilatation  était  complète.  A  une  heure  et 
demie  la  tête,  engagée  dans  le  détroit,  était  fortement  comprimée  contre  l’angle 
sacro-vertébral  et  la  symphyse  des  pubis,  et  ne  s’avançait  pas.  A  deux  heures,  le 
méconium  s’écoulant,  l’auscultation  fut  pratiquée  :  on  n’entendait  plus  les  batte¬ 
ments  du  cœur.  Jusqu’à  cinq  heures  moins  dix  minutes  ,  les  choses  restèrent  dans 
cet  état,  malgré  les  contractions  énergiques  de  l’utérus  et  les  efforts  de  la  femme. 
A  cinq  heures  cinq  minutes,  la  tête  fut  tout  à  coup  poussée  jusqu’à  la  vulve  par 


A.  DAAYAU.  —  UES  FRACTURES  UES  OS  i)U  CRANE  UU  FOETUS.  43 

une  seule  contraction;  cinq  minutes  après  elle  était  expulsée,  et  le  tronc  suivit 
aussitôt.  Avant  que  la  tète  arrivât  jusqu’à  la  vulve,  on  avait  distinctement  senti 
en  arrière  que  le  pariétal  gauche  était  déprimé.  Quand  la  tète  acheva  de  franchir 
le  détroit  supérieur,  on  n’entendit  aucun  bruit  particulier.  Pourtant,  aussitôt  après 
la  naissance  de  l’enfant ,  on  reconnut  qu’il  y  avait  non-seulement  dépression, 
mais  encore  double  fracture  à  la  partie  antérieure  du  pariétal  gauche.  L’enfant , 
qui  était  une  fille  du  poids  de  trois  kilogrammes  250  grammes,  ne  donna  aucun 
signe  de  vie. 

Pour  ne  point  allonger  cette  observation  de  détails  étrangers  à  notre  sujet,  je 
me  contenterai  de  dire  que  deux  heures  après  l’accouchement ,  des  symptômes  de 
péritonite  suraiguë  se  déclarèrent.  Bientôt  la  femme  fut  dans  un  état  désespéré, 
qui  se  termina  par  la  mort,  le  16,  à  sept  heures  du  matin. 

A  mon  arrivée  à  l’hospice  ,  le  14  ,  j’avais  examiné  la  tète  de  l’enfant.  Elle  offrait 
non-seulement  un  aplatissement  d’un  côté  à  l’autre ,  un  chevauchement  des  sutu¬ 
res  bipariétale  et  lambdoïde,  mais  encore  une  forte  dépression  du  pariétal  gauche, 
dépression  oblique  de  la  bosse  au  bord  antérieur  de  l’os ,  où  elle  avait  sa  plus 
grande  largeur,  et  d’où  elle  s’étendait  jusque  sur  la  partie  voisine  du  frontal.  Du 
sang  était  épanché  sous  le  péricràne  au  niveau  de  celte  dépression ,  et  il  en  refluait 
une  certaine  quantité  de  l’intérieur  du  crâne  ,  par  deux  fractures  partant  de  la  bosse 
pariétale,  et  limitant  en  haut  et  en  bas  la  partie  déprimée.  Désirant  conserver  la 
tête  de  ce  fœtus,  je  la  laissai  entière  ,  et  ne  constatai  point  l’état  du  cerveau  au 
niveau  des  fractures  et  de  la  dépression.  Cette  tête  desséchée  offre  les  dimensions 


suivantes  : 

Diamètre  occipito-mentonnier .  4  pouces  6  lignes. 

—  —  frontal  .  . .  4  —  1  1/2 

—  bipariétal .  3  —  6 

—  Sous  occipito-bregmatique .  3  —  7 


Les  os  sont  épais  et  durs  ,  les  fontanelles  petites  ,  les  sutures  étroites. 

Nous  avons  dit  que  les  deux  fractures  partaient  delà  bosse  pariétale.  En  ce  poiid, 
leurs  extrémités  ne  sont  séparées  que  de  deux  lignes  ;  de  là  elles  partent  en  diver¬ 
geant,  formant  les  deux  côtés  d’un  triangle  dont  la  base,  située  au  bord  antérieur 
de  l’os,  a  onze  lignes  d’étendue.  La  fracture  inférieure,  qui  a  dix-huit  lignes  de  long , 
se  continue  sur  le  frontal  avec  une  petite  fracture  de  quatre  lignes  d’étendue;  à 
l’extrémité  antérieure  de  la  fracture  supérieure  ,  qui  a  quinze  lignes  de  longueur, 
une  petite  partie  du  bord  du  frontal  est  fracturée  et  enfoncée.  Enfin,  au  milieu  de 
la  base  de  la  surface  triangulaire  circonscrite  entre  les  deux  fractures  principa¬ 
les,  existe  une  petite  fissure  du  pariétal,  qui  s’élève  à  la  hauteur  de  sept  lignes. 

L’autopsie  de  la  mère,  faite  en  ma'  présence,  par  M.  Ducrest ,  interne  de  la 
maison  ,  nous  fit  reconnaître  les  altérations  suivantes  : 

Roideur  cadavérique  assez  prononcée;  anchylose  au  coude  gauche;  quelques 
tubercules  à  l’état  crétacé  au  sommet  du  poumon  droit,  au  bord  supérieur  de  son 
lobe  inférieur,  surtout  au  sommet  du  poumon  gauche,  où  se  trouve  aussi  une 
petite  masse  tuberculeuse  en  plein  état  de  ramollissement.  Abdomen  :  Infiltration 
de  sérosité  rougeâtre  dans  le  tissu  cellulaire  de  la  paroi  antérieure  de  l’abdomen, 
principalement  au-dessous  du  pli  des  aines.  Épanchement  d’un  liquide  rougeâtre 
dans  la  cavité  péritonéale.  Injection  sous-séreuse  des  anses  intestinales  qui  avoisi¬ 
nent  le  petit  bassin.  Injection  fine  à  la  surface  externe  de  l’utérus,  particulièrement 
en  arrière.  Tissu  cellulaire  des  fosses  iliaques  et  des  lombes  infiltré  de  sérosité 
rougeâtre.  Quelques  fausses  membranes  récentes  grisâtres  à  la  face  convexe  du 
foie ,  etc.  L’utérus ,  du  fond  à  l’orifice  externe  ,  a  sept  pouces  et  demi  de  longueur  ; 
sa  plus  grande  largeur  est  de  trois  pouces  neuf  lignes.  Une  déchirure  circulaire 
d’un  pouce  un  quart  de  largeur  occupe  la  partie  postérieure  au  niveau  du  col  ; 
elle  ne  s’étend  pas  tout-à-fait  jusqu’à  l’extrémité  de  la  lèvre  postérieure  ;  quelques 


44 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


lignes  l’en  séparent  encore.  Le  vagin  est  détaché  du  col  à  sa  partie  postérieure 
dans  rétendue  de  deux  pouces ,  de  sorte  que  le  cul-de-sac  recto  utérin  du  péritoine 
communique  à  la  fois  avec  la  cavité  du  col  et  avec  celle  du  vagin.  Les  hords  de  la 
déchirure  du  col  sont  mêlés  de  gris  et  de  noir,  inégaux,  ramollis,  écrasés.  Cette 
altération  est  bien  évidemment  le  résultat  d’une  altrition.  Infiltration  de  sang  dans 
le  tissu  cellulaire  utéro-vésical.  Escarres  grises  à  la  face  postérieure  du  vagin  au- 
dessous  de  la  déchirure.  Phlébite  des  veines  du  col  utérin.  Ligaments  larges  in¬ 
filtrés  d’un  liquide  trouble  presque  purulent. 

Mesures  prises  sur  le  cadavre  de  la  femme  : 


Taille . 

Longueur  des  membres  supérieurs  .  .  . 

—  —  inférieurs.  .  .  . 
De  la  fossette  sus-sternale  à  la  symphyse 

pubienne . 

Bassin.  —  D’une  épine  iliaque  antéro- 

supérieure  à  l’autre . 

De  la  partie  la  plus  élevée  de  la  crête 
iliaque  d’un  côté  au  point  diamétrale¬ 
ment  opposé.  . . 

Diamètre  antéro-postérieur  du  détroit 

supérieur . 

Diamètre  bis-iliaque . 

—  oblique  droit . 

—  oblique  gauche . 

De  l’angle  sacro-vertébral  à  rémin.  iléo- 

pectinée  gauche . 

De  l’angle  sacro-vertébral  à  l’émin.  iléo— 

pectinée  droite . 

De  l’angle  sacro-vertébral  aumilieudela 
branche  horizontale  du  pubis  gauche. 

—  —  —  droit.  . 

Longueur  courbe  du  sacrum.  . . 

Hauteur  de  la  symphyse  pubienne  .  .  . 
Diamètre  bi-sciatique . 

—  coccy-pubien  dans  la  plus 
grande  rétropulsion  du  coccyx  .... 


4  pieds  2  pouces  »  lignes 


1  11 

2  » 

1  5 

»  9 


»  9 

»  -  2 
»  4 

»  A 

»  4 

»  2 

»  2 

»  2 

»  2 

»  4 

»  » 

»  3 

»  4 


10 

11 

5 


3  1/2 

9 

4 

5 

3  1/2 

8 

7 

10 

11 

8 
14 
8 

6 


Si  ce  fait  offre  un  grand  intérêt  sous  le  rapport  de  la  lésion  des  os  du  crâne, 
il  n’en  présente  pas  moins  sous  celui  des  lésions  dont  l’utérus  et  le  vagin 
étaient  le  siège,  et  à  cet  égard  il  porte  avec  lui  son  enseignement.  La  perforation  du 
crâne  de  l’enfant  eut  sauvé  la  mère,  dira-t-on;  cela  est  possible,  mais  n’est  pas 
certain.  Ensuite  cette  opération  n’aurait  pu  être  faite  qu’assez  tardivement.  Ce 
ne  fut  qu’après  deux  heures,  lorsque,  le  méconium  s’étant  écoulé,  on  reconnut  par 
l’auscultation  que  les  battements  du  cœur  avaient  cessé,  qu’on  eut  pu  songer  à  la 


convenance  de  cette  opération.  Elle  n’eût  pu  être  décidée  et  mise  à  exécution  que 
par  M.  Dubois  ou  par  moi, et  un  certain  temps  se  serait  écoulé  avant  qu’au  milieu 
de  la  nuit  nous  eussions  pu  être  avertis  et  nous  rendre  à  la  Maternité.  Le  mal 
aurait  donc  été  fait  en  grande  partie,  lorsque  l’opération  destinée  à  le  prévenir  au¬ 
rait  été  exécutée.  Et  d’ailleurs  le  souvenir  des  accouchements  antérieurs,  tous,  à 
la  vérité,  à  l’exception  d’un  seul,  malheureux  pour  les  enfants,  mais  d’ailleurs 
exempts  d’accidents  pour  la  mère,  ne  devait-il  pas  engagera  temporiser  ?  La 
mort  plus  que  probable  du  fœtus  n’élait-elle  pas  une  raison  de  plus  de  confier 


A.  DAN  VA  U.  —  DES  FRACTURES  DES  OS  DU  CRANE  DU  FOETUS.  45 

à  la  nature  le  soin  d’une  expulsion  qu’elle  avait  jusqu’alors  accomplie  sans  dom¬ 
mages  pour  la  mère? 

On  comprendra  sans  peine  l’attrition  de  la  partie  postérieure  du  col  par  la  tête 
de  l’enfant  fortement  pressée  contre  l’angle  sacro-vertébral.  Il  est  peut-être  plus 
difficile  de  se  rendre  compte  de  la  désunion  de  l’utérus  et  du  vagin.  L’explication 
qu’on  propose  pour  les  cas  de  cette  espèce  est-elle  admissible  ici  ?  Je  me  conten- 
terai  de  la  rappeler.  Tant  que  l’orifice  utérin  n’aura  pas  été  franchi,  l’adhérence 
du  col  et  du  vagin  aura  été  respectée;  mais  il  est  probable  pourtant  que  déjà  la 
déchirure  aura  été  préparée,  tellement  qu’après  la  descente  partielle  de  la  tête, 
les  tissus  enflammés,  ramollis,  privés  de  leur  élasticité,  auront  facilement  cédé  à 
l’effortdes  fibres  longitudinales  de  l’utérus  violemment  contractées  ,  pendant  que 
le  vagin  maintenu  et  comprimé  restait  par  cela  même  inextensible.  (V.  Duparcque, 
Des  ruptures  de  l'utérus  et  du  vagin.)  Je  comprends  très  bien  l’objection  qu’on 
pourrait  tirer  de  l’état  du  coi  précisément  en  arrière,  et  je  ne  trouve  de  point 
d’appui  suffisant  aux  fibres  longitudinales  du  corps  que  sur  les  parties  latérales. 
Les  tractions  exercées  sur  les  côtés  auront-elles  suffi  pour  opérer  la  déchirure 
en  arrière?  S’il  en  a  été  ainsi,  l’explication  conserve  la  valeur  qu’on  lui  accorde 
en  général;  sinon,  je  dois  convenir  que  la  véritable  cause  m’échappe. 

Lorsque  la  compression  exercée  par  une  saillie,  telle  que  l’angle  sacro-vertébral, 
sur  un  point  du  crâne,  n’opère,  à  cause  de  la  solidité  des  os,  aucune  dépression  ou 
fracture  de  la  partie  comprimée,  d’autres  parties  moins  résistantes,  plus  ou  moins 
éloignées,  peuvent  céder  et  se  fracturer.  Ainsi  se  produisent  certainement  quelques 
unes  des  fissures  dont  les  auteurs  ont  rapporté  des  observations.  Dans  tous  ces  cas,  la 
fracture  a  eu  lieu  Lien  loin  de  la  surface  sur  laquelle  avait  agi  la  cause  fracturante. 
Je  ne  connais  pas  d’exemple  de  fracture  indirecte  de  la  base  par  compression  de 
la  voûte.  Il  est  évident  qu’une  lésion  de  cette  espèce  ne  peut  avoir  lieu  que  dans  la 
partie  la  moins  résistante  de  la  base  ;  et  c’est,  en  effet,  un  cas  de  fracture  indirecte 
de  la  voûte  orbitaire  que  je  vais  rapporter.  Peut-être,  pour  rester  fidèle  à  mon  litre, 
aurais-je  dû  passer  cette  observation  sous  silence.  En  effet,  l’accouchement  ne  fut 
pas  spontané,  et  la  version  fut  pratiquée.  Mais  on  ne  peut  disconvenir  que  relati¬ 
vement  aux  effets  que  nous  étudions,  il  y  a  une  grande  ressemblance,  sinon  une 
identité  parfaite,  entre  l’action  d’une  force  qui  pousse  la  tête  à  travers  le  bassin  de 
haut  en  bas  (contractions  utérines),  et  celle  d’une  force  qui,  par  des  tractions  dans 
le  même  sens,  l’entraîne  à  travers  le  même  canal  (mains  de  l’accoucheur).  Consi¬ 
dérant  donc  que  la  nature  pourrait  opérer  elle-même  [précisément  ce  que  l’art 
a  produit,  j’ai  pensé  que  cette  observation  ne  serait  point  déplacée  dans  ce 
mémoire,  et  qu’elle  pourrait,  en  attendant,  prendre  place  dans  les  archives  de  la 
science.  A  plus  forte  raison  aurais-je  dû  la  rapporter,  s’il  est  vrai,  comme  j’espère 
le  démontrer,  que  la  lésion  qu’on  serait  tenté  d’attribuer  à  l’art,  a  été  produite  par 
les  seuls  efforts,  les  efforts  extrêmement  violents  auxquels  la  femme  s’est  livrée 
sans  succès.  L’observation  serait  bien  longue  si  je  voulais  la  donner  toute  entière. 
Je  me  contenterai  d’en  extraire  ce  qui  importe  à  notre  sujet,  et  je  me  borne 
d’autant  plus  volontiers  à  cet  extrait  que  l’occasion  se  présentera  plus  tard  de  la 
reprendre  à  propos  d’un  autre  point  fort  important  d’obstétrique. 

t 

tve  Observation. — Rétrécissement  du  bassin.  Version.  Fracture  indirecte  de  lavoule 

orbitaire  droite. 

La  nommée  Gr.,  vingt-huit  ans,  dont  le  diamètre  sacro-pubien  n’avait  que  trois 
pouces  deux  lignes  ,  et  qui  prétendait  néanmoins  être  accouchée  deux  fois  na¬ 
turellement,  était  à  la  salle  des  accouchements  depuis  le  5  septembre  1842.  A  six 
heures  du  matin;  l’enfant  présentait  le  sommet  en  deuxième  position.  Le  6,  à  dix 
heures,  les  contractions  utérines  les  plus  violentes  n’ayant  pu  faire  avancer  la  tête, 
ie  me  décidai,  à  cause  de  circonstances  que  je  crois  inutile  pour  le  moment  de 


46  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

mentionner,  à  pratiquer  la  version.  Cette  opération  fut  facile;  les  deux  pieds  furent 
saisis  ensemble  et  amenés  en  même  temps  dans  le  vagin.  Le  tronc  fut  extrait 
sans  peine  en  première  position  des  pieds.  Le  dégagement  du  bras  droit  offrit 
seul  quelques  difficultés,  après  quoi  la  tête  céda  à  quelques  tractions  modérées. 

L’enfant  né  dans  un  état  de  mort  apparente  fut  ranimé  par  l’emploi  des  moyens 
ordinaires,  et  particulièrement  par  l’insufflation.  Une  demi-heure  après  il  cria  un 
peu,  mais  il  succomba  au  bout  de  quelques  heures.  Au  moment  de  la  naissance,  on 
avait  remarqué  un  léger  surbaissement  des  os  du  côté  droit  de  la  voûte.  La  partie 
antérieure  et  supérieure  du  pariétal  surtout  semblait  avoir  perdu  de  sa  voussure. 
Tout  le  côté  droit  supérieur  de  la  face  était  d’un  rouge  intense;  les  paupières 
de  ce  côté  étaient  boursoufflées,  violettes,  rapprochées,  et  l’enfant  ne  put  les 
écarter  lorsqu’il  commença  à  ouvrir  celles  du  côté  gauche. 

L’enfant  pesait  quatre  kilogrammes  ;  sa  tète  offrait  les  dimensions  suivantes  : 


Diamètre  occipito-mentonnier .  4  pouces  10  lignes. 

—  occipito-frontal . 4  5 

—  bipariétal .  3  6 

—  sous  occip.  bregmatique .  4  5 


A  l’autopsie  le  pariétal  droit  était  encore  sensiblement  aplati.  Du  sang  épanché 
ou  infiltré  existait  tant  à  gauche  qu’à  droite  dans  le  tissu  cellulaire  filamenteux 
épicranien.  A  droite,  au  niveau  de  la  partie  inférieure  du  pariétal,  le  pérrcrâne 
était  décollé  et  du  sang  liquide  était  épanché  au-dessous.  La  suture  écailleuse  était 
en  partie  désunie,  et,  dans  ce  point,  du  sang  liquide  paraissait  venir  de  l’intérieur 
du  crâne.  La  dure-mère  était  en  effet  décollée  dans  une  étendue  à  peu  près  égale 
au  décollement  du  péricrâne,  et  du  sang  liquide  ou  en  partie  coagulé  se  trouvait 
entre  elle  et  la  surface  interne  de  l’os.  Le  cerveau  et  le  cervelet  étaient  fortement 
congestionnés,  mais  il  n’y  avait  nulle  part  d’épanchement  sanguin.  La  substance 
cérébrale  était  intacte  ;  on  remarquait  seulement  un  peu  d’infiltration  séreuse  sous- 
arachnoïdienne. 

L’altération  la  plus  notable,  au  moins  la  plus  importante  pour  le  sujet  qui  nous 
occupe,  était  une  fracture  de  la  voûte  orbitaire  droite.  Cette  fracture,  qui  com¬ 
mence  en  avant  presque  au  trou  sus-orbitaire  ,  se  dirige  de  là  obliquement  en 
dedans  vers  la  suture  fronlo-ethmoïdale,  où  elle  se  termine  ;  elle  a  sept  à  huit 
lignes  d’étendue.  A  trois  lignes  de  son  extrémité  antérieure  existe  une  petite  frac¬ 
ture  transversale  qui  se  dirige  en  dehors  dans  l’étendue  de  deux  lignes.  Un  peu 
en  arrière  de  cette  seconde  fissure  et  parallèlement  à  elle,  l’os  offre  une  sorte  de 
pli,  une  dépression  transversale  très  peu  profonde,  de  cinq  lignes  environ  de  lon¬ 
gueur.  11  n’existe  au  niveau  de  cette  fracture,  soit  au-dessous  de  la  dure-mère,  soit 
au-dessus  du  périoste  de  la  voûte  orbitaire,  qu’une  extrêmement  petite  quantité 
de  sang.  Le  tissu  cellulaire  de  l'orbite  n’offre  rien  de  particulier:;  celui  des  pau¬ 
pières  est  légèrement  infiltré  de  sérosité  rosée.  Au  niveau  de  la  bosse  frontale 
droite  existe  une  dépression  très  petite,  très  étroite,  qui  semble  être  le  résultat 
d’une  pression  exercée  contre  un  corps  anguleux.  Cette  dépression  n’intéresse  que 
la  partie  superficielle  du  tissu  osseux.  Rien  n’apparaît  à  la  face  interne  de  l’os. 

J’ai  dit  précédemment  qu’il  me  semblait  que  la  version  et  l’extraction  de  l’enfant 
étaient  étrangères  aux  lésions  observées  sur  le  crâne.  Si  l’on  considère,  en  effet, 
la  facilité  de  l’extraction  et  particulièrement  de  l’extraction  de  la  tête,  on  ne  sau¬ 
rait  attribuer  à  cette  opération  la  fracture  de  la  voûte  orbitaire.  Si,  au  contraire, 
on  remarque  que  la  tête,  en  seconde  position  du  sommet,  a  été,  pendant  plusieurs 
heures,  poussée  avec  violence  et  maintenue  immobile  sur  le  détroit  supérieur  sans 
pouvoir  le  franchir,  que  le  côté  droit  du  front  est  resté  appliqué,  pressé  contre 
l’angle  sacro-vertébral,  on  ne  pourra,  ce  me  semble,  s’empêcher  d’attribuer  à 
cette  pression  le  petit  enfoncement  observé  au  niveau  de  la  bosse  coronale  droite 


A.  DANYAU.  —  DES  FRACTURES  DES  OS  DU  CRANE  DU  FOETUS.  47 

ainsi  que  la  fracture  qui  s’est  opérée,  indirectement  et  à  cause  de  l’extrême  ré¬ 
sistance  du  point  comprimé,  à  la  voûte  orbitaire.  Ce  que  je  viens  de  dire  ne  m’en- 
pêche  pas,  au  reste,  de  faire  la  part  de  l’art;  et  je  crois  bien  que  l’aplatissement 
observé  au  côté  droit  du  crâne  doit  être  à  peu  près  exclusivement  attribué  aux 
efforts  d’extraction. 

L’observation  qui  suit  est  fort  différente  de  celles  que  je  viens  de  rapporter. 
La  femme  avait  le  bassin  bien  conformé;  nul  obstacle  insolite  n’existait 
dans  les  parties  molles;  et  si  les  os  ont  été  brisés,  il  faut  l’attribuer  à  une 
fragilité  excessive  résultant  d’une  ossification  incomplète.  Les  pariétaux,  les 
seuls  des  os  du  crâne  sur  lesquels  j’ai  observé  celte  disposition,  offrent  quelque¬ 
fois  des  plaies  arrondies,  ovalaires  ou  irrégulières,  au  niveau  desquelles  le  tissu 
osseux  est  réduit  à  une  couche  très  mince.  Cette  couche ,  dans  laquelle  on  ne  re¬ 
connaît  point  de  fibres  rayonnées,  ne  peut  être  mieux  comparée  qu’à  une  mous¬ 
seline  légère  à  mailles  excessivement  fines.  L’os  est  dans  ces  points  très  fragile. 
Lorsque  ces  espaces  faibles  sont  isolés  et  distants,  le  soutien  qu’ils  reçoivent  des 
parties  voisines  plus  solidement  ossifiées  les  préserve  de  toute  lésion  sérieuse; 
lorsqu’ils  sont  plus  rapprochés,  et  disséminés  au  milieu  d’une  surface  où  la  dis¬ 
position  rayonnée  persiste ,  mais  où  la  raréfaction  du  tissu  osseux  est  sensible  ,  l’os 
peut  se  briser  sous  un  effort  médiocre.  C’est  ainsi  sans  doute  que  les  choses  se 
sont  passées  dans  le  cas  suivant. 

Ve  Observation.  —  Bassin  bien  conformé.  Ossification  incomplète  des  pariétaux.  Ac¬ 
couchement  spontané.  Enfant  à  terme  mort-né.  Fractures  multiples  et  irrégulières 
a  la  partie  supérieure  des  deux  pariétaux.  Epanchement  sanguin  au-dessus  et  au- 
dessous  de  ces  os. 

Une  domestique,  âgée  de  22  ans,  d’une  assez  forte  constitution  et  d’une  santé 
habituellement  bonne,  bien  conformée,  enceinte  de  son  premier  enfant  et  à  terme, 
ressentit  les  premières  douleurs  de  l’enfantement ,  le  22  juillet  1842,  à  une  heure 
du  matin.  A  neuf  heures  elle  arriva  à  la  Maternité  ,  et  fut  aussitôt  reçue  à  la  salle 
des  accouchements.  A  cette  époque,  on  trouva  l’orifice  souple,  mince,  dilaté  de 
dix  lignes  environ.  Les  membranes  étaient  entières,  les  contractions  faibles.  La 
tête  se  présentait  en  première  position  du  sommet.  L’angle  sacro-vertébral  n’était 
point  accessible  au  doigt.  Bien  que  les  douleurs  fussent  devenues  plus  fortes  dans 
la  journée ,  la  dilatation  n’avait  pas  encore  fait  de  progrès  sensibles  dans  la  soirée, 
et  les  membranes  restant  constamment  tendues  sans  s’engager  à  travers  le  cercle 
utérin  ;  on  se  décida  à  les  rompre,  à  six  heures  du  soir.  Il  ne  s’écoula  pas  plus 
de  deux  cuillerées  de  liquide.  Les  douleurs  devinrent  plus  vives  ,  plus  régulières, 
plus  franchement  intermittentes  ,  et,  à  neuf  heures  ,  la  dilatation  était  complète. 
Bientôt  la  tête  franchit  l’orifice ,  s’avança  rapidement  à  la  vulve  ,  et  à  dix  heures 
l’enfant  fut  expulsé.  11  était  mort,  mais  n’avait  certainement  cessé  de  vivre  que 
depuis  peu  de  temps;  car,  un  quart  d’heure  avant  la  terminaison  de  l’accouche¬ 
ment,  l’auscultation  avait  constaté  des  battements  du  cœur  forts  et  réguliers. 
L'enfant  pesait  trois  kilogrammes  875  grammes.  La  surface  du  corps  était  vio¬ 
lacée. 

On  reconnut  aussitôt  que  des  fractures  nombreuses  existaient  au  sommet  de  la 
tête,  des  deux  côtés  de  la  suture  bipariétale. 

A  l’autopsie  du  cadavre  ,  je  constatai  que  le  péricràne  était  détaché  sur  les  deux 
côtés  de  la  suture  bipariétale,  particulièrement  en  arrière;  que  du  sang  liquide 
était  épanché  au-dessous;  que  les  deux  pariétaux  offraient,  parallèlement  à  la 
suture,  une  série  de  fractures  irrégulières  au-dessous  desquelles  le  sang  épanché 
sous  le  péricràne  avait  pénétré  ;  il  formait  une  couche  mince  sur  la  dure-mère, 
décollée  d’un  demi-pouce  à  droite  et  à  gauche.  Le  système  vasculaire  cérébral 
était  congestionné,  les  sinus  veineux  surtout  gorgés  de  sang;  mais  aucun  épan- 


48 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


che ment  sanguin  n'existait  soit  à  la  surface  supérieure,  soit  dans  les  scissures, 
soit  à  la  base  du  cerveau ,  non  plus  qu’à  la  surface  du  cervelet.  La  niasse  encé¬ 
phalique  ainsi  que  les  divers  organes  de  la  poitrine  et  de  l’abdomen  étaient  sains. 
Le  développement  était  parfait  et  la  conformation  partout  régulière. 

En  examinant  de  nouveau  ces  fractures  ,  sur  la  pièce  desséchée ,  on  voit  quelles 
se  sont  opérées  dans  le  tiers  supérieur  des  deux  os,  où  le  tissu  présentait  les  con¬ 
ditions  de  raréfaction  que  nous  avons  indiquées  précédemment.  Suivant  une  direc¬ 
tion  générale  d’avant  en  arrière,  à  distance  à  peu  près  égale  de  la  suture  (sept  à 
huit  lignes),  elles  sont  onduleuses  ,  irrégulières  ,  déchiquetées,  et,  dans  quelques 
points,  la  macération  a  enlevé  quelques  petites  parties  de  ce  délicat  tissu  de  mous¬ 
seline  que  nous  avons  décrit. 

Les  fractures  n’ont  point  été  produites  par  une  pression  directe.  On  ne  peut 
guères  s’en  rendre  compte  ,  ce  me  semble,  qu’en  admettant  qu’elles  résultent  d’un 
effet  de  pression  latérale  qui ,  après  avoir  fait  chevaucher  les  deux  pariétaux , 
aura  tendu  à  augmenter  leur  courbure  et  les  aura  fait  céder  dans  les  points  les 
plus  faibles.  Ce  sont  donc  des  fractures  indirectes. 

Quant  à  savoir  si  elles  sont  bien  la  cause  de  la  mort  du  fœtus,  c’est  une  question 
plus  difficile  à  résoudre.  Chez  l’adulte  les  fractures  du  crâne  n’ont  point  de  gra¬ 
vité  par  elles-mêmes,  mais  bien  par  les  accidents  qui  les  compliquent  primitive¬ 
ment  ou  consécutivement.  Sans  doute  il  existait  ici  décollement  du  péricrâne 
et  de  la  dure-mère  et  épanchement  de  sang  sur  les  deux  faces  des  os  ;  mais  il  n’y 
avait  aucune  trace  d’épanchement  à  l’intérieur  des  membranes,  à  la  surface  ou 
dans  l’épaisseur  de  l’encéphale,  aucune  de  ces  lésions  enfin  qui  compromettent 
immédiatement  la  vie.  L’autopsie  des  fœtus  qui  succombent  pendant  le  travail  de 
l’accouchement  ne  révèle  pas  toujours  la  cause  de  la  mort,  et  si  elle  arrive  quel¬ 
quefois  sans  altérations  matérielles  appréciables,  ne  suffit-il  pas  de  celles  que  nous 
avons  constatées  ici  pour  rendre  raison  du  résultat  ? 

Les  dépressions  plus  ou  moins  longtemps  persistantes  que  les  os  du  crâne  éprou¬ 
vent  au  passage  de  la  tète  à  travers  un  bassin  rétréci  rentreraient  sans  contredit 
dans  notre  sujet,  s’il  était  démontré  qu’elles  ne  peuvent  exister  sans  fractures. 
Abstraction  faite  de  ces  aplatissements  et  de  ces  enfoncements  qui  disparaissent 
très  promptement  par  la  seule  élasticité  du  tissu  osseux,  il  n’existe  peut-être  pas 
d’exemple  bien  avéré  de  dépression  persistant  pendant  quelque  temps  et  qui  ne 
fût  pas  compliquée  de  fracture  soit  à  la  table  interne,  soit  dans  le  voisinage  de  la 
partie  déprimée.  Le  redressement  graduel  quandlessujets  ont  survécu  et  l’absence 
d’accidents  ne  sont  pas  des  preuves  sans  réplique.  En  tous  cas,  la  coexistence  de 
fractures  dans  le  cas  suivant  où  la  dépression  semblait  exister  seule  rattache  ce 
fait  à  notre  sujet,  et  l’observation  est  trop  curieuse  pour  que  nous  ne  la  donnions 
pas  avec  les  détails  convenables. 


yi*  Observation.— Deuxième  grossesse.— Rétrécissement  du  bassin. — Accouchement 

spontané.  —  Dépression  considérable  et  double  (raclure  du  pariétal  gauche. _ 

Enfant  vivant  et  d'ailleurs  en  bon  état ,  mort  dix-huit  jours  après  sa  naissance 
d'un  muguet  confluent  compliqué  d’entérite. 


La  nommée  Bras. . . .,  âgée  de  24  ans,  petite,  mais  bien  conformée,  a  toujours 
été  bien  portante,  dit  avoir  marché  de  bonne  heure,  et  ne  présente  dans  son  sque¬ 
lette  aucune  trace  de  rachitisme.  Elle  est  accouchée  une  première  fois  naturelle¬ 
ment  d’un  enfant  qui  n’était  pas  tout-à-fait  à  terme,  mais  très  viable  et  qui  a  vécu 
Le  travail  avait  duré  quarante-huit  heures.  Il  ne  fut  rien  observé  de  particulier 
sur  la  tête  de  cet  enfant  au  moment  de  sa  naissance. 

Le  11  juin  1842  à  cinq  heures  du  soir,  celte  femme,  en  travail  depuis  trente- 
une  heures,  entra  à  la  Maternité.  Les  contractions  étaient  faibles,  l’orifice  peu  di¬ 
laté,  les  membranes  entières,  la  tête  élevée  (lre  position  du  sommet).  Ce  ne  fut 


A.  BÀNyAU.  ~  DÉS  FRACTURES  DES  ÔS  BU  CRANE  BU  FOETUS*  49 


qu’un  peu  plus  tard  qu’on  reconnut  la  projection  de  l’angle  sacro-vertébfal.  A 
huit  heures  et  demie,  la  dilatation  de  l’orifice  de  l’ulérus  était  complète,  les  mem¬ 
branes  se  rompirent,  et  les  contractions  devinrent  plus  énergiques.  Sous  l’influence 
de  ces  contractions,  la  tète  poussée  sur  le  détroit  supérieur  y  resta  appliquée  et 
à  peine  engagée  pendant  plus  d’une  heure.  Tout-à-coup,  deux  contractions  exces¬ 
sivement  fortes  firent  descendre  la  tète,  qui  parvint  à  la  vulve  immédiatement  après. 
L’expulsion  de  l’enfant  se  fit  alors  avec  rapidité.  Il  naquit  un  peu  étonné,  mais 
fut  ranimé  tout  de  suite.  Il  était  bien  développé,  paraissait  à  terme  (la  dernière 
époque  menstruelle  avait  eu  lieu  le  21  septembre).  Il  pesait  trois  kilogrammes. 
Le  pariétal  gauche  était  profondément  déprimé.  Lorsque  je  vis  cet  enfant  le  len¬ 
demain  matin,  il  existait  un  peu  de  gonflement  pâteux  au  niveau  de  la  dépression 
et  un  peu  de  rougeur  du  cuir  chevelu.  J’examinai  cette  dépression  avec  beaucoup 
de  soin;  et  je  constatai  qu’elle  occupait  une  surface  irrégulièrement  circulaire,  de 
deux  pouces  de  diamètre  antéro-postérieur  et  vertical  ;  qu’en  avant  elle  s’éten¬ 
dait  jusqu’à  la  suture  fronto-pariétale ,  en  haut  jusqu’à  quatre  lignes  de 
la  suture  bi-pariétale,  en  bas  à  un  pouce  de  la  partie  supérieure  du  pavillon  de 
l’oreille  ;  en  arrière,  àdix-sept  lignes  de  la  fontanelle  postérieure.  Le  point  corres¬ 
pondant  à  la  bosse  pariétale  était  au  niveau  de  la  partie  postérieure  et  supérieure 
de  la  dépression.  La  partie  la  plus  profonde  de  la  dépression  était  à  quatre  lignes 
au-dessous  de  la  partie  non  déprimée.  La  surface  déprimée  était  solide  ;  sa  largeur, 
ainsi  que  l’absence  de  toute  mobilité,  de  toute  crépitation,  excluaient  l’idée  de  frac¬ 
tures  concomitantes.  Nous  verrons  cependant  que  les  os  n’étaient  pas  intacts. 

Les  mesures  prises  sur  la  tête  de  l’enfant  donnaient  les  résultats  suivants: 


Diamètre  occipito-mentonnier . 4  pouces  G  lignes  1/2 

—  occipito-frontal . 4  2 

—  sous-occipito-bregmatique . 3  9  1/2 

Du  centre  de  la  dépression  à  gauche  à  la 

partie  inférieure  du  pariétal  droit . 2  9  1/2 

De  la  bosse  pariétale  droite  à  la  partie  in¬ 
férieure  du  pariétal  gauche,  immédiate¬ 
ment  au-dessous  de  la  dépression . 3  4 


Voici,  d’un  autre  côté,  les  mesures  prises  chez  la  mère,  qui  sortit  parfaitement 
rétablie  au  bout  de  quelques  jours. 


Hauteur  du  corps. . . . . . 4  pieds  2  pouces  »  lignes. 

Longueur  des  membres  supérieurs .  1  10  » 

—  —  inférieurs . 2  2  4 

—  de  la  main. . . .  »  5  10 

—  du  pied . y .  »  6  4 

Tête.  — Diamètre  occipito  frontal .  »  G  5 

—  bi-pariétal. .  »  5  5 

—  fronto-mentonnier .  »  6  6 

Bassin. — D’une  epine  iliaque  antéro-supérieure  à 

l’autre .  »  8  10 

De  la  partie  la  plus  élevée  de  la  crête  ilia¬ 
que  d’un  côté  au  point  diamétralement 

opposé . . .  »  9  3  1/2 

Diamètre  sacro-pubien  (par  le  toucher  va¬ 
ginal . »  3  4 

Diamètre  sacro-pubien  (parle  compas  d’é¬ 
paisseur  de  Baudelocque) .  »  3  3 

L’enfant  fut  un  peu  souffrait  et  abattu  le  surlendemain  de  sa  naissance,  et  re¬ 
fusa  de  téter;  mais  cet  état  ne  fut  que  passager,  et  sa  santé  ne  cessa  pas  d’être 
c.  4 


50  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

très  bonne  sous  tous  les  rapports  tant  qu’il  resta  à  la  Maternité.  Lorsqu’au  bout  de 
huit  jours  il  fut  transporté  à  l’hospice  des  Enfants-Trouvés,  la  dépression  n’avait 
pas  diminué;  elle  semblait  même  avoir  augmenté,  apparence  trompeuse  qui  dé¬ 
pendait  de  la  disparition  du  gonflement  pâteux  des  téguments. 

Peu  de  temps  après  son  entrée  à  l’hospice  des  Enfants-Trouvés,  l’enfant' fut  pris 
d’un  muguet  confluent  compliqué  d’entérite,  et  succomba  le  29  juin,  à  10  heures 
du  soir,  dix-huit  jours  après  sa  naissance. 

L’autopsie,  à  laquelle  j’assistai,  démontra  que  la  dépression  ne  s’était  pas  re¬ 
levée,  que  le  cerveau  était  déprimé  dans  une  étendue  correspondante  à  la  dépres¬ 
sion  du  pariétal^  mais  n’avait  pas  d’ailleurs  subi  la  moindre  altération.  11  n’y  avait 
ni  déchirure  ni  ramollissement,  pas  même  d’injection  de  la  substance  cérébrale.  La 
dure-mère  était  également  parfaitement  intacte  et  tout-à-fail  saine.  Deux  fractu¬ 
res  qui  n’avaient  pu  être  soupçonnées  pendant  la  vie  existaient  au  pariétal,  toutes 
deux  parlant  de  la  circonférence  de  la  dépression  et  aboutissant  à  la  suture  sagit¬ 
tale,  l’une  postérieure  et  oblique,  qui  avait  quinze  lignes  de  longueur,  l’autre  pres¬ 
que  verticale,  se  terminant  à  la  partie  moyenne  du  bord  supérieur  de  l’os,  et  qui 
n’avait  que  sept  à  huit  lignes  d’étendue.  Les  bords  de  ces  deux  fractures  étaient 
écartés  d’une  ligne  environ,  et  l’intervalle  était  rempli  par  un  tissu  osseux  de  nou¬ 
velle  formation,  très  mince  et  très  délié.  Enfin,  une  toute  petite  fissure  de  trois 
lignes  partant  de  la  partie  antérieure  et  inférieure  de  la  dépression  allait  se 
terminer  au  bord  antérieur  de  l’os. 

Quoique  les  os  du  crâne  soient  uniformément  minces,  facilement  dépressibles 
et  assez  élastiques,  on  fracturerait  plutôt  la  partie  déprimée  qu’on  ne  parvien¬ 
drait  à  la  relever.  La  solidité  de  cette  portion  a  été  augmentée  par  le  dépôt,  sur 
les  deux  faces,  d’une  nouvelle  couche  osseuse,  assez  régulière  à  l’extérieur,  moins 
à  l’intérieur,  plus  épaisse  au  niveau  des  parties  les  plus  déprimées.  Cette  appa¬ 
rition  de  tissu  osseux  nouveau,  conforme  à  certainesdois  d’ostéogénie  pathologique, 
pourrait  faire  la  matière  de  quelques  réflexions  intéressantes,  que  je  néglige  en 
ce  moment  pour  ne  pas  m’écarter  de  mon  sujet. 

Je  ne  veux  pas  non  plus  entrer  ici  dans  de  trop  grands  détails  sur  le  genre  de 
rétrécissement  du  bassin  qui  existait  chez  la  mère  de  l’enfant.  Tout  ce  que  j’ai  dit 
et  les  mesures  que  j’ai  données  me  portent  à  croire  qu’il  s’agissait  ici  d’un  bassin 
«  simpliciter  justb  minor .» 

Les  détails  que  j’ai  donnés  sur  la  conformation  du  bassin,  dans  l’observation 
qu’on  vient  de  lire,  ne  laissent  point  de  doute  sur  la  cause  de  l’enfoncement  du 
pariétal.  Mais  un  rétrécissement  plus  ou  moins  considérable  au  détroit  supérieur 
est-il  seul  capable  de  produire  la  dépression  de  l’un  des  os  du  crâne?  L’observation 
suivante  me  paraît  digne  d’être  rappelée,  parce  qu’elle  montre  la  possibilité  d’une 
dépression  dans  le  cas  même  où  le  bassin  n’est  ni  vicié  ni  rétréci  par  obstruction. 
Je  remprunte  à  Siebold ,  qui  l’a  consignée  au  tome  IX  de  son  journal  (p.  79). 

vne  Observation.— Amélie  K...,  27  ans,  primipare,  dontl’utérus  offrait  une  obli¬ 
quité  antérieure  très  prononcée,  fut  prise  des  douleurs  de  l’accouchement  le  25 
décembre,  à  2  heures  du  matin.  Le  26,  l’insuffisance  des  efforts  maternels  ren¬ 
dit  l’application  du  forceps  nécessaire.  La  tête  fut  extraite  sans  peine,  et  l’on  re¬ 
marqua  alors  pour  la  première  fois  que  l’un  des  bras  s’était  engagé  en  même 
temps.  L’enfant,  qui  était  une  fille  à  terme,  naquit  dans  un  état  de  mort  appa¬ 
rente,  mais  fut  rappelé  à  la  vie  par  l’emploi  de  moyens  énergiques.  Elle  offrait 
au  côté  droit  du  front,  près  de  la  fontanelle  antérieure,  une  dépression  considé¬ 
rable,  qui  ne  pouvait  résulter  que  d’une  pression  exercée,  soit  par  la  saillie  sacro- 
vertébrale,  soit  par  le  coude  même  de  l’enfant.  Or,  la  bonne  conformation  du  bas¬ 
sin  rendait  cette  dernière  supposition  plus  que  probable.  La  dépression  disparut 


MALGAIGNE.  —  THÉRAPEUTIQUE  DES  TUMEURS  BLANCHES.  5t 

peu  à  peu,  et  le  17  janvier,  lorsque  la  mère  emmena  son  enfant,  il  ne  restait 
presque  plus  de  trace  de  renfoncement. 

Peut-être  n’aurais-je  point  dû,  à  propos  des  lésions  des  os  du  crâne  dans  des 
accouchements  spontanés,  citer  un  cas  où  l’application  du  forceps  avait  été  faite. 
II  ne  viendra  à  l’esprit  de  personne,  je  l’espère,  d’attribuer  au  forceps  la  dépres¬ 
sion  observée  sur  la  tête  de  l’enfant.  Cette  application  fut  simple  et  facile,  et  sans 
doute  si  l’utérus,  mieux  dirigé  et  plus  énergique,  eût  seul  poussé  la  tête  au  dehors, 
le  résultat  eût  été  le  même.  Le  forceps  est  ici  simplement  venu  en  aide  à  l’utérus! 
Il  est  d’ailleurs  probable  que  la  dépression  s’est  opérée  graduellement  pendant  ces 
efforts  impuissants  delà  matrice,  qu’elle  était  au  moins  commencée  avant  l’extrac¬ 
tion,  et  que  celle-ci  n’a  fait  que  la  rendre  plus  considérable. 

Je  suis  bien  loin  de  penser  que  j’aie  étudié,  sous  tous  leurs  rapports,  les  fractures 
des  os  du  crâne  du  fœtus,  résultant  d’accouchements  spontanés.  C'est  un  sujet  que 
de  nouvelles  observations  peuvent  seules  élucider  complètement.  Si  je  ne  savais 
que  le  hasard  rapproche  quelquefois  les  cas  curieux  et  rares  du  même  genre 
je  serais  tenté  de  croire,  d’après  les  quatre  faits  que  j’ai  observés  en  une  seule  an¬ 
née,  que  ces  lésions  sont  plus  fréquentes  que  le  silence  de  la  plupart  des  recueils 
scientifiques  ne  le  ferait  présumer.  S’il  en  était  ainsi,  les  occasions  ne  manque¬ 
raient  pas  de  recueillir  bientôt  les  matériaux  d’une  histoire  complète  Ce  que  je 
donne  aujourd’hui  est  une  simple  contribution  à  cette  histoire,  qui  pourra  être 
reprise  plus  tard  et  qui  exige  surtout  de  nouvelles  études  pour  être  convenable 

ment  exposée  sous  l’une  de  ses  faces  les  plus  importantes,  sous  le  rapport  mé¬ 
dico-légal. 


ar°«e  s  an*  une  nouvelle  thérapeutique  «les  tumeurs  M». 

©la©®  ?  par  M.  Malgaigne. 


Bans  la  chaire  de  clinique  où  j’ai  l’honneur  de  remplacer  momentanément  M  J 
Cloquet,  j’ai  trouvé  çà  et  là  l’occasion  de  produire  quelques  idées  générales  sur  là 
thérapeutique  chirurgicale,  et  notamment  sur  les  sources  des  indications  Je  ne 
yeux  point  ici  essayer  l’exposition  prématurée  d’une  doctrine  qui  toucheaux  plus 
hautes  questions  de  la  science  et  de  l’art;  et  il  vaut  mieux  peut-être,  avant  d’en  in¬ 
diquer  les  prémisses,  la  présenter  d’abord  dans  quelques-unes  de  ses  applications 
L’arbre  sera  ainsi  d’avance  jugé  par  les  fruits  qu’il  aura  portés.  Cette  courte  noté 
sera  donc  uniquement  consacrée  à  la  thérapeutique  des  tumeurs  blanches. 

.  0n  saU  cot»bien  de  traitements  de  toute  espèce  ont  été  dirigés  contre  ces  affec¬ 
tions  opiniâtres;  traitements  locaux,  traitements  généraux,  médications  raison¬ 
nées,  médications  empiriques.  Celui  qui  compte  à  présent  le  plus  de  partisans  est 
le  traitement  antiphlogistique  et  révulsif;  des  sangsues,  des  ventouses  scarifiées 
des  bains,  des  cataplasmes  pour  calmer  l’excitation  inflammatoire;  puis  amrà 
état  chronique  est  arrivé,  des  vésicatoires,  des  cautères,  des  moxas,  etc  De  très 
habiles  chirurgiens  disent  avoir  ainsi  obtenu  des  succès  nombreux;  ruais  si  l’on 
considère  la  durée  de  la  maladie  et  du  traitement,  on  se  prend  à  douter  si  les  suc 
cès  annoncés  ne  seraient  pas  dus  surtout  au  temps  et  à  la  nature.  En  ce  qui  me 
concerne,  je  dois  déclarer  que  je  n’ai  vu  nulle  part  un  seul  exemple  de  guérison 
manifestement  dû  à  ce  qu’on  pourrait  appeler  le  traitement  raisonné  •  et  qu’il  n’a 
pas  réussi  une  seule  fois  entre  mes  mains.  J’aï  eu  quelquefois  à  me  louer  davan¬ 
tage  de  certaines  médications  empiriques,  et  notamment  du  calomel  à  hautes  doses 
a  la  méthode  d’O’Beirn  ;  mais  plus  souvent  peut-être  j’ai  vu  le  calomel  échouer. 

Apres  avoir  longuement  médité  sur  ces  tristes  résultats,  obligé  de  reconnaître 
avec  M.  Velpeau,  que  tout  ou  presque  tout  au  moins  est  à  revoir  sur  celte  matière  je 
me  suis  demandé  si  véritablement  les  indications  dites  rationnelles  avaient  été 


52  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

bien  saisies,  et  de  quel  droit  nous  appliquions  sur  ces  engorgements  articulaîrës 
des  sangsues  et  des  révulsifs.  Ce  n’était  pas  par  le  droit  de  l’expérience  acquise; 
car,  je  le  répète,  tout  ce  que  j’ai  vu  de  l’emploi  de  ces  moyens  m’a  laissé  intime¬ 
ment  convaincu  de  leur  inefficacité.  C’était  donc  en  vertu  delà  théorie;  mais  cette 
théorie  était-elle  bien  assise  elle-même?  Parce  qu’il  y  a,  au  début  de  la  plupart 
des  tumeurs  blanches,  une  inflammation  assez  manifeste,  avait-on  recherché  seu¬ 
lement  si  cette  inflammation  était  de  celles  qui  réclament  les  émissions  sangui¬ 
nes?  Pas  le  moins  du  monde;  tout  au  contraire,  il  y  a  là  fort  rarement  un  grand 
afflux  sanguin  ;  et  c’est  l’afflux  sanguin  qui,  en  théorie,  réclame  directement  les 
saignées  et  les  sangsues. 

En  réalité,  cette  inflammation,  dans  son  principe,  n’est  pas  très  vive  ;  très  ra¬ 
rement  elle  aboutit  à  la  suppuration  ;  pourquoi  donc  ne  se  résout-elle  pas  sponta¬ 
nément,  comme  beaucoup  d’inflammations  simples  abandonnées  à  elles-mêmes? 
Ne  serait-ce  pas  parce  que  la  nature  n’est  pas  libre  d’agir,  qu’elle  est  tourmentée 
par  les  imprudences  des  malades,  et  peut-être  aussi  par  le  traitement  tumultueux 
des  chirurgiens?  La  condition  la  plus  essentielle  pour  la  résolution  de  toute  phleg- 
masie,  c’est  le  repos  de  l’organe  affecté  ;  et,  pour  les  tumeurs  blanches  mêmes,  les 
chirurgiens  recommandent  avant  toutes  choses  le  repos  absolu;  mais  comment  ce 
repos  est-il  garanti?  Et  avant  de  prétendre  aider  ou  corriger  la  nature,  ne  fallait- 
il  pas  s’assurer  exactement  qu’elle  ne  se  suffirait  pas  à  elle-même? 

Ces  idées  avaient  une  origine  plus  haute,  mais  qu’il  est  superflu  d’indiquer  en 
ce  moment.  Dans  tous  les  cas,  elles  avaient  besoin  de  la  sanction  de  l’expérience; 
je  crois  être,  dès  à  présent,  en  droit  de  dire  que  celte  sanction  ne  leur  a  pas 
manqué. 

Depuis  que  j’ai  pris  le  service  de  M.  J.  Cloquet,  il  est  entré  un  certain  nombre 
d’affections  articulaires  avec  les  douleurs  et  l’engorgement  blanc  qui  leur  font 
donner  le  nom  de  tumeurs  blanches  à  l’état  aigu. 

Nous  avons  eu  un  homme  de  soixante-cinq  ans,  affecté  d’unearthralgie  scapulo-hu- 
mérale  déjà  traitée  dans  un  autre  service  ;  les  douleurs  persistaient  ;  et  il  y  avait  de 
plus  roideur  articulaire  très  prononcée,  avec  paralysie  dudeltoïde  et  contracture 
des  muscles  de  l’aisselle.  Je  fis  appliquer,  durant  quelques  jours,  des  cataplasmes, 
après  quoi  je  m’en  tins  au  repos  absolu.  11  suffit  de  huit  jours  pour  enlever 
toutes  les  douleurs,  après  quoi  nous  nous  occupâmes  de  I’ankylose;  et  il  est  sorti 
le  trente-cinquième  jour,  élevant  le  bras  presque  à  la  même  hauteur  que  celui  du 
côté  sain  ;  mais  conservant  cependant  dans  l’article  un  craquement  qui  semble 
attester  la  disparition  des  cartilages  articulaires. 

Nous  avons  eu  une  jeune  fille  de  dix-sept  ans,  affectée  d’une  ancienne  coxalgie, 
qui  avait  laissé  pour  traces  une  fausse  ankylosé  avec  raccourcissement  de  deux  cen¬ 
timètres;  et,  depuis  quelques  semaines,  la  douleur  avait  reparu  à  la  hanche  et  au 
genou  assez  forte  pour  ôter  le  sommeil.  Un  vésicatoire  volant  adoucit  la  douleur; 
le  repos  absolu  acheva  la  cure  en  quelques  jours ,  et  nous  avions  déjà  commencé  à 
rompre  l’ankylose  quand  la  malade  quitta  l'hôpital. 

Dans  ces  deux  cas,  le  cataplasme  d’un  côté,  le  vésicatoire  de  l’autre,  se  sura¬ 
joutant  au  repos,  pouvaient  laisser  dans  l’esprit  des  élèves  quelques  doutes  sur  la 
cause  réelle  de  la  guérison  ;  j’ai  voulu  dans  tous  les  autres  cas  qui  se  sont  présentés 
m’en  fier  au  repos  seul  du  soin  de  la  cure  ;  et  il  ne  s’est  donc  agi  que  des  moyens 
de  maintenir  le  repos. 

Un  homme  de  quarante-huit  ans  est  entré  le  12  janvier  pour  une  coxalgie  com¬ 
mençante  avec  de  vives  douleurs  au  genou  et  au  pied  tout  à  la  fois  ,  qui  lui  avaient 
ôté  le  sommeil.  Les  deux  membres  furent  liés  ensemble  à  l’aide  de  cravates  pas¬ 
sées  autour  des  pieds ,  des  jambes  et  des  cuisses  ;  dès  la  première  nuit ,  le  sommeil 
revint  ;  dès  le  cinquième  jour,  nous  le  trouvâmes  à  la  visite  n’accusant  plus  aucune 
douleur. 


MALGAIGNE. — THÉRAPEUTIQUE  DES  TUMEURS  BLANCHES.  53 

Un  autre  portait  depuis  quarante-cinq  jours  une  tumeur  blanche  du  genou  avec 
déviation  du  tibia  en  dehors ,  et  des  douleurs  telles  que  dans  tout  ce  temps  il  n’avait 
pas  dormi  une  demi-heure  de  suite.  Je  le  lis  placer  sur  un  double  plan  incliné  suf¬ 
fisamment  garni  ;  dès  le  lendemain,  la  diminution  du  gonflement  était  frappante  ; 
le  sommeil  était  un  peu  revenu  ;  dès  le  dixième  jour,  il  dormait  de  cinq  à  six  heures 
par  nuit. 

J’en  pourrais  citer  plusieurs  autres  déjà  traités  dans  divers  hôpitaux  infruc¬ 
tueusement;  et  particulièrement  un  jeune  homme  ayant  une  véritable  hypertro¬ 
phie  des  éléments  osseux  du  genou,  avec  abcès  flslulcux ,  vives  douleurs ,  flexion 
de  la  jambe  à  angle  droit;  il  était  entré  décidé  à  subir  l’amputation  de  la  cuisse. 
Dès  à  présent  il  a  perdu  toutes  ses  douleurs,  de  telle  sorte  que  nous  avons  pu  déjà 
ramener  la  jambe  à  un  angle  de  cent  quarante  degrés  ;  les  fistules  semblent  tendre 
à  se  tarir;  bien  plus,'  un  abcès  que  j’avais  été  obligé  d’ouvrir,  et  qui  siégeait  au 
milieu  d  un  tissu  cellulaire  mollasse,  saignant,  dégénéré,  comme  on  en  rencontre 
dans  certaines  tumeurs  blanches ,  qui  dès-lors  passent  généralement  pour  incura¬ 
bles;  cet  abcès,  pansé  seulement  tous  les  huit  jours,  s’est  parfaitement  comblé  et 
ne  présente  plus  qu’une  surface  suppurante  de  l’aspect  le  plus  favorable. 

Je  me  borne ,  quant  à  présent ,  à  cette  rapide  énumération  ;  mon  but  est  unique, 
ment  d  appeler  l’attention  des  praticiens  sur  cette  thérapeutique  nouvelle  ,  qui  a 
déjà  donné  et  qui  promet  de  si  beaux  résultats.  Toutefois  ,  je  ne  mettrai  pas  fin  à 
cette  note  sans  donner  au  moins  dans  tous  ses  détails  l’une  des  plus  curieuses 
observations  du  service;  elle  a  été  recueillie  avec  leplusgrand  soin  par  M.  Deque- 
vauvillers. 

La  nommée  Luxembourg ,  domestique,  âgée  de  vingt-trois  ans,  d’une  bonne 
constitution  ,  à  Paris  depuis  dix-huit  mois,  avait  toujours  joui  d’une  bonne  santé, 
à  part  des  douleurs  d’estomac  qui  avaient  suivi  de  près  son  arrivée  à  Paris. 
Le  b  novembre  1842 ,  à  cinq  heures  du  soir,  sans  cause  connue  ,  elle  fut  prise  d’un 
frisson  prolongé  qui  1  obligea  à  se  jeter  sur  son  lit  sans  avoir  le  temps  ni  la  force  de 
se  déshabiller.  Elle  s’endormit  vers  sept  heures,  et  fut  réveillée  à  minuit  par  de 
vives  douleurs  occupant  presque  toutes  les  articulations;  les  deux  poignets,  les 
deux  genoux,  les  deux  coude-pieds  étaient  pris.  La  douleur  était  supportable  dans 
les  deux  coude-pieds  et  au  genou  gauche,  et  n’y  dura  que  deux  jours;  mais  elle 
persista  dans  les  autres  jointures  ;  on  pratiqua  une  saignée  abondante;  on  appli¬ 
qua  cinq  sangsues  à  chaque  poignet ,  et  sur  le  genou  droit.  L’inflammation  des 
poignets  diminua  peu  à  peu,  et  au  bout  de  trois  semaines  il  n’en  restait  plus  de 
traces;  toute  l’affection  se  trouva  donc  alors  concentrée  dans  le  genou  droit.  On 
y  mit  derechef  dix  sangsues,  puis  encore  dix  autres;  on  essaya  des  fomentations^ 
narcotiques  ;  on  purgea  deux  fois  la  malade,  après  quoi  l’on  en  vint  aux  vésica¬ 
toires  ,  et  l’on  en  établit  successivement  quatre  autour  du  genou.  La  douleur  ne 
faisant  que  croître  et  empirer,  enfin,  le  9  décembre,  la  malade  fut  apportée  à 
1  hôpital  et  couchée  salle  des  femmes,  numéro  12.  Elle  était  dans  l’élat suivant  : 

La  jambe  est  fléchie  à  angle  droit  sur  la  cuisse.  Le  genou  est  considérablement 
tuméfié;  le  gonflement  commence  presque  subitement  à  huit  centimètres  au-des¬ 
sus  du  centre  de  la  rotule,  et  finit  de  même  à  sept  centimètres  au-dessous;  la 
jambe  est  notablement  amaigrie.  La  circonférence  des  deux  membres  était  dans 
le  rapport  suivant  : 

memb.  malade,  memb.  sain. 

A  7  centimètres  au-dessus  du  centre  de  la  rotule .  O,  38  c.  32 

Au  niveau  du  centre  de  la  rotule . : . . .  40  55 

A  5  centimètres  au-dessous .  54  29 

On  sentait  de  la  fluctuation  sur  les  côtés  de  la  rotule,  mais  l’excessive  douleur 
ne  permettait  pas  une  exploration  complète.  Cette  douleur,  qu’accroissait  chaque 
mouvement,  était  telle  que  depuis  trois  semaines  la  malade  disait  n’avoir  pas 


54  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

fermé  l’œil ,  et  qu’elle  ne  restait  pas  un  seul  moment  sans  se  plaindre.  Le  pouls  est 
à  cent  dix  pulsations,  la  peau  chaude ,  la  langue  couverte  d’un  enduit  jaunâtre. 

On  mit  la  jambe  sur  des  coussins  représentant  un  double  plan  incliné,  et  l’on 
appliqua  un  cataplasme  pour  décollerle  papier  brouillard  qui  recouvrait  les  vési¬ 
catoires. 

Je  la  vis  le  10  décembre  à  la  visite.  Les  douleurs  avaient  été  tellement  vives, 
qu’elle  avait  crié  toute  la  nuit,  et  empêché  ses  voisines  de  dormir.  Outre  les  phé¬ 
nomènes  relatés  ,  je  remarquai  que  le  tibia  était  déjà  sensiblement  entraîné  en  ar¬ 
rière  des  condyles  fémoraux.  Les  coussins  s’étaient  affaisés;  du  reste,  le  membre 
n’était  pas  suffisamment  fixé  en  place.  Comme  nous  n’avions  pas  encore  de  plans 
inclinés,  j’établis  une  masse  de  coussins  plus  solide ,  et  je  liai  les  deux  jambes  l’une 
à  l’autre  par  trois  liens,  l’un  au  pied,  l’autre  au-dessous  du  genou,  et  le  troisième 
au-dessus. — Diète ,  limonade. 

Le  i  l  au  matin,  toute  l’amélioration  consistait  en  ce  qu’elle  n’avait  fait  que  pleurer 
au  lieu  de  crier;  cependant  elle  était  assez  calme.  Mais  M.  Dequevauvillers  ayant 
cru  devoir  combattre  la  constipation  qui  durait  depuis  quelques  jours ,  en  donnant 
l’eau  de  Sedliiz,  il  y  eut  six  selles  qui  ravivèrent  les  douleurs  déjà  en  voie  de  dimi¬ 
nution. 

Le  12,  pour  éviter  tout  mouvement ,  on  place  la  malade  sur  le  lit  de  Daujon  , 
les  deux  membres  attachés  Fun  à  l’autre  comme  il  a  été  dit,  et  de  plus  fixés  par 
deux  autres  liens  au  châssis  du  lit  mécanique.  Pendant  cette  installation,  les  dou¬ 
leurs  avaient  été  excessives;  elles  diminuèrent  peu  à  peu;  à  cinq  heures  du  soir, 
il  n’en  restait  plus  de  trace,  et  la  malade  eut  deux  heures  de  sommeil  la  nuit; 
c’était,  disait-elle,  la  première  fois  qu’elle  avait  si  bien  reposé  depuis  l’invasion 
de  la  maladie. 

Le  13 ,  tout  symptôme  de  réaction  a  disparu;  il  n’y  a  de  douleur  qu’à  la  pression 
et  sur  les  côtés  de  la  rotule.  Dans  la  journée  ,  les  liens  s’étant  relâchés  ,  les  dou¬ 
leurs  reparaissent;  on  les  resserre  ,  le  calme  revient  ;  sommeil  toute  la  nuit. 

Le  14,  continuation  du  mieux.  Mais  la  nuit  suivante,  l’une  des  cordes  auxquel¬ 
les  est  suspendu  le  châssis  s’étant  rompue  ,  la  secousse  détermina  une  douleur  si 
vive ,  que  la  malade  faillit  tomber  en  syncope  et  eut  plusieurs  heures  de  délire. 
Toutefois,  le  lendemain  matin ,  tout  était  rentré  dans  l’ordre. 

Le  10,  le  gonflement  paraît  tellement  diminué,  qu’on  juge  nécessaire  de  le 
constater  par  une  mensuration  nouvelle.  On  trouve  donc  : 

A  7  centimètres  au-dessus  de  la  rotule . 57  centim.;  diminut.  1  centim. 

Au  niveau  du  centre  de  la  rotule .  58  2 

A  5  centimètres  au-dessous .  55  1 

L’appétit  se  prononce  ;  une  portion. 

Je  ne  veux  pas  suivre,  jour  par  jour,  les  progrès  de  l’amélioration  ;  il  suffit  de 
dire  que  les  douleurs  ne  revenaient  que  par  des  mouvements  intempestifs,  et  lais¬ 
saient  les  nuits  presque  entièrement  tranquilles.  Le  20,  de  nouvelles  mensurations 
donnèrent  à  peine  un  centimètre  de  diminution;  le  gonflement  paraissait  tenir 
surtout  à  une  accumulation  de  liquide  dans  la  synoviale. 

Le  22,  il  avait  considérablement  décru  :  on  peut  en  juger  par  les  chiffres  sui¬ 


vants  : 

A  sept  centimètres  au-dessus  de  la  rotule .  55  centimètres. 

Au  niveau  de  la  rotule . .  57 

A  cinq  centimètres  au-dessous .  50 


Le  23,  nous  eûmes  enfin  un  double  plan  incliné,  que  l’on  pouvait  fléchir  ou  éten¬ 
dre  à  volonté,  au  moyen  d’une  attelle  latérale,  jouant  à  la  façon  d’une  crémaillère. 
Le  membre,  que  la  malade  pouvait  déjà  soulever  en  masse,  était  fléchi  à  angle  de 
cent  cinq  degrés  ;  comme  je  voulais  l’alonger  quelque  peu,  une  imprudence  de 


55 


REVUE  CRITIQUE. 

Faide^porla  brusquement  l’angle  à  cent  vingt  degrés.  11  y  eut  une  douleur  très  ai¬ 
guë  qui  continua  tout  le  jour,  en  sorte  que  vers  le  soir  on  ramena  l’appareil  et  le 
membre  tout  ensemble  à  cent  quinze  degrés.  Une  heure  après,  les  douleurs  avaient 
disparu;  et  la  nuit  en  ayant  ramené  quelques-unes,  la  malade  les  éluda  en  desser¬ 
rant  le  lien  qui  pressait  sur  le  genou.  Le  lendemain,  je  rétablis  la  pression,  mais 
en  prenant  soin  qu'aucun  point  du  jarret  ne  portât  à  faux. 

Le  25,  l’angle  fut  ouvert  à  cent  vingt-cinq  degrés  ;  alors  on  s’aperçut  d’une  ro¬ 
tation  anormale  delà  jambe  en  dehors,  qui  avait  été  masquée  par  la  flexion  du 
membre.  On  essaya  vainement  d’y  remédier. 

Le  26,  l’angle  est  porté  à  130°;  le  29,  à  135°;  le  31,  à  145°;  le  3  janvier,  à  150°.  Nous 
ne  pûmes  dépasser  ce  terme;  la  flexion  était  alors  plus  apparente  que  réelle,  et  dé¬ 
pendait  de  la  semi-luxation  de  la  jambe  en  arrière  du  fémur.  En  effet,  le  membre 
était  aussi  long  que  l’autre  ;  dès  le  5  janvier,  la  malade  essaya  avec  succès  de  le 
fléchir  volontairement  elle-même  ;  le  9  janvier,  elle  marcha  avec  deux  béquilles  ; 
le  10,  avec  une  seule  ;  et  le  15,  je  la  faisais  marcher  et  même  un  peu  courir  dans 
la  salle  en  la  tenant  seulement  par  le  petit  doigt.  La  jambe  était  encore  faible, 
mais  sans  douleur  ;  et  nous  ne  gardions  la  malade  que  pour  assurer  jusqu’au  bout 
une  guérison  plus  complète  que  je  n’aurais  osé  l’espérer  moi-même,  en  considé¬ 
rant  surtout  le  double  déplacement  delà  jambe  auquel  nous  n’avons  pas  pu  remé¬ 
dier. 

Un  pareil  fait  parle  assez  haut ,  peut-être  ,  pour  n’avoir  pas  besoin  de  commen¬ 
taires  ;  et  je  le  livre  volontiers  à  l’appréciation  des  praticiens. 


REVUE  CRITIQUE, 


Chirurgie. 


Finde  ladiscussion  surla  ténotomie.  Ques¬ 
tion  de  moralité  scientifique. — Lorsque  nous 
rendions  compte,  il  y  a  un  mois,  de  la  fameuse 
discussion  académique  sur  la  ténotomie,  il 
était  grandement  à  présumer  qu’elle  touchait 
à  sa  lin.  Les  questions  de  fait  étaient  épuisées, 
les  questions  de  principes  abandonnées;  il  ne 
restait  que  des  questions  purement  personnel¬ 
les,  qui  ont  suffi  cependant  à  défrayer  encore 
trois  longues  séances.  Enfin  ce  qu’on  pouvait 
prévoir  est  arrivé ,  une  incroyable  lassitude  a 
remplacé  l’intérêt  des  premiers  jours  et  la 
clôture  a  été  réclamée  et  prononcée  malgré  la 
résistance  de  quelques-uns  des  interlocu¬ 
teurs. 

Nous  n’avons  pas  grand’ chose  à  ajoutera 
notre  compte-rendu  en  ce  qui  concerne  les 
deux  faits  présentés  à  l’Académie.  M.  Bouvier 
est  convenu,  avec  une  loyauté  qui  l’honore, 
qu’au  cas  où  l’on  serait  obligé  d’opérer,  on  y 
serait  un  peu  plus  encouragé  par  ces  faits  qu’on 
ne  l’eût  été  au  commencement  de  la  discus¬ 
sion.  Néanmoins  le  doute  est  resté  dans  beau¬ 
coup  d’esprits,  et  M.  Bouillaud,  par  exemple,  a 
demandé  formellement  une  commission  offi¬ 
cielle  que  M.  Guérin  a  cru  devoir  de  nouveau 
refuser. 

Mais  il  s’est  élevé  une  question  de  moralité 
scientifique  que  nous  ne  saurions  passer  sous 


silence.  M.  Guérin  a  défendu  la  marche  qu’il 
avait  suivie;  et  comme  quelques  personnes 
avaient  trouvé  peu  convenable  l’appel  qu’il 
avait  fait  à  une  commission  officieuse;  «  alors, 
s’est-il  écrié,  comment  appeler  la  démarche 
faite  à  mon  insu  auprès  de  mes  malades,  pour 
infirmer  ce  que  j’avais  avancé?  comment 
qualifier  cet  examen  contradictoire  clandes¬ 
tin,  où  je  n’avais  pas  été  appelé  pour  dire  ou 
montrer  les  motifs  de  mon  jugement  et  de 
mes  observations  contradictoires?  » 

Il  s’agit  ici  de  la  démarche  faite  par  M.  Bou¬ 
vier  près  des  deux  opérés  de  M.  Guérin,  dans 
le  but  de  vérifier  ce  qu’il  n’avait  pu  que  voir 
en  courant  dans  la  séance  académique. 
M.  Guérin  s’est  servi  en  cette  circonstance 
d’un  argument  qui  avait  été  mis  en  avant 
par  un  journal  fort  soigneux  de  ce  qui  touche 
à  la  dignité  et  à  l’indépendance  des  médecins; 
mais  nous  craignons  qu’il  n’v  ait  eu  ici  quel¬ 
que  confusion.  Certes,  aller  fouiller  dans  la 
pratique  privée  d’un  confrère  pour  livrer  à  la 
publicité  ses  insuccès,  ses  erreurs  même,  ce 
serait  une  action  à  révolter  toüs  les  gens  de 
bien.  La  pratique  privée,  comme  la  vie  privée, 
doit  être  murée.  Mais  si  vous-même  vous  avez 
produit  vos  faits  au  grand  jour,  si  vous  vous 
en  êtes  servi  pour  appuyer  une  théorie,  que 
dis-je  une  théorie?  une  opération  réputée 


56 


REVUE  CRITIQUE. 


hasardeuse,  il  faut  bien  que  vous  sachiez  que 
vos  faits  ne  vous  appartiennent  plus,  qu’ils 
sont  entrés  dans  le  domaine  public  et  que 
l’examen  et  la  critique  en  sont  permis  à  tout 
le  monde.  Voilà  ce  qui  est  juste  et  légitime 
dans  les  circonstances  ordinaires;  or  ici  il 
n’y  avait  pas  même  seulement  justice,  il  y 
avait  nécessité.  M.  Bouvier  se  trouvait  con¬ 
damné  dans  ses  opinions  par  le  simple  énoncé 
de  ces  faits;  il  avait  demandé  du  moins  qu’ils 
fussent  vérifiés  par  une  commission  ;  on  le  lui 
avait  refusé.  En  persistant  comme  il  l’a  fait, 
non-seulem  ent  nous  estimons  qu’il  était  pleine¬ 
ment  dans  son  droit ,  mais  qu’il  faut  le  louer 
de  sa  persévérance. 

Telle  a  été  notre  opinion  dès  le  premier 
jour.  Surpris  néanmoins  de  nous  trouver  en 
désaccord  avec  un  organe  important  de  la 
presse  médicale,  nous  avons  désiré  connaître 
le  sentiment  de  nos  confrères,  et  la  question 
a  été  posée  devant  une  réunion  de  seize  chi¬ 
rurgiens,  tous  attachés  aux  hôpitaux  de  Paris. 
L’un  d’eux  avait  déjà  manifesté  une  opinion 
contraire;  il  y  a  persisté.  Tous  les  autres,  sans 
nulle  réserve,  se  sont  prononcés  dans  notre 
sens;  et  il  y  aurait  un  tel  péril  pour  la  science 
à  consacrer  l’inviolabilité  des  faits  rendus  pu¬ 
blics,  que  nous  ne  doutons  pas  qu’une  réflexion 
plus  approfondie  ne  ramène  nos  confrères 
dissidents  au  commun  avis. 


DU  TRAITEMENT  DES  HYDARTIIROSES  par  Vin- 

cision  sous-cutanée  de  la  synoviale ,  par 
M.  Goyrand. — Les  hydarthroses  sont  une  de 
ces  affections,  qui,  avec  peu  de  gravité  en 
apparence,  amènent  quelquefois  pour  le  ma¬ 
lade  une  impuissance  presque  absolue  du 
membre,  et  résistent  avec  une  opiniâtreté  re¬ 
marquable  à  tous  les  efforts  du  chirurgien. 
Pour  notre  part,  dépuis  plusieurs  années, 
après  avoir  en  vain  épuisé  les  traitements 
plus  doux,  nous  avions  eu  recours  à  la  ponc¬ 
tion  par  le  trocart,  à  l’aide  de  laquelle  la  sy¬ 
novie  étant  évacuée,  la  compression  et  les  vé¬ 
sicatoires  avaient  de  meilleures  chances  pour 
prévenir  le  retour  de  l’épanchement  articu¬ 
laire.  Ces  ponctions  sont  tout  aussi  innocen¬ 
tes  que  celle  de  l’abdomen  dans  l’ascite ,  et 
jamais  elles  n’ont  amené  le  moindre  accident  ; 
mais  leur  efficacité  est  beaucoup  moins  con¬ 
stante;  et  après  avoir  réussi  d’abord  sur  plu¬ 
sieurs  sujets,  elles  échouèrent  sur  d’autres, 
de  façon  à  ne  nous  laisser  qu’une  confiance 
très  médiocre.  Dans  cet  état  de  choses,  nous 
avions  bien  songé  à  tenter  sur  la  synoviale 
les  incisions  sous-cutanées  que  nous  avions 
appliquées  avec  tant  de  succès  aux  ganglions  ; 
mais  l’incertitude  et  le  danger  du  résultat 
nous  arrêtaient,  et  nous  aimions  mieux  lais¬ 
ser  à  d’autres  le  périlleux  honneur  de  la  pre¬ 
mière  tentative.  M.  Goyrand  eut  ce  courage 
quj  nous  avait  manqué  :  il  délogea,  par  une 


incision  sous-cutanée,  un  corps  étranger  dé¬ 
veloppé  dans  l’articulation  du  genou  ;  les  ré¬ 
sultats  égalèrent  et  dépassèrent  peut-être  ses 
espérances ,  et  cette  observation  longuement 
méditée  avait  levé  tous  nos  doutes.  L’occasion 
s’est  offerte ,  dans  le  cours  de  l’année  précé¬ 
dente,  de  mettre  à  exécution  nos  anciens  pro¬ 
jets  pour  la  cure  de  l’hydarthrose ,  et  l’opéra¬ 
tion  a  réussi  à  merveille;  mais  déjà  l’habile 
chirurgien  d’Aix  nous  avait  devancé.  Nous  pu¬ 
blierons  plus  tard  les  faits  qui  nous  sont  pro¬ 
pres;  nous  ne  voulons  actuellement  que  re¬ 
produire  l’observation  de  M.  Goyrand. 

«  Augier,  cultivateur,  âgé  de  cinquante  ans, 
ayant  le  genou  droit  cagneux,  tomba  sur  ce 
genou  en  septembre  1841;  et  l’articulation 
ayant  conservé  à  la  suite  de  cette  chute  un 
gonflement  qui  allait  toujours  croissant,  il  en¬ 
tra  à  l’hôpital  d’Aix  le  27  décembre.  L’hydar¬ 
throse  était  parfaitement  cicatrisée;  M.  Goy¬ 
rand  l’opéra  le  29  décembre;  nous  le  laisserons 
lui-même  exposer  son  procédé  et  les  ré¬ 
sultats. 

«  Placé  à  la  gauche  du  malade,  je  soulève 
la  peau  de  la  cuisse  au-dessus  de  la  partie  su¬ 
périeure  externe  de  la  tumeur,  en  un  large 
pli  transversal  que  je  donne  à  tenir  à  un  aide; 
et  pressant  de  la  main  gauche  sur  la  rotule 
et  la  partie  inférieure  de  la  tumeur,  pour  dis¬ 
tendre  la  partie  supérieure,  je  plonge  à  tra¬ 
vers  le  feuillet  supérieur  du  pli  cutané  un 
bistouri  à  lame  très  étroite,  tranchante  dans 
une  longueur  de  trois  centimètres  ,  et  émous¬ 
sée  par  la  lime  de  ce  point  au  talon  de  l’in¬ 
strument.  Glissant  mon  bistouri  sous  la  peau, 
je  vais  inciser  à  plein  tranchant  l’aponévrose, 
les  portions  externe  et  moyenne  du  triceps,  et 
le  cul-de-sac  supérieur  externe  de  la  syno¬ 
viale.  L’articulation  ainsi  ouverte  sous  lapeau, 
je  fais  exécuter  à  mon  bistouri  un  mouve¬ 
ment  de  semi-rotation  sur  son  axe,  qui  dirige 
le  tranchant  en  avant,  et  je  débride  de  la  ca¬ 
vité  articulaire  vers  la  peau  toutes  les  parties 
profondes,  de  manière  à  donner  à  l’incision 
une  étendue  de  quinze  à  dix-huit  millimètres. 
Je' retire  ensuite  le  bistouri,  et  fais  lâcher  le 
pli  de  la  peau.  La  piqûre  de  cette  membrane 
remonte  à  quatre  centimètres  au-dessus  de 
l’incision  profonde;  elle  n’a  guères  que  deux 
millimètres  d’étendue.  Quelques  bulles  d’air 
ont  pénétré  sous  la  peau  et  se  trouvent  entre  la 
piqûre  de  cette  membrane  et  l’incision  profon¬ 
de  ;  une  légère  pression  exercée  sur  la  tumeur 
fait  sortir  un  peu  de  synovie  qui  les  entraîne. 
Je  ne  cherche  pas  à  vider  la  synoviale;  le  li¬ 
quide  épanché  s’infiltrera  dans  le  tissu  cellu¬ 
laire  de  la  cuisse  et  sera  bientôt  absorbé.  Un 
petit  emplâtre  de  diachylon  est  appliqué  sur 
la  piqûre.  Repos  complet  au  lit. 

«  Le  30,  plus  de  liquide  dans  la  synoviale. 
La  synovie  s’est  infiltrée  dans  le  tissu  cellu¬ 
laire  lâche  qui  sépare  la  partie  inférieure  du 


REVUE  CRITIQUE. 


triceps  fémoral  et  de  la  synoviale ,  et 
forme  là  une  tumeur  qui  a  à  peu  près  la 
forme  de  l’hydarthrose,  mais  qui  n’est  pas 
fluctuante.  La  rotule  est  maintenant  en  con¬ 
tact  avec  la  trochlée  du  fémur.  Les  pressions 
exercées  sur  la  tumeur  ne  déplacent  plus  cet 
os;  il  n’y  a  pas  la  plus  plus  légère  douleur.— 
Compression  exercée  sur  le  genou  au  moyen 
de  bandelettes  imbriquées  ;  bandage  roulé  sur 
le  pied,  la  jambe ,  le  genou  et  la  partie  infé¬ 
rieure  de  la  cuisse. 

«  Le  51  décembre  la  piqûre  est  cicatrisée. 

«  Le  5  janvier,  l’articulation  a  un  aspect 
tout-à-fait  normal.  Les  bandelettes  emplasti- 
ques  ont  irrité  la  peau;  nous  les  supprimons. 
Compression  avec  le  bandage  roulé. 

Le  8,  état  parfait  de  l’articulation.  Il  n’y  a 
jamais  eu  la  plus  légère  douleur.  Le  malade 
marche  sans  la  moindre  gêne,  et  paraît  être  par¬ 
faitement  guéri.  La  compression  est  continuée 
jusqu’au  15.  Ce  jour-là  le  malade,  qui  se  croit 
guéri  depuis  longtemps,  veut  sortir  de  l'hôpi¬ 
tal.  On  lui  fait  promettre  de  revenir  si  son 
hydarthrose  se  reproduit.  Il  n’a  pas  reparu 
(  1er  juin  18-42).  » 

M.  Goyrand  explique  ensuite  les  raisons  du 
procédé  qu’il  a  suivi.  «  J’ai  ouvert  la  synoviale, 
dit-il,  à  sa  partie  supérieure  externe,  parce  que, 
en  attaquant  en  ce  point  l’articulation,  je  fai¬ 
sais  passer  la  synovie  dans  des  couches  cel¬ 
luleuses  étendues  et  lâches,  d’où  l’absorption 
devait  la  faire  disparaître  promptement.  Ces 
couches  celluleuses  sont  celles  qui  séparent 
la  partie  inférieure  du  muscle  triceps  de  la 
synoviale  et  du  fémur,  celles  qui  se  trouvent 
entre  les  portions  moyenne  et  externe  du  tri¬ 
ceps,  et  enfin  les  couches  celluleuses  sous- 
aponévrotiques  et  sous-cutanées  de  la  cuisse. 
Si  j’eusse  ouvert  la  synoviale  vers  l’interligne 
articulaire,  j’aurais  eu  moins  de  parties  à  di¬ 
viser;  mais  l’infiltration  de  la  synovie  eût  été 
bien  moins  facile.  » 

Nous  l’avouons,  au  péril  de  l’incision  d’une 
synoviale  qui  nous  avait  déjà  fait  reculer, 
nous  n’aurions  point  osé  joindre  celui  d’un 
épanchement  de  la  synovie  dans  le  tissu  cel¬ 
lulaire  de  la  cuisse,  avec  la  chance  d’un  abcès 
consécutif  communiquant  avec  le  genou.  Notre 
procédé  un  peu  plus  simple  a  consisté  à  plon¬ 
ger  le  bistouri  dans  l’article,  et  à  évacuer  la 
synovie  par  la  piqûre  avant  de  passer  à  l’incision 
de  la  synoviale.  M.  Goyrand  a  réussi;  mais 
peut-être  serait-il  plus  prudent  de  laisser 
d’abord  écouler  la  synovie  et  de  ne  pas  char¬ 
ger  la  nature  d’un  double  travail  d’absorption 
et  de  réparation  tout  à  la  fois. 

(Gazette  des  hôpitaux.) 


Traitement  de  l’hydarthrose  par  les  in¬ 
jections  iodées,  par  M.  Bonnet  de  Lyon.— 
Mais  tandis  que  nous  hésitons  devant  cet 
épanchement  si  léger  de  la  synovie  dans 


57 

le  tissu  cellulaire,  nous  voici  singulièrement 
dépassés  par  deux  chirurgiens  de  renom  qui 
n’ont  pas  craint,  eux,  de  porter  dans  l’articu¬ 
lation  même  des  injections  iodées.  M.  Bonnet 
fait  remonter  sa  première  tentative  au  mois  de 
mars  1841  ;  M.  Velpeau  en  avril  et  juillet  1839; 
mais  M.  V elpeau  a  communiqué  ses  faits  la  pre¬ 
mière  fois  à  l’Institut  et  au  public  en  octobre 
1842  et  la  priorité  du  chirurgien  de  Lyon  est 
établie  par  une  thèse  d’un  de  ses  élèves  soutenue 
à  Strasbourg  le  2  mai  1842  ;  les  questions  de  ce 
genre  se  jugent  par  les  dates  officielles,  et 
les  dates  sont  ici  pour  M.  Bonnet.  Mais  d’ail¬ 
leurs  l’idée  et  même  la  pratique  des  injections 
dans  l’hydarthrose  remontent  beaucoup  plus 
haut;  et  M.  Bonnet  rappelle  que  Gay,  en  1789, 
avait  fait  avec  succès  des  injections  d’eau  de 
Goulard  animée  de  tafia  camphré  ,  et  qu’en 
1850,  M.  Jobert  avait  essayé  des  injections 
d’eau  d’orge  alcoolisée.  Ainsi  donc  ni  l’exem¬ 
ple  ni  même  le  succès  n’avaient  manqué,  et  ce¬ 
pendant  ces  hardies  tentatives  n’avaient  pas 
eu  d’imitateurs.  Les  injections  avec  un  autre 
liquide  seront-elles  plus  heureuses?  C’est  ce 
que  nous  allons  examiner. 

Un  mot  d’abord  du  procédé.  La  jambe  doit 
être  étendue ,  la  main  d’un  aide  appliquée  sur 
l’un  des  côtés  du  genou  au-dessus  de  la  rotule, 
pour  refouler  le  liquide  de  l’autre  côté  où  l’on 
doit  porter  le  trocart.  Avant  la  ponction  on 
fait  faire  un  pli  à  la  peau,  et  l’on  plonge  l’in¬ 
strument  à  la  base  du  pli,  en  vue  de  détruire 
le  parallélisme  des  ouvertures  interne  et 
externe.  Le  poinçon  retiré,  on  laisse  échapper 
par  la  canule  seulement  deux  à  trois  centilitres 
de  liquide,  quantité  égaie  au  liquide  à  injecter. 
Enfin  on  prend  soin  de  tenir  le  pavillon  de  la 
canule  élevé,  afin  qu’elle  reste  toujours  pleine 
de  liquide,  et  que,  dans  l’injection,  on  ne  fasse 
point  pénétrer  d’air  dans  la  synoviale. 

Quant  au  choix  du  liquide,  M.  Bonnet  pré¬ 
conise  la  solution  suivante  : 


Eau .  16  grammes. 

Iode .  2 


Iodure  de  potassium. .. .  4 

Le  résultat  des  injections  iodées  étant  une 
inflammation  aiguë,  il  importe  de  prendre 
toutes  les  précautions  pour  qu’elle  ne  devienne 
pas  suppurative.  Ën  conséquence,  M.  Bonnet 
place  le  membre  dans  une  des  grandes  gout¬ 
tières  qu’il  a  fait  construire  pour  les  maladies 
des  articulations  ;  le  membre  est  étendu,  re¬ 
posant  sur  sa  face  postérieure;  et  il  reste  dans 
la  gouttière  jusqu’à  ce  que  l’inflammation  aiguë 
soit  dissipée. 

Cinq  malades  ont  été  ainsi  traités  ;  mais  trois 
d’entre  eux  ayant  été  opérés  sur  les  deux  ge¬ 
noux,  et' chez  les  autres  l’injection  ayant  été 
faite  deux  fois,  il  y  a  eu  en  réalité  dix  opéra¬ 
tions  ."Voici  le  résumé  de  ces  cinq  faits. 

Observation  i.  —  Sujet  de  vingt-huit  ans; 
hydarthrose  du  genou  gauche  datant  de  trois 


REVUE  CRITIQUE. 


58 

mois ,  avec  des  douleurs  extrêmement  vives, 
que  l’on  avait  combattues  vainement  par  la 
position  étendue,  les  cataplasmes,  les  sangsues, 
les  vésicatoires  saupoudrés  de  morphine, ,  etc. 
En  désespoir  de  cause,  M.  Bonnet  fait  dans  ce 
genou  une  injection  de  quinze  grammes  de 
teinture  d’iode.  Douleur  vive,  fièvre,  rougeur 
du  genou  ;  mais,  dès  le  lendemain  déjà,  la  dou¬ 
leur  était  moindre  même  qu’avant  l’opération. 
Le  cinquième  jour,  le  gonflement  diminua  si 
rapidement  que  le  sixième  jour  le  malade  put 
se  lever,  et  que  le  onzième  jour  il  se  prome¬ 
nait  dans  les  cours  de  l’hôpital. 

Cependant  le  genou  droit  se  prend  tout  à 
coup,  et  en  quatre  jours  se  montre  aussi  tu¬ 
méfié  et  aussi  douloureux  que  le  gauche. 
M.  Bonnet  se  résout  à  l’opération  qui  est  pra¬ 
tiquée  seize  jours  seulement  après  la  précé¬ 
dente.  Nous  devons  toutefois  avertir  l’auteur 
qu’il  y  a  quelque  confusion  dans  ses  dates.  Quoi 
qu’il  en  soit,  la  nouvelle  opération  fut  suivie  d’une 
inflammation  effrayante;  le  malade  poussa  des 
cris  toute  la  journée;  quarante  sangsues  ap¬ 
pliquées  à  quatre  heures  du  soir  n’amènent 
aucun  soulagement;  et  le  gonflement  et  la  ten¬ 
sion  de  la  peau  arrivent  au  point  qu’à  sept 
heures  du  soir,  le  chirurgien  effrayé  ne  voit 
d’autre  ressource  que  de  plonger  le  trocart  dans 
le  genou  pour  évacuer  le  liquide.  Il  en  sort  en¬ 
viron  deux  centilitres  de  sérosité  limpide  et 
sans  odeur;  dès  ce  moment  toutes  les  douleurs 
cessent  :  le  genou  diminue  rapidement,  et  neuf 
jours  après  l’opération  le  malade  sort  marchant 
librement  et  n’ayant  plus  aucune  trace  de  ses 
hydarthroses.  Un  an  après,  le  malade  revint 
à  l’hôpital  pour  une  autre  cause;  les  genoux 
n’offraient  pas  la  plus  légère  trace  de  gonfle¬ 
ment,  et  tous  leurs  mouvements  s’exécutaient 
aussi  facilement  que  s'ils  n’eussent  jamais  été 
malades. 

Observation  ii.  —  Jeune  fille  de  seize  ans  ; 
deux  hydarthroses  chroniques  datant  de  trois 
ans  ou  de  trois  mois;  il  y  a  là  d’étranges 
fautes  d’impression.  On  fait  le  même  jour  dans 
les  deux  genoux  des  injections  de  chacune 
trente  grammes  de  teinture  d’iode.  Réaction 
inflammatoire  intense;  fièvre,  insomnie,  com¬ 
mencement  de  délire  ;  les  genoux  se  gonflent, 
la  peau  devient  rouge,  tendue,  luisante.  Le 
lendemain  nausées  et  vomissements.  Cet  état 
persiste  trois  jours,  après  lesquels  la  réaction 
tombe,  et  la  malade  sort  au  bout  de  vingt  ou 
trente  jours;  car  là  encore  il  y  a  une  confu¬ 
sion  que  nous  ne  nous  expliquons  pas.  Du 
reste  la  guérison  est  seulement  indiquée  comme 
presque  complète. 

Observation  iii.  —  Femme  de  vingt-sept 
ans  ;  double  hydartlirose  datant  de  deux  ans  ; 
avec  des  craquements  pendant  la  marche  qui 
font  présumer  une  absorption  des  cartilages. 
Injection  dans  chaque  genou  de  la  solution 
suivante  ; 


Eau .  15  grammes. 

Iode .  1 


Iodure  de  potassium .  2 

Inflammation  très  intense,  les  genoux  sont 
rouges ,  extrêmement  tuméfiés ,  et  la  malade 
ne  goûte  pas  de  repos  pendant  quarante-huit 
heures.  Après  quoi  la  résolution  s’opère  ;  le 
dixième  jour,  il  n’y  avait  déjà  plus  de  fluctua¬ 
tion  distincte  et  la  malade  commença  à  se  lever. 
Elle  sortit  guérie  le  vingt-huitième  jour,  con¬ 
servant  néanmoins  les  craquements  dans  l’arti¬ 
culation. 

Observation  iv.  —  Sujet  de  trente-quatre 
ans;  hydarthrose  datant  de  trois  mois  avec 
empâtement  des  parties  molles  extérieures; 
et  l’auteur  ajoute  des  fongosités  dans  la  cavité 
synoviale.  Mais  comment  donc  a-t-on  constaté 
ces  fongosités? 

Injection  de  trente  grammes  de  teinture 
d’iode  ;  réaction  peu  intense;  mais  au  bout  de 
huit  jours,  nulle  diminution.  On  applique  deux 
cautères,  puis  plus  tard  deux  moxas,  sans  suc¬ 
cès.  Nouvelle  injection  deux  mois  et  demi 
après  la  première;  réaction  assez  vive,  mais 
qui  ne  dure  que  vingt  -  quatre  heures  ;  au 
douzième  jour,  la  résorption  paraît  complète  ; 
le  malade  marche  très  bien,  sans  claudication; 
mais  il  ne  peut  fléchir  le  genou  assez  pour  se 
mettre  à  genoux.  Sorti  quelques  jours  plus 
tard,  le  genou  devenant  de  plus  en  plus  flexi¬ 
ble. 

Observation  v.  —  Sujet  de  29  ans;  hydar¬ 
throse  datant  de  15  ans,  avec  gonflement  des 
parties  molles.  Injection  comme  dans  la  troi¬ 
sième  observation.  Il  s’en  suit  une  inflamma¬ 
tion  aiguë  qui  dure  deux  ou  trois  jours,  et 
n’amène  aucune  diminution  de  la  tumeur.  Des 
vésicatoires  volants  produisent  une  résorption 
partielle.  On  fait  une  nouvelle  injection  deux 
mois  après  la  première;  elle  ne  produit  qu’une 
amélioration  pen  satisfaisante;  et  le  malade 
sort  quatre  mois  après  avec  le  genou  moins  vo¬ 
lumineux,  mais  les  mouvements  plus  difficiles, 
et  la  marche  pouvant  être  moins  longtemps 
soutenue. 

Tels  sont  les  faits.  M.  Bonnet  en  conclut  que 
les  injections  iodées  peuvent  être  pratiquées 
sans  danger  dans  les  genoux  affectés  d’hydar- 
throse,  et  que  l’on  peut  en  espérer  une  guéri¬ 
son  prompte,  complète  et  durable,  lorsque  l’hy- 
darthrose  sera  sans  aucune  complication  et  aura 
moins  de  trois  à  quatre  mois  de  durée.  Quand 
elle  date  de  plus  d’une  année,  et  qu’elle  coexiste 
avec  l’absorption  des  cartilages  ou  le  gonfle¬ 
ment  des  parties  molles  extérieures,  la  guéri¬ 
son  est  toujours  longue  à  obtenir,  et  souvent 
incomplète. 

Ces  conclusions,  que  nous  reproduisons  à 
peu  près  textuellement,  pèchent  d’abord  par 
un  défaut  d’ensemble,  qui  vient  sans  doute  du 
petit  nombre  des  observations;  car  elles  lais¬ 
sent  en  dehors  les  hydarthroses  de  quatre 


59 


REVUE  CRITIQUE. 


mois  à  un  an.  On  dirait  que  M.  Bonnet,  surpris 
parla  réclamation  inattendue  deM.  Velpeau,  a 
écrit  son  mémoire  en  toute  hâte  ;  et  la  rédaction 
s’en  estun  peu  ressentie.  Quoi  qu’il  en  soit,  et  à 
part  les  légères  contradictions  que  nous  avons 
dît  signaler,  les  observations  sont  assez  loyale- 
lement  présentées  pour  que  nous  puissions 
formuler  nos  conclusions  à  notre  tour.  Ainsi , 
dans  deux  cas  sur  cinq,  les  injections  ont  réussi; 
mais  à  quel  prix  ?  Est-il  un  chirurgien  qui  vou¬ 
drait  acheter  des  guérisons  même  aussi  écla¬ 
tantes  par  les  angoisses  que  M.  Bonnet  a  dû 
subir,  et  dont  il  nous  a  fait  la  confidence? 
Lorsque  la  violence  de  l’inflammation  ,  chez 
son  premier  malade ,  l’effraya  au  point  qu’il 
ne  vit  plus  d’autre  ressource  qu’une  ponction 
nouvelle  dans  ce  genou  si  douloureux  et  si 
tuméfié  ,  était-il  bien  sûr  que  l’inflammation 
n’arriverait  pas  à  la  période  suppurative  ?  Et 
si  cette  funeste  terminaison  avait  eu  lieu,  l’am¬ 
putation  n’en  aurait-elle  pas  été  la  conséquence 
presque  inévitable? 

M.  Bonnet  compare  l’hydarthrose  et  l’hydro¬ 
cèle  sous  le  rapport  de  leur  incurabilité  et  de 
la  nécessité  de  les  soumettre  à  une  opération; 
et  il  pense  que  prochainement  on  n’hésitera 
pas  plus  à  faire  des  injections  iodées  dans  le 
genou  que  dans  la  tunique  vaginale.  Il  oublie 


quelque  peu  ici  la  différence  des  régions  ;  il 
est  des  cas  d’hydrocèle  où  l’on  n’hésite  pas  à 
exciser  la  tunique  vaginale;  est-ce  donc  à  dire 
que  l’excision  de  la  synoviale  du  genou  puisse 
môme  entrer  dans  l’imagination  d’un  chirur¬ 
gien  ? 

Ne  rejetons  point  les  analogies;  mais  tenons 
compte  aussi  des  différences.  Qu’une  inflam¬ 
mation  suppurative  prenne  place  dans  la  tuni¬ 
que  vaginale  ,  après  tout,  le  malheur  n’est  pas 
bien  grand  ;  mais  on  frémit  à  l’idée  d’un  abcès 
développé  dans  le  genou  par  une  opération  chi¬ 
rurgicale;  et  pour  rendre  exactement  notre 
impression  et  notre  pensée  au  sujet  de  ces  in¬ 
jections  ,  nous  ne  voudrions  à  aucun  prix  nous 
y  soumettre  nous-mêmes  ;  c’est  dire  assez  que 
nous  n’y  soumettrons  personne. 

M.  Bonnet  a  également  essayé  les  injections 
iodées  dans  les  abcès  froids  du  genou  chez  des 
enfants  lymphatiques  ou  scrophulcux;  elles 
produisent  alors  moins  d’inflammation;  mais 
il  faut  les  répéter  plusieurs  fois;  la  piqûre  reste 
fréquemment  fistuleuse;  et  après  2  ou  3  mois 
de  traitement,  on  obtient  seulement  une  cer¬ 
taine  amélioration.  Les  faits  sont  encore  trop 
peu  nombreux  pour  asseoir  à  cet  égard  un 
jugement  définitif. 

(. Bulletin  de  Thérapeutique •) 


Obstétrique* 


De  la  perforation  nu  placenta  dans  les 

cas  d’implantation  de  cet  organe  sur  V ori¬ 
fice  utérin. 

Les  préceptes  les  plus  rationnels,  les  règles 
les  mieux  établies,  les  pratiques  les  mieux 
justifiées  par  l’expérience  ne  sont  pas  toujours 
à  l’abri  d’injustes  attaques  et  ont  quelquefois 
besoin  d’être  défendues.  A  plus  forte  raison, 
doit-on  s’attendre  à  une  légitime  opposition 
contre  des  manœuvres  trop  peu  sûres,  peut- 
être,  pour  être  en  effet  définitivement  et  ex¬ 
clusivement  acceptées.  Les  accoucheurs  sont 
encore  partagés  sur  la  préférence  à  accorder, 
dans  le  cas  d’implantation  centrale  du  pla¬ 
centa  sur  l’orifice  utérin,  au  simple  décolle¬ 
ment  ou  à  la  perforation  de  la  masse.  Les  par¬ 
tisans  de  la  première  méthode,  la  plus  généra¬ 
lement  suivie,  objectent  aux  partisans  de  la 
seconde  la  difficulté  même  de  la  manœuvre, 
ses  dangers  pour  le  fœtus  exposé  ainsi  à  une 
hémorrhagie  fâcheuse,  mortelle  peut-être,  les 
difficultés  de  l’extraction  à  travers  une  ouver¬ 
ture  insuffisante.  Ces  reproches  sont-ils  fon¬ 
dés?  Oui,  en  général.  Sont-ils  exagérés?  Peut- 
être. 

En  1839,  le  docteur  Loewenhardt  de  Prenz- 
lau  avait  cherché  à  faire  revivre  une  méthode, 
suivant  lui  injustement  oubliée,  et  à  la  fin  de 


son  mémoire,  inséré  dans  le  tome  vii  de 
N  eue  Zeitschrift  fur  Geb ,  l’un  des  rédac¬ 
teurs,  Busch,  invitait  les  praticiens  à  lui  com¬ 
muniquer  les  cas  observés  par  eux  ou  parve¬ 
nus  à  leur  connaissance  et  dont  les  résultats 
pourraient  servir  de  hase  à  une  nouvelle  ap¬ 
préciation.  En  réponse  à  cette  invitation,  nous 
trouvons  dans  le  tome  xie  un  mémoire  du 
docteur  Emsmann  de  Eckartsberga.  Les  deux 
faits  rapportés  par  ce  médecin,  joints  à  celui 
de  Loewenhardt,  sont  presque  les  seuls  à  ci¬ 
ter  à  l’appui  d’une  manœuvre  généralement 
réprouvée.  Il  nous  a  paru  important  de  les 
faire  connaître.  Rappelons  d’abord  en  quelques 
mots  le  plus  ancien. 

Une  femme  de  trente  ans,  sanguine,  d’une 
constitution  moyenne,  enceinte  pour  la  pre¬ 
mière  fois  et  souffrante  depuis  le  commence¬ 
ment  de  sa  grossesse,  éprouva,  le  21  septem¬ 
bre,  une  perte  qui  alla  croissant  jusqu’au  troi¬ 
sième  jour ,  époque  à  laquelle  se  déclara  le 
travail.  La  femme  commençait  à  défaillir  par 
la  persistance  de  l’hémorrhagie,  lorsque  L.  fut 
mandé  auprès  d’elle.  A  son  arrivée,  la  peau 
était  froide,  la  face  d’une  pâleur  mortelle,  l’ar¬ 
tère  vide,  le  pouls  mou  et  fréquent.  L.  recon¬ 
nut  que  le  bassin  était  rétréci  particulière¬ 
ment  dans  le  diamètre  transverse  du  détroit 
périnéal,  et  que  l’orifice  élevé,  dilaté  de  dix- 


REVUE  CRITIQUE. 


60 

huit  lignes,  était  entièrement  couvert  par  le 
placenta. 

La  femme  ayant  été  convenablement  située, 
L.  dilata  1  orifice  avec  les  doigts  réunis  en 
cône,  pénétra,  sans  changer  de  direction,  à  tra¬ 
vers  le  placenta  et  les  membranes  jusque  dans 
la  cavité  de  l’amnios,  et  parvint  aux  pieds  qui 
se  trouvaient  à  peu  de  distance  du  détroit  ab¬ 
dominal.  Il  ne  put  les  saisir  et  les  entraîner 
ensemble,  et  dut,  à  son  grand  regret,  procéder 
en  deux  temps  à  cette  opération.  L’extraction, 
facile  jusqu’aux  bras,  présenta  alors  de  grandes 
difficultés,  et  la  tête  offrit  tant  de  résistance 
qu’il  fallut  recourir  à  l’application  du  forceps. 

L’enfant,  du  sexe  masculin,  naquit  mort, 
avec  la  face  bouffie  et  violette.  La  mère,  quoi¬ 
que  très  affaiblie,  se  trouvait  assez  bien.  Plus 
tard  se  déclara  une  péritonite  à  laquelle  elle 
échappa  heureusement. 

Que  peut-on  conclure  d’une  telle  observa¬ 
tion?  Rien  autre  chose,  ce  me  semble,  que  la 
possibilité  de  perforer  le  placenta  implanté  sur 
l’orifice.  Mais  qui  songe  à  la  nier?  N’eût-il  pas 
été  utile  de  faire  connaître  le  degré  de  résis¬ 
tance  éprouvé  dans  cette  manœuvre,  la  diffi¬ 
culté  ou  la  facilité  à  l’introduction  réitérée  de 
la  main?  N’était-il  pas  surtout  indispensable 
de  donner  une  description  exacte  du  placenta? 
Quel  degré  de  lacération  cette  masse  avait- 
elle  éprouvée  ?  Beaucoup  de  vaisseaux  princi¬ 
paux  avaient-ils  été  déchirés?  En  restait-il  en 
assez  grand  nombre  au  niveau  des  parties  du 
placenta  demeurées  adhérentes  pour  suffire  aux 
rapports  circulatoires  indispensables  à  l’entre¬ 
tien  de  la  vie  fœtale?  Toutes  ces  particularités 
étaient  d’autant  plus  importantes  à  noter, 
qu’elles  auraient  servi  à  établir  des  présomp¬ 
tions  sur  la  conservation  de  l’enfant,  qui  ne 
pouvait  échapper,  nous  le  reconnaissons  vo¬ 
lontiers,  aux  dangers  d’une  extraction  à  tra¬ 
vers  un  bassin  rétréci,  mais  dont  la  vie  avait 
peut-être  été  déjà  sérieusement  compromise 
au  moment  où  les  obstacles  l’ont  arrêté.  Je  11e 
doute  pas  que  Busch  n’eût  fait  toutes  ces  ré¬ 
flexions  lorsqu’il  demandait  surtout  qu’on  lui 
communiquât  des  cas  où  les  enfants  eussent 
été  extraits  vivants  à  travers  la  perforation  du 
placenta. 

Il  était  évident,  en  effet,  que  l’observation 
de  Loewenhardt  ne  prouvait  rien  sous  ce  rap¬ 
port.  Était-elle  plus  probante  relativement  à 
la  mcrc  ?  Pas  davantage.  N’en  pourrait-on  pas 
citer  un  grand  nombre  dans  lesquelles,  mal¬ 
gré  une  hémorrhagie  abondante ,  malgré  un 
épuisement  considérable,  la  méthode  du  décol¬ 
lement  n’a  point  été  funeste  aux  femmes  ?  Et 
celle  dont  le  médecin  de  Prenzlau  rapporte  si 
complaisamment  l’histoire,  n’était-elle  pas  du 
nombre  de  ces  individus  qui  supportent  bien 
les  pertes  de  sang?  Qui  ne  sait,  en  effet,  les 
différences  remarquables  qu’on  observe  sous 
ce  rapport?  Tel  se  trouve  gravement  compro¬ 


mis  ou  perd  la  vie  par  une  hémorrhagie  à  peine 
sérieuse  pour  un  autre.  N’oublions  jamais, 
dans  l’appréciation  des  faits  et  des  méthodes, 
de  tenir  compte  de  ces  différences  ;  et  n’ou¬ 
blions  pas,  non  plus,  un  autre  élément  moins 
appréciable  sans  doute,  mais  non  moins  réel, 
le  trouble  plus  ou  moins  profond  du  système 
nerveux. 

Les  observations  du  docteur  Emsmann  mé¬ 
ritent  à  peu  près  les  mêmes  reproches  que 
celle  de  Loewenhardt  ;  mais  elles  ont  plus  de 
valeur  en  raison  du  succès  complet  obtenu  par 
l’auteur.  Nous  ne  nous  arrêterons  donc  pas  aux 
lacunes;  elles  n’échapperont  à  personne.  D’ail¬ 
leurs  ces  faits  doivent  nous  fournir  l’occasion 
de  quelques  remarques  qui  ne  seront  peut- 
être  pas  sans  intérêt. 

«  Qbs.  1.— Le  10  mars  1815,  je 'fus  appelé, 
dit  Emsmann,  auprès  d’une  femme  de  22  ans, 
enceinte  pour  la  seconde  fois.  Elle  avait  une 
perte  si  abondante  que  le  sang  coulait  de  l’al¬ 
côve  à  la  porte  à  la  distance  de  huit  pieds.' Cette 
femme,  grande  et  forte,  bien  portante,  bien 
conformée,  en  travail  depuis  vingt-quatre  heu¬ 
res,  était  épuisée  par  cette  énorme  hémorrha¬ 
gie  et  semblait  sur  le  point  d’expirer.  Il  n’y 
avait  pas  un  moment  à  perdre. 

«  Après  m’être  assuré  que  la  perte  dépendait 
de  l’implantation  du  placenta  centre  pour  cen¬ 
tre  sur  l’orifice ,  je  fis  placer  la  femme  et  les 
aides  ;  j’introduisis  la  main  droite,  dont  les 
doigts  réunis  en  cône  traversèrent  sans  peine 
l’orifice  suffisamment  dilaté,  puis  je  perforai 
le  placenta,  ce  qui  se  fit  avec  la  plus  grande 
facilité.  Une  assez  grande  quantité  de  sang 
s’écoula  à  ce  moment.  Je  saisis  aussitôt  les 
pieds ,  et  en  quatre  à  cinq  minutes  je  fis  l’ex¬ 
traction  d’un  enfant  vivant,  dont  la  sortie  fut 
aussitôt  suivie  de  l’expulsion  du  placenta. 

«  La  mère,  bien  que  très  affaiblie,  fut  sauvée, 
et  quinze  jours  après  elle  était  complètement 
rendue  à  la  santé.  » 

«  Obs.  11. —  Le  4  décembre  1815,  J. -Ch. 
Shcoss,  âgée  de  34  ans,  enceinte  pour  la  huitième 
fois,  en  travail  et  perdant  beaucoup  de  sang 
depuis  vingt-quatre  heures,  moins  épuisée  toute 
fois  que  la  précédente,  courait  aussi  pourtant 
un  grand  danger.  Cette  femme ,  d’une  taille 
moyenne,  forte,  bien  portante  et  très  bien 
conformée,  avait  le  placenta  inséré  sur  l’ori¬ 
fice  de  la  matrice.  Après  m’en  être  assuré  par 
le  toucher  et  avoir  fait  toutes  les  dispositions 
nécessaires,  je  pénétrai  dans  l’utérus  dont  l’o¬ 
rifice  était  suffisamment  dilaté;  mes  doigts  en 
cône  perforèrent  directement  le  placenta,  et 
et  après  avoir  retourné  l’enfant,  j’en  fis  l’extrac¬ 
tion  avec  autant  de  rapidité  que  possible.  Le 
placenta  fut  expulsé  immédiatement  après. 
L’enfant  était  vivant,  et  la  mère,  qui  n’éprouva 
pas  d’autres  accidents,  se  rétablit  prompte¬ 
ment.  » 

Je  ne  veux  en  rien  diminuer  l’éclat  de  ces 


REVUE  CRITIQUE. 


deux  succès.  Je  ne  puis  toutefois  m’empêcher 
de  remarquer  qu’il  s’agissait  ici  de  deux  fem¬ 
mes  non  primipares,  et  dont  l’une  avait  déjà  eu 
sept  enfants,  circonstance  qui,  jointe  à  une  ex¬ 
cellente  conformation  et  à  une  disposition  fa¬ 
vorable  des  parties  molles,  devait  rendre  la 
manœuvre  facile  et  prompte.  Tout  le  monde 
sera  d’accord  que  dans  des  conditions  aussi 
avantageuses,  l’autre  méthode  eût  pu  tout  aussi 
bien  réussir.  Mais  là  n’est  pas  la  question. 
Constatons  qu’il  y  a  eu  ici,  non-seulement 
possibilité  de  perforer  le  placenta,  mais  encore 
facilité  ;  que  cette  perforation,  malgré  l’hé¬ 
morrhagie  à  laquelle  elle  a  donné  lieu,  n’a 
point  été  fâcheuse  pour  l’enfant;  enfin  qu’ello 
n’a  point  embarrassé  la  manœuvre,  et  que  l’ou¬ 
verture  faite  par  la  main  et  le  bras  aura  suffi 
pour  le  passage  du  corps  plus  volumineux  du 
fœtus  ou  se  sera  facilement  agrandie  sous  la 
pression  excentrique  de  ce  corps.  N’en  devons- 
nous  pas  conclure  qu’il  y  a  quelque  exagéra¬ 
tion  dans  les  reproches  adressés  à  la  méthode 
déjà  si  dépréciée  par  Lamotte,  et  plus  tard 
si  complètement  proscrite  par  Levret  ? 

La  différence  essentielle  des  deux  méthodes 
consiste  en  ceci,  que  dans  l’une  (décollement) 
on  ouvre  les  vaisseaux  utéro-placentaires  et 
qu’on  laisse  écouler  le  sang  maternel  ;  dans 
l’autre  (perforation),  ce  sont  les  ramifications 
des  vaisseaux  ombilicaux  qu’on  déchire  et  le 
sang  fœtal  qu’on  sacrifie.  Cette  différence  se¬ 
rait  capitale,  et  la  distinction  sous  le  rapport 
pratique  serait  des  plus  importantes,  si  l’on  était 
bien  sûr  que  la  perforation  s’opère  toujours 
sans  produire  en  même  temps  un  décollement 
plus  ou  moins  étendu,  et  malheureusement  l’on 
doit  craindre  la  simultanéité  de  ces  deux  effets. 
On  comprendra  sans  peine  qu’il  s’agit  ici  des  in¬ 
térêts  de  la  mère.  Pour  le  fœtus,  la  distinction 
est  beaucoup  moins  importante.  Il  n’est  pas 
plus  compromis  par  la  perte  d’une  certaine 
partie  de  sang,  que  par  la  privation  même  par¬ 
tielle  du  contact  vivifiant  du  sang  maternel. 
J’ai  quelquefois  été  frappé  de  l’influence  f⬠
cheuse,  mortelle  même  pour  le  fœtus,  d’un  dé¬ 
collement  relativement  peu  étendu  du  placen¬ 
ta.  Il  semble,  pour  me  servir  de  l’ingénieuse 
comparaison  que  me  proposait  un  jour  à  ce 
sujet  M.  le  professeur  P.  Dubois,  que  le  pla¬ 
centa,  véritable  poumon  du  fœtus,  supporte, 
sans  dommage  considérable  et  immédiat  pour 
la  vie  fœtale,  des  altérations  même  assez  éten¬ 
dues,  mais  lentement  développées,  de  même 
que  le  poumon  de  l’individu  qui  a  respiré,  et 
que  les  lésions  soudaines  de  ces  deux  organes 
soient  également  fatales  à  la  vie  dont  le  main¬ 
tien  leur  est  confié.  Les  faits  et  la  théorie  sont 
donc  d’accord:  l’une  et  l’autre  méthode  peuvent 
sauver  le  fœtus  ;  mais  ni  l’une  ni  l’autre  ne  le 
préservent  toujours  de  sa  perte,  et  peut-être 


cela  tient-il,  dans  certains  cas  au  moins,  à  des 
différences  individuelles,  à  ces  dispositions  par¬ 
ticulières  que  je  rappelais  plus  haut  et  qui  ren¬ 
dent  si  inégalement  fâcheuses  les  hémorrha¬ 
gies.  Or,  si  par  l’une  et  l’autre  méthode  il  y 
a  autant  à  craindre  qu’à  espérer  pour  le  fœtus, 
n’est-il  pas  des  cas  où  l’intérêt  de  la  mère 
doit  faire  pencher  plutôt  pour  l’une  que  pour 
l’autre?  Ces  cas  étaient  précisément  ceux  dans 
lesquels  Loewenhardt  etEmsmannont  opéré. 
Appelés  auprès  de  femmes  depuis  longtemps 
en  travail,  épuisées  par  des  pertes  continues 
et  abondantes,  et  près  de  rendre  le  dernier 
soupir,  n’était-il  pas  de  leur  devoir  de  tout 
faire  pour  ménager  la  dernière  goutte  de  sang, 
et  ne  serait-on  pas  justifié,  en  pareil  cas,  de  se 
bercer  d’un  espoir  qui  me  semble  fortifié  parle 
succès  des  deux  médecins  allemands?  J 'ajouterai 
que  la  perforation  me  semblerait  particulière- 
mentconvenable,sil’enfantprésentaitlespieds. 
On  y  arriverait  ainsi  bien  plus  facilement,  bien 
plus  promptement,  et  sans  fatigue,  aucune  pour 
l’utérus.  Je  ne  puis  me  défendre  de  l’idée  qu’il 
en  était  peut-être  ainsi  dans  l’un  des  deux 
cas  d’Emsmann.  Des  (observations  si  incom  - 
plètes  autorisent  bien  quelques  conjectures. 
Enfin  qu’on  suppose  le  cas  suivant  :  pla¬ 
centa  couvrant  tout  l’orifice,  mais  non  implanté 
centre  pour  centre  (cette  insertion  centrale 
est  au. reste  relativement  rare)  ;  la  version  est 
indiquée,  et  la  position  présumée,  reconnue 
même  par  l’auscultation,  et  le  palper  abdomi¬ 
nal  indique,  exige  l’usage  de  la  main  gauche. 
Cette  main  arrive  sur  le  plus  grand  segment 
du  placenta,  et  le  décollement  à  faire  pour 
parvenir  aux  membranes  serait  si  considéra¬ 
ble,  qu’une  plus  grande  hémorrhagie  pour  la 
mère,  et  pour  l’enfant  une  rupture  presque 
complète  de  ses  rapports  circulatoires  avec 
l’utérus,  en  seraient  la  conséquence.  Ne  serait- 
il  pas  convenable,  dans  ce  cas,  de  s’arrêter 
dans  le  décollement  commencé  et  de  perforer 
aussitôt  ? 

Je  me  rappelle  avoir  accouché  une  fem¬ 
me  chez  laquelle  les  dispositions  que  je 
viens  de  supposer  existaient.  L’orifice  était 
assez  couvert  pour  qu’on  ne  pût  pas  savoir  à 
quelle  distance,  à  droite  et  à  gauche ,  se  trou¬ 
vait  le  bord  du  placenta.  L’emploi  de  la  main 
droite  était  indiqué;  elle  n’eut  heureusement  à 
décoller  qu’une  partie  peu  considérable  du  pla¬ 
centa,  et  j’amenai  promptement  un  enfant  vi¬ 
vant.  Le  placenta  était  très  étendu  en  surface, 
et,  après  l’extraction  de  ce  corps,  j’eus  beau¬ 
coup  à  me  léliciter  d’avoir  eu  à  agir  avec  la 
main  droite.  Car  la  gauche  aurait  eu  à  décol¬ 
ler  sept  à  huit  pouces  de  placenta  avant  de 
pouvoir  arriver  aux  membranes,  et  je  crois 
que  le  résultat  eût  été  beaucoup  moins  heu¬ 
reux. 


62  REVUE  CRITIQUE. 

Pharmacologie  chirurgicale. 


Sur  l’emploi  de  la  pommade  au  précipité 

BLANC. 

Le  précipité  blanc  ou  proto  -  chlorure  de 
mercure  par  précipitation  se  prépare,  comme 
on  sait,  en  précipitant,  au  moyen  de  l’acide 
chlorhydrique,  une  dissolution  de  proto-nitrate 
de  mercure  au  minimum  et  en  lavant  avec  grand 
soin.  Ce  produit  est  beaucoup  plus  actif  que  le 
calomel  ;  il  n’est  jamais  employé  à  l’intérieur, 
il  agirait  avec  presque  autant  d’activité  que  le 
sublimé  corrosif;  mais  à  l’extérieur  il  est  sou¬ 
vent  prescrit  depuis  quelques  années.  Déjà 
J.-P.  Franck  le  préconisait  contre  les  dartres 
rongeantes;  Alibert  m’a  souvent  entretenu  de 
son  efficacité  ;  mais  ce  composé  était  à  peu  près 
tombé  en  oubli,  lorsque  des  expérimentateurs 
modernes  sont  venus  le  remettre  en  crédit. 
Nous  allons  rappeler  les  différentes  formules 
qui  ont  été  proposées  pour  l’employer. 

Onguent  mercuriel  blanc. 

(j.-p.  FRANCK.) 

Précipité  blanc .  5  grammes. 

Axonge . 40  grammes. 

Mêlez.  Contre  les  dartres  rongeantes  et  les 
éruptions  sèches  de  la  peau. 

Cette  formule  est  extraite  du  Traité  de  mé¬ 
decine  pratique  de  J.-P.  Franck,  bon  livre 
dont  M.  J. -B.  Baillière  vient  de  publier  une 
édition  plus  complète  que  les  précédentes. 

M.  Velpeau  emploie  avec  avantage  cette 
pommade,  à  la  manière  de  cérat,  dans  presque 
toutes  les  variétés  d’affections  eczémateuses, 
dans  tous  les  cas  de  plaies  superficielles  à  sur¬ 
face  grisâtre,  d’aspect  cancéreux,  tant  qu’il  n’y 
a  pas  de  décollement  delà  peau,  de  sinuosités 
dans  le  fond  de  l’ulcèfe.  Cette  pommade  est, 
pour  le  chirurgien  de  l’hôpital  de  la  Charité, 
unincarnatif,  un  siccatif,  un  des  meilleurs  to¬ 


piques  qu’on  puisse  employer  pour  hâter  la 
cicatrisation  des  solutions  de  continuité  plus 
étendues  en  surface  qu’en  profondeur,  soit 
qu’elles  paraissent  être  entretenues  par  quel¬ 
que  disposition  interne ,  soit  qu’elles  tardent 
à  se  cicatriser  à  cause  de  l’état  local. 

Si  on  trouvait  la  pommade  précédente  trop 
irritante,  s’il  s’agissait  de  combattre  une  affec¬ 
tion  squammeuse  accompagnée  d’un  vif  prurit, 
on  pourrait  employer  la  formule  suivante  : 

Pommade  au  précipité  blanc  opiacée. 


Opium  en  poudre. 

Précipité  blanc  ana .  1  gramme 

Axonge  récente .  20 

Essence  de  roses .  2  gouttes. 


Mêlez.  Cette  pommade  est  très  efficace  pour 
combattre  plusieurs  affections  dartreuses  ac¬ 
compagnées  d’un  vif  prurit. 

Cérat  avec  le  précipité  blanc. 

(Gibert.) 

Cérat  opiacé .  50  grammes. 

Précipité  blanc.  .  : .  2  grammes. 

Mêlez.  Contre  les  pustules  plates  et  les  ul¬ 
cérations  syphilitiques. 

Pommade  au  précipité  blanc. 

(Ricord.) 


Cérat  opiacé .  50  grammes. 

Précipité  blanc . .  .  2  grammes. 

Extrait  de  ratanliia .  4  grammes. 


M.  S.  A.  Dans  quelques  cas  de  blennorrhée 
avec  hypertrophie  molle  de  l’urèthre,  cette  pom¬ 
made  est  portée  dans  le  canal  avec  une  bou¬ 
gie  en  gomme  élastique  ou  en  cire,  une  ou  deux 
fois  par  jour,  et  doit  séjourner  une  heure  cha¬ 
que  fois.  Le  calibre  de  la  bougie  doit  être  tel 
qu’il  exerce  en  même  temps  une  dilatation 
graduée. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Sous  ce  titre  nous  publierons  des  observa¬ 
tions  isolées,  prises  dans  les  hôpitaux  ou  re¬ 
cueillies  dans  notre  correspondance,  toutes  les 
fois  qu’elles  présenteront  un  intérêt  véritable, 
soit  qu’elles  apportent  une  idée  nouvelle,  soit 
qu’elles  servent  à  éclairer  quelque  question  en 
litige. 

Depuis  la  publication  du  Mémoire  sur  la 
fracture  par  écrasement  du  calcanéum,  il  s’en 
est  présenté  deux  cas  dans  les  hôpitaux  ;  l’un 
dans  le  service  deM.  Breschet,  sur  un  homme 
de  53  ans  tombé  sur  les  talons  du  haut  d’un 
premier  étage;  l’autre  à  l’hôpital  Necker, 
suite  également  d’une  chute  sur  les  talons. 
Toutefois  l’habile  chirurgien  de  cet  hôpital, 
M.  Lenoir,  n’a  pas  regardé  le  diagnostic  com¬ 


me  suffisamment  certain.  Ces  faits  n’appor¬ 
tant  d’ailleurs  aucun  enseignement  nouveau, 
nous  nous  contentons  de  les  signaler  comme 
une  preuve  peut-être  que  cette  fracture  est 
moins  rare  qu’on  n’eût  été  tenté  de  le  croire. 

Mais  dans  le  mémoire  cité  nous  avions  dû, 
faute  de  faits,  laisser  dans  le  doute  une  par¬ 
tie  du  pronostic  ;  et  il  importait  de  savoir  si  à 
la  longue  un  sujet  atteint  d’une  fracture  de  ce 
genre  recouvrerait  l’entière  liberté  de  ses  mou¬ 
vements.  Nous  avons  appris  que  l’un  de  nos 
jeunes  confrères  les  plus  distingués,  M.  Voil- 
lemier,  avait  eu  occasion  d’observer  cette  lé¬ 
sion  sur  une  personne  qui  lui  touche  de  près  ; 
et  nous  l’avons  prié  de  nous  communiquer  ce 
fait  intéressant.  La  première  partie  de  l’obser- 


REVUE  CRITIQUE.  63 


vation  qu’on  va  lire  a  été  rédigée  de  mémoire; 
mais  le  malade  a  été  revu  récemment  et  exa¬ 
miné  avec  le  plus  grand  soin,  et,  nous  ajoute¬ 
rons,  avec  toute  la  sagacité  d’un  observateur 
consommé. 

Fracture  par  écrasement  des  deux  calca¬ 
néum;  résultats  constatés  treize  ans  après 

V accident ,  par  M.  Voillemier. 

Un  jeune  homme  âgé  de  18  ans  fit  une 
chute  d’un  lieu  élevé  d’environ  huit  mè¬ 
tres.  Il  tomba  sur  les  pieds  et  la  commotion 
qu’il  éprouva  fut  si  forte  qu’il  perdit  complète¬ 
ment  connaissance.  Au  bout  de  quelques  in¬ 
stants  étant  revenu  à  lui,  il  voulut  se  relever, 
mais  cela  lui  fut  impossible.  Il  lui  semblait 
que  ses  pieds  étaient  engourdis  et  il  éprouvait 
dans  ces  parties  une  douleur  profonde  et  acca¬ 
blante.  On  le  coucha  et  ce  ne  fut  qu’au  bout 
de  six  heures  qu’il  fut  examiné  par  un  méde¬ 
cin.  Alors  il  existait  un  gonflement  si  consi¬ 
dérable,  surtout  sur  le  membre  droit,  qu’il 
était  difficile  de  porter  un  diagnostic  précis; 
en  outre,  des  symptômes  cérébraux  assez  gra¬ 
ves  s’étant  manifestés,  on  eut  recours  à  de 
larges  saignées  en  même  temps  que  des 
sangsues  furent  appliquées  en  grand  nombre 
autour  des  articulations  tibio-tarsiennes.  Au 
bout  de  quelques  jours  l’état  général  du  sujet 
n’était  plus  inquiétant  et  le  gonflement  des 
pieds  étant  un  peu  diminué  on  les  examina 
avec  soin.  Cependant  le  diagnostic  resta  en¬ 
core  incertain.  On  crut  avoir  affaire  à  une 
entorse  violente  du  pied  gauche  et  à  une  frac¬ 
ture  de  la  partie  inférieure  du  péroné  droit.  Un 
appareil  de  fracture  fut  donc  appliqué  ;  mais 
les  tours  de  bande  inférieurs  qui  tendaient  à 
ramener  le  pied  en  dedans,  déterminaient  des 
douleurs  atroces;  on  le  relâcha,  et  au  bout  de 
quelques  jours  on  l’enleva  entièrement.  Dès- 
lors  tout  le  traitement  consista  dans  l’applica¬ 
tion  de  compresses  imbibées  d’eau  végéto- 
minérale  et  maintenues  par  un  bandage  roulé 
médiocrement  serré. 

Un  long  espace  de  temps  s’écoula,  deux  mois 
environ,  et  le  malade  ne  pouvait  en  aucune 
façon  se  servir  de  ses  jambes,  surtout  de  la 
droite.  Autour  des  malléoles  un  gonflement 
assez  notable  avait  persisté  et  les  jambes 
étaient  loin  d’avoir  repris  leur  forme  normale. 
Dupuytren  fut  consulté.  Il  ne  jeta  qu’un  coup 
d’œil  sur  les  parties  malades,  les  toucha  à 
peine  d’une  main  et  diagnostiqua  un  écrase¬ 
ment  des  os  du  tarse,  évident  sur  la  jambe 
droite  et  moins  prononcé  sur  la  gauche.  Quant 
au  pronostic  et  au  traitement,  il  déclara  que 
l’usage  des  membres  était  assez  gravement 
compromis  et  que  du  reste  il  n’y  avait  rien  à 
faire. 

Le  malade  fut  donc  condamné  h  un  repos 
absolu  et  on  ne  fit  rien  autre  chose  que  ce  qui  a 
été  dit  plus  haut.  Cependant  le  gonflement 


des  parties  molles  avait  entièrement  disparu, 
les  pieds  pouvaient  sans  douleurs  se  fléchir 
légèrement  sur  la  jambe,  et  vers  la  fin  du  qua¬ 
trième  mois,  le  malade  essaya  de  marcher  h 
l’aide  de  béquilles.  Il  pouvait  à  peine  se  tenir 
debout.  Il  lui  semblait  que  ses  talons  n' étaient 
plus  aussi  élevés  que  d’ordinaire,  ce  qui  exi¬ 
geait  une  flexion  des  pieds  toujours  très  dou¬ 
loureuse.  Aussi  marchait-il  en  imprimant  le 
moins  de  mouvements  possibles  à  l’articula¬ 
tion  tibio- tarsienne.  Pendant  longtemps  la 
marche  resta  extrêmement  pénible  et  ce  ne 
fut  qu’au  bout  de  sept  à  huit  mois  que  le  ma¬ 
lade,  s’aidant  de  sa  caiïne,  parvint  à  se  prome¬ 
ner  lentement  durant  environ  vingt  minutes. 
Treize  années  se  sont  écoulées  depuis  cette 
époque  et  la  marche  a  toujours  été  en  s’amé¬ 
liorant.  Aujourd’hui  les  choses  sont  dans  l’état 
suivant  : 

Le  pied  gauche  a  conservé  les  rapports 
normaux  avec  la  jambe;  il  n’est  dévié  dans 
aucun  sens  et  dans  la  marche  il  repose  par¬ 
faitement  sur  le  sol.  Son  mouvement  d’ex¬ 
tension  est  un  peu  moins  étendu  qu’à  l’état 
normal;  dans  sa  plus  grande  flexion  sa  face 
plantaire  forme  avec  l’axe  de  la  jambe 
un]  angle  de  90°  centigrades.  Les  mou¬ 
vements  d’adduction  et  d’abduction  sont 
très  peu  sensibles.  La  face  externe  du  pied  ne 
présente  rien  de  particulier,  mais  la  face  in¬ 
terne  est  presque  plane.  A  peine  si  l’on  dis¬ 
tingue  une  légère  saillie  là  où  existe  la  mal¬ 
léole  interne  à  cause  du  gonflement  des  parties 
situées  au-dessous  d’elle  et  un  peu  en  arrière, 
gonflement  qui  est  plus  prononcé  dans  la 
flexion  du  pied  sur  la  jambe. 

Le  pied  gauche  est  fortement  porté  dans 
l’adduction  surtout  dans  sa  moitié  postérieure, 
et  dans  la  marche  il  appuie  fortement  sur  le 
sol  par  son  bord  externe.  Les  mouvements 
sont  beaucoup  plus  bornés  que  sur  le  mem¬ 
bre  gauche  :  l’extension  est  difficile  et  peu 
étendue;  dans  la  flexion  la  plante  du  pied 
forme  à  peu  près  avec  l’axe  de  la  jambe  un 
angle  droit.  Les  mouvements  d’abduction  et 
d’adduction  sont  à  peine  appréciables.  La  mal¬ 
léole  externe  est  très  saillante;  elle  semble 
plus  volumineuse  et  descend  un  peu  plus  bas 
que  celle  du  côté  opposé.  La  malléole  interne 
se  dessine  à  peine  sous  la  peau  et  au  lieu  de 
trouver  au-dessous  d’elle  et  en  arrière  la  face 
interne  du  pied  concave  on  rencontre  un  gon¬ 
flement  assez  notable.  Par  le  toucher  on  sent 
que  cette  tumeur  est  formée  par  des  parties 
solides  sur  lesquelles  on  fait  rouler  avec  le  doigt 
le  nerf  tibial,  ce  qui  n’a  pas  lieu  sur  la  jambe 
gauche;  un  peu  plus  en  arrière  et  dans  la 
gouttière  caleanéenne  on  sent  battre  la  tibiale 
postérieure.  Dans  la  flexion  du  pied  le  gon¬ 
flement  que  nous  venons  de  noter  est  rendu 
plus  saillant. 

Usages  :  Le  malade  ne  boîte  pas,  il  marche 


NOUVELLES  ÉT  VARIÉTÉS. 


64 

assez  facilement  et  longtemps,  pourvu  toute¬ 
fois  que  sa  chaussure  ait  de  hauts  talons,  car, 
comme  cela  a  déjà  été  dit,  il  lui  semble  que 
ses  talons  sont  affaissés.  De  plus,  la  partie 
postérieure  du  pied  se  trouvant  ainsi  élevée 
permet  des  mouvements  de  flexion  plus  éten¬ 
dus.  Aussi  quand  le  pied  repose  tout  entier 
sur  le  sol,  s’il  vient  à  se  rencontrer  sous  sa 
partie  antérieure  un  corps  dur  du  volume  d’une 
noix  par  exemple,  sa  flexion  se  trouvant  exa¬ 


gérée  détermine  une  très  vive  douleur  dans 
l’articulation  tibio-tarsienne.  Par  cette  même 
raison  un  saut  de  bas  en  haut  est  encore  pos¬ 
sible  tandis  qu’il  y  a  presque  impossibilité 
de  sauter  de  haut  en  bas  de  la  hauteur 
d’un  mètre.  En  un  mot  tout  mouvement  qui 
tend  à  fléchir  fortement  le  pied  détermine 
d’atroces  souffrances.  Les  usages  des  pieds 
sont  donc  loin  d’étre  perdus,  mais  ils  sont 
loin  également  d’étre  à  leur  état  normal. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Manuel  de  médecine  opératoire  fondée 
sur  l’anatomie  normale  et  l’anatomie  patho¬ 
logique;  par  M.  J.  F.  Malgaigne.  — Qua¬ 
trième  édition,  revue  et  corrigée.  —  Chez 
Germer  Baillière  ,  rue  de  l’Êcole-de-Mé- 
decine,  17.  —  Prix,  6  francs. 

Ce  livre  est  assez  généralement  connu  pour 
que  nous  puissions  nous  dispenser  d’en  faire 
une  longue  analyse.  Il  compte  aujourd’hui,  ou¬ 
tre  les  quatre  éditions  de  Paris,  une  contrefa¬ 
çon  à  Bruxelles ,  et  cinq  traductions  en  langues 
étrangères.  Bornons-nous  donc  à  dire  en  quoi 
la  nouvelle  édition  diffère  de  la  précédente.  La 
rapide  impulsion  imprimée  dans  ces  der¬ 
nières  années  à  la  médecine  opératoire  avait 
marqué  de  nombreuses  lacunes,  même  dans  les 
traités  les  plus  récemment  publiés  ;  ici  toutes 
ces  lacunes  sont  remplies.  Les  opérations  du 


strabisme  et  du  bégaiement,  celles  qui  ont  trait 
à  la  création  d’un  anus  artificiel  ;  l’application 
des  incisions  sous-cutanées  à  la  cure  des  gan¬ 
glions  par  l’auteur  même  ,  à  l’extraction  des 
corps  étrangers  articulaires  par  M.  Goyrand,  à 
la  section  des  nerfs  par  M.  Bonnet,  à  la  cure 
radicale  des  hernies  par  M.  Guérin;  la  ligature 
sous-cutanée  du  varicocèle  par  M.  Ricord  ;  la 
nouvelle  méthode  pour  l’allongement  des  cica¬ 
trices  par  M.  Amussat;  une  foule  d’autres  pro¬ 
cédés  ingénieux,  comme  ceux  deM.  A.  Bérard 
pour  les  tumeurs  érectiles,  la  suture  à  aiguilles 
de  M.  Rigal,  etc.;  telles  sont  les  additions  qui 
ont  accrû  d’un  huitième  environ  l’étendue  du 
livre.  Le  libraire  s’est  mis  lui-même  quelque 
peu  en  frais  pour  cette  édition.  Le  papier  et 
l’impression  plaisent  davantage  à  l’œil;  et  en¬ 
fin  l’adoption  du  format  Charpentier  a  achevé 
d’en  faire  un  volume  presque  élégant. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.— L’Académie  des  sciences  a  tenu  sa  séance  annuelle  le  19  décembre; 
elle  a  donné  le  prix  de  l’année  1841  et  proposé  des  prix  nouveaux  pour  1844.  La  chirurgie  n’a 
point  eu  de  prix  cette  nnnée;  seulement  il  a  été  donné  à  titre  de  récompenses  : 

AM.  Amussat,  pour  sa  Méthode  d’entérotomie  lombaire ,  3,000  francs; 

A  M.  Ségalas,  pour  son  nouveau  mode  de  traitement  des  fistules  urinaires,  1,300  francs; 

A  M.  Ricord,  pour  le  perfectionnement  de  cette  méthode,  1,000  francs. 

Les  prix  à  décerner  pour  la  chirurgie,  en  1844,  ne  portent  spécialement  sur  aucune  question  ; 
ils  ont  expressément  pour  objet  des  découvertes  et  inventions  propres  à  perfectionner  la  chi¬ 
rurgie.  Les  ouvrages  doivent  être  envoyés  au  secrétariat  de  l’Institut  avant  le  1er  avril  1843. 

Académie  de  médecine.— Les  dernières  séances  de  décembre  ont  été  principalement  consa¬ 
crées  aux  élections.  M.  P.  Dubois  a  été  élu  président;  M.  Ferrus,  vice-président;  M.  Dubois 
d’Amiens,  secrétaire. 

La  discussion  sur  la  ténotomie  a  été  close  le  3  janvier;  les  autres  séances  ont  offert  peu 
d’intérêt;  nous  en  rendrons  compte  dans  le  prochain  numéro. 

—L’Almanach  général  de  médecine  pour  1843  vient  de  paraître.  L’auteur,  M.  Domange,  se¬ 
crétaire  des  bureaux  de  la  Faculté  de  Paris,  en  mesure  de  puiser  aux  sources  officielles,  n’a 
rien  négligé  pour  assurer  à  son  livre  le  mérite  de  l’exactitude,  qui  seul  en  peut  faire  l’utilité; 
et,  sous  ce  rapport,  il  est  juste  de  le  distinguer  de  ces  méchantes  compilations  de  librairie  qui 
ont  essayé  de  lui  faire  concurrence— Prix  :  3  fr.  50  c. 

—  On  compte^,  dans  les  hôpitaux  de  Paris ,  28  services  de  chirurgie  :  plus  quelques  services 
spéciaux  pour  l’orthopédie  et  la  lithotritie.  En  outre,  il  y  a  6  chirurgiens  du  bureau  central  ; 
en  ce  moment  ils  sont  réduits  à  5  par  la  nomination  de  M.  Nélaton  à  Bicêtre.  Il  y  aura  donc 
prochainement  un  concours  pour  le  remplacer. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  39.  pages  grand  in-8°. 
1  rix  de  1  abonnement  8  Ir.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s  abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honore,  n°  55.  1  ous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 

doivent  etre  adressés,  Irancs  de  port,  à  M.  Malgaigne  ,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Petits-Cliamps,  n°  39. 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  C'®,  Rue  de  Grenellc-Saint-Honoréi  55, 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Pap  m,  SIAIiGAIGNE. 


FÉVRIER  1843. 


.  SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux.  — Considérations  sur  les  épanchements  de  sang  et  les  tumeurs  san¬ 
guines  qui  se  forment  après  la  blessure  des  artères ,  par  M.  Amussat. — Note  sur  un  nou¬ 
veau  signe  pathognomonique  des  abcès  par  congestion,  par  M.  F.  d’Arcet.  —  Mémoire  sur 
l’allongement  et  le  raccourcissement  des  membres  inférieurs  dans  les  coxalgies ,  par 
M.  Bonnet  de  Lyon.  —  IL  Revue  critique.  —  Chirurgie.  —  Lettre  à  M.  Malgaigne  sur  une 
luxation  scapulo-humérale  en  bas. — De  la  réduction  des  luxations  métacarpo-phalangiennes. 
— Réduction  des  luxations  des  phalanges.— Sur  la  prétendue  amaurose  abdominale  de  quel¬ 
ques  ophthalmologistes. — Obstétrique. — Résumé  statistique  des  faits  observés  à  la  Maternité 
de  Stuttgard.  —  Pharmacologie  chirurgicale.  —  Sur  l’emploi  du  cyanure  de  mercure  sous 
forme  de  pommade.— III.  Bulletin  clinique. — De  la  croissance  des  ongles  dans  les  fractu¬ 
res.— IV.  Bibliographie. — Encyclopédie  anatomique. — V.  Nouvelles  et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


U®E&sidefiass,tS©si&  nouvelles  sias®  les  c^panelaemcEits  de 

et  les  tumeurs  sanguines  gui  se  forment  après  la  blessure  des  artères  ;  lues 

à  l’Académie  royale  des  Sciences ,  le  6  février  1843,  par  M.  Amussat. 

Le  mémoire  que  j’ai  l’honneur  de  soumettre  à  l’Académie  renferme,  sur  les 
tumeurs  sanguines  et  les  épanchements  de  sang  consécutifs  à  la  blessure  d’un 
vaisseau,  des  considérations  nouvelles  qui  résultent  de  mes  recherches  expéri¬ 
mentales  sur  les  animaux  vivants. 

J’ai  déjà  consigné  mes  observations  sur  ce  sujet  dans  un  petit  travail  d’ensem¬ 
ble  sur  les  hémorrhagies  traumatiques,  espèce  de  résumé  de  mes  études  et  de  mes 
cours  de  chirurgie  expérimentale,  qui  a  été  inséré  dans  les  Mémoires  de  P  Académie 
royale  de  Médecine . 

Aujourd’hui  je  reprends  avec  quelques  développements  un  fait  nouveau,  géné¬ 
ralement  méconnu,  parce  que  je  n’ai  pas  assez  insisté,  peut-être,  sur  ce  point 
important,  qui  peut  fournir  des  déductions  pratiques  pour  la  chirurgie. 

J’ai  divisé  ce  mémoire  en  deux  parties  bien  distinctes:  dans  la  première,  j’ai 
établi  par  des  expériences  directes  sur  les  animaux  vivants  et  par  les  faits  obser¬ 
vés  sur  l’homme,  ce  qui  se  passe  à  la  suite  de  la  blessure  d’un  vaisseau:  dans  la 
seconde,  j’ai  déduit  de  mes  observations  des  conséquences  pratiques  d’une  grande 
importance,  qui  semblent  devoir  changer  le  principe  reçu  en  chirurgie,  savoir, 
qu’il  faut  s’éloigner  de  la  plaie  pour  chercher  le  vaisseau  blessé:  je  prouve,  en 
effet,  qu’on  doit  prendre  la  plaie  pour  guide,  et  suivre  le  trajet  conducteur  de  la 
blessure  dans  la  tumeur  elle-même,  à  moins  que  la  blessure  ne  soit  trop  éloignée 
de  la  direction  du  vaisseau. 

C’est  pour  apprendre  à  mes  élèves  à  se  rendre  maîtres  d’une  hémorrhagie  trau¬ 
matique  que  j’ai  d’abord  blessé  une  artère  crurale  sur  un  chien. 


66  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Un  doigt  placé  sur  la  plaie  et  un  autre  sur  la  crurale,  à  son  passage  sur  l’os  pu¬ 
bis,  ont  arreté  l’hémorrhagie,  et  ont  permis  d’aller  à  la  recherche  du  vaisseau  au- 
dessous  de  la  tumeur  pour  le  tordre. 

En  répétant  cette  expérience,  j’ai  bientôt  trouvé  que  le  doigt  placé  sur  la  plaie 
pouvait  être  remplacé  très  avantageusement  par  une  simple  suture  entortillée, 
comme  celle  dont  se  servent  les  vétérinaires  pour  la  saignée  de  la  jugulaire. 

Lorsqu’il  se  formait  une  tumeur  sanguine  et  qu’elle  montait  très  haut,  c’est-à- 
dire  jusqu’à  l’arcade  crurale,  je  faisais  ouvrir  la  tumeur  elle-même  pour  aller  à  la 
recherche  de  l’artère;  mais  les  difficultés  que  l’on  rencontrait  pour  trouver  le 
vaisseau  blessé  à  travers  cette  masse  de  sang  m’ont  fait  étudier  ces  tumeurs  avec 
plus  d’attention,  et  alors  j’ai  bientôt  aperçu  un  trajet  central  qui  existe  constam¬ 
ment;  j’en  ai  décrit  les  caractères,  et  j’ai  reconnu  la  véritable  disposition  intérieure, 
qui  devait  nous  guider  désormais  pour  arriver  inévitablement  sur  le  vaisseau 
ouvert. 

Les  tumeurs  sanguines  qui  surviennent  quelquefois  instantanément  après  la 
blessure  d’un  vaisseau  par  des  instruments  étroits  ont  des  caractères  tout  parti¬ 
culiers  et  fort  importants  à  connaître  pour  la  pratique  chirurgicale.  Ces  tumeurs 
ne  sont  point  formées,  comme  on  le  croit  généralement,  par  des  masses  confuses 
ou  boules  de  sang,  sans  arrangement,  analogues  à  celles  qui  se  forment,  après 
l’écrasement  ou  la  déchirure  d’une  artère  par  une  esquille  d’os;  elles  présentent, 
au  contraire,  une  disposition  régulière  remarquable,  je  dirai  presque  une  espèce 
d’organisation. 

Disons  d’abord  que,  pour  comprendre  aisément  la  disposition  de  ces  tumeurs 
sanguines  dans  les  circonstances  que  j’ai  indiquées,  il  suffit  de  se  rappeler  qu’il 
existe  un  trajet  de  la  peau  au  vaisseau  blessé,  et  que  le  sang  qui  tend  à  s’échapper 
au  dehors  trouvant  de  la  difficulté  à  sortir  par  une  plaie  aussi  étroite,  s’épanche 
dans  le  tissu  cellulaire  environnant,  et  forme  une  tumeur  plus  ou'moins  volumi¬ 
neuse,  dont  l’arrangement  peut  être  aperçu  au  moyen  d’une  coupe  verticale  et 
d’une  coupe  horizontale. 

Au  reste ,  le  simple  examen  du  dessin  de  ces  tumeurs  donne  une  idée  exacte 
de  leur  disposition  ;  en  effet,  on  voit  de  suite  la  liaison  qui  existe  entre  la  blessure 
du  vaisseau  et  le  trajet  qui  s’est  conservé  dans  cette  masse  sanguine,  trajet 
qu’on  a  comparé  avec  assez  de  justesse  à  un  puits,  à  une  cheminée  ou  à  un 
cratère.  *  - 

En  général,  on  donne  improprement  le  nom  d’anévrisme  faux  primitif  ou  diffus 
aux  épanchements  de  sang  qui  se  forment  immédiatement  après  la  blessure  des 
artères.  Mais  évidemment,  dans  ce  cas,  il  n’y  a  point  d’anévrisme  :  c’est  une  plaie 
artérielle  qui  a  donné  lieu  au  sang  épanché  et  au  trajet  de  la  plaie  dans  le  tissu 
cellulaire;  en  un  mot,  il  n’y  a  point  de  dilatation  artérielle  dans  le  sens  de  l'éty¬ 
mologie  du  mot  anévrisme,  qui  doit  être  réservé  spécialement  pour  indiquer  la 
dilatation  des  parois  artérielles  ou  des  parties  voisines. 

Je  ne  veux  m’occuper  dans  ce  mémoire  que  des  accidents  primitifs  qui  ont  lieu 
à  la  suite  des  blessures  des  vaisseaux.  Cette  (fuestion  est  assez  large  et  assez  im¬ 
portante  pour  être  traitée  à  part;  elle  est  claire  et  distincte,  mais  elle  a  été  toul-à- 
fait  négligée;  on  ne  s’est  occupé  que  des  anévrismes;  et  cependant  c’est  la  plus 
pressante,  la  plus  urgente  même,  puisque  le  moindre  retard,  la  moindre  hésita¬ 
tion,  la  moindre  faute  peuvent  être  funestes.  11  importait  donc  de  chercher  à  éclai¬ 
rer  cette  grave  question  le  mieux  possible,  par  les  expériences  sur  les  animaux 
vivants  et  les  faits  observés  sur  l’homme. 

Un  fait  général  qui  ressort  de  mes  recherches,  c’est  que  la  plasticité  du  sang 
est  plus  grande  chez  les  animaux  carnivores  que  chez  les  herbivores  ;  chez  ces 
derniers  les  hémorrhagies  consécutives  à  la  blessure  des  gros  vaisseaux  sont  pres¬ 
que  toujours  mortelles,  tandis  quelles  s'arrêtent  souvent d’elles-mémes  chez  les 
carnivores» 


AMUSSAT.  —  CONSIDÉRATIONS  SUR  LES  ÉPANCHEMENTS  DE  SANG.  G7 

En  résumé,  les  hémorrhagies  artérielles  abandonnées  à  elles-mêmes  sont  promp¬ 
tement  mortelles  sur  les  chevaux  et  sur  les  moutons;  il  n’en  est  pas  de  même  sur 
les  chiens;  sur  l’homme,  la  même  disposition  existe  heureusement,  mais  je  crois 
à  un  moindre  degré  que  sur  le  chien. 

Lorsqu’un  obstacle  est  apporté  à  la  sortie  du  sang  d’une  artère  blessée,  les  effets 
sont  différents  suivant  la  nature  de  l’obstacle. 

Quelquefois  l’hémorrhagie  a  cessé  spontanément,  parce  que  la  blessure  était  très 
étroite  ou  par  toute  autre  cause;  ou  bien  on  est  venu  au  secours  du  blessé,  et 
1  écoulement  du  sang  a  ete  arreté  par  une  compression  directe  exercée  sur  la  plaie  ; 
—par  une  compression  méthodique  au-dessus  et  au-dessous  de  la  plaie  ;  —par  une 
compression  méthodique  médiate  ou  immédiate  sur  le  trajet  du  vaisseau;  —  ou 
enfin  par  la  suture  de  la  plaie. 

Quel  est  le  meilleur  moyen  pour  favoriser  la  coagulation  du  sang  dans  une  tu¬ 
meur  sanguine? 

Ordinairement  j’emploie  l’eàu  froide  en  ablutions  ou  avec  une  éponge;  mais  je 
crois  que  dès  que  le  sang  ne  circule  plus  il  se  coagule.  Je  pense  cependant  que  le 
froid  doit  favoriser  ce  résultat;  du  reste,  le  moyen  le  plus  efficace  est  la  com¬ 
pression  du  vaisseau  blessé  avec  les  doigts,  ungarot  ou  un  tourniquet. 

Le  sang,  en  s’épanchant,  colore  et  défigure  toutes  les  parties  qu’il  touche  ;  les 
tissus  qui  en  sont  imprégnés  changent  complètement  d’aspect  et  quelquefois  de 
forme  ;  le  sang  voile  tous  nos  tissus  et  jette  une  obscurité  désespérante  pour  l’opé¬ 
rateur  lorsqu’il  n’est  pas  habitué  à  vaincre  ce  genre  de  difficulté;  aussi  l’anato¬ 
miste  le  plus  habile  est-il  complètement  dérouté  par  les  épanchements  de  sang. 
On  peut  voir  la  preuve  de  ce  que  j’avance  en  lisant  les  observations  de  Deschamps', 
de  Dupuylrcn,  de  M.  ïlutin  et  d’autres,  qui  toutes  témoignent  de  la  difficulté  de 
se  reconnaître  au  milieu  des  tissus  altérés  par  le  sang  épanché. 

Les  effets  du  sang  épanché  autour  des  muscles  et  dans  leur  intérieur  méritent 
une  attention  toute  particulière. 

Lorsque  la  gaine  d’un  muscle  est  intacte,  le  sang  colore  seulement  cette  gaine; 
mais,  lorsqu’elle  est  ouverte,  le  sang  s’infiltre  autour  du  muscle  lui-même,  le  pé¬ 
nètre  et  lui  donne  une  couleur  brune  terne.  Ce  n’est  plus  alors  cet  aspect  de  la  chair 
fiaîche,  rutilante;  en  un  mot,  à  la  couleur  vermeille  caractéristique  d’un  muscle 
a  succédé  une  couleur  maladive,  comme  si  le  muscle  était  frappé  de  scorbut. 

Mais  le  point  le  plus  important,  c’est  de  bien  reconnaître  l’artère  ou  la  veine 
blessée. 

Lne  traînée  rouge  dans  la  direction  du  vaisseau  indique  ordinairement  son  tra¬ 
jet.  Le  sang  infiltré  dans  la  gaine  d’une  artère  donne  à  ce  vaisseau  la  forme  d’un 
cône  dont  la  base  correspond  à  la  blessure  et  le  sommet  à  l’endroit  où  se  termine 
l’infiltration  du  sang.  Cette  terminaison  est  plus  ou  moins  élevée  suivant  la  force 
de  l’animal. 

Si  le  vaisseau  est  blessé  seulement,  on  trouve  un  bouchon  d’un  brun  noirâtre 
qui  ferme  son  ouverture. 

Si  le  vaisseau  est  complètement  divisé,  on  trouve  un  caillot  brun  noirâtre  à 
chaque  extrémité.  Plusieurs  chirurgiens  qui  ont  assisté  à  mes  expériences 
m’ont  avoué  qu’ils  étaient  bien  aises  d’avoir  vu  l’artère  dans  cet  état  Tt 
qu’ils  auraient  pu  se  tromper,  ne  s’imaginant  pas  que  l’aspect  de  ce  vaisseau 
pût  éprouver  un  changement  aussi  grand. 

_  Lorsqu’on  examine  le  sang  épanché  immédiatement  après  l’accident  ou  l’expé¬ 
rience  ,  et  pendant  la  vie  de  l’animal ,  on  trouve  qu’il  est  rouge  dans  la  masse 
sanguine,  rose  dans  le  cratère,  brun  dans  les  parois  de  ce  canal,  et  brun  noirâtre 
dans  le  caillot  de  la  plaie  artérielle. 

Pouiquoi  existe-t-il  une  différence  de  couleur  et  de  consistance  si  tranchée 
entre  le  caillot  qui  est  dans  le  cratère  et  celui  qui  bornée  la  plaie  artérielle  ? 


«8  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Serait-ce  le  frottement  du  sang  qui  altérerait  les  caillots,  soit  physiquement,  soit 
chimiquement? 

Le  bouchon  du  cratère  est  vermeil  comme  le  sang  artériel  ;  le  caillot  de  l’artère 
elles  parois  du  cratère  sont  à  peu  près  de  même  couleur,  c’est-à-dire  d’un  brun 
foncé  presque  noir. 

Si  on  sacrifie  l’animal  pour  examiner  le  sang  épanché,  le  caillot  ou  cratère  est 
quelquefois  noir  comme  un  caillot  veineux,  ce  qui  dépend  de  ce  que  l’hématose 
avait  cessé  avant  la  mort. 

Les  effets  du  sang  épanché  au-delà  du  vaisseau  ouvert  ne  présentent  rien  de 
particulier  :  ils  varient  suivant  que  le  cul-de-sac  de  la  blessure  est  plus  ou  moins 
profond  au-delà  de  la  lésion  du  vaisseau. 

Lorsque  la  blessure  a  traversé  le  membre  de  part  en  part,  après  avoir  intéressé 
le  vaisseau ,  on  conçoit  que  les  effets  des  épanchements  sanguins  diffèrent  dans  ce 
cas,  parce  que  le  sang  a  deux  issues  et  par  conséquent  plus  de'facilité  à  sortir  et 
moins  à  s’infiltrer;  mais  si  on  a  bouché  les  deux  ouvertures,  le  sang  s’épanche  du 
côté  où  il  trouve  moins  de  résistance,  et  partout  où  il  rencontre  un  tissu  cellulaire 
lâche. 

Les  faits  observés  sur  l’homme  concordent  parfaitement  avec  mes  expériences 
sur  les  animauxjvivants,  et  j’ai  acquis  la  conviction  que  les  phénomènes  sont  tout- 
à-fait  comparables  ;  il  y  a  en  effet ,  sous  ce  rapport,  une  grande  analogie,  je  dirai 
même  une  identité  presque  complète:  aussi  n’est-il  pas  étonnant  que  la  blessure 
des  vaisseaux  fournisse  des  résultats  semblables  sur  l’homme  et  sur  les  animaux. 
Ce  faitde  chirurgie  expérimentale  prouve  l’importance  des  vivisections  et  le  parti 
qu’on  peut  en  tirer.  Ce  n’est,  du  reste,  qu’un  exemple  de  plus  en  faveur  des  expé¬ 
riences  sur  les  animaux  vivants,  pour  éclairer  une  foule  de  questions  importantes 
de  la  chirurgie. 

Les  tumeurs  sanguines  traumatiques  ont  souvent  été  observées  sur  l’homme 
par  les  chirurgiens;  mais  ils  ne  pouvaient  les  étudier  à  loisir  comme  sur  les  ani¬ 
maux,  et  trouver  ce  qui  était  si  utile  à  connaître  pour  savoir  se  diriger  dans  celte 
masse  sanguine.  Les  faits  observés  sur  l’homme  prouvent  aussi  bien  que  les  expé¬ 
riences  sur  les  animaux  vivants  que  la  blessure  d'une  grosse  artère  est  presque 
toujours  mortelle,  si  on  ne  s’oppose  efficacement  et  promptement  à  la  sortie  du 
sang.  Je  n’en  veux  citer  qu’un  seul  exemple: 

Un  jeune  homme  de  21  ans,  d’une  force  athlétique,  reçoit  un  coup  de  couteau  au 
bras,  l’artère  brachiale  est  ouverte  entravers  dans  la  moitié  antérieure  de  sou 
étendue;  le  blessé  perd  une  grande  quantité  de  sang,  et  quoiqu’un  peu  pris  de  vin 
et  très  affaibli,  il  se  rend  chez  ses  parents  à  trois  cents  pas  environ  du  lieu  de 
l’accident;  il  reste  sans  secours  de  minuit  à  trois  heures  du  matin  ;  alors  une 
compression  méthodique  est  faite  à  l’hôpital  Saint-Antoine,  mais  le  blessé  meurt 
à  6  heures  et  1/2  du  matin. 

On  pourrait  citer  beaucoup  d’autres  faits  analogues. 

J’arrive  aux  déductions  pratiques  que  l’on  peut  tirer  des  idées  nouvelles  que  je 
propose  et  qui  sont  basées  sur  l’élude  de  la  nature. 

En  ouvrant  la  tumeur  sanguine  pour  aller  tordre  ou  lier  une  artère  ouverte, 
comme  je  le  conseille,  on  a  le  triple  avantage: 

1°  D’arriver  directement  sur  la  blessure  du  vaisseau; 

2°  D’avoir  la  possibilité  d’obturer  les  deux  bouts  du  vaisseau; 

3°  D’éviter  les  abcès  et  la  gangrène  de  la  tumeur. 

Par  ce  moyen,  on  aura  moins  à  craindre  les  accidents  graves  qui  résultent  sou¬ 
vent  du  principe  opposé,  c’est-à-dire  d’aller  chercher  les  artères  blessées  au-delà 
de  l’épanchement. 

Du  reste,  on  n  avait  pris  une  autre  voie  que  parce  qu’on  ne  savait  pas  se  diriger 
dans  cette  masse  sanguine  où  l’on  craignait  de  s’égarer.  Les  faits  de  Deschamps, 


AMUSSAT. — CONSIDERATIONS  SUR  LES  É 1*  AN  C II E  M  E  N  T3  UE  SANG.  60 

de  Dupuylren,  etc.,  viennent  à  l’appui  de  ce  que  j’avance,  et  prouvent  en  faveur 
du  principe  que  je  désire  établir. 

Il  ne  suffit  pas  d’avoir  compris  ce  qu’il  faut  faire,  il  importe  surtout  de  savoir 
ce  qu’on  doit  éviter. 

D’abord  il  ne  faut  pas  arrêter  l’hémorrhagie  d’une  manière  illusoire ,  comme 
cela  arrive  trop  souvent,  et  il  importe  de  surveiller  le  blessé  autant  que  possible, 
afin  de  maîtriser  l’hémorrhagie  si  elle  reparaissait.  A  mon  avis,  beaucoup  de  blessés 
sont  morts  d’hémorrhagie,  parce  que  les  premiers  secours  avaient  été  mal  admi¬ 
nistrés. 

Pour  les  secours  définitifs,  j’ai  déjà  dit  qu’on  devait  éviter  de  s’éloigner  de  la 
blessure,  et  que,  lorsqu'il  y  avait  une  tumeur  sanguine,  il  ne  fallait  pas  broyer  les 
caillots  avec  les  doigts  comme  cela  se  fait  ordinairement. 

Enfin,  il  faut  éviter  de  suspendre  les  recherches  auxquelles  on  se  livre  pour 
trouver  le  vaisseau  ouvert,  lors  même  que  l’hémorrhagie  s’arrêterait  avant  qu’on 
ne  l’eût  rencontré. 

Dans  ce  mémoire  j’ai  cherché  à  établir  : 

1°  Que  les  tumeurs  sanguines  traumatiques  consécutives  à  l’ouverture  d’un  vais¬ 
seau  par  une  petite  plaie  de  la  peau  ont  une  disposition  toute  particulière  fort 
importante  pour  la  pratique  chirurgicale,  puisque  j’ai  démontré  qu’il  existe  tou¬ 
jours  un  trajet  ou  un  conduit  central  dans  ces  tumeurs  ; 

2°  Que  ce  conduit  central,  qui  est  constant  et  qu’on  peut  tout  naturellement 
comparer  à  un  puits,  à  une  cheminée  ou  à  un  cratère,  doit  être  appelé  trajet  con¬ 
ducteur,  parce  que  c’est  le  guide  le  plus  sûr  pour  trouver  la  blessure  du  vaisseau  ; 

3°  Qu’il  y  a  une  analogie  parfaite  sur  ce  point  entre  les  faits  observés  sur 
l’homme  et  les  expériences  directes  sur  les  animaux  vivants  ; 

4°  Que  la  difficulté  de  trouver  le  vaisseau  blessé,  et  par  suite  les  erreurs  graves 
et  quelquefois  funestes  qui  ont  été  commises  parles  plus  grands  chirurgiens  dans 
des  cas  pareils,  prouvent  la  nécessité  d’étudier  ces  tumeurs  sur  les  animaux  vivants, 
afin  d’apprendre  à  reconnaître  le  trajet  de  la  plaie  et  à  vaincre  toutes  les  difficultés 
qui  peuvent  se  présenter; 

5°  Que  le  meilleur  procédé  pour  arriver  à  la  blessure  d’un  vaisseau,  à  travers 
ces  tumeurs  sanguines,  consiste  à  suivre  le  trajet  de  la  plaie,  qui  forme  un  conduit 
au  centre  des  masses  de  sang  superposées  entre  les  lames  du  tissu  cellulaire  en¬ 
vironnant  la  blessure  ; 

6°  Que  par  ce  procédé  on  a  le  triple  avantage  de  trouver  sûrement  le  vaisseau 
blessé,  de  pouvoir  tordre  ou  lier  ses  deux  bouts,  et  enfin  de  favoriser  le  dégor¬ 
gement  de  la  tumeur; 

7°  Que  les  hémorrhagies  artérielles  sont  presque  toujours  mortelles  sur  le  che¬ 
val  et  sur  le  mouton,  tandis  qu’elles  s’arrêtent  souvent  d’elles-mêmes  sur  le  chien 
et  sur  l’homme,  ce  qui  prouve  que  le  sang  des  herbivores  est  moins  plastique  que 
celui  des  carnivores  et  des  omnivores  ; 

8°  Que  lorsque  la  mort  arrive  par  hémorrhagie  artérielle,  le  système  veineux 
reste  gorgé  de  sang,  ce  qui  prouve  que  l’impulsion  du  cœur  est  nécessaire  même 
pour  la  circulation  veineuse  ; 

9°  Enfin,  comme  résultat  pratique  fort  important,  mes  expériences  et  les  faits 
observés  sur  l’homme  démontrent  qu’on  se  presse  trop  souvent  d’opérer  après  la 
blessure  des  artères,  et  qu’on  a  tort  de  ne  pas  compter  davantage  sur  la  possi¬ 
bilité  d’obtenir  une  cicatrice  artérielle  solide  en  employant  une  compression  mé¬ 
thodique  et  des  moyens  généraux.  Ou,  en  d’autres,  termes,  la  formation  d’un  ané¬ 
vrisme  n’est  pas  la  conséquence  inévitable  d’une  blessure  artérielle,  comme  on  le 
<eroit  généralement. 


70 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Note  siar  us®  nouveau  signe  pathognomonique  des  alï©ès 
par  e©iigesti©si?  par  le  docteur  F.  d’Arcet. 

Dans  celte  voie  que  je  m’efforce  de  suivre,  parce  que  je  la  crois  féconde  en  ré¬ 
sultats  utiles  et  inattendus,  dans  cette  sage  et  discrète  application  des  sciences 
physiques  à  l’étude  des  fonctions  de  l’organisme  qui  forme  le  caractère  distinctif 
des  tendances  scientifiques!  actuelles,  il  m’avait  toujours  semblé  que  la  chirurgie 
pouvait  gagner  plus  encore  que  les  autres  sciences:  sa  matérialisation  plus  évi¬ 
dente,  sa  nature,  son  sujet,  me  paraissaient  plus  aptes  que  les  autres  à  recevoir  de 
la  chimie,  par  exemple,  un  complément  de  certitude,  à  voir  plus  utilement  encore 
affermir  sa  marche. 

Je  me  disais  que  là  où  il  y  avait  un  produit  pathologique,  l’organe  producteur, 
l’organe  dont  il  traduisait  l’altération  pouvait  avoir  réagi  sur  le  produit,  et  lui  avoir 
fait  revêtir  des  propriétés  ou  des  caractères  tout  nouveau*,  tout  autres,  inattendus, 
mais  peut-être  pas  inexplicables. 

L’espèce  de  dédain  que  quelques  esprits  professent  pour  ces  recherches,  la 
confiance  donnée  aux  déductions  souvent  hasardées  et  stériles  de  l’anatomie  pure, 
la  préséance  enfin  qu’on  accorde  à  ces  dernières  ne  m’ont  pas  arrêté,  et  je 
me  suis  pris  à  croire  qu’il  pouvait  y  avoir  quelque  utilité  à  tâcher  d’arriver  à  la 
vérité  par  des  voies  nouvelles. 

Il  me  sembla  que  de  la  matière  purulente,  ayant  le  tissu  osseux  pour  origine  ou 
pour  point  de  contact  ou  de  départ,  devait  être  différente  de  celle  engendrée  dans 
le  tissu  cellulaire  ou  dans  les  muscles  ;  il  me  sembla  qu’il  ne  pouvait  pas  se  faire 
que  du  pus  formé  au  milieu  des  os  ne  contînt  pas  quelques-uns  des  éléments  de 
ceux-ci,  et  que  par  conséquent  il  devait  différer  de  celui  développé  dans  d’autres 
tissus. 

D’un  autre  côté,  les  inconvénients  et  les  dangers  qu’entraîne  l’ouverture  des 
abcès  par  congestion  faisaient  désirer  que  leur  diagnostic  devînt  assez  certain 
pour  qu’on  ne  fût  pas  à  leur  égard  exposé  à  de  dangereuses  méprises.  Leur  ori¬ 
gine  est  quelquefois  si  obscure  que  les  signes  classiques  font  défaut,  et  bien  des 
abcès  symptomatiques  ont  été  ouverts  pour  des  abcès  froids. 

J’avais  espéré  que  dans  ce  cas  la  chimie  donnerait  des  renseignements  pré¬ 
cieux  ;  ce  qui  va,  suivre  prouvera  jusqu’à  quel  point  mes  espérances  se  sont 
réalisées. 

D’après  des  analyses  répétées,  j’ai  trouvé  que  le  pus  franchement  phlegmoneux 
ne  contient  que  1/3  de  centième,  soit  1/3C06  de  matières  terreuses.  Sans  appliquer 
ici  l’analyse  dans  toute  sa  rigueur,  et  en  accordant  quelque  chose  aux  chances 
d’erreur  possibles  dans  le  pesage  d’aussi  petites  quantités,  on  pouvait  cependant 
établir  par  avance  que  quand  le  pus  contiendrait  plus  de  1/2  centième  ou  de  3/4 
de  centième  de  matière  terreuse  (soit  l/2GGe  ou  l/17Qe),  il  ne  proviendrait  pas  de 
la  suppuration  des  parties  molles.  Or,  ainsi  qu’on  va  le  voir,  le  pus  fourni  par  des 
os  malades  contient  une  proportion  de  sels  terreux  notablement  plus  forte;  puisque 
je  ne  l’ai  jamais  trouvée  moindre  de  1  centième,  et  que  plusieurs  fois  elle  a  monté 
jusqu’à  1  centième  1/2  (environ  1  /70e). 

L’un  des  plus  beaux  cas  que  je  puisse  citer  en  ce  genre  me  fut  fourni  par 
M.  Malgaigne.  La  fille  de  l’un  de  nos  confrères  des  environs  de  Paris,  jeune  per¬ 
sonne  de  11  à  12  ans,  était  atteinte  depuis  plusieurs  mois  d’une  affection  qui  avait 
été  prise  pour  une  coxalgie  :  sangsues,  vésicatoires,  cautères,  [moxas,  rien  n’avait 
enrayé  le  mal,  et  un  énorme  abcès  soulevant  presque  toute  la  face  externe  de  la 
cuisse  avait  tellement  aminci  la  peau,  qu’il  était  urgent  de  l’ouvrir  si  l’on  ne  vou¬ 
lait  qu’il  s’ouvrît  de  lui-même.  M.  Malgaigne  fut  appelé,  reconnut  d’abord  qu’il 
n’existait  aucune  trace  de  coxalgie,  et,  recherchant  la  source  de  l’abcès,  s’aperçut 


F.  D’ARCET.  *—  NOUVEAU  SIGNE  DES  ARCÈS  PAR  CONGESTION. 


71 


d’une  saillie  anomale  des  épines  des  deux  dernières  vertèbres  lombaires.  11  y  avait 
donc  lieu  de  soupçonner  une  carie  vertébrale;  mais,  d’un  autre  côté,  l’enfant  ne  s’est 
jamais  plaint  de  cette’région.  La  mère  croyait  se  rappeler  que  celte  conformation 
était  originelle  ;  il  n’y  avait  eu  aucun  signe  de  compression  des  troncs  nerveux  ;  et,  en 
pressant  sur  l’abcès,  on  ne  pouvait  reconnaître  aucune  communication,  ni  à  l’ex¬ 
térieur  de  la  fesse,  ni  par  la  fosse  iliaque  ,  ni  par  la  cavité  pelvienne  en  portant 
le  doigt  dans  le  rectum.  L’abcès  fut  ouvert  par  deux  larges  incisions;  le  doigt 
porté  dans  l’incision  supérieure  ne  sentit  aucune  dénudation  des  os,  et  ne  put  pas 
trouver  davantage  la  voie  de  communication  soupçonnée. 

Dans  ces  circonstances  ,  il  restait  donc  douteux  si  l’on  avait  affaire  à  un  abcès 
par  congestion  ou  à  un  simple  abcès  froid  ;  et  M.  Malgaigne ,  désirant  avoir  mon 
avis,  me  remit,  le  15  mars  1842  ,  une  certaine  quantité  de  pus  ,  venant  de  cet 
abcès,  à  analyser  ;  sans  me  rien  dire  qui  pût  tourner  mes  présomptions  d’un  côté 
ni  de  l’autre.  Ce  pus  contenait  un  centième  1/2  (environ  1  /70e)  de  matière  ter¬ 
reuse ,  et  je  n’hésitai  pas  à  le  regarder  comme  provenant  d’une  affection  des  os. 
Alors  M.  Malgaigne  me  conduisit  près  de  sa  malade  ;  nous  recherchâmes  aussi 
vainement  que  par  le  passé  ia  voie  de  communication  de  l’abcès  ;  du  reste,  la  sup¬ 
puration  était  peu  abondante,  le  pus  bien  lié  ,  les  chairs  fermes,  l’appétit  excel¬ 
lent,  la  nutrition  en  parfait  état  ;  et,  malgré  toute  ma  conviction  ,  je  me  demandai 
si  nous  n’aurions  pas  là  une  exception  à  la  règle.  Ce  doute  ne  dura  pas  long-temps  ; 
la  suppuration,  au  lieu  de  tarir,  ne  fit  qu’augmenter;  la  nutrition  s’altéra,  les 
joues  pâlirent  et  se  creusèrent;  et  bien  que  la  bonne  constitution  de  ia  malade 
Fait  conservée  jusqu’à  présent,  la  persistance  de  la  suppuration  n’a  laissé  au¬ 
cune  incertitude  à  tous  les  médecins  qui  Font  vue  sur  l’existence  d’une  affection 
du  rachis  comme  origine  de  cet  énorme  abcès. 

J’ai  eu ,  depuis  lors,  d’assez  nombreuses  occasions  de  vérifier  ce  nouveau  signe, 
que  je  n’hésite  pas  à  regarder  comme  pathognomonique. 

M.  Robert,  chirurgien  de  l’hôpital  Beaujon,  me  demanda  la  composition  d’un 
liquide  purulent  dont  il  ne  me  dit  pas  la  source.  Il  contenait  comme  le  précédent 
un  centième  et  demi  de  matières  salines  ;  semblable  au  précédent,  il  fut  indiqué 
comme  venant  des  os,  et  en  effet  il  avait  été  retiré  d’un  abcès  par  congestion  de 
la  région  cervicale. 

Quelque  temps  après  le  meme  chirurgien  m’adressa  un  autre  liquide  qui  ne  con¬ 
tenait  qu’un  demi-centième  de  matière  terreuse;  j’ai  su  plus  tard  qu’il  avait  été 
pris  dans  un  abcès  froid. 

Deux  cas  nouveaux  de  ce  genre  se  sont  présentés  dans  ma  pratique  :  dans  l’un  le 
pus  venait  d’un  abcès  produit  sur  la  face  dorsale  de  la  main  et  consécutif  à  l’alté¬ 
ration  profonde  des  os  du  métacarpe;  dans  l’autre  il  s’agissait  d’un  abcès  froid 
simple  siégeant  sur  la  région  scapulaire,  et  dans  ces  deux  cas  l’analyse  avait  donné 
au  diagnostic  un  degré  de  certitude  mathématique. 

Enfin ,  comme  cette  note  était  déjà  livrée  à  l’impression,  j’ai  trouvé  et  saisi  l’oc¬ 
casion  d’une  analyse  nouvelle  qui  n’a  pas  été  moins  concluante  que  les  précédentes- 
il  s’agit  d’un  malade  couché  dans  le  service  de  M.  Gerdy,  à  l’hôpital  de  la  Cha¬ 
rité,  et  qui  porte,  dans  la  région  dorsale,  un  vaste  abcès  bien  évidemment  pro- 
duitpar  une  carie  vertébrale  voisine,  dont  les  caractères  sont  des  plus  manifestes. 
Déjà  M.  Gerdy  avait  vidé  par  la  ponction  cet  abcès  ,  qui  s’était  rempli  de  nouveau; 
une  nouvelle  ponction  fut  faite  lundi  dernier,  13  février,  et  une  partie  du  pus  me 
fit  remise  par  M.  Veyne,  interne  du  service.  Il  contenait  1  p.O/Q  de  résidu  incom¬ 
bustible  ;  l’analyse  chimique  était  ainsi  d’accord  avec  le  diagnostic  clinique. 

Rien  d’ailleurs  n’est  plus  simple  que  celte  détermination  de  la  quantité  de  ma¬ 
tière  terreuse  contenue  dans  un  liquide;  le  procédé  suivant  y  conduira  d’une 
manière  certaine. 

Après  avoir  recueilli ,  à  l’aide  d’une  ponction  explorative ,  une  certaine  quan- 


V2  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

tité  du  pus  douteux ,  on  en  pèsera  10  grammes,  qui  seront  desséchés,  puis  brûlés 
dans  une  petite  capsule  en  platine  ou  meme  de  porcelaine,  semblable  à  celles  qu’on 
rencontre  dans  tous  les  laboratoires.  Le  résidu  de  la  combustion  de  ce  pus  sera 
pesé,  et  on  verra  quelle  est  sa  proportion  par  rapport  aux  10  grammes  de  ma¬ 
tière  employée.  Dans  les  hôpitaux,  l’interne  en  pharmacie,  et  dans  la  pratique 
civile,  le  premier  pharmacien  venu  se  chargera  de  cette  analyse  et  la  conduira  à 
bien. 

Si  Ton  examine  ensuite  chimiquement  le  résidu  de  l’évaporation  de  la  matière 
purulente,  on  s’assurera,  par  les  moyens  appropriés  ,  que  ce  résidu  est  en  grande 
partie  composé  de  phosphate  de  chaux. 

Bien  des  gens,  je  lésais,  vont  se  récrier  contre  les  embarras  de  cette  in¬ 
tervention  de  connaissances  nouvelles,  et  ce  surcroît  de  besogne  ;  mais,  je  le  ré¬ 
pète,  il  y  a  des  cas  où  les  difficultés  ne  sont  rien,  où  la  peine  doit  être  comptée 
pour  bien  peu ,  surtout  quand  il  s’agit  d’éviter  à  tout  prix  de  funestes  résultats. 


Mémaii9®  sms?  1’allongémeut  et  le  i^eeoM^eisseBX&esat  «tes 
membres  inférieurs  clans  les  par  M.  Bonnet,  chi- 

rurgîen  en  chef  de  /’ Hôtel-Dieu  de  Lyon. 

La  question  de  l’allongement  et  du  raccourcissement  du  membre  inférieur  dans 
les  coxalgies  est  loin  d’étre  résolue,  malgré  les  travaux  nombreux  dont  elle  a  été 
le  sujet.  Sa  solution  est  cependant  indispensable  à  la  connaissance  du  diagnostic 
précis  des  maladies  de  la  hanche,  et  à  l’interprétation  rigoureuse  des  résultats  que 
produit  le  traitement  de  ces  maladies.  Depuis  bien  des  années,  j’en  ai  fait  une 
élude  spéciale,  et  je  crois  pouvoir  aujourd’hui  apporter  quelques-uns  des  éléments 
qui  manquent  encore  à  sa  solution  complète. 

j’espère  que  mes  observations,  en  ajoutant  à  celles  que  possède  la  science,  me 
permettront  de  discuter  avec  quelque  sûreté  les  opinions  si  contradictoires  émises 
par  les  auteurs  sur  la  cause  de  l’allongement  et  du  raccourcissement;  et  qu’il  me  sera 
possible  de  discerner  le  degré  d’importance  que  l’on  doit  assigner  à  chacun  des 
faits  jusqu’à  présent  connus  sur  la  longueur  comparée  des  deux  membres  inférieurs 
dans  les  maladies  de  la  hanche. 

'  PREMIÈRE  PARTIE. 


DE  L’ALLONGEMENT  DANS  LES  COXALGIES. 

Pour  rendre  plus  claire  l’exposition  de  la  doctrine  que  je  soutiens  sur  les 
causes  de  l’allongement  dans  les  coxalgies,  j’exposerai  d’abord  mes  idées  sur  ce 
sujet,  sans  en  mêler  le  développement  à  celui  des  opinions  qu’on  trouve  clans  les 
auteurs.  Je  ferai  connaître  et  je  discuterai  ensuite  chacune  de  ces  opinions. 

L’allongement  dans  les  coxalgies  est  toujours  apparent;— il  ne  dépend  que  de  la 
position  où  se  placent  les  malades;— jamais  il  n’est  dû  à  l’écartement  de  la  tête  du 
fémur  du  fond  de  la  cavité  cotyloïde. 

Pour  démontrer  ces  propositions,  je  dois  faire  connaître  avant  tout  quelle  est 
la  position  qu’adoptent  les  malades  dont  la  cuisse  est  allongée;  je  montrerai  en¬ 
suite  que  celte  position  suffit  pour  expliquer  l’allongement ,  quelle  que  soit  l’éten¬ 
due  de  celui-ci. 

1 0  Lorsque  dans  une  coxalgie  le  membre  malade  est  allongé,  l'épine  iliaque  du  côté 
allongé  est  située  plus  bas  et  plus  en  avant  que  celle  du  côté  sain ;  et  la  cuisse  est  portée 
tout  à  la  (ois  dans  la  flexion  et  l’abduction. 

La  preuve  de  cette  proposition  ne  peut  être  complètement  donnée  que  dans 
une  salle  de  malades,  elle  ne  peut  être  clairement  exposée  qu’à  l’aide  de  dessins 
qu’il  m’est  impossible  de  reproduire  dans  ci;  journal;  mais  je  n’hésite  point  à  dire 
que  tous  ceux  qui  chercheront  à  en  vérifier  cliniquement  la  justesse  lui  trouve- 


BONNET.— ALLONGEMENT  JJU  MEMBRE  DANS  LES  COXALGIES.  73 

ront  une  rigoureuse  exactitude.  Je  dois  me  borner  ici  à  indiquer  les  précau¬ 
tions  à  prendre  pour  l’étudier. 

Rien  n’est  plus  aisé  que  de  reconnaître  l’abaissement  et  la  position  plus  anté¬ 
rieure  de  l’épine  iliaque  du  côté  allongé.  Il  est  également  facile  d’apprécier  la 
flexion  de  la  cuisse  sur  le  bassin,  si  on  observe  le  malade  debout  ;  mais  celle 
ilexion  peut  échapper,  si  le  malade  est  couché.  En  général,  lorsqu’on  voit  le 
membre  inférieur  reposer  sur  le  lit  bien  horizontalement,  on  croit  que  la  cuisse 
n’est  pas  pliée  sur  le  bassin.  Cette  preuve  est  insuffisante.  Pour  qu’il  n’y  ait  point 
de  flexion,  il  faut  que  la  partie  postérieure  du  tronc  et. celle  des  membres  abdo¬ 
minaux  puissent  être  simultanément  appuyées  sur  le  lit.  Quand  il  y  a  flexion  per¬ 
manente  de  la  cuisse  sur  le  bassin,  les  malades  sont  toujours  plus  ou  moins  assis 
dans  leur  lit,  et  si  l’on  veut  les  faire  coucher,  leur  colonne  vertébrale  forme  une 
courbe  à  c  oncavité  postérieure,  et  ne  louche  le  lit  ni  par  sa  région  lombaire  ni  par 
sa  région  dorsale;  dès  lors,  on  peut  passer  entre  le  lit  et  les  reins  un  corps  plus 
ou  moins  volumineux,  suivant  que  la  flexion  de  la  cuisse  sur  le  bassin  est  plus  ou 
moins  prononcée.  Comme,  dans  les  cas  d’allongement,  le  malade  est  toujours  dans 
l’impossibilité  de  faire  reposer  tout  à  la  fois  sur  le  lit  la  face  postérieure  de  sa 
cuisse  et  celle  de  sa  colonne  vertébrale;  comme  il  ne  peut  maintenir  horizontale¬ 
ment  l’une  de  ces  parties,  sans  que  l’autre  ne  soit  plus  ou  moins  soulevée,  il  est 
évident  que  la  cuisse  est  constamment  pliée  sur  le  bassin.  Cette  flexion  est  tou¬ 
jours  considérable. 

Quant  à  l’abduction  de  la  cuisse,  elle  est  encore  facile  à  reconnaître,  si  le  ma¬ 
lade  est  debout  et  s’il  regarde  l’observateur  directement  en  face.  Dans  cette  po¬ 
sition  on  voit  sans  peine  que  la  partie  inférieure  de  la  cuisse  s’éloigne  de  l’axe 
du  tronc,  et  que  cette  partie  du  membre  pelvien  est  tournée  en  dehors. 

Mais  lorsqu’on  observe  le  malade  couché,  ainsi  qu’on  a  l’habitude  de  le  faire, 
très  souvent  on  ne  reconnaît  pas  une  abduction  même  assez  prononcée  ;  c’est  qu’a- 
lors  le  malade  place  la  cuisse  dans  la  direction  du  lit,  et  qu’on  croit  qu’elle  se 
trouve  aussi  dans  l’axe  du  tronc.  Pour  éviter  cette  erreur,  il  faut  chercher  les 
deux  épines  iliaques  et  supposer  une  ligne  qui  les  unit;  la  perpendiculaire  à  celle 
ligne  est  l’axe  du  bassin  :  on  prolonge  idéalement  cet  axe  entre  les  cuisses,  et  l’on 
voit  de  suite  que  la  partie  inférieure  du  férnur  du  côté  allongé  s’éloigne  plus  ou 
moins  de  cet  axe ,  tandis  que  celle  du  côté  raccourci  s’en  rapproche  ou  pour 
mieux  dire  est  croisée  par  lui. 

C’est  en  observant  avec  les  mêmes  précautions  que  l’on  reconnaît  que  le  fémur 
est  porté  dans  la  rotation  en  dehors,  laquelle,  du  reste,  accompagne  toujours 
l’abduction. 

Un  fait  qu’il  importe  aussi  de  remarquer  dans  l’observation  des  malades  dont 
le  membre  est  allongé,  c’est  que,  suivant  la  remarque  déjà  faite  par  Fricke  de 
Hambourg,  l’épine  iliaque  du  côté  le  plus  long  est  toujours  plus  rapprochée  de 
l’extrémité  inférieure  du  fémur  correspondant  que  les  mêmes  parties  du  côté 
opposé.  Ce  rapprochement  entre  l’épine  iliaque  et  la  rotule  du  côté  le  plus  long 
dépend  de  ce  que  le  membre  de  ce  côté  est  celui  vers  lequel  s’incline  le  bassin, 
et  qu’en  fléchissant  celui-ci  sur  la  cuisse,  on  rapproche  l’épine  iliaque  abaissée  de 
la  partie  inférieure  du  fémur  correspondant,  tandis  qu’on  éloigne  ces  deux  parties 
du  côté  opposé. 

2°  La  position  dans  laquelle  l'épine  iliaque  du  côté  allongé  est  située  plus  bas  et 
plus  en  avant  que  l'épine  iliaque  du  côté  le  plus  court,  et  dans  laquelle  la  cuisse  est 
légèrement  fléchie  et  portée  dans  l'abduction ,  suffit  a  elle  seule  pour  rendre  compte  de 
rallongement. 

La  meilleure  preuve  de  fait  que  je  puisse  donner  de  celte  proposition  est  la 
suivante. 

On  peut  toujours  donner  au  membre  sain,  en  apparence  raccourci,  la  même 


74 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


longueur  qu’au  membre  du  côté  malade;  il  suffit  pour  cela  de  le  porter  dans  la 
même  flexion  et  la  même  abduction  que  ce  dernier.  Quand  on  a  établi  cette  iden¬ 
tité  de  position  entre  les  deux  cuisses,  on  leur  trouve  constamment  la  même  lon¬ 
gueur  à  l’une  et  à  l’autre  (1). 

Évidemment,  si  l’allongement  dépendait  de  ce  que  la  cuisse  du  côté  malade  est 
séparée  par  une  cause  quelconque  de  la  cavité  cotyloïde,on  devrait  trouver  le 
membre  malade  plus  long  que  celui  du  côté  sain,  même  après  que  les  deux  mem¬ 
bres  auraient  été  mis  dans  une  position  identique,  ce  qui  n’a  pas  lieu,  comme  on 
le  voit. 

Mais  comment  rabaissement  et  la  position  plus  antérieere  d’une  épine  iliaque 
combinée  avec  la  flexion  et  l’abduction  de  la  cuisse  correspondante  peuvent-elles 
faire  paraître  cette  cuisse  plus  longue  que  celle  du  côté  opposé? 

C’est  ce  qu’il  nous  reste  à  dire. 

Et  d’abord  il  ne  s’agit  pas  d’expliquer  comment  la  position  choisie  par  les  mala¬ 
des  produit  un  allongement  réel,  puisque  cet  allongement  réel  n’existe  pas.  Loin 
de  là,  comme  nous  l’avons  vu  en  parlant  des  observations  cliniques,  le  côté  le 
plus  long  est  celui  où  l’on  trouve  le  moins  de  distance  entre  l’épine  iliaque  et  le 
bout  du  pied.  Ce  qu’il  s’agit  d’expliquer,  c’est  pourquoi  le  membre  du  côté  ma¬ 
lade  dépasse  celui  du  côté  sain. 

Pour  se  rendre  compte  de  cette  disposition,  il  faut  se  rappeler  que  le  membre 
du  côté  sain,  qui,  dans  l’examen  clinique,  sert  de  terme  de  comparaison,  est  fléchi 
comme  celui  du  côté  affecté  et  qu’il  est  porté  dans  l’adduction. 

Rien  de  plus  facile  à  comprendre  que  l’abaissement  de  l’épine  iliaque  d’un  côté 
soit  une  cause  d’allongement  ;  car  i’os  des  îles  ne  peut  s’abaisser  dans  une  certaine 
étendue  à  droite  ou  à  gauche,  sans  que  le  pied  correspondant  ne  descende  dans 
la  même  étendue.  Il  est  à  remarquer  toutefois  que  l’abaissement  du  bassin  est 
une  cause  d’allongement  moins  importante  qu’on  ne  l’a  cru;  la  différence  que  l’on 
peut  produire  entre  la  hauteur  des  pieds  en  inclinant  autant  que  possible  l’un  des 
côtés  du  bassin  n’est  jamais  de  plus  de  2  ou  3  centimètres,  différence  qui  est  bien 
loin  d’être  égale  à  celle  qu’on  observe  sur  des  malades,  où  elle  va  quelquefois 
jusqu’à  8  ou  10  centimètres. 

Il  faut  plus  d’attention  pour  comprendre  comment  la  position  plus  antérieure  de 
l’épine  iliaque  du  côté  allongé  peut,  en  se  combinant  avec  la  flexion  de  la  cuisse 
sur  le  bassin,  devenir  une  cause  d’augmentation  dans  la  longueur  apparente  du 
membre  malade. 


(1)  On  peut  croire,  au  premier  abord,  qu’en  portant  la  cuisse  du  eôté  sain  dans  la  même 
flexion  et  la  même  abduction  que  celle  du  côté  malade,  on  ne  crée  pas  l’identité  de  position 
que  l’on  cherche  à  établir;  car,  du  côté  malade,  le  bassin  est  placé  plus  bas  et  plus  en  avant 
que  du  côté  sain,  et,  dans  l’expérience  que  je  viens  d’indiquer,  on  ne  change  pas  la  situation 
du  bassin.  Mais,  qu’on  le  remarque  bien,  si  l’on  porte  la  cuisse  dans  l’abduction,  on  l’éearte 
de  l’axe  du  tronc ,  et  si  l’on  incline  latéralement  le  bassin  sur  la  môme  cuisse,  l’axe  du  tronc 
s’en  écarte  également.  L’on  obtient  donc  le  même  résultat,  soit  que  l’on  porte  la  cuisse  dans 
l’abduction,  soit  que  l’on  incline  le  bassin  sur  la  cuisse.  Je  pourrais  démontrer  également 
qu’en  fléchissant  la  cuisse  sur  le  bassin  ou  en  inclinant  en  avant  le  bassin  sur  la  cuisse,  les 
mêmes  rapports  s’établissent  entre  ces  deux  parties,  pourvu  que  le  degré  de  la  flexion  soit  le 
même  de  part  et  d’autre.  Ce  sont  ces  considérations  assez  difficiles  à  développer  avec  clarté 
qui  expliquent  comment,  sans  agir  sur  le  bassin  dans  la  position  que  l’on  donne  à  la  cuisse 
saine,  on  peut  placer  cette  cuisse  dans  la  même  position  que  la  cuisse  allongée. 

Pour  créer  l’identité  de  position  du  membre  inférieur  à  droite  et  à  gauche,  il  faut  supposer 
l’axe  du  bassin  prolongé  entre  les  membres  et  placer  les  genoux  des  deux  côtés  à  une  égale 
distance  de  cet  axe  idéal.  Si  l’on  éprouve  quelque  embarras  à  déterminer  la  direction  de  l’axe 
du  bassin,  on  cherche  les  deux  épines  iliaques,  l’axe  du  bassin  est  la  perpendiculaire  de  la 
ligne  qui  réunit  ces  deux  épines. 


BONNET.— ALLONGEMENT  DU  MEMBRE  DANS  LES  COXALGIES.  75 

Remarquez  toutefois  que,  lorsqu’on  est  assis,  on  ne  peut  porter  une  épine  ilia¬ 
que  en  avant,  sans  que  le  genou  correspondant  ne  dépasse  celui  du  côté  opposé 
de  la  même  étendue  que  l’épine  iliaque  la  plus  antérieure  dépasse  celle  qui  est 
restée  en  arrière.  Il  en  est  de  même  lorsque  la  cuisse  est  légèrement  fléchie  sur 
le  bassin;  or,  comme  tous  les  malades  affectés  de  coxalgie  dont  la  cuisse  est  allon¬ 
gée  ont  cette  cuisse  fléchie  sur  le  bassin,  on  voit  qu’ils  se  trouvent  précisément 
dans  le  cas  où  la  position  plus  antérieure  de  l’épine  iliaque  devient  la  cause  d’un 
allongement  apparent. 

La  troisième  cause  que  j’ai  signalée,  comme  contribuant  à  faire  paraître  un 
membre  plus  long  que  l’autre  est  l’abduction  du  membre  le  plus  long  comparée  à 
l’adduction  du  membre  le  plus  court  ;  l’influence  de  cette  cause  serait  impossible 
à  comprendre,  si  l’on  cherchait  dans  l’adduction  ou  l’abduction  portées  l’une  et 
l’autre  au  même  degré  un  motif  de  raccourcissement  réel;  mais  il  faut  se  rappe- 
1er  que  tout  ici  n’est  qu’apparent  et  que  l’on  compare  toujours  un  membre  à  l’au¬ 
tre.  Or,  si  les  deux  cuisses  étaient  entraînées  l’une  et  l’autre  du  côté  gauche,  de 
manière  à  faire  un  angle  droit  avec  l’axe  du  tronc,  on  voit  que  l’un  des  genoux 
dépasserait  l’autre  de  toute  la  distance  qui  sépare  les  deux  cavités  cotyloïdes. 
Dans  ce  cas  extrême,  l’influence  de  l’abduction,  comme  augmentant  la  longueur 
apparente  du  membre,  serait  de  la  plus  grande  évidence  ;  elle  l’est  un  peu  moins 
lorsque  l’abduction  est  moins  prononcée ,  comme  dans  les  coxalgies  avec  allonge¬ 
ment;  elle  l’est  toutefois  assez  pour  produire  un  résultat  sensible. 

En  résumé,  sans  qu’il  soit  possible  de  bien  assigner  la  part  que  prennent  à  l’al¬ 
longement  apparent  les  trois  dispositions  que  nous  venons  de  signaler,  on  voit 
comment  peuvent  agir  l’abaissement  de  l’épine  iliaque,  la  position  plus  antérieure 
de  cette  épine  iliaque  combinée  avec  la  flexion  de  la  cuisse,  et  enfin  l’abduction  du 
membre  le  plus  allongé. 

C’est  à  l’aide  de  cette  combinaison  de  causes  dépendant  toutes  de  la  position, 
qu’on  peut  expliquer  comment  une  des  épines  iliaques  étant  plus  basse  que  celle 
du  côté  opposé  de  3  centimètres,  et  le  membre  malade  étant  cependant  plus  long 
que  l’autre  de  6  centimètres,  il  n’est  pas  nécessaire  de  recourir  à  des  suppositions 
hypothétiques  pour  comprendre  celte  différence  de  3  centimètres.  L’abaissement 
de  l’épine  iliaque  explique  pourquoi  l’un  des  genoux  dépasse  l’autre  de  3  centimè¬ 
tres,  et  la  position  plus  antérieure  de  cette  épine  combinée  avec  la  flexion  et 
l’abduction  de  la  cuisse  explique  les  3  autres  centimètres  de  longueur  excé¬ 
dante. 

L’expérience  citée  plus  haut  sur  la  possibilité  constante  de  rendre  aux  deux 
membres  la  môme  longueur  réelle  et  apparente,  en  portant  celui  du  côté  sain 
dans  la  même  flexion  et  la  même  abduction  que  celui  du  côté  malade,  achève  d’en¬ 
lever  tous  les  doutes  sur  la  justesse  de  ces  explications. 

Causes  de  la  position  dans  laquelle  le  membre  inférieur  est  allongé  du  côté  où  la 
hanche  est  malade. — Toutes  les  fois  que  l’on  trouve  un  malade  dont  le  membre  in¬ 
férieur  est  allongé  dans  une  coxalgie,  la  cuisse  de  ce  malade,  avons-nous  dit,  est 
portée  dans  la  flexion  et  l’abduction.  Cette  position  coïncide  toujours  avec  l’habi¬ 
tude  qu’a  contractée  le  malade  de  se  coucher  sur  le  côté  souffrant.  Que  l’on  essaye 
soi-même  de  se  coucher  sur  un  côté,  et  l’on  verra  qu’instiactivement  l’on  plie  la 
jambe  sur  la  cuisse  et  la  cuisse  sur  le  bassin,  et  que  la  cuisse  se  porte  plus  ou 
moins  dans  l’abduction. 

La  différence  qui  sépare  la  position  des  malades  affectés  de  coxalgie  de  celle 
que  l’on  peut  simuler  dans  l’état  de  santé,  tient  uniquement  à  ce  que  dans  le  pre¬ 
mier  cas,  la  cuisse  est  maintenue  avec  plus  ou  moins  de  fixité  dans  la  position 
qu’elle  a  prise,  tandis  que,  dans  le  second,  l’on  peut  à  son  gré  faire  cesser  cette 
position. 

Les  causes  qui  dans  les  coxalgies  maintiennent  plus  ou  moins  fixement  le  mem- 


76 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


brc  inférieur  dans  une  position  déterminée  sont  nombreuses:  ce  sont  les  forma¬ 
tions  accidentelles  de  tissus  fibreux  et  lardacés  autour  de  la  capsule  articulaire  ; 
ce  sont  enfin  les  inégalités  que  l’ulcération  donne  aux  surfaces  articulaires,  les  adhé¬ 
rences  que  celles-ci  peuvent  contracter  entre  elles. 

Examen  de  T  opinion  des  auteurs  qui  attribuent  /’  allongement  du  membre  inférieur 
dans  les  coxalgies  a  rabaissement  du  bassin  du  côté  malade.— L’opinion  des  auteurs 
qui  attribuent  l’allongement  du  membre  inférieur  dans  les  coxalgies  à  l’abaisse¬ 
ment  du  bassin  du  côté  malade  est  celle  qui  se  rapproche  le  plus  de  l’opinion  que 
i’ai  développée  plus  liaqt;  elle  n’en  diffère  qu’en  ce  que  les  auteurs,  tout  en  recon¬ 
naissant  l’une  des  causes  de  l’allongement  apparent,  méconnaissent  les  autres 
causes  de  cet  allongement,  telles  que  la  position  plus  antérieure  de  l’épine  iliaque 
combinée  avec  la  flexion  et  l’abduction  de  la  cuisse  malade. 

Les  auteurs  qui  ont  adopté  l’opinion  que  j’examine  dans  ce  chapitre  sont  nom¬ 
breux  et  font  autorité. 

John  Ilunter  attribue  l’allongement  à  ce  que  le  bassin  s’incline  du  côté  affecté  ; 
Brodie adopte  la  même  manière  de  voir;  et  Samuel  Cooper,  traitant  delà  luxation 
spontanée  du  fémur,  semble  si  convaincu  que  l’abaissement  de  l’épine  iliaque  est 
la  cause  de  l’allongement,  qu’il  ne  fait  aucune  mention  des  idées  généralement 
admises  par  les  auteurs  français  sur  la  disjonction  de  la  tête  du  fémur  et  du  fond 
de  la  cavité  cotyloïde. 

L’opinion  qui  attribue  à  un  abaissement  du  bassin  l’allongement  du  membre  in¬ 
férieur  dans  les  coxalgies  a  fait  aussi  beaucoup  de  progrès  en  France  dans  ces 
dernières  années  ;  elle  a  été  adoptée  par  MM.  Sanson  ,  J.  Guérin,  etc. 

Tout  en  faisant  une  observation  très  juste,  savoir  que  le  bassin  s’abaisse  tou¬ 
jours  du  côté  de  la  cuisse  qui  paraît  la  plus  longue,  les  auteurs  que  je  viens  de 
citer  se  sont  arrêtés  à  des  éludes  incomplètes  sur  la  position  des  malades,  et 
n’ont  donné  qu’une  solution  insuffisante  du  problème  de  l’allongement  dans  les 
coxalgies. 

Si  l’on  mesure  dans  une  coxalgie  la  hauteur  de  chacune  des  épines  iliaques,  on 
trouve  quelquefois  3  centimètres  seulement  de  différence  entre  l’une  et  l’autre 
épine,  tandis  qu’il  y  a  6  centimètres  de  différence  entre  la  hauteur  à  laquelle  des¬ 
cendent  les  genoux  de  l’un  et  de  l’autre  côté.  Dans  ce  cas,  l’inclinaison  du  bassin 
explique  bien  pourquoi  l’un  des  membres  a  3  centimètres  de  plus  en  longueur  que 
i’autre  ;  mais  d’où  viennent  les  3  autres  centimètres  d’allongement?  C’est  ce 
problème  qui  restait  à  résoudre,  et  qu’ont  cependant  négligé  tous  les  auteurs  qui 
se  sont  occupés  des  positions  dans  les  maladies  de  la  hanche  ;  j’ai  dit  plus  haut 
quelle  solution  je  croyais  devoir  en  donner. 

Du  reste,  les  auteurs  qui  ont  tenu  compte  de  l’abaissement  de  l’un  des  côtés  du 
bassin  pour  expliquer  l’allongement  sont  loin  d’avoir  reconnu  la  cause  de  cet  abais* 
sement. 

Voici  l’opinion  de  Brodie  sur  ce  sujet  : 

«  On  comprendra  facilement,  dit  cet  auteur,  pourquoi  la  crête  de  l’un  des  os 
iliaques  se  trouve  abaissée  du  côté  malade  au-dessous  du  niveau  de  l’autre,  si  on 
observe  la  position  dans  laquelle  se  place  le  malade,  lorsqu’il  se  tient  debout. 
Il  fait  porter  le  poids  de  son  corps  sur  le  membre  sain,  dont  la  hanche  et  le  ge¬ 
nou  sont  maintenus  par  cela  même  dans  l’extension;  en  même  temps  le  membre 
opposé  est  incliné  en  avant  et  le  pied  du  côté  malade  porte  sur  le  sol,  bien  eu 
devant  de  1  autre,  non  pour  lui  faire  porter  une  partie  du  poids  du  corps,  mais 
afin  d  affermir  la  base  de  la  substentation  et  maintenir  l’équilibre,  ce  qui  ne  peut 
avoir  lieu  sans  que  le  bassin  soit  déprimé  du  même  côté.  L’inclinaison  du  bassin 


est  nécessairement  accompagnée  de  la  courbure  latérale  de  l’épine  ,  et  alors  il 
ai  rive  que  1  une  des  épaules  est  plus  élevée  que  l’autre,  et  presque  toute  l’habi¬ 
tude  du  corps  parait  dclorméc.  lous  ces  symptômes  peuvent  disparaître  au  bout 


BONNET. — ALLONGEMENT  DÛ  MEMBRE  DANS  LES  COX  ALGIES.  77 

de  quelques  semaines  si  le  malade  garde  quelque  temps  le  lit  et  la  position  hori¬ 
zontale,  excepté  dans  le  cas  où  la  difformité  existe  depuis  longtemps  chez  un 
jeune  sujet,  qui  peut  la  conserver  toute  sa  vie,  parce  que  les  parties  se  sont  accom¬ 
modées  à  ce  nouvel  ordre  de  choses  pendant  l’accroissement.  » 

L’explication  de  Brodie  ne  saurait  être  admise,  d’abord  parce  qu’elle  ne  s’appli¬ 
que  qu’aux  malades  qui  marchent,  et  que  la  plupart  de  ceux  dont  le  membre  s’al¬ 
longe  gardent  le  lit  dès  le  début  de  leur  mal  ;  et  surtout,  parce  que  si  ces  malades 
s’appuient  sur  le  membre  inférieur  du  côté  sain,  ils  transportent  le  centre  de  gra¬ 
vité  sur  la  base  de  substentation  que  ce  membre  leur  fournit.  Dès  lors,  le  côté 
du  bassin  qui  est  articulé  avec  la  cuisse  saine  s’abaisse,  et  celui  du  côté  opposé, 
c’est-à-dire,  celui  du  côté  malade,  s’élève  proportionnellement.  La  marche,  loin 
de  produire  chez  un  individu  affecté  de  coxalgie  l’allongement  du  membre  ma¬ 
lade,  en  doit  donc  produire  le  raccourcissement  ;  l’explication  de  Brodie,  ainsi  con¬ 
traire  aux  lois  de  la  mécanique  animale,  est  inadmissible. 

M.  Jules  Guérin,  en  attribuant  l’abaissement  du  bassina  la  douleur  qu’éprouve 
le  malade  et  qu’il  cherche  à  soulager  en  relâchant  les  muscles,  me  paraît  s’ëtre 
approché  bien  plus  de  la  vérité  ;  mais  son  explication  est  incomplète  comme  l’obser¬ 
vation  qu’il  a  faite  des  caractères  de  l’allongement:  dans  l’observation  clinique  de 
ce  phénomène,  il  ne  reconnaît  que  l’abaissement  du  bassin;  dans  l’explication 
qu’il  en  donne,  il  ne  tient  compte  que  des  causes  de  cet  abaissement.  J’ai  montré 
plus  haut  combien  ces  observations  étaient; insuffisantes. 

Opinion  des  auteurs  qui  attribuent  ' /’ allongement  de  la  cuisse  dans  les  coxaUjies  à 
/’ accumulation  de  la  sérosiléldans  l’articulation  de  la  hanche. — J.  L.  Petit  est  le 
premier  auteur  qui  ait  pensé  que  l’accumulation  de  la  sérosité  dans  l’articulation 
de  la  hanche  pouvait  éloigner  la  tête  du  fémur  du  fond  de  la  cavité  cotyloïde  ;  il 
ne  faut  pas  cependant  lui  attribuer  l’idée  que  celle  disjonction  est  la  cause  de  l’al¬ 
longement.  11  pensait  au  contraire  qu’à  mesure  que  la  tête  du  fémur  était  repous¬ 
sée  du  fond  de  l’acétabulum,  la  cuisse  devait  se  raccourcir  graduellement.  Ce  fut 
Sabatier,  qui,  dans  les  mémoires  de  l’Académie  de  chirurgie,  fit  remarquer  que, 
si  l’accumulation  d’un  liquide  dans  l’articulation  repoussait  la  tête  du  fémur,  un 
allongement  du  membre  devait  être  la  conséquence  nécessaire  de  cette  propulsion 
en  dehors. 

Quelle  que  soit  au  reste  l’origine  de  l’opinion  d’après  laquelle  on  attribue  l’allon¬ 
gement  à  l’action  d’un  liquide  accumulé  dans  l'articulation  coxo-fémorale,  pour 
que  cette  opinion  fût  vraie,  il  fallait  avant  tout  que  les  liquides  sécrétés  s’interpo¬ 
sassent  entre  les  os  qu’ils  étaient  supposés  disjoindre.  Cette  interposition  sur  la¬ 
quelle  aucune  autopsie  ne  jetait  de  lumière  fut  considéré  comme  inadmissible  par 
Sabatier  d’abord,  et  depuis  par  Boyer,  Larrey,  etc. 

Ces  auteurs  firent  remarquer  que, si  un  liquide  était  sécrété  dans  l’articulation 
de  la  hanche,  ce  liquide  devait  se  répandre  autour  du  col  du  fémur  et  distendre 
simplement  la  capsule  et  les  parties  molles  environnantes;  ils  pensèrent  que  le 
liquide  ne  devait  point  se  placer  entre  les  os,  trop  solidement  rapprochés  les  uns 
des  autres. 

Le  fait  fondamental  d  apres  lequel  l’allongement  pouvait  être  attribué  à  une  hy- 
dropisie  ou  à  un  abcès  de  l’articulation  iléo-fémorale  ainsi  nié,  toutes  les  consé¬ 
quences  qu’on  en  avait  fait  découler  tombaient  d’elles-mêmes. 

Cependant,  dans  ces  derniers  temps,  M.  Lesauvage  de  Caen  s’est  cru  fondé  à 
revenir  à  l’opinion  de  J.-L.  Petit,  relative  à  la  répulsion  de  la  tête  du  fémur  par 
des  liquides;  il  s’est  appuyé,  pour  revenir  à  cette  opinion  ancienne,  sur  l’observa¬ 
tion  suivante  : 

Un  homme  de  30  ans,  d’une  constitution  lymphatique,  après  avoir  offert  une 
douleur  accompagnée  d’élongation  du  membre  inférieur,  fut  traité  par  les  anti¬ 
phlogistiques,  puis  les  révulsifs,  ce  qui  n’empêcha  pas  la  luxation  de  se  produire  ; 


78 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


cependant  les  douleurs,  d’abord  vives,  se  calmèrent,  et  il  marchait  avec  des  bé¬ 
quilles,  lorsqu’il  succomba  aux  accidents  d’une  péritonite.  A  l’autopsie,  on  trouva 
pour  toute  lésion  organique  une  accumulation  de  liquide  séro-muqueux  avec  con¬ 
crétions  albumineuses  et  usure  des  cartilages  de  la  tête  du  fémur. 

Cette  observation  a  fait  impression  sur  l’esprit  de  M.  Bérard,  et  a  conduit  cet 
auteur  à  admettre  que  des  liquides  pouvaient  réellement  éloigner  la  tête  fémorale 
de  la  cavité  cotylo'idienne.  Je  suis  loin  de  regarder  cette  conclusion  comme  légi¬ 
time,  en  tant  du  moins  qu’elle  est  déduite  de  l’observation  de  M.  Lesauvage.  Cette 
observation  montre  qu’une  accumulation  d’un  liquide  séro-muqueux  dans  le  cotyle 
coïncidait  avec  une  luxation  sur  l’os  des  îles.  Mais  pour  qu’il  y  eut  la  autre  chose 
qu’une  coïncidence,  il  faudrait,  comme  le  suppose  M.  Bérard,  que  la  luxation  ne 
pût  reconnaître  d’autre  cause  que  l’action  du  liquide  renfermé  dans  l’articulation; 
et  cependant  elle  peut  dépendre  de  plusieurs  autres  causes,  et  surtout  du  mouve¬ 
ment  qu’a  pu  éprouver  le  fémur  en  se  portant  dans  l’adduction  et  la  rotation  en 
dedans,  mouvement  qui  suffit  à  lui  seul ,  lorsqu’il  existe  concurremment  avec 
T  ulcération  du  rebord  fibro-cartilagineux  et  de  la  capsule  ,  pour  produire  la 
luxation. 

La  question  en  était  à  ce  point  d’incertitude,  lorsqu’en  1840  je  fis  la  série  d’ex¬ 
périences  que  j’ai  publiées  dans  la  Gazette  médicale ,  sur  les  effets  physiques  pro¬ 
duits  par  des  liquides  poussés  avec  force,  dans  les  cavités  articulaires;  en  faisant 
les  injections  dans  l’articulation  coxo-fémorale  avec  des  matières  susceptibles  de 
se  solidifier,  j’observai  que  la  matière  injectée  s’interpose  partout  entre  le  fémur 
et  le  cotyle.  La  plus  grande  partie  se  répand,  il  est  vrai,  à  l’extérieur  du  col  fé¬ 
moral  ;  mais  on  en  trouve  toujours  entre  les  os  une  couche  épaisse  de  2  millimètres 
au  moins  à  la  partie  supérieure,  où  elle  est  cependant  plus  mince  que  partout 
ailleurs. Non  seulement  l’on  voit  dans  ces  expériences  que  le  liquide  s’interpose  entre 
les  os,  mais  la  pression  qu’il  exerce  sur  le  fémur  est  assez  forte,  pour  que  cet  os, 
préalablement  dépouillé  de  ses  parties  molles,  se  fléchisse  et  se  porte  dans  l’ab- 
duction.Ces  expériences  sur  le  cadavre  prouvent  incontestablement  que  des  liquides 
dans  l’articulation  coxo-fémorale  peuvent  s’interposer  entre  l’acétabulum  et  le  fé¬ 
mur  et  les  écarter  l’un  de  l’autre. 

Mais  en  est-il  de  même  sur  le  vivant,  quand  la  capsule  graduellement  distendue 
peut  céder  à  l’effort  du  liquide  ?  C’est  ce  dont  il  est  permis  de  douter. 

Sur  le  cadavre,  un  liquide  injecté  dans  l’articulation  du  genou  se  place  entre 
le  tibia  et  le  fémur,  et  force  la  jambe  à  se  fléchir;  celle-ci  ne  peut  être  ramenée 
à  l’extension  tant  qu’une  partie  du  liquide  n’est  point  écoulée.  Cependant  le  genou, 
dans  les  hydarthroses  même  volumineuses,  peut  être  aisément  étendu,  ce  qui 
dépend  sans  doute  de  ce  que  la  sérosité  distend  les  parties  molles  au  lieu  de  se 
placer  entre  les  os  ;  il  peut  en  être  de  même  à  la  hanche.  D’où  il  suit  que  le  fait  de 
l’écartement  des  os  par  un  liquide  est  possible,  mais  que  son  existence  sur  le 
vivant  n’est  pas  démontrée  ;  et  s’observât-il  réellement,  l’allongement  pourrait-il 
en  être  la  conséquence  ? 

J.-L.  Petit  pensait  que  l’allongement  n’avait  pas  lieu  ;  Sabatier  soutenait 
une  opinion  contraire.  Le  premier  raisonnait  sur  les  conséquences  de  la  propul¬ 
sion  au  dehors  de  la  tête  du  fémur,  comme  si  la  cavité  cotyloïde  eût  été  dépouil¬ 
lée  de  ses  parties  molles  et  qu’elle  s’évasât  par  conséquent  depuis  son  fond  jusqu’à 
son  rebord;  le  second  calculait  la  marche  du  fémur  chassé  du  cotyle,  en  admettant 
que  le  fibro-cartilage  était  conservé  et  par  conséquent  que  la  paroi  supérieure  de 
l’acétabulum  formait  une  courbe  à  concavité  inférieure. 

Cependant  ces  auteurs  supposaient  dans  leur  discussion  que  le  fémur  écarté  par 
un  liquide  du  fond  de  l’acétabulum  restait  étendu  sur  le  bassin,  ce  qui  n’est  point, 
puisque  mes  expériences  sur  les  injections  démontrent  que  les  liquides  qui  s’accu¬ 
mulent  dans  l’articulation  coxo-fémorale  fléchissent  le  fémur  en  le  portant  en 


BONNET. — ALLONGEMENT  DES  MEMBRES  DANS  LES  COXALGIES.  79 

dehors.  C’est  dans  cette  position  qu’il  faut  rechercher  si  les  liquides  peuvent  pro¬ 
duire  un  véritable  allongement.  A  priori,  l’on  peut  dire  que  cet  allongement  doit 
être  bien  peu  considérable,  puisque  l’épaisseur  de  la  couche  d’injection  qui  s’ac¬ 
cumule  entre  les  os  ne  dépasse  pas  4  à  5  millimètres  dans  sa  partie  la  plus 
épaisse. 

En  fait,  cet  allongement  n’est  jamais  sensible  à  la  mensuration;  souvent,  après 
avoir  injecté  une  articulation  coxo-fémorale  et  fait  mouvoir  le  fémur  par  cette 
injection,  nous  avons  placé  avec  la  main  la  cuisse  du  côté  opposé  dans  une  posi¬ 
tion  identique  à  celle  dont  l’articulation  avait  été  injectée.  Jamais  la  mensuration 
n’a  montré  de  différence  appréciable  dans  la  longueur  de  l’un  et  de  l’autre. 

En  résumé,  les  liquides  sécrétés  dans  l’articulation  coxo-fémorale  peuvent  s’in¬ 
terposer  entre  les  os,  comme  l’avait  pensé  J.-L.  Petit;  mais  l’écartement  qu'ils 
peuvent  produire  est  trop  peu  considérable  pour  contribuer  d’une-manière  évidente 
à  l’allongement  du  membre  inférieur. 

Examen  de  L'opinion  des  auteurs  qui  attribuent  l'allongement  de  la  cuisse  dans  les 
coxalgies  au  gonflement  du  ligament  rond  du  paquet  cellulo-graisseux  situé  au  fond 
de  la  cavité  cotyloide.  — L’idée  que  l’allongement  est  dû  à  la  répulsion  de  la  tête  du 
fémur  du  fond  delà  cavité  cotyloide  par  le  gonflement  du  ligament  rond  et  de  la 
glande  synoviale  qui  entoure  l’insertion  de  ce  ligament  est  très  généralement 
admise  en  France;  parmi  les  auteurs  qui  l’ont  adoptée,  je  citerai  Boyer,  Lar¬ 
rey,  etc. 

Les  faits  anatomiques  qui  semblent  confirmer  cette  opinion  se  trouvent  en 
assez  grand  nombre  dans  les  ouvrages  de  ces  auteurs  et  se  présentent  fréquem¬ 
ment  dans  la  pratique.  Ainsi,  l’on  trouve  un  grand  nombre  de  cas  où  le  fond  de 
1  acétabulum  est  rempli  d’une  masse  molle,  rougeâtre  ,  fongueuse  ,  et  que  l’on  con¬ 
sidère  comme  formée  par  le  ligament  rond  elle  paquet  cellulo-graisseux  de  l’acé¬ 
tabulum  hypertrophié;  souvent  avec  la  formation  de  ces  fongosités  l’on  trouve  la 
tête  du  fémur  luxée  sur  l’os  des  îles,  et,  d’après  les  auteurs  que  je  viens  de  citer, 

on  considère  que  ce  sont  ces  masses  fongueuses  qui  ont  repoussé  l’os  de  sa  cavité 
normale. 

Cette  dernière  opinion  peut  être  contestée,  car  la  formation  de  tissus  nouveaux 
qui  remplit  la  cavité  cotyloide  peut  être  un  effet  de  la  luxation,  comme  je  l’ai  vu 
uans  un  cas  où  celte  cavité  était  complètement  oblitérée  par  un  tissu  cellulo-fi- 
breux,  a  la  suîle  d’une  luxation  accidentelle  qui  datait  de  deux  mois.  Quoi  qu’il 
en  soit,  lorsqu’on  a  admis,  comme  nous  l’avons  fait,  que  dans  de  certains  cas  la 
sérosité  peut  s’interposer  entre  les  os,  on  est  conduit  inévitablement  à  admettre  la 
même  interposition  et  la  même  disjonction  par  les  fongosités.  Mais,  lors  même 
qu  on  admettrait  que  les  masses  fongueuses  développées  dansîe  fond  de  l’acétabulum 
peuvent  repousser  la  tête  du  fémur,  pourrait-on  les  considérer  comme  une  cause 
d  allongement?  C’est  ce  dont  il  est  permis  de  douter  ;  toutes  les  fois  qu’on  trouve 
des  fongosités  en  assez  grande  quantité  pour  repousser  la  tête  du  fémur,  les  os 
sont  ramollis,  et  le  rebord  de  la  cavité  cotyloide  privé  de  fibro-cartilages  est  ulcéré  ; 
or  l’allongement,  qui  serait  douteux  si  l’articulation  avait  conservé  sa  disposition 
normale,  est  évidemment  impossible,  dès  que  son  contour  est  ulcéré.  Dans  ce  cas, 
la  tête  du  fémur  que  l’action  des  muscles  fait  toujours  presser  sur  la  paroi  supé¬ 
rieure  de  l’acétabulum  doit,  suivant  la  remarque  de  Sabatier,  s’élever  constam¬ 
ment,  si  elle  est] repoussée  en  dehors. 

Opinion  des  auteurs  qui  attribuent  rallongement  dans  les  coxalgies  au  gonflement 
des  cai  tilages.  Bichat,  dans  sa  rédaction  des  Œuvres  chirurgicales  de  Desault,  et 
Boyer,  ont  attaché  une  grande  importance  au  gonflement  des  cartilages,  considéré 
comme  cause  de  répulsion  de  la  tête  du  fémur  et  par  suite  de  l’allongement  du 
membre  inférieur.  11  me  paraît  impossible  de  partager  l’opinion  de  ces  auteurs. 

toutes  les  autopsies  de  Brodie  sur  les  luxations  spontanées  de  la  hanche,  toutes 


TRAVAUX  ORIGINAUX, 


celles  de  Sabatier  insérées  dans  les  mémoires  de  l’Académie  de  chirurgie,  les 
observations  que  cite  Boyer  lui-même,  etc.,  montrent  Tulcération  ou  la  destruc¬ 
tion  complète  des  cartilages  dans  la  cavité  cotyloïde  et  sur  la  tête  du  fémur,  et  s’il 
était  besoin  de  citer  les  faits  que  j’ai  pu  observer,  ceux  qui  m’ont  été  rapportés  par 


un  grand  nombre  de  médecins,  je  montrerais  que  l’ulcération  des  cartilages  est 
constante  du  moment  où  l’inflammation  pénètre  entre  les  surfaces  articulaires. 
L’analogie,  du  reste,  ne  peut  laisser  aucun  doute  sur  l’absorption  de  ces  cartilages. 
Chaque  semaine  dans  les  grands  hôpitaux  l’on  voit  les  inflammations  chroniques 
du  genou,  du  pied  ou  du  coude  en  produire  l’ulcération,  et  ce  phénomène  est  si 
constant  que  l’on  ne  peut  douter  qu’il  ne  se  produise  dans  l’articulation  du  fémur, 
qui  diffère  des  autres  articulations  par  sa  forme  et  non  point  par  les  propriétés 
des  parties  qui  la  composent.  Bichat,  dans  les  Œuvres  de  Desaull,  s’est  appliqué 
cependant  à  prouver  que  le  gonflement  des  cartilages  pouvait  exister  et  repousser 
la  tête  du  fémur  :  il  a  même  cité  trois  observations  à  l’appui  de  sa  proposition.  Mais 
ces  observations,  dont  une  seule  paraît  avoir  été  faite  par  Bichat  lui-même,  sont 
si  peu  détaillées  qu’elles  ne  sauraient  enlever  le  doute  sur  l’existence  de  l’altéra¬ 
tion  qu’elles  signalent. 

Dans  toutes  il  est  dit  que  le  cartilage  était  gonflé,  mais  aucun  détail  ne  fait  con» 


naître  jusqu’à  quel  point  ce  gonflement  s’étendait;  les  cartilages  n’ont  point  été 
incisés,  on  assure  seulement  qu’ils  remplissaient  en  tout  ou  en  partie  la  cavité 
cotyloïde.  Mais  quelle  était  alors  la  profondeur  de  celte  cavité?  C’est  ce  que  l’au¬ 
teur  ne  dit  point,  et  cependant  celte  précaution  était  bien  nécessaire,  puisque  la 
tête  du  fémur  était  luxée  sur  l’os  des  îles,  et  que  dans  ce  cas  les  rebords  de  la 
cavité  étant  détruits,  celle-ci  devait  être  en  partie  effacée. 

Cependant,  comme  l’on  possède  des  observations  assez  nombreuses  de  maladies 
de  cartilages  observées  surtout  au  genou  et  dans  lesquelles  l’épaisseur  de  la  cou¬ 
che  cartilagineuse  était  augmentée  d’un  ou  2  millimètres,  l’analogie  ne  permet 
pas  de  nier  la  possibilité  d’un  semblable  gonflement  dans  l’articulation  iléo-fémo- 
raie  ;  mais  si  ce  gonflement  existe,  l’allongement  qu’il  peut  produire  doit  être 
inappréciable,  et  dès  lors  on  ne  peut  lui  faire  jouer  aucun  rôle  dans  la  produc¬ 
tion  de  l’allongement. 

Examen  de  l'opinion  des  auteurs  qui  attribuent  rallongement  au  gonflement  de  la 
tête  du  fémur.  —  Rustest  l’auteur  qui  a  attaché  le  plus  d’importance  au  gonflement 
delà  tête  du  fémur,  considérée  comme  cause  d’allongement.  Son  opinion  suppose, 
d’une  part,  que  le  gonflement  de  la  tête  du  fémur  a  été  observé  dans  des  cas  d’al¬ 
longement,  ce  dont  je  ne  connais  pas  de  preuve  anatomique  ;  de  l’autre,  que  si  ce 
gonflement  existait,  il  pourrait  augmenter  sensiblement  la  longueur  de  la  cuisse. 
Plusieurs  raisons  conduisent  à  douter  de  la  possibilité  de  cet  allongement. 

Le  ronflement  du  tibia  et  du  fémur  dans  l’articulation  du  genou  ne  va  jamais 
jusqu’à  produire  un  allongement  apparent.  Là,  cependant,  les  surfaces  articulaires 
sont  disposées  de  telle  sorte  que  les  extrémités  des  os  ne  peuvent  se  gonfler  sans 
que  le  membre  ne  s’allonge.  A  l’articulation  coxo-fémorale,  le  gonflement  de  la  tête 
du  fémur  ne  peut  être  suivi  immédiatement  que  de  sa  projection  en  dehors,  ce  qui 
est  loin  d’assurer  un  allongement  aussi  sensible  que  celui  qu’on  pourrait  observer 
à  la  suite  du  gonflement  des  os  dans  l’articulation  du  genou.  Or,  si,  dans  cette  der¬ 
nière  articulation,  le  gonflement  des  os  est  impuissant  à  allonger  le  membre,  à 
plus  forte  raison  cette  impuissance  se  retrouvera-t-elle  dans  l’articulation  de  la 

hanche. 

A  l’appui  de  ces  raisonnements  vient  l’expérience  de  Fricke ,  que  nous  avons  ré¬ 
pétée,  et  qui  démontre  que  lors  même  qu’on  augmente  artificiellement  le  volume 
de  la  tête  du  fémur,  on  produit  un  allongement  à  peine  appréciable.  Fricke  ayant 
augmenté  le  volume  de  la  tête  du  fémur  par  l’addition  de  quelques  morceaux  de 
draps,  de  manière  à  donner  de  quatre  à  cinq  lignes  de  plus  à  celle-ci,  a  vu  qu’il  ré- 


BONNET. —ALLONGEMENT  DU  MEMBRE  DANS  LES  COXALGIES. 


81 


sullait  de  cette  augmentation  de  volume  un  allongement  presque  nul.  Je  l’ai  trouvé 
au  plus  de  quatre  à  cinq  millimètres  dans  mes  expériences. 

Examen  de  l’opinion  des  auteurs  qui  attribuent  l’allongement  dans  les  coxalgies  au 
relâchement  des  muscles.  —  MM.  Larrey  et  Frike  sont  les  seuls  auteurs,  à  ma  con¬ 
naissance,  qui  aient  fait  jouer  un  certain  rôle  au  relâchement  des  muscles,  dans 
la  production  de  l’allongement,  mais  ce  relâchement  n’a  jamais  été  démontré  par 
l’observation  ;  loin  de  là,  on  voit  toujours  autour  de  la  hanche  malade,  comme  au¬ 
tour  du  genou,  du  coude,  chroniquement  enflammés,  les  muscles  roides,  peu  ex¬ 
tensibles,  maintenir  avec  force  et  avec  fixité  les  os  dans  une  position  déterminée. 
Sans  cette  roideur,  qui  me  semble  constante,  la  cuisse  dans  les  coxalgies  devrait 
pouvoir  être  mue  librement  autour  de  la  cavité  cotyloïde,  ce  qui  n’a  jamais  lieu  , 
comme  on  le  sait. 

Du  reste,  lors  même  que  les  muscles  seraient  relâchés,  leur  laxité  ne  serait  pas 
plus  grande  que  dans  les  paralysies,  et  dans  celles-ci  la  rétraction  de  tissu  qui 
est  inhérente  aux  muscles  suffit  pour  maintenir  le  fémur  fortement  rapproché  de 
la  cavité  cotyloïde. 

Résumé.  —  En  résumé  :  1°  les  auteurs  qui  ont  vu  dans  l’abaissement  de  l’un 
des  côtés  du  bassin  la  cause  de  l’allongement  ont  bien  apprécié  une  des  conditions 
qui  font  paraître  le  membre  malade  plus  long  que  le  membre  sain  ;  mais  leurs  ob¬ 
servations  sont  incomplètes  et  ne  donnent  qu’en  partie  la  solution  du  problème  de 
l’allongement; 

2°  L’accumulation  des  liquides  dans  l’articulation  coxo-fémorale  peut  repousser 
la  tête  du  fémur  du  fond  delà  cavité  cotyloïde  ;  mais  cette  répulsion  ,  très  faible , 
ne  peut  être  une  cause  d’allongement  appréciable; 

3°  Les  mêmes  observations  s’appliquent  au  gonflement  du  paquet  celluîo-grais- 
seux,  situé  au  fond  de  la  cavité  cotyloïde; 

4°  La  tuméfaction  de  la  tête  du  fémur,  même  dans  les  cas  rares  où  elle  existe, 
est  également  sans  influence  sur  l’allongement; 

5°  Quant  au  gonflement  des  cartilages  et  au  relâchement  des  muscles,  on  peut 
douter  de  leur  existence,  et  il  est  impossible  de  lui  reconnaître  aucune  influence 
sur  la  répulsion  de  la  tête  du  fémur  et  sur  l’allongement  du  membre  malade; 

6°  L’ensemble  des  conditions  qui  font  paraître  une  cuisse  plus  longue  que  l’autre 
se  compose  de  l’abaissement  et  de  la  position  plus  antérieure  de  l’épine  iliaque  du 
côté  allongé  et  de  la  flexion  unie  à  l’abduction  de  la  cuisse  du  même  côté.  Les  rap¬ 
ports  du  bassin  et  du  fémur  sont  toujours  maintenus  avec  plus  ou  moins  de  fixité, 
et  le  diagnostic  de  l’allongement  se  réduit  à  la  détermination  delà  part  qu’ont  à  sa 
production  chacune  des  positions  que  je  viens  de  rappeler  et  à  la  connaissance 
des  causes  qui  empêchent  les  positions  d’être  changées  au  gré  du  malade. 

Applications  pratiques  de  la  connaissance  des  véritables  causes  de  /’ allongement  du 
membre  inférieur  dans  les  coxalgies.  —  Voici  plusieurs  faits  pratiques,  relatifs  à 
l’allongement  dans  les  coxalgies  qui  méritent  une  sérieuse  attention,  et  qui  confir¬ 
ment  les  conclusions  précédentes. 

Fouteau  cite  l’observation  d’une  femme  qui  souffrait  depuis  long-temps  à  l’arti¬ 
culation  de  la  hanche  et  oui  présentait ,  du  côté  malade,  un  allongement  de  deux 
pouces;  elle  éprouva  de  tels  effets  de  l’application  de  deux  moxas,  que  la  tête  du 
fémur  remonta,  dit-il,  le  même  jour  dans  sa  cavité,  et  que  le  sixième  jour  les  deux 
genoux  étaient  presque  au  même  niveau. 

M.  Bajard,  ex-chirurgien  en  chef  de  l’Hôtel-Dieu  de  Lyon,  m’a  cité  deux  cas  du 
même  genre. 

On  trouve  dans  la  Clinique  chirurgicale  de  Larrey  l’observation  suivante  : 

«  M.  le  docteur  Koreff,  l’un  des  savants  professeurs  de  Berlin,  avait  eu  la  bonté 
*  de  me  dire,  lors  de  son  passage  à  Paris,  dans  le  commencement  de  1816  ,  que 
«  M.  le  professeur  Rust,  de  Vienne,  aujourd’hui  professeur  à  l’université  de  Der* 


82  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

«  lin,  se  servait  avec  un  grand  avantage,  et  sans  nuis  préparatifs  ,  du  fer  rouge  , 
a  qu’il  appliquait  sur  l’articulation  et  dans  trois  lignes  obliques  réunies  au  grand 
«  trochanter.  M.  Rust  a  fait  construire  à  cet  effet  un  cautère  pyramidal,  dont  la 
«  forme  et  l’épaisseur  sont  telles  qu’il  conserve,  pendant  toute  l’application,  la 
«  quantité  de  calorique  nécessaire  pour  opérer  d’un  seul  trait,  et  sans  qu’on  soit 
«  obligé  de  le  replonger  dans  le  feu,  la  cautérisation  désirée.  11  a  observé  qu  irn- 
«  médiatement  après  cette  cautérisation  le  membre  revient  tout  à  coup  à  sa  lon- 
«  gueur  naturelle,  et  se  met  de  niveau  avec  celui  du  côté  opposé  :  j’ai  eu  occasion 
«  de  voir  cette  rétraction  subite  sur  un  grand  nombre  de  sujets ,  chez  lesquels 
«  elle  s’est  reproduite  telle  que  l’annonce  le  professeur  allemand.  » 

Ces  faits  sont  inintelligibles  dans  la  supposition  que  l’allongement  dépend  de  la 
répulsion  delà  tête  du  fémur  par  une  production  nouvelle  développée  dans  le  fond 
de  la  cavité  cotylo'ide;  car  on  ne  peut  comprendre  que  cette  production  qui,  dans 
l’opinion  des  auteurs  cités,  devrait  avoir  plus  de  trois  à  quatre  centimètres,  puis¬ 
que  l’allongement  dont  elle  est  la  cause,  suivant  eux,  dépasse  cette  longueur,  il  est 
impossible,  dis-je,  que  cette  production  ait  été  résorbée  en  un  jour  sous  l’influence 
d’un  moxa  ou  de  l’application  du  fer  rouge.  H  est  aisé  ,  au  contraire,  de  com¬ 
prendre  le  changement  opéré  par  ces  moyens,  dans  l’idée  que  l’allongement  n  est 
dû  qu’à  la  position  choisie  par  les  malades;  en  admettant  que  cette  position  soit 
récente,  qu’elle  ne  soit  maintenue  par  aucune  formation  nouvelle  de  tissus  fibreux 
autour  de  la  hanche,  et  qu’elle  dépende  uniquement  de  la  douleur  qu’éprouve  le 
malade  et  de  la  position  qu’il  a  choisie  en  se  couchant  sur  le  côté  affecté,  on 
comprend  sans  peine  qu’un  moyen  qui  fait  cesser  la  douleur  et  force  le  malade  à 
sc  coucher  sur  le  côté  sain,  puisse  faire  cesser  rallongement;  mais,  qu’on  le  re¬ 
marque  bien,  ce  résultat  peut  être  obtenu  seulement  dans  les  cas  que  je  viens  de 
spécifier;  car  lorsque  la  maladie  est  ancienne  et  que  les  adhérences  nombreuses 
se  sont  formées,  les  inoxas  et  les  cautérisations ,  impuissants  à  changer  les  rap¬ 
ports  du  bassin  et  de  la  cuisse  ,  ne  produisent  plus  les  résultats  merveilleux  rap¬ 
portés  par  les  auteurs  que  je  viens  de  citer. 

La  connaissance  des  causes  de  l’allongement  apparent  permet  seul  aussi  de  com¬ 
prendre  l’observation  suivante ,  qui  appartient  à  P.  Sue ,  et  que  je  trouve  citée 
dans  l’ouvrage  si  remarquable  de  MM.  Humbert  de  Morley  et  Jacquier  sur  les 
luxations  delà  cuisse,  et  que  ces  auteurs  citent  d’après  M.  P.  Sue,  qui  l’a  consi¬ 
gnée  dans  un  ouvrage  sur  les  maladies  des  os. 

^  11  s’agit  d’un  enfant  de  12  ans,  dont  la  cuisse  devint  plus  longue  que  l’autre  de 
deux  pouces.  Moreau,  chirurgien  en  chef  de  l’Hôlel-Dieu  de  Paris,  décida  qu’il  y 
avait  luxation  en  dedans  et  en  bas.  Cependant,  pendant  un  voyage  à  Bourbonne  , 
les  deux  extrémités  reprirent  la  même  longueur.  Au  retour,  la  cuisse,  dit  l’auteur 
de  l’observation,  se  luxa  de  nouveau,  et  l’extrémité  plus  longue  que  l’autre  de 
quatre  pouces  resta  quelque  temps  dans  cet  état  ;  on  reprit  l’usage  des  bains  ,  et 
l’os  déplacé  rentra  dans  sa  cavité.  Enfin,  luxation  nouvelle  de  la  cuisse,  pour  la 
troisième  fois,  avec  les  mêmes  accidents  que  la  seconde;  sous  l’influence  des  eaux 
de  Bourbonne,  etc.,  l’os  rentra  en  place  pour  n’en  plus  ressortir  :  la  guérison  fut 

complète. 

Evidemment,  si  les  faits  relatés  dans  cette  observation  sontbien  observés,  il  est 
impossible  d’admettre  l’explication  qu’en  a  donnée  Suc  ;  il  n’y  a  pas  eu  trois 
fois  sortie  et  rentrée  delà  tête  du  fémur  dans  la  cavité  cotylo'ide.  Une  course  en 
voiture  et  l’emploi  de  quelques  douches  ne  peuvent  réduire  une  luxation  ;  l’exis¬ 
tence  de  celle-ci  n’a  été  admise  que  par  l’impossibilité  où  on  se  trouvait  d’ex¬ 
pliquer  sans  elle  l’allongement  si  considérable  du  membre  malade.  Du  moment  où 
l’on  rapporte  cet  allongement  à  ses  véritables  causes,  c’est-à-dire  à  la  position  du 
malade,  toutes  ces  difficultés  cessent.  De  telle  sorte  qu’en  admettantes  idées  que 
nous  développons  sur  rallongement  dans  les  coxalgies,  l’on  interprète  sans  peine 


REVUE  CRITIQUE.  83 

les  faits  que  présente  la  pratique,  ctl’onsefait  une  idée  neltcde  toutes  les  obser¬ 
vations  qu’on  peut  répéter  au  lit  du  malade,  et  des  opinions  qu’on  trouve  dans  les 
auteurs  sur  les  causes  de  l’allongement. 

(La  deuxième  partie  au  prochain  numéro.) 


REVUE  CRITIQUE, 


CIiia*tassgi©, 


LETTRE  A  M.  MALGAIGNE  ,  SUR  UNE  LUXA¬ 
TION  SCAPULO-HUMÉRALE  EN  BAS  ,  par  M.  RO- 

bcrt.  —  Cette  lettre  s’est  trouvée  égarée  dans 
un  des  numéros  de  janvier  de  la  Gazette  mé¬ 
dicale.  Elle  avait  été  remise  à  ce  journal  as¬ 
sez  long-temps  avant  la  création  du  nôtre, 
et  nous  n’aurions  eu  que  des  remerciements 
à  adresser  à  M.  Guérin  pour  se  charger  de 
notre  correspondance,  s’il  ne  nous  l’avait  fait 
si  long-temps  attendre.  Il  nous  eût  obligé  da¬ 
vantage  encore  si ,  le  Journal  de  chirurgie 
créé  et  mis  au  monde,  il  nous  avait  renvoyé 
une  lettre  qui  nous  était  destinée ,  satisfai¬ 
sant  du  même  coup  le  désir  de  l’auteur  et  le 
nôtre.  Mais  puisqu’enfin  il  en  a  jugé  autre¬ 
ment,  il  faut  bien  nous  résigner  à  lui  emprun¬ 
ter  notre  propre  bien  ;  nous  en  tirerons  d’ail¬ 
leurs  cet  avantage  que  nous  pourrons  ajouter 
nos  remarques  à  l’analyse  du  travail  deM.  Ro¬ 
bert,  et  mettre  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs, 
en  quelque  sorte,  la  lettre  et  la  réponse. 

M.  Robert  rappelle  d’abord  sur  quels  frêles 
appuis  reposait  l’ancienne  doctrine  des  luxa  - 
tions  scapulo-humérales  ,  et  veut  bien  nous 
accorder  l’honneur  de  l’avoir  ébranlée  et  ren¬ 
versée,  en  la  mettant  en  présence  des  notions 
anatomiques  ,  des  expérimentations,  et  enfin 
des  autopsies ,  qui  toutes  lui  étaient  con¬ 
traires. 

«  De  tous  ces  faits,  poursuit-il,  vous  dûtes 
logiquement  conclure  que  les  observateurs  an¬ 
ciens  et  modernes  s’étaient  trompés  dans  la 
détermination  du  siège  des  luxations  dites  en 
bas  ou  dans  l’aisselle  ;  et  qu’au  lieu  de  repo¬ 
ser  contre  le  bord  axillaire  du  scapulum,  l’os 
du  bras  était  en  rapport  avec  l’apophyse  co¬ 
racoïde.  Vous  imposâtes  à  cette  luxation  le 
nom  de  sous-cor acoïdienne,  comme  indiquant 
plus  exactement  la  position  de  l’os  luxé. 

«  Toutefois,  pour  compléter  la  démonstra¬ 
tion  de  cette  nouvelle  doctrine,  il  fallait  re¬ 
chercher  si  la  luxation  en  bas  ,  proprement 
dite,  avait  été  réellement  observée,  et,  dans 
ce  cas,  en  indiquer  les  symptômes  et  montrer 
en  quoi  ils  diffèrent  de  ceux  de  la  luxation 
sous-coracoïdienne.  Ici ,  vous  me  permettrez 
de  vous  le  dire  ,  vos  efforts  ont  été  moins 
heureux.  Ce  déplacement  ne  pouvant  être  re¬ 
produit  par  les  expériences  sur  le  cadavre,  et 
les  traités  de  chirurgie  que  vous  avez  pu  con¬ 


sulter  n’en  contenant  aucune  observation  , 
vous  avez  cru  pouvoir  en  tracer  l’histoire.  » 

La  vérité  est  que,  dans  mon  Mémoire  sur  la 
détermination  du  siège  et  du  diagnostic  diffé¬ 
rentiel  des  luxations  scapulo-humérales,  pu¬ 
blié  en  1836  dans  les  Mémoires  de  V Académie 
royale  de  médecine,  j’avais  cru  trouver,  dans 
une  observation  de  Desault,  un  exemple  uni¬ 
que  de  luxation  en  bas,  et  j’avais  mis  en  re¬ 
lief  la  différence  des  symptômes  observés  par 
Desault  avec  la  description  classique. 

«En  résumant  cette  observation,  dit  M.  Ro¬ 
bert,  on  voit  qu’un  homme,  après  être  tombé 
sur  le  moignon  de  l’épaule,  présente  une  dé¬ 
pression  sous  l’acronnon  et  une  grande  mo¬ 
bilité  du  bras;  la  longueur  du  membre  n’a  pas 
été  mesurée.  On  fait  des  tentatives  de  réduc¬ 
tion,  mais  le  déplacement  se  reproduit  à  di¬ 
verses  reprises,  et  met  le  chirurgien  dans  la 
nécessité  d’appliquer  une  pelote  sous  le  creux 
de  l’aisselle  et  de  maintenir  le  bras  fixé  con¬ 
tre  le  tronc.  Maintenant,  je  vous  le  demande, 
mon  cher  collègue,  en  présence  de  détails 
aussi  caractéristiques,  est-il  possible  de  voir, 
dans  l’observation  de  Desault,  autre  chose 
qu’une  erreur  de  diagnostic  commise  par  ce 
grand  praticien,  et  une  fracture  du  col  de 
l’humérus  prise  pour  une  luxation  scapulo- 
humérale?  » 

Cette  critique  est  ferme  et  hardie  ;  et  sans 
doute,  résumée  en  ces  termes ,  l’observation 
aboutit  au  diagnostic  porté  par  M.  Robert. 
Toutefois,  nous  sommes  moins  touchés  que 
lui  de  la  circonstance  étiologique  qu’il  a  écrite 
en  italique ,  la  chute  sur  le  moignon  de  l’é¬ 
paule  ;  et  nous  avons  vu  bon  nombre  de  luxa¬ 
tions  produites  par  un  pareil  accident.  Il  se 
borne  aussi  à  dire  qu 'on  fit  des  tentatives  de 
réduction  ;  tandis  que  le  narrateur  original 
ajoute  que,  lors  des  premières,  l’os  parut  ren¬ 
trer  dans  sa  cavité ;  et  que,  dans  les  secondes, 
la  réduction  ne  présenta  plus  de  difficulté.  Il 
nous  paraît  fort  difficile  de  concilier  ces  as¬ 
sertions  avec  l’idée  d’une  fracture  du  col  hu¬ 
méral;  et  comment  le  fragment  inférieur, 
libre  et  ballottant  dans  l’aisselle,  en  aurait-il 
imposé  pour  la  tête  humérale?  Peut-être, 
après  ces  simples  remarques,  le  diagnostic  de 
M.  Robert  paraîtra-t-il  moins  assuré;  toute¬ 
fois,  cela  ne  saurait  détruire  entièrement  la 


84 


REVUE  CRITIQUE. 


portée  de  sa  critique;  et  nous  reconnaissons 
volontiers  que  le  fait  de  Desault  est  trop  né¬ 
gligemment  raconté  pour  inspirer  une  confiance 
absolue. 

En  le  laissant  donc  dans  le  doute,  et  le 
doute  pour  un  fait  est  presque  la  mort,  on  ar¬ 
rive  à  cette  conséquence  que,  jusqu’à  nos 
jours,  il  n’existait  pas  un  seul  exemple  bien 
avéré  de  la  luxation  de  l’humérus  en  bas. 

Sommes-nous  cependant  plus  heureux  que 
nos  devanciers,  et  aurions-nous  enfin  trouvé 
cette  luxation  introuvable  ?  M.  Robert  croit 
en  avoir  découvert  un  cas,  publié  parM.  Vel¬ 
peau  avec  une  interprétation  un  peu  diffé¬ 
rente. 

«  C’est  celui  d’une  dame  âgée  de  76  ans,  qui 
s’était  pour  ainsi  dire  pendue  par  la  main 
droite  à  une  échelle,  en  tombant  de  la  hauteur 
d’une  croisée  dans  ses  appartements.  Le  coude 
était  écarté  du  tronc ,  Vacromion  saillant ,  le 
muscle  deltoïde  déprimé  et  tendu,  le  creux 
sous-claviculaire  augmenté,  la  tête  de  l’hu¬ 
mérus  placée  dans  l’aisselle  et  sous  la  peau , 
entre  les  muscles  grand  dorsal  et  grand  pec¬ 
toral;  le  bras  plus  long  que  Vautre  d’un  demi- 
pouce.  L’extension  verticale  réduisit  facile¬ 
ment  cette  luxation.  » 

Ce  fait  présente  en  effet  quelques  analogies 
remarquables  avec  celui  que  M.  Robert  a  pu 
observer  iui-même,  et  que  nous  reprodui¬ 
rons  tout-à-l’heure  ;  toutefois,  nous  lui  ap¬ 
pliquerions  volontiers  la  même  critique  qu’à 
celui  de  Desault;  et  le  défaut  de  détails  plus 
précis  ne  nous  permet  pas  d’y  attacher  la 
valeur  que  M.  Robert  a  cru  y  trouver.  Mais 
nous  arrivons  enfin  à  sa  propre  observation, 
et  cette  fois  la  rigueur  des  faits  ne  permet  plus 
le  doute. 

Le  15  juillet  18,42,  le  nommé  Duhamel, 
cocher,  d’une  forte  constitution,  conduisait 
un  cheval  par  la  bride,  lorsque  celui-ci  s’étant 
tout -à-coup  dressé  sur  le  train  de  derrière, 
l’entraîna  par  le  bras  droit,  qui  se  trouva 
ainsi  subitement  soumis  à  une  traction  vio¬ 
lente,  et  en  même  temps  placé  dans  l’exten¬ 
sion  verticale.  11  paraît  qu’en  outre  la  main 
fut  tordue  et  portée  dans  une  supination  for¬ 
cée.  Il  entra  à  l’hôpital  Beaujon,  et  le  lende¬ 
main  ,  M.  Robert  le  trouva  dans  l’état  sui¬ 
vant  : 

«  Le  coude  est  tellement  éloigné  du  corps 
que  l’axe  du  membre  forme  ,  avec  la  ligne 
médiane  du  tronc,  un  angle  de  plus  de  45°.  Il 
ne  peut  en  être  rapproché  sans  causer  au  ma¬ 
lade  de  très  vives  douleurs  et  un  engourdis¬ 
sement  le  long  de  la  face  interne  du  bras;  en¬ 
fin,  il  est  un  peu  porté  en  avant. 

«  Le  moignon  de  l’épaule  ne  présente  pas 
cet  ap’atissement  dont  l’aspect  est  en  général 
si  remarquable  dans  les  luxations  du  bras. 
Le  muscle  deltoïde  est  comme  gonflé  :  ses  fi¬ 
bres  sont  fortement  tendues,  et  ses  intersec¬ 


tions  fibreuses  se  dessinent  à  travers  la  peau, 
par  autant  de  sillons  verticaux. 

«  Si  l’on  prolonge  par  la  pensée  l’axe  de 
l’humérus  ,  on  voit  qu’au  lieu  d’aboutir  en 
haut  au  centre  du  moignon  de  l’épaule,  com¬ 
me  dans  l’état  sain,  il  se  rend  au  creux  de 
l’aisselle.  La  face  externe  du  muscle  deltoïde, 
au  lieu  de  se  continuer  à  peu  près  en  ligne 
droite  avec  la  face  externe  du  bras,  forme 
avec  celle-ci  un  angle  obtus  rentrant,  dont 
le  sommet  se  trouve  à  l’insertion  humérale  de 
ce  muscle. 

«  La  longueur  du  bras  ,  mesurée  de  l’angle 
postérieur  de  l’acromion  à  l’épicondyle,  dé¬ 
passe  celle  du  bras  opposé  de  5  centimètres  en¬ 
viron  (14  lignes). 

«  Enfin ,  il  est  facile  de  constater  que  l’hu¬ 
mérus  a  subi  un  léger  mouvement  de  rotation 
sur  son  axe,  d’arrière  en  avant  et  de  dehors 
en  dedans;  car  l’épicondyle  ,  au  lieu  d’être 
dirigé  en  dehors  comme  sur  le  bras  sain,  re¬ 
garde  directement  en  avant. 

<■  En  refoulant  le  muscle  deltoïde  immédia¬ 
tement  au  dessous  de  l’apophyse  acromion  , 
on  sent  un  vide  profond,  dû  à  ce  que  la  tête 
de  l’humérus  a  abandonné  la  place  qu’elle 
occupe  dans  l’état  normal. 

«  Si  l’on  porte  la  main  dans  le  creux  de 
l’aisselle,  on  sent  superficiellement  et  presque 
immédiatement  sous  la  peau,  cette  saillie  os¬ 
seuse,  reconnaissable  à  son  volume,  à  sa  du¬ 
reté,  et  à  sa  forme  hémisphérique.  En  arrière, 
elle  repose  surle  bord  axillaire  de  l’omoplate; 
en  dedans,  elle  appuie  contre  la  paroi  voisine 
du  thorax,  et  plus  spécialement,  à  ce  qu’il  m’a 
paru  ,  contre  le  deuxième  espace  intercostal. 
On  peut,  quoiqu’avec  peine,  faire  glisser  les 
doigts  entre  elle  et  cette  paroi  ;  mais  le  ma¬ 
lade  éprouve  alors,  à  la  face  interne  du  bras , 
une  douleur  vive,  due  sans  doute  à  la  pression 
des  filets  fournis  aux  téguments  du  bras  par 
les  deuxième  et  troisième  nerfs  intercostaux. 

«  Le  plexus  brachial  paraît  être  placé,  en 
grande  partie,  contre  sa  face  antérieure,  entre 
elle  et  le  muscle  grand  pectoral;  quant  à  l’ar¬ 
tère,  elle  se  contourne  sous  elle  ,  car  les 
pulsations  en  sont  très  superficielles  et  peu¬ 
vent  être  suivies  sur  toute  l’étendue  de  la 
saillie  osseuse. 

«  La  hauteur  de  la  paroi  antérieure  de  l’ais¬ 
selle  ,  mesurée  de  la  clavicule  au  bord  infé¬ 
rieur  du  muscle  grand  pectoral,  est  plus  lon¬ 
gue  que  celle  du  côté  opposé  de  5  centimètres 
environ.  Cette  paroi  est  relâchée  et  légère¬ 
ment  concave.  En  la  déprimant  avec  la  main, 
on  y  reconnaît  :  1°  en  haut  l’apophyse  cora¬ 
coïde;  2°  plus  bas,  la  tête  de  l’humérus,  au 
niveau  du  bord  inférieur  du  muscle  grand 
pectoral,  et  à  deux  travers  de  doigt  environ 
au  dessous  de  l’apophyse  coracoïde. 

«  A  ces  symptômes  ,  que  l’absence  de  gon¬ 
flement  des  parties  rendait  des  plus  évidents, 


REVUE  CRITIQUE.  85 


il  était  impossible  de  méconnaître  l’existence 
d’nne  luxation  de  l’humérus  sous  la  cavité 
glénoïde,  et  au  devant  du  bord  axillaire  du 
scapulum.  » 

M.  Robert  fit  saigner  son  malade,  et  le  len¬ 
demain  réduisit  la  luxation  par  notre  méthode, 
avec  une  grande  facilité.  Le  sujet  quitta 
l’hôpital  le  25  août,  24  jours  après  l’accident. 
Il  commençait  à  exécuter  quelques  mouve¬ 
ments  ;  toutefois,  de  grandes  précautions  lui 
furent  recommandées,  attendu  les  graves  dés¬ 
ordres  dont  la  capsule  articulaire  avait  été  le 
siège. 

Nous  avons  reproduit  littéralement  la  des¬ 
cription  des  symptômes,  qui  peut  passer  pour 
un  modèle  d’exactitude  et  de  clarté.  Notre  ex¬ 
cellent  collègue  nous  avait  invité  avoir  le  ma¬ 
lade;  mais  la  réduction  n’avait  pu  être  dif¬ 
férée,  et  nous  regrettons  beaucoup  de  n’avoir 
pu  observer  par  nous-même  un  cas  aussi  inté¬ 
ressant.  Mais  M.  Robert  l’a  étudié  avec  une 
attention  si  scrupuleuse  que  nous  adoptons 
sans  réserve  et  son  diagnostic  et  les  consé¬ 
quences  qu’il  en  a  tirées. 

Voilà  donc  cette  luxation  tant  contestée  qui 
se  produit  enfin,  appuyée  sur  un  fait  irréfra¬ 
gable.  Il  reste  à  se  demander  si  ce  fait  uni¬ 
que  peut  servir  à  en  fixer  la  séméiologie  ;  si 
c’est  un  type  qui  se  reproduira  dans  des  con¬ 
ditions  a  peu  près  semblables,  ou  s’il  ne  faut  y 
voir  qu’un  cas  exceptionnel,  dont  le  souvenir 
ne  doit  pas  être  perdu  sans  doute,  mais  qu’il 
serait  périlleux  d’ériger  en  une  variété  stable 
et  régulière.  Pour  rendre  bien  nettement  notre 
pensée  ,  nous  ne  croyons  pas  qu’il  soit  op¬ 
portun,  quant  à  présent,  de  surcharger  nos 
classifications  d’une  luxation  en  bas,  qu’on  ne 
pourrait  décrire  qu’avec  un  seul  fait  ;  mais  il 
sera  essentiel,  dans  toute  histoire  raisonnée 
des  luxations  scapulo-humérales  ,  de  dire 
qu’en  dehors  des  luxations  reçues,  M.  Robert 
a  observé  un  fait  extrêmement  remarquable 
et  offrant  des  phénomènes  tout  particuliers. 

Nous  louerions  volontiers,  en  cette  occa¬ 
sion,  le  ton  grave  et  digne,  et  les  formes  ex¬ 
quises  de  la  polémique  de  M.  Robert;  mais 
les  termes  flatteurs  dont  il  use  à  l’adresse  de 
son  correspondant  nous  font  un  devoir  de 
nous  abstenir ,  sinon  pour  l’en  remercier. 


DE  LA  REDUCTION  DES  LUXATIONS  METACARPO- 
PHALANGIENNES.  —  L’histoire  des  luxations 
métacarpo-phalangiennes  présente  ce  singu¬ 
lier  contraste,  que  si  l’on  interroge  les  auteurs 
qui  ont  précédé  le  18e  siècle,  ils  s’accordent 
généralement  à  les  regarder  comme  de  peu 
d’importance  et  d’une  réduction  très  facile; 
tandis  qu’au  contraire  les  chirurgiens  les  plus 
rapprochés  de  nous  insistent  pour  la  plupart 
sur  la  difficulté  et  même  quelquefois  l’impos¬ 
sibilité  de  la  réduction.  Etait-ce  ignorance 
dans  les  uns,  et  connaissance  plus  exacte  des 


faits  dans  les  autres?  On  va  voir  que  la  même 
dissidence  se  montre  encore  à  notre  époque, 
ce  qui  tendrait  à  faire  croire  qu’elle  pourrait 
bien  avoir  sa  source  dans  la  diversité  des  faits 
eux-mêmes. 

M.  Biéchy  a  publié  récemment  sur  ce  su¬ 
jet,  dans  Y  Expérience,  un  petit  mémoire  qui 
a  été  suivi  d’une  lettre  du  professeur  Gerdy. 
M.  Biéchy  rapporte  d’abord  un  cas  de  luxa¬ 
tion  de  l’index  qu’il  a  recueilli  dans  le  service 
de  M.  Marchai,  de  Strasbourg;  nous  repro¬ 
duisons  exactement  son  récit. 

«  II  s’agissait  d’une  jeune  fille  de  19  ans,  qui 
vint  à  la  consultation  et  présenta  une  luxation 
de  la  première  phalange  de  l’indicateur  sur  le 
métacarpien.  La  lésion  était  récente  ;  la  base 
de  la  phalange  occupait  la  face  dorsale  du  mé¬ 
tacarpien,  dont  la  face  articulaire  proéminait 
en  avant  et  en  bas  dans  le  creux  palmaire  ; 
en  dehors  de  cette  saillie,  les  téguments  dis¬ 
tendus  présentaient  une  dépression  profonde , 
on  eût  dit  une  entaille.  Ce  sillon  palmaire  est 
caractéristique  dans  ce  genre  de  lésion;  nous 
l’avons  depuis  remarqué  chez  un  autre  sujet 
portant  une  luxation  analogue,  mais  d’an¬ 
cienne  date.  Déjà  d’énergiques  tentatives  de 
réduction  avaient  eu  lieu;  M.  Marchai  les  re¬ 
nouvela,  et  fit  dans  ce  but  les  tractions  les  plus 
méthodiques  ,  combinant  alternativement  les 
extensions  énergiques  à  des  flexions  brusques, 
et  exerçant  une  forte  pression  et  en  sens  op¬ 
posé  sur  les  deux  extrémités  luxées  ;  il  cher¬ 
cha  aussi  à  anéantir  la  puissance  musculaire 
en  fatiguant  les  muscles  par  des  secousses 
réitérées  et  longtemps  prolongées;  toutes 
ces  manœuvres  opératoires,  comme  l’habile 
chirurgien  l’avait  prédit,  furent  inutiles. 
M.  Marchai  rappelant  les  différentes  théories 
émises  sur  l’obstacle  que  ces  luxations  offrent 
à  la  réduction,  déclarait  partager,  sur  ce  point 
de  la  science,  les  vues  émises  par  MM.  Vi¬ 
dal  de  Cassis  et  Malgaigne;  puis  il  expliqua 
le  mécanisme  de  ces  lésions  dans  lesquelles, 
dit-il,  la  phalange  en  se  portant  en  haut  et 
au-dessus  de  la  tête  du  métacarpien,  entraînait 
les  muscles  qui  s’y  inséraient  et  qui,  de  paral¬ 
lèles  qu’ils  étaient  au  levier  métacarpien,  lui 
devenaient  obliques  et  embrassaient  le  col  de 
ce  dernier  os  par  deux  anses  charnues ,  dont 
l’interne  était  renforcé  par  les  tendons  flé¬ 
chisseurs.  Dans  cette  disposition  anormale, 
ajouta-t-il,  la  rétraction  des  muscles  est  d’au¬ 
tant  plus  énergique  et  oppose  une  résistance 
d’autant  plus  grande,  que  les  tractions  exercées 
sur  la  phalange  tiraillent  les  muscles  qui  s’y 
insèrent  et  qui ,  réagissant  en  raison  directe 
de  la  force  réductive  qui  les  sollicite,  rendent 
tous  les  efforts  impuissants.  M.  Marchai  pro¬ 
posa  alors  de  trancher  la  difficulté,  en  suivant 
le  précepte  de  M.  Malgaigne,  par  la  section  de 
la  lèvre  externe  de  la  boutonnière.  Mais  la 
jeune  malade  se  refusa  à  l’opération,  confiant, 


86  REVUE  CRITIQUE. 


disait-elle,  son  doigt  malade  aux  efforts  de  la 
nature.  Cependant,  avant  de  quitter  l’hospice, 
elle  fut  présentée  à  la  consultation  chirurgicale 
de  la  Faculté ,  où  de  nouvelles  tentatives  de 
réduction  eurent  lieu  et  furent  également  in¬ 
fructueuses.  Là,  un  chirurgien,  qui  jouit  aussi 
à  juste  titre  d’une  grande  autorité  dans  la 
science,  donna  une  autre  interprétation  des 
difficultés  de  réduction  que  présentent  les 
luxations  métacarpo-phalangiennes.  Selon  lui, 
l’obstacle  résidait  dans  le  changement  de 
rapports  des  ligaments  latéraux  qui ,  de  pa¬ 
rallèles  aux  leviers  osseux  à  l’état  normal, 
deviennent,  dans  ces  lésions,  perpendiculaires 
à  l’axe  de  ces  leviers.  Cette  théorie,  que  nous 
avons  déjà  signalée  comme  professée  par  Du- 
puytren ,  exposée  de  nouveau  avec  talent , 
trouva  de  nombreux  partisans,  mais  n’avança 
eh  rien  la  question  de  la  réductibilité  ;  car, 
quelque  rationnels  que  semblassent  être  les 
efforts  exercés  dans  l’intention  de  ramener  le 
parallélisme  des  ligaments  et  des  os,  la  jeune 
malade  s’éloigna  néanmoins  conservant  une 
difformité  que  le  temps  a  rendue  depuis  par¬ 
faitement  incurable.  » 

Dans  ces  circonstances ,  M.  Marchai  dési¬ 
rant  éclairer  la  question  par  de  nouvelles  in¬ 
vestigations,  chargea  M.  Biéchy  de  tenter 
quelques  expériences  sur  le  cadavre.  Ces  ex¬ 
périences  furent  de  trois  sortes  : 

1°  Il  enleva  toutes  les  parties  molles,  même 
la  capsule,  en  respectant  seulement  les  liga¬ 
ments  latéraux.  Alors  il  suffit  d’un  certain 
effort  pour  luxer  les  phalanges  ;  et  les  liga¬ 
ments  de  parallèles  qu’ils  étaient  aux  os  leur 
devinrent  perpendiculaires.  La  réduction  fut 
des  plus  faciles. 

2°  11  enleva  toutes  les  parties  molles,  sauf 
les  ligaments  latéraux  et  la  capsule.  Si  l’on 
opère  alors  la  luxation,  la  capsule  se  déchire, 
livre  passage  à  la  tête  du  métacarpien ,  est 
entraînée  en  arrière  par  la  base  de  la  pha¬ 
lange  déplacée,  et  s’interpose  entre  le  col  mé¬ 
tacarpien  et  le  rebord  antérieur  de  la  base  de 
la  phalange.  «  Ce  bourrelet,  formé  par  la  cap¬ 
sule  plissée  et  réfléchie  sur  elle-même,  fait 
l’office  d’une  espèce  de  cale  qui  offre  une 
grande  résistance  à  la  réduction.  Cette  portion 
de  la  capsule  enroulée  sur  elle-même,  insi¬ 
nuée  à  la  manière  d’un  coin  entre  les  deux 
extrémités  articulaires,  contribuant  encore  à  la 
distension  des  ligaments  latéraux,  ces  derniers 
offrent  aussi  de  leur  côté  un  puissant  obsta¬ 
cle  aux  efforts  d’extension.  Nous  avons  même 
rencontré,  ajoute  M.  Biéchy,  une  si  grande 
résistance  duc  à  ce  bourrelet  capsulaire,  dans 
la  réduction  d’une  luxation  du  médius,  que 
toutes  nos  tentatives  restèrent  infructueuses 
jusqu’à  ce  que  nous  eussions  dégagé  la  capsule 
d’entre  les  surfaces  articulaires.» 

5°  Enfin  sur  une  main  où  il  avait  préparé 
les  muscles,  M.  Bicchy  a  constaté  l’exacti¬ 


tude  de  nos  propres  expériences  sur  la  nou¬ 
velle  disposition  de  ces  organes  et  leur  rési¬ 
stance  à  la  réduction. 

De  tout  quoi  il  conclut  que  l’obstacle  fon¬ 
damental  est  tantôt  la  rétraction  musculaire, 
tantôt  la  disposition  de  la  capsule,  ou  ces  deux 
causes  à  la  fois;  et  il  arrive  en  fin  de  compte 
à  cette  conséquence  décourageante  et  que  nous 
reproduisons  littéralement  : 

Qu’en  thèse  générale  les  luxations  méta¬ 
carpo-phalangiennes  sont  irréductibles  par 
les  moyens  ordinaires  de  l’art. 

Voilà  certes  qui  est  fort  grave  au  premier 
abord;  mais  en  y  réfléchissant  bien,  on  voit 
que  M.  Biéchy  a  reculé  lui-même  devant  sa 
propre  idée ,  et  il  n’admet  l’irréductibilité 
qu ’en  thèse  générale.  Ce  qui,  traduit  en  bon 
français,  veut  dire  sans  doute  qu’il  y  a  des  cas 
particuliers  où  l’on  réduit  très  bien  par  les 
moyens  ordinaires  ;  et  il  resterait  à  savoir  si 
ces  cas  particuliers  forment  véritablement  l’ex¬ 
ception  ou  la  règle.  A  ne  consulter  que  les 
expériences  de  M.  Biéchy,  il  ne  devrait  pas 
même  y  avoir  d’exception  en  thèse  géné¬ 
rale: ;  aussi  il  prend  soin  d’invoquer  en  sa  fa¬ 
veur  les  faits  pathologiques  consignés  dans  la 
science. 

Heureusement  il  est  permis  d’appeler  de 
cette  sentence.  En  ce  qui  concerne  les  expé¬ 
riences  de  M.  Biéchy ,  elles  n’ont  pas  à 
notre  sens  une  valeur  suffisante  ,  attendu 
qu’elles  ont  été  faites  comme  a  plaisir  dans 
les  conditions  les  plus  éloignées  de  celles 
dans  lesquelles  les  luxations  se  produisent;  et 
quand  on  veut  étudier  les  conditions  des  liga¬ 
ments  ,  des  capsules  et  des  muscles,  la  pre¬ 
mière  condition  est  de  ne  pas  les  mettre,  par 
une  dissection  préalable,  dans  un  état  tout-à- 
fait  anormal.  Les  faits  qu’il  invoque  ne  sont 
pas  plus  concluants  :  d’abord  parce  que  des 
faits  de  ce  genre  sont  très  peu  nombreux  dans 
la  science,  et  ensuite  parce  que  M.  Biéchy  est 
bien  loin  de  les  connaître  tous.  Sa  conclusion  sc 
trouve  ainsi  dépourvue  de  fondement,  et  pèche 
tout  au  moins  par  une  exagération  démesurée. 

Mais  alors,  dira  quelqu’un,  pourquoi  avoir 
insisté  si  longuement  sur  ce  travail?  Nous  en 
avons  eu  deux  raisons.  11  importe  d’abord  de 
repousser  de  la  science  les  idées  aventureu¬ 
ses  qui  s’y  présentent  avec  le  cortège  spé¬ 
cieux  des  expérimentations  et  des  faits  di¬ 
rects  ,  et  mettre  les  jeunes  travailleurs  en 
garde  contre  ce  double  péril,  de  se  laisser  sé¬ 
duire  à  des  expériences  mal  faites;  et  de  s’ima¬ 
giner,  quand  ils  ont  rassemblé  deux  ou  trois 
observations  banales,  qu’ils  ont  fait  l’inven¬ 
taire  de  la  science.  Mais  de  plus,  en  laissant 
de  côté  l’exagération  des  conséquences,  il 
n’en  résulte  pas  moins  des  recherches  de 
M.  Biéchy,  que  certaines  luxations  métacarpo- 
phalangiennes  offrent  une  résistance  incroya¬ 
ble,  même  à  des  chirurgiens  dont  l’habileté 


BEVUE  CRITIQUE. 


et  îa  compétence  ne  saliraient  être  niées. 

Il  reste  à  se  demander  si  ces  chirurgiens 
connaissaient  bien  tous  les  moyens  de  l’art,  et 
si  leur  insuccès  ne  tient  pas  à  la  méthode 
qu’ils  ont  suivie.  M.  Gerdy  semble  tenir  pour 
l’affirmative;  nous  le  laisserons  lui-même 
exposer  ses  vues  h  cet  égard  : 

«  Si  cette  réduction  est  aussi  difficile  que 
le  disent  les  auteurs,  cela  tient,  je  crois,  sur¬ 
tout  à  ce  que  l’on  emploie  la  méthode  exten¬ 
sive.  Le  fait  est  que  je  n’éprouve  point  ces 
difficultés  en  me  servant  d’une  autre  méthode 
que  je  nomme  impulsive  directe,  et  qu’on 
pourrait  appeler  aussi  méthode  par  plisse¬ 
ment.  Voici  en  quoi  elle  consiste  :  la  première 
phalange  du  pouce  ou  du  premier  orteil  étant 
luxée  sur  le  dos  du  premier  métacarpien  ou 
du  premier  métatarsien,  j’embrasse  la  main 
ou  le  pied  avec  les  quatre  derniers  doigts  dés 
mains  croisés  les  uns  sur  les  autres,  et  les 
deux  doigts  indicateurs  en  particulier  croi¬ 
sés  sur  la  tête  du  métacarpien  ou  du  méta¬ 
tarsien  rendue  saillante  par  le  fait  de  la  luxa¬ 
tion  ;  puis  appliquant  les  pouces  derrière  la 
phalange  luxée ,  qui  est  renversée  en  arrière 
à  peu  près  h  angle  droit,  et  qui  repose  sur 
le  métacarpien  ou  sur  le  métatarsien  corres¬ 
pondant  par  sa  surface  articulaire,  je  la  re¬ 
pousse  doucement  et  peu  h  peu  ,  jusque  sur 
le  cartilage  de  la  tête  articulaire  avec  la¬ 
quelle  elle  était  unie  auparavant.  Lorsqu’elle 
y  est  parvenue ,  un  mouvement  de  bascule 
imprimé  à  la  phalange  achève  la  réduc¬ 
tion.  Quelquefois  je  m’y  prends  d’une  autre 
manière  ,  mais  j’agis  toujours  par  le  même 
mécanisme.  Je  saisis  la  phalange  luxée  avec 
le  pouce  d’une  seule  main,  ou  avec  les  deux 
pouces  réunis  derrière  cet  os;  puis  ,  ap¬ 
puyant  le  côté  radial  du  doigt  indicateur  sur 
la  tête  de  l’os  métacarpien  ou  métatarsien 
correspondant,  j’attire  doucement,  en  la  fai¬ 
sant  glisser  sur  l’os  métacarpien  ou  l’os  mé¬ 
tatarsien,  la  phalange  déplacée,  et  quand  elle 
est  revenue  sur  la  courbure  de  leur  tête  articu¬ 
laire,  un  mouvement  de  bascule  réduit  la  luxa¬ 
tion  aussi  facilement  que  par  l’autre  procédé. 

«  C’est  du  moins  ce  qui  m’est  toujours  ar¬ 
rivé  dans  les  cas  où  j’en  ai  fait  usage.  Je  me 
rappelle  très  bien  les  avoir  employés  tous  les 
deux  avec  succès  pour  deux  cas  de  luxation 
phalango-métatarsienne ,  en  1840  et  1842,  à 
l’hôpital  de  la  Charité,  et  pour  un  cas  de 
luxation  phalango-métacarpienne,  à  l’hôpital 
Saint-Louis,  en  1838  ou  59.  Pourquoi  réussit- 
on  si  facilement  par  la  méthode  de  glisse¬ 
ment  ?  C’est  que,  par  des  raisons  de  mécani¬ 
que  inutiles  à  exposer  icij,  il  est  plus  aisé  de 
faire  glisser  parallèlement  l’une  à  l’autre  deux 
pièces  de  bois  liées  ensemble  par  un  ou  plu¬ 
sieurs  anneaux  de  corde,  que  de  les  écarter 
en  tirant  perpendiculairement  ou  obliquement 
sur  les  deux  pièces.  » 


8^ 

Cette  explication  n’est  peut-être  pas  assez 
claire  ;  car  il  nous  semble  fque  précisément 
M.  Gerdy  agit  sur  la  phalange  dressée  perpen¬ 
diculairement  sur  l’os  métacarpien  ;  et  pourvu 
que  la  position  soit  la  même,  et  le  mouvement 
dirigé  dans  le  même  sens,  il  ne  nous  paraît 
pas  qu’il  y  ait  beaucoup  d’importance  à  ce  que 
ce  mouvement  soit  opéré  par  traction  ou  par 
impulsion.  La  chose  vraiment  importante,  c’est 
que  M.  Gerdy  a  obtenu  trois  réductions  par 
cette  méthode;  à  quoi  nous  pourrions  ajouter 
qu’elle  avait  également  bien  réussi  à  Hcy,  qui 
toutefois  ne  l’avait  pas  aussi  exactement  dé¬ 
crite.  Mais  est-il  permis  d’espérer  toujours 
d’aussi  faciles  succès  ?  Nous  n’hésitons  pas  à 
le  nier.  Nous  avons  vu  cette  même  manœuvre 
échouer  à  plusieurs  reprises  sur  une  luxation 
du  pouce  qui  fut  réduite  séance  tenante  par 
un  autre  procédé.  Ces  sortes  de  luxations  se. 
présentent  trop  rarement  pour  qu’un  chirur¬ 
gien,  ù  moins  d’un  bonheur  spécial,  en  puisse 
tracer  l’histoire  complète  d’après  sa  propre 
expérience;  et  malheureusement  la  plupart 
des  observations  publiées  jusqu’ici,  y  compris 
même  celle  de  M.  Biéchy  ,  manquent  de  trop 
de  détails  pour  être  d’un  bien  grand  secours. 
Toutefois  ce  qui  résulte  le  plus  clairement 
de  nos  recherches,  c’est  qu’il  y  a  au  moins 
deux  degrés  ou  plutôt  deux  variétés  dans  le 
déplacement  ;  l’une  de  ces  variétés  est  assez 
facile  à  réduire ,  même  par  différents  procé¬ 
dés,  tandis  que  l’autre  résiste  avec  une  opi¬ 
niâtreté  quelquefois  invincible.  Nous  trouve¬ 
rons  probablement  plus  tard  line  occasion  de 
revenir  sur  ce  sujet  avec  tous  les  développe¬ 
ments  qu’il  comporte. 


RÉDUCTION  DES  LUXATIONS  DES  PHALANGES. 

—Les  luxations  des  phalanges  entre  elles  sont 
moins  rebelles;  toutefois,  comme  elles  sont 
aussi  fort  rares,  on  lira  avec  intérêt  le  fait 
suivant,  dans  lequel  M.  Gerdy  a  employé  avec 
succès  sa  méthode  par  glissement. 

Une  femme  de  48  ans  s’était  laissée  tomber 
dans  un  escalier,  et  le  poids  du  corps  avait 
surtout  porté  sur  la  main  gauche.  Elle  entra 
le  lendemain,  45  janvier  1841,  dans  le  service 
de  M.  Gerdy,  se  plaignant  d’une  douleur  très 
vive  au  doigt  médius,  qui  avait  perdu  la  faculté 
de  se  mouvoir.  Ce  doigt  fut  trouvé  dans  l’état 
suivant  : 

«  Il  est  plus  court  que  dans  l’état  ordinaire  ; 
c’est-à-dire  qu’au  lieu  de  dépasser  le  bout 
des  doigts  indicateur  et  annulaire ,  il  est  au 
même  niveau  qu’eux  ;  il  offre  une  courbure 
assez  marquée  dont  la  convexité  est  tournée 
en  dedans  :  son  articulation  phalango-phalan- 
ginienne  est  déformée  de  manière  à  présen¬ 
ter  sur  la  face  dorsale  du  doigt  une  saillie 
correspondante  à  la  tête  de  la  seconde  pha¬ 
lange,  et  surmontée  en  arrière  d’une  dépression 
assez  profonde;  sur  la  face  palmaire  existe  une 


88 


REVUE  CRITIQUE. 


autre  saillie  qui  correspond,  elle,  a  l’extrémité 
antérieure  de  la  première  phalange,  et  que 
limite  en  axant  un  sillon  un  peu  moins  pro¬ 
fond  que  le  précédent.  Le  doigt  est  légère¬ 
ment  fléchi;  ses  mouvements  entre  la  pre¬ 
mière  et  la  deuxième  phalange  sont  impos¬ 
sibles,  et  quand  on  cherche  à  en  produire, 
on  rend  beaucoup  plus  vives  les  douleurs. 
D’ailleurs,  quelque  effort  qu’on  fasse,  on  n’ar¬ 
rive  point  à  rendre  au  doigt  sa  longueur 
normale.  A  tous  ces  caractères  il  était  facile 
de  reconnaître  une  luxation  en  arrière.  » 

Cette  femme  avait  été  soumise ,  au  Bureau 
central ,  pendant  dix  minutes,  à  des  efforts  de 
traction  très  considérables  et  qui  n’avaient 
rien  produit;  la  réduction  fut  effectuée  de  la 
manière  suivante  : 

«  M.  Gerdy  embrasse  le  doigt  luxé  entre 
l’indicateur  et  le  pouce,  de  manière  à  ce  que 
l’indicateur  soit  appliqué  contre  la  tête  de  la 
première  phalange,  et  le  pouce  sur  la  tête  de 
la  seconde  ;  puis  par  un  mouvement  en  sens  in¬ 
verse  de  ces  déux  doigts,  il  cherche  à  faire  glis¬ 
ser  l’une  sur  l’autre  les  têtes  articulaires,  afin 
de  les  mettre  en  présence  ;  et  quand  cela  a  été 
obtenu,  il  opère  un  mouvement  de  flexion 
brusque  du  doigt,  pendant  lequel  il  est  ordi¬ 
naire  de  voir  la  luxation  se  réduire  ;  si  une 
seule  main  ne  suffisait  pas ,  on  pourrait  faire 
usage  des  deux  ;  c’est  ainsi  que  les  choses  se 
passèrent  chez  notre  înalade,  qui  sortit  guérie 
le  20  janvier ,  le  doigt  ayant  été  maintenu 
immobile  à  l’aide  d’un  petit  bandage  roulé.  » 


Sur  la  prétendue  amaurose  abdominale 
de  quelques  ophtalmologistes. — Nous  n’avons 
peut-être  jamais  mieux  senti  l’utilité  et  la 
nécessité  d’une  haute  et  sévère  critique  dans 
les  matières  chirurgicales  qu’en  lisant  l’article 
suivant,  dont  nous  indiquerons  les  sources 
tout-à-l’heure. 

«  M.  Scherrer  a  traité  en  allemand  de  Ya- 
maurose  dite  abdominale ,  qu’il  définit:  une 
diminution  de  la  vue  par  suite  d’une  affection 
des  nerfs  ciliaires,  sympathique  d’un  trouble 
dans  le  système  nerveux  ganglionnaire  de 
l’abdomen.  La  lésion  rétinienne,  toujours  se¬ 
condaire,  est  accompagnée  de  désordres  dans'les 
fonctions  abdominales,  d’engorgemens  viscé¬ 
raux,  de  dérangements  hémorrhoïdaires  ou 
menstruels.  Les  symptômes  sont: l’immobilité 
de  l’iris,  sa  projection  en  avant,  sa  dilatation 
transversalement  ovalaire,  un  cercle  brun  au 
bord  pupillaire,  comme  si  l’uvée  s’était  repliée 
en  dehors;  une  teinte  jaunâtre  des  vaisseaux 
variqueux  sur  la  conjonctive;  la  co-existence 
d’une  affection  du  ventre,  etc.  Cette  amaurose 
a  un  pronostic  moins  grave  que  les  autres; 
le  traitement,  jusqu’ici,  a  consisté  surtout 
dans  l’emploi  des  extraits  végétaux,  des  gom¬ 
mes-résines,  du  tartre  stihié  à  doses  réfrac¬ 
tées,  etc.  M.  Scherrer  a  retiré  de  grands 


avantages  de  la  pulsatille  et  de  l’arnica,  iso¬ 
lées  ou  combinées.  La  première  est  presque 
spécifique  dans  l’amaurose  abdominale;  elle 
agit  comme  antiparalytique.  Les  signes  de  son 
action  sont  :  des  douleurs  dans  le  sourcil  et 
l’œil,  du  larmoiement,  puis  le  retour  de  la 
motilité  de  l’iris,  etc.  L’auteur  emploie  l’ex¬ 
trait  de  pulsatille  préparé  avec  le  suc  exprimé, 
à  la  dose  de  un  à  huit  grains  (cinq  à  quarante 
centigrammes).  L’arnica  lui  a  réussi  surtout 
lorsque  la  congestion  sanguine  est  très  in¬ 
tense  dans  l’œil;  par  exemple,  dans  les  cas 
où  elle  a  déjà  déterminé  des  épanchements  de 
sang  dans  l’organe,  il  emploie  l’extrait  de 
fleurs  d’arnica.  » 

Ce  mémoire  a  été  lu  au  congrès  scientifi- 
fique  de  Strasbourg  en  1842.  L’extrait  qui  pré¬ 
cède  fait  partie  d’une  Revue  médico-chirurgi¬ 
cale  des  travaux  de  ce  congrès,  rédigée  par 
M.  Pétrequin;  ladite  Revue  a  été  lue  à  la  so- 
ciété  de  médecine  de  Lyon,  insérée  dans  les 
Annales  d’ oculistique  ,  et  enfin  publiée  a 
part;  en  sorte  que  les  idées  de  M.  Scherrer 
ont  eu  une  assez  grande  publicité.  Il  ne  paraît 
pas  que  nulle  part  elles  aient  soulevé  quel¬ 
ques  objections;  d’ailleurs  il  faut  bien  dire 
que  l’auteur  n’a  fait  là  que  traiter,  à  son  point 
de  vue  particulier,  d’une  maladie  reconnue  et 
proclamée  par  la  plupart  des  ophtalmologistes 
allemands. 

Or,  en  introduisant  leur  amaurose  abdomi¬ 
nale  dans  la  pathologie ,  ces  ophtalmologistes 
ont-ils  d’abord  pris  toutes  les  précautions  né¬ 
cessaires  pour  s’assurer  de  sa  réalité  ?  On  peut 
hardiment  affirmer  le  contraire.  Toute  leur 
étiologie  est  de  l’imagination  pure;  la  sé¬ 
méiologie  est  de  l’imagination  pure;  la  théo¬ 
rie  est  au-dessous  de  tout  ce  qu’on  en  pourrait 
dire.  Une  affection  des  nerfs  ciliaires!  et  la 
preuve?  Sympathique  d’un  trouble  dans  le 
système  nerveux  ganglionnaire  de  l’abdomen  ; 
et  la  preuve?  La  lésion  rétinienne  toujours  se¬ 
condaire;  et  la  preuve?  De  preuve,  il  n’y  en  a 
point;  bien  plus,  la  seule  chose  qui  aurait  un 
air  de  preuve,  le  traitement,  devient  même  une 
objection  capitale,  tant  la  théorie  est  prudem¬ 
ment  combinée.  Quoi!  vous  nous  annoncez 
que  la  lésion  rétinienne  est  toujours  secon¬ 
daire;  et  dans  votre  traitement  vous  laissez- 
là  les  causes  organiques  pour  vous  attaquer 
exclusivement  au  symptôme?  La  pulsatille 
agit,  dites-vous,  comme  antiparalytique  ;  que 
fera-t-elle  donc  contre  ces  engorgements  viscé¬ 
raux  qui  tiennent  l’amaurose  sous  leur  dépen¬ 
dance?  Que  dirai-je  de  ces  symptômes  ca¬ 
ractéristiques,  la  dilatation  de  la  pupille  en  tra¬ 
vers,  le  cercle  brun  du  bord  pupillaire ,  etc., 
qui  sont  également  déterminés  par  des  engor¬ 
gements  viscéraux  de  quelque  viscère  abdo¬ 
minal  que  ce  soit,  par  des  dérangements  hé¬ 
morrhoïdaires  ,  ou  par  des  dérangements 
menstruels  ;  et  qui  sont  après  tout  si  peu  ca- 


89 


REVUE  CRITIQUE. 


ractéristiques,  que  M.  Sclierrer  est  peut-être 
le  seul  qui  les  ait  vus  ?  Il  faut  faire  la  guerre,  une 
rude  et  impitoyable,  guerre  à  ces  malheureuses 
spéculations  qui  tendraient  à  détruire  le  ca¬ 
ractère  positif  de  la  chirurgie ,  et  à  égarer 
tout  ensemble  les  élèves  et  les  praticiens. 

En  résumé,  M.  Sclierrer  paraît  avoir  réussi 


dans  quelques  cas  d’amaurose  en  employant  la 
pulsatille  et  l’arnica  ;  c’est  une  médication  pu¬ 
rement  empirique  qui  n’a  pas  plus  que  les 
autres  le  mérite  d’une  efficacité  constante; 
mais  du  moins  est-ce  une  ressource  assez  in¬ 
nocente  et  qu’on  pourra  tenter  sans  crainte 
toutes  les  fois  que  la  strychnine  aura  échoué. 


Obstétrique* 


DERNIER  RÉSUMÉ  STATISTIQUE  dôS  faits  ûl?~ 

servés  à  la  Maternité  de  Stuttgard ,  du  1er 
juillet  1840  au  50  juin  1841.  —  On  peut  citer 
comme  un  modèle  ce  résumé,  que  vient  de 
publier  le  docteur  Elsæsser,  directeur  de  l’é¬ 
tablissement.  J’en  extrais  les  points  les  plus 
importants. 

Dans  l’année  qu’il  comprend,  209  accou¬ 
chements  ont  eu  lieu,  parmi  lesquels  un  ac¬ 
couchement  de  jumeaux  ,  ce  qui  porte  à  210 
le  nombre  des  naissances. — 186  enfants  (104 
garçons  et  82  filles)  sont  nés  à  terme  ;  23  (14 
garçons  et  9  filles)  avant  terme;  plus,  un  cas 
d’avortement  à  4  mois. — 10  enfants  ont  été  ex¬ 
pulsés  morts,  200  vivants,  dont  30,  par  di¬ 
verses  causes,  sont  morts  dans  l’établisse¬ 
ment.  Les  naissances  avant  terme,  observées 
16  fois  chez  des  primipares,  8  fois  chez  des 
multipares,  du  4e  au  9e  mois,  ont  eu  ceci  de 
remarquable,  que  22  fois  l’enfant  présentait  le 
sommet,  et  2  fois  seulement  les  pieds.  Ces 
accouchements  prématurés,  dont  la  cause  a 
pu  être  quelquefois  reconnue,  paraissaient  ré¬ 
sulter,  dans  2  cas  ,  d’efforts  et  de  fatigue  ; 
dans  d’autres  ,  d’une  chute,  d’une  toux  spas¬ 
modique  ,  d’une  urticaire,  d’une  pneumonie  , 
d’une  induration  ou  d’une  hypertrophie  du 
placenta,  de  l’existence  de  la  syphilis  chez  le 
père. — 3  des  enfants  expulsés  prématurément 
étaient  putréfiés  ;  un,  h  4  mois,  n’a  donné  aucun 
signe  de  vie.  Les  autres  sont  nés  vivants, 
mais  11  sont  morts  dans  la  première  heure, 
dans  le  cours  du  premier  jour  ou  dans  les  trois 
premières  semaines;  7  autres  ont  continué 
de  vivre;  c’étaient  ceux  qui  n’étaient  nés  que 
5  à  4  semaines  avant  leur  terme.  Parmi  les 
10  enfants  nés  morts,  7  furent  expulsés  natu¬ 
rellement;  les  5  autres  parurent  avoir  suc¬ 
combé  aux  difficultés  des  diverses  manœu¬ 
vres  qui  durent  être  pratiquées. 

Le  relevé  des  présentations  donne  le  résul¬ 
tat  suivant  : 

Sommet  (lreposit.,161.— 2e  posit.,27).  188 

Face .  5 

Siège... .  2 

Pieds .  5 

Partie  latérale  du  tronc .  5 

Présentations  inconnues  (7  femmes  sont 
accouchées  en  se  rendant  à  l’établis¬ 
sement)  .  9 

Parmi  les  positions  occipito-postérieures , 
une  seule  resta  telle  jusqu’à  la  fin  du  travail  ; 


et  bien  que  le  bassin  n’eût  que  des  dimensions 
ordinaires ,  l’accouchement  ne  s’en  termina 
pas  moins  sans  secours.  L’enfant  ne  pesait 
pas  moins  de  8  livres  9  onces;  l’état  apoplec¬ 
tique  dans  lequel  il  naquit  se  dissipa  promp¬ 
tement.  Encore  un  fait  à  ajouter  à  ceux  déjà 
si  nombreux  qu’on  pourrait  opposer  à  l’opi¬ 
nion  d’un  illustre  accoucheur,  sur  l’impossibi¬ 
lité  de  l’accouchement  spontané  dans  les  con¬ 
ditions  ici  spécifiées.  Si  je  signale  ce  cas  entre 
les  autres,  c’est  pour  rappeler  le  mécanisme 
trop  peu  connu  de  l’expulsion  dans  les  posi¬ 
tions  occipito-postérieures  qui  ne  se  rédui¬ 
sent  point,  par  les  progrès  du  travail,  en  oc- 
cipito-antérieures.  Elsæsser  insiste  sur  le 
siège  de  la  tuméfaction  qui,  très  considérable 
au  niveau  de  la  fontanelle  antérieure,  s’éten¬ 
dait  en  décroissant  sur  tout  le  front,  ainsi  que 
cela  a  lieu,  ajoute-t-il ,  dans  cette  anomalie 
rare  du  mécanisme  de  l’accouchement  natu¬ 
rel.  Que  faut-il  conclure  de  cette  remarque? 
c’est  que  la  région  de  la  fontanelle  antérieure 
et  le  front  sont  les  parties  qui  se  sont  avan¬ 
cées  les  premières  et  ont  correspondu  au  vide 
de  la  vulve  ,  et  que  l’occiput,  au  lieu  de  se 
dégager  le  premier  au  niveau  de  la  commis¬ 
sure  périnéale,  y  est  arrivé  tout  au  plus 
en  même  temps  que  le  front  se  dégageait  en 
avant;  le  mouvement  de  flexion  outré,  re¬ 
gardé  comme  indispensable  dans  cette  posi¬ 
tion,  n’avait  donc  pas  eu  lieu.  Ce  mécanisme, 
si  bien  indiqué  par  Nægelé  ,  et  sur  lequel 
M.  Guillemot  ( Archives  générales  de  Méde¬ 
cine)  a  au  moins  le  mérite  d’avoir  appelé 
l’attention  des  accoucheurs  français ,  doit-il 
être  considéré  seulement  comme  une  variété? 
N’est-il  qu’une  anomalie  curieuse,  un  premier 
degré  de  cette  conversion  qu’on  observe  quel¬ 
quefois  d’une  présentation  du  sommet  en 
présentation  de  la  face?  L’opinion  générale 
en  Allemagne,  conforme  à  celle  de  Nægelé , 
fait  de  ce  mécanisme  la  règle  et  non  l’excep¬ 
tion.  S’ils  veulent  examiner  ce  point  impor¬ 
tant  d’obstétrique  sans  idées  préconçues  ,  les 
accoucheurs  français  ,  encore  dissidents,  se 
convaincront  de  la  justesse  des  observations 
faites  par  fe  savant  professeur  de  Heidelberg. 
J’ai  pu,  dans  un  cas  récent,  faire  suivre  aux 
élèves  de  la  Maternité  les  diverses  phases  de 
l’engagement  et  de  l’impulsion  de  la  tête  dans 
un  cas  tout-à-fait  semblable  à  celui  observé 
par  Elsæsser. 


90 


RËVUB  CRITIQUE. 


Après  avoir  signalé  une  primipare,  dont 
l’accouchement  n’a  duré  que  3/4  d’heure,  le 
professeur  de  Stuttgard  cite  le  cas  d’une 
femme  multipare  chez  laquelle  la  lèvre  anté¬ 
rieure  du  col ,  pressée  violemment  entre  la 
tête  et  le  bassin,  se  tuméfia  considérable¬ 
ment,  et  descendait  presque  jusqu’à  la  vulve. 
L’accouchement  ne  s’en  termina  pas  moins 
spontanément.  Il  faut,  joindre  ce  cas  à  ceux 
que  Puchelt  rapporte  dans  son  mémoire  De 
tumoribus  in  pelvi  partum  impedientibus , 
et  à  celui  que  j’ai  cité  moi-même  dans  l’ana¬ 
lyse  étendue  de  cet  ouvrage,  que  j’ai  insérée 
dans  les  Archives.  Cette  circonstance,  en  ap¬ 
parence  fâcheuse ,  ne  doit  donc  point  préoc¬ 
cuper  sérieusement  l’accoucheur. 

Elsæsser  rapporte  ensuite  deux  cas  dans 
lesquels  Fhydropisie  de  l’amnios  prolongea 
considérablement  la  durée  du  travail.  La  pa¬ 
tience,  dont  il  donne  le  conseil,  et  dont  tout 
accoucheur,  sans  doute,  doit  avoir  ample  pro¬ 
vision,  n’est  pas  ici  l’unique  ni  même  le 
meilleur  remède.  La  rupture  prématurée  des 
membranes,  en  supposant  qu’il  n’y  eût  à  l’em¬ 
ploi  de  ce  moyen  aucune  contre-indication , 
eût  épargné  bien  des  douleurs  et  notablement 
abrégé  le  travail.  Quelle  que  soit  la  souplesse 
de  l’orifice,  quelque  bien  préparé  qu’il  soit  à 
la  dilatation ,  encore  faut-il,  pour  que  cette 
dilatation  s’opère  quand  les  membranes  sont 
encore  entières,  que  l’utérus  se  contracte  ré¬ 
gulièrement,  et  que  ces  contractions  puissent 
engager  la  poche  de  l’eau  à  travers  l’orifice. 
Or,  la  distension  de  l’œuf,  qui  est  la  consé¬ 
quence  d’une  grande  accumulation  de  liquide 
amniotique,  qu’elle  coexiste  ou  non  avec  une 
résistance  exagérée  des  membranes  ,  rend 
précisément  impossible  les  deux  conditions 
que  nous  venons  de  rappeler.  Distendu  outre 
mesure  par  l’œuf,  l’utérus  est  dans  le  cas  de  la 
vessie  dans  laquelle  l’urine  est  accumulée  et 
retenue.  Il  se  contracte,  mais  sans  pouvoir 
agir  sur  son  contenu  ;  d’un  autre  côté ,  les 
membranes  trop  tendues  ne  peuvent  s’enga¬ 
ger  dans  l’orifice,  et  la  dilatation  ne  fait  au¬ 
cun  progrès.  Qu’on  rompe  les  membranes  , 
qu’on  évacue  une  partie  du  liquide  amnioti¬ 
que,  n’aura-t-on  pas  mis  l’utérus  dans  les  con¬ 
ditions  où  le  cathétérisme  place  la  vessie 
lorsqu’on  a  évacué  une  partie  de  l’urine.  Les 
deux  organes,  chacun  dans  des  circonstances 
très  analogues,  reprennent  leur  ressort  et  se 
contractent  efficacement.  L’urine,  qui  tombait 
d’abord  perpendiculairement  en  sortant  de  la 
sonde,  jaillit  à  distance,  lancée  par  les  contrac¬ 
tions  de  la  vessie  ;  la  tête,  poussée  sur  un  orifice 
souple  et  bien  préparé,  sert  de  point  d’appui, 
se  dilate  bientôt  elle-même  et  franchit  quelque¬ 
fois  avec  une  rapidité  inespérée.  Ces  idées, 
maintes  fois  exprimées  à  la  Clinique  d’accou- 
cbement  et  popularisées  en  France  depuis  plu¬ 
sieurs  années,  doivent  être  rapportées  à  leur 


véritable  auteur.  M.  le  professeur  P.  Dubois, 
après  les  avoir  exposées  avec  cette  finesse 
d’aperçus  qui  donne  tant  de  charme  et  d’éclat 
à  ses  leçons,  a  souvent  rendu  les  élèves  té¬ 
moins  des  avantages  de  la  rupture  prématu¬ 
rée  des  membranes  dans  le  cas  d’hydropisic 
de  l’amnios.  Imbu  de  ce  précepte,  j’en  ai 
plus  d’une  fois  moi-même,  à  la  Maternité, 
constaté  l’excellence. 

Sur  les  210  accouchements  qui  ont  eu  lieu 
à  sa  clinique,  Elsæsser  a  compté  23  cas  d’en¬ 
tortillement  simple,  double  ou  triple  du  cor¬ 
don;  cette  circonstance  n’a  été  aucunement 
fâcheuse  pour  l’enfant  ni  pour  la  mère.  11 
n’est  pas  inutile  d’insister  sur  cette  innocuité. 
Les  résultats  de  la  Clinique  et  de  la  Maternité 
la  constatent  également  et  confirment  à  cet 
égard  l’assertion  de  madame  Lachapelle.  Aussi 
ne  doit-on  pas  ,  à  l’exemple  du  docteur  Næ- 
gelé  fils,  attacher  une  trop  grande  importance 
pratique  au  souffle  du  cordon,  dont  l’exis¬ 
tence,  en  supposant  qu’elle  fût  réellement  un 
signe  d’entortillement ,  ne  saurait  fournir 
d’indication.  J’espère  qu’on  a  oublié  l’absurde 
conseil  d’une  manœuvre  dangereuse,  donnée 
il  y  a  quelque  temps,  pour  remédier  à  des  ac¬ 
cidents  réellement  imaginaires. 

Les  enfants  nés  par  la  face,  au  nombre  de 
5,  dont  4  expulsés  naturellement,  et  1  extrait 
par  le  forceps,  étaient  tous  vivants.  Chez  une 
femme  multipare,  l’accouchement  fut  si  ra¬ 
pide  que  la  tête  sortit  encore  enveloppée  des 
membranes.  Les  accoucheurs  savent  qu’il  y  a 
réellement  deux  classes  d’accouchement  par 
la  face  :  les  uns  qui  offrent  des  difficultés  ex¬ 
trêmes;  les  autres,  au  contraire,  qui  se  ter¬ 
minent  avec  une  facilité  et  une  promptitude 
merveilleuses. 

Les  accouchements  par  les  pieds  ou  par  le 
siège  ont  été  moins  heureux;  un  enfant  qui 
présentait  les  fesses,  et  dont  la  tête  ne  put 
être  extraite  qu’avec  le  forceps,  naquit  mort. 
Les  mômes  circonstances  se  reproduisirent 
dans  un  cas  de  présentation  des  pieds,  et  le 
résultat  fut  le  même.  Un  troisième  était  mort 
et  putréfié.  Les  2  seuls  enfants  vivants  furent 
un  premier  jumeau,  qui  naquit  par  le  siège, 
et  un  enfant  avant  terme,  qui  vint  par  les 
pieds. 

Trois  présentations  de  l’épaule  gauche  néces¬ 
sitèrent  la  version;  l’extraction,  difficile  dans 
un  cas ,  détermina  la  mort  de  l’enfant.  Les 
deux  autres  furent  extraits  vivants. 

Sept  applications  de  forceps  furent  faites  dans 
des  conditions  bien  spécifiées,  à  l’exception 
d’un  cas  indiqué  sous  le  nom  d’enclavement, 
et  que  la  longueur  de  l’opération  ferait  soup¬ 
çonner  avoir  été  un  cas,  soit  de  rétrécisse¬ 
ment  léger  du  bassin,  soit  de  situation  trans¬ 
versale  de  la  tête.  Toutes  les  autres  applica¬ 
tions  de  forceps  furent  nécessitées  par  l’insuf¬ 
fisance  des  contractions,  seule  ou  combinée 


Ôi 


REVUE  CRITIQUE. 


avec  un  volume  trop  considérable  de  10  tête. 
Toutes  les  femmes  ainsi  accouchées  étaient 
primipares.  Tous  les  enfants  furent  extraits 
vivants,  à  l’exception  du  premier.  Malgré  cet 
heureux  résultat,  on  ne  peut  s’empêcher  de  re¬ 
marquer  que  l’application  du  forceps  a  été 
faite  dans  une  proportion  fort  supérieure  à  celle 
dans  laquelle  on  a  d’ordinaire  recours  ,  en 
France  au  moins,  à  l’emploi  de  cet  instru¬ 
ment.  Il  est  juste,  toutefois,  de  reconnaître 
que  cette  opération  n’a  été  décidée  qu’après 
un  temps  assez  long,  de  24  heures  au  moins, 
et  pratiquée  seulement  alors  que  l’insuffi¬ 
sance  des  efforts  maternels  avait  été  bien 
constatée.  Je  ne  doute  pas  que  d’autres  résu¬ 
més  du  docteur  Elsæsser  ne  donnent  une  pro¬ 
portion  moins  forte  d’opérations,  et. que  nous 
ne  puissions  un  jour ,  en  en  réunissant  plu¬ 
sieurs,  avoir  une  idée  exacte  de  la  pratique 
de  la  Maternité  de  Stuttgard. 

Deux  cas  de  procidence  du  cordon  se  sont  ter¬ 
minés  heureusement,  après  la  rétropulsion  de 
l’anse  qui  avait  glissé.  C’est  une  pratique 
qu’il  ne  faut  point  abandonner ,  malgré  le 
conseil  contraire  donné  il  y  a  quelque  temps 
par  Osiander.  Je  n’ai  pas  besoin  de  rappeler 
les  cas  exceptionnels  où  l’on  pourrait  s’en  écar¬ 
ter.  La  règle  n’en  doit  pas  moins  subsister. 
Pour  ma  part,  les  faits  dont  j’ai  été  témoin  ne 
me  laissent  point  de  doute  sur  les  avantages 
de  cette  rétropulsion  ,  quand  elle  peut  être 
faite,  etsur  l’innocuité  de  la  manœuvre,  quand 
elle  ne  réussit  pas. 

Trois  femmes  eurent  des  hémorrhagies  après 
l’accouchement  ;  deux  de  ces  hémorrhagies  , 


déclarées  avant  la  délivrance  ,  cessèrent 
promptement  après  l’extraction  du  placenta. 
La  troisième,  survenue  après  la  délivrance , 
continua  opiniâtrement,  par  suite  d’un  état  de 
flaccidité  de  l’utérus.  La  femme  mourut  ané¬ 
mique  et  hydropique. 

Pendant  l’année  qui  comprend  le  résumé  du 
docteur  Elsæsser  ,  les  maladies  puerpérales 
ont  été  fort  communes  ,  presque  toutes  com¬ 
pliquées  d’affections  des  voies  digestives  , 
d’embarras  gastrique  ou  intestinal.  Quatre  cas 
de  fièvres  puerpérales  bien  caractérisées  se 
terminèrent  par  la  mort.  Les  lésions  anatomi¬ 
ques  consistaient  principalement  dans  l’in¬ 
flammation  des  grandes  membranes  séreuses, 
l’inflammatiou  des  voies  aériennes,  etc.  En 
outre,  on  observa  12  cas  de  péritonite  puer¬ 
pérale  franche,  et  dont  l’issue  fut  heureuse. 
Enfin,  les  érysipèles  furent  très  communs. 

Parmi  les  maladies  des  nouveau-nés,  nous 
remarquons,  outre  le  muguet  et  l’ophthalmie 
qui  attaquèrent  un  grand  nombre  d’enfants  , 
1  cas  d’éclampsie,  1  cas  de  choléra,  et  4  cas 
de  tétanos,  tous  mortels.  Le  développement 
de  cette  dernière  maladie,  fort  rare  chez  nous, 
tient-il  à  des  circonstances  particulières,  à  la 
situation  de  l’hôpital,  à  l’état  des  salles  ,  à 
quelque  négligence  de  la  part  des  personnes 
chargées  de  soigner  les  enfants?  Nous  l’igno¬ 
rons  ;  et  nous  sommes  ,  d’un  autre  côté , 
étonnés  de  ne  point  voir  figurer,  dans  cette 
liste  de  maladies,  les  affections  des  organes 
respiratoires,  si  communs  dans  nos  hôpitaux, 
non  plus  que  l’endurcissement  du  tissu  cellu¬ 
laire. 


I?lii&i*st&si©©t®§;ie  cliisimagieaïe« 


Sur  l’emploi  dû  cyanure  de  mercure  sous 

FORME  DE  POMMADE. 

Parent  Duchâtelet  a  introduit  en  thérapeuti¬ 
que  l’usage  du  cyanure  de  mercure,  qui  était 
à  peine  usité  avant  lui  ;  il  a  donné,  pour  em¬ 
ployer  ce  médicament,  tant  à  l’intérieur  qu’à 
l’extérieur,  plusieurs  formules  qui  sont  adop¬ 
tées  généralement  par  les  médecins  praticiens; 
mais  il  semble  que  Parent  n’ait  pas  eu  de  fré¬ 
quentes  occasions  d’employer  la  pommade  au 
cyanure  de  mercure  qu’il  vante  dans  le  pan¬ 
sement  des  chancres;  car  il  n’aurait  pas  tardé 
à  s’apercevoir  que  la  dose  du  cyanure  de  mer¬ 
cure  est  beaucoup  trop  forte,  et  que  sa  pom¬ 
made  cause  souvent  des  douleurs  insupporta¬ 
bles,  qui  obligent  à  en  discontinuer  l’emploi. 
Cette  dose ,  réduite  à  moitié  ,  a  même  causé 
des  accidents  chez  deux  malades.  Ces  faits 
coïncident  parfaitement  avec  ceux  observés 
par  M.  Ricord. 

Nous  allons  maintenant  passer  en  revue  les 
formules  adoptées  par  les  auteurs  en  crédit. 


Pommade  de  cyanure  de  mercure. 

(Parent.) 

Cyanure  de  mercure.  6  décigrammes. 

Àxonge .  50  grammes. 

Mêlez.  Dans  le  pansement  des  chancres  vé¬ 
nériens. 

Nous  l’avons  dit,  il  faut  réduire  la  dose  du 
du  cyanure  à  un  décigramme. 

Pommade  de  cyanure  de  mercure. 

(Biett.) 

Cyanure  de  mercure.  .  .  2  décigrammes. 

Axonge .  50  grammes. 

Mêlez.  Pour  les  ulcérations  syphilitiques. 

La  proportion  de  cyanure  est  encore  trop 
considérable,  on  est  souvent  forcé  de  la  ré¬ 
duire  de  moitié. 

Pommade  avec  le  cyanure  de  mercure. 

(Biett.) 

Cyanure  de  mercure.  .  .  9  décigrammes. 

Axonge .  50  grammes. 

Huile  essent.  de  citron. .  6  décigrammes. 


92 


BULLETIN, 


En  frictions  légères,  deux  à  quatre  grammes, 
contre  certaines  dartres  squammeuses  humi¬ 
des,  avec  inflammation  et  prurit. 

Il  faut  surveiller  l’emploi  de  cette  pommade 
et  y  renoncer  quand  les  dartres  bont  ulcé¬ 
rées. 

Pommade  de  cyanure  de  mercure. 

(Cazenave.) 

Cyanure  de  mercure..  50 centigrammes. 

Axonge .  30  grammes. 

Mêlez.  Utile  dans  certaines  maladies  de  la 
peau  avec  prurit. 

Cette  pommade  ne  doit  être  prescrite  que 
lorsqu’il  n’existe  pas  d’ulcération  ;  elle  est  très 
cflicace. 


Cérat  opiacé  de  cyanure  de  mercure. 

(Ricord.) 

Cérat  opiacé.  3o  grammes. 

Cyanure  de  mercure  de  5  à  10  centigr. 

M.  S.  A.  Dans  quelques  cas  d’ulcérations 
syphilitiques  à  la  période  de  progrès  et  qui  ont 
de  la  peine  à  se  dépouiller  de  la  couche  diph- 
téritique,  cette  pommade  est  très  convenable; 
mais  pour  peu  que  l’ulcération  soit  irritable, 
il  faut  en  surveiller  l’emploi,  car  elle  déter¬ 
mine  quelquefois  beaucoup  de  douleurs  et  de 
l’inflammation,  même  avec  la  plus  faible  dose 
de  cyanure  de  mercure. 

Dans  quelques  circonstances,  on  doit  se  con¬ 
tenter  de  pratiquer  un  ou  deux  pansements 
par  jour  avec  cette  pommade,  qu’on  laisse  sé¬ 
journer  une  heure ,  et  qu’on  remplace  ensuite 
par  de  la  charpie  sèche.  A.  B. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Depuis  notre  supplément  de  janvier,  il  y  a 
eu  encore  une  fracture  du  calcanéum ,  recon¬ 
nue  à  l’autopsie,  dans  le  service  de  M.  Bérard 
à  l’hôpital  Saint-Antoine.  M.  Bonnet  de  Lyon 
nous  écrit,  de  son  côté,  qu’au  moment  où  il 
recevait  notre  mémoire ,  il  en  observait  un 
cas  qu’il  avait  confondu,  par  suite  d’un  exa¬ 
men  peu  attentif,  avec  une  fracture  du  pé¬ 
roné;  l’autopsie  rectifia  le  diagnostic.  Enfin 
notre  collègue  M.  Huguier  nous  a  montré 
une  pièce  anatomique  qui  est  un  exemple 
probablement  unique  d’une  fracture  du  calca¬ 
néum  par  écrasement  latéral,  sans  plaie  des 
téguments  ;  cette  lésion  avait  été  méconnue;  et 
l’amputation  de  la  jambe  étant  devenue  néces¬ 
saire,  la  dissection  fit  découvrir  la  fracture.  Mais 
c’est  assez  s’occuper  sans  doute  de  cette  frac¬ 
ture,  et  nous  n’y  reviendrons  que  dans  le  cas 
où  il  surviendrait  des  faits  nouveaux  propres 
à  éclairer  les  parties  encore  obscures  de  son 
histoire. 

—Le mémoire  deM.  Blandin  surle  bec-de- 
lièvre  a  déjà  porté  ses  fruits;  deux  jeunes 
sujets ,  atteints  de  bec-de-lièvre  compliqué, 
étant  entrés  dans  le  service  de  M.  Velpeau, 
ce  professeur  a  suivi  le  procédé  de  son  ha¬ 
bile  collègue,  et  réséqué  une  portion  du  pédi¬ 
cule  osseux  de  la  saillie  médiane.  Nous  revien¬ 
drons,  s’il  y  a  lieu,  sur  ces  deux  opérations. 

— Nous  nous  proposons  aujourd’hui  de  dire 
ce  que  l’expérience  nous  a  appris  sur  un  pré¬ 
tendu  signe  de  consolidation  des  fractures,  an¬ 
noncé  récemment  par  divers  journaux  sans 
avoir  soulevé  la  moindre  critique. 

Le  24  novembre  1842,  on  lisait  dans  la 
Gazette  des  hôpitaux  l’article  suivant,  copié 
quelques  jours  après  dans  les  Annales  de  la 
chirurgie. 


«  Nouveau  signe  de  la  consolidation  des  os 
dans  les  cas  de  fractures  des  membres,  par 
le  docteur  Guènther,  de  Kayna  (Saxe). 

«  Des  observations  réitérées  ont  démontré 
à  M.  Gucnther  que  la  croissance  arrêtée  des 
ongles  est  un  symptôme  constant  dans  les 
fractures  des  membres,  et  que  l’élongation 
de  ces  parties  est  un  signe  certain  de  la  réu  - 
nion  définitive  des  fragments  osseux  et  de 
leur  consolidation.  Il  donne  comme  exemple 
de  ce  fait  l’observation  suivante  : 

«  Un  jeune  homme,  de  haute  taille  et  forte¬ 
ment  constitué,  se  cassa  la  jambe  droite  le 
27  juillet  1832  ;  la  fracture  s’était  opérée  d’une 
manière  très  oblique,  et  était  comminutive. 
Ce  malade,  qui  observait  avec  une  minutieuse 
attention  les  moindres  détails  relatifs  à  son 
affection,  remarqua  que  les  ongles  du  pied 
droit  ne  poussaient  pas  comme  ceux  du  pied 
gauche,  et  qu’ils  restaient  toujours  dans  le 
même  état  où  ils  se  trouvaient  à  l’époque  de 
la  fracture;  cette  observation  lui  était  d’au¬ 
tant  plus  facile,  qu’il  s’était  coupé  les  ongles  à 
l’un  et  à  l’autre  pied,  la  veille  même  de  son 
accident. 

«  Ce  jeune  homme  fit  part  de  cette  circon¬ 
stance  à  M.  Guenther  ;  et  comme  elle  parut  à 
ce  dernier  être  en  rapport  avec  la  marche  de 
la  guérison,  la  manière  d’être  des  ongles  fut, 
à  partir  de  ce  moment,  observée  chaque  jour 
avec  le  plus  grand  soin. 

«  Le  cinquantième  jour,  on  constata  que 
l’ongle  du  petit  doigt  commençait  enfin  à  s’ac¬ 
croître;  les  ongles  des  trois  doigts  suivants 
commencèrent  un  peu  plus  tard  à  pousser,  et 
enfin,  au  bout  de  quelques  semaines  seulement, 
ce  fut  le  tour  de  l'ongle  du  gros  orteil. 

«  A  partir  de  cette  croissance  des  ongles, 
le  malade  eut  le  sentiment  de  l’unité  reve- 


BULLETIN. 


93 


nue  au  membre  fracturé  ;  et  en  effet  tous  les 
signes  indicateurs  de  la  réunion  et  de  la  con¬ 
solidation  des  fragments  osseux  parurent  en 
même  temps. 

«  Cette  observation,  véritablement  intéres¬ 
sante  pour  la  chirurgie  pratique,  appela  l’at¬ 
tention  de  M.  Guenther  sur  cette  particularité  ; 
et  ce  sont  les  observations  analogues  qu’il  a 
eu  occasion  de  recueillir  depuis  lors  en  assez 
grand  nombre,  qui  motivent  l’opinion  qu’il 
émet  aujourd’hui  sur  la  connexion  de  cette 
croissance  des  ongles  avec  la  guérison  des 
fractures  des  membres.  » 

(Medicinische  Zeitung,  1842,  n°  41.) 

Assurément,  selon  la  remarque  fort  juste 
des  Annales  de  la  chirurgie ,  le  fait  méritait 
d’être  porté  à  la  connaissance  des  chirurgiens; 
mais  ce  qui  était  plus  important  encore,  c’é¬ 
tait  de  savoir  quelle  était  sa  valeur  réelle.  J’ai 
d’abord  essayé  de  le  vérifier  sur  deux  sujets 
atteints  de  fracture  de  l’humérus  et  du  radius 
sans  déplacement.  La  consolidation  commen¬ 
çait  seulement,  et  cependant  les  ongles  étaient 
égaux  au  membre  sain  et  au  membre  malade. 
Nous  avons  vu  de  même  les  ongles  grandir 
sur  un  enfant  affecte  de  fracture  transversale 
de  la  rotule,  et  sur  une  vieille  femme  portant 
une  fracture  avec  chevauchement  de  l’humé¬ 
rus;  mais  enfin  voulant  avoir  une  observation 
aussi  rigoureuse  que  possible,  j’ai  recueilli 
le  fait  suivant,  en  présence  de  tous  les  élè¬ 
ves  qui  suivent  nos  leçons  de  clinique. 

fracture  de  l’humérus  avec  chevauchement ; 

cal  volumineux  sans  arrêt  de  la  croissance 

des  ongles. 

Le  18  décembre  1842,  le  nommé  Julien, 
imprimeur,  âgé  de  46  ans,  fut  renversé  par 
un  cabriolet  dont  la  roue  lui  passa  sur  le  bras 
droit.  On  l’apporta  sur-le-champ  à  la  clinique 
de  la  Faculté,  où  l’on  reconnut  une  fracture 
de  l’humérus  à  l’union  du  tiers  supérieur  et 
du  tiers  moyen,  avec  chevauchement  et  saillie 
très  prononcée  du  fragment  inférieur  en  avant 
et  en  dehors.  Le  gonflement  était  très  consi¬ 
dérable  ;  le  lendemain  à  la  visite  le  bras  était 
rouge ,  tendu ,  douloureux  ;  le  pouls  fort  et 
accéléré.  En  conséquence,  je  me  contentai 
de  soutenir  l’avant-bras  fléchi  et  appliqué 
contre  la  poitrine  à  l’aide  d’une  écharpe 
et  d’une  gouttière  de  carton  ;  et  ce  ne  fut 
qu’au  huitième  jour,  toute  inflammation  ayant 
disparu,  que  le  bras  fut  maintenu  par  un  ap¬ 
pareil  dextriné.  Cet  appareil  fut  levé  le  15 
janvier,  afin  d’examiner  l’état  du  membre  ;  et 
la  consolidation  paraissant  en  bonne  voie,  mal¬ 
gré  le  chevauchement  irrémédiable  des  frag¬ 
ments,  je  remis  un  autre  appareil  dextriné 
qui  fut  enlevé  k  son  tour  le  51  janvier.  Le  ma¬ 
lade  fut  gardé  jusqu’au  7  février,  afin  de  com¬ 
battre  la  raideur  consécutive  des  jointures  du 


membre.  Il  est  revenu  k  la  consultation  du  il, 
ayant  les  mouvements  presque  entièrement 
rétablis,  et  d’ailleurs  un  cal  épais  et  solide.  Ces 
détails  suffisent  du  reste  pour  notre  objet; 
nous  allons  dire  maintenant  ce  que  fournit 
l’étude  des  ongles. 

Les  ongles  des  deux  mains  furent  mesurés 
au  compas  le  19  décembre ,  puis  le  7  janvier, 
puis  le  25  janvier,  c’est-à-dire  le  2e,  le  21e  et 
le  57e  jour  de  la  fracture.  Le  malade  auquel 
il  avait  été  expressément  défendu  de  les  ro¬ 
gner,  s’était  conformé  scrupuleusement  à  cet 
ordre. 

Voici  quel  fut  le  résultat  de  ces  examens  : 

19  décembre. —  Main  droite.  Main  gauche.  Différence. 


Pouce . 

15  mill. 

15  mill. 

0 

Index . 

14 

14 

0 

Médius . 

11 

15 

4 

Annulaire . . 

11 

15 

2 

Auriculaire. 

15 

12 

1 

Le  7  janvier,  ils  avaient 

crû  comme  il  suit  : 

Pouce . 

15  mill. 

17  mill. 

2 

Index . 

15 

17 

2 

Médius . 

15 

16 

t) 

Annulaire . . 

15 

14,5 

1,5 

Auriculaire . 

14 

15 

1 

Ainsi,  pour  le  pouce  et  l’index,  la  croissance 

avait  été  plus  forte  du  côté  sain;  pour  les 
deux  doigts  suivants,  plus  forte  du  côté  ma¬ 
lade  ;  pour  le  petit  doigt  égale  des  deux  côtés. 
Elle  n’avait  été  véritablement  arrêtée  du  côté 
malade  qu’à  un  seul  ongle ,  celui  du  pouce. 
Au  28  janvier,  nous  retrouvâmes  ces  nou¬ 
veaux  résultats  : 


Pouce .  17  mill. 

17  mill. 

0 

Index .  16 

17 

1 

Médius .  14 

17 

r-r 

O 

Annulaire . .  15 

15 

0 

Auriculaire.  15,5 
»  7 

15 

0,5 

En  conséquence,  c’étaient  cette  fois  le  pou¬ 
ce  et  l’indicateur  du  côté  sain  qui  s’étaient 
arrêtés  dans  leur  croissance,  tandis  que  le 
pouce  et  l’indicateur  gauche  avaient  marché  ; 
le  médius  s’était  accru  d’une  égale  quantité  à 
droite  et  à  gauche  ;  l'annulaire  avait  crû  da¬ 
vantage  k  droite  qu'à  gauche,  et  le  petit  doigt 
davantage  à  gauche  qu’à  droite.  Et  en  dernière 
analyse,  du  2e  au  57e  jour  de  la  fracture,  la 
croissance  de  chaque  ongle  lui  avait  donné  en 
plus  les  dimensions  suivantes  : 


Main  droite.  Main  gaucho. 


Pouce . 

2  mill. 

2  mill. 

Index . 

2 

3 

Médius . 

5 

2 

Annulaire . . 

4 

2 

Auriculaire . 

2,5 

r*r 

O 

En  totalité  pour  les  5  ongles  du  côté  malade. 

;  millimètres 

et  1/2  ; 

pour  ceux  du  côté 

sain  14  millimètres.  Dans  les  20  premiers 


jours,  la  croissance  totale  avait  été,  pour  le 


94 


BIBLIOGRAPHIE. 


côté  malade  de  6  millimètres  et  pour  l’autre 
de  8,  de  telle  sorte  qu’en  établissant  sa  loi,  le 
docteur  Guenther  a  certainement  été  la  dupe 
de  son  imagination  ou  de  son  malade. 

Il  est  peut-être  utile  d’ajouter  que  notre 
sujet  fut  examiné  une  dernière  fois  le  7  fé¬ 
vrier,  jour  de  sa  sortie.  Il  avait  rogné  quel¬ 
ques  jours  auparavant  les  ongles  de  la  main 


gaucbe,  et  détruit  ainsi  toute  possibilité  de 
comparaison;  mais  le  dommage  était  léger; 
car  la  comparaison  eût  été  rendue  également 
impossible  par  une  autre  cause;  c’est-à-dire 
qu’à  la  main  droite  les  ongles  de  l’indicateur, 
de  l’annulaire  et  du  petit  doigt  s’étaient  cassés 
dans  leur  portion  libre,  sans  que  le  malade 
eût  rien  fait  pour  aider  à  ce  résultat. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Encyclopédie  anatomique  comprenant  V ana¬ 
tomie  descriptive,  V anatomie  générale,  l’a¬ 
natomie  pathologique ,  l’histoire  du  déve¬ 
loppement  et  celle  des  races  humaines,  par 
Bischoff,  Henle,  IIusciike,  Soemmerring, 
Theile,  Valentin, Yogel,  Wagner,  We- 

DER  (1). 

Tel  est  le  titre  sous  lequel  l’Allemagne  sa¬ 
vante  publie,  en  dix  volumes,  un  ouvrage  qui, 
réuni  aux  traités  de  Burdaeh  et  de  Muller, 
formera  un  ensemble  complet  d’anatomie  et 
de  physiologie.  Six  volumes  ont  paru  en  Al¬ 
lemagne;  et  la  France,  grâce  à  l’infatigable 
activité  de  M.  Jourdan,  en  possède  déjà  deux, 
traduits  dans  notre  langue,  et  qui  seront  ra¬ 
pidement  suivis  des  autres. 

Cet  important  ouvrage  sera  publié  en  neuf 
parties,  ainsi  divisées. 

1°  Biographie  de  Soemmerring ,  et  Histoire 
de  l’anatomie  et  de  la  physiologie  depuis  Hal¬ 
ler;  par  R.  Wagner.  1  vol.  ; 

2°  Ostéologie  et  syndesmologie ;  par  S. -T. 
Soemmerring  ,  R.  Wagner.  Mécanique  des 
mouvements  de  l’homme;  par  G.  et  E.  We¬ 
ber.  l  vol.  aveefig.  ; 

o°  Myologie  et  angéiologie ;  par  F.  -  G. 
Theile.  1  vol.; 

4°  Nécrologie ;  par  G.  Valentin.  1  vol.  avec 
figures  ; 

5°  Splanchnologie  et  organes  des  sens;  par 
S.-T.  Soemmerring  et  Huschke.  1  vol.; 

6°  Anatomie  générale,  ou  histoire  des  tis¬ 
sus  et  de  la  composition  chimique  du  corps 
humain  ;  par  Henle.  2  vol.  avec  fig.; 

7°  Histoire  du  développement  de  l’homme; 
par  Bischoff.  1  vol.  ; 

8°  Anatomie  pathologique  ;  parVogel.  1  vol. 
9°  Anatomie  des  races  humaines  et  desna¬ 
tions,  avec  l’anatomie  des  téguments  exté¬ 
rieurs;  par  R.  Wagner,  i  vol. 

Les  deux  volumes  dont  nous  avons  à  entre¬ 
tenir  aujourd’hui  nos  lecteurs  sont  le  premier 
volume  de  l’Anatomie  générale  de  Henle  et  la 
Névrologie  de  Valentin. 


(1)  io  vol.  in-8°  en  S  livraisons;  la  pre¬ 
mière  est  en  vente.  Chez  J. -B.  Baillière,  rue  de 
l’Eeole-dc-Médccine ,  17.  Prix  de  chaque  vo¬ 
lume  ;  7  fr.50  c. 


Le  premier  de  ces  deux  volumes,  enrichi 
de  planches  très  belles,  traite  surtout  de  l’a¬ 
natomie  microscopique.  Avant  d’aborder  son 
sujet,  l’auteur  entre  dans  l’examen  rapide  des 
corps  élémentaires.  Les  métalloïdes  et  les 
métaux,  les  lois  de  leur  combinaison,  l’i- 
somorphie ,  la  cristallographie  ,  l’étude  des 
combinaisons  organiques  ,  la  théorie  des 
radicaux  composés,  celle  de  la  fermentation 
alcoolique,  des  phénomènes  que  Mitscher- 
lich  appelle  effets  de  contact,  la  force  ca¬ 
talytique  de  Berzelius,  les  ébranlements  de 
Liebig;  tout  cela  est  passé  en  revue  et  pré¬ 
senté  avec  des  détails  qui  paraîtront  sans 
doute  trop  longs  à  ceux  qui  ne  cherchent,  dans 
l’étude  de  nos  organes,  que  des  applications 
immédiates  à  l’art  de  guérir,  mais  qui  n’au¬ 
raient  pu,  suivant  nous,  être  supprimés  ou 
abrégés  sans  nuire  au  plan  général  et  à  l’in¬ 
térêt  scientifique  de  l’ouvrage. 

Dans  une  autre  section,  il  est  question  des 
substances  organiques  nitrogénées,  de  la  pro¬ 
téine  et  de  ses  combinaisons,  albumine,  fibrine, 
caséine,  pepsine  ;  de  quelques  substances  re¬ 
gardées  à  tort  comme  des  matériaux  immé¬ 
diats,  globuline,  spermatine,  mucus,  dacryoli- 
ne,  etc.,  enfin,  des  combinaisons  organiques 
réunies  sous  la  dénomination  générale  dé extr ac¬ 
tif-animal.  Tout  ce  qui  vient  d’être  analysé 
n’est  en  quelque  sorte  que  l’introduction  du 
livre;  nous  arrivons  maintenant  à  la  deuxième 
partie,  qui  comprend  l’anatomie  générale  pro¬ 
prement  dite.  L’auteur  débute  par  tracer  à 
grands  traits  le  développement  de  l’histologie. 
Depuis  Faliope,  le  premier  auteur  d’un  livre 
d’anatomie  générale,  jusqu’aux  auteurs  les  plus 
modernes ,  il  expose  les  différents  systèmes , 
après  celui  de  Bichat ,  ceux  de  Meckel ,  de 
Rudolphi,  de  Wagner,  de  Weber,  qui  n’en 
sont  guères  que  des  modifications.  Aucun  de 
ces  systèmes,  dit  l’auteur,  n’atteint  le  but  dont 
le  véritable  créateur  de  l’anatomie  générale, 
Bichat,  avait  si  nettement  la  conscience.  Il 
fallait  les  révélations  du  microscope  pour  re¬ 
connaître  que  certains  corps,  considérés  com¬ 
me  simples,  étaient  composés,  et  arriver  à 
poser  cette  formule  que  :  «  l’organisme  se 
compose  d’un  certain  nombre  de  parties  élé¬ 
mentaires,  monades  ou  atomes  organiques, 
qui,  dominés  et  retenus  ensemble  par  une 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


puissance  soustraite  à  nos  moyens  d’investiga¬ 
tion,  s’arrangent,  se  développent  conformé¬ 
ment  à  un  type,  »  Ce  principe  posé,  l’étude 
des  monades,  des  cellules,  leur  forme,  leur 
développement,  leurs  métamorphoses  en  di¬ 
vers  tissus,  telle  est  ou  plutôt  telle  doit  être  la 
hase  de  tout  système  rationnel  d’histologie. 
Mais  cette  méthode  est- elle  aujourd’hui  ap¬ 
plicable?  Les  faits  sont-ils  assez  nombreux 
et  assez  concluants,  pour  qu’on  puisse  mar¬ 
cher  avec  sécurité  dans  cette  voie?  C’est  ce 
que  l’auteur  lui-même  n’oserait  affirmer. 
Après  avoir  indiqué  la  marche  qu’il  voudrait 
pouvoir  suivre  ,  il  se  voit,  par  suite  de  l’im¬ 
puissance  de  la  science,  contraint  de  reculer. 

Suivons  maintenant  Henle  dans  l’étude  suc¬ 
cessive  des  organes  et  des  tissus.  Son  point 
de  départ  est  la  cellule  élémentaire;  après  l’a¬ 
voir  étudiée  a  son  âge  adulte ,  il  redescend 
vers  son  origine,  puis  la  poursuit  dans  son 
développement  ultérieur.  Sa  cellule  élémen¬ 
taire  contient  dans  ses  parois  un  corps  d’un 
volume  moindre  ;  c’est  le  noyau  de  la  cellule, 
le  cystoblaste  de  Schleiden.  Ce  corps  lui- 
même  présente  une  ou  deux  taches ,  ce  sont 
les  nucléoles.  Enfin,  entre  chaque  cellule  est 
une  substance  intercellulaire. 

Toutes  les  surfaces  libres  du  corps  sont  cou¬ 
vertes  d’une  couche  plus  ou  moins  épaisse  de 
cellules  élémentaires  isolées,  ce  tissu  est  l’é¬ 
piderme,  l’épithélium.  Mieux  vaut  renvoyer  le 
lecteur  au  texte  que  vouloir  lui  exposer  tout 
ce  qu’il  y  a  de  neuf  dans  cette  étude,  tout  ce 
qu’il  y  a  de  fécond  dans  les  divers  épithé¬ 
lium  qu’adopte  l’auteur  allemand.  C’est  en 
levant  une  légère  couche  de  mucus,  et  en  la 
soumettantau  microscope,  que  Henle  a  pu  étu¬ 
dier  les  cellules  dont  l’ensemble  constitue  la 
couche  épithéliaque  qui  recouvre  les  muqueu¬ 
ses.  Les  mouvements  spontanés  des  cils  qui 
garnissent  la  surface  des  cylindres  de  l’épithé¬ 
lium  présentent  une  étude  curieuse  et  pleine 
d’intérêt. 


95 

De  l’étude  de  l’épiderme  à  celle  des  ongles, 
la  transition  est  naturelle  ;  car,  dit  l’auteur, 
le  tissu  des  ongles  ne  se  distingue  de  celui  de 
l’épiderme  qu’en  ce  qu’il  est  plus  dur  et  plus 
cassant.  Les  poils,  le  cristallin  que  Burdach 
avait  déjà  classé  parmi  les  tissus  stratifiés,  les 
tissus  cellulaire  ,  adipeux ,  élastique ,  les  di¬ 
vers  sucs  nourriciers,  le  chyle,  la  lymphe,  le 
sang,  telles  sont  les  dernières  parties  exposées 
dans  ce  premier  volume,  avec  tous  les  déve¬ 
loppements  que  comporte  leur  étude. 

Cette  analyse  imparfaite  suffit  pour  faire 
juger  du  plan  de  ce  livre,  de  l’esprit  qui  pré¬ 
side  à  la  rédaction  et  de  l’intérêt  qu’il  présente. 
Nous  ne  craignons  point  de  signaler  l’anato¬ 
mie  générale  de  Henle  comme  un  ouvrage  in¬ 
dispensable  à  tous  ceux  qui  veulent  se  tenir  au 
courant  des  progrès  récents  de  l’anatomie  et 
de  la  physiologie. 

Si  le  travail  de  Henle  est  un  livre  néces¬ 
saire,  celui  de  Valentin  ne  l’est  pas  moins. 
De  même  que  Henle,  il  procède  par  voie  d’a¬ 
nalyse;  avec  les  éléments  des  corps,  nous 
avons  vu  Henle  faire  une  cellule,  et  avec  cette 
cellule  métamorphosée,  nous  l’avons  vu  faire 
des  tissus.  Valentin  étudie  d’abord  les  corpus¬ 
cules  nerveux  et  les  fibres  primitives,  en  as¬ 
signe  les  caractères  généraux,  différentiels; 
fait  de  leur  juxta-position  un  organe,  le  cen¬ 
tre  encéphalo-rachidien,  d’où  partent  des  cor¬ 
dons  qu’il  poursuit  et  décrit  avec  une  rare  pré¬ 
cision.  L’étude  du  système  nerveux  du  grand 
sympathique,  qui  termine  le  volume  intéressant 
dû  à  Valentin,  est  curieux  et  plein  d’attraits. 

L’Encyclopédie  anatomique  promet  d’être 
une  collection  riche,  une  mine  féconde  où  l’on 
trouvera  de  nombreux  matériaux  à  exploiter. 
Il  est  vrai  que  ce  ne  sera  point  un  ouvrage  élé¬ 
mentaire;  c’est  pour  nous  une  raison  de  plus 
d’adresser  nos  remercîments  et  nos  éloges  à 
M.  J. -B.  Baillière,  éditeur  intelligent  et  désin¬ 
téressé,  qui  a  déjà  doté  notre  pays  de  plusieurs 
ouvrages  recommandables.  Denonvilliers. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Nous  sommes  fort  en  retard  avec  les  académies,  à  ne  considérer  que  les  dates  ;  mais  le 
dommage  pourra  bien  paraître  assez  léger  envoyant  la  mince  récolte  de  laits  chirurgicaux  que 
nous  avons  faite  durant  ces  deux  derniers  mois.  Nous  n’avons,  certes,  ni  la  prétention  ni  même 
le  désir  de  donner  un  compte-rendu  minutieux  de  tout  ce  qui  s’adresse  aux  deux  académies; 
les  grandes  discussions,  les  lectures  importantes  seront  toujours  l’objet  d’articles  spéciaux  dans 
nos  revues  critiques;  quant  aux  observations  isolées,  qui  peuvent  être  résumées  en  quelques 
mots,  nous  nous  réserverons  encore  d’en  faire  le  triage. 

Académie  des  sciences.  —  L’élection  médicale  est  faite  ;  M.  Andral  fils  a  hérité  du  fauteuil 
de  M.  Double;  et  la  lice  est  maintenant  ouverte  pour  la  place  chirurgicale  laissée  vide  par  la 
mort  de  Larrey.  Aux  candidats  dont  nous  avons  donné  la  liste  dans  notre  premier  numéro , 
sont  venus  s’adjoindre  MM.  Bibes,  Gerdy,  Ségalas,  Leroy  d’Etiolle.  Probablement  nous  aurons 
sous  peu  une  longue  série  de  lectures  en  chirurgie;  M.  Amussat  a  déjà  présenté  un  Mémoire 
sur  les  tumeurs  fibreuses  de  l’utérus,  dont  nous  rendrons  compte;  et  lu  récemment  son  Mé¬ 
moire  sur  les  épanchements  sanguins  à  la  suite  des  plaies  des  artères  ,  que  nous  donnons  en 
tête  de  ce  numéro. 

A  peine  osons-nous  mentionner  un  mémoire  du  docteur  Shuster ,  sur  Y électro-puncture  , 
présenté  dans  la  séance  du  16  janvier.  Sans  parler  des  affections  médicales  ,  l’auteur  guérit 
avec  ce  moyen  l’hydrocèle,  l’ascite,  l’hydarthrosc; —  les  kystes  lipomateux  ,  stéatomateux , 
séreux,  synoviaux;  —les  engorgements  des  ganglions,  du  testicule,  des  trajets  fistuleux,  etc.; 
—  le  goitre;  les  varices,  etc.,  etc.  M-  Leroy  d’Étiolle  a  réclamé  la  priorité  de  ces  idées. 


96 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Nous  savons  qué  M.  Leroy  a  fait  à  l’Hôtel-Dieu  quelques  essais  sur  des  hydrocèles ,  dont  il 
n’a  pas  obtenu  grand’  chose  ;  nous-même  nous  avons  attaqué  récemment  par  Télectroqmnc- 
ture  un  hydrocèle  et  une  hydarthrose,  et  nous  n’avons  rien  obtenu  du  tout. 

M.  Manec  a  écrit  une  lettre  sur  l’application  de  la  pâte  arsenicale  contre  les  cancers  ,  et  la 
manière  dont  elle  agit.  M.  Souberbieile  s’est  hâté  de  réclamer  la  priorité  pour  frère  Côme  et 
pour  lui-même. 

Dans  la  séance  du  13  février,  MM.  Fournier-Deschamps  et  Rognetta  ont  présenté  un  mé¬ 
moire  sur  l’extirpation  de  l’astragale;  nous  en  donnerons  prochainement  l’analyse. 

Académie  de  médecine.  —  L’Académie  de  médecine  n’a  pas  été  beaucoup  plus  riche  en 
communications  chirurgicales. 

M.  A.  Bérard  a  présenté  une  pièce  d’anatomie  pathologique,  provenant  d’un  homme  qui 
avait  succombé  à  un  rétrécissement  de  l’oesophage.  Constamment  les  sondes  étaient  arrêtées  au- 
dessous  du  larynx,  et  frottaient  là  contre  un  corps  rugueux  que  l’on  crut  être  le  cartilage  cri- 
coïde.  Le  malade  ayant  succombé  à  une  pneumonie,  l’autopsie  lit  voir  un  rétrécissement  d’une 
étendue  de  un  centimètre,  formé  par  du  tissu  squirrheux  ;  et  au-deSsus  se  trouvait  un  noyau 
de  prune  contre  lequel  venaient  heurter  les  sondes.  M.  Bérard  présume  que  le  rétrécissement 
existait  avant  l’ingestion  du  noyau  ( Séance  du  20  décembre) . 

M.  L.  Boyer  présente  une  pièce  d’anatomie  pathologique  représentant  le  mode  d’union  du 
muscle  droit  interne,  coupé  vingt-trois  mois  auparavant  pour  un  strabisme  convergent;  la  gué¬ 
rison  avait  persisté  jusqu’à  la  mort.  Le  muscle  s’était  fixé  sur  la  sclérotique  à  neuf  millimè¬ 
tres  en  arrière  de  la  cornée,  à  deux  millimètres  plus  en  arrière  que  le  muscle  congénère  de 
l’œil  sain.  Trois  faits  semblables  ont  déjà  été  vus  par  Babington,  en  Angleterre,  et  en  France 
par  MM.  Lenoir  et  Bouvier.  M.  Boyer  rappelle  qu’il  a,  le  premier,  constaté  ce  mode  de  réunion 
par  des  expériences  sur  les  animaux  vivants  ( Même  séance). 

M.  Jolhj  a  fait  un  rapport  favorable  au  sujet  d’un  mémoire  sur  les  syphilides,  par  M.  Gibert. 
Une  courte  discussion  s’est  élevée  sur  quelques  assertions  de  l’auteur;  et  M.  Ricord,  appelé  en¬ 
suite  à  la  tribune,  a  saisi  cette  occasion  d’exposer  ses  idées  en  quelques  points  contraires  à  celles 
de  M.  Gibert.  Le  mémoire  de  M.  Gibert  devant  être  inséré  dans  le  bulletin  de  l’académie,  nous 
reviendrons  sur  ce  sujet  dans  notre  prochaine  Revue  (3  janvier). 

M.  Ségalas  a  présenté  des  pièces  anatomiques  provenant  d’un  enfant  sur  lequel  les  symptô¬ 
mes  les  plus  caractérisés  avaient  fait  croire  à  l’existence  d’un  calcul,  que  cependant  la  sonde 
ne  pouvait  pas  trouver.  L’enfant  ayant  succombé  à  une  affection  cérébrale,  l’autopsie  montra 
la  vessie  vide  ;  le  rein  dans  un  état  de  maladie  très  avancé  ;  les  calices,  le  bassinet  et  l’uretère 
considérablement  dilatés  ( Même  séance). 

Dans  la  séance  du  7  février,  M.  Récamier  a  commencé  la  lecture  d’un  long  travail  sur 
les  maladies  de  l’utérus  et  de  ses  dépendances;  nous  en  rendrons  compte  lorsqu’il  sera  terminé. 

M.  Amussat,  dans  la  même  séance,  a  présenté  trois  enfants  sur  lesquels  il  avait  été  obligé 
de  pratiquer  un  anus  artificiel ,  soit  au  périnée,  soit  à  la  région  lombaire,  pour  cause  d’im- 
pertoration  de  l’anus  normal.  Une  discussion  a  failli  s’élever  sur  la  question  de  l’anus  lom¬ 
baire,  et  elle  n’aurait  pas  manqué  d’être  intéressante;  mais  l’Académie  paraît,  pour  le  présent, 
lassée  et  rassasiée  de  discussions;  celle-ci  a  donc  avorté. 

Voilà  ce  que  la  chirurgie  a  gagné  de  plus  net  aux  séances  des  deux  académies,  du  20  dé¬ 
cembre  au  20  février. 


-M.  César  Hawkins  se  glorifie  à  juste  titre  d’avoir  opéré  delà  hernie  étranglée  le  sujet  le  plus 
jeune  et  le  sujet  le  plus  âgé.  Le  premier  était  un  enfant  de  7  semaines,  le  second  un  vieillard  de 
107  ans.  Ce  qui  n’est  pas  moins  remarquable,  c’est  qu’il  les  a  guéris  tous  les  deux. 

—  L’association  des  chirurgiens  des  hôpitaux  de  Paris  s’est  réunie  le  18  février  pour 
célébrer,  par  le  banquet  accoutumé,  la  réception  d’un  nouveau  collègue,  M.  Marjolin  lils.  Cette 
association,  qui  compte  déjà  dix  années  d’existence  ,  repose  sur  les  bases  suivantes  :  tous  ses 
membres ,  nommés  par  concours  au  Bureau  central ,  s’engagent  à  ne  reconnaître ,  après  le 
concours ,  d  autres  titres  que  1  ancienneté  pour  passer  à  leur  tour  dans  les  hôpitaux  en  qualité 
de  titulaires ,  et  de  même  pour  arriver  à  des  services  supérieurs.  Chaque  nouvel  élu  du  con¬ 
cours  est  invite  a  souscrire  à  cet  engagement  ;  et  il  n’y  a  pas  eu  jusqu’ici  d’exemple  ni  d’un 
relus,  ni  dun  manque  de  toi.  L’association  est  déjà  composée  de  seize  membres,  dont  onze 
chefs  de  service;  le  dernier  reçu  est  M.  Marjolin  lils.  Tous  assistaient  à  ce  banquet,  dans 
lequel  a  régné  la  plus  grande  confraternité. 


—Bibliothèque  du  médecin-praticien,  ou  Résumé  général  de  tous  les  ouvrages  de  clini¬ 
que  medicale  ou  chirurgicale,  de  toutes  les  monographies ,  etc.,  publiées  en  France  et  a 
l  étranger  ;  par  une  société  de  médecins,  sous  la  direction  du  docteur  Fabre,  auteur  du  Dic¬ 
tionnaire  des  dictionnaires  de  médecine,  rédacteur  en  chef  de  la  Gazette  des  Hôpitaux.  12 
lorts  vol.  environ,  in-8°  sur  2  colonnes;  en  36  livraisons  de  220  à  250  pages,  paraissant  ré¬ 
gulièrement  de  mois  en  mois.  Prix  de  chaque  livraison  ,  à  Paris,  3  fr.  de  chaque  volume, 
b  Ir.  50. — On  souscrit  a  Paris,  chez  l’auteur,  rue  Dauphine,  24. 

Le  premier  volume  traite  des  maladies  des  femmes.  La  première  livraison  est  en  vente. 
iNous  i endi ons  compte  prochainement  de  cette  importante  publication. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-8°. 
Pnx  de  1  abonnement,  8  fr.  par  an;  et  12  tr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 

c/^elle-St-H on^ré °d o  ^ h*  ?  bureau-  du  jü'mîa1’  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 

anSlntAf  i  ^nore>  n  1  Gus  lcs  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction. 

Petits  Ch  lmpsdrnoS^9  1>anCS  de  p0lt’  a  M*  Malgaigne>  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 


PAMS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Cic,Kuedc  Grcnelle-Saint-ilonoré,  55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Par  ]fl.  MAiGAIGNE. 


MARS  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux. —Sur  l’innocuité  du  contact  de  l’air  dans  les  incisions  sous-cuta¬ 
nées,  par  M.  Malgaigne.— Recherches  expérimentales  sur  la  formation  des  cicatrices  arté¬ 
rielles  et  des  anévrismes  traumatiques,  par  M.  Amussat.  — Mémoire  sur  l’allongement  et  le 
raccourcissement  des  membres  inférieurs  dans  les  coxalgies ,  par  M.  Bonnet,  de  Lyon.— 
Note  sur  le  tamponnement  à  queue  de  cerf-volant,  par  M.  Bretonneau.  —  IL  Revue  cri¬ 
tique.  —  Chirurgie.  —  Du  traitement  des  rétrécissements  de  l’œsophage.  —  Amputation 
de  la  verge  réunion  immédiate.  —  Nouveau  traitement  de  l’hydrocèle. — Obstétrique. — 
Buptui  e  de  1  utérus  pendant  le  travail  de  l’accouchement.  —  Hémorrhagie,,  dépendant  de 
1  implantation  du  placenta  sur  1  orifice  de  la  matrice. — Pharmacologie  chirurgicale.  —  Sur 
1  emploi  de  la  pommade  au  chloro-iodure  de  mercure,  et  sur  la  nature  et  la  préparation  de 
ce  produit.  —  Caoutchouc  révulsif,  — Papier  dérivatif  rhumatismal.  —  Papier  dérivatif  de 
Pirwitz.  III.  Bulletin  clinique. — Hypertrophie  du  cuir  chevelu,  qui  a  rendu  une  opéra¬ 
tion  nécessaire.— IV.  Bibliographie. —De  la  reproduction  du  cristallin  après  l’opération 
de  la  cataracte. —  Y.  Nouvelles  et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Siti*  l’iimociïité  du  coiilaci  de  l’air  clans  les  incisions  soiss- 

eutanées,  par  M.  Malgaigne. 

L’un  des  plus  beaux  et  des  plus  importants  problèmes  qui  se  présentent  de 
nos  jours  à  l’investigation  des  chirurgiens  est  celui  de  l’innocuité  des  plaies  sous- 
cutanées.  Non  pas  que  ce  soit  là  une  question  toute  moderne,  ni  aussi  rétrécie  que 
le  feraient  croire  les  termes  dans  lesquels  je  viens  de  la  poser  ;  il  n’est  pas  besoin 
d’une  méditation  bien  profonde  pour  reconnaître  qu'elle  a  dû  se  présenter  dés 
l’origine  des  choses;  que  toujours  on  a  observé  une  différence  immense  entre  les 
fractures,  les  luxations,  les  hernies,  les  ruptures  tendineuses  ou  musculaires,  les 
épanchements  sanguins  confinés  sous  les  téguments,  et  les  mêmes  lésions  expo¬ 
sées  à  l’air  libre.  11  ne  paraît  pas  pourtant  que  jusqu’au  18e  siècle  on  se  soit  beau¬ 
coup  préoccupé  de  rechercher  la  cause  de  cette  différence;  et  ceux  même  qui  ten¬ 
taient  la  réunion  à  l’aide  des  sutures  semblent  n’avoir  obéi  qu’à  une  impulsion 
empirique.  John  Hunter,  parmi  tant  de  questions  abordées  et  résolues,  avait  été 
frappé  de  celle-là  :  mais  tout  son  génie  échoua  contre  la  difficulté.  La  récente 
généralisation  des  opérations  sous-cutanées  devait  y  ramener  l’atlenlion  des  chi¬ 
rurgiens.  On  sait  la  théorie  qu’a  proposée  et  soutenue  M.  J.  Guérin;  ou  plutôt 
nous  croyions  la  connaître;  et  il  vient  de  nous  apprendre  que  nous  étions  tombés 
à  ce  sujet  dans  une  étrange  erreur. 

Le  28  février  dernier,  j’avais  adressé  à  l’Académie  royale  de  médecine  la  lettre 
suivante  : 

L’innocuité  à  peu  près  constante  des  plaies  sous-cutanées  est  un  fait  désormais  acquis  à  la 
science ,  et  qui  n’a  pas  été  sans  influence  sur  les  progrès  récents  de  la  médecine  opératoire. 

G  •  rj 


98  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

AM.  J.  Guérin  revient  surtout  l’honneur  de  s’être  emparé  de  ce  fait,  de  l’avoir  érigé  en  prin¬ 
cipe,  d’en  avoir  généralisé  les  applications ,  et  enfin  d’avoir  essayé  d’en  donner  la  théorie. 
D’après  cette  théorie,  comme  on  sait,  le  contact  de  l’air  est  la  cause  essentielle  de  l’inflamma¬ 
tion  dans  les  plaies  ;  prévenez  ce  contact,  il  n’y  aura  plus  d’inflammation  ;  et  de  là  la  nécessité 
des  précautions  les  plus  minutieuses  pour  empêcher  l’entrée  de  l’air.  C’est  une  idée  déjà  an¬ 
cienne,  avancée  un  peu  témérairement  par  Alexandre  Monro,  vivement  combattue  par  John 
Dell;  difficile  dès  lors  à  concilier  avec  les  notions  chirurgicales  les  mieux  assises.  A-t-elle 
été  mieux  démontrée  de  nos  jours  ?  Je  crains  qu’à  cet  égard  son  ingénieux  rénovateur  ne  se 
soit  fait  illusion,  et  qu’il  n’ait  pas  suffisamment  prévu  les  objections  qui  pouvaient  lui  être 
adressées. 

M.  Guérin  a  fait  sur  les  animaux  un  certain  nombre  d’incisions  sous-cutanées  à  l’abri  du 
contact  de  l’air;  toutes  ont  guéri  sans  suppuration,  et  il  en  a  conclu  qu’avec  le  contact  de  l’air 
elles  se  seraient  enflammées  et  auraient  suppuré.  Peut-être  la  conclusion  n’était-elle  pas  tout- 
à-fait  logique;  il  eût  fallu  sans  doute  essayer  de  soumettre  au  moins  quelques  incisions  à  ce 
contact  si  redoutable,  pour  s’assurer  s’il  aurait  produit  réellement  les  accidents  qu’on  lui 
attribuait. 

J’ai  fait  ces  expériences,  je  les  ai  répétées  dans  des  conditions  bien  autrement  graves  que 
celles  de  M.  Guérin;  j’y  ai  insufflé  des  torrents  d’air,  et  toutes  ont  guéri  sans  la  moindre 
trace  de  suppuration. 

Je  commençai  par  insuffler  une  énorme  quantité  d’air  dans  le  tissu  cellulaire  de  deux  lapins  ; 
après  quoi  j’opérai  sur  l’un  une  large  incision  sous-cutanée  du  tissu  cellulaire;  sur  l’autre  une 
longue  incision  des  muscles  des  gouttières  vertébrales.  Deux  jours  après,  la  réunion  était 
parfaite. 

Ces  expériences  différant  dans  la  forme  des  opérations  pratiquées  sur  l’homme,  je  les  répé¬ 
tai  de  la  manière  suivante:  je  divisai  sur  un  lapin  le  tissu  cellulaire,  sur  l’autre  les  muscles, 
et  immédiatement  après  j’insufflai  par  l’ouverture  cutanée  une  énorme  quantité  d’air.  Le  ré¬ 
sultat  fut  absolument  le  même. 

Je  coupai  en  travers  les  muscles  postérieurs  de  la  cuisse,  et  j’eus  ainsi  une  rétraction  con¬ 
sidérable  ,  avec  un  vide  entre  les  bouts  des  muscles  qui  se  remplit  immédiatement  de  sang , 
et  il  y  eut  même  une  petite  hémorrhagie  à  l’extérieur.  Insufflation  d’air  ;  réunion  immédiate 
parfaite. 

Je  divisai  la  moitié  des  ligaments  et  de  la  capsule  du  genou;  j’insufflai  de  l’air.  Même 
résultat. 

Je  cassai  le  fémur  dans  sa  partie  moyenne;  j  écartai  les  fragments,  et  les  enfonçai  dans  les 
chairs;  après  quoi  je  portai  le  bistouri  sur  ces  fragments,  que  je  labourai  dans  l’étendue  de  4 
à  5  centimètres;  puis  j’insufflai  de  l’air.  Même  résultat. 

J’enfonçai  mon  bistouri  dans  la  poitrine,  je  labourai  la  plèvre  costale  et  la  surface  du  pou¬ 
mon,  puis  je  procédai  à  l’insufflation.  Même  résultat. 

Afin  que  l’on  sache  bien  comment  s’opérait  l’insufflation,  je  dirai  que  je  me  servais  d’un 
tube  de  trois  à  quatre  millimètres  de  diamètre,  et  j’y  soufflais  tout  l’air  que  contenait  ma  poi¬ 
trine.  L’emphysème  était  si  considérable,  qu’il  persistait  encore  plusieurs  jours  après  la 
reunion  des  plaies. 

On  voit,  après  cela,  ce  qu’il  faut  penser  d’une  théorie  qui  explique  par  l’introduction  de 
quelques  bulles  d’air  la  suppuration  arrivée  dans  quelques  opérations  pratiquées  par  de  fort 
habiles  chirurgiens  et  par  M.  Guérin  lui-même.  J’ai  attaché  quelque  prix  à  la  détruire,  attendu 
qu’entre  autres  conséquences  fâcheuses,  elle  tend  à  fixer  uniquement  l’attention  du  chirur¬ 
gien  sur  un  danger  imaginaire,  en  lui  cachant  les  véritables  causes  de  l’inflammation  et  de  la 
suppuration. 

La  lecture  de  cette  lettre  ne  fut  suivie  d’aucune  observation;  M.  Guérin  était 
absent;  et  la  Gazette  médicale  du  4  mars  avertit  qu’il  se  proposait  de  présenter  à 
la  séance  prochaine  quelques  remarques  qui  mettraient  d’accord  les  expériences  de 
M.  Malgaicjne  avec  les  siennes  et  la  théorie  qu’il  en  avait  déduite. 

Voici  ces  remarques  telles  que  M.  J.  Guérin  les  a  reproduites  dans  sa  Gazette. 

«  Il  faut  bien  distinguer,  dans  le  travail  de  M.  Malgaigne ,  les  expériences  et  les  conclu¬ 
sions  qu’il  en  a  tirées.  Les  expériences  sont  les  suivantes:  il  a  insufflé  de  l’air  de  sa  poi¬ 
trine  dans  des  plaies  faites  aux  parties  profondes,  à  travers  une  petite  ouverture  de  la  peau; 
et  il  a  vu  que,  nonobstant  cette  circonstance,  les  plaies  se  sont  toujours  cicatrisées  sans  au- 


MALGAIGNE.— DU  CONTACT  DE  L'AIE  DANS  LES  INCITIONS  SOUS-CUTANÉES.  99 

cun  indice  de  suppuration.  Un  pareil  résultat  a  d’abord  eu  pour  effet  de  mettre  en  évidence 
l’innocuité  des  plaies  sous-cutanées  ;  et  sous  ce  premier  rapport,  il  y  a  accord  entier  entre 
M.  Malgaigne  et  moi.  Mais,  d’un  autre  côté,  M.  Malgaigne  a  conclu  de  ses  expériences  contre 
ma  théorie  de  la  cicatrisation  dans  les  plaies  sous-cutanées.  Car,  suivant  moi,  dit-il,  l’inflam¬ 
mation  et  la  suppuration,  dans  les  solutions  de  continuité,  dépendent  du  simple  contact  et  de 
la  présence  cle  quelques  bulles  d’air. 

«  J’avoue  que  si  telle  était  en  effet  ma  manière  devoir,  les  résultats  de  M.  Malgaigne  suf¬ 
firaient  à  la  renverser.  Mais  il  s’en  faut  de  beaucoup  que  je  puisse  accepter  comme  exacte 
l’interprétation  qu’il  a  donnée  de  mes  idées.  Je  n’ai  jamais  prétendu,  et  mes  expériences  aussi 
bien  que  mes  écrits  témoignent  du  contraire,  que  de  l’air  en  contact  momentané  avec  une 
surface  traumatique  l’enflamme  et  la  fait  suppurer  nécessairement.  Dans  ces  conditions  (et  ce 
sont  celles  où  M.  Malgaigne  s’est  placé  dans  ses  expériences),  la  suppuration  ne  survient  que 
rarement,  et  par  suite  de  circonstances  tout  exceptionnelles  dont  je  me  réserve  de  signaler 
ultérieurement  les  causes  et  le  mécanisme.  Dans  les  cas,  au  contraire,  où  le  contact  de  l’air 
est  permanent,  où  il  s’agit  de  Y air  atmosphérique  incessamment  en  rapport  avec  la  plaie,  la 
suppuration  des  surfaces  exposées  est  le  fait  général,  et  la  cicatrisation  immédiate  une  ex¬ 
ception  tellement  rare  que  je  n’en  connais  pas  d’exemple. 

«  Je  n’insiste  pas  davantage  pour  le  moment  sur  cetordrede  considérations.  Je  voulais  seule¬ 
ment  rétablir  mes  idées  dans  leur  sens  et  leur  expression  véritables.  Je  voulais  surtout  indi¬ 
quer  les  causes  qui  amènent  à  la  suite  de  lésions  en  apparence  semblables  des  résultats  si 
différents,  afin  que  lorsqu’on  voudra  de  nouveau  expérimenter,  on  se  place  dans  les  condi¬ 
tions  où  je  me  suis  placé  moi-même.  Je  tiens  surtout  à  rappeler  que  l’étroitesse  de  l’ouver¬ 
ture  ne  constitue  pas  seule  la  méthode,  comme  on  se  plaît  généralement  à  le  répandre  ;  car, 
quelque  petite  qu’elle  soit,  si  on  la  maintient  béante,  si  l’air  peut  trouver  dans  ses  bords  un 
accès  libre  et  constant  pour  pénétrer  dans  le  foyer,  la  suppuration  sera  inévitable.  J’ai  plusieurs 
fois  constaté  qu’après  avoir  divisé  les  muscles  de  la  cuisse  et  de  la  fesse  sur  un  chien,  la 
plaie  s’enflammait  et  suppurait  toujours  lorsqu’on  prenait  soin  de  permettre  l’entrée  conti¬ 
nuelle  de  l’air,  c’est-à-dire  lorsqu’on  faisait  l’ouverture  cutanée  et  la  plaie  des  tissus  dans  le 
môme  point,  et  de  manière  que  l’une  communiquât  incessamment  et  fît  communiquer  l’atmo¬ 
sphère  avec  l’autre.  » 

Puis,  M.  Ollivier  d’Angers  ayant  rappelé  que,  dans  l'emphysème,  Pair  atmosphé¬ 
rique  reste  plusieurs  jours  au  sein  des  tissus  sans  qu'aucun  accident  décèle  sa 
prétendue  action  irritante  ,  M.  Guérin  a  répondu  qu’il  n’y  avait  aucune  parité  en¬ 
tre  ce  fait  et  ses  propres  expériences. 


«  D’abord,  a-t-il  dit,  les  cas  cités  par  M.  Ollivier  sont  surtout  des  exemples  d’introduction 
de  l’air  dans  des  cavités  closes,  et  non  de  surfaces  traumatiques  exposées  au  contact  de  ce  fluide. 
En  second  lieu,  dans  l’emphysème,  il  ne  s’agit  que  d’introduction  instantanée,  que  de 
contact  passager ,  et  non  pas  de  cette  exposition  incessante  et  continue  de  la  plaie  à  l’air , 
dont  les  dangers  demeurent  bien  réels,  comme  on  le  voit,  et  ainsi  que  j’espère  pouvoir  le 
démontrer  prochainement  sans  réplique.  » 

Ici  M.  Bouvier  a  ajouté  quelques  mots  pour  lesquels  nous  croyons  devoir  pré¬ 
férer  la  version  de  la  Gazette  des  hôpitaux ,  plus  impartiale  de  ce  côté  que  la  Gazelle 
médicale. 


«  Je  répondrai,  a  dit  M.  Bouvier,  quelques  mots  pour  M.  Malgaigne;  et  je  dirai,  ce  que  sans 
doute  il  aurait  dit  lui-même,  que  jusqu’ici  nous  n’avions  pas  compris  la  question  telle  que  vient 
de  la  poser  M.  Guérin.  Cette  distinction  entre  les  plaies  closes  et  soumises  à  l’air,  et  les  plaies 
communiquant  avec  l’air  extérieur,  est  nouvelle  pour  nous.  Je  me  borne  à  cette  simple  remar¬ 
que,  en  priant  l’Académie  de  se  souvenir  qu’il  ne  s’agit  plus  aujourd’hui  que  des  plaies  com¬ 
muniquant  avec  l’air  d’une  manière  permanente.  » 


Je  dois  d’abord  quelques  remercîments  à  M.  Bouvier  pour  avoir  pris  sa  part 
de  la  méprise  dans  laquelle  j’étais  si  malheureusement  tombé;  mais  j’ajoute] ai 
que  la  méprise  était  beaucoup  plus  générale,  et  que  je  n’ai  pas  encore  rencontré 
un  seul  chirurgien  qui  comprît  autrement  que  nous  la  théorie  de  M.  Guérin.  En 
feuilletant  les  pages  assez  nombreuses  qu’il  a  écrites  sur  cette  matière,  on  trouve 
répétée  jusqu’à  satiété  celte  assertion,  que  l'innocuité  des  plaies  sous-cutanées  tient 


100  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

à  l’absence  du  contact  de  l’air.  La  petitesse  des  plaies  n’y  fait  rien  par  elle-même, 
elle  n’agit  qu’en  prévenant  ce  contact.  J’ai  dit  dans  ma  lettre  que  M.  Guérin 
n’avait  pas  fait  une  seule  expérience  sur  les  plaies  sous-cutanées  en  contact  avec 
l’air;  en  effet,  toujours  il  avait  pris  le  plus  grand  soin  d’éviter  ce  contact;  mais  il 
croyait  avoir  trouvé  dans  une  de  scs  opérations  sur  l’homme  une  contre-épreuve 
décisive  ;  et  ses  paroles  valent  la  peine  d’être  reproduites. 

«  La  seule  opération  qui  n’ait  pas  suivi  la  marche  que  je  viens  d’indiquer  a  offert  des  cir¬ 
constances  exceptionnelles  qui  m’ont  paru  expliquer  clairement  la  différence  des  résultats 
obtenus.  C’était  la  seconde  fois  que  je  faisais  la  section  de  la  totalité  des  muscles  de  la  gout¬ 
tière  vertébrale  ;  j’avais  fait  deux  ouvcrtures'à  la  peau,  beaucoup  plus  grandes  que  de  coutume; 
une  assez  grande  quantité  d’air  s’était  introduite  dans  la  plaie  par  ces  ouvertures,  et  s’était 
infiltrée  entre  les  gaines  celluleuses  des  muscles.  Ce  n’est  que  le  lendemain  de  l’opération 
que  je  me  suis  aperçu  de  la  présence  de  cette  masse  d’air,  qui  avait  soulevé  la  peau  dans  une 
assez  grande  étendue,  et  qu’on  pouvait  apprécier  à  la  crépitation  provoquée  par  la  pression 
des  doigts.  Depuis  cet  accident,  j’ai  eu  soin  de  faire  de  très  petites  ouvertures  à  la  peau,  de 
n’en  faire  qu’une  autant  que  possible  pour  chaque  opération,  d’expulser  l’air  qui  s’y  introdui¬ 
sait,  et  surtout  de  ne  pas  en  faire  sortir  tout  le  sang  épanché,  pour  ne  pas  laisser  d’espace 
libre  entre  les  lèvres  de  la  plaie  et  les  bouts  des  muscles  divisés.  Moyennant  ces  précautions, 
il  ne  m’est  pas  arrivé  le  plus  petit  accident,  et  j’ai  cru  voir  dans  le  cas  exceptionnel  que 
je  viens  de  rapporter  une  contre-épreuve  décisive  de  mes  expériences  pour  établir  le  fait 
général  de  l’organisation  immédiate  des  plaies  sous-cutanées.  »  (Essai  sur  la  méthode  sous- 
cutanée,  p.  58.  ) 

Contre-épreuve  décisive!  vous  l’entendez;  et  qu’ai-je  fait  par  mes  expériences 
que  ruiner  celle  contre-épreuve  décisive?  Car  je  ne  me  suis  pas  contenté  de  faire 
pénétrer  dans  mes  plaies  une  assez  grande  quantité  d’air  ;  j’en  ai  soufflé  une  quan¬ 
tité  énorme.  Il  ne  m’a  point  sufli  d’une  légère  infiltration  entre  les  gaines  des  mus¬ 
cles;  j’ai  produit  un  emphysème  si  considérable  qu’il  persistait  plusieurs  jours 
après  la  guérison  de  mes  plaies. 

M.  Guérin,  dans  sa  réponse,  parle  d’expériences  toutes  nouvelles  dans  lesquel¬ 
les,  dit-il,  si  l’on  prend  soin  de  permettre  l’entrée  continuelle  de  l’air ,  la  plaie  s’en¬ 
flamme  et  suppure  toujours  ;  mais,  parmi  les  opérateurs  qui  ont  eu  quelquefois 
de  ces  suppurations,  en  est-il  un  seul  qui  ait  pris  ce  soin?  Tous  au  contraire  agis¬ 
saient  avec  une  préoccupation  toute  contraire;  ils  ne  voulaient  ni  laisser  entrer 
l’air  ni  permeltreTe  séjour  des  bulles  qui  avaient  pu  entrer  par  hasard.  M.  Gué¬ 
rin  n’était  pas  défenseur  moins  ardent  de  ces  précautions  ;  il  disait,  il  répétait 
qu’il  fallait,  pour  que  l’organisation  immédiate  de  la  plaie  s’effectuât  à  coup  sûr, 
que  les  ouvertures  de  la  peau  fussent  très-petites,  que  la  plaie  fût  évacuée  de  l’air 
qui  avait  pu  s’y  introduire  pendant  l  opération et  plus  loin  ; 

«  La  présence  et  le  contact  de  l’air  étant  reconnus  comme  l’obstacle  principal  qui  s’oppose 
à  la  réunion  immédiate  des  plaies,  il  conviendra  d’aviser,  non-seulement  au  moyen  d’obtenir 
un  contact  parfait  entre  tous  les  points  des  surfaces  mises  en  rapport,  de  fermer  hermétique¬ 
ment  le  bord  des  plaies,  mais  encore  de  faire  un  vide  complet  entre  leurs  surfaces,  de  manière  à 
obtenir  de  la  pression  atmosphérique  un  supplément  d’action  propre  à  maintenir  les  surfaces 
réciproques  dans  une  adhésion  parfaite  et  permanente.  (Ouv.  cité,  p.  61  et  68.) 

Je  multiplierais  ces  citations  par  centaines;  je  rappellerais  que  M.  Guérin  pro¬ 
posait  la  ponction  sous-cutanée  de  certains  abcès  du  foie,  des  kystes  séreux  de 
l’ovaire,  des  hydropisies  du  ventre,  des  différentes  espèces  d’empyèmes,  de  l’hy¬ 
drocéphale  chronique,  toutes  opérations ,  ajoutait-il,  qui  n’ont  jamais  été  exécutées 
par  la  méthode  sous-cutanée ,  mais  que  je  crois  pouvoir  l’être  avec  les  précautions  et 
les  procédés  convenables  (ibid.,  p.  40);  que  plus  tard  il  approuvait  et  perfection¬ 
nait  un  procédé  d’abaissement  de  la  cataracte  par  une  ponction  sous-conjonctivale 
pour  empêcher  l’introduction  de  l’air  (Gaz.  mêd  ,  1842,  p.  491):  et  que,  tout  ré¬ 
cemment  encore,  il  indiquait  dans  le  même  but  un  perfectionnement  non  moins 


MaLGAIGNE.  —  DU  CONTACT  DÉ  Ii’aIR  DANS  LES  INCISIONS  SOt'S-CL'TANÉES.  101 

considérable  à  la  ponction  de  l’hydrocéphale  (Ibid.  1843,  p.  123).  En  lisant  toutes 
ces  choses,  pouvions-nous  croire  que  M.  Guérin  ne  songeait  qu’à  éviter  le  contact 
permanent  de  l’air  atmosphérique ,  et  qu’il  fît  si  bon  marché  de  /’ introduction  d’air 
dans  des  cavités  closes  ? 

La  méprise  dans  laquelle  je  suis  tombé  avec  tant  d’autres  n’est  donc  pas  sans 
quelque  excuse  ;  mais  j’irai  plus  loin.  Accoutumé  à  trouver  dans  les  travaux  de 
M.  Guérin  des  idées  sérieuses,  des  vues  originales  et  de  haute  portée,  je  n’aurais 
pas  osé  y  chercher  la  théorie  qu’il  vient  de  revendiquer  en  pleine  Académie. 
Quoi!  M.  Guérin  aurait  fait  tant  de  bruit  pour  établir  ce  grand  principe,  que  les 
plaies  exposées  d’une  manière  permanente  a  l’air  atmosphérique  doivent  suppurer  ? 
Aujourd’hui  même,  il  annonce  qu’il  le  démontrera  prochainement  sans  réplique! 
Le  travail  ne  sera  pas  grand,  j’imagine;  cela  est  connu  depuis  que  le  monde  est 
inonde;  et  il  y  a  de  ces  choses  qu’il  est  défendu  de  prouver. 

Peut-être  aussi  n’ai-je  pas  bien  compris  le  sens  des  paroles  de  M.  Guérin,  mal¬ 
gré  le  soin  que  j'ai  pris  de  les  transcrire  textuellement  de  son  journal,  reprodui¬ 
sant  avec  scrupule  jusqu’aux  lettres  italiques.  La  clarté  n’est  pas  la  qualité  la  plus 
constante  de  son  style;  et,  dans  ce  moment  même,  où  je  viens  de  relire  avec  soin 
ses  Essais  sur  la  méthode  sous-cutanée ,  je  dois  reconnaître  que  bon  nombre  de  pas¬ 
sages  présentent  un  sens  opposé  à  ceux  que  je  citais  tout  à  l’heure,  sans  que  je 
sois  bien  sûr  d’en  comprendre  le  sens  véritable.  Comme  je  ne  prétends  point 
faire  la  critique  complète  de  cet  ouvrage  d’ailleurs  très  remarquable,  je  n’en  ci¬ 
terai  que  deux  exemples. 

Ainsi,  ouvrant  le  livre  à  la  page  41,  je  lis  ces  paroles  décisives  : 

«  Précisons  donc  une  dernière  fois  le  but,  les  moyens  et  les  résultats  caractéristiques  de  la 
méthode  sous-cutanée,  et  de  toutes  les  applications  qu’elle  pourra  suggérer.  Son  but,  c’est 
d’affranchir  les  tissus  à  diviser  et  les  humeurs  à  évacuer  du  contact  prolongé  de  l’air  ;  ses 
moyens ,  c’est  d’atteindre  les  tissus  ou  les  humeurs  à  travers  de  simples  piqûres  de  la  peau, 
de  manière  à  prévenir  ce  contact . » 

Puis,  quand  l’auteur  a  ainsi  et  pour  une  dernière  fois  précisé  les  moyens  de 
sa  méthode,  il  décrit,  page  113,  une  application  de  la  méthode  à  l’extraction  des 
corps  étrangers  articulaires,  et  il  recommande  une  incision  de  la  peau  qui  per¬ 
mette  d’opérer  l’extraction  immédiate.  On  sait  que  plus  tard  il  décrivait  aussi, 
comme  une  dérivation  de  la  méthode,  une  section  à  lambeau  de  la  conjonctive 
pour  l’opération  du  strabisme. 

Autre  exemple.  J’ai  rappelé  dans  ma  lettre  les  cas  de  suppuration  observés 
par  plusieurs  chirurgiens  : 

«  En  comparant,  dit  M.  Guérin,  les  circonstances  des  opérations,  je  crus  voir  que  les  acci¬ 
dents  inflammatoires  survenus  à  la  suite  des  ténotomies  pratiquées  par  MM.  Dieffenbach , 
Lisfranc,  Velpeau  et  autres,  provenaient  d’ouvertures  trop  grandes  ou  trop  directes. 

Voilà  ce  que  je  lis,  page  21,  et  en  elîet  M.  Guérin  blâme  généralement  les 
ponctions  directes.  Mais,  à  la  page  96,  il  rapporte  une  opération  malheureuse  de 
M.  Velpeau,  qui,  ayant  fait  une  ponction  oblique  dans  un  kyste  synovial,  eut  une 
inflammation  suppurative  fort  grave  ;  et  il  ajoute  : 

«  J’ai  fait  me  ponction  oblique  dans  la  tumeur,  dit  M.  Velpeau;  toute  la  raison  de  son  in¬ 
succès  est  là  !  » 

J’avoue  que,  dans  ces  deux  cas,  il  m’est  difficile  de  discerner  au  juste  l’idée  de 
l’auteur. 

Mais,  laissant  là  toutes  ces  discussions  désormais  inutiles,  revenons  à  l’état 
présent  de  la  question;  constatons  que  M.  Guérin  est  d’accord  avec  moi,  sur 
l’innocuité  générale  de  la  présence  de  l’air  dans  les  cavités  closes,  dans  les  inci¬ 
sions  sous-cutanées;  et  qu’il  repousse  et  renie  l’opinion  opposée  que  j’avais  cru  à 
tort  être  la  sienne,  Get  accord  complet  sur  un  point  si  important  entraîne,  pour 


102  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

la  théorie  et  la  pratique,  des  conséquences  assez  notables,  et  c’est  en  quoi  tout 
ce  débat,  qui  pouvait  sembler  de  prime-abord  assez  stérile,  prendra  un  intérêt 
réel  aux  yeux  des  praticiens. 

D’abord  il  ne  sera  plus  question  de  l’abaissement  de  la  cataracte  par  une  ponc¬ 
tion  sous-conjonctivale;  attendu  que  lors  même  que  la  ponction  ordinaire  entraî¬ 
nerait  l’introduction  de  quelques  bulles  d’air ,  ce  qui  n’est  nullement  prouvé,  la 
présence  de  ces  quelques  bulles  dans  une  cavité  close ,  de  l’avis  de  M.  Guérin  et  du 
mien,  ne  pourrait  nullement  passer  pour  une  cause  d’inflammation. 

Il  redevient  permis  également  de  faire  la  ponction  dans  l’ascite,  dans  l’hydro¬ 
céphale,  dans  les  hydarthroses,  par  la  méthode  ordinaire  ;  attendu  que  l’introduc¬ 
tion  de  quelques  bulles  d’air,  qui  est  encore  ici  une  pure  hypothèse,  n’aurait  tou¬ 
jours  lieu  que  dans  une  cavité  close  ;  et  que  c’est  le  contact  permanent  de  l’air  at¬ 
mosphérique  qui  est  seul  à  redouter. 

Il  importera  peu  de  faire  dans  une  tumeursynoviale  une  ponction  directe  ou  obli¬ 
que  ou  de  toute  autre  nature,  pourvu  qu’on  applique  sur  la  plaie  extérieure  une 
mouclie  de  diachylon  qui  empêche  le  contact  permanent  de  l’air  atmosphérique. 

Ces  trois  conclusions  sont  très  sérieuses  et  très  légitimes;  je  les  mets  pour  ma 
part  constamment  en  pratique,  et  je  n’ai  jamais  eu  d’inflammation  suppurative. 
Mais,  en  déduisant  rigoureusement  toutes  les  conséquences  du  nouveau  principe 
adopté  par  M.  Guérin,  il  s’ensuivrait  que  toutes  les  opérations  sanglantes,  même 
les  grandes  amputations,  devraient  guérir  sans  inflammation  et  sans  suppuration 
pourvu  que  les  plaies  fussent  soustraites  au  contact  permanent  de  l'air  ;  et  quel¬ 
ques  points  de  suture  ou  même  de  simples  bandelettes  de  diachylon  en  feraient 
l’affaire.  M.  Guérin  dans  un  moment  a  paru  le  croire;  bien  plus,  comme  il  n’était 
pas  alors  aussi  convaincu  qu’à  présent  de  l’innocuité  de  quelques  bulles  d’air ,  il 
avait  essayé,  à  l’aide  d’appareils  très-ingénieux,  de  faire  le  vide,  selon  son  expres¬ 
sion,  entre  le  moignon  et  la  peau  qui  le  recouvrait;  et,  le  vide  étant  fait,  d’empri¬ 
sonner  le  tout  dans  une  poche  de  baudruche  ou  de  caoutchouc.  Le  vide  fut  fait  en 
effet  avec  une  telle  puissance,  que  le  sang  pleuvait  de  tout  le  moignon  comme 
dans  une  ventouse  scarifiée;  circonstance  heureuse  d’ailleurs  dans  le  système  de 
M.  Guérin,  qui  veut  que  le  sang  occupe  tout  l’intervalle  des  surfaces.  Malgré  tant 
de  précautions,  les  tentatives  ne  réussirent  point;  un  élément  inconnu  apporta 
dans  tout  le  moignon  l’inflammation  et  la  suppuration,  en  dcpit  de  l’absence  de 
l’air;  résultat  fatal  à  la  théorie,  et  qui  aurait  pu  facilement  être  annoncé  à  l’a¬ 
vance. 

Ne  raillons  point  cependant  ces  expériences  ;  il  y  a  au  fond  une  grande  idée  que 
leur  insuccès  ne  doit  point  faire  méconnaître.  Oui,  le  problème  de  la  réunion 
immédiate  des  lésions  sous-cutanées  est  la  clé  de  tous  ces  grands  problèmes  irré¬ 
solus,  la  guérison  sans  suppuration  des  fractures  les  plus  compliquées;  la  réunion 
immédiate  des  amputations  les  plus  graves;  en  un  mot,  la  cicatrisation  rapide  et 
sans  suppuration  de  toutes  les  plaies  accidentelles  ou  artificielles  que  puisse  sup¬ 
porter  sans  périr  l’économie  humaine.  Depuis  Hunter,  tous  ces  problèmes  ont  été 
laissés  en  oubli,  comme  par  un  secret  désespoir  d’atteindre  jamais  le  mot  de 
l’énigme.  M.  Guérin  s’est  remis  un  des  premiers  à  cette  œuvre  difficile,  et  son  seul 
tort  est  peut-être  de  ne  pas  s’être  suffisamment  enquis  de  ce  qu’on  avait  déjà  fait 
avant  lui.  La  théorie  de  l’influence  pernicieuse  de  l’air  n’est  assurément  pas  nou¬ 
velle;  et  elle  était  depuis  longtemps  caduque  lorsqu’il  a  essayé  de  la  restaurer. 
Il  est  très  vrai,  il  est  trop  vrai  que  l’exposition  permanente  à  l’air  extérieur  est 
une  cause  à  peu  près  inévitable  de  suppuration  dans  les  plaies  ;  mais  il  n’est  pas 
moins  vrai  que  l’air  en  lui-même  ne  joue  ici  que  le  moindre  rôle,  puisqu’en 
l’insufflant  à  grands  flots  sous  la  peau,  la  suppuration  manque;  puisqu’en  sous¬ 
trayant  certaines  plaies  à  son  action,  elles  n’en  suppurent  pas  moins.  Cet  élément 


AMU  SS  AT. — -CICATRICES  ARTÉRIELLES  ET  ANÉVRISMES  TRAUMATIQUES.  J  03 

inconnu,  cette  cause  cachée  de  la  suppuration,  où  est-elle?  Nul  jusqu’ici  n’a  su  le 
dire;  mais,  en  appelant  tous  les  chirurgiens  à  cette  grande  recherche,  il  était 
essentiel,  pour  éviter  des  erreurs  de  route,  de  dire  d’abord  où  elle  n’était  pas. 


Beeiiereheg  expérimentales  sur  la  formation  «legs  cies&triee® 

artérielles  et  «Ies§ anévrisme j  traumatiques;  lues  cil' Académie 

des  sciences^  les  20  et  27  février  1843,  par  J. -Z.  Amussat* 

Ce  nouveau  mémoire  peut  être  considéré  comme  la  suite  et  le  complément  de 
celui  que  fa  eu  l’honneur  de  lire  récemment  à  l’Académie,  sur  les  tumeurs  san_ 
guines  consécutives  a  la  blessure  des  artères.  Je  n’avais  alors  considéré  que  les  effets 
des  accidents  immédiats  ou  primitifs  des  blessures  artérielles;  mais  là  ne  se  sont 
point  bornées  mes  recherches.  J’ai  étudié  avec  soin  ce  qui  arrive  après  un  cer¬ 
tain  temps  dans  ces  sortes  de  blessures;  et  j’ai  trouvé  que  tantôt  il  se  forme  des 
cicatrices,  et  d’autres  fois  des  anévrismes.  Je  m’occuperai  successivement  de 
l’une  et  de  l’autre  terminaison. 

1°  De  la  formation  des  cicatrices  artérielles. 

Peut-on  espérer  d’obtenir  des  cicatrices  artérielles  solides?  Ou,  en  d’autres 
termes,  est-il  possible,  après  la  blessure  d’une  artère,  d’éviter  la  formation  d’un 
anévrisme  ? 

On  croit  généralement  que  les  plaies  artérielles  ne  peuvent  pas  guérir,  et  qu’il 
se  forme  inévitablement  un  anévrisme;  j’ai  admis  longtemps  aussi  la  vérité  de 
ce  principe.  J’avais  bien  vu  qu’il  se  formait  des  cicatrices  solides  à  la  suite  de  la 
blessure  des  vaisseaux  sur  les  chiens  ;  mais  je  croyais  que  ces  cicatrices  étaient 
dues  uniquement  à  la  plasticité  du  sang  qui  est  très  grande  chez  ces  animaux. 
Aujourd’hui,  d’après  les  faits  que  j’ai  recueillis  et  les  expériences  que  j’ai  faites,  j’ai 
acquis  la  certitude  qu’on  peut  obtenir  des  cicatrices  artérielles  solides,  même  sur 
l’homme. 

Pour  donner  une  idée  exacte  de  l’opinion  établie  dans  la  science,  je  citerai 
quelques  passages  des  auteurs  qui  font  autorité  sous  ce  rapport,  depuis  J.-L. 
Petit. 

Voici  ce  qu’écrit  Jones  ;  «  La  réunion  d’une  artère  blessée  est  un  événement  que 
j’ai  été  si  peu  accoutumé  à  considérer  comme  probable,  et  le  danger  de  chercher 
à  les  réunir  paraît  avoir  été  si  bien  établi  par  un  grand  nombre  de  faits  effrayants 
tirés  de  la  pratique  de  plusieurs  auteurs,  que  je  doute  fort  de  faire  jamais  des 
expériences  qui  ajoutent  à  ma  propre  conviction  à  cet  égard.  » 

Boyer  dit:  «  Aujourd’hui  tous  les  praticiens  conviennent  que  les  artères  ouver¬ 
tes  ne  se  consolident  qu’en  s’oblitérant,  et  que  la  guérison  produite  par  un  caillot 
qui  bouche  la  plaie  de  l’artère  n’est  point  une  guérison  complète  radicale,  et 

qu’elle  expose  le  malade  à  un  anévrisme  faux  consécutif . Si  la  plaie 

d’une  artère  se  guérissait  au  moyen  d’un  caillot,  en  conservant  son  calibre,  il  est 
certain  que  la  compression  serait  le  moyen  préférable  pour  arrêter  l’hémorrhagie 
mais  si  la  compression,  lorsqu’elle  borne  son  effet  à  retenir  le  caillot  à  î’em-’ 
bouchure  du  vaisseau,  ne  procure  qu’une  guérison  incomplète,  et  laisse  le  malade 
exposé  à  un  anévrisme  faux  consécutif  ;  elle  devient  un  mauvais  moyen,  et  on  doit 
la  rejeter.  Si  au  contraire  elle  oblitère  le  vaisseau  et  qu’elle  ne  puisse  opérer  la 
guérison  sans  cette  oblitération,  il  reste  encore  à  décider  si  la  ligature  ne  lui  est 
pas  préférable.  » 

On  voit  que  Boyer  n’avait  observé  de  cicatrices  artérielles,  ni  sur  l’homme,  ni 
sur  les  animaux  ;  et  qu’il  tire  ses  inductions  de  la  fréquence  des  anévrismes 
à  la  suite  des  blessures  artérielles.  C’est  lui  surtout  qui  a  fait  prévaloir  l’opinion 


104 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 

régnante  qu’un  anévrisme  est  inévitable  après  une  blessure  artérielle,  et  que  par 
conséquent  on  doit  se  hâter  d’opérer. 

Je  dis  au  contraire  que  la  cicatrisation  d’une  plaie  d’artère  est  dans  beaucoup 
de  cas  facile  à  obtenir;  mais,  pour  arriver  à  cet  heureux  résultat,  il  y  a  certaines 
précautions  à  prendre,  et,  avant  tout,  il  faut  bien  savoir  comment  s’opère  cette 
cicatrisation. 

Une  cicatrice  artérielle  ne  se  forme  jamais  par  la  réunion  des  lèvres  de  la  bles¬ 
sure  du  vaisseau,  c’est-à-dire  par  réunion  immédiate;  elle  se  forme  par  la  sou¬ 
dure  de  l’extrémité  d’un  caillot  fibrineux  qui  bouche  l’ouverture  de  l’artère  ;  ce 
caillot  se  durcit,  s’organise,  et  finit  par  prendre  tous  les  caractères  des  parois  de 
l’artère  avec  lesquelles  il  s’identifie. 

Une  membrane  interne  de  nouvelle  formation  tapisse  le  caillot  du  côté  de  la 
cavité  du  vaisseau,  et  prend  complètement  l’aspect  de  celle  de  l’artère  avec 
laquelle  elle  se  confond  ;  cette  membrane  est  de  même  espèce  que  celle  qu’on 
observe  à  la  surface  interne  d’un  sac  anévrismal. 

Ordinairement  sur  les  chevaux  une  légère  excavation  s’observe  à  l’intérieur, 
vis-à-vis  la  cicatrice  artérielle  ;  sur  les  chiens  au  contraire,  on  remarque  un 
léger  renflement. 

A  l’extérieur,  la  cicatrice  artérielle  se  présente  sous  la  forme  d’un  nodus  de 
fibrine,  qui  s’amoindrit  par  l’absorption,  et  finit  par  disparaître,  plus  ou  moins  long¬ 
temps  aprèsl’accident,  suivant  la  quantité  de  sang  épanchée  entre  la  peau  et  la  bles¬ 
sure  du  vaisseau. 

Au  bout  d’un  certain  temps,  le  caillot  qui  bouche  la  plaie  artérielle  latérale 
n’occupe  que  l’épaisseur  des  parois  de  l’artère,  il  n’est  retenu  que  parle  pourtour 
de  l’ouverture  de  la  membrane  celluleuse  et  de  la  gaîne.  C’est  une  pièce  au  lieu 
d’un  bouchon;  c’est  un  couvercle,  ou  mieux  c’est  un  bouchon  mince  qui  n’a  que 
l’épaisseur  des  parois  du  vaisseau  ;  on  conçoit  que ,  s’il  n’est  pas  soutenu,  il  ne 
faudra  pas  un  grand  effort  pour  le  détacher.  11  en  est  bien  autrement  dans  le  cas  de 
la  section  complète  du  vaisseau;  le  caillot,  qui  bouche  le  calibre  d’une  artère  en¬ 
tièrement  divisée,  forme  un  véritable  bouchon  complètement  enfoncé  dans  le  tube, 
et  recouvert  par  la  gaîne  et  la  celluleuse. 

Dans  le  premier  cas  le  caillot  est  presque  tout  en  dehors  ;  dans  l’autre  le  caillot 
est  presque  tout  en  dedans. 

Ces  premières  données  bien  établies,  cherchons  maintenant  quelles  sont  les 
causes  qui  peuvent  s’opposera  la  formation  des  cicatrices  artérielles  solides; 
est-ce  la  nature  du  tissu  artériel  ou  plutôt  l’impulsion  du  sang? 

Le  tissu  artériel  ne  s’oppose  nullement  à  la  formation  d’une  cicatrice  ;  au  con¬ 
traire  je  crois  que  son  épaisseur,  sa  structure  et  son  analogie  avec  la  fibrine  doi¬ 
vent  favoriser  cette  cicatrice  ;  mais  les  parois  de  l’artère  par  leur  élasticité  et  leur 
distension  à  chaque  impulsion  du  cœur  doivent  s’opposer  à  sa  consolidation.  C’est 
aussi  ce  qui  résulte  de  mes  recherches  et  de  mes  expériences;  de  même  qu’il  arrive 
une  hémorrhagie  lorsqu’un  caillot  de  sang  est  chassé  du  bout  d’une  artère  obturée 
complètement  par  un  bouchon  de  fibrine ,  de  même  il  se  forme  un  anévrisme 
lorsque  le  caillot  latéral  est  détaché  par  la  force  d’impulsion  du  sang  qui  dilate 
la  cavité  du  vaisseau  et  tend  à  décoller  les  adhérences  qui  unissent  le  pourtour 
du  caillot  aux  bords  de  la  blessure  artérielle.  On  conçoit  facilement  que  le  dé¬ 
collement  du  caillot  ou  de  la  cicatrice  artérielle  doit  être  beaucoup  plus  facile 
et  plus  fréquent  dans  un  cas  que  dans  l’autre. 

J’ai  fait  sur  les  chiens  et  les  chevaux  un  grand  nombre  d’expériences;  et  je  puis 
assurer  que  j’ai  obtenu  presque  toujours  des  cicatrices  artérielles  fort  remarqua¬ 
bles.  On  peut  dire  que  la  plasticité  du  sang  explique  ces  résultats  sur  le  chien  ; 
mais  sur  le  cheval  le  sang  est  au  contraire  beaucoup  moins  plastique ,  par 
conséquent  il  faut  chercher  une  autre  cause,  Est-ce  la  force  d’impulsion  du  cœur 


AMt'SSAT. — CICATRICES  ARTÉRIELLES  ET  ANÉVRISMES  TRAUMATIQUES.  105 

qui  est,  moindre  chez  les  animaux  que  chez  l’homme?  On  n’oserait  l’affirmer.  Ncse- 
rail-cc  pas  plutôt  que  chez  l’homme  le  traitement  n’est  pas  dirigé  comme  il  con¬ 
vient,  et  surtout  n’est  pas  prolongé  avec  la  persévérance  nécessaire? 

Voyons  ce  qu’on  fait  généralement  lorsqu’une  artère  est  blessée.  Comme  on 
n’a  en  vue  que  les  accidents  primitifs,  on  se  contente  de  les  combattre  et  souvent 
encore  d’une  manière  fort  insuffisante.  Prenons  pour  exemple  une  saignée  mal¬ 
heureuse:  on  se  borne  à  faire  une  compression  en  général  peu  méthodique, 
on  permet  les  mouvements  du  bras  qui  dérangent  presque  toujours  la  compres¬ 
sion  ;  et  s’il  n’y  a  pas  d’épanchement  on  se  relâche  bien  vite,  même  des  moyens 
compressifs.  Point  de  régime,  point  d’affaiblissement;  ni  dicte,  ni  saignées,  ni 
purgatifs,  enfin  rien  en  vue  défavoriser  une  cicatrice  durable  de  l’artère.  Sous  le 
rapport  local  et  général,  ce  traitement  est  complètement  insuffisant;  et  si  on 
obtient  une  cicatrice  durable,  c’est  un  hasard  heureux  et  fort  rare,  pareequ’on 
n’a  pas  fait  tout  ce  qu’il  faut  faire  pour  l’obtenir. 

Pour  atteindre  ce  résultat,  il  est  donc  évident  qu’il  faut  mettre  le  blessé  dans 
les  conditions  les  plus  favorables  :  employer  à  la  fois  la  compression  méthodique 
et  soutenue,  le  repos  du  membre,  son  immobilité  même  assurée  par  une  attelle  ; 
l’affaiblissement  du  sujet  par  la  diète,  les  saignées,  les  purgatifs;  et  ne  pas  cesser 
toute  compression  au  bout  de  deux  ou  trois  jours  comme  on  le  fait  ordinairement, 
mais  au  contraire  redoubler  de  précautions  pour  assurer  la  consolidation  du  cail¬ 
lot.  Il  vaut  mieux  employer  sévèrement  12  à  15  jours  à  prévenir  l’anévrisme,  que 
de  les  employer  plus  tard  à  le  guérir,  par  une  opération  d’ailleurs  toujours  très 
grave  et  quelquefois  mortelle.  J’espère  qu’en  suivant  cette  conduite  on  parvien¬ 
dra  à  empêcher,  dans  le  plus  grand  nombre  de  cas,  la  formation  des  anévrismes 
traumatiques. 

Il  faut  faire  comme  pour  les  fractures,  c’est-à-dire  employer  les  moyens  et  le 
temps  nécessaires  pour  la  consolidation  des  os  fracturés.  Il  doit  en  être  de  même 
pour  les  plaies  artérielles;  la  cicatrice  est  sans  doute  difficile  à  obtenir:  mais,  puis¬ 
qu’elle  est  possible  à  certaines  conditions,  il  ne  faut  rien  négliger  pour  tâcher 
d’arriver  à  ce  résultat  important. 

Pour  les  hernies  étranglées,  j’ai  établi  un  principe  opposé  à  celui  qui  était  admis, 
et  il  est  déjà  entré  dans  la  pratique  :  c’est-à-dire  qu’il  ne  faut  pas  se  presser  d’opé¬ 
rer.  Pour  les  plaies  artérielles,  j’espère  avoir  le  même  succès;  et  faire  bien  com¬ 
prendre  aux  praticiens  qu’on  peut  obtenir  des  cicatrices  durables  et  capables 
de  résister  à  l’impulsion  du  sang,  en  employant  les  moyens  convenables  pour 
atteindre  ce  but. 

2°  De  la  formation  des  anévrismes  traumatiques. 

Il  y  a  déjà  bien  longtemps  que  je  me  suis  occupé  de  cette  question.  Dès  1829, 
M.  Villardebo,  un  de  mes  élèves,  qui  avait  assisté  à  mes  premières  expériences 
sur  la  torsion  et  le  refoulement  des  membranes  intérieures  des  artères,  voulant 
faire  une  thèse  sur  les  anévrismes,  m’avait  demandé  s’il  serait  possible  d’en  pro¬ 
duire  sur  les  animaux  vivants.  Imbu  des  idées  de  Scarpa,  je  pensai  au  refoulement 
des  membranes  intérieures,  et  j’en  fis  l’essai  sur  un  chien,  fermement  convaincu, 
d’après  les  idées  de  ce  grand  maître,  qu’un  anévrisme  mixte  devait  avoir  lieu. 
Nous  croyions  même  qu’il  allait  se  former  immédiatement  sous  nos  yeux;  mais 
nous  fumes  déçus  dans  notre  espoir;  et  quelques  jours  après,  l’animal  ayant  été 
sacrifié,  nous  trouvâmes  un  nodus  dans  le  point  où  l’artère  avait  été  blessée,  et  le 
vaisseau  parfaitement  oblitéré.  Je  fis  aussi  quelques  essais  en  enlevant  la  mem¬ 
brane  externe  des  artères,  mais  sans  plus  de  succès.  Depuis  cette  époque  j’ai 
cherché  à  diverses  reprises  à  produire  des  anévrismes  sur  des  chiens,  et  les  ré¬ 
sultats  n’ont  pas  été  plus  satisfaisants. 

J’avais  donc  perdu  tout  espoir  de  produire  sur  les  animaux  des  anévrismes 


106  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

comparables  a  ceux  qui  surviennent  chez  l’homme;  mais  dans  ces  derniers  temps, 
à  l’occasion  de  mes  recherches  sur  les  tumeurs  sanguines,  ayant  voulu  voir  ce 
que  devenait  le  cratère ,  je  me  trouvai  conduit  à  étudier  cette  autre  question  non 
moins  importante  de  la  formation  des  anévrismes  traumatiques.  Il  est  assez  re¬ 
marquable  que  dans  le  musée  Dupuylren  on  ne  trouve  que  des  anévrismes  spon¬ 
tanés  de  l’aorte,  et  un  ou  deux  des  membres  inférieurs  recueillis  par  Desault,  et 
qu’il  n’y  ait  absolument  rien  sur  les  anévrismes  traumatiques. 

Je  commencerai  par  établir  ce  fait  curieux  que  ,  dans  ces  sortes  d’expériences, 
on  n’obtient  presque  jamais  d’anévrismes  sur  les  chiens,  et  que  sur  les  chevaux 
mêmes  on  n’obtient  que  des  anévrismes  complexes,  c’est-à-dire  des  anévrismes 
artérioso-veineux  ou  par  transfusion.  Je  n’ai  pas  obtenu  un  seul  anévrisme  arté¬ 
riel  simple,  c’est-à-dire  une  poche  sur-ajoutée  à  la  blessure  d’une  artère. 

Pour  les  anévrismes  artérioso-veineux  ou  par  transfusion,  les  seuls  que  j’aie  con¬ 
statés,  j’en  ai  observé  de  plusieurs  espèces,  que  l’on  trouvera  toutes  dans  les  ex¬ 
périences  suivantes;  et  j’avais  songé  d’abord  à  classer  celles-ci  selon  la  variété 
qu’elles  avaient  produites,  mais  il  m’a  paru  plus  utile  peut-être  de  suivre  d’épo¬ 
que  en  époque  l’organisation  de  l’anévrisme  ;  et  c’est  ainsi  que  j’ai  procédé. 

Expérience  ire.  —  Blessure  de  la  veine  et  de  l’artère  crurale  ;  autopsie  dix  heures 

après. 

Sur  un  cheval  détaillé  ordinaire, je  plongeai  la  lame  d’un  bistouri  sur  le  trajet 
des  vaisseaux  cruraux;  à  l’instant  jaillit  parla  piqûre  un  jet  de  sang  rouge  écar¬ 
late.  Un  point  de  suture  entortillée  réunit  la  plaie  des  téguments  et  suffit  à  empê¬ 
cher  l’hémorrhagie  extérieure  ;  mais  il  se  forma  sous  la  peau  une  tumeur  sanguine 
volumineuse. 

Une  autre  expérience  faite  sur  la  carotide  fatigua  beaucoup  l’animal,  qui  eut 
peine  à  se  relever,  et  retomba  peu  après  sur  sa  litière.  Il  succomba  dix  heures 
après  l’expérience. 

Autopsie.— 11  existe  à  la  cuisse  une  tumeur  sanguine  volumineuse  qui  remonte 
jusque  au-dessous  de  l’abdomen.  En  enlevant  la  masse  des  caillots  sanguins  qui 
forment  ce  vaste  épanchement,  on  met  à  nu  les  vaisseaux  cruraux. 

L’artère  et  la  veine  sont  toutes  les  deux  blessées.  Il  existe  entre  elles  une  com¬ 
munication  directe  par  la  correspondance  des  deux  blessures. 

La  plaie  de  l’artère  est  moins  considérable  que  celle  de  la  veine.  Toutes  les 
deux  sont  revêtues  à  leur  pourtour  de  végétations  fibrineuses  déjà  bien  organisées, 
et  en  forme  de  chou-fleur,  lesquelles  bordent  et  rétrécissent  les  ouvertures  de 
communication  des  deux  vaisseaux. 

La  blessure  de  la  veine  siégeait  à  l’embouchure  d’une  grosse  branche  vei¬ 
neuse. 

Voilà  un  cas  de  plaie  de  l’artère  et  de  la  veine  étudié  dès  son  origine.  On  voit 
qu’il  se  serait  fait  ici  un  anévrisme  variqueux  simple,  et  sans  poche  anévrismale; 
dans  les  autres  variétés  nous  trouverons  une  ou  même  plusieurs  poches,  dont  sui¬ 
vrons  l’organisation  de  jour  en  jour. 

Expérience  ii. — Double  anévrisme  artériel  et  variqueux ,  examiné  le  b9  jour. 

Sur  un  cheval  de  grande  taille  on  enfonce  la  lame  d’un  bistouri  sur  le  trajet  des 
vaisseaux  cruraux.  On  juge  que  l’artère  a  été  atteinte  par  la  force  et  la  couleur  du 
jet  de  sang  qui  s’échappe  aussitôt,  et  qu’on  arrête  par  la  réunion  de  la  plaie.  Une 
tumeur  se  manifeste  sur-le-champ,  envahit  toute  la  face  interne  de  la  cuisse,  et 
remonte  jusqu’au-dessous  de  l’abdomen. 

L’animal  qui  avait  été  soumis  déjà  à  une  autre  expérience,  paraît  très  souffrant, 
et  succombe  au  bout  de  4  jours  et  demi. 

Autopsie. — Vaste  tumeur  sanguine,  un  peu  moindre  cependant  que  le  jour  de 


AMUSSAT.— CICATRICES  ARTÉRIELLES  ET  ANÉVRISMES  TRAUMATIQUES.  107 

l’expérience  ;  l’arlère  et  la  veine  crurale  ont  été  toutes  les  deux  blessées;  et  de 
leur  lésion  résulte  un  double  anévrisme  artériel  et  variqueux. 

L’artère  crurale  paraît  avoir  été  percée  à  son  point  de  contact  avec  la  veine;  sa 
blessure,  d’une  grandeur  de  6  à  8  millimètres  environ,  bordée  d’un  pourtour  fibri¬ 
neux,  correspond  d’une  part  avec  un  sac  anévrismal  à  parois  minces  et  ridées  in¬ 
térieurement  ,  qu’on  serait  tenté  de  prendre  pour  le  foyer  d’un  abcès  plutôt  que 
pour  un  sac  anévrismatique  ;  et  d’autre  part  avec  celle  de  la  veine,  en  sorte  qu’il 
existe  en  réalité  aussi  un  anévrisme  variqueux. 

La  blessure  de  la  veine,  également  entourée  d’un  anneau  fibrineux  frangé,  cor¬ 
respond  directement  à  la  blessure  de  l’artère,  et  offre  à  peu  de  chose  près  le  môme 
volume  qu’elle. 

On  voit  ici  une  blessure  différente  de  la  première,  qui  aurait  donné  lieu  avec  le 
temps  à  une  autre  variété  d’anévrisme;  et  dès  le  milieu  du  5e  jour  la  poche  semble 
déjà  s’organiser.  L’expérience  suivante,  prolongée  38  heures  de  plus ,  montrera 
cette  organisation  en  progrès,  mais  surtout  une  des  variétés  les  plus  curieuses 
que  l’on  puisse  voir  d’anévrisme  traumatique. 

Expérience  iii. — Blessure  de  l'artère  crurale  droite ,  formation  d'un  anévrisme 

énorme  composé  de  plusieurs  sacs  communiquant  entre  eux ;  autopsie  le  6e  jour. 

Sur  un  beau  et  grand  cheval  de  cavalerie,  l’artère  crurale  de  la  cuisse  droite  a 
été  blessée  au  moyen  d’une  simple  ponction  faite  avec  un  bistouri  sur  le  trajet  de 
ce  vaisseau,  qui  a  été  atteint  du  premier  coup.  La  plaie  a  été  aussitôt  réunie  par 
la  suture,  en  sorte  que  l’animal  n’a  pas  perdu  parla  2  onces  de  sang. 

Une  tumeur  sanguine  s’est  développée  aussitôt  et  a  pris  un  accroissement  con¬ 
sidérable.  Elle  occupe  toute  la  face  interne  du  membre  postérieur. 

Une  autre  expérience  avait  été  faite  sur  la  carotide  droite.  Par  suite  de  cette 
double  expérience  l’animal  parut  affaibli  et  fort  souffrant.  On  le  laissa  vivre  6  jours. 

Autopsie. — Énorme  tumeur  sanguine  occupant  toute  l’étendue  du  membre,  depuis 
l’abdomen  jusqu’au  dessous  du  genou. 

En  déblayant  le  membre  de  tous  les  caillots  sanguins  qui  constituent  ce  vaste 
épanchement,  on  met  à  nu  une  série  de  sacs  anévrismatiques,  communiquant  les 
uns  avec  les  autres.  Cet  anévrisme  a  plusieurs  loges,  et  affecte  les  formes  les  plus 
bizarres. 

Un  premier  sac  anfractueux,  de  forme  allongée,  forme  la  base  de  cette  espèce 
de  pyramide  de  sacs  anévrismatiques.  C’est  dans  la  cavité  de  ce  premier  sac  que 
s’ouvrentlesdeux  extrémités  divisées  de  l’artère  crurale,  qui  ne  tiennent  entre  elles 
que  par  un  petit  lambeau  de  la  tunique  celluleuse  du  vaisseau. 

Uu  deuxième  sac  s’élève  au-dessus  du  premier,  et  communique  avec  lui  par  une 
espèce  de  resserrement  garni  à  son  intérieur  d’un  bourrelet  fibrineux  analogue  à  la 
valvule  pylorique.  Son  intérieur  est  lout-à-fait  lisse  ;  ses  parois  sont  épaisses  déplus 
de  2  lignes.  Il  a  la  forme  d’un  rein,  et  communique  avec  un  troisième  sac  par  un 
véritable  pédicule,  dont  l’existence  tient  probablement  à  l’étranglement  opéré  sur 
lui  par  l’ouverture  traumatique  de  l’aponévrose  qui  a  livré  passage  à  l’instrument 
vulnéranf. 

Ce  troisième  sac,  dont  les  dimensions  atteignent  8  à  10  centimètres,  est  sphéri¬ 
que:  il  est  ouvert  par  sa  partie  supérieure  qui  n’est  point  encore  complètement 
organisée;  en  sorte  qu’il  est  circulairement  ouvert  en  haut,  où  il  laisse  voir  dans 
son  intérieur  un  quatrième  sac  également  rond  et  dont  l’organisation  est  achevée 
dans  tous  ses  points.  Ce  dernier  sac  n’adhère  à  celui  qui  le  renferme  que  par  le 
pourtour  d’une  ouverture  arrondie  dans  le  collet  commun  au  2e  et  au  3e  sac,  en 
sorte  que  le  2e  communique  directement  avec  le  4e. 

En  poursuivant  l’examen  de  la  pièce,  on  a  trouvé  à  la  veine  crurale  une  bles¬ 
sure  ou  incision  correspondant  à  la  môme  hauteur  que  celle  de  l’arlère;  l’aspect 


308 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


de  celte  incision  et  ses  lèvres  fraîches  portent  à  croire  qu’elle  est  toute  ré¬ 
cente  et  qu’elle  vient  d’être  faite  par  le  scalpel  pendant  l’examen  de  la  pièce. 
Néanmoins,  comme  la  certitude  manque  à  cet  égard,  et  que  dans  la  formation  des 
anévrismes  obtenus  dans  les  expériences  précédentes,  il  y  a  toujours  eu  lésion  si¬ 
multanée  de  l’artère  et  de  la  veine,  il  est  probable  que  la  blessure  de  la  veine  a 
été  faite  en  même  temps  que  celle  de  l’artère. 

Expérience  iv. — Section  complète  de  l’artère  et  de  la  veine  fémorales.— Formation 

d’un  anévrisme. — Autopsie  le  7e  jour. 

Jument  de  moyenne  taille. — On  a  cherché  à  couper  l’artère  crurale  gauche  ,  par 
un  débridemenl  sous-cutané,  en  imprimant  un  mouvement  de  bascule  à  la  pointe  du 
bistouri  enfoncé  sur  le  trajet  du  vaisseau.  Un  énorme  jet  de  sang  artériel  mêlé  de 
stries  de  sang  veineux  adonné  lieu  de  croire  que  l’artère  et  la  veine  avaient  été 
blessées.  On  a  fermé  aussitôt  la  plaie  extérieure  par  la  suture  entortillée;  et  à 
l’instant  s’est  développée  une  tumeur  sanguine  assez  considérable  à  l’endroit  même 
de  la  piqûre. — On  a  abattu  l’animal  le  7e  jour. 

Autopsie. — La  tumeur  sanguine  de  la  cuisse  est  en  grande  partie  résorbée. 
Après  avoir  enlevé  les  caillots  sanguins  qui  recouvrent  les. vaisseaux,  on  aperçoit 
un  sac  anévrismal  énorme,  correspondant  à  l’endroit  où  le  vaisseau  a  été  blessé. 

Ce  sac,  ouvert  dans  toute  sa  largeur,  offre  les  orifices  des  deux  bouts  de  l’ar¬ 
tère  et  de  la  veine  fémorales  qui  ont  été  complètemcnt.divisées.  L’une  et  l’autre 
s’ouvrent  dans  la  cavité  du  sac.  Ces  orifices  séparés  par  un  intervalle  d’un  pouce 
pour  l’artère  et  de  deux  pour  la  veine  indiquent  d’une  manière  évidente  une  ré¬ 
traction  assez  marquée  entre  les  bouts  supérieurs  et  inférieurs  divisés  de  ces 
deux  vaisseaux. 

Celle  variété  n’est  pas  sans  quelque  analogie  avec  l’anévrisme  spontané  dissé¬ 
quant.  On  voit  d’ailleurs  la  résorption  de  la  tumeur  extérieure  et  l’organisation 
du  sac  se  suivre  dans  ce  cas  comme  dans  les  précédents. 

Expérience  y. — Anévrisme  variqueux  latéral ,  disséqué  le  8e  jour. 

Un  bistouri  pointu  à  lame  étroite  fut  transversalement  plongé  sur  le  trajet  des 
vaisseaux  cruraux,  chez  un  cheval  de  taille  ordinaire.  Un  jet  de  sang  élancé  à 
distance  et  de  couleur  rutilante  fit  présumer  que  l’artère  avait  été  ouverte  du 
premier  coup.  On  arrêta  sur-le-champ  l’hémorrhagie  par  la  suture  entortillée  des 
lèvres  de  la  plaie  cutanée.  Une  tumeur  sanguine  hémisphérique  et  volumineuse 
se  développa  à  l’endroit  même  de  la  blessure. 

L’animal  vécut  huit  jours,  paraissant  souffrir  beaucoup  ;  et  en  définitive  il  suc¬ 
comba  aux  suites  de  l’opération. 

Autopsie.— La  tumeur  sanguine,  sans  faire  une  grande  saillie  ,  s’étend  dans  toute 
la  cuisse,  et  remonte  jusque  sous  l’abdomen  du  cheval.  Après  avoir  enlevé  la 
masse  des  caillots  sanguins  qui  forment  ce  vaste  épanchement,  on  découvre  l’ar¬ 
tère  et  la  veine  crurales  qui  toutes  deux  sont  blessées  latéralement. 

Les  blessures  de  communication  entre  l’artère  et  la  veine  sont  fermées  dans  leur 
plus  grande  étendue  par  un  bouchon  fibrineux  ;  mais  la  portion  restée  béante  fait 
communiquer  les  deux  vaisseaux  entre  eux,  en  sorte  que  le  passage  du  sang  de¬ 
vait  avoir  lieu  de  l’artère  dans  la  veine,  d’où  résultait  un  véritable  anévrisme  va¬ 
riqueux  latéral. 

On  n’observe  pas  de  dilatation  dans  le  calibre  de  la  veine,  comme  cela  a  lieu 
d’ordinaire  dans  cette  espèce  d’anévrisme. 

La  plaie  de  l’artère  vue  parla  face  interne  de  ce  vaisseau  a  environ  6  millimè¬ 
tres  d’étendue,  celle  de  la  veine  est  beaucoup  plus  large. 

C’est  le  même  bouchon  fibrineux  interposé  entre  les  blessures  artérielle  et 
veineuse,  qui  ferme  en  partie  chacune  de  ces  deux  ouvertures  coaune  nous  l’avons 


AMUSSAT.— -  CICATRICES  ARTÉRIELLES  ET  ANÉVRISMES  TRAUMATIQUES.  109 

fait  observer;  il  s’étend  en  outre  en  forme  d’excroissance  polypeuse  dans  le  calibre 
de  la  veine,  où  il  se  prolonge  comme  un  appendice  flottant  dirigé  dans  le  sens  du 
courant  de  la  circulation  veineuse. 

Expérience  vi. — Blessure  d’une  branche  de  l'artère  crurale  droite  ;  formation  en 

9  jours  d’un  anévrisme  en  forme  d’ampoule ,  à  l’extrémité  du  bout  supérieur  de 

cette  branche. 

Jument  blanche  de  petite  taille.  On  enfonce  la  lame  d’un  bistouri  sur  le  trajet 
des  vaisseaux  cruraux.  Leur  blessure  donne  issue  à  une  hémorrhagie  artérielle 
et  veineuse  ,  qu’on  arrête  aussitôt  par  la  suture  de  la  plaie  de  la  peau.  L’animal 
a  tout  au  plus  perdu  une  demi-livre  de  sang. 

Une  tumeur  considérable,  offrant  environ  20  centimètres  de  largeur  à  sa  base, 
s’est  développée  à  l’endroit  même  de  la  piqûre. 

L’animal  n’a  pas  paru  incommodé  du  résultat  de  l’expérience;  on  l’a  laissé  vivre 
9  jours.  Pendant  cet  intervalle  un  amaigrissement  considérable  l’a  jeté  dans  une 
faiblesse  extrême  ;  et  comme  la  lésion  locale  n’explique  pas  cet  accident,  attendu 
que  l’animal  semble  se  bien  porter  d’ailleurs,  et  ne  refuse  pas  la  nourriture,  qu’il 
n’y  a  ni  inflammation  ni  dégénérescence  phlegmoneuse  de  la  tumeur  sanguine,  il 
est  à  présumer  qu’il  faut  attribuer  cet  état  squelettique  qu’offre  l’animal  à  l’in¬ 
suffisance  de  la  nourriture  qui  lui  a  été  donnée. 

Autopsie.— Le  volume  de  la  tumeur  sanguine  est  réduit  d’un  quart  environ  au- 
dessous  de  la  peau  ;  sur  l’aponévrose  on  aperçoit  la  cicatrice  de  la  blessure  qui  a 
donné  passage  à  l’instrument  vulnérant.  En  incisant  perpendiculairement  sur  ce 
point,  on  divise  en  deux  moitiés  le  caillot  sanguin  qui  est  solidifié,  organisé  com¬ 
me  de  la  chair,  et  d’une  couleur  brune  foncée.  Au  centre  de  ce  caillot  il  existe 
encore  un  reste  du  cratère,  oblitéré  à  son  fond. 

Les  tissus  voisins  n’offrent  aucune  infiltration  sanguine  et  sont  à  l’état  normal. 

En  coupant  le  caillot  sanguin  par  tranches  horizontales,  on  arriva  sur  un  tissu 
jaunâtre  ressemblant  à  de  la  graisse  durcie  etidégénérée,  qui  me  parut  faire  partie 
d’un  sac  anévrismal,  contrairement  à  l’opinion  des  assistants  ;  mais  une  dissection 
plus  étendue  les  réunit  tous  à  mon  opinion.  On  mit  en  effet  à  découvert  un  véri¬ 
table  sac  anévrismal  parfaitement  organisé,  ayant  la  forme  d’une  ampoule,  et  ter¬ 
minant  en  cul-de-sac  l’extrémité  du  bout  supérieur  d’une  principale  branche  divi¬ 
sée  d’une  part,  provenant  du  tronc  de  la  crurale  ;  d’autre  part,  l’extrémité  du  bout 
supérieur  delà  veine  fémorale  également  divisée. 

La  branche  artérielle  et  le  tronc  veineux  complètement  coupés  en  travers  s’ou¬ 
vraient  à  la  partie  supérieure  de  la  poche  anévrismatique  ;  leur  orifice  se  confon¬ 
dait  avec  les  parois  même  du  sac. 

Fendu  dans  toute  sa  longueur,  ce  sac  a  un  diamètre  de  deux  pouces  et  demi  en¬ 
viron  dans  tous  les  sens.  Ses  parois  consistantes,  épaisses  d’une  ligne  environ, 
offrent  une  épaisseur  beaucoup  plus  marquée  à  son  côté  interne;  elles  ont  dans 
ce  point  plus  de  A  lignes.  La  cavité  du  sac  renferme  une  petite  quantité  de  sang 
grumeleux. 

Il  est  à  regretter  qu’avant  d’inciser  le  sac  et  de  l’ouvrir  dans  toute  son  éten¬ 
due,  on  n’ait  point  poussé  une  injection  forcée  dans  sa  cavité,  afin  de  constater 
d’une  manière  bien  positive  l’absence  de  tout  autre  orifice  appartenant  aux  bouts 
inférieurs  des  vaisseaux  divisés. 

Expérience  yii .—Formation  d’un  double  anévrisme  variqueux  et  artériel ;  autopsie 

le  10e  jour. 

Sur  un  cheval  de  petite  taille,  une  ponction  fut  faite  sur  le  trajet  des  vaisseaux 
cruraux  avec  la  pointe  d’un  bistouri.  Un  jeî  de  sang  rutilant  s’échappa  avec  force, 


110  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

et  à  une  grande  distance.  Il  fut  arrêté  sur-le-champ  par  la  suture  entortillée.  L’ani¬ 
mal  fut  abattu  le  10e  jour. 

Autopsie.  —  L’examen  de  la  cuisse  a  offert  un  double  anévrisme  artériel  et 
veineux. 

La  veine  crurale  incisée  dans  toute  sa  longueur  présentait  un  trou  arrondi 
bordé  de  dentelures  ou  rugosités  fibrineuses,  faisant  communiquer  directement 
l’artère  avec  la  veine.  Ce  trou  avait  un  diamètre  de  3  à  4  lignes  (5  à  6  milli¬ 
mètres). 

L’artère  offre  sur  la  paroi  opposée  à  celle  qui  est  adossée  à  la  veine  un  sac 
anévrismal  fort  remarquable  par  les  anfractuosités  et  les  colonnes  charnues  qu’il 
présente  dans  son  intérieur;  ce  sac  a  un  pouce  et  demi  environ  (4  centimètres) 
dans  tous  les  sens.  Sur  la  paroi  artérielle  adossée  à  la  veine,  se  voit  la  blessure 
de  communication  entre  ces  deux  vaisseaux. 

La  disposition  respective  des  deux  vaisseaux  et  de  leurs  lésions  indique  d’une 
manière  positive  que  l’artère  a  été  blessée  de  part  en  part  sans  avoir  été  coupée, 
et  que  la  veine  n’a  été  atteinte  par  la  pointe  du  bistouri  qu’après  que  celui-ci  a  eu 
traversé  les  parois  de  l’artère. 

Ce  fait  est  en  outre  fort  remarquable  par  la  disposition  du  double  anévrisme,  et 
l’on  remarquera  que  c’est  du  côté  de  l’anévrisme  artériel  simple  que  le  sac  offrait 
des  colonnes  charnues. 

A  partir  de  cette  époque,  j’ai  négligé  de  tenir  note  des  changements  apportés 
par  chaque  jour  dans  la  constitution  des  anévrismes;  le  sac  est  formé,  il  ne  fait 
plus  que  s’épaissir  et  s’organiser  d’une  manière  plus  forte  ;  Inexpérience  suivante 
poussée  jusqu’au  18e  jour  suffira  pour  justifier  ce  que  je  viens  de  dire. 

Expérience  vin.  —  Anévrisme  variqueux,  disséqué  le  18e  jour. 

Je  cherchais  à  opérer  une  section  complète  de  l’artère  crurale  droite  sur  un 
cheval  de  petite  taille,  en  enfonçant  la  lame  d’un  bistouri  sur  le  trajet  de  ce  vais¬ 
seau,  et  faisant  décrire  à  l’instrument  un  mouvement  en  arc  de  cercle.  A  l’instant, 
issue  d’un  flot  de  sang  artériel,  mêlé  de  stries  d’une  couleur  plus  foncée,  ce  qui 
fit  présumer  que  l’artère  et  la  veine  avaient  été  simultanément  blessées.  La  plaie 
de  la  peau  fut  aussitôt  fermée  par  la  suture  entortillée,  et  le  sang  n’ayant  aucune 
issue  à  l’extérieur  forma  sous  la  peau  une  tumeur  volumineuse  qui  acquit  la  di¬ 
mension  de  la  moitié  d’une  tête  d’adulte. 

On  laissa  vivre  l’animal  pendant  18  jours.  Il  paraissait  se  bien  porter  malgré  sa 
blessure;  et  le  jour  où  il  fut  abattu,  la  tumeur  sanguine  avait  éprouvé  une  dimi¬ 
nution  d’un  quart  environ. 

Autopsie. — L’examen  de  la  cuisse  offre  à  l’endroit  de  la  piqûre  un  caillot  san¬ 
guin  coagulé,  et  comme  carnifié,  au  centre  duquel  existe  un  sac  anévrismal  de  8 
centimètres  environ  de  diamètre  (3  pouces).  Incisé  dans  toute  sa  longueur,  ce  sac 
présente  à  sa  face  interne  les  orifices  séparés  des  deux  ouvertures  de  l’artère  et 
de  la  veine  crurale.  Ces  deux  vaisseaux  n’ont  pas  été  coupés  en  totalité,  mais  ou¬ 
verts  seulement  dans  une  étendue  de  4  lignes  (5  millimètres  environ)  de  leur 
circonférence. 

Les  parois  de  la  poche  anévrismale  avaient  à  peu  près  de  3  à  4  millimètres  d’é¬ 
paisseur. 

Ces  expériences  apportent  avec  elles  des  conclusions  de  plus  d’une  sorte  ; 
et  d’abord  j’ai  constaté,  ainsi  qu’on  l’a  vu,  la  réalité  d’un  assez  grand  nombre  de  . 
variétés  de  l’anévrisme  variqueux,  dont  les  principales  sont: 

1°  Le  latéral  simple,  qui  est  établi  par  un  trou  de  communication  entre  une  ar¬ 
tère  et  une  veine  accolées. 

2°  Le  latéral  avec  poche  anévrismal e,  la  communication  étant  établie  par  le  sac 
entre  l’artère  et  la  veine. 


BONNET.—  RACCOURCISSEMENT  DU  MEMBRE  DANS  LES  COXALGIES.  111 

3°  L’ anévrisme  double ,  c’est-à-dire  qu’une  artère  ayant  été  transpercée,  il  s’éta¬ 
blit  une  poche  anévrismatique  d’un  côté,  et  de  l’autre  une  communication  entre 
l’artère  et  la  veine. 

4°  Le  direct  :  une  artère  et  une  veine  ayant  été  divisées  entièrement,  la  commu¬ 
nication  est  rétablie  par  une  poche  intermédiaire. 

5°  Enfin  Y anévrisme  direct  en  cul-de-sac ,  une  poche  anévrismale  s’étant  for¬ 
mée  à  l’extrémité  du  bout  cardiaque  d’une  artère  et  d’une  veine  entièrement 
divisées. 

Quanta  la  formation  du  sac  anévrismal,  on  voit  que  le  kyste  n’est  pas  formé 
parle  tissu  cellulaire  ambiant,  mais  qu’il  s’organise  de  toutes  pièces.  11  n’échap¬ 
pera  du  reste  à  personne  que  tant  que  cette  poche  n’est  pas  formée  il  n’y  a  pas  à 
proprement  parler  anévrisme,  et  que  ceux  qu’on  appelle  anévrismes  faux  primitifs 
ou  diffus  ne  sont  que  de  simples  épanchements  de  sang,  et  doivent  être  rayés  de 
la  nomenclature  des  anévrismes. 

L’époque  à  laquelle  se  forme  cette  poche  est  fort  rapprochée  chez  les  animaux 
de  l’époque  de  la  lésion  artérielle;  il  est  possible  qu’elle  s’en  éloigne  davantage 
chez  l’homme.  Quant  aux  conséquences  pratiques  relatives  à  l’opération,  elles  ne 
sont  pas  autres  que  celles  qui  ont  été  parfaitement  déduites  par  M.  Breschct  dans 
son  Mémoire  sur  les  anévrismes  par  transfusion  observés  dans  l’espèce  humaine. 


Mémoire  sur  Rallongement  et  le  raccom'cisgeinent  «les 

membres  inférieurs  dans  les  eoxalgies,  par  M.  Bonnet,  chi¬ 
rurgien  en  chef  de  /’ Hôtel-Dieu  de  Ltjon. 

DEUXIÈME  PARTIE. 

DU  RACCOURCISSEMENT  DANS  LES  MALADIES  DE  LA  HANCHE. 

La  question  du  raccourcissement  dans  les  maladies  de  la  hanche  a  été  moins 
controversée  que  la  question  de  rallongement;  elle  a  sans  doute  paru  plus  facile 
à  résoudre,  parce  qu’il  semblait  tout  naturel  d’attribuer  les  raccourcissements  lé¬ 
gers  à  l’élévation  du  bassin,  et  les  raccourcissements  considérables  à  la  luxation 
du  fémur  sur  l’os  des  îles;  malheureusement,  la  question  n’est  pas  aussi  simple 
qu’elle  le  paraît;  il  me  semble  même  que,  sous  le  rapport  de  ses  causes  et  de  son 
diagnostic,  le  raccourcissement  dans  les  maladies  delà  hanche  offre  plus  de  diffi¬ 
cultés  à  résoudre  que  l’allongement  dans  les  mêmes  maladies. 

En  effet,  tandis  que  l’allongement  est  toujours  apparent  et  doit  être  constamment 
attribué  à  la  position  qu’a  choisie  le  malade,  le  raccourcisseinentdépend,  tantôt  de 
la  position  du  malade,  tantôt  de  l’absorption  de  la  tête  du  fémur  et  du  fond  delà 
cavité  cotyloïde,  tantôt  de  la  luxation  sur  l’os  des  îles. 

Sous  le  rapport  du  diagnostic,  tandis  qu’on  peut  donner  sans  peine  au  membre 
sain  une  position  identique  à  celle  du  membre  malade,  si  celui-ci  est  allongé; 
quand  le  malade  est  raccourci ,  cette  identité  de  position  est  très  difficile  à 
obtenir. 

Je  vais  examiner  successivement  le  raccourcissement  : 

1°  Dans  les  cas  où  il  est  dû  à  la  position  du  malade  ; 

2°  Dans  les  cas  où  il  dépend  de  l’absorption  de  la  tête  du  fémur  et  du  fond  de  la 
cavité  cotyloïde  ; 

3°  Dans  les  cas  enfin  où  il  forme  l’un  des  symptômes  de  la  luxation  spontanée  sur 
l’os  des  îles. 

Du  raccourcissement  apparent  dépendant  de  la  position  qu’adoptent  les  malades  at¬ 
teints  de  coxalgies.  —  Les  raccourcissements  qui  dépendent  de  la  position  qu’a¬ 
doptent  les  malades  peuvent  offrir  tous  les  caractères  des  raccourcissements  qui 


112 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


sont  dus  aux  luxations  spontanées  sur  l’os  des  îles,  et  les  erreurs  de  diagnostic  qui 
résultent  de  cette  similitude  de  symptômes  s’observent  assez  fréquemment. 

Volper,  Albers  de  Brême,  cités  par  Samuel  Cooper,  ont  fait  des  autopsies  où 
ils  croyaient  rencontrer  des  luxations  spontanées,  et  dans  lesquelles  cependant  les 
os  avaient  conservé  leurs  rapports  naturels;  Monteggia  avoue  qu’il  a  commis  des 
erreurs  du  même  genre;  et  pour  moi,  je  dois  dire  qu’à  l’époque  où  je  commen¬ 
çais  à  professer  la  clinique,  ce  fut  l’impression  pénible  que  j’éprouvai,  en  voyant 
mon  diagnostic  d’une  luxation  spontanée  démentie  par  la  dissection,  qui  devint  la 
cause  des  recherches  que  je  n’ai  cessé  de  poursuivre  depuis  plusieurs  années  sur 
les  maladies  de  la  hanche. 

Les  malades  affectés  de  raccourcissement  apparent  sont  tous  couchés  sur  le  côté  sain; 
leur  cuisse  malade  est  pliée  sur  le  bassin  et  portée  dans  T adduction  et  la  rotation  en 
dedans  ;  leur  épine  iliaque  du  côté  malade  est  placée  plus  haut  et  plus  en  arrière  que 
celle  du  côté  sain.  —  Dans  cette  position,  le  grand  trochanter  fait  une  saillie  con¬ 
sidérable  en  dehors,  ainsi  qu’on  le  voit  constamment  lorsque  la  cuisse  fléchie  est 
portée  dans  l’adduction  et  la  rotation  en  dedans;  le  grand  trochanter  ainsi  rendu 
saillant  s’élève  aussihaut  que  l’épine  iliaque  antérieure  et  supérieure,  si  la  flexion 
du  bassin  sur  la  cuisse  est  voisine  de  l’angle  droit.  Le  raccourcissement  apparent 
peut  être  de  dix  à  douze  centimètres  ,  comme  on  peut  s’en  assurer  en  simulant 
sur  soi-même  la  position  que  je  décris.  L’étendue  de  ce  raccourcissement,  la  di¬ 
rection  du  fémur,  la  saillie  et  l’élévation  du  grand  trochanter  étant  semblables 
alors  à  celles  que  l’on  observe  dans  les  luxations  spontanées  de  l’os  des  îles,  on 
comprend  combien  les  erreurs  de  diagnostic  sont  faciles,  lorsqu’à  cette  position, 
devenue  permanente,  se  joignent  les  signes  d’une  maladie  grave  de  la  hanche. 

En  comparant  la  position  des  membres  raccourcis  à  celle  des  membres  allongés, 
on  voit  que  les  uns  et  les  autres  sont  légèrement  fléchis  sur  le  bassin  ;  mais  dans 
le  raccourcissement  il  y  a  adduction  de  la  cuisse,  élévation  et  position  postérieure 
de  l’épine  iliaque,  tandis  que  dans  rallongement  il  y  a  abduction  du  membre,  abais¬ 
sement  et  position  plus  antérieure  de  l’épine  iliaque. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  ici  rendre  sensible  aux  yeux,  par  des  dessins,  les  posi¬ 
tions  que  je  décris;  à  défaut  de  ces  dessins,  qui  seront  reproduits  dans  l’atlas  de 
mon  Traité  des  maladies  des  articulations,  je  mécontenterai  d’indiquer  les  précau¬ 
tions  à  prendre  pour  vérifier  ,  au  lit  du  malade, les  observations  que  je  viens  de 
faire  connaître,  et  j’expliquerai  comment  la  position  adoptée  par  les  malades  peut 
produire  un  raccourcissement  assez  étendu  pour  faire  croire  à  une  luxation. 

Si  les  malades  sont  debout,  reposant  sur  le  membre  inférieur  du  côté  sain,  la 
colonne  vertébrale  convenablement  redressée,  on  vérifie  sans  peine  toutes  les  ob¬ 
servations  que  je  viens  de  faire  sur  la  position  de  la  cuisse  et  du  bassin  du  côté  de 
la  coxalgie  ;  mais  lorsque  le  malade  est  couché,  il  faut  quelquefois  assez  d’atten¬ 
tion  pour  reconnaître  la  flexion  de  la  cuisse  et  le  degré  de  l’adduction. 

Pour  reconnaître  la  flexion  de  la  cuisse  ,  il  faut  faire  coucher  le  malade  de  ma¬ 
nière  à  ce  que  sa  colonne  vertébrale  touche  le  lit  dans  toute  son  étendue. 

Dans  cette  position  ,  la  flexion  de  la  cuisse  est  évidente,  le  genou  est  plus  ou 
moins  élevé  au  dessus  du  plan  du  lit;  et  si  on  l’abaisse,  on  voit  aussitôt  la  colonne 
vertébrale  s’arquer,  en  formant  une  concavité  en  arrière.  En  passant  l’avant-bras 
derrière  le  tronc,  on  reconnaît  sans  peine,  lorsqu’on  cherche  à  étendre  la  cuisse, 
ce  soulèvement  de  la  colonne  vertébrale. 

Pour  bien  apprécier  l’étendue  de  l’adduction,  il  faut  rechercher,  avec  les  précau¬ 
tions  déjà  indiquées  dans  la  première  partie  de  ce  mémoire,  l’axe  du  bassin,  et 
prolonger  idéalement  cet  axe  de  haut  en  bas.  On  le  voit  alors  croiser  la  cuisse  du 
côté  malade,  toujours  au  dessus  de  la  partie  moyenne  de  celle-ci,  ce  qui  démontre 
1  existence  d  un  degré  d  adduction  que  l’on  ne  peut  jamais  simuler  au  même  degré 
dans  l’état  sain. 


BONNET. —R  ACCÔÜRCÏS5EMÈNT  DU  MËÎMBÏlî?  BANS  LES  COXALGïES.  1  j  3 

Quant  au  mode  suivant  lequel  agit  la  position  que  j’examine  dans  ce  chapitre, 
pour  produire  un  raccourcissement  qui  peut  aller  jusqu’à  dix  ou  douze  centimètres 
et  faire  croire  à  une  luxation  spontanée,  voici  comme  je  le  comprends. 

L’élévation  d’un  côté  du  bassin  pouvant  aller  jusqu’à  trois  ou  quatre  centimè¬ 
tres,  quelquefois  moins,  jamais  plus,  rend  compte  du  tiers  à  peu  près  du  raccour¬ 
cissement.  Celte  cause  a  été  reconnue  par  tous  les  auteurs. 

La  position  en  arrière  de  l’épine  iliaque  du  côté  malade,  combinée  avec  la  flexion 
de  la  cuisse  de  ce  côté,  peut  produire  un  raccourcissement  encore  plus  considé¬ 
rable  que  l’élévation  de  l’épine  iliaque.  En  effet,  si  l’on  s’asseoit  et  que  l’on  porte 
en  arrière  autant  que  possible  un  côté  du  bassin,  le  côté  gauche  par  exemple, 
on  voit  aussitôt  le  genou  correspondant  se  porter  de  quatre  à  cinq  centimètres  en 
arrière  du  genou  opposé.  Comme  on  ne  peut,  lorsqu’on  est  debout,  produire  par 
la  simple  élévation  de  l’un  des  côtés  du  bassin,  une  différence  de  plus  de  trois  cen¬ 
timètres  entre  la  hauteur  des  deux  pieds,  on  voit,  à  en  juger  du  moins  par  l’expé¬ 
rience  dans  l’état  sain,  que  la  position  postérieure  de  l’épine  iliaque  combinée 
avec  la  flexion  de  la  cuisse  ,  peut  produire  un  raccourcissement  plus  étendu  que 
l’élévation  de  cette  épine.  Quoi  qu’il  en  soit,  ces  deux  causes  agissant  tout  à  la  fois 
sur  les  malades  affectés  de  coxalgie  avec  raccourcissement  apparent  suffisent 
pour  expliquer  comment  celui-ci  peut  être  porté  à  six  ou  sept  centimètres. 

Le  surplus  du  raccourcissement  doit  être  attribué  à  l’adduction  du  membre 
raccourci;  l’influence  de  cette  cause  ne  peut  être  comprise  qu’autant  que  l’on  se 
rappelle  que  le  membre  sain  est  porté  dans  l’abduction,  et  que,  dans  le  jugement 
que  l’on  porte  sur  la  longueur  de  ces  membres,  on  ne  fait  que  les  comparer  l’un 
à  l’autre.  Ceci  posé,  qu’étant  assis  on  porte  les  deux  membres  autant  que  possible 
à  droite,  on  verra  que  le  genou  gauche  ,  qui  est  en  adduction,  paraîtra  de  trois  à 
quatre  centimètres  plus  en  arrière  que  le  droit,  qui  est  dans  l’abduction.  Cette  ex¬ 
périence,  qui  permet  de  juger  des  effets  de  l’adduction  ,  montre  comment ,  chez 
les  malades  dont  le  genou  est  fortement  porté  en  dedans  ,  celle-ci  peut  rendre 
compte  d’un  raccourcissement  de  deux  ou  trois  centimètres  au  moins. 

Ainsi,  chacune  des  positions  que  j’indique  comme  cause  du  raccourcissement  , 
savoir  :  l’élévation  de  l’épine  iliaque,  la  position  plus  postérieure  de  celte  épine, 
combinée  avec  la  flexion  de  la  cuisse  et  l’adduction  de  celle-ci  :  chacune  de  ces 
causes,  dis-je,  contribue  à  la  production  du  phénomène  ,  et  lorsqu’elles  se  combi¬ 
nent  toutes  ensemble,  comme  cela  a  lieu  d’ordinaire  sur  les  malades,  on  comprend 
sans  peine  qu’elles  produisent  les  raccourcissements  étendus  dont  j’ai  cherché  à 
expliquer  le  mécanisme.  Pour  rendre  celui-ci  plus  sensible  aux  yeux,  on  peut,  en 
prenant  l’attitude  complexe  que  j’indique  comme  la  plus  favorable  aux  raccourcis¬ 
sements  ,  en  produire  sur  soi-même  qui  soient  presque  aussi  étendus  que  ceux 
qu’on  peut  observer  sur  les  malades,  et  qui  ne  diffèrent  de  ces  derniers  qu’en  ce 
qu’ils  sont  momentanés  et  qu’on  peut  les  faire  cesser  à  volonté.  « 

Le  raccourcissement  apparent  n’induirait  jamais  en  erreur  ,  en  faisant  croire  à 
une  luxation  sur  l’os  des  îles,  si  la  cuisse  n’était  maintenue,  lorsqu’il  existe,  dans 
des  rapports  plus  ou  moins  fixes  avec  le  bassin;  car  il  est  bien  évident  que  toutes 
les  causes  d’erreur  disparaîtraient,  si  le  malade  pouvait  se  redresser  à  son  gré,  et 
si  les  deux  membres  inférieurs  se  plaçaient  exactement  dans  la  même  position. 
Malheureusement  il  n’en  est  point  ainsi.  Dans  les  raccourcissements  de  la  hanche, 
comme  dans  les  flexions  du  genou  consécutives  à  des  maladies  graves  de  cette  ar¬ 
ticulation,  les  os  sont  maintenus  dans  des  rapports  plus  ou  moins  fixes  ,  soit  par 
l’inégalité  des  surfaces  articulaires,  soit  par  la  rétraction  des  muscles  et  la  forma¬ 
tion  des  tissus  lardacés  ou  fibreux  autour  de  la  jointure,  etc. 

Cette  fixité  de  position  s’ajoute  à  la  direction  du  fémur  et  à  la  saillie  du  grand 
trochanter,  pour  faire  confondre  les  raccourcissements  avec  les  luxations  sur  l’os 
des  îles. 


114  TRAVAUX  ORIGINAUX, 

Pour  éviter  les  erreurs  qui  peuvent  résulter  de  cette  analogie  si  grande  de 
symptômes  entre  deux  maladies  pourtant  si  différentes,  je  ne  connais  qu’un  moyen 
qui  s’applique  à  tous  les  cas  :  c’est  la  comparaison  entre  les  deux  membres  dans 
des  positions  identiques. 

Pour  obtenir  cette  identité  de  position,  ou  bien  l’on  agit  sur  le  membre  sain  que 
l’on  porte  dans  la  même  déviation  que  le  membre  malade,  ou  bien  l’on  agit  sur  le 
membre  malade  que  l’on  ramène  à  la  même  rectitude  que  le  membre  sain. 

Le  premier  moyen  ne  peut  cire  mis  en  usage,  lorsque  la  cuisse  malade  est  dans 
l’adduction;  car  elle  occupe  alors  la  place  où  l’on  voudrait  amener  la  cuisse  saine. 
Le  second  moyen  est  seul  praticable,  mais  il  exige  beaucoup  de  temps  et  des  ap¬ 
pareils  convenables. Quoi  qu’il  en  soit,  lorsqu’on  l’a  mis  en  usage,  et  qu’on  a  réussi 
à  obtenir  le  redressement,  on  voit  souvent  disparaître  toute  inégalité  de  longueur 
cnlreles  deux  membres,  quoiqu’avant  le  redressement  cette  inégalité  fût  de  plus 
de  dix  centimètres.  Il  n’y  avait  évidemment,  dans  ces  cas,  aucune  luxation. 

Raccourcissement  réel  dépendant  de  l'ulcération  de  la  cavité  cotyloïde  et  de  la  tête 
du  fémur. — Les  observations  d’ulcération  de  la  cavité  cotyloïde  ou  de  la  tête  du  fé¬ 
mur,  assez  considérable  pour  produire  un  raccourcissement  réel,  sont  nombreuses 
dans  la  science. 

Rust,  dans  son  Arthrokakologie,  a  insisté  sur  les  cas  où  la  carie  porte  spéciale¬ 
ment  sur  la  tête  du  fémur,  et  il  a  cité  des  exemples  nombreux  dans  lesquels  on 
voit  tous  les  degrés  de  la  destruction,  depuis  celle  de  la  superficie  de  l’os  jusqu’à 
l’absorption  de  toute  la  tête  et  du  col  du  fémur.  On  doit  à  Edward  Ford,  qui  écri¬ 
vait  sur  les  maladies  de  la  hanche  en  1794,  plusieurs  observations  sur  l’ulcération 
de  la  cavité  cotyloïde,  pénétrant  quelquefois  jusque  dans  le  bassin.  On  sait  aussi 
que  Larrey  a  rencontré  plusieurs  cas  d’ulcérations  isolées  ou  simultanées  de 
la  tète  du  fémur  ou  de  l’acétabulum,  et  que  cet  ordre  d’altérations  lui  a  paru  si 
commun  dans  les  cas  de  raccourcissement,  qu’il  regarde  la  luxation  sur  l’os  des 
îles  comme  une  cause  exceptionnelle  de  raccourcissement,  et  qu’il  attribue  sur¬ 
tout  ce  phénomène  à  la  carie  des  os  qui  forment  l’articulation  îléo-fémoralc.  Il  n’est 
pas  de  chirurgien,  ayant  fait  des  autopsies  nombreuses,  qui  n’ait  vu  des  cas  ana¬ 
logues  à  ceux  qu’ont  fait  connaître  Rust,  Ford  et  Larrey.  Les  observations  de  ces 
auteurs  doivent  rester  dans  la  science  ,  non  avec  le  degré  d’importance  qu’ils 
leur  ont  assigné ,  mais  comme  exemple  de  phénomènes  qu’on  observe  fré¬ 
quemment. 

Le  raccourcissement  que  peut  produire  l’ulcération  des  os  qui  forment  l’articu¬ 
lation  de  la  hanche,  ne  peut  dépasser  deux  à  trois  centimètres,  en  supposant  que 
le  membre  raccourci  ait  conservé  une  rectitude  parfaite.  En  d’autres  termes,  si  le 
raccourcissement  réel,  dû  à  l’ulcération,  ne  se  combine  avec  aucun  raccourcisse¬ 
ment  apparent,  dû  à  la  position  du  malade  ,  la  différence  de  longueur  entre  les 
membres  doit  être  très  bornée.  C’est  assez  dire  que  les  raccourcissements  de  six 
à  douze  centimètres,  que  l’on  observe  assez  fréquemment  dans  la  pratique,  ne 
peuvent  jamais  dépendre  uniquement  de  l’ulcération  des  os.  Mais,  en  limitant 
ainsi  l’étendue  du  raccourcissement  que  peut  produire  l’ulcération  de  la  tête  du 
fémur,  peut-on,  pendant  la  vie,  distinguer  ce  raccourcissement  de  celui  qui  est  dû 
simplement  à  la  position  des  malades,  ou  de  celui  qui  dépend  de  la  luxation  sur 
l’os  des  îles?  Aucun  auteur  ne  s’est  occupé  de  ce  problème,  et  je  n’oserais  le  ré¬ 
soudre  dune  manière  générale  ;  car  endonnantune  solution  à  priori,  je  m’expose¬ 
rais  à  des  erreurs  que  l’observation  permet  seule  d’éviter. 

Une  seule  fois ,  j'ai  diagnostiqué  pendant  la  vie  une  ulcération  de  la  tête  du 
fémur  assez  considérable  pour  produire  un  raccourcissement  réel;  voici  dans 
quelle  circonstance. 

Le  membre  du  côté  malade  était  plus  long  de  six  centimètres  que  celui  du  côté 
sain;  le  malade  c  tait  dans  la  position  que  j’ai  décrite  en  traitant  de  l’allongement; 


BONNET. —RACCOURCISSEMENT  BU  MEMBRE  BANS  LES  COXALGIES.  1 1 5 

l’épine  iliaquedu  côté  malade  était  située  plus  Las  et  plus  en  avant  que  celle  du 
côté  opposé,  et  la  cuisse,  fléchie  de  quarante-cinq  degrés  sur  le  bassin,  était  por¬ 
tée  dans  l’abduction.  Cette  position  était  maintenue  avec  beaucoup  de  fixité  par 
les  tissus  fibreux  et  lardacés  qui  entouraient  les  trajets  fistuleux  provenant  de  la 
hanche  ;  l’allongement  tenait  évidemment  à  la  position,  du  moins  d’après  les  prin¬ 
cipes  que  j’ai  cherché  à  développer.  Cependant,  je  plaçai  le  membre  du  côté  sain 
dans  la  même  flexion  et  dans  la  même  abduction  que  celui  du  côté  malade,  et  tandis 
que  j’aurais  dû  trouver  l’identité  de  longueur  entre  les  deux  membres,  après  avoir 
établi  l’identité  de  position,  si  ces  deux  membres  eussent  été  réellement  égaux, 
je  trouvai  que  celui  du  côté  sain  avait  deux  ou  trois  centimètres  de  plus  que  celui 
du  côté  malade;  ce  dernier  côté  ,  allongé  en  apparence  ,  était  donc  raccourci  en 
réalité.  L’autopsie  démontra  la  justesse  de  ce  diagnostic;  la  tête  du  fémur  et  la 
superficie  du  fond  de  la  cavité  cotylo'ide  étaient  complètement  absorbées. 

Le  diagnostic  pourrait  être  établi  avec  une  égale  précision  ,  si  le  malade  était 
couché  sur  le  dos  et  que  les  deux  membres  inférieurs  fussent  dans  une  rectitude 
parfaite.  Si,  dans  celte  position,  où  il  ne  peut  y  avoir  ni  allongement,  ni  raccour¬ 
cissement  apparent,  le  membre  du  côté  malade  est  cependant  plus  court  que  celui 
du  côté  opposé,  il  y  a  incontestablement  destruction  de  la  tête  du  fémur. 

Si  cette  destruction  pouvait  se  combiner  avec  la  position  dans  laquelle  il  y  a 
raccourcissement  apparent,  le  diagnostic  serait  d’une  extrême  difficulté. 

Raccourcissement  réel  dépendant  d’une  luxation  spontanée  sur  l’os  des  îles.  — Le 
raccourcissement  réel  dépendant  d’une  luxation  spontanée  sur  Los  des  îles  se 
combine  toujours  avec  le  raccourcissement  apparent  dépendant  delà  position  du 
malade.  Ces  deux  ordres  de  raccourcissements,  combinés  l’un  avec  l’autre,  forment; 
un  composé  dans  lequel  il  est  difficile  d’assigner  la  part  de  la  position  et  celle  du 
déplacement  de  la  cuisse. 

Si  l’adduction  et  la  flexion  de  la  cuisse  coïncident  toujours  avec  la  luxation  sur 
l’os  des  îles,  c’est  que  cette  position  précède  toujours  la  luxation  et  que,  la  luxa¬ 
tion  produite,  le  fémur  conserve  plus  ou  moins  la  direction  dans  laquelle  il  s’est 
luxé.  v 

On  s’est  appliqué  à  chercher  les  causes  qui  pouvaient  chasser  la  tête  du  fémur 
du  fond  de  la  cavité  cotylo'ide,  et  l’on  a  successivement  invoqué  la  répulsion  exercée 
par  des  liquides,  par  des  fongosités,  etc.  Je  ne  nie  point  l’action  de  ces  causes;  je 
reconnais,  comme  je  l’ai  déjà  fait,  que  des  liquides  et  des  fongosités  peuvent  re¬ 
pousser  la  têteau  fémur  en  dehors:  mais  je  conserve  des  doutes  sur  l’existence  de 
cette  répulsion.  Les  liquides  ne  peuvent  agir  sur  la  tête  du  fémur  qu’autant  que  la 
capsule  ne  cède  pas  à  leur  effort,  et,  sans  aucun  doute,  cette  capsule  se  distend 
peu  à  peu  dans  les  hydarthroses. 

11  est  douteux  aussi  que  les  fongosités  aient  jamais  chassé  le  fémur  de  la  cavité 
cotylo'ide  ;  car  tous  les  cas  où  l’on  trouve  cette  cavité  remplie  de  matières  fon¬ 
gueuses  sont  des  cas  où  la  luxation  est  déjà  opérée.  Or,  les  productions  nouvelles 
qui  remplissent  l’acétabulum  peuvent  être  aussi  bien  l’effet  que  la  cause  de  la 
luxation. 

La  véritable  cause  du  déplacement  de  la  cuisse  en  haut  et  en  dehors  est  la  com¬ 
binaison  d’une  certaine  position  avec  la  destruction  des  ligaments  et  des  rebords 
osseux  qui  maintiennent  le  fémur  dans  sa  position  normale.  Cette  destruction  ne 
suffit  pas  à  elle  seule  ;  car  ,  dans  les  cas  rares  où  les  malades  se  tiennent  couchés 
sur  le  dos,  les  deux  membres  inférieurs  étendus  dans  la  direction  de  l’axe  du 
tronc,  jamais  on  ne  voit  de  luxation,  bien  que  les  ligaments  et  le  rebord  cotyloïdien 
puissent  être  ulcérés. 

Toutes  les  fois  que  la  cuisse  se  luxe  sur  l’os  des  îles,  elle  est  préalablement  flé¬ 
chie  et  portée  dans  l'adduction  et  la  rotation  en  dedans.  Cette  position  n’est  pas 
une  simple  coïncidence,  elle  est  la  cause  efficiente  du  déplacement. 


,|6  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Si  l’on  veut,  sur  un  cadavre,  luxer  la  cuisse  en  haut  et  en  dehors,  on  la  fléchit 
d’abord  et  nuis  on  la  porte  dans  une  adduction  et  une  rotation  en  dedans  aussi  fortes 
nue  possible.  Tant  que  les  liens  qui  unissent  le  fémur  ou  bassin  sont  conserves 
intacts,  on  éprouve  la  plus  grande  difficulté  à  produire  la  luxation;  mats  ,  d’une 
part  si  ces  liens  sont  affaiblis,  l’effort  doit  être  reoins  grand,  et  de  1  autre,  si  1  on 
a  fait  à  la  capsule  une  large  ouverture,  il  suffit  de  porter  en  dedans  la  cuisse  préa¬ 
lablement  fléchie,  pour  qu’elle  se  luxe  aussitôt  ;  et  cependant,  quelque  grande  que 
soit  l’ouverture  de  la  capsule,  la  luxation  ne  s’opère  pas  tant  que  la  caisse  est 
étendue  et  qu’on  la  laisse  dans  la  direction  de  t’axe  du  tronc.  , 

Qu'on  étudie  du  reste,  sur  le  cadavre,  l’influence  qu’exerce  sur  la  lete  du  fémur 
Je  mouvement  par  lequel  la  cuisse  fléchie  est  portée  dans  l’adduction  et  la  rota¬ 
tion  en  dedans,  et  l'on  verra  que  chacun  de  ces  mouvements  contribue  si  bien  a 
faire  sortir  la  tête  du  fémur  de  sa  cavité  que,  du  moment  où  ils  s’exécutent  sur  le 
vivant,  la  luxation  doit  se  produire,  si  la  partie  externe  de  la  cavité  cotvloïdc  et  de 
la  capsule  sont  largement  ulcérées. 

Quand  on  sait  ainsi  que  l’adduction  ,  la  flexion  et  la  rotation  en  dedans  de  fa 
cuisse  sont  la  cause  déterminante  delà  luxation  sur  l’os  des  îles,  que  ces  positions 
.sont  celles  qui  produisent  le  raccourcissement  apparent ,  et  qu’elles  persistent 
toujours  plus  ou  moins  après  que  la  luxation  est  produite,  on  comprend  pourquoi, 
dans  la  luxation  sur  l’os  des  îles,  le  raccourcissement  apparent  coïncide  toujours 
avec  le  raccourcissement  réel. 

Lorsque  la  luxation  est  effectuée,  la  cuisse  ne  reste  jamais  ni  aussi  fléchie  ,  ni 
aussi  portée  en  dedans  quelle  l’était  au  moment  de  la  luxation  ;  elle  se  rapproche 
de  la  posiijpn  étendue  et  de  la  direction  de  l’axe  du  tronc.  Cependant,  comme  sa 
position  est  semblable  (sauf  les  cas  rares  où  il  y  a  rotation  en  dehors)  à  celle 
quelle  affecte  dans  le  raccourcissement  apparent,  le  diagnostic  est  difficile,  à 
moins  que  la  luxation  ne  se  traduise  par  des  symptômes  caractéristiques;  tels  sont 
l’élévation  du  grand  trochanter  au-dessus  de  l’épine  iliaque,  la  possibilité  de  faire 
monter  et  descendre  le  fémur,  bien  que  le  bassin  soit  fixé,  et,  suivant  quelques 
auteurs  dont  je  irai  pas  vérifie  l  assertion,  la  saiUie  de  la  tète  du  fémur  en  amèie 
de  la  fesse. 

Mais  à  part  ces  cas  évidents,  qui  sont  rares,  rien  déplus  difficile  que  de  dire  si 
un  raccourcissement  dépend  uniquement  de  la  position  du  malade,  ou  s  il  dépend, 
en  partie  du  moins,  de  la  luxation  sur  l’os  des  îles.  Comme  je  l’ai  dit  plus  haut, 
on  ne  peut  sortir  de  cette  difficulté  avec  quelque  certitude  qu’en  faisant  étendre 
la  cuisse  malade  sur  le  bassin  et  la  ramenant  dans  la  direction  du  tronc.  Lorsque 
l’on  a  opéré  ce  redressement,  s’il  n’y  a  point  de  luxation,  la  différence  de  lon¬ 
gueur  entre  les  deux  membres  disparaît  ou  reste  égale  a  la  différence  de  nautour 
des  deux  épines;  si,  au  contraire,  le  raccourcissement  est  de  deux  ou  trois  centi¬ 
mètres  plus  grand  que  ne  peut  le  produire  l’élévation  de  l’épine  iliaque  du  côté  le 
plus  court,  sans  aucun  doute  il  y  a  luxation  sur  l’os  des  îles. 

C’est  à  l’aide  de  ce  redressement  que  je  suis  parvenu  à  reconnaître  que  la  tête 
du  fémur  n’avait  pas  abandonné  sa  cavité  ,  dans  des  maladies  de  3a  hanche  où  l’é¬ 
tendue  du  raccourcissement,  la  saillie  et  l’élévation  du  grand  trochanter  ,  etc., 
avaient  fait  croire  à  une  luxation  *,  c’est  aussi  à  l’aide  de  ce  redressement,  suivi 
delà  persistance  des  signes  de  la  luxation,  que  j’ai  réussi,  dans  des  cas  douteux,  à 
démontrer  l’existence  de  celle-ci  d’une  manière  incontestable. 

En  général,  la  difficulté  du  diagnostic  des  luxations  spontanées  est  si  grande  , 
tant  que  le  redressement  n’a  pas  été  opéré,  que  j’ai  été  conduit  à  me  demander 
si  les  observations  jusqu’ici  publiées  de  réductions  de  luxations  spontanées  n’é¬ 
taient  pas,  en  définitive,  de  simples  redressements. 

Pour  éclairer  ces  doutes  ,  j’ai  lu  avec  attention  toutes  les  observations  citées 
dans  l’ouvrage  trop  peu  connu  de  MM.  Humbert  de  Morley  et  Jacquier.  Je  n’y  ai 


BONNET.— RACCOURCISSEMENT  DU  MEMBRE  DANS  LES  COXALGIES.  117 

pas  trouvé,  je  l’avoue,  la  confirmation  de  mes  doutes;  car  on  y  trouve  signalés 
des  phénomènes  qui,  s’ils  sont  bien  observés,  ne  laissent  aucun  doute  sur  l’exis- 
tence  de  la  luxation  ,  tels  que  la  mobilité  de  la  cuisse  de  haut  en  bas,  la  saillie  de 
la  (été  du  fémur  en  arrière  de  la  fesse.  J’ai  remarqué  seulement  que  MM.  Humbert 
et  Jacquier,  comme  tous  les  auteurs  qui  les  ont  précédés  et  suivis  ,  ne  tenaient 
aucun  compte  de  la  position  du  malade  et  des  erreurs  auxquelles  cette  position 
peut  donner  naissance.  La  lacune  qu’ils  ont  laissée  me  conduit  a  appeler  une  ré¬ 
vision  très  attentive  de  toutes  les  observations  jusqu’ici  publiées  de  luxations 
spontanées  guéries  ou  non  guéries,  et  qui  ,  au  point  où  en  est  la  science,  sont 
trop  incomplètes  pour  que  les  conclusions  qu’on  en  peut  tirer  n’inspirent  pas 
quelques  doutes. 

Des  rapports  de  succession  de  l’allongement  et  du  raccourcissement  dans  les  mala¬ 
dies  de  la  hanche.  ■ —  Chacun  sait  qu’il  est  des  affections  graves  de  la  hanche  dans 
lesquelles  il  n’y  a  ni  allongement,  ni  raccourcissement  du  membre  malade.  Saba¬ 
tier,  Boyer,  M.  A.  Bérard  ont  cité  des  cas  de  ce  genre;  deux  fois  j’ai  constaté  moi- 
même  l’égalité  de  longueur  entre  les  deux  cuisses,  dans  des  lésions  del  articula¬ 
tion  eoxo-fémorale  ;  dans  ces  deux  cas,  les  malades  restaient  habituellement  cou¬ 
chés  sur  le  dos,  et  l’articulation  était  le  siège  d’abcès  froids  qui  s’étaient  fait  jour 
au  dehors. 

L’on  voit  aussi  que,  dans  les  cas  assez  nombreux  de  coxalgie  où  il  se  manifesté 
une  inégalité  de  longueur  entre  les  deux  cuisses,  le  raccourcissement  peut  se  pro¬ 
duire  sans  avoir  été  précédé  d’aucun  allongement;  mais  ces  cas  ne  sont  pas  ceux 
dont  je  veux  m’occuper  spécialement  dans  ce  chapitre. 

Mon  but  est  de  parler  des  maladies  de  la  hanche  danslesquelles  on  observe  l’al¬ 
longement  dans  une  première  période,  le  raccourcissement  dans  une  période  plus 
avancée. 

Les  auteurs  ont  cité  trop  d’exemples  de  cette  succession  de  l’allongement  et  du 
raccourcissement,  pour  que  l’on  puisse  douter  de  sa  réalité;  mais  ce  qui  doit  être 
mis  incontestablement  en  discussion,  c'est  la  manière  dont  ils  ont  rendu  compte  de 
ces  faits  et  l’interprétation  qu’ils  en  ont  donnée. 

Si  les  opinions  qui  font  la  base  de  ce  mémoire  sont  justes,  l’allongement  se 
produit  seulement  lorsque  la  cuisse  est  dans  l’abduction  et  que  le  décubitus  a 
lieu  sur  le  côté  malade;  le  raccourcissement ,  au  contraire,  ne  s’observe  que 
quand  la  cuisse  est  dans  l’adduction  et  que  le  malade  se  couche  sur  le  côté  sain. 
Dès  lors  ,  si,  dans  une  affection  de  la  hanche,  le  raccourcissement  succède  à 
l’allongement,  l’adduction  de  !a  cuisse  a  dû  succéder  à  son  abduction,  le  décu¬ 
bitus  sur  le  côté  malade  au  décubitus  sur  le  côté  sain.  Tous  ces  détails  sur  la  po¬ 
sition  du  membre  manquant  dans  les  auteurs,  leurs  observations  sont  trop  incom¬ 
plètes  pour  avoir  d’autre  valeur  que  l’expression  d’un  fait ,  et  ne  préjugent  rien 
sur  le  mode  suivant  lequel  ce  fait  s’est  accompli. 

Pour  moi,  n’ayant  jamais  eu  l’occasion  de  voir  sur  un  même  malade  Rallonge¬ 
ment  d’abord ,  le  raccourcissement  ensuite,  je  ne  puis  assurer  que,  lorsque  le 
second  de  ces  états  succède  au  premier  ,  le  malade  qui  était  couché  sur  le  côté 
sain  se  couche  sur  le  côté  opposé  ,  et  que  la  cuisse  qui  était  en  dehors  se  porte 
en  dedans;  mais  je  présume  qu’il  en  est  ainsi;  car  si  les  choses  ne  se  passaient 
pas  de  la  sorte,  les  principes  que  je  m’applique  à  faire  prévaloir  sur  la  question 
de  l’allongement  et  du  raccourcissement  ne  seraient  point  fondés. 

Pour  le  moment ,  je  me  borne  à  présenter  les  changements  de  position  du 
tronc  et  de  la  cuisse  dans  la  succession  du  raccourcissement  à  l’allongement , 
comme  une  conséquence  nécessaire  de  mesidées,  et  je  recommande  l’étude  de  ces 
changements  à  l’allention  des  observateurs. 

Si  les  faits  se  passent  comme  je  l’annonce  à  priori,  mes  théories  seront  confir¬ 
mées.  Si  ces  faits,  au  contraire,  ne  sont  pas  conformes  à  mes  prévisions,  les  idées 


118  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

que  je  défends  dans  ce  mémoire,  et  que  j’oppose  aux  idées  qui  ont  cours  dans  la 
science,  deviendront  elles-mêmes  un  sujet  de  doute  et  devront  être  soumises  à  un 
nouvel  examen. 


Mote  siai*  Se  tamponnement  à  queue  de  cerf-volant  9 

de  M.  Bretonneau. 

Tous  les  chirurgiens  qui  cherchent  à  se  fenir  au  courant  de  l’art  ont  eu  de  fré¬ 
quentes  occasions  de  se  convaincre  que  ni  les  livres  ni  les  journaux  ne  suffisent 
à  ceux  qui  vivent  loin  des  grands  centres  scientifiques  ;  et  qu’un  voyage  à  Paris,  par 
exemple,  leur  fait  faire  une  abondante  moisson  d’idées  qu’ils  n’auraient  pu  récol¬ 
ter  nulle  autre  part.  Cela  lient  sans  doute,  au  moins  en  partie,  à  la  constitution  de 
la  plupart  des  journaux,  rédigés  par  des  hommes  très  habiles,  mais  peut-être  trop 
en  dehors  des  écoles  et  des  hôpitaux  pour  être  suffisamment  renseignés  de  ce  qui 
s’y  passe.  Nous  nous  attacherons,  autant  que  possible,  à  informer  nos  lecteurs  de 
ces  notions  souvent  fort  importantes,  qui  courent  le  monde  sans  qu’on  puisse  sou¬ 
vent  remonter  à  leur  véritable  origine,  jusqu’à  ce  que  quelque  auteur  bien  avisé 
s'en  empare  et  s’arroge,  en  l’absence  de  toute  réclamation,  les  faciles  honneurs 
d’une  douteuse  paternité. 

Bans  un  acte  récent  de  la  Faculté  de  médecine,  M.  Trousseau  demandait  à  un 
élève  la  description  du  tamponnement  en  queue  de  cerf-volant  de  M.  Bretonneau. 
L’élève  demeura  court,  comme  on  pouvait  s’y  attendre  ;  et  plus  d’un  juge  témoi¬ 
gnait  autant  d’incertitude  et  de  curiosité  que  lui.  Voici  en  quoi  consiste  ce  tam¬ 
ponnement,  qui  est  véritablement  très-ingénieux  et  très-simple;  et  qui,  une  fois 
bien  compris,  devra  à  son  nom  si  pittoresque  de  ne  jamais  s’échapper  de  la  mé¬ 
moire. 

On  sait  que  pour  tamponner  une  plaie  ou  une  cavité,  tantôt  on  se  sert  de  bour- 
donnets  de  charpie  enfoncés  à  nu  ;  plus  souvent  on  introduit  au  préalable  une 
chemise  que  l’on  bourre  ensuite  avec  de  la  charpie.  Dans  l’un  et  l’autre  cas,  il  est 
quelquefois  difficile  de  retirer  les  bourdonnets  quand  le  tamponnement  n  est 
plus  nécessaire;  et  si  l’on  a  tassé  et  retassé  de  la  charpie,  les  liquides  qui  1  ont 
pénétrée  en  ont  fait  une  masse  dont  l’extraction  est  pénible  et  laborieuse.  A  plus 
forte  raison  n’oserait-on  se  servir  du  coton  qui  se  tasserait  bien  davantage  ;  et 
toutefois  si  la  charpie  est  commune  dans  les  hôpitaux,  le  colon  est  véritablement 
bien  plus  facile  à  se  procurer  dans  la  pratique  des  villes  et  des  campagnes.  Or, 
c’est  au  coton  que  M.  Bretonneau  a  recours;  avec  ou  sans  chemise,  du  colon  et  un 
long  brin  de  fil  font  toute  l’affaire. 

Il  prend  donc  une  pincée  de  coton  aussi  mince  ou  aussi  épaisse  qu  il  juge  con¬ 
venable,  et  la  lie  par  le  milieu  à  l’un  des  bouts  de  son  brin  de  fil.  A  quelques 
centimètres  de  distance,  nouvelle  pincée  de  coton,  nouveau  nœud  ;  et  ainsi  de  suite 
jusqu’à  ce  que  le  fil  soit  épuisé  ,  mais  surtout  jusqu’à  ce  qu’on  ait  employé  assez 
de  coton  pour  remplir  la  plaie  ou  la  cavité  à  tamponner.  Le  fil  armé  de  ses  flocons 
successifs  de  coton  ne  ressemble  pas  mal  à  une  queue  de  cerf-volant,  et  a  pris 
son  nom  de  cette  ressemblance. 

L’appareil  ainsi  préparé,  à  l’aide  des  doigts  ou  d’une  pince  à  pansement,  vous 
portez  l’un  des  bouts  du  fil  avec  le  premier  flocon  au  fond  du  vagin  par  exemple.  Puis 
le  deuxième  flocon,  puis  le  troisième,  et  ainsi  de  suite.  Vous  pressez,  vous  entassez 
coton  sur  coton,  jusqu’à  ce  que  la  cavité  soit  remplie;  et  vous  laissez  pendre 
l’autre  bout  du  fil  en  dehors.  Jusque  là,  vous  n’éprouvez  pas  bien  encore  les 
avantages  du  nouveau  procédé;  mais  l’hémorrhagie,  je  suppose,  est  arrêtée;  il 
faut  vider  le  vagin;  alors,  sans  aucun  instrument,  en  pinçant  le  bout  de  fil  avec 
les  doigts,  vous  tirez  à  vous  et  vous  ramenez  successivement  chaque  flocon  de 


REVUE  CRITIQUE.  119 

colon  ;  la  queue  du  cerf-volant  se  dévide  en  quelque  sorte  avec  une  merveilleuse 

/  ■  »  f 


régularité. 


Voilà  un  procédé  très-simple,  très-moilesle,  dont  l’auteur  n’a  jamais  parlé  qu’à 
ses  élèves,  et  qu’il  sera  sans  doute  bien  surpris  de  voir  reproduire.  Mais  il  intro¬ 
duit  véritablement  dans  la  pratique  une  facilité  notable,  soit  pour  le  choix  de  la 
matière,  soit  pour  la  façon  de  remployer;  et  à  ce  double  titre  il  nous  a  paru  mé¬ 
riter  d’être  signalé. 


REVUE  CRITIQUE. 


Chirurgie. 


1)C  TRAITEMENT  DES  RÉTRÉCISSEMENTS 

DE  l’oesophage  ,  par  le  professeur  Sivitzer. 
—Les  rétrécissements  de  l’œsophage  sont 
heureusement  fort  rares  ;  mais  cette  rareté 
même  est  cause  que  leur  traitement  est  fort 
peu  avancé ,  et  que  le  chirurgien  se  trouve 
surpris  et  désarmé  devant  les  cas  de  ce  genre. 
C’est  pourquoi  on  lira  avec  intérêt  les  re¬ 
cherches  suivantes  d’un  habile  professeur 
danois. 

M.  Switzer,  de  Copenhague,  a  eu  l’occasion 
d’observer  successivement  trois  cas  de  rétré¬ 
cissement  de  l’œsophage.  Dans  deux  cas ,  le 
rétrécissement  parut  provenir  de  la  forma¬ 
tion  d’un  pli,  d’une  sorte  de  valvule  de  la  mu¬ 
queuse  œsophagienne,  pli  qui  était  devenu  de 
plus  en  plus  dur  ;  dans  le  troisième  cas,  toutes 
les  membranes  de  l’œsophage  étaient  malades 
et  avaient  déterminé  le  rétrécissement.  De  ces 
trois  malades,  deux  étaient  des  hommes,  et  le 
troisième  une  femme.  Ni  l’un  ni  l’autre  ne  put 
préciser  de  cause  particulière  de  sa  maladie. 
Ils  avaient  tous  trois  joui  d’une  très  bonne 
santé ,  jusqu’à  ce  que  la  déglutition  d’aliments 
solides  commença  à  devenir  pénible  et  diffi¬ 
cile.  M.  Switzer  regarde  comme  le  meilleur 
moyen  de  traitement  de  cette  maladie  l’emploi 
d’un  dilatateur  qui  peut  agir  longtemps  sur  la 
partie  rétrécie  sans  déterminer  de  chatouil¬ 
lement,  de  douleurs,  ni  de  vomissements.  Le 
moyen  qu’il  préconise  réunit,  suivant  lui,  toutes 
ces  conditions. 

Jameson  avait  proposé,  comme  agent  dilata¬ 
teur,  une  bille  ovale  assez  allongée,  faite  en 
ivoire  ,  et  maintenue  sur  une  tige  mince  en 
baleine.  Cette  bille  est  perforée  dans  toute  sa 
longueur  par  un  canal  auquel  on  donne  une 
direction  oblique.  Cette  bille  doit  être  portée 
dans  le  rétrécissement.  Pour  cela,  on  introduit 
préalablement  une  sonde  en  acier  flexible 
d’une  demi-ligne  de  diamètre,  munie  d’un  ren¬ 
flement  à  son  extrémité.  Cette  sonde,  qui  sera 
reçue  dans  le  trou  creusé  dans  la  bille  d’ivoire, 
servira  à  la  guider  jusque  dans  le  rétrécisse¬ 
ment  ,  où  une  légère  pression  exercée  sur  la 
tige  en  baleine  suffira  pour  l’assujettir.  La 
aonde  d’acier  et  la  bille  devront  rester  en 


place  aussi  longtemps  que  le  malade  pourra 
les  supporter;  et  l’on  pourra  successivement 
augmenter  le  volume  des  billes  d’ivoire. 

M.  Switzer  paraît  avoir  modifié  avantageu¬ 
sement  ce  procédé.  Il  se  sert  de  billes  en 
corne,  plus  allongées  que  celles  de  Jameson. 
Chaque  bille  est  également  perforée  de  part 
en  part,  dans  le  sens  de  sa  longueur,  d’un 
trou  d’une  ligne  de  diamètre  et  situé  exac¬ 
tement  au  milieu.  A  côté  de  l’extrémité  de  ce 
canal,  qui  doit  regarder  en  haut  vers  la  bouche, 
est  creusé  un  petit  enfoncement  profond  de  cinq 
lignes  et  large  de  deux.  Le  canal  de  la  bille  doit 
donner  passage  à  un  cordon  de  soie  arrondi,  et 
offrant  un  double  nœud  à  son  extrémité  infé¬ 
rieure.  Pour  introduire  la  bille  dans  le  rétré¬ 
cissement,  M.  Switzer  se  sert  d’une  tige  de 
baleine  longue,  plus  épaisse  en  haut  qu’en  bas, 
où  elle  n’a  qu’une  ligne  et  demie  de  diamètre , 
c’est-à-dire  plus  petite  que  le  creux  qui  existe 
près  de  l’extrémité  supérieure  du  canal  de  la 
bille.  Les  billes  elles-mêmes  ont  différents 
volumes  ;  habituellement  d’un  pouce  un  quart 
à  un  pouce  trois  quarts  de  long,  sur  quatre  à  dix 
lignes  de  diamètre  transverse.  L’introduction 
des  billes  a  lieu  de  la  manière  suivante  :  la  petite 
corde  de  soie  à  laquelle  est  suspendue  la  bille 
de  corne  est  tenue  dans  la  main  gauche.  L’ex¬ 
trémité  rétrécie  de  la  tige  en  baleine  est  in¬ 
troduite  dans  le  creux  que  présente  la  bille , 
et  y  est  fixée  par  un  ou  deux  tours  de  la 
corde  qu’on  enroule  autour  de  cette  tige. 
L’instrument  ainsi  apprêté  est  saisi  de  la 
main  droite;  l’indicateur  gauche  abaisse  la 
langue  sur  laquelle  on  fait  glisser  la  tige  armée, 
jusqu’à  ce  que  la  bille  soit  arrivée  au  rétré¬ 
cissement.  Une  légère  pression  exercée  sur  la 
tige  suffit  pour  faire  pénétrer  la  bille.  Alors  la 
corde  enroulée  autour  de  la  tige  est  déroulée, 
celle-ci  est  retirée ,  et  la  bille  doit  rester 
maintenue  par  elle-même.  Dès  ses  pre¬ 
mières  tentatives ,  M.  Switzer  reconnut  que 
la  bille  pouvait  à  peine  rester  quelques  mi¬ 
nutes  dans  le  rétrécissement;  les  mouvements 
de  l’œsophage  et  les  efforts  de  vomissement 
ne  tardaient  pas  à  la  déplacer.  Il  crut  devoir 
attribuer  cette  mobilité  à  sa  forme  arrondie, 


REVUE  CRITIQUE* 


120 

et  pour  cela  il  fit  creuser  sur  le  milieu  un  sil¬ 
lon  circulaire;  alors  la  bille  fut  facilement  et' 
heureusement  maintenue  en  place.  Cette  mé¬ 
thode  de  traitement  procura  une  amélioration 
très  marquée  dans  les  deux  cas  où  le  rétré¬ 
cissement  semblait  valvulaire.  La  forme  de 
la  bille  avec  sillon  circulaire  ne  put  être 
appliquée  au  rétrécissement  par  maladie  de 
toutes  les  membranes.  Dans  ce  cas,  M.  Switzer 
lui  fit  donner  la  forme  d’un  cône  ovale ,  dont 
l’extrémité  allongée  ôtait  tournée  en  bas.  Ici  en 
effet  la  maladie  des  membranes  rendant  les  mou¬ 
vements  moins  marqués ,  il  ne  pouvait  y  avoir 
déplacement  de  la  bille.  11  résulta  également 
de  l’amélioration  de  ce  mode  de  traitement. 

(. Hoser’s  Répertoriant,  Jena,  vol.  4,  n°  1 .) 


Amputation  de  la  verge  ;  réunion  immé¬ 
diate;  par  M.  Ricord. — Lorsqu’après  l’am¬ 
putation  de  la  verge  on  laisse  la  cicatrice  se 
faire  de  toutes  pièces,  il  est  a  craindre  que 
la  rétraction  du  tissu  modulaire  ne  rétrécisse 
le  méat  urinaire.  Nous  n’avons  pas  encore 
vu  cet  accident ,  mais  il  paraît  qu’il  a  été 
constaté  deux  fois  à  l’hôpital  des  Vénériens. 
Le  rédacteur  de  l’article  que  nous  analysons 
ne  parle  pas  même  seulement  de  rétrécisse¬ 
ment,  mais  bien  d 'oblitération  du  méat,  ce 
qui  est  plus  difficile  à  croire;  et  ce  ne  serait 
pas  trop,  pour  mériter  sur  ce  point  toute 
croyance,  de  rapporter  avec  détail  ces  deux 
curieuses  observations. 

Quoi  qu’il  en  soit,  M.  Ricord  a  voulu  se  met¬ 
tre  à  l’abri  de  tout  inconvénient  de  ce  genre; 
et  il  a  réuni  la  muqueuse  urétrale  à  la  peau 
par  deux  points  de  suture,  appliquant  ainsi  à 
la  verge  le  procédé  de  Dieffenbach  pour  la 
restauration  de  la  lèvre.  Voici  l’observa¬ 
tion. 

Un  charpentier,  âgé  de  52  ans,  entra  à 
l’hôpital  du  Midi  le  20  décembre  1842,  pour 
une  affection  de  la  verge  limitée  à  la  région 
du  gland.  Là  commençait  une  tumeur  dure, 
irrégulièrement  sphérique  ,  mamelonnée  ,  à 
aspect  mural;  le  volume  naturel  du  gland 
était  plus  que  doublé,  ainsi  que  son  poids; 
plusieurs  orifices  conduisant  dans  l’urètre-,  le 
malade  urinait  en  arrosoir,  non  sans  une  dou¬ 
leur  très |vive.  Dans  le  repos  le  plus  absolu, 
les  élancements  se  faisaient  sentir  dans  la 
tumeur;  elle  sécrétait  un  liquide  séro-puru- 
lent  d’une  odeur  repoussante  et  qui  se  con- 
crétait  en  croûtes  brunâtres.  —  «  A  la  sur¬ 
face,  ajoute-t-on,  les  croûtes,  examinées  au 
microscope  par  M.  Gruby,  lui  ont  fourni  les 
caractères  du  suc  cancéreux.  » 

Nous  sommes  obligés  de  nous  arrêter  un 
moment  ici,  pour  confesser  à  la  fois  et  notre 
étonnement  et  notre  ignorance.  Quoi!  M.  Gru¬ 
by  a  trouvé  par  le  microscope  le  moyen  de 
reconnaître  tes  caractères  du  suc  cancéreux , 


et  ce  nouveau  moyen  de  diagnostic,  cette  pré¬ 
cieuse  découverte  nous  est  ainsi  annoncée  en 
passant,  comme  au  hasard,  comme  la  chose 
du  inonde  la  plus  simple  et  la  plus  naturelle! 
Si  M.  Gruby  croit  lui-même  à  sa  découverte, 
il  est  assurément  fort  modeste  de  s’en  taire  ; 
et  il  rendra  à  la  chirurgie  un  éminent  service 
en  la  rendant  publique;  mais,  d’un  autre  côté, 
s’il  n’en  est  pas  sûr,  il  y  a  quelque  témérité 
à  apporter  dans  une  clinique  un  diagnostic 
aussi  absolu. 

Il  ne  paraît  pas  du  reste  que  M.  Ricord  ait 
ajouté  grande  foi,  pour  son  propre  compte,  à  ce 
diagnostic  microscopique;  car  à  peine  M.  Gru¬ 
by  se  fut-il  prononcé  pour  le  cancer,  que  le 
malade  fut  soumis  à  un  traitement  antisyphi¬ 
litique.  Il  est  vrai  de  dire  que  ce  traitement 
échoua  en  plein,  et  que  la  dissection  de  la 
tumeur  après  son  ablation  la  montra  en  par¬ 
tie  composée  de  tissu  squirrheux  lardacé. 
M.  Gruby  aurait-il  rencontré  juste  par  hasard, 
ou  par  une  induction  légitime?  C’est  ce  qu’il 
ne  sera  permis  de  dire  que  quand  il  aura  pu¬ 
blié  ses  recherches  à  ce  sujet. 

Pour  revenir  à  notre  malade,  le  20  janvier 
M.  Ricord  pratiqua,  l’amputation  de  la  verge 
par  la  méthode  ordinaire,  à  deux  centimètres 
en  arrière  de  la  couronne  du  gland  ;  et  arrêta 
l’hémorrhagie  à  l’aide  de  deux  ligatures. — 
«  Alors  il  divisa  l’urètre  en  haut  et  en  bas, 
dans  une  étendue  d’un  centimètre;  et  de  cha¬ 
que  côté  la  muqueuse,  disséquée  de  manière  à 
la  séparer  du  tissu  cellulaire  péri-urétral,  fut 
réunie  aux  bords  correspondants  de  la  peau  par 
deux  points  de  suture  entortillée ,  les  épin¬ 
gles  se  trouvant  placées  aux  angles  des  lam¬ 
beaux.  Enfin,  au-dessus  du  méat  urinaire  ainsi 
rétabli,  la  peau  fut  ramenée  sur  les  corps  ca¬ 
verneux,  et  maintenue  par  deux  points  de  su¬ 
ture  entortillée.  Un  seul  point  suffit  pour  réu¬ 
nir  les  lèvres  cutanées  de  l’incision  au-dessous 
du  canal. 

«  Le  malade  alors  transporté  dans  son  lit, 
on  se  contenta,  pour  tout  pansement,  d’appli¬ 
quer  une  compresse  imbibée  d’eau  froide. 
Quatre  jours  après  l’opération  ,  les  sutures 
avaient  fait  obtenir  une  réunion  parfaite,  et 
l’on  put  enlever  les  épingles.  Les  applications 
froides  continuées  jusqu’au  4e  jour  furent 
remplacées  par  des  pansements  au  cérat.  En¬ 
fin  deux  cautérisations  avec  le  nitrate  d’argent 
furent  pratiquées,  pour  réprimer  quelques 
bourgeons  charnus  développés  dans  une  très 
petite  étendue  au  sommet  des  angles  supé¬ 
rieur  et  inférieur  de  la  division  du  canal. 

«  La  guérison  était  complète  le  12e  jour 
après  l’opération;  cependant  le  malade  est 
resté  à  l’hôpital  jusqu’au  7  février.  Alors  on 
a  pu  se  convaincre  de  l’établissement  parfait 
d’un  méat  urinaire  artificiel.  Du  reste ,  dans 
les  points  réunis  par  la  suture,  on  remarque 
des  cicatrices  linéaires  dont  la  solidité  a  déjà 


121 


REVUE  CRITIQUE. 


plusieurs  fois  été  mise  à  l’épreuve  par  des 
érections  assez  fréquentes.  » 

( Gazette  des  hôpitaux,  25  février.) 


Nouveau  traitement  de  l’hydrocèle,  par 
M.  Baudens.  —  Nous  ne  manquons  pas  as¬ 
surément  de  méthodes  et  de  procédés  pour  la 
cure  de  l’hydrocèle;  et,  en  définitive,  les  in¬ 
jections  de  vin  ou  d’iode  répondent  assez  bien 
aux  exigences  de  la  théorie  en  même  temps 
qu’aux  besoins  de  l’art.  M.  Baudens  toutefois 
est  fort  loin  d’en  juger  ainsi  ;  selon  lui,  la  mé¬ 
thode  des  injections  est  empirique ,  aveugle , 
expose  à  des  récidives  et  à  des  accidents  gra¬ 
ves;  le  trocart  est  un  instrument  brutal  et 
dangereux;  et  il  est  arrivé  à  M.  Baudens  lui- 
même  de  le  plonger  dans  le  testicule,  croyant 
pénétrer  seulement  dans  la  tunique  vaginale. 
En  vertu  de  toutes  ces  raisons,  M.  Baudens 
proscrit  l’instrument  et  la  méthode  tout  à  la 
fois.  Voyons  donc  ce  qu’il  propose  de  mettre 
à  la  place. 

Il  a  d’abord  substitué  au  trocart  une  aiguille 
à  acupuncture,  terminée  par  un  fer  de  lance, 
et  sur  laquelle  glisse  une  canule  métallique 
en  argent,  percée  d’une  ouverture  latérale  à 
sa  partie  moyenne.  On  introduit  cet  instru¬ 
ment  doucement  dans  la  tunique  vaginale,  soit 
en  haut,  soit  en  bas  ;  on  lui  en  fait  parcourir 
la  cavité  dans  son  plus  grand  diamètre,  et  on 
le  fait  ressortir  de  manière  à  embrocher  le 
scrotum  à  la  manière  d’un  séton  ;  alors  on 
retire  l’aiguille;  le  liquide,  trouvant  une  issue 
par  le  trou  dont  la  canule  est  percée  à  son 
centre,  s’échappe  par  les  deux  bouts  de  cette 
canule.  On  la  laisse  en  place,  en  l’assujétis- 
sant  à  l’aide  d’un  fil  de  coton  en  forme  de  8 
de  chiffre,  et  l’on  observe  ce  qui  va  se  passer. 

Pendant  les  premières  56  heures,  le  liquide 
s’écoule,  goutte  à  goutte,  à  mesure  qu’il  est 
sécrété.  Plus  tard  la  fistule  artificielle  se  ta¬ 
rit,  et  il  survient  une  tuméfaction  qui  se  déve¬ 
loppe  graduellement  sous  l’intluence  de  la  ca¬ 
nule,  qui  agit  comme  un  séton  en  même  temps 
qu’elle  donne  issue  au  liquide  à  la  manière 
d’une  fistule.  Quand,  après  cinq,  dix  ou  quinze 
jours,  cette  tuméfaction  paraît  profonde  et  suf¬ 
fisante  pour  amener  la  cure  de  l’hydrocèle,  on 
retire  la  canule.  Les  deux  petites  plaies  sup¬ 
purent  comme  deux  petits  cautères  fistuleux 
pendant  quelques  jours,  puis  elles  se  ferment 
avec  des  adhérences  profondes  sur  le  testi¬ 
cule. 

Mais  assez  souvent  la  présence  de  la  sonde 
est  insuffisante;  ce  dont  on  est  averti  parce 
que  la  tuméfaction  s’opère  dans  le  tissu  cel¬ 
lulaire  du  dartos  et  non  entre  les  feuillets  de 
la  tunique  vaginale.  Il  faut  alors  aider  au  dé¬ 
veloppement  de  l’irritation  en  insufflant ,  le 
deuxième  ou  troisième  jour  après  l’opération, 
de  l’air  dans  la  tunique  vaginale  fi  l’aide  de  la 


canule;  et  pour  empêcher  l’air  de  s’échapper, 
on  doit  fermer  la  canule  avec  une  tige  pleine. 
Le  lendemain  et  les  jours  suivants,  on  pousse 
de  nouveau  de  l’air,  si  le  degré  d’irritation 
n’est  pas  suffisant;  et  enfin,  si  l’air  restait 
sans  effet,  ce  qui  arrive  fort  rarement,  on 
injecterait  par  le  même  moyen  une  demi- 
cuillerée  de  vin. 

«  Sur  un  nombre  de  quatre-vingts  malades 
que  j’ai  guéris  par  ma  méthode,  dit  M.  Bau¬ 
dens,  il  ne  m’est  arrivé  qu’une  fois  sur  cinq 
de  recourir  fi  ce  dernier  expédient.  * 

Suivent  quatre  observations  dans  lesquelles 
la  guérison  a  eu  lieu  du  douzième  au  trente- 
quatrième  jour;  mais  le  traitement  n’est  pas 
tout-à-fait  aussi  simple  que  l’exposé  précé¬ 
dent  l’aurait  fait  croire.  Ainsi,  sur  le  premier 
sujet,  du  premier  au  septième  jour,  frictions 
avec  un  liniment  camphré  ;  du  huitième  au 
douzième,  frictions  avec  la  pommade  d’iodure 
de  plomb;  le  quatrième  jour  on  avait  eu  recours 
fi  l’injection  vineuse.  Chez  le  quatrième  il  fal¬ 
lut  faire,  le  cinquième  jour,  une  injection  vi¬ 
neuse  ;  puis  encore,  du  douzième  au  dix-sep¬ 
tième  jour,  cinq  injections  consécutives  avec 
l’eau  chlorurée  et  le  vin  aromatique  ;  et  les 
frictions  et  les  pommades  et  les  topiques  sem¬ 
blent  de  règle  dans  tous  les  cas. 

Tel  est  le  résumé  d’une  leçon  clinique  re¬ 
cueillie  au  Yal-de-Grâce  par  un  des  élèves  de 
M.  Baudens;  et,  en  conséquence,  nous  n’ose¬ 
rions  faire  porter  sur  le  professeur  même 
la  responsabilité  de  certaines  assertions  plus 
que  hasardées  qui  se  rencontrent  dans  ce 
compte-rendu  ,  et  qui  ne  sauraient  venir  d’un 
aussi  éminent  chirurgien.  Il  ne  nous  pa¬ 
raît  pas  possible  que  M.  Baudens  accuse  si  ré¬ 
solument  d’empirisme  la  méthode  jusqu’à  pré¬ 
sent  la  mieux  raisonnée  ;  qu’il  donne  comme 
nouvelle  la  reproduction  de  la  méthode  du 
séton,  si  justement  rejetée  pour  son  infidélité 
et  ses  dangers  ;  et  tout  ce  que  nous  voulons 
lui  attribuer,  c’est  la  loyauté  avec  laquelle  il 
reconnaît  que  dans  seize  cas  déjà  il  a  été 
obligé  de  renoncer  à  son  procédé  pour  reve¬ 
nir  aux  injections  vineuses  ou  autres,  comme 
la  quatrième  observation  en  offre  un  exem¬ 
ple.  Sans  doute  aussi,  si  lui-même  avait  tenu 
la  plume,  il  nous  aurait  dit  quelques  mots  des 
récidives  et  des  accidents  que  peut  entraîner 
son  procédé.  Nous  trouvons  d’ailleurs  dans 
un  journal  de  province  précisément  de  quoi 
remplir  cette  lacune. 

M.  Guépratte ,  chirurgien-major  de  la  ma¬ 
rine,  s’est  laissé  séduire  par  les  succès  trop 
tôt  proclamés  de  cette  périlleuse  rénovation; 
il  a  même  assez  bien  réussi  dans  un  premier 
essai,  sur  un  jeune  novice  qui  fut  guéri  en  16 
jours  ;  mais  deux  autres  tentatives  furent 
beaucoup  moins  heureuses.  Dans  l’un  de  ces 
deux  cas,  l’hydrocèle  reparut  au  bout  de  trois 
mois  aussi  volumineux  qu’auparavant  ;  l’autre 


122  ÎIEVÜE  CRITIQUÉ. 


cas  mérite  d'être  reproduit  avec  quelques  dé¬ 
tails. 

Il  s’agissait  d’un  apprenti  marin  affecté 
d’un  hydrocèle  volumineux  du  côté  droit,  sur¬ 
venu  à  la  suite  du  choc  d’une  poulie  contre  le 
scrotum  ;  le  sujet  était  dans  l’état  de  santé  le 
plus  florissant. 

«  Je  pratiquai  l’opération,  dit  M.  Guépratte, 
par  un  temps  sec  et  doux.  La  transparence  de 
la  tumeur  était  parfaite;  la  position  du  testi¬ 
cule  en  arrière,  en  dedans  et  en  bas,  ne  pou¬ 
vait  échapper  à  l’œil  le  plus  exercé;  j’enfonçai 
l’épingle  trois  quarts  le  plus  inférieurement 
possible,  et  obliquement  en  haut  et  en  dehors. 
Le  premier  jour,  bien-être  général;  le  blessé 
prend  une  soupe  légère.  Le  lendemain,  après 
une  nuit  de  rêvasseries,  des  frissons  se  ma¬ 
nifestent,  une  fièvre  intense  se  développe, 
une  inflammation  vive  s’empare  des  bourses 
et  met  dans  l’obligation  de  retirer  au  plus 
tôt  la  canule.  Une  saignée  générale,  des  ap¬ 
plications  de  sangsues,  des  bains  tièdes,  rien 
ne  put  l’arrêter  ;  elle  augmenta  au  point  de 
faire  craindre  une  gangrène  du  scrotum.  En¬ 
fin  la  tunique  vaginale  devint  le  siège  d’un 


abcès  qui  se  vida  par  les  deux  ouvertures 
fistuleuses  qu’avait  laissées  l’opération.  Ce 
jeune  homme  courut  des  dangers  réels,  et  il 
n’obtint  sa  guérison  qu’après  cinquante  jours 
d’hôpital.  » 

Un  autre  chirurgien-major  de  marine,  M.  le 
docteur  Potet ,  a  fait  aussi  deux  fois  cette 
opération  :  la  première  avec  un  succès  admi¬ 
rable,  la  deuxième,  selon  M.  Guépratte,  avec 
un  insuccès  complet ,  aussi  effrayant  que  ce¬ 
lui  dont  nous  venons  de  rendre  compte. 

M.  Guépratte  termine  son  compte- rendu  par 
les  réflexions  suivantes,  qui  nous  ont  paru 
bonnes  h  reproduire: 

«  Les  praticiens  ne  sauraient  mettre  trop 
de  sincérité  dans  leurs  écrits  ;  ils  ne  devraient 
jamais  signaler  les  avantages  d’un  traitement 
sans  mettre  en  regard  les  désavantages,  quels 
qu’ils  soient.  Oublier  ces  derniers,  c’est  des¬ 
servir  la  science,  c’est  manquer  au  devoir  le 
plus  sacré,  trahir  l’humanité  qui  réclame 
d’eux  protection  et  secours.  » 

(Gazette  des  Hôpitaux,  11  et  16  février 
1843.  —  Gazette  médic.  de  Montpel¬ 
lier,  1er  mars  1843). 


Obstétrique* 


Rupture  de  l’utérus  pendant  le  travail 
de  l’accouchement.  Opium  à  haute  dose .  Gué¬ 
rison.  —  Il  n’est  pas  d’accident  de  la  parturi- 
tion  plus  redoutable  que  les  ruptures  de  l’u¬ 
térus  ,  et  pourtant  la  mort  n’en  est  pas  tou¬ 
jours  la  conséquence.  Les  annales  de  la  science 
renferment  déjà  bon  nombre  d’exemples  de 
guérisons,  sans  doute  favorisées  par  l’art,  mais 
surtout  opérées  par  la  nature ,  en  voici  un 
nouveau  que  nous  enregistrons  d’autant  plus 
volontiers,  qu’il  nous  donnera  occasion  d’a¬ 
jouter  quelques  remarques  utiles. 

L’observation  est  rapportée  par  le  docteur 
Mitchell  dans  le  numéro  de  janvier  dernier 
du  Dublin  journal  of  medical  sciences  : 

«  B.  R. ,  âgée  de  58  ans ,  mère  de  six  en¬ 
fants  vivants,  fut  reçue,  le  18  septembre  1842, 
à  neuf  heures  du  soir.  Vers  le  sixième  mois 
de  sa  grossesse ,  elle  avait  ressenti  une  très 
vive  douleur  à  la  partie  antérieure  et  infé¬ 
rieure  de  l’abdomen,  et  deux  fois,  à  15  jours 
d’intervalle,  elle  avait  eu  un  écoulement  fé¬ 
tide  par  le  vagin.  A  son  entrée,  l’orifice  était 
dilaté  d’un  pouce  environ;  le  sommet  se  pré- 
sentait  en  position  occipito-postérieurc.  A  trois 
heures  du  matin ,  les  douleurs,  vives  et  rap¬ 
prochées,  avaient  grandement  dilaté  l’orifice 
dont  la  circonférence  égalait  celle  d’une  tasse 
à  thé.  Il  y  avait  alors  beaucoup  d’agitation  et 
de  malaise  qui ,  à  sept  heures  du  matin ,  fu¬ 
rent  tout  à  coup  remplacés  par  une  prostra¬ 
tion  considérable.  Bientôt  des  vomissements 
muqueux  et  bilieux  sc  déclarèrent ,  le  pouls 


radial  devint  presque  insensible,  les  extrémi¬ 
tés  froides,  les  yeux  abattus  et  vitreux.  Un 
grand  verre  de  punch  chaud  fut  administré 
par  petites  doses;  puis,  de  l’avis  et  avec  le 
secours  du  docteur  Beatty,  on  procéda  à  l’ap¬ 
plication  du  forceps  ;  mais  la  tête  n’ayant  pu 
être  convenablement  saisie  ni  retenue,  la  per¬ 
foration  fut  décidée,  pratiquée,  et  la  tête  ex¬ 
traite  sans  beaucoup  de  difficulté.  Après,  l’ex¬ 
traction  du  placenta,  on  reconnutune  déchirure 
à  l’union  de  la  partie  antérieure  du  col  avec 
l’orifice.  L’utérus  se  rétracta  fortement,  et  au¬ 
cune  anse  intestinale  ne  s’échappa  à  travers 
la  déchirure.  » 

La  faiblesse  extrême  du  pouls,  la  douleur 
de  l’abdomen,  la  tympanite,  la  rétention  d’u¬ 
rine  furent  les  premiers  symptômes  mar¬ 
quants  qui  suivirent.  L’opium  à  doses  élevées 
et  rapprochées ,  par  la  bouche  et  en  lave¬ 
ments,  puis  le  calomel  uni  à  l’opium,  furent 
les  premiers  moyens  employés.  Après  l’effet 
purgatif,  une  diarrhée  opiniâtre  se  déclara  et 
résista  pendant  quinze  jours  malgré  l’opium 
continué  à  fortes  doses.  Trois  circonstances 
sont  encore  à  noter  dans  cette  histoire  :  1°  le 
sixième  jour,  un  gonflement  inflammatoire  du 
côté  droit  du  col,  qui  céda  à  l’emploi  des  cata¬ 
plasmes;  2°  le  quinzième  jour,  l’écoulement 
par  le  vagin  de  deux  pintes  d’un  liquide  mu- 
co -purulent  très  fétide,  qui  se  renouvela  très 
abondant  encore  le  jour  suivant,  et  continua 
pendant  quelque  temps  en  diminuant  de  quan¬ 
tité;  3°  vers  le  vingt-troisième  jour,  du  fris- 


REVUE  CRITIQUE. 


son,  du  malaise,  de  l’agitation,  puis  de  la  pros¬ 
tration  avec  vomissements  et  petitesse  du 
pouls,  symptômes  graves  qui  se  dissipèrent 
pourtant  promptement.  Rien  n’entrava  ensuite 
la  convalescence ,  et  l’état  de  cette  femme 
était  très  satisfaisant  lorsque,  le  trente-unième 
jour,  elle  quitta  la  maison.  Elle  avait  pris 
pendant  les  quinze  premiers  jours  55  grains 
d’opium  solide  et  plus  de  400  gouttes  de  lau¬ 
danum.  C’est  à  ces  hautes  doses  que  l’auteur 
attribue  le  relâchement  de  l’utérus  qui  suc¬ 
céda  à  la  rétraction  énergique  qui  avait  suivi 
l’accouchement.  Il  fut  tel,  dit-il,  que  l’organe 
reprit  le  volume  qu’il  avait  dans  l’état  de 
grossesse. 

Je  n’ai  omis,  dans  cet  extrait,  aucune  des 
circonstances  importantes  signalées  par  l’au¬ 
teur.  Qu’on  ne  m’accuse  donc  pas  des  la¬ 
cunes  qu’on  remarquera  dans  cette  obser¬ 
vation.  Quelle  était  l’étendue  de  la  déchi¬ 
rure?  Quelle  était  sa  direction?  verticale  ou 
transversale?  à  quelle  profondeur  pénétrait- 
elle  ?  le  péritoine  était-il  ou  non  resté  in¬ 
tact?  à  quelle  hauteur  était  la  tête  quand 
l’application  du  forceps  fut  tentée?  l’enfant 
était-il  vivant  ou  mort?  On  a  lieu  de  croire, 
en  raison  du  glissement  du  forceps ,  que  la 
tête  était  haute  et  n’avait  pas  franchi  l’orifice. 
S’il  en  était  ainsi,  et  si  l’enfant  vivait,  pour¬ 
quoi  n’avoir  pas  tenté  la  version?  La  tête 
n’ayant  pas  traversé  l’orifice  au  moment  où 
les  accidents  annonçant  la  rupture  ont  éclaté, 
il  est  à  présumer  que  la  solution  de  continuité 
était  transversale.  Les  déchirures  verticales 
du  col  s’opèrent  en  effet  sous  l’effort  excen¬ 
trique  de  la  tête  au  moment  où  elle  franchit. 
La  direction  transversale  de  la  solution  de 
continuité,  si  telle  elle  était  en  effet,  me  sem¬ 
ble  devoir  permettre  une  tentative  de  ver¬ 
sion  ,  et  on  aurait  lieu  de  s’étonner  qu’on 
n’eût  point  délivré  la  femme  de  cette  manière, 
si  on  ne  savait  le  peu  d’hésitation  des  accou¬ 
cheurs  anglais  à  sacrifier  l’enfant.  La  perfo¬ 
ration  convenait  au  contraire  parfaitement  si 
l’enfant  avait  cessé  de  vivre,  d’autant  plus 
que  le  volume  exagéré  de  la  tête  (  circon¬ 
stance  importante  dont  Mitchell  ne  fait  au¬ 
cune  mention)  avait  peut-être  été,  chez  une 
femme  déjà  mère  de  six  enfants,  sinon  l’uni¬ 
que  cause,  au  moins  une  des  principales  cau¬ 
ses  de  l’accident.  J’admettrai  volontiers  avec 
l’auteur  que  la  douleur  éprouvée  par  la  femme 
pendant  sa  grossesse  peut  faire  soupçonner 
une  altération  préexistante  du  tissu  utérin , 
prédisposition  absolument  nécessaire,  suivant 
quelques  auteurs ,  à  la  production  de  toute 
rupture  de  l’utérus. 

A  quoi  devons-nous  attribuer  la  guéri¬ 
son  de  cette  femme?  Mitchell  n’hésite  pas  à 
en  faire  honneur  à  l’opium  à  haute  dose.  Nous 
constaterons  au'  moins  l’innocuité  du  médica¬ 
ment  qui  n’a  pas  déterminé  de  narcotisme, 


123 

et  nous  signalerons  en  même  temps  son  im¬ 
puissance  contre  la  diarrhée.  Ne  se  serait-il 
dépouillé  de  ses  vertus  narcotique  et  astrin¬ 
gente  que  pour  revêtir  une  vertu  médicatrice 
spéciale?  Si  cela  est,  Mitchell  ne  nous  a  rien 
révélé  sur  ce  mode  d’action  si  nouveau.  Qu’à 
la  suite  d’une  perforation  de  l’intestin  dans  la 
convalescence  d’une  fièvre  typhoïde,  l’opium  à 
haute  dose,  en  paralysant  le  canal,  prévienne 
l’expulsion  des  matières  à  travers  la  solution 
de  continuité,  je  le  conçois  fort  bien,  et  je 
trouverai  là  une  raison  ou  au  moins  une  ex¬ 
cuse  à  l’administration  de  fortes  doses  du  mé¬ 
dicament.  Mais  y  a-t-il  ici,  comme  le  croit  l’au¬ 
teur,  similitude  ou  seulement  analogie?  Je  n’en 
vois  que  dans  le  relâchement  des  deux  organes 
déchirés.  Quel  bien  peut-on  attendre  du  rel⬠
chement  de  l’utérus  après  une  rupture  de  cet 
organe?  Si  le  péritoine  est  resté  intact  (et 
l’on  conçoit  qu’il  en  avait  pu  être  ainsi  dans 
le  cas  de  Mitchell),  le  défaut  de  rétractilité 
ne  laissera-t-il  pas  l’ouverture  béante ,  et  les 
vaisseaux,  plus  largement  ouverts  au  niveau 
de  la  déchirure,  ne  verseront-ils  pas  une  plus 
grande  quantité  de  sang?  L’accumulation  trop 
considérable  de  ce  liquide  dans  le  foyer  ne 
pourra-t-elle  pas  produire  quelque  déchirure 
fatale  de  la  seule  barrière  qui  s’oppose  à  l’é¬ 
panchement  dans  la  cavité  péritonéale  elle- 
même  ?  Si  l’opium  n’agissait  qu’après  l’occlu¬ 
sion  des  vaisseaux  par  des  caillots  protecteurs, 
s’il  avait  pour  résultat,  en  entretenant  à  la  fois 
la  dilatation  de  l’ouverture  accidentelle  et 
celle  de  l’orifice  utérin,  de  laisser  aux  liqui¬ 
des  épanchés  sous  le  péritoine  une  issue  fa¬ 
cile  par  le  vagin,  je  comprendrais  le  but  qu’on 
se  propose  par  son  administration.  En  tous 
cas  ,  on  s’étonnerait  qu’ici  ce  n’ait  été  qu’au 
bout  de  quinze  jours  que  des  écoulements 
muco-purulents ,  provenant  sans  doute  du 
foyer  et  résultant  de  l’inflammation  qui  s’y 
était  développée,  se  soient  fait  jour  à  l’exté¬ 
rieur  et  qu’ils  aient  fait  en  quelque  sorte  ir¬ 
ruption  tout  à  coup.  Dans  le  cas  de  ruptures 
qui  intéressent  le  péritoine  en  même  temps 
que  les  autres  couches  de  l’utérus,  quels  peu¬ 
vent  être  les  avantages  du  relâchement  pro¬ 
duit  par  l’opium?  Les  inconvénients  ne  sont- 
ils  pas  évidents?  L’inflammation  du  péritoine 
n’est-elle  pas  l’accident  consécutif  le  plus  à 
craindre,  et  entretenir,  par  le  relâchement  de 
l’utérus,  la  solution  de  continuité  large  et 
béante,  n’cst-ce  pas  favoriser  l’épanchement 
si  propre  à  développer  cette  inflammation  ? 
Cherchons  donc  ailleurs  que  dans  l’effet  pro¬ 
duit  sur  la  rétractilité  de  l’organe  les  bons  ré¬ 
sultats  de  l’administration  de  l’opium  à  hau¬ 
tes  doses.  Ce  médicament  a  été  administré 
dans  nos  hôpitaux,  à  des  doses  aussi  consi¬ 
dérables,  par  M.  Malgaigne,  dans  des  cas  de 
plaies  étendues  et  à  la  suite  de  graves  obser¬ 
vations  chirurgicales  ;  et  M.  Malgaigne  le  re- 


124  REVUE  CRITIQUE. 

garde  comme  un  moyen  précieux  pour  empê¬ 


cher  l’inflammation  de  se  développer.  Au¬ 
rait-il  agit  de  cette  manière  dans  l’obser¬ 
vation  de  Mitchell?  Ou  bien  ,  après  avoir 
conjuré  l’un  de  ces  premiers  accidents,  h 
lui  seul  si  souvent  fatal,  le  trouble  nerveux , 
place-t-il  les  femmes  dans  des  conditions  as¬ 
sez  favorables  pour  que  la  nature  suffise  à 
l’œuvre  qu’elle  n’eût  pu  accomplir  sans  ce  se¬ 
cours  préalable?  En  tous  cas,  l’exemple  du 
docteur  Mitchell  doit  encouragera  ne  pas  res¬ 
ter  inactif  dans  ces  circonstances  graves  , 
mais  non  tout-à-fait  désespérées,  où  l’art  se 
trouve  peut-être  plus  compromis  encore  en 
s’abstenant  qu’en  agissant. 


Hémorrhagie  dépendant  de  l’implantation 
dit  placenta  sur  l’orifice  de  la  matrice.— 
Mitchell  rapporte  (l.  c )  qu’il  fut  appelé  au¬ 
près  d’une  femme  perdant  depuis  le  début  du 
travail.  L’hémorrhagie  avait  été  déjà  très  con¬ 
sidérable,  et  l’écoulement  continuait  à  se  re¬ 
produire  à  chaque  douleur.  Il  trouva  beau¬ 
coup  de  caillots  dans  le  vagin,  et  une  portion 
de  placenta  de  deux  pouces  de  circonférence 
saillante  à  travers  l’orifice  et  paraissant  déta¬ 
chée  de  la  partie  antérieure  du  col,  sur  laquelle 
se  continuait  le  reste  de  la  masse,  sans  em¬ 
piéter  du  tout  sur  la  partie  postérieure.  L’ori¬ 
fice  était  très  rigide  et  dilaté  de  huit  à  dix  li¬ 
gnes  seulement;  les  douleurs  étaient  vives  et 
rapprochées.  Mitchell  remarqua  qu’à  chaque 
douleur  la  tête  était  fortement  poussée  contre 
la  portion  de  placenta  détachée,  et  qu’à  chaque 
douleur  aussi  l’hémorrhagie  allait  en  dimi¬ 
nuant.  A  un  second  examen ,  il  fut  évident 
que  le  placenta  était  fortement  comprimé 
contre  le  pubis  par  la  tête  à  mesure  qu’elle 
descendait ,  et  bientôt  l’hémorrhagie  cessa 
complètement.  Les  contractions,  devenues 
beaucoup  plus  fortes,  ne  tardèrent  pas  à  ex¬ 
pulser  l’enfant  qui  était  mort.  Le  placenta 
suivit  cinq  minutes  après.  L’hémorrhagie  ne 
se  reproduisit  pas,  et  la  femme  se  rétablît  par¬ 
faitement,  mais  un  peu  lentement,  à  cause  de 
la  débilité  produite  par  la  perte  considérable 
de  sang  qu’elle  avait  éprouvée. 

Il  manque  à  cette  observation  ,  dont  j’ai 
donné  toute  la  substance,  un  détail  important 
que  je  m  étonne  de  ne  point  trouver  dans  la 
relation  de  Mitchell  :  il  n’est  fait  aucune  men¬ 


tion  de  la  rupture  des  membranes.  Dans  ces 
hémorrhagies  utérines  .graves  que  les  accou¬ 
cheurs  anglais  désignent  sous  le  nom  d 'inévi¬ 
tables,  et  qui  réclament  si  impérieusement 
les  secours  de  l’art,  la  nature  se  suffit  quel¬ 
quefois  à  elle-même.  C’est  par  la  rupture 
spontanée  des  membranes  et  à  l’aide  de  la 
rétraction  de  l’utérus  qui  en  résulte,  que  l’hé¬ 
morrhagie  diminue  et  tend  à  s’arrêter  d’elle- 
même.  La  compression  exercée  par  la  tête 
sur  le  placenta  décollé ,  particulièrement , 
comme  le  remarque  Mitchell,  lorsqu’il  est  si¬ 
tué  en  avant,  et  par  l’intermédiaire  du  pla¬ 
centa  sur  les  vaisseaux  utérins  encore  béants, 
n’est  qu’un  effet  consécutif,  mais  qui  com¬ 
plète  le  premier.  L’observation  que  je  viens 
de  rapporter  et  dont  l’auteur  ne  me  paraît 
pas  avoir  fait  ressortir  toute  la  valeur,  me 
semble  essentiellement  propre  à  démontrer 
les  avantages  d’une  méthode  justement  vantée 
par  Rigby,  et  dont  personne  en  France  n’a 
mieux  démontré  l’efficacité  que  M.  le  profes¬ 
seur  P.  Dubois  :  je  veux  parler  de  la  rupture 
artificielle  des  membranes,  de  cette  méthode 
à  laquelle  un  célèbre  accoucheur  français  du 
dernier  siècle  avait  attaché  son  nom,  que  nos 
voisins  d’outre-mer  ont  étendue,  mais  qui  n’a 
nulle  part  été  aussi  largement  et  aussi  habile¬ 
ment  employée  qu’à  la  Clinique  d’accouche¬ 
ment.  Ce  que  la  nature  a  fait  ici,  l’art  eût  été 
appelé  à  le  faire,  si  les  membranes  eussent  été 
entières  à  l’arrivée  de  Mitchell.  Le  cas  n’é¬ 
tait-il  pas  en  effet  des  plus  favorables?  La 
partie  postérieure  de  l’orifice  était  libre,  et  de 
ce  côté  les  membranes  eussent  été  accessibles. 
La  tête  se  présentait.  Que  pouvait-on  désirer 
de  plus?  Toutes  les  conditions  de  succès  réu¬ 
nies,  le  retrait  facile  à  obtenir,  la  compression 
efficace  qui  devait  suivre,  ne  pouvaient  laisser 
incertain  un  praticien  aussi  habile  que  Mit¬ 
chell.  Le  peu  de  dilatation  et  la  rigidité  de  l’o¬ 
rifice  au  moment  de  la  rupture  des  membra¬ 
nes  n’ont  pas  nui,  comme  on  le  voit,  au  succès 
de  la  méthode,  et  c’est  une  remarque  que  je 
tiens  à  faire  pour  rassurer  ceux  que  de  sem¬ 
blables  conditions  pourraient  arrêter.  La  vi¬ 
vacité  et  la  fréquence  des  contractions  utéri¬ 
nes  n’ont  pas  peu  contribué  à  l’heureuse  issue 

de  ce  cas.  Dans  des  conditions  moins  favora- 

• 

blés  sous  ce  rapport ,  le  seigle  ergoté  rend , 
comme  on  sait,  d’éminents  services. 


Pliamsameologie  ©lasa*Mi*^i©a'Se. 


Sur  l  emploi  de  la  pommade  au  chloro- 
iodure  de  mercure,  et  sur  la  nature  et  la  pré¬ 
paration  de  ce  produit.  —  M.  Récamier  a  eu 
la  pensée  d’employer  une  pommade  obtenue 
en  unissant  î’iodure  et  le  chlorure  de  mercure; 
il  annonce  avoir  retiré  les  effets  les  plus  avan¬ 


tageux  de  cette  préparation  pour  résoudre  les 
tumeurs  du  sein.  Voici  la  formule  qu’il 
adopte  : 

Chloro-iodure  de  mercure..  10  centigrani. 

Axonge  ou  cératsans  eau..  10  gram. 

Mêler  avec  le  plus  grand  soin. 


BULLETIN. 


125 


On  fait  chaque  jour  une  ou  deux  frictions 
avec  un  gramme  de  cette  pommade. 

Voici  le  procédé  qui  a  été  employé  à  la  phar¬ 
macie  de  M.  Caventou  pour  obtenir  le  chloro- 
lodure  de  mercure  : 

On  prend:  bi-iodure  de  mercure  et  bi-chlo- 
rure  de  mercure,  de  chaque  parties  égales  ;  on 
fait  dissoudre  le  bi-chlorure  de  mercure  dans 
suffisante  quantité  d’alcool  à  40°.  On  ajoute 
alors  le  bi-iodure  qui  se  dissout  en  partie  dans 
l’alcool  à  l’aide  du  bi-chlorure;  on  évapore  le 
produit  dans  une  capsule,  et  l’on  obtient  ainsi  un 
résidu  pulvérulent  d’une  couleur  rouge.  Quelle 
est  la  nature  de  ce  produit?  Elle  est  évidem¬ 
ment  complexe.  J’ai  fait  dissoudre  dans  l’al¬ 
cool  bouillant  les  proportions  indiquées  de 
bi-chlorure  et  de  bi-iodure  de  mercure,  et  j’ai 
obtenu,  par  le  refroidissement  et  par  évapo¬ 
ration  spontanée  d’une  partie  de  l’alcool,  deux 
produits  distincts  :  1°  des  cristaux  jaunes,  ré¬ 
sultant  de  la  combinaison  dç  l’iodure  de  mer¬ 
cure  avec  le  chlorure  ;  2°  des  petits  cristaux 
microscopiques  de  bi-iodure  de  mercure.  Il 
est  évident,  d’après  cela,  que  le  sel  employé 
par  M.  Récamier  est  un  mélange  de  bi-chloro- 
iodure  de  mercure  et  de  bi-iodure  de  mer¬ 
cure.  Quoi  qu’il  en  soit  de  sa  constitution,  ce 
sel  est  un  des  composés  mercuriels  des  plus 
énergiques  ;  il  est  certainement  plus  actif  que 
les  deux  composants  pris  isolément. 

On  connaît  deux  combinaisons  définies  de 
bi-chloro-iodure  de  mercure  :  l’une  décrite  par 
P.  Boullay  est  jaune  et  contient  37,63  parties 
de  chlorure  et  62,37  d’iodure,  lesquels  ren¬ 
ferment  la  même  quantité  de  mercure  ;  l’au¬ 
tre,  obtenue  par  J.  Liebig,  se  présente  sous 
forme  de  cristaux  bleus  dendritiques,  dans  les¬ 
quels  l’iodure  est  combiné  avec  deux  fois  au¬ 
tant  de  chlorure  que  dans  le  précipité  jaune. 


Caoutchouc  révulsif  (Remuer er) .  —  On 


prend  des  bandes  de  caoutchouc  de  la  longueur 
nécessaire  ;  avec  l’extrémité  d’un  poinçon 
mousse  on  fait  dans  ces  bandes  des  trous  de 
la  grosseur  d’un  pois,  trous  qui  sont  plus  ou 
moins  espacés,  et  dans  lesquels  sont  placés  de 
petits  fragments  de  pâte  de  Vienne.  Quand  la 
bandelette  est  appliquée  sur  la  peau,  on  l’y 
laisse  dix  minutes ,  une  demi-heure,  suivant 
l’effet  qu’on  veut  obtenir. 

Le  caoutchouc  révulsif  a  une  action  prompte, 
énergique ,  qu’on  peut  limiter  â  volonté. 
M.  Kemmerer  préfère  ce  moyen  à  l’huile  do 
croton  en  frictions ,  ou  à  la  pommade  d’Au- 
tenrieth.  Mais  le  caustique  Filhos,  dont  l’em¬ 
ploi  est  très  facile,  peut  certainement  rem¬ 
placer  avec  avantage  le  caoutchouc  révulsif. 


PAPIER  DÉRIVATIF  RHUMATISMAL  (Berg). 

Euphorbe .  30  gram. 

Cantharides .  15 

Alcool .  150 

Faites  digérer  8  jours,  puis  ajoutez  : 

Colophane .  60  gram. 

Térébenthine .  50 

On  enduit  du  papier  fin  avec  trois  couches 
de  ce  vernis. 


PAPIER  DÉRIVATIF  (Pirwitz). 


Poudre  de  cantharides..  15  gram. 

Résine,  de  gaïac .  100 

Galbanum .  100 

Alcool .  200 

Faites  digérer  8  jours,  puis  ajoutez  : 

Térébenthine  de  pin...  80  gram. 
id.  de  mélèze.  30* 


F.  s.  a.  Appliquer  ce  vernis  sur  du  papier. 
Plusieurs  couches  de  vernis  sont  nécessaires. 
Employé  comme  les  emplâtres  de  poix  de 
Bourgogne. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


HYPERTROPHIE  DU  CUIR  CHEVELU,  ([Ul  fit  rendu 

mie  opération  nécessaire ,  par  le  docteur 

Abel  Robert,  de  Chaumont  (Haute-Marne.) 

Le  cas  suivant  présente  un  exemple  rare 
en  pathologie,  et  peut-être  unique  en  méde¬ 
cine  opératoire. 

Mlle  Renaud,  âgée  de  18  ans,  d’un  tem¬ 
pérament  sanguin ,  n’a  eu  d’autre  affection 
qu’une  maladie  du  cuir  chevelu  que  ses  pa¬ 
rents  désignent  par  le  nom  de  feux.  Cette  af¬ 
fection  ,  qui  est  survenue  à  l’âge  de  14  ans  , 
a  duré  six  mois,  et  s’est  guérie  sans  autre 
traitement  que  des  soins  de  propreté.  Elle 
laissa  quelques  parties  de  la  tête,  notamment 


le  sommet,  dégarnies  de  cheveux.  Vers  l’âge  de 
16  ans,  la  malade  commença  à  s’apercevoir  que 
le  peigne  était  arrêté  par  un  bourrelet  charnu 
qui  s’étendait  d’un  côté  à  l’autre  delà  tête;  ce 
bourrelet  augmentant  de  jour  en  jour,  elle  fut 
obligée  de  taire  couper  ses  cheveux ,  étant 
dans  l’impossibilité  de  se  peigner.  C’est  alors 
qu’elle  me  consulta.  Je  trouvai  la  tête  dans 
l’état  suivant  :  à  partir  d’une  ligne  circulaire 
qui  commencerait  à  la  suture  fronto-parié- 
tale,  et  se  dirigerait  de  l’un  et  l’autre  côté 
vers  la  bosse  occipitale  externe,  en  passant 
au-dessus  des  oreilles,  le  cuir  chevelu  est 
manifestement  épaissi,  charnu,  mou;  le  doigt 
y  enfonce  comme  il  le  ferait  à  la  cuisse;  il 


126 


BIBLIOGRAPHIE. 


est  très  mobile,  de  manière  qu’on  peut  le 
prendre  à  pleine  main.  Cet  épaississement  va 
en  augmentant  jusqu’au  sommet  de  la  tête; 
dans  cette  partie,  le  cuir  chevelu  se  détache 
complètement  des  os,  et  forme  une  coiffe 
froncée  présentant  des  circonvolutions  sem¬ 
blables  à  celles  des  petits  intestins.  Le  fond 
des  sillons  qui  séparent  ces  circonvolutions 
est  plus  mince,  d’un  blanc  mat;  il  est  entière¬ 
ment  dépourvu  de  cheveux,  et  rempli  d’une 
manière  sébacée  d’une  odeur  nauséeuse. 

Je  proposai  de  retrancher  une  partie  du 
cuir  chevelu  ,  on  accepta  avec  joie,  et  le  1er 
octobre  1842,  je  procédai  à  l’opération.  Le 
cuir  chevelu  étant  rasé,  je  commençai  l’inci¬ 
sion  à  5  centimètres  environ  au-dessus  de  l’apo¬ 
physe  mastoïde  gauche;  puis,  dirigeant  le  bis¬ 
touri  d’arrière  en  avant,  vers  le  sommet  de  la 
tcte,  je  passai  sur  la  bosse  pariétale  gauche; 
arrivé  sur  la  suture  sagittale,  je  dirigeai  l’in¬ 
cision  d’avant  en  arrière  vers  l’apophyse  mas¬ 
toïde  droite,  en  passant  sur  la  bosse  pariétale  du 
même  côté.  Parvenu  à  5  centimètres  de  cette 
apophyse,  et  sans  quitter  le  bistouri,  je  prati¬ 
quai  une  nouvelle  incision  qui  venait  aboutir 
au  point  de  départ  de  la  première,  en  passant 
sur  l’angle  supérieur  de  l’occipital.  J’enlevai 
toute  la  portion  comprise  entre  ces  deux  in¬ 
cisions.  Il  s’écoula  une  énorme  quantité  de 


sang;  des  lotions  avec  de  l’eau  froide,  et  le 
rapprochement  des  bords  de  la  plaie  suffirent 
pour  faire  cesser  l’hémorrhagie  ;  aucune  li¬ 
gature  ne  fut  faite.  Je  réunis  par  quelques 
points  de  suture,  et  pansai  avec  des  plumas¬ 
seaux  de  charpie,  séparés  de  la  plaie  par  une 
compresse  fenêtrée. 

Le  lambeau  avait  une  longueur  de  19 
centimètres  sur  une  largeur  de  8  à  9  :  dans 
sa  plus  grande  épaisseur,  qui  est  de  15  à  18 
centimètres,  il  est  charnu,  mou,  mais  sans 
altération  de  texture.  Dans  la  partie  qui  for¬ 
me  le  fond  des  circonvolutions,  il  est  dense 
et  n’a  qu’une  épaisseur  de  4  millimètres.  Les 
cheveux  sont  rares,  mais  ne  diffèrent  en  rien 
de  ceux  qui  couvrent  le  reste  de  la  tête. 

Vingt-quatre  heures  après  l’opération,  il  sur¬ 
vint  un  mouvement  fébrile  violent,  avec  cé¬ 
phalalgie  frontale  insupportable,  vomissements 
de  matières  bilieuses  et  sentiment  de  défail¬ 
lance  ;  une  large  saignée  fut  pratiquée  ;  les 
accidents  diminuèrent  peu  à  peu  d’intensité, 
et  au  bout  de  huit  jours  la  plaie  était  entière¬ 
ment  cicatrisée. 

Actuellement,  le  cuir  chevelu  présente  en¬ 
core  plus  d’épaisseur  que  dans  l’état  normal  ; 
mais  il  adhère  partout  aux  os,  et  ne  présente 
plus  aucune  espèce  de  saillie. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Ueber  die  wiedererzeugung  der  krystal- 
linse.  —  De  la  reproduction  du  cristal¬ 
lin  après  l’opération  de  la  cataracte,  par 
M.  Textor,  fils.  Diss.  inaurj.  —  Würzburg, 
1842.  Il  n’est  fait  aucune  mention  de  la 
reproduction  du  cristallin  après  l’opération 
de  la  cataracte  dans  les  anciens  auteurs 
et  jusqu’aux  temps  les  plus  modernes,  puis¬ 
que  Scarpa  lui-même  l’ignorait,  tout  en  éta¬ 
blissant  qu 'après  l’opération  de  la  cata¬ 
racte  l’humeur  vitrée  prenait  sa  place.  Le 
premier  qui  ait  observé  ce  phénomène  est 
Vrolik,  qui  vit  à  Amsterdam,  en  1801,  sur  un 
homme  de  81  ans  qui  avait  été  opéré  de 
la  cataracte  10  ans  auparavant  et  qui  avait 
conservé  la  vue,  une  véritable  reproduction 
du  cristallin  sous  la  forme  d’une  masse  assez 
informe,  transparente,  mais  devenant  opaque 
par  l’action  de  l’alcool,  et  entièrement  conte¬ 
nue  dans  la  capsule  cristalline.  L’observation 
très  précise  de  Vrolik  demeura  ignorée  ou  fut 
oubliée  parles  savants,  car,  jusqu’en  1825,  il 
ne  fut  parlé  ni  de  Vrolik  ni  du  phénomène 
qu’il  avait  constaté.  En  1825  vinrent  les  ex¬ 
périences  très  positives  à  l’égard  de  la  repro¬ 
duction  du  cristallin  de  MM.  Leroy  d’Etiolle  et 
Cocteau.  Depuis  lors  l’attention  des  ophtal¬ 


mologistes  fut  dirigée  vers  ce  phénomène;  et 
en  1828,  M.  Sœmmerring  fils  publia  une  série 
d’observations  qui  mirent  hors  de  doute  la 
reproduction  du  cristallin  après  l’opération  de 
la  cataracte.  Nous  reviendrons  tout  à  l’heure 
sur  les  particularités  de  cette  reproduction,  et 
nous  les  retrouverons  dans  les  observations 
de  M.  Textor,  qui  sont  toutes  entourées  d’un 
degré  d’authenticité  incontestable.  Après  Sœm¬ 
merring  les  observations  abondent  en  Allema¬ 
gne.  Siebold,  Radius,  Mayer,  Retzius,  les 
hommes  les  plus  distingués  en  ont  publié 
des  exemples.  En  France,  on  est  resté  depuis 
les  expériences  de  MM.  Leroy  d’Etiolle  et 
Cocteau  parfaitement  indifférent  à  ce  fait.  Il 
est  vrai  que,  sous  le  rapport  pratique,  il  n’est 
pas  d’une  importance  absolue  ;  mais  ce  n’en 
est  pas  moins  sous  le  rapport  physiologique  un 
fait  aussi  curieux  qu’intéressant. 

MM.  Textor  père  et  fils  ont  eu  l’occasion 
d’observer  sur  6  individus  la  reproduction  du 
cristallin;  et  ce  sont  ces  6  individus  qui  for¬ 
ment  la  base  du  travail  de  M.  Textor  fils.  Nous- 
ne  reproduirons  que  deux  de  ces  observations 
qui  donneront  une  idée  suffisante  du  phéno¬ 
mène  dont  il  est  question. 
ire  observation.— Homme  de  71  ans;— ca- 


127 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


ta racte-  lenticulaire  de  l’œil  droit  survenue  à 
la  suite  de  douleurs  vives  de  la  tête  cata¬ 
racte  commençante  de  l’œil  gauche.  Opération 
par  kératonyxis  le  22  mai  1828.  —  Après 
l’opération,  douleurs  vives  dans  l’œil  opéré; 
iritis.— Oblitération  de  la  pupille  par  de  faus¬ 
ses  membranes,  et  adhérences  de  l’iris  avec 
la  capsule. — Sorti  le  3  juillet  non  guéri. — 
Le  1er  juin  1829 ,  cataracte  lenticulaire  de 
l’œil  gauche  ,  opérée  le  11  par  kératonyxis;  et 
guérison  le  1er  octobre  avec  conservation  de 
la  vision.  —  Mort  au  dépôt  de  mendicité  en 
1836.  —  A  l’autopsie,  on  trouva  la  pupille  du 
côté  droit  obturée  par  les  restes  de  la  cata¬ 
racte  et  des  filaments  pseudo-membraneux  or¬ 
ganisés.  Dans  l’œil  gauche,  où  la  vision  s’était 
conservée  jusqu’à  la  mort,  on  trouva  au  fond 
du  corps  vitré  la  cataracte  autrefois  abaissée 
et  réduite  au  volume  d’une  grosse  tête  d’épin¬ 
gle  de  couleur  brunâtre.  —  On  ne  put  rien  dis¬ 
tinguer  dans  la  cavité  située  derrière  la  pu¬ 
pille.  Mais,  après  avoir  laissé  séjourner  la  ca¬ 
taracte  pendant  vingt-quatre  heures  dans  l’al¬ 
cool,  on  remarqua  immédiatement  derrière  la 
pupille  un  véritable  cristallin  arrondi,  d’ap¬ 
parence  crayeuse  comme  le  cristallin  d’un 
poisson.  Le  corps  vitré  était  transparent  et  à 
l’état  normal.  La  capsule  était  transparente 
et  sans  trace  d’ouverture,  seulement  elle  com¬ 
muniquait  avec  la  cornée,  au  point  où  avait 
eu  lieu  la  kératonyxis,  par  un  filament  cellu- 
luleux  transparent  que  l’alcool  avait  rendu 
opaque. 

Cet  œil  fut  présenté  par  M.  Textor  père  au 
congrès  d’Iéna  en  1836,  et  examiné  par  Wal- 
ther  Carus  et  Radius. 

ne  observation.  —  Femme  de  77  ans.  Ca¬ 
taracte  lenticulaire  de  l’œil  gauche,  opérée 
par  kératonyxis  le  19  mai  1841.  '—Guérison 
et  retour  de  la  vision  qui  persista  jusqu’en 
décembre  1841,  où  la  malade  mourut.  A  l’au¬ 
topsie,  on  trouva  dans  l’œil  gauche  un  corps 
vitré  parfaitement  régulier,  une  capsule  trans¬ 
parente,  et  dans  son  intérieur  une  petite  masse 
boursouflée,  arrondie,  assez  régulière,  qui  de¬ 
venait  rapidement,  opaque  dans  l’alcool,  et  se 
laissait  facilement  détacher  de  la  capsule  ;  c’é¬ 
tait  le  cristallin.  La  capsule  était  entièrement 
libre  derrière  l’uvée,  et  n’adhérait  ni  à  l’uvée 


ni  au  corps  vitré.  L’ouverture  de  la  capsule 
qui  correspondait  à  la  pupille  était  oblitérée 
par  une  membrane  fine  et  entièrement  trans¬ 
parente.  La  cataracte  opaque,  d’un  jaune  bru¬ 
nâtre  ambré,  se  trouvait  en  dehors  dans  le  seg¬ 
ment  inférieur  du  corps  vitré.  Elle  était  dure, 
tranchante  sur  les  bords,  et  réduite  de  moitié. 

M.  Textor  termine  son  travail  par  une  série 
de  considérations  dont  nous  reproduisons  les 
principales  : 

1°  Le  cristallin,  enlevé  hors  de  sa  capsule, 
est  susceptible  de  se  reproduire; 

2°  Cette  reproduction  est  le  résultat  d’une 
secrétion  de  la  capsule,  d’où  résulte  l’impossi¬ 
bilité  de  la  reproduction  si  la  capsule  est  enle¬ 
vée  ou  malade,  ce  qui  estconfirmé  par  lesfaits  ; 

3°  Le  cristallin  de  nouvelle  formation  n’est 
jamais  si  adhérent  à  la  capsule  qu’on  ne  puisse 
l’en  détacher.  De  plus,  il  jouit  de  la  même 
transparence  et  de  la  même  limpidité  que 
l’ancien  ; 

4°  Un  certain  espace  de  temps  est  néces¬ 
saire  à  la  reproduction  du  cristallin.  Chez  les 
animaux,  il  paraît  se  reproduire  dans  15,  23 
à  50  et  même  165  jours  ;  chez  l’homme  on  ne 
l’a  pas  observé  avant  six  mois  ; 

5°  Le  nouveau  cristallin  augmente  de  den¬ 
sité  et  de  consistance  à  mesure  qu’on  s’éloi¬ 
gne  du  moment  de  l’opération.  Sa  forme  dé¬ 
pend  de  la  lésion  de  la  capsule,  de  sa  trans¬ 
parence,  etc.; 

6°  La  capsule  était  toujours  transparente 
dans  les  cas  relatés,  et  ne  devenait  pas  opa¬ 
que  même  dans  l’alcool.  Comme  l’a  déjà  re¬ 
marqué  Sœmmerring  avec  raison ,  la  capsule 
n’est  opaque  que  lorsqu’elle  est  malade,  ou 
bien  quand  une  couche  de  cristallin  opaque 
reste  appliquée  sur  elle,  et  dans  ce  cas  encore 
un  pinceau  suffit  à  enlever  la  couche  opaque 
et  à  démontrer  la  transparence  de  la  membra¬ 
ne.  Ces  faits,  si  contradictoires  aux  opinions 
généralement  reçues  sur  la  cataracte  capsu¬ 
laire,  viennent  à  l’appui  de  l’opinion  de  M.  Mal- 
gaigne,  qui  regarde  celle-ci  comme  excessi¬ 
vement  rare,  ou  plutôt  comme  essentiellement 
liée  à  une  violente  inflammation  de  la  chambre 
postérieure.  M.  Textor  n’est  pas  éloigné  de 
partager  l’opinion  du  chirurgien  français. 

N.  0. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.  —  Ainsi  que  nous  l’avions  prévu,  les  candidats  à  la  place  laissée 
vacante  par  la  mort  de  Larrey  n’attendaient  que  le  moment  favorable  pour  entrer  en  lice  ;  et 
la  plupart  ont  lu  ou  présenté  à  l’Académie  des  mémoires  plus  ou  moins  remarquables,  titres 
nouveaux  ajoutés  à  leurs  titres  antérieurs. 

Dans  la  séance  du  20  février,  M.  Jobert  a  lu  un  travail  intitulé  :  Recherches  sur  la  struc¬ 
ture  de  l’utérus  ;  —  M.  Bégin,  un  mémoire  sur  la  résection  de  la  mâchoire  inférieure ,  dans 
ses  rapports  avec  les  fonctions  du  pharynx  et  du  larynx;— M,  Amussat,  la  première  partie 


12g  NOUVELLES  ÉT  VARIÉTÉS. 

de  ses  Recherches  sur  les  cicatrices  artérielles;—  M.  Leroy  d’Etiolle  un  mémoire  sur  la 
diathèse  cancéreuse. 

Le  27  février,  M.  Gerdy  a  lu  un  mémoire  sur  les  symptômes  et  la  marche  de  l’inflamma¬ 
tion  des  os;  —  M.  Amussat,  la  seconde  partie  de  ses  Recherches,  comprenant  l’histoire  des 
anévrismes  traumatiques. 

Le  6  mars,  M.  Velpeau  a  lu  un  résumé  de  ses  Recherches  sur  les  cavités  closes  naturelles 
ou  accidentelles  de  l’économie  ;  —  M.  Duvivier,  une  observation  de  luxation  complète  en  de¬ 
hors  et  en  haut  du  tibia  sur  le  fémur;  —  M.  Amussat,  un  mémoire  sur  le  taxis  prolongé  et 
gradué;  —  M.  Leroy  d’Etiolle  a  adressé  des  expériences  sur  l’asphyxie. 

Enfin  il  y  a  eu  un  repos  le  15  mars.  La  section  de  médecine  et  de  chirurgie,  depuis  long¬ 
temps  mise  en  demeure  de  présenter  une  liste  de  candidats,  a  tait  ce  jour-là  son  rapport  en 
comité  secret  par  l’organe  de  M.  Roux;  huit  candidats  ont  été  présentés  dans  l’ordre  suivant  : 
1°  M.  Lallemand;  2°  M.  Lisfranc  ;  3°  M.  Ribes  ;  4°  MM.  Gerdy  et  Velpeau;  5°  MM.  Amus¬ 
sat,  Régin  et  Jobert.  Mais  l’exclusion  de  M.  Civiale  a  soulevé  une  discussion  fort  vive,,  qui 
doit  se  prolonger  encore  ;  et  probablement  la  nomination  n’aura  pas  lieu  avant  le  27  mars. 

Nous  nous  bornons  pour  le  présent  à  annoncer  les  titres  des  mémoires  lus  ou  présentés. 
Nos  lecteurs  trouveront  dans  ce  numéro  les  deux  lectures  de  M.  Amussat  sur  les  cicatrices 
artérielles  et  les  anévrismes  traumatiques;  M.  Velpeau  a  commencé  à  imprimer  son  mémoire 
dans  les  Annales  de  la  chirurgie;  les  autres  seront  publiés  sans  aucun  doute;  et  nous  nous 
réservons  alors  de  les  soumettre  à  un  examen  en  rapport  avec  leur  importance. 

Académie  de  médecine.— Peu  de  choses  ayant  quelque  intérêt  chirurgical.  M.  Malgaigne 
a  adressé  le  28  février  une  lettre  qui  a  été  reproduite  en  tête  de  ce  numéro.  —  Le  7  mars, 
M.  Hervez  de  Chégoin  a  fait  un  rapport  sur  un  mémoire  de  M.  Gigon  d’Angoulême,  sur  les 
polypes  du  rectum  chez  les  enfants.  Le  Bulletin  de  V Académie  est  en  retard,  et  nous  atten¬ 
drons  qu’il  ait  publié  ce  rapport  pour  en  rendre  compte.  Des  observations  intéressantes  ont 
été  lues  par  MM.  Reybard  de  Lyon,  H.  Larrey,  Ségalas,  A.  Rérard  et  Ricord;  les  journaux 
hebdomadaires  en  ont  donné  des  extraits;  mais  l’expérience  nous  a- appris  combien  ces  extraits 
pris  à  la  volée  courent  le  risque  d’inexactitude  ;  et  nous  préférons  attendre  la  publication 
exacte  de  tous  ces  faits  dans  le  Bulletin. 

—Dans  l’une  des  séances  de  février,  M.  Castel  a  proposé  à  l’Académie,  au  nom  de  ceux  de 
ses  membres  qui  la  représentent  dans  la  commission  instituée  ad  hoc ,  de  contribuer  aux 
frais  du  monument  à  élever  à  la  mémoire  de  Larrey.  Il  proposait  de  voter  à  cet  effet  une  al¬ 
location  de  400  francs;  M.  Bouillaud  a  demandé  que  l’allocation  fût  portée  à  500  francs  et 
votée  immédiatement;  M.  Husson  a  vivement  appuyé  cette  idée  ;  et  la  contribution  a  été  votée 
à  l’unanimité. 

—Dans  sa  séance  du  14  mars,  l’Académie  de  médecine  a  décidé  à  l’unanimité,  sur  la  pro¬ 
position  de  M.  Louis,  qu’une  souscription  serait  ouverte  par  son  sein  pour  les  victimes  du 
tremblement  de  terre  de  la  Guadeloupe  ;  le  conseil  d’administration  a  été  chargé  de  régler  la 
somme  et  le  mode  de  la  souscription. 

—  M.  Florent  Cunier,  qui  dirige  avec  beaucoup  de  talent  les  Annales  d’oculistique,  journal 
belge ,  avait  mis  au  concours  pour  1842  la  question  suivante  :  —  «  Déterminer  par  des  recher¬ 
ches  d’anatomie  pathologique  le  siège  et  la  nature  de  la  cataracte.  S’attacher  surtout  a 
l’examen  critique  de  l’opinion  récemment  émise  par  M.  Malgaigne. y>— Quatre  mémoires  ont 
été  adressés;  le  prix  a  été  partagé  entre  M.  Stricker,  de  Francfort-sur-le-Mein,  et  M.  Hoering, 
de  Heilbronn  (Wurtemberg).  Les  'Annales  d’oculistique  ont  déjà  publié  le  mémoire  de 
M.  Hoering,  et  nous  promettent  celui  de  M.  Stricker.  Nous  rendrons  un  compte  étendu 
de  ces  deux  travaux ,  ainsi  que  de  quelques  autres  qui  ont  rapport  au  même  objet. 

—Esquisses  historiques  du  service  de  santé  militaire  en  général,  et  spécialement  du 
service  chirurgical  depuis  l’établissement  des  hôpitaux  militaires  en  France;  par  J.  P.  Gama, 
ex-chirurgien  en  chef  de  l’hôpital  militaire  d’instruction  du  Val-de-Grâce,  etc.  — Un  beau  vol. 
grand  in-8°,  chez  G.  Baillière,  rue  de  l’Ecole-de-Médecine,  17.— Prix  :  8  francs. 


Le  journal  de  Chirurgie  parait  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  52  pages  grand  in-8°. 
Prix  de  l’abonnement,  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grcnelle-St-Honoré,  n°  55. — Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne  ,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Petits- Champs,  il0  59. 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUU  DUPONT  ET  Cu,Ri]«  de  Grcnelle-Saint-Honoré ,  55, 


JOURNAL 


Par  M.  MAiGAIGIVE. 


AVRIL  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux.  — Nouvelles  observations  sur  les  pseudo-étranglements,  ou  sur  l’in¬ 
flammation  simple  dans  les  hernies,  par  M.  Malgaigne.— Sur  les  luxations  de  l’extrémité 
supérieure  du  radius  chez  les  enfants,  par  M.  Perrin.— II.  Revue  critique.  —  Chirurgie. 
— De  la  trachéotomie  dans  le  croup. — Nouvelle  opération  pour  la  cure  des  opacités  de  la 
cornée.— Extraction  d’une  aiguille  engagée  dans  le  canal  de  l’urètre. — Obstétrique. — 
Accouchement  prématuré  artificiel,  provoqué  à  l’aide  du  tampon.  —  Pharmacologie  chirur¬ 
gicale—  Traitement  arabique.  — IIP  Bulletin  clinique.  —  Observation  d’avortement  subit 
à  cinq  mois  de  grossesse,  avec  déchirure  du  col  utérin.—  IV.  Bibliographie.  — De  circum- 
volutionibus  funiculi  umbilicalis.—  \ .  Nouvelles  et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Nouvelles  oï)sei*vati<ms  sur  les  pgeudo-étvan glemeiits,  ou 

sur  l’inflammation  simple  dans  les  hernies ,  par  M.  Malgaigne. 

Après  avoir  passé  près  de  huit  années  déjà  à  l’étude  approfondie  des  hernies, 
après  en  avoir  observé  plusieurs  milliers  sur  le  vivant  et  plusieurs  centaines  sur 
le  cadavre,  il  m’est  arrivé  ce  qui  serait  sans  doute  arrivé  à  tout  autre  à  ma  place , 
c’est-à-dire  d’entrevoir  quelques  faits  nouveaux  qui  avaient  échappé  à  nos  devan¬ 
ciers,  de  redresser  quelques  erreurs  qu’ils  avaient  commises.  C’est  ainsi,  et  non 
autrement,  que  marche  la  science,  chaque  travailleur  ajoutant  son  œuvre  à  la 
masse  déjà  acquise;  et  c’est  ainsi  qu’après  nous  en  viendront  d’autres  qui,  profi¬ 
lant  de  ce  que  nous  aurons  fait,  iront  plus  avant  à  leur  tour. 

Mais  certains  esprits  ne  sauraient  s’accommoder  de  ces  changements,  de  ces 
transformations  inévitables  que  subit  la  science.  Il  est  dur  sans  doute  d’avoir  à 
apprendre  quand  on  croyailtoul  savoir;  il  est  plus  dur  encore  de  désapprendre 
ce  que  l’on  avait  appris.  L’esprit  humain  a  aussi  ses  habitudes  qui  lui  deviennent 
comme  une  seconde  nature;  quand  il  est  resté  longtemps  dans  une  erreur,  il 
finit  par  s’y  complaire,  et  par  trouver  fort  mauvais  qu’on  le  dérange,  fut- ce  au 
nom  de  la  vérité. 

J’ai  donc  rencontré  et  je  devais  rencontrer  beaucoup  de  résistances.  Depuis 
trois  ans,  par  exemple,  il  m’a  fallu  soutenir  une  lutte  sans  cesse  renaissante  sur 
la  question  du  siège  réel  des  véritables  étranglements.  On  sait  que  pour  les  trois 
anneaux  naturels,  l’anneau  crural  et  les  deux  anneaux  inguinaux,  j’ai  soutenu  et 
je  soutiens  qu’il  n’y  a  pas  un  seul  fait  authentique  démontrant  l’étranglement  par 
l’anneau  même;  et  je  n’admets,  quant  à  présent,  d’autre  étranglement  que 
c,  9 


{ 30  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

parle  collet  du  sac.  Je  me  hâte  d’ajouter  que  j’ai  toujours  admis  l’étrahglement 
par  des  orifices  fibreux  accidentels;  et  j’ai  été  le  premier  peut  être  à  professer 
que  la  plupart  des  étranglements  s’opèrent  ainsi  dans  les  hernies  crurales.  Voilà 
pour  ce  qui  concerne  les  étranglements  réels. 

Mais  j’avais  établi  en  outre  une  distinction  beaucoup  plus  importante  au  point 
de  vue  pratique,  entre  ces  variétés  d'étranglements  classés  sous  les  noms  d’étran¬ 
glements  aigus,  chroniques, spasmodiques,  par  inflammation ,  par  engouement.  J’avais 
rejeté,  comme  toute  hypothétique,  Lxdoctrine  de  l’Académie  royale  de  Chirurgie; 
et  j’avais  montré  que  l’étranglement  dit  par  engouement  n’est  autre  chose  qu’une 
inflammation  du  sac  herniaire,  le  plus  souvent  sans  étranglement  d’aucune  espèce. 
J’avais  accumulé  les  observations  sur  le  vivant  et  sur  le  cadavre  ,  assigné  les  con¬ 
ditions  étiologiques  et  les  termes  du  diagnostic;  le  tout  pour  arriver  à  un  traite¬ 
ment  un  peu  plus  rationnel,  ce  qui  n’est  pas  beaucoup  dire,  que  celui  qui  est  en¬ 
core  généralement  recommandé. 

Une  vive  discussion  vient  de  s’engager  sur  ce  sujet  dans  l’Académie  royale  de 
médecine  de  Belgique,  à  l’occasion  d’une  observation  de  M.  Rul-Ogez,  et  d’un  rap¬ 
port  de  M.  Vottem.  Je  dirai  tout  à  l’heure  quelques  mois  de  cette  discussion; 
mais  je  veux  auparavant  insister  sur  quelques  points  de  la  question,  afin  d’en  faire 
ressortir  l’importance. 

Ainsi,  par  exemple,  deux  doctrines  tout  opposées  se  partagent  en  ce  moment  le 
monde  chirurgical  ;  l’une  qui  attaque  toute  hernie  soi  disant  étranglée  par  le  taxis 
forcé,  l’autre  qui  ose  à  peine  essayer  le  taxis  et  se  hâte  de  recourir  à  l’opération. 
Je  les  rejette  toutes  les  deux  comme  purement  empiriques,  et  comme  dangereu¬ 
ses  à  divers  degrés;  attendu  qu’elles  confondent  sous  le  même  nom  deux  étals 
fort  divers,  et  qui  ne  sauraient  s’accommoder  d’une  thérapeutique  uniforme.  Pour 
les  étranglements  vrais ,  oui,  il  est  plus  sûr  de  procéder  promptement  à  l’opération 
que  de  perdre  un  temps  précieux  à  des  tentatives  de  réduction  presque  toujours 
inutiles:  pour  les  faux  étranglements,  presque  jamais  il  n’est  besoin  de  recourir 
à  l’opération  ;  et  fréquemment  le  taxis  même  est  nuisible. 

Cela  étant,  on  peut  demander  si  ces  faux  étranglements  sont  bien  communs,  et 
s’il  est  vrai  que  l’opération  doive  être  si  souvent  rejetée.  Or,  d’après  mon  expé¬ 
rience,  il  y  a  au  moins  3  faux  étranglements  pour  un  étranglement  réel  ;  et  par 
exemple  depuis  que  j’ai  pris  le  service  de  M.  Cloquet,  j’ai  été  appelé,  soit  à  l’hô¬ 
pital,  soit  en  ville,  pour  cinq  prétendus  étranglements  qu’on  voulait  opérer;  sur 
ces  cinq  cas,  un  seul  était  un  étranglement  réel  ;  j’ai  opéré,  la  femme  est  morte; 
les  quatre  autres  étaient  des  pseudo-étranglements,  et  ont  guéri  sans  opé¬ 
ration. 

Je  ne  veux  pas  reproduire  ici  toutes  ces  observations;  il  suffira  d’en  choisir 
deux  qui  ont  été  recueillies  publiquement  à  la  Clinique  de  la  Faculté,  et  qui  mon¬ 
treront  sur  quelles  bases  je  fonde  le  diagnostic  différentiel. 


Obs.  i.  — Pommier,  âgé  de  66  ans,  portait  depuis  13  années  une  hernie  inguinale  droite, 
qu’il  avait  d’abord  pris  soin  de  contenir  par  un  bandage.  Mais,  vers  le  mois  de  juillet  1840, 
ayant  été  obligé  de  prendre  un  bandage  nouveau ,  celui-ci  ne  contint  pas  aussi  bien  et  laissa 
couler  une  petite  partie  de  la  hernie.  De  là  des  coliques  d’abord  légères ,  et  à  intervalles 
éloignés,  puis  plus  fortes  et  plus  fréquentes;  et  le  malade  s’étant  aperçu  qu’il  souffrait  moins 
quand  il  laissait  la  hernie  s’échapper  librement  au  dehors  que  lorsqu’il  essayait  de  la  réduire 
et  de  la  maintenir ,  finit  par  abandonner  son  bandage  qu’il  remplaça  par  un  simple  suspen- 
soire.  Il  fut  en  effet  délivré  de  scs  coliques,  mais  la  hernie  descendit  peu  à  peu  jusqu’au  fond 
du  scrotum,  ne  laissant  au-dessous  d’elle  que  le  testicule. 

Le  6  novembre  1842,  il  fut  pris  subitement  de  coliques  assez  vives,  accompagnées  de 
diarrhée.  Un  médecin  consulté  attribua  ces  accidents  à  la  sortie  de  la  hernie,  et  conseilla  de 
la  réduire.  Le  malade  suivit  cet  avis,  but  de  la  décoction  de  riz  et  prit  des  lavements  d’amidon  ; 
la  diarrhée  continua ,  et,  le  9  novembre  ,  la  hernie  étant  sortie  de  nouveau,  le  malade  ne  put 


MALGAIGNE. — OBSERVATIONS  StîR 


LES  PSEUDO-ÉTRANGLEMENTS. 


parvenir  a  la  réduire.  Le  médecin  appelé  obtint  facilement  la  réduction  ;  niais  le  lendemain 
la  hernie  sortit  encore,  et  cette  fois  le  taxis  fut  tout  h  fait  inutile. 

En  conséquence,  on  prescrivit  un  bain,  des  cataplasmes,  la  diète;  les  jours  suivants,  nou¬ 
velles  tentatives  de  réduction,  toujours  infructueuses  ;  le  13,  on  applique  13  sangsues  sur  la 
tumeur;  rien  n’y  fait;  le  13,  comme  la  diarrhée  avait  cessé,  on  essaye  un  lavement  avec 
30  grammes  d’huile  de  ricin,  que  l’on  répète  le  lendemain,  et  le  tout  sans  résultat.  L’étran¬ 
glement,  datait  déjà  de  sept  jours;  1  honorable  confrère  qui  avait  jusque-là  donné  ses  soins 
au  malade,  regardant  l’opération  comme  inévitable,  me  pria  de  me  charger  du  malade  que  je 
reçus  à  l’hôpital. 

A  la  visite  du  18  le  malade  était  dans  l’état  suivant  :  Le  côté  droit  du  scrotum  était  dis¬ 
tendu  par  une  tumeur  herniaire  de  10  centimètres  de  diamètre  dans  tous  les  sens;  rénitente, 
légèrement  douloureuse  à  la  pression;  sonore  à  la  percussion  dans  sa  partie  inférieure;  mate 
dans  le  reste  de  son  étendue.  Pas  de  fièvre  ;  le  malade  est  seulement  affaibli  par  la  douleur 
et  par  la  diète;  il  y  a  eu  des  nausées,  quelques  vomissements,  de  la  constipation  ;  le  ventre 
souple,  excepté  aux  environs  de  Panneau. 

Diagnostic.  Entéro-  épiplocèle  avec  pseudo  -  étranglement ,  c’ est-h-dire  avec  une  légère 
inflammation  sans  étranglement  réel. 

Comme  conséquence  et  confirmation  de  ce  diagnostic ,  je  fis  mettre  à  plusieurs  élèves  le 
doigt  dans  1  anneau  inguinal  par  dessous  le  scrotum;  le  doigt,  pénétrant  dans  l’anneau,  ex¬ 
cluait  toute  idée  d’étranglement  par  celui  -  ci ,  et  j’exposai  que  la  liberté  laissée  depuis 
18  mois  à  la  hernie  excluait  également  l’idée  d’un  collet  au  sac.  L’inflammation  était  légère; 
elle  avait  été  directement  combattue  et  était  arrivée  au  11e  jour,  époque  où  la  résolution 
est  au  moins  fort  avancée;  donc  le  taxis  avait  les  plus  grandes  chances  de  succès. 

Je  fis  le  taxis  séance  tenante  ;  en  quelques  minutes  je  réduisis  toute  la  partie  sonore  de  la 


hernie.  La  portion  mate  ou  l’épiplocèle  ayant  fait  quelque  résistance ,  je  me  contentai  d’ap¬ 
pliquer  dessus  un  bandage  compressif  avec  des  compresses  et  une  bande  ;  et  dès  le  jour 
même,  je  donnai  des  aliments.  Le  lendemain,  quelques  légers  efforts  complétèrent  la  ré¬ 
duction,  et  le  malade  ne  tarda  pas  à  sortir  de  l’hôpital. 


Voilà  une  observation  fort  simple  sans  doute;  il  est  peu  de  praticiens  qui  n’en 
aient  vu  de  semblables;  comment  se  fait-il  donc  que  jusqu’ici  l’on  n’en  ait  pas  tiré 
les  conséquences  ?  Comment  se  fait-il  que  l’on  ne  se  soit  pas  élevé  de  toutes  parts 
contre  cet  effrayant  précepte  de  Boyer  disant  que  :  «  dans  les  sujets  fort  avancés 
en  âge  et  d’une  grande  faiblesse,  l’opération  doit  être  pratiquée  dans  les  trois  ou 
quatre  premiers  jours  des  accidents,  quoiqu’ils  n’augmentent  pas ,  et  que  ta  nature 
de  l’étranglement  permette  du  délai  ?  L’honorable  confrère  qui  m’avait  adressé  ce 
malade  avait  déjà  trouvé  dans  sa  propre  expérience  de  quoi  prolonger  du  double 
l’expectation;  mais  d’après  l’oracle  de  Boyer,  n’était-il  pas  enfin  en  droit  de  pren¬ 
dre  l’alarme?  Et  cependant,  comme  je  l’ai  dit,  comme  l’évènement  l’a  prouvé 
il  s’était  décidé  à  l’opération  au  moment  même  où  la  résolution  de  la  phlegmasie 
rendait  la  hernie  si  facile  à  réduire. 

Ce  premier  cas,  dans  lequel  le  diagnostic  avait  été  porté  et  immédiatement  vé¬ 
rifié  devant  eux,  avait  déjà  quelque  peu  frappé  mes  nouveaux  élèves;  mais  il  en 
arriva  peu  après  un  autre  dans  lequel  la  hardiesse  et  cependant  la  sûreté  du 
diagnostic  entraîna  les  convictions  les  plus  rebelles. 


Obs.  ii. —  Le  26  décembre  1842,  nous  étions  réunis  à  l’amphithéâtre  et  j’étais  au  milieu 
de  ma  leçon  de  clinique,  lorsque  l’un  des  internes,  M.  E.  Cloquet,  m’avertit  qu’il  venait  d’ar¬ 
river  un  homme  atteint  d’une  hernie  étranglée.  A  cette  nouvelle,  interrompant  la  phrase 
commencée,  je  me  levais  pour  me  rendre  près  du  malade,  lorsque  M.  Cloquet  ajouta  que  le 
malade  portait  habituellement  un  bandage  qui  contenait  mal  la  hernie.  Je  me  rassis  paisible¬ 
ment;  j’annonçai  que  la  hernie  prétendue  étranglée  n’était,  pas  étranglée  ,  et  que  dès  lors 
rien  ne  pressant,  nous  pouvions  achever  la  leçon. 

Je  fis  toutefois  la  leçon  courte;  il  était  aisé  de  voir  que  ce  diagnostic  à  distance  avait  pro¬ 
duit  un  sentiment  d’étonnement  mêlé  de  quelque  impatience  parmi  mon  auditoire.  Nous  nous 
rendîmes  au  lit  du  malade  et  nous  trouvâmes  un  homme  de  61  ans,  la  face  grippée  par  la 
douleur,  se  plaignant  de  coliques  et  de  nausées  fréquentes,  et  venant  de  vomir  tout  à  l'heure' 
le  pouls,  assez  développé,  était  à  96  pulsations;  le  ventre  douloureux,  médiocrement  tendu  ; 


132  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

le  côté  gauche  du  scrotum  occupé  par  une  tumeur  deux  fois  plus  grosse  qu’un  œuf  ordinaire, 
douloureuse,  dure  et  rénitente  h  la  pression,  absolument  mate  à  la  percussion.  Le  testicule 
était  libre  au-dessous  de  la  tumeur;  en  portant  le  doigt  dans  l’anneau  par-dessous  le  scrotum, 
on  sentait  parfaitement  un  espace  libre  qui  excluait  toute  idée  de  striction. 

Le  malade  nous  raconta  d’ailleurs  que  sa  hernie  datait  de  cinq  ans.  Il  avait  porté  un  ban¬ 
dage  qui  avait  d’abord  assez  bien  contenu  la  hernie  ;  mais,  plus  tard,  il  la  laissait  échapper, 
et  du  reste  le  malade  le  quittait  la  nuit.  Depuis  trois  semaines  il  avait  été  sujet  à  des 
nausées  et  même  à  des  vomissements  revenant  surtout  le  matin  et  le  soir  ;  en  même  temps 
il  éprouvait  des  accès  de  toux  très  violents  qui  se  prolongeaient  presque  durant  deux  heures, 
et  durant  lesquelles  s’échappait  la  hernie.  Enfin,  la  nuit  dernière,  sans  cause  connue,  il  avait 
été  pris  de  coliques  incessantes  ;  la  hernie  était  devenue  dure  et  douloureuse ,  et ,  n’ayant 
pu  la  faire  rentrer,  il  s’était  décidé  à  venir  h  l’hôpital.  Il  y  était  venu  à  pied,  mais  marchant 

avec  beaucoup  de  peine,  et  le  corps  plié  en  deux. 

Toutes  ces  choses  bien  établies,  je  procédai  au  taxis,  et  j’obtins  la  réduction  en  quelques 
minutes.  Après  quoi  je  prescrivis  un  lavement  laxatif  et  une  potion  calmante. 

Le  malade  eut  deux  selles  après  le  lavement,  et  dormit  assez  bien  dans  la  nuit  ;  les  nausées 
avaient  disparu,  mais  le  ventre  était  resté  douloureux,  et  le  pouls  très-fort  donnait  84  pulsa¬ 
tions.— Saignée  de  3  palettes. 

Le  28 ,  le  ventre  est  souple  et  sans  douleur,  le  pouls  calme  ;  la  hernie  descend  et  rentre 
sans  difficulté  ;  à  son  plus  grand  développement  elle  ne  dépasse  pas  le  volume  d’un  œuf.  — 
70  pulsations. 

Le  29,  état  parfait;  le  malade  reste  encore  quelques  jours  à  l’hôpital  pour  attendre  qu’on 
lui  ait  fait  un  bandage  convenable. 

Ici  nous  arrivions  au  début  même  de  l’inflammation;  le  taxis  avait  des  chances 
de  succès,  précisément  parce  que  l’inflammation  n’avait  pas  acquis  tout  son  déve¬ 
loppement,  comme,  dans  le  cas  précédent,  parce  qu’elle  était  à  son  déclin.  Il 
fallait  donc  le  tenter  d’abord,  attendu  que  la  réduction  est  alors  le  meilleur  moyen 
de  dissiper  ou  tout  au  moins  de  modérer  les  accidents  inflammatoires.  Elle  n’a 
fait  ici  que  les  modérer  ;  et  durant  deux  jours  nous  avons  eu  à  combattre  les  restes 
de  celle  inflammation  rejetée  dans  le  grand  péritoine. 

Mais  maintenant,  sur  quoi  donc  était  fondé  ce  diagnostic,  si  téméraire  en  ap¬ 
parence  ?  Sur  quelques  faits  généraux  qui  sont  pour  moi  tout  à  fait  hors  de 
doute  : 

1°  Le  malade  était  vieux;  conséquemment  il  n’était  pas  à  présumer  que  sa  her¬ 
nie  se  fût  faite  à  travers  un  resserrement  delà  tunique  vaginale.  Donc  pas  d’étran¬ 
glement  à  craindre  par  cette  cause; 

2°  La  hernie  n’était  pas  récente,  et  elle  n’avait  pas  été  suffisamment  contenue. 
Donc  il  n’avait  pu  se  former  de  rétrécissement  au  collet  du  sac,  et  les  anneaux 
avaient  dû  s’érailler;  donc  il  n’y  avait  pas  là  d’agents  pour  un  étranglement  vé¬ 
ritable; 

3°  En  l’absence  d’agents  d’étranglement  réel,  y  a-t-il  une  autre  lésion  qui  puisse 
simuler  cet  étranglement?  Sans  aucun  doute  ;  et  celte  lésion,  ainsi  que  je  l’ai  dé¬ 
montré  par  l’observation  clinique  et  par  les  autopsies ,  n’est  autre  que  l’inflam¬ 
mation  du  sac  herniaire. 

Appliquez  ces  données  à  tous  les  cas  analogues,  vous  arriverez  aussi  sûrement 
aux  mêmes  conclusions.  Je  ne  veux  pas  d’ailleurs  omettre  de  dire  que  sur  ces 
deux  malades,  après  la  guérison,  je  constatai  et  je  fis  constater,  après  l’avoir  aussi 
annoncée  à  l’avance,  la  dilatation  de  l’anneau  inguinal  externe;  chez  le  premier 
cet  anneau  offrait  au  moins  3  centimètres  de  diamètre;  il  était  un  peu  moins 
dilaté  chez  l’autre;  mais  dans  les  deux  cas  le  canal  avait  disparu  et  les  hernies 
étaient  directes. 

Cependant,  dira  quelqu’un,  si  avant  le  taxis  on  reconnaît  l’absence  de  toute  stric¬ 
tion  à  l’anneau  inguinal  externe,  qui  nous  répondra  que  la  striction  ne  siège  pas 
à  l’anneau  supérieur?  —  Je  réponds  à  cela  que  je  n’attache  pas  grande  importance 


MALGAIGAË.  *  OBSERVATIONS  SUR  LES  rSEUDO-ÉTRANGLEMEATS.  133 

pour  le  diagnostic  à  cette  exploration  de  l’anneau  externe;  il  y  a  des  sujets  trop 
chargés  d’embonpoint  pour  qu’elle  soit  possible,  et  le  diagnostic  n’en  est  pas 
moins  assuré;  et  je  n’y  ai  recours  que  comme  à  un  complément  d’examen  ,  plus 
propre,  en  vertu  de  sa  nature  toute  matérielle  ,  à  entraîner  la  conviction  des 
élèves.  Quanta  l’anneau  supérieur  auquel  on  prétend  faire  jouer  un  si  grand  rôle, 
on  a  vu  d’abord  que  chez  nos  deux  malades  il  avait  disparu  ;  et  d’ailleurs,  avant 
de  le  mettre  en  avant,  il  conviendra  à  l’avenir  de  démontrer  sa  réalité  comme  an¬ 
neau  fibreux  ;  réalité  que  les  recherches  approfondies  de  l’un  de  mes  élèves  les  plus 
distingués,  M.  le  docteur  Rouslan  ,  ont  pour  le  moins  fortement  révoquée  en 
doute. 

Une  autre  remarque  qui  m’a  été  faite,  c’est  qu’en  définitive,  quelle  que  soit  la 
théorie,  la  plupart  des  chirurgiens  auraient  agi  comme  je  l’ai  fait,  auraient  réussi 
comme  j’ai  réussi,  et  que  dès  lors  la  théorie  n’a  rien  changé  à  la  pratique.  Mais 
n’eùt-elle  que  cette  utilité  d’apprendre  aux  praticiens  pourquoi  êt  comment  ils  ont 
réussi,  de  remplacer  une  pratique  empirique  par  une  pratique  raisonnée,  encore 
vaudrait-elle  la  peine  d’élre  connue.  Mais  elle  a  une  bien  plus  haute  portée. 

Supposez,  et  cela  s’est  vu  mille  fois,  que,  chez  notre  premier  sujet,  l’inflammation 
herniaire,  au  lieu  d’être  si  calme  et  si  bénigne,  eut  amené  la  fièvre,  les  vomisse¬ 
ments,  et  que  nous  eussions  échoué  dans  le  taxis;  alors,  selon  la  marche  ordinaire 
des  choses,  vous  eussiez  accumulé  bains,  saignées,  glace,  lavements  au  tabac, 
le  taxis  surtout,  manœuvre  redoutable  quand  l’inflammation  est  largement  déve¬ 
loppée  ;  et  en  ün  de  compte  l’opération  sanglante,  c’est-à-dire  l’une  des  opérations 
les  plus  meurtrières  de  la  chirurgie.  Et  ce  ne  sont  pas  de  vaines  suppositions,  je 
le  répète,  tout  cela  a  été  vu,  a  été  fait  ;  on  a  ouvert  des  hernies  enflammées,  et  il 
s’est  trouvé  des  chirurgiens  assez  consciencieux  pour  confesser  qu’ils  n’avaient  pas 
trouvé  d’étranglement.  Mais  si  c’est  une  inflammation,  pourquoi  cette  thérapeu¬ 
tique  hâtive,  turbulente,  et  si  parfaitement  en  dehors  des  indications?  Tenez  le 
malade  au  repos,  mettez  des  cataplasmes,  et  attendez  la  résolution  de  l’inflamma¬ 
tion  ;  vous  tenterez  alors  le  taxis  à  coup  sûr. 

J’irai  plus  loin  :  il  y  a  tel  cas  d’inflammation  où,  si  vous  avez  le  malheur  de  réussir 
dans  votre  taxis,  le  malheur  de  réduire  la  hernie,  vous  donnez  lieu  à  une  inflam¬ 
mation  générale  du  péritoine  au  lieu  de  l’inflammation  locale  du  sac  herniaire,  et  le 
malade  paye  de  sa  vie  ce  déplorable  succès.  J’ai  appelé  le  premier  raltenlion  des 
chirurgiens  sur  les  faits  de  ce  genre  ;  dans  mon  mémoire  sur  les  pseudo-étran¬ 
glements,  je  citais  un  cas  dont  j’avais  eu  entre  les  mains  les  pièces  anatomiques; 
on  était  parvenu  par  le  taxis  à  faire  rentrer  une  grosse  hernie,  le  malade  était  mort 
vingt-quatre  heures  après.  Le  fait  communiqué  par  M.  Rul-Ogez  à  l’Académie  royale 
de  Belgique,  quelque  incomplet  qu’il  nous  parvienne,  paraît  être  un  nouvel  exemple 
de  cette  fatale  terminaison  ;  c’est  pourquoi  je  le  reproduirai  ici. 

Obs.  m.  — Madame  D...,  âgée  de  45  ans,  était  atteinte  depuis  plusieurs  années  d’une  hernie 
ombilicale  du  volume  de  la  tête  d’un  fœtus.  Cette  hernie  s’étant  étranglée  il  y  a  trois  ans 
M.  Rul-Ogez  en  fit  la  réduction.  Un  nouvel  étranglement  étant  survenu  l’année  suivante ,  on 
ne  put  réduire  qu’une  portion  de  la  hernie  et  encore  le  5e  jour.  Enfin,  le  23  juillet  1841,  la 
hernie  s’étrangla  de  nouveau. 

«  Pendant  trois  jours,  dit  M.  Rul-Ogez,  je  mis  en  œuvre  tous  les  moyens  propres  à  opérer 
la  réduction  de  la  hernie  ;  la  situation  de  la  malade,  la  diète,  les  bains  de  siège,  les  sangsues, 
les  topiques  émollients,  narcotiques  et  réfrigérants,  les  boissons  relâchantes,  les  lavements 
purgatifs,  et  le  taxis  exercé  tous  les  jours  à  différentes  reprises.  » 

Enfin,  le  troisième  jour,  il  obtint  la  réduction  partielle  de  la  hernie;  huit  jours  après,  tous 
les  symptômes  d’une  péritonite  grave  se  manifestent  et  la 'malade  meurt.  Malheureusement 
l’autopsie  ne  fut  point  faite. 

M.  Rul-Ogez  conclut  que  «  des  observations  semblables  doivent  engager  le  pra¬ 
ticien,  malgré  la  conduite  la  plus  rationnelle,  à  se  méfier  des  suites  des  hernies 


134 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


étranglées,  même  lorsque  les  tentatives  de  taxis  ont  été  suivies  de  succès.  »  Cette 
remarque  est  juste  ;  mais  il  fallait  préciser  mieux  les  cas  où  la  réduction  est  si  pé¬ 
rilleuse.  Or,  lorsqu'on  a  affaire  à  des  hernies  enflammées,  il  faut  surtout  prendre 
garde  de  ne  pas  les  réduire  dans  la  période  d’acuité  de  l’inflammation  ,  et  d’autant 
plus  qu’elles  sont  plus  volumineuses  et  que  l’inflammation  occupe  ainsi  une  plus 
grande  surface. 

Les  idées  que  je  viens  d’exposer  sont  sans  doute  encore  bien  nouvelles  ;  il  leur 
faut  du  temps  pour  faire  leur  chemin;  et  toutefois  elles  ont  déjà  sensiblement 
marché;  et  la  discussion  ouverte  à  l’Académie  royale  de  Belgique  pourrait  servir 
au  besoin  à  montrer  combien  les  idées  anciennes  commencent  à  se  trouver  faibles 
devant  elles.  Là  toutes  les  opinions  ont  été  représentées.  MM.  Vottem  et  Boulvin 
ont  soutenu  avec  chaleur  la  nécessité  de  recourir  promptement  à  l’opération  ; 
après  6,  8,  12  ou  24  heures  de  tentatives  de  réduction,  dit  M.  Boulvin,  qui  permet 
cependant  d’attendre  plus  longtemps  che^,  les  vieillards.  M.  Boulvin,  à  l’appui  de 
la  thèse,  a  déclaré  qu’ayant  pratiqué  32  fois  la  herniotomie,  25  fois  pour  des  her¬ 
nies  inguinales,  7  fois  pour  des  hernies  crurales,  il  n’a  perdu  que  2  opérés.  D’un 
autre  part,  MM.  Verbeeck  et  Seulin  ont  défendu  la  cause  du  taxis  prolongé;  et 
M.  Seutin  a  confessé  qu’en  1835  il  était  partisan  du  débridemenl  immédiat,  mais 
que  l’expérience  avait  modifié  ses  convictions,  et  que  depuis  trois  ans  il  avait 
presque  abandonné  la  herniotomie.  D’autres,  comme  M.  Graux,  ont  cherché  à 
tenir  la  balance  égale  entre  l’opération  et  le  taxis,  et  même  à  réhabiliter  un  peu 
les  émollients  ;  sorte  d’éclectisme  qui  vaut  peut-être  mieux  après  tout  que  le 
parti  pris  des  opinions  extrêmes ,  mais  qui  ne  sait  pas  plus  qu’elles  donner  la 
raison  de  sa  manière  d’agir.  MM.  Lutens,  Delavacherie,  Michaux  et  Phillips  ont 
enfin  reporté  la  question  sur  son  véritable  terrain,  et  soutenu  avec  une  grande 
force  de  logique  celle  distinction  si  importante  de  l’étranglement  pur,  dans  lequel 
en  effet  tous  les  antiphlogistiques  sont  inutiles,  et  de  l’inflammation  stimulant 
l’étranglement  et  dans  laquelle  les  antiphlogistiques  fournissent  souvent  de  pré¬ 
cieuses  ressources.  M.  Lutens  a  cité  les  deux  observations  suivantes,  qui  en  disent 
plus  que  tous  les  raisonnements  contraires. 

Un  employé,  atteint  depuis  plusieurs  années  d’une  hernie  inguinale  très  volumi¬ 
neuse  qu’il  avait  de  la  peine  à  maintenir  par  un  bandage,  fait  une  chute  sur  un  ti¬ 
mon  de  voiture;  M.  Lutens  appelé  peu  de  temps  après  trouve  la  hernie  irréducti¬ 
ble,  douloureuse,  accompagnée  de  symptômes  graves.  D’autres  confrères  sont  ap¬ 
pelés;  les  uns  veulent  qu’on  procède  à  l’opération,  les  autres  demandent  d’abord 
qu’on  ait  recours  aux  antiphlogistiques.  On  fait  une  abondante  saignée,  on  appli¬ 
que  20  sangsues;  après  quoi  un  léger  effort  de  taxis  suffit  pour  opérer  la  ré¬ 
duction. 

Voici  maintenant  la  contre  épreuve.  Un  ouvrier  se  plaint  depuis  longtemps  d’une 
hernie  inguinale  volumineuse,  qu'aucun  moyen  ne  peut  contenir  dans  l’abdomen. 
A  la  suite  d’un  écart  de  régime  la  tumeur  s’étrangle;  plusieurs  praticiens  essaient 
en  vain  de  la  réduire;  on  porte  le  malade  à  l’hôpital,  on  l'opère  ;  le  sac  étant  lar¬ 
gement  ouvert,  on  ne  découvre  aucune  espèce  de  constriction,  ni  dans  le  sac,  ni 
dans  l’ouverture  fibreuse,  mais  bien  une  violente  inflammation  du  paquet  intesti¬ 
nal  et  des  intestins.  Le  malade  meurt  deux  jours  après. 

J’ai  souligné  dans  ces  deux  faits  les  circonstances  qui,  à  l’avance,  auraient 


suffisance  delà  contention.  Les  mêmes  conditions  se  retrouvent  dans  l’observation 
suivante  rapportée  par  M.  Michaux,  et  par  laquelle  je  terminerai  ce  travail. 

Un  homme  de  67  ans  portait  depuis  longtemps  une  hernie  scrolale,  non  conte¬ 
nue  dans  l’origine,  et  plus  tard  imparfaitement  contenue  par  un  bandage  mal 
appliqué.  Le  11  février  dernier,  la  hernie  sort,  devient  dure,  douloureuse,  irréduc¬ 
tible;  deux  chirurgiens  essaient  vainement  le  taxis;  on  emploie  un  traitement 


PERRIN.  —  LUXATIONS  i)U  RADIUS  CHEZ  LES  ENFANTS.  13ô 

antiphlogistique  énergique,  saignées,  sangsues,  cataplasmes;  le  G0  jour  le  malade 
entre  à  l’hôpital.  M.  Michaux  reconnaît  une  inflammation,  fait  appliquer  de  nou¬ 
veau  des  sangsues  ;  le  lendemain  quelques  légères  pressions  suffisent  pour  la  r 
duciion,  et  le  malade  est  entièrement  guéri  quelques  jours  après  (1). 


Sut'  les  luxations  de  l’extrémité  sw|»ériessi*e  «Isa  i»$kImî8  ciaes 
les  enfaials;  par  M.  .Perrin  ,  D.  M.  au  Grancl-Lucé  ( Sarthe ). 

A  M.  le  rédacteur  du  Journal  de  Chirurgie. 

Monsieur  le  rédacteur, 

M.  le  docteur  Goyrand  d’Aix  a  publié  dans  les  Annales  de  Chirurgie  du  mois  de 
juin  1842  deux  observations,  suivies  de  réflexions ,  sur  une  nouvelle  variété  de 
luxation  de  l’extrémité  supérieure  du  radius,  qu  il  désigne  sous  le  nom  de  luxa¬ 
tion  incomplète  de  l’extrémité  supérieure  du  radius  en  avant ,  et  qu’on  observe  sur¬ 
tout  chez  les  enfants  en  bas  âge. 

Un  cas  analogue  s’est  offert  dernièrement  à  mon  observation.  Je  viens  vous 
prier,  si  vous  le  jugez  de  quelque  intérêt  scientifique,  de  l’insérer  dans  votre 
estimable  journal. 

Obs.  —  Dans  le  mois  de  janvier  dernier,  une  petite  fille ,  âgée  de  18  mois,  me 
fut  présentée  par  sa  mère,  comme  ne  pouvant  plus,  depuis  deux  jours,  se  servir 
de  son  bras  ;  d’après  son  récit ,  l’accident  était  arrivé  dans  les  circonstances  sui¬ 
vantes  : 

L’enfant  étant  sur  les  genoux  de  sa  mère ,  celle-ci  voulut  introduire  son  petit 
bras  gauche  dans  la  manche  très  étroite  de  sa  robe,  et  comme  les  enfants  de  cet 
âge  se  prêtent  difficilement  à  cette  intromission  ,  la  mère  alla,  par  l’ouverture  in¬ 
férieure  de  la  manche,  saisir  et  tirer  avec  une  certaine  force  la  main  de  sa  petite 
fille,  en  même  temps  qu’elle  cherchait  de  son  autre  main  à  faire  remonter  en 
haut,  vers  l’épaule,  l’extrémité  supérieure  de  cette  manche. 

Pendant  celte  double  traction  en  sens  inverse  ,  la  main  étant  probablement  en 
demi-pronation,  tout  à  coup  la  petite  fille  jeta  un  cri,  et  resta  dès  ce  moment  dans 
l’impossibilité  de  se  servir  de  son  bras.  Voici  ce  que  je  constatai  : 

Le  membre  supérieur  gauche  était  complètement  étendu,  pendant  sur  le  côté 
du  tronc,  et  un  peu  porté  en  arrière  ;  la  main  en  demi-pronation  ;  les  doigts  légè¬ 
rement  fléchis  ;  tout  le  membre  complètement  immobile. 

L’enfant  refuse  constamment  de  se  servir  de  sa  main  pour  prendre  le  morceau 


(1)  J’ai  évité  à  dessein  toute  polémique  sur  le  rapport  de  M.  Vottem,  qui  a  attaqué  et  tra¬ 
vesti  mes  idées  d’une  façon  que  je  me  contenterai  d’appeler  peu  académique;  et  j’aurais 
gardé  à  cet  égard  le  plus  complet  silence,  si  je  ne  devais  témoigner  toute  ma  gratitude  k 
MM.  Lutens  et  Phillips,  qui  ont  pris  soin  dans  la  discussion  de  rétablir  le  texte  et  le  sens  de 
mes  doctrines.  «  Je  serais  porté  à  croire,  a  dit  M.  Lutens,  que  l’honorable  rapporteur  n’a 
pas  compris,  ou  n’a  pas  voulu  comprendre  M.  Malgaigne.  »  C’est  là  ce  qui  pouvait  se  dire 
de  mieux. 

Il  serait  k  propos  que  tous  les  chirurgiens,  quelle  que  soit  leur  patrie,  voulussent  bien  se 
rappeler  que  dans  l’ordre  scientifique  ils  sont  membres  d’une  même  famille,  et  observer  les 
uns  vis-à-vis  des  autres  les  égards  de  la  confraternité.  Et,  par  exemple  ,  je  désirerais  pour 
mon  compte  que  ce  souhait  fût  bien  compris  d’un  très  excellent  et  très  habile  confrère, 
M.  Mayor  de  Lausanne,  qui  vient  de  lancer  ex  abrupto  contre  toute  l’école  de  Paris  une 
diatribe  énorme  où  j’ai  attrapé  ma  part  d’éclaboussures.  «-  De  tous  les  chirurgiens  justement 
célèbres,  dit  M.  Mayor,  celui  qui ,  dans  son  discours  d’ouverture ,  a  le  plus  méconnu  les 
droits  imprescriptibles  et  les  prérogatives  impérissables  de  la  mécanique  médicale,  en  l’amal¬ 
gamant  sans  pudeur  avec  la  médecine ,  c’est  évidemment  M.  Malgaigne.  »  Il  y  a  là  un  grand 
éloge  et  un  grand  blâme  ;  je  prie  M.  Mayor  de  croire  que  je  ne  suis  pas  moins  flatté  du 
second  que  du  premier. 


136 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


de  sucre  qu’on  lui  offre,  et  cherche  à  le  saisir  de  l’autre  main.  Le  mouvement  de 
supination  est  impossible  ;  en  y  mettant  même  une  certaine  force,  on  n’arrive  à 
aucun  résultat,  sinon  à  faire  beaucoup  souffrir  l’enfant,  qui  jette  les  hauts  cris. 
Aussitôt  qu’on  cesse  toute  manœuvre ,  l’enfant  reporte  son  petit  bras  dans  la  posi¬ 
tion  que  j’ai  signalée,  et  ne  paraît  plus  ressentir  aucune  douleur. 

La  flexion  de  l’avant-bras  sur  le  bras  est  douloureuse,  mais  complète. 

II  n’y  a  du  reste,  au  niveau  de  l’articulation  du  coude,  ni  rougeur,  ni  gonflement, 
ni  déformation  ;  rien  en  un  mot  d’appréciable  extérieurement.  L’exploration 
attentive  ne  permet  pas  non  plus  de  constater  le  moindre  changement  dans  les 
rapports  des  os  qui  concourent  à  former  cette  articulation. 

L’examen  auquel  je  me  livrai  pendant  assez  longtemps  ayant  fait  beaucoup 
souffrir  et  pleurer  l’enfant,  je  crus  prudent  de  remettre  la  réduction  à  un  autre 
jour  ;  mais  le  lendemain  on  vint  m’annoncer  que  la  malade  était  guérie.  J’attribuai 
celte  réduction  spontanée  au  massage  auquel  j’avais  soumis  la  veille  l’articulation 
pour  l’explorer,  et  à  quelques  tentatives  légères  et  insignifiantes  de  réduction  que 
j’avais  essayées;  et  elle  devint  en  même  temps  pour  moi  une  preuve  en  faveur  de 
la  luxation  incomplète. 

Si  cette  observation  nous  offre  un  nouvel  exemple  de  luxation  incomplète  de 
l’extrémité  supérieure  du  radius  ,  je  n’oserais  affirmer  qu’elle  soit  en  même  temps 
un  exemple  de  luxation  incomplète  en  avant,  comme  l’affirme  M.Goyrand  pour  les 
deux  cas  qu’il  rapporte.  En  effet,  au  nombre  des  signes  donnés  par  ce  chirurgien, 
il  signale  la  flexion  de  l’avant-bras  qui  se  trouve  placé  en  travers  sur  le  ventre  de 
l’enfant;  or,  dans  le  cas  que  je  cite,  le  membre  supérieur  pendait  complètement 
étendu  sur  les  côtés  du  tronc.  De  plus ,  chez  l’enfant  dont  je  parle ,  je  pouvais  com¬ 
plètement  fléchir  l’avant-bras  sur  le  bras,  ce  qui  ne  se  conçoit  guère  dans  la  sup¬ 
position  d’une  luxation  incomplète  en  avant,  puisque  dans  le  cas  de  luxation  com¬ 
plète  dans  ce  sens,  on  donne  précisément  pour  signe  l’impossibilité  de  fléchir 
entièrement  le  membre.  M.  Goyrand  ne  parle  point  de  celte  flexion. 

Aurais-je  donc  eu  à  faire  à  une  luxation  incomplète  en  arrière?  Je  serais  tenté 
de  le  croire.  Mais  à  d’autres  plus  habiles  que  moi,  à  vous ,  monsieur,  qui  savez  si 
bien  discuter  les  faits  de  noire  science  ,  d’éclaircir  cette  question  des  luxations 
incomplètes  de  l’extrémité  supérieure  du  radius,  sur  laquelle  l’autopsie  cadavé¬ 
rique  n’a  point  encore  projeté  sa  lumière.  Ces  sortes  de  déplacemens  ,  désignés 
sous  le  nom  peu  scientifique  d 'entorses,  de  foulures  du  coude ,  sont  aussi  méconnues 
aujourd’hui  que  l’étaient  autrefois  les  luxations  complètes  du  même  os,  à  l’époque 
où  la  fameuse  Académie  de  chirurgie  envoyait,  à  ses  propres  frais,  l’illustre  Sabatier 
vérifier  le  diagnostic  d’un  chirurgien  de  province,  qui  lui  annonçait  avoir  constaté 
sur  un  de  ses  malades  une  luxation  récente  de  l’extrémité  supérieure  du  radius. 

Agréez ,  etc.  Perrin. 


L’appel  de  notre  honorable  confrère  nous  impose  un  tâche  assurément  fort  dif¬ 
ficile.  Nous  allons  cependant  essayer  de  lui  répondre;  et  nous  saisirons  volontiers 
cette  occasion  de  jeter  quelque  jour  sur  l’une  des  questions  les  plus  obscures  de  la 
pathologie  chirugicale,  savoir,  la  nature  des  luxations  qui  peuvent  déterminer 
chez  les  enfants  des  tractions  intempestives  sur  la  main  ou  le  poignet. 

Les  premières  notions  que  l’on  trouve  sur  cet  accident  sont  perdues  en  quel¬ 
que  sorte  dans  un  des  plus  méchants  ouvrages  du  XVIIe  siècle;  VOEconomie  chirur¬ 
gicale  de  D.  Fournier,  publiée  en  1671.  On  y  lit,  page  250  : 

«  La  luxation  incomplète  (du  radius)  ou  l’cslongation  se  fait  par  le  relaschement  des  liga¬ 
ments  qui  sont  abbreuvez  d’humiditez,  ou  par  une  violente  extension,  principalement  en  des 
sujets  jeunes  et  délicats,  comme  aux  enfants,  laquelle  maladie  le  plus  souvent  se  guarit,  ou  du 
moins  se  remet  facilement,  » 


PERRIN.  —  LUXATIONS  DU  RADIUS  CHEZ  LES  ENFANTS.  137 

Cela  est  court,  mais  décisif;  manifestement  Fournier  avait  vu  cette  lésion;  il 
en  a  nettement  établi  l’étiologie  et  le  pronostic;  nous  verrons  même  dans  un  mo¬ 
ment  cette  théorie  de  l'élongation  embrassée  par  un  chirurgien  d  une  tout  autre 
autorité;  seulement  il  a  confondu  la  luxation  par  un  relâchement  avec  la  luxation 
par  cause  externe;  chose  du  reste  peu  étonnante  à  l’époque  où  il  écrivait. 

Cette  petite  découverte  de  Fournier  demeura  longtemps  comme  non  avenue; 
et,  pour  retrouver  de  nouvelles  observations  sur  ce  sujet,  il  faut  arriver  jusqu’à 
Duverney  le  neveu,  au  milieu  du  XVIIIe  siècle. 

«  La  luxation  du  rayon  que  je  propose,  dit  Duverney,  arrive  ordinairement  par  une 
extension  plus  ou  moins  forcée,  ou  par  chute.  Par  exemple,  lorsque  l’on  prend  un  enfant  par 
le  poignet  pour  lui  faire  sauter  un  ruisseau  ouïe  transporter  d’un  endroit  à  l’autre,  tout  l’ef¬ 
fort  se  passe  le  long  du  rayon  par  la  compression  que  cause  sur  l’os  du  coude  la  main  de 
celui  qui  embrasse  le  poignet  de  l’enfant,  et  par  le  poids  de  son  corps  qui  résiste  à  l’effort, 
étant  enlevé  en  l’air.  » 

Il  y  a  ici  également  quelque  confusion  entre  les  luxations  par  suite  de  chute 
et  celles  qui  sont  dues  à  la  traction  sur  le  poignet  ;  non  pas  sans  doute  que  l’une 
et  l’autre  cause  ne  puissent  produire  des  déplacements  tout  semblables,  même  chez 
les  enfants;  mais  en  général  il  y  a  des  différences  qui  ont  même  frappé  jusqu’à 
un  certain  point  Duverney.  Je  laisserai  en  arrière  tout  ce  qu’il  dit  des  luxations 
causées  par  des  chutes;  quant  aux  autres: 

«  Cette  luxation,  dit-il,  pour  l’ordinaire  ne  cause  que  très  peu  de  douleur  dans  l’instant 
qu’elle  se  fait  par  extension.  L’avant-bras  et  la  main  restent  dans  une  parfaite  pronation,  ne 
pouvant  plus  être  mus  par  les  muscles  propres  à  la  supination;  mais  si  l’on  veut  mouvoir 
le  bras,  le  faisant  étendre,  l’enfant  souffre  une  douleur  très  vive  au  pli  du  bras.  Ainsi  le  vrai 
signe  de  la  luxation  du  rayon  est  que  la  supination  ne  peut  se  faire.  » 

Quelle  est  donc  la  nature  de  celle  lésion?  Duverney  adopte  l’idée  de  l’élonga¬ 
tion,  qu’il  regarde  néanmoins  comme  une  luxation  véritable.  Ainsi,  lorsqu’on  lire 
sur  le  poignet  d’un  enfant,  comme  il  l’a  exposé: 

«  La  pression  que  fait  sur  l’os  du  coude  la  partie  inférieure  du  rayon,  qui  est  grosse,  oblige 
sa  partie  supérieure  qui  est  petite  de  sortir  de  la  capsule  qui  l’articule  avec  l’éminence  du 
bras;  et  voilà  la  vraie  luxation  du  rayon,  qui  consiste  dans  son  éloignement  de  deux  à  trois 
lignes,  suivant  sa  longueur,  de  l’humérus.  Il  ne  se  porte  donc  pas  en  dehors,  en  dedans,  ni 
dans  un  autre  sens,  comme  on  l’a  prétendu.  De  plus  le  ligament  circulaire  qui  embrasse  le 
col  du  rayon,  l’aponévrose  entre-osseuse  et  l’insertion  du  biceps  s’y  opposent.  » 

Il  est  impossible  de  rendre  sa  pensée  d’une  façon  plus  claire;  seulement  on 
voudrait  savoir  si  cette  théorie  est  appuyée  sur  quelque  chose;  et  malheureuse¬ 
ment  Duverney  confesse  à  peu  près  qu’elle  est  purement  imaginaire. 

«  Je  n’ai  connu  cette  luxation,  poursuit-il,  que  par  le  grand  nombre  d’enfants  pour  lesquels 
on  m’a  consulté.  J’avoue  sincèrement  que  dans  les  premiers  temps  je  la  regardais  comme  une 
luxation  des  deux  os,  tant  par  le  gonflement  qui  se  trouvait  à  quelques-uns,  que  par  la  dif¬ 
ficulté  de  mouvoir  l’avant-bras.  Mais,  m’étant  aperçu  que  les  extensions  étaient  inutiles,  je 
me  déterminai  à  prendre  le  parti  du  mouvement  delà  supination,  et  je  réussis.  Quelque  satis¬ 
fait  que  je  fusse  du  succès  de  cette  pratique,  je  ne  proposai  cette  luxation  en  public,  et  à 
quelques  praticiens,  qu’avec  doute,  n’ayant  pas  eu  occasion  de  m’en  assurer  sur  l’adulte.  Je  lus 
néanmoins  assuré  de  ce  que  j’avais  avancé  par  l’ouverture  du  bras  de  la  malade  dont  j’ai  fait 
mention  ci-dessus.  » 

Vous  voyez  que  sa  preuve  principale  est  tirée  du  succès  de  sa  méthode;  quant 
à  sa  prétendue  autopsie,  elle  est  uniquement  destinée  à  montrer  que  la  luxa¬ 
tion  peut  produire  un  abcès  qui  le  plus  souvent  dégénère  en  scrophule  ;  comme  je  rai 
vu  arriver,  ajoute-t-il,  a  une  femme  de  30  ans  ou  environ,  ou  la  luxation  du  rayon 
ne  fut  en  aucune  manière  connue,  et  dont  j'ouvris  l’article  après  sa  mort. 

Mais  puisque  l’autopsie  ne  prouve  rien,  sachons  du  moins  si  la  méthode  prouvera 


Î38  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

davantage;  et  dans  tous  les  cas,  il  importe  de  bien  connaître  une  méthode  qui  n’a 
jamais  échoué. 

«  Le  chirurgien  fait  asseoir  le  malade  sur  une  chaise.  11  le  fait  tenir  le  bras  nu.  Alors  il 
porte  le  pouce  de  la  main  droite  dans  le  pli  du  bras,  approchant  de  l’attache  du  tendon  du 
biceps  au  rayon.  Les  quatre  autres  doigts  embrassent  l’olécrâne.  La  main  gauche  du  chirur¬ 
gien  empoigne  la  partie  inférieure  de  l’avant-bras  proche  le  poignet.  Avec  cette  main  il  tourne 
le  rayon  et  la  main  en  dehors,  c’est-à-dire  qu’il  les  met  dans  une  parfaite  supination.  Pendant 
ce  mouvement  le  pouce  delà  main  droite  pousse  le  rayon  ou  plutôt  le  tient  assujetti.  Quand,, la 
supination  paraît  suffisante,  il  fait  fléchir  l’avant-bras,  le  portant  plus  en  dehors  qu’en  de¬ 
dans.  Alors  la  cavité  du  rayon  rentre  dans  la  capsule,  et  elle  reçoit  l’éminence  de  l’humérus. 
La  même  manœuvre  s’exécute  telle  qu’on  vient  de  la  décrire  pour  la  luxation  du  rayon  du 
bras  gauche;  mais  si  la  luxation  est  du  côté  droit,  il  faut  que  ce  soit  le  pouce  de  la  main 
gauche  du  chirurgien  qui  soit  appliqué  au  pli  de  l’avant-bras ,  et  elle  s’exécutera  comme  il  a 
été  dit. 

«  Le  bandage  consiste  en  une  compresse  circulaire,  deux  longuettes  placées  en  croix  de 
Saint-André,  une  circulaire  par-dessus,  et  le  bandage  comme  à  la  saignée.  11  faut  mettre 
le  bras  en  écharpe  pendant  2  ou  5  jours.  L’on  doit  toujours  avoir  attention  que  le  bras  soit 
en  supination.  Je  n’ai  jamais  mis  autre  chose  en  usage,  surtout  aux  enfants,  etc.  » 

Telle  était  en  somme  la  doctrine  de  Duverney.  Pour  prédisposition,  le  jeune 
âge;— pour  cause,  la  traction  sur  le  poignet pour  signe  essentiel,  l’impossibilité 
de  mettre  la  main  en  supination  ;— pour  méthode  opératoire,  un  mouvement  forcé 
de  supination  combiné  avec  la  pression  antérieure  sur  la  tête  luxée,  et  dans  un 
second  temps,  un  mouvement  de  flexion  ;— enfin  pour  théorie,  une  luxation  par 
élongation. 

Celte  doctrine  lit  assez  peu  d’impression  sur  les  contemporains.  J.-L.  Petit 
avait  nié  tous  les  déplacements  delà  tête  du  radius,  et  son  autorité  entraînait  les 
chirurgiens.  Bertrandi  en  Italie,  Manne  en  France  ,  se  hasardèrent  cependant  à 
répéter  ce  qu’avait  écrit  Duverney;  en  1787,  Botlentuit  Langlois  fit  plus;  il 
apporta  à  cette  doctrine  l’appui  de  sa  propre  expérience,  et  fit  soutenir  aux  éco¬ 
les  de  chirurgie  une  thèse  ayant  pour  titre:  De  radii  superioris  extremitatis  di- 
motione  in  infanlibus  frequentiori. 

Ce  n’est  pas  pourtant  qu’il  adopte  tout  ce  qu’a  dit  Duverney  ;  loin  delà,  tout  en 
confirmant  la  réalité  de  la  luxation,  il  innove  sur  presque  tous  les  points  de  son 
histoire.  Ainsi  ce  n’est  pas  assez,  pour  la  produire,  qu’une  traction  exercée  sur 
la  main  de  l’enfant;  il  faut  qu’à  cette  traction  se  joigne  un  mouvement  forcé  de 
pronation.  Le  premier  aussi,  Boltenluil  a  noté  cette  autre  cause  dont  l’observa¬ 
tion  de  M.  Perrin  présente  un  si  remarquable  exemple;  les  tractions  inconsidé¬ 
rées  sur  la  main  d’un  enfant  pour  faire  passer  le  bras  dans  une  manche  trop 
étroite;  mais  alors  aussi  il  faut  que  la  main  soit  en  pronalion.  En  vertu  de  cette 
pronation,  le  radius  en  vient  à  loucher  la  partie  moyenne  du  cubitus,  et  y  trouve 
un  point  d’appui  sur  lequel  il  bascule;  la  tête  radiale  ainsi  soulevée  distend  le 
ligament  coronaire  et  s’écarte  tout  à  La  fois  de  la  cavité  sigmoïde  et  du  condyle 
huméral;  et  alors,  selon  l'impulsion  qu  elle  reçoit,  la  contraction  plus  ou  moins 
forte  des  muscles  et  la  résistance  des  ligaments,  elle  se  porte  en  dehors  ou  en 
avant,  de  façon  toutefois  à  ne  pas  s’écarter  beaucoup  de  sa  position  naturelle. 

Comme  on  le  voit,  Bottentuit  n’admcltait  pas  une  luxation  unique;  mais  tantôt 
une  luxation  en  avant,  tantôt  une  luxation  en  dehors,  ce  -qui  revientàce  que  nous 
appellerions  aujourd’hui  une  luxation  en  arrière;  de  plus,  il  admet  divers  degrés 
dans  ces  déplacements.  Au  degré  le  plus  léger,  tous  les  mouvements  demeurent 
libres,  excepté  la  supination.  Un  déplacement  plus  étendu  détermine  la  compres¬ 
sion  et  l’engorgement  des  parties  voisines,  la  carie  de  l’articulation,  l’ankylose;  et 
il  dit  avoir  observé  ces  suites  fâcheuses.  Mais,  dans  tous  les  cas,  les  signes  carac¬ 
téristiques  sont  toujours:  — la  main  en  pronalion,  l’avant-bras  demi  fléchi ,  la  su¬ 
pination  impossible  et  toute  tentative  dans  ce  sens  arrachant  des  cris  au  malade  ; 


PERRIN. — LUXATIONS  OU  RADIUS  C1IEZ  LES  ENFANTS.  130 

et  il  ajoute  que  si  Ton  engage  l’enfant  à  porter  la  main  à  la  tête,  la  main  seule 
se  fléchit  pour  aller  à  la  rencontre  de  la  tête  qui  s’incline  pour  la  recevoir. 

Le  procédé  de  réduction  ne  diffère  pas  beaucoup  de  celui  de  Duverney;  toute¬ 
fois  Bottenluit  insiste  pour  que  la  supination  et  la  flexion  s’exécutent  en  même 
temps,  sous  peine  de  n’obtenir  qu’une  réduction  incomplète;  et  il  porte  la  flexion 
au  point  d’amener  la  main  au  niveau  de  la  partie  externe  de  l’acromion. 

Quant  au  traitement  consécutif,  il  appliquait  d’ordinaire  un  bandage;  mais  il  s’en 
passait  quelquefois.  En  effet,  dit  il ,  la  réduction  fait  immédiatement  cesser  la 
douleur;  et  dès  le  lendemain  (souvent  même  auparavant)  l’articulation  a  recouvré 
l’entière  liberté  de  ses  mouvements. 

Le  travail  de  Bottenluit  en  suscita  un  autre.  En  1789,  Philippe  Pinel  publia,  dans 
les  Observations  de  physique  de  Rozier,  un  Mémoire  sur  le  mécanisme  des  luxations 
de  l* avant-bras ,  et  donna  deux  théories  des  luxations  de  la  tête  du  radius.  L’une 
n’était  qu’une  modification  de  la  théorie  de  Botlentuil  ;  au  lieu  de  faire  basculer 
le  radius  sur  la  partie  moyenne  du  cubitus,  Pinel  faisait  rencontrer  les  deux  os 
vers  la  tubérosité  bicéphale.  La  seconde  expliquait  la  luxation  par  une  forte  ad¬ 
duction  de  la  main;  ainsi,  disait-il ,  lorsque  la  main  est  violemment  portée  en  dehors 
(dans  le  langage  actuel  nous  dirions  en  dedans),  il  s’opère  une  bascule  du  radius 
sur  la  petite  tête  du  cubitus,  et  la  tête  radiale,  par  l’effet  de  celte  bascule,  est  por¬ 
tée  en  dehors  contre  le  ligament  latéral  externe  du  coude  jusqu’à  le  distendre  et 
même  à  le  rompre.  C’est  là  une  vue  toute  hypothétique  que  Pinel  n’appuie  sur 
aucun  fait,  et  que  j’aurais  passée  sous  silence,  si  un  peu  plus  lard  elle  n’avait 
été  reproduite  par  Monteggia,  qui  sans  doute  en  ignorait  le  premier  auteur. 

En  tout  ceci  néanmoins,  la  question  de  la  nature  réelle  de  la  luxation  restait 
toujours  sans  solution  positive;  et,  chose  singulière,  on  n’avait  pas  même  songé  à 
constater,  par  l’examen  du  coude,  de  quel  côté  s’était  portée  la  tête  du  radius.  Le 
premier  travail  sérieux  à  cet  égard  appartient  à  Martin  de  Lyon  ,  et  fut  publié 
en  1809  dans  le  Journal  général  de  médecine.  Pour  arriver  à  une  solution,  Martin 
interrogea  à  la  fois  l’anatomie,  les  causes,  les,  symptômes  et  le  traitement;  et  il 
conclut  que  la  luxation  est  toujours  en  arrière. 

«  Dans  l’enfant,  dit-il,  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus  est  remarquable  par  le  volume 
de  sa  petite  tête  qui  fait  une  saillie  considérable  en  devant,  et  occupe  un  espace  très  grand 
par  rapport  à  la  poulie  articulaire  qui  forme  une  éminence  bien  moindre  que  celle  qu’elle 
doit  offrir  dans  la  suite.  Cette  disposition,  en  déprimant  le  radius  et  le  plaçant  sur  un  plan 
plus  antérieur,  augmente  l’étendue  du  mouvement  de  pronation;  car  le  radius  se  meut  d’au¬ 
tant  plus  aisément  sur  le  cubitus  en  croisant  sa  direction  en  devant,  qu’il  lui  est  plus  anté¬ 
rieur.  Cette  étendue  plus  grande  du  mouvement  de  pronation  rend  évidemment  plus  forte 
la  distension  du  ligament  annulaire  en  arrière,  et  par  cela  même  doit  faciliter  les  luxations  du 
radius  dans  ce  sens . . . 

«  La  cavité  sigmoïde  du  cubitus  est  presque  plane  ;  le  côté  correspondant  du  radius  est  peu 
saillant  et  a  aussi  moins  de  surface;  ce  qui  rend  extrêmement  faible  ce  point  de  contact  des 
deux  os  de  l’avant-bras,  et  facilite  leur  défaut  de  rapport  dans  leurs  mouvements  forcés  de 
pronation. . .  Le  ligament  annulaire  a  d’autant  plus  d’étendue,  par  rapport  au  radius  qu’il  em¬ 
brasse,  que  la  petite  cavité  sigmoïde  du  cubitus,  à  laquelle  il  se  fixe,  en  a  moins  ;  l’observation 
anatomique  démontrant  que,  chez  l’enfant,  il  forme  le  cercle  presque  entier,  tandis  que  chez 
l’adulte  la  grandeur  et  la  profondeur  relatives  de  la  cavité  sigmoïde  qui  lui  donne  attache  lui 
permet  à  peine  de  former  les  deux  tiers  du  cercle.» 

Et  enfin,  «  l’espace  interosseux  va  en  décroissant  uniformément  de  haut  en  bas,  tandis  que 
chez  l’adulte  il  est  élargi  par  le  milieu,  à  la  suite  de  l’espèce  de  torsion  qu’éprouvent  les  os 
sur  eux-mêmes  par  les  progrès  de  l’âge;  circonstance  qui,  dans  l’enfant,  augmente  encore 
l’étendue  des  mouvements  du  radius,  diminue  la  solidité  de  son  articulation,  et  doit  conséquem¬ 
ment  favoriser  son  déplacement.  » 

Mais  jusqu’où  s’étend  alors  ce  déplacement?  L’esprit  de  l’époque  ne  permet- 


140  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

tait  guère  de  s’arrêter  à  l’idée  d’une  luxation  incomplète;  aussi  Martin  n’y  songe 
même  pas. 

•<  L’extrémité  de  cet  os,  en.  s’échappant  de  la  cavité  sigmoïde,  sans  rompre  ordinairement 
le  ligament  annulaire,  d’après  nos  expériences  sur  le  cadavre,  se  place  sur  la  petite  surface 
plane  que  présente  la  partie  supérieure  de  la  face  externe  du  cubitus,  derrière  la  petite  cavité 
sigmoïde  et  au-dessous  du  petit  anconé  ;  elle  perd  ses  rapports  avec  la  petite  tête  de  l’humé¬ 
rus,  et  vient  se  fixer  en  arrière  de  la  tubérosité  externe  de  cet  os  et  au-dessous  de  l’olécrâne, 
en  distendant,  ou  rompant  quelquefois  peut-être,  la  capsule  articulaire.  Le  radius  alors  coupe 
à  angle  aigu  la  partie  supérieure  du  cubitus,  ce  qui  place  l’avant-bras  dans  la  pronation;  la 
tubérosité  bicipitale  éloignée  et  tournée  en  arrière  distend  le  tendon  du  biceps,  et  excite  l’ac¬ 
tion  de  ce  muscle  qui  tient  l’avant-bras  dans  la  demi-flexion.  » 

Martin  parle  ici  d’expériences  sur  le  cadavre,  et  ne  dit  pas  comment  il  les  a 
faites.  D’après  celles  que  j’ai  tentées,  je  crois  pouvoir  affirmer  d’une  manière 
absolue  que  la  luxation  complète,  comme  il  prétend  l’avoir  obtenue,  est  impossible 
sans  déchirure  du  ligament  annulaire;  et,  d’un  autre  côte,  cette  luxation  complète 
produit  une  telle  saillie  de  la  tête  radiale  en  arrière  qu’elle  ne  saurait  échapper  à 
aucun  chirurgien.  II  ne  faut  donc  pas  s’en  laisser  imposer  par  ce  mot  spécieux 
à' expériences  ni  par  les  conclusions  que  l’auteur  semble  en  tirer;  la  question  reste 
aussi  entière  après  qu’auparavant. 

L’étiologie  n’est  pas  beaucoup  mieux  démontrée;  Martin  est  tellement  dominé 
par  une  théorie  préconçue  qu’il  ne  s’aperçoit  pas  même  qu’il  se  contredit  d’une 
phrase  à  l’autre.  Après  avoir  avancé  que  celte  luxation  ne  peut  s'effectuer  qu’au- 
tant  que  l’avant-bras  est  porté  dans  un  mouvement  forcé  de  pronation  et  tiraillé 
tout  à  la  fois,  il  fait  remarquer  que  ces  tiraillements  sur  l'avant-bras  ou  le  poignet 
porté  dans  une  pronation  forcée  ont  eu  lieu  dans  presque  toutes  les  observations 
qu’il  va  produire.  Si  ce  n’est  pas  dans  toutes,  la  luxation  peut  donc  s’effectuer 
dans  d’autres  circonstances  que  celles  qu’il  signale  comme  nécessaires;  et  celle 
différence  de  cause  méritait  d’être  étudiée.  D’ailleurs,  il  faut  bien  ajouter  que 
l’auteur  se  trompe  sur  ses  propres  observations;  il  en  a  sept,  et ,  sur  les  sept, 
deux  seulement  dans  lesquelles  la  combinaison  de  la  pronation  forcée  est  nette¬ 
ment  accusée;  dans  les  cinq  autres,  il  n’est  question  que  de  simples  tiraillements, 
et  l’on  voit  qu’il  lui  a  été  impossible  à  lui-même  de  s’assurer  de  la  vraie  position  du 
membre  lors  de  l’accident. 

Les  signes  sont:—»  l’impuissance  des  mouvements  de  l’avant-bras  et  du  poi¬ 
gnet;— la  douleur  qu’on  excite  quand  on  veut  les  mouvoir;— la  demi-flexion  et 
l’état  de  pronation  de  l’avanl-bras;  —  la  saillie  qu’on  observe  au-dessous  de  la 
tubérosité  externe  de  l’humérus  et  en  avant  de  l’olécrane;  —  la  tension  du 
biceps.  » 

Le  procédé  a  ici  une  grande  importance,  attendu  que  dans  des  points  essen¬ 
tiels  il  est  tout  à  fait  contraire  à  ceux  de  Duverney  et  de  Bottenluil,  et  que  cepen¬ 
dant  il  n’a  pas  moins  constamment  réussi. 

«  Le  procédé  le  plus  simple  pour  réduire  cette  luxation  consiste  à  saisir  d’une  main  le 
poignet  du  malade,  et  embrasser  de  l’autre  le  pli  de  l’avant-bras,  de  manière  à  ce  que  le  pouce 
reponde  a  la  tête  du  radius  déplacé.  Les  mains  de  l’opérateur  ainsi  posées,  il  fait  exécuter  en 
même  temps  un  mouvement  combiné  de  supination  et  d’extension  de  l’avant- bras  avec  la 
main  qui  tient  le  poignet,  tandis  qu’il  presse  sur  la  tête  du  radius  avec  le  pouce  de  celle  qui 
embrasse  l’articulation  de  l’avant-bras;  alors  il  fait  fléchir  ce  membre,  le  portant  plutôt  en 
dehors  qu’en  dedans,  mouvement  qui  devient  facile  par  la  rentrée  de  la  tête  du  radius  dans 
la  place  qu’elle  occupe  naturellement,  ce  qu’on  reconnaît  aussi  au  petit  bruissement  qui  se 
lait  entendre  lors  de  la  réduction.  » 

Ainsi  Duverney  et  Bottenluil  appuyaient  le  pouce  en  avant;  Martin  l’appuie  en 
airièie.  Duverney  forçait  la  supination  sans  étendre  l’avant  bras;  Bottenluil  vou¬ 
ait  que  la  supination  fût  combinée  avec  lq  flexion;  et  tout  au  rebours,  Martin 


PERRIN.  — LUXATIONS  DU  RADIUS  CHEZ  LES  ENFANTS.  14 1 

combine  la  supination  et  l'extension.  Il  est  bon  de  remarquer  toutefois  que,  comme 
Duverney,  Martin  finit  par  ramener  l’avant-bras  dans  la  flexion,  et  que  dans  ce 
mouvement  de  flexion  tous  les  trois  s’accordent  à  recommander  de  porter  la 
main  en  dehors.  Ce  précepte,  qui  au  premier  abord  semble  tout  empirique,  a 
pour  effet  d’assurer  la  supination  dans  la  flexion  meme,  ainsi  que  chacun  peut 
s’en  assurer  par  soi.  Je  reproduis  ici  l’une  des  observations  de  Martin,  pour 
mettre  mieux  le  lecteur  à  même  de  juger  ce  qui  dans  son  travail  a  été  dicté  par 
la  théorie  ou  par  l’expérience. 

«Observation.— Le  fils  de  M.  Mermet,  notaire  à  Lyon,  rue  Thomassin,  âgé  de  7  ans,  me  fut 
amené  le  17  avril  1805,  pour  que  je  procédasse  à  l’examen  de  son  bras  devenu  douloureux 
dans  l’articulation  de  l’avant-bras,  depuis  que  d’autres  enfants  l’avaient  tiraillé  en  divers 
sens  dans  la  matinée  du  même  jour. 

«  L’avant-bras  était  à  demi  fléchi,  et  le  malade  ne  pouvait  exécuter  des  mouvements  et 
surtout  l’étendre  sans  éprouver  une  douleur  vive  ;  sa  main  était  dans  la  pronation,  et  si  on 
essayait  de  la  ramener  dans  la  supination,  on  excitait  une  douleur  qui  lui  faisait  pousser  des 
cris.  Le  bras  laissé  en  repos,  il  se  plaignait  d’un  sentiment  douloureux  au  lieu  correspondant 
au  tendon  du  biceps,  qui  était  dans  une  extrême  tension.  Quoique  l’articulation  fût  un  peu 
engorgée,  je  distinguai  au-dessous  de  la  tubérosité  externe  de  l’humérus  et  près  de  l’olécràne 
une  tumeur;  je  la  déplaçai  en  exerçant  sur  elle  une  pression  avec  le  pouce,  en  même  temps 
que  je  ramenais  l’avant-bras  dans  la  supination  et  que  je  l’étendais  sur  le  bras;  en  exécutant 
ces  mouvements,  j’entendis  distinctement  sous  le  doigt  ce  bruit  particulier  qui  résulte  du 
replacement  d’un  os  sorti  de  sa  cavité  articulaire,  et  la  tumeur  observée  au-dessous  de  la 
tubérosité  disparut  à  l’instant  même.  L’enfant  fut  soulagé,  et  exerça  librement  et  sans  la 
moindre  douleur  les  mouvements  d’extension,  de  flexion,  de  supination  et  de  pronation.  » 

Les  quatre  observations  qui  viennent  après  sont  le  calque  exact  de  la  première; 
dans  toutes  on  observe  la  demi-flexion,  la  tension  du  tendon  du  biceps,  et  la  sail¬ 
lie  de  la  tête  radiale  en  arrière.  Mais,  dans  les  deux  dernières,  l’avant-bras  était 
à  peine  fléchi  sur  le  bras,  et  il  n’est  pas  question  du  tendon  du  biceps.  Martin  en 
conclut  lui-même  que  la  flexion  de  l’avant-bras  n’est  donc  pas  un  des  phénomènes 
constants  delà  luxation;  j’ajouterai  que  précisément  c’est  dans  ces  deux  cas  que 
la  cause  bien  constatée  était  un  mouvement  forcé  de  pronation  combiné  avec  la 
'  traction  sur  le  poignet. 

La  réalité  de  la  luxation  en  arrière  était  mise  hors  de  doute  par  les  observations 
de  Martin  ;  elle  fut  confirmée  par  Boyer  qui  en  avait  vu  deux  cas,  et  avait  constaté 
la  saillie  de  la  tête  radiale.  Heureux  s’il  s’en  était  tenu  là;  mais,  de  même  que 
Desault  tiiait  les  deux  luxations  du  radius  parce  qu’il  ne  les  avait  point  vues, 
Boyer ,  n’ayant  vu  que  la  luxation  en  arrière,  nia  la  luxation  en  avant. 

Cet  arrêt  de  Boyer  avait  été  reçu  sans  protestation  dans  les  écoles  françaises  ; 
en  Italie,  Monteggia  tenta  de  le  réformer.  Il  se  fondait  sur  ses  propres  observa¬ 
tions,  qui,  dit-il,  n'étaient  pas  peu  nombreuses,  et  dans  lesquelles  il  avait  toujours 
réussi  à  réduire  en  forçant  d’abord  l’extension  et  la  supination,  mais  surtout  en 
appliquant  le  pouce  en  avant  du  pli  du  coude;  d’où  il  concluait  que  toutes  les 
luxations  ainsi  réduites  avaient  dû  avoir  lieu  en  avant,  et  que  la  luxation  en  avant 
était  plus  fréquente  que  l’autre.  La  démonstration  n’était  pas  rigoureuse  ;  Mon¬ 
teggia  n’avait  pas  même  songé  à  vérifier  dans  ces  cas  la  position  delà  tête;  mais 
ce  qui  est  plus  étrange  encore,  sous  cette  vaine  dénomination  de  luxation  en 
avant,  il  entendait  réellement  la  luxation  en  arrière,  et  ne  se  séparait  de  Boyer 
que  parce  qu’il  ne  l’admettait  pas  complète. 

«  Il  serait  pourtant  nécessaire,  dit-il,  de  préciser  ce  qu’on  entend  par  luxation  en  avant  et 
en  arrière.  Pour  moi  je  tiens  que  la  tête  du  radius  luxé  peut  se  diriger  tout  à  fait  en  avant, 
en  passant  obliquement  devant  l’articulation  même  du  cubitus  ;  ou  bien  obliquement  en  ar¬ 
rière,  mais  restant  toujours  sur  un  plan  antérieur  à  la  tubérosité  et  au  bord  externe  de  l’hu- 
piérus.  Cette  deuxième  variété  de  luxation  comprendrait  celles  qui,  lorsqu’on  étend  et 


142  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

qu’on  met  en  supination  l’avant-bras,  se  rapprochent  de  la  partie  antérieure  de  l’article,  où 
la  pression  antérieure  du  doigt  les  peut  faire  rentrer.  Que  si  l’on  veut  entendre,  par  luxa¬ 
tion  en  arrière,  le  passage  de  la  tête  radiale  en  arrière  de  la  tubérosité  et  du  bord  externe 
de  l’humérus,  ou  bien,  selon  Boyer,  derrière  la  cavité  sigmoïde  du  cubitus  et  au  côté  externe 
de  l’olécrâne,  je  croirais  certainement  qu’aucune  des  luxations  par  moi  réduites  n’était  de  ce 
genre.  » 

Mais  si  Monteggia  n’a  point  avancé  la  question  de  la  nature  de  la  luxation,  il  a 
ajouté  à  son  histoire  deux  faits  assez  importants,  l’un  pour  le  diagnostic,  l’autre 
pour  les  terminaisons.  11  note  que  le  bruit  que  fait  entendre  la  réduction  ressem¬ 
ble  à  la  crépitation  d’un  os  fracturé;  de  fait ,  dit-il,  la  première  fois  que  je  l’obser¬ 
vai,  je  crus  avoir  affaire  à  une  fracture  ;  mais  je  me  désabusai  en  voyant  la  liberté 
des  mouvements  immédiatement  revenue ,  la  douleur  cessée ,  le  membre  retourné  à  sa 
bonne  conformation ,  et  la  main  dans  sa  position  naturelle  :  preuves  que  le  bruit  ne  si * 
gnifiait  que  la  réduction  de  l'os. 

Il  a  vu  aussi,  ce  qui  n’avait  pas  été  noté  avant  lui,  la  réduction  suivie  de  réci¬ 
dive.  «  Chez  l’un  des  petits  enfants  que  j’ai  vus,  et  qui  avait  paru,  comme  les 
autres,  guéri  au  moment  de  la  réduction,  n’ayant  point  d’abord  appliqué  le  ban¬ 
dage  et  celui-ci  s’étant  dérangé  plus  tard  quand  je  l’eus  appliqué,  la  luxation  se 
reproduisit  bien  quatre  fois  dans  les  premiers  jours,  jusqu’à  ce  que  l’articulation 
eût  acquis  une  suffisante  stabilité.  » 

Voilà  où  en  était  la  question  vers  1814  ;  et  l’on  voit  que  si  elle  n’avait 
pas  fait  de  plus  grands  progrès,  ce  n’était  pas  absolument  faute  de  faits  ;  seule¬ 
ment  les  observations  n’avaient  jamais  été  suffisamment  exactes,  ni  les  dé¬ 
ductions  assez  rigoureuses.  Avons-nous  été  depuis  lors  plus  habiles  ou  plus 
heureux  ? 

Dugès  de  Montpellier  recommença  en  1831  à  battre  en  brèche  l’opinion  trop 
exclusive  de  Boyer;  il  avait  vu  trois  cas  de  luxation  en  avant,  dont  deux  occa¬ 
sionnés  par  des  tractions  sur  le  poignet  ;  et  il  est  d’autant  plus  important  de  re¬ 
produire  sa  première  observation,  qu’enfin  elle  nous  donnera  la  symptomatologie 
réelle  des  luxations  en  avant. 

«  Un  enfant  de  trois  ans,  en  jouant  avec  un  frère  plus  âgé  que  lui,  avait  été  tiré  avec  vio¬ 
lence  par  la  main  droite,  sans  doute  renversée  en  pronation  forcée  ;  à  l’instant  même  il  avait 
poussé  des  cris  aigus  qui  se  renouvelaient  au  moindre  attouchement  du  bras;  l’avant-bras  était 
immobile,  en  demi-flexion,  et  en  supination  presque  complète  ;  la  pronation  était  empêchée  par 
une  résistance  qu’on  sentait  bien  siéger  dans  les  os  mêmes,  et  non  dans  les  muscles  du  petit 
malade.  L’extrémité  supérieure  du  radius  saillait  un  peu  au-devant  de  la  petite  tête  de  l’humé¬ 
rus,  et,  autant  que  le  permettait  un  embonpoint  assez  considérable,  une  dépression  existait  en 
arrière  au  niveau  de  l’articulation  huméro-radiale.  Du  reste,  rien  de  lésé  dans  la  continuité  des 
os  du  membre  supérieur  ,  rien  de  dérangé  au  poignet  ni  à  l’épaule.  Je  fis  tenir  le  bras  de  l’en¬ 
fant  par  sa  mère,  et,  tirant  sur  la  main  fortement  inclinée  sur  son  bord  cubital,  je  la  ramenai 
en  pronation.  Un  claquement  sensible,  même  pour  les  assistants,  annonça  la  réduction  ;  les  cris 
cessèrent,  et  les  mouvements  reprirent  leur  liberté;  mais  peu  de  minutes  après  le  déplace¬ 
ment  se  reproduisit  ;  cette  fois,  après  avoir  procédé  de  même  à  la  réduction,  je  crus  devoir  m’op¬ 
poser  à  la  récidive,  en  fixant  l’avant-bras  en  demi-pronation  sur  la  poitrine.»  (Journal hebdo¬ 
madaire,  1851,  tom.  IV. 

Chose  digne  de  remarque,  sur  un  autre  enfant  la  luxation  fut  produite  et 
réduite  ,  et  récidiva  de  la  même  manière;  ce  qui  est  si  rare  dans  les  luxations  en 
arrière.  Un  troisième  cas ,  pareil  aux  premiers  par  les  symptômes ,  bien  que 
déterminé  par  une  autre  cause,  aurait  pu  être  d’une  bien  haute  importance  pour 
la  science,  l’enfant  ayant  succombé  le  troisième  jour;  malheureusement  l'auteur 
se  borne  à  dire  que  la  dissection  confirma  la  justesse  du  diagnostic. 

Ces  observations ,  confondues  avec  d’autres  de  nature  fort  diverse  ,  avaient 
passe  inaperçues;  et  pour  ramener  enfin  l’attention  sur  ce  sujet,  il  fallut  un  fait 


PERRIN.  —  LUXATIONS  MJ  RADIUS  CHEZ  LES  ENFANTS.  143 

nouveau,  publié  en  1836  par  M.  Collier  dans  la  Gazette  médicale  de  Londres ,  et 
reproduit  en  1837  par  la  Gazette  médicale  de  Paris.  Un  enfant  de  2  ans  et  demi, 
soulevé  par  les  poignets,  avait  jeté  les  hauts  cris;  M.  Collier  appelé  le  lendemain 
trouva  l’avant-bras  en  demi-flexion  et  en  pronation,  caractères  ordinaires;  mais 
de  plus  les  moindres  mouvements  de  flexion  et  d’extension  causaient  de  la  dou¬ 
leur;  l’enfant  ne  pouvait  allonger  la  main;  et,  en  appliquante  pouce  sur  la  tète 
radiale,  le  chirurgien  reconnut  qu’elle  dépassait  le  niveau  delà  face  antérieure  de 
l’humérus  des  deux  tiers  de  son  épaisseur.  La  pression  exercée  sur  cette 
tête ,  combinée  avec  un  mouvement  de  supination,  suffit  pour  la  réduire  ; 
et  le  membre  reprit  à  l’instant  sa  motilité  et  sa  liberté  naturelles. 

On  peut  douter  que  M.  Collier  ait  bien  senti  la  télé  du  radius  en  avant  ;  d’au¬ 
tant  plus  qu’il  ajoute  que  le  coude  n’offrit  ni  gonflement  ni  difformité;  et  sa  pré¬ 
tendue  luxation  en  avant  ne  ressemble  guère  à  celle  que  Dugès  avait  si  bien  décrite. 
Il  est  probable  toutefois  que  ce  fut  ce  diagnostic  si  hasardé  qui  entraîna  l’opinion 
de  M.  Goyrand,  dans  la  note  qu’il  adressa  presque  aussitôt  à  la  Gazette  médicale. 
On  voit  en  effet  qu’il  ignorait  tout  ce  qui  avait  été  observé  jusque-là;  c’était  de 
deux  chirurgiens  d’Aix,  MM.  Àrnau  et  Guirand,  qu’il  avait  appris  à  connaître  celle 
luxation,  dont  ils  ne  paraissaient  pas  bien  connaître  le  siège;  et  M.  Goyrand  lui- 
même,  qui  l’avait  rencontrée  plus  de  dix  fois,  n’avait  jamais  constaté  de  quel  côté 
la  tête  du  radius  faisait  saillie.  Bien  plus,  il  affirme  que  le  déplacement  est  si  lé¬ 
ger  qu'il  n  entraîne  aucun  changement  appréciable  dans  la  forme  du  coude. 

A  part  cette  lacune,  M.  Goyrand  avait  étudié  la  lésion  dont  il  s’agit  avec  celte 
sagacité  dont  il  a  donné  tant  de  preuves;  et  il  avait  sur  quelques  points  réformé 
la  symptomatologie  de  ses  devanciers.  Ainsi,  suivant  lui,  l’avant-bras  n’est  pas  demi- 
fléchi,  mais  au  quart  de  flexion  et  appuyé  sur  le  ventre  ;  les  doigts  un  peu  fléchis; 
et  tout  mouvement  qu’on  cherche  à  imprimer  au  coude  fait  pousser  des  cris  à 
l’enfant.  La  pronation  forcée  est  donc  toujours  le  signe  invariable.  Pour  la  ré¬ 
duction,  M.  Goyrand  presse  du  pouce  sur  la  tête  radiale  ;  de  l’autre  main  étend 
Pavant-bra?,  exerce  sur  ce  membre  des  tractions  un  peu  fortes,  ramène  la  main 
en  supination,  et  termine  en  fléchissant  brusquement  le  coude.  Sauf  les  tractions, 
dont  Futilité  est  au  moins  douteuse,  c’est  absolument  le  procédé  de  Duverney.  Ja- 
maisil  n’a  vu  ni  récidives,  ni  suites  fâcheuses;  et  il  a  même  renoncé  absolument  à 
toute  espèce  de  traitement  consécutif. 

D’après  ce  résumé  fidèle,  M.  Goyrand  n’avait  donc  aucune  raison  positive  d’ad¬ 
mettre  la  luxation  en  avant.  Toutefois  il  avait  essayé  aussi  de  se  rendre  compte 
du  mécanisme  de  la  lésion;  il  pense,  comme  Boltenluit,  que  la  main  de  l’enfant 
doit  être  en  pronation  lorsqu’elle  est  saisie;  que  celte  traction  écarte  le  radius  de 
l'humérus  ;  mais  il  estime  qu’alors  le  radius  est  entraîné  en  avant  par  le  biceps, 
puis  en  haut  parles  autres  muscles;  et  maintenu  dans  cette  position  nouvelle 
par  la  contraction  musculaire,  entretenue  par  la  douleur. 

Six  mois  plus  tard,  en  septembre  1837,  ce  fut  le  tour  de  M,  John  Gardner  de. 
décomrir  derechef  celle  luxation  tant  de  fois  découverte;  et  il  est  assez  curieux" 
de  le  voir  choisir  pour  proclamer  sa  découverte  le  même  journal  qui  avait  publié 
un  an  auparavant  l’observation  de  M.  Collier.  Comme  cause,  M.  Gardner  admet¬ 
tait  la  traction  unie  à  une  brusque  pronation  ;— comme  signes,  la  pronation  con¬ 
stante,  et  peut-être  aussi  l’extension:  le  membre  pend  sur  le  côté  du  corps , — comme 
procédé  opératoire,  la  supination  forcée,  suivie  d’une  brusque  flexion.  Sa  théorie 
est  beaucoup  plus  originale;  «  le  déplacement,  dit-il,  porte  sur  la  tubérosité  bicépltale 
du  radius,  laquelle  glisse  par-dessus  le  bord  du  cubitus',  qui  l'empêche  alors  de  revenir 
a  sa  place.  Il  convient  d’ajouter  cependant  qu’il  a  vu  le  premier  des  réductions 
en  quelque  sorte  spontanées;  lorsque  le  déplacement,  dit-il,  a  été  méconnu  et  pris 
pour  une  entorse,  on  met  le  bras  en  écharpe,  et  la  douleur  dure  jusqu’à  ce  que,  en 
défaisant  ou  en  réappliquant  l’appareil,  ou  par  quelque  mouvement  inopiné,  il  se 


144  travaux  originaux. 

produit  un  petit  craquement,  et,  à  la  grande  surprise  des  parents,  l’enfant  se  trouve 
subitement  guéri.  Jamais  non  plus  M.  Gardner  n’a  vu  cet  accident  amener  de  f⬠
cheuses  conséquences. 

Là  se  bornait  la  note  écrite  en  1837  ;  mais,  pour  ne  pas  rompre  l’enchaînement 
des  faits,  nous  dirons  tout  de  suite  le  sort  qu’ont  eu  les  idées  de  M.  Gardner  en 
Angleterre.  Plusieurs  chirurgiens,  James  Russell,  Gaskell,  Alexandre  Farquhar, 
dirent  avoir  vu  des  déplacements  du  même  genre  et  attestèrent  la  fidélité  de  la 
description.  En  1839,  dans  un  compte-rendu  de  la  Provincial  medical  association , 
on  éleva  seulement  des  doutes  sur  la  théorie  qui  les  rapportait  à  la  tubérosité  bi¬ 
céphale;  et  l’un  des  auteurs  du  compte-rendu,  qui  avait  vu  plusieurs  de  ces  luxa¬ 
tions,  disait:  Tout  ce  que  nous  avons  trouvé  nécessaire  pour  la  réduction  consiste  sim¬ 
plement  a  imprimer  un  mouvement  de  rotation  au  radius.  Le  Medico-Chirur çjical 
Pieiview  s’en  mêla,  et  prononça,  un  peu  à  la  légère,  qu’il  ne  s’agissait  que  d’un 
décollement  de  l’épiphyse  du  radius.  Tout  récemment,  M.  Gardner  a  vivement 
répliqué  dans  le  Dublin  Journal  (mars  1843);  contre  l’hypothèse  du  décollement, 
il  allègue  qu’ayant  habituellement  recommandé  après  la  réduction  de  tenir  le  bras 
en  repos  et  de  faire  sur  le  coude  des  lotions  réfrigérantes,  toujours  il  a  vu  tout 
traitement  abandonné  au  bout  d’une  heure  ou  deux  par  ses  petits  malades,  sans 
que  cette  négligence  ait  jamais  rien  entraîné  de  fâcheux  ;  quant  à  sa  propre  hypo¬ 
thèse,  il  n’y  attache  aucune  importance,  et  paraît  disposé  à  lui  préférer  l’idée 
d’une  luxation. 

Le  lecteur  aura  remarqué  combien  peu  la  chirurgie  anglaise  se  tient  au  courant 
de  ce  qui  se  fait  en  France;  et  nous  en  ferions  plus  volontiers  encore  l’objet  d’un 
reproche  si,  dans  cette  même  question,  nous  ne  trouvions  les  chirurgiens  français 
aussi  indifférents  à  ce  qui  se  fait  en  Angleterre.  En  1841,  M.  Rendu  développait 
comme  toute  nouvelle,  dans  la  Gazette  médicale ,  la  théorie  du  déplacement  de  la 
tubérosité  bicipitale  du  radius,  abandonnée  par  son  premier  auteur.  Voici  dans 
quelles  circonstances: 

Dès  1836,  M.  Rendu  avait  été  consulté  pour  une  petite  fille  de  2  ans  qui,  sur  le 
point  de  faire  une  chute,  avait  été  retenue  vivement  par  la  personne  qui  lui  donnait 
la  main,  et  aussitôt  avait  jeté  des  cris.  L’avant-bras  était  à  demi-fléchi  sur  le 
bras;  la  main,  fléchie  sur  l’avant-bras,  avait  son  bord  externe  légèrement  incliné 
sur  le  radius;  la  face  dorsale  du  poignet  était  œdémateuse  et  douloureuse  :  l’enfant 
y  portait  fréquemment  la  main  droite  et  criait  dès  qu’on  voulait  y  toucher.  Le 
chirurgien,  frappé  de  l’idée  d’une  fracture  ou  d’un  décollement  de  l’épiphyse  infé¬ 
rieur  du  radius,  cherchait  à  reconnaître  la  crépitation;  dans  un  mouvement  un 
peu  forcé  de  supination,  il  entendit  un  choc  qu’il  rapporta  à  la  région  du  coude; 
l’enfant  était  guéri.  Il  conclut  qu’il  avait  eu  affaire  à  une  luxation  en  arrière  de  la 
tête  du  radius.  Malheureusement  le  coude  n’avait  point  été  examiné. 

Mais  en  1839,  pareil  cas  s’étant  présenté  à  lui  avec  des  symptômes  tout  sembla¬ 
bles,  M.  Rendu  explora  le  coude  avec  attention  : 

«  Je  sentis  parfaitement,  dit-il,  malgré  la  rondeur  de  formes  de  la  petite  malade,  les  saillies 
osseuses  qui  s’observent  de  chaque  côté  de  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus  ;  je  marquai 
la  place  de  l’olécrâne,  mais  je  cherchai  en  vain  la  saillie  que  devait  former  la  tète  du  radius 
que  je  supposais  luxée  en  arrière.  Pendant  la  durée  de  ces  recherches,  la  petite  malade  ne 
poussa  pas  un  cri ,  elle  était  toute  occupée  d’images  que  lui  montrait  une  de  ses  sœurs. 
L’examen  du  coude  fait,  je  pris  le  poignet,  et  de  suite  les  cris  recommencèrent....  Tenant  le 
poignet  de  la  main  droite,  je  saisis  le  coude  de  la  gauche,  et  faisant  exécuter  à  la  main  de 
la  petite  malade  un  mouvement  de  supination ,  je  sentis  manifestement  à  l’extrémité  supé¬ 
rieure  de  l’avant-bras  le  choc  qui  m’indiqua  le  retour  des  parties  à  l’état  normal.  » 

Dans  l’un  et  l’autre  cas,  l’observateur  avait  été  frappé  de  ces  deux  circonstances, 
l’absence  de  douleur  à  la  région  du  coude,  l’œdème  et  la  douleur  à  la  face  dorsale 
du  poignet.  El  comme  il  avait  vainement  cherché  la  saillie  de  la  tête  radiale,  il 


TERRIN.  —  LUXA.TIONS  DU  RVDIUS  OHEZ  LES  ENFANTS.  145 

fit  des  recherches  sur  le  cadavre  pour  arriver  à  l’explication  de  ces  faits;  et  il 
trouva  : 

1°  Que,  dans  la  pronation  forcée,  le  ligament  annulaire  n’est  nullement  distendu 
ni  en  arrière  ni  dans  aucun  autre  sens;  et  que  le  seul  ligament  qui  borne  la  pro¬ 
nation  et  qui  puisse  être  rompu  quand  on  la  force,  est  le  ligament  triangulaire 
qui  unit  inférieurement  le  radius  au  cubitus; 

2°  Que,  dans  la  supination  forcée,  la  portion  antérieure  du  ligament  annulaire 
est  distendue;  la  tête  du  radius  tendant  à  se  porter  en  avant;  et  le  ligament 
triangulaire  inférieur  est  également  exposé  à  la  distension  et  à  la  rupture. 

D’où  ces  conséquences,  qu’une  supination  forcée  peut  bien  quelquefois  luxer  la 
tête  du  radius  en  avant;  mais  qu’une  pronation  forcée  ne  peut  la  luxer  ni  en  avant 
ni  en  arrière  ,  et  tend  bien  plutôt  à  luxer  l’extrémité  inférieure  de  l’os  sur  le  cubi¬ 
tus.  Et  en  définitive,  l’auteur,  ne  trouvant  rien  dans  ses  expériences  qui  lui  expli¬ 
quât  le  choc  entendu  près  du  coude  lors  de  la  réduction,  cherchait  à  s’en  rendre 
compte  par  l’hypothèse  du  déplacement  de  la  tubérosité  bicipitale.  Il  rattachait 
l’œdème  et  la  douleur  du  poignet  à  la  distension  des  ligaments  radio-cubitaux  in¬ 
férieurs. 

Au  reste,  M.  Rendu  signalait  lui-même  assez  bien  le  côté  faible  de  son  hypo¬ 
thèse;  car  ,  pour  que  le  déplacement  eût  lieu,  il  avouait  que  la  tubérosité  bicipi- 
ta'e  devait  offrir  un  développement  anormal.  M.  Goyrand,  revenant  sur  ce  point, 
n’a  laissé  à  cet  égard  aucun  doute;  ayant  disséqué  avec  soin  l’avant-bras  d’un 
grand  nombre  de  jeunes  sujets,  chez  tous  il  a  trouvé  l’espace  interosseux  trop 
large  pour  que  la  tubérosité  bicipitale  pût  loucher  le  bord  correspondant  du  cu¬ 
bitus.  Il  allègue  une  autre  raison  qui  a  moins  de  force  à  notre  avis  :  c’est  que ,  chez 
deux  enfants  qui  présentaient  ce  déplacement,  il  a  ramené  la  main  en  supination, 
sans  faire  l’extension,  et  qu’il  a  échoué  dans  ses  tentatives;  tandis  qu’en  ajoutant 
une  traction  suffisante  sur  le  poignet,  la  réduction  s’est  faite  sans  difficulté.  Tou¬ 
tefois,  il  est  remarquable  que,  dans  son  dernier  travail,  M.  Goyrand  semble  douter 
aussi  de  son  opinion  primitive  ;  il  affirme  encore  qu’il  s’agit  d’une  luxation  très- 
incomplète  de  la  tête  du  radius ,  mais  il  convient  que  Y  étendue  et  peut-être  même  la 
direction  du  déplacement  ne  sont  pas  établies  d’une  manière  positive 

Tel  est,  aussi  complet  et  aussi  exact  que  j’ai  pu  le  faire,  le  résumé  des  théories 
et  des  discussions  auxquelles  cette  question  a  déjà  donné  lieu.  En  comparant  tous 
les  faits  connus,  on  voit  qu’ils  laissent  encore  plusieurs  points  assez  obscurs; 
mais,  d’un  autre  côté,  ils  éclairent  beaucoup  plus  la  question  qu’aucun  travail 
isolé  n’avait  pu  le  faire.  Essayons  donc  d’en  déduire  quelques  conséquences  qui 
aillent  directement  à  l’adresse  des  praticiens. 

Avant  toutes  choses,  il  n’est  pas  un  chirurgien  qui,  en  méditant  sur  celte  longue 
et  ténébreuse  histoire,  ne  se  sente  frappé  du  péril  qu’il  peut  courir  en  se  trom¬ 
pant  sur  le  diagnostic.  Vous  entendez  un  craquement;  vous  croyez,  comme  Mon- 
teggia,  à  une  fracture;  comme  le  rédacteur  du  Médico-Chirurgical  Review ,  à  ur^ 
décollement  épiphysaire;  vous  insistez  sur  l’application  d’un  appareil  et  sur  le  re¬ 
pos  prolongé;  l’indocilité  d’un  enfant  qui  se  débarrasse  de  l’inutile  appareil  montre 
au  grand  jour  l’erreur  du  chirurgien  et  compromet  sa  renommée.  Heureux 
si  l’erreur  n’est  commise  qu’après  la  réduction!  et  l’on  pourra  juger  combien  la 
position  peut  devenir  humiliante,  en  lisant  l’observation  suivante  que  j’emprunte  à 
M.  Gardner. 

«  En  septembre  1859,  on  m’apporta  un  enfant  qui  avait,  disait-on,  le  bras  fracturé.  L’accident 
avait  été  occasionné  par  une  violente  traction  sur  le  poignet,  durant  laquelle  on  avait  oui 
craquer  quelque  chose.  Un  examen  attentif  m’ayant  ôdiiié  sur  la  nature  du  cas,  je  voulais  le 
montrer  à  M.  Guthrie  :  mais  comme  M.  Haie  Thompson,  son  collègue  à  l’hôpital  de  West¬ 
minster,  restait  près  de  chez  moi,  je  lui  fis  porter  l’enfant,  en  le  priant  d’examiner  l’état  du 


146  TRAVAUX  ORIGINAUX. 


membre.  Après  un  examen  sérieux,  qui  fit  beaucoup  souffrir  le  malade,  M.  Thompson  déclara 
qu’il  n’y  avait  point  de  luxation  ;  quant  à  la  douleur,  il  l’attribua  à  la  distension  et  peut-être 
à  la  rupture  des  ligaments  du  poignet.  Je  voulus  alors  lui  démontrer  la  nature  de  l’accident 
et  réduire  la  luxation  devant  lui  ;  mais  il  s’y  opposa ,  ne  voulant  pas,  disait-il,  permettre  de 
violences  sur  un  membre  malade  dans  sa  maison  ;  il  recommanda  donc  des  attelles,  des  ban¬ 
dages ,  des  lotions  froides,  etc..,  et  renvoya  l’enfant  toujours  fort  souffrant  Je  fus  extrême¬ 
ment  indigné  de  cette  manière  d’agir,  et  revenant  chez  moi  avec  l’enfant,  je  réduisis  la 
luxation  en  une  seconde,  et  j’écrivis  un  mot  à  M.  Thompson  pour  l’en  informer.  Il  se  rendit 
immédiatement  chez  moi;  nous  examinâmes  l’enfant;  il  trouva  le  bras  remis,  en  parfait 
état,  le  petit  malade  le  portant  joyeusement  sur  sa  tête,  et  s’écriant  que  M.  Gardner  l’avait 
guéri  en  une  minute  !  M.  Thompson  reconnut  son  erreur,  et  m’offrit  des  excuses  convenables 
ainsi  qu’aux  parents  de  l’enfant.  » 


A  ces  premières  causes  d’erreur,  j’en  ajouterai  une  autre  qui  n’a  point  clé 
signalée  ;  j’ai  vu  deux  fois  la  fracture  de  l’extrémité  supérieure  du  radius  produite 
par  une  cause  toute  pareille  ;  et  il  ne  serait  pas  sûr  de  traiter  ces  fractures  comme 
des  luxations. 

II  y  a  là  donc  déjà  plusieurs  méprises  possibles,  et  de  ces  méprises  qu’on  ne  saurait 
cacher  même  aux  ignorants.  Je  crains  qu’il  ne  s’en  soit  commis  beaucoup  d’autres, 
moins  graves  à  la  vérité,  parce  qu’elles  n’entraînent  aucun  détriment  pour  le  ma¬ 
lade,  fâcheuses  néanmoins  pour  l’homme  de  l’art.  Il  ne  saurait  cependant  être  indif- 
rent  de  soutenir  par  exemple  qu’une  luxation  s’est  faite  en  arrière,  si  en  réalité 
elle  est  en  avant;  de  dire  qu’il  y  a  une  luxation,  si  la  luxation  est  imaginaire;  et 
enfin  d’accuser  une  luxation  du  coude,  quand  peut-être  il  s’agit  d’une  luxation  au 
poignet.  Nous  entrons  ici  en  plein  dans  la  question  scientifique  ;  y  a-t-il  en  réalité 
luxation,  et  où  la  luxation  siège-t-elle  ? 

Nous  dirons  d’abord  que  les  observations  de  Martin  nous  paraissent  être,  de  toute 
évidence  ,  des  luxations  en  arrière.  Tout  aussi  manifestement,  les  observations  de 
Dugès  sont  pour  nous  des  luxations  en  avant  ;  et  nous  regardons  les  unes  et  les 
autres  comme  des  luxations  incomplètes.  Nous  avons  là  d’abord  deux  types  auxquels 
nous  pouvons  comparer  les  autres  faits,  qui,  sans  cette  comparaison,  resteraient 
fort  équivoques  ;  ainsi,  d’après  les  symptômes  décrits  par  M.  Goyrand,  probablement 
il  n’a  jamais  eu  affaire  qu’à  des  luxations  en  arrière  ,  tandis  que  nous  inclinerions 
à  prendre  le  cas  de  M.  Perrin  pour  un  déplacement  en  avant.  Nous  n’énonçons 
du  reste  ces  dernières  opinions  qu’avec  toute  réserve;  on  peut  bien,  en  effet,  à 
certains  symptômes,  reconnaître  une  luxation  en  général  ;  mais  le  diagnostic  spécial 
n’est  jamais  assuré  qu’autant  qu’on  a  senti  la  saillie  de  l’os  luxé. 

La  difficulté  d’ailleurs  est  d’autant  plus  grande  que  plusieurs  faits,  donnés  sous 
le  litre  de  luxations  de  la  tête  du  radius ,  pourraient  bien  n'être  que  des  luxations 
de  l’extrémité  inférieure  du  cubitus.  Relisez,  par  exemple,  les  deux  observations 
de  M.  Rendu  :  il  y  avait  de  la  douleur  et  du  gonflement  au  poignet  ;  rien  de  sen- 
blable  au  coude;  la  main  était  fléchie  à  la  fois  en  avant  et  sur  le  côté  externe  de 
Savant-bras;  ajoutez  l’avant-bras  en  pronalion  ;  le  tableau  serait  complet,  si 
M.  Rendu  avait  cherché  et  trouvé  la  saillie  en  arrière  de  la  petite  tête  du  cubitus. 
Desault  a  décrit  une  luxation  de  ce  genre  produite  chez  un  enfant  de  5  ans  par 
la  traction  du  poignet  dans  une  état  de  pronation  forcée  ;  et  Dugès  a  publié  un  cas 
tout  pareil,  et  il  est  permis  de  douter  si  M.  Collier  n’a  pas  eu  affaire  à  quelque 
chose  de  semblable. 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  tous  les  symptômes  de  ces  divers  déplacements  ; 
mais,  pour  rappeler  seulement  les  signes  pathognomoniques  ,  la  luxation  posté¬ 
rieure  du  radius  se  reconnaît  essentiellement  à  la  pronalion  forcée  et  à  la  saillie 


en  arrière  de  la  tète  luxée;  la  pronalion  jointe  à  la  sailiic  en  arrière  du  cubitus 
sont  les  caractères  de  la  luxation  cubitale  ;  et  enfin  la  luxation  du  radius  en  avant, 
outre  la  saillie  osseuse,  peut  se  présumer  tout  d’abord  par  l’état  de  supination 
ou  au  moins  de  pronalion  incomplète  du  poignet  et  de  l’avant-bras. 


REVUE  CRITIQUE.  147 

Ces  trois  luxations  sont  faciles  à  réduire;  la  première  est  en  quelque  sorte 
guérie  aussitôt  après  la  réduction  ;  les  deux  autres  sont  sujettes  à  récidiver  et 
exigent  l’application  d’un  appareil.  Nous  ignorons  ce  que  deviendrait  la  luxation 
postérieure  du  radius  non  réduite;  mais  pour  la  luxation  antérieure,  notre  colla- 
boraleur  M.  Danvau  a  publié  en  1841,  dans  les  Archives  générales  de  médecine 
l'observation  jusqu’à  présent  unique  d’un  déplacement  de  ce  genre  datant  de  deux 
mois  sur  une  petite  fille  de  3  ans  ;  les  mouvements  de  pronation  et  de  supination 
étaient  complètement  recouvrés,  l’extension  aussi  complète  que  possible;  le  seul 
mouvement,  non  pas  gêné,  mais  un  peu  borné  était  la  flexion.  La  luxation  fut 
réduite;  mais  malgré  l’application  d’un  appareil,  un  mois  après  elle  avait  ré¬ 
cidivé. 

Ainsi  que  l’a  dit  M.  Perrin,  les  dissections  manquent;  nous  avons  eu  cependant 
l’occasion  de  disséquer  sur  un  adulte  une  luxation  incomplète  du  radius  en  avant, 
que  nous  avions  reconnue  et  réduite  pendant  la  vie,  et  nous  avons  constaté  que 
le  ligament  annulaire  n’était  pas  déchiré.  Mais  l’accident  provenait  d’une  chute, 
et  la  luxation  se  compliquait  même  d’une  fracture  incomplète  de  la  tête  radiale. 

Outre  cette  lacune,  il  y  en  a  une  autre  qui  sera  facile  à  combler,  dès  que  les 
praticiens  en  seront  une  lois  bien  avertis.  Dans  la  très  grande  majorité  des  obser¬ 
vations  que  nous  avons  lues,  la  cause  réelle  est  plutôt  supposée  que  vérifiée.  II  sera 
bon  de  rechercher  dans  quelles  conditions  la  traction  sur  le  poignet  a  une  si  f⬠
cheuse  influence,  et  si  par  exemple  la  pronation,  mise  un  peu  trop  facilement  an 
rang  des  causes,  ne  serait  pas  plus  fréquemment  un  effet. 


REVUE  CRITIQUE, 


Ciaifi*ua*gie* 


De  la  trachéotomie  dans  le  croup,  par 
M.  Trousseau. 

Dans  le  traité  des  maladies  des  enfants  que 
viennent  de  publier  MM.  Barthez  et  Rilliet,  se 
trouve  intercalé,  au  chapitre  du  croup,  un  mor¬ 
ceau  communiqué  par  M.  TrousseaM ,  qui  peut 
passer  pour  une  magnifique  étude  de  médecine 
opératoire.  Il  s’agit  de  la  trachéotomie  avec 
ses  indications  et  ses  contre-indications  ,  le 
procédé  à  suivre,  les  accidents,  le  traitement 
consécutif,  les  conditions  favorables  ou  con¬ 
traires  au  succès,  le  tout  appuyé  sur  ce  chiffre 
imposant  de  121  opérations  pratiquées  par 
l’habile  professeur  au  1er  juin  1842.  A  peine 
est-il  une  autre  opération  qui  ait  été  aussi 
bien  envisagée  sous  toutes  ses  faces,  et  dont 
l’histoire,  restée  longtemps  si  obscure,  se 
soit  vue  tout  d’un  coup  éclairée  d’une  aussi 
vive  lumière.  L’analyse  que  nous  allons  donner 
de  ce  remarquable  travail  sera  nécessairement 
fort  étendue;  mais  elle  aura  d’autant  plus  d’in¬ 
térêt  ,  que,  sur  quelques  points  moins  claire¬ 
ment  exposés,  nous  avons  obtenu  de  nouveaux 
renseignements  de  M.  Trousseau  lui-même, 
et  que  nous  avons  pu  ajouter  à  sa  statistique 
les  opérations  par  lui  tentées  depuis  le  1er  juin 
1842  jusqu’à  ce  jour,  et  qui  font  monter  le 
chiffre  total  à  127. 

La  première  question  et  la  plus  importante 
est  celle  des  indications  et  des  contre-indica¬ 


tions.  Et  d’abord  faut-il,  pour  ouvrir  la  tra¬ 
chée,  attendre  que  le  malade  soit  sur  le  point 
de  mourir  ?  Faut-il,  au  contraire ,  procéder  à 
l’opération  dès  que  les  symptômes  indiquent 
d’une  manière  à  peu  près  certaine  que  la  mort 
aura  lieu? 

Avant  de  se  prononcer,  M.  Trousseau  exa¬ 
mine  d’une  part  la  gravité  de  l’opération  en 
elle-même;  de  l’autre  les  chances  de  guéri¬ 
son  du  croup  confirmé. 

Quand  l’opération  est  faite  pour  retirer  un 
corps  étranger  des  voies  aériennes,  presque 
jamais  elle  n’entraîne  la  mort  ;  donc  en  elle- 
même  et  hors  de  toute  complication,  elle  n’est 
pas  absolument  dangereuse.  Que  si  on  la  pra¬ 
tique  au  contraire  sur  des  sujets  atteints  de 
maladies  chroniques  du  larynx,  assez  commu¬ 
nément  les  opérés  succombent  dans  les  pre¬ 
miers  jours  qui  suivent  l’opération.  D’où  vient 
cette  différence?  De  ce  que  dans  les  cas  de 
laryngite  chronique,  on  attend  d’ordinaire 
pour  se  décider, que  l’asphyxie  soit  imminente; 
voilà  la  complication  dangereuse  qui,  faisant 
obstacle  à  l’hématose,  engouant  le  poumon, 
amenant  la  congestion  passive  du  cerveau, 
exerce  une  redoutable  influence  sur  la  pro¬ 
duction  et  l’aggravation  des  accidents  pulmo¬ 
naires  ,  auxquels  succombent  quelquefois  les 
opérés. 

Ainsi,  peu  dangereuse  par  elle-même,  l’opé- 


REVUE  CRITIQUE. 


ration  le  devient  beaucoup  quand  on  a  laissé 
durer  longtemps  les  phénomènes  de  l’asphyxie  ; 
or,  comme  le  croup  détermine  ces  phénomènes 
aussi  bien  que  la  laryngite  chronique,  la  con¬ 
séquence,  dès  que  l’opération  est  jugée  né¬ 
cessaire,  est  de  la  pratiquer  le  plus  tôt  pos¬ 
sible. 

Voilà  qui  va  bien  jusque-là  ;  mais  une  grave 
difficulté  se  présente;  on  objecte  que  le  croup 
confirmé  guérit  quelquefois  sans  opération  ; 
donc  l’opération  ne  peut  être  jugée  nécessaire 
que  quand  la-mort  est  imminente  ,  c’est-à-dire 
le  plus  tard  possible;  en  d’autres  termes,  on 
ne  serait  en  droit  de  la  faire  que  quand  elle 
ne  présente  plus  de  chances  de  succès. 

Cette  objection  est  très  sérieuse;  elle  n’est 
cependant  pas  insoluble.  Car  s’il  est  vrai  que 
dans  certains  cas  extraordinaires  la  nature 
fasse  de  ces  cures  miraculeuses  qui  décon¬ 
certent  tout  l’art  du  pronostic,  il  n’est  pas 
moins  vrai  que  le  médecin  aurait  tort  de  s’at¬ 
tendre  toujours  à  de  pareils  miracles,  et  de 
renoncer,  dans  un  espoir  déjà  mille  lois  déçu, 
à  une  ressource  extrême  sans  doute,  mais  d’une 
incontestable  valeur.  Quels  sont  donc  ces  cas 
désespérés  dans  lesquels  l’art  n’a  plus  que  cette 
unique  ressource?  M.  Trousseau  répond  : 

«  Si  la  diphthérite  laryngée  a  été  précé¬ 
dée  et  s’ accompagne  encore  de  diphthérite 
pharyngienne  ;  si  l'enfant  a  eu  déjà  plusieurs 
accès  de  suffocation ,  et  si,  dans  l’intervalle 
des  paroxysmes ,  la  respiration  reste  sifflante, 
métallique,  difficile ,  la  mort  arrive  à  peu  près 
invariablement,  quelque  médication  qu’on  op¬ 
pose  à  la  maladie.  » 

Alors,  en  effet,  nous  sommes  de  son  avis: 
en  face  de  cette  mort  à  peu  près  inévitable, 
l’opération  non-seulement  est  juste  et  légi¬ 
time  ;  mais,  sous  peine  de  perdre  de  ses  chan¬ 
ces,  elle  doit  être  pratiquée  sans  délai,  le  plus 
tôt  possible.  M.  Trousseau  s’explique  assez 
nettement  d’ailleurs  pour  empêcher  qu’on 
abuse  de  ce  précepte. 

«  Si  nous  faisons  une  loi,  dit-il,  d’opérer  le 
plus  tôt  possible,  nous  n’entendons  pas  par  là 
que  l’on  doive  ouvrir  la  trachée-artère  aux 
premiers  signes  d’une  phlegmasie  aiguë  du 
larynx;  mais  on  doit  le  faire  dès  que  l’on  est 
certain  de  la  présence  des  fausses  membra¬ 
nes  dans  le  larynx.  » 

C’est  là  ce  qu’il  appelle  sa  pensée  tout  en¬ 
tière;  c’est  le  résultat  de  toute  sa  pratique  et 
de  toutes  ses  réflexions.  Nous  voilà  donc  en 
possession  d’une  indication  générale  ;  une  autre 
question  presque  aussi  importante,  est  celle 
des  contr’indications  ;  savoir,  si,  même  appelé 
.  de  bonne  heure,  les  chances  ne  peuvent  pas  se 
montrer  si  défavorables  que  l’opération  soitju- 
gée,  par  avance,  inutile  ;  si  elle  ne  devient  pas 
également  inutile,  parce  qu’on  a  été  appelé  trop 
tard.  En  un  mot,  nous  avons  appris  tout  à 
l’heure  quand  il  faut  opérer  ;  il  reste  à  recher¬ 


cher  maintenant  quand  il  ne  faut  pas  et  quand 
il  ne  faut  plus  opérer.  M.  Trousseau  n’a  pas- 
abordé  directement  cette  question  ;  mais  dans 
les  aphorismes  qu’il  a  mis  à  la  fin  de  son  tra¬ 
vail  ,  il  s’en  trouve  quelques-unes  qui  nous 
aideront  à  la  résoudre. 

«  1°  Si  avant  l’opération,  les  fausses  mem¬ 
branes  ont  envahi  le  nez,  si  elles  recouvrent 
la  surface  des  vésicatoires  ;  si  l’enfant  est 
pâle,  un  peu  bouffi  sans  avoir  pris  de  mer¬ 
cure  et  sans  avoir  été  saigné,  ou  s’il  a  perdu 
beaucoup  de  sang,  l’ opération  a  peu  de  chan¬ 
ces  de  succès. 

«  2°  Si  la  maladie  a  été  très-rapide,  quand 
bien  même,  au  moment  de  l’ opération,  on 
constaterait  que  les  fausses  membranes  ne 
s’étendent  pas  au-delà  du  larynx,  les  enfants 
m  eurent  très-promptem  ent . 

«  5°  Si  le  croup  est  survenu  après  la  rou¬ 
geole,  la  scarlatine,  la  variole  ou  la  coque¬ 
luche,  bien  qu’il  n’y  ait  ordinairement  aucune 
liaison  entre  l’angine  maligne  et  ces  diverses 
pyrexies,  la  trachéotomie  ne  réussit  pas. 

«  4°  Les  enfants  au-dessous  de  deux  ans  et 
au-dessus  de  six  guérissent  rarement. 

«  5°  On  guérit  plus  de  garçons  que  de 
filles.  » 

Nous  respectons  ces  formes  vives ,  nettes, 
aphoristiques,  que  M.  Trousseau  affecte  de 
préférence,  sans  doute  parce  qu’il  y  réussit  bien. 
Dans  la  première  de  ces  cinq  propositions,  il 
est  aisé  de  comprendre  la  raison  de  la  contr’in- 
dication  ;  cette  apparition  des  fausses  mem¬ 
branes  ,  même  à  la  surface  des  vésicatoires, 
semble  révéler  une  diathèse  contre  laquelle 
l’opération  serait  impuissante.  Les  deux  sui¬ 
vantes  ont  ceci  de  remarquable,  qu’elles  dé¬ 
rogent  essentiellement  à  l’indication  générale, 
et  qu’elles  établissent  deux  cas  dans  lesquels, 
fût-on  certain  de  la  présence  des  fausses  mem¬ 
branes  dans  le  larynx,  et  limitées  au  larynx, 
on  ne  doit  pourtant  pas  opérer. 

La  quatrième  est  tout  empirique,  sans  en 
avoir  pour  cela  moins  de  force;  et  la  cin¬ 
quième  est  aussi  de  nature  à  faire  quelquefois 
reculer  l’opérateur.  La  seule  chose  à  regretter 
était  de  ne  pas  savoir  sur  combien  de  faits  ces 
propositions  sont  appuyées  ;  et,  par  exemple  , 
combien  M.  Trousseau  a-t-il  opéré  d’enfants 
au-dessous  de  deux  ans,  et  combien  en  a-t-il 
sauvé?  Nous  lui  avons  posé  la  question,  au¬ 
tant  qu’il  a  pu  s’en  fier  à  sa  mémoire,  il  n’avait 
sauvé  qu’un  enfant  sur  sept  à  huit  opérés.  Mal¬ 
gré  la  rigueur  de  l’aphorisme,  ces  chiffres  fe¬ 
ront  peut  être  plus  d’impression  encore.  Je 
trouve  quelque  part  une  assertion  bien  plus 
absolue  pour  un  âge  supérieur  : 

Jusqu’ici  les  trachéotomies  pratiquées  sur 
des  adolescents  ou  sur  des  adultes,  pour  des 
cas  de  croup,  n’ont  pas  été  suivies  de  succès. 

A  cette  proposition  générale  ,  nous  aimons 
mieux  substituer  ce  simple  fait  que  jusqu’ici 


RfiVUE  CRITIQUE. 


l’on  ne  connaît  que  deux  cas  de  trachéotomie 
pour  cause  de  croup  chez  l’adulte,  l’un  chez 
une  femme  de  vingt-six  ans,  l’autre  sur  une 
tille  de  17;  tous  deux  appartiennent  à  M.  Trous¬ 
seau.  Or,  deux  insuccès  ne  suffisent  pas  pour 
ôter  tout  espoir  de  réussir  dans  une  troisième 
tentative  ;  tandis  que  l’aphorisme  était  en  réa¬ 
lité  beaucoup  plus  décourageant.  Il  produisait 
donc  un  effet  tout  contraire  au  sentiment  de 
M.  Trousseau  lui-même,  qui  est  bien  loin  d’a¬ 
bandonner  l’opération  chez  les  adultes,  et  qui 
a  seulement  tiré  de  ces  deux  échecs  cette  con¬ 
séquence  importante,  que  chez  les  adultes  il 
est  bien  plus  nécessaire  encore  de  se  hâter 
que  chez  les  enfants.  La  raison  en  est  au  moins 
très  spécieuse  :  c’est  qu’alors,  dit-il,  le  larynx 
étant  plus  large,  les  phénomènes  extrêmes  de 
l’asphyxie  se  montrent  beaucoup  plus  tard  ;  et 
lorsqu’ils  apparaissent,  déjà,  dans  le  plus  grand 
nombre  des  cas,  les  fausses  membranes  ont  en¬ 
vahi  les  rameaux  de  l’arbre  bronchique. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’opération  étant  jugée  né¬ 
cessaire,  arrive  le  choix  du  procédé.  Fera-t- 
on  la  trachéotomie  ou  la  laryngo-trachéoto¬ 
mie?  Cette  dernière  est  plus  facile  sans  doute; 
mais  elle  a  un  inconvénient  capital.  Dans  les 
cas  de  croup,  l’introduction  d’une  canule  à 
demeure  est  une  condition  indispensable  ; 
cette  canule,  très-volumineuse  ,  doit  rester  en 
place  au  moins  six  jours  et  quelquefois  cin¬ 
quante.  Ce  contact  prolongé  amène  une  vio¬ 
lente  inflammation,  de  l’infiltration  purulente; 
et  presque  constamment,  dans  la  trachéoto¬ 
mie,  il  en  résulte  la  dénudation  et  la  nécrose 
des  cartilages  voisins  de  la  plaie.  Ici  les  par¬ 
ties  nécrosées  s’éliminent  aisément  et  sans 
rétrécissement  appréciable  ;  mais,  dans  l’autre 
opération,  la  nécrose  attaquant  les  cartilages 
thyroïde  et  cricoïde ,  leur  élimination  fait 
craindre,  ou  que  le  squelette  du  larynx  reste 
à  jamais  déformé,  ou  que  la  tuméfaction  de 
la  muqueuse  laryngienne  ne  cause  des  acci¬ 
dents  orthopnéïques  aussi  graves  que  ceux  du 
croup,  ou  que  tout  au  moins  la  voix  ne  reste 
à  jamais  compromise.  Cela  suffirait  seul  à 
faire  rejeter,  dans  le  cas  de  croup,  la  laryngo- 
trachéotomie;  ajoutez  que  parla  trachéotomie 
on  ouvre  l’arbre  aérien  beaucoup  plus  bas,  dans 
un  point  que  les  fausses  membranes  atteignent 
toujours  plus  tard  que  le  larynx,  et  consé¬ 
quemment  avec  plus  de  chances  de  pouvoir 
prévenir,  par  une  médication  opportune,  l’ex¬ 
tension  du  mal  dans  les  bronches. 

Les  instruments  nécessaires  à  cette  opéra¬ 
tion  sont  un  bistouri,  des  pinces  à  disséquer, 
des  érignes  mousses  ,  le  dilatateur  de  M.  Bre¬ 
tonneau,  un  écouvillon  consistant  en  une  pe¬ 
tite  éponge  fixée  à  l’extrémité  d’une  tige  de  ba¬ 
leine  extrêmement  flexible ,  et  enfin  la  canule. 
M.  Trousseau  préfère  la  canule  pleine  et  courbe 
de  M.  Bretonneau,  ou  la  canule  bivalve  de  M. 
Gendron;  mais  pour  les  enfants  un  peu  grands 


et  pour  les  adultes,  il  faut  toujours  choisir  la 
canule  double  concentrique. 

«  La  canule  doit  avoir  assez  de  longueur 
pour  que,  au  moment  où  on  l’introduit  immé¬ 
diatement  après  l’opération,  elle  pénètre  dans 
la  trachée  d’une  longueur  de  2  centimètres. 
Cette  condition  est  indispensable,  car  le  se¬ 
cond  jour  de  l’opération  la  tuméfaction  de  la 
peau  et  des  tissus  intéressés  dans  l’opération 
sera  telle  qu’elle  permettra  à  peine  à  la  ca¬ 
nule  de  pénétrer  de  5  à  6  millimètres.  Si  la 
canule  n’est  pas  assez  longue,  elle  sort  de  la 
trachée  dans  les  secousses  de  toux,  et  l’enfant 
peut  être  asphyxié.  » 

Quant  à  sa  largeur,  chose  plus  importante 
encore, — «  pour  les  enfants  de  6  mois  à  2  ans, 
le  diamètre  de  l’ouverture  trachéale  de  la  ca¬ 
nule  devra  être  de  5  millimètres;  de  deux  à 
quatre  ans,  de  6  millimètres  ;  de  quatre  à  six 
ans,  de  7  millimètres  ;  de  six  à  dix  ans,  de 
8  millimètres;  pour  les  adolescents,  de  9 
millimètres;  enfin  pour  les  hommes  de  très 
grande  taille,  de  12  et  même  15  millimètres.  » 

Essayons  maintenant  de  décrire  l’opération; 
nous  n’omettrons  aucun  des  détails  fournis  par 
l’auteur,  tous^auront  leur  prix  ;  car,  ainsi  qu’on 
va  le  voir,  son  procédé  diffère  notablement 
du  procédé  ordinaire. 

L’enfant  est  couché  sur  une  table,  un  oreil¬ 
ler  roulé  placé  sous  la  nuque  de  manière  à 
faire  saillir  fortement  la  partie  antérieure  du 
col,  circonstance  fort  essentielle;  trois  aides 
au  moins  sont  nécessaires  pour  l’assujettir  et 
pour  seconder  l’opérateur.  Celui-ci  incise  ra¬ 
pidement  la  peau;  puis  lentement  et  successi¬ 
vement  les  tissus  qui  séparent  la  peau  de  la 
trachée-artère,  M.  Trousseau  fait  un  précepte 
formel  d’agir  ici  avec  beaucoup  de  lenteur; 
de  ne  jamais  donner  un  coup  de  bistouri  sans 
être  sûrement  dirigé  par  le  doigt  et  par 
l'œil;  en  procédant  de  la  sorte,  on  voit,  dans 
chaque  mouvement  inspirateur,  les  veines 
thyroïdiennes  se  gonfler  dans  la  plaie.  Quand 
elles  sont  placées  sur  les  côtés  de  la  voie  que 
se  fait  le  bistouri,  on  va  en  avant  ;  mais  si 
elles  se  placent  sous  le  tranchant  de  l’instru¬ 
ment  ,  on  les  écarte  avec  les  érignes  mous¬ 
ses.  On  arrive  donc  jusqu’à  la  trachée,  dont  on 
met  à  nu  plusieurs  anneaux,  et  on  la  divise 
assez  largement  et  sans  difficulté.  Cette  inci¬ 
sion  faite,  il  faut  y  introduire  les  deux  bran¬ 
ches  du  dilatateur,  relever  rapidement  l’enfant, 
et  attendre  quelques  instants  que  la  respiration 
soit  entièrement  rétablie,  et  que  l’hémorrhagie 
soit  arrêtée. 

Mais  quelquefois  les  veines  thyroïdiennes  des 
deux  côtés  s’anastomosent  ensemble  et  forment 
des  espèces  de  ponts  qui  se  placent  en  travers 
de  la  trachée  ;  il  faut  alors  les  couper  franche¬ 
ment  et  ne  pas  s’arrêter  à  les  lier.  Il  s’en 
écoule  beaucoup  de  sang  ;  mais  le  plus  sou¬ 
vent  on  l’arrête  par  la  pression  exercée  avec 


150 


REVUE  CRITIQUE. 


la  pulpe  du  doigt,  d’un  côté  par  l’opérateur, 
de  l’autre  par  un  aide.  Cependant  on  conti¬ 
nue  d’inciser  en  se  dirigeant  sur  l’ongle  de 
l’indicateur  enfoncé  dans  la  plaie  ;  et  en  ayant 
soin  d’éponger  souvent.  La  trachée  enfin 
aperçue,  on  la  divise  rapidement  et  l’on  intro¬ 
duit  le  dilatateur.  L’hémorrhagie  s’arrête  à 
l’instant. 

Si  enfin  il  avait  fallu  couper  un  grand  nom¬ 
bre  de  veines  et  que  le  sang  coulât  à  flots,  il 
faudrait  fixer  la  trachée-artère  entre  le  bord 
cubital  de  l’indicateur  et  le  bord  radial  du 
médius,  enfoncés  jusqu’à  la  colonne  verté¬ 
brale  ;  inciser  la  trachée  nettement  et  rapide¬ 
ment  de  bas  en  haut,  puis  introduire  à  l’in¬ 
stant  même  le  dilatateur;  ce  qui  suffit  à  ar¬ 
rêter  l’hémorrhagie. 

Ordinairement,  aussitôt  la  trachée  ouverte 
et  dilatée,  la  respiration  devient  très  facile.  Si 
l’on  a  affaire,  dans  ce  cas,  à  un  enfant  vigou¬ 
reux,  qui  ait  énergiquement  expulsé  les  faus¬ 
ses  membranes  contenues  dans  les  canaux 
aériens,  on  ne  place  pas  tout  de  suite  la  ca¬ 
nule  ;  mais  auparavant  on  instille  dans  la  tra¬ 
chée  à  deux  ou  trois  reprises,  15  ou  20  gout¬ 
tes  de  la  solution  suivante: 

Nitrate  d’argent . 30  centigrammes. 

Eau  distillée . 30  grammes. 

Ou  bien  si  l’on  a  lieu  de  penser  que  le  La¬ 
rynx  seul  est  pris,  on  se  borne  à  promener 
dans  la  trachée  l’écouvillon  imbibé  d’une  so¬ 
lution  très  concentrée,  par  exemple  : 

Nitrate  d’argent . 1  gramme. 

Eau  distillée .  5  grammes. 

Après  quoi  seulement  on  introduit  la  canule. 

Voilà  pour  les  cas  où  la  respiration  est  re¬ 
devenue  libre;  si  elle  reste  embarrassée, 
c’est  que  quelques  caillots  de  sang  ou  des 
fausses  membranes  remplissent  les  prin¬ 
cipales  bronches.  Dans  l’un  et  l’autre  cas, 
on  injecte  dans  la  trachée  quelques  gout¬ 
tes  d’eau  froide  ;  et  l’on  parcourt  rapidement 
la  trachée  avec  l’écouvillon.  Cette  manœuvre, 
répétée  au  besoin  une  ou  plusieurs  fois,  suffit 
pour  l’ordinaire  ;  quelquefois  pourtant  les  faus¬ 
ses  membranes  restent  fixées  par  les  racines 
qu’elles  ont  jetées  dans  le  poumon,  en  même 
temps  que  leur  partie  supérieure  est  rompue  et 
flottante.  On  peut  alors  essayer  de  les  saisir 
avec  une  pince  entre  les  lèvres  de  la  plaie,  et 
d’exercer  sur  elles  de  très  légères  tractions 
pour  les  extraire  sans  les  rompre.  Tout  ceci 
se  fait  en  tenant  la  plaie  ouverte  à  l’aide-  du 
dilatateur,  que  l’on  remplace  enfin  parla  ca¬ 
nule;  et  l’opération  est  terminée. 

C’est  ainsi  que  M.  Trousseau  se  comporte 
dans  tous  les  cas  où  le  croup  est  arrivé  à  sa 
période  extrême.  La  raison  de  cette  conduite 
est  que  les  solutions  cathcrétiques,  appliquées 
sur  les  fausses  membranes  flottantes  des  bron¬ 
ches,  en  détermineraient  la  coagulation  immé¬ 


diate  ;  d’où  l’oblitération  des  canaux  aériens» 
et  l’asphyxie  subite  et  irrémédiable.  D’où  l’on 
voit  que  ces  applications  ne  conviennent  que  sur 
la  muqueuse  libre  de  fausses  membranes,  et 
en  vue  d’en  prévenir  le  développement. 

Revenons  maintenant  sur  quelques  particu¬ 
larités  du  procédé  opératoire. 

Le  premier  point  qui  mérite  attention  est  la 
lenteur  expressément  recommandée  dans  le 
deuxième  temps  de  l’ opération,  c’est-à-dire 
dans  la  division  successive  des  tissus  compris 
entre  la  peau  et  la  trachée.  Pour  l’incision  de 
la  peau,  pour  l’ouverture  de  la  trachée,  pas 
de  lenteur,  elle  est  inutile.  Pour  l’incision  in¬ 
termédiaire,  beaucoup  de  lenteur;  viser  à  la 
sécurité  plus  qu’à  la  célérité,  voilà  un  pré¬ 
cepte  que  nous  ne  saurions  trop  louer.  «  Les 
chirurgiens  qui  se  piquent  de  faire  l’opération 
avec  une  merveilleuse  vitesse,  et  qui  plongent 
hardiment  le  bistouri  dans  la  trachée  pour  la 
diviser  de  bas  en  haut  dès  qu’ils  ont  terminé 
l’incision  de  la  peau,  finiront  par  déplorer 
cette  imprudente  et  inutile  célérité,  «  dit  l’au¬ 
teur;  et  il  raconte  qu’il  a  senti  plusieurs  fois  le 
tronc  innommé  battre  sous  la  pulpe  du  doigt, 
sous  le  tranchant  du  bistouri,  et  qu’il  l’aurait  in¬ 
failliblement  divisé  s’il  avait  porté  l’instrument 
sans  ménagement  dans  la  commissure  infé¬ 
rieure  de  la  plaie.  Mais  en  inclinant  la  section 
à  gauche,  et  en  écartant  tous  les  tissus  avec 
les  doigts  et  avec  l’érigne,  il  terminait  sans 
crainte  et  sans  accidents  ces  opérations  en 
apparence  si  périlleuses. 

Un  autre  précepte  qui  de  prime-abord  éton¬ 
ne  bien  davantage,  c’est  celui  de  ne  lier  au¬ 
cune  veine  ;  car  jusqu’à  ces  derniers  temps, 
l’hémorrhagie  avait  été  l’accident  le  plus  re¬ 
douté,  et  M.  Récamier  avait  même  recom¬ 
mandé  de  faire  l’opération  en  deux  temps,  et 
de  n’ouvrir  la  trachée  que  vingt-quatre  heu¬ 
res  après  l’incision  des  chairs.  M.  Trousseau 
répond  qu’il  a  fait  jusqu’au  1er  juin  1842, 121 
trachéotomies  (aujourd’hui  ce  chiffre  est  monté 
à  127);  et  qu’il  n’a  jamais  eu  besoin  de  faire 
aucune  ligature.  Nous  ne  savons  pas  de  ré¬ 
ponse  plus  péremptoire.  Il  arrive,  à  la  vérité, 
quelquefois  que  la  section  des  veines  donne 
beaucoup  de  sang ,  mais  la  prompte  incision 
de  la  trachée  l’arrête  aussi  sûrement  que  les 
ligatures,  et  a  encore  cet  avantage  de  l’arrê¬ 
ter  beaucoup  plus  vite,  attendu  que  la  liga¬ 
ture  de  toutes  les  veines  béantes  exigerait  cinq 
ou  six  fois  plus  de  temps. 

Ce  n’était  pas  seulement  en  vue  de  la  perte 
de  sang  que  l’on  craignait  de  laisser  les  vais¬ 
seaux  ouverts  ;  on  ne  redoutait  pas  moins 
l’asphyxie  par  introduction  du  sang  dans  la 
trachée;  et  tout  le  monde  sait  l’expédient  au¬ 
quel  eut  recours  M.  Roux  en  pareille  circon¬ 
stance.  «  Je  n’ai  jamais  vu,  dit  M.  Trousseau, 
que  cet  [accident  eût  la  moindre  gravité  , 
pourvu  que  l’on  se  serve  immédiatement  d’un 


REVUE  CRITIQUE.  I51 


dilatateur  qui  maintienne  béantes  les  lèvres  de 
la  trachée,  ou  bien  que  ,  par  un  moyen  quel¬ 
conque,  on  parvienne  à  introduire  tout  de 
suite  une  large  canule  ;  car  si,  après  avoir 
incisé  la  trachée,  le  chirurgien  tâtonne  et  ne 
peut  introduire  la  canule,  dans  chaque  mou¬ 
vement  d’inspiration  le  sang  s’engouffre  dans 
la  trachée-artère;  et  comme  l’air  n’y  peut 
pénétrer  en  même  temps,  une  asphyxie  pres¬ 
que  immédiate  peut  en  être  la  conséquence  ; 
ajoutez  à  cela  l’hémorrhagie  qui  continue, 
parce  que  la  respiration  reste  toujours  gênée. 
Que  si,  au  contraire,  un  dilatateur  tient  ou¬ 
verte  la  plaie  de  la  trachée-artère,  l’air  pénè¬ 
tre  avec  facilité,  rejette  puissamment  le  peu 
de  sang  qui  s’est  introduit  ;  et  le  retour  de  la 
respiration  normale  faisant  cesser  l’hémor¬ 
rhagie,  l’introduction  du  sang  n’a  plus  lieu,  et 
si  par  hasard  quelque  peu  de  sang  s’écoule 
encore  en  bavant  dans  les  bronches ,  le 
malade  s’en  débarrasse  ordinairement  tout 
seul,  et  quelques  écouvillonnements  suffisent 
pour  aider  à  cette  répulsion  pour  peu  qu’elle 
soit  difficile.  » 

Il  est  rare  que  d’autres  accidents  viennent 
troubler  le  cours  de  l’opération.  M.  Trousseau 
n’a  vu  qu’une  seule  fois  le  malade  mourir,  en 
quelque  sorte,  entre  ses  mains  et  sous  le  cou¬ 
teau.  C’était  un  homme  de  52  ans  qu’il  opérait 
pour  une  affection  laryngée  ;  il  survint  une 
syncope  et  des  convulsions  avant  même  qu’on 
eût  atteint  la  trachée;  le  malade  avait  été  assis 
sur  un  fauteuil  au  lieu  d’être  couché ,  et 
M.  Trousseau  paraît  attribuer  quelque  in¬ 
fluence  au  choix  de  cette  position,  qu’il  appelle 
une  grande  faute.  Nous  ne  saurions  vérita¬ 
blement  être  aussi  sévère.  Nous  avons  vu 
mourir  subitement  un  jeune  soldat  qu’on 
se  disposait  à  saigner,  et  avant  même  qu’il 
eût  été  touché  par  la  lancette  ;  la  saignée  en 
perspective  avait  causé  cette  mort,  comme  la 
trachéotomie  commencée  a  déterminé  l’autre  ; 
ce  sont  là  des  cas  extraordinaires,  et  non  des 
accidents  propres  à  l’opération. 

Mais  deux  accidents  dont  l’un  tient  à  l’affec¬ 
tion  et  l’autre  aux  résultats  de  l’opération  même 
viennent  fréquemment  effrayer  le  chirurgien; 
savoir,  l’asphyxie  et  la  syncope. 

«  J’ai  vu  plusieurs  fois,  dit  M.  Trousseau, 
l’asphyxie  arriver  et  la  respiration  cesser 
pendant  l’opération  ;  le  malade  était  dans  un 
état  de  mort  apparent.  Je  terminais  le  plus  vite 
possible  la  trachéotomie,  j’introduisais  la  ca¬ 
nule;  puis,  faisant  placer  le  malade  sur  le 
côté  s’il  s’écoulait  du  sang  dans  la  trachée, 
et  sur  le  dos  dans  le  cas  contraire,  je  faisais 
sur  le  ventre  et  sur  la  poitrine  des  pressions 
alternatives  qui  chassaient  l’air  de  la  poitrine 
et  l’y  appelaient  de  nouveau,  et  tous  mes  ma¬ 
lades  sont  revenus  à  la  vie.  » 

«  La  syncope  est  un  accident  beaucoup  plus 
commun.  Elle  se  manifeste  ordinairement  im¬ 


médiatement  après  l’opération ,  au  moment 
où,  la  respiration  devenant  libre,  la  congestion 
cérébrale  cesse  subitement;  je  l’ai  vue  durer 
une  fois  pendant  près  d’une  heure;  jamais  elle 
n’a  été  mortelle.  Je  me  contente  d’instiller  de 
l’eau  froide  au  visage  et  d’en  jeter  également 
quelques  gouttes  dans  la  trachée-artère  en 
écouvillonnant  un  peu  vivement;  en  même 
temps  je  fais  coucher  le  malade  à  plat.  » 

A  ces  moyens  il  ajoute  aussi  l’introduction 
dans  la  trachée  de  l’extrémité  empennée  d’une 
plume  à  écrire,  afin  de  réveiller  la  contrac¬ 
tion  des  muscles  inspirateurs. 

Lorsqu’enfin  on  a  paré  à  tous  les  accidents 
et  mis  la  canule  en  place,  tout  n’est  pas  dit 
encore,  et  il  faut  empêcher  la  reproduction 
ou  l’extension  des  fausses  membranes  ;  c’est 
l’objet  du  traitement  consécutif,  non  moins 
essentiel  que  l’opération  même. 

«  Je  sais,  dit  M.  Trousseau,  que  plusieurs 
de  mes  confrères  ont  fait  avec  bonheur  des 
trachéotomies,  en  se  contentant  de  changer  la 
canule  assez  souvent  et  d’écouvillonner  de 
temps  en  temps;  mais  j’ai  voulu  moi-même 
savoir  à  quoi  m’en  tenir  sur  l’influence  dos 
médications  topiques.  J’ai  traité  de  suite 
vingt  enfants  trachéotomisés  sans  porter  sur 
la  membrane  muqueuse  de  médications  ca- 
thérétiques;  et  les  résultats  ont  été  si  dé¬ 
plorables,  que  j’ai  dû  revenir  à  la  médication 
topique  qui  m’avait  auparavant  beaucoup 
mieux  réussi.  » 

Nous  regrettons  de  ne  pas  trouver  ici  ex¬ 
primés  en  chiffres  exacts  ces  résultats  déplora¬ 
bles;  les  chiffres  ont  une  puissance  de  con¬ 
viction  que  nulle  forme  de  langage  ne  saurait 
ici  suppléer.  M.  Trousseau  que  nous  avons 
consulté  n’a  pu  qu’imparfaitement  réparer 
cette  lacune  ;  attendu  que  sur  ces  vingt  sujets 
il  y  en  avait  un  certain  nombre  dans  un  état 
si  désespéré,  que  l’omission  du  traitement 
consécutif  avait  été  une  nécessité  plutôt 
qu’une  affaire  de  choix.  Au  total,  sur  les  vingt 
malades,  deux  seulement  ont  survécu;  et 
nous  ne  pouvons  dire  à  combien  d’autres  le 
traitement  aurait  été  applicable.  Quoiqu’il  en 
soit,  suivons  dans  tous  ses-  détails  le  traite¬ 
ment  dicté  par  une  si  vaste  expérience,  ap¬ 
puyée  encore  de  celle  de  M.  Bretonneau. 

Quelques  mots  d’abord  sur  la  canule.  Il 
faut  la  retirer  toutes  les  fois  que  la  respira¬ 
tion  s’embarrasse,  quand  on  a  lieu  de  suppo¬ 
ser  que  cet  embarras  siège  dans  la  canule 
même.  En  général  il  suffit  de  la  changer  deux 
fois  en  24  heures.  L’expulsion  de  fausses  mem¬ 
branes,  l’abondance  des  mucosités  qui  vien¬ 
draient  l’obstruer  feraient  un  devoir  d’y  reve¬ 
nir  plus  souvent.  Si  l’on  s’est  servi  d’une  ca¬ 
nule  à  double  tuyau,  il  faut  de  5  heures  en 
5  heures  retirer  la  canule  interne,  la  nettoyer 
et  la  replacer  aussitôt  ;  cette  manœuvre,  qui 
se  fait  presque  à  l’insu  du  malade,  rend  impos» 


REVUE  CRITIQUE. 


sible,  à  moins  de  circonstances  extraordinai¬ 
res,  l’oblitération  du  conduit  artificiel. 

Pendant  les  deux  ou  trois  premiers  jours, 
au  moment  où  l’on  retire  la  canule,  la  plaie 
de  la  trachée  se  ferme  presque  immédiate¬ 
ment  et  assez  complètement  pour  amener  des 
signes  d’asphyxie;  aussi  faut-il  introduire 
sans  délai  ou  une  autre  canule  ou  le  dilata¬ 
teur;  et  même  le  dilatateur  est  fort  utile 
pour  remplacer  à  l’instant  une  canule  par  une 
autre;  il  évite  au  malade  d’assez  vives  dou¬ 
leurs.  Passé  les  deux  ou  trois  premiers  jours, 
la  plaie  reste  béante  pendant  quelques  minu¬ 
tes  après  l’ablation  de  la  canule,  que  l’on 
peut  alors  replacer  aisément  sans  le  secours 
du  dilatateur.  Vers  le  8e  jour,  l’ouverture  se 
maintient  quelquefois  pendant  une  heure;  plus 
tard  elle  peut  persister  au  même  degré  pen¬ 
dant  un  jour  entier  et  même  davantage. 

Voilà  comment  la  canule  doit  être  gouver¬ 
née  les  premiers  jours.  Arrivons  maintenant 
à  la  médication  topique. 

Si  l’enfant  est  vigoureux,  nous  avons  dit 
plus  haut  qu’avant  même  de  placer  la  ca¬ 
nule,  il  convient  de  faire  deux  ou  trois  instil¬ 
lations  de  la  solution  légère  de  nitrate  d  ar¬ 
gent,  et,  dans  le  cas  où  le  croup  ne  dépasse 
pas  le  larynx,  de  promener  dans  la  trachée 
l’écouvillon  imbibé  de  la  solution  concentrée. 
Or,  ces  instillations  et  ces  écouvillonnements 
doivent  être  répétés  quatre  fois  le  premier 
jour,  trois  fois  le  second  et  le  troisième,  une 
ou  deux  fois  le  quatrième,  après  quoi  on 
peut  les  cesser.  Si  le  larynx  seul  est  envahi , 
il  suffit  des  écouvillonnements,  répétés  d’ail¬ 
leurs  comme  il  vient  d’être  dit. 

Outre  ces  cautérisations  plus  ou  moins  for¬ 
tes,  il  est  bon  de  recourir  encore  à  des  instil¬ 
lations  d’eau  simple  et  à  des  écouvillonnements 
simples.  D’abord  on  devra  toujours  instiller  de 
l’eau  après  chaque  cautérisation,  afin  de  di¬ 
viser  les  mucosités  qui  auraient  pu  être  coa¬ 
gulées  et  en  faciliter  l’expectoration.  Mais  de 
plus,  si  l’expectoration  est  difficile,  on  instil¬ 
lera  une  ou  deux  fois  par  heure  8  à  10  gout¬ 
tes  d’eau  tiède,  en  vue  toujours  de  ramollir 
les  mucosités.  D’où  il  suit  .que  si  la  toux  est 
grasse  et  l’expectoration  facile,  ces  instilla¬ 
tions  seront  inutiles. 

M.  Trousseau  ajoute  encore  que,  si  la  res¬ 
piration  est  fréquente  et  serratique,  c’est-à- 
dire  faisant  entendre  le  bruit  de  la  scie  qui 
coupe  la  pierre,  il  conviendra  de  faire  des 
instillations  d’eau  tiède  immédiatement  avant 
chaque  écouvillonncmcnt.  Ce  précepte  n’a 
vraiment  pas  grande  utilité,  puisque,  comme 
l’auteur  le  dit  dans  ses  aphorismes,  la  respira- 
tion  serratique  est  un  signe  de  mort  certaine. 
Il  semblerait  d’ailleurs  que  ces  instillations  de¬ 
vraient  être  d’un  usage  beaucoup  plus  général, 
s’il  est  vrai,  comme  le  dit  l’auteur,  qu’elles 
rendent  les  écouvillonnements  plus  efficaces. 


L’écouvillonnement  doit  être  pratique  toutes 
les  fois  que  la  canule  ou  la  trachée-artère  sem¬ 
blent  embarrassées.  «  Jamais,  dit  M.  Trous¬ 
seau,  il  ne  cause  d’accidents;  toujours  il  est 
suivi  d’un  plus  grand  calme  de  la  respiration, 
lors  même  que  les  enfants  sont  à  leurs  der¬ 
niers  moments ,  et  que  l’éponge  n’entraîne  ni 
mucosités  ni  fausses  membranes.  »  Cet  écou- 
villonnement  n’est  jamais  plus  efficace  que 
quand  on  le  fait  après  avoir  retiré  la  canule  , 
la  plaie  étant  maintenue  béante  par  le  dila¬ 
tateur;  et  d’ailleurs  le  moment  où  l’on  retire 
la  canule  doit  toujours  être  mis  à  profit  de 
préférence,  soit  pour  les  instillations  de  toute 
nature,  soit  pour  écouvillonner  à  fond. 

On  comprend  que  plus  les  accidents  sont 
graves  et  plus  l’écouvillonnement  est  néces¬ 
saire.  Si  l’on  entendait  dans  la  trachée  un 
bruit  de  soupape  ou  un  sifflement  particulier, 
indice  de  quelques  membranes  flottantes,  il 
faudrait  écouvillonner  à  plusieurs  reprises, 
jusqu’à  ce  qu’elles  fussent  détachées  et  ex¬ 
pulsées. 

Quand  enfin,  à  l’aide  de  tous  ces  moyens, 
la  maladie  semble  marcher  vers  une  solu¬ 
tion  favorable ,  une  nouvelle  thérapeutique 
commence,  qui  doit  tendre  à  cicatriser  la 
plaie. 

Donc,  à  partir  du  4e  ou  du  5e  jour,  il  ne 
faut  pas  craindre  de  laisser  la  canule  s’em¬ 
barrasser  un  peu,  afin  que  l’air,  en  faisant 
effort  contre  le  larynx,  déplace  les  mucosités 
et  les  fausses  membranes  et  se  rouvre  la  voie 
naturelle.  On  peut  ainsi  mesurer  assez  bien 
le  degré  de  perméabilité  du  larynx:  chose 
d’autant  plus  importante,  que  le  précepte  ca¬ 
pital  dans  la  trachéotomie  est  de  retirer  la 
canule  le  plus  tôt  possible. 

«  Si  l’on  a  vu  que  l’air  passait  un  peu  par 
le  larynx,  on  introduit  une  canule  nouvelle 
que  l’on  oblitère  complètement  avec  un  petit 
bouchon  de  liège.  Pendant  les  premières  mi¬ 
nutes  la  respiration  semble  se  faire  aisément, 
quand  bien  même  le  passage  de  l’air  serait 
insuffisant;  mais  peu  après  la  respiration  de¬ 
vient  anxieuse,  et  l’enfant  mourrait  asphyxié 
si  l’on  ne  levait  l’obstacle  qui  s’oppose  à  l’in¬ 
troduction  de  l’air.  Que  si  la  respiration  reste 
peu  gênée,  on  laisse  le  bouchon  dans  la  ca¬ 
nule  ;  et  quelques  efforts  de  toux  en  poussant 
l’air  expiré  et  les  mucosités  contre  le  larynx 
détachent  les  fausses  membranes,  et  la  voie 
devient  beaucoup  plus  libre.  De  jour  en 
jour  on  rétrécit  le  calibre  de  la  canule,  et 
on  l’enlève  définitivement  quand  le  malade 
peut  respirer  complètement  la  canule  restant 
fermée. 

«  Dès  que  la  canule  est  enlevée,  on  rappro¬ 
che  avec  du  taffetas  d’Angleterre  les  bords 
de  la  plaie.  Ce  pansement  que  l’on  renouvelle 
deux  ou  trois  fois  par  jour  suffit  dans  le  plus 
grand  nombre  des  cas.  Peu  de  jours  suffi- 


153 


REVUE  CRITIQUE. 


sent  ordinairement  pour  que  la  plaie  de  la 
trachée-artère  se  ferme  complètement;  reste 
alors  la  solution  de  continuité  des  tissus  pro¬ 
fonds  et  de  la  peau ,  qui  ne  tarde  pas  à  se 
cicatriser  en  laissant  une  cicatrice  peu  dif¬ 
forme. 

«  Une  seule  fois  j’ai  pu  ôter  définitivement 
la  canule  au  bout  de  quatre  jours;  quelque¬ 
fois  du  6e  au  8e;  ordinairement  du  10e  au 
13e  jour  ;  une  fois  le  42e  jour;  une  fois  en¬ 
fin  le  53e  jour.  Quand  il  ne  survient  pas  d’ac¬ 
cidents,  la  liberté  du  larynx  se  rétablit  donc 
du  4e  au  15e  jour. 

«  Je  n’ai  pas  encore  vu  une  seule  fois 
persister  une  fistule  aérienne  après  la  tra¬ 
chéotomie.  » 

Ces  résultats  ont  une  haute  valeur  scientifi¬ 
que;  car  M.  Trousseau  n’est  pas  seulement 
l’opérateur  qui  a  le  plus  souvent  pratiqué  la 
trachéotomie,  il  est  encore  l’un  de  ceux  qui 
ont  sauvé  le  plus  de  malades. 

Nous  aurions  désiré  peut-être  qu’il  eût  don¬ 
né  des  chiffres  au  lieu  de  ses  évaluations;  et 
nous  aurions  également  aimé  à  savoir  à  quelle 
distance  de  l’opération  il  meurt  le  plus  et  le 
moins  d’opérés.  Arrivons  cependant  à  la  sta¬ 
tistique  des  succès  et  des  revers,  chez  des 
sujets  traités  par  la  thérapeutique  qui  vient 
d’être  exposée  ,  et  notons  d’abord  que  du 
nombre  total  des  opérations  faites  par  l’au¬ 
teur,  il  en  faut  défalquer  9,  pratiquées  pour 
des  laryngites  chroniques.  Il  reste  les  chiffres 
suivants  : 

M.  Trousseau,  117  opérés  28  guéris. 


M.  Bretonneau,  20  6 

M.  Velpeau,  10  2 

M.  Petel,  6  3 

M.  Leclerc,  2  1 


Total  153  opérés  40  guéris. 

Ce  qui  fait  un  peu  plus  d’un  sujet  guéri  sur 
quatre  opérés.  Il  eût  été  intéressant,  comme 
le  dit  M.  Trousseau  lui-même,  de  comparer 
ces  résultats  avec  ceux  qu’aurait  donnés  l’opé¬ 
ration  sans  les  cautérisations  consécutives  ; 
et  tout  au  moins  est-il  juste  de  rappeler  qu’en 
ôtant  de  son  chiffre  total  les  20  opérés  qui 
n’ont  donné  que  2  succès ,  la  proportion  réelle 
des  guérisons  obtenues  ou  favorisées  par  le 
traitement  consécutif  est  de  26  sur  97. 

Il  est  certain  d’ailleurs  que  la  trachéotomie 
n’a  pas  aussi  bien  réussi  à  d’autres  chirurgiens  ; 
et  si  véritablement  la  cause  en  doit  être  attri¬ 
buée  à  l’absence  du  traitement  consécutif,  ja¬ 
mais  plus  belle  consécration  d’une  méthode 
quelconque  ne  fut  donnée  par  les  chiffres. 

Dans  la  discussion  qui  eut  lieu  à  l’Acadé¬ 
mie  de  médecine  en  1839 ,  M.  Baudelocque 
annonçait  que,  sur  quinze  sujets  opérés  à  l’hô¬ 
pital  des  Enfans,  pas  un  n’avait  survécu  à 
l’opération.  En  1840  et  1841,  M.  Becquerel  a 


compté  neuf  insuccès  consécutifs  dans  le  mê¬ 
me  hôpital;  il  paraît,  d’après  M.  Boudet,  qu’un 
dixième  essai  fut  enfin  plus  heureux.  Dans  la 
discussion  déjà  citée ,  M.  Roux  disait  qu’il 
avait  eu,  sur  4  opérations,  4  morts;  M.  Blan¬ 
din,  sur  5  opérations,  5  morts;  M.  Velpeau, 
sur  6  opérations,  6  morts;  M.  Amussat,  sur 
6  opérations,  6  morts;  et  cette  effrayante  né¬ 
crologie  n’était  interrompue  que  par  les  ré¬ 
sultats  très-remarquables  de  M.  Gerdy,  qui 
enfin,  sur  6  cas,  avait  obtenu  4  guérisons. 

Depuis  lors,  M.  Boudet  a  mentionné  deux 
opérations  faites  à  Montmartre  par  M.  Loy- 
seau,  toutes  deux  suivies  de  mort;  et  récem¬ 
ment  M.  Guersent  s’applaudissait,  à  la  Société 
de  médecine  pratique,  d’avoir  sauvé  deux  opé¬ 
rés  sur  27.  Un  des  insuccès  de  M.  Guersent 
appartient  à  la  série  observée  par  M.  Becque¬ 
rel  ;  mais  on  peut  le  remplacer  par  un  autre 
insuccès  de  M.  Gendron,  qui  fut  même  l’ori¬ 
gine  de  la  discussion  académique;  et  l’on  ob¬ 
tient  de  cette  manière  un  total  de  81  tra¬ 
chéotomies  ayant  donné  74  morts,  ou  plus  des 
10/11 es.  Entre  ce  tableau  funèbre  et  celui  de 
M.  Trousseau,  il  y  a  une  différence  immense; 
et  comme  le  nom  seul  des  opérateurs  cités  ne 
laisse  aucun  doute  sur  l’habileté  de  l’exécu¬ 
tion,  les  seules  causes  sensibles  de  cette  dif¬ 
férence  sont  dans  l’emploi  du  traitement  con¬ 
sécutif,  et  peut-être  aussi  dans  le  meilleur 
choix  du  moment  propice  à  l’opération. 

Nous  compléterons  cet  article  en  reprodui¬ 
sant  les  principaux  aphorismes  dans  lesquels 
M.  Trousseau  règle  le  pronostic  après  l’opé¬ 
ration.  Nous  en  avons  déjà  détaché  quelques- 
uns  pour  un  autre  objet;  et  puisque  l’ordre 
adopté  par  l’auteur  s’est  ainsi  trouvé  dérangé, 
nous  userons  de  la  même  liberté  pour  le  clas¬ 
sement  de  ceux  qui  restent. 

«  1°  Si  l’enfant  est  sujet  aux  catarrhes  chro¬ 
niques,  et  s’il  était  enrhumé  depuis  quelque 
temps  lorsqu’il  a  été  pris  du  croup,  la  tra¬ 
chéotomie  réussit  mieux. 

«  2°  Si,  immédiatement  après  l’opération,  la 
respiration  devient  très  fréquente,  l’enfant  ne 
toussant  pas  ou  toussant  peu,  c’est  un  mau¬ 
vais  signe. 

«  3,J  Plus  rapide  et  plus  énergique  est  l’in¬ 
flammation  qui  envahit  la  plaie  ,  plus  nom¬ 
breuses  sont  les  chances  de  guérison;  l’affais¬ 
sement  subit  de  la  plaie  est  un  signe  mortel. 

«  4°  Les  enfants  pris  de  convulsion  meurent. 

«  5°  Si,  le  troisième  jour  après  la  trachéoto¬ 
mie,  l’expectoration  devient  muqueuse  et  ca¬ 
tarrhale,  les  enfants  guérissent  ;  si  elle  est 
nulle  ou  séreuse ,  ou  semblable  a  de  petits 
morceaux  de  gomme  arabique  à  demi  dessé¬ 
chés,  ils  meurent 

«  6°  L’augmentation  de  la  fièvre  après  le  qua¬ 
trième  jour,  l’agitation,  l’affaissement  de  la 
plaie  et  la  sécheresse  de  la  trachée,  la  fré¬ 
quence  des  mouvements  respiratoires  et  des 


REVUE  CRITIQUE. 


j  {(■  i 

Ihi 

efforts  de  toux  annoncent  l’invasion  d’une 
pneumonie  qui ,  d’abord  lobulaire,  devient 
quelquefois  pseudo-lobaire,  et  doit  être  traitée 
par  les  moyens  que  l’on  oppose  ordinairement 
à  la  pneumonie  des  enfants  ;  il  faut  toutefois 
exclure  du  traitement  les  vésicatoires,  qui  trop 
souvent  se  recouvrent  de  fausses  membranes. 

«7°  Quand,  après  le  dixième  jour,  les  boissons 
passent  presque  tout  entières  du  pharynx  dans 
le  larynx  et  dans  la  trachée ,  quoiqu’elles 
soient  facilement  rejetées,  les  malades  meu¬ 
rent  le  plus  souvent.  » 


Nouvelle  opération  pour  la  cure  des  opa¬ 
cités  de  la  cornée  ,  par  M.  Malgaigne. 

M.  Malgaigne  a  adressé  à  l’Académie  des 
sciences  la  lettre  suivante  : 

«  Je  désire  informer  l’Académie  d’un  fait 
nouveau,  d’une  application  nouvelle,  en  un  mot 
d’une  opération  qui  aurait  pour  but  et  pour 
effet  de  rendre  tributaire  de  l’art  des  affec¬ 
tions  jusqu’à  présent  regardées  comme  incu¬ 
rables. 

«  Lorsque  les  taches  de  la  cornée  datent 
de  longues  années  et  qu’elles  ont  résisté  à 
toutes  les  applications  médicamenteuses  ,  la 
chirurgie  a  confessé  jusqu’ici  son  impuissance. 

«  Des  autopsies  nombreuses  m’avaient  mon¬ 
tré  que,  le  plus  ordinairement,  ces  taches 
n’occupent  que  les  couches  extérieures  de  la 
cornée,  les  couches  internes  demeurant  trans¬ 
parentes.  Dès  lors  il  y  avait  lieu  de  se  deman¬ 
der  s’il  ne  serait  pas  possible  d’enlever  avec 
le  bistouri  les  couches  compromises  ;  mais 
une  objectiou  grave  s’élevait  alors;  la  cica¬ 
trice  ne  serait-elle  pas  autant  ou  plus  opaque 
que  les  taches  primitives? 

«  J’ai  fait  des  expériences  sur  des  animaux 
vivants;  j’ai  disséqué  environ  la  moitié  de  l’é¬ 
paisseur  de  la  cornée,  et  j’ai  obtenu  une  cica¬ 
trice  parfaitement  transparente.  Voilà  le  fait 
nouveau  désormais  acquis  -à  la  science. 

»  Rassuré  sur  ce  point,  j’ai  cru  pouvoir  dés 
lors  en  tenter  l’application  sur  l’homme  ;  déjà 
une  première  opération  a  été  faite  sur  une 
jeune  fille  de  l’hôpital  des  Cliniques ,  où  j’ai 
l’honneur  de  suppléer  M.  J.  Cloquet;  aussitôt 
la  dissection  achevée,  la  malade  s’est  écriée 
qu’elle  voyait.  Je  me  borne  pour  l’instant  à 
rendre  compte  de  ces  premiers  essais  à  l’A¬ 
cadémie,  me  réservant  de  lui  faire  connaître 
les  résultats  que  donneront  ces  opérations.  » 

Depuis  la  communication  de  cette  lettre, 
une  deuxième  opération  a  été  faite  dans  le 
même  hôpital  ;  nous  tiendrons  soigneusement 
nos  lecteurs  au  courant  des  résultats. 


Sur  l’infection  purulente,  par  M.  Sédillot. 

On  sait  combien  la  théorie  de  l’infection 
purulente  est  encore  obscure,  et  nous  aurons 


à  rendre  compte,  dans  notre  prochaine  revue, 
d’une  grave  et  importante  discussion  élevée 
sur  ce  sujet  entre  M.  Blandin  et  M.  Tessier, 
représentants  principaux  des  deux  doctrines 
qui  comptent  aujourd’hui  le  plus  de  partisans. 

Mais,  tandis  que  les  deux  théories  de  l’infec¬ 
tion  et  de  la  diathèse  débattent  si  vivement  ce 
grand  et  difficile  problème,  voici  M.  Sédillot 
qui  se  propose  de  le  résoudre,  à  l’aide  de  ce 
que  lui-même  appelle  une  hypothèse.  Il  est 
vrai  qu’un  peu  plus  loin  cette  hypothèse  est 
présentée  comme  la  vérité  tiVétat  d'ébauche ; 
et  plus  loin  encore  l’auteur,  prenant  plus  de 
confiance  ,  déclare  que,  malgré  les  difficultés 
de  la  preuve  en  médecine ,  il  ne  désespère 
pas  de  voir  les  chirurgiens  partager  un  jour 
son  opinion.  Quelle  est  donc  cette  hypothèse, 
ou  si  l’on  veut  cette  vérité  à  l’état  d’ébauche  ? 

«  J’ai  cru  remarquer,  dit  l’auteur,  la  coexis¬ 
tence  d’une  fonte  ulcéreuse  et  gangréneuse 
des  parties  frappées  de  suppuration,  dans  tous 
les  cas  d’infection  purulente  ;  et  les  détritus 
des  tissus,  détachés  et  absorbés  avec  le  pus, 
m’ont  paru  la  principale  cause  de  la  mala¬ 
die.  » 

En  vertu  de*cette  théorie,  aux  moyens  or¬ 
dinairement  employés  pour  prévenir  ou  com¬ 
battre  cette  terrible  affection,  M.  Sédillot  ajoute 
les  pansements  avec  l’onguent  Styrax;  et  il 
rapporte  une  observation  dans  laquelle  l’on¬ 
guent  Styrax  a  arrêté  le  cours  d’une  infection 
purulente.  Nous  doutons  fort  que,  malgré  la 
difficulté  de  la  preuve,  et  peut-être  aussi  à 
cause  de  la  difficulté  de  la  preuve,  les  chirur¬ 
giens  du  xixe  siècle  soient  disposés  à  recon¬ 
naître  tant  de  vertu  à  l’onguent  Styrax. 

(Annales  de  la  chirurgie  française  et  étran¬ 
gère,  février  1843.) 


Extr  action  d’une  aiguille  engagée  dans  le 
canal  de  l’urètre,  par  M.  Dieffenbacii. 

Il  y  a  quelques  mois  qu’un  malade  se  pré¬ 
senta  dans  l’un  des  hôpitaux  de  Paris,  pour 
se  faire  extraire  une  épingle  fort  imprudem¬ 
ment  engagée  dans  l’urètre.  Après  diverses 
tentatives  infructueuses  pour  aller  saisir  l’é¬ 
pingle  dans  le  canal  même,  le  chirurgien  eut 
recours  à  la  boutonnière  ;  l’épingle  fut  ex¬ 
traite  et  le  sujet  guéri.  On  ne  saurait  nier  les 
graves  difficultés  que  présentent  les  cas  de  ce 
genre  ;  et  la  boutonnière  est  en  effet  la  der¬ 
nière  ressource  de  l’art.  La  question  était  de 
savoir  s’il  n’y  aurait  pas  quelque  moyen  de  l’é¬ 
viter,  et  d’arriver  à  l’extraction  avec  moins  de 
fatigue  pour  le  chirurgien  et  moins  de  douleur 
pour  le  malade;  l’observation  suivante  de 
M.  Dieffenbach  nous  montre  ce  moyen  nou¬ 
veau  déjà  mis  en  pratique  avec  succès;  elle 
offrira  donc  un  véritable  intérêt  aux  prati¬ 
ciens. 

Il  y  a  environ  un  an  que  M.  Dieffenbach 


REVUE  CRITIQUE.  1S5 


fut  appelé  près  d’un  garçon  de  14  ans,  qui 
lui  avoua  avec  larmes  et  sanglots  qu’il  s’é¬ 
tait  introduit  une  grosse  aiguille,  la  tête  la 
première,  dans  le  canal  de  l’urètre,  et  que 
cette  aiguille  lui  étant  échappée  s’était  en¬ 
gagée  plus  avant.  Depuis  lors  il  éprouvait  des 
douleurs  lancinantes  dans  le  petit  bassin  près 
de  l’anus;  néanmoins  il  avait  pu  plusieurs  fois 
rendre  de  l’urine,  mais  avec  exaspération 
des  douleurs  et  en  petite  quantité.  M.  Dieffen- 
bacli  examina  les  parties  avec  le  plus  grand 
soin;  mais  il  ne  put  rien  découvrir  à  tra¬ 
vers  les  téguments  qui  lui  fit  soupçonner  le 
siège  de  l’aiguille.  Pourtant,  comme  dans  ces 
investigations  il  s’aperçut  que  la  douleur  sié¬ 
geait  toujours  au  même  point  et  semblait 
augmenter  sous  certaines  pressions,  il  con¬ 
jectura  que  l’aiguille  devait  être  solidement 
fixée  par  sa  pointe.  Dans  cet  état  de  choses,  il 
était  fort  difficile  avec  des  instruments  d’aller 
saisir  cette  aiguille  ainsi  fichée  parla  pointe; 
et,  d’un  autre  côté,  en  la  saisissant  dans  une 
direction  oblique,  on  devait  craindre  qu’il  fût 
impossible  de  l’extraire  sans  que  l’instrument 
glissât  ou  sans  que  la  pointe  de  l’aiguille 
vînt  labourer  les  tissus  ;  le  chirurgien  ima¬ 
gina  sur-le-champ  un  autre  moyen  d’extrac¬ 
tion. Il  lui  était  arrivé  souvent  d’extraire  des 


aiguilles  engagées  sous  la  peau  sans  aucune 
opération,  mais  tout  simplement  en  pressant 
sur  la  tête  au  moyen  d’un  pli  fait  à  la  peau, 
de  façon  à  faire  saillir  la  pointe.  Il  résolut 
d’appliquer  ce  procédé  au  cas  actuel.  Le  ma¬ 
lade  étant  donc  placé  comme  pour  l’opération 
de  la  taille,  et  le  scrotum  soulevé  par  un 
aide ,  l’opérateur  appliqua  fortement  le  pouce 
de  la  main  gauche  sur  le  périnée  dans  une 
direction  transversale,  de  façon  à  déterminer 
une  sorte  de  soulèvement  de  la  peau  du  coté 
de  l’anus.  En  même  temps  l’indicateur  droit 
bien  huilé  fut  introduit  dans  le  rectum,  et  ne 
tarda  pas  à  sentir  dans  le  col  de  la  vessie  la  tête 
de  l’aiguille  qui  y  faisait  saillie.  Alors  pres¬ 
sant  aussi  fortement  que  possible  sur  cette 
tête,  tandis  que  le  doigt  appliqué  sur  le  périnée 
comprimait  en  sens  inverse,  il  parvint  à  faire 
sortir  au  périnée  de  deux  millimètres  environ 
la  pointe  de  l’aiguille,  qui  fut  ensuite  saisie 
et  extraite  avec  une  pince.  Cette  aiguille  avait 
2  centimètres  1/4  de  long,  et  était  déjà  altérée 
par  le  contact  de  l’urine.  Les  douleurs  ces¬ 
sèrent  à  l’instant,  et  le  malade  fut  immédiate¬ 
ment  guéri ,  sans  que  l’on  eût  besoin  de 
recourir  à  aucun  traitement. 

( Casper’s  Wochenschrift,  n°  42.) 


©fastetrispie 


ACCOUCHEMENT  PR^MàTURÉ  ARTIFICIEL,  provo¬ 
qué  h  l’aide  du  tampon ,  par  le  professeur 
schoeller  ,  de  Berlin. 

L’espèce  de  tampon  qu’on  pousse  à  la  par¬ 
tie  supérieure  du  vagin  pour  soutenir  l’éponge 
préparée  introduite  dans  le  col,  quand  on  veut 
provoquer  l’accouchement  avant  terme  par  la 
méthode  de  Kluge ,  n’est  certainement  point 
étranger  au  développement  de  la  contractilité 
utérine.  Telle  a  sans  doute  été  la  pensée  de 
Schœller  lorsqu’il  a  proposé  l’application  pure 
et  simple  du  tampon  pour  provoquer  l’ac¬ 
couchement  prématuré.  Cette  méthode ,  plus 
simple  encore  que  celle  de  Kluge,  et  d’un  em¬ 
ploi  plus  facile  surtout  chez  les  femmes  pri¬ 
mipares,  n’a  été  soumise  jusqu’ici  qu’à  un  petit 
nombre  d’épreuves.  Nous  croyons  donc  utile 
de  faire  connaître  le  cas  suivant,  où  tout  a  été 
conduit  et  exécuté  par  Schœller  lui-même,  en 
présence  du  professeur  F.  C.  Naegelé. 

Ottilia  Strubel ,  50  ans  ,  brune  ,  de  force 
moyenne ,  d’une  bonne  santé  habituelle , 
n’ayant  eu  d’autres  maladies  qu’une  fièvre  in¬ 
termittente  et  une  fièvre  nerveuse  en  1816, 
menstruée  toutes  les  trois  semaines  depuis 
l’âge  de  14  ans ,  accoucha  pour  la  première 
fois  en  avril  1811.  L’enfant  présentait  les  fes¬ 
ses,  et  l’on  dut,  à  cause  de'l’insuffisance,  des 
douleurs,  procéder  à  l’extraction;  la  tête  ne 
put  être  extraite  sans  de  grandes  difficultés  ; 
le  pariétal  gauche  fut  fracturé.  U’enfant  pesait 


5  livres  6  onces  et  demie.  Cette  femme,  en¬ 
ceinte  de  nouveau ,  avait  eu  ses  règles  pour 
la  dernière  fois  le  4  février  1842,  et  l’époque 
présumée  de  son  accouchement  pouvait  être 
fixée  approximativement  au  11  novembre. 
L’abdomen  était  régulièrement  développé ,  la 
portion  vaginale  du  col  haute  ;  la  tête,  à  gauche 
et  en  avant ,  était  très  -élevée.  Le  petit  dia¬ 
mètre  du  détroit  supérieur ,  mesuré  à  l’aide 
du  doigt ,  fut  estimé  à  5  pouces  2  à  5  lignes. 
Le  tampon  fut  appliqué  le  11  octobre  à  8  heures 
du  soir,  et  de  temps  en  temps  quelques  fric¬ 
tions  furent  faites  sur  le  ventre.  A  diverses 
reprises  pendant  la  nuit,  il  y  eut  durcissement 
et  érection  du  globe  utérin.  —  Le  12  à  10  heu¬ 
res  du  matin,  le  tampon  fut  ôté,  puis  réappli¬ 
qué,  en  présence  des  élèves  de  la  clinique  de 
Heidelberg ,  avec  le  spéculum  de  Fricke.  On 
avait  déjà  trouvé  l’orifice  interne  ouvert.  — 
A  8  heures' du  soir  le  tampon  fut  retiré.  L’ori¬ 
fice  interne  était  dilaté  d’un  pouce.  La  nuit 
suivante ,  les  douleurs  devinrent  plus  fré¬ 
quentes.  Le  15  au  matin,  la  dilatation  était  de 
deux  pouces  ;  la  poche  s’engageait  à  travers 
l’orifice.  A  la  rupture  des  membranes ,  vers 
midi ,  il  s’écoula  une  grande  quantité  d’eau. 
Les  douleurs,  suspendues  jusqu’à  10  heures  du 
soir,  se  réveillèrent  alors  tout  à  coup ,  et  si 
fortes  que  bientôt  fut  expulsé  un  enfant  dans 
un  état  de  mort  apparente,  promptement  suivie 
d’une  mort  réelle,  malgré  l’emploi  des  moyens 


156 


REVUE  CRITIQUE. 


usités  en  pareil  cas.  Il  avait  16  pouces  et 
demi  de  longueur,  et  pesait  4  livres  9  onces 
et  demie— La  mort  parut  avoir  été  le  résultat 
de  la  compression  exercée  sur  une  circulaire 
du  cordon  que  l’enfant  avait  autour  du  col. 
La  persistance  des  pulsations  fœtales  dans 
toute  leur  force,  alors  que  la  tête  était  déjà 
à  la  vulve,  et  le  dégagement  lent  des  épaules 
justifient,  aux  yeux  de  Schœller,  cette  manière 
de  voir.  Il  croit  pourtant  que  la  pression  exer¬ 
cée  sur  le  pariétal  gauche  par  l’angle  sacro- 
vertébral  après  l’écoulement  des  eaux  n’a  pas 
été  étrangère  à  ce  fâcheux  résultat ,  et  nous 
le  croyons  aussi  d’autant  mieux  qu’un  épan¬ 
chement  sanguin  existait  au  niveau  du  pariétal 
comprimé. 

On  voit  par  cet  exemple  ce  qu’on  peut  atten¬ 
dre  de  l’application  d’un  simple  tampon.  L’ac¬ 
couchement,  malgré  la  suppression  des  dou¬ 
leurs  pendant  une  demi -journée  après  la 


rupture  des  membranes,  eut  lieu  au  bout  de 
deux  jours,  sans  beaucoup  de  fatigue,  sans 
excitation  trop  forte.  Aucun  accident  ne  vint 
compliquer  les  couches,  et  le  rétablissement 
fut  prompt  et  complet.  La  mort  de  l’enfant 
ne  saurait  être  attribuée  à  la  méthode,  et  toute 
autre  ne  l’eût  pas  préservé  davantage.  Nous 
ne  redoutons  pas  plus  que  Schœller  le  tampon. 
Ce  que  nous  avons  observé  dans  un  grand 
nombre  de  cas  où ,  pour  des  hémorrhagies 
utérines,  le  tampon  avait  dû  être  appliqué,  ne 
nous  laisse  point  de  doute  sur  l’innocuité  de 
ce  moyen;  et,  loin  de  redouter  qu’il  produise 
une  excitation  trop  forte ,  nous  craindrions 
plutôt,  comme  le  professeur  de  Berlin,  que 
celle  qu’il  détermine  fût  insuffisante.  Ne  con¬ 
cluons  rien  toutefois  avant  que  l’expérience  ait 
prononcé.  Les  faits  ne  tarderont  pas  sans  doute 
à  établir  définitivement  la  valeur  de  la  mé¬ 
thode  de  Schœller. 


Pï&ra.fafi&aeologie  cIaâa*ïBi»gicale. 


TRAITEMENT  ARABIQUE. 

t)ans  un  mémoire  que  vient  de  couronner 
la  Société  royale  de  médecine  de  Bordeaux, 
M.  Payan  fait  connaître,  sous  le  nom  de 
Traitement  arabique ,  un  mode  curatif  des 
accidents  tertiaires  de  la  syphilis ,  conservé 
par  tradition  à  Marseille.  Un  opiat,  des  pilu¬ 
les,  une  tisane  sudorifique,  et  un  régime  par¬ 
ticulier,  désigné  sous  le  nom  de  diète  sèche, 
constituent  cette  médication. 

1°  Opiat  arabique. 

Salsepareille  pulvérisée..  150  gram. 

Squine  pulvérisée .  50  gram. 

Coquilles  de  noisçtte  tor¬ 
réfiées .  50  gram. 

Girofles . . .  nos  4 

Miel .  q.  s. 

Pour  un  opiat  dont  la  dose  sera  de  24  à  50 
centigrammes,  matin  et  soir. 

2°  Pilules  arabiques. 

Mercure  coulant  pur .  50  gram. 

Deuto-chlorure  de  mercure  50  gram. 

Pyrèthre  pulvérisée . 60  gram. 


Agaric  pulvérisé . 60 gram. 

Séné . . . 60  gram. 


AI  î  el ................... .  q .  s . 

Pour  former  une  masse  pilulaire  avec  la¬ 
quelle  on  fait  des  bols  de  20  à  50  centigram¬ 
mes.  On  en  fait  prendre  deux  par  jour. 

5°  La  tisane  sudorifique  est  faite  avec  une 
décoction  de  squine  et  de  salsepareille.  Le 
malade  ne  doit  prendre  que  cette  tisane  pour 
toute  boisson,  durant  tout  le  traitement  :  il  en 
boira  un  litre  ou  deux  par  jour. 

4°  Le  régime  sec  exige  une  proscription 
complète  des  aliments  ordinaires,  et  ne  doit 
consister  qu’en  galettes,  noix,  amandes  tor¬ 
réfiées,  figues  et  raisins  secs.  C’est  l’accom¬ 
pagnement  indispensable  des  remèdes. 

Cette  thérapeutique  tant  soit  peu  excen¬ 
trique  est  grandement  vantée  par  M.  Payan, 
dans  certaines  formes  tertiaires  de  la  syphilis. 
Il  l’a  vu  employer,  et  lui-même  s’en  est  servi 
bon  nombre  de  fois  dans  cette  série  d’acci¬ 
dents  plus  ou  moins  hideux,  qui  ont  résisté 
aux  traitements  ordinaires,  ou  que  l’incurie 
des  malades  a  lentement  amenés  à  l’état  de 
dégénérescence. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Observation  d’avortement  subit  à  cinq  mois 
environ  de  grossesse,  compliqué  d’une  dé¬ 
chirure  verticale  de  toute  la  hauteur  et  de 
toute  l’épaisseur  du  col  utérin,  et  suivi 
d’une  hémorrhagie  très-promptement  mor¬ 
telle;  par  Ant.  Danyau. 

Les  déchirures  verticales  du  col  de  l’u¬ 
térus  ne  sont  pas  à  beaucoup  près  toujours 


le  résultat  de  manœuvres  mal  dirigées  ou 
tentées  à  une  époque  trop  peu  avancée  du 
travail  de  l’accouchement.  Les  plus  grands 
et  les  plus  funestes  désordres  en  ce  genre  peu¬ 
vent  être  le  produit  d’une  parturition  tout  à 
fait  spontanée.  Au  moment  où  la  tête  du  fœ¬ 
tus  franchit  un  orifice  enflammé ,  ramolli, 
sphacélé,  induré,  altéré  enfin  plus  ou  moins 


BULLETIN. 


profondément  dans  une  partie  de  son  contour, 
la  partie  dont  la  résistance  naturelle  est  en  dé¬ 
faut  cède  à  l’effort  excentrique.  L’état  sain  de 
l’orifice  ne  le  préserve  même  pas  toujours,  et 
quelquefois  il  suffit  qu’il  soit  en  quelque  sorte 
surpris,  avant  une  préparation  suffisante,  par 
un  brusque  effort  d’expulsion,  pour  qu’il  se  dé¬ 
chire  dans  une  étendue  considérable;  tout  au 
plus  peut-il  échapper  alors  à  la  faveur  du  pe¬ 
tit  volume  de  la  partie  qui  le  traverse  vio¬ 
lemment.  Aussi  de  pareils  accidents  n’ont-ils 
guère  lieu  que  dans  des  accouchements  au 
terme  ou  près  du  terme  de  la  gestation,  et  il 
semble  qu’ils  soient  impossibles  dans  un  avor¬ 
tement  à  quatre  mois  et  demi  ou  cinq  mois 
de  grossesse.  Pourtant  je  possède  une  pièce 
qui  en  démontre  la  possibilité.  Elle  m’a  été 
remise  par  M.  de  Castelnau,  interne  et  lau¬ 
réat  des  hôpitaux  de  Paris,  dont  je  n’hésite¬ 
rais  pas  a  me  porter  garant,  si  la  position  scien¬ 
tifique  qu’il  a  déjà  su  conquérir  n’assurait 
toute  confiance  aux  renseignements  qui  sui¬ 
vent,  et  que  je  transcris  tels  qu’ils  m’ont  été 
communiqués. 

«  Paillet  (Marguerite),  âgée  de  54  ans,  fut 
reçue  à  l’hôpital  Beaujon,  salle  Sainte-Hélène 
n°  294,  le  4  août  1842. 

«  Cette  femme,  entrée  pour  une  fièvre  ty¬ 
phoïde  assez  grave,  était  en  convalescence  de¬ 
puis  une  douzaine  de  jours,  et  mangeait  deux 
portions,  lorsque,  le  10  septembre,  elle  fut  re¬ 
prise  d’un  malaise  général  assez  grand,  accom¬ 
pagné  d’un  mouvement  fébrile  assez  pronon¬ 
cé  ,  de  céphalalgie  et  de  douleurs  dans  les 
lombes.  Un  examen  attentif  des  différentes 
fonctions  ne  fit  découvrir  aucune  lésion  lo¬ 
cale  ;  on  acquit  seulement  la  certitude  que  la 
malade  était  enceinte,  ce  que  l’on  n’avait  fait 
que  soupçonner  jusqu’alors.  L’hôpital  renfer¬ 
mant  un  assez  grand  nombre  de  varioles,  on 
pensa  que  la  malade  était  dans  la  période 
prodromique  d’une  éruption  variolique,  et  l’on 
se  borna  à  peu  près  à  l’expectation.  Cet  état 
durait  depuis  trois  jours,  lorsque,  le  12  sep¬ 
tembre,  à  quatre  heures  et  demie  du  soir,  elle 
fut  tout  à  coup  prise  d’une  hémorrhagie  grave. 
Appelé  auprès  de  la  malade,  je  recueillis  les 
renseignements  suivants,  sur  l’exactitude  des¬ 
quels  il  ne  me  reste  aucun  doute. 

«  Quelques  instans  avant  l’hémorrhagie,  la 
malade  avait  demandé  le  bassin  à  la  sœur  ; 
mais,  soit  qu’on  tardât  trop  à  le  lui  apporter, 
soit  qu’elle  eût  changé  d’avis,  elle  se  dirigea 
vers  les  lieux  d’aisance,  qui  se  trouvaient  à 
huit  ou  dix  pas  de  son  lit;  elle  y  était  à  peine 
arrivée  que  la  sœur  qui  lui  apportait  le  bas¬ 
sin  l’entendit  appeler  au  secours.  On  se  ren¬ 
dit  immédiatement  auprès  d’elle  ;  on  la  trouva 
pâle,  défaite,  chancelante;  du  sang  s’écoulait 
en  abondance  sous  elle;  on  la  reconduisit  à 
son  lit  et  l’on  vint  me  chercher.  Arrivé  près 
de  la  malade,  je  la  trouvai  décolorée;  un  lé¬ 


157 

ger  tremblement  nerveux  agitait  ses  lèvres  • 
le  pouls  était  le  plus  souvent  insensible,  quel¬ 
quefois  filiforme  et  tremblant;  la  peau  était 
lioide  et  des  frissons  semblaient  parcourir  le 
corps  ;  la  malade  ne  répondait  aux  questions 
que  par  quelques  mouvements  imperceptibles 
des  lèvres,  quelquefois  même  elle  semblait  ne 
pas  les  entendre.  Le  lit  était  inondé  de  sang; 
un  caillot  sortait  par  la  vulve  et  se  prolon¬ 
geait  dans  l’intérieur  du  vagin;  l’écoulement 
sanguin  était  suspendu.  L’abdomen  était  sou¬ 
ple,  la  palpation  pratiquée  avec  modération 
faisait  sentir  une  tumeur  abdominale  du  même 
■\olume  et  à  peu  près  de  la  même  forme  que 
celle  qui  existait  avant  l’hémorrhagie;  l’aus¬ 
cultation  ne  fut  pas  pratiquée. 

«  La  malade,  interrogée  sur  la  question  de 
savoir  si  elle  avait  rendu  quelque  chose  par 
les  parties  génitales,  répondit  toujours  négati- 
\cment ,  elle  dit  n  avoir  rien  éprouvé  qui  res¬ 
semblât  à  un  avortement  (elle  en  avait  déjà 
eu  un  quelques  années  auparavant.)  M’é¬ 
tant  transporté  aux  lieux  d’aisance,  je  ne  trou¬ 
vai  des  traces  de  sang  qu’à  un  pas  de  distance 
de  1  orifice ,  mais  rien  sur  les  bords  ni  dans 
l’orifice  lui-même. 

«  Je  prescrivis  de  la  limonade  sulfurique, 
des  compresses  froides  sur  l’hypogastre  et  à 
la  vulve,  et  des  manuluves  sinapisés. 

«  Après  dix  minutes,  la  chaleur  se  rétablit  un 
peu  ainsi  que  le  pouls;  la  malade  revint  tout 
à  fait  à  elle,  et  répéta  de  vive  voix  les  mêmes 
renseignements  qu’elle  n’avait  donnes  que  par 
signes.  Je  la  quittai  alors. 

«  Enviion  vingt  minutes  ou  une  demi-heure 
après,  on  vint  encore  me  chercher  ;  l’hémor¬ 
rhagie  s  était  reproduite  avec  une  nouvelle  in¬ 
tensité.  La  malade  était  en  syncope;  elle  suc¬ 
comba  trois  ou  quatre  minutes  après  mon  ar¬ 
rivée. 

<<  A  1  autopsie,  on  trouva  1  utérus  rempli  par 
un  caillot  du  poids  d’environ  750  grammes. 
Un  autre  caillot,  pesant  à  peu  près  500  gram¬ 
mes,  existait  dans  un  foyer  sous-péritonéal, 
formé  dans  le  tissu  cellulaire  du  bassin.  — 
L  intestin  grêle  offrait  de  nombreuses  cica¬ 
trices  d  ulcérations  intestinales  récentes.  Tous 
les  autres  organes  étaient  sains,  mais  presque 
complètement  exsangues.  » 

La  pièce  m’avait  été  remise  intacte,  et  l’exa¬ 
men  attentif  que  j’en  fis  aussitôt  me  permit 
de  leconnaître  exactement  les  lésions  qui 
avaient  produit  une  mort  si  rapide.  Cette  pièce 
se  composait  de  l’utérus  avec  toutes  ses  dé¬ 
pendances  et  la  partie  supérieure  du  vagin. 
Sur  la  partie  latérale  gauche  existait  une  po¬ 
che  fermée  par  l’écartement  des  feuillets  du 
ligament  large,  maintenant  affaissée,  mais 
contenant  encore  du  sang  coagulé ,  dont  la 
couleur  se  laissait  voir  à  travers  la  transpa¬ 
rence  du  péritoine.  L’utérus  avait  à  peu  de 
cliose  près  le  volume  qu’on  lui  trouve  chez  les 


BIBLIOGRAPHIE* 


158 

femmes  qui  succombent  dans  les  premiers 
jours  des  couches.  11  en  avait  tout  à  fait  1  as¬ 
pect  et  la  consistance.  L’utérus  et  le  vagin 
ayant  été  fendus  dans  toute  leur  hauteur  en  ar¬ 
rière,  je  pus  reconnaître  qu’il  existait  sur  la 
partie  latérale  gauche  une  vaste  déchirure, 
qui  intéressait  toute  la  hauteur  du  col,  à  partir 
de  l’orifice  interne,  et  comprenait  même  la 
partie  supérieure  du  vagin.  Elle  n’avait  pas 
moins  de  10  centimètres  de  longueur,  et 
conduisait  dans  la  poche  formée  entre  les 
feuillets  du  ligament  large.  En  dégageant  avec 
précaution  les  caillots  qui  étaient  à  l’en¬ 
trée  du  foyer,  je  trouvai  à  nu  au  milieu  d’eux 
une  artère  du  volume  d’une  plume  de  corbeau, 
l’une  des  principales  branches  de  l’artère  uté¬ 
rine,  sur  le  trajet  de  laquelle  existait  une  ou¬ 
verture  arrondie  qui  pouvait  recevoir  une 
grosse  tête  d’épingle  :  ouverture  qui  semblait 
résulter  du  détachement  d’un  gros  rameau  à 
son  point  même  d’origine.  Outre  cette  déchi¬ 
rure  principale,  il  y  en  avait  d’autres  de  peu 
d’importance,  ou  qui  du  moins  ne  pouvaient 
pas  être  la  source  d’accidents  bien  graves  : 
une  en  avant  et  a  droite,  commençant  à  quel¬ 
que  distance  au-dessous  de  l’orifice  interne  et 
s’étendant  un  peu  au-delà  de  l’externe  ;  elle 
avait  4  centimètres  et  demi  de  longueur  ;  une 
seconde,  de  18  millimètres  seulement,  en  avant 
entre  les  deux  orifices  ;  deux  enfin  à  la  partie 
antérieure  du  vagin,  une  de  12  à  15  millimètres, 
l’autre  de  plus  de  6  centimètres  de  longueur. 
Ces  quatre  déchirures  ne  s’étendaient  pas  au 
delà  de  la  muqueuse  et  du  tissu  immédiatement 
sous-jacent.  Je  mesurai  alors  la  hauteur  et 
l’épaisseur  des  parois  de  l’utérus.  Du  fond  à 
la  partie  inférieure  du  Col,  il  y  avait  19  centi¬ 
mètres,  et  les  parois  avaient  3  centimètres  vers 
la  partie  moyenne  du  corps.  Sur  la  tranche, 
on  remarquait  la  coupe  des  nombreux  vais¬ 
seaux  qui  parcourent  la  matrice  dans  l’état  de 
grossesse.  Le  tissu,  devenu  manifestement 
musculaire,  avait  tous  les  caractères  qui  ap¬ 
partiennent  au  tissu  propre  de  l’utérus  gra¬ 
vide.  Sur  les  deux  côtés  renversés  de  la  paroi 
postérieure,  à  l’union  du  corps  avec  le  fond, 
existaient  les  traces  de  l’implantation  d’un  pla¬ 
centa  récemment  détaché.  Enfin,  dans  l’ovaire 
gauche  se  trouvait  un  corps  jaune  dont  la  ca¬ 
vité  intérieure  n’était  pas  encore  complète¬ 
ment  effacée,  et  sur  lequel  on  voyait  encore 
le  trajet  qui  conduisait  de  cette  cavité  à  la  ci¬ 
catrice  extérieure. 

Si  l’on  se  rappelle  qu’il  ne  fut  trouvé  aucun 
produit  ou  débris  de  produit  de  conception, 


soit  sur  la  couche  de  cette  femme,  soit  dans 
les  lieux  d’aisance ,  soit  dans  le  trajet  des 
lieux  à  son  lit,  et  qu’on  ne  rencontra  non 
plus,  à  l’autopsie,  que  des  caillots  dans  l’uté¬ 
rus,  on  ne  s’étonnera  pas  du  soin  que  nous 
avons  pris  d’accumuler  toutes  les  preuves 
propres  à  ne  laisser  aucun  doute  sur  l’exis¬ 
tence  réelle  d’une  grossesse  qui  n’avait  point 
été  recherchée  attentivement,  et  par  consé¬ 
quent  n’avait  pu  être  positivement  reconnue 
pendant  la  vie.  Cette  femme  était  bien  certai¬ 
nement  enceinte,  et  il  me  paraît  infiniment 
probable  que  l’œuf  est  tombé  dans  la  fosse  d’ai¬ 
sance  au  moment  où  elle  se  livrait  à  des  efforts 
qu’elle  a  pu  croire  sollicités  par  le  besoin  d’é¬ 
vacuer  des  matières  fécales,  et  qui  l’étaient  au 
contraire  par  des  contractions  utérines.  Tou¬ 
tefois  il  a  fallu  que  ces  contractions  fussent 
bien  violentes  pour  produire  une  expulsion  si 
brusque  et  un  si  grand  désordre.  Encore  ne 
m’expliquerais-je  pas  l’énorme  déchirure  qui 
a  eu  lieu,  si  je  n’admettais,  circonstance  fort 
admissible  même  à  cinq  mois  de  grossesse, 
que  l’œuf  a  été  expulsé  entier.  Dans  cet 
état  d’intégrité,  son  volume  égale  au  moins 
celui  de  la  tête  d’un  fœtus  à  terme,  et  l’on 
comprend  qu’il  puisse  alors  produire  des  dé¬ 
chirures  que  l’on  n’aurait  point  à  craindre  de 
l’expulsion  isolée  de  ses  différentes  parties. 

L’examen  attentif  du  tissu  utérin  aux'  en¬ 
virons  de  la  déchirure  et  dans  les  autres  points 
du  col  ou  du  corps ,  ne  m’a  fait  reconnaître 
aucune  altération  particulière,  si  ce  n’est  l’état 
de  flaccidité  qu’on  observe  quelquefois  à  la 
suite  des  grandes  hémorrhagies  utérines.  La 
fièvre  typhoïde  à  laquelle  cette  femme  avait 
échappé  avait  bien  pu  toutefois  diminuer  chez 
elle  la  cohésion  des  tissus  et  en  particulier  du 
tissu  utérin,  et  c’est  là  une  prédisposition  que 
je  suis  loin  de  vouloir  nier.  Deux  circonstan¬ 
ces  se  seraient  donc  réunies  pour  produire  le 
résultat  fatal  que  nous  avons  constaté,  une 
force  de  résistance  moindre  du  tissu  de  la  ma¬ 
trice  et  l’expulsion  violente  d’un  œuf  resté  en¬ 
tier  à  travers  un  orifice  surpris  et  non  préparé. 

La  pièce  que  j’ai  décrite  se  rapporte  à  un 
fait  assez  rare  et  m’a  paru  d’ailleurs  assez 
remarquable  par  elle-même  pour  que  j’aie  cru 
devoir  la  faire  représenter.  Elle  a  été  repro¬ 
duite  par  M.  le  docteur  Félix  Thibert  avec 
cette  exactitude  de  formes  et  cette  vérité  de 
couleurs  qui  donnent  à  ses  pièces  d’anatomie 
pathologique  un  si  haut  degré  de  perfection. 
Elle  fait  partie  du  riche  musée  qu’il  expose 
rue  du  Montparnasse,  8. 


BIBLIOGRAPHIE. 


DE  CIIICUMVOLUTIONIBUS  FUNICULI  UMBILICALIS 
FOETUS  VITÆ  IIAUD  RARO  JNFESTIS.  DlSSert. 

inaurj.  Auct.  g.  a.  mater.  Heidelberg  ce,  1842. 

L’auteur  de  cette  dissertation  reconnaît  que 


le  sujet  lui  en  a  été  inspiré  par  son  maître, 
M.  le  docteur  Nægelé  fils  ,  à  qui  il  doit  la 
communication  des  résultats  importants  four¬ 
nis  par  quatorze  années  d’obsenations  à  la 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Maternité  de  Heidelberg ,  et  l’indication  des 
recherches  bibliographiques  dont  il  a  enrichi 
son  opuscule.  Après  d’intéressants  détails  sta¬ 
tistiques  sur  la  fréquence  relative  et  le  nombre 
des  circulaires  du  cordon,  sur  leur  formation 
plus  ou  moins  fréquente  autour  de  telle  ou 
telle  partie  du  corps  du  fœtus ,  sur  leur  degré 
de  tension  et  sur  la  constriction  variable  des 
parties  embrassées ,  sur  la  longueur  des  cor¬ 
dons  entortillés  ,  Mayer  réfute  tout  ce  qui  a 
été  dit  des  signes  h  l’aide  desquels  on  peut 
reconnaître  la  brièveté  du  cordon  résultant 
de  l’existence  de  circulaires  plus  ou  moins 
nombreux  ;  mais  le  souffle  du  cordon  a  pour 
lui  une  tout  autre  valeur.  Sur  ce  point  il  par¬ 
tage  entièrement  l’opinion  de  son  maître, 
qui  voit  dans  ce  souffle  un  signe  certain 
d’entortillement,  ou  au  moins  de  la  situation 
du  cordon  entre  le  dos  du  fœtus  et  les 
parois  utérines.  Nous  dirons  toutefois  que 
nous  avons  conçu  dès  le  principe,  et  nous 
conservons  encore ,  sur  l’infaillibilité  de  ce 
nouveau  signe,  des  doutes  qui  vont  crois¬ 
sant  à  mesure  que  nos  observations  se  multi¬ 
plient. 

Mayer  rejette  beaucoup  des  prétendus  ef¬ 
fets  de  la  brièveté  du  cordon.  Il  n’en  pense 
pas  moins  que  la  présence  des  circulaires  est 
souvent  pour  le  fœtus  une  cause  de  mort.  Ce 
résultat  fâcheux  s’explique,  suivant  lui,  dans 
le  cas  de  circulaires  autour  du  col,  par  la  com¬ 
pression  que  le  cordon  subit,  dans  les  présen¬ 
tations  du  sommet,  entre  le  col  de  l’enfant  et  le 
bassin  de  la  mère  ;  et  dans  celles  de  la  face,  entre 
la  nuque  et  l’occiput.  Ces  effets  nous  paraissent 


159 

fort  admissibles;  la  contraction  spasmodique 
de  l’orifice  utérin  ne  nous  paraît  pas  non  plus, 
en  pareil  cas,  innocente.  Quant  à  la  constric¬ 
tion  trop  forte  du  vagin  ou  de  la  vulve,  nous 
ne  pensons  pas,  comme  l’auteur,  qu’elle  puisse, 
dans  la  circonstance  présente ,  apporter  un 
obstacle  sérieux  ou  suffisamment  prolongé  à 
la  circulation  du  sang  dans  le  cordon.  En  défi¬ 
nitive  l’entortillement  prédisposerait  à  un  ac¬ 
cident  que  peut  d’ailleurs  produire  un  simple 
commencement  de  procidence,  c’est-à-dire  à 
la  compression  du  cordon,  compression  sou¬ 
vent  méconnue  parce  qu’il  n’est  aucun  signe, 
pas  même ,  suivant  nous ,  le  souffle  signalé 
par  Nægelé  fils,  qui  la  fasse  reconnaître  sûre¬ 
ment.  L’explication  de  ce  professeur  sur  les 
dangers  des  circulaires  une  fois  admise ,  on 
ne  saurait  méconnaître  l’intérêt  du  relevé  sui¬ 
vant  : 

En  14  ans  ,  de  1823  à  1 1841 ,  sur  3587 
accouchements  qui  ont  eu  lieu  à  la  clinique  de 
Heidelberg,  685  enfants  sont  nés  entourés 
de  circulaires,  dont  564  vivants,  72  dans  un 
état  d’asphyxie  qui  a  été  dissipé  par  des 
moyens  appropriés,  49  morts.— 31  avaient  suc¬ 
combé  à  d’autres  causes  qu’à  l’entortillement 
du  cordon  ;  mais  chez  les  I8aut  res  l’entor¬ 
tillement  avait  été  la  cause  unique  de  la  mort. 

L’intérêt  si  éminemment  'pratique  du  su¬ 
jet  traité  par  Mayer  explique  la  longueur 
que  nous  avons  donnée  à  l’analyse  d’une  sim¬ 
ple  thèse.  Cet  opuscule  est  du  nombre  de  ces 
dissertations  inaugurales  qui  survivent  à  la 
circonstance  pour  laquelle  elles  ont  été  com¬ 
posées.  A.  D. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Academie  des  sciences. — Après  une  longue  et  orageuse  discussion  en  comité  secret  qui  n’a 
pas  occupé  moins  de  trois  séances,  l’Académie  a  procédé,  le  3  avril,  à  la  nomination  d’ûn  mem¬ 
bre  dans  la  section  de  chirurgie.  Avant  l’ouverture  du  scrutin,  M.  Amussat  avait  écrit  qu’il  se 
désistait  de  sa  candidature. 

Au  premier  tour,  le  nombre  des  votants  étant  de  58  : 


M.  Velpeau  a  eu .  20  voix; 

M.  Giviale .  15 

M.  Lallemand .  14 

M.  Lisfranc  a  eu  6  voix,  M.  Ribes  1  ;  1  bulletin  nul. 
Au  2e  tour,  nombre  de  votants,  59  ; 

M.  Velpeau  a  eu .  26  voix; 

M.  Lallemand .  22 

M.  Civiale .  9 

Voix  perdues .  2 


Enfin,  au  ballottage  entre  MM.  Velpeau  et  Lallemand,  le  premier  a  obtenu  33  voix,  et 
le  second  26.  En  conséquence  M.  Velpeau  a  été  élu  membre  de  l’Académie  des  sciences. 

Dans  cette  même  séance,  a  été  lue  une  lettre  de  M.  Malgaigne  sur  une  opération  nouvelle 
pour  l’ablation  des  taies  de  la  cornée.  Nous  l’avons  reproduite  dans  la  Revue  Critique. 

Le  10  avril,  MM.  Flourens  et  Dumas,  s’étant  retirés  de  la  commission  des  prix  de  médecine 
et  de  chirurgie,  ont  été  remplacés  par  MM.  Andral  et  Velpeau.  Cette  commission  se  trouve 
donc  ainsi  composée  :  MM.  Breschet,  Serres,  Duméril,  Magendie,  Roux,  Blainville ,  Andral 
et  Velpeau. 

Académie  de  médecine.  —  Dans  la  séance  du  28  mars,  M.  A.  Bérard  a  montré  une  pièce 
pathologique  provenant  d’une  femme  de  24  ans,  affectée  d’un  double  pied-bot,  et  à  laquelle 
il  avait  pratiqué  la  section  du  tendon  d’Achille  il  y  a  6  mois.  Le  membre  avait  été  soumis  à 
une  extension  continue  après  la  division  du  tendon.  A  l’autopsie,  on  trouva  ce  tendon  plus 


160  NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

long  de  4  centimètres  que  l’autre  ;  la  substance  intermédiaire  était  blanchâtre  à  sa  surface  et 
rosée  dans  son  centre  où  il  existe  encore  des  vaisseaux.  Par  ses  extrémités  elle  adhère  inti¬ 
mement  aux  deux  bouts  du  tendon  ;  M.  Bérard  la  regarde  comme  une  production  nouvelle  et 
non  pas  seulement  comme  une  transformation  du  tissu  cellulaire  voisin.  _  . 

M.  Rochoux  remarque  à  cette  occasion  que  la  substance  intermédiaire  n  est  jamais  absolu¬ 
ment  semblable  au  tissu  tendineux  primitif  :  il  s’en  est  assuré  à  l’aide  du  microscope. 

4  avril.  —  M.  Morel  Lavallée  a  lu  un  Essai  sur  les  luxations  de  la  clavicule.  Nous  revien¬ 
drons  sur  cet  intéressant  travail. 

11  avril.  —  M.  Dupuy  a  fait  un  rapport  sur  une  observation  à  hydrophobie  rabique,  qui  a 
donné  lieu  à  une  discussion  assez  importante.  Nous  en  rendrons  compte  aussitôt  que  le  rapport 

aura  été  imprimé.  .  ...... 

M.  Blandin  présente  une  pièce  anatomique  qui  lui  paraît  propre  a  expliquer  1  incurabilité 
de  la  plupart  des  fistules  vésico-vaginales.  On  voit  en  effet  sur  cette  pièce  l’un  des  uretères 
compris  dans  la  perte  de  substance  ,  et  s’ouvrant  non  plus  dans  la  vessie  ,  mais  dans  l’épais¬ 
seur  de  la  lèvre  supérieure  de  la  fistule.  M.  Blandin  présume  que  dans  les  escarrhes  produites 
par  la  pression  de  la  tête  du  fœtus,  cause  commune  de  ces  fistules,  l’un  des  deux  uretères  (sinon  les 
deux),  doit  presque  toujours  se  trouver  compris  dans  la  perte  de  substance  qui  en  résulte  ;  et 
de  là  l’impossibilité  d’obtenir  la  réunion  des  bords  incessamment  baignés  par  l’urine  qui  coule 
de  l’uretère. 

—  M.  Arnott  a  prononcé,  le  14  février  dernier,  le  Hunterian  oration  au  collège  des  chirur¬ 
giens  de  Londres.  C’est  un  discours  d’apparat  dans  lequel  revient  essentiellement  l’éloge  de 
John  Hunter;  en  y  joignant,  selon  l’occasion,  l’éloge  des  chirurgiens  de  renom  morts  dans 
l’année  précédente.  Ainsi  l’année  dernière  la  chirurgie  anglaise  déplorait  la  perte  de  sir 
A.  Cooper,  et  cette  année  celle  de  Ch.  Bell.  Nous  avons  eu  nous-mêmes  une  mort  doulou¬ 
reuse  à  regretter,  celle  de  M.  Larrey;  et  nous  avons  vu  avec  joie  le  loyal  tribut  d’hommages 
payé  à  cette  grande  mémoire  devant  une  assemblée  anglaise  par  un  orateur  anglais. 

—  En  cherchant  à  apprécier  la  haute  valeur  des  découvertes  de  Ch.  Bell,  M.  Arnott  a  rappelé 
l’anecdote  suivante,  rapportée  dans  la  correspondance  de  Grimm,  et  qui  sera  nouvelle  pour 
bon  nombre  de  nos  lecteurs  : 

Un  médecin  de  Paris,  en  faisant  ses  visites,  rencontra  dans  la  chambre  dun  de  ses  malades 
un  abbé  qui  jouait  aux  cartes.  Frappé  d’une  distorsion  singulière  des  traits  de  la  lace  de 
l’abbé,  il  l’interpelle  vivement,  lui  déclare  qu’il  est  en  grand  danger,  qu’il  n’a  pas  un  moment 
à  perdre,  et  qu’il  ait  sur  l’heure  à  se  faire  transporter  chez  lui.  L’abbé  effrayé  retourne  en 
effet  à  son  logis,  où  pendant  plusieurs  jours  le  prudent  Esculape  le  tient  à  la  diète ,  le 
saigne ,  le  purge ,  n’épargne  aucun  moyen.  Cependant  ce  signe  fatal  qui  l’avait  alarmé 
si  vivement  persistait  avec  opiniâtreté.  On  ne  sait  jusqu’où  auraient  été  les  choses,  si 
le  frère  du  patient ,  de  retour  d’un  voyage,  n’était  venu  visiter  son  frère  moribond  ,  et  n’eût 
demandé  ce  qui  l’avait  réduit  en  si  piteux  état.  Ne  voyez-vous  donc  pas,  lui  dirent  les  assis¬ 
tants  ,  qu’il  a  la  bouche  toute  de  travers  ?  —  Hélas  !  répliqua  l’autre ,  mon  pauvre  frère  ! 
il  y  a  quarante  ans  qu’il  a  la  bouche  ainsi  de  travers  ! 

On  ne  savait  pas,  avant  Ch.  Bell,  distinguer  la  simple  paralysie  du  nerf  facial  de  la  para¬ 
lysie  de  la  face  produite  par  l’apoplexie,  et  il  n’est  pas  bien  sûr  qu’une  pareilie  méprise 
serait  encore  impossible  aujourd’hui. 

—  Nous  trouvons  dans  le  même  discours  un  document  plus  sérieux  et  plus  important  pour 
la  science.  M.  B.  Phillips  s’est  occupé  depuis  quelque  temps  de  recueillir  dans  les  ouvrages 
anglais  et  étrangers  toutes  les  observations  d’opérations  chirurgicales,  en  notant  les  résul¬ 
tats;  travail  d’une  utilité  incontestable,  mais  dont  l’auteur  a  pu  prendre  l’idée  première  dans 
les  tableaux  dressés  pour  certaines  opérations  par  M.  Velpeau  ,  et  avant  M.  Velpeau  par 
M.  Lisfranc.  Quoi  qu’il  en  soit,  M.  Arnott  a  prié  M.  Phillips  de  lui  communiquer  les 
résultats  de  ses  recherches  touchant  l’opération  de  l’anévrisme  par  la  méthode  de  Hunter  ; 
la  somme  des  cas  recueillis  jusqu’à  présent  est  de  589,  sur  lesquels  il  y  a  eu  277  guérisons. 
Les  voici  répartis  selon  les  artères  attaquées  : 


Artère  sous-clavière . 

80  opérations... 

—  iliaque  externe. .. . 

79 

*  •  •  • 

—  carotide . 

74 

»  •  •  . 

—  fémorale . 

115 

»  .  .  . 

—  humérale . 

50 

*  .  .  . 

Autres  artères . 

15 

*  .  .  . 

..9 

11  ne  faudrait  pas  regarder  cette  statistique  comme  exacte  en  tout  point  ;  et ,  par  exemple, 
celui  qui  voudrait  en  induire  la  fréquence  relative  des  anévrismes  sur  les  diverses  artères 
tomberait  à  coup  sûr  dans  une  grande  erreur.  11  est  aussi  fort  probable  que  les  cas  de  succès 
ont  été  publiés  avec  plus  d’empressement  que  les  revers  ,  et  qu’ainsi  la  somme  des  chances 
défavorables  doit  être  plus  forte  que  ne  l’indique  le  tableau.  C’est  quelque  chose  toutefois  de 
savoir  déjà  que  sur  115  ligatures  de  l’artère' fémorale,  pour  cause  d’anévrisme,  on  a  trouvé 
50  insuccès,  ou  environ  1  sur  5;  et  1  sur  5  pour  les  ligatures  de  l’artère  humérale. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  59,  pages  grand  in-8°. 
Prix  de  l’abonnement,  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
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doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuvc-des- 
Petits- Champs,  il0  59. 


PARIS,  IMPRIMERIE  PE  £AUL  DUPONT  ET  Cic,huc  4c  Grcueüe-Saint-Uüuoré, 550 


JOURNAL 

\ 

DE  CHIRURGIE. 

Par  M.  MAEGAICIXE. 


MAI  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux. — Des  affections  vénériennes  des  testicules,  par  M.  Ricord.— Re¬ 
cherches  sur  les  maladies  vaginales  et  utérines,  par  M.  Récamier. — II.  Revue  critique. 

• —  Chirurgie. — Sur  la  nouvelle  opération  proposée  pour  la  guérison  des  opacités  de  la  cor¬ 
née,  par  M.  Malgaigne.— -Nouvelle  doctrine  de  l’infection  purulente.  —  De  l’inutilité  de 
l’extirpation  des  cancers. — Sur  la  résection  de  la  mâchoire  inférieure  considérée  dans  ses 
rapports  avec  les  fonctions  du  pharynx  et  du  larynx.  — Obstétrique.  — Rétention  prolongée 
d’un  fœtus  mort  dans  l’utérus,  observée  à  deux  reprises  différentes  chez  la  même  femme. 
—  Pharmacologie  chirurgicale.— Des  moxas  de  Marmoral.  —  III.  Bulletin  clinique. — 
Observations  obstétricales,  par  M.  Fabrège. — Accouchement  par  l’épaule,  terminé  par  les 
seules  forces  de  la  nature. — Hydropisie  enkystée  de  la  poche  amniotique. — Analyse  philo¬ 
sophique  d’un,  cas  d’anencéphalie.— IY.  Bibliographie. — Lehrbucli  der  gaburtshulfe  ;  Traité 
d’accouchements,  par  M.  Nægelé  fils. — V.  Nouvelles  et  variétés. 

TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Sîes  affections  véaiériennes  ale®  ;  par  S®It.  !f  icoi&o  5 

chirurgien  de  lliôpitai  des  vénériens. 

Bosquillon  a  certainement  raison  lorsqu’il  dit,  dans  sa  préface  à  la  traduction  de  Bell, 
«  qu’il  n’y  a  peut-être  pas  de  maladie  dont  le  diagnostic  et  la  curation  exigent  plus  de 
jugement  et  des  connaissances  plus  étendues  dans  l’art  de  guérir  que  la  syphilis,  vulgai¬ 
rement  connue  sous  le  nom  de  vérole.  »  En  effet,  on  trouve  difficilement  dans  le  cadre 
nosologique  un  genre  d’affection  qui  ait  été  le  sujet  de  plus  d’erreurs,  soit  que  ceux  qui 
se  sont  occupés  spécialement  des  maladies  vénériennes  aient  manqué  de  connaissances 
générales,  soit  que  les  hommes  à  prétentions  encyclopédiques  aient  à  leur  tour  manqué 
de  sujets  d’observation,  ou  de  temps  pour  bien  observer.  Pour  se  convaincre  de  ces  vérités, 
il  n’est  certainement  pas  besoin  de  passer  en  revue  l’histoire  de  la  vérole  tout  entière; 
le  premier  chapitre  venu  peut  suffire  ,  comme  on  le  verra  pour  ce  qui  a  trait  aux  mala¬ 
dies  des  testicules  dont  nous  allons  nous  occuper. 

Parmi  les  accidents  variés  que  peuvent  produire  les  maladies  vénériennes,  ceux  qu’el¬ 
les  déterminent  du  côté  des  organes  que  le  scrotum  renferme  sont  au  nombre  des  plus 
fréquents  et  des  plus  graves:  aussi  ont-ils  toujours  fixé  l’attention  des  médecins; 
mais  on  a  été  longtemps  avant  de  bien  les  comprendre,  et  de  se  rendre  compte  de  la  dif¬ 
férence  de  leur  nature  par  la  différence  de  leur  cause.  On  a  souvent  confondu,  avec  les 
maladies  vénériennes  des  testicules,  des  affections  qui  leur  étaient  absolument  étrangè¬ 
res,  comme  l’a  fait  entre  autres  Swédiaur,  et  comme  on  a  voulu  le  faire  tout  récemment 
encore  en  Allemagne. 

Dans  tous  les  cas,  les  véritables  rapports  qui  pouvaient  exister  entre  les  maladies  vé¬ 
nériennes,  envisagées  d’une  manière  générale,  et  les  autres  maladies  des  testicules,  n’ont 
pas  toujours  été  bien  reconnus  et  convenablement  appréciés  ;  ces  maladies  se  présentant 

11 


c. 


162  TRAVAUX  ORIGINAUX, 

tour  à  tour  comme  causes  prédisposantes  ou  adjuvantes,  comme  point  de  départ  ou 
comme  complications  les  unes  des  autres. 

Toutefois,  quelles  que  fussent  les  variétés  de  forme,  le  temps  n’est  pas  encore  très 
éloigné  où  Ton  n’admettait  qu’une  seule  espèce  de  testicule  vénérien,  qu’on  ne 
rapportait  alors  qu’à  la  blennorrhagie.  Cependant  les  uns,  comme  Hunter,  bien 
qu’ils  crussent  à  la  virulence  de  la  blennorrhagie  et  à  son  identité  avec  le  chancre, 
regardaient  cet  accident  comme  non  syphilitique,  et  tout  simplement  comme  un  phéno¬ 
mène  inflammatoire  sympathique.  Hunter  n’avait  jamais  observé  le  testicule  syphilitique 
proprement  dit,  et,  faute  de  l’avoir  reconnu,  il  en  niait  l’existence;  mais,  au  moins,  pour 
ce  qui  avait  trait  à  la  maladie  dont  il  parle,  il  était  dans  le  vrai,  en  disant  que  la  blen¬ 
norrhagie  ne  donne  jamais  lieu  à  l’altération  syphilitique  du  testicule. 

Swédiaur,  qui  avait  si  bien  reconnu  le  siège  de  la  maladie  lorsque  la  blennorrhagie  en 
est  la  cause,  n’admet  qu’une  seule  espèce,  qu’il  rapporte  à  la  blennorrhagie  virulente 
comme  cause  spécifique ,  et  à  laquelle  il  fait  succéder  la  plupart  des  maladies  connues  et 
non  vénériennes  des  testicules  ;  sans  dire  un  mot  de  celles  qui  sont  véritablement  la 
conséquence  de  l’infection  syphilitique  proprement  dite.  Mais  si  on  peut  pardonner  à 
Swédiaur  d’avoir  ignoré  les  différentes  manières  d’agir  du  virus  syphilitique  et  de  la 
blennorrhagie,  bien  qu’il  dise  que  quelques  auteurs  parlent  aussi  d’un  gonflement  des 
testicules  qui  arrive  quelquefois  après  la  disparition  ou  le  dessèchement  des  ulcères  sy¬ 
philitiques  du  prépuce  ou  du  gland,  gonflement  qui  devait  être  différent,  comme  nous 
le  verrons  plus  tard,  de  celui  qu’occasionne  la  blennorrhagie,  et  qu’avec  un  peu  plus 
d’attention  et  moins  de  préoccupation  théorique  il  n’aurait  pas  manqué  de  reconnaître  ; 
il  n’est  plus  permis  aujourd’hui,  après  les  différences  déjà  si  bien  établies  par  Bell,  et 
depuis  presque  passées  sous  silence,  et  lorsqu’on  a  médité  les  intéressantes  observations 
d’Astley  Cooper,  de  confondre,  dans  une  même  espèce  et  comme  se  rapportant  à  une  même 
cause,  des  affections  absolument  différentes.  Cependant  cette  confusion  étonnante  se  trouve 
encore  dans  quelques  ouvrages  récemment  publiés  sur  les  maladies  vénériennes.  Mais  siles 
doctrines  professées  dans  certains  de  ces  ouvrages  expliquent  les  erreurs  qu’on  y  débite,  on 
regrette  de  les  rencontrer  dans  d’autres  traités  qui,  comme  celui  de  M.  Lagneau,  ont  long¬ 
temps  mérité  et  méritent  encore  leur  célébrité. 

Ce  n’est  point  ici  le  lieu  de  revenir  sur  la  classification  naturelle  que  j’ai  adoptée  dans 
l’étude  des  maladies  vénériennes,  et  que  mes  expériences  si  positives  sur  l’inoculation 
ont  définitivement  établie.  Il  me  suffira  de  rappeler  qu’il  résulte  de  mes  recherches  que 
cette  classe  de  maladies,  comme  on  Ta  du  reste  déjà  soutenu,  se  compose  de  deux  ordres 
bien  distincts:  l’un  d’affections  simplement  inflammatoires,  non-virulentes;  l’autre  d’ac¬ 
cidents  qui  sont  la  conséquence  d’un  principe  spécial,  d’un  virus. 

Eh  bien!  les  maladies  réputées  vénériennes  du  testicule  ou  de  ses  annexes  se  rappor¬ 
tant  à  l’un  ou  à  l’autre  de  ces  ordres,  doivent  être  étudiées  à  part,  car  elles  sont  absolu¬ 
ment  différentes. 

PREMIÈRE  PARTIE.  —  MALADIES  VÉNÉRIENNES  NON  VIRULENTES. 

Epididymite  blennorrhagique ,  tumeur  vénérienne  du  testicule ,  gonflement  vénérien  des 
testicules ,  testicule  vénérien,  chaudepisse  tombée  dans  les  bourses,  hernie  humorale, 
orchite  blennorrhagique  de  tous  les  auteurs ,  orchite  urétrale  (Velpeau),  hydr orchite , 
vaginalite  blennorrhagique  (Rochoux) ,  inflammation  des  testicules. 

Je  n’aime  pas  en  général,  et  en  médecine  en  particulier,  les  choses  nouvelles  qui  ne 
servent  à  rien,  et  encore  moins  celles  qui  peuvent  devenir  des  sources  d’erreurs  ou  de 
confusion;  j  aurais  par  conséquent  horreur  d’une  mauvaise  nomenclature,  et,  à  côté  d’un 
nom  scientifique  nouveau,  difficile  à  prononcer  et  qui  n’aurait  pas  une  valeur  rigoureuse, 
je  proférerais  un  nom  vulgaire  qui  ne  signifierait  rien  par  lui-même  ,  pourvu  qu’on  sût 
ce  qu’il  veut  désigner.  Mais  toutes  les  fois  qu’une  dénomination  est  précise,  qu’elle  est 
'  u  quelque  soi  te  une  définition  succincte  de  la  chose  dénommée,  nous  devons  lui  donner 


RIC0RD.  “-.DES  AFFECTIONS  VÉNÉRIENNES  DES  TESTICULES.  163 

la  préférence,  et  rendre  hommage  aux  hommes  qui,  comme  Lavoisier,  ont  voulu  et  veu¬ 
lent  encore  aujourd’hui,  avec  raison,  donner  un  sens  réel  aux  mots  et  aux  noms. 

C’est  d’après  ces  principes,  que  j’ai  définitivement  adopté  le  nom  à’ épididymite  bien- - 
norrhagique,  comme  étant  celui  qui  rend  rigoureusement  compte  de  la  cause  et  du  siège 
de  la  maladie  que  nous  allons  étudier  :  deux  circonstances  importantes  à  connaître  pour 
le  pronostic  et  pour  le  traitement. 

La  cause  sine  quel  nony  la  cause  jusqu’à  un  certain  point  spéciale  de  l’épididymite 
blennorrhagique,  c’est  l’existence  actuelle  ou  récente  d’une  blennorrhagie  urétrale;  mais 
cette  cause  pour  agir  semble  le  plus  souvent  favorisée  par  d’autres  causes  qu’on  peut 
considérer  comme  prédisposantes,  occasionnelles,  ou  adjuvantes. 

Les  épididymes  peuvent  certainement  devenir  malades  sous  l’influence  d’une  foule  de 
causes,  et  être  le  siège  de  lésions  plus  ou  moins  analogues  à  celles  cpie  peut  produire  une 
blennorrhagie  urétrale  ;  mais  la  préexistence,  ou  la  coïncidence  d’une  urétrite  blen¬ 
norrhagique  pendant  le  cours  d’une  épididymite,  est  une  circonstance  qui,  pour  tous  les 
praticiens,  fait  alors  de  cette  maladie,  ne  serait-ce  que  pour  certaines  indications  à  rem¬ 
plir,  une  espèce  à  part. 

L’urétrite  blennorrhagique  qui,  quel  que  soit  le  traitement  employé,  doit  toujours  faire 
redouter  l’épididymite,  ne  produit  peut-être  pas  cet  accident  une  fois  sur  cent,  ainsi  qu’il 
résulte  des  nombreux  relevés  que  j’ai  été  à  même  de  faire  à  l’hôpital  des  Vénériens  et 
dans  ma  pratique  privée. 

Swédiaur,  et  ceux  qui,  avant  ou  après,  ont  professé  les  mêmes  idées  que  lui,  croyaient 
à  la  nécessité  de  la  blennorrhagie  virulente  pour  la  production  de  la  maladie  dont  nous  nous 
occupons  ;  mais  un  fait  que  j’ai  souvent  montré  aux  élèves  qui  suivent  mes  leçons  cliniques, 
c’est  que  l’épididymite  blennorrhagique  est  très  rare  à  la  suite  des  écoulements  vraiment 
syphilitiques ,  conséquence  d  un  chancre  visible  de  l’urètre,  ou  du  chancre  larvé 
dévoilé  par  l’inoculation;  jamais,  lorsque  l’ulcère  urétral  à  symptômes  blennorrhoïdes 
affecte  l’entrée  du  canal  ou  se  borne  à  la  région  balanique,  on  ne  voit  survenir  d’épi¬ 
didymite  ;  et  ce  n’est  qu’ alors  que  le  chancre  est  actuellement  compliqué  d’une  véritable 
blennorrhagie  que  cet  accident  a  lieu. 

A  moins  de  conditions  pathologiques  antérieures,  à  moins  d’autres  causes  ou  d’une 
maladie  différente  qu’on  pourrait  confondre  avec  elle,  l’inflammation  de  l’épididyme  ne 
survient  que  très  rarement  dans  le  premier  septénaire  de  l’existence  d’un  écoulement 

urétral.  C’est  après  le  second  septénaire,  c’est  surtout  de  la  troisième  à  la  sixième  se¬ 
maine  que  cet  accident  se  montre  plus  fréquemment.  Passé  le  troisième  mois,  il  devient 
de  plus  en  plus  rare.  Toutefois,  pour  s’assurer  de  la  justesse  de  ces  observations  il  ne 
faut  pas  s’en  rapporter  à  quelques  relevés  faits  sans  précision  et  sans  appréciation  de  cir¬ 
constances  particulières  cependant  très  importantes  à  noter,  et  sur  lesquelles  nous  insis¬ 
terons  plus  tard. 

Quoi  qu’il  en  soit,  tout  le  monde  est  d’accord,  depuis  Hunter,  pour  convenir  que  ce 
n’est  presque  jamais  pendant  l’état  aigu,  dont  la  durée  peut  être  très  variable,  que  la 
blennorrhagie  produit  l’inflammation  de  l’épididyme.  C’est  vers  le  déclin;  mais  c’est 
surtout  lorsque  l’inflammation  urétrale  a  gagné  la  partie  postérieure  du  canal,  le  niveau 
des  vaisseaux  éjaculateurs,  que  l’accident  peut  survenir.  Cette  seule  conditionne  la  pro¬ 
pagation  de  proche  en  proche  de  T  inflammation  de  l’urètre  d’avant  en  arrière  et  des  voies 
urinaires  aux  voies  spermatiques  suffit  ;  ou  du  moins  dans  un  certain  nombre  de  circon¬ 
stances  on  n’en  trouve  pas  d’autres  qui  aient  prédisposé  ou  aidé. 

Le  plus  grand  nombre  des  auteurs  classiques  considèrent  l’épididymite  vénérienne 
comme  la  conséquence  d’une  métastase,  et  surtout  d’une  métastase  par  réper¬ 
cussion  due  à  un  traitement  intempestif.  On  croirait,  à  les  lire,  que  la  suppression  brus¬ 
que  des  écoulements,  par  suite  de  remèdes  mal  appliqués,  est  la  cause  unique  sans  la¬ 
quelle  la  maladie  n’aurait  jamais  lieu;  ils  croient  que  c'est  parce  que  la  blennorrhagie 
n’a  pas  suivi  son  cours  que  les  choses  se  passent  ainsi.  Eh  bien,  je  puis  affirmer  que 
plus  tôt  on  arrête  une  blennorrhagie  et  plus  tôt  on  met  les  malades  à  l’abri  de  cet  accident. 


164  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

On  peut  facilement  se  convaincre,  dans  le  cours  de  quelques  visites  à  l’hôpital  des  Véné¬ 
riens,  que  le  plus  grand  nombre  des  malades  affectés  d’épididymite  sont  ceux  qui  n’ont 
fait  aucun  traitement.  Mais,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  bien  que  la  blennorrhagie  produise 
souvent  l’épididymite  sans  qu’on  puisse  reconnaître  le  concours  d  aucune  autre  cause,  il 
arrive  plus  fréquemment  encore  que  cet  accident  n’a  lieu  que  dans  certaines  circonstan¬ 
ces  faciles  à  apprécier.  Ainsi  le  relâchement  prononcé  du  scrotum  ;  le  trop  de  longueur 
des  cordons  testiculaires  ;  la  présence  d’un  varicocèle  et  un  état  hémorrhoïdal  prononcé; 
un  fort  volume  des  testicules  ;  des  pertes  séminales  habituelles,  surtout  les  pollutions 
nocturnes  ;  la  continence  forcée  chez  des  individus  qui  faisaient  habituellement  un  usage 
fréquent  de  femmes  ;  la  masturbation,  des  excitations  vénériennes  non  satisfaites  ;  des  rap¬ 
ports  sexuels  intempestifs  ;  des  écarts  de  régime,  et  plus  particulièrement  1  usage  des  boissons 
alcooliques  et  de  celles  qui,  comme  la  bière  et  le  cidre ,  ont  une  influence  prononcée  sur 
la  blennorrhagie  urétrale  ;  les  fatigues  de  toute  espèce,  la  station  prolongée,  la  marche 
et  en  particulier  l’exercice  à  cheval,  ainsi  que  les  professions  dans  lesquelles  les  membres 
pelviens  sont  forcés  de  beaucoup  agir,  comme  chez  les  tourneurs  ;  les  efforts  pour  porter  ou 
soulever  des  fardeaux;  la  constipation  habituelle;  la  présence  d’un  calcul  dans  la  vessie  ; 
l’existence  d’un  rétrécissement  urétral;  la  rétention  forcée  ou  volontairement  prolongée 
de  l’ urine  ,  des  efforts  peu  ménagés  pour  son  expulsion  ;  l’introduction  de  sondes,  de 
bougies  dans  l’urètre;  l’usage  d’injections  dont  la  nature  n’est  pas  appropriée  aux  cas 
particuliers,  qui  sont  ou  mal  dosées  ou  mal  administrées  ;  1  action  brusque  du  froid  sur  le 
scrotum;  un  froissement,  une  contusion  ;  la  présence  d’un  bandage  herniaire  inguinal; 
l’omission  d’un  suspensoir  pendant  toute  la  durée  d’un  écoulement  ;  le  tempérament 
lymphatique,  et  à  plus  forte  raison  la  diathèse  tuberculeuse  et  la  préexistence  du  sarco- 
cèle  tuberculeux  proprement  dit;  une  première  épididymite,  et  cela  d’autant  plus  qu’elle 
est  plus  récente,  etc.,  constituent  autant  de  causes  prédisposantes,  occasionnelles  ou 
adjuvantes  qui,  isolées  ou  réunies,  peuvent  avoir  une  influence  plus  ou  moins  prononcée 
dans  la  production  de  la  maladie  à  laquelle  elles  impriment  quelquefois  un  cachet  parti- 
culièr.  Il  est  des  malades,  qui,  à  chaque  blennorrhagie  dont  ils  sont  affectés,  ont  une 
épididymite.  J’ai  donné  des  soins  à  un  malade  qui,  à  sept  reprises  et  à  des  intervalles 
plus  ou  moins  éloignés,  avait  éprouvé  cet  accident. 

Le  plus  ordinairement  un  seul  épididyme  est  pris  à  la  fois.  M.  Lagneau  croit  qu’il  est 
presque  sans  exemple  que  les  deux  soient  affectés  en  même  temps.  Cependant,  bien  que 
cela  soit  plus  rare,  dans  le  cours  de  cette  année  nous  avons  eu  trois  exemples  à  l’hôpital 
d’épididymites  blennorrhagiques  des  deux  côtés  à  la  fois.  On  voit  assez  fréquemment  la 
maladie  passer  d’un  côté  à  l’autre.  Quelquefois  le  second  épididyme  ne  devient  malade 
que  lorsque  le  premier  est  guéri  ;  d’autres  fois,  c’est  pendant  que  la  maladie  persiste  en¬ 
core  dans  celui-ci  que  l’autre  s’affecte,  et  on  rencontre  beaucoup  de  sujets  chez  les¬ 
quels  il  s’établit  une  sorte  de  bascule  d’un  épididyme  à  l’autre,  et  cela  à  plusieurs  re¬ 
prises.  Cette  pérégrination  de  l’inflammation  se  fait,  dans  quelques  circonstances  plus 
rares,  au  début  de  la  maladie,  à  la  période  purement  fluxionnaire  ;  et  c’est  alors  qu’on  voit 
disparaître  brusquement  le  gonflement  d’un  côté  quand  celui  de  l’autre  survient. 

Cependant  la  règle  générale,  contre  laquelle  s’étaient  élevées  un  moment  les  quelques 
observations,  du  reste,  très  intéressantes  de  M.  Gaussail,  établit  que  c’est  sur  le  côté  gau¬ 
che  que  sévit  le  plus  souvent  la  blennorrhagie.  ■Pour  se  convaincre  de  cette  vérité,  il 
faut,  comme  l’a  fait  M.  Aubry  dans  son  mémoire  sur  l’épididymite  blennorrhagique  (1), 
tenir  compte  des  circonstances  dans  lesquelles  la  maladie  a  d’abord  débuté  d’un  côté  et 
s'est  ensuite  portée  sur  l’autre,  comme  je  l’ai  dit  plus  haut  ;  en  procédant  ainsi  on  trouve 
que  beaucoup  d’épididymites  du  côté  droit  ne  sont  survenues  qu’ après  des  épididymites 
du  côté  gauche.  Toutefois  cette  fréquence  pour  le  côté  gauche,  admise  par  tous  les  hom¬ 
mes  qui  Ont  beaucoup  vu,  n’a  pas  toujours  été  expliquée  de  la  même  manière  ;  on  l’a 
assez  généralement  attribuée,  avec  raison  dans  un  grand  nombre  de  circonstances,  à  la 


(1)  Archives  de  médecine ,  mai  1841. 


RICORD.  —  DES  AFFECTIONS  VÉNÉRIENNES  DES  TESTICULES. 


165 


pression  que  les  matières  fécales  endurcies  et  accumulées  dans  Y  S  iliaque  du  colon  exer¬ 
cent  sur  les  veines  spermatiques  ;  la  constipation  étant  en  effet  une  des  conditions 
qui  semblent  le  plus  favoriser  la  production  de  la  maladie,  l’entretenir,  ou  déterminer  des 
récidives  du  même  côté.  Cependant  une  circonstance  m’a  paru,  dans  la  grande  ma¬ 
jorité  des  cas,  avoir  plus  d’influence  que  les  autres  sur  le  développement  de  la  mala¬ 
die  plutôt  d’un  côté  que  de  l’autre,  et  cette  circonstance  se  trouve  dans  la  position  natu¬ 
relle  du  scrotum  :  les  malades  qui  portent  habituellement  les  bourses  à  gauche  de  la  cou¬ 
ture  du  pantalon,  et  c’est  le  plus  grand  nombre,  étant  les  plus  sujets  à  l’épididy¬ 
mite  gauche  ;  tandis  que  le  contraire  a  lieu  pour  ceux  qui  portent  du  côté  opposé.  Les 
exceptions  à  cette  règle  sont  faciles  à  expliquer,  en  tenant  compte  de  l’influence  des 
autres  causes ,  et  des  cas  assez  nombreux  dans  lesquels  les  malades  ne  savent  réellement 
pas  de  quel  côté  ils  dirigent  leurs  organes  génitaux,  quelques-uns  n’étant  jamais  à  che¬ 
val  sur  la  couture  de  leur  pantalon. 

Ceux  qui  avaient  cru  à  la  plus  grande  fréquence  de  l’ épididymite  droite  pensaient 
qu’elle  était  due  à  l’action  des  causes  extérieures,  le  testicule  droit  se  trouvant  placé  en 
avant  du  gauche  et  plus  exposé  aux  contusions,  aux  froissements,  chez  la  majorité  des 
hommes  qui  portent  à  gauche;  mais  comme  le  fait  qu’on  a  voulu  expliquer  est  faux,  l’ex¬ 
plication,  comme. le  dit  avec  raison  M.  Aubry,  tombe  d’elle-même;  il  est  bien  plus  proba¬ 
ble  que  si  le  testicule  droit  est  moins  souvent  malade,  c’est  que,  dans  la  position  habi¬ 
tuelle  des  bourses,  il  est  mieux  soutenu  et  a  ainsi  moins  de  chances  de  s’enflammer: 
ce  qui  est  d’accord  avec  cette  observation  devenue  vulgaire,  que  l’usage  d’un 
suspensoire,  pendant  le  cours  d’une  blennorrhagie,  constitue  un  des  meilleurs  moyens 
prophylactiques  contre  l’ épididymite  ;  je  dis  un  des  meilleurs  moyens  et  non  un 
moyen  absolu ,  car  il  n’empêche  pas  toujours  la  maladie  d’avoir  lieu.  Dans  quelques 
cas  rares  et  en  apparence  contradictoires,  où  le  testicule  est  retenu  dans  le  ca¬ 
nal  inguinal  ,  ce  qui  doit  le  placer  dans  des  circonstances  à  peu  de  chose  près 
analogues  à  celles  qui  résultent  de  l’emploi  d’un  bon  suspensoire  ,  la  maladie  peut 
encore  survenir.  J’ai  observé  deux  épididymites  de  ce  genre  et  du  côté  gau¬ 
che  ;  et  je  dois  dire  que  le  scrotum ,  contenant  seulement  le  testicule  droit ,  était 
encore  placé  à  gauche  de  la  couture  du  pantalon.  Chez  un  malade  auquel  j’ai  ré¬ 
cemment  donné  des  soins,  le  testicule  droit,  siège  d’une  épididymite,  était  placé  au 
dessous  de  la  peau  du  périnée  et  fortement  bridé  de  manière  à  simuler  un  phlegmon 
de  la  région  périnéale  ;  chez  ce  malade  auquel  manquait  le  côté  droit  du  scrotum,  le 
testicule  gauche  était  placé  à  droite  de  la  couture  du  pantalon. 

On  avait  pensé  que  la  main  dont  se  sert  habituellement  le  malade ,  en  donnant  une 
direction  relative  au  torse  et  à  l’action  musculaire ,  pouvait  avoir  quelque  influence  sur 
la  détermination  du  côté  devenu  malade;  mais  les  recherches  que  j’ai  faites  dans  ce 
sens  m’ont  conduit  à  conclure  qu’il  n’y  avait  là  aucun  rapport  de  causalité. 

Les  prodromes  de  l’épididymite  blennorrhagique  ne  sont  pas  toujours  les  mêmes. 
Chez  quelques  malades,  surtout  chez  ceux  qui  ne  font  pas  usage  d’un  suspensoire,  les 
testicules  semblent  devenir  plus  lourds,  et  sont  le  siège  d’un  sentiment  de  crampe , 
que  soulagent  alors  le  suspensoire  et  un  certain  degré  de  compression;  quelques  sujets 
sont  tourmentés  par  des  érections  plus  fréquentes,  plus  prolongées,  par  des  désirs  véné¬ 
riens  irrésistibles  et  par  des  pollutions  nocturnes  répétées. 

Assez  souvent  la  maladie  est  précédée  de  symptômes  qui  appartiennent  à  l’ inflam¬ 
mation  de  la  portion  prostatique  de  l’urètre  et  du  col  de  la  vessie:  embarras  de  la  région 
périnéale,  besoins  fréquents  et  impérieux  d’uriner,  ténesme  vésical.  Tantôt,  et  sans  que 
rien  encore  ait  fixé  l’attention  sur  d’autres  points,  .le  seul  prélude  appréciable  est  une 
douleur  de  la  région  lombaire ,  ou  plutôt  de  la  région  rénale ,  le  plus  ordinairement  du 
côté  qui  va  devenir  malade;  quelquefois  les  douleurs  s’étendent  comme  une  espèce  de 
ceinture  plus  ou  moins  complète,  et  ressemblent  assez  bien  à  celles  du  rhumatisme,  si  com¬ 
munes  dans  ces  régions.  Il  n’est  pas  rare  que  la  douleur  suive  le  trajet  des  voies  sperma¬ 
tiques,  et  qu’elle  soit  surtout  plus  prononcée  dans  le  canal  inguinal.  Le  plus  souvent 
pourtant  c’est  l’épidiclyme  qui  fait  d’abord  souffrir. 


166  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

D’autres  fois,  les  malades  sont  pris  tout  à  coup  de  malaises,  de  lipothymies,  de  syn¬ 
copes,  sans  qu’aucune  souffrance  locale  ait  révélé  la  cause ,  le  point  de  départ  de  ces 
accidents.  Sur  un  assez  grand  nombre  dé  sujets,  le  frisson  et  la  fièvre  précèdent  l’épidi¬ 
dymite  à  des  intervalles  variés,  mais  le  plus  ordinairement  très  rapprochés  du  début  de 
la  maladie.  J  ai  vu  quelques  cas  dans  lesquels  cette  fièvre  affectait,  comme  cela  a  lieu 
quand  elle  est  symptomatique  d’irritation  ou  d’inflammation  du  col  de  la  vessie,  un  type 
intermittent  avant  l’apparition  de  l’épididymite,  qui  la  ramenait  le  plus  ordinairement  au 
type  continu.  Cependant  il  n’est  pas  rare  de  voir  la  maladie  débuter  par  l’engorgement 
de  l’épididyme  sans  que  rien  l’ait  annoncé. 

Déjà  cet  engorgement  peut  avoir  acquis  un  certain  volume  que  le  malade  ne  s’en  est 
pas  encore  aperçu.  Cela  a  lieu  surtout  chez  ceux  qui  ont  eu  une  première  épididymite, 
et  qui  avaient  conservé  un  certain  degré  de  développement  ou  d’hypertrophie  de  l’or¬ 
gane.  Dans  ces  circonstances ,  la  cause  qui  fait  découvrir  la  maladie  est  souvent  prise 
pour  celle  qui  lui  a  donné  lieu.  On  a  pu  voir  une  erreur  de  cette  nature,  dans  un  long 
article  de  la  Lancette  française  sur  la  constriction  que  le  crémaster  pouvait  faire 
éprouver  au  testicule,  constriction  qui ,  disait-on,  pouvait  devenir  la  cause  de  l’ orchite 
urétrale. 

Dans  12  années  de  pratique  je  crois  avoir  vu  autant  d’épididymites  blennorrhagiques 
que  qui  que  soit,  et  je  puis  affirmer  que,  jusqu’à  présent,  je  n’ai  pas  rencontré  un  seul 
cas  dans  lequel  le  canal  déférent  fût  seul  affecté;  toujours  l’épididyme  était  malade  soit 
isolément,  soit  en  même  temps  que  le  cordon,  et  dans  ce  dernier  cas,  c’est  encore  par  l’épi- 
didyme  que  la  maladie  avait  commencé.  Je  sais  bien  que  quelques  personnes,  etM.  Cul- 
lerier  neveu  entre  autres,  ont  cru  qu’elle  pouvait  débuter  par  le  canal  déférent  et 
s’arrêter  à  lui;  mais  les  observations  qu’on  en  a  rapportées  ne  sont  pas  convaincantes; 
dans  celles  de  M.  Cullerier,  publiées  dans  les  Bulletins  de  la  Société  anatomique,  il 
s’agissait  d’une  affection  tuberculeuse  des  voies  spermatiques  et  non  d’une  affection 
blennorrhagique  franche.  Ainsi,  comme  Swédiaur  le  constata  sur  lui-même,  que 
le  cordon  soit  affecté  ou  non ,  c’est  l’épididyme  qui  prend  d’abord  de  l’accroisse¬ 
ment.  Cette  partie  devient  de  plus  en  plus  consistante,  dure;  souvent  c’est  vers  la  queue, 
tout  à  fait  en  bas  du  testicule,  qu’on  voit  commencer  la  maladie.  Bientôt  l’organe  sécré¬ 
teur  du  sperme,  est  comme  enchâssé  dans  une  espèce  de  demi-lune  placée  le  plus  ordi¬ 
nairement  en  arrière,  mais  quelquefois  aussi  en  avant,  dans  une  variété  anatomique  si¬ 
gnalée  par  Scarpa  et  qui  a  pu  devenir  une  cause  d’erreur.  J’ai  vu  un  jeune  chirur¬ 
gien,  aujourd’hui  attaché  à  un  hôpital  spécial,  prendre  l’épididyme  pour  le  corps  du  tes¬ 
ticule  qu’il  crut  malade,  et  commettre  cette  méprise  dans  un  concours  pour  le  Bureau 
central  des  hôpitaux  auquel  j’assistais  comme  juge.  A  mesure  que  l’épididyme  augmente 
de  volume,  la  douleur  prend  de  plus  en  plus  d’intensité;  le  poids  de  l’organe, 
la  moindre  pression,  deviennent  insupportables,  et  amènent  la  syncope  chez  quel¬ 
ques  sujets.  Il  est  rare  alors  que  le  malade  puisse  rester  debout  ou  qu’il  soit  en 
état  de  marcher,  circonstances  qui  dans  tous  les  cas  exaspèrent  la  maladie  et  la 
font  progresser  avec  une  grande  activité.  Tantôt,  ai-je  dit,  l’épididyme  est  seulement 
affecté,  d’autres  fois  le  canal  déférent  est  pris  en  même  temps.  De  là  résultent  en  quelque 
sorte  deux  variétés  de  la  maladie  qui  nous  occupe;  ainsi,  une  épididymite  qu’on  pour¬ 
rait  considérer  comme  sympathique ,  dans  laquelle  il  n’existe  aucune  trace  d’engorge¬ 
ment,  aucun  lien  matériel  entre  l’urètre  et  l’épididyme  malade;  et  une  épididymite  que 
j’ai  appelée  de  succession ,  la  plus  commune  de  toutes,  et  dans  laquelle  on  peut  presque 
suivre  les  progrès  de  l’inflammation  à  l’aide  de  l’induration  du  canal  déférent.  Cepen¬ 
dant  je  dois  dire  que  quelques  faits  récents  m’ont  porté  à  croire  que,  dans  l’épididymite 
sympathique,  il  y  a  aussi  succession  d’inflammation  de  proche  en  proche,  mais  alors 
seulement  sur  la  membrane  interne  des  conduits  du  sperme,  et  sans  gonflement  de  l’en¬ 
veloppe  extérieure. 

a  Lorsque  le  canal  déférent  est  engorgé ,  on  peut  souvent  constater  du  gonflement  du 
côté  de  la  prostate  correspondant,  en  touchant  par  le  rectum; ce  gonflement  a  pour  siège 


RICORD.— DES  AFFECTIONS  vMrIÉNNES  DES  TESTICULES.  167 


la  vésicule  séminale  et  le  canal  éjaculateur  de  ce  côté.  Sans  savoir  d’avance  de  quel 
côté  siégeait  l’épididymite,  j’ai  pu,  comme  recherche  de  curiosité ,  la  reconnaître  en 
explorant  d’abord  les  parties  que  je  viens  d’indiquer.  Ces  considérations  ne  sont  pas 
sans  importance  dans  l’étude  des  maladies  de  la  prostate. 

Quoi  qu  il  en  soit,  la  maladie  peut  affecter  une  marche  très  aiguë,  surtout  quand  les 
malades  ne  se  sont  pas  de  suite  mis  au  repos,  qu’il  y  a  eu  défaut  de  soins  ou  mauvaise 
médication,  et  arriver  en  peu  de  temps  (quelques  heures  ou  quelques  jours)  à  un 
très  grand  développement;  ou  bien,  dans  les  circonstances  opposées,  et  surtout  lorsqu’il 
s’agit  de  récidives,  elle  peut  prendre  une  allure  moins  vive,  être  subaiguë,  quelquefois 
même  indolente  et  presque  d’emblée  à  marche  chronique. 

Si  l’on  observe  ce  qui  se  passe  du  côté  de  l’écoulement,  à  moins  que  celui-ci  ne  soit 
tout  à  fait  sur  son  déclin,  et  déjà  presque  arrêté,  on  ne  le  voit  jamais  se  supprimer 
brusquement,  comme  on  le  répète  dans  presque  tous  les  livres,  et  comme  vous  le  disent 


quelques  malades  sur  lesquels  on  peut  encore  le  constater.  On  peut  affirmer,  comme 
règle  générale,  que  ce  n’est  pas  l’écoulement  qui  commence  à  disparaître,  mais  que  c’est 
l’épididymite  qui  se  développe  d’abord  ;  il  y  a  là  des  phénomènes  de  véritable  révul¬ 
sion:  la  maladie  la  plus  aiguë,  la  plus  forte,  diminue  momentanément  la  plus  faible, 
mais  l’équilibre  se  rétablit  bientôt  quand  celle-là  a  atteint  son  apogée.  Cette  espèce  de 
bascule  entre  1  engorgement  de  l’épididyme  et  l’écoulement,  met  un  temps  plus  ou  moins 
long  à  s’ effectuer,  et  se  fait  souvent  dans  des  nuances  presque  inappréciables;  il  y  a 
même  des  cas  assez  nombreux  où  il  est  impossible  de  constater  la  moindre  variation  dans 


l’écoulement. 

L’épididymite  blennorrhagique  est  assez  ordinairement  accompagnée  d’un  mouvement 
fébrile,  de  douleurs  plus  ou  moins  prononcées,  et  qui  s’étendent  quelquefois  le  long  de 
la  cuisse;  de  constipation,  de  vomissements,  etc.,  mais  elle  peut  se  borner  aux  parties 
dont  il  vient  d  être  question,  et  on  doit  même  considérer  comme  autant  d’épiphénomènes 
ou  de  complications  ce  qui  survient  dans  les  parties  voisines. 

Ainsi,  peut-être  dans  un  peu  plus  de  la  moitié  des  cas,  il  se  fait  un  épanchement  de 
sérosité  dans  la  tunique  vaginale.  Cet  épanchement,  qui  est  une  des  principales  condi¬ 
tions  du  volume  qu  offre  alors  le  scrotum,  est  loin  d’en  être  la  cause  unique.  Il 
peut  manquer  complètement  ou  n’exister  que  dans  de  très  petites  proportions;  tout  le 
développement  des  parties  malades  étant  alors  dû  au  gonflement  de  l’épididyme  ou  à 
l’enflure  d’autres  tissus  voisins.  Dans  de  nombreuses  recherches  faites  à  l’hôpital  pour 
constater  la  présence,  la  quantité  et  la  qualité  du  liquide  épanché,  il  m’est  arrivé  plu¬ 
sieurs  fois  d’en  trouver  du  côté  sain,  tandis  que  du  côté  de  l’ épididymite,  il  n’y  en 
avait  pas.  La  quantité  en  varie  depuis  quelques  gouttes  jusqu’à  plusieurs  on¬ 
ces.  Quant  à  la  qualité  du  liquide,  je  ne  l’ai  jamais  trouvée  telle  qu’elle  pût  conduire 
à  l’idée  d’une  inflammation  de  la  séreuse  qui  l’avait  fourni.  Dans  la  très  grande  majorité 
des  cas,  c’était  une  sérosité  citrine,  transparente,  sans  flocons  albumineux,  sans  trace  de 
pus,  sans  mélange  de  sang.  Lorsqu’on  a  dit  qu’en  faisant  la  ponction  de  la  tunique  va¬ 
ginale  dans  l’épididymite  blennorrhagique,  il  s’en  échappait  un  liquide  sanguinolent, 
roussâtre,  on  s’est  évidemment  souvent  trompé,  en  prenant  pour  une  exhalation  san¬ 
guine,  le  mélange  qui  se  fait  au  moment  où  la  sérosité  traverse  la  plaie  saignante 
qu’on  a  faite  au  scrotum.  Dans  quelques  cas,  par  voisinage,  par  contiguïté,  la  tuni¬ 
que  vaginale  peut  bien  devenir  le  siège  d’une  véritable  inflammation,  et  présenter 
alors  tous  les  symptômes  des  inflammations  des  séreuses,  quant  aux  altérations  de  tissu 
et  aux  sécrétions  morbides;  mais,  je  le  répète,  c  est  là  une  rare  exception;  car  toujours, 
ou  presque  toujours,  ce  qui  se  passe  du  côté  de  la  tunique  vaginale  est  plutôt  dû  à  un 
épanchement  symptomatique  del  engorgement  de  l’épididyme,  conséquence  d’une  gêne 
dans  la  circulation,  qu  à  une  vaginalite,  comme  on  l’avait  cru  un  moment.  Cet  hydro¬ 
cèle  de  la  tunique  vaginale,  qui  dans  ces  derniers  temps  a  été  le  sujet  de  plus  d’une  dis¬ 
cussion  académique  et  de  nombreux  articles  de  journaux,  où  les  opinions  d’abord  les  plus 
opposées  sont  venues  se  fondre  dans  un  juste  milieu,  constitue  un  accident  qui  mérite 


168  TRAVAUX  ORIGINAUX/ 

beaucoup  d’attention,  et  sur  lequel  peut-être,  avant  M.  Rochoux,  on  n’avait  pas  assez 
insisté. 

Bien  que  rien  n’ empêche  un  hydrocèle  de  se  produire  chez  un  individu  actuel¬ 
lement  affecté  de  blennorrhagie,  sans  que  cette  affection  en  soit  de  nécessité  la  cause,  ce 
n’est  qu’ alors  qu’il  y  a  déjà  un  engorgement  plus  ou  moins  prononcé  de  l’épiclidyme  que 
l’épanchement  survient.  J’ai  pu  constater  la  présence  de  la  sérosité  dans  la  tunique  va¬ 
ginale,  dès  les  premières  24  heures  qui  ont  suivi  l’apparition  du  gonflement  de  l’épidi- 
dyme;  le  plus  ordinairement  c’est  du  second  au  troisième  ou  quatrième  jour  que  l’épan¬ 
chement  se  fait  ou  commence;  il  est  rare,  à  moins  de  recrudescence  aiguë,  que  passé  le 
deuxième  septénaire  de  la  durée  d’une  épididymite  on  voie  survenir  T  épanchement  pour 
la  première  fois.  Il  a  pu  disparaître  en  partie  après  avoir  existé,  rester  dans  de  certaines 
proportions  et  prendre  plus  tard  de  l’accroissement,  ou  se  reproduire  quand  on  l’avait 
déjà  évacué;  mais  quand  il  n’a  pas  eu  lieu  d’abord,  il  survient  rarement  plus  tard.  La 
production  de  l’hydrocèle  et  son  volume  ne  sont  pas  toujours  en  rapport  direct  avec 
l’intensité  et  la  gravité  de  la  maladie  :  le  contraire  s’observe  assez  souvent.  Je  n’ai  pas 
trouvé  non  plus  que  l’hydrocèle  fût  plus  fréquent  lorsque  l’engorgement  du  canal  défé¬ 
rent  accompagne  l’épididymite. 

Quoi  qu’il  en  soit,  on  peut  constater  la  présence  du  liquide  dans  la  séreuse  du  testicule, 
à  l’aide  de  la  fluctuation,  que  le  corps  du  testicule  peut  simuler  quelquefois;  par  la 
transparence,  quand  la  peau  et  le  tissu  cellulaire  du  scrotum  ne  sont  pas  affectés  ;  et  tou¬ 
jours  à  l’aide  de  ponctions  exploratrices,  dont  on  a  souvent  un  peu  abusé.  Lorsque  l’épan¬ 
chement  se  fait  d’une  manière  brusque,  qu’il  s’accroît  avec  rapidité,  il  est  accompagné 
de  douleurs  très  vives;  mais  toujours  les  douleurs  se  rapportent  à  l’épididyme  ou  au  tes¬ 
ticule.  Si  on  touche  superficiellement,  de  manière  à  ne  faire  porter  la  pression  que  sur  la 
tunique  vaginale,  les  malades  n’éprouvent  pas  ces  douleurs  si  aiguës,  si  caractéristiques 
de  l’inflammation  des  séreuses,  de  telle  façon  qu’on  trouve  encore,  sauf  les  cas  excep¬ 
tionnels  ,  la  preuve  que  la  membrane  n’est  pas  enflammée,  et  que  ce  n’est  que  par  le 
fait  de  sa  distension  et  par  la  compression  de  l’épididyme  malade  que  la  douleur  s’accroît. 

Dans  l’ordre  de  succession  des  accidents  additionnels  possibles,  on  voit  fréquemment 
survenir  l’oedème  du  tissu  cellulaire  sous-scrotal  et  de  celui  du  cordon;  dans  quelques 
cas  plus  rares,  c’est  une  véritable  inflammation  phlegmoneuse  avec  toutes  ses  consé¬ 
quences.  Tantôt  la  peau  des  bourses  change  à  peine  de  couleur  et  paraît  seulement  un 
peu  plus  épaissie;  le  raphé  est  déjeté  du  côté  opposé  à  la  maladie;  d’autres  fois,  rouge, 
animée,  chaude,  la  peau  participe  à  l’inflammation,  perd  sa  mobilité  et  forme  un  tout 
solide  avec  les  parties  qu’elle  recouvre,  surtout  lorsque  la  maladie  a  gagné  le  testicule 
lui-même.  L’inflammation  de  la  peau  ne  prend  que  très  rarement  les  caractères  de  l’éry¬ 
sipèle  extensif,  et,  quel  que  soit  son  degré  d’intensité,  elle  est  presque  toujours  limitée  à 
un  seul  côté,  à  moins  qu’il  ne  s’agisse  d’une  épididymite  double.  L’œdème  simple,  ou 
l’inflammation  plus  ou  moins  aiguë  du  tissu  cellulaire  des  bourses,  peut  acquérir  un  vo¬ 
lume  très  considérable,  surtout  dans  les  parties  déclives,  et  plus  encore  chez  les  malades 
qui  continuent  à  marcher  ou  à  rester  debout.  Il  constitue  alors  une  bonne  partie  du  vo¬ 
lume  total  de  la  tumeur,  qui  dans  ces  cas  est  aplatie  de  droite  à  gauche;  tandis  que  dans 
les  circonstances  opposées  elle  est  plus  ou  moins  arrondie  ou  piriforme,  et  souvent  rame¬ 
née  contre  l’anneau  inguinal  par  la  contraction  spasmodique  et  douloureuse  des  cré- 
masters. 

Cependant  l’extension  la  plus  grave,  l’accident  le  plus  fâcheux,  consiste  dans  l’inflam¬ 
mation  du  corps  du  testicule,  dans  le  développement  de  l’orchite  proprement  dite.  L’in¬ 
flammation  du  testicule,  regardée  comme  la  maladie  principale  par  quelques  pathologistes 
peu  attentifs  et  que  Swédiaur  avait  cru  devoir  arriver  de  nécessité  après  celle  de  l’épi- 
didyme  qui  n’était  pour  lui  que  le  point  de  départ,  peut  être  considérée  comme  une 
t  are  exception;  elle  n’a  peut-être  pas  lieu  deux  fois  sur  cent.  Lorsque  l’inflammation 
gagne  le  testicule,  elle  prend  les  caractères  des  inflammations  avec  étranglement:  les 
douleurs  deviennent  plus  intenses,  compressives,  le  toucher  est  bien  plus  insupportable 


RICORD. — DES  AFFECTIONS  VENERIENNES  DES  TESTICÜLES.  169 

et  les  phénomènes  sympathiques  beaucoup  plus  prononcés  :  fièvre,  hoquet,  vomissements, 
syncopes.  Quelquefois  il  survient  de  la  gêne  dans  l’ émission  de  l’urine,  le  sperme  est 
altéré,  roussâtre,  sanieux.  Alors  aussi  on  rencontre  plus  souvent  l’inflammation  de  la 
peau  et  du  tissu  cellulaire  des  bourses.  Le  canal  déférent  et  le  tissu  cellulaire  du  cordon 
sont  aussi  ordinairement  engorgés  ;  tandis  que,  lorsque  l’épididyme  seul  est  malade,  ces 
parties,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  peuvent  ne  présenter  aucune  altération  appréciable  au 
toucher.  Lorsqu’il  n’existe  pas  de  sérosité  dans  la  tunique  vaginale  (soit  qu’elle  ne  s’y 
soit  pas  formée,  ou  qu’on  l’ait  évacuée),  on  peut  toujours,  quoi  qu’en  aient  dit  quelques 
observateurs,  s’assurer  de  l’état  du  testicule  et  de  son  plus  ou  moins  de  participation 
à  la  maladie.  Quant  il  est  resté  sain,  on  le  trouve  avec  son  volume  normal  facile  à  com¬ 
parer  à  celui  du  côté  opposé ,  et  surtout  avec  cette  semi-fluctuation ,  cette  rénitence 
élastique  suîgeneris ,  qui  le  caractérise  et  le  fait  si  bien  distinguer  de  l’espèce  de  crois¬ 
sant  formé  par  l’épididy me  et  dans  lequel  il  est  enchâssé.  Mais  lorsque  l’inflammation  l’a 
atteint,  malgré  la  résistance  que  doit  lui  opposer  son  enveloppe  fibreuse,  il  prend  du  vo¬ 
lume,  et,  obéissant  à  la  loi  de  tous  les  tissus  enflammés,  il  perd  sa  souplesse,  son  élasticité  ; 
on  dirait  qu’il  se  coagule  et  finit  par  se  confondre,  en  durcissant,  avec  les  parties  voisines 
desquelles  on  a  souvent  de  la  peine  à  le  distinguer. 

Dans  quelques  circonstances  rares,  l’épididymite  peut  disparaître  brusquement,  par 
une  sorte  de  délitescence  que  précède  alors  le  plus  ordinairement  une  recrudescence  de 
l’écoulement,  ce  qui  a  pu  faire  croire  à  un  effet  métastatique;  dans  tous  les  cas,  cela  ne 
peut  jamais  avoir  lieu  qu’au  début  de  la  maladie,  et  alors  que  le  gonflement  n’est  encore 
que  le  résultat  d’une  simple  fluxion  ;  car,  plus  tard,  lorsqu’il  y  a  engorgement  véritable, 
lorsque  l’ inflammation  a  donné  lieu  à  l’induration  plastique,  la  maladie  ne  peut  plus  dis¬ 
paraître  que  par  une  résolution  plus  ou  moins  rapide,  mais  qui  met  toujours  un  certain 
temps  à  s’effectuer.  La  résolution  se  fait  d’abord  du  côté  de  la  peau  et  du  tissu  cellulaire 
sous-scrotal  ;  la  résorption  de  l’hydrocèle  suit  bientôt;  le  cordon  se  dégorge;  peu  à  peu  le 
canal  déférent  reprend  son  volume  et  sa  consistance,  et  la  dernière  partie  qui  reste  malade 
est  celle  par  laquelle  la  maladie  avait  commencé:  c’est  l’épididyme.  Chez  beaucoup  de 
sujets,  il  faut  des  mois  pour  que  l’organe  revienne  à  l’état  normal;  il  y  en  a  même  chez  les¬ 
quels  il  reste  toujours  un  certain  degré  d’hypertrophie,  sinon  de  véritable  induration,  qui  du 
reste  ne  semble  altérer  en  rien  les  fonctions  de  l’organe  et  les  qualités  du  sperme.  J’ai 
pu  m’assurer  à  l’aide  du  microscope,  sur  des  individus  qui  avaient  eu  des  épididymites 
doubles,  et  qui  conservaient  une  induration  des  deux  côtés,  que  le  sperme  n’avait  perdu 
aucune  de  ses  qualités. 

Dans  la  très  grande  majorité  des  cas,  la  résolution  se  fait  d’une  manière  régulière  et 
franche,  de  telle  façon  qu’on  doit  regarder  l’épididymite  comme  un  accident  douloureux 
et  fort  ennuyeux  sans  doute,  mais  fort  peu  grave.  Quelquefois  l’hydrocèle  persiste  plus 
ou  moins  longtemps  ou  peut  rester  comme  maladie  définitive,  alors  que  les  autres  alté¬ 
rations  de  tissu  ont  plus  ou  moins  disparu.  La  suppuration  ne  survient  pas  souvent,  et 
lorsqu’elle  a  lieu  c’est  dans  le  tissu  cellulaire  sous-scrotal,  ou  dans  celui  du  cordon  ;  car 
l’épididymeou  le  canal  déférent,  à  moins  de  complication,  ne  suppurent  presque  jamais. 
Mais  si  la  maladie  a  peu  de  gravité ,  si  elle  se  termine  bien  dans  les  cas  ordinaires,  il 
n’en  est  pas  de  même  quand  le  corps  du  testicule  est  affecté;  ici  la  résolution  franche  est 
bien  plus  rare,  à  moins  que  l’ affection  ne  se  soit  arrêtée  à  la  période  fluxionnaire  ;  le 
plus  ordinairement,  à  l’engorgement  inflammatoire,  succède  l’atrophie  plus  ou  moins 
complète,  ou  la  fonte  purulente  de  l’organe:  d’ou  il  suit,  comme  je  l’ai  déjà  dit,  qu’il  est 
important  de  bien  distinguer  l’orchite  de  l’ épididymite. 

Je  ne  m’arrêterai  pas  sur  le  diagnostic  différentiel. de  l’épididymite  blennorrhagique  ; 
la  cause  principale  sur  laquelle  j’ai  insisté,  la  présence  ou  l’existence  d’un  écoulement, 
le  siège,  la  marche,  les  symptômes  qui  ont  été  détaillés  suffisent  pour  la  faire  reconnaître 
et  empêcher  toute  erreur. 

Cependant  de  nombreuses  complications  peuvent  aggraver  la  maladie  et  rendre  son 
diagnostic  difficile.  Une  des  plus  fréquentes  est  la  préexistence  ou  le  développement 


170  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

consécutif  d’une  affection  tuberculeuse,  qui  favorise  la  suppuration,  ou  perpétue  l’engor¬ 
gement  et  les  indurations.  On  peut  même  dire  que  cette  complication  est  toujours  à  re¬ 
douter,  quand  on  ne  voit  pas  survenir  une  résolution  franche  et  que  le  canal  déférent  est 
un  peu  noueux.  Jamais  l’épididymite,  pas  plus  que  la  blennorrhagie  à  laquelle  elle  suc¬ 
cède,  ne  donne  lieu  à  des  accidents  de  vérole  constitutionnelle:  ce  n’est  pas  un  accident 
virulent ,  comme  le  croient  ceux  qui  confondent  tout  en  fait  de  maladies  vénériennes. 
Mais  lorsqu’un  individu  sous  l’influence  d’une  diathèse  syphilitique  vient  à  contracter 
une  blennorrhagie,  l’épididymite  qui  peut  en  être  une  conséquence  devient  souvent  l’oc¬ 
casion  du  développement  du  sarcocèle  syphilitique,  soit  fibreux ,  soit  tuberculeux.  Il  est 
quelquefois  difficile  de  bien  faire  la  part  des  deux  éléments  morbides  dans  le  mélange 
des  symptômes,  et,  si  on  n’est  pas  prévenu,  on  peut  aisément  se  tromper.  Ce  sont  évi¬ 
demment  des  cas  analogues  qu’on  a  rapportés  comme  preuve  d’identité  entre  les  effets 
de  la  blennorrhagie  et  ceux  du  chancre;  mais  avec  un  peu  d’attention  ,  comme  nous  le 
verrons  plus  tard  en  étudiant  les  effets  de  la  syphilis  sur  les  testicules,  on  peut  arriver  à 
distinguer  les  deux  maladies,  non-seulement  quand  elles  sont  isolées,  ce  qui  est  très  facile, 
mais  encore  à  l’état  de  combinaison.  J’ai  eu  tout  récemment  à  l’hôpital,  et  des  cas  ana¬ 
logues  se  sont  plusieurs  fois  présentés  à  mon  observation ,  un  malade  portant  d’un  côté 
une  albuginite  syphilitique,  conséquence  d’une  syphilis  constitutionnelle  dont  l’origine 
remontait  déjà  à  un  an ,  et  une  épididymite  blennorrhagique  de  l’autre  côté ,  déter¬ 
minée  par  une  urétrite  existant  encore  et  arrivée  à  son  troisième  septénaire.  Du  reste, 
l’épididymite  blennorrhagique,  quand  la  prédisposition  ou  la  diathèse  existe,  peut 
devenir  le  coup  de  fouet  ou  la  cause  occasionnelle  des  différentes  dégénérescences 
dont  peut  être  affecté  le  testicule  ;  mais  ces  dégénérescences  ne  sont  pas  la  consé¬ 
quence  obligée,  spéciale,  de  l’action  virulente  de  la  blennorrhagie  sur  l’organe.  La 
blennorrhagie  favorise  alors  le  développement  d’ un  cancer ,  par  exemple ,  comme 
une  chute,  un  coup  pourraient  le  faire,  mais  voilà  tout.  D’autres  complications  telles 
que  des  hernies,  le  varicocèle,  d’anciens  hydrocèles,  des  altérations  ou  dégénérescen¬ 
ces  de  la  tunique  vaginale,  l’hématocèle,  l’orchite  simple  non  liée  à  l’épididymite  blen¬ 
norrhagique  et  indépendante  delà  syphilis,  etc.,  peuvent  exister,  et  il  importe  d’en  être 
prévenu  et  de  chercher  à  bien  les  reconnaître,  avant  de  donner  un  pronostic  et  d’appli¬ 
quer  un  traitement. 

' Traitement  de  V épididymite  blennorrhagique. 

Ainsi  que  la  plupart  des  accidents  qui  surviennent  dans  le  cours  d’une  maladie  véné¬ 
rienne,  l’épididymite  blennorrhagique  est  considérée  par  beaucoup  de  médecins,  et  sur¬ 
tout  par  le  plus  grand  nombre  des  malades ,  comme  entièrement  dépendante  du  traite¬ 
ment  employé  contre  la  blennorrhagie.  C’est  donc  un  accident  sur  la  possibilité  duquel 
il  faut  toujours  prévenir  les  malades,  et  contre  lequel,  pendant  toute  la  durée  d’un 
écoulement,  il  faut  se  tenir  en  garde  et  employer  les  moyens  prophylactiques.  Sous  ce 
point  de  vue ,  la  connaissance  des  causes  qui  en  favorisent  le  développement  doit  être 
d’un  grand  secours. 

Toutefois,  la  première,  et  peut-être  la  plus  importante  indication  à  remplir,  consiste 
à  recommander  aux  malades  l’usage  constant  d’un  suspensoire  bien  fait,  non-seulement 
pendant  tout  le  cours  de  la  blennorrhagie,  mais  encore  un  ou  deux  septénaires  après 
la  cessation  de  l’écoulement.  J’ai  l’habitude  de  conseiller  aux  malades,  dans  les  derniers 
jours,  de  se  désaccoutumer  peu  à  peu  de  l’usage  du  suspensoire. 

Si  on  se  rappelle  que  ce  n’est  jamais  au  début  d’un  écoulement  que  survient  l’épidi¬ 
dymite,  on  comprendra  que,  contrairement  aux  opinions  généralement  professéesjusqu’à 
ce  jour,  la  guérison  rapide,  prématurée ,  le  traitement  abortif  enfin  de  la  blennorrhagie, 

loin  d’être  une  cause  de  l’épididymite ,  devra  au  contraire  mettre  à  l’abri  de  cet 
accident. 

Quoi  qu’il  en  soit,  dès  que  les  premiers  symptômes  de  l’épididymite  viennent  à  se 
manifester,  le  malade  doit  être  condamné  au  repos  horizontal,  en  ayant  soin  de  tenir  les 


171 


RICORD.-—  DES  AFFECTIONS  VÉNÉRIENNES  DES  TESTICULES. 

bourses  relevées.  S’il  n’existe  encore  qu’une  simple  fluxion,  les  résolutifs  (compresses 
imbibées  d’eau  blanche,  de  solution  de  chlorhydrate  d’ammoniaque;  le  moyen  empirique 
si  souvent  employé  la  boue  de  meule ;  la  glace,  etc.)  réussissent  et  font  avorter  la  maladie. 
Il  est  souvent  nécessaire  d’avoir  en  même  temps  recours,  soit  à  la  saignée  du  bras  s’il  y  a 
plénitude  du  pouls,  et  fièvre  à  plus  forte  raison,  ou  bien  à  des  applications  de  sangsues, 
toujours  en  assez  grand  nombre:  20,  30,  40,  et  appliquées  moitié  sur  le  trajet  du  canal 
inguinal,  moitié  sur  le  périnée. 

Les  sangsues  ne  doivent  jamais  être  mises  sur  la  peau  des  bourses,  parce  qu’il  peut 
arriver,  rarement  sans  doute,  mais  trop  souvent  encore,  des  accidents  fâcheux;  pour 
ma  part  j’ai  vu  deux  fois  la  gangrène  des  bourses  en  être  évidemment  la  consé¬ 
quence. 

Pour  peu  que  l’emploi  des  résolutifs  n’empêche  pas  le  gonflement  et  la  douleur  de 
croître,  il  faut  bientôt  s’en  abstenir,  parce  qu’ alors  ils  pourraient  devenir  nuisibles.  On 
doit,  dans  ce  cas,  leur  substituer  les  émollients ,  sous  forme  de  simples  fomentations , 
ou  mieux  encore  sous  forme  de  cataplasmes  qui  doivent  non-seulement  envelopper 
les  bourses,  mais  s’étendre  sur  tout  le  trajet  du  canal  inguinal.  Des  frictions  préala¬ 
bles  avec  du  laudanum  de  Sydenham,  sur  les  parties  endolories,  sont  toujours  très 
utiles. 

Lorsque  la  marche  de  la  maladie  est  très  aiguë,  à  la  diète,  aux  boissons  délayantes,  à 
l’usage  des  purgatifs,  on  est  obligé  d’associer  des  applications  plus  ou  moins  répétées  de 
sangsues;  de  revenir  quelquefois  à  la  saignée  du  bras,  à  laquelle  on  n’a  peut-être  pas 
assez  souvent  recours. 

Ces  moyens,  et  dans  un  très  grand  nombre  de  cas,  la  diète  seule,  le  repos,  et  l’usage 
de  quelques  cataplasmes  suffisent;  mais  soit  qu’il  existe  des  complications,  soit  qu’on 
veuille  encore  hâter  la  terminaison  du  mal,  il  en  est  d’autres  auxquels  on  peut  avoir 
recours.  Les  ponctions  simples  ou  multiples  de  la  tunique  vaginale ,  dont  on  a  fait  grand 
brui  t  dans  ces  derniers  temps  et  qui  devaient  guérir  comme  par  enchantement  toutes  les 
épididymites  quelles  qu’elles  fussent,  en  peu  de  jours,  ont  fort  peu  d’influence  sur  la 
durée  totale  de  la  maladie ,  ainsi  que  j’ai  pu  le  constater  sur  des  centaines  de  sujets. 
Elles  ne  doivent  être  employées  que  dans  les  cas  où  l’épanchement  est  assez  considéra¬ 
ble  pour  amener  une  distension  de  la  tunique  vaginale  et  causer  une  compression  du 
testicule  qui  ajoutent  aux  souffrances  du  malade.  Dans  ces  circonstances  ,  l’ évacuation 
du  liquide  fait  souvent  cesser  instantanément  la  douleur  qui  avait  jusque  là  résisté  à  tous 
les  autres  moyens. 

On  a  dit,  et  on  a  eu  raison,  que  le  plus  souvent  on  pouvait  piquer  impunément  le  testi¬ 
cule;  mais  il  m’a  semblé  qu’il  n’en  était  ainsi  que  dans  les  cas  cù  l’organe  n’était  pas 
enflammé.  Je  dois  dire,  en  passant,  que  je  n’ai  jamais  tiré  un  grand  parti  de  la  saignée 
des  veines  du  scrotum,  à  laquelle  j’ai  définitivement  renoncé. 

Il  est  une  méthode  de  traitement  qu’on  a  beaucoup  vantée  et  qu’on  a  ensuite  beau¬ 
coup  décriée:  c’est  la  compression,  dont  l’idée  primitive  appartient  incontestablement  à 
Fricke  de  Hambourg. 

Cette  méthode  difficile  à  mettre  en  pratique  donne  les  résultats  les  plus  beaux  et  les 
plus  rapides,  quand  on  sait  la  manier,  et  qu’elle  n’est  pas  employée  comme  une  selle  à 
tous  chevaux. 

Il  ne  faut  jamais  y  avoir  recours  lorsque  la  maladie  est  à  l’état  très  aigu; 

Qu’elle  fait  des  progrès  rapides; 

Que  le  cordon  testiculaire  est  engorgé  dans  tous  ses  éléments  ; 

Qu’il  existe  un  épanchement  considérable  dans  la  tunique  vaginale; 

Que  le  tissu  cellulaire  sous-cutané  ou  profond  des  bourses  est  le  siège  d’une  inflam¬ 
mation  phlegmoneuse  franche  ; 

Lorsque  le  corps  du  testicule  est  enflammé  et  qu’il  y  a  véritablement  orchite. 

L  engorgement  du  canal  déférent  seul  ne  constitue  pas  une  contre-indication. 

Mais  la  compression  réussit  plus  de  50  fois  sur  100  et  abrège  de  moitié,  des  deux  tiers, 


172  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

des  trois  quarts  même,  la  durée  de  la  maladie,  lorsqu’on  l’emploie  dans  les  cas  A9 épidi¬ 
dymite  simple  : 

Lorsque  préalablement  on  a  évacué  la  sérosité  qui  pouvait  se  trouver  épanchée  dans  la 
tunique  vaginale; 

Lorsque  la  maladie  est  arrivée  à  la  période  de  statu  quo  ,  ou  au  commencement  de  la 
période  de  déclin. 

Quand  on  a  appliqué  la  compression,  il  faut,  pour  qu’elle  réussisse,  que  la  douleur, 
d’abord  avivée  pendant  son  application,  cesse  au  moins  dans  la  première  demi-heure 
qui  suit. 

Dans  le  cas,  au  contraire,  où  la  douleur  irait  en  croissant,  ce  qui  pourrait  dépen¬ 
dre  soit  d’une  mauvaise  application,  soit  d’une  réaction  trop  vive  de  l’organe  enflammé, 
il  faudrait  de  suite  l’enlever,  sous  peine  de  voir  survenir  les  accidents  les  plus  graves 
d’inflammation,  de  suppuration  et  de  gangrène  plus  ou  moins  étendue. 

Il  faut  bien  distinguer  les  accidents  d’étranglement  qu’une  compression  intempes¬ 
tive  ou  mal  faite  peut  déterminer,  des  douleurs  auxquelles  peut  donner  lieu  le  premier 
tour  de  bande  qui  excorie  et  coupe  souvent  la  peau  vers  la  racine  des  bourses. 

Dans  le  premier  cas,  quand  on  a  ôté  l’appareil  on  est  souvent  obligé  d’y  renoncer 
pour  toujours,  ou  si  on  peut  y  revenir,  ce  n’est  qu’ après  la  cessation  des  phénomènes 
inflammatoires. 

Dans  le  second  cas,  on  peut  réappliquer  la  compression  immédiatement. 

Voici,  du  reste,  le  procédé  qu’on  doit  employer: 

On  isole  d’abord  le  testicule  malade  du  testicule  sain,  et,  à  l’aide  de  bandelettes  de 
sparadrap  de  Vigo  cum  mercurio ,  on  commence  un  premier  tour  de  circulaire  à  la 
racine  des  bourses ,  immédiatement  au  dessus  de  la  partie  supérieure  du  testicule  du 
côté  malade,  de  manière  à  refouler  l’organe  et  à  le  tenir  incarcéré  dans  la  partie  infé¬ 
rieure  du  scrotum.  En  procédant  alors  de  haut  en  bas,  et  en  rendant  la  compression  aussi 
égale  que  possible,  on  dirige  la  bandelette  en  spirale ,  en  ayant  soin  que  chaque  tour 
s  imbrique  de  moitié  sur  le  précédent.  Arrivé  à  la  partie  inférieure  qu’on  ne  peut  pas 
exactement  recouvrir ,  on  place  alors  d’autres  bandelettes  à  anse,  dans  le  sens  lon¬ 
gitudinal.  Pour  que  ces  bandelettes  soient  appliquées  exactement,  on  en  met  d’abord  deux 
en  croix  et  on  remplit  ensuite  les  intervalles;  puis  on  fixe  les  chefs  de  ces  bandelettes 
par  une  seconde  enveloppe  de  bandelettes  circulaires. 

Ce  bandage  bien  appliqué  amène  assez  souvent  au  bout  de  quelques  heures,  ou  au 
moins  après  deux  ou  trois  jours,  une  diminution  considérable  dans  le  volume  de  la 
tumeur. 

Si  alors  on  ne  suit  pas  le  retrait  de  la  tuméfaction,  en  resserrant  le  bandage ,  la  com¬ 
pression  n’étant  plus  égale  et  restant  toujours  plus  forte  à  la  racine  des  bourses,  l’ étran¬ 
glement  qui  en  résulte  ne  tarde  pas  à  amener  une  recrudescence  qui  fait  échouer  le 
traitement. 

Une  autre  cause  d’insuccès  et  d’accidents  tient  à  ce  qu’on  n’a  pas  assez  serré  les  pre¬ 
miers  tours  des  bandelettes,  et  alors  le  testicule  s’échappe,  le  scrotum  est  comprimé 
et  s’ œdématié  ,  ou  bien  la  compression  ne  porte  que  sur  une  partie  de  l’organe. 

Pour  éviter  l’espèce  de  coupure  que  peut  déterminer  le  premier  tour  de  bandelette,  il 
faut  d  abord  matelasser  la  partie  avec  de  la  charpie  longuette. 

11  subit,  terme  moyen,  de  8  jours,  quelquefois  de  2  ou  3  jours  pour  que  la  compres¬ 
sion  ait  produit  son  effet,  à  moins  d’engorgements  anciens  et  d’altérations  profondes. 

Le  meilleur  moyen  pour  détacher  la  compression  consiste  à  faire  filer,  entre  la  peau 

du  scrotum  et  les  bandelettes,  une  sonde  cannelée  servant  à  diriger  une  paire  de  ciseaux 
droits. 

Un  débarrasse  ensuite  la  peau  du  scrotum  de  l’emplâtre  adhérent  avec  un  peu  d’al¬ 
cool,  ou  bien  avec  de  l’eau  de  Cologne. 

Loi  sque  la  compression  n  a  pas  été  employée,  les  onctions  répétées  une  ou  deux  fois 
pai  joui  avec  2  ou  4  grammes  d’onguent  mercuriel  double,  et  secondées  de  l’usage  des 
cataplasmes,  réussissent  à  la  période  de  déclin. 


RÉCAMIER.— RECHERCHES  SUR  LES  MALADIES  VAGINALES  ET  UTÉRINES.  173 

Enfin,  on  fait  succéder  aux  onctions  mercurielles,  et  pour  combattre  les  derniers  restes 
de  l’engorgement  de  l’épididyme,  l’emplâtre  de  Yigo  curn  mercurio  seul  ou  combiné  à 
l’ emplâtre  de  ciguë.  Ici  encore,  les  fumigations  de  fleurs  de  sureau,  la  vapeur  du  vinai¬ 
gre  brûlé  sur  une  pelle  rouge,  les  frictions  avec  les  pommades  d’iodure  de  plomb  ou 
d’hydriodate  dépotasse,  m’ont  paru  avoir  quelque  efficacité. 

Quant  à  l’écoulement  blennorrhagiqne,  je  rejette  comme  nuisibles  et  dangereux  tous 
les  procédés  qui  ont  été  mis  en  pratique  pour  le  rappeler. 

A  la  période  aiguë,  il  faut  respecter  l’écoulement  où,  comme  on  le  dit  vulgairement: 
laisser  couler.  Autrement,  tant  pour  abréger  la  durée  totale  de  la  blennorrhagie  et 
de  l’ épididymite,  que  pour  enlever  à  cette  dernière  le  prétexte  d’un  retour  par  suite  de 
la  persistance  de  l’écoulement,  il  faut  simultanément  s’occuper  de  faire  disparaître 
celui-ci. 

Du  reste,  on  a  observé  dans  un  bon  nombre  de  cas  que  les  anti-blennorrhagiques  pro¬ 
prement  dits  (cubèbe,  copahu,  etc.)  pouvaient  favoriser  la  résolution  des  engorgements 
de  l’épididyme. 

Enfin,  bien  que  les  rapports  sexuels  doivent  être  défendus  pendant  la  durée  de  la  ma¬ 
ladie,  cependant  quand  l’écoulement  a  cessé  depuis  déjà  un  certain  temps,  et  que  la 
douleur  n’existe  plus,  les  rapports  sexuels  modérés  et  à  des  intervalles  assez  éloignés, 
favorisent  singulièrement  la  résolution. 


StecSierelies  sur  les  iias&ïadies  vaginales  et  utérines  étran¬ 
gères  à  la  menstruation,  à  la  grossesse,  à  /’ accoüchement,  et  qui  sont  du 
ressort  du  toucher  et  du  spéculum  ;  lues  à  l’Académie  royale  de  médecine , 
le  7  février  1843,  par  M.  Régajmikxi* 

Avant-propos. — Il  ne  s’agit  pas  d’un  traité  ex  professo ,  mais  des  remarques  particu¬ 
lières  de  l’un  d’entre  vous  sur  les  faits  qui  sont  tombés  dans  sa  sphère  d’activité. 

Je  dirai  ce  que  j’ai  vu,  ce  que  j’ai  fait  depuis  cinquante  ans;  il  vous  appartiendra  de 
confirmer,  de  modifier,  de  perfectionner  et  compléter  mes  résultats. 

Section  première.—  Phlegmasies  diffuses  de  la  membrane  muqueuse  du  vagin ,  du 

museau  de  tanche  et  de  l’utérus. 

Art.  I.  État  aigu  et  chronique.—-  J’ai  observé  les  phlegmasies  delà  muqueuse  vaginale, 
celles  du  museau  de  tanche,  de  la  muqueuse  utérine  elle-même,  dans  un  état  d’acuité  et 
de  chronicité. 

État  aigu. — Lorsque  ces  inflammations,  dont  la  cause  ne  peut  pas  toujours  être  ap¬ 
préciée  de  prime  abord,  sont  légères,  leur  produit  est  semi-diaphane  ;  mais ,  lorsqu’elles 
ont  une  certaine  intensité,  le  produit  ou  le  flux  humoral  qui  en  résulte  n’est  pas  translu¬ 
cide,  comme  dans  les  phlogoses  légères,  ou  comme  celui  des  leucorrhées  gastralgiques  ; 
il  devient  plus  ou  moins  opaque,  blanchâtre,  jaunâtre  ou  verdâtre.  L’inspection  de  l’en¬ 
trée  du  vagin  en  fait  distinguer  la  cause  locale,  et  le  spéculum  montre  jusqu’où  elle 
s’étend  vers  l’orifice  utérin,  d’où  on  voit  s’écouler  ce  produit  lorsque  l’inflammation 
affecte  la  muqueuse  de  la  cavité  utérine.  Le  toucher  apprend  peu  de  chose  sur  cet  état 
inflammatoire  du  vagin,  à  moins  que  la  maladie  n’ait  vieilli  et  que  les  parois  de  ce 
conduit  enflammé  n’aient  pris  une  densité  tout  à  fait  étrangère  à  leur  élasticité  ordi¬ 
naire. 

État  chronique.  —  Lorsque  ces  phlegmasies  vieillissent,  la  surface  de  la  muqueuse 
devient  granulée  à  l’œil,  et  même  au  toucher  si  elle  est  très  ancienne.  Il  arrive  aussi 
qu’il  se  forme  à  la  surface  enflammée  des  excoriations  plus  ou  moins  superficielles  et 
sans  bords  durs,  qui  contribuent  à  rendre  la  partie  malade  douloureuse  et  sensible  au 
toucher. 


174  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Dans  des  phlegmasies  vaginales,  même  peu  anciennes,  j’ai  vu  se  former  des  vésicules 
plus  ou  moins  étendues  et  suivies  d’excoriations  superficielles.  Les  causes  constitution¬ 
nelles  dont  elles  peuvent  émaner,  le  flux  qu’elles  produisent  et  les  rapports  de  la  per¬ 
sonne,  peuvent  contribuer  à  les  entretenir  et  à  les  rendre  opiniâtres. 

Art.  II.  Traitement.  Moyens  généraux.— Dans  le  principe,  la  cause  étant  anomale,  les 
bains,  les  injections  émollientes  d’abord  avec  la  décoction  de  mauve,  de  guimauve,  etc.; 
ensuite  rendues  astringentes ,  au  moyen  de  l’eau  de  son,  d’amidon,  de  l’infusion  de  fleurs 
d’orties  ou  de  roses  rouges,  simples  ou  aluminéos ,  ou  rendues  saturnines;  les  narcoti¬ 
ques,  la  morelle,  les  têtes  de  pavots,  la  belladone,  etc.,  seuls  ou  associés  aux  astringents, 
à  l’alun  et  aux  préparations  de  plomb,  fourniront  des  moyens  de  varier  les  soins  de  pro¬ 
preté  et  les  agents  curatifs. 

Position  de  la  malade  dans  les  injections.— On  remarquera  que  les  injections  qui  sont 
faites,  la  malade  étant  couchée  sur  le  dos,  sur  un  bassin  de  femme  en  couches,  garni 
d’un  cul-de-sac  en  arrière ,  comme  j’en  ait  fait  fabriquer  par  divers  potiers  d’étain  ;  on 
remarquera,  dis-je,  que  les  injections  faites  de  cette  manière,  ou  dans  un  bain  entier, 
sont  plus  utiles  que  celles  qui  seront  faites  dans  la  position  verticale ,  situation  dans  la¬ 
quelle  le  liquide  injecté,  retombant  immédiatement,  n’a  pas  le  temps  d’agir  sur  les  sur¬ 
faces  malades. 

Indication  de  la  saignée  des  grands  vaisseaux.  —  Si  l’inflammation  est  très  vive, 
le  pouls  dur,  de  manière  à  faire  sentir  la  récurrence  de  l’arcade  palmaire  en  comprimant 
la  radiale  du  côté  du  cœur,  ou  le  rebondissement  lorsqu’on  la  comprime  du  côté  du  poi¬ 
gnet,  alors  il  y  aura  indication  d’employer  la  saignée  des  grands  vaisseaux,  concur¬ 
remment  avec  les  bains  entiers,  les  bains  de  siège  et  les  boissons  délayantes  abondantes. 

Indication  de  la  saignée  des  capillaires. — Si,  malgré  un  flux  abondant,  tel  que  celui 
dont  j’ai  parlé,  on  n’aperçoit  pas  une  inflammation  remarquable  dans  le  vagin;  si  d’ail¬ 
leurs  le  col  utérin  est  sensible  au  toucher  ;  si  des  douleurs  habituelles  aux  aines  ou  vers 
les  lombes  annoncent  un  état  de  souffrance  de  l’utérus,  sans  qu’on  puisse  en  accuser  la 
pesanteur  de  ce  viscère  sur  ses  ligaments,  ce  dont  je  parlerai  plus  tard,  alors  si  le  pouls 
n’a  pas  de  dureté,  ni  de  rebondissement,  ce  n’est  plus  aux  saignées  des  grands  vais¬ 
seaux  qu’on  a  recours  avec  avantage ,  mais  à  l’application  de  sangsues  sur  l’hypogastre 
et  surtout  aux  aines  sur  les  ligaments  ronds;  aux  ventouses  lombaires,  sèches  ou  mou¬ 
chetées,  et  même  à  Inapplication  des  sangsues  directement  autour  du  col  utérin. 

Suppositoires  vaginaux.— On  aide  les  saignées  générales  et  locales  non-seulement  par 
les  moyens  dont  j’ai  parlé  d’abord,  mais  encore  par  des  cataplasmes  sur  l’hypogastre,  les 
aines  et  sur  la  vulve,  mais  aussi  par  des  cataplasmes  et  suppositoires  vaginaux  introduits 
dans  le  vagin  même,  comme  les  suppositoires  dans  le  rectum.  La  farine  de  graine  de  lin  ré¬ 
cente  est  la  matière  ordinaire  de  ces  cataplasmes,  avec  de  l’eau  simple,  ou  diverses  décoctions 
émollientes  ou  calmantes.  Il  est  important  que  la  farine  de  graine  de  lin  soit  récente,  sans 
quoi  elle  devient  irritante,  surtout  dans  le  vagin. — Une  seringue  à  large  canule ,  du  vo¬ 
lume  du  doigt,  courbée  à  l’angle  droit,  sert  à  les  introduire  dans  le  vagin,  où  on  les  retient 
un  temps  convenable  par  la  situation  et  par  une  compresse  graduée  fixée  sur  la  vulve,  au 
moyen  d’une  garniture  appropriée.  Il  est  clair  que  les  cataplasmes  vaginaux  ne  doivent 
pas  être  diffluents,  sans  quoi  ils  s’écouleraient,  quelque  précaution  qu’on  prît.  Lorsque  la 
farine  de  graine  de  lin  ne  réussit  pas,  on  la  remplace  par  une  fécule,  la  fécule  de  pom¬ 
mes  de  terre,  la  semoule,  etc.,  d’une  consistance  convenable. 

Suppositoires  vaginaux  secs  et  pulvérulents.— Les  cataplasmes  dont  je  viens  de  parler, 
utiles  dans  les  premières  périodes  d’une  inflammation  aiguë,  ne  le  sont  plus  de  même 
dans  les  inflammations  vaginales  ou  utérines  qui  ont  vieilli. — Alors  j’ai  tiré  plus  de  parti 
des  suppositoires  que  j’ai  fait  connaître  à  un  grand  nombre  de  nos  confrères  lorsque  les 
occasions  s’en  sont  présentées;  voici  comment  je  procède: 

Si  I  inflammation  est  très  douloureuse  et  ne  s’amende  pas  par  les  cataplasmes  mous 
de  faune  de  graine  de  lin,  et  mieux  de  semoule,  de  mie  de  pain,  ou  de  riz  cuit  dans  de 
1  eau  simple  ou  de  pavots,  je  les  remplace  en  mettant  dans  le  vagin  de  la  fécule  de  pom- 


RÉCAMIER,— RECHERCHES  SUR  LES  MALADIES  VAGINALES  ET  UTÉRINES,  175 

mes  de  terre  en  poudre,  à  l’aide  d’un  spéculum,  au  moyen  d’un  bourdonnet  de  coton 
cardé,  placé  entre  les  mors  d’une  pince  longue.  On  pousse  la  fécule  au  fond  du  vagin,  et 
on  l’y  retient  à  mesure  que  l’on  retire  le  spéculum. 

Si  l’inflammation  est  plus  ancienne  et  commande ,  comme  dans  les  angines  ou  les 
ophthalmies  qui  vieillissent,  des  astringents  et  des  toniques,  alors  on  préfère  l’amidon  en 
poudre  à  la  fécule  de  pommes  de  terre,  et  on  associe,  selon  le  cas,  une  proportion  conve¬ 
nable  de  céruse,  ou  de  litharge,  ou  d’alun  porphyrisé,  soit  cristallisé,  soit  calciné  en  partie, 
ou  même  de  la  poudre  impalpable  de  quinquina. 

Ces  pansements  n’excluent  en  rien  les  bains,  les  injections;,  et  ne  nécessitent  pas  la 
position  horizontale,  si  d’autres  circonstances  particulières,  comme  des  douleurs,  de  la 
fièvre  ou  la  crainte  d’une  fausse  couche,  n’y  obligent. 

Phlegmasies  réfractaires.  Premier  degré  de  cautérisation.  —  Lorsque  l’inflammation, 
sans  ou  avec  des  granulations,  ou  des  excoriations,  résiste  aux  moyens  que  je  viens  d’indi¬ 
quer,  alors  j’agis  comme  on  le  fait  pour  la  conjonctive  dans  les  inflammations  réfractaires, 
—Je  fais  une  dissolution  de  nitrate  d’argent  cristallisé  d’abord  à  20,  ensuite  à  30,  40,  50 
centigrammes  par  30  grammes  d’eau,  et,  au  moyen  de  bourdonnets  que  j’y  trempe,  je 
modifie  plutôt  que  je  ne  cautérise  la  surface  enflammée.  Si  l’altération  n’est  pas  pro¬ 
fonde,  ce  moyen  suffit  dans  un  très  grand  nombre  de  cas. 

Cautérisation  transcurrente.— Si  l’inflammation  de  la  muqueuse  vaginale  et  utérine  se 
montre  encore  réfractaire  à  ce  moyen,  si  les  granulations  sont  fortement  prononcées ,  si 
la  membrane  est  épaissie,  si  les  excoriations  ont  pris  un  aspect  ulcéreux,  alors  je  fais  une 
cautérisation  transcurrente  avec  le  nitrate  d’argent  en  lingot,  avec  un  long  porte-crayon 
dont  le  manche  est  coudé  ;  ou  bien  je  me  sers  de  cuvettes  que  je  garnis  en  faisant  fondre 
un  lingot  de  nitrate  d’argent  à  la  flamme  d’une  bougie,  comme  de  la  cire  à  cacheter.— Je 
promène  ce  caustique  avec  rapidité  sur  les  surfaces  enflammées. 

Cautérisations  de  antérieur  de  Vutérus.— Lorsque  l’inflammation  s’étend  dans  l’uté¬ 
rus,  j’en  modifie  la  surface  interne  en  portant  le  nitrate  d’argent  dans  son  col  au  moyen 
de  cuvettes  sans  canules;  et  lorsque  je  veux  le  porter  dans  la  cavité  même  de  l’utérus,  je 
me  sers  d’une  cuvette  masquée  par  une  canule,  et  de  préférence  de  cuvettes  qui  sont 
tournantes.  Pendant  les  cautérisations  intra-utérines,  je  vais  entretenir  dans  le  vagin, 
autour  du  col  utérin,  un  courant  d’eau  tempérée,  à  l’aide  d’une  seringue  garnie  d’une 
longue  canule  de  gomme  élastique,  et,  après  la  cautérisation,  je  fais  des  injections  abster- 
sives,  et  j’ai  soin  de  garnir  le  fond  du  vagin  avec  une  ou  deux  cuillerées  à  soupe  de 
fécule  de  pommes  de  terre,  ou  d’amidon  en  poudre. 

Injections  dans  V utérus. —J’ ai  fait  aussi  dans  l’utérus  des  injections  actives;  mais, 
pour  injecter  une  solution  de  nitrate  d’argent,  il  faut  une  seringue  de  verre,  à  cause  de  la 
décomposition  du  nitrate  d’argent  par  l’étain  ou  le  cuivre.  On  évite  cet  inconvénient,  il 
est  vrai,  avec  des  seringues  de  verre,  mais  on  n’évite  pas  les  bavures,  inconvénient  qui  se 
reproduit  par  tous  les  moyens  actifs  liquides. 

Quant  aux  accidents  attribués  aux  injections  par  MM.  Bretonneau  et  Hourmann,  je  dois 
douter  qu’on  ait  saisi  la  véritable  cause  de  ces  accidents,  que  je  n’ai  pas  observés,  quoique 
j’aie  fait  des  injections  assez  actives  dans  l’utérus,  et  que  d’autres  confrères  honorables, 
tels  que  M.  le  docteur  Mélier,  en  aient  fait  aussi,  non-seulement  sans  inconvénient, 
mais  avec  succès.  Les  injections  répétées  dans  le  fond  du  spéculum  tempèrent  l’irrita¬ 
tion  des  parties  cautérisées,  et  forment  des  espèces  d’irrigations  qui  calment  singulière¬ 
ment  la  douleur.  Je  reviendrai  sur  les  injections  intra-utérines  et  sur  leurs  accidents. 

Précautions  nécessaires  dans  les  cautérisations  intra-utérines.  —Lorsqu’on  croit  devoir 
cautériser  les  lèvres  du  museau  de  tanche,  ou  le  haut  du  vagin,  ainsi  que  l’intérieur  de 
l’utérus,  il  est  convenable  de  commencer  la  cautérisation  par  la  partie  la  plus  profondé¬ 
ment  située,  parce  que  le  nitrate  d’argent,  en  se  fondant  dans  l’utérus  ou  dans  le  col, 
coulera  par  le  col  sur  les  bords  de  l’orifice,  et  la  cautérisation  se  fera  en  même  temps  aux 
deux  endroits.  Si  on  commence  par  le  vagin,  dont  la  position  est  plus  déclive,  il  pourra 
arriver  que  la  bavure  de  l’intérieur  de  l’utérus  rende  la  cautérisation  du  vagin  trop  pro¬ 
fonde  ou  trop  étendue. 


176  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Dans  le  cas  où  Ton  ne  doit  cautériser  que  l’intérieur  de  l’utérus,  il  faut  avoir  une  se¬ 
ringue  remplie  d’eau  tempérée,  afin  de  procéder  pendant  la  cautérisation  à  une  injection 
vaginale  permanente  qui,  en  délayant  le  caustique  qui  s’écoule,  arrête  et  empêche  immé¬ 
diatement  son  action  sur  la  muqueuse  vaginale. 

Irrigations.— Lorsque  je  veux  prolonger  l’action  des  injections,  je  les  change  en  irriga¬ 
tions  proprement  dites,  à  l’aide  d’un  clyso-pompe  qui  remplace  les  seaux  à  robinet  avec 
tuyaux  et  canule  au  moyen  desquels  je  faisais  d’abord  ces  irrigations  prolongées  sur  une 
chaise  percée  garnie  d’un  vase  convenable.  Cet  appareil  dispendieux  était  à  la  portée  de 
trop  peu  de  personnes.  Le  clyso-pompe  à  tuyaux  flexibles  m’a  fourni  le  moyen  d’en  faire 
des  applications  plus  générales  et  plus  faciles. 

J’ai  rendu  ce  moyen  plus  usuel  encore,  et  par  conséquent  plus  utile,  par  le  procédé 
suivant.  J’ai  fait  disposer  des  bassins  d’étain  avec  un  manche  plus  long  que  celui  des 
bassins  ordinaires;  à  l’extrémité  de  ce  manche,  j’ai  fait  adapter  une  espèce  de  grand 
gobelet  qui  communique  avec  le  bassin  par  le  manche.  Dans  le  gobelet  qui  est  au  bout 
du  manche,  s’ajuste  un  clyso-pompe  ordinaire,  ou  mieux  à  jet  continu  et  armé  d’un 
tuyaux  flexible  de  70  à  80  centimètres  de  long,  terminé  par  une  canule  courbe  de  gomme 
élastique.  Le  bassin  est  surmonté  d’un  bourrelet  circulaire  plat.  L’appareil  ainsi  disposé, 
on  place  le  bassin  sous  le  siège  de  la  malade,  après  y  avoir  mis  le  liquide  avec  lequel  on 
doit  faire  l’irrigation.  Alors,  au  moyen  du  clyso-pompe,  on  établit  dans  le  vagin  un  cou¬ 
rant  continu  de  liquide  qui  retombe  dans  le  bassin,  et  passe  incessamment  de  là  dans  le 
gobelet  où  puise  lo  clyso-pompe.  Il  est  clair  que,  lorsque  ce  liquide  est  sali,  on  doit  le 
renouveler.  Cet  appareil  donne  le  moyen  de  prolonger  à  volonté  les  irrigations  vaginales 
et  rectales,  sans  manœuvrer  un  trop  grand  volume  d’eau. 

Température  et  nature  du  liquide  des  irrigations. — La  température,  comme  la  nature 
du  liquide,  est  à  la  disposition  de  l’homme  de  l’art.  Il  ne  faut  pas  adopter  de  tempéra¬ 
ture  exclusive  pour  les  irrigations;  car  tel  degré  de  froid,  de  frais  ou  de  tempéré,  qui 
convient  à  telle  ou  telle  personne,  ne  convient  plus  à  telle  autre  dont  les  organes  deman¬ 
dent  du  tiède. 

Ce  que  j’ai  dit  plus  haut  des  substances  que  j’ai  employées  pour  les  pansements  fait 
voir  suffisamment  que  la  nature  du  liquide  des  irrigations  doit  varier  :  ainsi  il  sera  émol¬ 
lient  dans  les  irritations  aiguës:  eau  de  graine  de  lin,  mauve,  guimauve,  etc.;  féculent 
dans  les  phlegmasies  plus  avancées:  eau  de  son,  d’amidon,  de  riz,  etc.;  légèrement  ou 
fortement  astringent  dans  les  phlegmasies  qui  languissent  ;  ainsi  la  décoction  de  racines 
de  grande  consolide,  l’infusion  de  fleurs  de  chèvrefeuille,  de  fleurs  d’orties,  de  fleurs  de 
roses  rouges,  d’écorce  de  grenade  ou  de  racine  de  bistorte  ;  ainsi  l’eau  pure,  ou  l’une 
des  décoctions  indiquées,  contenant  une  proportion  plus  ou  moins  remarquable  d’alun,  de 
4  à  8  grammes  par  litre,  ou  de  sulfate  de  zinc,  ou  de  sulfate  de  fer,  etc.  Il  pourra  être 
rendu  calmant  avec  les  têtes  de  pavots  et  le  laudanum,  ainsi  qu’avec  l’acétate  de  plomb 
dans  de  l’eau  simple,  ou  associé  à  l’une  des  macérations,  infusions  ou  décoctions  indi¬ 
quées  plus  haut.  Il  pourra  être  tonique,  et  par  conséquent  composé  de  décoctions  de  mé- 
lilot,  de  ménianthe ,  d’armoise  ,  d’absinthe ,  de  petite  sauge ,  de  quinquina ,  seules ,  ou 
tempérées  par  les  précédentes  décoctions  indiquées,  ou  par  l’addition  d’amidon,  par  exem¬ 
ple.  Ce  liquide  pourra  être  irritant  pour  changer  le  mode  d’inflammation:  ainsi  l’eau 
chargée  de  sulfure  de  potasse  ou  de  soude,  l’eau  salée  avec  le  sel  marin,  avec  le  sel  am¬ 
moniaque,  l’eau  iodurée  avec  l’iodure  de  potassium  surtout.  Enfin,  ce  liquide  pourra  de¬ 
venir  spécifique  en  le  rendant  le  véhicule  du  deuto-chlorure  de  mercure,  ou  d’un  sulfure, 
ou  d’un  chlorure  de  sodium  ou  de  calcium. 

Doses.— Il  est  évident  que  je  n’entends  rien  fixer  sur  les  doses  qui  ont  été  relatives  à  la 
susceptibilité  et  à  la  tolérance  des  organes,  comme  à  la  nature  des  maladies.  Tous  ces 
objets  doivent  être  réglés  par  la  prudence  et  la  sagacité  du  médecin,  qui  n’ignore  pas  les 
difficultés  de  rencontrer  les  convenances  organiques,  et  qui  n’oublie  jamais  qu’il  n’est 
dans  aucun  cas  permis  de  commencer  les  remèdes  actifs  par  de  fortes  doses,  mais  au  con¬ 
traire  qu’on  doit  commencer  par  de  faibles  doses,  et  ne  s’élever  à  de  plus  considérables 
qu’avec  circonspection. 


RÉCAMIER.~~  RECHERCHES  SUR  LES  MALADIES  VAGINALES  ET  UTÉRINES.  177 

Repos  prolongé.— Jusqu’ici  je  n’ai  pas  parlé  du  repos  prolongé  dans  le  traitement  des 
phlegmasies  delà  muqueuse  vaginale  et  utérine,  parce  que  je  ne  l’impose  que  lorsque 
les  douleurs  produites  par  la  position  verticale  et  le  mouvement  obligent  absolument  à  le 
garder. 

Le  repos  prolongé  dans  la  position  horizontale  devient  nécessaire  toutes  les  fois  que 
l’état  inflammatoire  compromet  le  corps  de  l’utérus,  ou  ses  ligaments,  ou  ses  dépendances 
péritonéales.  Alors  il  est  indispensable ,  pendant  tout  le  temps  que  le  mouvement  éveille 
ou  réveille  la  douleur  dans  l’hypogastre,  les  lombes  ou  les  aines. 

Si  les  douleurs  dépendent  du  relâchement  des  ligaments,  ou  de  tiraillements  produits 
par  le  poids  de  l’utérus  non  enflammé  dans  sa  substance  ou  ses  dépendances,  je  me  garde 
bien  de  prescrire  le  repos  dans  la  position  horizontale;  seulement  je  rends  l’exercice  pos¬ 
sible  en  soutenant  l’hypogastre  et  le  périnée  de  la  manière  la  plus  appropriée  à  la  per¬ 
sonne. 

Une  ceinture  hypogastrique  garnie  d’un  coussin  en  forme  de  croissant,  plus  épais  du 
côté  de  sa  grande  courbure  que  de  la  petite,  soutient  la  région  sus-pubienne  du  bas-ventre, 
et  en  même  temps  les  viscères  supérieurs  qui  sont  les  plus  lourds,  et  les  empêche  de  faire 
sentir  leur  poids  sur  l’appareil  utérin.  En  même  temps  une  garniture  de  deux  bretelles 
croisées  sous  le  siège  soutient,  à  l’aide  d’un  coussinet  proportionné  à  la  personne,  le  péri¬ 
née,  en  le  remontant  de  manière  à  faire  cesser,  dans  la  plupart  des  cas,  les  tirailleme  nts 
et  les  douleurs  qui  dépendaient  du  poids  de  l’utérus. 

Avec  cette  précaution,  lorsqu’elle  est  indispensable,  je  n’ai  pas  besoin  du  repos  sou¬ 
tenu,  ni  des  pessaires,  essentiellement  nuisibles  dans  tous  les  cas  où  il  y  a  des  phlegma¬ 
sies  vaginales  ou  utérines. 

Constipation  et  diarrhée.  —  La  constipation  et  la  diarrhée  sont  également  nuisibles  au 
succès  des  traitements  des  phlegmasies  vaginales  et  utérines,  par  le  mouvement  fluxion- 
naire  qu’elles  entretiennent  par  un  mécanisme  différent  vers  l’organe  utérin  et  ses  dé¬ 
pendances. 

Constipation. — La  constipation,  par  les  efforts  qu’elle  nécessite  pour  aller  à  la  selle,  est 
un  inconvénient  qui  devient  une  cause  de  douleur  et  d’augmentation  des  maladies  locales, 
vaginales  et  utérines.  Il  est  donc  indispensable  d’y  obvier. 

L’eau  de  rivière  pure,  bue  froide,  le  matin  au  réveil,  à  la  dose  d’un,  deux  ou  trois 
verres,  à  un  quart  d’heure  d’intervalle,  suffit  à  beaucoup  de  sujets  pour  entretenir  la 
liberté  du  ventre  et  éviter  les  efforts  d’expulsion  de  matières  endurcies. 

Si  l’eau  pure  ne  suffit  pas,  un  verre  d’eau  de  Sedlitz  naturelle  pris  de  la  même  ma¬ 
nière,  au  réveil,  suffit  pour  entretenir  la  liberté  du  ventre  sans  maintenir  la  disposition 
à  la  constipation,  comme  le  fait  la  rhubarbe  qui,  après  avoir  procuré  des  évacuations 
laisse  subsister  les  dispositions  à  la  constipation. 

Cinq  centigrammes  d’extrait  de  coloquinte  avec  autant  de  calomélas,  ou  bien  5  centi¬ 
grammes  d’extrait  d’aloès  avec  autant  de  diagrède,  pris  le  matin  ou  le  soir,  réussissent  à 
di\ei  ses  pei  sonnes,  suitout  en  ajoutant  à  ces  extraits  quelques  centigrammes  de  savon 
amygdalin. 

Lorsqu’il  n’y  a  pas  de  contre-indication  pour  le  calomélas,  il  laisse  également  le  ven¬ 
tre  libre.  Ce  genre  de  moyen  peut  être  varié  indéfiniment,  et  forme  la  base  d’une  foule 
d’arcanes  qu’on  distribue  sous  le  nom  de  pilules. 

Si  les  moyens  employés  par  l’estomac  ne  suffisent  pas,  on  a  recours  aux  lavements,  qui 
obvient  à  l’inconvénient  du  moment,  sans  faire  cesser  sa  cause. 

L’eau  pure,  la  décoction  de  violettes  seule  ou  coupée  avec  du  lait,  et  même  avec  addi¬ 
tion  de  mélasse,  d’huile,  ou  de  quelques  grammes  de  savon,  fourniront  des  moyens  de 
faire  cesser  des  accumulations  de  matières  stercorales  toujours  nuisibles  dans  ces  sortes 
de  cas ,  surtout  quand  il  y  a  des  rétroflexions  et  rétroversions,  dont  nous  parlerons 
plus  tard. 

Je  ne  parle  pas  des  décoctions  de  séné,  du  sel  marin,  et  autres  moyens  de  ce  genre, 


c. 


12 


178  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

qui,  en  lavement,  laissent  après  eux  de  l’irritation  toujours  nuisible  à  cause  du  voi- 
sinage.. 

Avec  les  sujets  qui  ne  peuvent  supporter  ni  les  laxatifs,  ni  les  lavements,  les  supposi¬ 
toires  ne  sont  point  à  dédaigner;  le  beurre  de  cacao,  l’aloès,  le  miel  et  le  savon,  etc.,  etc., 
fourniront  les  moyens  d’en  varier  la  composition. 

Diarrhée.—  La  diarrhée  n’a  pas  moins  d’inconvénients  que  la  constipation  dans  les 
maladies  utérines  et  vaginales,  à  cause  des  efforts  répétés  pour  aller  à  la  selle  et  du  té¬ 
nesme  qui  peut  s’établir. 

Comme  la  constipation,  la  diarrhée  demande  une  grande  sévérité  dans  le  régime  ali¬ 
mentaire  ;  quant  à  la  nature  et  à  la  température  des  substances  ingérées,  il  est  clair  que 
les  viandes  rôties  doivent  être  préférées  aux  viandes  bouillies,  en  consultant  les  conve¬ 
nances  de  l’estomac.  Les  farineux  doux,  tels  que  le  riz,  les  purées,  les  œufs  frais  de 
diverses  manières,  sont  des  lieux  communs  en  pareils  cas ,  en  étudiant  la  température 
convenable. 

État  actif  ou  sthénique.— Sï  une  douleur  locale  annonce  une  irritation  aiguë  active, 
les  sangsues  locales  ou  au  siège,  les  bains  généraux,  les  bains  de  siège  et  les  cataplasmes 
fourniront  des  moyens  extérieurs ,  comme  les  boissons  féculentes  ou  gommeuses  en 
fourniront  pour  l’intérieur;  mais  alors  les  aliments  seront  liquides,  féculents  et  en  petite 
quantité. 

Si  le  pouls  avait  pris  de  la  dureté,  il  serait  possible  qu’il  surgît  l’indication  d’une  sai¬ 
gnée  des  grands  vaisseaux.  S’il  y  a  coïncidence  d’un  état  saburral,  la  convenance  de  la 
macération  de  deux  grammes  d’ipécacuanha  dans  trois  verres  d’eau  froide  est  évidente; 
on  tire  à  clair,  et  on  donne  un  verre  de  quart  en  quart  d’heure. 

S’il  y  a  un  flux  muqueux  après  les  émissions  sanguines,  les  féculents  doux  et  les  mu¬ 
cilages;  le  sous-nitrate  de  bismuth,  pris  à  la  dose  d’un  gramme  trois  ou  quatre  fois  par  jour 
avant  les  aliments,  convient  et  aide  à  lever  des  difficultés;  on  peut  l’associer  à  de  légers 
calmants. 

Si  le  flux  est  bilieux ,  le  charbon  de  bois  léger ,  porphyrisé ,  impalpable ,  con¬ 
vient  mieux  que  le  sous-nitrate  de  bismuth  ;  on  peut  également  F  associer  à  de  légers 
calmants. 

Si  les  nerfs  sont  agacés ,  les  calmants  variés ,  en  quart  de  lavement  amylacé,  ou  en 
mixture,  ou  en  pilules,  et  souvent  une  seule  goutte  de  laudanum,  suffisent. 

Si  l’irritation  était  dans  le  rectum  avec  les  formes  dysentériques,  il  faudrait  se  défier 
des  lavements,  même  sous  un  petit  volume,  car  alors  la  douleur  s’éveille  facilement  et 
les  accidents  augmentent. 

État  passif  ou  asthénique.—  Si  le  sujet  est  faible  et  sans  réaction,  il  faut  absolument 
rendre  toniques  les  moyens  féculents,  gommeux,  mucilagineux  et  adoucissants.  Il  faut 
pour  cela  associer  aux  amers  celui  des  calmants  dont  l’appareil  digestif  s’accommodera 
le  mieux  avec  l’aromate  qui  sera  toléré:  alors  la  thériaque,  le  diascordium,  la  confection 
d’hyacinthe,  pris  avant  les  aliments,  la  térébenthine  associée  à  un  jaune  d’œuf,  admi¬ 
nistrée  en  quart  de  lavement  avec  le  calmant  qui  sera  en  faveur,  ne  sont  pas  à  dédaigner; 
mais  on  n  oubliera  pas  que  le  régime  analeptique  est  l’ancre  de  salut;  la  décoction  blan¬ 
che,  et  même  une  proportion  minime  de  vin  vieux  dans  de  l’eau  de  riz  ou  dans  la  macé¬ 
ration  de  grande  consolide,  ou  de  gomme  arabique,  ou  dans  de  l’eau  panée,  ont  été  fort 
utiles.  Le  cachou  seul  ou  introduit  dans  le  chocolat,  le  sirop  de  rathania  ou  de  monésia, 
peuvent  aussi  rendre  service.  Les  eaux  ferrugineuses  de  Spa,  de  Forges,  et  l’eau  ferrée 
en  y  trempant  un  fer  rouge  au  feu,  ont  encore  leur  utilité:  bien  entendu  que  je  ne  parle 
pas  de  l’eau  rouillée  qui  serait  nuisible. 

Les  bains  entiers  ou  de  siège,  dans  de  l’eau  gélatineuse  ou  dans  l’eau  de  son  ou  d’ami¬ 
don,  à  laquelle  on  peu  ajouter  un  sulfure,  celui  de  soude  de  préférence,  ou  bien  une  so¬ 
lution  d  alun  ou  de  sulfate  de  fer,  s’il  y  a  anémie,  donnent  les  moyens  d’agir  par  la  peau 
avec  plus  ou  moins  d’avantage.  On  étudie  les  doses  toujours  avec  mesure.  " 

État  ataxique. —S’ il  y  a  de  l’incohérence  dans  les  phénomènes,  surtout  un  type  ré- 


RÉCAMIER.  — RECHERCHES  SUR  LES  MALADIES  VAGINALES  ET  UTÉRINES.  179 

mittent,  il  faut  agir  par  les  calmants,  les  antispasmodiques,  les  amers,  et  même  le  sul¬ 
fate  de  quinine,  mais  sous  la  forme  d’emplâtres  ou  de  pommades,  et  dans  ce  dernier  cas 
on  les  applique  dans  les  aisselles. 

Si  les  pommades  ne  réussissent  pas,  je  fais  faire  des  solutions  dans  lesquelles  on  trempe 
une  éponge  qu’on  exprime  un  peu,  et  qu’on  place  ensuite  dans  les  aisselles  en  rapprochant 
les  bras  du  corps  pendant  un  certain  temps. 

Une  dame  de  quatre-vingt-deux  ans,  après  avoir  pris  une  glace,  le  soir,  fut  saisie  de 
vomissements  violents  et  d’un  dévoiement  qui  amena  jusqu’à  vingt-cinq  selles  dans  une 
seule  nuit,  il  fallut  s’en  tenir  aux  moyens  extérieurs,  en  étudiant  la  température  conve¬ 
nable  pour  l’eau  de  gomme,  l’eau  albumineuse  et  la  décoction  blanche;  mais  la  nuit  sui¬ 
vante  un  second  accès  vint  démasquer  le  caractère  de  la  maladie.  Ne  pouvant  me  servir 
ni  de  l’estomac,  ni  du  rectum,  je  fis  placer  60  centigrammes  de  sulfate  de  quinine  mêlés 
à  4  grammes  d’axonge  dans  chaque  aisselle,  et  je  fis  tenir  les  bras  contre  le  corps;  il  n’y 
eut  plus  qu’un  léger  ressentiment,  on  put  faire  passer  la  décoction  blanche,  et  les  acci¬ 
dents  furent  enrayés.  La  malade  a  vécu  jusqu’à  quatre-vingt- sept  ans. 

État  réfractaire.  -  Lorsqu’une  diarrhée  ou  plutôt  un  dévoiement  est  réfractaire,  il  faut 
examiner  les  coïncidences  et  s’en  occuper,  si  cela  est  possible. 

La  femme  de  M,  D, . .,  pharmacien  de  province,  était  minée  par  une  diarrhée  qui  du¬ 
rait  depuis  plus  de  trois  ans;  elle  était  très  affaiblie  et  amaigrie,  lorsque  je  fus  consulté;  le 
charbon  de  bois  léger  (saule  ou  fusin)  pulvérisé,  parfaitement  impalpable  et  lavé,  fut  con¬ 
seillé  à  30  ou  40  centigrammes,  quatre  fois  par  jour,  avec  un  quart  de  cuillerée  à  café  de 
sirop  de  pavots  blancs.  Madame  s’est  parfaitement  rétablie. 

Si  le  charbon  n’est  rendu  absolument  impalpable,  il  n’a  aucune  action  sur  la  sécrétion 
biliaire. 

Dans  d’autres  cas  de  flux  bilieux,  un  milligramme  ou  deux  de  strychnine  dans  de  l’ami¬ 
don,  ou  un  tiers  de  centigramme  d’extrait  alcoolique  de  noix  vomique,  ont  calmé  des 
diarrhées  qui  ne  finissaient  pas  et  consumaient. 

Dans  d’autres  cas,  j’ai  combiné  le  charbon  et  le  sous-nitrate  de  bismuth  avec  succès. 

Art.  III,  Anomalies.  —  Il  est  difficile,  sans  les  avoir  observées,  de  se  faire  une  idée  des 
anomalies  nerveuses  qui  peuvent  se  rattacher  à  la  présence  d’une  inflammation  chro¬ 
nique,  même  circonscrite,  de  la  muqueuse  vaginale.  Je  crois  devoir  en  citer  quelques 
exemples. 

Premier  fait. — Une  jeune  femme,  âgée  de  vingt-cinq  ans,  était  accouchée,  à  vingt-un  ans, 
d’un  enfant  bien  portant.  Son  accouchement  avait  été  assez  laborieux,  mais  sans  aucun  acci¬ 
dent  particulier.  A  la  suite  de  sa  couche  ,  cette  personne  devint  sujette  à  une  céphalalgie  sus- 
occipitale  des  plus  fatigantes,  et  qui  ne  lui  laissa  dès  lors  presque  point  de  relâche.  Elle  éprou¬ 
vait  en  même  temps  un  flux  leucorrhéïque  très  abondant,  opaque,  et  parfois  même  sanguino¬ 
lent,  hors  le  temps  des  règles.  La  nutrition  était  en  bon  état,  il  n’y  avait  pas  de  fièvre,  l’exa¬ 
men  des  organes  sexuels  extérieurs  n’y  fit  reconnaître  aucune  altération.  Cependant,  quoique 
le  toucher  n’eût  fait  constater  aucune  lésion  du  col  utérin,  ni  du  corps  de  l’organe,  je  trouvai 
le  pourtour  de  Y  orifice  du  museau  de  tanche  entouré  d’une  auréole  rouge,  sensible  et  saignant 
facilementau  toucher,  ou  par  l’abstersionavec  un  simple  bourdonnet  de  coton  cardé.  La  rougeur 
remontait  dans  le  col  utérin.  Toute  la  partie  malade  fut  touchée  avec  le  nitrate  acide  de  mercure, 
d’abord  jusque  dans  l’orifice  utérin.  L’acide  nitrique  contenait  4  grammes  de  nitrate  de  mercure 
cristallisé,  sur  52  grammes  d’acide.  Des  injections  tempérées  furent  faites  immédiatement 
avec  un  clyso-pompe,  le  fond  du  vagin  fut  garni  d’amidon  en  poudre,  et  la  malade  se  releva 
du  lit  de  repos  sur  lequel  je  venais  de  l’opérer,  très  surprise  de  ne  plus  sentir  la  douleur  de 
tête  qui  la  fatiguait  depuis  quatre  ans  entiers.  Les  pansements  ont  été  faits  régulièrement 
pendant  un  mois  et  demi  avec  les  injections  et  l’amidon;  j’ai  pratiqué  pendant  cet  espace 
de  temps  quatre  ou  cinq  nouvelles  cautérisations  qui  ont  été  renouvelées,  de  moins  en  moins 
fortes  et  étendues,  jusqu’à  ce  que  la  partie  ait  cessé  de  rougir  le  bourdonnet  qui  servait  à 
l’abstersion. 

La  malade  venait  chez  moi  tous  les  jours  à  pied  ou  en  voiture  pour  ses  pansements.  La 
guérison  a  été  complète  dans  le  temps  indiqué ,  guérison  non-seulement  de  la  phlegmasie 


180  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

de  la  muqueuse,  du  col  utérin  et  de  la  leucorrhée,  mais  encore  de  la  céphalalgie  de  quatre  ans 
dont  il  n’a  plus  été  question  depuis  la  première  cautérisation.  Plusieurs  années  se  sont 
écoulées  depuis  cette  époque  ;  elle  a  eu  une  fièvre  scarlatine,  dans  laquelle  je  l’ai  vue  avec 
M.  Jadioux,  et  la  céphalalgie,  ni  le  flux  leucorrhéïque,  n’ont  reparu.  La  menstruation  est 
restée  régulière. 

Je  pourrais  citer  un  grand  nombre  de  faits  du  même  genre,  dans  lesquels  T  inflamma¬ 
tion  locale  était  le  point  de  départ  d’accidents  secondaires  qui  ont  cessé  plus  ou  moins 
instantanément  on  successivement,  ou  ont  du  moins  été  modifiés  avantageusement  par  la 
cautérisation  de  la  partie  enflammée.  Ainsi  des  gênes  de  la  respiration,  des  palpitations, 
des  dyspepsies,  des  douleurs  gastralgiques,  des  diarrhées,  des  constipations,  des  dépéris¬ 
sements,  etc.,  etc.,  associés  à  ces  sortes  d’inflammations  comme  coïncidence,  ont  été  dissi¬ 
pés  ou  amendés  d’une  manière  satisfaisante.  Si  je  voulais  citer  des  exemples,  je  ne  serais 
que  dans  l’embarras  du  choix. 

Deuxième  fait.— Une  jeune  femme,  svelte,  âgée  de  vingt-quatre  ans  environ,  était  tombée 
depuis  deux  ans  dans  un  dépérissement  considérable  ;  elle  avait  un  flux  leucorrhéïque  abon¬ 
dant,  dont  une  inflammation  chronique  du  museau  de  tanche  fut  reconnue  la  cause.  Le  traite¬ 
ment  que  je  viens  de  décrire  pour  la  précédente  fut  employé;  mêmes  cautérisations,  mêmes 
pansements  faits  chez  moi  ;  l’écoulement  augmenta  d’abord  à  la  suite  de  la  cautérisation, 
comme  cela  devait  être,  puis  diminua,  et  cessa  peu  à  peu  à  mesure  que  la  cicatrisation  s’opéra, 
sans  presque  laisser  de  traces,  comme  dans  le  cas  précédent.  Je  fus  obligé  d’associer  à  l’ami¬ 
don  un  dixième  d’alun  en  poudre  pour  maintenir  la  tendance  à  la  cicatrisation  et  raffermir 
la  muqueuse.  Cette  cicatrisation  fut  aussi  accélérée  à  la  fin  par  de  très  légères  cautérisa¬ 
tions  avec  le  nitrate  d’argent  fondu.  Bientôt  cette  personne  récupéra  la  coloration  et  l’em¬ 
bonpoint  qu’elle  avait  perdus  avec  ses  forces.  La  menstruation  a  repris  sa  régularité  ordi¬ 
naire,  elle  est  devenue  enceinte,  est  accouchée  sans  accidents,  et  jouit  de  la  meilleure  santé 
qu’elle  ait  eue. 

On  voit  par  les  deux  exemples  que  je  viens  de  citer  que  je  n’impose  pas  le  repos  de  la 
chaise  longue  à  ces  sortes  de  malades  ;  cette  pratique,  lorsqu’elle  n’est  pas  indispensable, 
a  de  grands  inconvénients  en  débilitant  la  constitution  et  en  augmentant  l’irritabilité. 
Elle  énerve  celles  qui  y  sont  soumises,  \oici  un  exemple  qui  fera  voir  ses  inconvénients, 
et  démontrera  son  inutilité. 

Troisième  fait  ;  inconvénient  du  repos  trop  prolongé.  —  Une  dame  de  province,  âgée  de 
vingt-sept  ans,  soufflait  depuis  une  couche,  airivée  quatre  ans  auparavant,  de  pesanteur  sur 
le  siège,  de  douleui  lombaiie  et  inguinale,  de  tiraillement  d’estomac  et  de  dyspnée,  variant 
selon  les  positions  qu’elle  prenait  et  selon  les  aliments  dont  elle  se  nourrissait  ;  le  flux  leu¬ 
corrhéïque  était  peu  abondant,  et  la  menstruation  irrégulière,  avec  augmentation  des  souf¬ 
frances  aux  époques  des  règles  ;  on  lui  avait  fait  garder  le  repos  absolu,  sur  la  chaise  longue, 
depuis  plus  de  trois  ans  et  demi,  lorsqu’elle  se  fit  conduire  à  Paris.  L’examen  de  sa  situation 
me  fit  reconnaître  un  grand  affaiblissement  de  la  ligne  blanche  avec  abaissement  de  l’utérus, 
qui  était  sans  tuméfaction,  et  présentait  un  état  inflammatoire  chronique,  dans  l’intérieur  et 
autour  du  museau  de  tanche.  Elle  était  amaigrie,  faible,  très  impressionnable  et  mal  colorée; 
on  s’était  borné  à  la  position  horizontale  et  à  des  injections  de  décoction  de  pavots;  afin  de 
décomposer  les  éléments  de  son  état  de  souffrance,  je  lui  fis  faire  une  ceinture  avec  un  cous¬ 
sin  hypogastrique  qui  pût  soutenir  les  viscères  supérieurs  du  ventre  (au  moins  en  partie),  afin 
de  les  empêcher  de  peser  autant  sur  l’utérus,  que  je  fis  soutenir  par  en  bas  au  moyen  d’une 
garniture  et  d’un  coussinet  périnéal.  Grâce  à  cet  appareil,  cette  personne  put  se  tenir  debout 
et  assise,  sans  souffrir  comme  auparavant,  et  elle  put  commencer  à  marcher;  je  la  laissai  se 
promener  dans  la  ville  pendant  quelques  jours,  après  lesquels,  le  flux  leucorrhéïque  conti¬ 
nuant,  je  m’occupai  de  la  phlegmasie  chronique  du  museau  de  tanche.  Toute  la  partie  rouge 
et  granulée  fut  cautérisée  avec  le  nitrate  acide  cl’abord,  et  ensuite  avec  le  nitrate  d’argent 
fondu;  les  pansements  furent  faits  d’abord  avec  de  l’amidon  en  poudre  et  avec  des  irrigations 
Plus  tard  je  joignis  à  l’amidon  une  petite  proportion  d’alun,  qui  irrita  et  fut  aussitôt  remplacé 
par  la  céruse.  Les  premières  cautérisations  furent  faites  chez  elle  comme  les  premiers 
pansements  ;  mais  ensuite  la  malade,  comme  d’autres,  venait  dans  mon  cabinet.  Elle  est  re¬ 
tournée  chez  elle  après  deux  mois  et  demi  de  séjour  à  Paris,  qu’elle  avait  visité  dans  tous 


REVUE  CRITIQUE.  181 

ses  détails;  elle  continue  à  porter  sa  ceinture, rsa  garniture;  elle  est  devenue  enceinte  depuis, 
et  est  accouchée  heureusement.  Je  ne  me  suis  pas  servi  du  pessaire  pour  soutenir  l’utérus,  eu 
égard  à  l’excès  de  son  irritabilité. 

Je  pourrais  fournir  un  grand  nombre  d’exemples  semblables,  dans  lesquels  le  repos 
absolu  dans  la  position  horizontale  a  été  nuisible  à  la  constitution,  sans  avantage  pour  la 
maladie  locale  :  ce  qui  m’a  fait  depuis  longtemps  renoncer  à  cette  pratique  toutes  les  fois 
que  d’autres  accidents  ne  m’ont  pas  obligé  à  la  tolérer. 

Telle  est  la  médication  que  j’ai  employée  et  que  j’emploie  depuis  longtemps  dans  le 
traitement  des  inflammations  chroniques  de  la  muqueuse  vaginale  et  utérine,  ainsi  qu’un 
grand  nombre  d’entre  vous  en  ont  été  témoins;  car,  dans  l’intérêt  de  l’exactitude  du 
diagnostic  et  des  malades,  je  n’agis  jamais  dans  ces  sortes  de  cas  sans  un  coopérateur,  à 
moins  qu  on  ne  me  le  refuse  absolument,  et  alors  même  j’en  cherche  de  bénévoles. 
MM.  Marjolin,  Nacquart,  Jules  Cloquet,  Blandin,  Breschet,  Âmussat,  Leuret,  Maison¬ 
neuve,  Tessier,  etc.,  etc.,  etc.,  connaissent  T  authenticité  que  je  donne  à  mes  diagnostics 
et  à  mes  traitements,  afin  d’arriver  plus  promptement  et  plus  sûrement  à  une  médication 
convenable  dans  ces  sortes  de  maladies. 


REVUE  CRITIQUE. 


Ol&irur^ie. 


SUR  LA  NOUVELLE  OPÉRATION  PROPOSÉE  POUR 

la  guérison  des  opacités  de  la  cornée,  par 

M.  Malgaigne. 

La  lettre  que  nous  avons  adressée  à  l’Aca¬ 
démie  des  sciences  (voir  ci-devant,  page  154) 
a  produit  quelque  rumeur  parmi  les  chirur¬ 
giens,  mais  surtout  parmi  les  ophthalmolo- 
gistes.  Plusieurs  ont  bien  voulu  nous  écrire 
pour  nous  avertir  que  nous  n’avions  nul  droit 
à  la  priorité  ;  ce  qui,  après  tout,  importe  assez 
peu;  et  puis,  que  nous  nous  étions  gravement 
trompés  sur  les  résultats  de  nos  expériences  , 
ce  qui  serait  infiniment  plus  grave.  M.  Des¬ 
mares  s’est  chargé  de  porter  ces  deux  ordres 
d’objections  devant  l’Académie  des  sciences  ;  et 
M.  Magne  a  bien  voulu  prendre  la  peine  de  ré¬ 
futer  M.  Desmares,  du  moins  sur  la  valeur 
réelle  de  l’opération.  De  l’Institut  la  question 
a  passé  dans  les  journaux,  qui  se  sont  tenus 
généralement  dans  une  prudente  réserve.  Les 
Annales  de  Thérapeutique  y  ont  consacré  un 
article  fort  substantiel,  que  nous  aurions  ana¬ 
lysé  avec  un  grand  plaisir,  si  les  faits  et  les 
considérations  qu’il  renferme  ne  devaient  faire 
partie  d’un  travail  plus  étendu,  que  nous  pré¬ 
parons  nous- même.  Disons  seulement  que 
M.  Rognetta,  ayant  voulu  répéter  l’excision 
d’une  simple  lame  sur  la  cornée  d’un  lapin,  n’a 
pas  pu  y  parvenir.  Gela  peut  prouver  seule¬ 
ment  que  l’opération  est  fort  délicate  ;  et,  de 
fait,  dans  une  de  nos  opérations  sur  l’homme, 
la  cornée  a  été  perforée  en  un  point.  Cepen¬ 
dant  nous  n’avons  pas  éprouvé  chez  les  la¬ 
pins  de  ces  difficultés  qu’a  rencontrées 
M.  Rognetta. 

Ce  chirurgien  ajoute  qu’il  serait  à  désirer 


que  les  suites  d’une  opération  aussi  impor¬ 
tante  fussent  déjà  rendues  publiques.  Il  n’a 
pas  fait  attention  sans  doute  que  les  adver¬ 
saires  de  cette  opération  déclarent  que  la 
cornée  pourra  bien  apparaître  transparente 
dans  les  premiers  temps  ;  mais  que  l’opacité 
reviendra  inévitablement  un  peu  plus  tard. 
Annoncer  prématurément  des  résultats  heu¬ 
reux,  serait  donc  s’exposer  à  la  triste  néces¬ 
sité  de  les  démentir  plus  tard;  et  si,  pour  sa¬ 
tisfaire  au  désir  exprimé  par  les  Annales  de 
Thérapeutique  ,  nous  indiquons  rapidement 
ce  qui  est  arrivé  à  notre  première  opérée, 
c’est  en  faisant  nous-même  toutes  réserves 
quant  aux  conséquences  ultérieures. 

Il  y  a  maintenant  plus  de  deux  mois  que  la 
première  opération  a  été  faite.  Des  impru¬ 
dences  réitérées  de  la  malade  nous  ont  fait 
regarder  d’abord  tout  espoir  comme  perdu  ; 
après  une  vive  inflammation,  la  cornée  sem  - 
blait  aussi  opaque  que  devant.  Puis,  peu  à  peu, 
à  notre  grande  admiration,  les  taches  résul¬ 
tant  de  l’opération  se  sont  éclaircies;  l’œil  a 
commencé  à  distinguer  les  objets;  bientôt  la 
jeune  fille  a  reconnu  les  lettres  majuscules; 
puis  les  caractères  ordinaires  d’un  gros  volu¬ 
me;  ret  enfin,  il  y  a  8  jours,  elle  a  lu  en 
pleine  clinique  une  ligne  en  caractère  gail¬ 
larde.  Elle  a,  du  reste,  été  visitée  à  l’hôpital 
par  plusieurs  chirurgiens  du  Bureau  central 
et  des  hôpitaux,  qui  ont  pu  juger  de  l’amélio¬ 
ration  progressive.  Il  n’y  a  jamais  eu  ni  di¬ 
plopie,  ni  saillie  de  la  cornée,  rien  de  ces  pé¬ 
rils  imaginaires  dont  on  prétendait  nous 
effrayer  par  avance. 

Cette  guérison  persistera-t-elle?  Nous  le 


182  REVUE  CRITIQUE. 


saurons  ;  car  nous  avons  pris  soigneusement 
l’adresse  de  la  malade,  qui  a  promis  d’ailleurs 
de  revenir  à  notre  consultation  tous  les 
quinze  jours.  Il  y  a  un  autre  opéré  dans  nos 
salles,  mais  trop  peu  avancé  pour  en  parler; 
et  deux  autres  malades  réservés  probablement 
à  l'opération.  Tous  les  faits  seront  d’ailleurs 
publiés  in  extenso,  quel  qu’en  soit  le  résultat  ; 
nous  pouvons  toutefois  ajouter  ici  déjà  le 
résultat  d’une  expérience  qui  n’a  pu  être 
poussée  plus  loin,  l’animal  ayant  succombé  à 
des  causes  étrangères.  C’était  un  lapin  qui 
avait  subi  l’opération,  et  avait  eu  à  la  suite 
la  cornée  fort  opaque.  Nous  fûmes  fort  sur¬ 
pris  de  trouver  six  semaines  après  que  l’opa¬ 
cité  avait  diminué  de  plus  des  trois  quarts; 
et  voulant  aider  la  nature  en  quelque  chose, 
nous  avions  chargé  un  de  nos  internes  d’ap¬ 
pliquer  sur  l’œil  dudit  lapin  une  pommade 
résolutive,  lorsque  l’animal  succomba  comme 
il  vient  d’être  dit.  Tout  cela  est  de  date  en¬ 
core  trop  récente  pour  emporter  les  convic¬ 
tions;  il  est  remarquable  pourtant  que  jus¬ 
qu’ici  les  prédictions  fâcheuses  de  nos  ophthal- 
mologistes  se  sont  trouvées  en  désaccord  com¬ 
plet  avec  l’observation. 


NOUVELLE  DOCTRINE  DE  L’iNFECTlON  PURULENTE; 

lettre  a  M.  le  professeur  Blandin,  par  J.- 

P.  Tessier. 

Cette  lettre,  publiée  dans  le  numéro  de  dé¬ 
cembre  de  la  Gazette  médicale ,  est  la  deuxième 
en  date  ;  la  première  remonte  au  mois  de 
juin,  et  M.  Blandin  y  avait  fait  une  réponse. 
On  sait,  du  reste,  que  la  doctrine  professée  par 
M.  Tessier  est  d’une  date  beaucoup  plus  an¬ 
cienne;  il  l’avait  émise  dès  1856  dans  un  mé¬ 
moire  présenté  à  l’Académie  royale  de  méde¬ 
cine,  et  dès  lors  il  avait  trouvé  dans  M.  Blan¬ 
din  un  redoutable  adversaire  ;  il  l’avait  expo¬ 
sée  avec  un  grand  éclat  dans  V Expérience  en 
1858,  et  il  la  soutient  aujourd’hui  avec  autant 
de  persévérance  que  M.  Blandin  en  met  de 
son  côté  à  la  combattre.  Si  un  débat  qui  dure 
depuis  six  ans  n’a  pu  ébranler  les  convictions 
contraires  de  deux  observateurs  si  recomman¬ 
dables,  il  faut  assurément  que  la  question  soit 
bien  ardue  et  difficile.  Commençons  par  rap¬ 
peler  rapidement  les  principaux  termes  de  la 
discussion. 

M.  Blandin  a  donné  le  premier  le  nom 
d 'infection  purulente  à  cet  état  dans  lequel  le 
sang  mêlé  dans  ses  propres  vaisseaux,  non 
pas  seulement  avec  les  éléments  du  pus,  mais 
bien  avec  le  pus  en  nature ,  est  transporté 
ainsi  altéré  dans  toute  l’économie  et  distribué 
dans  tous  les  organes.  Cette  infection,  selon 
lui,  est  toujours  la  conséquence  d’une  inflam¬ 
mation  vasculaire,  veineuse  le  plus  souvent, 
qui  s’est  terminée  par  suppuration,  le  pus  se 
trouvant  entraîné  par  les  courants  sanguins 


voisins  du  lieu  ou  il  s  est  formé  ;  et  l’infec¬ 
tion  une  fois  produite  engendre  à  son  tour  les 
abcès  dits  métastatiques.  Mais,  comme  cet 
entraînement  n’est  pas  toujours  possible,  la 
phlébite  ne  constitue  qu’une  prédisposition  à 
l’infection  purulente;  en  sorte  que,  chez  les 
blessés  ou  les  opérés,  il  peut  se  développer  trois 
états  morbides  fort  graves  :  la  phlébite,  l’in¬ 
fection  purulente,  et  les  abcès  métastatiques; 
de  telle  façon  que  le  premier  est  la  cause 
d’où  les  deux  autres  découlent  plus  ou  moins 
immédiatement,  et  dont  il  importe  d’autant 
plus  d’opérer  la  distinction ,  que  leur  succes¬ 
sion,  bien  que  très  fréquente,  n’est  cependant 
ni  constante  ni  nécessaire.  Telle  est  exacte¬ 
ment  la  doctrine  de  M.  Blandin. 

M.  Tessier  rejette  ce  passage  du  pus  dans 
le  sang;  au  lieu  d’une  infection,  il  y  a,  selon 
lui,  diathèse  et  fièvre  purulente;  et  il  écrit 
en  propres  termes  :  —  «  La  fièvre  purulente 
ne  peut  pas  résulter  du  passage  du  pus  dans 
le  sang  à  la  suite  des  phlébites  suppurées, 
parce  que  ce  passage  est  impossible ,  attendu 
que  le  pus,  à  toutes  les  périodes  de  l’inflam¬ 
mation  veineuse,  est  séquestré  dans  le  canal 
de  la  veine  enflammée  par  des  caillots  et  des 
fausses  membranes.  »  Sans  doute  la  doctrine 
ne  s’arrête  point  là  ;  et  en  supposant  la  théo¬ 
rie  de  l’infection  détruite ,  il  s’agit  de  savoir 
si  la  théorie  de  la  diathèse  est  mieux  appuyée  ; 
mais  la  discussion  actuelle  est  tout  entière 
renfermée  dans  ces  termes;  M.  Blandin  ad¬ 
mettant  que  le  passage  du  pus  est  quelquefois 
impossible  ,  M.  Tessier  affirmant  qu’il  l’est 
toujours. 

Déprimé  abord,  nous  dirons  que  la  question 
nous  paraît  mal  posée,  et  que  la  conclusion  de 
M.  Tessier  déborde  un  peu  trop  ses  prémis¬ 
ses.  A  lui  permis,  au  cas  où  il  l’aura  prouvé, 
de  dire  qu’il  n’existe  pas  un  seul  fait  dé¬ 
montrant  le  passage  du  pus  d’une  phlébite 
dans  'a  circulation  générale;  mais  affirmer 
que  ce  fait  inobservé  aujourd’hui  ne  se  pré¬ 
sentera  pas  demain,  cela  ne  convient  qu’aux 
sciences  dont  les  principes  sont  mieux  arrêtés 
que  les  nôtres.  Ne  disputons  point  du  possible 
ou  de  l’impossible  ;  nous  avons  déjà  bien  assez 
de  nous  débattre  avec  les  réalités. 

La  vraie  question  est  donc  de  savoir  s’il  y 
a  des  faits  qui  prouvent  le  passage  du  pus 
dans  le  sang.  M.  Blandin  allègue  d’abord  ses 
observations  propres;  et  il  y  joint  celles  de 
Hunter,  de  Dance  et  d 'une  foule  d’autres. 

Nous  ferons  bon  marché  des  observations 
beaucoup  trop  vantées  de  Dance  ;  M.  Tessier 
en  a  fait  une  critique  si  rude  et  si  décisive, 
que  le  mieux  sera  désormais  de  les  laisser  à 
l’écart.  Celles  de  M.  Cruveilhier  sont  beaucoup 
plus  exactes,  et  nul  autre  anatomiste  peut-être 
n’a  si  bien  étudié  les  diverses  phases  de  la 
phlébite.  Mais  la  description  tracée  par  cet 
habile  professeur  est  précisément  toute  en 


REVUE  CRITIQUE. 


faveur  des  idées  soutenues  par  M.  Tessier  ;  et 
il  nous  sera  permis  d’ajouter  que,  tout  récem¬ 
ment,  ayant  demandé  à  M.  Cruveilhier  lui- 
même  s’il  avait  vu  le  pus  communiquant  libre¬ 
ment  avec  le  sang  dans  une  veine,  il  nous  ré¬ 
pondit,  après  y  avoir  songé  un  instant,  qu’il 
n’oserait  ni  l’affirmer  ni  le  nier,  mais  qu’il 
n’en  avait  aucun  souvenir. 

Mais  la  discussion  devient  plus  difficile  avec 
M.  Blandin  qui  affirme,  lui ,  avoir  vu  ce  que 
M.  Cruveilhier  n’a  point  vu,  ce  que  Dance 
n’avait  fait  qu’imaginer,  ce  que  M.  Tessier 
refuse  d’admettre.  C’est  même  à  propos  d’une 
observation  recueillie  dans  le  service  de 
M.  Blandin  que  s’est  élevé  ce  nouveau  dé¬ 
bat.  Voyons  donc  en  quoi  consiste  cette  obser¬ 
vation. 

Un  opéré  meurt  avec  tous  les  symptômes 
de  l’infection  purulente.  A  l’autopsie  on  trouve 
des  abcès  métastatiques  dans  les  poumons,  et, 
en  en  recherchant  la  cause,  une  phlébite  avec 
suppuration  dans  la  veine  crurale.  Toutefois, 
immédiatement  au-dessus  de  la  collection  pu¬ 
rulente,  «  il  existe  un  caillot  fibrineux,  ou 
plutôt  formé  de  pus  concret,  et  qui  adhère 
aux  parois  de  la  veine  dans  toute  sa  circon¬ 
férence,  et  dans  la  longueur  de  2  ou  5  centi¬ 
mètres.  Ces  adhérences  sont  assez  solides 
pour  empêcher  le  pus  de  gagner  la  partie 
supérieure  et  de  passer  dans  le  torrent  cir¬ 
culatoire.  » 

Il  faut  en  convenir ,  si  la  théorie  du  pas¬ 
sage  direct  du  pus  dans  le  sang  n’avait  pas 
en  sa  faveur  de  faits  plus  concluants,  il  serait 
difficile  de  comprendre  comment  elle  aurait 
séduit  tant  d’excellents  esprits;  et  M.  Tessier 
demande  à  juste  titre  comment  le  pus  aurait 
pu  franchir  cette  barrière  d’un  caillot  si  adhé¬ 
rent  et  si  Solide.  M.  Blandin  a  prévu  l’objec¬ 
tion;  il  y  répond  par  avance  en  alléguant  que 
«  ce  bouchon  était  formé  par  du  pus  concret, 
ou  que  tout  au  moins  il  s’était  laissé  pénétrer 
par  le  pus  placé  au-dessous  de  lui;  or,  ajoute- 
t-il,  dans  l’une  ou  l’autre  hypothèse,  il  n’a  pas 
pu  s’opposer  à  l’entraînement  du  pus  par  le 
courant  sanguin  de  la  veine  saphène  interne, 
avant  sa  solidification  dans  le  premier  cas, 
après  son  imbibition  purulente  dans  le  se¬ 
cond.  »  Ces  explications  sont-elles  bien  sa¬ 
tisfaisantes?  M.  Blandin  lui-même  ne  les  a 
données  qu’à  titre  d’hypothèses  ;  et  nous  ne 
voyons  dans  la  réalité  pure  qu’un  caillot  qui, 
selon  les  termes  de  l’ohservateur  même,  em¬ 
pêchait  le  passage  du  pus. 

Jusque-là  donc,  M.  Tessier  triomphe;  les 
faits  sont  pour  lui  ou  du  moins  ne  sont  pas 
contre  lui.  Manifestement ,  pour  ruiner 
sa  doctrine  ,  il  faudrait  lui  faire  voir  des 
phlébites  suppurées  non  limitées  par  un  cail¬ 
lot  ou  par  une  inflammation  adhésive.  Or 
J.  Hunter,  qui  le  premier  a  jeté  une  si  vive 
lumière  sur  l’histoire  de  la  plilébite,  a  précisé¬ 


133 

ment  noté  un  cas  de  ce  genre;  nous  le  repro¬ 
duirons  littéralement  ; 

«  En  examinant,  dit  Hunter,  le  bras  d’un 
homme  qui  était  mort  à  l’hôpital  Saint-Geor¬ 
ges,  je  trouvai  les  parois  des  veines,  tant  au 
dessous  qu’au  dessus  de  l’ouverture  faite  par 
la  lancette,  réunies  en  plusieurs  endroits  par 
l’infiammation  adhésive.  J’observai  aussi  que, 
dahs  plusieurs  parties  de  la  surface  interne 
des  veines ,  la  suppuration  avait  commencé, 
comme  on  l’observe  sur  les  surfaces  enflam¬ 
mées,  mais  qu’elle  n’était  pas  encore  arrivée 
à  la  période  d’ulcération.  Dans  plusieurs  au¬ 
tres  points,  l’ulcération  avait  détruit  le  tissu 
de  la  veine  dans  la  direction  de  la  surface  du 
corps  :  il  s’était  formé  un  abcès  circonscrit. 
Auprès  de  Vaisselle,  la  veine  avait  suppuré  ; 
mais  au-delà  de  cette  région  il  ne  s’était 
point  formé  d’adhérence,  de  sorte  que  le  pus 
avait  eu  un  libre  passage  dans  la  circula¬ 
tion  générale,  et  c'était  probablement  cette 
circonstance  qui  avait  causé  la  mort.  » 

Ce  fait  rappelé  par  M.  Blandin  paraît  avoir 
un  peu  tourmenté  M.  Tessier.  Il  cherche  donc 
à  en  détruire  l’autorité,  et  il  s’écrie  : 

«  Est-ce  là  un  fait  constaté?  La  veine,  dit- 
il,  avait  suppuré;  mais  a-t-il  trouvé  du  pus, 
oui,  ou  non?  S’il  en  a  trouvé,  il  peut  donc  se 
former  un  abcès  sans  adhérence,  ce  qui  est 
contraire  à  ce  qu’il  vient  de  dire  ;  s’il  n’en  a 
pas  trouvé,  comment  peut-il  affirmer  que  la 
veine  a  suppuré?  » 

Malgré  toute  la  rareté  et,  si  l’on  veut,  l’étran¬ 
geté  du  tait,  ces  objections  ne  nous  semblent 
point  recevables.  Est-ce  là  un  fait  constaté ? 
M.  Tessier  n’a  pas  voulu  dire  sans  doute  que 
Hunter  l’aurait  inventé  ;  seulement  il  paraît 
croire  que  l’observateur  s’est  trompé;  et  delà 
ce  dilemme:  a-t-il  trouvé  du  pus,  oui  ou  non ? 
Il  est  à  présumer  qu’il  en  a  trouvé,  puisqu’il 
affirme  que  la  veine  avait  suppuré  ;  et  le  der¬ 
nier  refuge  de  M.  Tessier  est  dans  cet  argu¬ 
ment:  s’il  en  a  trouvé,  il  peut  donc  se  for¬ 
mer  un  abcès  sans  adhérence,  ce  qui  est  con¬ 
traire  à  ce  qu’il  vient  de  dire.  * 

Mais  quand  Hunter  aurait  observé  un  fait 
contraire  à  ses  théories ,  êtes-vous  donc  en 
droit  de  conclure  pour  les  théories  contre  le 
fait?  Il  faudrait,  comme  vous-même  vous  l’a¬ 
vez  dit  de  Dance,  louer  hautement  l’observa¬ 
teur  d  avoir  laissé  lé  fait  intact  et  fourni  ainsi 
des  preuves  contre  lui-même.  Est-il  vrai  ce¬ 
pendant  que  Hunter  se  soit  contredit?  En  au¬ 
cune  façon  ;  Hunter  dit  seulement  que  quelque¬ 
fois  l’inflammation  adhésive  obstrue  la  veine 
entre  le  point  qui  suppure  et  le  cœur,  et 
qu’alors  le  pus  s’accumule  dans  un  foyer  cir¬ 
conscrit,  ce  qui  constitue  un  abcès  :  et  il  dit 
non  moins  nettement  que  quand  le  pus  passe 
librement  dans  le  sang,  il  ne  s’accumule  pas 
en  foyer,  ce  qui  est  très  clair,  et  conséquem¬ 
ment  qu’il  n’y  a  pas  d’abcès  possible.  Ce  qu 


184 


REVUE  CRITIQUE. 


n’empêche  pas  qu’on  ne  trouve  du  pus  dans  la 
veine,  comme  on  en  trouve  dans  les  veines 
enflammées  ouvertes  à  la  surface  du  moignon. 

Mais  l’observation  de  J.  Hunter  est-elle  si 
rare,  après  tout,  qu’il  soit  difficile  d’en  citer 
d’analogues?  M.  Blandin,  d’un  côté,  affirme 
qu’il  a  vu  dans  des  phlébites  suppurées  le  pus 
libre  dans  la  cavité  de  la  veine;  M.  Bérard 
aîné,  qui  a  traité  cette  question  à  l’article  pus 
du  Dictionnaire  en  50  volumes,  dit  avoir  fré¬ 
quemment  constaté  que  le  pus  contenu  dans 
les  veines  pouvait  être  sans  obstacle  conduit 
du  côté  du  cœur;  il  rapporte  un  fait  de 
M.  Velpeau  qui  paraît  hors  de  toute  espèce  de 
doute  ;  et  pourquoi  d’ailleurs  aller  chercher 
si  loin  des  exemples  ?  M.  Tessier  lui-même  a 
déclaré  quelque  part  qu’il  en  avait  vu  plusieurs; 
seulement  il  a  tenté  d’en  donner  une  inter¬ 
prétation  qui  sauvât  sa  théorie.  Suivant  lui, 
donc  : 

«  Il  arrive  souvent  qu’au  moment  même  où 
une  phlébite  se  développe ,  le  sang  est  déjà 
modifié  sous  l’influence  de  la  diathèse  purulen¬ 
te...  Dans  ces  cas,  lorsqu’une  phlébite  s’arrête 
à  une  certaine  distance  d’une  grosse  veine 
collatérale,  il  reste  entre  le  caillot  obtura¬ 
teur  et  cette  collatérale  une  portion  de  veine 
dans  laquelle  le  sang  stagne...  Ce  sang  sta¬ 
gnant  se  présente  tantôt  à  l’état  de  caillots 
demi-liquides  et  noirâtres,  tantôt  à  l’état  de 
fluide  noirâtre  et  non  coagulable,  tantôt  à 
l'état  de  pus...  Mais  ce  sang  purulent  ne  ré¬ 
sulte  pas  d’un  mélange  du  pus  contenu  dans 
le  foyer;  en  effet,  je  l’ai  toujours  trouvé  isolé 
du  foyer  par  une  adhérence  obturatrice.... 
Dans  ce  cas- ci,  la  veine  n’est  point  enflammée, 
et  elle  conserve  ses  caractères  de  souplesse 
et  de  transparence  dans  ses  parois.  Ce  sang, 
plus  ou  moins  purulent,  peut  évidemment  se 
mêler  au  torrent  circulatoire;  mais  c’est  là 
une  circonstance  fort  indifférente,  si  le  sang 
qui  circule  est  déjà  lui-même  en  voie  de  trans¬ 
formation.  » 

Au  point  où  nous  sommes  arrivés,  nous 
pouvons  bien  arrêter  et  clore  le  débat;  car 
tout  le  monde  est  d’accord  sur  la  réalité  des 
faits  ;  c’est  sur  l’interprétation  seule  que  Ton 
diffère.  Ainsi,  en  résumé: 

1°  Il  y  a  des  phlébites  dans  lesquelles  le 
pus  est  exactement  limité  par  des  caillots  ou 
par  des  adhérences.  Alors  les  adversaires  de 
M.  Tessier  présument  que  le  pus,  par  infiltra¬ 
tion  ou  de  toute  autre  maniéré,  peut  encore 
se  mêler  avec  le  sang;  le  fait  nous  paraît  ré¬ 
pugner  absolument  à  cette  hypothèse  ; 

2°  Il  y  a  des  cas  dans  lesquels  le  pus  est 
libre  dans  la  veine,  et  peut  évidemment  se 
mêler  au  torrent  circulatoire  ;  mais  M.  Tes¬ 
sier  prétend  qu’alors  il  n’y  point  de  phlébite, 
mais  bien  transformation  directe  du  sang  en 
pus  sous  l’influence  de  la  diathèse  puru¬ 
lente;  et  comme  preuve,  il  avance  que  la 


veine  garde  sa  souplesse  et  sa  transparence. 

Cette  interprétation  est-elle  admissible? 
Nous  n’avons  jamais  vu  de  cas  de  ce  genre, 
et  nousne  saurions  répondre  parnous-mêmes. 
Les  adversaires  de  M.  Tessier  ne  l’ont  pas 
encore  suivi  sur  ce  terrain,  et  la  première 
question  à  résoudre  désormais  sera  de  savoir 
si,  dans  ces  cas  de  libre  communication  du 
pus,  la  veine  est  ou  non  altérée  dans  sa  tex¬ 
ture,  en  un  mot,  s’il  y  a  ou  s’il  n’y  a  pas  phlé¬ 
bite.  Jusque-là  nous  nous  tiendrons  dans  le 
doute  sur  la  valeur  définitive  de  Tune  et  de 
l’autre  théorie. 


de  l’l\ütilité  de  l’extirpation  des  cancers, 
par  M.  Leroy  d’Étiolle. 

Tel  est  le  titre  qui  conviendrait  le  mieux  à  un 
mémoire  sur  la  diathèse  et  la  dégénérescence 
cancéreuses ,  lu  récemment  à  l’Institut  par 
M.  Leroy  d’Etiolles.  Frappé  du  dissentiment 
qui  règne  parmi  les  praticiens  au  sujet  de 
l’opération  du  cancer,  et  désirant  pour  son 
propre  compte  savoir  précisément  à  quoi  s’en 
tenir,  il  a  cherché  à  faire  une  statistique  des 
affections  cancéreuses;  après  avoir  dressé 
en  diverses  langues  des  tableaux  indiquant  les 
points  à  éclaircir,  il  les  a  adressés  aux  univer¬ 
sités,  aux  sociétés  savantes,  aux  médecins 
les  mieux  placés;  et  c’est  ainsi  qu’il  a  obtenu 
des  renseignements  de  tous  les  départements 
du  royaume,  et  de  plusieurs  pays  étrangers. 
En  attendant  une  collection  plus  complète  de 
ce  côté ,  il  a  commencé  par  réunir  ses  docu¬ 
ments  français,  et  ce  premier  travail  com¬ 
prend  une  masse  de  2781  faits  recueillis  par 
174  médecins.  Des  chiffres  aussi  imposants 
lui  permettaient  d’éclaircir  plusieurs  questions 
de  l’histoire  des  cancers,  même  en  dehors  du 
traitement;  voyons  à  quels  résultats  il  a  été 
conduit. 

En  examinant  d’abord  l’âge  des  sujets,  on 
trouve  que  sur  ces  2781  malades, 

1227  avaient  plus  de  40  ans; 

1061  avaient  plus  de  60  ans. 

Si  Ton  recherche  ensuite  la  fréquence  rela¬ 
tive  du  cancer  dans  diverses  organes,  on  voit 
que  le  cancer  de  l’utérus  figure  dans  la  masse 
pour  ; — celui  des  seins  pour  le  can¬ 
cer  des  lèvres  chez  les  hommes  (probable¬ 
ment  par  suite  de  l’usage  de  la  pipe) , 
pour  chez  les  femmes  seulement  pour 
t  centième. 

Quant  aux  influences  sous  lesquelles  se  dé¬ 
veloppe  le  cancer,  M.  Leroy  établit  que  la 
transmission  héréditaire  est  pour  1  dixième 
seulement,  les  scrofules  pour  un  dixième, 
la  syphilis  pour  1  cinquième;  pour  le  reste  la 
cause  première  est  inconnue. 

Nous  rapportons  ici  exactement  les  données 
échappées  à  l’auteur  ;  nous  disons  échappées , 
car  il  est  évident  qu’une  statistique  aussi  va- 


185 


REVUE  CRITIQUE. 


gue  et  aussi  incomplète  perd  presque  toute  sa 
valeur.  M.  Leroy  a  prévu  ce  reproche  ;  il 
répond  par  avance  quTZ  n’a  pas  eu  la  pensée 
défaire  ressortir  de  cette  statistique  toutes 
les  déductions  qu’on  peut  y  puiser.  Mais  c’est 
précisément  de  quoi  nous  nous  plaignons; 
et  s’il  n’a  pas  voulu  se  livrer  lui-même  à 
ce  travail,  au  moins  aurait-il  dû  publier 
ses  tableaux ,  afin  que  les  déductions 
n’en  fussent  pas  perdues.  Sur  la  question 
même  qui  a  principalement  attiré  son  atten¬ 
tion,  la  question  de  la  terminaison  du  cancer 
opéré  ou  non  opéré,  nous  regrettons  de  ne 
pas  trouver  beaucoup  plus  de  précision  et  de 
netteté. 

«  Ce  que  je  demande  aujourd’hui  à  cette 
statistique,  dit  l’auteur,  ce  que  nous  ne  pour¬ 
rions  attendre  d’aucune  autre,  c’est  de  nous 
apprendre  si  l’on  fait  vivre  plus  longtemps  en 
extirpant  le  mal  qu’en  l’abandonnant  aux  seuls 
efforts  delà  nature.  Eh  bien!  nous  trouvons 
que  sur  1192  malades  non  opérés  qui  vivent 
encore  ou  qui  sont  morts  cancéreux,  18  ont 
vécu  plus  de  trente  ans  après  le  développe¬ 
ment  de  la  maladie,  laquelle  parvenue  à  un 
certain  degré  demeurait  stationnaire  et  indo¬ 
lente  ;  tandis  que  sur  801  cancéreux  opérés, 
soit  par  l’instrument  tranchant,  soit  par  les 
caustiques,  nous  en  trouvons  4  seulement  dont 
l’existence  se  soit  prolongée  pendant  le  même 
laps  de  temps. 

«  Pour  la  durée  de  20  à  50  ans,  nous  trou¬ 
vons  34  non  opérés,  14  opérés. 

«  Pour  la  période  de  6  à  20,  la  catégorie 
des  opérations  nous  donne  88,  et  celle  de  la  non 
extirpation  228.  L’avantage  sous  le  rapport  des 
longues  durées  d’existence  n’est  pas,  comme 
on  le  voit,  du  coté  des  opérations.  » 

Il  y  a  d’abord  une  erreur  matérielle  dans 
les  chiffres  que  M.  Leroy  devra  corriger; 
1192  malades  non  opérés  et  801  opérés  font 
un  total  de  1993  malades;  en  sorte  qu’il  en 
reste  788,  d’après  son  compte,  qui  ne  figurent 
ni  dans  l’une  ni  dans  l’autre  catégorie,  et 
qu’il  est  urgent  d’y  réintégrer. 

Et  puis,  comment  dans  ces  opérations  con¬ 
fondre  celles  qui  ont  été  pratiquées  pour  le 
cancer  des  lèvres  par  exemple  ,  où  la  morta¬ 
lité  est  très  faible,  et  les  extirpations  du  sein, 
où  la  mortalité  est  très  forte  ?  Sans  doute  en 
montrant  que  l’opération  tue  fréquemment 
par  elle-même,  la  thèse  que  soutient  M.  Le¬ 
roy  aura  un  argument  de  plus  ;  mais  notre 
rôle  à  nous  n’est  pas  de  renforcer  ou  d’affai¬ 
blir  à  priori  une  thèse  quelconque;  ce  qui 
nous  importe  est  d’avoir  des  documents  clairs 
et  précis. 

Après  les  malades  qui  ont  vécu  le  plus  long¬ 
temps,  M.  Leroy  revient  à  ceux  qui  ont  vécu 
le  moins  longtemps. 

«  Nous  trouvons  alors,  dit-il,  prenant  pour 
point  de  départ  l’apparition  de  la  maladie , 


que  la  durée  de  la  vie  des  non-opérés  est  de 
5  ans  pour  les  hommes,  5  ans  6  mois  pour 
les  femmes;  tandis  que  pour  les  cancéreux 
opérés,  la  durée  moyenne ,  toujours  à  partir 
du  développement,  est  de  3  ans  2  mois  pour 
les  hommes ,  6  ans  pour  les  femmes. 

«  Mais  si  maintenant,  décomposant  ce  ré¬ 
sultat,  nous  recherchons  quel  temps  s’est 
écoulé  avant  et  après  l’opération  ,  nous  trou¬ 
vons  une  durée  moyenne  pour  les  hommes  de 
5  ans  9  mois  avant  l’opération,  et  de  1  an  5 
mois  seulement  après;  pour  les  femmes  de  3 
ans  6  mois  avant  l’opération,  et  de  2  ans  6  mois 
après.  » 

Et  pourquoi,  s’il  vous  plaît,  n’avoir  pas  fait 
cette  décomposition  pour  les  opérés  qui  ont 
vécu  plus  de  5  ou  6  ans?  Comment  aussi,  en 
séparant  les  sexes,  ne  pas  avoir  songé  à  la 
séparation  beaucoup  plus  importante  des 
âges?  M.  Leroy  n’est  nullement  frappé  de  ces 
lacunes  ;  il  s’admire  dans  son  œuvre ,  il  se 
rend  quelque  part  cette  justice  à  lui-même  : 

«  Une  condition  indispensable  à  observer 
dans  toute  statistique,  c’est  de  n’établir  de 
comparaison  qu’entre  des  cas  semblables. 
Pour  celle-ci,  il  importait,  et  je  n’y  ai  pas 
manqué,  de  prendre  séparément  chaque  organe 
et  chaque  forme  apparente  de  la  maladie.  » 

Laissons  d’abord  ce  principe  si  légèrement 
posé,  que  la  statistique  veut  des  faits  sembla¬ 
bles.  Là  où  les  faits  sont  semblables,  il  suffit 
d’un  seul  pour  les  juger  tous,  et  la  statistique 
est  inutile;  c’est  pourquoi  la  physique  et  Ta 
chimie;  agissant  sur  des  faits  semblables,  n’ont 
nul  besoin  de  statistique.  C’est  bien  assez, 
et  il  est  déjà  fort  difficile  de  rassembler  les 
cas  les  plus  analogues  ;  et  véritablement  on 
dirait  que  M.  Leroy  n’y  a  même  pas  songé. 

Il  a  pris  séparément  chaque  organe ,  et  cha¬ 
que  forme  de  la  maladie.  Mais  où  donc  ?  Par¬ 
tout  ailleurs  assurément  que  dans  son  mé¬ 
moire,  où  nous  n’en  trouvons  pas  le  premier 
mot. 

Nous  insistons  sur  cette  critique,  parce  que 
nous  regardons  la  pensée  qui  a  inspiré  ce 
travail  comme  véritablement  importante,  et 
parce  que  nous  désirons  que  M.  Leroy  achève, 
avec  toute  la  rigueur  désirable,  l’œuvre  qu’il 
a  si  largement  commencée.  En  classant  tous 
ses  faits,  en  n’en  omettant  aucun,  il  arrivera 
certainement  à  des  conséquences  inattaqua¬ 
bles  ;  tandis  qu’il  n’y  en  a  pas  une  seule  main¬ 
tenant  qui  soit  à  l’abri  des  objections.  Voici,  par 
exemple,  le  paragraphe  le  plus  remarquable 
peut-être  du  mémoire;  il  soulève  une  des 
plus  hautes  questions  de  théorie,  et  il  ne 
craint  pas  de  conclure;  mais  qu’est-ce  qu’une 
conclusion  tirée  d’une  centaine  de  faits  sur 
près  de  trois  mille? 

«  Les  médecins  qui  croient  à  la  dégéné¬ 
rescence  et  à  l’infection  diront  sans  doute  que 
si  l’extirpation  est  ordinairement  suivie  de 


REVUE  CRITIQUE. 


186 

récidive,  si  elle  produit  si  peu  de  guérisons, 
c’est  qu’elle  n’a  pas  eu  lieu  assez  tôt.  Inter¬ 
rogeons  à  cet  égard  les  chiffres,  et  nous  ap¬ 
prendrons  que  dans  le  nombre  des  maladies 
cancéreuses  qui  ont  récidivé,  et  se  sont  ter¬ 
minées  d’une  manière  funeste ,  61  avaient 
été  extirpées  moins  d’un  an  après  leur  appa¬ 
rition.  Et,  comme  contre-partie  de  ce  résul¬ 
tat,  nous  voyons  que  30  malades  opérés  après 
5  ans  écoulés  depuis  le  développement  ont 
été  exempts  de  récidive,  et  qu’il  en  a  été  de 
même  pour  22  autres  opérés  après  plus  de 
10  ans.  Que  devient  en  présence  de  ces  rap¬ 
prochements  la  théorie  de  la  dégénérescence 
et  de  l’infection?» 

La  conclusion  générale  du  mémoire  est 
qu’il  ne  faut  opérer  aucun  cancer,  et  que  l’in¬ 
tervention  de  la  chirurgie  est  inutile  et  même 
préjudiciable.  Or,  cette  conclusion  est  illogi¬ 
que  et  fausse  de  tout  point  ;  elle  ne  ressort 
en  aucune  façon  de  la  statistique  invoquée  à 
l’appui  ;  et  elle  est  bien  loin  de  compter  autant 
d’autorités  en  sa  faveur  que  M.  Leroy  a  l’air 
de  le  croire.  Nous  citerons  ,  par  exemple,  d’a¬ 
près  lui,  ce  passage  d’une  lettre  de  M.  Flau¬ 
bert  de  Rouen  : 

«  La  plupart  des  cancers  que  j’ai  opérés, 
écrit  M.  Flaubert,  ont  reparu,  soit  à  la  place 
qu’ils  occupaient,  soit  dans  le  voisinage  ou 
au  loin.  Maintenant  je  n’opère  les  cancers 
qu’à  contre-cœur.  Je  n’opère  plus  ceux  qui 
s’accompagnent  de  ganglions,  de  douleurs  de 
reins,  de  douleurs  comme  rhumatismales  ;  et 
je  suis  convaincu,  malgré  quelques  cas  de 
non-récidive,  que  V espèce  humaine  gagnerait 
à  la  défense  presque  absolue  de  V ablation  des 
cancers.  » 

Il  semble  qu’on  ne  puisse  rien  dire  de  plus 
fort;  et  pourtant  nous  irons  plus  loin  que 
M.  Flaubert  lui -même,  et  nous  dirons  que  la 
défense  absolue  d’opérer  le  cancer  serait  fa¬ 
vorable  à  l’espèce  humaine.  Mais  qu’est-ce 
que  cela  fait  en  réalité  à  la  pratique?  et  d’a¬ 
bord  qu’est-ce  que  cela  veut  dire?  Cela  veut 
dire  que  sur  100  individus  par  exemple,  93  ou 
plus  gagneraient  à  ne  pas  être  opérés  ?  et  que 
le  malheur  de  deux  ou  trois  autres  qui  pour¬ 
raient  y  perdre  serait  un  léger  dommage  pour 
la  masse.  Mais  le  chirurgien  au  lit  du  malade 
n’a  pas  à  s’enquérir  de  l’espèce  humaine  ;  et 
le  vrai  point,  et  le  seul  point  qui  le  touche,  est 
de  rechercher  si  le  malade  ici  présent  gagnera 
ou  perdra  à  l’opération. 

Quelles  sont  donc  enfin  les  indications  légi¬ 
times  auxquelles  le  chirurgien  pourra  et  devra 
même  obéir?  Il  serait  trop  long  de  les  produire 
ici  avec  tous  les  développements  nécessaires; 
mais  tout  praticien  consciencieux  les  trouvera 
aisément  de  lui-même,  en  appliquant  à  la 
médecine  opératoire  cette  grande  loi  de  la 
morale  universelle  :  Ne  fais  pas  h  autrui  ce 
que  tu  ne  voudrais  pas  qui  te  fût  fait. 


MÉMOIRE  SUR  LA  RÉSECTION  DE  LA  MACHOÎRE 

inférieure  ,  considérée  dans  ses  rapports 

avec  les  fonctions  du  pharynx  et  du  larynx, 

par  M.  Bégin. 

La  résection  de  la  mâchoire  inférieure  ne 
menace  en  général  la  vie  des  sujets ,  ni  par 
l’abondance  du  sang  perdu,  ni  par  la  violence 
des  douleurs  et  l’épuisement  qui  en  est  la 
suite ,  ni  par  la  gêne  subite  apportée  à  des 
fonctions  importantes  ;  sous  ces  divers  rap¬ 
ports,  qui  comprennent  les  dangers  immédiats 
des  opérations ,  celle-ci  présente  des  condi¬ 
tions  ordinairement  favorables.  Seulement, 
dès  que  les  sections  de  l’os  sont  portées  des 
deux  côtés  à  une  certaine  distance  en  arrière, 
il  se  produit  parfois  tout  à  coup  un  accident 
capable  d’occasionner  instantanément  la  mort; 
la  langue  se  porte  en  arrière ,  s’y  pelotonne, 
s’y  contracte ,  et  y  forme  un  obstacle  insur¬ 
montable  à  l’entrée  de  l’air  dans  le  larynx  ; 
ce  danger,  signalé  d’abord  par  Delpech,  s’est 
assez  souvent  représenté  depuis  ;  dans  un  cas 
très  grave,  M.  Lallemand  fut  obligé  d’ouvrir 
le  larynx  en  toute  hâte  pour  remédier  à  l’âs- 
phyxie.  De  là  le  précepte  généralement  suivi 
de  se  rendre  maître  de  la  langue ,  avant  de 
couper  ses  dernières  attaches,  soit  en  la  fai¬ 
sant.  saisir  par  un  aide  dont  les  doigts  sont 
garnis  de  linge,  soit  en  traversant  sa  face  in¬ 
férieure  avec  un  lil  dont  l’aide  s’empare. 

Tout  cela  est  suffisamment  connu  ;  mais  ce 
qui  avait  échappé  à  l’observation,  c’est  que  la 
rétrocession  ou  le  pelotonnement  de  la  lan¬ 
gue  en  arrière  peut  ne  se  produire  que  con¬ 
sécutivement  ,  avec  lenteur ,  n’entraver  que 
graduellement  les  fonctions  du  pharynx,  n’al- 
tcrer  enfin  les  rapports  du  larynx  au  point  de 
déterminer  l’asphyxie  qu’à  l’époque  où  cet 
accident  ne  semble  pas  à  redouter  et  où  la 
guérison  paraît  certaine.  Voici  le  fait  qui  a 
éveillé  sur  ce  point  l’attention  de  M.  Bégin; 
nous  dirons  après  quelles  Sont  les  conséquen¬ 
ces  pratiques  qü’il  en  a  tirées. 

Un  homme  de  54  ans  entra  à  la  clinique  de 
Strasbourg  pour  se  faire  opérer  d’un  énorme 
cancer  siégeant  sur  la  partie  moyenne  de  la 
mâchoire  inférieure.  La  résection  dut  être 
portée  assez  loin  ;  à  gauche,  la  mâchoire  fut 
sciée  sur  son  angle  ;  à  droite,  l’opérateur  dut 
couper  d’abord  avec  des  ciseaux  courbes  l’at¬ 
tache  du  muscle  temporal  à  l’apopfiyse  coro- 
noïde,  puis  glisser  la  scie  à  chaîne  derrière  le 
col  maxillaire  et  en  opérer  la  section.  Après 
la  ligature  des  vaisseaux  et  pendant  les  quel¬ 
ques  instants  de  repos  accordés  au  malade 
avant  de  procéder  au  pansement ,  on  put  ob¬ 
server  la  rétrocession  linguale  primitive  ; 
l’aide  chargé  de  maintenir  la  langue  ayant 
été  distrait,  cet  organe  se  porta  brusquement 
en  arrière,  s’y  pelotonna,  formant  une  sorte 
de  globe  appliqué  avec  force  contre  le  fond 


REVUE  CRITIQUE 


de  l’arrière  -  bouche  ;  la  respiration  s’arrêta 
aussitôt,  le  sujet  s’affaissa  sur  lui-même,  les 
yeux  se  renversèrent  dans  les  orbites  ,  de  lé¬ 
gères  secousses  agitèrent  les  membres  ;  et 
ces  phénomènes  alarmants  ne  cessèrent  que 
quand  l’opérateur ,  saisissant  le  fil  passé  à  la 
face  inférieure  de  la  langue,  la  retira  en  avant 
et  mit  ainsi  un  terme  à  l’obturation  du  la¬ 
rynx. 

Les  lambeaux  avaient  été  taillés  de  manière 
à  pouvoir  se  réunir  sur  la  ligne  médiane  ;  ils 
furent  fixés  par  la  suture  entrecoupée ,  la 
langue  retenue  à  l’un  de  ces  points  de  suture, 
et  le  tout  affermi  par  un  bandage  contentif. 

Les  premiers  accidents  ne  présentèrent 
rien  de  grave.  Seulement  le  second  jour  la 
déglutition  devint  difficile,  s’accompagna  d’une 
toux  provoquée  par  le  passage  d’une  partie 
des  liquides  à  travers  la  glotte ,  et  il  fallut 
placer  dans  l’œsophage  une  sonde  dont  le  pa¬ 
villon  fut  ramené  à  la  narine.  Cette  sonde, 
d’ailleurs  bien  supportée,  permit  l’ingestion 
facile  des  boissons  et  d’aliments  demi-liquides. 
L’état  général  s’améliora  rapidement  ;  seule¬ 
ment  de  temps  à  autre  la  respiration  devenait 
laborieuse.  La  chute  prématurée  des  points 
de  suture  avait  obligé  de  fixer  la  langue  aux 
premières  pièces  du  pansement  sans  que  la 
guérison  parût  devoir  être  moins  assurée. 
Tout  à  coup,  le  onzième  jour,  l’opéré  fut  pris 
d’un  accès  de  suffocation  des  plus  intenses  ; 
la  tête  renversée  en  arrière,  le  visage  livide, 
les  lèvres  bleuâtres,  les  yeux  hagards,  la  res¬ 
piration  haute  et  suspirieuse,  le  pouls  petit 
et  concentré.  Le  chirurgien  de  garde,  appelé 
aussitôt,  essaya  quelques  stimulations  exté¬ 
rieures,  ôta  la  sonde  œsophagienne;  mais  les 
efforts  continuèrent;  les  voies  respiratoires 
s’engouèrent ,  et  en  quatre  heures ,  malgré 
les  moyens  les  plus  actifs,  le  malade  suc¬ 
comba. 

L’autopsie  fut  faite  56  heures  après  la  mort, 
avec  le  plus  grand  soin,  pour  ne  rien  déranger 
ni  à  l’appareil,  ni  à  l’état  des  parties.  Une  in¬ 
cision  pratiquée  le  long  de  la  région  latérale 
droite  du  cou  pénétra  dans  le  pharynx  et 
l’œsophage  sans  altérer  aucun  rapport. —  «  On 
put  observer  et  constater  alors  que  la  glotte, 
directement  inclinée  en  arrière,  était  en  con¬ 
tact  avec  la  paroi  postérieure  du  pharynx  qui 
lui  formait  une  sorte  d’opercule;  que  l’hyoïde, 
au  lieu  d’être  horizontal,  avait  une  direction 
parallèle  à  l’axe  du  cou  ;  enfin  que  la  langue, 
entraînée  vers  le  fond  de  la  gorge,  y  formait 
une  sorte  de  globe  assez  semblable  à  la  partie 
moyenne  d’un  muscle  fortement  contracté. 
Les  bords  de  la  glotte  étaient  légèrement  tu¬ 
méfiés;  un  liquide  spumeux,  médiocrement 
abondant,  occupait  les  bronches  ;  le  paren¬ 
chyme  pulmonaire,  surtout  du  côté  droit,  était 
engoué  ;  les  cavités  droites  du  cœur  et  les 
veines  contenaient  beaucoup  de  sang.  Les  au- 


m 

très  organes  ne  présentaient  aucune  trace 
appréciable  de  lésion.  » 

Voilà  donc  un  exemple  de  rétraction  con¬ 
sécutive  ,  dans  laquelle ,  ainsi  qu’on  le  voit, 
non-seulement  la  langue  était  portée  en  ar¬ 
rière  ,  mais  le  larynx  et  l’hyoïde  avaient  subi 
un  mouvement  de  bascule  de  bas  en  haut  et 
d’avant  en  arrière,  par  l’effort  continu  des 
muscles  stylohyoïdiens ,  digastriques  ,  stylo- 
glosses,  etc.  Le  fait  bien  constaté  parla  dissec¬ 
tion,  la  théorie  est  facile  à  déduire  ;  mais  une 
autre  recherche  plus  importante  pour  la  pra¬ 
tique  doit  tendre  à  découvrir  la  cause  directe 
de  cette  rétraction  et  les  moyens  de  s’y  op¬ 
poser. 

La  cause  n’est  nullement  obscure  ;  en  divi¬ 
sant  les  insertions  antérieures  de  la  langue  et 
de  l’os  hyoïde,  on  laisse  toute  liberté  d’action 
aux  muscles  postérieurs  ;  cette  action  est  d’au¬ 
tant  plus  puissante  que  la  résection  se  rap¬ 
proche  davantage  des  angles  de  la  mâchoire; 
de  là,  en  ce  qui  concerne  le  pronostic,  un  plus 
grand  péril  à  mesure  que  la  résection  est  plus 
considérable  ;  et  pour  le  traitement,  la  néces¬ 
sité  de  retenir  la  langue  en  avant,  par  des 
moyens  assez  puissants  pour  contre-balancer 
l’action  des  muscles  postérieurs.  Cette  néces¬ 
sité  avait  bien  été  aperçue  ;  mais  comme  on 
ignorait  le  danger  signalé  aujourd’hui  par 
M.  Bégin,  on  n’avait  proposé  que  des  moyens 
insuffisants  ou  illusoires. 

On  a  recommandé  de  fixer  la  langue  aux 
dents  demeurées  intactes  sur  les  deux  tron¬ 
çons  de  l’os.  Mais  il  est  évident  que  plus  la 
résection  aura  porté  en  arrière,  et  moins  les 
dents  conservées  seront  propres  à  cet  office; 
de  telle  sorte  que  cette  triste  ressource  échap¬ 
perait  précisément  d’autant  plus  que  le  besoin 
s’en  ferait  sentir  davantage. 

On  a  proposé  d’attacher  le  fil  qui  retient  la 
langue  à  l’appareil  de  pansement;  l’observa¬ 
tion  qu’on  vient  de  lire  témoigne  d’abord  con¬ 
tre  l’insuffisance  de  cette  précaution.  M.  Bégin 
remarque,  déplus,  que  le  mode  de  pansement 
même  favorise,  en  beaucoup  de  cas,  la  rétrac¬ 
tion  consécutive.  En  réunissant  d’un  côté  à 
l’autre  les  parties  molles,  le  chirurgien  tiraille 
la  peau ,  l’oblige  à  presser  les  parties  anté¬ 
rieures  qu’elle  embrasse,  et  à  les  rejeter  vers 
le  centre  de  la  région  ,  c’est-à-dire  vers  la 
colonne  vertébrale ,  avec  une  force  propor¬ 
tionnée  à  l’étendue  de  la  perte  de  substance 
qu’elle  a  éprouvée. 

En  conséquence,  une  première  et  impor¬ 
tante  précaution  doit  consister  à  n’appliquer 
dans  les  cas  de  ce  genre  que  des  appareils 
simplement  contentifs.  Rapprochez  de  haut 
en  bas  les  portions  transversales  des  inci¬ 
sions  ,  mais  évitez  tout  rapprochement  labo¬ 
rieux  des  lambeaux  latéraux  dans  la  direction 
longitudinale.  Sans  que  l’art  ait  tant  à  se 
tourmenter,  la  nature  suffit  à  fermer  la  plaie, 


*88  REVUE  CRITIQUE. 


à  suppléer  jusqu’à  un  certain  point  les  parties 
enlevées,  de  façon  même  à  dépasser  souvent 
les  espérances  qu’on  avait  conçues. 

Quant  au  moyen  de  maintenir  solidement  la 
langue  et  le  larynx,  M.  Bégin  en  a  adopté  un 
très  simple,  qui  consiste  à  former  une  sorte 
de  mâchoire  inférieure  artificielle  avec  un  fil 
métallique  solide  partant  de  la  nuque,  passant 
au  niveau  et  à  une  distance  convenable  de  la 
plaie,  et  fixé  dans  sa  situation  à  l’aide  de  quel¬ 
ques  jets  de  ruban.  Sur  le  milieu  de  ce  cercle, 
immobile  et  résistant,  doit  être  attaché  le  fil 
qui  traverse  la  face  inférieure  de  la  langue, 
laquelle  sera  ainsi  maintenue  jusqu’à  ce  qu’elle 
ait  contracté  de  nouvelles  et  solides  adhé¬ 
rences.  La  tension  du  fil  d’attache ,  pour  le¬ 
quel  il  sera  bon  de  choisir  un  lien  en  caout¬ 
chouc,  sera  calculée  de  manière  à  permettre 
les  mouvements  de  déglutition,  et  à  s’opposer 
seulement  à  ce  que  la  langue  s’éloigne  trop  en 
arrière  ;  trop  lâche  ,  il  serait  manifestement 
inutile;  trop  tendu,  il  serait  douloureux,  gê¬ 
nerait  les  actions  normales,  et  couperait  trop 
vite  les  parties  placées  au  devant  de  lui. 

L’expérience ,  du  reste,  a  déjà  parlé  en  fa¬ 
veur  du  nouveau  moyen. 

«  En  1838  et  1839,  dit  M.  Bégin,  indépen¬ 


damment  de  plusieurs  opérations  plus  res¬ 
treintes  de  ce  genre,  j’ai  pratiqué  deux  gran¬ 
des  résections  de  la  mâchoire  inférieure.  Dans 
un  de  ces  cas,  les  traits  de  scie  portèrent  sur 
les  angles  de  l’os  ;  dans  l’autre,  l’instrument 
agit  au  devant  des  deux  dernières  dents  mo¬ 
laires  d’un  côté,  et  fut  appliqué  sur  la  branche 
maxillaire  du  côté  opposé.  Afin  de  remédier 
au  désordre  de  la  déglutition,  je  fus  encore 
obligé,  dans  cette  dernière  circonstance,  d’in¬ 
troduire  une  sonde  œsophagienne  qui  fut  reti¬ 
rée  le  huitième  jour.  Chez  ces  deux  opérés, 
dont  les  observations  ne  présentent  d’ailleurs 
rien  de  remarquable,  il  a  été  facile  de  con¬ 
stater  combien  le  cercle  métallique  auquel  la 
langue  était  fixée  remplissait  parfaitement  le 
but  proposé.  Dans  les  deux  cas,  1a.  guérison 
fut  obtenue  sans  la  plus  légère  menace  de 
suffocation.  Malgré  l’absence  de  moyens  de 
réunion  d’un  côté  à  l’autre,  les  parties  se  sont 
assez  bien  rapprochées  pour  que  la  difformité 
pût  être  dissimulée,  chez  le  premier  malade, 
à  l’aide  d’une  sorte  de  cravate  montante  ;  et 
pour  que ,  chez  le  second  ,  il  suffît  d’un  men¬ 
ton  en  argent  pour  prévenir  la  déperdition 
trop  considérable  de  la  salive.  »  (  Annales  de 
la  Chirurgie,  avril  1843.) 


Obstétrique 


RETENTION  PROLONGEE  d’üN  FOETUS  MORT  DANS 

l  uterus,  observée  a  deux  reprises  diffé¬ 
rentes  chez  la  même  femme,  par  meyer,  de 

Creutzburg. 

Une  femme  de  33  ans,  délicate,  nerveuse, 
était  accouchée  en  1852  d’un  fœtus  mort  à 
sept  mois  de  grossesse,  puis  dans  les  cinq 
années  suivantes  de  trois  enfants  vivants  et  à 
terme.  L’usage  des  eaux  ferrugineuses  et  une 
vie  très  régulière  avaient  sensiblement  amé¬ 
lioré  sa  santé,  lorsqu’en  août  1859  elle  devint 
enceinte  pour  la  cinquième  fois.  Les  premiers 
mouvements  de  l’enfant  se  firent  sentir  le 
la  décembre.  Quatorze  jours  après  cette  épo¬ 
que,  elle  éprouva  une  vive  frayeur,  puis  des 
frissons,  et  bientôt  un  notable  dérangement 
de  santé  consistant  dans  la  constipation ,  des 
tiraillements  douloureux  dans  le  bas-ventre, 
la  perte  de  l’appétit  et  du  sommeil ,  de  fré¬ 
quents  spasmes  de  poitrine,  et  bientôt  de  l’amai¬ 
grissement  ;  par  l’orifice  utérin  entr’ouvert 
s  écoulait  en  abondance  un  liquide  jaunâtre, 
quelquefois  sanguinolent,  sans  odeur  ni  âcreté. 
Le  27  mars  1840,  sept  mois  après  la  concep¬ 
tion,  un  fœtus  de  2ü  semaines  ,  putréfié  ainsi 
que  le  placenta ,  fut  expulsé  au  milieu  d’une 
hémorrhagie  très  violente  qui  ne  fut  arrêtée 
qu  avec  beaucoup  de  peine.  Les  règles  repa¬ 
rurent  le  24  avril,  et  les  forces  ayant  été  bien¬ 
tôt  réparées,  une  nouvelle  conception  eut  lieu 
en  juillet  1841.  Le  17  octobre,  le  fœtus  cessa 
de  vivre,  après  un  frisson  avec  tremblement 
bientôt  suivi  des  symptômes  observés  à  la 


grossesse  précédente.  Divers  moyens  furent 
employés  sans  succès  pour  exciter  la  contrac¬ 
tilité  de  l’utérus  et  débarrasser  la  malade.  Le 
6  février  le  fœtus  putréfié  fut  expulsé  par 
fragments.  Une  perte  considérable  suivit  cette 
expulsion  et  alla  croissant,  jusqu’à  ce  qu’enfin, 
au  bout  de  24  heures  ,  le  placenta  qui  était 
très  compacte  eût  été  extrait.  Les  règles  n’en 
revinrent  pas  moins  au  bout  de  quatre  semai¬ 
nes,  mais  le  rétablissement  se  fit  longtemps 
attendre.  (  Berlin,  medic.  Zeitung ,  1842. 
n°  52.) 

Dans  l’immense  majorité  des  cas,  la  pré¬ 
sence  d’un  fœtus  mort  dans  l’utérus  et  sa 
rétention  prolongée  ne  portent  aucune  atteinte 
à  la  santé  de  la  mère.  Il  y  a  pourtant  à  cette 
règle  quelques  exceptions,  et  l’observation 
précédente ,  entre  autres ,  en  témoigne.  Il 
n’est  pas  question  des  cas  dans  lesquels  la 
rupture  des  membranes  permet  la  pénétration 
de  l’air  dans  la  poche  amniotique.  La  putréfac¬ 
tion  au  contact  de  l’air  donne  lieu ,  pour  peu 
qu’elle  se  prolonge,  à  des  accidents  de  résorp¬ 
tion  qui  peuvent  gravement  compromettre  la 
vie.  Tel  n’a  point  été  le  cas  de  Meyer.  In¬ 
odore  et  sans  âcreté  aucune,  l’écoulement  au¬ 
rait  au  contraire  présenté  une  fétidité  remar¬ 
quable,  si  les  membranes  eussent  été  rompues. 
L’altération  qu’a  deux  fois  éprouvée  la  santé  de 
la  mère  est  donc  la  conséquence  delà  rétention 
prolongée  du  produit  de  la  conception  ,  et 
c’est  parce  que  ce  fait  peut  être  considéré 
comme  exceptionnel  qu’il  nous  a  semblé  digne 
d’être  rapporté. 


BULLETIN  CLINIQUE. 
Pharmacologie  chinargicale. 


189 


DES  MOX  A  S  DE  MARMORAL  ,  par  M.  A.  GüÉ- 
PRATTE  ,  D.  M. 

Mille  substances  ont  été  proposées  pour  la 
confection  des  moxas,  et  chaque  jour  en  mul¬ 
tiplie  le  nombre  :  des  feuilles  séchées  à  l’om¬ 
bre,  le  duvet  de  certains  végétaux,  l’amadou, 
la  laine,  la  soie,  le  coton  cardé,  la  toile  de 
coton,  la  moelle  de  certaines  plantes,  l’eau- 
de-vie,  la  poudre,  etc.,  ont  eu  leurs  preneurs. 

De  ce  coup  d’œil  rapide  il  ressort,  à  mon 
avis,  que  beaucoup  de  praticiens  ne  se  sont 
pas  rendu  compte  du  mode  d’action  de  ce 
moyen  ;  car  si  le  but  était  seulement  de  pro¬ 
duire  une  escarre ,  et  une  suppuration  dont 
l’effet  est  révulsif,  pourquoi  se  préoccuperait- 
on,  comme  on  le  fait,  de  la  matière  à  brûler? 
un  charbon ,  un  fer  rougi  au  feu ,  un  corps 
combustible  quelconque  serait  mis  en  usage 
avec  le  même  avantage.  Mais ,  si  je  ne  me 
trompe,  le  désir  doit  être  d’obtenir  une  action 
lente  et  progressive ,  d’attirer  les  fluides  vers 
le  point  sur  lequel  on  agit,  de  déterminer  une 
congestion  pendant  l’opération  même. 

Avec  de  semblables  idées,  nous  rejetons  à 
tout  jamais  l’alcool ,  la  poudre  à  canon ,  les 
feuilles  sèches....  l’amadou  même  que  le  doc¬ 
teur  Potel,  dont  j’aime  la  pratique,  emploie 
d’une  manière  exclusive.  Le  coton  cardé  a 
l’immense  inconvénient  de  nécessiter  le  cha¬ 
lumeau  dont  le  jeu  n’est  pas  facile,  quand  on 
veut  obtenir,  comme  il  le  faut  ici,  une  igni- 
tion  égale,  régulière  ;  plongé  dans  une  disso¬ 
lution  de  nitrate  de  potasse,  il  brûle  seul,  mais 
avec  trop  peu  de  régularité  encore,  et  en  lan¬ 
çant  des  flammèches  toujours  désagréables. 

Après  de  nombreux  essais,  j’accorde  la  pré¬ 
férence  aux  moxas  ,  trop  peu  connus  ,  de 
marmoral  ;  leur  préparation  est  simple,  leur 
application  commode,  et  leur  action  régulière 
et  facile  se  règle  aux  vœux  de  l’opérateur  : 
une  feuille  de  papier  non  collé,  trempée  dans 


du  sous-acétate  de  plomb  et  séchée  convena¬ 
blement,  suffit  pour  confectionner  60  cylindres 
qui  brûleront  seuls,  toujours  parallèlement  à 
la  base,  et  avec  assez  de  lenteur  pour  dévelop¬ 
per  graduellement  cette  chaleur  qui  doit  enfin 
faire  éclater  l’épiderme  et  produire  l’escarre. 
Ainsi,  pas  de  flammèches,  pas  de  fumée  pour 
gêner  le  praticien,  pour  incommoder  le  ma¬ 
lade,  pour  renouveler  les  quintes  de  toux  des 
phthisiques,  par  exemple.  Au  papier  je  substi¬ 
tue  généralement  le  calicot  neuf  sans  apprêt; 
je  taille  des  bandelettes  ayant  une  fois  et  de¬ 
mie  la  hauteur  des  moxas,  je  les  plie,  les  roule 
et  retiens  le  dernier  tour  par  quelques  points 
d’aiguille  séparés.  De  cette  façon  je  n’ai  pas 
un  cylindre  parfait ,  mais  un  cône  tronqué 
dont  la  base  a  une  assise  assez  large  pour  ne 
point  nécessiter  le  secours  d’un  instrument 
particulier,  d’une  pince  ou  autre.  Il  tient 
seul,  surtout  en  ayant  soin  d’humecter  la 
peau.  Il  suffit  donc  de  maintenir  solidement 
le  patient. 

Tout  récemment,  dans  le  trimestre  dernier, 
le  docteur  anglais  Osborne  a  proposé  pour 
moxa  un  morceau  de  chaux  vive.  Quelques 
gouttes  d’eau  jetées  sur  cette  substance  déve¬ 
loppent  instantanément  500  degrés  de  chaleur. 
L’inventeur  le  met  au-dessus  de  tous  les  au¬ 
tres  à  cause  de  son  action  subite  :  il  me  sem¬ 
ble  être  tombé  dans  la  faute  que  je  reproche 
à  beaucoup  de  ses  prédécesseurs. 

Nous,  avec  nos  idées,  nous  le  condamnons 
pour  cette  raison  seule ,  parce  que ,  nous  le 
répétons,  nous  voulons  un  effet  lent  et  pro¬ 
gressif.  Si  nous  pensions  autrement,  nous  ne 
nous  servirions  jamais  que  du  cautère  actuel; 
mais  l’expérience,  notre  grand  maître  en  pa 
reille  matière,  nous  apprend  tous  les  jours  que 
ces  deux  moyens  d’appliquer  le  feu  ne  s’em¬ 
ploient  pas  indifféremment  l’un  pour  l’autre. 

( Clinique  de  Montpellier ,  mai  1843.) 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Observations  obstétricales  ,  par  M.  le 
docteur  Fabrège  ,  ancien  interne  des  hô¬ 
pitaux  de  Montpellier,  lauréat  de  la  Faculté 
de  la  même  ville,  etc. 

Accouchement  par  l’épaule  ,  engagement 
simultané,  des  membres  thoracique  et  ab¬ 
dominal  gauches;  terminaison  par  les  seuls 
efforts  de  la  nature. 

Obs.  i.— Le  7  septembre  dernier,  à  9  heures 
du  matin ,  je  fus  appelé  par  madame  Mallet, 
accoucheuse,  dans  une  maison  de  la  rue  Saint- 
Honoré.  La  personne  pour  laquelle  on  ré¬ 
clamait  mon  assistance  était  une  femme  de 
26  ans,  d’une  constitution  athlétique,  aussi 


bien  conformée  que  possible.  Elle  avait  reçu, 
il  y  avait  huit  jours,  un  violent  coup  de  pied 
dans  le  ventre  ;  le  travail  était  en  pleine  acti¬ 
vité  depuis  il  heures  du  soir  de  la  veille  •  il 
y  avait  deux  heures  que  la  poche  des  eaux 
s’était  rompue  et  à  peu  près  complètement 
vidée.  Un  autre  médecin  avait  été  déjà  appelé 
avant  moi. 

A  mon  arrivée  auprès  de  la  femme,  je  con¬ 
statai  une  présentation  du  bras  gauche,  posi¬ 
tion  acromio-iliaque  gauche  ou  2e  position  ; 
de  plus,  le  pied  du  membre  abdominal  du 
même  côté  était  engagé  assez  avant  dans  le 
vagin  :  il  avait  été  amené  par  le  confrère  qui 
m’avait  précédé.  Je  cherchai  à  faire  rentrer 


190 


BULLETIN  CLINIQUE, 


le  bras  et  à  saisir  l’autre  pied  ;  mes  efforts 
furent  inutiles  :  la  matrice  les  paralysait  par 
sa  vigoureuse  résistance. 

Vers  midi ,  nous  fîmes  plonger  la  patiente 
clans  un  bain  général,  à  l’effet  de  calmer  l’ir¬ 
ritation  que  nos  manœuvres  avaient  provo¬ 
quée.  Il  y  avait  à  peine  une  heure  qu’elle  y 
était ,  lorsque,  sous  l’influence  d’une  forte 
douleur,  les  membres  thoracique  et  abdomi¬ 
nal  gauches  se  montrèrent  en  totalité  hors 
de  la  vulve,  et  furent  bientôt  suivis  du  mem¬ 
bre  abdominal. droit.  Nous  la  fîmes  de  suite 
retirer  de  l’eau,  et  nous  aidâmes  à  la  termi¬ 
naison  de  l’accouchement.  L’arrière-faix  sortit 
en  même  temps  que  la  tête  ;  la  matrice  revint 
sur  elle-même  avec  une  extrême  rapidité  ; 
aussi,  pas  d’hémorrhagie.  Du  reste,  l’absence 
de  celle-ci,  pendant  tout  le  cours  du  travail, 
s’explique  par  cette  circonstance  que  l’enfant 
étant  mort,  et  depuis  plusieurs  jours,  comme 
nous  ont  autorisés  à  le  croire  l’examen  de 
son  corps  et  celui  du  placenta,  les  vaisseaux 
utéro-placentaires  devaient  être  vides  de  sang 
et  en  partie  flétris. 

Prescription  :  Potion  calmante  composée 
de  sirop  d’éther,  de  sirop  théba'ique,  ana.  15 
grammes;  d’eau  de  fleurs  d’oranger,  d’eau  de 
menthe  et  d’eau  de  laitue,  ana.  50  grammes, 
à  prendre  par  cuillerées.  — Infusion  de  fleurs 
de  tilleul  et  de  feuilles  d’oranger. 

Quelques  instants  après  la  délivrance  il 
s’établit  une  vive  réaction  générale. 

8  septembre.  L’accouchée  a  beaucoup  souf¬ 
fert,  la  nuit,  de  douleurs  rénales  et  de  tran¬ 
chées  utérines  ;  elle  est  en  moiteur  ;  elle  a 
uriné  plusieurs  fois  assez  librement  ;  perte 
ordinaire. 

Prescription :  Diète,  infusion  de  fleurs  de 
mauve  miellée.  Cataplasmes  arrosés  de  lau¬ 
danum  sur  la  région  hypogastrique. 

9  septembre.  Cessation  des  tranchées.  Même 
prescription. 

10  septembre.  Douleur  aiguë  correspondant 
à  l’S  iliaque  du  colon.  Nous  pensons  qu’elle 
est  due  à  la  présence  de  gaz  et  de  matières 
fécales.  Commencement  d’éruption  miliaire. 

Prescription  :  Légère  infusion  d’anis  vert, 
lavement  avec  eau  de  pariétaire  et  miel. 

11  septembre.  La  douleur  intestinale  a  cédé. 

12  septembre.  L’éruption  est  très  considé¬ 
rable.  Tension  des  seins,  état  fébrile. 

Prescription  :  Eau  de  veau  et  de  feuilles 
d’oranger.  Nous  recommandons  aux  person¬ 
nes  qui  sont  autour  de  la  malade  de  ne  pas 
trop  la  couvrir. 

15  septembre.  Douleurs  de  reins  et  d’en¬ 
trailles.  Les  vésicules  miliaires  sont  en  pleine 
voie  de  dessiccation.  État  presque  apyrétique. 

Prescription  :  Lavement  avec  60  grammes 
de  miel  mercuriel.  Pour  demain  45  grammes 
de  sulfate  de  soude  dans  une  pinte  d’eau  de 
veau, 


14  septembre.  Amélioration  notable.  A  par¬ 
tir  de  cette  époque ,  la  malade  se  sent  mieux 
de  jour  en  jour.  Vers  la  fin  du  mois,  elle 
était  parfaitement  remise. 

Cette  observation  nous  apprend  que  l’en¬ 
gagement  simultané  d’une  épaule  et  d’un  pied 
n’est  pas  un  obstacle  à  la  terminaison  de 
l’accouchement.  En  pareil  cas ,  au  lieu  de  se 
livrer  à  une  manœuvre  brutale  pour  faire  re¬ 
monter  l’épaule  et  aller  à  la  recherche  du 
second  pied,  ce  qui,  lorsque  les  eaux  se  sont 
écoulées ,  pourrait  être  une  cause  de  rupture 
de  matrice ,  il  vaudrait  mieux  tirer  sur  les 
deux  membres,  particulièrement  sur  l’abdo¬ 
minal.  Si  l’on  n’avait  pas  le  bonheur  que  nous 
avons  eu,  c’est-à-dire  si  la  matrice,  en  se 
contractant ,  ne  repoussait  pas  vers  la  vulve 
le  second  membre  abdominal ,  il  faudrait , 
aussitôt  que  la  chose  serait  possible,  chercher 
à  l’entraîner  au  moyen  d’un  crochet  mousse. 

HYDROPISIE  ENKYSTÉE  DE  LA  POCHE  AMNIO¬ 
TIQUE. 

Ors.  ii.— La  femme  D.,  âgée  de  22  ans,  d’une 
forte  constitution  ,  étant  enceinte  pour  la 
deuxième  fois,  avait  vu  son  ventre  acquérir 
un  tel  volume,  qu’elle  croyait  porter  plusieurs 
enfants.  Sa  grossesse  avait  été  extrêmement 
pénible.  Ses  digestions  étaient  difficiles  et  sa 
respiration  gênée.  Dans  la  nuit  du  16  mars 
dernier,  elle  est  prise,  d’une  manière  subite, 
de  douleurs  qu’elle  juge  être  celles  de  l’en¬ 
fantement.  Elle  envoie  appeler  madame  Mal¬ 
let,  sage-femme.  Arrivée  auprès  d’elle  ,  ma¬ 
dame  Mallet  reconnaît  la  présence  d’une  poche 
qui  ne  tarde  pas  à  se  rompre  et  fournit  plus 
de  trois  litres  d’eau.  Dès  cet  instant,  le  tra¬ 
vail  se  ralentit ,  il  cesse  même  tout  à  fait, 
mais  pour  se  réveiller  au  bout  d’une  heure. 

En  procédant  à  un  nouvel  examen,  madame 
Mallet  est  tout  étonnée  de  sentir  une  seconde 
poche.  Celle-ci  ne  se  rompt  que  cinq  minutes 
avant  la  ■  sortie  de  l’enfant  ;  elle  ne  donne 
qu’une  petite  quantité  d’eau.  L’enfant  a  suc¬ 
combé  24  heures  après  sa  naissance,  avec  des 
symptômes  de  méningite.  J’ai  examiné  moi- 
même  le  délivre,  et  j’ai  constaté  un  décolle¬ 
ment  du  chorion  et  de  l’amnios  dans  l’étendue 
des  trois  quarts  de  la  circonférence  pla¬ 
centaire.  Il  est  évident  que  ce  décollement 
formait  la  poche  dans  laquelle  étaient  con¬ 
tenues  les  premières  eaux  qui  se  sont  écou¬ 
lées. 

J’ai  trouvé  deux  gros  noyaux  de  matière 
lardacée  sur  la  face  externe  du  placenta. 

Pour  s’expliquer  comment  il  se  fait  que 
dans  le  cours  d’un  travail  d’accouchement  il 
se  produit  quelquefois  successivement  deux 
poches,  on  a  généralement  supposé  que  les 
membranes  ne  s’étant  déchirées  que  dans  une 
très  petite  étendue  en  avant  et  en  haut,  et  la 
solution  de  continuité  étant  oblitérée  par  la 


BULLETIN  CLINIQUE. 


tête ,  il  se  ramasse  une  nouvelle  quantité  de 
fluide  amniotique.  L’explication  du  phéno¬ 
mène,  nous  avons  tout  lieu  de  le  croire ,  se 
trouvera  souvent,  désormais,  dans  une  dispo¬ 
sition  analogue  à  celle  que  nous  avons  signa¬ 
lée.  S’il  était  possible  de  reconnaître  a  priori 
une  poche  de  fausses  eaux,  nous  poserions  le 
précepte  qu’il  faut  l’évacuer  de  bonne  heure, 
surtout  quand  elle  est  considérable ,  car  elle 
expose  le  fœtus  à  une  compression  fâcheuse. 
Dans  le  cas  actuel,  ne  serait-ce  pas  une  cir¬ 
constance  de  ce  genre  qui  aurait  été  la  cause 
de  la  mort? 

ANALYSE  PHILOSOPHIQUE  d’üN  CAS  d’ANENCÉ- 
PHALIE. 

Obs.  iii.— Dans  les  premiers  jours  du  mois 
d’octobre  dernier  ,  je  fus  prié  par  madame  Mal¬ 
let  d’examiner  avec  elle  un  fœtus  de  la  famille 
des  monstres,  qui  était  privé  de  vie,  qui  prove¬ 
nait  d’une  jeune  femme  de  sa  clientèle.  Voici 
le  résultat  de  notre  examen  :  Sujet  du  sexe 
masculin,  offrant  tous  les  attributs  physiques 
d’un  enfant  à  terme.  Il  porte  sur  le  vertex 
une  tumeur  d’une  teinte  violacée,  qu’à  ses  cir¬ 
convolutions  et  à  ses  anfractuosités  on  a  tout 
lieu,  au  premier  abord,  de  prendre  pour  une 
portion  du  cerveau,  et  par  conséquent  pour 
une  cncéphalocèle.  Cette  tumeur,  qui  est  à 
peu  près  ronde,  a  9  centimètres  de  diamètre  ; 
elle  est  un  peu  affaissée  et  s’étend  plutôt  en 
avant  qu’en  arrière.  Le  moindre  toucher  suffit 
pour  faire  couler  du  sang.  Cette  dernière  cir¬ 
constance  nous  entraîne  un  instant  vers  l’idée 
d’une  dégénération  du  cerveau  en  tissu  érec¬ 
tile.  En  la  disséquant  de  la  périphérie  au  cen¬ 
tre  ,  nous  trouvons  qu’elle  adhère  à  la  table 
externe  des  deux  pièces  frontales  par  un  tissu 
cellulaire  assez  serré,  qu’elle  fait  irruption 
au-dehors  par  un  col  étroit  à  travers  la  fon¬ 
tanelle  bregmatique,  et  qu’au  delà  de  ce  point 
elle  s’épanouit  à  la  manière  d’un  champignon. 
Une  incision  cruciale  dans  l’épaisseur  de  son 
corps  nous  permet  de  constater  que  nous 
avons  affaire  à  un  kyste  dont  les  parois  sont 
formées  par  les  méninges ,  et  dont  la  cavité 
renferme  un  mélange  de  sang  et  de  sérosité. 
Il  ne  reste  aucun  vestige  de  toute  la  portion 
de  l’encéphale  située  au-dessus  du  bulbe  ra¬ 
chidien. 

Les  os  qui  entrent  dans  la  composition  de 
la  boîte  crânienne  présentent  tous  une  dureté 
extrême ,  toutes  les  vertèbres  sont  affectées 
de  spina-bifida,  et  la  moelle  notablement 
atrophiée  est  comme  noyée  dans  un  liquide 
séro-sanguinolent. 

Notre  enquête  anatomico-pathologique  ter¬ 
minée,  il  était  naturel  que  nous  eussions  le 
désir  de  rechercher  une  corrélation  de  cause 


191 

à  effet  ;  nous  interrogeâmes  dans  ce  but  l’ac¬ 
couchée,  qui  nous  fournit  les  renseignements 
suivants.  Elle  est  tripière ,  depuis  son  ma¬ 
riage  qui  ne  date  que  d’un  an,  et  elle  se  sou¬ 
vient  d’avoir  éprouvé  une  vive  émotion,  vers 
la  sixième  semaine  de  sa  grossesse ,  en  dé¬ 
crânant  pour  la  première  fois  une  tête  de 
mouton.  Elle  s’est  sentie  encore  profondément 
émue  dans  une  représentation ,  à  l’Ambigu- 
Comique,  du  drame  lugubre  de  La  Voisin.  Un 
mois  et  demi  avant  son  accouchement,  elle  a 
perdu  connaissance  envoyant  son  jeune  neveu 
dans  des  convulsions.  A  quelques  jours  de  là, 
le  matin,  au  saut  du  lit  et  sans  cause  connue, 
elle  tombait  de  nouveau  en  syncope,  et  son 
corps  allait  heurter  violemment  contre  le  car¬ 
reau  de  la  chambre.  Enfin ,  pendant  tout  le 
temps  de  sa  grossesse,  elle  a  dû,  pour  le  be¬ 
soin  de  sa  profession,  tourner  souvent  la  ma¬ 
nivelle  d’une  pompe  publique  qui  monte  la 
valeur  de  deux  voies  d’eau.  Elle  ajoute  que 
cette  manœuvre  exigeait  de  sa  part  beaucoup 
d’efforts. 

Quelques  physiologistes  recommandables , 
Burdach  entre  autres,  ont  admis  que  l’ima¬ 
ge  d’un  objet  dont  la  vue  impressionne 
vivement  l’imagination  de  la  femme  en¬ 
ceinte  peut  en  quelque  sorte  être  reflétée 
sur  le  fœtus. 

Cette  manière  de  voir  est  aussi  celle  du 
vulgaire.  On  comprend  bien  que,  dans  le  cas 
dont  nous  nous  occupons,  on  n’a  pas  manqué 
de  reconnaître  quelques  traits  de  La  Voisin. 
«  Oh  !  que  ce  sont  ses  yeux ,  s’est  écriée  une 
commère  !..  Quant  à  nous,  nous  croyons  que 
les  choses  se  sont  passées  ici  comme  elles  se 
passent  tous  les  jours  sous  nos  yeux ,  dans 
d’autres  parties  du  corps.  Ainsi,  par  suite  de 
contusions  dépendant,  soit  d’une  brusque  con¬ 
traction  de  la  matrice,  soit  d’une  action  vul- 
nérante  sur  les  parois  du  ventre ,  et  certes 
les  circonstances  commémoratives  ne  peuvent 
pas  mieux  justifier  un  pareil  dire  ,  le  cerveau 
se  sera  enflammé,  se  sera  ramolli,  et  aura  fini 
par  se  désorganiser  complètement.  La  dureté 
des  os  du  crâne  est  une  preuve  anatomico- 
pathologique  de  la  nature  inflammatoire  du 
travail  qui  a  présidé  à  tout  ce  désordre.  A 
quelle  époque  et  comment  ce  travail  s’est-il 
opéré?...  il  est  probable  qu’il  a  commencé 
dans  les  premiers  temps  de  la  grossesse  et 
qu’il  a  poursuivi  sa  marche  d’une  manière 
lente.  Nous  fondons  notre  opinion  sur  cette 
double  raison,  savoir  ,  que  la  désorganisation 
était  trop  étendue  pour  ne  pas  être  le  produit 
d’un  long  travail ,  et  que,  si  elle  s’était  faite 
brusquement,  le  fœtus  aurait  été  tué  et  ne 
serait  pas  né  à  terme. 


192 


BIBLIOGRAPHIE. -NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


■  -  "■  - - 1. - J> 

BIBLIOGRAPHIE. 


LEHRBUCH  DER  GEBURTSHULFE,  C.-CL-d.  Traité 

d’accouchements,  par  le  doct.  h.f.  Nægelé 

fils,  lre  partie.  In-8°.  IX- 520  pag.  Mayence, 

1843. 

Les  traités  nouveaux  d’accouchements  se 
multiplient.  L’auteur  de  celui-ci ,  que  deux 
bonnes  thèses  et  deux  monographies  impor¬ 
tantes  sur  le  mécanisme  de  l’accouchement 
et  sur  l’ auscultation  obstétricale  ont  déjà  si¬ 
gnalé  à  l’estime  des  savants,  s’efforce  de  plus 
en  plus  de  marquer  sa  place  auprès  de  son 
illustre  père.  Le  volume  qu’il  vient  de  publier 
ne  comprend  que  la  partie  physiologique  et  la 
partie  diététique  ;  il  se  compose  de  quatre  di¬ 
visions  principales  dans  lesquelles  sont  suc¬ 
cessivement  décrits  :  1°  les  organes  maternels 
et  l’œuf  humain  ;  2°  la  grossesse  normale  et 
les  soins  qu’elle  réclame  ;  5°  les  phénomènes 
et  le  mécanisme  de  l’accouchement  naturel  ; 
4°  les  suites  de  couches  et  les  soins  à  don¬ 
ner  aux  nouvelles  accouchées  et  aux  enfants 
nouveau-nés.  On  ne  trouve  point  dans  cet 
ouvrage  de  vues  nouvelles  ,  mais  on  peut  le 
considérer  comme  un  excellent  exposé  de  ce 
que  la  science  obstétricale  possède  de  plus 


précis.  Cet  exposé,  à  la  fois  concis  et  clair, 
convient  parfaitement  aux  jeunes  gens  qui 
commencent  l’étude  de  l’obstétrique.  Les 
élèves  plus  avancés  et  les  accoucheurs  déjà 
versés  dans  la  connaissance  de  leur  art  y 
trouveront,  sinon  développée,  au  moins  in¬ 
diquée,  la  solution  de  plusieurs  questions  liti¬ 
gieuses,  et  les  moyens  de  la  poursuivre  leur 
seront  particulièrement  fournis  par  la  riche 
bibliographie  qui  atteste  à  chaque  page  la  pro¬ 
fonde  érudition  de  l’auteur.  La  seconde  partie 
devra  comprendre  les  accidents  et  les  com¬ 
plications  de  la  grossesse,  l’accouchement  non 
naturel,  les  suites  non  naturelles  de  cou¬ 
ches,  et  les  maladies  des  enfants  nouveau- 
nés.  Les  hautes  et  difficiles  questions  qui  se 
rattachent  à  cette  seconde  partie,  toute  patho¬ 
logique  et  thérapeutique,  seront  traitées,  nous 
n’en  doutons  pas ,  avec  tout  le  soin  qu’elles 
méritent.  Ce  que  nous  possédons  déjà  nous 
donne  l’espoir  d’avoir  un  jour  dans  l’ouvrage 
complet  un  très  bon  résumé  des  plus  saines 
doctrines,  et  l’un  des  meilleurs  guides  pour 
l’étude  de  l’art  et  pour  les  recherches  biblio¬ 
graphiques.  A.  D. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences. — Le  mois  qui  vient  de  s’écouler  a  été  assez  stérile  en  communica¬ 
tions  chirurgicales.  Le  24  avril,  M.  Desmares  a  adressé  une  lettre  touchant  la  nouvelle  opé¬ 
ration  pratiquée  par  M.  Malgaigne  pour  la  cure  des  opacités  de  la  cornée.  M.  Desmares  s’est 
propose  de  prouver:  1°  que  l’operation  n’est  pas  nouvelle  ;  2°  qu’elle  ne  vaut  rien. 

L’Académie  n’ayant  pas  tenu  de  séance  le  1er  mai,  on  a  lu  le  9  mai  une  lettre  de  M.  Ma¬ 
gne,  tendant  à  prouver,  contre  M.  Desmares,  que  l’opération  est  bonne  et  peut  être  appliquée 
dans  certains  cas.  N  '  '  ; 

Dans  cette  même  séance,  M.  Jobert  a  adressé  un  Mémoire  sur  un  procédé  autoplastique 
destiné  a  remédier  aux  occlusions,  et  à  rétablir  le  cours  de  certains .  liquides,  comme  dans 
la  grenouilleiie.  Nous  en  rendrons  compte  dès  qu’il  aura  été  publié. 

Académie  de  médecine.— La  chirurgie  a  tenu  moins  de  place  encore  dans  les  séances  de 
cette  compagnie;  M.  Velpeau  a  lu  seulement,  le  25  avril,  un  rapport  sur  deux  appareils  ou 
méthodes  pour  le  traitement  des  fractures  du  fémur  ;  lesquels  n’offraient  ni  nouveauté  ni 
avantages.  Les  conclusions  ont  été  adoptées  sans  discussion. 

—  Un  nouveau  service  de  chirurgie  va  être  institué  à  l’hôpital  Saint-Antoine.  L’un  des  cinq 
chirurgiens  actuels  du  bureau  central  sera  donc  prochainement  appelé  dans  les  hôpitaux  ;  et  il 
y  aura  deux  places  au  lieu  d’une  qui  seront  mises  au  concours. 

—  Encyclopédie  anatomique  ,  comprenant  l’anatomie  descriptive  ,  l’anatomie  géné¬ 
rale,  etc.,  etc.,  10  vol.  in-8°  en  cinq  livraisons.— La  2e  livraison,  comprenant  le  deuxième  et 
dernier  volume  de  l'Anatomie  générale ,  par  Henle;  et  le  Traité  de  Myologie  et  d’Angéïolo- 
gie,  par  Theile,  est  en  vente.— Chez  J. -B.  Baillière,  rue  de  l’Ecole-de-Medecine,  n°  17.  — 
Pfix  de  chaque  volume,  7  fr.  50  cent. 

Nous  avons  rendu  compte  (ci-devant  page  94)  de  la  première  livraison  de  cette  importante 
collection,  dont  la  publication  se  poursuit  avec  activité. 

—  Traité  des  maladies  des  femmes  qui  déterminent  des  flueurs  blanches  ,  des  leu¬ 
corrhées  ou  tout  autre  écoulement  utéro-vaginal ,  par  H.  Blatin  et  V.  Nivet.  —  1  vol.  in-8° 
de  630  pages— Prix:  7  francs.— Chez  Germer  Baillière,  rue  de  l’Ecole-de-Médecine,  n°  17. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  52  pages  grand  in-8°. 
Prix  de  l’abonnement,  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Pctits-Champs,  n°  59. 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Cic,Ruc  de  Grenelle-Saint-IIonoré,  55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Pot  M.  lIAHillGM!. 

JUIN  1843. 


SOMMAIRE. 

-  - 

I.  Travaux  originaux. — Mémoire  sur  la  périnéoraphie  pratiquée  immédiatement  après 
l’accouchement,  par  M.  Danyau.— De  quelques  dangers  du  traitement  généralement  adopté 
pour  les  fractures  de  la  rotule,  par  M.  Malgaigne.— II.  Revue  critiqué?.—  Chirurgie.— 
Recherches  anatomiques,  physiologiques  et  pathologiques  sur  les  cavités  closes  naturelles 
ou  accidentelles  de  l’économie  animale.— De  l’emploi  du  sulfate  de  cuivre  péur  obtenir  la 
cicatrisation  des  plaies  et  des  ulcères.— De  la  nécrose  du  calcanéum  chez  les  enfants  scro- 
phuleux.— Obstétrique.  —  Exsudation  pseudo-membraneuse  dans  les  voies  aériennes  d’un 
fœtus  — Pharmacologie  chirurgicale—  Note  sur  la  composition,  la  préparation  et  le  mode 
d’administration  de  l’iodhydrargyrate  d’iodure  de  potassium.— III.  Rulletin  clinique. — 
Nouvel  exemple  de  luxation  scapulo-humérale  en  bas,  par  M.  Rourguet.—  IV.  Ribliogra- 
phie.— Esquissé  historique  sur  le  service  de  santé  militaire,  par  M.  Gama.— V.  Nouvelles 
et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX, 


mémoire  sur  la  périitéorapliie  pratiquée  immédiatement 
après  l’aecoucliement,  par  Ant.  Dinyau. 

La  déchirure  du  périnée  n’est  pas  un  de  ces  accidents  de  la  parturition  qui  expose 
la  vie  ni  même  la  santé  de  la  femme  ;  mais  elle  donne  lieu  à  quelques  incommodités 
graves,  et  rien  ne  doit  être  épargné  pour  les  prévenir.  Chacun  sait  quelles  sont  les  consé¬ 
quences  d’une  déchirure  complète  qui  comprend  le  sphincter  de  l’anus  ;  une  déchirure 
moins  étendue  n’est  pas  non  plus  sans  inconvénient.  Indépendamment  de  l’agrandisse¬ 
ment,  déjà  assez  fâcheux  par  lui-même,  de  l’ouverture  vulvaire,  elle  expose  au  prolapsus 
du  vagin  et  consécutivement  à  celui  de  l’utérus.  Malgré  ces  conséquences  et  ces  chances 
malheureuses,  la  chirurgie,  découragée  par  ses  insuccès  et  en  quelque  sorte  convaincue 
d’impuissance,  avait  depuis  longtemps  renoncé  à  toute  tentative  de  réparation,  lorsque 
Dieffenbach,  par  une  modification  nouvelle,  et  surtout  M.  Roux,  par  l’ingénieuse  applica¬ 
tion  de  la  suture  enchevillée,  réintégrèrent  la  périnéoraphie. 

Portée  tout  de  suite  à  un  degré  de  perfection  qui ,  sous  le  rapport  du  manuel  opéra¬ 
toire  ,  ne  laisse  plus  rien  à  désirer,  la  périnéoraphie  par  la  suture  enchevillée  peut  être 
considérée  comme  une  des  opérations  les  mieux  réglées  de  la  chirurgie.  Un  seul  point 
n’est  pas  définitivement  fixé  :  c’est  le  choix  de  l’époque  la  plus  convenable  pour  l’opéra¬ 
tion.  Faut-il  attendre,  ou  doit-on  procéder  immédiatement  après  l’accident?  Dans  le  pre¬ 
mier  cas,  doit-on  différer  seulement  de  quelques  jours,  ou  bien  de  quelques  semaines,  de 
quelques  mois  ? 

Pratiquée  à  une  époque  éloignée  de  l’ accouchement ,  l’opération  se  compose  néces¬ 
sairement  de  deux  temps  successifs,  l'avivement  et  la  suture.  Immédiatement  ou 
c.  13 


194  TRAVAUX  ORIGINAUX, 

peu  d’heures  après  l’accident ,  ce  n’est  plus  réellement  que  la  réunion  d’une  plaie  ré¬ 
cente  par  la  suture,  c’est-à-dire  un  simple  pansement. 

Ainsi  présentée,  T  opération  immédiate  réunirait  certainement  tous  les  suffrages.  Mais  * 
je  n’ignore  pas  et  ne  veux  pas  dissimuler  les  objections  plus  ou  moins  fondées  sur  les¬ 
quelles  on  s’appuie  pour  la  proscrire.  Au  contraire,  les  présenter  dans  toute  leur  force  , 
les  peser,  les  réduire  à  leur  juste  valeur,  et,  s’il  est  possible,  les  réfuter,  tel  est  le  but  que 
je  me  propose.  Je  voudrais  au  moins  établir  que  l’opération  réduite  à  la  suture  est  non- 
seulement  possible,  mais  encore  facile,  utile  et  exempte  de  danger. 

Au  reste,  ce  n’est  point  là  une  proposition  nouvelle.  Quelques  faits  épars  dans  les  ou¬ 
vrages  didactiques,  dans  les  collections  de  mémoires,  dans  les  journaux  de  médecine,  et 
le  conseil  expressément  donné  par  beaucoup  d’auteurs,  témoignent  de  l’ancienneté  ,  et, 
pour  ainsi  dire,  de  la  vulgarité  de  cette  idée ,  qui  a  pour  elle  ,  en  outre ,  l’autorité  de 
quelques  succès  obtenus  même  par  des  procédés  de  suture  en  général  infidèles.  Mais  le 
restaurateur  de  la  périnéoraphie  en  France  s’est  si  positivement  exprimé  contre  l’opé¬ 
ration  immédiate,  que  les  observations  détachées  et  quelques  rares  réussites  font  à  peine 
impression  sur  les  esprits  prévenus,  et  jettent  le  doute  et  l’incertitude  dans  les  autres. 

La  déchirure  du  périnée  n’est  pas  à  beaucoup  près  toujours  précédée  d’une  .extrême 
distension  des  parties  molles  :  T  expulsion  trop  violente  et  trop  rapide  ou  l’extraction  trop 
brusque  de  la  tête,  le  glissement  inattendu  des  branches  du  forceps,  peuvent  produire  ce 
désordre,  sans  faire  éprouver  au  périnée  cet  excès  d’extension  lente  qui  détruit  à  la  fois 
sa  cohésion  et  sa  vitalité,  et  le  fait  à  la  fin  éclater.  Dans  ce  dernier  cas  même,  les 
parties  molles  ne  subissent  pas  toujours  un  gonflement  excessif,  et  si  on  avait  raison  de 
le  redouter,  la  suture  me  paraîtrait  plutôt  propre  à  le  modérer,  sinon  à  le  prévenir. 
Le  plus  souvent,  immédiatement  après  l’accident,  les  parties  sont  dans  un  état  de  tu¬ 
méfaction  légère  et  en  même  temps  de  flaccidité  qui  fait  que  les  bords  de  la  solution  de 
continuité  sont  presque  appliqués  F  un  contre  l’autre,  ou  peuvent  être,  par  une  très  légère 
pression,  quelle  que  soit  l’irrégularité  de  la  plaie,  mis  en  contact  parfait.  Ne  sont-ce  pas 
là  des  conditions  heureuses,  et  où  en  peut-on  trouver  de  plus  favorables  au  succès  d’une  réu¬ 
nion  immédiate?  Les  parties  cicatrisées  depuis  longtemps  ne  sont  pas  dans  un  état  aussi 
avantageux.  Leur  retrait  et  l’écartement  des  bords  cicatrisés  et  quelquefois  calleux  de 
la  déchirure  exigent,  outre  un  avivement  très  douloureux,  une  pression  plus  considérable 
pour  rapprocher  et  maintenir  en  contact  les  surfaces  avivées. 

L’écoulement  des  lochies  n’est  point  un  obstacle,  soit  à  l’exécution  même  de  l’opéra¬ 
tion,  soit  à  la  cicatrisation  de  la  plaie.  Après  le  premier  dégorgement  de  l’utérus,  l’écou¬ 
lement  du  sang  cause  tout  au  plus  un  peu  de  gêne;  et  quant  à  la  plaie,  le  liquide,  quelque 
abondant  qu’il  soit,  en  baigne  seulement  le  pourtour  si  la  coaptation  a  été  bien  exacte. 
D’ailleurs ,  des  lotions  et  des  injections  fréquentes  préservent  les  parties  de  l’irritation 
qui  pourrait  résulter  du  séjour  prolongé  et  de  la  putridité  des  lochies ,  de  même  que 
le  cathétérisme,  répété  trois  à  quatre  fois  par  jour  (sans  qu’il,  soit  jamais  nécessaire  de 
laisser  la  sonde  à  demeure),  les  met  à  l’abri  du  contact  de  l’ urine. 

Ces  soins,  en  y  ajoutant  la  précaution  de  maintenir  la  femme  couchée  sur  le  dos,  les 
cuisses  rapprochées,  sont-ils  donc  incompatibles  avec  ceux  que  réclament  les  couches? 
Ne  sont-ce  pas  ceux  mêmes  qu’elles  exigent  quelquefois?  Et  pourvu  que  la  femme  les 
reçoive  d’une  personne  exercée  et  intelligente,  ils  sont,  je  puis  l’assurer,  absolument 
sans  inconvénients. 

Enfin,  je  conviens  qu’il  est  pénible  d’avoir  à  proposer  à  une  pauvre  femme,  fatiguée 
par  un  long  et  douloureux  accouchement,  une  opération  dont  l’idée  seule  la  troublerait 
en  tout  autre  temps,  et  pour  laquelle  il  semble  qu’elle  doit  éprouver  une  répulsion  invin¬ 
cible  au  moment  où  elle  commence  à  jouir  du  calme  après  lequel  elle  soupirait.  Cepen¬ 
dant  je  puis  assurer  que  des  six  femmes  que  j’ai  opérées  à  la  Maternité  ,  il  n’en  est  pas 
une  qui  n’ait  été  facilement  et  promptement  persuadée  ;  pas  une  qui,  une  fois  décidée, 
n  ait  subi  l’opération  avec  patience  et  résignation  :  de  même  qu’il  n’en  est  pas  une 
non  plus  qui  ait  éprouvé  d’accident  à  la  suite  de  cette  tentative  de  restauration.  On  ren- 


A*  DANYAU.  —DE  LA  PÉRINÉORAPHIE  IMMÉDIATEMENT  APRÈS  L? ACCOUCHEMENT.  195 

contrerait,  je  n’en  doute  pas,  beaucoup  plus  d’opposition  dans  la  pratique  civile  ;  et 
comme  l’espoir  d’une  réparation  naturelle  quelconque  engagera  Je  plus  souvent  le  pra¬ 
ticien  à  garder  le  silence ,  on  peut  présumer  que  les  opérations  de  ce  genre  seront  rares 
en  ville.  Si  l’opération  immédiate  est  bonne,  l’avantage  reste  à  la  chirurgie  des  hôpitaux, 
qui,  en  compensation  des  circonstances  défavorables  contre  lesquelles  elle  doit  lutter,  a  au 
moins  la  facilité,  la  liberté  d’action,  qui  assurent  l’application  opportune  de  ses  ressources. 

Avant  de  passer  aux  détails  des  faits  qui  servent  de  base  à  ce  mémoire ,  quelques  re¬ 
marques  préliminaires  sont  nécessaires.  Sur  six  femmes  opérées ,  une  seule  avait  le 
périnée  déchiré  complètement.  Chez  les  cinq  autres,  la  déchirure  était  incomplète; 
c’est-à-clire  qu’elle  ne  comprenait  pas  le  sphincter  de  l’anus,  mais  s’étendait  jusqu’à 
ce  muscle  superficiellement  entamé  ainsi  que  la  partie  inférieure  de  la  cloison  recto- 
vaginale.  Je  me  suis  toujours  abstenu  lorsqu’il  restait  une  étendue  plus  ou  moins  consi¬ 
dérable  du  périnée  proprement  dit, soit  dans  la  crainte  de  faire  une  opération  inutile,  soit 
pour  observer  le  résultat  du  travail  de  réparation  abandonné  à  la  nature.  Quelques  per¬ 
sonnes  trouveront  peut-être  que  ma  réserve  n’a  pas  été  encore  assez  grande,  et  que  la  péri- 
néoraphie  doit  être  exclusivement  appliquée  aux  cas  de  déchirure  tout  à  fait  complète. 
Je  ne  puis  me  ranger  à  leur  avis.  Dans  la  solution  d’une  pareille  question,  et  devant  l’assu¬ 
rance  positive  de  quelques  auteurs,  Kilian  entre  autres  (Operationslehre  fiir  Geburtshülfe ), 
qui  avancent  que  les  déchirures  les  plus  étendues  guérissent,  pourvu  que  le  sphincter  soit 
intact,  facilement  et  complètement  par  la  position  et  les  soins  répétés  de  propreté,  je  n’ai 
pas  dû  me  contenter  de  quelques  assertions  contraires,  et  asseoir  une  opinion  différente  sur 
des  autorités  seulement,  quelques  respectables  qu’elles  fussent.  D’abord,  je  me  suis 
rappelé  l’un  des  faits  de  M-.  Roux,  celui  où  le  périnée  déchiré  ne  s’était  point  réuni 
quoique  le  sphincter  anal  fût  intact,  et  où  le  défaut  de  réunion  avait  donné  lieu  à  un 
prolapsus  du  vagin.  Dans  ce  cas ,  la  périnéoraphie  fut  suivie  de  phlébite  et  la  malade 
mourut.  Le  souvenir  de  cette  femme  m’était  présent  lorsque  je  me  décidai  pour  la 
première  fois  à  pratiquer  l’opération  immédiatement  après  l’accouchement.  Plus  tard? 
M.  le  docteur  Devilliers  fils  voulut  bien  me  donner  communication  d’un  rapport  auto¬ 
graphe  de  Lauverjatà  l’Académie  royale  de  chirurgie  (1782),  dans  lequel  je  lus  ce  qui 
suit  :  «  Une  dame  accouchée  spontanément  a  eu  le  malheur  d’avoir  la  fourchette  et 
le  périnée  déchirés  ;  la  seule  marge  de  l’anus  a  été  respectée.  Les  soins  donnés  sur-le- 
champ  et  continués  avec  l’attention  la  plus  scrupuleuse  pendant  quinze  jours  n’ont  rien 
opéré,  et  cette  dame  est  aujourd’hui  dans  le  même  état.  «  Lauverjat  ajoute  :  «  ïl  nous  était 
facile  de  surcharger  cet  exposé  de  citations  qui  nous  auraient  été  favorables.  Nous 
nous  bornons  à  celle  de  M.  Méry,  dont  le  nom  suffit  pour  accréditer  une  assertion.  Cet 
homme  célèbre  dit  q-u’il  a  vu  beaucoup  de  déchirures  du  périnée,  et  qu’il  n’a  jamais 
vu  qu’une  guérison.  »  Si  les  cas  de  ce  genre  n’étaient  pas  toujours  ou  presque  toujours 
tenus  secrets  par  les  parties  intéressées,  les  éléments  ne  manqueraient  pas  pour 
résoudre  la  question.  J’ai  dû,  pour  ma  part,  les  chercher  parmi  les  faits  soumis  à  mon 
examen. 

Observation  Ire. — Sur  une  femme  entravait  depuis  longtemps,  il  fallut  procéder,  pour  des 
raisons  inutiles  a  mentionner,  à  l’extraction  d’un  fœtus  volumineux  qui  se  présentait  par  les 
pieds.  L’opération  fut  difficile,  et  la  tête  ne  put  être  ramenée  au  dehors  qu’après  de  longs 
efforts.  Le  périnée  fortement  distendu  se  rompit  longitudinalement  presque  jusqu’au  sphincter. 
Les  lèvres  de  la  plaie  étaient  très  nettes  et  restaient  rapprochées.  Malgré  les  soins  de  pro¬ 
preté,  le  rapprochement  des  cuisses,  la  précaution  qu’on  eut  de  sonder  cette  femme  chaque 
fois  qu’elle  eut  besoin  d’uriner,  et  quoique  l'inflammation  eût  été  extrêmement  modérée,  le 
gonflement  très  médiocre,  la  douleur  presque  nulle,  les  bords  de  la  division  se  cicatrisèrent 
isolément.  La  cicatrisation  était  complète  le  11e  jour,  lorsque  cette  femme  quitta  la  maison 
Le  périnée  n’avait  plus  alors  que  quatre  lignes  de  longueur.. 

Observation  IL — Une  femme  dont  l’enfant  se  présentait  par  le  sommet  eut  le  périnée  dé¬ 
chiré  au  moment  du  brusque  passage  de  la  tête.  Le  tiers  antérieur  était  complètement  rompu  ; 
au  tiers  moyen  la  peau  seule  était  déchirée;  le  tiers  postérieur  était  intact.— Les  soins  donnés 
à  la  précédente  furent  aussi  pris  pour  celle-ci.  Aucune  douleur,  aucune  inflammation.  Le  7ejour 


m  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

la  partie  complètement  déchirée  était  cicatrisée,  mais  chaque  lèvre  isolément;  la  cicatrice 
n’était  que  commencée  au  tiers  moyen  dont  la  peau  seule  avait  été  intéressée. 

Ces  déchirures  du  périnée,  dans  lesquelles  la  peau  a  cédé  beaucoup  plus  loin  que  les 
autres  parties  molles,  ne  sont  pas  très  rares,  et  immédiatement  après  l’acciderit  elles 
paraissent  beaucoup  plus  étendues  qu’elles  11e  le  sont  réellement.  Ce  sont  peut-être  des  cas 
de  cette  espèce  qu’on  a  pris  pour  des  exemples  de  guérison  spontanée  de  grandes  dé¬ 
chirures. 

Je  pourrais  citer  cinq  autres  femmes,  chez  lesquelles  les  choses  se  sont  passées,  dans 
des  circonstances  pourtant  également  favorables ,  absolument  comme  chez  les  deux  dont 
je  viens  de  rapporter  l’observation.  Chez  une  huitième,  dont  le  périnée  violemment  dis¬ 
tendu  avait  cédé  dans  sa  moitié  antérieure,  la  réunion  immédiate  était  en  tout  cas  im¬ 
possible,  parce  que  deux  petites  escarres  s’étaient  formées  sur  les  lèvres  de  la  déchirure; 
35  jours  après  l’accouchement,  la  cicatrisation  était  presque  achevée,  et  l’écartement  des 
bords  de  la  division  ne  laissait  pas  l’espoir  d’une  réunion  secondaire  même  partielle.  En 
opposition  avec  ces  huit  cas,  je  citerai  le  seul  fait  de  réunion  spontanée  que  j’aie  observé. 

Observation  III.— Une  couturière,  âgée  de  22  ans,  brune,  d’une  forte  constitution  et  d’une 
excellente  santé  qui  ne  s’était  pas  démentie  pendant  sa  grossesse,  accoucha  pour  la  première  fois 
à  terme  d’un  enfant  volumineux,  dont  la  tête  distendit  considérablement  le  périnée  et  le  dé¬ 
chira,  poussée  tout  à  coup  par  une  violente  contraction.  Le  lendemain,  la  plaie,  de  l’étendue 
d’un  pouce,  se  dirigeait  un  peu  obliquement  vers  l’anus,  dont  elle  était  encore  éloignée  de  plu¬ 
sieurs  lignes.  Les  lèvres  de  cette  plaie  étaient  non-seulement  en  contact,  comme  je  l’avais 
vu  dans  les  autres  cas,  mais  déjà  un  peu  adhérentes  l’une  à  l’autre.-  Les  jours  suivants  cette 
adhérence  devint  plus  solide,  et  la  réunion,  qui  avait  eu  lieu  sans  inflammation  aucune  des 
parties  environnantes,  était  complète  le  7e  jour,  lorsque  cette  femme  quitta  la  maison. 

D’après  ce  qui  précède,  et  en  me  bornant,  il  est  vrai,  aux  résultats  de  ma  propre  ex¬ 
périence,  je  serais  en  droit  de  conclure  que  la  réunion  des  déchirures,  même  médiocre¬ 
ment  étendues  du  périnée,  n’a  lieu  spontanément  que  dans  des  cas  tout  à  fait  exception¬ 
nels.  J’aime  à  croire  que  d’autres  observateurs ,  dans  des  circonstances  plus  favorables, 
ont  constaté  une  plus  forte  proportion  de  succès.  Je  dois  cependant  faire  observer  que  les 
huit  premières  aussi  bien  que  la  dernière  des  accouchées  dont  le  périnée  avait  été 
lésé,  étaient  dans  un  bon  état  de  santé,  et  que,  chez  toutes ,  les  suites  de  couches  ont  été 
tout  à  fait  naturelles;  en  un  mot,  que  le  défaut  de  réunion  n’est  pas  le  résultat  d’un 
mauvais  état  de  la  constitution,  ni  d’une  affection  locale  ou  générale. 

Au  reste,  je  ne  prétends  pas  dire  que,  dans  le  cas  où  se  sont  trouvées  ces  femmes,  il 
y  eût  autre  chose  à  faire  qu’à  insister  sur  la  position,  le  rapprochement  des  cuisses, 
l’évacuation  des  urines  par  la  sonde,  et  les  soins  de  propreté.  J’ai  voulu  seulement  montrer 
que  l’insuccès  de  ces  moyens,  dans  des  cas  de  déchirure  médiocre ,.  est  bien  plus  à 
craindre  dans  les  cas  de  déchirure  étendue  ;  qu’il  n’est  pas  nécessaire  pour  opérer  que 
le  sphincter  et  la  cloison  recto-vaginale  soient  déchirés,  et  qu’il  suffit  que  la  solution 
de  continuité  comprenne  tout  le  périnée  proprement  dit.  Il  faut  bien  que ,  sous  ce  rap¬ 
port,  l’observation  de  beaucoup  de  praticiens  ait  été  semblable  à  la  mienne ,  puisqu’ au 
degré  que  j’ai  fixé,  plusieurs  auteurs,  entre  autres  Osiander  ( Handb .  d.  Entbindungsk) 
Meissner  ( Siebold’s  Journ.  xi.  174),  Dieffenbach,  etc.,  donnent  positivement  le  conseil 
de  pratiquer  la  suture,  et  même  d’opérer  immédiatement. 

Malgré  ces  imposantes  autorités,  ce  ne  fut  pas  sans  quelque  crainte  que  je  me  décidai 
à  faire  la  suture  chez  la  jeune  femme  dont  je  vais  rapporter  l’histoire  ;  et  je  restai  dans 
une  grande  anxiété  jusqu’au  moment  où  les  fils  ayant  été  retirés,  je  pus  constater  le 
résultat. 

Observation  IV.— J. -R.,  18  ans,  primipare,  entrée  à  la  salle  des  accouchements  le  1er  février 
1841,  venait  d’accoucher  après  un  travail  régulier,  mais  pénible,  qui  avait  duré  vingt-huit 
heures,  lorsque  je  la  vis  le  2  à  10  heures  du  matin.  Avant  de  franchir  la  vulve,  la  tête  avait 
fortement  distendu  le  périnée,  dont  la  peau  s’éraillait  déjà  et  dont  la  commissure  avait  cédé 
avant  même  que  l’engagement  fût  complet.  Bien  que  les  efforts  de  la  femme  eussent  été  mo- 


À.  DANYAU.  —DE  LA  PÉRINÉORAPHIE  IMMÉDIATEMENT  APRÈS  L’ACCOUCHEMENT.  197 

/ 

dérés,  que  deux  mains  superposées  appliquées  sur  le  périnée  et  plusieurs  doigts  à  nu  sur  le 
cuir  chevelu  eussent  ralenti  l’expulsion  de  la  tête,  une  déchirure,  commencée  sans  doute  à 
l’intérieur  sur  la  membrane  muqueuse  comme  à  l’extérieur  sur  la  peau,  se  compléta  soit  au 
moment  de  cette  expulsion,  soit  au  moment  du  passage  des  épaules  L’accident  venait  d’avoir 
lieu,  et,  en  examinant  les  parties,  je  fus  frappé  de  leur  peu  de  gonflement,  de  leur  flaccidité 
et  de  la  facilité  avec  laquelle  les  bords  de  la  solution  de  continuité  restaient  en  contact.  Il 
n’y  avait  aucune  tendance  à  l’écartement,  si  bien  que  pour  apprécier  l’étendue  du  désordre, 
il  me  fallut  séparer  avec  les  doigts  les  deux  grandes  lèvres  et  les  deux  côtés  du  périnée.  La 
solution  de  continuité  s’étendait  depuis  la  commissure  postérieure  de  la  vulve  jusqu’au 
sphincter  de  l’anus,  dont  les  fibres  étaient  à  nu,  et  en  même  temps  jusqu’à  la  partie  infé¬ 
rieure  de  la  paroi  postérieure  du  vagin  dont  la  muqueuse  était  déchirée.  Aussitôt  qu’on  lais¬ 
sait  aller  les  parties  écartées,  elles  se  replaçaient  immédiatement  et  d’elles-mêmes  dans  le 
contact  exact  où  elles  étaient  auparavant,  si  bien  qu’il  semblait  que  si  ce  contact  se  mainte¬ 
nait  pendant  assez  longtemps  avec  la  même  exactitude,  la  réunion  s’opérerait  infailliblement.  La 
suture  me  parut  être  le  seul  moyen  capable  d’assurer  cet  heureux  résultat,  et  consultant  d’une 
part  la  bonne  santé  de  la  jeune  accouchée,  d’autre  part  l’état  sanitaire  alors  satisfaisant  de  la 
maison,  je  me  décidai  à  pratiquer,  je  ne  dirai  pas  l’opération,  mais  le  pansement.  Le  consen¬ 
tement  de  la  malade  fut  facilement  obtenu;  déjà  elle  était  délivrée,  et  pendant  qu’on  préparait 
les  objets  nécessaires,  l’utérus  eut  le  temps  de  se  dégorger  un  peu,  de  manière  que  je  ne 
fus  que  médiocrement  gêné  par  l’écoulement  sanguin.  Pris  à  l’improviste  et  n’ayant  dans  ma 
trousse  que  des  aiguilles  courbes  un  peu  courtes ,  j’éprouvai  quelque  difficulté  à  passer  les 
fils.  En  raison  même  de  cette  brièveté  le  fil  moyen  (j’en  avais  placé  trois)  ne  fut  pas  porté 
assez  en  arrière,  n’embrassa  pas  une  assez  grande  épaisseur  de  parties,  ne  glissa  pas  de  gauche 
à  droite,  comme  il  aurait  dû  faire,  dans  l’épaisseur  de  la  cloison  au  niveau  de  la  déchirure 
de  la  muqueuse  ;  et  c’est  à  cette  imperfection,  peut-être  inévitable  avec  un  instrument  mal 
approprié,  qu’il  faut,  je  crois,  attribuer  une  petite  circonstance  dont  je  parlerai  tout  à  l’heure. 
Au  reste,  le  procédé  de  M.  Roux,  appliqué  au  cas  plus  simple  pour  lequel  je  l’employais,  fut 
suivi  de  point  en  point.  Outre  la  suture  enchevillée  qui  maintint  rapprochées  les  parties 
profondes,  une  petite  suture  entortillée  fut  placée  pour  remettre  en  contact  les  lèvres  de  la 
partie  antérieure  de  la  plaie,  que  le  rapprochement  des  cylindres  par  les  fils  avait  renversées 
en  dehors. 

Toutes  les  précautions  furent  prises  pour  assurer  ,1e  succès  de  cette  tentative.  L’opérée  fut 
couchée  sur  le  dos,  le  siège  un  peu  élevé,  les  cuisses  rapprochées  et  maintenues  dans  cet  état 
par  une  serviette  nouée  au  dessus  des  genoux.  Une  élève  placée  auprès  d’elle  la  surveilla 
nuit  et  jour.  De  fréquentes  injections  furent  faites  dans  le  vagin,  des  compresses  trempées 
dans  une  décoction  émolliente  furent  appliquées  sur  le  périnée;  enfin  la  malade  fut  sondée 
avec  précaution  chaque  fois  qu’elle  eut  besoin  d’uriner. 

Malgré  un  peu  d’indocilité  tout  se  passa  bien.  La  fièvre  de  lait  avait  eu  lieu  à  la  fin  du 
troisième  jour.  A  cette  époque  on  avait  déjà  enlevé  la  suture  entortillée;  le  cinquième  jour  les 
fils  et  les  rouleaux  de  diachylon  furent  ôtés.  Les  bords  de  la  plaie  étaient  adhérents,  mais  dans  leur 
partie  profonde  seulement.  Superficiellement,  ces  bords  étaient  renversés,  mais  peu  à  peu  ils 
se  rapprochèrent ,  l’union  devint  parfaite  à  la  partie  supérieure  et  à  la  partie  inférieure. 
Vers  le  milieu  une  petite  dépression  persista.  Je  m’aperçus  bientôt  que  c’était  l’ori¬ 
fice  externe  d’une  fistule  vagino-périnéale.  L’introduction  d’un  stylet  ne  laissait  pas  de  doute. 
Cette  réunion  imparfaite  dans  le  centre  de  la  plaie  me  parut  résulter,  comme  je  l’ai  dit  plus 
haut,  du  placement  trop  peu  profond  du  fil  moyen,  du  vide  qui  avait  dû  rester  derrière,  de  la 
facilité  avec  laquelle  les  lochies  s’étaient  accumulés  dans  ce  vide.  Quoi  qu’il  en  soit,  après 
avoir  essayé  de  simples  injections,  je  me  décidai  à  employer  concurremment  deux  moyens  : 
le  placement,  à  la  partie  inférieure  du  vagin,  d’une  petite  éponge  fréquemment  renouvelée  pour 
absorber  les  mucosités  qui  tendaient  à  s’échapper  par  la  fistule,  et  la  cautérisation  du  trajet  à 
l’aide  d’un  petit  stylet  sur  lequel  je  roulai  un  peu  de  coton  et  que  je  trempai  dans  une  solu¬ 
tion  de  nitrate  acide  de  mercure.  J’obtins  une  diminution  graduelle  et  enfin  une  guérison 
complète;  lorsque  dans  le  courant  de  mars  la  malade  quitta  l’hôpital,  le  suintement  était 
presque  nul.  Je  la  revis  le  1er  avril  ;  la  cicatrisation  était  parfaite  dans  toute  l’étendue  de  la 
plaie,  et  déjà  il  aurait  été  impossible  de  soupçonner  qu’une  déchirure  eût  jamais  existé,  si  la 
trace  des  points  de  suture  n’eût  trahi  la  main  du  chirurgien.  Le  périnée  était  épais,  solide 
et  ne  manquait  pas  pourtant  d’une  certaine  souplesse.  Je  ne  dois  pas  omettre  de  dire  que 
les  lochies  avaient  été  très  abondantes  chez  cette  femme  ;  ce  qui  ne  mit  pourtant  pas,  comme 
oq  voit,  obstacle  à  la  guérison. 


198 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Observation  V.— F.  devint  enceinte  pour  la  première  foisà31  ans.  Au  8e  mois  delà  grossesse, 
le  travail  se  déclara  tout  à  coup  à  la  suite  d’une  vive  impression  morale.  Le  22  février,  à  onze 
heures  du  matin,  les  membranes  se  rompirent;  trente-cinq  heures  après,  cette  femme,  entrée 
depuis  une  heure  seulement  à  la  Maternité,  était  sur  le  point  d’accoucher.  Les  contractions 
utérines  étaient  très  énergiques,  et  celles  des  muscles  abdominaux  si  violentes  qu’on  tfvait 
beaucoup  de  peine  à  modérer  les  efforts.  Les  organes  génitaux  externes  n’offraient  pas  de 
rigidité  remarquable,  le  périnée  bombait  sans  être  très  distendu.  Tout  à  coup,  sous  l’influence 
d’une  contraction  très  forte,  la  tête  et  les  épaules  franchirent  la  vulve  ;  l’accouchement  fut 
terminé  en  un  instant.  Le  périnée  était  déchiré  jusqu’au  sphincter  de  l’anus  qui  seul  était 
resté  intact. 

Le  lendemain  je  constatai  le  désordre.  Les  bords  de  la  déchirure  étaient  en  contact,  mais 
sans  adhérence,  et  de  plus  la  lèvre  gauche  un  peu  gonflée  dépassait  la  droite.  Les  parties  furent 
mises  dans  un  rapport  plus  exact  et  je  fis  la  suture  enchevillée;  je  pus  me  contenter  de 
deux  fils,  parce  que  le  périnée  n’avait  pas  beaucoup  de  hauteur.— Soins  ordinaires. 

Les  suites  de  cette  opération  furent  parfaitement  heureuses.  Au  bout  de  quatre  jours,  les  fils 
ayant  été  retirés,  on  trouva  les  lèvres  de  la  plaie  réunies  dans  toute  leur  étendue  et  lœ  cicatri- 
/ation  fort  avancée.  Elle  était  achevée  et  le  périnée  parfaitement  solide  le  8e  jour.  Le  23’',  la 
malade  quitta  la  Maternité,  ne  conservant  aucune  trace  de  la  déchirure. 

Observation  VI.— Après  24  heures  de  faibles  contractions,  la  nommée  B.,  âgée  de  30  ans, 
primipare,  était  parvenue  au  dernier  temps  du  travail.  Au  moment  où  la  tête  commençait  à 
s’engager  à  la  vulve,  on  remarqua  qu’au  centre  du  périnée  déjà  distendu  s’était  formée  une 
ouverture  circulaire  de  la  grandeur  d’une  pièce  de  2  francs.  Tout  autour  de  cette  ouver¬ 
ture  les  parties  étaient  d’une  minceur  extrême,  le  sphincter  de  l’anus  seul  conservait  son 
épaisseur.  Tous  les  efforts  furent  dirigés  pour  le  préserver.  Ce  fut  en  effet  la  seule  partie  qui 
demeura  intacte;  au  moment  de  son  expulsion  la  tête  brisa  le  petit  pont  qui  restait  en  avant,  et 
tout  le  périnée  proprement  dit  se  trouva  déchiré  ;  le  sphincter  de  l’anus  lui-même  était 
superficiellement  entamé.  L’enfant  était  volumineux,  il  pesait  4  kilog. 

Je  ne  pus  voir  cette  femme  que  20  heures  après  l’accouchement,  le  3  octobre  1841.  Il  n’y  avait 
encore  qu’un  gonflement  très  peu  considérable  ;  mais  les  bords  de  la  plaie  étaient  inégaux, 
irréguliers.  Je  n’en  pratiquai  pas  moins  la  suture  enchevillée;  trois  fils  furent  placés.  Cette 
suture  achevée,  il  fallut  comme  dans  les  autres  cas  faire  une  petite  suture  entortillée  en  avant. 
Mais  comme  c’était  en  ce  sens  surtout  que  la  plaie  était  inégale,  la  réunion  ne  fut  pas  aussi 
exacte  que  chez  les  autres  femmes.  Le  soir,  à  cause  de  la  coloration  de  la  face,  de  la  force  et 
de  la  fréquence  du  pouls,  une  saignée  fut  pratiquée.— Soins  ordinaires. 

Le  lendemain,  après  une  nuit  assez  agitée  plutôt  par  le  retour  des  tranchées  que  par  toute 
autre  cause,  l’opérée  se  plaint  de  cuissons  aux  parties  génitales,  qui  sont  un  peu  gonflées ninsi 
que  le  périnée.  Les  lochies  sont  abondantes.  Fièvre ,  langue  saburrale ,  constipation  depuis 
plusieurs  jours. 

A  la  suite  d’un  purgatif  huileux,  la  malade  se  trouve  mieux.  Le  3,  moins  de  cuissons,  moins 
de  rougeur,  moins  de  gonflement.  Bientôt  la  fièvre  de  lait  eut  lieu.  La  tuméfaction  des  seins 
fut  très  considérable. 

Le  7,  je  retire  les  épingles  qui  réunissaient  la  partie  antérieure  delà  plaie,  et  le  8,  j’enlève 
la  suture  enchevillée.  L’adhésion  est  presque  générale.  Le  périnée  offre  déjà  une  grande  ré¬ 
sistance.  Les  lochies,  qui  ont  été  abondantes  et  fétides,  n’ont  pas  nui  à  la  réunion. 

Toutefois,  les  jours  suivants,  une  petite  dépression  longitudinale  superficielle  existait  au 
niveau  même  de  la  suture.  Le  trajet  des  fils  suppurait  assez  abondamment,  celui  du  fil  posté¬ 
rieur  surtout.  Il  m’avait  semblé,  lorsque  je  retirai  ce  dernier,  qu’un  des  brins  était  resté  dans 
la  plaie,  et  je  pensai  que  c’était  là  la  cause  qui  entretenait  la  suppuration.  Toutefois  je  le  cher¬ 
chai  vainement  pour  l’extraire. 

Le  23e  jour,  un  petit  bouton  qui  se  trouvait  au  milieu  de  la  dépression  médiane  fut  excisé. 
La  cautérisation,  pratiquée  à  diverses  reprises  les  jours  suivants,  égalisa  autant  que  possible  les 
parties.  A  cette  époque,  les  trous  qui  avaient  donné  passage  au  fil  postérieur  suppuraient  en¬ 
core  ;  cependant  ils  ne  tardèrent  pas  à  se  fermer  ;  mais  ils  restèrent  un  peu  rouges  ef  saillants. 
Quant  à  la  petite  gouttière  qui  existait  au  centre  du  périnée,  elle  persista,  mais  si  peu  pro¬ 
fonde  qu’il  semblait  que  la  femme  eût  deux  rapbés  rapprochés  au  lieu  d’un. 

Le  28e  jour,  B.  commença  à  marcher,  et  le  30e  elle  sortit,  n’ayant  plus  qu’un  peu  de  suin¬ 
tement  au  niveau  de  la  dépression  médiane  dont  je  viens  de  parler. 

Un  peu  plus  d’un  an  après  cette  opération,  B.  vint  me  voir.  Les  deux  petits  trous  posté¬ 
rieurs  s’étaient,  depuis  lors,  ouverts  à  diverses  reprises  et  avaient  chaque  fois  fourni  un  peu 


A.  DANYÀU.  — DE  LA  PÉRINÉORAPHIE  IMMÉDIATEMENT  APRÈS  L’ACCOUCHEMENT.  199 

de  pus.  Le  droit  toutefois  était  définitivement  cicatrisé  depuis  longtemps.  Le  gauche,  au  con¬ 
traire,  continuait  de  s’ouvrir  de  temps  à  autre,  et  c’est  ce  qui  était  encore  arrivé  deux  jours 
auparavant.  L’introduction  d’un  stylet  me  permit  de  constater  l’existence  d’une  fistule  à  l’anus 
complète,  à  trajet  très-tortueux,  que  j’opérai  quelques  jours  après  par  une  simple  incision 
dans  le  service  de  mon  excellent  ami  M.  Miction,  chirurgien  de  l’hôpital  Gochin.  La  guéri  on 
fut  prompte,  complète  et  définitive. 

J’ai  dit  plus  haut  que  j’avais  pensé  qu’une  petite  portion  du  fil  postérieur,  était  restée 
dans  la  plaie,  mais  qu’il  m’avait  été  pourtant  impossible  de  la  retrouver.  Fut-ce  là  la 
cause  de  ces  suppurations  répétées  au  voisinage  du  rectum  ?  Est-ce  dans  un  de  ces  re¬ 
tours  d’inflammation  et  de  suppuration  qu’une  fistule  simplement  externe  s’est  complétée  ? 
Je  l’ai  pensé  d’abord  ;  mais  je  crois  plutôt  qu’une  faute  que  je  fus  sur  le  point  de  com¬ 
mettre  dans  une  opération  subséquente  aura  été  commise  à  mon  insu  dans  celle-ci , 
c’est-à-dire  que  le  fil  postérieur  aura  pénétré  dans  le  rectum,  et  qu’une  fistule  complète 
en  aura  été  la  conséquence.  Pour  opérer  une  réunion  plus  parfaite,  il  faut  que  la  partie 
moyenne  du  fil  ou  des  deux  fils  postérieurs  rase  au  moins  le  côté  vaginal  de  la  cloison 
au  niveau  de  la  déchirure  de  la  membrane  muqueuse,  ou  mieux  encore  glisse  dan§  l’é¬ 
paisseur  même  de  cette  cloison.  C’est  là  un  point  délicat  et  difficile  de  l’opération ,  dans 
lequel  on  est  exposé  à  commettre  la  faute  que  j’ai  signalée  tout  à  l’heure  ;  et  je  serai  bien 
aise  si  cet  aveu  l’épargne  à  ceux  qui  pratiqueront  comme  moi  l’opération  immédiatement 
après  l’accouchement. 

Observation  VIL — L.,  âgée  de  34  ans,  petite,  délicate,  mais  d’une  bonne  santé,  eut,  à  son 
premier  accouchement,  le  14  juillet  1842,  le  périnée  déchiré  jusqu’au  sphincter  ,  au  moment 
de  l’expulsion  brusque  de  la  tête  par  des  efforts  immodérés.  La  déchirure',  à  bords  un  peu 
inégaux,  était  très  légèrement  oblique  à  gauche. 

Douze  heures  après,  la  réunion  fut  opérée  comme  dans  les  cas  précédents.  Suture  enche- 
villée,  trois  fils  ;  suture  entortillée  pour  la  partie  superficielle  de  la  déchirure.  Soins  ordinaires 
après  l’opération. 

Les  lochies  ne  cessèrent  pas  d’être  abondantes;  néanmoins, -le  gonflement  et  la  rougeur 
furent  médiocres.  Au  reste,  il  ne  survint  aucun  accident.  Le  4e  jour  on  retira  les  épingles, 
et  le  6e  les  fils  qui  avaient  servi  à  faire  la  suture  ènchevillée;  l’adhérence  existait  entre  les 
surfaces  mises  en  contact.  Elle  devint  de  plus  en  plus  solide  les  jours  suivants,  et  enfin  la  réu¬ 
nion  s’opéra  complètement.  A  l’époque  de  la  sortie  de  cette  femme,  à  la  fin  de  juillet,  le  pé¬ 
rinée,  tout-à-fait  cicatrisé,  était  épais  et  résistant. 

Observation  VIII.  —  D.,  âgée  de  21  ans,  primipare  ,  brune,  forte  ,  grasse  surtout,  eut, 
comme  les  précédentes,  le  périnée  déchiré  jusqu’au  sphincter,  au  moment  où  la  tête,  en  po¬ 
sition  iliaque  droite  antérieure,  fut  violemment  poussée  à  travers  la  vulve,  en  conservant  sa 
direction  oblique. 

Je  vis  cette  femme  trois  heures  après,  le  2  décembre  1841.  Il  n’y  avait  point  du  tout  de  gonfle¬ 
ment;  la  plaie  était  fraîche  et  saignante,  mais  inégale.  Deux  petits  lambeaux  flottants  à  droite 
furent  d’abord  excisés  ;  puis  la  suture  entortillée  (deux  fils)  fut  pratiquée,  et  comme  le  ren¬ 
versement  de  la  partie  superficielle  de  la  plaie  était  peu  considérable,  je  me  contentai  de  faire 
trois  points  de  suture  séparés  avec  des  fils  simples.  J’eus  un  peu  de  peine  à  pratiquer  cette 
opération ,  moins  à  cause  de  quelque  indocilité  de  l’accouchée  que  par  la  difficulté  de  bien 
écarter  les  cuisses  et  d’arriver  au  périnée,  caché  par  la  saillie  des  fesses  surchargées  de 
graisse. 

Sans  entrer  dans  la  répétition  fastidieuse  des  mêmes  détails,  je  dirai,  en  ce  qui  concerne 
l’issue  de  l’opération,  que  la  réunion,  qui  n’avait  pas  d’abord  paru  très  solide,  finit  pourtant 
par  être  aussi  complète  que  dans  les  cas  précédents.  Seulement,  une  circonstance  toute  parti¬ 
culière,  qui  ne  s’est  jamais  produite  dans  aucun  cas  de  périnéoraphie,  qu’on  peut  par  consé¬ 
quent  considérer  comme  tout-à-fait  exceptionnelle  ,  me  donna  pendant  quelques  jours  de  l’in¬ 
quiétude.  Au  niveau  du  cylindre  placé  à  droite,  tout  près  de  la  marge  de  l’anus,  une  escarre 
se  forma.  A  la  chute  de  l’escarre,  il  y  eut  une  plaie,  assez  profonde  du  côté  du  rectum,  plus 
superficielle  en  avant,  qui  fournit  pendant  plusieurs  jours  une  suppuration  abondante  et  fé¬ 
tide.  Cependant  l’aspect  de  cette  plaie  était  meilleur,  elle  bourgeonnait  et  se  comblait  sensi¬ 
blement,.  lorsqu’à  mon  grand  regret  cette  femme  fut  obligée  de  retourner  à  Étampes  ,  où  son 
absence,  déjà  trop  prolongée,  faisait  naître  des  soupçons  qu’elle  avait  le  plus  grand  intérêt  à 


200  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

dissiper.  Tout  fait  présumer  que  cette  plaie,  déjà  en  bonne  voie  de  guérison,  se  sera  cicatrisée 
complètement,  si  la  femme  s’est  astreinte  aux  pansements  et  aux  soins  de  propreté  que  j’a¬ 
vais  recommandés,  et  si  elle  ne  s’est  pas  livrée  à  de  trop  rudes  travaux.  J’ignore  ce  qui  est 
advenu. 

Je  ne  pense  pas  qu’il  faille  attribuer  cette  escarre  à  une  compression  trop  forte  exer¬ 
cée  par  le  cylindre:  je  n’avais  pas  plus  serré  qu’à  l’ordinaire.  La  compression  n’a  pas 
été  trop  prolongée  ;  les  fils  avaient  été  retirés  le  cinquième  jour.  L’ époque  à  laquelle  l’opé¬ 
ration  a  été  pratiquée  ne  doit  pas  non  plus  être  accusée.  Chez  nos  cinq  autres  malades, 
nous  n’avons  absolument  rien  observé  de  semblable.  Je  crois  qu’il  faut  chercher  la  cause 
de  cet  accident  dans  la  constitution  même  de  cette  femme.  Ce  ne  fut  pas ,  en  effet ,  le 
seul  point  qui  se  mortifia  chez  elle ,  et  il  suffit  de  quelques  jours  de  décubitus  sur  le  dos 
pour  déterminer  des  escarres  assez  nombreuses  au  siège,  et  des  rougeurs  vives  au  niveau 
des  parties  les  plus  saillantes  des  épaules. 

Observation  IX.  —  Ce  dernier  cas  est  le  seul  où  j’aie  pratiqué  la  suture  immédiatement 
après  faccouchement  pour  une  déchirure  tout-à-fait  complète.  La  réunion  ne  s’est  point 
opérée. 

Bar.,  24  ans,  brune,  forte,  primipare,  à  terme,  était  arrivée,  le  7  mars  1842,  à  6  heures  et 
demie  du  matin,  au  dernier  temps  du  travail.  Pendant  qu’on  soutenait  le  périnée,  déjà  forte¬ 
ment  distendu,  il  se  forma,  à  la  partie  antérieure  et  inférieure  du  rectum  et  à  la  marge  de 
l’anus,  une  ouverture  par  laquelle  s’engagèrent  le  nez,  la  bouche  et  une  partie  de  la  joue  du 
fœtus.  Cependant  la  vulve  ne  se  dilatait  pas,  et  comme  il  était  évident  que  les  efforts  ultérieurs 
compléteraient  la  déchirure,  on  préféra  inciser  longitudinalement  jusqu’à  la  vulve,  afin  d'avoir 
une  plaie  plus  régulière  et  dont  la  réunion  fût  plus  facile.  Un  enfant  volumineux  fut  alors  aus¬ 
sitôt  expulsé. 

Lorsque  je  vis  cette  femme,  deux  heures  après  l’accouchement,  je  trouvai  une  plaie  encore 
saignante,  mais  un  peu  ecchymosée  et  plus  tuméfiée  que  dans  les  cas  précédents.  Malgré  ces 
circonstances  moins  favorables,  je  voulus  tenter  la  suture,  sinon  avec  un  aussi  grand  espoir  de 
succès,  au  moins  parfaitement  rassuré  sur  les  conséquences.  La  plaie  avait  une  grande  lon¬ 
gueur,  et  il  ne  fallut  pas  moins  de  quatre  fils  pour  la  suture  enchevillée  et  de  cinq  épingles 
pour  la  petite  suture  entortillée.  Ici,  déplus  que  dans  les  cas  précédents,  j’eus  à  saisir  avec  le 
premier  fil  la  fin  de  la  cloison  recto-vaginale,  qui  était  déchirée.  L’opération  fut  un  peu  plus 
délicate  et  plus  longue  qu’à  l’ordinaire,  mais  bien  supportée  parla  malade.  —  Soins  consécutifs 
ordinaires. 

Dès  le  premier  jour  l’accouchée  se  trouva  bien,  n’accusant  aucune  douleur.  Le  gonflement 
du  périnée  ne  fut  pas  aussi  considérable  qu’il  menaçait  de  l’être;  le  lendemain,  il  avait  déjà 
diminué,  et  il  se  dissipa  complètement,  si  bien  que  je  crus  un  instant  que  je  compterais  un 
succès  de  plus.  11  n’en  fut  rien  malheureusement.  Lorsque,  le  quatrième  jour,  je  retirai  les 
épingles,  non-seulement  la  plaie  n’était  pas  réunie,  mais  une  escarre,  qui  semblait  s’étendre 
profondément,  existait  entre  les  deux  lèvres.  Je  me  doutai  bien  qu’elle  occupait  toute  l’épais¬ 
seur  de  la  déchirure;  et,  en  effet,  lorsque  le  6e  jour  j’ôtai  les  fils,  je  vis  que  je  ne  m’étais  pas 
trompé  :  il  n’y  avait  pas  de  réunion. 

Après  la  chute  des  escarres,  une  bonne  suppuration  s’établit,  et  des  bourgeons  charnus  de 
bonne  nature  se  développèrent  partout.  Les  deux  lèvres,  épaisses,  rapprochées  l’une  de  l’autre 
et  en  contact  par  de  larges  surfaces,  auraient  pu  se  réunir  secondairement,  si  elles  eussent  été 
maintenues  exactement  accolées  pendant  un  temps  suffisant.  J’aurais  bien  voulu  tenter  d’obtenir 
cette  réunion  secondaire  en  faisant  une  nouvelle  suture,  et  je  croyais  qu’il  y  avait  grande 
chance  de  succès;  mais  la  femme,  après  avoir  consenti,  se  ravisa,  et  ne  se  décida  ensuite  que 
plus  tard,  alors  que  la  cicatrisation  déjà  commencée  des  deux  côtés  rendait  désormais  la  réu¬ 
nion  impossible  sans  avivement.  Le  25e  jour,  les  bords  de  la  cloison  recto-vaginale  étaient  cica¬ 
trisés,  les  côtés  du  périnée  plus  écartés  l’un  de  l’autre  et  la  cicatrisation  à  droite  et  à 
gauche  presque  complète.  Les  matières  fécales  continuaient  d’être  rendues  involontairement. 
Cette  femme,  qui  n’avait  retiré,  il  est  vrai  ,  aucun  bénéfice  de  l’opération,  ne  se  trouvait  pas 
ou  moins  dans  une  situation  plus  fâcheuse  que  s’il  n’avait  été  rien  fait  pour  elle  ;  et  l’état  des 
par  ries  laisse  à  une  nouvelle  tentative,  si  elle  est  réclamée,  toutes  les  chances  ordinaires  de 
réussite. 

Cet  insuccès  ne  me  décourage  nullement.  On  voit  quel  a  été  l’obstacle  à  la  réunion* 


MALGAIGNE.— DANGERS  Dû  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE. 


201 


Dans  les  cinq  autres  cas,  rien  de  semblable  n’a  eu  lieu.  Il  est  certain  que  la  formation 
de  l’escarre  n’a  pas  tenu  à  ce  que  la  déchirure  était  complète;  elle  aurait  dépendu 
bien  plutôt  du  mode  de  production  de  cette  déchirure  qui  avait  commencé  par  une 
perforation,  cas  dans  lequel  l’extrême  distension  des  parties  qui  cèdent  peut  détruire 
leur  vitalité  en  opérant  la  solution  de  continuité.  Et  cependant  on  voit  dans  une  des  obser¬ 
vations  précédentes  qu’une  déchirure  qui  avait  commencé  de  cette  manière  ne  s’en  est 
pas  moins  bien  réunie  par  la  suture.  Le  souvenir  de  ce  succès  me  donnait  l’espoir  d’une 
nouvelle  réussite,  d’autant  plus  que  la  partie  antérieure  de  la  plaie  résultait  d’une  sec¬ 
tion  faite  avec  le  bistouri.  Après  tout,  il  faut  bien  s’attendre  à  quelques  insuccès  :  l’opé¬ 
ration  pratiquée  à  une  époque  éloignée  de  F  accouchement  a-t-elle  donc  réussi  toujours  ! 

En  résumé,  je  puis  conclure  des  faits  qui  précèdent  que  la  suture,  faite  immédiate¬ 
ment  après  l’accouchement,  dans  le  cas  de  déchirure  du  périnée,  est  non-seulement  pos¬ 
sible,  mais  facile;  qu’elle  est  exempte  de  danger,  et  qu’elle  présente  l’incontestable 
avantage  de  prévenir,  par  un  simple  pansement,  la  nécessité  ultérieure  d’une  opération 
qui,  sans  doute,  n’est  pas  grave  en  général,  mais  qui  pourtant,  dans  un  cas  au  moins,  a 
entraîné  la  mort. 

En  général,  les  chances  de  succès  sont  d’autant  plus  grandes  qu’on  opère  à  une  épo¬ 
que  plus  rapprochée  de  l’événement.  Je  ne  voudrais  attendre  quelques  jours  que  dans  les 
cas  où  l’état  des  parties  ou  le  mode  de  production  de  la  déchirure  pourraient  faire 
craindre  la  formation  d’une  escarre.  Après  la  chute  de  la  partie  mortifiée,  on  pourrait 
encore  obtenir  par  la  suture  seule  une  bonne  et  complète  réunion.  Quelques  succès 
l’attestent  (voyez  entre  autres  un  cas  rapporté  par  Nick,  Würtemb.  med.  Correspond 
denzU.  1838,  n°  38).  Mais  un  plus  grand  nombre  d’insuccès  démontrent  aussi  que  le 
moment  opportun  passe  vite,  et  qu’il  faut  se  hâter  d’en  profiter. 


De  quelques  dangers  du  ti'aiteutent  as « leuieiit  adopte 
pour  les  fraetures  de  la  rotule 9  par  M.  HEakiOaicuve* 

Il  y  a  bientôt  six  ans  qu’ après  de  mûres  méditations  sur  le  traitement  des  fractures 
transversales  de  la  rotule,  je  lis  fabriquer,  pour  maintenir  les  fragments  en  contact,  des 
griffes  d’acier  qui  devaient  s’implanter  au  dessus  et  au  dessous  de  l’os  à  travers  les  tégu¬ 
ments  et  se  rapprocher  à  l’aide  d’une  vis.  C’était  une  simple  suture  appliquée  aux  os; 
avec  cette  différence  même  que  les  aiguilles  représentées  par  mes  griffes  ne  traversaient 
pas  toute  l’épaisseur  des  tissus  comme  dans  la  suture  ordinaire.  Néanmoins  l’idée 
seule  de  cet  instrument  excita  une  vive  répugnance  parmi  nos  chirurgiens;  et  j’admi¬ 
rai  comme,  en  cette  occasion ,  ils  étaient  ménagers  de  la  douleur  et  du  sang  des 
malades. 

Depuis  cette  époque,  je  n’ai  eu  à  traiter  que  trois  fractures  de  la  rotule.  Dans  un  cas, 
l’écartement  étant  à  peine  sensible,  je  me  gardai  bien  d’employer  aucun  appareil  ;  dans 
les  deux  autres,  les  griffes  furent  appliquées,  et,  sur  un  point  essentiel  du  traitement, 
dépassèrent  toutes  mes  espérances.  J’avais  dessein  de  commencer  par  publier  ces  deux 
observations,  mais  j’ai  réfléchi  que,  si  efficace  que  puisse  être  un  moyen  nouveau,  l’ap¬ 
plication  n’en  est  légitime  que  lorsque  l’on  a  bien  démontré  l’inefficacité  des  autres; 
c’est  pourquoi  je  vais  d’abord  rendre  compte  des  recherches  et  des  observations  qui 
m’ont  fait  renoncer  sans  retour  aux  appareils  regardés  généralement  comme  les 
meilleurs. 

Dans  mes  études  anatomiques  relatives  à  la  luxation  de  la  rotule,  le  siège  et  la  profon¬ 
deur  du  creux  sus-condylien  m’avaient  porté  à  présumer  que  la  courroie  dont  on  se  sert 
pour  attirer  en  bas  le  fragment  supérieur,  dans  les  fractures  transversales,  pouvait  bien 
faire  basculer  ce  fragment;  et  je  désirais  vivement  vérifier  cette  présomption  par  l’obser¬ 
vation  clinique. 

La  première  occasion  m’en  fut  offerte  à  la  Maison  royale  de  santé,  où  j’avais  été  chargé 


202 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


par  intérim  du  service  chirurgical;  il  s’y  présenta  un  homme  d’une  cinquantaine  d’an¬ 
nées,  portant  depuis  7  à  8  mois  une  fracture  transversale  de  la  rotule  qui  avait  été  traitée 
par  l’appareil  de  Boyer.  Il  restait  entre  les  fragments  un  écartement  de  2  à  3  centimètres; 
cet  homme  boitait,  avait  perdu  la  moitié  de  sa  force  pour  soulever  des  fardeaux;  et 
comme  il  avait  été  déclaré  guéri,  il  venait  voir  s’il  n’y  aurait  pas  quelque  remède  à  sa  gué¬ 
rison.  En  examinant  sa  rotule  avec  attention,  je  remarquai  que  les  fragments  étaient 
bien  plus  écartés  en  avant  qu’en  arrière;  que  je  pouvais  bien  rapprocher  jusqu’au  con¬ 
tact  les  bords  postérieurs  de  la  fracture,  mais  non  les  bords  antérieurs.  Cette  expérience 
fut  répétée  à  satiété;  je  n’ai  pas  besoin  de  dire  que  je  renvoyai  le  malade  sans 
rien  faire. 

Ce  premier  fait  fut  suivi  de  quelques  autres  ;  puis,  sur  la  rotule  d’un  cadavre  qui  m’était 
échu  pour  mes  cours  à  l’École  pratique,  je  constatai  d’une  façon  plus  péremptoire  encore 
l’écartement  plus  grand  à  la  partie  antérieure  de  la  fracture;  et  enfin  ayant  tenté  des 
expériences  sur  le  cadavre,  je  fus  tout  à  fait  confirmé  dans  l’idée  que  ce  déplacement 
singulier  était  l’effet  des  appareils  mis  en  usage;  et  j’écrivais  à  ce  propos  dans  mon 
Anatomie  chirurgicale  : 

«  Dans  les  fractures  transversales  de  la  rotule  avec  rupture  de  la  capsule  en  travers,  le 
fragment  supérieur  est  attiré  en  haut  par  les  muscles,  et  la  position  indiquée  par  Valentin  ne 
suffit  pas  pour  le  rapprocher  exactement  de  l’inférieur.  On  a  imaginé  de  les  ramener  l’un 
vers  l’autre  à  l’aide  de  bandes  ou  de  courroies  dont  on  applique  le  plein  au  dessus  du  bord 
supérieur  et  au  dessous  du  sommet  de  la  rotule,  et  dont  les  extrémités  sont  tirées  en  sens 
contraire;  tels  sont  les  appareils  de  Desault,  de  Boyer,  etc.  Ces  appareils  doivent  produire  et 
produisent  en  effet  un  déplacement  particulier,  sur  lequel  l’anatomie  m’avait  donné  l’éveil, 
et  que  j’ai  constaté  depuis  sur  plusieurs  malades  et  même  dans  une  autopsie.  La  courroie 
supérieure  enfonce  le  tendon  rotulien  et  la  base  de  la  rotule  à  laquelle  il  s’insère  dans  le 
creux  sus-condylien;  il  en  résulte  que  l’autre  bout  du  fragment  supérieur  se  relève  sur  le 
bord  de  la  poulie  fémorale.  , De  même  la  courroie  inférieure  déprime  le  ligament  rotulien 
dans  cet  angle  que  laissent  entre  eux  le  fémur  et  le  tibia  ,  et  qui  n’est  occupé  que  par 
un  paquet  adipeux  ;  l’autre  bout  du  fragment  inférieur  est  également  soulevé  par  la  poulie 
du  fémur,  et  les  deux  fragments  s’inclinent  l’un  et  l’autre  en  avant  de  manière  à  former  d’a¬ 
bord  en  ce  sens  une  double  saillie  désagréable  ,  et  ensuite  à  s’écarter  davantage  en  avant 
qu’en  arrière.  » 


Dès  lors  aussi  j’avais  émis  l’idée  de  mes  griffes ,  mais  il  restait  à  en  justifier  l’emploi  ; 
car  de  toutes  parts  j’entendais  dire  que  les  appareils  ordinaires  suffisaient  de  reste.  Les 
uns  affirmaient  qu’un  écartement  d’un  pouce  ne  nuisait  en  rien  aux  mouvements  et  à 
la  force  de  l’articulation;  d’autres  racontaient  des  cas  nombreux  de  guérison  avec  un 
écartement  à  peine  sensible,  ou  même  sans  écartement.  Je  voulus  savoir  exactement  ce 
qui  en  était,  et  je  me  mis  à  la  besogne. 

Je  commençai  d’abord  par  lire  tout  ce  qui  avait  été  écrit  sur  les  fractures  de  la  rotule, 
en  étudiant  particulièrement  les  observations.  Après  quoi  je  parcourus  les  hôpitaux  de 
Paris,  je  suivis  les  malades  hors  des  hôpitaux,  afin  de  vérifier  toutes  choses  par  moi-même; 
et  les  résultats  auxquels  je  suis  arrivé  me  paraissent  dignes  de  toute  l’attention  des  pra¬ 
ticiens. 

D’abord  il  est  très  rare  de  voiries  fragments  réunis  bouta  bout,  et  soudés  de  manière  à 
n’avoir  aucune  mobilité  l’un  sur  l’autre.  Boyer  en  a  rapporté  un  cas,  communiqué  par 
Lallement;  l’examen  de  la  pièce  anatomique  montra  que  la  rotule  avait  en  hauteur  6 
lignes  de  plus  que  celle  du  côté  sain;  le  malade  avait  été  tenu  deux  mois  dans  l’appareil 
de  Desault  :  après  quoi  il  avait  marché  pendant  un  an  à  l’aide  d’une  canne;  et  enfin  il 
avait  recouvré  les  mouvements  très  libres  du  genou,  à  l’exception  de  la  flexion  qui  était 
un  peu  bornée,  il  s’agissait  du  reste  d’une  fracture  double. 

C’est  là  le  plus  bel  exemple  de  succès  que  je  connaisse.  Remarquez  cependant  que  le 
malade  a  marché  à  l’aide  d’une  canne,  c’est-à-dire  a  été  impotent  toute  une  année,  sans 
parler  de  sa  fiex ion  un  peu  bornée.  Je  n’ai  eu  l’occasion  d’étudier  qu’un  cas  du  même 
genre,  qui  fut  présenté  à  l’Académie  royale  de  médecine  par  M.  Blandin. 


MALGAIGNE.  —  DANGERS  DU  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE.  203 

ive  observation.— Fracture  de  rotule  consolidée  par  un  cal  osseux  ;  état  du  membre  au  bout 

de  quatre  mois . 

Claude  Perruchaux,  journalier,  âgé  de  36  ans,  entra  à  FHôtel-Dieu  le  12  juillet  1838,  et 
fut  couché  salle  Sainte-Agnès  il0  1. 

La  nuit  précédente,  vers  minuit  et  demi,  il  avait  été  rencontré  par  des  voleurs  dans  la  rue 
du  Bac,  et  en  se  défendant,  il  était  tombé  en  avant,  le  genou  gauche  portant  contre  la  saillie 
du  trottoir.  Il  put,  malgré  la  vive  douleur,  se  relever  et  traverser  la  rue;  mais  arrivé  de 
l’autre  côté,  la  douleur  l’obligea  de  s’arrêter;  une  patrouille  survint  et  l’emmena  au  poste; 
mais  déjà  dans  ce  trajet  on  était  forcé  de  le  soutenir,  et  il  ne  pouvait  plus  s’appuyer  sur  la 
jambe  blessée.  Le  lendemain  il  vint  en  cabriolet  à  l’Hôtel-Dieu;  le  genou  était  considérable¬ 
ment  gonflé  :  toutefois  la  jambe  demeurait  étendue,  et  il  était  capable  de  marcher  en  la 
traînant. 

On  s’occupa  les  premiers  jours  à  combattre  le  gonflement;  ensuite  le  membre  fut  mis 
dans  un  appareil  amidonné,  des  compresses  préalablement  placées  au  dessus  et  au  dessous 
de  la  rotule;  et  l’on  maintint  la  jambe  élevée  sur  un  plan  incliné.  Il  y  resta  trois  mois,  après 
quoi  l’appareil  fut  levé;  on  lui  prescrivit  des  bains  et  on  le  fit  marcher  avec  des  béquilles, 
et  c’est  alors  qu’il  fut  présenté  à  l’Académie.  f 

Je  le  vis  le  11  novembre,  quatre  mois  juste  après  l’accident. 

La  rotule  paraît  manifestement  accrue  en  hauteur  ;  celle  du  côté  sain  ayant  2  pouces  en  ce 
sens,  l’autre  a  2  pouces  8  lignes.  A  peu  près  vers  le  milieu  de  sa  hauteur,  on  sent  une  gout¬ 
tière  transversale,  limitée  en  haut  et  en  bas  par  deux  crêtes  osseuses  qui  paraissent  être  le  bord 
antérieur  de  chacun  des  fragments.  L’intervalle  qui  sépare  ces  deux  crêtes  est  de  8  lignes  ; 
égal  par  conséquent  au  surcroît  de  hauteur  de  l’os  tout  entier.  Le  fragment  supérieur  fait 
en  dehors  une  saillie  qui  déborde  l’inférieur  d’environ  trois  lignes  ;  et  si  l’on  mesure  compa¬ 
rativement  la  largeur  de  la  rotule  saine  au  même  niveau ,  on  trouve  à  celle-ci  2  pouces,  et 
au  fragment  supérieur  de  l’autre  2  pouces  6  lignes.  Cette  circonstance  ayant  fixé  mon  atten¬ 
tion  sur  ce  fragment,  je  découvris  à  peu  près  vers  son  milieu  une  petite  gouttière  verticale 
sans  rebord  sensible  en  dedans,  limitée  au  contraire  du  côté  externe  par  une  saillie  verticale 
très  manifeste.  Il  est  donc  très  probable  qu’il  y  a  eu  fracture  longitudinale  du  fragment  supé¬ 
rieur,  et  que  le  fragment  externe  a  été  porté  en  dehors  et  sur  un  plan  un  peu  antérieur  au 
fragment  interne.  Du  reste  on  ne  pouvait  découvrir  de  mobilité  entre  les  trois  fragments ,  ou 
si  quelque  doute  existait  pour  la  fracture  transversale,  la  sensation  était  si  obscure  qu’il  était 
impossible  de  rien  affirmer. 

Le  malade  ne  pouvait  pas  encore  faire  un  pas  sans  ses  béquilles  ;  il  avait  le  genou  excessi¬ 
vement  roide ,  et  fléchissait  à  peine  la  jambe  de  5  à  6  degrés.  Quand  il  essayait  de  la  fléchir 
davantage,  il  sentait  l’obstacle,  disait-il,  dans  l’intérieur  du  genou,  au  niveau  du  bord  inférieur 
de  la  rotule. 

Autant  qu’il  est  permis  de  le  vérifier  sur  le  vivant,  la  fracture  s’était  réunie  par  une 
consolidation  osseuse;  et  dans  l’état  de  la  science  à  cette  époque,  c’était  assurément  un 
résultat  très  remarquable  et  qui  faisait  honneur  à  l’habileté  du  chirurgien.  Toutefois  es¬ 
sayons  d’en  déterminer  la  valeur  réelle. 

D’après  mon  examen,  c’était  là,  comme  pour  le  cas  de  Lallement,  une  fracture  double, 
c’est-à-dire  une  fracture  transversale  avec  une  fracture  verticale  du  fragment  supérieur; 
l’os  était  demeuré  plus  long  que  l’autre;  c’est-à-dire  que  les  surfaces  fracturées  ne 
s’étaient  rejointes  que  par  leur  bord  postérieur,  et  que  leur  partie  antérieure  restait  sépa¬ 
rée  par  une  large  crevasse  transversale.  L’appareil  avait  donc  déjà  déterminé  le  déplace¬ 
ment  dont  j’ai  fait  mention  au  commencement  de  ce  mémoire;  mais ,  en  outre,  qu’avait 
gagné  le  malade  à  sa  consolidation  osseuse?  Au  bout  de  quatre  mois,  la  marche  sans  bé¬ 
quilles  était  impossible;  et  impossible  encore  de  prévoir  l’époque  ou  il  serait  permis  de 
de  les  quitter.  J’aurais  bien  désiré  revoir  ce  malade,  et  dans  ce  dessein  j’avais  pris  son 
adresse;  mais  quand  je  me  présentai  à  son  garni,  il  l’avait  déjà  quitté  ,  et  il  me  fut  im¬ 
possible  de  retrouver  ses  traces. 

Dans  toutes  les  autres  fractures  soumises  à  mon  observation  et  qui  avaient  été  traitées 
par  les  appareils  ordinaires,  toujours  il  restait  entre  les  fragments  un  écartement  variable 
dont  il  faudra  tout  à  l’heure  étudier  les  conséquences;  mais  un  autre  ordre  de  phénomènes 


204 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


qui  se  montre  dès  les  premiers  temps  de  la  guérison  doit  d’abord  fixer  nos  regards. 
M.  Mayor  a  signalé  l’impuissance  presque  absolue  des  releveurs  de  la  cuisse  pendant  bien 
des  jours  après  l’enlèvement  de  l’appareil.  Les  malades  ne  peuvent  pas  soulever  le  mem¬ 
bre  ou  le  fléchir  sur  le  bassin,  et  quand  on  insiste  pour  qu’ils  l’élèvent  au  dessus  du  lit, 
ils  le  couchent  d’abord  sur  le  côté  interne,  et  le  soulèvent  à  l’aide  des  muscles  adduc¬ 
teurs.  Je  n’ai  pas  eu  occasion  de  voir  ce  phénomène,  qui  s’explique,  si  je  ne  me  trompe, 
par  le  sentiment  de  faiblesse  et  de  méfiance  qu’inspire  toujours  une  fracture  récemment 
guérie,  et  qui  d’ailleurs  ne  persiste  pas  assez  pour  inspirer  de  légitimes  craintes. 

Mais,  après  cette  première  gêne  surmontée,  il  y  a  en  une  autre  plus  grave  et  plus  durable 
qui  vient  de  la  roideur  du  genou.  Cette  roideur,  dont  notre  première  observation  offre  déjà 
un  exemple,  n’est  pas  moins  manifeste  quand  les  fragments  sont  réunis  par  un  cal  fibreux, 
et  l’on  n’a  pas  toujours  bien  aperçu  quelles  sont  les  conditions  qui  la  favorisent.  A  travers 
les  obscurités  du  texte  de  Paul  d’Egine,  le  premier  chirurgien  qui  ait  traité  des  consé¬ 
quences  de  cette  fracture,  on  peut  douter  si  c’est  de  l’écartement  ou  delà  roideur  du 
genou  qu’il  a  entendu  parler,  lorsqu’il  dit  que  les  mouvements  demeurent  gênés  et  que  le 
blessé  ne  saurait  faire  de  longues  marches  ;'qu’ il  déguise  bien  son  incommodité  en  che¬ 
minant  sur  un  plan  uni,  mais  qu’elle  se  révèle  surtout  lorsqu’il  monte,  à  raison  de  la 
difficulté  de  plier  le  genou.  A.  Paré  ne  laisse  à  cet  égard  aucun  doute  :  Pour  le  pro- 
gnostic,  ie  dis ,  que  iamais  ie  nay  veu  que  ceux  qui  ont  eu  ceste  partie  rompue ,  ne 
soyent  demeurés  claudicans :  parceque  la  conionction  faite  par  le  callus  empesche  le 
genoüil  se  pouuoir  fleschir ,  et  les  malades  trauaillent  beaucoup  en  montant.  Fabrice  de 
Hilden  était  du  même  avis;  et  la  roideur  de  l’article  qu’on  attribuait  à  l’épanchement 
du  cal  passa  pour  la  cause  unique  et  inévitable  de  la  claudication  jusque  vers  la  fin  du 
17e  siècle. 

Laurent  Verduc  fut  le  premier  qui  s’éleva  contre  le  pronostic  de  Paré.  «  Je  puis  assu¬ 
rer,  dit-il,  que  fai  traité  trois  ou  quatre  personnes  dont  la  rotule  était  fracturée  en  tra¬ 
vers,  et  que  pas  un  n’a  boité,  ni  cloché  y  mes  confrères  en  ont  aussi  traité  plusieurs  qui 
ont  été  bien  guéris.  »  Heister  observa  ensuite  que  la  roideur  de  la  jointure  était  surtout 
favorisée  par  une  trop  longue  immobilité;  et  cette  idée  ayant  frappé  plusieurs  chirurgiens, 
d’importantes  modifications  et  même  une  méthode  toute  nouvelle  furent  imaginées  pour 
conserver  au  genou  sa  mobilité.  Pott.  résumait  ainsi  sa  doctrine  sur  ce  sujet. 

«  Il  est  certain  que  ceux  qui  marchent  le  mieux  après  une  fracture  de  la  rotule  sont  ceux 
qui  font  eue  fracturée  transversalement  en  deux  parties  presque  égales,  qui  n’ont  pas_  resté 
longtemps  couchés,  et  non  au  delà  de  l’inflammation  passée,  et  ceux  dont  on  a  fait  mouvoir 
le  genou  modérément  après  que  les  premiers  accidents  ont  été  dissipés;  enfin  ceux  en  qui 
les  pièces  fracturées  ne  sont  pas  dans  un  contact  absolument  exact,  mais  entre  lesquelles  il  y 
a  un  léger  intervalle.  » 

Enfin  B.  Bell,  attribuant  la  roideur  de  l’article  à  l’inflammation  et  au  repos  trop  pro¬ 
longé,  insistait  également  pour  qu’on  réduisît  de  beaucoup  le  temps  de  l’application  de 
l’appareil;  il  disait  cependant  n’avoir  pas  vu  cette  roideur  subsister  au  delà  de  trois  ou 
quatre  mois. 

D’autres  considérations,  d’autres  craintes  ont  prévalu  parmi  les  chirurgiens  modernes; 
ils  se  sont  surtout  attachés  à  obtenir  une  réunion  plus  solide,  et  ont  laissé  les  blessés  dans 
l’appareil  jusqu’à  deux  et  trois  mois;  aussi  la  plupart  des  sujets  ainsi  traités  conser¬ 
vent-ils  une  roideur  qui  n’est  pas  à  beaucoup  près  aussi  facile  à  céder  quel’a  écrit  B.  Bell. 

D’après  mes  observations  sur  ce  point,  la  roideur  m’a  paru  varier  :  1°  selon  le  degré  de 
l’inflammation  ;  2 3  selon  le  temps  que  l’article  a  été  condamné  au  repos;  3°  selon  la 
pression  exercée  par  l’appareil;  et  enfin  4°  selon  l’époque  à  laquelle  l’appareil  a  été  appli¬ 
qué,  soit  avant,  soit  après  l’inflammation. 

ue  observation. — Fracture  directe  de  la  rotule;  appareil  maintenu  seulement  30  jours; 

prompte  disparition  de  la  roideur  du  membre. 

Lebours,  fabricant  d’instrument  de  mathématiques,  ârgé  de  38  ans,  avait  eu,  vers  l’âge  de 
28  ans,  les  deux  jambes  fracturées,  et  les  articulations  tibio-tarsiennes  à  peu  près  ankylosées. 


MALGAIGNE.  —dangers  du  traitement  des  fractures  de  la  rotule.  205 

Le  8  août  au  soir,  en  montant  son  escalier,  il  fit  un  faux  pas,  tomba  en  avant,  et  probable¬ 
ment  heurta  du  genou  gauche  le  rebord  tranchant  d’une  marche;  mais,  ayant  perdu  en  même 
temps  connaissance  ,  il  ne  peut  dire  au  juste  ce  qui  est  arrivé.  Lorsqu’on  vint  à  son 
secours,  on  le  trouva  couché  à  plat  ventre,  la  jambe  gauche  étendue  et  ne  pouvant  même  se 
fléchir  sans  de  vives  douleurs;  on  le  releva,  et  il  marcha  jusqu’à  son  lit,  toutefois  soutenu 
sous  les  épaules  et  sans  appuyer  le  pied  gauche  à  terre.  Le  lendemain  un  médecin  fut  appelé  , 
mais  le  gonflement  du  genou  était  tel  qu’il  fut  impossible  de  rien  reconnaître.  Le  malade 
resta  12  jours  au  lit;  puis  le  gonflement  étant  dissipé,  il  se  leva  et  se  promena  par  la 
chambre  ;  mais  la  gêne  étant  assez  forte,  le  médecin  fut  rappelé,  constata  cette  fois  une  frac¬ 
ture  de  rotule  et  envoya  le  malade  à  l’hôpital  Necker.  Je  noterai  que  pour  faire  la  route  ,  le 
malade  descendit  lui-même  les  escaliers  et  monta  en  fiacre  sans  aucun  secours. 

Comme  il  y  avait  peu  d’écartement,  M.  Lenoir,  alors  chargé  du  service,  se  contenta  de  placer 
le  membre  sur  le  plan  incliné  et  de  fixer  les  fragments  par  un  bandage  roulé.  Cet  appareil 
fut  maintenu  50  jours,  après  quoi  le  malade  commença  à  se  lever  ;  et  le  3  octobre  il  était  sorti 
de  l’hôpital. 

Je  l’avais  vu  dans  le  service,  et  j’allai  l’examiner  environ  un  mois  après  sa  sortie.  Le 
genou  n’avait  guère  conservé  sa  raideur  que  trois  semaines  après  l’ablation  de  l’appareil; 
et  déjà  la  liberté  des  mouvements  était  revenue  presque  entière.  Le  genou  restait  légèrement 
gonflé;  la  rotule  gauche  offrait  environ  12  millimètres  de  hauteur  de  plus  que  l’autre;  la  frac¬ 
ture  était  double,  et  consistait  d’abord  en  une  division  transversale  vers  le  tiers  inférieur  de 
l’os,  remontant  cependant  un  peu  plus  en  dehors  qu’en  dedans  ;  et  sur  le  bord  externe  un 
petit  fragment  en  triangle  paraissait  détaché  du  fragment  inférieur.  Cette  sorte  d  esquille  pa¬ 
raissait  soudée  au  fragment  inférieur,  en  faisant  toutefois  vers  le  bord  externe  une  saillie 
de  près  d’un  centimètre  ;  et  la  grande  fracture  transversale  présentait  un  écartement 
de  5  à  6  millimètres  quand  la  jambe  était  étendue,  allant  jusqu’à  un  centimètre  dans  la  flexion. 

Le  mollet  gauche  avait  un  peu  maigri.  Dans  la  marche,  le  malade  conservait  un  sentiment 
de  faiblesse  dans  le  genou  et  une  crainte  continuelle  de  le  voir  fléchir  involontairement. 
A  part  cette  crainte  instinctive,  il  montait  l’escalier  aussi  librement  qu’avant  sa  fracture  et 
le  descendait  presque  aussi  bien  ;  seulement  il  préférait  descendre  la  jambe  droite  d’abord , 
comme  plus  solide,  puis  ramener  la  gauche  sur  la  même  marche.  Ces  résultats  furent  consta¬ 
tés  en  faisant  la  part  des  fractures  de  jambe  antérieures,  qui  n’avaient  pas  peu  restreint  l’agilité 
du  malade. 

Voilà  un  résultat  des  plus  heureux  ;  et  on  pourrait  penser  que  la  courte  durée  de  l'ap¬ 
plication  de  l’appareil  suffit  pour  en  rendre  compte.  Le  cas  suivant  fera  voir  de  quelle 
importance  est  encore  la  date  de  cette  application. 

me  observation.  —  Fracture  directe  delà  rotule;  appareil  placé  immédiatement  et  gardé 
40  jours;  roideur  très  considérable ,  laissant  encore  des  traces  6  ans  après. 

Pierre  Doucet,  âgé  de  68  ans,  entra  à  l’Hôtel-Dieu,  le  28  janvier  1836,  pour  une  carie  du 
premier  métatarsien  du  pied  droit,  carie  résultant  de  la  chute  d’un  moellon  sur  ce  pied. 

Ce  malade  portait  en  outre  une  fracture  de  la  rotule  du  même  côté,  survenue  six  ans  aupa¬ 
ravant  dans  les  circonstances  que  je  vais  dire.  Il  montait  un  escalier  avec  un  sac  d’avoine  sur 
le  dos,  lorsqu’il  trébucha  et  tomba  en  avant,  de  telle  sorte  que  le  genou  droit  alla  heurter 
contre  le  bord  tranchant  de  la  marche  supérieure,  qui  était  en  pierre.  Il  se  trouva  étendu  tout 
de  son  long  sur  le  côté,  ayant  la  rotule  cassée  en  travers,  et  les  deux  fragments  déjetés  en  de¬ 
hors  du  genou  et  regardant  en  arrière.  On  le  conduisit  immédiatement  à  l’hospice  de  Caen,  où 
le  membre  fut  pansé  avec  des  compresses  et  une  bande,  puis  placé  dans  une  boîte  qui  mainte¬ 
nait  la  jambe  étendue,  le  pied  un  peu  élevé;  le  malade  fut  en  outre  situé  le  dos  relevé,  dans 
une  position  presque  assise. 

Il  resta  au  lit  40  jours:  on  lui  permit  alors  de  se  lever  avec  des  béquilles,  qu’il  garda  18 
mois;  au  bout  de  ce  temps  seulement  il  recommença  à  travailler. 

Voici  l’état  dans  lequel  il  est  aujourd’hui.  La  jambe  étendue  sur  son  lit,  les  muscles  dans  le 
relâchement,  la  rotule  apparaît  divisée  en  deux  fragments  à  peu  près  égaux  par  une  fracture  non 
tout-à-fait  transversale,  mais  un  peu  oblique  de  dehors  en  dedans  et  de  haut  en  bas  (1).  Les 


(1)  La  Gazette  des  hôpitaux  du  23  février  1836,  en  rendant  compte  de  l’état  de  ce  malade , 
disait  que  chaque  fragment  dépassait  le  volume  d’une  rotule  entière.  Cela  était  d’une  parfaite 
inexactitude,  aussi  bien  que  quelques  autres  détails. 


206  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

deux  fragments  paraissent  un  peu  plus  volumineux  qu’ils  ne  devraient  l’être;  ils  sont  séparés 
par  un  intervalle  d’un  pouce  au  plus;  si  l’on  comprime  de  haut,  en  bas  le  fragment  supé¬ 
rieur,  on  le  fait  descendre  très  facilement  jusqu’au  contact  avec  l’inférieur,  et  l’on  produit 
même  alors  une  sorte  de  cliquetis  qui  semble  se  passer  entre  eux.  La  jambe  fléchie  au  con¬ 
traire,  l’intervalle  augmente  jusqu’à  quatre  travers  de  doigt,  mais  pas  plus.  Il  y  a  ici  quelque 
chose  de  particulier  :  quand  le  malade  étend  la  jambe  de  lui-même,  c’est  le  fragment  inférieur 
qui  remonte;  quand  il  la  plie,  c’est  le  même  fragment  qui  descend,  l’autre  demeurant  immo¬ 
bile.  Du  reste,  ni  la  flexion  ni  l’extension  ne  sont  complètes. 

En  conséquence,  quand  le  malade  marche,  bien  qu’il  appuie  à  terre  par  toute  la  plante  du 
pied,  la  jambe  est  toujours  un  peu  fléchie;  de  là  un  raccourcissement  du  membre,  cause  déjà 
suffisante  de  claudication.  Aussi  a-t-il  besoin  d’un  bâton  pour  assurer  sa  marche  ;  avec  ce  se¬ 
cours,  il  va  assez  bien,  surtout  par  un  beau  temps  ;  il  a  remarqué  aussi  que  par  un  temps 
chaud  les  mouvements  de  la  jambe  sont  plus  étendus.  Dans  les  mauvais  temps,  c’est  le  con¬ 
traire,  et  de  plus  il  ressent  des  douleurs  dans  le  genou. 

Lorsqu’il  monte  les  escaliers,  il  porte  toujours  la  jambe  gauche  en  avant.  Il  dit  avoir 
plus  de  facilité  à  monter  qu’à  descendre;  ou  du  moins  avoir  plus  de  confiance  en  sa  jambe. 

Il  peut  porter  sur  l’épaule  d’assez  lourdes  charges,  de  150  à  200  livres;  une  fois  même  il  a 
porté  250.  Mais  c’est  là  surtout  que  son  infirmité  est  manifeste;  car,  avant  sa  fracture,  il  pou¬ 
vait  porter  jusqu’à  6  à  700  livres. 

Enfin,  la  jambe  et  la  cuisse  de  ce  côté  présentent,  dans  leur  circonférence ,  un  pouce  de 
moins  que  celles  du  côté  sain;  suivant  le  malade,  cette  sorte  d’atrophie  n’aurait  commencé  à 
devenir  sensible  que  depuis  deux  ans. 

Je  ne  veux  pas  faire  ressortir  toutes  les  conséquences  que  l’on  peut  tirer  de  cette  ob¬ 
servation;  il  suffit  pour  le  moment  de  ce  qui  regarde  la  roideur  du  membre.  Ainsi  nous 
trouvons  là  une  fracture  survenue  dans  les  mêmes  circonstances  que  la  précédente  ; 
l’appareil  n’a  été  gardé  que  dix  jours  de  plus;  seulement  il  a  été  appliqué  dès  le  début. 
Pour  ces  dix  jours  d’application  prématurée,  le  malade  a  été  condamné  à  une  impotence 
de  18  mois.  Exposée  dans  ces  termes,  la  conséquence  paraîtrait  bien  grave  sans  doute 
pour  une  cause  bien  légère;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  l’énorme  contusion  qu’avait  dû 
déterminer  un  choc  assez  violent  pour  fracturer  l’os  et  le  jeter  à  la  fois  hors  de  sa  place 
naturelle.  Tout  appareil  appliqué  dans  ces  circonstances  entraînera  pour  le  moins  une 
roideur  presque  invincible.  Je  me  souviens  d’avoir  vu  dans  un  hôpital  militaire  un  ser¬ 
gent  de  27  ans,  qui  en  descendant  un  escalier  avait  fait  un  faux  pas,  s’était  rejeté  en 
arrière  pour  sauver  son  équilibre,  et  étant  tombé  sur  les  fesses  les  jambes  pliées  sous  lui, 
avait  eu  la  rotule  droite  cassée  en  travers,  tout  près  de  son  angle  inférieur.  Comme  il  y 
avait  un  écartement  très  considérable,  on  jugea  à  propos  de  rapprocher  les  fragments  à 
l’aide  de  bandelettes  de  diachy Ion  figurant  un  8  de  chiffre;  la  douleur  toujours  crois¬ 
sante  obligea  d’ ôter  Y  appareil  le  10e  jour.  Sous  la  bandelette  transversale  supérieure,  il 
y  avait  une  escarre  comprenant  presque  toute  l’épaisseur  du  derme;  les  deux  fragments 
étaient  rapprochés  à  un  intervalle  de  2  à  3  lignes  ;  et  un  gonflement  considérable  de  tout 
l’article  les  maintenait  dans  cette  position  sans  bandage.  Le  chirurgien  s’ en  applaudissait, 
espérant  ainsi  une  consolidation  plus  solide  ;  et  le  malade  fut  envoyé  plus  tard  aux  eaux 
dans  le  but  de  rendre  un  peu  de  souplesse  à  ce  genou  qui  paraissait  presque  ankylosé. 
Jamais  je  n’avais  vu  au  sortir  du  lit  un  genou  aussi  inflexible;  et  bien  que  je  n’aie  pas 
revu  le  malade,  je  doute  fort  qu’il  ait  jamais  recouvré  la  liberté  des  mouvements. 

Dans  l’ observation  qui  suit,  les  indications  ont  été  mieux  saisies;  on  a  attendu  la  chute 
de  l’inflammation;  aussi  bien  que  l'appareil  ait  été  tenu  en  place  environ  50  jours,  la 
roideur  a  été  infiniment  moindre,  et  le  résultat  beaucoup  plus  satisfaisant. 

ive  observation.  — Fracture  directe  complétée  par  un  effort  musculaire  ;  50  jours  d’appa¬ 
reil;  marche  gênée  durant  deux  ans;  état  du  membre  environ  trois  ans  après. 

En  mars  1835,  M.  A.  C.,  l’un  de  nos  confrères,  en  voulant  monter  en  cabriolet,  se  heurta 
Violemment  le  genou  contre  la  roue,  ce  qui  lui  causa  une  douleur  si  vive  qu’il  marcha  tout  le 
jour  en  fauchant,  et  que  le  soir,  voulant  ramasser  un  mouchoir,  il  ne  le  put  qu’en  étendant  de 


MALGAIGNE.  —  DANGERS  DU  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  RA  ROTULE.  207 

côté  la  jambe.  Le  lendemain,  ayant  encore  un  peu  de  gêne,  il  descendait  un  escalier  tournant 
lorsque ,  voulant  laisser  passer  un  porteur  d’eau,  il  glissa,  se  retint  à  la  corde,  et  sentit  un 
craquement  dans  le  genou  droit  qui  lui  fit  dire  qu’il  avait  la  rotule  cassée.  Il  n’y  eut  pas  de 
chute;' le  porteur  d’eau  l’aida  à  revenir  cirez  lui,  en  traînant  la  jambe  et  marchant  à  reculons. 

Il  se  fit  un  gonflement  énorme,  qu’on  traita  durant  10  jours,  après  quoi  notre  excellent  et 
habile  confrère  ,  M.  A.  Thierry  appliqua  le  bandage  unissant ,  secondé  par  une  gouttière  pos¬ 
térieure  et  la  position  requise  ;  le  traitement  dura  environ  deux  mois. 

Dans  le  principe,  la  marche  était  très  gênée  et  ne  pouvait  s’opérer  qu’en  boitant,  et  encore  à 
l’aide  d’une  canne;  la  flexion  était  presque  impossible,  et  le  malade  n’osait  monter  ou  des¬ 
cendre  qu’en  portant  une  jambe  devant  l’autre  pour  chaque  marche.  Il  garda  sa  canne  durant 
deux  ans  ;  puis  enfin  il  put  assez  bien  s’en  passer. 

Il  eut  la  complaisance  de  me  laisser  examiner  son  genou  en  décembre  1858,  près  de  trois 
ans  après  l’accident.  Voici  quel  était  alors  l’état  des  choses  : 

La  fracture  a  eu  lieu  en  travers;  le  fragment  inférieur  paraît  avoir  18  millimètres  de  hau¬ 
teur;  le  supérieur,  36  millimètres.  L’écartement  varie  de  18  à  22  millimètres,  selon  que  la 
jambe  est  étendue  ou  fléchie.  La  flexion  ne  va  pas  tout-à-fait  jusqu’à  l’angle  droit,  et  le  frag¬ 
ment  supérieur  ne  descend  pas  au-dessous  du  bord  saillant  supérieur  des  condyles  fémoraux. 
Les  fragments  sont  réunis  par  une  sorte  de  tendon  fort  et  saillant  sur  la  ligne  médiane,  mince 
et  semblant  manquer  sur  les  côtés. 

Le  malade  marche  parfaitement  sur  un  plan  uni  ;  monte  et  descend  l’escalier  devant  moi 
comme  à  l'état  sain,  une  marche  à  chaque  pas,  sans  difficulté.  Voici  comment  il  fut  amené 
là  :  il  y  a  un  an  environ,  en  montant  un  escalier  avec  un  monsieur  de  65  à  70  ans,  qui  avait  eu 
six  mois  avant  lui  une  fracture  analogue,  il  fut  frappé  de  voir  l’aisance  aveclaquelle  il  montait, 
et  lui  en  témoigna  sa  surprise.  L’autre  lui  répondit  :  c’est  que  vous  vous  écoutez  ;  et  moi  je 
n’écoute  pas  les  médecins.— liés  lors,  il  essaya,  et  parvint  bientôt  au  même  résultat.  Cepen¬ 
dant  il  n’oserait  monter  deux  marches  à  la  fois  ni  les  descendre. 

Il  monte  bien  à  cheval,  mais  craint  le  trot.  Suivant  son  expression,  sa  rotule  est  comme  sa 
maîtresse;  il  y  songe  toujours.  Deux  fois  il  est  tombé  de  cheval  et  de  voiture,  et  toujours  a 
pris  soin  et  a  eu  le  bonheur  de  tomber  sur  le  côté  gauche,  la  jambe  droite  étendue.  Il  est  faible 
de  ce  côté,  et  en  changeant  déplacé  sa  bibliothèque,  il  ne  pouvait,  par  exemple,  porter  un  lot 
trop  considérable  de  volumes,  sentant  toujours  son  genou  prêta  fléchir. 

Je  reviendrai  sur  ce  fait  lorsque  j’examinerai  la  solidité  du  cal  fibreux  en  rapport  avec 
les  fonctions  du  membre.  Remarquons  seulement  qu’ après  un  traitement  où  le  chirurgien 
et  le  blessé  apportaient  chacun  le  concours  le  plus  éclairé,  le  malade  n’a  pu  qu’au  bout 
de  deux  ans  se  séparer  de  sa  canne, 

Voici  une  autre  observation  où  les  indications  n’ont  pas  été  moins  bien  remplies,  et 
l’appareil  n’est  pas  resté  plus  longtemps  appliqué;  mais  des  douleurs  rhumatismales 
occupant  le  genou  sont  venues  contrarier  les  efforts  du  chirurgien  ;  il  est  curieux  de  con¬ 
stater  ce  qu’une  si  légère  complication  a  pu  produire. 

* 

v°  observation. —  Fracture  transversale  par  effort  musculaire;  appareil  maintenu  près 

de  50  jours ,  malgré  des  douleurs  dans  le  genou;  flexion  encore  impossible  au  bout 

de  17  mois. 

Le  2  décembre  1858,  la  nommée  Joséphine  Deschamps,  journalière,  âgée  de  55  ans,  revenait 
chez  elle  avec  une  légère  charge  sur  le  dos,  et  marchait  sur  le  trottoir,  quand  tout-à-coup 
elle  eut  la  sensation  d’un  faux  pas  et  tout  à  la  fois  d’un  très  fort  craquement  dans  le  genou 
gauche;  à  l’instant  même  elle  tomba  à  la  renverse,  la  jambe  gauche  pliée  sous  elle.  Elle  essaya 
de  se  relever,  retomba  encore;  alors  on  vint  à  son  secours  et  on  l’apporta  à  l’hôpital  Necker, 
où  M.  Lenoir  faisait  le  service  par  intérim. 

A  la  visite  du  lendemain,  le  genou  était  tellement  tuméfié  que  toute  investigation  était  à  peu 
près  impossible.  On  soupçonna  toutefois  une  fracture  transversale  de  la  rotule,  qui  devint 
évidente  quelques  jours  après. 

Je  la  vis  seulement  le  7,  au  matin.  Le  genou ,  toujours  tuméfié,  laissait  cependant  sentir  à 
sa  face  antérieure  une  sorte  d’espace  carré,  limité  en  haut  et  en  bas  par  les  bords  saillants  dp 
la  fracture,  assez  large  pour  y  enfoncer  le  pouce,  et  offrant  sous  les  doigts  une  fluctuation  ma¬ 
nifeste.  La  fracture  paraissait  transversale,  et  située  à  peu  près  au  milieu  de  l’os.  En  insistant 


208  TRAVAUX  ORIGINAUX, 

i 

pour  mieux  connaître  les  circonstances  de  l’accident,  j’appris  que  le  craquement  était  ar¬ 
rivé  à  l’instant  où  la  jambe  gauche,  solidement  appuyée  sur  le  sol,  allait  recevoir  le  poids  du 
corps,  et  conséquemment  dans  une  extension  complète  ou  presque  complète.  Comme  la  frac» 
ture  était  manifestement  ici  produite  par  l’effort  des  muscles,  je  recherchai  si  l’os  avait  bien 
toute  sa  solidité  normale.  La  femme  répondit  que  depuis  une  autre  chute,  faite  quatre  ans  et 
demi  auparavant,  et  dans  laquelle  elle  s’était  fracturé  l’olécrâne ,  elle  avait  ressenti  de  temps 
à  autre,  dans  le  genou  gauche,  des  douleurs  du  reste  très  supportables,  et  qui  ne  l’empêchaient 
pas  de  vaquer  à  ses  travaux  ;  cependant ,  ces  douleurs  étaient  accompagnées  d’une  sorte  de 
faiblesse  telle  qu’elle  n’osait  s’agenouiller,  dans  la  crainte  instinctive  de  se  déranger ,  suivant 
ses  expressions ,  quelque  chose  dans  la  boîte  du  genou.  Ce  qui  est  assez  notable  ,  c’est  que 
quelques  jours  avant  l’accident  ces  douleurs  l’avaient  plus  vivement  inquiétée,  et  par  leur 
fréquence  et  par  leur  intensité. 

L’inflammation  étant  très  vive,  on  avait  seulement  placé  le  membre  sur  des  coussins,  le 
genou  légèrement  fléchi;  et  on  avait  appliqué  des  sangsues  a  plusieurs  reprises.  Le  gonflement 
céda  peu  à  peu;  les  douleurs  persistèrent  plus  longtemps,  revenant  surtout  la  nuit,  pareilles  à 
des  piqûres  d’épingles,  et  s’étendant  quelquefois  jusqu’au  talon.  Le  11,  l’écartement,  mesuré 
avec  soin,  était  de  trois  centimètres  et  demi.  Le  14,  on  appliqua  le  bandage  unissant  des  plaies 
entravers;  la  fluctuation  entre  les  fragments  avait  beaucoup  diminué,  et  déjà,  en  regar¬ 
dant  le  membre  de  profil,  on  y  distinguait  une  dépression  de  5  à  6  millimètres.  L’appareil  ne 
servit  pas  beaucoup  d’abord ,  car  la  malade  le  dérangeait  sans  cesse  à  cause  de  ses  douleurs. 
Cependant,  dès  le  17,  la  fluctuation  ayant  presque  disparu  entre  les  fragments  ,  l’écartement 
était  réduit  à  25  millimètres. 

Le  20,  la  malade  commence  à  dormir  et  à  s’accoutumer  au  bandage  ;  il  semble  encore  que 
l’on  ressent  sous  les  doigts,  entre  les  fragments,  une  fluctuation  sourde,  profonde,  et  au  total 
fort  douteuse.  Le  24,  toute  sensation  de  ce  genre  avait  complètement  disparu. 

Le  27,  on  renouvela  une  dernière  fois  l’appareil;  après  quoi  il  resta  en  place  jusqu’à  la  fin  de 
janvier  1859.  La  malade  n’avait  pas  cessé  de  ressentir  dans  le  genou  des  douleurs  qui  parais¬ 
saient  être  de  nature  rhumatismale,  devenant  plus  aiguës  à  chaque  variation  de  l’atmosphère. 
Le  2 février,  62  jours  après  l’accident,  les  fragments,  très  mobiles,  étaient  écartés  de  près  de 
2  centimètres;  la  malade  n’avait  pas  encore  quitté  le  lit.  Elle  ne  commença  à  marcher  avec  des 
béquilles  qu’à  la  fin  du  3e  mois,  et  elle  emporta  ses  béquilles  en  sortant  de  l’hôpital,  le 
18  mars. 

Je  la  revis  le  4  mai  1840,  14  mois  environ  après  sa  sortie,  17  mois  après  la  fracture.  Les 
deux  fragments  n’étaient  plus  écartés  que  d’un  centimètre;  le  genou,  fort  roide  ,  restait 
étendu  et  ne  se  pliait  tout  au  plus  que  de  15°  à  18°;  la  malade  ne  marchait  qu’en  se  servant 
d’une  béquille,  et  même  avec  sa  béquille  était  exposée  à  des  chutes  fréquentes;  elle  montait 
un  escalier  avec  peine,  et  éprouvait  bien  plus  de  peine  encore  pour  descendre  ;  et,  chose  cu¬ 
rieuse  et  triste  à  la  fois,  en  même  temps  qu’elle  souffrait  de  l’impossibilité  de  fléchir  la  jambe, 
elle  sentait  que  cette  jambe  n’était,  pas  assez  fortement  maintenue  par  les  muscles  rotuliens 
pour  soutenir  le  poids  du  corps  ;  elle  n’osait  qu’à  peine  appuyer  le  pied  de  ce  côté,  et  son  genou 
lui  semblait  toujours  menacer  de  ployer. 

A  la  vérité,  je  n’ai  pas  revu  cette  malade  à  une  date  aussi  éloignée  de  sa  fracture  que 
le  précédent;  mais  une  situation  aussi  déplorable,  au  bout  de  17  mois  accomplis,  suffit  de 
reste  pour  montrer  la  différence  du  résultat,  et  ne  laisse  pas  même  de  grandes  espérances 
pour  l’avenir.  On  pourra  dire  qu’il  y  avait  une  fâcheuse  complication,  et  je  l’avoue; 
j’ajouterai  pourtant  que  ces  douleurs  ne  sont  pas  aussi  rares  qu’on  pourrait  le  penser, 
d’après  le  silence  des  auteurs;  et  qu’on  aurait  difficilement  deviné  a  priori  qu’elles  au¬ 
raient  une  aussi  grave  influence.  Il  faut  considérer  aussi  que  l’appareil  a  été  maintenu 
bien  moins  longtemps  que  ne  le  voulait  Dupuytren,  par  exemple  ;  et  voici  deux  cas  dans 
lesquels  on  pourra  juger  ce  que  vaut  le  repos  prolongé  fort  au  delà  de  deux  mois. 

vie  observation. — Fracture  directe  ;  appareil  maintenu  80  jours  ;  marche  gênée  pendant 

18  mois  ;  état  du  membre  25  ans  après. 

A  ma  consultation  du  4  février  1841,  à  Bicêtre,  se  présenta  le  nommé  Ganne,  âgé  de 
61  ans,  et  depuis  trois  ans  déjà  entré  dans  cet  hospice.  Il  avait  36  ans,  lorsque,  en  traversant 
un  pré,  il  tomba  sur  une  pièce  de  bois  et  se  heurta  le  genou  gauche.  Malgré  la  douleur  il  se 


MALGAIGNE.  —  DANGERS  DÏJ  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTUÛE.  209 

releva,  fit  trois  pas  encore,  et  tomba  cette  fois  en  arrière  sans  pouvoir  se  relever.  On  le  rap¬ 
porta  chez  lui;  un  médecin  appelé  reconnut  une  fracture  de  la  rotule,  le  fit  tenir  au  lit  la 
jambe  étendue,  soulevée  à  l’aide  de  coussins  et  maintenue  par  des  attelles.  Au  40e  jour,  le 
malade  impatient  défit  son  appareil  et  essaya  de  se  lever  ;  mais  ayant  fait  un  faux  pas,  sans 
tomber  toutefois,  il  prit  l’alarme  et  se  remit  au  lit  encore  40  jours. 

Au  bout  de  cesSOjours,  il  commença  à  marcher  avec  des  béquilles, 'qu’il  garda  un  an  en¬ 
tier;  puis  une  béquille  lui  suffit,  puis  un  béquillon;  et  enfin  au  bout  de  18  mois  il  put 
marcher  sans  soutien ,  et  reprendre  son  état  de  terrassier.  Mais  jamais  ses  forces  ne  revin¬ 
rent  complètes.  Avant  son  accident,  il  portait  sans  peine  un  fardeau  de  200  kilogrammes; 
depuis  il  tomba  à  125  ;  et  quelquefois,  par  manière  d’essai ,  il  allait  jusqu’à  1G0,  mais  il  sen¬ 
tait  que  le  fardeau  était  trop  lourd  pour  lui.  Avant  l’accident  il  était  très  grand  marcheur, 
faisant  facilement  15  à  20  lieues  ;  et  il  se  vantait  même  d’avoir  fait  en  quatre  jours  la  route 
de  Clermont  à  Fontainebleau  qui  est  de  85  lieues.  Depuis  l’accident,  la  moyenne  du  chemin 
qu’il  peut'  faire  est  de  10  à  12  lieues  ;  il  a  quelquefois  été  à  15;  mais  il  était  alors  obligé  de  se 
reposer  le  lendemain. 

Aujourd’hui,  après  25  ans  écoulés,  voici  quel  est  l’état  de  ce  malade.  La  rotule  a  été  frac¬ 
turée  en  travers  au  tiers  inférieur;  les  fragments  très  mobiles  sont  séparés  par  un  intervalle 
de  4  centimètres  et  demi;  le  genou  n’est  nullement  gonflé,  et  les  mollets  sont  égaux  en  vo¬ 
lume.  Il  ressent  cependant  de  temps  à  autre  des  douleurs  qu’il  compare  à  des  coups  d'aiguilles 
dans  le  mollet  du  côté  de  la  fracture,  principalement  la  nuit  et  dans  les  changements  de  temps. 
Le  genou  est  exempt  de  ces  douleurs;  seulement  il  y  suc  facilement  lorsqu’il  travaille  un  peu 
fort.  11  monte  parfaitement  un  escalier ,  mais  ne  le  descend  qu’avec  quelque  peine,  la  flexion 
n’étant  pas  complète.  Un  signe  assez  curieux  de  la  faiblesse  des  muscles  extenseurs  de  la 
jambe,  c’est  que  quand  le  malade  met  son  bas,  la  légère  traction  exercée  sur  le  pied  rend 
l’extension  de  la  jambe  impossible  et  détermine  quelque  douleur  dans  le  genou;  l’expérience 
lui  a  appris  alors  à  renverser  le  pied  en  dehors  ou  en  dedans,  et  à  tirer  ainsi,  la  jambe  étant 
dans  l’extension  et  n’étant  pas  exposée  à  fléchir  en  arrière,  comme  s’il  tirait  dans  la  direc¬ 
tion  ordinaire. 

Mais  cela  n’est  rien  encore  auprès  du  cas  suivant,  dans  lequel  il  n’y  avait  aucune  com¬ 
plication,  et  où  même  F  appareil  a  été  enlevé  de  bonne  heure,  et  le  séjour  trop  prolongé 
au  lit  a  suffi  pour  produire  une  roideur  opiniâtre. 


vne  observation. — Fracture  par  action  musculaire  ;  repos  au  lit  durant  5  mois;  roideur  et 

claudication  persistant  encore  deux  ans  après. 

Siboulotte,  cocher,  âgé  de  49  ans,  entra  le  14  octobre  1859  à  l’hôpital  de  la  Charité,  où 
je  faisais  le  service  par  intérim.  11  portait  une  entorse  récente  au  pied  gauche ,  et  en  rappor¬ 
tait  la  cause  à  la  faiblesse  de  la  jambe  droite,  dont  la  rotule  avait  été  cassée  deux  ans  au¬ 
paravant.  Il  racontait  ainsi  l’histoire  de  sa  fracture. 

En  dansant  une  contredanse,  il  avait  subitement  ouï  un  craquement  dans  le  genou  accom¬ 
pagné  d’une  vive  douleur,  ce  qui  ne  l’avait  point  empêché  de  faire  encore  quelques  pas;  puis 
la  jambe  avait  fléchi  sous  lui,  et  il  était  tombé  sur  son  derrière.  On  l’avait  mis  dans  un  appa¬ 
reil  ordinaire,  qu’il  avait  gardé  seulement  trois  semaines;  mais  pour  consolider  le  cal,  on 
l’avait  gardé  au  lit  cinq  mois  entiers.  A  sa  sortie  il  avait  passé,  comme  de  coutume,  par  les 
béquilles  et  le  béquillon,  qu’il  avait  enfin  quittés  ;  et  voici  quel  était  son  état  après  deux  ans 
écoulés. 


La  fracture  est  transversale,  située  un  peu  au  dessus  de  la  partie  moyenne  de  l’os  ;  l’écar- 
ment  est  de  16  à  18  millimètres.  La  flexion  du  genou  ne  va  pas  au  delà  de  l’angle  droit;  le 
malade  boite  sensiblement,  et  se  trouve  obligé  de  reporter  presque  tout  le  poids  du  corps 
sur  la  bonne  jambe  ;  et  c  est  ainsi  que  l’entorse  est  arrivée,  j’essayai  les  bains  de  vapeur  pour 
assouplir  le  genou;  ils  furent  inutiles.  Je  tentai  de  forcer  la  flexion;  mais  le  fragment  supé¬ 
rieur  paraissait  rencontrer  un  obstacle  invincible  au  niveau  du  rebord  supérieur  de  la  poulie 
fémorale;  et  le  cal  fibreux  menaçait  de  se  rompre  si  l’on  eût  forcé  le  mouvement.  Enfin, 
j’avais  commencé  à  essayer  les  flexions  graduées  exécutées  par  un  aide,  tandis  que  nioi- 
même,  avec  les  deux  pouces  réunis,  je  refoulais  en  bas  le'fragment  supérieur;  et  il  me  sem¬ 
blait  que  j’obtenais  ainsi  une  faible  amélioration,  lorsque  M.  Gcrdy  reprit  le  service, 
e(,  jugeant  tout  traitement  inutile,  renvoya  le  malade  aussi  boiteux  que  je  l’avais  reçu. 


Déjà,  si  je  ne  me  trompe,  ces  quelques  observations  donnent  à  la  fracture  de  la  rotule 
c.  '  13 


210  REVUE  CRITIQUE, 

une  physionomie  toute  différente  de  celle  qu’elle  a  dans  nos  Traités  classiques  et  dans  nos 
Dictionnaires. Xela  ne  ressemble  guère,  par  exemple,  aux  observations  publiées  par 
Boyer,  dans  lesquelles  les  malades  sortent  de  l’hôpital  au  bout  de  40  à  50  jours,  complète¬ 
ment  guéris,  parfaitement  guéris,  marchant  avec  facilité ,  les  mouvements  n’étant  pas 
gênés  du  tout.  Pour  ma  part,  à  l’exception  des  sujets  que  j’ai  traités  par  mes  griffes,  je 
n'en  ai  vu  aucun  parfaitement  guéri;  et  j’en  ai  vu  beaucoup  réduits  à  une  véritable  et 
déplorable  infirmité.  Encore  n’  avons-nous  fixé  notre  attention  que  sur  une  partie  du  ta¬ 
bleau  ;  et  les  fractures  de  rotule  mal  consolidées  entraînent  quelquefois  des  accidents 
bien  autrement  graves. 

(La  fin  au  prochain  numéro.) 


REVUE  CRITIQUE. 


Oâis#to®gie« 


RECHERCHES  ANATOMIQUES  ,  PHYSIOLOGIQUES 

et  pathologiques  sur  le  s  cavités  closes, 
naturelles  ou  accidentelles,  de  V économie 
animale,  par  M.  Velpeau. 

Tel  est  le  titre  d’un  grand  travail  dont 
M.  Velpeau  a  présenté  un  résumé  à  l’Acadé¬ 
mie  des  sciences  dans  Ta  séance  du  6  mars 
dernier,  et  qui  depuis  a  été  publié  en  entier  dans 
les  Annales  de  chirurgie,  où  il  occupe  un  peu 
plus  de  200  pages.  L’analyse  en  serait  néces¬ 
sairement  fort  longue ,  si  nous  avions  à  re¬ 
produire  toutes  les  idées  émises  par  le  savant 
académicien;  mais  il  nous  suffira  de  glisser 
rapidement  sur  la  partie  purement  anatomi¬ 
que  et  physiologique ,  nous  réservant  d’insis¬ 
ter,  autant  qu’il  sera  nécessaire,  sur  la  partie 
chirurgicale. 

1°  Anatomie  des  cavités  closes.  L’idée- 
mère  développée  ici  par  M.  Velpeau  est  assez 
bien  résumée  dans  les  lignes  suivantes  que 
nous  reproduisons  textuellement  : 

«  Une  étude  attentive  de  ces  cavités,  dé¬ 
crites  jusqu’ici  sous  le  titre  de  membranes 
séreuses  ou  synoviales,  m’a  démontré  que  ce 
ne  sont  ni  des  sacs,  ni  de  véritables  mem¬ 
branes,  comme  on  le  croit  généralement  de¬ 
puis  Bichat.  Les  recherches  multipliées  aux¬ 
quelles  je  me  suis  livré  ne  laissent,  dans  mon 
esprit,  aucun  doute  à  ce  sujet.  Aux  divers 
âges  de  la  vie  intra-utérine,  sur  le  cadavre 
de  jeunes  sujets,  sur  des  adultes  ou  des  vieil¬ 
lards,  j’ai  toujours  trouvé  à  la  place  de  sacs, 
ou  de  membranes  fermées,  de  simples  surfa¬ 
ces,  cavités  sans  ouverture.  Ceci  est  d’ailleurs 
un  fait  très  général,  qui  s’applique  à  d’autres 
parties  de  d’organisme.  » 

M.  Velpeau  étudie  successivement  sous  ce 
point  de  vue  les  séreuses  viscérales,  les  sy¬ 
noviales  articulaires,  les  synoviales  tendineu¬ 
ses,  les  bourses  muqueuses,  et  enfin  les  sé¬ 
reuses  accidentelles.  Partout  il  voit  des  ca¬ 
vités  formées  dans  certains  points  par  des 
lambeaux  de  membranes  véritables,  dans  d’au¬ 
tres  points  par  dô  simples  surfaces  séreuses 


impossibles  à  isoler.  Ainsi,  à  propos  des  sé¬ 
reuses  articulaires  : 

«  Non  seulement,  dit-il,  il  n’y  a  point  de 
membrane  synoviale  à  la  face  libre  des  .carti¬ 
lages,  mais  encore  cette  membrane  manque 
également  à  la  face  interne  de  la  plupart 
des  ligaments.  Prenons  le  genou  pour  exem¬ 
ple;  si  l’on  cherche  la  membrane  synoviale 
derrière  le  ligament  rotulien  ou  la  terminai¬ 
son  du  tendon  des  muscles  de  la  cuisse,  on 
ne  l’isolera  point  comme  membrane  distincte. 
Il  en  sera  de  même  vis-à-vis  du  ligament 
latéral  interne  et  des  autres  plaques  fibreuses 
du  pourtour  de  l’articulation.  Ce  n’est  guère 
qu’en  dehors,  sur  le  contour  des  surfaces 
cartilagineuses,  dans  les  rainures  qui  sépa¬ 
rent  l’enveloppe  fibreuse  des  têtes  articulaires, 
qu’on  trouve  une  membrane  synoviale  réelle  t 
encore  semble-t-elle  faire  partie  des  plis,  des 
franges,  des  paquets  cellulo-graisseux,  appelés 
glandes  synoviales  sur  plusieurs  de  ces 
points.  » 

Les  séreuses  accidentelles  sont  soumises  à 
la  même  loi.  M.  Velpeau  en  distingue  deux 
ordres:  1°  celles  qui  sont  nécessitées  par 
quelque  déplacement  d’organe  ou  de  fonctions , 
comme  dans  les  fausses  articulations  résul¬ 
tant  de  fractures  ou  de  luxations  non  réduites; 
les  bourses  muqueuses  développées  sur  le  dos 
et  Tacromion  des  portefaix,  le  sternum  des 
menuisiers,  les  malléoles  externes  des  tail¬ 
leurs,  la  gibbosité  des  bossus,  les  parties  sail¬ 
lantes  des  pieds-bots;  2°  les  séreuses  patho¬ 
logiques,  kystes  séreux  du  tissu  cellulaire,  du 
corps  thyroïde,  de  la  mamelle,  du  testicule, 
de  l’ovaire,  des  ganglions  lymphatiques.  Pres¬ 
que  constamment  il  n’y  a  dans  tous  ces  cas 
que  des  surfaces  séreuses  non  isolables,  et 
cela  est  surtout  exact  quand  elles  se  déve¬ 
loppent  dans  les  glandes  ou  dans  un  tissu 
cellulaire  dense  et  serré;-  quelquefois  seule¬ 
ment,  lorsque  le  tissu  cellulaire  où  elles  se  sont 
creusées  est  abondant,  souple  et  lamelleux, 
elles  peuvent  être  détachées  sous  forme  de  sa 


REVUE  CRITIQUE.  .  211 


ou  d’ampoule;  encore,  pour M. Velpeau, cette 
séparation  est  en  tout  comparable  à  l’isole¬ 
ment  pur  et  simple  d’une  couche  cellulaire 
quelconque. 

Ces  idées,  à  part  un  peu  d’exagération  peut- 
être,  sont  certainement  fondées  en  réalité,  et 
nous  montrent  le  système  séreux  sous  une 
face  toute  nouvelle.  Dans  la  deuxième  partie 
de  son  travail,  M.  Velpeau  étudie  l’évolution 
des  cavités  séreuses  chez  l’embryon  et  le 
fœtus:  cette  étude  est  trop  éloignée  des  ap¬ 
plications  pratiques  pour  nous  arrêter.  Puis 
il  s’enquiert  de  leurs  usages ,  et  ici  les  don¬ 
nées  physiologiques  offrent  plus  d’intérêt  au 
chirurgien. 

2°  Physiologie.  Les  usages  sont  différents, 
selon  que  les  cavités  closes  appartiennent  à 
l’état  normal  ou  à  l’état  pathologique. 

Les  premières  ont  pour  but  principal,  sinon 
unique,  de  rendre  faciles  et  souples  les  mou¬ 
vements  des  parties  voisines.  Si  donc  elles 
viennent  à  disparaître,  les  mouvements  seront 
gênés  ou  même  perdus;  que  si,  au  contraire, 
les  organes  voisins  sont  aptes  encore  à  con¬ 
tinuer  leurs  mouvements ,  la  cavité  séreuse 
détruite  finira  par  se  reproduire.  Ce  fait  est 
assez  bien  connu  pour  les  adhérences  par¬ 
tielles  de  la  plèvre  et  du  péritoine;  M.  Vel¬ 
peau  le  généralise,  et  dit  l’avoir  constaté  pour 
les  larges  adhérences  de  ces  deux  cavités; 
pour  la  tuniquè  vaginale,  les  séreuses  articulai¬ 
res  et  tendineuses,  et  enfin  les  bourses  sous- 
cutanées.  Voilà,  certes,  une  loi  nouvelle  et  bien 
séduisante  ;  mais  ne  serait-on  pas  en  droit 
de  demander  à  M.  Velpeau  comment  il  a  pro¬ 
cédé  à  cette  constatation?  Car,  pour  la  plèvre 
et  le  péritoine,  si  l’on  fait  des  expériences  sur 
des  chiens,  par  exemple;  que  l’un,  sacrifié 
dans  les  premiers  jours,  présente  de  fortes 
adhérences  ;  qu’un  autre ,  examiné  plus  tard, 
présente  des  adhérences  moindres;  qu’un 
troisième,  à  une  époque  plus-, éloignée  encore, 
n’en  offre  plus  du  tout;  ces  expériences,  suf¬ 
fisamment  répétées  et  donnant  toujours  le 
même  résultat,  établiront  une  preuve  suffi¬ 
sante  de  la  disparition  de  certaines  adhé¬ 
rences.  Mais  quand  M.  Velpeau  assure,  par 
exemple,  que  sur  trois  .sujets  opérés  de  l’hy¬ 
drocèle  et  disséqués  par  lui,  quelques  années 
plus  tard  il  a  vu  que  la  tunique  vaginale 
s'était  reproduite,  il  oublie  qu’il  n’a  nulle¬ 
ment  constaté  qu’elle  était  oblitérée. 

«  Dans  les  articulations  malades,  poursuit- 
il,  que  j’ai  traitées  par  les  injections  irritan¬ 
tes,  les  adhérences  qui  amènent  d’abord  la 
guérison  de  l’hydartlirose  disparaissent  en¬ 
suite,  de  telle  sorte  que  la  jointure  reprend 
bientôt  toute  sa  mobilité  naturelle.  » 

L’auteur  nous  paraît  encore  là  tomber  dans 
une  erreur  de  logique,  fort  commune  au 
reste  en  chirurgie,  qui  consiste  à  prouver  la 
question  par  la  question  ;  en  d’autres  termes, 


à  donner  comme  preuve  ce  qui  est  précisé¬ 
ment  à  démontrer.  Il  serait  fort  important, 
à  coup  sûr,  d’établir  que  les  hydarthroses  peu¬ 
vent  guérir  par  des.  adhérences,  et  que  ces 
adhérences  tendent  ensuite  à  disparaître;  mais, 
il  faut  bien  le  reconnaître,  ce  n’est  jusqu’à  pré¬ 
sent  qu’une  pure  hypothèse  donnée  à  tort 
comme  une  réalité. 

Les  cavités  pathologiques  ont  au  contraire 
pour  .fonction  unique  d’isoler  au  sein  des 
organes  des  matières  nuisibles  ou  au  moins 
inutiles  au  reste  du  corps.  Créées  d’abord 
pour  un  but  apparent  d’utilité,  elles  finissent 
par  être  un  obstacle  et  une  véritable  maladie; 
ainsi  du  sang  ou  de  la  sérosité  épanchée  sim¬ 
plement  dans  le  tissu  cellulaire  serait  faci¬ 
lement  résorbé  ;  si,  au  contraire,  il  se  forme 
à  l’entour  une  cavité  séreuse,  l’absorption  n’a 
presque  jamais  lieu,  et  le  malade  ne  guérit 
qu’à  l’aide  d’une  opération  chirurgicale.. 

Cette  partie  est  terminée  par  quelques  re¬ 
cherches  très  curieuses,  tentées  par  M.  Ber¬ 
nard,  interne  des  hôpitaux,  sur  l’injection  de 
divers  gaz  dans  le  tissu  cellulaire.  On  sait 
que  l’air  atmosphérique,  insufflé  même  à  doses 
énormes,  s’absorbe  très  bien;  et  je  renverrai 
à  cet  égard  aux  expériences  mentionnées  dans 
mon  mémoire  sur  l'innocuité  de  l’air  dans 
les  plaies  sous-cutanées  ( Voyez  ci-devant,  p. 
97).  M.  Bernard  a  trouvé  que  l’oxygène  et 
l’acide  carbonique  sont  aussi  rapidement 
absorbés  ;  mais- l’azote  et  l’hydrogène  résistent 
à  l’absorption  d’une  manière  bien  singulière, 
et  même  ne  seraient  jamais  absorbés. 

«  Au.  bout  de  quelques  jours,  dit  M.  Ber¬ 
nard,  par  suite  des  mouvements  de  l’animal, 
le  gaz  se  déplace,  s’accumule  dans  certains 
points,  et  particulièrement  sur  le  dos,  au  cou 
et  dans  les  régions  inguinales.  Dans  les  pre¬ 
miers  jours  on  peut,  en  pressant  le  gaz  avec 
la  main,  le  faire  changer  de  place  ;  mais,  après 
douze  ou  quinze  jours,  ce  déplacement  est 
plus  difficile.  Alors  on  constate  que  le  tissu 
cellulaire  sous-cutané  s’est  transformé  en 
vastes  cellules  dont  les  unes  communiquent 
entre  elles,  tandis  que  les  autres,  closes  de 
toutes  parts,  constituent  de  véritables  kystes 
gazeux.  Si  l’on  examine  ces  cellules  ouvertes, 
on  trouve  leurs  parois  formées  de  tissu  cel¬ 
lulaire  condensé,  ayant  l’aspect  d’une  mem¬ 
brane  séreuse,  et  lubréfié  par  une  certaine 
quantité  de  sérosité.  Les  cloisons  complètes 
ou  incomplètes  qui  séparent  ces  vacuoles 
sous-cutanées  offrent  une  disposition  très  va¬ 
riée,  et  elles  contiennent  dans  leur  épais¬ 
seur  des  vaisseaux  qui  se  rendent  à  la 
peau. 

«  Si,  au  lieu  d’ouvrir  largement  ces  kystes 
gazeux,  on  se  borne  à  les  piquer  pour  en 
chasser  le  gaz  contenu,  les  piqûres  se  cica¬ 
trisent,  la  plaie  s’affaisse  et  se  rapproche 
des  parties  situées  au-dessous;  mais  lerecol- 


212  REVUE  CRITIQUE. 


lcment  ne  s’opère  plus.  Au  bout  de  plusieurs 
semaines,  •  on  retrouve  encore  une  véritable 
cavité  séreuse  ,  contenant  même  quelquefois 
une  assez  grande  quantité  de  liquide  transpa¬ 
rent.  » 

5°  Pathologie.  Au  point  de  vue  où  l’auteur 
s’est  placé,  on  comprend  comment  toutes  les 
affections  qui  peuvent  atteindre  les  divers 
tissus  communs  de  l’organisme  doivent  aussi 
se  rencontrer  dans  les  cavités  séreuses. 
Sans  songer  à  décrire  séparément  toutes  ces 
affections,  M.  Velpeau  se  contente  d’émettre 
la  proposition  suivante: 

«  Aucune  maladie  ne  débute ,  'a  propre¬ 
ment  parler,  par  la  surface  des  cavités  clo¬ 
ses  ;  c’est  toujours  le  tissu  dont  ces  surfaces 
font  partie  qui  est  le  siège  primitif  de  la  ma¬ 
ladie.  » 

Et  par  une  conséquence  nécessaire , 

«  Il  conviendrait  donc  de  dire,  quand  on 
parle  des  inflammations  ou  autres  altérations 
des  cavités  closes,  qu’il  y  a  maladie  de  la 
paroi  cartilagineuse,  osseuse ,  fibreuse,  liga¬ 
menteuse  ou  celluleuse  de  la  cavité  et  non 
de  la  membrane  séreuse,  du  tissu  séreux  ou 
synovial.  » 

Nous  avons  dit  plus  haut  que  peut-être, 
ainsi  qu’il  arrive  aux  meilleurs  esprits,  M.  Vel¬ 
peau  se  laissait  entraîner  à  exagérer  des  idées 
dont  nous  ne  contestons  point  d’ailleurs  la 
justesse;  et,  en  effet ,  ne  semble-t-il  pas 
qu’ici  il  oublie  ce  qu’il  avait  accordé  aupara¬ 
vant,  savoir,  que  dans  la  plupart  des  cavités 
séreuses  naturelles  il  y  a  des  lambeaux  de 
membranes  véritables  ?  Or,  ces  lambeaux  ne 
participent-ils  point  à  l’affection  de  la  cavité  , 
et  dès  lors  ne  faut-il  pas  garder  au  moins 
pour  eux  le  titre  de  membranes  ou  tissus  sé¬ 
reux,  et  les  maladies  de  ce  tissu?  Ailleurs 
même,  s’il  n’y  a  que  des  surfaces  appartenant 
aux  tissus  les  plus  divers,  il  faut  bien  recon¬ 
naître  que  la  forme  nouvelle  revêtue  par  ces 
tissus  a  suffi  pour  leur  donner  des.  aptitudes 
pathologiques  toutes  nouvelles  ;  bien  plus,  que 
cette  simple  forme  a  acquis  et  possède  une  apti¬ 
tude  générale  partout  identique  et  indépen¬ 
dante  du  tissu  qui  la  supporte  ;  de  telle  sorte 
que  la  surface  péritonéale  aura  beau  apparte¬ 
nir,  ici  au  foie,  là  à  la  rate,  ailleurs  aux  apo¬ 
névroses,  ailleurs  encore  à  de  véritables  mem¬ 
branes,  partout  néanmoins  elle  est  apte  à 
contracter,  par  exemple,  l’inflammation  pseu¬ 
do-membraneuse,  tout  comme  si  c’était  une 
membrane  unique  et  sans  lacunes.  Nous  au¬ 
rions  désiré  que  M.  Velpeau  abordât  plus  di¬ 
rectement  cet  ordre  de  considérations,  et  mît 
sa  doctrine  sous  une  plus  vive  lumière;  mais 
on  sent  que  la  portion  vraiment  pratique  de 
son  'travail  l’attirait  fortement,  et  qu’il  s’est 
bâté  d’y  arriver. 

Circonscrivant  donc  désormais  son  sujet 
dans  les  épanchements  des  cavités  séreuses, 


il  se  demande  comment  on  parviendra  à  les 
guérir.  La  simple  évacuation,  par  écrasement, 
rupture,  ponction  ou  incision  sous-cutanée, 
est  d’une  efficacité  fort  douteuse,  et,  dans  tous 
les  cas,  fort  limitée.  Il  faut  y  joindre  un  cer¬ 
tain  degré  d’inflammation  qui  fasse  adhérer 
les  parois  et  disparaître  la  cavité;  or,  cette 
inflammation  peut  être  simplement  adhésive, 
et  alors  elle  est  tout-à-fait  sans  inconvénient; 
ou  elle  peut  devenir  purulente,  et  les  adhé¬ 
rences  ne  sont  obtenues  qu’au  prix  de  quel¬ 
que  danger.  Le  problème  à  résoudre  est  donc 
le  suivant  : 

«■Faire  naître dansâtes  cavités  closes  affec¬ 
tées  d’ épanchement  une  irritation  qui  soit 
toujours  adhésive  et  qui  ne  devienne  jamais 
purulente.  » 

«  La  solution  de  ce  problème  comprend 
plusieurs  éléments.  D’abord,  plus  le  liquide 
épanché  se  rapproche  du  sérum,  plus  il  est 
facile  d’obtenir  l’inflammation  adhésive;  plus 
au  contraire  ce  liquide  ressemble  au  pus,  moins 
il  y  a  de  chances  d’éviter  l’inflammation  puru¬ 
lente.  On  devine  par  là  qu’il  faut  essayer  de  ra¬ 
mener  la  collection  à  l’état  de  collection  séreuse, 
si  telle  n’était.pas  sa  nature  primitive.  On  arrive 
à  ce  résultat,  dans  un  grand  nombre  de  cas, 
en  vidant  plusieurs  fois,  à  quelques  interval¬ 
les,  les  abcès  par  une  simple  ponction.  Il  en 
est  de  même  des  dépôts  sanguins.  Débarrassée 
momentanément  des  liquides  purulents  ou  hé¬ 
matiques  épanchés ,  la  cavité  se  remplissant 
de  nouveau  exhale  plutôt  du  sérum  qu’un 
liquide  analogue  à  celui  qu’elle  contenait  d’a¬ 
bord.  Répété  un  certain  nombre  de  fois  sous 
l’influence  des  ponctions,  ce  travail  rend  pos¬ 
sible  la  transformation  d’une  collection  de 
sang  ou  de  pus  en  collection  purement  sé¬ 
reuse,  séro-sanguine,  ou  séro-purulente.  Des 
observations  déjà  nombreuses  m’ont  démon¬ 
tré  ce  fait  sans  réplique  sur  la  plupart  des  ré¬ 
gions  du  corps.  » 

Nous  avons  transcrit  en  entier  ce  passage 
très  remarquable,  parce  qu’en  exposant  net¬ 
tement  la  loi  des  transformations  des  liquides 
épanchés,  il  en  tire  aussitôt  une  application 
légitime  et  féconde  pour  les  besoins  de  la 
pratique.  Si  la  chirurgie  était  toujours  ainsi 
raisonnée,  c’est  alors  qu’au  lieu  d’être  ravalée 
à  la  condition  d’un  métier,  elle  mériterait 
d’être  appelée  un  art  et  une  science.  Mais  con¬ 
tinuons. 

L’épanchement  ainsi  ramené  à  la  nature  sé¬ 
reuse,  il  s’agit  de  trouver  le  moyen  qui,  par 
lui-même,  tend  toujours  à  provoquer  l’in¬ 
flammation  adhésive,  et  jamais  l’inflamma¬ 
tion  purulente.  Toujours  et  jamais!  Grands 
mots  qui  peuvent  bien  révéler  notre  but  et 
nos  désirs,  mais  qui  ne  nous  en  font  que  mieux 
sentir  notre  impuissance.  Quoi  qu’il  en  soit, 
M.  Velpeau,  passant  rapidement  en  revue  quel¬ 
ques-uns  des  moyens  proposés  pour  obtenir 


REVUE  CRITIQUE.  213 


l’inflammation  adhésive,  s’empresse  d’ajouter 
que  les  injections  sont,  de  tous,  les  mieux  choi¬ 
sis,  et,  parmi  les  injections,  donne  une  préfé¬ 
rence  décidée  à  l’injection  d’iode.  Elle  réunit, 
à  son  avis,  quatre  grands  avantages: 

i°  Elle  fait  naître  l’inflammation  adhésive 
dans  les  cavités  aussi  sûrement  qu’aucune 
autre  ; 

2°  Elle  agit  fructueusement  sur  les  engor¬ 
gements  qui  compliquent  parfois  les  hydro- 
pisies;  et  par  exemple,  dans  l’hydrocèle  com¬ 
pliquée  d’engorgement  du  testicule,  l’injection 
iodée,  pratiquée  de  prime  abord,  procure 
presque  constamment  la  double  guérison  de 
l’engorgement  et  de  l’hydrocèle; 

o°  Elle  expose  moins  que  le  vin  à  l’inflam¬ 
mation  purulente; 

4°  Et  enfin,  infiltrée  dans  le  tissu  cellu¬ 
laire,  elle  n’amène  pas  d’inflammation  gan¬ 
gréneuse.  Cette  dernière  assertion  mérite 
d’être  appuyée  des  preuves  fournies  par 
l’auteur. 

«  J’ai  bien  constaté,  dit-il,  que,  pendant  ou 
après  l’opération  de  l’hydrocèle,  la  teinture 
d’iode  s’est  épanchée  en  plus  ou  moins  grande 
quantité  chez  plusieurs  malades  entre  la  peau 
et  les  autres  tuniques  du  -scrotum  ;  j’ai  bien 
acquis,  pour  mon  compte,  la  certitude  que 
ces  épanchements  n’ont  point  produit  d’in¬ 
flammation  notable,  ou  n’ont  produit  dumoins 
qu’une  inflammation  purulente  très  limitée. 
J’ai  acquis  sept  à  huit  fois  cette  certitude, 
soit  dans  des  opérations  pratiquées  par  moi, 
soit  à  l’occasion  d’opérations  pratiquées  par 
d’autres  sous  mes  yeux  ;  mais  comme  la  dis¬ 
section  ne  pouvait  jias  être  invoquée  en  pareil 
cas,  j’avoue  que  le  fait  pouvait  ne  pas  pa¬ 
raître  complètement  démontré.  Pour  lever 
toute  incertitude  à  ce  sujet,  j’ai  injecté  de  la 
teinture  cl’iode  étendue  d’eau  dans  le  tissu 
cellulaire  d’un  certain  nombre  de  chiens,  de 
lapins,  de  cochons  d’Inde.  Or,  ces  expériences, 
dont  j’expose  ici  l’observation  abrégée,  ont 
toutes  donné  le  même  résultat,  c’est-à-dire 
que  la  teinture  d’iode  n’est  pas  restée  sous  la 
peau,  qu’elle  n’a  point  fait  naître  de  gangrène 
ni  de  suppuration,  et  que  les  animaux  n’ont 
éprouvé  aucun  accident  à  la  suite  de  cette 
petite  opération.  » 

Il  importait  cependant  de  déterminer  dans 
quelles  proportions  la  teinture  d’iode  serait  le 
plus  utile.  M.  Velpeau  l’a  mélangée  à  l’eau 
dans  la  proportion  d’un  neuvième,  d’un  cin¬ 
quième,  d’un  quart,  d’un  tiers,  à  parties  éga¬ 
les,  et  enfin  il  l’a  employée  pure.  Il  a  réussi 
avec  tous  ces  liquides  ;  seulement  la  teinture 
d’iode  pure  occasionnant  une  douleur  assez 
vive,  les  proportions  d’un  neuvième  et  même 
d  un  quart  étant  trop  faibles  pour  activer  la 
résolution,  il  a  adopté  depuis  plusieurs  années 
le  mélange  d’un  tiers  de. teinture  avec  deux 
tiers  d’eau.  L’eau  simple  vaut  autant  que  l’eau 


distillée;  quant  à  la  température,  il  est  inutile 
de  faire  chauffer  le  liquide;  M.  Velpeau  estime 
même  que,  lorsqu’il  est  tiède,  son  efficacité 
est  un  peu  moindre. 

Une  cerlaine  quantité  d’iode  tendant  à  se 
précipiter  dans  l’eau  chargée  de  teinture, 
M.  Félix  d’Arcet  avait  proposé,  dès  1§40, 
d’ajouter  au  liquide  une  certaine  proportion 
d’iodure  de  potassium,  et  nous  avons  vu  que 
M.  Bonnet  de  Lyon  avait  suivi  ce  conseïïÇV oyez 
ci-devant,  p.  57).  M.  Velpeau  a  négligé  cette 
précaution  sans  le  moindre  inconvénient,  et 
nous  l’avons  imité  avec  autant  de  succès.  Mais 
ce  qui  lui  est  propre  et  qui  est  peut-être  plus 
hardi  qu’il  n’est  nécessaire,  c'est  de  laisser  une 
certaine  quantité  de  l’injection  dans  la  cavité  sé¬ 
reuse;  pour  l’hydrocèle,  par  exemple,  quand 
l’injection  est  terminée,  quand  il  a  secoué  ou 
malaxé  mollement  la  tumeur  durant  quelques 
secondes,  il  laisse  sortir  le  liquide  sous  l’in¬ 
fluence  de  la  seule  rétraction  des  tissus,  sans 
exercer  de  pression  réelle.  Quand  le  liquide 
cesse  de  couler  par  le  fait  de  cette  rétraction, 
il  retire  brusquement  la  canule,  et  l’opération 
est  terminée.  La  raison  déterminante  de 
M.  Velpeau,  c’est  que  le  liquide  iodéne  produit 
habituellement  ni  gangrène,  ïii  suppuration. 
Notre  raison,  à  nous,  pour  nous  écarter  de  sa 
méthode,  c’est  que  le  liquide  a  produit  quel¬ 
quefois  de  la  suppuration ,  et  que  l’évacuation 
incomplète  semble  tout-à-fait  propre  à  expo¬ 
ser  à  l’inflammation  suppurative. 

Le  reste  de  ce  long  travail  est  consacré 
à  énumérer  les  cas  divers  dans  lesquels 
M.  Velpeau  a  employé  les  injections  d’iode. 
Ce  sont  d’abord  les  hydrocèles  de  toute  na¬ 
ture  chez  l’homme  et  chez  la  femme,  simples, 
enkystés,  à  cavités  multiples  ou  même  congé- 
niaux;-les  hernies  pour  en  procurer  la  cure 
radicale  ; — des  sacs  séreux  siégeant  dans  l’aine 
ou  la  fosse  iliaque,  ou  même  dans  l’intérieur 
du  bassin  ;— les  hydropisies  des  bourses  mu¬ 
queuses  sous-cutanées ,  naturelles  ou  acci¬ 
dentelles; —  les  kystes  séreux  du  sein,  du 
corps  thyroïde  ;— les  kystes  tendineux,  vul¬ 
gairement  appelés  ganglions  ; — les  hydarthro- 
ses; — et  enfin  il  a  fait  quelques  essais  sur  les 
séreuses  viscérales.  A  cet  égard  nous  dirons 
seulement  qu’il  a  limité  ses  expériences  au 
péritoine  ;  et  tous  les  chiens  auxquels  il  a 
injecté  un  mélange  de  teinture  d’iode  au  tiers 
et  même  au  5e  ont  succombé.  Au  septième, 
les  animaux  ont  survécu ,  bien  qu’avec  des 
adhérences  fort  étendues  dans  le  péritoine. 
Quant  aux  injections  tentées  sur  l’homme  dans 
un  but  thérapeutique,  comme  elles  ont  presque 
toujours  réussi,  il  serait  fastidieux  de  répéter 
pour  chaque  affection  les  résultats  obtenus; 
nous  reviendrons,  toutefois ,  dans  la  prochaine 
Revue,  sur  les  sujets  les  plus  importants , 
que  nous  rangerons  sous  autant  de  titres  par  • 
ticuliers. 


REVUE  CRITIQUE. 


de  l’emploi  du  sulfate  de  cuivre  pour  ob¬ 
tenir  la  cicatrisation  des  plaies  et  des 
ulcères,  par  M.  Brunzlow  de  Branden- 
bourg. 

Le  sulfate  de  cuivre,  employé  depuis  long¬ 
temps  pour  les  plaies  comme  astringent  ou 
cathérétique,  récemment  préconisé  par  M.  Am- 
mon  pour  les  maladies  des  yeux,  n’avait  ja¬ 
mais  été  essayé  pour  accélérer  la  cicatri¬ 
sation  des  plaies  et  des  ulcères  jusqu’aux 
expériences  de  M.  Brunzlow.  Il  a  pu  con¬ 
stater  que  ce  sel  avait  surtout  des  pro¬ 
priétés  astringentes  ,  mais  très  faiblement 
caustiques  ,  beaucoup  moins  ,  par  exemple  , 
que  le  nitrate  d’argent  fondu.  C’est  ce  qui  l’a 
déterminé ,  il  y  a  déjà  plusieurs  années ,  à 
l’employer  comme  stimulant  et  astringent 
dans  les  plaies  et  les  ulcères,  qui,  bien  qu’en 
voie  de  guérison,  manquent  de  l’excitation  , 
de  la  vitalité  nécessaires  pour  se  cicatriser 
complètement;  et  le  succès  a  couronné  ses  ten¬ 
tatives.  Il  a  utilisé  également  avec  avantage 
les  propriétés  astringentes  et  siccatives  de 
ce  médicament  dans  les  végétations  et  les 
granulations  molles  et  flasques  qui  naissent 
souvent  de  la  surface  des  plaies,  sans  avoir 
jamais  déterminé  d’irritation  trop  intense. 
Cet  inconvénient  existe  surtout  par  l’em¬ 
ploi  du  nitrate  d’argent  fondu  ,  dont  l’action 
est  quelquefois  trop  vive  sur  des  surfaces 
qui  ne  demandent  qu’une  légère  excitation , 
ou  bien  sur  les  surfaces  avoisinantes  qui 
n’ont  nullement  besoin  d’être  excitées;  il 
convient  donc ,  dans  ces  cas ,  de  préférer 
le  sulfate  de  cuivre,  qui  ne  produit  aucun 
de  ces  résultats,  toujours  fâcheux  en  ce  qu’ils 
retardent  la  guérison. 

Quant  à  l’application  du  médicament , 
M.  Brunzlow  l’emploie  à  l’état  sec,  quand 
les  surfaces  le  comportent.  Il  touche  tous 
les  jours,  et  légèrement,  la  plaie  ou  l’ul¬ 
cère,  surtout  sur  les  bords,  avec  le  sul¬ 
fate  de  cuivre ,  et  recouvre  les  parties  tou¬ 
chées  d’un  plumasseau  de  charpie;  mais 
comme  il  y  aurait  quelque  inconvénient  à  ce 
que  la  charpie  vînt  à  adhérer  à  la  surface  ul¬ 
cérée,  il  faut  l’enduire  d’une  très  légère  cou¬ 
che  de  cérat  de  Saturne.  Si  le  sulfate  de 
cuivre  doit  agir  avec  une  certaine  force, 
comme  pour  des  végétations  pâles  et  fon¬ 
gueuses,  il  faut  recouvrir  les  parties  touchées 
avec  de  la  charpie  sèche,  qui  laisse  au  médi¬ 
cament  toute  son  action.  On  l’applique  aussi 
en  solution,  à  la  dose  de  25  à  50  centigrammes 
pour  50  grammes  d’eau.  M.  Brunzlow  a  sou¬ 
vent  employé  cette  solution  avec  succès  en  fo¬ 
mentations,  en  injections  dans  des  ulcérations 
flstuleuses  et  sinueuses,  dont  la  [cicatrisation 
était  ainsi  rapidement  obtenue.  Si  l’action  as¬ 
tringente  du  sulfate  de  cuivre  est  insuffisante 


pour  détruire  certaines  végétations  ou  fongo¬ 
sités,  etc.,  elle  n’en  est  pas  moins  quelquefois 
utile,  lorsque  ces  productions  ne  font  que  de 
naître,  ou  bien  lorsqu’elles  siègent  en  certains 
points  comme  sur  l’œil,  où  un  léger  attouche¬ 
ment  répété  tous  les  jours  une  à  deux  fois  a 
réussi  souvent  à  faire  disparaître  des  papules, 
un  pannus  ou  un  ptérygion  au  début ,  même 
quand  ces  maladies  étaient  compliquées  de  di¬ 
latation  des  vaisseaux  de  la  conjonctive. 

( Medizinische  Zeitung  von  Berlin,  1842, 
n°  19.) 


De  la  nécrose  du  calcanéum  chez  les  en¬ 
fants  scrophuleux ,  par  M.  Malespine. 

La  nécrose  du  calcanéum  n’avait  été  jusqu’à 
présent  l’objet  d’aucun  travail  spécial,  et  cette 
lacune  n’était  sans  gravité  ni  pour  le  diagnos¬ 
tic  ni  pour  le  traitement,  ainsi  qu’on  en  pourra 
juger  par  l’analyse  du  remarquable  mémoire 
de  M.  Malespine.  Avant  d’exposer  la  marche 
des  symptômes,  disons  d’abord  qu’on  peut  les 
partager  en  trois  périodes  correspondant  à 
trois  périodes  de  la  lésion  organique,  savoir  : 

1°  Une  ostéite,  de  sa  nature  lente  [et  chro¬ 
nique,  déterminant  à  peine  quelque  engorge¬ 
ment  dans  le  tissu  cellulaire  et  les  ligaments 
voisins  ; 

2°  L’ostéite  arrive  à  .suppuration  et  déter¬ 
mine  une  nécrose  ou  partielle  ou  totale;  le 
pus  accumulé  entre  l’os  et  le  périoste,  finit  par 
franchir  cette  barrière  et  se  faire  jour  au  de¬ 
hors  ;  mais  la  formation  de  ces  abcès  entraîne 
toujours  une  irritation  et  des  douleurs  plus  ou 
moins  violentes;  • 

5°  Enfin,  quand  l’os  est  tout  à  fait  isolé  de 
son  périoste,  commence  un  double  travail  d’é¬ 
limination  et  d’ossification,  tendant  à  la  fois 
à  faire  disparaître  le  séquestre  et  à  réparer  la 
perte  de  substance.  Ces  premières  données 
suffiront  pour  comprendre  la  succession  des 
symptômes;  voici  donc  comment  ceux-ci' se 
manifestent. 

ire  période.  L’ostéïte  qui  précède  la  nécrose 
étant  essentiellement  lente  et  chronique,  il  est 
rare  qu’elle  donne,  dès  le  début,  des  signes  de 
son  existence.  Les  douleurs  sont  milles  ou  a 
peu  près  ;  la  progression  s’accomplit  sans  au¬ 
cune  gêne  ;  en  un  mot,  le  malade  ne  se  plaint 
que  quand  la  pression  du  pied  contre  le  sol  de¬ 
vient  douloureuse ,  ou  bien  lorsque  le  gonfle¬ 
ment  du  talon  est  assez  considérable  pour 
l’empêcher  de  mettre  son  soulier.  C’est  ce  gon¬ 
flement  qui  met  le  plus  souvent  le  praticien  en 
éveil,  et  qui,  dans  cette  période,  permetde  fixer 
le  diagnostic  encore  incertain  ;  il  est  donc 
important  d’en  faire  une  étude  toute  particu¬ 
lière. 

Disons  par  avance  que  ce  gonflement  ne  man¬ 
que  jamais,  qu’il  se  développe  graduellement, 
et  se  fait  remarquer  par  sou  indolence,  son 


REVUE  CRITIQUE.  215 


siège,  et  la  forme  caractéristique  qu’il  donne 
au  membre. 

Donc,  on  aperçoit  d’abord  un  empâtement 
léger,  très  circonscrit,  occupant  le  tissu  cel¬ 
lulaire  en  rapport  avec  l’une  et  Fautre  face  du 
calcanéum.  Cet  empâtement  persiste  plusieurs 
mois,  augmente  ensuite  insensiblement;  efface 
peu  à  peu  les  dépressions  qui  existent  à  l’état 
normal  au-dessous  des  malléoles,  et  finit  par 
déborder  dans  tous  les  sens  les  saillies  malléo¬ 
laires.  Arrivé  à  ce  point,  l’engorgement  donne  au 
pied  un  aspect  singulier  ;  le  talon  est  volumi¬ 
neux,  saillant  en  arrière;  son  diamètre  trans-' 
versai  est  beaucoup  plus  étendu  que  l’espace 
compris  entre  les  deux  malléoles;  cette  diffor¬ 
mité  s’arrête  latéralement,  en  dedans,  au  ni¬ 
veau  du  scaphoïde;  en  dehors,  au  niveau  de  l’ar¬ 
ticulation  calcanéo-cuboïdienne  ;  pendant  cette 
période,  le  coude-pied  n’est  pas  envahi  et  ne 
présente  rien  d’insolite.  Solidement  fixée  aux 
parties  sous-jacentes  par  des  trousseaux  fi¬ 
breux  très  résistans,  la  portion  des  téguments 
qui  sert  de  limite  aux  régions  plantaires  et  la¬ 
térales  conserve  sa  forme  normale,  et  se 
trouve  séparée  de  l’engorgement  par  une  dé¬ 
pression  très  remarquable,  qui  règne  en  de¬ 
dans  et  en  dehors  sur  toute  la  largeur  du  ta¬ 
lon.  En  même  temps,  la  peau  distendue  s’a¬ 
mincit,  prend  une  teinte  rosée,  devient  lui¬ 
sante  ;  et,  à  travers  sa  transparence,  on  voit  de 
nombreuses  veines  légèrement  saillantes,  que 
la  compression  excentrique  finira  par  rendre 
tout  à  fait  variqueuses. 

Un  autre  phénomène  important,  qui  tient  à 
l’engorgement  des  ligaments  calcanéo-astraga- 
liens,  est  un  mouvement  de  latéralité  assez 
prononcé,  mais  douloureux  quand  on  cher¬ 
che  à  l’exagérer,  et  qui  peut  donner  lieu  à  une 
grave  erreur  de  diagnostic.  Plus  d’une  fois,  en 
cherchant  à  le  produire,  des  observateurs  peu 
attentifs  lui  ont  assigné  pour  siège  l’articula¬ 
tion  tibio-tarsienne,  qui  au  contraire  est  par¬ 
faitement  intacte.  On  se  garantira  d’une  pa¬ 
reille  méprise  en  remarquant  :  1°  que  le  gon¬ 
flement  ne  monte  pas  jusqu’au  niveau  de  cette 
articulation,  et  que  le  bas  de  la  jambe  en  est 
tout  à  fait  exempt;  2°  que  les  mouvements  de 
flexion  et  d’extension  du  pied  qui  sont  pro¬ 
pres  à  cette  jointure  s’exécutent  sans  gêne  et 
sans  douleur;  5°  en  étudiant  le  siège  précis  de 
l’engorgement  et  son  mode  de  développement; 
4°  et  enfin  en  fixant  l’astragale  avec  les  doigts 
d’une  main ,  la  jambe  avec  l’autre  main,  et 
s’assurant  qu’il  n’y  a  pas  de  mobilité  dans 
l’articulation  tibio-tarsienne. 

2e  période.  Elle  est  caractérisée  par  des  phé¬ 
nomènes  d’acuité  dont  la  marche  est  fort  va¬ 
riable.  L’affection  existe  déjà  depuis  plusieurs 
mois,  un  an  ou  davantage,  lorsque  le  membre 
devient  douloureux,  sensible  au  toucher;  le 
gonflement  augmente,  envahit  les  faces  dor¬ 
sale  et  plantaire  du  pied  ;  il  gagne  la  partie 


inférieure  de  la  jambe  qui  offre  alors  un  vo¬ 
lume  très  notable;  la  peau  devient  rouge,  ten¬ 
due,  luisante  ;  tantôt  le  moindre  mouvement  est 
extrêmement  douloureux,  et  le  malade  est  con¬ 
damné  à  garder  le  repos  absolu;  tantôt,  au 
contraire,  les  symptômes  inflammatoires  sont 
moins  marqués ,  marchent  plus  lentement, 
sans  réaction  générale,  et  se  bornent  à  une 
tuméfaction  œdémateuse  des  parties,  avec  ten 
sion,  chaleur  et  douleur  peu  intenses.  Dans 
tous  les  cas,  il  survient  bientôt  une  fluctuation 
obscure  sur  les  parties  latérales  du  talon; 
fluctuation  trompeuse,  car  si  l’on  incise  sur 
les  points  où  l’on  soupçonne  une  collection 
purulente,  on  ne  donne  pas  issue  à  une  seule 
goutte  de  pus;  et  la  pression  exercée  autour  de 
la  plaie  ne  fait  sortir  que  du  tissu  cellulaire  ra¬ 
molli,  sous  forme  d’une  bouillie  d’un  rouge  brun. 

Il  faut  toutefois  se  tenir  pour  averti  d’une 
chose;  c’est  qu’il  y  a  vraiment  une  collection 
purulente,  dont  ces  douleurs,  ce  gonflement 
sont  les  indices;  mais  plus  profonde,  et  sié¬ 
geant,  comme  il  a  été  dit,  entre  le  calcanéum 
même  et  son  périoste  épaissi  ;  et  l’exacerba¬ 
tion  ne  s’apaise  que  quand  le  périoste  ulcéré 
livre  passage  au  pus,  qui  se  fait  jour  ensuite  à 
travers  les  téguments  par  une  ou  plusieurs  ou¬ 
vertures  qui  demeurent  fistuleuses:  alors  les 
signes  d’acuité  diminuent,  notablement,  et  la 
maladie  reprend  sa  marche  chronique.  Rare¬ 
ment  toutefois  le  malade  en  est  qui  tte  pour  un 
seul  abcès;  presque  toujours  il  en  revient  un 
ou  deux  autres  avec  le  même  cortège  de 
symptômes,  jusqu’à  ce  qu’énfm  toutes  les  par¬ 
ties  nécrosées  soient  entièrement  séparées  du 
périoste. 

3e  période .  Ce  sont  donc  l’établissement  des 
fistules  et  le  retour  de  l’état  chronique  qui 
caractérisent  le  passage  à  la  troisième  période  ; 
mais  l’aspect  des  parties  a  aussi  notablement 
changé.  Toutes  les  barrières  fibreuses  qui  li¬ 
mitaient  le  gonflement  dans  la  première  période 
ont  cédé  à  l’inflammation  ;  le  talon  est  énor¬ 
me,  globuleux,  saillant  en  arrière;  il  n’y  a  plus 
de  bords  latéraux  séparant  la  plante  et  les  côtés 
du  tarse;  les  dépressions  qui  séparent  les 
malléoles  du  tendon  d’Achille  sont  comblées  ; 
l’engorgement  envahit  la  face  dorsale  du  pied, 
et  s’étend  latéralement  jusqu’à  l’extrémité 
postérieure  des  premier  et  cinquième  méta¬ 
tarsiens,  qu’il  atteint  presque  toujours,  mais 
qu’il  dépasse  très  rarement;  toutefois,  la  por¬ 
tion  de  la  face  dorsale  qui  répond  à  la  deuxième 
rangée  des  os  du  tarse  conserve  sa  forme  nor¬ 
male,  et  contraste  d’une  manière  fort  remar¬ 
quable  ayec  l’ampleur  et  la  forme  globuleuse 
du  talon.  Le  développement  qu’acquiert  celui- 
ci  est  très  variable  ;  quelquefois  il  atteint  des 
dimensions  véritablement  monstrueuses;  mais, 
dans  tous  les  cas,  il  affecte  une  forme  carac¬ 
téristique  qui  attire  l’attention  tout  d’abord  ;  et 
les  infirmières  de  l’hôpital  des  Enfants-ma- 


REVUE  CRITIQUE. 


316 

Mes,  habituées  à  cet  aspect  étrange ,  lui  ont 
donné  un  nom  particulier,  et  désignent  la  né¬ 
crose  du  calcanéum  sous  le  nom  de  pied  d  é- 
lë 'pliant. 

Voilà  pour  l’engorgement.  L’étude  des  trajets 
fistuleux  n’est  pas  moins  curieuse;  ils  ne  se 
font  pas  en  effet  indifféremment  sur  tous  les 
points;  le  pus  ne  se  porte  ni  du  côté  de  l’as¬ 
tragale  ni  du  côté  du  cuboïde;  mais,  dirigé 
presque  inévitablement  vers  les  régions  laté¬ 
rales  du  talon,  il  perfore  les  téguments  dans 
des  lieux  d’élection  qui  peuvent  être  ainsi  pré¬ 
cisés:  1°  dans  l’espace  compris  entre  le  bord 
postérieur  de  l’une  ou  de  l’autre  malléole,  et 
le  côté  correspondant  du  tendon  d’Achille  ;  2° 
au  niveau  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum, 
où  les  fistules  occupent  à  la  fois  la  partie  la¬ 
térale  externe  et  la  face  dorsale  du  pied  ;  5° 
plus  rarement  vers  la  région  plantaire  du 
talon,  et  immédiatement  au-dessous  des  mal¬ 
léoles. 

Enfin,  h  mesure  qu’on  s’éloigne  de  la  pé¬ 
riode  inflammatoire,  le  tissu  cellulaire  acquiert 
ne  plus  grande  consistance,  et  arrive  dans 
quelques  points  au  degré  le  plus  avancé  de 
l’induration.  Seulement,  vers  les  limites  de 
l’engorgement,  il  est  simplement  empâté  ;  et 
au  pourtour  des  trajets  fistuleux  il  reste  ra¬ 
molli  *et  donne  la  sensation  d’une  fluctuation 
obscure.  La  peau  qui  recouvre  les  endroits 
ramollis  est  d’un  brun  foncé;  partout  ailleurs 
elle  est  mince,  rosée,  et  parsemée,  de  quel¬ 
ques  plaques  brunâtres  en  forme  de  marbrures. 

Il  s’agit  maintenant  de  suivre  la  marche 
de  l’élimination  ;  et  M.  Malespine  rappelle 
d’abord  ici  quelques  idées  qui  lui  sont  pro¬ 
pres,  et  qui  ont  rencontré  quelque  contra¬ 
diction.  La  discussion  s’étant  renouvelée  il  y 
a  quelque  temps,  nous  aurons  sans  doute 
occasion  d’y  revenir;  pour  le. présent,  nous 
nous  bornerons  h  rappeler  la  théorie  de  l’au¬ 
teur  : 

«  Lorsqu’on  séquestre  séjourne  au  milieu 
des  tissus  vivants,  non  seulement  la  cohé¬ 
sion  de  ses  parties  constituantes  est  détruite 
par  l’action  du  pus ,  de  la  température,  etc.  ; 
mais  encore  l’organisation  tend  k  s’en  débar¬ 
rasser  par  la  voie  de  l’absorption;  sous  l’in¬ 
fluence  de  ces  différentes  causes,  il  diminue 
de  volume,  et  insensiblement  il  est  réduit 
en  fragments  osseux  assez  ténus  pour  que  la 
matière  purulente  puisse  facilement  les  en¬ 
traîner  au  dehors.  Pendant  l’accomplissement 
de  ce  travail  éliminateur,  le  périoste  tumé¬ 
fié  s’incruste  de  phosphate  calcaire,  et  donne 
naissance  k  un  os  nouveau,  revêtu  des  cartila¬ 
ges  d’encroûtement  de  l’os  primitif;  ces  car¬ 
tilages  ayant  conservé  leurs  rapports  natu¬ 
rels  avec  les  os  contigus,  il  en  résulte  que 
l’ossification  secondaire  est  pourvue  de  surfa¬ 
ces  articulaires  a  l’aide  desquelles  s’exécutent 
divers  mouvements.  » 


L’application  de  ces  données  générales  au 
cas  particulier  d’une  nécrose  calcanéennc-  est 
facile;  mais  elle  a  ici  une  importance,  toute 
spéciale,  en  ce  qu’elle  nous  rend  compte  de 
deux  phénomènes  nouveaux  et  essentiels, 
la  direction  vicieuse  du  pied,  et  une  sensa¬ 
tion  de-  crépitation  qui  accompagne  quelque¬ 
fois  sa  mobilité  latérale. 

A  mesure,  en  effet,  que  le  séquestre  s’amoin¬ 
drit  et  tend  k  s’éliminer,  on  voit  le  talon  et 
par  suite  le  pied  affecter  une  déviation 
étrange.  Lu  talon  s’affaisse  et  s’incline  en 
dedans;  le  bord  interne  du  pied  et  sa  face 
intérieure  se  relèvent;  et  la  chose  peut  aller 
au  point  que  le  pied  n’appuie  plus  sur  le  sol 
que  par  son  bord  externe,  et  présente  consé¬ 
quemment  la  forme  du  vcirus  le  plus  prononcé. 
M.  Malespine  explique  ainsi  cette  déforma¬ 
tion.  Le  calcanéum  une  fois  nécrosé  s’élimi¬ 
nant  de  jour  en  jour,  le  périoste  prend  peu  k 
peu  plus  de  consistance  et  se  sature  de  sels  cal¬ 
caires  pour  reproduire  un  nouvel  os  ;  mais  il 
y  a  cependant  une  période  où  le  talon  n’est 
plus  constitué  que  par  des  parties  molles  ail 
milieu  desquelles  se  trouve  emprisonné  un 
corps  étranger;  et  ces  parties  molles  cèdent 
k  l’action  des  muscles  qui  les  pressent  ou  les 
attirent  en  sens  divers.  Les  muscles  de  la 
moitié  interne  de  la  jambe,  jambiers  anté¬ 
rieur  et  postérieur,  extenseur  et  fléchisseur 
communs,  l’emportant  de  beaucoup  sur  les 
muscles  externes,  entraînent  le  pied  en  dedans 
en  même  temps  que  les  tendons  qui  glissent 
sous  la  voûte  calcanéennc  affaissent  le  talon; 
et  sans  doute  c’est  par  oubli  que  M.  Malespine 
a  omis  dans  son  énumération  les  muscles  du 
tendon  d’Achille,  qui  secondent  puissamment 
tous  les  autres. 

Nous  avons  déjà  parlé  de  la  mobilité  laté¬ 
rale  k  propos  de  la  première  période  ;  dans  la 
troisième,  la  manœuvre  nécessaire  pour  mou¬ 
voir  le  pied  donne  quelquefois  lieu  k  une  sen¬ 
sation  de  crépitation,  comme  si  l’on  frottait 
l’une  contre  l’autre  deux  surfaces  dures  et  ru¬ 
gueuses;  et  M.  Malespine  a  vu  un  chirurgien, 
trompé  par  cet  indice  alarmant ,  croire  k  une 
carie  de  l’articulation,  et  pratiquer  l’amputa¬ 
tion  de  la  jambe.  La  dissection  fit  voir  que 
l’unique  cause  de  ce  bruit  était  le  frottement 
de  trois  gros  fragments  osseux,  débris  du  cal¬ 
canéum  âncien,et  enfermés  dans  le  calcanéum 
de  formation  nouvelle,  pour  lequel  le  travail 
de  réparation  était  déjà  assez  avancé. 

Le  moyen  d’éviter  toute  erreur  de  ce  genre 
consiste  surtout  dans  le  cathétérisme  des  tra¬ 
jets  fistuleux ,  qui  permet  de  reconnaître  les 
conditions  que  présente  le  séquestre ,'  les  di¬ 
mensions  du  foyer,  les  rapports  qui  existent 
entre  ce  foyer  et  la  nécrose ,  et  enfin  ,  jusqu’à 
un  certain  point,  l’état  de  l’ossification  secon¬ 
daire.  Il  est  prudent,  toutefois,  pour  ne  pas 
amener  une  recrudescence ,  de  différer  cette 


217 


REVUE  CRITIQUE. 


exploration  jusqu’à  ce  que  la  douleur  et  l’in¬ 
flammation  soient  entièrement  dissipées. 

C’est  en  général  au  bout  de  deux ,  trois  ou 
quatre  mois  après  l’apparition  des  trajets  fis- 
tuleux  ,  que  cette  exploration  peut  se  faire 
sans  crainte;  alors,  pour  en  tirer  tout  le 
parti  désirable ,  on  dilate  un  ou  deux  de  ces 
trajets  avec  de  la  racine  de  gentiane ,  puis 
avec  de  l’éponge  préparée ,  jusqu’à  ce  que 
l’ouverture  admette  le  bout  du  petit  doigt. 
Cette  dilatation  a  encore-  cet  avantage  qu’elle 
permet  de  voir  l’os  nécrosé ,  et  d’implanter 
dans  son  épaisseur  un  tirefond  qui  sert  à  l’é¬ 
branler  et  quelquefois  même  à  l’extraire. 
Quand  on  a  ainsi  le  bonheur  d’enlever  tout  ce 
qui  est  nécrosé,  le  travail  réparateur  s’établit 
sans  obstacle;  la  cavité  se  ferme,  et  enfin  les 
fistules  arrivent  à  cicatrisation. 

Il  y  a  ici  une  question  intéressante  ;  le  plus 
ordinairement  on  trouve  le  séquestre  ou  les 
fragments  du  séquestre  renfermés  dans  une 
cavité  centrale;  et  on  en  a  conclu  que  chez  les 
enfants  la  nécrose  occupait  le  centre  de  l’os. 
M.  Malespine  professe  au  contraire  que  la  né¬ 
crose  affecte  presque  toujours  l’os  en  totalité, 
et  que  les  parois  de  la  prétendue  cavité  cen¬ 
trale  sont  formées  par  l’os  nouveau ,  dé¬ 
veloppé  tout  autour  du  séquestre.  Chez  l’a¬ 
dulte  ,  il  n’en  est  pas  de  même  ;  et  pour  l’or¬ 
dinaire  ,  la  nécrose  du  calcanéum  est  primiti¬ 
vement  partielle. 

Après  avoir  ainsi  étudié  la  marche  et  l’as¬ 
pect  de  l’affection  à  ses  diverses  périodes ,  il 
reste  à  savoir  quelles  indications  le  praticien 
doit  suivre  de  préférence. 

Dans  la  première  période,  dit  M.  Malespine, 
il  faut  principalement  insister  sur  le  repos  et 
les  émollients,  et  n’employer  les  émissions 
sanguines  locales  qu’avec  une  extrême  réserve. 
C’est  là  la  manière  d’agir  de  M.  Baudelocque; 
et  nous  nous  félicitons  de  voir  un  praticien 
aussi  consommé  préconiser  le  repos  même 
dans  les  affections  serophuleuses  des  os,  que 
d’autres  espèrent  mener  à  bien  par  l’exercice. 
On  peut  sans  doute  user  avec  avantage  de 
l’exercice  en  général,  mais  à  condition  de  n’y 
faire  aucunement  participer  la  partie  malade. 
Nous  dirons  pour  notre  propre  compte  que  le 
repos ,  mais  le  repos  bien  assuré ,  le  repos 
absolu,  est  un  moyen  si  héroïque  qu’il  peut 
dispenser  de  tous  les  topiques. 

Dans  la  deuxième  période ,  lors  de  la  for¬ 
mation  de  l’abcès  sous-périostique ,  la  pre¬ 
mière  idée  qui  vient  à  l’esprit  serait  de  don¬ 
ner  issue  au  pus  par  une  large  incision;  et 
chez  un  individu  bien  constitué ,  pour  un  abcès 
survenu  à  l’occasion  d’une  violence  extérieure, 
une  incision  prompte,  en  empêchant  un  trop 
grand  décollement  du.  périoste,  abrégerait  sans 
aucun  doute  la  durée  de  la  maladie.  Mais  , 
pour  la  nécrose  scrophuleuse,  l’observation  dé¬ 
montre  que  la  temporisation  est  un  des  meil¬ 


leurs  moyens  de  traitement  ;  prescrire  un  ré¬ 
gime  convenable,  mettre  en  usage  les  agents 
thérapeutiques  dont  l’action  sur  l’économie 
est  bien  connue  ,  et  différer  autant  que  possi¬ 
ble  l’ouverture  des  abcès  ;  telle  est  en  général 
la  pratique  la  mieux  sanctionnée  par  l’expé¬ 
rience.  M.  Malespine  a  suivi  quelques  sujets 
scrophulcux,  chez  lesquels  on  avait  ouvert  ces 
abcès  dès  le  début  ;  le  stylet  boutonné  démon¬ 
trait  que  la  dénudation  était  peu  étendue; 
mais  au  lieu  de  se  borner,  elle  gagnait  de 
proche  en  proche  jusqu’à  envahir  enfin. la  to¬ 
talité  de  l’os.  Et  il  ajoute  qu’il  en  est  souvent 
de  même  pour  l’ostéite  scrophuleuse  des  phalan¬ 
ges  ,  des  métatarsiens  et  (les  métacarpiens. 

Dans  la  troisième  période  ,  on  comprend 
qu’il  faut  de  bonne  heure  maintenir  le  pied 
dans  sa  rectitude  normale',  afin  que  l’ossifica¬ 
tion  du  nouvel  os  ne  s’accomplisse  point  dans 
une  direction  vicieuse.  Un  appareil  inamovible 
fenêtre  et  convenablement  appliqué  remplira 
ce  but,  et  aura-  en  outre  ce  double  effet  de 
laisser  au  pus  un  libre  écoulement,  et  de 
permettre  au  malade  de  se  livrer  à  la  marche 
sans  danger.  M.  Malespine  estime  que  la 
déambulation  est  d’une  utilité  incontestable. 
Nous  remarquerons  seulement  qu’elle  le  serait 
bien  davantage,  si  l’on  faisait  marcher  l’en¬ 
fant  sans  appuyer  ni  même  laisser  pendre  le 
pied;  et  par  exemple,  à  l’aide  d’une  jambe  de 
bois,  ou  en  suspendant  la  jambe  dans  une 
écharpe. 

On  attend  ainsi  l’époque  à  laquelle  on  pourra 
sans  danger  dilater  les  conduits  fistuleux,  et 
tenter  l’extraction  du  séquestre.  Nous  avons 
déjà  dit  comment  il  fallait  se  conduire  ;  quel¬ 
ques  mots  de  plus  sont  encore  nécessaires. 
Quand  le  travail  réparateur  est  avancé  ,  l’ori¬ 
fice  interne  des  trajets  fistuleux  ,  cerné  par  la 
matière  osseuse,  résiste  à  la  dilatation;  on 
ne  peut  alors  se  servir,  pour  l’exploration , 
que  du  stylet  boutonné.  Mais  il  faut  prendre 
, garde  de  s’en  laisser  imposer  par  une  sensa¬ 
tion  équivoque  ;  ainsi  une  nécrose  est  an¬ 
cienne  ;  le  séquestre,  détruit  en  partie,  est 
réduit  à  un ,  deux  ou  trois  fragments  mobiles, 
peu  volumineux ,  eu  égard  à  la  cavité  qui  les 
renferme;  en  poussant  le  stylet  un  peu  plus 
loin  pour  explorer  les  parties  ambiantes ,  on 
traverse  d’abord  des  tissus  mous  et  friables, 
comme  des  chairs  fongueuses  ;  et  au  delà,  on 
sent  une  surface  impénétrable,  dure,  rugueuse, 
que  l’on  serait  tenté  de  prendre  pour  une  au¬ 
tre  portion  de  séquestre  non  encore  détachée; 
or,  cette  surface  dure  appartient  à  l’os  nou¬ 
veau  sur  lequel  on  arrive  en  traversant  les 
végétations  qui  naissent  de  sa  face  interne. 
Des  notions  précises  sur  la  date  et  les  progrès 
de  l’affection ,  mettront  sur  la  voie  d’un  plus 
sûr  diagnostic. 

Mais  une  question  grave  se  présente;  lors- 
qu’enfin  le  séquestre  est  mobile,  faut-il  s’at- 


218 


REVUE  CRITIQUE.  . 


tacher  à  l’extraire ,  ou  ne  suffirait-il  pas  de 
s’en  remettre  à  la  nature  du  soin  de  la  gué¬ 
rison?  On  a  vu  en  effet  des  guérisons  obte¬ 
nues  par  le  seul  bienfait  du  temps;  le  sé¬ 
questre  étant  en  partie  résorbé,  en  partie 
entraîné  par  le  pus.  Mais  ces  cas  sont  rares  ; 
d’ailleurs  l’élimination  d’un  séquestre  exige 
un  temps  fort  long,  et  même  des  années;  et 
trop  souvent  on  voit  la  présence  du  séquestre 
entraver  le  travail  réparateur,  et  provoquer 
des  désordres  qui  se  propagent  vers  l’articu¬ 
lation  et  rendent  l’amputation  inévitable. 
M.  Malespine  se  prononce  formellement  alors 
contre  la  temporisation  ;  il  veut  qu’on  tente 
l’extraction,  soit  à  travers  les  fistules  dilatées, 
soit  par  une  incision  en  T  pratiquée  sur  la 
face  externe  du  calcanéum.  11  y  a  même  une 
circonstance  où  il  veut  qu’on  procède  à  la  sé¬ 
paration  du  séquestre  non  isolé  ,  avec  le  fer, 
le  feu  ou  les  caustiques  ;  c’est  quand  l’affec¬ 
tion,  existant  depuis  plusieurs  années,  semble 


arrêtée  dans  ses  progrès,  et  quand  le  séques¬ 
tre  ne  paraît  pas  tendre  de  lui-même  à  s’iso¬ 
ler.  C’est  là  cependant,  il  ne  faut  pas  se  le 
dissimuler,  une  question  d’une  haute  gravité  : 
sur  cinq  enfants  chez  qui  l’on  pratiqua  l’extrac¬ 
tion  du  séquestre,  deux  succombèrent,  à  la  vé¬ 
rité,  l’un  quatre  mois,  l’autre  six  mois  après 
l’opération.  Ajoutez  que  les  plaies  s’étaient 
compliquées  de  pourriture  d’hôpital,  et  que 
cette  fatale  complication  a  sévi  uniquement 
chez  les  opérés  du  sexe  masculin  qui  sont  pla¬ 
cés  à  l’hôpital  des  Enfants  (nous  ne  parlons 
que  des  salles  de  scrophuleux),  dans  les  con¬ 
ditions  hygiéniques  les  plus  détestables.  Les 
filles  sont  beaucoup  mieux  partagées  à  cet 
égard  ;  aussi  deux  petites  filles  opérées  ont 
parfaitement  guéri;  et  la  même  différence 
dans  les  résultats  se  montre  aussi  bien  pour 
les  autres  affections  scrophuleuses,  même  non 
soumises  à  des  opérations. 

(Revue  médicale.) 


Obstétrique* 


EXSUDATION  PSEUDO  -  MEMBRANEUSE  dans  les 
voies  aériennes  d’un  fœtus,  par  le  profes¬ 
seur  HAYN. 

Il  y  aurait  un  long  traité  à  faire  des  mala¬ 
dies  qui  peuvent  se  développer  chez  le  fœtus 
dans  le  sein  de  sa  mère ,  maladies  éruptives, 
phlegmasies,  hémorragies,  hydropisies,  affec¬ 
tions  chroniques ,  dégénérescences  diverses, 
corps  étrangers,  etc.  Il  n’est  presque  pas 
d’état  pathologique  dont  l’enfant,  à  sa  nais¬ 
sance,  n’ait  offert  l’exemple.  Mais  parmi  ces 
affections  si  variées,  les  unes  sont  assez 
communes,  la  péritonite  par  exemple  (voyez 
le  mémoire  du  prof.  Simpson  d’Edimbourg 
sur  ce  sujet)  ;  d’autres  au  contraire  sont  fort 
rares,  et  de  ce  nombre  est  le  cas  que  nous 
allons  rapporter. 

Un  enfant  qui  venait  de  naître  après  un 
travail  naturel  et  facile,  paraissait  en  bon  état. 
Mais,  au  bout  de  quelques  minutes,  sa  respi¬ 
ration  devint  gênée  et  de  plus  en  plus  faible, 
et  bientôt  il  succomba.  L’autopsie  montra  que 
non-seulement  les  gros  tuyaux,  mais  encore 


les  plus  petites  divisions  bronchiques  étaient, 
tant  à  droite  qu’à  gauche,  tapissées  de  pseudo- 
membranes.  Ces  fausses  membranes  étaient 
canaliculées  dans  les  grosses  bronches,  tout 
à  fait  pleines  dans  les  petites.  Il  n’y  avait 
qu’un  petit  nombre  de  canaux  qui  n’en  con¬ 
tinssent  pas.  Au  microscope,  elles  avaient 
toutes  les  apparences  de  l’exsudation  crou- 
pale. 

Il  est  à  regretter  que  l’auteur  n’ait  fait 
connaître  aucune  des  circonstances  particu¬ 
lières  dans  lesquelles  la  mère  de  cet  en¬ 
fant  a  pu  se  trouver.  Le  croup  a-t-il  sévi 
autour  d’elle  ?  En  a-t-elle  éprouvé  elle- 
même  quelque  symptôme?  etc.  La  patho¬ 
logie  du  fœtus  présente  une  foule  de  points 
obscurs.  L’étiologie  des  maladies  qui  peuvent 
se.  développer  pendant  la  vie  intra-utérine 
est  un  des  points  les  plus  importants  de  leur 
histoire,  et  nul  n’appelle  à  un  plus  haut  degré 
les  investigations  patientes  et  consciencieuses 
des  observateurs. 

( Gaspar’s  Wochenschrift,  n°  51,  1842.) 


I*ltarfiîisa®©l©gie 

Note  sur  la  composition,  la  préparation  et 
le  mode  d  administration  de  l’iodhydrar- 
gyrate  d’iodure  de  potassium. 

Ainsi  que  l’indique  sa  dénomination ,  ce 
composé  résulte  de  la  combinaison  du  bi- 
iodure  de  mercure  avec  l’iodure  de  potassium  ; 
le  premier  joue  le  rôle  d’acide,  le  second  joue 
le  rôle  de  base.  La  composition  chimique  de 
ce  sel  varie  selon  les  proportions  d’iodure  de 
mercure  et  d’iodure  de  potassium  mis  en  pré¬ 
sence  ,  et  selon  la  température  à  laquelle  la 
dissolution  du  mélange  a  été  soumise  pour 


elaiK*«ss*gi®aIe* 

en  opérer  l’évaporation.  On  l’obtient,  soit  en 
petits  cristaux  prismatiques,  d’une  couleur 
jaune,  soit  sous  la  forme  d’une  masse  jaune 
incristallisable  et  déliquescente.  Le  premier 
serait,  selon  P.  Boulay,  un  deuto-iodhydrar- 
gyrate  d’iodure  de  potassium,  se  décomposant, 
sous  l’influence  de  l’eau,  en  deuto-iodure  de 
mercure  qui  se  précipite,  et  en  un  composé 
restant  en  dissolution  qui,  selon  le  chimiste 
cité,  serait  le  proto- iodhydrargyrate.  Quoi 
qu’il  en  soit  du  nombre  de  combinaisons  qui 
peuvent  résulter  de  l’iodure  rouge  de  mercure 


BULLETIN  CLINIQUE. 


et  de  l’iodure  de  potassium  combinés  ensem¬ 
ble,  ainsi  que  de  la  composition  chimique  de 
chacune  d’elles,  voici  comment  on  peut  le 
préparer  pour  l’usage  médical  : 

On  fait  un  mélange  à  parties  égales  de  bi- 
iodure  de  mercure  et  d’iodure  de  potassium, 
et  on  ajoute  une  quantité  suffisante  d’eau  dis¬ 
tillée  pour  en  opérer  la  dissolution.  Evaporée 
avec  ménagement,  cette  dissolution  donne  des 
cristaux  aiguillés  de  couleur  jaune  (  ce  sont 
ceux  dont  j’ai  déjà  parlé);  si  on  l’évapore  à 
sîccité,  on  obtient  un  résidu  sous  forme  d’une 
poudre  jaune-verdâtre,  attirant  l’humidité  de 
l’air.  Cette  dernière  préparation  est  ordinaire¬ 
ment  administrée  sous  forme  liquide  ;  on 
l’emploié  aussi  en  pilules  ou  en  pommade. 
Voici  quelques  formules  applicables  dans. la. 
pratique  : 

Solution. 

Iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 
sium .  8  déc. 

Eau  distillée .  150  gr. 

La  dose  de  cette  dissolution  est  de  8  à  60 
grammes,  prise  graduellement  dans  les  vingt- 
quatre  heures. 

Pilules. 

Iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 


sium . . 8  déc. 

Lactine  (sucre  de  lait) . 1  gr.  5  déc. 


Pour  32  pilules. — Doses  de  1  à  8  par  jour, 
prises  graduellement. 

Pommade. 

Iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 
sium . . . 20  gr. 


210 

Axonge .  500  gr. 

Nota.  Il  est  des  circonstances  où  l’on  aug¬ 
mente  la  proportion  de  l’iodhydrargyrate. 

Cette  pommade ,  qui.  d’abord  est  parfaite¬ 
ment  blanche ,  au  moins  dans  le  cas  où  l’on 
emploie  le  sel  en  dissolution,  acquiert  tou¬ 
jours,  au  bout  de  quelque  temps,  une  couleur 
jaune-brunâtre. 

Gargarisme. 

Iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 
sium .  i  gr. 

Eau  distillée .  1000  gr. 

Nota.  Cette  dissolution  sert  aussi  quelque¬ 
fois  pour. injections  dans  les  fosses  nasales. 

A  tout  ce  qui  précède,  j’ajouterai  que,  dans 
le  cas  où  l’iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 
sium  peut  être  administré  sous  forme  liquide, 
ce  composé  peut  être  remplacé  par  un  mélange 
â  parties  égales  de  bi-iodure  de  mercure  et 
d’iodure  de  potassium.  Dans  ce  dernier  cas, 
sa  composition  peut  bien  ne  pas  être  la  même, 
chimiquement  parlant  ;  mais  elle  paraît  indif¬ 
férente  pour  la  pratique  médicale. 

.  C’est  dans  les  accidents  tertiaires  de  la  sy¬ 
philis  que  l’iodhydrargyrate  d’iodure  de  potas¬ 
sium  trouve  ses  plus  importantes  applications. 
M.  Limousin-Lamothe,  qui  en  a  observé  les 
effets  dans  le  service  même  de  M.  Puche, 
à  l’hôpital  des  Vénériens  de  Paris ,  nous  a 
assuré  avoir  été  maintes  fois  témoin  de  la 
rapide  efficacité  de  ce  médicament  dans  les 
ulcérations  de  l’arrière-bouche  et  des  fosses 
nasales. 

(, Journal  de  méd.  et  de  chir.  de  Toulouse.) 


BULLETIN  CLINIQUE. 


NOUVEL  EXEMPLE  DE  LUXATION  SCAPULO- 

humérale  en  bas;  par  M.  Bourguet,  chi¬ 
rurgien  chef-interne  de  l’hôpital  d’Aix. 

A  monsieur  le  Rédacteur  du  journal  de  chi¬ 
rurgie. 

Monsieur, 

Ainsi  que  vous  l’avez  fait  observer  vous- 
même  dans  l’excellent  journal  à  la  tête  duquel 
vous  vous  trouvez ,  p.  83  et  suiv.,  les  exemples 
de  luxations  scapulo-humêrales  directement 
en  bas  ou  dans  le  creux  de  l’aisselle  sont 
encore  si  peu  nombreux,  que  tous  ,  si  ce  n’est 
le  dernier  en  date,  celui  de  M.  Robert,  lais¬ 
sent  du  doute  dans  un  esprit  qui,  avant. d’ad¬ 
mettre  un  fait  dans  la  science,  exige  qu’il  soit 
entouré  de  preuves  incontestables.  A  ce  titre 
l’observation  suivante  me  paraît  mériter  quel¬ 
que  intérêt,  ce  qui  m’engage  à  la  porter  à 
votre  connaissance. 

La  nommée  Tramier,  Victoire,  âgée  do 


69  à  70  ans,  offrant  les  restes  d’une  assez 
forte  constitution,  ramassait  du  fourrage  sur 
les  bords  d’un  ravin  assez  profond,  le  3  juin 
dernier,  lorsqu’elle  fit  un  faux  pas  et  tomba 
dans  le  ravin,  la  tête  la  première,  le  bras  gau¬ 
che  écarté  du  tronc.  Immédiatement  après, 
douleur  considérable,  et  impossibilité  de  se 
servir  et  même  de  mouvoir  le  membre. 
L’heure  étant  déjà  avancée,  et  se  trouvant 
d’ailleurs  à  une  assez  grande  distance  de  la 
ville,  elle  passa  la  nuit  sans  recevoir  aucun 
secours.  Le  lendemain  d’assez  bonne  heure 
elle  se  rendit  à  l’hôpital  d’Aix,  où  nous  obser¬ 
vâmes  les  symptômes  suivants  : 

Le  talon  de  la  paume  de  la  main  est  sali 
par  la  terre  et  présente  une  écorchure  su¬ 
perficielle. 

Le  coude  est  éloigné  de  22  à  23  centimè¬ 
tres  des  parois  de  la  poitrine,  et  ne  peut  en 
être  rapproché  sans  douleur,  et,  dans  ce  cas 
meme,  ne  peut  pas  l’être  complètement. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


220 

L’acromion  est  très  saillant;  le  muscle  del¬ 
toïde  est  tendu  et  forme  sous  la  peau  un  re¬ 
lief  considérable  dont  la  partie  inférieure  se 
termine  très  obliquement  sur  l’empreinte  del- 
toïdienne',  tandis  que  la  supérieure,  au  lieu 
de  coiffer  le  reste  de  l’humérus  comme  à  l’or¬ 
dinaire,  laisse  entre  sa  face  inférieure  et  l’os 
un  intervalle  d’au  moins  trois  centimètres, 
dans  lequel  le  doigt  peut  s’engager  en  refou¬ 
lant  la  peau.- 

En  dessous  de  l’acromion,  vide  très  marqué 
correspondant  à  la  cavité  glénoïde. 

L’humérus  ne  présente  aucune  torsion  sur 
son  axe;  mais  il  est  tellement  dévié  de  sa 
direction  naturelle,  qu’il  Semble  comme  brisé 
à  la  partie  supérieure  au  point  où  se  termine 
la  corde  tendue  que  présente  le  deltoïde,  et 
qu’à  partir  de  ce  point  l’axe  qu’on  peut  sup¬ 
poser  passer  par  le  centre  de  l’os,  au  lieu 
d’aller  aboutir  à  la  cavité  glénoïde,  se  rend 
à  la  partie  inférieure  du  creux  de  l’aisselle*. 

La  fête  humérale  ne  se  sent  ni  en  avant  sous 
l’apophyse  coracoïde  ou  le.  grand  pectoral, 
ni  en  arrière  dans  la  fosse  sous-épineuse, 
et  tous  les  rapports  s'y  trouvent  à  l’état 
normal. 

Dans  le  creux  de  l’aisselle,  entre  le  bord 
inférieur  du  grand  pectoral  et  du  grand  dor¬ 
sal  ,  mais  un  peu  plus  près  du  premier  et  au 
niveau  de  son  bord  inférieur,  on  sent,  on  touche 
et  on  peut  circonscrire  de  la  manière  la  plus 
facile  et  la  plus  distincte  la  tète  de  l’humé¬ 
rus.  Elle  paraît  reposer  entre  la  partie  supé¬ 
rieure  du  bord  axillaire  de  l’omoplate  en  ar¬ 
rière,  le  bord  inférieur  du  grand  pectoral  en 
avant,  et  le  troisième  espace  intercostal  en 
dedans.  Je  l’examine  avec  soin  et  à  plusieurs 
reprises ,  et  le  fais  constater  par  plusieurs 
élèves  qui  m’entourent.  La  tête  est  évidem¬ 
ment  sous  la  peau  dans  le  creux  de  Vais¬ 
selle. 

Je  mesure  le  membre,  et  à  ma  grande  sur¬ 
prise,  il  est  de  deux  centimètres  au  moins 
plus  court  que  l’autre.  Mes  mesures  sont 
prises  alternativement  de  l’extrémité  des 
doigts,  de  l’épicondyle ,  de  l’olécrâne  et  de 
l’épitrochlée  jusqu’au  sommet  de  l’acromion, 
et  je  trouve  toujours  un  raccourcissement  de 
2,  et  dans  quelques  positions  même  de  5  cen¬ 
timètres. 

Tout  cela  ayant  été  reconnu,  je  procède  à 
la  réduction  ;  on  commence  d’abord  par  faire 
des  tractions  verticales ,  selon  le  procédé 
que  vous  avez  tant  contribué,  monsieur  ,  à 
faire  connaître,  et  j’ajouterai  aussi,  à  faire 
accepter.  Mais  au  bout  de  quelque  temps 
je  me  vois  obligé  d’y  renoncer,  la  tête 
restant  toujours  à  la  même  place.  J’essaie 
de  l’extension  horizontale  en  la  rendant  plus 
énergique  que  la  verticale  ;  même  insuccès. 
Alors,  mon  pied  gauche  placé  sur  les  bords 
d’une  chaise  basse  sur  laquelle  la  malade  est 


assise,  mon  genou  répondant  au  creux  de 
l’aisselle,  je  fais  renouveler  l’extension  ver¬ 
ticale.— Lorsque  la  tête  me  paraît  remontée, 
j’applique  le  genou  de  manière  à  lui  faire 
remplir  l’office  du  point  d’appui  dans  le  levier 
du  premier  genre  ;  et  ma  main  droite  appli¬ 
quée  sur  la  partie  inférieure  du  bras,  la 
gauche  en  dessus  du  genou,  je  fais  décrire 
au  membre  un  arc  de  cercle  dont  le  centre  se 
trouve  à  l’épaule  et  dont  le  bras  mesure  le 
rayon.  Alors,  et  pendant  que  l’extension  con¬ 
tinue  toujours,  ma  main  droite  presse  sur  le 
bras  et  l’abaisse  avec  force,  tandis  que  la 
gauche  en  élève  en  haut  la  partie  supérieure. 
Au  même  instant  la  tête  rentre  sans  bruit  et 
presque  sans  douleur. 

La  malade  .désirant  retourner  chez  elle,  je 
rapproche  le  bras  de  la  poitrine,  et  lui  re¬ 
commande  de  faire  des  fomentations  réso¬ 
lutives. 

Elle  revient  me  voir  au  bout  de  quelques 
jours.  Tout  s’est  bien  passé;  il  n’est  presque 
pas  survenu  de  gonflement.  Je  l’engage  à 
commencer  à  faire  de  légers  mouvements  afin 
d’éviter  une  roideur  consécutive ,  à  craindre 
surtout  à  cause  de  l’âge  avancé  du  sujet.  Le 
membre,  mesuré  de  nouveau,  présente  une 
égale  longueur  des  deux  côtés. 

Parmi  les  réflexions  que  ce  fait  m’a  inspi¬ 
rées,  je  prendrai  la  liberté  de  vous  soumettre 
les  suivantes  : 

1°  C’était  bien  une  luxation  en  bas  que  pré¬ 
sentait  notre  malade.  En  effet,  la  position  de 
la  tête  humérale  au  bas  du  creux  de  Vaisselle, 
isolée  des  muscles  et  presque  immédiatement 
sous  la  peau ,  ainsi  que  dans  l’observation  de 
M.  Robert,  ne  permet  pas  d’en  douter.  J’étais 
d’autant  moins  prévenu  en  faveur  de  cette 
dernière  espèce  de  luxation  que  je  doutais 
de  sa  possibilité,  ayant  été,  comme  tant  d’au¬ 
tres,  ébranlé  par  les  raisonnements  accumulés 
par  certains  chirurgiens  pour  la  faire  considé¬ 
rer  comme  impossible,  et,  d’un  autre  côté,  ne 
l’ayant  jamais  rencontrée  dansfune  douzaine 
de  cas  de  luxation  de  l’épaule  que  j’ai  pu 
observer  par  moi-même ,  les  trois  derniers 
depuis  la  publication  de  M.  Robert,  et  un 
l’avant-vcille  seulement  (1). 

Voilà  donc  deux  faits  que  la  science  pos¬ 
sède  ;  si  peu  qu’il  s’en  reproduise  de  nouveaux  , 
on  se  trouvera  forcé  de  revenir  aux  idées  de 
J.-L.  Petit,  qui,  comme  on  sait,  admettait  la 
luxation  en  bas ,  mais  la  considérait  seulement 
comme  très  rare. 

2°  La  circonstance  sur  laquelle  j’appellerai 
l’attention ,  c’est  le  raccourcissement  du  mem¬ 
bre.  Pour  cela  j’ajouterai  encore  qu’il  ne 
peut  exister  aucun  doute,  les  mesures  ayant 

(1)  Ces  trois  cas  m’ont  paru  appartenir  à 
cette  variété  que  vous  avez  nommée  sous-co - 
racoïdienne  complète,  et  M.  Velpeau  sous-sca¬ 
pulaire. 


BULLETIN 

été  prises  avec  le  plus  grand  soin  et  à  plusieurs 
reprises  différentes. 

Ce  fait,  qu’on  ne  croyait  pas  possible  il  y  a  à. 
peine  quelques  années,  est  généralement  re¬ 
connu  aujourd’hui  comme  se  présentant  quel¬ 
quefois.  Mais  on  est  assez  embarrassé  pour  en 
donner  une  explication  satisfaisante.  Pour 
mon  compte,  je  l’ai  été  considérablement  sur 
le  moment  môme.  Pourtant,  après  y  avoir 
réfléchi,  en' considérant,  surtout,  ce  que  je 
voyais  sous  mes  yeux  et  de  mes  propres  yeux , 
j’ai  cherché  à  m’en  rendre  compte ,  et  voici 
de  quelle  manière  :  le  coude,  comme  nous 
l’avons  dit,  était  très  écarté  du  tronc.  Dans 
cette  position,  la  direction  du  membre  pré¬ 
sente  une  ligne  brisée  qu’on  peut  diviser  en 
deux  parties;  la  première  représentée  par 
l’axe  de  l’humérus  et  s’étendant  jusqu’au 
creux  de  l’aisselle  ;  la  seconde  depuis  le  creux 
de  l’aisselle  jusqu’au  sommet  de  l’acromion. 
Or,  cette  [ligne  brisée  qui  représente,  à  peu 
de  chose  près,  la  longueur  du  membre,  doit 
être  nécessairement  beaucoup  plus  longue 
qu’une  ligne  droite  qui  mesure  comme  elle 
l’intervalle  compris  entre  le  sommet  de  l’acro- 
mion  et  l’épicondyle  ou  l’extrémité  des  doigts. 
Une  expérience  sur  le  cadavre  est  encore  ve¬ 
nue  à  mon  aide.  Ainsi,  placez  sur  un  cadavre 
ou  même  sur  le  squelette  la  tête  de  l’humé¬ 
rus  en  dessous  de  la  cavité  glénoïde,  et  rap¬ 
prochez  le  bras  du  tronc  :  vous  aurez  un  allon¬ 
gement  de  toute  l’étendue  du  diamètre  de  la 
cavité  glénoïde;  écartez-le,  au  contraire,  des 
parois  de  la  poitrine,  et  vous  aurez  un  rac¬ 
courcissement  d’autant  plus  considérable  que 
l’écartement  le  sera  davantage,  et  beaucoup 
plus  marqué  que  si  vous  laissiez  la  tête  de 
l’humérus  en  place. 

Enfin,  dans  ce  cas-ci,  l’extrémité  supé¬ 
rieure  de  l’humérus,  se  trouvant  en  dessous 
de  la  cavité  glénoïde,  est  plus  rapprochée  de 
l’axe  général  du  corps  que  quand  elle  occupe 
cette  cavité,  ce  qui  doit  diminuer  la  longueur 
du  membre  d’autant,  lorsqu’on  le  compare 
avec  celui  du  côté  opposé. 

La  réunion  de  ces  deux  circonstances  chez 
le  même  sujet ,  c’est-à-dire  l’écartement  du 
coude  d’un  côté,  et,  de  l’autre,  cette  espèce 
de  bascule  de  l’humérus  en  vertu  de  laquelle 
son  extrémité  supérieure  est  plus  rapprochée 
de  l’axe  du  corps,  et  l’inférieure,  au  contraire, 
de  l’acromion ,  'nous  paraissent  donner  une 
explication  assez  plausible  du  raccourcisse¬ 
ment  dans  le  cas  actuel.  Et,  en  la  rapportant 
à  la  question  du  raccourcissement  ou  de  l’al¬ 
longement  dans  les  luxations  scapulo.-humé- 
rales  en  général,  elle  nous  semble  suscepti¬ 
ble  de  jeter  du  jour  sur  cette  partie,  encore 
obscure,  de  la  symptomatologie  de  ces  affec¬ 
tions,  et  pouvoir  faire  cesser  la  divergence  qui 
existe  actuellement  entre  des  chirurgiens  éga¬ 
lement  recommandables. 


CLINIQUE.  -  22 1 

Quant  au  mode  de  réduction  que  nous  avons 
mis  en  usage,  nous  dirons  que  nous  l’avons 
employé  un  assez  grand  nombre  de  fois  dans 
des  cas  où,  comme  dans  celui  qui  a  fait  le 
sujet  de  cette  observation,  nous  n’avions  pas 
pu  réussir  par  les  moyens  ordinaires,  et  qu’il 
nous  a  rendu  dans  ces  circonstances  le  ser¬ 
vice  que  nous  avions  inutilement  demandé 
aux  autres. 

,  Bourguet. 

Aix,  le  8  juin  1843. 


Note  du  Rédacteur.  —  Nous  aurons  peu  de 
remarques  à  faire  sur  l’observation  de  notre 
honorable  correspondant.  Les  signes  qu’il  a 
énumérés  avec  tant  de  soin  ne  laissent  guère 
de  doute  sur  la  justesse  de  son  diagnostic; 
toutefois  il  est  difficile  de  ne  pas  être  frappé 
des  différences  qui  séparent  ce  fait  de  celui 
de  M.  Robert,  et  par  exemple  de  ce  raccour¬ 
cissement  du  bras  tandis  que  dans 'le  premier 
cas  il  y  avait  un  allongement  énorme.  Cela 
tiendrait-il  à  la  manière  dont  la  mensuration 
a  été  pratiquée?  La  différence  est  trop  con¬ 
sidérable  pour  s’arrêter  à  cette  objection  ; 
nous  eussions  désiré  pourtant  que  les  mesures 
eussent  été  prises  de  l’angle  postérieur  de 
l’acromion,  ce  point  de  repère  étant  plus  sûr 
que  tous  les  autres.  M.  Bourguet  a  égale¬ 
ment  omis  de  mesurer  la  paroi  antérieure  de 
l’aisselle,  .et  l’intervalle  compris  entre  le  bec 
coracoïdien  et  la  tête  humérale;  ce  qui  n’em¬ 
pêche  pas  son  observation  de  compter  parmi 
les  mieux  faites  et  les  plus  complètes  que 
possède  la  science. 

Ses  remarques  sur  la  cause  du  raccourcis¬ 
sement  apparent  sont  fort  justes;  nous  avons 
d’ailleurs  trouvé  un  moyen  direct  de  la  vé 
rifier  sur  le  vivant  ;  en  examinant  le  blessé 
par  derrière,  on  voit  l’acromion  fortement 
incliné  en  bas  sur  le  bras  luxé,  et,  par  une" 
conséquence  inévitable,  l’angle  inférieur  de 
l’omoplate  rapproché  du  rachis.  Si  l’inclinai¬ 
son  dépasse  une  certaine  limite,  la  mensura¬ 
tion  fait  voir  le  bras  raccourci  tandis  qu’à 
l’œil  il  paraît  alongé;  c’est  un  effet  tout  pa¬ 
reil  à  celui  que  produit  l’abaissement  latéral 
du  bassin  sur  la  longueur  apparente  du  mem¬ 
bre  inférieur.  * 

11  resterait  à  parler  du  procédé  mis  en 
usage.  Nous  en  faisons  un  fréquent  usage 
dans  certaines  luxations  récentes  dans  les¬ 
quelles  la  tête  luxée  a  passé  en  dedans  de 
l’apophyse  coracoïde ,  et  nous  l’adoptons  éga¬ 
lement  pour  presque  toutes  les  luxations  in¬ 
vétérées.  Nous  aurons  occasion  de  revenir  sur 
ces  questions  importantes  de  thérapeutique 
chirurgicale;  seulement  nous  ne  voulons  pas 
oublier  de  dire  que  ce  procédé  appartient  à 
A.  Coopcr. 


222 


BIBLIOGRAPHIE. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Esquisse  historique  du  service  de  santé 
militaire  en  général  ,  et  spécialement  du 
service  chirurgical  depuis  V établissement 
des  hôpitaux  militaires  en  France;  par 
P.  Gama,  ex-chirurgien  en  chef,  premier 
professeur  a  V hôpital  d’instruction  du  Val- 
de-Grâce, etc. — Paris,  Germer  Baillière,  1 
vol.  grand  in-8°;  prix,  8  francs. 

Il  y  a  clans  ce  livre  un  triple  intérêt. 
D’abord  l’intérêt  historique  ;  car  nulle  autre 
part  on  ne  trouvera  l’histoire  aussi  sûre,  aussi 
large ,  aussi  complète  de  la  chirurgie  mili¬ 
taire,  depuis  l’établissement  des  hôpitaux  jus¬ 
qu’à  nos  jours  ;  puis  un  intérêt  biographique 
et  anecdotique:  car,  en  retraçant  l’histoire  de 
la  chirurgie  militaire  de  France  durant  les 
guerres  de  l’empire,  l’auteur  raconte  surtout 
ce  qu’il  a  vu  ;  et  il  a  beaucoup  et  bien  vu , 
grâce  à  sa  position  et  à  son  caractère;  enfin 
lorsqu’il  arrive  à  tracer  le  tableau  de  l’état  de 
la  chirurgie  militaire  contemporaine  qu’il  avait 
tant  contribué  à  instituer ,  et  dont  il  s’est 
trouvé  violemment  séparé,  contre  son  vœu  et 
celui  de  ses  nombreux  élèves ,  il  recherche 
quelles  sont  les  causes  secrètes  qui  minent 
sourdement  cette  grande  et  belle  institution  ; 
il  les  traduit  au  grand  jour,  il  les  attaque  sans 
ménagement,  et  leur  livre  avec  sa  .plume  un 
dernier  combat couronnement  de  tant  d’au¬ 
tres  que  dans  sa  longue  et  honorable  carrière 
il  a  eu  presque  incessamment  à, soutenir. 

Avant  Henri  IV,  il  y  avait  bien  eu  des 
chirurgiens  attachés  aux  armées;  et  dans 
les  villes  de  guerre  assiégées ,  le  duc  de 
Guise  avait  donné  l’exemple  de  préparer 
des  hôpitaux  pour  les  blessés;  mais  rien  de 
semblable  n’avait  été  essayé  pour  les  armées 
en  campagne ,  et  Sully  organisa  le  premier 
hôpital  de  ce  genre  au  siège  d’Amiens  en 
1597.  Le  même  Sully  avait  également  fait  ou¬ 
vrir,  en  1660,  sous  le  nom  de  Maison  royale 
de  la  charité  chrétienne,  un  lieu  de  retraite 
pour  les  militaires  blessés  ou  infirmes.  A  ces 
faits  bien  connus,  M.  Gama  en  a  ajouté  un 
autre  qui  l’est  beaucoup  moins  :  dès  1578, 
Henri  III  avait  décidé  que  les  militaires  in¬ 
firmes  ou  caducs  seraient  reçus  comme  reli¬ 
gieux  lais  dans  toutes  les  abbayes  du  royaume, 
et  il  reste  une  ordonnance  de  1585  confirma¬ 
tive  de  la  première  ,  et  déjà  devenue  néces¬ 
saire  pour  réprimer  les  abus,  certains  capi¬ 
taines  se  faisant  pourvoir  de  ces  places  dans 
Plusieurs  abbayes  à  la  fois,  et  en  faisant  trafic 
et  marchandise. 

Du  reste,  la  maison  royale  de  Sully  ne  put 
se  maintenir;  et,  dès  1611,  on  fut  obligé  de 
revenir  aux  ordonnances  de  Henri  III.  Puis 
les  couvents  se  montrant  probablement  ré¬ 
belles  à  recevoir  ces  confrères  assez  peu  ca¬ 


noniques,  une  ordonnance  de  1629  décida  que 
lesdits  couvents  seraient  tenus  de  payer  aux- 
dits  estropiés  et  infirmes  une  pension  de  100 
livres  par  an,  à  recevoir  au  choix  en  argent 
ou  en  espèces.  Enfin,  en  1674,  par  les  ordres 
et  la  munificence  de  Louis  XIV,  fut  élevé 
rilôtel-des-lnvalides ,  où  les  vieux  soldats 
trouvèrent  enfin  une  retraite  digne  d’eux  et 
de  leur  roi. 

Voilà  pour  ce  qui  regarde  les  maisons  de 
retraite,  ou  en  d’autres  termes  les  hospices 
militaires  ;  l’idée  des  hôpitaux ,  qui  revient 
également  à  Sully,  n’eut  pas  d’abord  une  meil¬ 
leure  fortune.  On  n’y  revint  qu’en  1629;  en 
cette  année  une  ordonnance  de  Louis  XIII 
instituait  un  hôpital  pour  l’armée  d’Italie,  et 
en  donnait  la  surintendance  à  l’archevêque 
de  Bordeaux.  Nous  avons  encore  la  note  des 
appointements  donnés  aux  officiers  de  santé 
de  cet  hôpital  ;  il  y  avait  trois  médecins  à 
150  livres  par  mois  ;  un  premier  chirurgien  à 
120  livres ,  et  quatre  autres  à  100  livres  ;  et 
enfin  deux  apothicaires  à  100  livres.  Un  autre 
état  nous  montre  des  aides  payés  à  50  livres, 
et  des  sous-aides  en  chirurgie  et  en  pharma¬ 
cie  à  50  livres.  Voilà  l’origine  de  ces  derniers 
titres;  quant  aux  grades  supérieurs,  il  y  a 
seulement  des  médecins ,  des  chirurgiens  et 
un  premier  chirurgien.  Berthereau  était  ce 
premier  chirurgien;  et  Fournier-Pescay  ayant 
fait  de  Berthereau  le  premier  chirurgien-ma¬ 
jor  des  camps  et  armées  du  roi,  M.  Gama, 
bien  que  n’ayant  pu  trouver  aucune  preuve  de 
cette  assertion ,  semble  pourtant  disposé  à 
l’admettre.  Fournier-Pescay  a  fait  bien  d’au¬ 
tres  chirurgiens-majors  qui  ne  s'en  doutaient 
guère,  et  par  exemple  ce  digne  Thierry  de 
Héry,  en  son  vivant  lieutenant  du  premier 
barbier  du  roi.  Mais  pour  Berthereau ,  nous 
indiquerons  à  M.  Gama  la  source  de  l’erreur; 
elle  est  dans  Y  Index  funereus  de  Devaux,  ou 
Berthereau  se  trouve  qualifié  en  latin  chirur- 
gus  major,  ce  qui  pour  le  français  ne  prouve 
pas  grand’chose.  Car  ce  même  Index,  dont 
l’exactitude  est  fort  problématique,  fait  mou¬ 
rir  en  1650,  quarante-cinq  ans  avant  Berthe¬ 
reau.  un  certain  Étienne  Binet  qu’il  qualifie 
également  de  chirurgus  major,  et  qui  aurait 
donc  devancé  Berthereau.  En  réalité,  le  titre 
de  chirurgien-major ,  bien  qu’on  puisse  lui 
supposer  une  origine  un  peu  plus  ancienne, 
ne  se  trouve  pour  la  première  fois  que  dans  un 
règlement  de  1695. 

Du  reste,  ce  n’est  guère  qu’à  partir  du  18e  siè¬ 
cle  qu’enfin  on  peut  suivre  dans  un  ordre  régu¬ 
lier  et  sans  lacunes  l’histoire  et  la  législation 
de  la  chirurgie  militaire.  M.  Gama  en  a  ras¬ 
semblé  avec  une  scrupuleuse  exactitude  tous 
les  documents;  il  les  publie  en  entier,  il  les 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


explique,  il  les  commente,  et  ne  laisse  au 
lecteur  rien  à  désirer. 

Arrive  la  grande  époque  de  la  république  ; 
quatorze  armées  exigent  des  efforts  inouïs  de 
la  part  des  chirurgiens  ;  mais  si  grandes  que 
soient  les  circonstances,  elles  trouveront  des 
hommes  à  leur  taille"  et  Percy  et  Larrey 
multipliant  les  secours  à  mesure  que  se  mul¬ 
tiplient  les  besoins,  vont  créer,  si  on  le  leur 
permet,  cette  admirable  institution  des  ambu¬ 
lances  volantes.  Je  dis,  si  on  le  leur  permet; 
en  effet,  Larrey  lui-même,  malgré  son  éner¬ 
gie,  ne  put  venir  à  bout  de  tous  les  obstacles 
qu’on  lui  suscita  ;  et  s’il  en  fût  ainsi  de  Lar¬ 
rey,  que  devait-ce  être  des  autres  ?  Et  qui 
donc  s’opposait  ainsi  à. ses  généreux  efforts? 

Le  service  de  santé  militaire,  comme  celui 
des  hôpitaux  civils ,  se  compose  de  deux  or¬ 
dres  d’agents  ayant  des  fonctions  tout  à  fait 
différentes.  Les  médecins  et  les  chirurgiens 
reçoivent  les  malades,  opèrent,  prescrivent, 
dirigent  le  traitement;  à  côté  d’eux  les  ad¬ 
ministrateurs  pourvoient  aux  besoins  géné¬ 
raux  ,  logement,  couchage,  vivres,  transports. 
Ce  sont,  comme  on  voit,  deux  choses  fort  dis¬ 
tinctes  ,  concourant  .toutefois  au  même  but  ; 
pour  les  blessés,  par  exemple ,  le  chirurgien 
ne  peut  pas  grand  chose  sans  l’administra¬ 
teur,  mais  l’administrateur  sans  le  chirurgien 
ne  peut  rien.  Et  comme  le  traitement  et  le 
bien-être  des  blessés  sont  ici  le  but  essentiel, 
ou  plutôt  le  but  unique,  il  semble  que  le 'chi¬ 
rurgien,  seul  compétent  pour  juger  ce  qui  est 
convenable  et  nécessaire,  devrait  garder  la 
direction  du  service,  l’administrateur  n’ayant 
en  réalité  qu’à  exécuter  les  prescriptions  et 
satisfaire  aux  demandes  du  chirurgien.  Mais 
comme  ce  qui  est  le  plus  raisonnable  n’est  pas 
toujours  ce  qui  se  pratique,  l’administration, 
d’abord  créée  sur  un  plan  hiérarchiquement 
inférieur,  a  commencé  par  monter  au  niveau 
et  bientôt  au  dessus  des  chirurgiens.  Gens 
de  bureau,  ordonnateurs ,  commissaires ,  in¬ 
tendants,  sous-intendants,  race  paperassière, 
d’autant  plus  ambitieuse  qu’elle  est  plus  inca¬ 
pable  ,  et  d’autant  plus  tracassière  qu’elle 
est  plus  inoccupée  ,  toute  cette  bureaucratie 
ignorante  domine  aujourd’hui  la  chirurgie 
militaire  de  France,  fait  îa  loi  dans  les  hôpi¬ 
taux,  régente  les  professeurs  et  jusqu’aux 
chirurgiens  en  chef  d’armée,  dicte  des  règle- 


223 

ments  sur  les  matières  qui  lui  sont  le  plus 
étrangères ,  et  suscite  un  tel  dégoût  dans 
l’armée  que,  malgré  des  augmentations  de 
solde  fort  importantes,  les  cadres  des  offi¬ 
ciers  de  santé  ont  peine  à  se  maintenir  au 
complet  pour  le  pied  de  paix,  et  qu’en  cas  de 
guerre  le  service  serait  en  péril.  M.  Gama 
fait  un  triste  et  trop  véridique  tableau  de  l’in¬ 
souciance  des  commissaires  des  guerres  du¬ 
rant  les  campagnes  de  l’empire  :  à  la  bataille 
d’Austerlitz,  où  il  était  aide-major  dans  un  ré¬ 
giment  de  cavalerie  ,  il  n’en  aperçut  pas  un 
seul  de  toute  la  journée;  et  du  reste  il  a  fait 
la  même  observation  dans  toutes  ses  campa¬ 
gnes.  Ainsi ,  tant  que  durent  le  feu  et  le 
danger,  les  chirurgiens  sont  parfaitement  li¬ 
bres  ;  mais  une  fois  la  fumée  du  canon  dis¬ 
sipée,  les  commissaires  et  les  intendants  re¬ 
viennent  avec  leur  autorité  et  leur  arrogance. 
Et  malheureusement  il  en  est  encore  aujour¬ 
d’hui  comme  du  temps  de  l’empire  ;  il  y  a  trois 
ans  que  M.  Guyon,  chirurgien  en  chef  de  l’ar¬ 
mée  d’Afrique ,  mis  à  l’ordre  du  jour  de  la 
manière  la  plus  honorable  par  le  maréchal 
Vallée,  fut  frappé  de  destitution  sur  le  rap¬ 
port  d’un  intendant  qui,  d’après  les  propres 
paroles  du  maréchal  même ,  n’avait  jamais 
paru  dans  les  rangs  de'nos  soldats.  M.  Gama, 
le  chef  habile  et  dévoué  du  Val-de-Grâce,  a 
dû  expier  comme  M.  Guyon  ce  crime  impar¬ 
donnable  d’une  trop  longue  indépendance; 
et  il  proteste  aujourd’hui,  non  pour  lui,  mais 
pour  ses  anciens  compagnons  qui  sont  en 
grande  partie  ses  élèves,  et  sur  qui  pareille 
menacé  est  incessamment  suspendue.  Ce  qui 
manque  à  notre  chirurgie  militaire,  ce  que 
M.  Gama  réclame  pour  elle ,  ce  que  la  né¬ 
cessité  forcera  tôt  ou  tard  de  lui  accorder , 
c’est  le  rang  légitime  qu’on  lui  a  ravi,  c’est 
le  retour  à  sa  hiérarchie  naturelle  ,  c’est  la 
garantie  des  droits  de  chacun,  et  surtout 
l’affranchissement  de  cette  nuée  de  petits  ty¬ 
rans  subalternes  qui  tendent  chaque  jour  à 
l’opprimer  et  à  l’avilir. 

Pour  la  première  partie  de  cet  ouvrage, 
nous  avons  loué  le  soin  avec  lequel  l’auteur 
a  compulsé  tous  les  documents,  puisé  à  toutes 
les  sources  ;  pour  la  dernière,  nous  nous  bor¬ 
nerons  à  un  éloge  qui  lui  sera  plus  précieux 
sans  doute;  c’est  l’œuvre  d’un  homme  de 
cœur  et  d’un  homme  de  bien. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Academie  des  sciences.— Dans  la  séance  du  22  mai,  M.  Baudens  a  adressé  la  description 
u  un  appareil  de  son  invention  pour  les  fractures  des  membres  inférieurs.  C’est  une  boîte 
dont  les  pai  ois  latérales  sont  percées  de  trous  destinés  à .  fixer  les  chefs  des  cravattes  qui 
peuvent  servir  à  assurer  la  coaptation  du  membre;  mais  l’idée  essentielle  est  de  ramener  vers 
le  pied  les  liens  de  la  contre-extension  en  même  temps  que  ceux  de  l’extension.  Cet  appareil, 
a  part  les  trous,  rappelle  le  glossocome  figuré  dans  les  OEuvres  de  Galien  et  reproduit  par  la 
plupart  des  chirurgiens  hippocratiques. 

29  mai,  M.  Magne  écrit  qu’il  a  observé  un  fait  de  cataracte  noire  dans  les  circonstances 


224 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

suivantes:  Une  clame  sexagénaire  portait  tous  les  signes  d’une  double  amaurose;  1  iris 
même  était  complètement  immobile  des  deux  côtés.  Cependant  l’examen  dans  un  cabinet 
noir  à  l’aide  d’une  bougie,  à  la  méthode  de  Sanson,  ne  faisait  voir  constamment  qu’une  image 
de  la  flamme  ;  M.  Magne  diagnostiqua  une  cataracte  noire  avec  adhérences  à  l’iris.  Il  tenta  donc 
l’abaissement  du  côté  droit,  reconnut,  dit-il,  le  cristallin  de  couleur  noire,  et  détacha  en¬ 
suite  plusieurs  lambeaux  capsulaires  noirâtres.  Le  5e  jour,  la  pupille  était  fermée  par  un 
rideau  blanc,  que  l’on  jugea  être  le  cristallin  remonté  et  qui  avait  perdu  sa  couleur  noire  dans 
le  corps  vitré.  Cependant  une  nouvelle  tentative  d’abaissement  sembla  prouver  que  ce  voile 
opaque  était  dû  à  la  capsule. 

M.  Magne  pense  que  ce  fait  conclut  victorieusement  en  faveur  de  l’existence  de  la  cataracte 
noire.  Nous  croyons  qu’une  autopsie  dans  laquelle  on  trouverait  véritablement  le  cristallin 
noir  serait  infiniment  plus  victorieuse. 

5  juin. — M.  Négrier,  d’Angers,  rappelle  qu’il  a  indiqué  un  moyen  efficace  d’arrêter  les 
hémorragies  nasales,  consistant  à  élever  un  bras  ou  les  deux  bras  à  la  fois  en  même  temps 
qu’on  ferme  par  une  pression  latérale  la  narine  d’où  s’écoule  le  sang.  Ce  même  moyen  a  été 
appliqué  avec  succès  à  des  congestions  sanguines  vers  la  tête  et  à  des  céphalalgies  provenant 
de  cette  cause.  M.  Négrier  pense  que  l’élévation  du  bras  agit  en  ralentissant  le  mouvement 
ascensionnel  du  sang  vers  la  tête. 

12  juin. — M.  A.  Becquerel  annonce  une  nouvelle  méthode  pour  la  cure  dû  bégaiement,  dont 
il  a  éprouvé  les  heureux  effets  sur  lui-même,  et  qui  aurait  été  imaginéè  par  un  ouvrier 
nommé  Jourdan.  Elle  ne  réclame  ni  moyen  mécanique  ni  opération  ;  mais  seulement  volonté 
et  persistance  de  la  part  du  malade.  M.  Becquerel  dépose  un  paquet,  cacheté  contenant  la 
description  de  la  méthode. 

Academie  de  medecine. — Plusieurs  questions  importantes  ont  été  soulevées  ù  l’Académie 
royale  de  médecine  pendant  le  mois  qui  vient  de  s’écouler;  malheureusement  les  discussions 
trop  tôt  fermées  n’ont  jeté  sur  chaque  sujet  qu’une  lumière  douteuse.  Ainsi,  le  25  niai,  un 
rapport  de  M.  Capuron  sur  un  nouveau  pessàire  a  suscité  un  débat  qui  eût  été  plein  d’intérêt, 
et  qui  n’a  abouti  qu’à  un  vote  d’ajournement  sur  les  conclusions  favorables  du  rapport. 

Le  G  juin,  après  un  rapport  de  M.  Blandin  sur  un  mémoire  de  M.  Diday  ayant  pour  titre: 
1 Des  règles  à  suivre  dans  Y application  de  la  méthode  de  Brasdor  aux  anévrismes  du  tronc 
brachio-céphalique  à  Y  origine  de  ses  branches,  MM.  Velpeau,  Roux,  Rochoux,  Àmussat, 
Blandin  ont  pris  successivement  la  parole  ;  mais  trop  brièvement  pour  qu’il  fût  permis  de 
juger  d’après  le  débat  entre  les  diverses  opinions  émises. 

Enfin,  dans  la  séance  du  15  juin,  un  rapport  de  M.  Capuron  sur  un  travail  de  M.  Dronsart 
relatif  à  la  Phlegmasia  alba  dolens  a  été  l’origine  d’une  discussion  assez  animée  dans  laquelle 
MM.  Br  esche  t,  Blandin,  Velpeau,  Rochoux,  Deneux,  J.  Cloquet,  Moreau,  Roux,  Bérard,  An- 
dral  et  Gérardin  ont  émis  et  soutenu  sur  cette  affection  les  opinions  les  plus  contradictoires. 
Il  en  est  clairement  résulté  que  la  Phlegmasia  alba  dolens,  qui  cependant  n’est  pas  une  affec¬ 
tion  bien  rare,  est  peut-être  à  l’heure  qu’il  est  la  moins  bien  connue  de  toute  la  pathologie; 
et  si  le  débat  eût  été  remis  à  une  autre  séance,  nous  ne  doutons  pas  que  tant  de  praticiens 
d’une  si  haute  expérience  n’eussent  fini  cependant  par  mettre  certains  points  hors  de  toute 
contestation.  Nous  reviendrons  du  reste  sur  ce  débat  qui  n’a  pas  manqué  de  gravité  et  d’im¬ 
portance.  s.  .  • 

11  y  a  eu  quelques  lectures  intéressantes  ;  par  M.  Raciborski,  Sur  l’influence  de  la  menstruation, 
sur  Y  état  du  lait  chez  les  nourrices  réglées  et  sur  la  santé  des  nourrissons  ;  de  M.  Hubert 
Vallcroux,  Sur  l’abus  et  les  dangers  de  la  perforation  de-  la  membrane  du  tympan  comme 
moyen  curatif  de  la  surdité.  Nous  y  reviendrons  lorsqu’on  en  fera  le  rapport.  1 

M.  Gimelle  a  présenté  un  malade  qui  a  vu  pousser,  sur  les  cicatrices  de  plaies  faites  par  le 
yatagan,  des  tumeurs  dont  la  nature  est  fort  indécise.  M.  Cruveilhier  les  croit  formées  de 
tissu  fibreux,  M.  Velpeau  de  tissu  squirrheux  ;  M.  Blandin  nie  cette  parenté  avec  le  squirrhe. 
Le  fait  est  que  M.  Gimelle  les  ayant  excisées,  elles  ont  repullulé  comme  auparavant.  Si  nous 
ne  nous  trompons,  c’est  là  ce  que  M.  Hawkins  a  désigné  sous  le  nom  de  Tumeurs  verruqueuses 
des  cicatrices,  et  pour  lesquelles  il  n’a  trouvé  d’efficace  que  l’extirpation  (Voyez  le  Manuel  de 
médecine  opératoire  de  M.  Malgaigne,  4e  édition,  page  155). 

—Il  y  a  en  ce  moment  un  membre  à  élire  à  l’Académie  royale  de  médecine  en  remplacement  de 
trois  membres  titulaires  décédés,  savoir  :  MM.  Iloreau,  Sanson  et  Larrey.  Une  commission  a 
été  nommée  pôur  décider  dans  quelle  section  se  ferait  la  nomination;  mais,  comme  sur  les 
trois  morts  il  y  a  deux  chirurgiens,  il  est  probable  que  ce  sera  dans  une  section  chi¬ 
rurgicale. 

— -  Traité  pratique  sur  les  maladies  des  organes  génito-urinaires ,  parle  docteur  Civiale. 
—Première  partie:  Maladies  de  l’urètre,  2e  édition,  considérablement  augmentée;  1  vol. 
in-8°  avec  trois  planches  — Chez  Fortin-Masson  etcomp.,  place  de  rEcole-de-Médecine ,  n,J  l. 
— Prix  :  7  fr.  • 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-8° 
Prix  de  P  abonnement  :  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne,  Rédacteur  en  chef,  rue  Ncuve-des- 
Petits- Champs,  n°  50. 


PARIS,  IMPRIMERIE  de  paul  DUPOiNT  ET  Cic,Ruc  de  Grenelle-Samt-lIonoré,  55. 


JOURNAL 

DE  CHIRURGIE. 

Par  M.  mALGAIGXE. 


JUILLET  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux.  —  Études  sur  le  traitement  des  inflammations  et  des  abcès  du  sein, 
par  M.  de  Sandouville.  —  Expériences  sur  la  réduction  des  luxations  de  l’épaule,  pour  dé¬ 
terminer  les  lésions  qui  peuvent  survenir  dans  des  tractions  trop  violentes,  parM.  Gerdy. 
—  De  quelques  dangers  du  traitement  généralement  adopté  pour  les  fractures  de  la  rotule, 
par  M.  Malgaigne.  —  II.  Revue  critique. — Chirurgie.  —  Relevé  général  du  service  or¬ 
thopédique  de  l’hôpital  des  Enfants.  — Sur  les  caractères  distinctifs  des  divers  genres  de 
bégaiement  et  les  moyens  curatifs  qui  leur  conviennent.  — Du  traitement  et  de  la  guérison 
du  bégaiement,  par  la  méthode  de  M.  Jourdan. —  Des  injections  iodées  pour  la  cure  radicale 
des  hernies.  —  Obstétrique. — Discussion  sur  la  phlegmatia  alba  dolens.  —  Pharmacologie 
chirurgicale.  — De  la  pommade  d’iodure  de  potassium. — III.  Bulletin  clinique.  —  Luxation 
scapulo-humérale  réduite  et  suivie  d’une  raideur  incurable,  par  M.  Rigal.  — IV.  Bibliogra¬ 
phie.  —  OEuvres  complètes  de  John  Hunter,  traduites  parM.  Richelot.  —V.  Nouvelles  et 
variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


r 

Etudes  sur  le  traitement  des  inflammatioBis  et  des  abcès 
du  sein;  -par  M.  de  Smdouville,  H.-M.-P. 

On  admet  généralement  trois  grandes  divisions  dans  les  phlegmasies  du  sein:  1°  celles 
qui  ont  leur  siège  dans  le  tissu  cellulaire  sous-cutané;  2°  celles  qui  s’établissent  dans 
l’épaisseur  même  de  la  glande;  3°  les  inflammations  de  la  couche  celluleuse 
sous-mammaire ,  inflammations  sur  lesquelles  Hey ,  en  Angleterre  ,  avait  déjà  fait 
quelques  recherches.  Cette  classification  est  due  à  M.  Velpeau,  qui  s’est  occupé  laborieu¬ 
sement  de  ce  sujet;  mais  il  était  réservé  à  M.  Trousseau  d’en  formuler  la  thérapeu¬ 
tique  d’une  manière  simple  et  nette.  C’est  sous  les  yeux  de  ce  professeur  que  la  plupart 
des  observations  qui  font  la  base  de  ce  travail  ont  été  recueillies;  et,  comme  nous  les 
donnons  en  substance,  elles  serviront  à  rappeler  l’ attention  sur  sa  manière  et  sur  les 
résultats  pratiques  de  la  compression  comme  méthode  générale  de  traitement. 

En  adoptant  pour  notre  démonstration  les  divisions  que  nous  avons  indiquées,  nous 
allons  considérer  successivement  les  inflammations  superficielles,  glandulaires,  et  sous- 
mammaires.  Quant  aux  abcès,  comme  ils  ne  sont  qu’un  mode  de  terminaison  de  ces 
phlegmasies,  il  nous  semble  hors  de  propos  de  les  décrire  séparément. 

I.— Inflammations  superficielles  ou  sous-cutanées. 

Il  y  en  a  deux  variétés  :  1°  l’inflammation  du  tissu  cellulo-graisseux;  2°  l’inflammation 
du  tissu  de  l’aréole. 

1°  Inflammation  du  tissu  cellulo-graisseux. 

L’inflammation  du  tissu  cellulo-graisseux  superficiel  est  le  plus  souvent  circonscrite. 
c-  15 


226  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Les  caractères  qui  la  distinguent  sont  les  suivants  :  rougeur  de  la  peau,  qui  est  chaude, 
sèche  et  douloureuse  au  moindre  contact  ;  bientôt  suivie  d’un  gonflement  auquel  l’aréole 
et  le  mamelon  semblent  étrangers  ;  car  la  tuméfaction  des  parties  voisines  les  fait  paraître 
comme  déprimées  et  notablement  rentrées.  Ajoutons  que  ce  gonflement,  d’ordinaire  uni¬ 
forme,  peut  se  présenter  sous  forme  de  bosselures  d’un  rouge  foncé;  il  y  a,  en  outre, 
fièvre,  céphalalgie,  inappétence,  et  enduit  blanchâtre  de  la  langue. 

Causes. — Une  irritation  de  la  peau  due  aux  frottements  des  vêtements,  les  excoriations, 
les  crevasses  du  mamelon  et  de  l’aréole,  certaines  affections  croûteuses  de  l’aréole,  et, 
en  particulier,  des  eczéma  chroniques,  soit  simples,  soit  syphilitiques,  enfin  l’érysipèle, 
sont  les  causes  les  plus  ordinaires  de  cette  inflammation,  qui  s’établit  alors  de  dehors 
en  dedans.  Elle  peut  s’établir  aussi  de  dedans  en  dehors,  alors  qu’elle  se  rattache  à  une 
maladie  préalable  de  la  glande,  ou  même  à  l’état  particulier  de  turgescence  que  détermine 
la  puberté. 

Observation  Ire— En  juillet  1842,  dans  les  salles  de  M.  Emery,  se  trouvait  une  jeune 
fille  de  quatorze  ans,  d’un  tempérament  lymphatique,  non  encore  réglée,  et  dont  les  seins 
commençaient  à  se  développer.  Depuis  quelques  jours,  des  douleurs  s’étaient  fait  ressentir 
dans  les  seins,  particulièrement  dans  le  droit;  une  rougeur  circonscrite  et  uniforme  occupait 
la  partie  externe  de  ce  sein;  le  mamelon,  peu  formé  d’ailleurs,  et  parfaitement  rosé,  formait 
un  creux  notable.  Le  troisième  jour,  on  ouvrit  avec  la  lancette  la  tumeur  qui  contenait  du 
pus,  et  bientôt  la  malade  sortit  guérie. 

Enfin,  il  peut  arriver  que  la  phlegmasie  se  développe  primitivement  dans  la  couche 
cellulo-graisseuse  sous-cutanée  ;  par  exemple,  sous  l’influence  d’un  courant  d’air  froid. 
Quel  que  soit  celui  de  ces  trois  ordres  de  causes  auquel  la  maladie  se  rattache,  la  marche 
en  est  la  même,  et  les  terminaisons  les  plus  ordinaires  sont  la  résolution  et  la  suppura¬ 
tion.  Toutefois,  l’induration  peut  persister,  quoique  la  suppuration  soit  tarie  ;  mais 
c’est  un  fait  exceptionnel,  surtout  lorsque  la  compression  a  été  admise  dans  le  traitement. 

Si  la  résolution  ne  se  fait  pas,  et  que  la  production  du  pus  ait  été  le  résultat  de  l’inflam¬ 
mation  du  tissu  cellulo-graisseux  de  la  couche  superficielle  du  sein,  on  observe  une  variété 
d’abcès  assez  souvent  multiple.  Le  volume  de  ces  abcès  est  variable;  leur  siège  de  prédi¬ 
lection  à  la  partie  inférieure  et  externe  de  la  mamelle,  la  saillie  de  la  peau  qui  est  amincie 
et  bleuâtre,  ou  d’un  rouge  sombre,  la  facilité  à  constater  la  fluctuation,  les  caractérisent 
suffisamment. 

Traitement. — Les  causes  doivent  être  prises  en  considération  pour  le  traitement. 
Ainsi:  1°  lorsqu’une  excoriation  du  mamelon  a  précédé,  des  onctions  avec  une  pommade 
au  précipité  rouge  au  15e,  nous  ont  ordinairement  suffi  pour  détruire  la  cause,  et  des 
cataplasmes  amenaient  facilement  la  résolution  d’une  phlegmasie  commençante. 

Observation  IIe. — En  mai  1842,  je  fus  consulté  par  une  dame  qui  allaitait  son  quatrième 
enfant.  Des  excoriations  fort  douloureuses  occupaient  les  deux  seins,  et  n’avaient  pu  être 
soulagées  par  des  onctions  avec  le  beurre  de  cacao,  qu’une  sage-femme  avait  conseillées. 
Depuis  deux  jours  le  sein  droit  était  devenu  gonflé  et  rouge  à  la  partie  externe,  en  dehors  de 
l’aréole  qui  semblait  déprimée;  il  y  avait  de  la  fièvre  et  un  peu  de  céphalalgie.  D’après  mon 
avis,  on  fit  des  onctions  avec  la  pommade  au  précipité  rouge  sur  les  crevasses  des  deux  seins, 
et  le  sein  malade,  couvert  de  cataplasmes,  fut  supporté  par  une  écharpe.  Dès  le  troisième 
jour,  il  n’y  avait  plus  trace  de  l’engorgement  ni  des  excoriations. 

2°  Les  crevasses  sont  une  cause  d’engorgement  plus  difficile  à  guérir.  Chez  une  femme 
qui  me  fut  adressée  par  celle  dont  je  viens  de  citer  l’observation,  il  s’agissait  d’une  cre¬ 
vasse  profonde  occupant  le  sillon  de  réunion  du  mamelon  avec  l’aréole.  Après  avoir  em¬ 
ployé  sans  succès  la  pommade  au  précipité  rouge  et  le  nitrate  d’argent  en  solution,  je 
me  servis  du  crayon  de  nitrate,  avec  lequel  il  me  suffit  de  toucher  légèrement,  et  à  peu 
de  reprises.  Cette  pratique  est  souvent  celle  de  M.  P.  Dubois  à  sa  clinique. 

3°  L’eczéma  peut  devenir  une  cause  d’engorgement  du  sein  :  c’est  à  lui  qu’il  faut 
alors  s’attaquer.  Nous  l’avons  vu  durer  d’une  manière  désespérante  chez  une  nourrice 
couchée  au  n°  2  de  la  salle  Sainte-Thérèse,  service  de  M.  Trousseau,  et  qui  ne  fut  guérie 
que  par  des  cautérisations  répétées  avec  le  nitrate  de  mercure. 


IANDOUVILLE.— SUR  LE  TRAITEMENT  DES  INFLAMMATIONS  ET  DES  ABCÈS  DU  SEIN.  227 

4°  Quand  c'est  l’eczéma  syphilitique  qui  est  le  point  de  départ  de  la  phlegmasie  du 
sein,  le  traitement  mercuriel  est  indiqué,  et  on  y  joint  l’emploi  des  cataplasmes. 

Observation  IIIe.— Le  1er  avril  1841,  est  entrée  dans  le  service  de  M.  Trousseau,  une 
femme  âgée  de  trente  ans,  et  accouchée  depuis  six  mois,  offrant  depuis  trois  semaines  un 
eczéma  syphilitique  du  sein  gauche,  et  affectée  d’une  ulcération  du  voile  du  palais. — Le 
25  mars,  le  sein  est  devenu  douloureux;  une  tuméfaction  rougeâtre  s’est  montrée  à  la 
partie  déclive  de  la  mamelle,  et  la  malade  a  éprouvé  de  la  fièvre.  Un  médecin  de  la  ville  ayant 
conseillé  un  vomitif,  dont  l’administration  a  été  suivie  d’un  mieux  notable,  la  fièvre  a  cessé. 

Etat  actuel,  1er  avril.— Le  mamelon  est  peu  déprimé,  la  rougeur  de  la  peau  moindre,  au 
dire  de  la  malade.  On  prescrit  des  pilules  de  proto-iodure,  des  bains  de  sublimé,  trois  cata¬ 
plasmes  par  jour  sur  le  sein,  et  une  diète  modérée. — Le  G  avril,  la  phlegmasie  du  sein  a 
cédé  ;  mais  l’eczéma  persiste  deux  semaines  encore. 

5°  L’érysipèle  peut  s’accompagner  d’abcès  superficiel;  le  traitement  varie  alors  selon 
les  circonstances. 

Observation  IVe. — Le  17  avril  1841,  est  entrée  une  femme  âgée  de  trente-deux  ans, 
épuisée  par  la  misère,  accouchée  depuis  quatre  mois,  et  n’allaitant  plus.  Elle  se  plaint  d’une 
courbature  générale  avec  fièvre  et  céphalalgie.— Le  20  avril,  la  malade  a  eu  le  délire  toute 
la  nuit.  Un  érysipèle  envahit  le  sein  gauche.— Le  2  mai,  l’érysipèle  occupe  le  sein  droit,  et 
cesse'le  lendemain  ;  une  double  pneumonie  en  accompagne  la  disparition.— Prescription  :  potion 
avec  le  tartre  stibié,  à  dose  rasorienne. — En  même  temps  le  sein  droit  s’engorge  superficielle¬ 
ment.  Le  10  mai,  un  abcès  formé  se  traduit  par  une  bosselure  violacée  du  volume  d’un  œuf 
de  pigeon,  qu’on  incise;  des  cataplasmes  sont  appliqués.  Le  18  mai,  l’abcès,  qui  s’était  cica¬ 
trisé,  se  rouvre,  et  laisse  échapper  du  pus  mêlé  de  sang;  le  pouls  est  misérable.  Le  22,  la 
peau  du  sein  est  criblée  d’ouvertures  spontanées;  on  continue  les  cataplasmes.  La  malade 
succombe  enfin  le  15  juin,  à  la  suite  d’hématémèses  et  de  selles  sanguinolentes. 

A  l’autopsie,  nous  trouvons,  outre  les  lésions  nombreuses  du  poumon  et  des  intestins , 
dont  nous  n’avons  pas  à  nous  occuper  ici,  la  peau  du  sein  largement  décollée,  ulcérée  en 
plusieurs  endroits ,  tandis  qu’à  la  partie  externe ,  une  bosselure  superficielle  séparée  est  en¬ 
tière,  et  contient  une  cuillerée  de  pus. 

6°  L’inflammation  de  la  couche  cellulo-graisseuse  petit  succéder  à  celle  de  la  glande  : 
la  compression  est  alors  le  meilleur  mode  de  traitement. 

Observation  Ve. — Le  17  avril  1841,  est  entrée  une  femme  de  vingt-quatre  ans,  primipare, 
accouchée  depuis  deux  mois,  qui  a  vu,  quinze  jours  auparavant,  sous  l’influence  d’un  courant 
d’air  froid,  un  gonflement  brusque  s’emparer  de  son  sein  gauche.  Depuis  quatre  jours,  ce 
gonflement,  jusque-là  presque  indolent,  ayant  augmenté  avec  accompagnement  de  douleurs  et 
de  fièvre,  une  application  de  six  sangsues,  conseillée  par  un  médecin,  a  fait  diminuer  la  tumeur 
qui  offre  aujourd’hui  le  volume  d’un  œuf  de  pigeon;  il  y  a  de  la  rougeur  et  de  la  chaleur* 
fluctuation  obscure.  On  prescrit  des  cataplasmes,  et  l’allaitement  est  cessé  du  côté  ma¬ 
lade;  le  19  avril,  on  ouvre  l’abcès:  une  mèche  est  introduite  dans  la  plaie  et  des  cataplasmes 
sont  prescrits. 

Le  21,  il  reste  un  peu  d’engorgement,  sans  douleur;  le  lait' s’échappe  par  la  petite  plaie*  on 
pose  le  bandage  compressif. 

Le  27,  on  enlève  les  bandelettes  ;  la  plaie  est  cicatrisée,  sans  aucune  induration,  et  l’allai¬ 
tement,  suspendu  de  ce  côté  depuis  le  17,  est  repris. 

i  {  ^  *  4  •  *  f  ‘  •  4 

Observation  VIe.— Le  9  avril  1841,  a  été  admise  au  n°  10  de  la  salle  Sainte-Julie,  service 
de  M.  Trousseau,  une  femme  de  vingt-quatre  ans,  primipare,  accouchée  depuis  huit  mois. 
Cette  malade  était  affectée  d’une  crevasse  au  sein  gauche,  lorsque  huit  jours  auparavant 
s’étant  exposée  au  froid,  elle  ressentit  une  douleur  accompagnée  de  fièvre,  pendant  quarante- 
huit  heures.  Le  troisième  jour,  il  y  eut  gonflement  du  sein  et  rougeur  de  la  peau;  ce  der¬ 
nier  symptôme  céda  à  l’application  d’un  cataplasme;  mais,  le  quatrième  jour,  la  rougeur 
reparut  et  s’étendit  à  presque  tout  le  sein.  Il  y  eut  fièvre,  précédée  d’un  frisson  qui  dura 
une  heure. 

Etat  actuel—  La  peau  est  tendue,  amincie,  rouge,  le  mamelon  déprimé;  il  y  a  fluctuation. 

Le  10  avril,  l’abcès  s’est  ouvert  spontanément  dans  le  point  le  plus  saillant;  on  agrandit 
l’ouverture  qui  donne  issue  à  300  grammes  de  pus.  Des  cataplasmes  sont  prescrits,  et  une 
mèche  est  introduite  pendant  plusieurs  jours.  Le  12  avril,  la  compression  est  établie.  Le  18, 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


228 

on  lève  le  bandage.  L’ouverture  est  cicatrisée;  mais  une  nouvelle  bosselure  proémine  à  la 
partie  interne  du  sein.  Une  incision  donne  issue  à  du  pus  séreux;  des  cataplasmes  sont 
prescrits  jusqu’au  21,  époque  à  laquelle  la  compression  est  reprise.  Le  25,  à  la  levée  de  l’ap¬ 
pareil,  la  guérison  est  complète. 

Réflexions.  —  Le  lait  ne  monte  dans  le  sein  qu’au  bout  de  quelques  jours,  et  seule¬ 
ment  quand  on  presse  la  mamelle  ;  mais  la  fonction  se  rétablit  bientôt  complètement. 

7°  Enfin,  la  phlegmasie  peut  se  développer  d’emblée  dans  la  couche  cellulo-graisseuse 
du  sein.  Ici,  c’est  encore  la  compression  que  nous  conseillons. 

Observation  VIIe.— Le  4  juillet,  entre  une  femme  de  vingt-deux  ans,  accouchée  depuis  deux 
semaines,  n’ayant  nourri  que  cinq  jours,  et  du  sein  gauche  seulement,  parce  que  le  mamelon 
droit  ne  pouvait  être  saisi  par  l’enfant.  Depuis  trois  jours,  une  inflammation  du  tissu  cellulo- 
graisseux  s’est  établie,  accompagnée  de  fièvre,  de  suppression  des  lochies  et  d’embarras  gas¬ 
trique  :  on  administre  un  purgatif  huileux,  et  le  sein  est  couvert  de  cataplasmes.  Le  8  juillet, 
la  réaction  est  vive  ;  un  abcès  s’est  formé  dans  le  sein,  à  la  partie  externe.  Il  est  incisé  le  10, 
et  donne  issue  à  60  grammes  de  pus  mêlé  de  quelques  débris  cellulaires  mortifiés  ;  cataplasmes. 
Le  11,  la  compression  est  tentée;  on  la  renouvelle  le  19,  et  le  24  elle  est  enlevée  définitive¬ 
ment.  La  plaie  cicatrisée  présente  à  peine  un  reste  d’engorgement. 

Quoique  incomplète,  cette  observation  prouve  que  nous  avons,  dans  la  compression, 
un  moyen  de  calmer  instantanément  la  douleur. 

Observation  VIIIe.— Une  femme  de  vingt  ans,  accouchée  depuis  quatre  mois,  après  un  allai¬ 
tement  de  quelques  semaines ,  avait  été  affectée  de  crevasses  au  sein  gauche ,  dont  la 
sécrétion  était  plus  abondante  que  celle  du  sein  droit.  Depuis  huit  jours,  une  inflammation 
superficielle  s’est  emparée  de  ce  sein. 

Le  5  mai,  lendemain  du  jour  où  la  malade  est  entrée  à  l’hospice,  la  compression  em¬ 
ployée  calme  sur-le-champ  les  douleurs  qui  étaient  vives,  et  la  malade  nous  quitte,  avec  le 
bandage  sur  le  sein,  en  promettant  de  revenir.  Comme  nous  ne  la  revîmes  plus,  et  que  son 
état  n’était  pas  alarmant,  il  est  même  probable  que  nous  avons  obtenu  la  résolution  de  l’en¬ 
gorgement. 

2°  Inflammation  du  tissu  sous-aréolaire. 

Le  tissu  sous-aréolaire  peut  être  le  siège  d’une  inflammation  indépendante  d’une  ma¬ 
ladie  de  la  glande.  La  rougeur  livide  de  la  peau,  une  douleur  limitée,  et  la  saillie  de  l’a¬ 
réole  qui  donne  au  sein  une  forme  irrégulièrement  cono'ide,  caractérisent  cette  phlegma¬ 
sie  bénigne  qui  ne  s’observe  guère  que  chez  les  nourrices.  Des  gerçures,  des  exulcéra¬ 
tions  du  sein,  l’impression  d’un  air  froid,  en  sont  souvent  le  point  d’origine  ;  et  cette 
phlegmasie  peut  se  résoudre  quelquefois ,  lorsque,  due  à  une  affection  du  mamelon,  on 
guérit  l’affection  qui  l’a  précédée.  Mais  si  elle  se  termine  par  suppuration,  les  foyers  en 
sont  multiples,  et  la  peau,  rapidement  amincie,  présente  des  bosselures  du  volume  d’une 
aveline;  il  y  a  d’ailleurs  douleur  puisa tive,  chaleur  locale  et  fièvre;  enfin  l’ulcération 
de  la  peau  en  est  la  suite,  dans  le  cas  où  l’on  n’évacue  pas  le  pus  avec  la  lancette. 

Traitement.  —  Que  f  inflammation  soit  sous-aréolaire,  ou  qu’elle  occupe  le  tissu  cel- 
lulo-graisseux  du  sein,  les  sangsues,  et  parfois  de  simples  cataplasmes  suffisent  au  début; 
mais  lorsque,  malgré  l’emploi  de  ces  moyens,  auxquels  il  faut  ajouter  la  suspension  du 
sein  à  l’aide  d’une  écharpe,  la  phlegmasie  ne  cède  pas  et  reste  sub-aiguë,  il  faut  em¬ 
ployer  le  bandage  compressif  pour  tenter  la  résolution  de  l’engorgement. 

Enfin,  si  l’on  n’a  pu  empêcher  la  suppuration,  que  la  compression  ait  ou  non  déjà  été 
employée,  elle  convient  encore  pour  limiter  la  suppuration  tant  que  l’abcès  n’est  pas 
ouvert,  et  pour  favoriser  le  recollement  des  parois  ,  quand  une  fois  on  a  incisé  le  foyer 
du  pus. 

Dans  un  cas  où  un  courant  d’air  froid  semblait  la  cause  d’un  abcès  sous-aréolaire, 
la  malade  se  présenta  à  nous  avec  une  double  bosselure  du  sein  gauche  qui  avait  l’aspect 
d’un  cône  irrégulier  ;  une  ponction  pratiquée  avec  la  lancette  évacua  une  cuillerée  de 
pus  environ;  on  introduisit  quelques  brins  de  charpie  dans  le  foyer,  qui  ne  se  vida  com¬ 
plètement  que  le  lendemain  ;  le  quatrième  jour  la  suppuration  était  tarie. 


SANDOUVILLE. — SUR  LE  TRAITEMENT  DES  INFLAMMATIONS  ET  DES  ABCÈS  DU  SEIN.  229 

Observation  IXe.— Le  27  mai  1841,  est  entrée  une  femme  âgée  de  vingt-quatre  ans,  et 
accouchée,  pour  la  troisième  fois,  depuis  vingt  jours.  Elle  n’a  pas  nourri  ses  deux  derniers 
enfants,  et  n’a  pas  eu  d’abcès  antérieurs.  Mais  à  cette  dernière  couche,  après  un  allaitement 
de  deux  jours,  ses  deux  seins  ont  été  affectés  de  crevasses  ;  puis,  il  y  a  douze  jours,  il  s’est 
manifesté  dans  le  sein  gauche  un  gonflement  accompagné  de  rougeur  de  la  peau.  La  tuméfac¬ 
tion  soulève  l’aréole  ;  le  sein  est  conoïde,  et  la  malade  y  éprouve  des  élancements.  La  fluc¬ 
tuation  est  manifeste,  la  peau  bleuâtre  et  amincie;  il  y  a  peu  de  fièvre;  la  malade  ne  pré¬ 
sente  que  l’autre  sein  à  son  enfant.  Une  incision  donne  issue  à  deux  cuillerées  à  bouche  de 
pus  bien  lié;  on  introduit  une  mèche  dans  la  plaie;  le  sein  est  couvert  d’un  large  cataplasme. 
Le  1er  juin,  on  applique  le  bandage.  Le  8  juin,  on  enlève  les  bandelettes:  le  sein  est  diminué 
de  volume  et  suppure  peu  abondamment.  Le  12  juin,  une  seconde  application  de  bandelettes 
est  suivie  d’un  succès  complet;  l’allaitement  est  repris  des  deux  seins. 

Observation  Xe. — Au  n°  18  de  la  salle  Sainte-Anne,  est  entrée,  le  15  juillet,  une  femme 
de  trente-huit  ans,  accouchée  depuis  onze  mois,  et  qui  n’allaite  que  d’un  sein,  le  mamelon  du 
sein  gauche  n’étant  pas  formé:  prise  de  douleurs  dans  le  sein  droit,  il  y  a  six  jours,  elle  a 
cessé  de  nourrir.  Un  gonflement  de  la  glande  a  succédé  à  cette  douleur  ;  puis  deux  abcès  , 
le  premier  ayant  son  siège  dans  le  tissu  cellulo-graisseux  superficiel  et  le  second  sous-aréo- 
laire,  ont  été  combattus  par  des  cataplasmes,  l’incision  et  la  compression  ;  guérison  complète 
le  28  juillet. 

II.  —  Inflammations  de  la  glande  mammaire. 

Au  travail  de  la  lactation,  et  aux  circonstances  qui  raccompagnent ,  se  rapportent  la 
plupart  des  engorgements  de  la  glande  mammaire  proprement  dite.  M.  Velpeau  en  re¬ 
connaît  trois  variétés;  mais  comme  il  n’en  donne  pas  les  caractères  différentiels,  nous 
laisserons  de  côté  cette  distinction  théorique,  nous  bornant  à  décrire  :  1°  l’engorgement 
pur  et  simple,  et  2°  l’inflammation  de  la  glande  mammaire,  qu’elle  ait  ou  non  son  point 
de  départ  dans  l’engorgement  des  conduits  excréteurs. 

1°  Engorgement  des  canaux  galactophores. 

Pendant  les  derniers  mois  de  la  grossesse,  chez  les  femmes  récemment  accouchées, 
et  surtout  chez  les  nourrices,  le  lait ,  retenu  dans  ses  conduits  excréteurs,  les  dilate,  et 
cette  rétention  est  accompagnée  de  douleur  ou  d’une  sensation  de  pesanteur;  le  sein  est 
gonflé,  et  l’on  distingue  au  toucher  un  ou  plusieurs  lobules  de  la  glande  augmentés  de 
volume.  Bien  que  chaude,  la  peau  n’est  que  peu  sensible  à  la  pression,  et  parfois  d’un 
rouge  faible;  mais  les  veines  sont  dilatées.  Les  causes  qui  nous  ont  paru  amener  le  plus 
souvent  cet  état  du  sein  sont  l’exposition  à  un  courant  d’air  froid,  et  les  interruptions 
de  l’allaitement;  ajoutons  que  cette  dernière  cause  se  rattache  souvent  à  la  présence 
d’excoriations  ou  de  gerçures  du  mamelon,  qui  font  redouter  aux  femmes  de  présenter 
le  sein.  L’engorgement  des  canaux  galactophores  ne  constitue  pas  une  inflammation  par 
lui-même;  mais  il  y  donne  lieu  dans  maintes  circonstances. 

Au  dire  de  sir  Astley  Cooper,  c’est  une  inflammation  lente  qui  a  pour  résultat  l’obli¬ 
tération  d’un  ou  plusieurs  conduits  excréteurs  ;  il  compare  cette  maladie  à  la  grenouil- 
lette,  et  cite  le  fait  d’une  dame  chez  laquelle  cet  engorgement  avait  persisté  une  année 
entière,  sans  avoir  donné  lieu  à  aucun  accident. 

Traitement.  —  Dans  l’engorgement  non  inflammatoire  des  canaux  galactophores,  s’il 
y  a  possibilité  de  cesser  l’allaitement,  nous  conseillons  l’emploi  des  applications  réso¬ 
lutives,  joint  à  l’usage  répété  des  purgatifs.  Si  toutefois  on  ne  pouvait  avoir  recours  à 
ces  moyens,  parce  que  la  femme  refuserait  de  sevrer,  il  serait  convenable  de  vider,  par 
une  ponction,  le  conduit  excréteur  engorgé,  et  la  compression  aiderait  au  recollement 
des  parois  du  foyer  laiteux. 

Observation  XIe.— Une  Alsacienne,  couchée  aü  n°  11  de  la  salle  Sainte-Anne  (hospice 
Necker),  venait  de  perdre  son  enfant,  et  chez  elle,  sous  l’influence  de  la  cessation  de  l’allai¬ 
tement,  le  sein  gauche  avait  contracté  un  engorgement  non  inflammatoire  pour  lequel  on  lui 
avait  prescrit  la  diète,  des  boissons  délayantes  et  des  cataplasmes  sur  le  sein.  Vingt- 
quatre  heures  après  son  entrée,  forcée,  disait-elle,  de  quitter  l’hôpital,  elle  me  pria  de  lui 


230 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


faire  une  prescription  qu’elle  pût  suivre  chez  elle  ;  je  lui  conseillai  (le  prendre,  tous  les  trois 
jours,  une  bouteille  d’eau  de  Sedlitz,  et  de  tenir  sur  le  sein  des  compresses  imbibées  avec 
un  mélange  de  50  grammes  d’alcool  et  de  150  grammes  d’eau.  Cette  fille  était  guérie  le 
quatorzième  jour. 

2°  Inflammation  de  la  glande  mammaire. 

Elle  peut  avoir  succédé  à  un  engorgement  non  inflammatoire  des  conduits  excréteurs, 
ou  s’être  établie  d’emblée  dans  le  tissu  glandulaire,  sous  l’influence  d’un  coup  d’air,  ou 
encore  à  la  suite  d’excoriation  du  mamelon,  d’abcès  du  tissu  cellulaire  superficiel  ou 
profond.  Cette  inflammation  s’observe  surtout  chez  les  nourrices  et  les  femmes  nouvel¬ 
lement  accouchées.  La  douleur  sourde  et  le  gonflement  du  sein,  son  volume,  la  rougeur 
de  la  peau,  en  marquent  les  premières  phases.  En  outre,  la  palpation  fait  reconnaître 
l’augmentation  de  volume  des  lobules  du  sein,  qui  sont  durs  et  engorgés  ;  il  y  a  de  la 
fièvre. 

La  marche  de  cette  affection  est  plus  lente  que  celle  des  autres  inflammations  du  sein; 
elle  peut  se  terminer  par  résolution,  par  suppuration  et  par  induration  ;  mais  le  pronos¬ 
tic  en  est  plus  sérieux  que  celui  des  inflammations  superficielles  ou  profondes,  car  un 
grand  nombre  de  points  peuvent  s’engorger  isolément,  successivement,  passer  à  suppu¬ 
ration  et  donner  lieu  à  des  abcès  multiples  d’une  durée  indéfinie.  La  fluctuation  se  joint 
alors  aux  signes  de  l’inflammation  déjà  énumérés,  et  c’est  autour  de  l’aréole  que  vien¬ 
nent  proéminer  les  foyers  purulents. 

Traitement.  —  C’est  surtout  dans  le  traitement  de  l’inflammation  de  la  glande  mam¬ 
maire  proprement  dite  que  la  compression  est  indiquée;  toutefois  si,  à  l’aide  de  ce  moyen, 
on  ne  peut  empêcher  la  suppuration,  il  faut  n’ouvrir  l’abcès  que  quand  la  fluctuation 
est  évidente,  et  reprendre  bientôt  après  la  compression,  qui  opère  le  dégorgement  du  sein 
et  le  recollement  des  parties  divisées. 

Observation  XIIe. — Le  6  avril,  se  présente  une  femme  accouchée  depuis  un  mois,  et  affec¬ 
tée  de  crevasses  aux  deux  seins  depuis  quinze  jours.  Le  sein  droit,  déjà  engorgé  à  cette  der¬ 
nière  époque,  mais  sans  douleur,  s’est  tuméfié  d’une  manière  notable,  depuis  huit  jours,  sous 
l’influence  d’un  courant  d’air;  la  fièvre  a  suivi  le  gonflement,  qui  est  sous-aréolaire  ;  le  sein 
droit  verse  plus  de  lait  que  l’autre. — On  prescrit  des  cataplasmes  et  la  cessation  de  l'allaitement. 

Le  13  avril,  il  y  a  douleur  dans  tout  le  sein. — Le  14,  le  bandage  est  posé.— Le  15  et  le  16, 
point  de  douleurs  ;  mais  le  cinquième  jour  de  l’application  des  bandelettes,  il  survient  de  la 
douleur  qui  force  de  les  lever.  On  trouve,  au  dessus  du  mamelon,  une  tumeur  fluctuante  du 
volume  d’un  œuf  de  pigeon  ;  la  peau,  sur  ce  point,  est  bleuâtre  et  fort  amincie.  Une  incision 
donne  issue  à  60  grammes  de  pus  louable;  on  met  une  mèche  dans  l’ouverture  et  un  cata¬ 
plasme  sur  le  sein. — Le  20,  la  petite  plaie  laisse  échapper  du  lait. — Le  25  avril,  on  réap¬ 
plique  le  bandage,  et  le  4er  mai,  le  sein  est  guéri  sans  induration.  Ce  sein  est  rendu  à  l’al¬ 
laitement. 

Observation  XIIIe.  —  Le  12  janvier  1841,  est  entrée,  dans  le  service  de  M.  Trousseau, 
une  femme  de  trente-sept  ans,  ayant  eu  deux  enfants,  et  n’ayant  nourri  que  le  dernier;  sa 
dernière  couche  date  d’un  an.  Il  y  a  dix  jours,  elle  a  ressenti  de  la  douleur  dans  le  sein  droit 
en  allaitant  ;  la  peau  est  devenue  rouge,  le  sein  dur,  et  elle  y  a  éprouvé  des  élancements; 

1  engorgement  a  son  siège  à  la  partie  interne  du  sein.  On  établit  la  compression,  et  sur-le- 
champ  le  sein  cesse  d’être  douloureux. 

Le  18  février,  le  bandage  enlevé,  il  ne  reste  plus  trace  de  l’engorgement. 

Le  sein,  fortement  diminué  de  volume,  est  privé  de  lait;  mais  au  bout  d’un  mois  la  fonction 
s’est  rétablie. 

III.  —  Inflammations  sous-mammaires. 

Les  inflammations  de  cette  classe  ont  de  la  tendance  à  occuper  une  large  surface; 
elles  peuvent,  1°  naître  d’une  irritation  de  la  glande  ;  2°  se  développer  d’ emblée  dans  le 
tissu  cellulaire  sous-mammaire;  3°  trouver  leur  origine  dans  une  affection  des  parois 
thoraciques  ou  des  organes  contenus  dans  la  poitrine,  ordre  de  causes  parfaitement  ap¬ 
précié  par  sir  Astley  Cooper,  mais  sur  lequel  nous  n’insisterons  pas,  faute  d’observations 
personnelles. 


SANDOUVILLE. — SUR  LE  TRAITEMENT  DES  INFLAMMATIONS  ET  DES  ABCÈS  DU  SEIN.  231 

1°  Inflammation  sous-mammaire  consécutive  à  une  affection  de  la  glande. 

Observation  XIVe.— Le 4  février  1841,  s’est  présentée,  à  l’hospice  Necker,  une  femme  âgée 
de  dix-huit  ans,  accouchée  depuis  seize  jours,  et  éprouvant  dans  le  sein  gauche  des  élance¬ 
ments  qui  persistent  depuis  une  semaine.  On  sent  dans  la  profondeur  de  la  glande,  à  la 
partie  interne  et  supérieure ,  un  peu  de  gonflement  et  d’induration  ;  la  peau ,  dans  le  point 
correspondant,  est  à  peine  rouge;  il  n’y  a  pas  de  fièvre;  mais  l’allaitement  est  dou¬ 
loureux. 

On  pratique  la  compression,  et  aussitôt  le  sein  cesse  d’être  douloureux  à  la  pression  de  la 
main. — Le  5,  il  y  a  quelques  élancements;  le  sein  tend  à  s’échapper  par  la  partie  supérieure 
du  bandage;  on  ajoute  quelques  bandelettes.  Le  8,  le  bandage  étant  levé,  on  trouve  un  noyau 
d’induration  profond  et  douloureux  à  la  pression,  sans  rougeur  à  la  peau;  le  bandage  est  repris 
le  lendemain,  mais  la  douleur  renaît  et  force  à  renoncer  à  la  compression. — Le  15,  collection 
profonde  de  pus  derrière  le  sein  et  entre  les  lobes  de  la  glande.  Le  sein  est  rouge,  ses  veines 
sont  gonflées  ;  il  paraît  comme  soulevé;  la  fièvre  est  intense.  Une  incision  est  pratiquée,  et 
une  grande  quantité  de  pus,  contenant  un  bourbillon  de  la  grosseur  d’une  noisette,  s’échappe 
par  la  plaie.  On  prescrit  des  cataplasmes  qui  sont  continués  les  jours  suivants.  Bref,  la  ma¬ 
lade,  sortie  de  l’hôpital,  revient  dans  les  premiers  jours  de  mars  avec  un  nouvel  abcès  post¬ 
mammaire,  siégeant  à  un  décimètre  du  point  de  l’incision,  qui  a  laissé  elle-même  un  trajet  fistu- 
leux  peu  étendu.  On  fait  une  incision  nouvelle,  et  la  compression,  plusieurs  fois  renouvelée, 
est  suivie  d’un  succès  définitif  le  2  avril. 

Réflexions. —  Les  seins  sont  volumineux,  piriformes  ;  la  malade  est  douée  d’une  grande 
irritabilité. 

2°  Inflammation  développée  d'emblée  dans  le  tissu  sous-mammaire. 

Observation  XVe. — La  nommée  Agnès  Lebon,  d’un  tempérament  bilieux  allié  à  une  cer¬ 
taine  susceptibilité  nerveuse,  primipare,  et  venant  de  perdre  son  enfant,  entre  dans  le  ser¬ 
vice  dans  les  premiers  jours  de  février  1841.  Son  sein  droit  est  augmenté  de  volume  et 
comme  soulevé;  elle  y  ressent  des  douleurs  profondes  :  la  peau  présente  une  rougeur  diffuse  à 
la  partie  inférieure  du  sein,  où  l’on  constate  de  la  fluctuation,  et  le  bistouri  ne  rencontre  de 
pus  qu’à  une  grande  profondeur.  Le  bandage  compressif  est  appliqué  et  renouvelé  plusieurs 
fois,  et  la  malade  nous  quitte  vers  la  cinquième  semaine,  en  voie  de  guérison;  mais  elle  ren¬ 
tre  à  l’hospice  dans  le  courant  de  mars.  L’ouverture  pratiquée  antérieurement  n’a  laissé  qu’un 
pertuis,  à  côté  duquel  un  nouvel  abcès  oblige  à  pratiquer  une  nouvelle  incision.  Un  demi- 
verre  de  pus  s’échappe  par  la  plaie,  qui  donne  issue  également  à  un  bourbillon  aplati  du 
volume  d’une  fève.  On  prescrit  des  cataplasmes  sur  le  sein,  et  la  compression  n’est  reprise 
que  le  1er  avril.  On  lève  l’appareil  le  5.  La  malade  se  plaint  de  vives  douleurs  dans  le  sein.— 
Le  10,  la  compression  est  reprise  avec  un  succès  définitif. 

On  a  dù  suspendre  la  compression  plusieurs  fois,  eu  égard  à  la  susceptibilité  nerveuse 
de  la  malade  :  ses  mamelles  sont  piriformes  et  volumineuses,  circonstance  qui  nous  ont 
paru  retarder  toujours  et  parfois  empêcher  le  succès  de  la  compression. 

Quelque  soit  le  mode  de  production  de  la  phlegmasie  sous-mammaire,  on  la  reconnaît 
au  développement  du  sein,  dont  les  veines  sont  saillantes,  et  à  la  teinte  rosée  diffuse  des 
téguments,  qui  offrent  une  chaleur  brûlante  :  la  glande  paraît  soulevée  ;  il  y  a  réaction, 
sueurs  nocturnes,  et  deux  ou  trois  jours  suffisent  pour  que  la  glande  semble  avoir  doublé 
de  volume.  La  résolution  de  cette  phlegmasie  est,  dit-on,  rare;  nous  ne  l’avons  jamais 
observée.  Quant  à  la  suppuration,  elle  peut  être  accompagnée  de  gangrène  du  tissu  cel¬ 
lulaire.  Quoi  qu’il  en  soit  de  cette  dernière  circonstance,  pour  peu  que  l’affection  ait  une 
semaine  de  date,  il  semble  au  toucher  que  la  mamelle  repose  sur  une  couche  de  liquide, 
et  l’incision  de  l’abcès  donne  issue  à  une  grande  quantité  de  pus  ;  ajoutons  ici  qu’une 
inflammation  ou  un  abcès  du  tissu  cellulaire  superficiel  peut  être  le  préambule  de  cette 
phlegmasie. 

Traitement.  —  L’application  de  larges  cataplasmes  et  la  compression  sont  les  seuls 
moyens  indiqués,  avant  que  le  pus  soit  formé.  Une  fois  la  suppuration  reconnue,  l’inci¬ 
sion  et  la  compression  doivent  être  employées,  sauf  les  cas  où  une  maladie  de  la  poi¬ 
trine  ou  des  parois  thoraciques  est  le  point  de  départ  de  l’affection  du  sein. 


232 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


De  V allaitement  et  de  V ouverture  des  abcès.  —  On  peut  dire  en  général,  que  l’allaite¬ 
ment  est  une  cause  d’inflammation  pour  le  sein;  en  effet,  les  femmes  qui  ne  nourrissent 
pas  y  sont  rarement  exposées  ;  et  chez  celles  qui  nourrissent,  lorsque  l’un  des  seins  a 
une  sécrétion  plus  active,  c’est  toujours  le  sein  le  plus  riche  qui  s’enflamme.  Quant  à 
l’opinion  d’Ant.  Dugès,  qui  pense  que  «  le  plus  souvent  un  état  fluxionnaire  ou  fébrile 
général  précède  et  amène  l’engorgement  inflammatoire,  et  que  bien  souvent  ce  mouve¬ 
ment  fluxionnaire  n’est  autre  que  la  fièvre  de  lait;  »  sans  en  nier  la  justesse,  nous  dirons 
que  tous  les  faits  qui  ont  passé  sous  nos  yeux  viennent  à  l’encontre,  puisque  toujours  le 
début  de  l’inflammation  s’est  montré  assez  loin  des  couches  pour  ne  pouvoir  être  rap¬ 
porté  à  la  fièvre  de  lait.  Des  inflammations  du  sein,  et  surtout  les  simples  engorgements, 
ne  sont  pas  d’ailleurs  la  suite  d’une  fièvre,  mais  bien  au  contraire  ils  précèdent  cette 
réaction,  que  Samuel  Cooper  appelle  fièvre  inflammatoire  sympathique.  Il  convient  donc 
quelquefois  de  proscrire  l’allaitement;  mais  quand  une  fois  la  lactation  a  été  entreprise, 
il  faut  éviter  de  la  cesser  brusquement  et  sans  de  grands  ménagements. 

Dans  les  affections  du  sein  qui  ne  réclament  pas  la  compression,  nous  faisons  conti¬ 
nuer  l’allaitement  avec  certaines  précautions  ;  mais  une  fois  le  bandage  appliqué,  la 
fonction  cesse  nécessairement  du  côté  entrepris;  et  d’ailleurs  la  sécrétion  du  sein  com¬ 
primé  est  diminuée,  voire  même  suspendue  ;  suspension  qui  parfois  se  prolonge  quelques 
semaines  encore  après  l’emploi  des  bandelettes.  Du  reste,  nous  avons  toujours  vu  le  lait 
finir  par  monter  à  peu  près  également  dans  les  deux  seins,  quelque  temps  après  qu’on 
avait  cessé  la  compression. 

Nous  ne  dirons  qu’un  mot  de  l’ouverture  des  abcès,  et  sur  cette  question  nous  sui¬ 
vrons  avec  M.  Trousseau  les  errements  de  Dugès. 

Dans  les  deux  variétés  d’abcès  superficiel ,  nous  conseillons  l’ouverture  dès  que  la 
suppuration  est  manifeste  ;  quand  l’abcès  est  intra-mammaire,  nous  attendons  que  la 
peau  soit  soulevée  en  quelque  point;  enfin,  dans  le  phlegmon  sous-mammaire  exclusi¬ 
vement  borné  au  tissu  cellulaire,  il  faut  inciser  dès  que  la  fluctuation  est  nettement  per¬ 
çue  :  au  contraire ,  lorsque  la  glande  participe  à  l’inflammation,  nous  nous  conduisons 
comme  dans  l’abcès  glandulaire  simple. 


De  la  compression.  —Déjà,  dans  ses  leçons  et  dans  un  article  de  dictionnaire,  M.  Vel¬ 
peau  avait  indiqué  la  compression  comme  applicable ,  dans  certains  cas,  au  traitement 
des  abcès  du  sein;  mais  il  ne  voyait  en  elle  qu’un  moyen  secondaire.  M.  Trousseau  vint 
alors  expérimenter  cette  méthode  sur  une  grande  échelle  ;  et,  placé  d’ailleurs  dans  les 
conditions  spécialement  favorables  d’un  service  de  nourrices,  dès  1841  il  proclama  l’ef¬ 
ficacité  de  la  compression  dans  toutes  les  formes  de  phlegmons  du  sein. 

C  esta  1  aide  de  bandelettes  de  diachylon  que  l’on  pratique  la  compression  :  leur  lon- 
gueui  est  de  3  à  4  mètres ,  sur  une  largeur  de  3  centimètres  environ.  La  malade  étant 
assise  dans  son  lit,  la  poitrine  entièrement  découverte,  le  chirurgien  se  place  du  côté 
affecté ,  il  fixe  d  abord  vers  la  partie  médiane  du  dos  l’extrémité  libre  d’une  bandelette, 
dont  il  tient  en  main  le  peloton  ;  puis,  la  ramenant  vers  la  partie  latérale  de  la  poitrine, 
il  la  fait  passer  sur  le  sein,  en  commençant  par  la  partie  inférieure,  monte  obliquement 
pour  gagner  le  tiers  externe  de  la  clavicule  du  côté  sain,  descend  ensuite  dans  le  dos,  de 
manière  à  recouvrir  le  premier  tour  de  bande,  en  ayant  soin  que  chaque  tour  recouvre 
celui  qui  l’a  précédé  dans  les  deux  tiers  supérieurs.  Lorsqu’une  série  de  tours  a  re¬ 
couvert  le  sein  dans  presque  toute  son  étendue,  on  conduit  d’autres  bandelettes  qui 
partant  de  la  région  supérieure  et  antérieure  de  l’abdomen,  au-dessous  du  sein  non  af¬ 
fecte,  montent  croiser  obliquement  les  premières,  passent  sous  l’aisselle  ;  reviennent 
apres  avoir  traversé  la  partie  postérieure  de  la  poitrine,  à  l’endroit  d’où  elles  étaient 

parties,  pour  recommencer  le  même  trajet,  en  recouvrant  à  chaque  tour  les  deux  tiers 
supérieurs  du  tour  précédent. 

Quelle  que  soit  la  forme  d’inflammation  du  sein,  la  compression  peut  et  doit  être  em- 
ployee  au  début  comme  moyen  résolutif. 

Si  la  compression  ne  parvient  pas  à  prévenir  la  suppuration,  eUe  calme  immédiate- 


GERDY.  —  EXPÉRIENCES  SUR  LA  RÉDUCTION  DES  LUXATIONS  DE  L’ÉPAULE.  233 

ment  la  douleur,  cette  nouvelle  source  d’inflammation  suppurative,  et,  par  suite,  elle 
limite  le  désordre. 

Alors,  soit  qu’on  ouvre  l’abcès,  soit  qu’on  l’ait  laissé  s’ouvrir  sous  les  bandelettes  que 
la  suppuration  traverse  aisément,  il  convient  d’en  suspendre  l’emploi  pendant  trente-six 
heures,  et  de  faire  usage  de  cataplasmes  de  mie  de  pain.  Puis  on  reprend  la  compression 
pour  obtenir,  avec  la  cessation  immédiate  d’une  douleur  qui  parfois  a  pu  renaître,  le 
recollement  des  parois  de  l’abcès,  la  guérison  des  fistules  galactophores  ou  purulentes, 
et  enfin  la  résolution  des  dernières  traces  d’engorgement. 

Nous  avons  indiqué  les  avantages  de  la  compression,  parlons  maintenant  des  inconvé¬ 
nients  qu’elle  peut  avoir. 

Dans  certains  cas  rares,  et  qui  nous  ont  paru  se  rattacher  à  un  volume  énorme,  à  une 
grande  flaccidité  ou  à  une  forme  spéciale  du  sein  qui  est  alors  piriforme,  la  compression 
est  difficilement  régulière  ;  elle  devient  bientôt  douloureuse,  surtout  si  l’inflammation 
est  accompagnée  d’une  réaction  générale,  toujours  en  rapport  avec  l’irritabilité  de  la 
femme,  quelle  que  soit  la  variété  d’abcès  qu’on  ait  à  traiter  :  alors  il  faut  se  hâter  de  le¬ 
ver  le  bandage.  C’est  dans  ces  cas  défavorables  que  l’ouverture  des  abcès  donne  issue 
à  des  bourbillons,  débris  de  tissu  cellulaire  mortifié  selon  les  uns,  produits  de  sécrétion 
suivant  d’autres,  mais  dont  la  présence  implique  une  idée  de  vive  synergie  et  de  gravité. 
Enfin,  l’atrophie  notable  du  sein  malade  suit  presque  toujours  la  compression,  pour  peu 
qu’elle  se  prolonge  ;  et  parfois  il  pourrait  être  utile  de  prévenir  les  malades  de  cet  effet. 

Au  reste,  comme  nous  l’avons  dit,  cette  atrophie  n’est  que  momentanée,  et  le  sein 
reprend,  après  quelques  semaines,  et  ses  formes,  et  la  plénitude  de  ses  fonctions. 


Expériences  sur  la  réduction  «les  luxations  de  l’épaule, 

pour  déterminer  les  lésions  qui  peuvent  survenir  dans  des  tractions  trop 

violentes  ;  par  M.  le  professeur  Gekm  . 

Richard  (Pierre),  âgé  de  46  ans,  homme  de  peine,  robuste  et  assez  fortement  musclé, 
entra  à  l’hôpital  de  la  Charité,  le  4  mai  1843. 

Le  20  avril,  il  portait  un  poids  considérable,  lorsque,  embarrassé  par  le  fardeau,  il  fit 
une  chute  dans  un  escalier.  Il  tomba  sur  le  côté  gauche,  le  coude  appuyé  sur  le  sol, 
ainsi  que  la  partie  postérieure  de  l’avant-bras  demi-fléchie  ;  des  ecchymoses,  des  exco¬ 
riations  de  l’épiderme  semblent  attester  que  l’ accident  est  arrivé  comme  le  malade  le 
dit.  Après  sa  chute  il  ressentit  une  douleur  assez  vive  dans  la  région  de  l’épaule,  ne 
put  reprendre  son  travail;  et  pendant  tout  le  temps  qui  s’écoula  jusqu’à  son  entrée  à 
l’hôpital,  il  ne  fit  qu’appliquer  des  compresses  résolutives  sur  son  épaule,  sans  éprouver 
de  soulagement  notable  ;  seulement  les  ecchymoses  étaient  presque  complètement  dispa¬ 
rues,  quelques  mouvements  existaient  au  niveau  de  l’articulation  de  l’épaule,  ce  qui 
n’avait  pas  lieu  immédiatement  après  l’accident. 

A  son  entrée  à  l’hôpital,  Richard  est  dans  l’état  suivant:  le  coude  est  légèrement  écarté 
du  tronc,  l’avant-bras  est  fléchi  sur  le  bras  et  tenu  au-devant  de  la  poitrine.  L’hémi¬ 
sphère  de  la  tète  de  Y  humérus  ne  s’aperçoit  plus  sur  le  plan  deltoïdien,  le  moignon  de 
l’épaule  est  légèrement  aplati  sous  l’acromion,  mais  on  n’y  observe  pas  la  dépres¬ 
sion  sous-acromiale  qu’on  rencontre  dans  les  luxations  humérales  antérieures.  L’hu¬ 
mérus  est  dirigé  un  peu  en  bas  et  en  dehors  ;  en  haut,  son  axe  se  prolonge  en  dedans  de 
la  cavité  glénoïde.  L’épaule  est  légèrement  portée  en  avant,  et  est  en  même  temps  un 
peu  soulevée,  la  longueur  du  membre  est  à  peu  près  la  même  des  deux  côtés. 

Porte-t-on  la  main  sous  l’acromion,  on  y  trouve  un  vide  assez  considérable,  et  on  peut 
y  refouler  le  deltoïde.  On  ne  peut  sentir  la  saillie  de  la  tête  de  l’humérus  en  appliquant 
la  main  sur  le  moignon  de  l’épaule.  Au  contraire,  en  dedans  de  la  dépression  sous-acro- 
miaire,  à  travers  le  muscle  grand  pectoral  un  peu  soulevé,  et  sous  la  clavicule,  on  sent 
une  saillie  très  dure,  arrondie,  qui  remue  lorsque  l’on  imprime  des  mouvements  au  corps  * 
de  l’humérus;  cette  saillie  est  formée  par  la  tête  de  cet  os. 


234  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Le  creux  de  Faisselle  est  moins  large  qu’à  l’état  normal  et  paraît  porté  un  peu  en 
avant  ;  si  l’on  y  introduit  les  doigts,  on  le  trouve  dans  le  haut  rempli  par  une  éminence 
très  dure,  qu’on  ne  peut  sentir  qu’avec  peine,  recouverte  qu’elle  est  par  les  parties 
molles. 

Il  est  évident  que  dans  ce  cas  on  a  affaire  à  une  luxation  de  la  tête  de  l’humérus  placée 
au-devant  de  la  cavité  glénoïde  au-dessous  et  un  peu  en  dedans  de  l’apophyse  coracoïde. 
Tel  est  du  moins,  d’après  tous  les  faits  indiqués  ci-dessus,  le  diagnostic  de  M.  Gerdy. 

Le  5  au  matin  on  fait  une  première  tentative  de  réduction.  Une  serviette  pliée  en  plu¬ 
sieurs  doubles  est  fixée  au  moyen  de  tours  de  bande  sur  le  poignet  du  côté  malade,  de 
manière  à  former  une  anse  à  l’extrémité  du  membre.  Dans  l’anse  de  cette  serviette  on 
en  passe  une  autre  par  laquelle  on  doit  faire  l’extension.  Pour  pratiquer  la  contre-exteu- 
sion,  une  alèze  est  passée  sur  la  partie  latérale  de  la  poitrine  du  côté  malade,  au-dessous 
de  l’aisselle  :  une  serviette,  passée  sur  le  haut  de  l’épaule  malade ,  est  ramenée  oblique¬ 
ment  par  derrière  et  par-devant  la  poitrine,  sous  l’aisselle  du  côté  sain,  en  croisant  l’alèze. 
Quatre  aides  font  l’extension  ;  ils  tirent  graduellement,  sans  résultat.  La  tête  n’a  pas 
sensiblement  changé  de  place  ;  le  malade  se  plaignant  vivement  de  douleur  au  poignet  et 
sur  la  partie  latérale  gauche  de  la  poitrine,  on  est  obligé  de  cesser  les  manœuvres.  On 
pratique  immédiatement  une  saignée  du  bras  de  4  palettes;  on  recommence  les  tentati¬ 
ves  de  la  même  manière,  toujours  sans  résultat.  Dans  ces  deux  tentatives  les  tractions  ont 
été  faites  l’avant-bras  étendu  et  le  bras  faisant  un  angle  droit  avec  la  poitrine.  Nous  devons 
dire  qu’avant  de  pratiquer  cette  extension,  M.  Gerdy  avait  cherché  à  faire  la  réduction 
en  portant  le  membre  en  haut,  mais  cette  tentative  avait  été  complètement  inutile,  à  cause 
des  douleurs  que  le  malade  ressentait  au  niveau  de  l’articulation  scapulo-humérale  ;  il 
avait  été  même  impossible  de  faire  faire  au  bras  un  angle  de  plus  de  60  degrés  avec  l’axe 
de  la  poitrine. 

Le  malade  reporté  à  son  lit  est  très  fatigué ,  mais  ne  se  plaint  pas  de  son  poignet  ni  de 
son  épaule  après  que  les  appareils  extensifs  et  contre-extensifs  ont  été  enlevés. 

Le  7,  on  fait  une  seconde  fois  des  tentatives  de  réduction  avec  un  moufle  de  deux  cou¬ 
ples  de  quatre  poulies  chacun.  Le  membre  est  dans  la  même  position  que  dans  la  tentative 
précédente.  Il  forme  avec  la  poitrine  un  angle  presque  droit;  l’avant-bras  est  étendu  sur  le 
bras,  le  tronc  est  fixé  au  moyen  d’une  alèze  à  un  point  solide.  Cette  tentative  reste  sans 
résultat.  On  recommence  une  seconde  fois,  on  faitdes  tractions  plus  fortes...  Mais  M.  Gerdy 
remarque  sur  la  face  interne  du  bras  une  corde  fortement  tendue  qu’il  attribue  au  merf 
médian;  le  malade  souffre  beaucoup  et  se  plaint  d’engourdissement  dans  le  membre; 
craignant  la  rupture  du  nerf  médian,  on  cesse  toutes  tentatives,  et  on  les  ajourne  jusqu’à 
ce  que  des  expériences  aient  été  préalablement  faites  sur  le  cadavre. 

Première  expérience. — Le  7  mai,  un  cadavre  d’un  homme  adulte  est  très  fortement  fixé 
sur  une  table  solide  d’amphithéâtre.  Une  anse  formée  par  plusieurs  compresses  est  fixée 
au  poignet,  le  bras  fait  avec  la  poitrine  un  angle  presque  droit  rentrant  en  bas.  L’avant- 
bras  est  étendu  sur  le  bras  ;  le  moufle,  de  8  poulies  en  tout,  est  fixé  au  membre.  Un 
aide  tire  graduellement  et  fortement.  On  sent  au  bout  de  quelque  temps  une  corde 
très  forte  à  la  face  interne  du  bras,  sans  déchirure;  on  fait  la  dissection  sur  place, 
en  maintenant  le  membre  dans  la  même  tension.  Le  nerf  médian  est  très  forte¬ 
ment  porté  en  dedans  et  excessivement  tendu,  l’artère  humérale  l’est  beaucoup  moins, 
cependant  elle  l’est  plus  qu’à  l’état  normal;  le  nerf  radial  n’a  pas  de  tension  bien  forte, 
le  nerf  cubital  est  à  peu  près  aussi  tendu  que  l’artère  humérale;  la  capsule  paraît  médio¬ 
crement  tendue;  il  n’y  a  aucune  rupture  musculaire  ;  les  veines  ne  présentent  rien  de 
remarquable. 

Deux  aides  continuent  à  tirer  sur  le  membre,  toujours  au  moyen  du  moufle;  le  membre 
s’allonge  un  peu,  la  tension  augmente.  Un  troisième  aide  ajoute  ses  efforts  à  ceux  des 
deux  premiers,  le  membre  s’allonge  encore,  le  nerf  médian  et  en  même  temps  les  quatre 
compresses  pliées  en  trois  se  déchirent  subitement.  On  ne  trouve  à  la  dissection  qu’une 
rupture  du  nerf  médian  ;  les  autres  nerfs  du  plexus  brachial,  le  plexus  brachial  lui- 


GERD'*.  —  EXPÉRIENCES  SUR  LA  RÉDUCTION  DES  LUXATIONS  DE  L* ÉPAULE.  235 

même,  l’artère  et  la  veine  humérales,  n’ont  éprouvé  aucune  lésion.  De  plus,  il  n’y  a  pas 
de  déchirure  musculaire,  la  moelle  épinière  est  intacte. 

Deuxième  expérience. — Le  10  mai,  le  cadavre  d’une  femme  de  73  ans  est  fixé,  comme 
dans  la  précédente  expérience,  à  une  table.  Une  anse  formée  par  une  forte  corde  est  fixée 
autour  du  coude  ;  l’avant-bras  est  fléchi  sur  le  bras  ;  les  tractions  d’un  aide  amènent  une 
tension  très  forte  dans  la  partie  supérieure  du  bras.  Les  aponévroses,  le  nerf  cutané  in¬ 
terne,  le  nerf  radial  sont  fortement  tendus,  l’artère  humérale  l’est  aussi  très  fortement;  le 
nerf  médian  l’est  beaucoup  moins  que  dans  l’expérience  précédente. 

Sous  l’influence  des  tractions  de  deux  aides,  on  entend  des  ruptures  s’accomplir  pro¬ 
fondément  à  la  partie  supérieure  de  la  poitrine.  Alors,  à  la  dissection,  le  muscle  grand  pec¬ 
toral  est  trouvé  déchiré  presqu’en  entier  dans  son  faisceau  sternal  ;  le  muscle  petit  pectoral 
présente  quelques  petites  déchirures,  les  nerfs  et  les  vaisseaux  thoraciques  en  offrent  quel¬ 
ques  autres. 

Trois  aides  continuant  à  tirer  sur  le  membre  au  moyen  du  moufle,  le  petit  pectoral  se 
rompt  complètement,  et  avec  lui  une  partie  des  nerfs  et  des  vaisseaux  thoraciques;  les  autres 
parties  sont  très  fortement  tendues.  Quatre  aides  tirent  alors  sur  le  membre  :  il  se  fait  de 
nouvelles  solutions  très  profondes,  l’artère  humérale  se  rompt  au  niveau  des  racines  du  nerf 
médian,  l’écartement  qui  résulte  de  cette  déchirure  est  à  peu  près  de  cinq  centimètres  ; 
les  nerfs  circonflexe  et  cutané  interne ,  des  veines  nombreuses  sont  également  divisés. 
La  capsule,  les  muscles  du  bras,  les  autres  nerfs  du  bras  sont  très  fortement  tendus,  mais 
on  n’y  trouve  pas  de  déchirure.  Le  scapulum  s’étant  enfin  séparé  de  l’ extrémité  externe 
de  la  clavicule,  on  s’en  tint  là. 

Ces  expériences  avaient  été  faites  pour  s’assurer  1°  de  l’influence  des  tractions 
violentes  sur  les  différents  tissus  d’un  membre,  sur  les  muscles,  sur  les  nerfs,  sur  les  vais¬ 
seaux,  sur  les  ligaments,  et  2°  de  l’influence  différente  de  l’extension,  l’avant-bras  étant 
étendu  ou  étant  au  contraire  fléchi. 

Elles  prouvent  que  l’extension  est  capable  de  rompre  des  muscles,  mais  qu’ils 
ne  se  tendent  pas  aussitôt  que  les  nerfs,  lorsque  le  bras  soumis  à  la  traction  est  étendu 
dans  l’articulation  du  coude  et  fait  angle  droit  avec  le  tronc;  que  les  nerfs  tendus 
alors  sont,  d’abord  le  médian,  puis  le  cutané  interne,  puis  le  cubital  et  le  radial;  que 
les  vaisseaux  brachiaux  sont  moins  tendus  que  les  nerfs  ;  que,  si  l’extension  est  portée 
assez  loin,  le  médian  et  le  cutané  interne  se  rompent  les  premiers,  mais  que  la  facilité 
avec  laquelle  on  les  distingue  à  travers  l’épaisseur  de  la  peau,  pendant  les  efforts  de  trac¬ 
tion,  permet  d’arrêter  les  efforts  avant  la  rupture  de  ces  nerfs  ;  et  que  cette  précaution  est 
indispensable  si  l’on  veut  prévenir  ce  malheur  ou  seulement  des  tiraillements  qui  pour¬ 
raient  paralyser  les  fonctions  des  nerfs.  Ces  expériences  ont  également  démontré  qu’en 
faisant  l’extension  du  bras,  comme  dans  le  cas  précédent,  mais  après  avoir  pris  la  pré¬ 
caution  de  fléchir  l’avant-bras  à  20,  30  ou  40  degrés,  les  muscles  partagent  avec  les 
nerfs  les  efforts  des  tractions  ;  qu’ils  se  tendent  ensemble,  résistent  ensemble  et  se  déchi¬ 
rent  ensemble;  qu’on  est  toujours  assez  exactement  averti  de  leur  état  de  tension  sur  le 
cadavre,  par  la  roideur  qu’ils  offrent  à  travers  la  peau;  enfin,  que  l’on  peut  porter  les 
efforts  de  traction  plus  loin  sur  le  bras  fléchi  dans  l’articulation  du  coude  que  sur  le 
bras  étendu  dans  cette  jointure,  parce  que  la  traction  est  plus  égale  sur  tous  les  organes, 
muscles,  nerfs,  vaisseaux,  etc.,  du  membre  soumis  à  l’opération. 

Après  ces  expériences,  le  11  mai,  nouvelle  tentative  de  réduction:  le  tronc  est  fixé  de 
la  même  manière  qu’ auparavant,  mais  on  fait  des  tractions  sur  le  bras  seulement,  l’appa¬ 
reil  extensif  étant  appliqué  sur  le  coude,  et  l’avant-bras  fléchi  sur  le  bras.  Le  malade 
accuse  une  douleur  très  vive  au  point  où  les  liens  ont  été  appliqués,  ainsi  qu’au  niveau  de 
l’articulation  scapulo-humérale;  la  tête  de  l’humérus  ne  change  pas  sensiblement  de  place  : 
cette  tentative  est  également  infructueuse. 

Le  malade  reste  encore  quelques  jours  à  l’hôpital  ;  il  prend  quelques  bains,  les  mou¬ 
vements  de  l’épaule  sont  chaque  jour  plus  étendus  ;  enfin  le  18  il  s’enfuit  au  moment  où 
on  se  disposait  à  faire  une  dernière  tentative. 


236  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Ce  malade  a-t-il  [bien  dit  la  vérité  sur  la  date  de  sa  luxation?  L’impossibilité  où  l’on 
a  été  de  la  réduire  par  les  énergiques  moyens  que  Ton  a  mis  en  usage  permet  d’en 
douter. 


De  «tsaelapaes  danger§  «Isa  traitement  généralement  adopté 
pour  les  fractures  de  la  rotule,  par  M.  Maloaione.  ( Suite  et 
fin.  — Voir  le  numéro  précédent.) 

On  a  vu  dans  notre  premier  article,  quels  tristes  résultats  pouvait  entraîner  l’applica¬ 
tion  intempestive  des  appareils,  mais  surtout  l’immobilité  trop  prolongée  du  membre. 
Sans  m’en  tenir  à  l’objet  principal  de  ma  démonstration,  j’ai  rapporté  les  faits  dans  tous 
leurs  détails;  et  pour  ceux  qui  prendront  la  peine  de  les  étudier,  il  en  ressortira,  si  je 
ne  m’abuse,  des  conséquences  assez  curieuses  touchant  l’étiologie,  les  symptômes  et  la 
marche  des  fractures  de  la  rotule.  Ce  n’est  pas  ici  le  lieu  de  s’en  occuper;  seulement, 
quelque  soin  que  je  crusse  avoir  mis  dans  l’étude  clinique  de  ces  fractures,  une 
heureuse  circonstance  devait  me  montrer  que  j’avais  laissé  en  arrière  un  des  phéno¬ 
mènes  les  plus  importants  comme  aussi  l’un  des  plus  inattendus. 

viii«  observation.  — Fracture  directe  de  la  rotule;  autopsie  au  bout  de  deux  ans;  rac¬ 
courcissement  de  moitié  du  ligament  rotulien  ;  renversement  presque  complet  du  ligament 
inférieur. 

Un  vieillard  récemment  admis  à  Bicêtre,  dégoûté  de  la  vie,  se  pendit  et  mourut  le  14 
septembre  1842.  Il  portait  depuis  deux  ans  une  fracture  de  la  rotule  gauche  survenue  par 
l’effet  d’une  chute  dans  un  escalier,  dans  laquelle  le  genou  gauche  avait  porté  directement 
contre  une  marche.  On  l’avait  relevé  et  porté  à  son  lit.  Un  premier  médecin  consulté  avait 
méconnu  la  fracture;  un  autre  appelé  plus  tard  l’avait  bien  constatée  et  avait  appliqué  un  ap¬ 
pareil  qu’il  avait  laissé  longtemps  en  place.  Le  blessé  était  resté  longtemps  impotent;  et  dans 
les  derniers  temps  de  sa  vie,  il  clochait  encore  et  traînait  sensiblement  la  jambe  gauche.  Tels 
furent  les  renseignements  posthumes  que  nous  pûmes  recueillir;  mais  l’affaire  importante 
était  la  dissection  du  cadavre. 

Un  premier  coup  d’œil  jeté  sur  le  genou  montrait  une  fracture  transversale  avec  un  écar¬ 
tement  des  fragments  d’environ  trois  travers  de  doigt.  On  pouvait  les  rapprocher  jusqu’à  la 
distance  d’un  travers  de  doigt,  mais  pas  davantage.  La  jambe  était  amenée  facilement  à  l’ex¬ 
tension  complète;  mais  la  flexion  ne  dépassait  pas  l’angle  droit;  encore  n’arrivait-elle  à  ce 
degré  qu’à  l’aide  d’une  impulsion  très  forte  et  qui  produisait  un  craquement  sensible  dans  l’ar¬ 
ticulation. 

D’abord  je  mesurai  l’intervalle  compris  entre  la  base  de  la  rotule  et  l’épine  iliaque.  Cet 
intervalle  pour  le  côté  sain  était  de  49  centimètres,  pour  le  côté  malade  de  46  centimètres  ; 
donc  le  fragment  supérieur  était  remonté  de  3  centimètres;  cette  conclusion  était  toute  na¬ 
turelle.  Mais,  par  une  autre  conséquence,  je  m’attendais  à  retrouver  cet  intervalle  de  3  centi¬ 
mètres  entre  les  deux  fragments;  on  peut  donc  juger  de  mon  étonnement  lorsqu’une  exacte 
mensuration  me  fit  voir  les  fragments  écartés  de  5  centimètres.  Du  moins  en  mesurant  la 
hauteur  des  deux  rotules  devais-je  m’attendre  à  trouver  la  rotule  cassée  plus  longue  que 
l’autre  de 5  centimètres:  nouvelle  surprise;  la  hauteur  de  la  rotule  saine  était  de  5  centimètres; 
la  rotule  fracturée  présenta  11  centimètres:  différence,  6 centimètres.  Tout  cela  était  telle¬ 
ment  étrange  que  nous  vérifiâmes  les  mesures  à  plusieurs  reprises;  elles  restaient  exactement 
les  mêmes,  et  il  ne  s’agit  plus  que  de  rechercher  la  cause  de  si  étranges  anomalies. 

Ma  première  idée  fut  d’examiner  le  ligament  rotulien.  Il  fut  mesuré  à  sa  face  postérieure, 
où  le  point  précis  de  l’insertion  de  ses  fibres  est  si  facile  à  reconnaître  ;  à  droite ,  sa  lon¬ 
gueur  était  de  6  centimètres,  à  gauche  seulement  de  5  centimètres.  Ainsi,  et  pour  mettre 
bien  tous  les  éléments  sous  les  yeux  du  lecteur,  la  distance  totale  entre  l’épine  iliaque  et  la 
tubérosité  du  tibia  étant  de  59  centimètres,  cet  intervalle  était  ainsi  partagé  : 

De  l'épine  iliaque  à  la  base  de  la  rotule,  a  droite  49  cent. à  gauche  46  cent. 

Hauteur  de  la  rotule .  5  11 

Longueur  du  ligament  rotulien .  6  3 

Ainsi ,  premier  point ,  le  raccourcissement  du  ligament  rotulien  expliquait  parfaitement 
comment  l’alongement  de  la  rotule  étant  de  6  centimètres,  le  fragment  supérieur  n’était 


MALGAIGNE.  DANGERS  Dü  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE.  237 

pourtant  remonté  que  de  3;  et  ce  qu’on  n’aurait  jamais  osé  présumer,  ce  qui  pourtant  était 
aussi  clair  que  le  jour,  c’est  que  le  fragment  inférieur  avait  été  attiré  en  bas  par  la  ré - 
traction  de  son  ligament,  tout  autant  que  le  fragment  supérieur  en  haut  par  la  puissance  de 
ses  muscles. 

Ce  premier  point  éclairci,  il  restait  à  s’expliquer  comment  la  rotule  cassée  offrait  6  centi¬ 
mètres  de  plus  que  l’autre,  tandis  que  l’écartement  des  fragments  ne  paraissait  être  que  de 
5  centimètres.  Nous  eûmes  cette  explication  en  divisant  verticalement  l’os  et  le  cal  fibreux  ; 
il  fut  évident  alors  que  la  différence  appartenait  par  moitié  à  un  véritable  allongement  osseux 
des  fragments,  et  pour  l’autre  moitié  à  un  renflement  si  épais  et  si  solide  du  cal  fibreux  à 
ses  deux  insertions,  qu’au  toucher  il  semblait  là  faire  partie  des  fragments  osseux. 

Les  muscles  rotuliens  étaient  beaucoup  moins  épais  et  plus  pâles  que  ceux  du  côté  sain , 
d’ailleurs  infiltrés  de  graisse  entre  leurs  fibres.  Ainsi  le  vaste  interne,  à  8  centimètres  au- 
dessus  delà  rotule,  n’offrait  que  22  millimètres  d’épaisseur  du  côté  blessé,  tandis  qu’il  en 
avait  32  du  côté  sain.  La  peau  avait  partout  l’aspect  normal  ;  mais  au  niveau  du  cal  fibreux, 
le  fascia  superficialis  était  très  épaissi  et  fortement  adhérent  aux  couches  sous-jacentes.  La 
bourse  sus-rotulienne  était  perdue  dans  ces  adhérences,  et  il  fut  impossible  d’en  retrouver 
les  moindres  traces. 

Sans  compter  ce  renfort  du  fascia  superficialis,  en  disséquant  le  cal  fibreux  près  du  frag¬ 
ment  supérieur,  on  le  décomposait  en  trois  couches,  savoir:  1°  les  fibres  tendineuses  qui 
recouvrent  la  rotule  dans  l’état  normal;  une  partie  de  ces  fibres  se  continuait  directement 
avec  le  cal  ;  les  plus  profondes,  en  quittant  le  fragment  supérieur,  se  perdaient  dans  un  très 
fort  renflement  fibreux  qui  faisait  une  saillie  transversale  en  artière,  à  un  centimètre  envi¬ 
ron  au  dessous  du  fragment  osseux  et  dans  une  largeur  de  trois  centimètres;  2°  des  fibres 
appartenant  au  périoste  de  l’os,  et  qui  se  perdaient  dans  le  renflement  indiqué;  3°  enfin 
au-dessous  l’on  trouvait  des  fibres  courtes,  fibreuses,  entremêlées  de  graisse ,  nées  de  toute 
la  surface  fracturée,  et  formant  la  masse  du  renflement  indiqué ,  auxquelles  elles  donnaient 
une  consistance  très  considérable. 

Au  total,  sur  toute  la  largeur  de  ce  repli,  le  cal  fibreux  n’était  donc  constitué  que  par  le 
fascia  superficialis  et  le  prolongement  des  fibres  tendineuses  les  plus  superficielles.  Aussi 
était-il  très  mince  au  milieu,  et  il  ne  devenait  un  peu  plus  épais  que  sur  les  côtés,  où  le  ren¬ 
flement  disparaissait,  et  où  toutes  les  fibres  tendineuses,  périostales  et  celles  qui  provenaient  de 
la  surface  fracturée  descendaient  toutes  ensemble  jusqu’au  fragment  inférieur.  L’idée  que 
suggérait  cette  disposition  était  que  le  cal  fibreux  avait  été  rompu  dans  sa  partie  moyenne  par 
quelque  violence  extérieure,  et  n’avait  résisté  que  sur  les  côtés.  Cette  rupture  ayant  eu  lieu 
très  près  du  fragment  supérieur,  c’est  là  que  le  cal  était  le  plus  mince,  et  il  allait  en  s’épais¬ 
sissant  vers  le  fragment  inférieur.  Chose  à  noter  et  dont  nous  trouverons  l’explication  tout  à 
l’heure,  on  ne  distinguait  sur  ce  fragment  qu’une  seule  espèce  de  fibres  qui  paraissaient 
tendineuses;  impossible  d’en  isoler  le  périoste  ;  et  derrière  ces  fibres  se  trouvait  un  renfle¬ 
ment  fibro-adipeux  prenant  naissance  de  la  surface  supérieure  du  fragment. 

L’étude  des  fragments  était  beaucoup  plus  curieuse.  D’abord  la  fracture  siégeait  à  peu  près 
au  milieu  de  l’os,  à  3  centimètres  du  bord  supérieur,  2  centimètres  et  demi  de  l’extrémité 
inférieure.  Elle  était  à  peu  près  transversale,  un  peu  oblique  toutefois  en  bas  et  en  dedans 
et  offrant  une  surface  un  peu  inégale  ;  en  outre,  de  chaque  fragment  principal  paraissait  avoir 
été  détaché  un  fragment  secondaire;  en  sorte  que  la  fracture  était  triple  en  réalité.  L’esquille 
du  fragment  supérieur  avait  été  détachée  de  son  angle  externe;  celle  du  fragment  inférieur  de 
son  angle  interne.  Les  deux  esquilles  s’étaient  réunies  chacune  au  fragment  correspondant  par 
un  cal  osseux  d’une  certaine  largeur  ;  car  au  niveau  de  ces  esquilles,  la  rotule  cassée  offrait 
entravers  une  étendue  de  6  centimètres  et  demi;  tandis  que  la  rotule  saine,  dans  sa  plus 
grande  largeur,  avait  un  centimètre  de  moins.  A  raison  de  la  saillie  de  ces  deux  esquilles  sur 
les  côtés  opposés,  le  fragment  supérieur  paraissait  porté  à  un  centimètre  plus  en  dehors  que 
l’inférieur. 

Mais  la  fracture  ne  semblait  pas  horizontalement  dirigée  d’avant  en  arrière.  On  eût  dit 
qu’elle  s’était  faite  obliquement  en  arrière  et  en  bas.  Toutefois  nous  ne  tardâmes  pas  à 
reconnaître  que,  pour  le  fragment  supérieur,  cette  obliquité  dépendait  d’un  léger  renverse¬ 
ment  de  ce  fragment  en  haut  et  en  arrière,  comme 'il  a  été  décrit  dans  la  .première 
partie  de  ce  mémoire.  Il  en  résultait  que  la  face  articulaire  de  ce  fragment  devait  presser 
contre  le  fémur  par  sa  partie  supérieure;  et  de  fait  cette  pression  avait  produit  un  effet 
fort  étrange  ;  à  la  partie  antérieure  du  fémur,  la  synoviale  présentait  un  orifice  ovalaire  de 
22  millimètres  de  haut  sur  15  de  large,  conduisant  dans  une  arrière-cavité  fort  irrégulière, 


238  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

parsemé  dé  replis  fibreux  et  de  granulations  adipeuses,  et  reposant  sur  un  fond  quasi-carti¬ 
lagineux.  La  dissection  montra  que  le  fémur  était  légèrement  déprimé  en  ce  point,  et  un  peu 
plus  vascularisé;  mais  qu’il  était  recouvert  d’un  périoste  épais,  presque  cartilagineux,  et  for¬ 
mant  comme  une  gouttière  transversale  qui  recevait  la  portion  la  plus  élevée  de  la  face  articu¬ 
laire  du  fragment  supérieur.  Cette  face  articulaire  avait  perdu  presque  tout  son  cartilage;  il 
n’en  restait  qu’une  petite  portion  ovale  de  10  millimètres  de  haut  sur  20  de  large,  qui  se 
logeait  précisément  dans  le  creux  que  nous  venons  de  décrire;  le  reste  était  tapissé  par  un 
périoste  et  une  synoviale. 

Le  renversement  était  bien  constaté  pour  le  fragment  supérieur  ;  mais  l’inférieur  dérangeait 
toutes  nos  idées.  En  effet,  pour  peu  qu’il  eût  été  renversé,  la  surface  fracturée  aurait  dû 
regarder  en  avant  et  en  haut;  et  tout  au  rebours,  elle  semblait  regarder  en  haut  et  en  arrière. 
Ce  phénomène  demeura  longtemps  pour  nous  inexplicable ,  et  ne  fut  expliqué  que  quand  nous 
eûmes  scié  l’os  verticalement.  Alors  le  cartilage  articulaire  conservé  sur  ce  que  nous  avions 
pris  jusqu’alors  pour  la  surface  fracturée,  nous  montra  que  c’était  bien  la  face  articulaire  tournée 
presque  entièrement  en  haut;  que  la  surface  fracturée  regardait  en  avant,  la  face  antérieure  en 
bas,  l’angle  inférieur  en  arrière.  Ainsi  non-seulement  le  renversement  avait  eu  lieu;  mais 
n’étant  point  gêné  par  la  résistance  d’un  os  comme  pour  le  fragment  supérieur,  il  avait  pro¬ 
duit  cet  effet  prodigieux  d’imprimer  au  fragment  inférieur  une  rotation  presque  égale 
à  un  quart  de  cercle.  Du  reste,  en  vertu  du  temps  écoulé,  les  vives  arêtes  de  la  surface 
fracturée  étaient  émoussées,  et  l’angle  inférieur  de  l’os  même  était  notablement  aplati  et 
comme  usé. 

Nous  n’avions  plus  qu’à  rechercher  les  causes  de  la  roideur  articulaire;  et  là  encore 
mes  prévisions  furent  trompées.  Il  n’y  avait  ni  adhérences  ni  fausses  membranes  dans 
toute  l’étendue  de  l’articulation;  la  synoviale  était  d’un  jaune  brun  très-foncé,  mais  sans  nulle 
apparence  d’épaississement  ou  d’autre  lésion  organique.  Il  faut  noter  que  cette  teinte  jaune 
n’existait  pas  sur  les  cartilages,  ni  sur  la  synoviale  de  formation  nouvelle,  comme  à  la  face 
postérieure  du  cal  fibreux.  En  avant,  la  synoviale  montait  aussi  haut  sur  le  fémur  à  gauche 
qu’à  droite;  mais,  sur  le  membre  blessé,  elle  ne  se  déprimait  pas  comme  de  coutume  dans  le 
creux  sus-condylien.  Ce  creux  était  comblé  par  un  tissu  blanc,  fibreux,  très  dense,  d’aspect 
analogue  aux  cicatrices  des  brûlures. 

L’articulation  étant  ainsi  largement  ouverte  en  avant,  la  jambe  pouvait  être  fléchie  un  peu 
au  delà  de  l’angle  droit;  il  fallait  donc  attribuer  à  la  rotule  quelque  part  dans  la  résistance  à 
la  flexion.  Il  me  parut  que  cela  tenait  surtout  à  la  rencontre  du  fragment  supérieur  contre  le 
rebord  supérieur  de  la  poulie  fémorale.  Mais  évidemment  il  y  avait  un  autre  obstacle,  puisque 
l’ablation  même  de  la  rotule  ne  permettait  pas  encore  la  flexion  complète.  En  forçant  la 
flexion,  nous  vîmes  les  ligaments  croisés  se  tendre  fortement;  en  rapprochant  le  talon  de  la 
fesse,  j’entendis  un  craquement  et  je  vis  qu’ils  avaient  souffert  une  déchirure.  Je  ne  finirai 
pas  sans  noter  qu’à  sa  partie  postérieure,  où  le  mouvement  ne  se  faisait  pas  pendant  la  vie, 
la  synoviale  reprenait  peu  à  peu  sa  teinte  normale,  et  était  ainsi  moins  altérée  qu’en  avant  où 
le  mouvement  s’était  conservé. 

Voilà  une  autopsie  assez  minutieuse;  mais  le  lecteur  m’excusera  peut-être  en  réfléchis¬ 
sant  qu’elle  est  la  première  de  ce  genre,  et  en  considérant  la  nouveauté  et  l’importance 
des  faits  qui  s’y  sont  révélés.  Avait-on  eu  jusque-là  la  moindre  idée  de  ce  raccourcisse¬ 
ment  du  ligament  rotulien,  qui  peut  perdre  ainsi  jusqu’à  la  moitié  de  sa  longueur  pri¬ 
mitive?  Aurait-on  soupçonné  un  semblable  renversement  du  fragment  inférieur,  ren¬ 
versement  dont  la  rétraction  du  ligament  rotulien  est  encore  l’agent  presque  unique? 
Dans  la  roideur  du  genou,  on  accuse  généralement  la  secheresse  de  l’articulation  ou  des 
adhérences  ;  et  nous  avons  vu,  en  dehors  de  ces  obstacles  hypothétiques,  un  obstacle 
tout  nouveau  dans  la  rétraction  des  ligaments  croisés;  à  laquelle  il  faut  ajouter  pro¬ 
bablement  l’engagement  du  fragment  supérieur  dans  l’arrière  cavité  de  la  synoviale,  et 
la  rencontre  de  ce  fragment  avec  le  rebord  de  la  poulie  fémorale.  Ce  tissu  de  cicatrice 
remplissant  le  creux  sus-condylien  indiquerait-il  aussi  que  la  synoviale  avait  été  là  arra¬ 
chée  de  l’os  par  la  cause  fracturante?  Quoi  qu’il  en  soit,  la  plupart  de  ces  fâcheuses  con¬ 
ditions  doivent  être  légitimement  rapportées  au  mode  de  traitement  suivi,  et  c’est  ainsi 
que  cette  longue  autopsie  devait  tenir  une  place  considérable  dans  ce  mémoire. 

D’ailleurs  elle  n’est  déjà  plus  isolée.  Etudiez  les  fractures  de  rotule  déposées  au  musée 
Dupuytren;  vous  y  retrouverez  à  divers  degrés  le  renversement  du  fragment  inférieur. 


MALGAIGNE.  —  DANGERS  DU  TRAITEMENT  t)ES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE.  239 

M.  Malespine  m  a  fait  voir  tout  nouvellement  une  pièce  fraîche  qui  répète  les  principales 
circonstances  de  1  observation  qui  précède  ;  et  bien  que  des  autopsies  aussi  longues  soient 
un  peu  pénibles  à  lire,  celle-ci  vaut  la  peine  d’être  également  rapportée. 

ixe  observation.  Double  fracture  transver  sale  de  la  rotule;  autopsie  au  bout  de  trois  ans ; 
raccourcissement  du  ligament  rotulien  ;  renversement  complet  du  fragment  inférieur. 

Le  sujet  était  un  aliéné  âgé  d’une  quarantaine  d’années,  mort  il  y  a  quelques  jours  à  l’hos¬ 
pice  de  Charenton.  D’après  les  renseignements  donnés  par  sa  famille,  la  rotule  gauche  s’était 
cassée  pour  la  première  fois  trois  ans  auparavant;  en  voulant  lancer  un  coup  de  pied,  le  sujet 
avait  perçu  dans  le  genou  un  craquement  subit  et  une  douleur  vive;  et  l’on  avait  appliqué  un 
appareil  quil  avait  gardé  trois  mois.  Un  peu  plus  tard,  en  montant  les  marches  du  Pont- 
Neuf,  il  avait  fait  un  faux-pas;  de  là  un  nouveau  craquement  et  une  nouvelle  fracture  du  môme 
os,  dans  un  autre  point  que  la  première.  Les  deux  fractures  semblaient  donc  avoir  été  opérées 
par  1  action  musculaire;  toutefois  cette  hypothèse  était  fortement  ébranlée  parla  présence  de 
deux  esquilles  attenant  l’une  au  fragment  supérieur,  l’autre  à  l’inférieur. 

Quant  aux  suites,  la  marche  n’était  pas  bien  assurée,  puisque  le  malade  s’était  fait  confectionner 
une  genouillière,  qu  il  portait  habituellement.  Son  père  ajouta  qu’il  ne  boitait  pas  même  la 
genouillière  ôtée.  Je  ne  vis  point  le  cadavre;  mais  j’eus  sous  les  yeux  les  pièces  assez  com¬ 
plètes,  le  fémur,  le  tibia  et  la  rotule  des  deux  côtés. 

Donc,  au  premier  coup-d’œil,  la  rotule  gauche  paraissait  divisée  en  trois  fragments  de  vo¬ 
lume  presque  égal,  séparés  par  deux  intervalles  fibreux  très  considérables.  La  hauteur 

totale  de  1  os  ainsi  disjoint  étant  de .  15  centimètres  et  demi, 

Le  fragment  supérieur  avait .  3  centimètres, 

Le  premier  intervalle  fibreux . .  2  centimètres  et  demi, 

Le  deuxième  fragment .  2  centimètres  et  demi, 

Le  deuxième  intervalle  fibreux .  5  centimètres, 

Le  fragment  inférieur .  2  centimètres  et  demi. 

Les  fractures,  en  général  transversales,  semblaient  peu  régulières  ;  le  fragment  moyen,  par 
exemple,  avait  toute  sa  hauteur  à  sa  face  articulaire  ,  tandis  qu’en  avant  il  ne  présentait 
quun  dos  d  âne,  comme  si  les  deux  fractures  qui  l’avaient  isolé  eussent  été  faites  en  biseau 
aux  dépens  de  la  face  antérieure.  Le  fragment  inférieur  présentait  à  son  angle  externe  un 
petit  fragment  réuni  par  un  cal  osseux;  le  supérieur  en  offrait  un  analogue,  mais  à  son  angle 
interne.  Malgré  leur  réunion  osseuse,  ces  petits  fragments  débordaient  notablement  le  bord 
naturel  des  gros  fragments  auxquels  ils  s’étaient  rejoints  ;  ainsi  la  largeur  du  fragment  moyen, 
qui  représentait  exactement  celle  de  la  rotule  saine,  était  de  47  millimètres;  celle  du  frag¬ 
ment  supérieur  de  50,  et  celle  du  fragment  inférieur  de  55  millimètres.  En  même  temps  il 
convient  d  ajouter  que  1  esquille  du  Iragment  supérieur  dépassait  un  peu  son  bord  inférieur, 
de  même  que  l’esquille  du  fragment  inférieur  dépassait  son  bord  supérieur. 

Les  deux  portions  fibreuses  étaient  d’une  épaisseur  très  considérable  au  centre,  d’où  elles 
allaient  en  s’amincissant  beaucoup  sur  les  parties  latérales.  Ainsi  pour  la  première,  près  du 
fragment  supérieur,  au  centre,  nous  trouvâmes  9  millimètres  d’épaisseur,  et  6  millimètres 
plus  bas,  près  du  fragment  moyen.  Il  y  avait  quelque  chose  de  semblable  pour  la  deuxième  ; 
près  du  fragment  moyen,  elle  n’offrait  que  6  à  7  millimètres  d’épaisseur,  tandis  qu’elle  en 
donnait  il  près  du  fragment  inférieur.  D’où  il  suit  que  l’épaisseur  du  cal  fibreux  diminuait  à 
mesure  quil  s’éloignait  des  extrémités  de  la  rotule:  ou  bien  encore  qu’il  était  d’autant  plus 
épais  qu’il  s’insérait  à  de  plus  larges  surfaces  osseuses. 

Et  de  fait,  cette  dernière  conséquence  se  réalisait  aux  yeux,  en  mesurant  l’épaisseur  des 
deux  fragments  extrêmes  près  du  bord  où  s’insérait  le  cal  fibreux,  et  en  les  comparant  à 
l’épaisseur  du  fragment  moyen.  Celui-ci  n’avait  que  15  millimètres;  les  autres  chacun  2  cen¬ 
timètres;  et  du  côté  externe  où  cette  épaisseur  se  maintenait  le  mieux,  le  cal  fibreux  était 
lui-même  plus  épais,  tandis  qu’il  s’amincissait  davantage  du  côté  interne  en  rapport  avec 
l’amincissement  des  fragments  dans  le  même  sens.  Toutefois  il  est  remarquable  que  le  cal 
était  plus  épais  près  du  fragment  inférieur;  et  ceci  fut  vérifié  une  seconde  fois  pour  ne  pas 
laisser  le  moindre  doute. 

Des  mesures  étant  prises  également  sur  le  ligament  rotulien,  nous  constatâmes  qu’il 
avait  une  étendue  de  4  centimètres  en  arrière,  depuis  ses  insertions  visibles  à  la  rotule  jus¬ 
qu’au  point  où  le  scalpel  l’avait  décollé  du  tibia.  Le  ligament  du  côté  sain  offrait  5  centi¬ 
mètres,  le  î  accourcissement  était  donc  d  un  cinquième,  Près  de  son  insertion  tibiale,  le  ligq- 


240  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

ment  sain  avait  3  millimètres  d’épaisseur,  et  6  millimètres  à  son  insertion  rotulienne.  Le  liga¬ 
ment  raccourci  offrait  en  bas  3  millimètres  et  demi  d’épaisseur,  allait  en  augmentant  légèrement 
jusque  près  de  la  rotule,  puis  tout  d’un  coup  se  renflait  pour  recouvrir  toute  la  surface  osseuse 
qui  se  présentait  à  lui  et  n’offrait  pas  alors  moins  de  17  millimètres.  L’épaisseur  de  la  rotule 
tout  près  de  cette  insertion  était  de  23  millimètres  ;  et  il  est  à  noter  que  c’était  ainsi  une  sur¬ 
face  de  23  millimètres,  sans  sommet,  ni  angle,  ni  pointe,  qui  regardait  ainsi  directement  en 
bas  et  recevait  les  insertions  du  ligament.  Si  le  ligament  n’occupait  pas  toute  cette  longueur, 
c’est  qu’en  arrière  il  y  avait  une  pointe  osseuse  qui  s’en  détachait  et  n’était  recouverte  d’au¬ 
cun  tissu  fibreux. 

Quelle  était  cette  pointe  ?  et  d’un  autre  côté  qu’était  devenu  l’angle  inférieur  de  la  rotule, 
remplacé  par  une  si  large  surface  ?  En  examinant  avec  attention  le  fragment  inférieur,  on 
était  également  frappé  d’un  autre  phénomène,  savoir:  que  la  face  postérieure,  rugueuse, 
inégale,  avec  une  saillie  plus  forte  en  bas  qu’en  haut,  n’offrait  aucune  trace  de  cartilage  arti¬ 
culaire.  Ne  pouvant  scier  la  pièce,  nous  en  étions  réduits  à  la  déduction  toute  logique  qu’il  y 
avait  eu  renversement  du  fragment  comme  dans  l’observation  précédente  ,  c’est-à-dire  que  le 
sommet  ou  l’angle  inférieur  de  la  rotule  regardait  en  arrière,  la  face  antérieure  en  bas,  la 
face  articulaire  en  haut;  et  que  la  surface  fracturée,  qui  aurait  dû  naturellement  regarder  en 
haut,  était  tournée  directement  en  avant,  de  façon  à  être  prise  par  un  observateur  inexpéri¬ 
menté  pour  la  propre  face  antérieure.  Mais,  toute  légitime  qu’elle  fût,  cette  déduction  ne  pou¬ 
vait  remplacer  la  preuve  matérielle  et  visible;  je  me  permis  donc  de  faire  sur  un  côté  du 
fragment  une  très  petite  incision  qui  suffit  cependant  pour  mettre  en  toute  évidence  le  carti¬ 
lage  articulaire  regardant  en  haut  et  recouvert  par  les  insertions  du  cal  fibreux.  Par  là  aussi 
s’expliquaient  les  différences  d’épaisseur  du  fragment  offrant  2  centimètres  en  haut  et  23  mil¬ 
limètres  en  bas,  ce  qui  est  tout  le  contraire  de  l’état  normal. 

Les  choses  ainsi  vérifiées,  il  était  facile  de  mesurer  à  quelle  hauteur  avait  eu  lieu  la  fracture 
qui  avait  séparé  ce  fragment  des  autres.  Elle  se  trouvait  à  21  millimètres  de  l’angle  infé¬ 
rieur,  était  à  très  peu  près  transversale;  dans  l’épaisseur  du  cal  fibreux,  on  sentait  une 
crête  dure  qui  semblait  s’élever  du  cartilage  articulaire  ;  mais  l’exploration  avec  une  épingle 
montra  que  ce  n’était  point  une  concrétion  osseuse ,  comme  le  tact  aurait  pu  le  faire 
supposer. 

Nous  n’avions  rien  à  rechercher  sur  le  fragment  moyen,  puisque  le  principal  moyen  d’explo¬ 
ration,  la  section  par  la  scie,  nous  était  enlevé. 

Mais  il  était  curieux  de  voir  si  le  fragment  supérieur  n’aurait  pas  subi  lui-même  quelque 
renversement.  La  face  antérieure  n’indiquait  rien  à  cet  égard,  les  aspérités  du  bord  de  la 
fracture  étant  aplanies  par  l’effet  du  temps.  Vu  par  sa  face  postérieure,  ce  fragment  semblait 
d’abord  déjeté  beaucoup  en  dedans  ;  car  un  fil  d’aplomb  tombant  au  milieu  du  ligament  rotu- 
lien  répondait  à  15  millimètres  seulement  en  dedans  de  son  bord  externe.  Manifestement  aussi 
il  était  plus  rapproché  du  fragment  moyen  par  son  côté  interne,  même  sans  faire  état  de  la 
saillie  en  ce  sens  de  sa  petite  esquille.  Enfin  son  bord  supérieur  semblait  plus  incliné  en  de¬ 
dans  que  de  coutume,  et  la  crête  saillante  du  cartilage  conséquemment  un  peu  plus  inclinée  en 
dehors.  Voilà  pour  le  déjettement  en  dedans. 

Il  paraissait  de  plus  être  renversé  en  haut  et  en  arrière,  par  un  mouvement  analogue  à  celui 
du  fragment  inférieur,  non  pas  pourtant  porté  si  loin.  Ainsi  en  tenant  la  pièce  suspendue  au 
tendon  rotulien,  la  face  cartilagineuse  était  portée  plus  en  arrière  de  6  millimètres  par  en 
haut  que  par  en  bas.  On  eût  dit  même  que  ce  renversement  n’avait  été  borné  que  par  le  fémur; 
le  frottement  qui  en  était  résulté  avait  produit  un  effet  considérable,  c’est-à-dire  que  le  car¬ 
tilage  articulaire,  visible  sur  presque  toute  cette  face,  était  absolument  détruit  à  la  partie 
supérieure  de  la  facette  externe,  là  où  la  saillie  en  arrière  était  la  plus  forte;  et  l’os  même 
avait  subi,  sans  altération  morbide,  une  perte  de  substance  d’un  à  2  millimètres  d’épaisseur. 
Au  contraire,  par  en  bas,  le  cartilage  était  recouvert  par  du  tissu  fibreux  qui  s’y  insérait  très 
bien  sans  que  les  deux  tissus  se  fondissent  l’un  dans  l’autre  ;  et  une  incision  les  montrait 
nettement  avec  leur  apparence  propre  et  naturelle.  Il  faut  dire  cependant  que  l’épaisseur  en 
était  fort  diminuée;  au  centre  de  la  rotule  saine,  le  cartilage  était  épais  de  9  millimètres; 
en  aucun  point  de  la  rotule  fracturée  il  n’en  avait  plus  de  trois  ou  quatre.  Enfin  la  surface 
représentée  par  la  base  de  l’os  paraissait  plus  horizontale  que  de  coutume;  conséquence 
nécessaire  du  renversement  qui  vient  d’être  décrit. 

L’articulation  était  largement  ouverte,  et  la  pièce  avait  été  plongée  dans  l’alcool  camphré; 
nous  ne  pûmes  donc  constater  jusqu’où  s’étendait  la  flexion  et  par  quel  obstacle  elle  était 
limitée.  11  n’y  avait  du  moins  aucune  sorte  d’adhérences;  la  synoviale  était  blanche.  Elle 


MALGAIGNE.  —  DANGERS  DU  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE.  241 

offrait  en  avant  et  en  haut  une  ouverture  avec  une  petite  cavité  qui  répondait  à  la  face  arti¬ 
culaire  du  fragment  supérieur;  au  dessous  de  cette  cavité  les  tissus  étaient  imbibés  de  sang, 
mais  non  encore  convertis  en  cartilage.  Peut-être  le  fémur  était-il  légèrement  déprimé  en 
ce  point.  . 

Enfin,  le  cartilage  de  la  poulie  fémorale  était  aminci  et  même  en  partie  détruit  à  sa  partie 
supérieure. 

Une  double  fracture  transversale  de  la  rotule  est  bien  rare;  et  jusqu’ici  c’est  le  seul 
exemple  qui  en  soit  venu  à  ma  connaissance.  Je  regrette  beaucoup  de  n’avoir  pas  obtenu 
plus  de  renseignements,  comme  aussi  de  n’avoir  pu  compléter  la  dissection  par  la  sec¬ 
tion  des  fragments  osseux  ;  mais  les  détails  de  la  première  autopsie  suppléeront  facile¬ 
ment  à  ce  qui  manque  à  celle-ci.  Ce  qu’il  importe  surtout  de  remarquer,  c’est  ce  ren¬ 
versement  si  complet  du  fragment  inférieur,  bien  que  le  raccourcissement  du  ligament 
ne  dépassât  pas  un  cinquième  de  sa  longueur  primitive.  La  cavité  accidentelle  de  la  sy¬ 
noviale  était  moins  profonde  que  dans  le  premier  cas.  Si  la  fracture  avait  été  plus  an¬ 
cienne,  se  serait-il  à  la  fin  formé  une  cavité  articulaire?  Cela  me  paraît  fort  probable  ; 
peut-être  même  cela  s’était-il  réalisé  dans  deux  cas  assez  obscurément  décrits  ;  l’un  par 
Walther  qui  le  rapporte  à  une  luxation  en  haut  de  la  rotule,  l’autre  par  M.  Cruveilhier, 
dont  voici  les  propres  paroles  : 

€  Le  fragment  supérieur  était  reçu  dans  une  cavité  accidentelle ,  creusée  au  dessus  des 
condyles ,  et  recouverte  par  une  substance  fibreuse  lisse ,  sans  cartilage.  » 

Cela  veut-il  dire  qu’elle  était  vraiment  creusée  sur  l’os?  c’est  ce  que  je  ne  veux  point 
décider. 

Le  raccourcissement  du  ligament  rotulien  est  assurément  l’œuvre  de  la  nature;  mais 
il  restait  à  savoir  si  le  raccourcissement  du  fragment  inférieur  était  également  spontané, 
ou  s’il  avait  besoin  de  la  pression  de  quelque  appareil  pour  se  produire.  Or,  j’ai  précisé¬ 
ment  dans  mon  service  à  l’hôpital  clinique,  une  femme  qui  permet  de  résoudre  cette  der¬ 
nière  question  ;  elle  porte  une  fracture  de  la  rotule  droite  depuis  quatre  mois  et  demi  seu¬ 
lement;  elle  a  été  traitée  par  le  séjour  au  lit,  mais  sans  aucun  appareil,  et  même  sans 
le  plus  simple  bandage;  et  cependant  déjà,  outre  une  roideur  excessive,  elle  offre  un 
raccourcissement  notable  du  ligament  rotulien  et  un  renversement  sensible  du  fragment 
inférieur.  J’aurai  probablement  à  publier  plus  tard  l’observation  de  cette  femme,  que 
j’essaie  actuellement  de  guérir  de  sa  roideur. 

De  tous  les  faits  rapportés  jusqu’ici,  il  est  permis  de  conclure  je  pense, 

1°  Qu’il  est  dangereux  de  maintenir  le  membre  dans  une  immobilité  trop  prolongée  ; 
et  j’ajouterai  ici,  d’après  ma  propre  expérience,  que  30  à  35  jours  suffisent  pour  la  con¬ 
solidation  soit  fibreuse,  soit  osseuse;  et  qu’après  ce  terme  expiré  il  convient  d’exercer 
le  membre  ; 

2°  Que  l’appareil,  quel  qu’il  soit,  ne  doit  être  appliqué  qu’après  la  chute  de  l’inflam¬ 
mation,  et  que  celle-ci  doit  être  préalablement  combattue  avec  énergie  ; 

3°  Que  tout  appareil  doit  agir  à  la  fois  sur  les  deux  fragments,  pour  s’opposer  à  la 
rétraction  du  ligament  rotulien  et  au  renversement  du  fragment  inférieur. 

Mais  enfin,  en  prenant  contre  la  roideur  consécutive  de  la  jointure  toutes  les  précau¬ 
tions  convenables,  la  liberté  des  mouvements  étant  recouvrée,  est-il  vrai,  comme  l’ont 
cru  plusieurs  chirurgiens,  que  le  cal  fibreux  qui  réunit  les  deux  fragments  ne  sera  pas 
pour  le  malade  une  cause  incessante  de  gêne  et  même  de  péril?  Camper,  s’appuyant  sur 
des  observations  assez  nombreuses,  déclarait  que  si  dans  les  premiers  temps  la  faiblesse 
du  genou  et  la  claudication  étaient  inévitables,  il  suffisait  d’une  année  ou  quelque  peu 
plus  pour  rendre  au  membre  toute  sa  force,  permettre  aux  sujets  de  monter  et  descendre 
un  escalier  sans  difficulté  ;  et  il  concluait  que  la  fracture  en  travers  de  la  rotule  n’était 
nullement  grave,  pourvu  que  l’on  n’essayât  pas  la  réduction  et  la  consolidation  des  frag¬ 
ments.  C  était  aller  fort  loin  ;  car  il  citait  lui-même  le  cas  d’une  dame,  qui,  portant  à  la 
vérité  un  écartement  de  trois  travers  de  doigt,  au  bout  de  quatre  années  boitait  encore. 
B.  Bell  corrigea  cette  exagération,  et  limita  à  un  pouce  l’écartement  qui  permettait  au  genou 

e-  n 


242  TRAVAUX.  ORIGINAUX. 

de  redevenir  aussi  solide  que  l’autre.  Boyer  a  copié  Bell;  mais  M.  Velpeau,  revenant  aux 
idées  de  Camper,  affirme  qu’il  a  vu  des  fractures  avec  deux  ou  trois  pouces  d  écartement 
qui  n’avaient  pas  empêché  les  fonctions  de  la  jambe  de  se  rétablir  ;  et  la  plupart  des  chi¬ 
rurgiens,  en  admettant  quelque  incommodité  peut-être,  ne  semblent  pas  du  moins  se 
clouter  qu’il  y  ait  le  moindre  péril. 

Quant  à  l’incommodité,  je  déclare  que,  pour  mon  compte,  je  l’ai  toujours  trouvée  con¬ 
stante  ;  et  je  ne  puis  m’expliquer  les  assertions  contraires  que  par  quelque  inexactitude 
dans  l’examen.  Lorsque  je  soutenais  mon  opinion  dans  le  commencement,  plus  d  une 
fois  je  m’entendis  opposer  la  guérison  de  M.  A.  C.,  qui  fait  le  sujet  de  ma  quatrième 
observation ,  de  telle  sorte  que  je  me  crus  obligé  de  la  vérifier  moi-même.  On  a  vu  à 
quoi  se  réduisait  cette  guérison,  vue  de  près.  Outre  une  flexion  très  limitée,  une  mé¬ 
fiance  continuelle  de  la  solidité  de  son  membre,  qui  l’empêche  d’aller  à  cheval  au  trot, 
de  monter  deux  degrés  à  la  fois,  et  même  de  courir  un  peu  fort  sur  un  plan  uni,  le  blessé 
est  devenu  incapable  de  porter  un  fardeau  un  peu  lourd,  le  genou  menaçant  de  fléchir 
sous  le  poids.  Et  cependant  l’écartement  est  de  beaucoup  moindre  d’un  pouce  ;  il  ne  dé¬ 
passe  pas  22  millimètres. 

Mais  si,  à  la  place  d’un  homme  de  loisir  ,  ou  adonné  à  une  profession  libérale,  on  a 
affaire  à  un  ouvrier,  les  conséquences  sont  bien  autrement  graves.  J’ai  vu  un  tourneur 
obligé  de  renoncer  à  son  état,  faute  de  pouvoir  se  tenir  debout  sur  sa  jambe  ;  les  forts  de 
la  halle  perdent  le  tiers  ou  moitié  de  leur  force  pour  porter  des  fardeaux  ;  le  sujet  de  ma 
6e  observation  était  tombé  de  200  kilogrammes  à  125  ;  celui  de  la  3e,  plus  malheureux 
encore,  au  lieu  de  600  livres  n’en  pouvait  plus  guères  porter  que- 200,  ayant  ainsi  perdu 
les  deux  tiers  de  sa  force.  Ajoutez  que  les  longues  courses  deviennent  très  fatigantes  ; 
et  par  exemple  ce  même  malade  de  la  6e  observation,  qui  faisait  avant  sa  fracture  15  à 
20  lieues,  était  obligé,  plus  tard,  de  terminer  sa  journée  après  une  route  de  dix  a  douze. 

Il  y  a  alors,  lorsque  la  roideur  a  à  peu  près  disparu,  un  phénomène  curieux  qui  n’avait 
pas  été  suffisamment  apprécié.  Ainsi  la  plupart  des  auteurs  ont  écrit  que  les  blessés  fa¬ 
tiguent  surtout  en  montant  ;  et  dans  la  plupart  des  observations  jusqu’ici  rapportées,  nous 
avons  vu  la  montée  plus  facile  que  la  descente.  C’est  que  pour  descendre  un  escalier,  il 
faut  fléchir  la  jambe  à  un  degré  difficile  à  atteindre  lorsque  le  genou  a  conservé  quelque 
roideur  ;  et  la  roideur  est  conséquemment  le  principal  obstacle.  Quand  la  flexion  est  de¬ 
venue  suffisamment  libre,  il  reste  la  faiblesse  du  genou,  dépendant  à  la  fois  de  l’allonge¬ 
ment  de  la  rotule  et  de  sa  réunion  imparfaite  ;  delà  le  besoin  d’un  effort  plus  qu’ordi¬ 
naire  pour  relever  la  cuisse  et  tout  le  corps  sur  cette  jambe  lorsqu’on  l’a  posée  sur  la 
marche  supérieure.  On  voit  donc  que,  suivant  les  cas,  la  difficulté  est  plus  grande,  soit 
pour  la  montée,  soit  pour  la  descente;  mais  l’un  et  l’autre  exercices  restent  toujours  fati¬ 
gants,  surtout  lorsque  les  marches  sont  un  peu  hautes;  et,  pour  s’en  convaincre,  on  n’a 
qu’à  faire  monter  ou  descendre  deux  ou  trois  marches  à  la  fois  aux  blessés  dont  le  genou 
paraît  le  plus  solide,  pour  voir  aussitôt  la  gêne  et  l’embarras  reparaître. 

Cette  faiblesse  de  l’appareil  extenseur  est  généralement  en  rapport  direct  avec  les 
deux  conditions  suivantes,  la  longueur  plus  grande  du  cal  fibreux  et  sa  moindre  épais¬ 
seur.  Tantôt  l’extension  peut  se  faire  complètement,  mais  avec  si  peu  de  force  qu’elle 
ne  saurait  se  maintenir  contre  le  moindre  effort  ;  tel  était  le  cas  de  notre  sixième  malade 
qui  ne  pouvait  tirer  son  bas  qu’en  renversant  la  jambe  de  côté;  tantôt,  comme  dans  ma 
troisième  observation,  l’extension  n’est  même  pas  complète.  Camper  a  dit,  à  la  vérité, 
qu’au  bout  d’un  an  ou  plus,  la  force  revenait  dans  le  membre;  mais  bien  qu’une  sem¬ 
blable  attente  soit  déjà  fort  pénible,  l’exemple  de  Pierre  Poucet  montre  assez  que  le  pro¬ 
nostic  de  Camper  est  fort  incertain.  On  comprend  combien  une  semblable  disposition 
doit  rendre  la  marche  douteuse  et  les  occasions  de  chutes  fréquentes  :  «  Nous  connais¬ 
sons  à  Paris,  dit  Boyer,  plusieurs  personnes  qui  sont  dans  ce  cas ,  et  qui  ont  été  obligées 
d’adopter  l’usage  d’une  genouillière  propre  à  empêcher  la  flexion  du  genou ,  mais  qui 
n’empêche  pas  que  la  marche  ne  soit  très  pénible  et  ne  puisse  avoir  lieu  qu’avec  le  secours 
d’un  bras ,  d’une  canne  ou  d’une  béquille.  » 


MALGAIGNE.  “—DANGERS  DU  TRAITEMENT  DES  FRACTURES  DE  LA  ROTULE.  243 

Enfin  1  infirmité  peut  aller  plus  loin  encore.  John  Hunter  rapportait,  dans  ses  Leçons 
de  chirurgie,  1  histoire  d  une  dame  qui,  ayant  eu  la  rotule  fracturée,  et  ayant  été  traitée 
sans  appareil,  avait  absolument  perdu  l’usage  de  son  membre,  et  ne  pouvait  bouger  de 
place  qu’au  moyen  d’une  chaise  à  roulettes.  Lorsqu’elle  était  assise  sur  une  table  ou  sur 
une  chaise  élevée,  on  faisait  facilement  mouvoir  sa  jambe  en  avant  et  en  arrière  ;  mais 
les  muscles  rotuliens  ne  se  contractaient  point,  et  les  mouvements  étaient  tout  à  fait  pas¬ 
sifs.  Ce  triste  état  de  choses  durait  déjà  depuis  plusieurs  années  lorsque  Hunter  la  vit; 
apiès  avoir  passé  toute  une  nuit  à  méditer  sur  le  cas,  le  grand  chirurgien  recommanda 
à  la  malade  d  essayer  de  mouvoir  volontairement  le  genou,  et  de  renouveler  cet  essai 
aussi  souvent  que  possible,  tous  les  jours  durant  un  mois.  D’abord  ces  essais  n’eurent 
aucun  résultat;  puis  peu  à  peu  le  mouvement  revint,  et  la  dame  put  marcher  au  bout  de 
trois  ou  quatre  mois.  A.  Cooper,  instruit  par  l’exemple  de  Hunter,  obtint  un  succès 
tout  semblable  chez  une  jeune  dame  qui,  par  suite  de  fracture  des  deux  rotules,  avait 
absolument  perdu  depuis  huit  mois  l’usage  de  ses  jambes. 

Ce  n  est  pas  tout,  et  d  autres  périls  naissent  pour  les  malades  de  la  réunion  incomplète 
de  la  rotule. 

On  trouve  dans  le  recueil  de  Schenkius,  une  observation  fort  concise  d’Isaïe  Meuschner, 
touchant  le  secrétaire  du  marquis  de  Bade  qui,  après  avoir  eu  la  rotule  rompue  d’un 
coté,  s  était  brisé  l’autre  rotule;  mais  ce  fait  était  resté  inaperçu  et  oublié,  lorsque  Brom- 
feild,  près  de  deux  siècles  plus  tard,  observa  le  premier  que  la  faiblesse  de  la  jambe 
blessée  obligeant  les  sujets  à  reporter  le  poids  du  corps  sur  l’autre  jambe,  la  rotule 
saine,  soumise  à  des  efforts  incessants  et  plus  puissants  qu’à  l’état  normal,  est  exposée  à 
sc  loinpie  pai  la  seule  traction  musculaire.  Camper  dit  avoir  vu  de  nombreux  exemples 
de  cette  fracture  secondaire  et  chez  des  hommes  et  chez  des  femmes y  A.  Cooper  l’a  vue 
aussi  fréquemment  arriver;  et  il  rapporte  le  fait  d’une  jeune  dame  à  laquelle  il  avaif 
prescrit  une  genouillière  pour  une  rotule  mal  réunie,  en  vue  seulement  de  préserver 
1  autre  rotule.  M.  Velpeau  a  traité  une  dame  qui  se  cassa  la  seconde  rotule  18  mois  après 
la  fracture  de  la  première.  Pour  mon  compte,  je  n’ai  vu  qu’un  seul  cas  de  ce  genre,  en¬ 
core  peut-être  un  peu  équivoque;  je  le  rappellerai  tout  à  l’heure. 

11  est  beaucoup  plus  fréquent  de  voir  le  cal  fibreux  se  rompre  par  suite  d’une  chute 
ou  d’un  effort;  et  l’on  n’a  pas  donné  à  cet  accident  toute  l’attention  qu’il  mérite.  Ileister 
est  le  premier  qui  en .  fasse  mention;  je  sais ,  dit-il,  que  cette  rupture  est  arrivée  chez 
plusieurs  sujets ,  et  j  en  ai  été  témoin  moi-même.  Morgagni  en  rapporte  deux  cas ,  dont 
1  un  déterminé,  par  une  flexion  violente  du  genou,  sur  une  rotule  dont  les  fragments  n’of¬ 
fraient  qu’un  travers  de  doigt  d’écartement.  A.  L.  Richter  en  a  vu  aussi  un  cas,  et  il 
cite  de  plus  un  sujet  observé  par  Ortalli  qui,  dans  l’espace  de  six  ans,  s’était  rompu 
quatre  fois  le  cal  fibreux.  On  lit  dans  1  e  Répertoire  d’ anatomie  et  de  physiologie,  l’histoire 
d’un  homme  traité  en  1813,  à  l’Hôtel-Dieü,  d’une  première  fracture  delà  rotule  et  qui 
y  rentra  pour  une  seconde  arrivée  quatre-vingts  jours  après.  Un  exemple  plus  récent  a 
été  observé  à  la  clinique  de  M.  Roux  en  1841  :  Un  tailleur  de  pierre,  à  la  suite  d’une 
fracture  de  la  rotule,  avait  l’articulation  très  roide';  dans  un  mouvement  trop  brusque 
pour  déterminer  la  flexion,  le  cal  fibreux  se  rompit ,  et  il  fallut  réappliquer  de  nouveau 
le  bandage.  M.  Velpeau  a  donné  l’observation  d’un  garçon  tonnelier,  parfaitement  quéri 
d’une  fracture  de  la  rotule  au  40*  jour,  et  qui,  un  mois  plus  tard,  se  rompit  le  cal  fibreux 
dans  une  chute.  Enfin  nous  avons  vu,  dans  le  dernier  concours  pour  une  chaire  de  clini- 
que,  une  jeune  femme  qui  échut  pour  sujet  de  leçons  à  l’un  des  compétiteurs  et  qui 
s’était  aussi  rompu  quatre  fois  la  rotule;  et  la  dernière  fois  notamment  en  sortant  de  la 
mairie  où  étaient  affichés  les  bancs  de  son  mariage. 

Dans  tous  ces  cas,  la  rupture  n’avait  engendré  aucùn  et  sérieux  accident  ;  à  part  peut- 
être  le  tailleur  de  pierre  de  F  Hôtel-Dieu,  qui  sortit  avec  des  béquilles,  tous  les  autres 
se  trouvaient,  après  un  traitement  convenable,  aussi  parfaitement  guéris  qu’ auparavant. 
Triste  guérison,  qui  laisse  exposé  à  des  récidives  de  cette  nature!  Je  ne  sais,  du  reste,* 
"’il  faut  prendre  au  sérieux  l’anecdote  racontée  par  Bromfeild  d’un  chirurgien  de  Lon- 


244  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

dres,  tellement  ennemi  de  la  réunion  de  cette  fracture  que,  pour  la  rompre,  il  renversa 
une  fois  d’un  coup  de  pied  l’une  des  béquilles  sur  lesquelles  se  soutenait  un  blessé,  et 
obtint  de  la  chute  tout  le  résultat  qu’il  en  attendait.  Que  l’histoire  soit  vraie  ou  controu- 
vée,  il  n’en  demeure  pas  moins  bien  établi  que  la  réunion  fibreuse  ne  saurait  équivaloir 
pour  la  solidité  à  un  cal  osseux,  et  qu’elle  est  beaucoup  trop  sujette  à  se  rompre. 

Est-ce  là  tout  du  moins  ;  et  la  réunion  fibreuse  de  la  rotule  n’expose-t-elle  pas  le  blessé 
à  des  conséquences  plus  graves  encore  ? 

«  J’ai  vu,  dit  Charles  Bell,  un  effroyable  accident  suivre  la  cure  imparfaite  d’une  frac¬ 
ture  de  la  rotule.  L’os  était  réuni  par  un  ligament,  et  ce  ligament  était  adhérent  à  la  peau, 
de  telle  sorte  que  celle-ci  avait  perdu  beaucoup  de  sa  souplesse.  Le  pauvre  homme  portant 
une  charge,  son  genou  ploya  sous  lui,  il  tomba  en  arrière,  et  toute  la  partie  antérieure  de 
l’articulation  fut  ouverte  par  déchirure.  Il  fallut  amputer  le  membre.  » 

Ch.  Bell  avait  été  tellement  frappé  de  ce  fait,  qu’il  ne  renvoyait  ses  malades  de  l’hôpi¬ 
tal  qu’en  leur  faisant  porter  une  attelle  derrière  le  genou.  Je  n’ai  pas  trouvé  dans  les 
auteurs  d’autre  exemple  d’une  aussi  triste  terminaison;  mais  j’ai  eu  l’occasion  d’en  voir 
un  moi-même;  et  c’est  par  cette  observation  que  je  terminerai  ce  travail. 

xe  observation. — Fracture  ancienne  de  la  rotule  ;  rupture  du  cal  fibreux  avec  récidive  ter - 

minée  par  la  mort. 

Le  nommé  Dentu,  tabletier',  âgé  de  61  ans,  portait  depuis  plusieurs  années  une  fracture 
en  travers  de  la  rotule  gauche,  réunie  par  un  cal  fibreux  ;  et  déjà  une  première  fois  il  avait 
eu  ce  cal  fibreux  rompu  et  de  nouveau  réuni,  lorsque,  le  7  février  1839,  ayant  fait  un  faux  pas, 
il  tomba  à  la  renverse  et  ressentit  à  la  fois  un  fort  craquement  et  une  vive  douleur  dans  le 
genou  gauche.  Le  genou  se  gonfla  presque  aussitôt;  il  fallut  reporter  chez  lui  le  malade,  et 
le  lendemain  il  entra  à  l’hôpital  de  la  Charité,  où  je  faisais  le  service  vacant  par  la  mort  de 
M.  Guerbois. 

Le  lendemain,  à  la  visite,  je  trouvai  le  genou  considérablement  tuméfié,  la  peau  de  la  ré¬ 
gion  antérieure  tellement  eccliymosée  qu’elle  en  était  presque  noire;  le  gonflement  était 
arrondi  et  comme  sphérique  en  avant,  dur  et  résistant  à  la  pression;  et  la  douleur  très  vive. 
Le  sujet  fut  saigné;  le  membre  couché  sur  des  coussins,  recouvert  de  topiques  émollients, 
et  tout  parut  d’abord  aller  à  souhait. 

Mais,  vers  le  5e  jour,  alors  que  l’ecchymose  avait  diminué  à  la  circonférence,  une  portion 
des  téguments  restée  brunâtre  tourna  manifestement  à  la  gangrène.  Elle  devint  noire,  sèche, 
et  forma  une  escarre  de  4  centimètres  de  longueur  sur  5  de  large.  Je  la  fis  recouvrir  de  pou¬ 
dre  de  quinquina,  et  j’attendis,  non  sans  une  grande  inquiétude.  En  effet,  vers  le  18, 
l’escarre  commença  à  se  détacher  à  sa  partie  supérieure;  le  20,  cette  ouverture  agrandie 
communiquait  directement  avec  l’articulation,  dont  il  sortait  un  pus  sanieux.  La  santé  géné¬ 
rale  se  soutenait  encore,  le  malade  était  sans  fièvre;  je  revins  aux  cataplasmes  émolliens. 
Le  22,  une  petite  fièvre  continue  s’empara  du  malade;  le  24  il  était  pâle,  taciturne;  un  stylet 
introduit  par  la  plaie  arrivait  directement  sur  les  condyles  du  fémur;  et  il  sortait  de  l’article 
une  abondante  quantité  de  pus  séreux.  Je  fis  des  injections  avec  une  décoction  de  quinquina,  et 
je  recouvris  la  plaie  de  charpie  trempée  dans  le  même  liquide.  Les  jours  suivants,  l’état  général 
n’avait  pas  trop  faibli  ;  seulement  un  empâtement  assez  considérable  avait  envahi  la  partie  externe 
de  la  cuisse,  lorsque  le  1er  mars  survint  brusquement  une  aggravation  de  tous  les  symptômes  ; 
affaissement  général  ;  à  peine  est-il  possible  de  fixer  l’attention  du  malade;,  le  pouls,  très 
petit,  est  monté  à  120  pulsations;  un  vaste  abcès  communiquant  avec  l’articulation,  a  soulevé  la 
peau  de  la  partie  externe  de  la  cuisse.  M.  Gerdy  qui  avait  repris  le  service ,  pratiqua  une 
incision  longitudinale  dans  toute  la  hauteur  du  décollement,  et  fit  panser  à  plat  avec  de  la 
charpie  imbibée  de  vin  aromatique.  Le  2  mars,  le  malade  était  tombé  dans  un  coma  profond, 
la  suppuration  était  presque  entièrement  tarie  ;  la  mort  arriva  dans  la  nuit. 

A  l’autopsie ,  on  trouva  un  décollement  beaucoup  plus  considérable  qu’on  ne  l’avait 
soupçonné  pendant  la  vie.  La  peau  était  détachée  en  haut  jusqu’à  la  racine  du  trochanter,  et 
en  travers  dans  près  de  la  moitié  de  la  circonférence  du  membre.  Les  deux  fragments  de  la 
rotule  étaient  séparés  par  un  intervalle  de  3  à  6  centimètres,  dans  lequel  on  retrouvait  à  peine 
des  débris  du  cal  fibreux.  La  poulie  fémorale  ainsi  mise  à  nu  avait  perdu  son  cartilage,  et  le 


MALGAIGNE.—  dangers  du  traitement  des  fractures  de  la  rotule.  245 

tissu  osseux  y  paraissait  même  érodé;  les  cartilages  étaient  ramollis  et  décollés  dans  une 
grande  étendue  sur  les  condyles. 

Le  fragment  supérieur  n’avait  presque  pas  subi  d’altération  à  l’extérieur;  mais  la  face  arti¬ 
culaire  était  notablement  déformée.  Une  sorte  de  zone,  en  croissant  de  8  à  15  millimètres  de 
largeur,  occupait  sa  partie  supérieure,  et  était  revêtue  de  périoste,  sans  trace  de  cartilage.  La 
portion  restée  cartilagineuse  était  aplatie,  ayant  5  centimètres  de  large  sur  un  et  demi  de 
haut,  limitée  en  haut  par  la  zone  susdite,  en  bas  par  un  rebord  osseux  saillant  courant  tout  le 
long  de  la  fracture,  qui  paraissait  à  très  peu  près  transversale.  La  hauteur  totale  de  ce  frag¬ 
ment  allait  à  5  centimètres  ;  il  n’avait  d’ailleurs  nullement  souffert  de  la  suppuration. 

Le  fragment  inférieur,  au  contraire,  était  presque  entièrement  dépouillé  de  son  cartilage, 
mais  par  l’effet  de  la  suppuration;  et  l’os  même  était  érodé  dans  une  grande  partie  de  la 
face  articulaire.  Ce  fragment  paraissait  formé  de  deux  portions;  l’une,  représentant  sa  forme 
primitive,  avait  pourtant  2  centimètres  et  demi  de  hauteur  ,  ce  qui  aurait  fait  pour  la  rotule 
entière  5  centimètres  et  demi,  tandis  que  celle  du  côté  sain  n’en  avait  que  4  et  demi  tout  au 
plus.  Mais ,  en  outre,  de  la  surface  fracturée  s’élevait  un  prolongement  osseux  de  2  centi¬ 
mètres  et  demi  de  long  sur  près  d’un  centimètre  de  hauteur,  véritable  cal  osseux  qui  sem¬ 
blait  aller  au-devant  du  fragment  supérieur  ;  celui-ci  n’offrait  rien  de  semblable,  sauf  le  rebord 
osseux  postérieur  dont  il  a  été  question,  et  de  très  petits  tubercules  osseux  le  long  du  bord 
antérieur  de  la  fracture. 

J’avais  fait  détacher  l’autre  rotule  pour  me  servir  du  terme  de  comparaison.  Je  fus  très 
surpris  de  trouver  à  sa  face  articulaire  une  solution  de  continuité  du  cartilage  occupant  toute 
sa  largeur  et  son  épaisseur,  à  peu  près  transversale,  toutefois  avec  une  légère  convexité  su 
périeure.  Aux  deux  extrémités,  la  réunion  paraissait  s’en  être  faite  dans  l’étendue  d’un  à 
deux  millimètres  ;  au  centre  il  n’y  avait  rien  de  semblable.  Au  côté  interne,  il  semblait  y  avoir 
une  petite  crête  osseuse  accusant  aussi  une  consolidation.  A  la  face  antérieure,  l’os  présen¬ 
tait  une  gouttière  transversale  peu  profonde,  mais  ayant  bien  5  millimètres  de  largeur,  et  in¬ 
terrompue  seulement  près  du  bord  interne. 

Que  voulait  dire  cette  apparence  de  la  rotule  droite?  Je  pense  qu’il  y  a  eu  là  une  frac¬ 
ture  consolidée  sans  écartement  à  la  face  postérieure,  avec  un  léger  écartement  à  la  face 
interne;  mais  la  date  et  l’occasion  de  cette  fracture  sont  un  problème.  Le  genou  droit 
paraissant  tout  à  fait  sain,  aucune  question  ne  fut  faite  à  cet  égard  au  malade  ;  et  il  est  à 
peu  près  certain  que  lui-même  ne  se  doutait  pas  qu’il  eût  eu  une  fracture  de  ce  côté. 
Provenait-elle  de  la  même  cause  qui  avait  déterminé  la  fracture  primitive  ou  la  rupture 
secondaire  de  la  rotule  gauche,  ou  bien  avait-elle  été  produite  à  la  suite,  et  parce  que  le 
malade,  moins  solide  sur  la  jambe  gauche,  reportait  le  poids  du  corps  sur  le  pied  droit? 
Peut-être  aussi  quelques-uns  ne  verront-ils  pas  là  des  preuves  suffisantes  de  fracture  ;  au 
reste  j’ai  fait  dessiner  les  deux  rotules  dans  l’atlas  du  Traité  des  Fractures  et  des  Luxa¬ 
tions  que  je  prépare  en  ce  moment. 

Je  ne  ferai  pas  de  bien  longues  réflexions  sur  le  reste  de  l’observation.  Peut-être  eus¬ 
sions-nous  dû  imiter  Ch.  Bell  et  recourir  résolument  à  l’amputation  de  la  cuisse;  res¬ 
source  extrême  et  presque  aussi  grave  que  le  mal.  Quoi  qu’il  en  soit,  voici  un  homme 
guéri  d’une  fracture  de  la  rotule  parla  guérison  ordinaire,  et  qui  est  mort  par  les  suites 
et  en  quelque  sorte  par  le  fait  de  sa  prétendue  guérison.  C’est  un  cas  rare,  dira-t-on  : 
heureusement;  faudrait-il  donc  qu’il  se  représentât  fréquemmeut  pour  émouvoir  les  pra¬ 
ticiens,  et  les  obliger  enfin  à  changer  de  méthode? 

Que  dirais-je  de  plus?  Le  traitement  presque  universellement  suivi  pour  les  fractures 
de  la  rotule,  aboutissant  à  de  tels  résultats,  est  véritablement  la  honte  de  l’art  ;  et  du 
reste  plusieurs  chirurgiens  ont  très  bien  senti  que  ce  n’était  pas  la  peine  d’y  recourir  et 
qu’ autant  valait  abandonner  ces  lésions  à  la  nature.  Mais  quand  la  nature  se  trahit  elle- 
même  à  ce  point,  est-ce  donc  le  cas  de  s’y  confier,  de  croiser  les  bras,  de  repousser 
même  avec  une  sorte  de  dédain  des  ressources  dont  la  puissance  au  moins  ne  saurait 
être  niée?  La  seule  question  est  alors  de  savoir  si  l’innocuité  du  traitement  nouveau  égale 
son  énergie;  or,  l’expérience  a  déjà  répondu;  et,  maintenant  que  le  terrain  est  préparé, 
je  me  propose,  dans  un  prochain  mémoire,  de  dire  comment  je  procède  et  quels  résul¬ 
tats  j’ai  obtenus. 


246 


REVUE  CRITIQUE. 


REVUE  CRITIQUE. 


Chirurgie* 


RELEVÉ  GÉNÉRAL  DU  SERVICE  ORTHOPÉDIQUE 
DE  L’HÔPITAL  DES  ENFANTS. 

L’orthopédie  a  tenu  une  assez  grande  place 
dans  l’histoire  chirurgicale  du  mois  qui  vient 
de  s’écouler.  Nous  ne  parlons  pas  de  deux 
discussions  avortées  à  l’Académie  de  méde¬ 
cine,  et  qu’il  faudra  bien  reprendre  quelque 
jour;  mais  un  fait  infiniment  plus  grave  a 
excité  une  certaine  émotion  dans  la  chirurgie 
parisienne. 

La  Gazette  médicale  du  11  juillet  contenait, 
sous  le  titre  de  Relevé  général  du  service 
orthopédique  de  l’hôpital  des  Enfants,  un  ta¬ 
bleau  statistique  des  malades  traités  par 
M.  Guérin ,  en  réponse,  disait  le  journal,  aux 
personnes  qui  ont  contesté  V utilité  d’un  ser¬ 
vice  spécial  des  difformités  dans  les  hôpi¬ 
taux,  et  à  celles  qui  mettraient  encore  en 
doute  l’efficacité  de  l’orthopédie.  Ce  tableau 
avait  été  adressé  au  Conseil  général  des  hôpi¬ 
taux,  reproduit  dans  plusieurs  journaux  poli¬ 
tiques;  et  il  annonçait  de  tels  résultats,  que 
tout  d’abord  un  médecin  qui  s’est  autrefois 
occupé  d’orthopédie,  M.  Maisonabe,  en]  révo¬ 
qua  en  doute  la  sincérité  dans  deux  lettres 
successives,  publiées  par  la  Gazette  des  hôpi¬ 
taux.  Nous  ne  voulons  pas,  quant  à  présent, 
rechercher  jusqu’à  quel  point  étaient  fondées 
les  critiques  de  M.  Maisonabe  ;  nous  regret¬ 
tons  seulement  qu’il  les  ait  revêtues  de 
formes  peu  usitées  dans  la  polémique  contem¬ 
poraine;  l’injure  et  la  violence  feraient  tort 
aux  meilleures  raisons.  Mais  une  plus  rude  at¬ 
taque  a  été  dirigée  contre  la  statistique  de 
M.  Guérin,  par  la  Gazette  des  hôpitaux  même, 
dans  un  article  également  remarquable  par 
le  fond  et  par  la  forme,  et  qui  ne  pouvait 
demeurer  sans  réponse. 

M.  Guérin  a  d’abord  répondu  lui-même  aux 
accusations  de  M.  Maisonabe.  Dans  sa  lettre 
du  7  juillet,  cherchant  à  qui  devait  revenir  la 
responsabilité  de  la  statistique  publiée,  il  dé¬ 
clarait  bien  qu’elle  n’avait  pas  été  rédigée 
par  lui,  mais  par  MM.  Brochin,  Dechambre  et 
Kuhn;  mais,  d’un  autre  côté,  il  l’adoptait 
sans  nulle  réserve,  dans  ces  propres  termes  : 
Relativement  au  relevé,  je  le  maintiens  par¬ 
faitement  exact,  et  je  défie  qui  que  ce  soit  de 
fournir  aucune  espèce  de  preuve  du  contraire. 
En  même  temps,  MM.  Brochin,  Dechambre 
et  Kuhn ,  tout  en  se  déclarant  les  auteurs 
du  tableau,  ajoutaient  :  Nous  croyons  savoir 
que  les  observations  détaillées  seront  pu¬ 
bliées  par  le  che  f  du  service  en  temps  conve¬ 
nable,  avec  le  nom  et  l’adresse  des  sujets. 


Si  l’on  désirait  immédiatement  d’autres  ren¬ 
seignements,  on  pourrait  s’adresser  directe¬ 
ment  a  M.  Guérin. 

Quant  à  cette  promesse  ambiguë  de  publier 
les  observations  détaillées,  il  suffira  de  dire 
que  le  tableau  ne  comprend  pas  moins  de 
1,394  sujets,  pour  juger  si  elle  peut  passer 
pour  sérieuse.  Mais, au  total,  M.  Guérin  ayant 
les  observations,  possédant  tous  les  rensei¬ 
gnements  ,  attestant  l’exactitude  du  relevé , 
c’était  donc  à  lui  qu’il  fallait  s’adresser,  et 
c’est  à  lui  que  s’adressait  la  Gazette  des  hôpi¬ 
taux  dans  l’article  déjà  cité.  Cette  fois , 
M.  Guérin,  malheureusement  conseillé  à 
notre  avis,  a  gardé  le  silence;  et  MM.  Bro¬ 
chin,  Dechambre  et  Kuhn  ont  élevé  cette 
étrange  prétention  de  se  poser  comme  les 
vrais  champions  du  débat,  laissant  M.  Guérin 
en  dehors,  ou  plutôt  le  masquant  généreuse¬ 
ment  de  leurs  poitrines  ;  et  après  une  réponse 
telle  quelle,  déclarant  dédaigneusement  que, 
quelles  que  soient  les  attaques  dont  leur  re¬ 
levé  sera  ultérieurement  l’objet,  ils  s’abs¬ 
tiendront  de  toute  réplique. 

En  ceci,  nous  estimons  qu’il  y  a  une  grande 
erreur,  si  l’on  croit  que  le  public  chirurgical 
se  tiendra  pour  satisfait,  et,  comme  disent  ces 
messieurs ,  suffisamment  édifié  sur  les  faits 
du  procès.  En  ce  qui  nous  concerne,  nous 
avions  voulu,  dès  l’abord,  nous  charger  de 
l’examen  critique  du  relevé  de  M.  Guérin,  et 
lui  demander  les  éclaircissements  qui  nous- 
paraissaient  nécessaires;  cette  tâche  ayant 
été  remplie  et  bien  remplie,  nous  avons  cru 
devoir  attendre  les  éclaircissements  deman¬ 
dés.  Et  ils  sont  d’autant  plus  indispensables 
que  l’article  de  la  Gazette  des  hôpitaux  n’a 
pas  tout  dit;  qu’il  est  question  dans  le  public 
de  revers  graves  dont  il  n’est  fait  aucune 
mention  dans  le  relevé;  pour  en  citer  un 
exemple  ,  M.  Velpeau,  homme  compétent,  a 
vu  un  strabique  opéré  à  la  consultation  de 
M.  Guérin,  et  qui  a  perdu  complètement  la 
vue  du  côté  opéré;  tandis  que,  pour  les  stra¬ 
bismes,  le  relevé  ne  parle  que  de  guérisons 
complètes  et  d’améliorations. 

Nous  n’attachons  pas  une  bien  grande  im¬ 
portance  à  quelques  erreurs  de  ce  genre , 
surtout  dès  que  le  tableau  n’a  pas  été  dressé 
parM.  Guérin  lui-même;  mais,  puisqu’il  a  eu 
le  malheur  de  le  publier,  il  comprendra  sans 
doute  qu’il  lui  appartient  d’en  vérifier  l’exac¬ 
titude  et  d’en  donner,  s’il  y  a  lieu ,  la'  recti¬ 
fication. 


REVUE  CRITIQUE.  247 


SUR  LES  CARACTÈRES  DISTINCTIFS  DES  DIVERS 

genres  de  be'gaiement  et  sur  les  moyens 

curatifs  qui  leur  conviennent ,  par  M.  Co- 

LOMBAT. 

Après  l’orthopédie,  c’est  le  bégaiement  qui 
a  fait  le  plus  de  bruit ,  au  moins  dans  les 
deux  académies.  Réveillé  en  sursaut  par  le 
paquet  cacheté  de  M.  Jourdan,  qui,  à  ce  qu’il 
paraît,  a  guéri  un  malade  qu’il  avait  autrefois 
guéri  lui-même,  M.  Colombat  a  frappé  deux 
fois  à  la  porte  de  l’Institut,  rappelant  que,  de¬ 
puis  15  ans,  il  a  traité  près  de  800  bègues  ;  que 
son  ouvrage  sur  la  matière  a  reçu  de  l’Institut 
même  un  prix  de  5000  francs ,  et  demandant 
vainement  un  tour  de  faveur  pour  lire  son 
mémoire.  Il  a  été  plus  heureux  à  l’Académie 
de  médecine  ;  et  voici  l’analyse  de  ce  travail, 
qui  mérite  véritablement  une  sérieuse  atten¬ 
tion  : 

Selon  M.  Colombat,  le  bégaiement  est  une 
affection  de  nature  essentiellement  nerveuse, 
dont  le  caractère  principal  est  la  répétition 
par  secousses  convulsives  d’un  plus  ou  moins 
grand  nombre  de  syllabes,  ou  la  suspension 
momentanée  de  la  voix  articulée  devant  cer¬ 
taines  lettres  ou  certains  mots. 

Considéré  sous  le  rapport  de  ses  formes, 
le  bégaiement  peut  être  divisé  en  deux  clas¬ 
ses  principales. 

La  première,  que  l’auteur  désigne  sous 
le  nom  d e  choréique ,  consiste  dans  une 
sorte  de  chorée  des  lèvres,  et  dans  la  suc¬ 
cession  plus  ou  moins  rapide  de  mouvements 
ou  convulsions  cloniques  de  la  langue,  de  la 
mâchoire  inférieure  et  de  tous  les  muscles  de 
l’articulation. 

La  seconde  espèce  de  bégaiement,  auquel 
il  donne  l’épithète  de  tétanique,  est  carac¬ 
térisée  par  une  sorte  de  roideur  tétanique  ou 
spasme  tonique  de  tous  les  muscles  de  la  res¬ 
piration,  et  principalement  de  ceux  du  larynx, 
du  pharynx  et  de  la  base  de  la  langue.  Ce 
genre  de  bégaiement,  qui  se  fait  surtout  re¬ 
marquer  sur  les  lettres  gutturales,  est  tou¬ 
jours  accompagné  d’efforts  pénibles  pour  ar¬ 
ticuler,  et  se  distingue  surtout  par  une  expi¬ 
ration  anticipée,  par  quelques  intervalles  de 
silence,  par  l’immobilité  de  la  langue,  par  le 
resserrement  de  la  glotte,  par  un  sentiment 
de  pression  sur  la  partie  inférieure  de  la  poi¬ 
trine,  enfin  par  une  sorte  de  suffocation  mo¬ 
mentanée. 

Ce  qui  distingue  encore  le  bégaiement  té¬ 
tanique  du  bégaiement  choréique,  c’est  que 
les  personnes  chez  lesquelles  ce  dernier  genre 
prédomine  sont  plus  vives,  plus  nerveuses,  et 
parlent  ordinairement  très  vite  et  sans  ef¬ 
forts;  mais  en  faisant  entendre  presque  con¬ 
tinuellement  les  répétitions  ,  BBB  ,  FFF , 
MMM,  etc.:  au  contraire  dans  le  bégaiement 
tétanique,  les  bègues  parlent  lentement,  sans 


se  presser,  mais  en  faisant  toujours  des  efforts. 

Ces  deux  genres  de  bégaiement,  qui  sou¬ 
vent  sont  réunis  chez  le  même  individu, 
offrent  plusieurs  variétés  qu’il  est  important 
de  signaler.  Le  premier  compte  quatre  va¬ 
riétés  qui  sont  :  |1°  le  bégaiement  choréique 
loquax  ou  avec  bredouillement  ;  2°  le  choréi¬ 
que  difforme  ;  3°  X aphone,  ou  bégaiement  des 
femmes;  4°  le  choréique  avec  sesseyement. 
Le  second  genre  comprend  six  variétés  qui 
sont:  1°  îe  bégaiement  tétanique  muet  ;  2° 
Y intermittent  ;  3°  le  choréi  forme  ;  4°  le  ca¬ 
nin;  5°  l’ épileptiforme  ;  6°  le  bégaiement 
avec  baryphonie  ou  balbutiement.  Ces  dis¬ 
tinctions  sont  loin  d’être  sans  importance; 
car  elles  font  le  plus  souvent  la  base  du  pro¬ 
nostic  et  du  traitement. 

Parmi  les  moyens  curatifs  qui  constituent 
ce  que  M.  Colombat  appelle  la  Méthode  ortho¬ 
phonique,  le  rhythme  est  un  de  ceux  sur 
lesquels  il  insiste  le  plus  dans  un  grand  nom¬ 
bre  de  cas;  le  plus  souvent  toutefois,  ce 
régulateur  parfait  de  tous  nos  mouvements 
n’exerce  son  heureuse  influence  que  dans 
le  milieu  des  mots  et  des  phrases ,  c’est- 
à-dire  que  la  mesure  n’est  réellement  efficace 
que  lorsqu’on  est  parvenu  à  articuler  les  pre¬ 
mières  syllabes,  qui  ordinairement  décèlent 
le  plus  l’infirmité  des  bègues.  Mais  comme  la 
plupart  de  ceux-ci  ne  peuvent  se  soumettre 
toujours,  en  parlant,  à  l’emploi  du  rhythme, 
qui  d’ailleurs  .suffit  rarement  lorsqu’il  est 
employé  seul,  M.  Colombat  a  recours  à  un 
moyen  très  simple,  facilement  applicable, 
et  qui  est  surtout  très  utile  dans  les  va¬ 
riétés  de  bégaiement  du  genre  choréique  ;  ce 
moyen  consiste  à  parler  en  écartant  les 
commissures  des  lèvres,  de  telle  sorte  que 
ces  organes  soient  tendus  à  peu  près  comme 
dans  l’action  de  rire.  Dans  cette  position, 
le  bégaiement  labial  est  presque  impossi¬ 
ble,  et  la  langue,  qui  se  trouve  ainsi  naturel¬ 
lement  portée  en  arrière ,  rend  beaucoup  plus 
facile  l’articulation  des  autres  lettres.  Du 
reste,  pendant  les  exercices  qui  ont  lieu  de¬ 
vant  lui,  M.  Colombat  a  recours ,  suivant  les 
cas,  à  divers  autres  agents  orthophoniques 
qu’il  emploie  surtout  dans  les  variétés  du  bé¬ 
gaiement  tétanique. 

Les  bégaiements  de  ce  genre,  qui  sont  beau¬ 
coup  plus  nombreux,  doivent  être  combattus 
par  un  autre  ordre  de  moyens,  c’est-à-dire 
par  une  sorte  de  gymnastique  pectorale, 
laryngienne,  gutturale,  linguale  et  labiale. 
Cette  gymnastique  consiste  à  faire  une  inspi¬ 
ration,  et  à  refouler  en  même  temps  la  langue 
dans  lé  pharynx ,  en  portant  la  pointe  ren¬ 
versée  de  cet  organe  vers  le  voile  du  palais, 
en  même  temps  qu’on  tend  les  lèvres  com¬ 
me  dans  le  bégaiement  choréique.  Souvent,  au 
lieu  de  faire  tendre  transversalement  les 
lèvres,  il  fait  arrondir  la  bouche  par  un  écar- 


REVUE  CRITIQUE. 


248 

tement  vertical,  de  telle  sorte  que  les  lèvres 
ne  se  touchent  presque  pas,  et  que  les  m⬠
choires  se  rapprochent  toujours  le  moins  possi¬ 
ble  pendant  l’articulation  des  mots.  Lorsqu’on 
emploie  ce  moyen,  la  langue  doit  être  légère¬ 
ment  rétractée  dans  la  bouche,  de  manière  à 
se  maintenir  à  5  ou  6  millimètres  en  arrière 
des  arcades  dentaires. 

Il  est  bon  de  dire  cependant  que  cette  ré¬ 
traction  de  l’organe  phonateur  doit  avoir  lieu 
sans  effort,  c’est-à-dire  que  la  langue  doit 
toujours  rester  mollement  étendue  dans  la 
cavité  buccale,  comme  cela  a  lieu  chez  les 
personnes  qui  ne  bégaient  pas.  Aussitôt  qu’à 
l’aide  de  ce  moyen  les  syllabes  rebelles  sont 
prononcées,  on  parle  d’après  un  rhythme  que 
l’on  marque  à  1,  2,  3,  4  ou  6  temps,  selon  la 
mesure  que  l’on  suit.  Du  reste,  dans  la  ma¬ 
jorité  des  cas ,  on  ne  parle  rhythmiquement 
que  pendant  les  exercices. 

Afin  de  mieux  faire  sentir  la  mesure,  et 
surtout  pour  indiquer  d’une  manière  précise 
la  lenteur  et  la  vitesse  des  temps  qui  la  com¬ 
posent  ,  l’auteur  a  imaginé  une  sorte  de 
compteur,  auquel  il  a  donné  le  nom  de  mu- 
thononome,  du  grec  p-üôoç,  parole,  et  veu.w,  je 
gouverne.  Avec  cet  instrument  que  M.  Co- 
lombat  a  mis  sous  les- yeux  de  l’Académie, 
on  peut  à  volonté  rétablir  le  rhythme,  l’ac¬ 
célérer  ou  le  conserver  toujours  égal, 
selon  les  indications  qui  résultent  de  l’époque 
du  traitement,  de  la  nature  du  bégaiement, 
ou  de  quelques  autres  circonstances.  En  gé¬ 
néral  ,  pendant  les  premiers  huit  jours  on 
parle  en  mesure,  d’abord  à  raison  de  60  à. 
80  oscillations  par  minute,  en  augmentant 
tous  les  jours  de  10  en  10,  pour  arriver 
à  160  ou  à  180  oscillations  jusqu’à  la  fin  du 
traitement.  Cet  instrument  pourrait  à  la  ri¬ 
gueur  être  remplacé  par  le  métronome  do 
Maëlzel  ;  mais  ce  dernier  ne  peut  aller  qu’un 
quart  d’heure  à  vingt-cinq  minutes,  selon  la 
vitesse  que  l’on  emploie;  tandis  que  le  mu- 
thononome  marche  plusieurs  jours  sans  être 
remonté ,  parce  qu’il  est  construit  d’après  un 
autre  mécanisme. 

Ces  moyens  orthophoniques  constituent 
une  gymnastique  vocale  qui  a  l’avantage 
d’agir  physiquement  et  même  moralement. 
Elle  agit  d’abord  physiquement  sur  tous  les 
muscles  de  la  respiration,  sur  les  poumons, 
sur  le  larynx,  et  particulièrement  sur  la  glotte, 
sur  la  base  et  le  sommet  de  la  langue,  enfin 
sur  les  lèvres  et  sur  touU’appareil  vocal.  L’in- 
spiratiGn,  pratiquée  comme  il  a  été  dit,  fait  ces¬ 
ser  la  constriction  spasmodique  des  cordes  voca¬ 
les,  en  ouvrant  la  glotte,  en  mêmetemps  qu’elle 
remplit  la  poitrine  d’air,  de  telle  sorte  que  ce 
fluide  ne  s’échappe  que  pendant  une  expira¬ 
tion  lente,  qui  ne  doit  s’effectuer  que  gra¬ 
duellement  et  seulement  pour  fournir  le  son 
vocal.  La  rétraction  de  la  langue  dans  1e 


pharynx  a  pour  but  de  refouler  le  larynx  in¬ 
férieurement  et  d’agrandir  l’ouverture  glot- 
tale  ,  dont  les  lèvres  se  rapprochent  quelque¬ 
fois  au  point  de  se  toucher  et  de  s’opposer 
à  la  sortie  de  l’air  et  à  l’émission  du  son 
vocal  articulé,  comme  cela  a  lieu  dans  la  plu¬ 
part  des  bégaiements  tétaniques.  Enfin,  la 
tension  transversale  des  lèvres  fait  cesser  le 
tremblement  convulsif  ou  l’espèce  de  chorée 
qui  se  manifeste  sur  ces  organes  et  sur  la 
pointe  de  la  langue,  pendant  l’articulation  des 
lettres  labiales,  dentales  et  palatales. 

Cette  gymnastique  vocale  peut  aussi  agir  mo¬ 
ralement;  car  le  rhythme  qui  exerce  si  bien  son 
heureuse  influence  sur  tous  nos  organes ,  en 
régularisant  leurs  mouvements,  fixe  l’atten¬ 
tion  des  bègues  conjointement  avec  tous  les 
autres  moyens  de  la  méthode,  et  devient  par 
cela  même  une  idée  accessoire  qui,  jointe 
à  l’idée  principale  qui  fait  le  sujet  dont  on 
parle,  doit  nécessairement  ralentir  l’émis¬ 
sion  de  cette  dernière,  et  mettre  l’influx  ner¬ 
veux  qui  suit  la  pensée  plus  en  harmonie 
d’action  avec  la  mobilité  relative  de  tous  les 
organes  vocaux. 

Lorsque  les  moyens  généraux  qui  viennent 
d’être  signalés  sont  insuffisants  pour  surmon¬ 
ter  les  difficultés  que  présentent  certaines 
lettres  et  certaines  syllabes,  surtout  au  com¬ 
mencement  des  phrases,  M.  Colombata  recours 
à  différents  artifices  orthophoniques,  qui  faci¬ 
litent  beaucoup  l’articulation  des  combinai¬ 
sons  vocales  qui  offrent  le  plus  d’obstacle. 
Ainsi,  dans  quelques  cas,  surtout  dans  le  bé¬ 
gaiement  choréique  difforme ,  il  fait  laisser 
un  petit  intervalle  entre  la  première  syllabe 
et  les  suivantes  ;  dans  d’autres  cas,  il  fait  syn¬ 
coper  toutes  les  syllabes  ou  seulement  la  pre¬ 
mière  de  chaque  phrase;  enfin,  pour  surmon¬ 
ter  les  difficultés  qui  se  présentent  quelque¬ 
fois,  il  ajoute  certaines  lettres  ou  certains 
sons  supplémentaires  avant  ou  au  milieu 
des  syllabes,  en  faisant  passer  légèrement 
sur  eux,  et  en  appuyant  fortement  sur  les 
articulations  qui  entrent  réellement  dans  la 
composition  des  mots.  Ainsi  les  syllabes, 
ba,  pa ,  ka,  da,  gua,  ma,  na,  cra,  dra,  glu, 
tra,  bla  et  une  foule  d’autres  se  prononcent, 
ebva,  pfa,  kcha,  eda,  egua,  ema,  ena,  kera, 
edera,  egla,  fera,  bêla.  Cette  manière 
d’articuler  les  syllabes  difficiles  est  fort  sim¬ 
ple;  elle  consiste  seulement,  comme  on  le 
voit,  à  ajouter  à  certaines  syllabes  des  V,  des  F, 
des  E  muets,  des  Ch,  et  à  faire  précéder 
l’articulation  de  certaines  lettres  d’une  espèce 
de  frémissement  de  la  glotte ,  qui  est  assez 
bien  exprimé  par  le  son  très  sourd  d’un 
E  muet. 

Quoique  ces  moyens  curatifs  n’exigent  pas 
une  volonté  toujours  persévérante,  et  qu’en 
général  un  mois  à  six  semaines  d’exercices 
non  interrompus  soient  suffisants  pour  qu’on 


REVUE  CRITIQUE.  24â 


en  fasse  en  quelque  sorte  instinctivement 
l’application,  il  est  toujours  prudent,  pour 
éviter  les  rechutes  et  obtenir  une  cure  radi¬ 
cale,  de  ne  pas  cesser  trop  brusquement 
l’emploi  de  la  méthode.  On  conçoit  facilement 
qu’une  ancienne  habitude  de  l’organisme  ne 
peut  pas  disparaître  tout  à  coup  ;  de  même 
qu’on  est  forcé  d’admettre  que  les  organes 
vocaux,  comme  tous  ceux  du  corps  humain, 
sont  doués  d’une  aptitude  flexible  à  contrac¬ 
ter  de  nouvelles  habitudes,  et  que  l’homme 
a  une  telle  organisation  que  s’il  répète  sou¬ 
vent  les  mêmes  actes,  il  se  familiarise  assez 
vite  avec  eux,  et  s’y  plie  presque  involontai¬ 
rement. 

Si  l’habitude  peut  acquérir  sur  le  physique 
et  le  moral  un  tel  empire  qu’elle  semble  assu¬ 
jettir  la  nature  et  en  créer  une  nouvelle,  on 
doit  convenir  que  la  faculté  de  contracter  des 
habitudes  n’étant  pas  la  même  chez  tous  les 
hommes,  il  est  impossible  d’indiquer  d’une 
manière  précise  l’époque  où  une  méthode 
orthophonique  sera  appliquée  sans  volonté 
persévérante  et  par  la  seule  force  de  l’habi¬ 
tude;  il  est  bonde  dire  cependant  que,  pour 
parvenir  à  ce  résultat,  il  faut  en  général  de 
quinze  jours  à  trois  mois.  C’est  seulement 
alors  que  les  rechutes  ne  sont  presque  plus 
à  craindre,  et  que  la  cure  peut  être  regardée 
comme  radicale. 

Ces  idées  nous  paraissent  fort  sages,  et 
sont  d’accord  d’ailleurs  avec  ce  qu’ensei¬ 
gne  l’expérience.  Ainsi  M.  Husson  a  rap¬ 
porté  à  l’Académie  que  feu  Dubois,  étant 
étudiant  en  médecine  et  faisant  à  pied  le 
voyage  du  midi  avec  un  de  ses  amis  affecté 
de  bégaiement ,  entreprit  de  le  guérir  en  lui 
taisant  scander  toutes  les  syllabes,  déclarant 
d’ailleurs  qu’il  ne  lui  adresserait  la  parole  que 
quand  il  ne  bégaierait  plus.  Le  second  jour  la 
guérison  était  complète.  Arrivés  au  terme  du 
voyage,  les  deux  amis  se  séparèrent,  se  don¬ 
nant  rendez-vous  à  quelques  jours  de  là  à 
Toulouse.  Au  rendez-vous,  Dubois  retrouva 
son  camarade  bégayant  comme  auparavant. 

On  voit  donc  qu’il  ne  faut  pas  trop  se  hâter 
de  déclarer  la  guérison  radicale;  peut-être 
même  le  temps  requis  par  M.  Colombat  n’est- 
il  pas  suffisant;  et,  comme  M.  Moreau  l’a  fait 
remarquer,  il  faut  que  le  sujet  renvoyé  comme 
guéri  se  surveille  lui-même  longtemps  encore, 
et  avec  une  persévérance  et  une  force  de  vo¬ 
lonté  qui  ne  se  rencontrent  pas  toujours. 
M.  Becquerel,  par  exemple ,  qui  vient  d’être 
guéri  de  nouveau  par  la  méthode  de  M.  Jour¬ 
dan,  avait  déjà  été  traité  et  guéri  par  M.  Co¬ 
lombat  en  1850;  et  la  cure  pouvait  passer  pour 
radicale,  puisque  deux  ans  après  M.  Becque¬ 
rel  père  en  faisait  mention  à  l’Institut.  La  ré¬ 
cidive  a  cependant  eu  lieu  plus  tard. 

Il  y  a  quelqu’intérêt  à  savoir  quelle  est  la 
proportion  des  récidives.  M.  Colombat  an¬ 


nonce  que,  depuis  15  ans,  il  a  ghéri  782  bè¬ 
gues,  dont  645  n’ont  pas  éprouvé  de  récidives. 
Dans  les  premières  années,  il  avait  une  re¬ 
chute  sur  trois  cas,  plus  tard  une  sur  six  ; 
enfin  depuis  trois  ans  une  sur  treize  ou  qua¬ 
torze. 


DU  TRAITEMENT  ET  DE  LA  GUERISON  DU  BÉGAIE¬ 
MENT  ;  par  M.  Jourdan,  mécanicien. 

Nous 'arrivons  maintenant  à  la  méthode  de 
M.  Jourdan;  ce  qui  suit  est  extrait  du  mé¬ 
moire  présenté  par  M.  Becquerel  à  l’Acadé¬ 
mie  des  sciences. 

Une  personne  qui  va  parler  commence  par 
faire  une  inspiration  ;  cette  inspiration  est  im¬ 
médiatement  suivie  du  son,  et  avant  lui  il 
n’y  a  aucun  commencement  d’expiration. 

La  plus  grande  partie  de  l’air  inspiré  sort 
lentement ,  à  mesure  que  la  parole  s’ac¬ 
complit,  que  la  phrase  parcourt  sa  période. 
Cet  air  inspiré  ne  sort  qu’en  proportion  con¬ 
venable,  et  à  mesure  que  cette  dépense  s’ef¬ 
fectue  on  peut  observer  l’affaissement  des 
parois  thoraciques.  Cet  affaissement  est  peu 
sensible  et  suit  la  rapidité  de  la  parole  et  la 
longueur  de  la  phrase. 

La  voix  ou  le  son  étant  fournis,  sont  en 
quelque  sorte  travaillés  par  les  contractions 
des  muscles  qui  entrent  dans  la  structure  du 
pharynx,  des  parois  buccales  et  de  la  langue, 
et  de  ce  travail  résulte  l’articulation  de  la  voix 
ou  la  parole. 

Supposons  que  chez  un  individu  parlant 
bien,  on  dirige  un  courant  d’air  avec  un  souf¬ 
flet,  dans  la  bouche,  la  parole  serait  rendue  dif¬ 
ficile  et  pénible.  Supposons  ensuite  que  le 
courant  d’air  vienne  de  la  partie  postérieure, 
c’est-à-dire  par  le  larynx  ,  il  se  répandra  dans 
toute  la  cavité  bucco-pharyngienne  ;  oppose 
une  certaine  résistance  au  libre  jeu  des  mus¬ 
cles  et  de  la  langue,  et  il  en  résultera  que  la 
parole  sera  également  pénible  et  difficile. 

Eh  bien!  c’est  là  la  cause,  non  pas  unique, 
mais  principale  du  bégaiement.  Ce  vice  de  la 
parole  est  dû  surtout  à  ce  que  l’expiration 
ne  s’accomplit  pas  avec  toute  la  modération, 
la  lenteur  convenable,  qu’elle  est  souvent 
même  achevée  avant  que  la  phrase  soit  ter¬ 
minée;  il  en  résulte  que  le  bègue  est  obligé 
de  respirer  de  nouveau  pour  continuer  la 
même  phrase  qu’il  interrompt  une  seconde, 
une  troisième,  une  quatrième  fois  même  avant 
de  la  terminer. 

Les  bègues  dépensent  en  souffle  et  non  en 
son  l’air  expiré. 

Une  deuxième  cause  de  bégaiement,  c’est  la 
position  de  la  langue.  On  voit  souvent  les 
contractions  de  cet  organe  être  irrégulières  ; 
sa  projection  en  avant  chez  certains  bègues 
est  telle  qu’elle  vient  saillir  entre  les  deux 
arcades  dentaires. 

Pour  obtenir  la  guérison  du  bégaiement,  il 


250 


REVUE  CRITIQUE. 


faut  faire  reproduire  aux  personnes  qu’on  veut 
délivrer  de  cette  infirmité  la  même  série  de 
phénomènes  qui  se  passent  dans  l’acte  de  la 
parole  à  l’état  normal.  On  commence  donc 
par  faire  faire  une  inspiration  naturelle  h  la 
personne  qu’on  traite  ;  on  lui  recommande  un 
temps  d’arrêt  h  cet  instant,  c’est-à-dire  de 
rester  sur  son  inspiration  sans  faire  l’expi¬ 
ration;  puis  de  commencer  la  phrase  en  par¬ 
lant  lentement  et  modérément,  et  la  continuer 
en  maintenant  toujours  le  plus  longtemps 
possible  la  poitrine  dilatée  comme  elle  l’était 
après  l’inspiration  ;  puis  quand  on  sent  que  la 
phrase  ou  le  membre  de  phrase  est  terminé, 
on  lâche  tout  d’un  coup  l’air  qu’on  avait  con¬ 
servé  et  maintenu  dans  la  poitrine,  en  ne  le 
dépensant  que  modérément  et  à  mesure  que  la 
phrase  ou  le  membre  de  phrase  avance  :  c’est 
l’expiration  qui  s’achève  ;  puis  on  recommence 
de  la  même  manière. 

Pour  obliger  les  bègues  à  suivre  cette  mé¬ 
thode,  voici  de  quelle  manière  on  doit  pro¬ 
céder  :  Toute  phrase  ou  membre  de  phrase 
est  divisée  en  trois  temps,  que  l’on  doit  ob¬ 
server  avec  soin  et  même  compter  au  commen¬ 
cement  avec  le  pouce. 

Premier  temps,  consacré  à  l’inspiration,  qui 
qui  doit  être  naturelle  et  nullement  forcée  ; 
deuxième  temps ,  on  commence  à  parler  et 
on  continue  en  prononçant  nettement,  distinc¬ 
tement  chaque  syllabe  et  sans  trop  se  presser; 
le  troisième  temps  consiste  dans  l’expiration 
qui  s’achève  ;  le  bègue,  comme  on  pourrait 
dire  vulgairement,  lâche  le  reste  de  l’air  qui 
maintenait  encore  la  poitrine  dilatée. 

La  langue  doit  être  tenue  constamment  et 
sans  roideur  dans  le  fond  de  la  bouche ,  afin 
de  la  maintenir  toujours  dans  sa  position  na¬ 
turelle  ,  qui  est  celle  dans  laquelle  elle  se 
trouverait,  par  exemple,  après  avoir  avalé  la 
salive. 

Cette  habitude  peut  être  facilement  prise  : 

1°  Parce  qu’une  fois  bien  comprise,  elle  est 
simple  et  facile  à  exécuter  ; 

2°  Parce  qu’elle  n’est  suivie  d’aucune  fati¬ 
gue;  le  contraire  a  presque  toujours  lieu, 
c’est-à-dire  que  la  plupart  des  bègues  éprou¬ 
vent  en  général  une  grande  fatigue  dans  les 
organes  respiratoires  et  vocaux,  par  suite  de 
leur  difficulté  de  parler  ;  quelquefois  cette 
fatigue  est  telle  qu’ils  préfèrent  garder  le  si¬ 
lence.  Par  la  méthode  nouvelle  cette  fatigue 
n’existe  plus. 

5°  Parce  que  cette  méthode  est  physiologi¬ 
que,  naturelle,  et  qu’elle  les  replace  en  quel¬ 
que  sorte  dans  la  situation  des  autres  hommes 
parlant  avec  facilité,  puisqu’une  fois  guéris 
on  ne  peut  constater  la  moindre  différence 
entre  les  uns  et  les  autres. 

4°  Enfin  elle  donne  aux  bègues  une  assu¬ 
rance  qui  facilite  leur  langage. 

Le  temps  qu’il  faut  employer  pour  la  guéri¬ 


son  est  très  variable,  tantôt  très  court,  quel¬ 
quefois  deux  jours ,  tantôt  plus  long,  quinze 
jours,  un  mois,  deux  mois.  Le  terme  moyen 
est  d’un  mois,  en  prenant  tous  les  jours  deux 
à  trois  heures  d’exercice. 

M.  Colombat  a  revendiqué  la  découverte  de 
ces  moyens;  [mais  comme  il  ajoute  lui-même 
que  M.  Jourdan  les  a  défigurés ,  c’est  une 
façon  d’aveu  que  la  méthode  n’est  pas  la 
même.  Il  nous  paraît  plus  dans  le  vrai  en 
avançant  que  cette  méthode  unique  ne  con¬ 
viendra  pas  pour  tous  les  cas  de  bégaiement, 
et  surtout  qu’elle  ne  mettra  pas  à  l’abri  des 
récidives.  Ce  dernier  reproche  peut  être  ap¬ 
pliqué  à  toutes  les  méthodes,  et  d’autant  plus 
qu’elles  ont  la  prétention  de  guérir  en  moins 
de  temps. 


DES  INJECTIONS  IODÉES  POUR  LA  CURE  RADICALE 
DES  HERNIES. 

M.  Velpeau  n’a  fait  que  deux  essais  en  ce 
genre;  les  hernies  n’ont  point  guéri,  et  il  y  a 
renoncé.  Ce  n’est  pas  que  l’opération  ait  été 
suivie  d’accidents  très  graves,  mais  le  ma¬ 
nuel  opératoire  est  d’üne  grande  difficulté. 
En  effet,  pénétrer  dans  le  sac  herniaire  avec 
un  trocart  est  presque  impossible,  et  les  in¬ 
cisions  compliquent  singulièrement  la  chose. 

«  Chez  l’un  de  mes  malades,  dit-il,  je  fus 
obligé  de  pratiquer  des  incisions  assez  larges, 
de  me  livrer  à  une  dissection  minutieuse  ,  et 
j’ai  toute  raison  de  croire  que  le  liquide  iodé 
fut  injecté  dans  le  tissu  celluleux,  au  lieu 
d’être  poussé  dans  le  sac  lui-même.  Une  sup¬ 
puration  assez  abondante  survint,  et  la  hernie 
ne  guérit  point.  Chez  l’autre,  j’éprouvai  les 
mêmes  embarras;  je  crus  néanmoins  avoir 
poussé  l’injection  dans  le  sac;  il  ne  survint 
pas  d’accidents  ;  mais  la  hernie  reparut  au 
bout  de  deux  mois,  et  l’homme,  qui  succomba 
quelques  mois  plus  tard  à  une  hydropisie  gé¬ 
nérale,  me  mit  à  même  de  constater  qu’aucune 
trace  d’injection  iodée  ne  pouvait  être  remar¬ 
quée  dans  le  scrotum.  » 

En  thèse  générale,  nous  n’approuvons  pas 
ces  opérations  plus  ou  moins  dangereuses 
pour  la  cure  radicale  des  hernies  ;  là  où  cette 
cure  peut  être  légitimement  espérée,  un  ban¬ 
dage  bien  appliqué  suffit  toujours  et  là  où  le 
bandage  ne  suffit  pas,  nous  regardons  toute 
opération  comme  impuissante,  et  dès  lors  irra¬ 
tionnelle.  Mais,  comme  le  vent  qui  pousse 
aux  innovations  opératoires  n’a  pas  encore 
cessé  de  souffler,  nous  nous  applaudissons 
de  voir  du  moins  les  injections  iodées  con¬ 
damnées  pour  ce  cas  par  le  chirurgien  qui  en 
a  fait  ailleurs  les  plus  nombreuses  et  les  plus 
heureuses  applications. 

(Annales  de  la  Chirurgie.) 


REVUE  CRITIQUE. 


251 


Olislélriquet 


DISCUSSÎON  SUR  LA  PHLEGMATIA  ALBA  DOLENS. 

Un  rapport  de  M.  Capuron  sur  un  mémoire 
de  M.  Dronsart  a  été  l’occasion  de  cette  dis¬ 
cussion  intéressante  à  laquelle  l’Académie  a 
consacré  toute  sa  séance  du  15  juin.  L’auteur, 
à  l’exemple  de  beaucoup  d’autres,  s’était  ef¬ 
forcé  de  rattacher  la  phlegmatia  alba  clolens 
à  la  phlébite,  et  le  rapporteur,  appuyant  cette 
opinion  des  résultats  de  sa  propre  expérience, 
avait  donné  une  nouvelle  force  aux  argu¬ 
ments  mis  en  avant  pour  la  faire  prévaloir. 
Si  elle  a  trouvé  de  l’écho  chez  plusieurs 
membres,  elle  a  paru  beaucoup  trop  exclusive 
au  plus  grand  nombre,  et  l’Académie  n’a  pas 
voulu  la  consacrer  par  son  silence.  Le  débat 
s’est  donc  engagé,  et  s’il  n’a  pas  établi  d’une 
manière  nette  et  précise  ce  qu’est  la  phleg¬ 
matia  alba  dolens,  quelle  est  la  cause  pro¬ 
chaine  de  ce  gonflement  douloureux  des  mem¬ 
bres  sans  rougeur  de  la  peau  qu’on  observe 
chez  les  nouvelles  accouchées,  il  a  montré 
qu’une  opinion  exclusive,  quelle  qu’elle  fût, 
ne  pouvait  avoir  gain  de  cause. 

A  l’Académie,  comme  dans  les  livres,  l’in¬ 
flammation  des  veines,  celle  des  vaisseaux 
lymphatiques,  celle  du  tissu  cellulaire  ont 
été  tour  à  tour  invoquées.  11  a  même  été  ques¬ 
tion  de  celle  des  nerfs  admise  par  Albers, 
Dugès,  Dance;— à  quoi  l’on  aurait  pu  ajouter 
celle  de  la  face  interne  de  la  peau  (Hull),— 
des  aponévroses  d’enveloppe  et  du  névri- 
lemme  (Himly), — de  toutes  les  parties  consti¬ 
tuantes  du  membre  (Hosack)  ;  singulière  ma¬ 
ladie,  dont  le  point  de  départ,  malgré  les  ef¬ 
forts  de  la  science  moderne,  n’a  encore  pu 
être  déterminé,  et  dont  la  localisation,  à  peine 
tentée ,  soulève  tout  de  suite  une  vive  oppo¬ 
sition! 

D’où  provient  tant  de  divergence?  En  pre¬ 
mier  lieu,  du  peu  de  fréquence  de  la  maladie, 
surtout  comparativement  aux  autres  affec¬ 
tions  puerpérales,  et  de  la  rareté  des  occasions 
offertes  à  chacun  de  l’observer  et  de  l’étu¬ 
dier,  particulièrement  au  début;  en  second 
lieu,  de  sa  bénignité  tant  qu’elle  est  exempte 
de  complication,  et  de  l’impossibilité  presque 
absolue  où  les  anatomo-pathologistes  ont  été 
de  la  soumettre  à  l’investigation  de  leur  scal¬ 
pel  à  cet  état  de  simplicité  ;  enfin  de  la  pré¬ 
sence  de  complications  plus  ou  moins  an¬ 
ciennes,  et  à  elles  seules  fatales,  dans  les  cas 
qui  se  sont  terminés  par  la  mort.  Les  au¬ 
topsies  révèlent  presque  toujours  l’existence 
d’une  phlébite  de  la  veine  principale  du  mem¬ 
bre,  et  les  caractères  de  cette  inflammation 
s’observent  même  chez  quelques  femmes  qui 
guérissent.  On  trouve  aussi  sur  le  cadavre 
les  ganglions  lymphatiques  de  l’aine  engorgés, 
et  ces  ganglions  sont  même  quelquefois  gros 
et  douloureux  à  une  époque  peu  avancée  de  la 


maladie.  Mais  sont-ce  là  des  altérations  pri¬ 
mitives  ou  des  altérations  secondaires?  Voilà 
ce  que  n’ont  pas  assez  distingué  les  membres 
de  l’Académie,  MM.  Capuron,  Breschet,  Blan¬ 
din,  Velpeau,  Deneaux,  qui  se  sont  pronon¬ 
cés  pour  l’une  ou  pour  l’autre  opinion,  ou  qui 
ont  admis  la  possibilité  d’une  succession  et 
d’une  coïncidence. 

La  question  nous  paraît  avoir  été  placée 
dans  son  véritable  jour  par  M.  Cloquet.  Cet 
honorable  professeur  considère  la  phlegmatia 
alba  dolens  comme  une  inflammation  exha¬ 
lante  du  tissu  cellulaire  qui,  de  même  que 
l’érysipèle,  peut  donner  lieu  plus  ou  moins 
promptement  à  l’engorgement  douloureux  des 
ganglions  lymphatiques,  et  dont  la  complica¬ 
tion  par  la  phlébite  s’expliquerait  très  bien 
par  l’envahissement  de  la  gaîne  cellulaire  des 
vaisseaux.  Deux  académiciens  à  qui  leur  posi¬ 
tion  spéciale  à  la  tête  du  service  médical  de 
la  Maternité  a  rendu  familières  toutes  les 
qnestions  relatives  aux  maladies  des  nouvelles 
accouchées,  et  dont  la  parole  devait  avoir  un 
grand  poids  dans  ce  débat,  MM.  Moreau  et 
Gérardin,  ont  parlé  dans  le  même  sens  que 
M.  Cloquet.  M.  Moreau  a  fait  observer  que 
la  maladie  survenait  presque  toujours  à  une 
époque  déjà  avancée  des  couches,  et  ordinai¬ 
rement  à  la  suite  de  quelque  imprudence  qui 
avait  amené  du  refroidissement.  On  sait 
quelle  est  l’activité  de  l’exhalation  cutanée 
chez  les  femmes  récemment  accouchées. 
Chaussier  insistait  beaucoup  sur  la  durée  très 
prolongée  de  cet  état  de  la  peau,  et  sur  la 
nécessité  de  préserver  les  femmes  du  froid 
longtemps  après  leur  accouchement.  La  sup¬ 
pression  de  la  transpiration  est  toujours  f⬠
cheuse  en  pareil  cas,  particulièrement  chez 
celles  qui,  n’allaitant  pas  leur  enfant,  ont  plus 
spécialement  besoin  de  conserver  ouverte  la 
voie  d’élimination  étendue  que  le  lait  trouve 
à  la  surface  du  tégument  externe.  L’inflam¬ 
mation  exhalante  du  tissu  cellulaire  peut  en 
être  la  conséquence,  et  cette  exhalation  a  cela 
de  commun  avec  celles  qui,  dans  les  mêmes 
circonstances ,  se  forment  dans  les  cavités 
des  membranes  séreuses  et  synoviales,  qu’elle 
s’opère  avec  une  rapidité  extrême.  Notons 
ce  résultat  curieux  de  la  pratique  de  M.  Gé¬ 
rardin,  qui  a  observé  la  phlegmatia  alba  do¬ 
lens  presque  aussi  souvent  aux  membres  su¬ 
périeurs  qu’aux  inférieurs.  Ce  fait  mérite 
d’être  pesé  par  ceux  qui  se  livreront  à  de 
nouvelles  recherches  sur  cette  maladie.  Loin 
des  organes  génitaux ,  loin  du  bassin,  loin  de 
toutes  les  parties  qui  ont  été  en  jeu  et  plus 
ou  moins  irritées  dans  la  grossesse  et  dans 
l’accouchement,  près  des  organes  où  la  nature 
appelle  après  la  parturition  une  sécrétion 
abondante  que  l’allaitement  n’évacue  pas,  une 


REVUE  CRITIQUE. 


252 

sorte  d’exhalation  métastatique  a  lieu,  sem¬ 
blable  à  celle  qui  s’opère  soit  dans  le  tissu 
cellulaire  des  membres  abdominaux,  soit  dans 
les  cavités  closes.  Qui  ne  voit  là  l’un  des  ré¬ 
sultats  de  cette  tendance  générale  aux  suf¬ 
fusions  séreuses  et  aux  épanchements  qui 
existent  chez  toutes  les  nouvelles  accouchées 
qui  ne  nourrissent  pas  ?  La  plilegmatia  alba 
dolens  n’est  pas  autre  chose,  suivant  les  mé¬ 
decins  de  la  Maternité,  que  la  manifestation 
dans  les  membres  de  cette  tendance  générale, 
et  il  n’y  a  pas  de  raison  pour  que  les  mem¬ 
bres  supérieurs  y  échappent  et  que  les  infé¬ 
rieurs  la  subissent  seuls. 

Nous  voici  loin  sans  doute  de  la  phlébite  et 
de  l’angéioleucite  comme  principe  de  la  phleg- 
matia  alba  dolens.  Est-ce  à  dire  que  ces 
deux  maladies  ne  puissent  produire  quelque¬ 
fois  des  œdèmes  douloureux  des  membres? 
Nous  ne  prétendons  point  le  nier.  Les  belles 
recherches  de  M.  Bouillaud,  celle  de  David 
Davis,  celles  de  Robert  Lee  nous  donneraient, 
en  ce  qui  concerne  la  phlébite ,  un  éclatant 
démenti,  et  l’observation  journalière  ne  nous 
contredirait  pas  moins  pour  ce  qui  est  de 


l’angéioleucite.  Mais,  indépendamment  de  ce 
que  cette  dernière  maladie  a  ,  outre  l’œdème, 
des  caractères  propres  qu’on  ne  retrouve  pas 
dans  la  plilegmatia  alba  dolens  simple,  celle- 
ci,  telle  qu’on  l’observe  chez  les  femmes  ré¬ 
cemment  accouchées,  se  lie  trop  évidemment 
à  leur  état  spécial  pour  que  nous  ne  nous 
rangions  pas  à  l’avis  des  médecins  de  la  Ma¬ 
ternité  qui  en  font  une  affection  spécifique. 
A  cette  maladie,  et  à  celle-là  seulement,  nous 
voulons  réserver  le  nom  de  plilegmatia  alba 
dolens. 

Les  femmes  en  couches,  chez  lesquelles  les 
inflammations  des  veines  du  bassin  sont  si 
communes,  ne  peuvent-elles  pas  être  atteintes 
d’une  phlébite  crurale  primitive  sans  inflam¬ 
mation  exhalante  préalable  du  tissu  cellulaire, 
et  cette  phlébite  ne  pourrait-elle  pas  ici , 
comme  dans  d’autres  circonstances ,  déter¬ 
miner  un  œdème  douloureux  ?  Sans  doute  ; 
mais  ce  sont  des  cas  différents  de  la  véritable 
plilegmatia  alba  dolens,  qu’une  observation 
exacte  de  la  nature  et  une  lecture  attentive 
des  faits  feront  toujours  discerner. 


Pluiriiiacologie  eliiniiFgicale 


SUR  LA  POMMADE  ü’iODURE  DE  POTASSIUM. 

La  pommade  d’iodure  de  potassium  est  un 
des  médicaments  externes  des  plus  souvent 
employés  :  c’est  ce  qui  nous  engage  à  publier 
ici  quelques  remarques  pratiques  sur  la  pré¬ 
paration  de  cette  pommade.  Voici  la  formule 
adoptée  par  le  Codex,  et  telle  qu’on  la  suit  dans 
toutes  les  pharmacies  quand  le  médecin  ne 
fait  aucune  autre  désignation. 

Iodure  de  potassium .  4gram. 

Graisse  de  porc  récente.. .  52  gram. 
Mêlez  sur  un  porphyre. 

Cette  formule  bien  simple  va  cependant 
nous  fournir  des  remarques  diverses  1°  sur 
l’excipient,  2°  sur  le  mode  d’opération,  5°  sur 
la  dose  des  substances. 

La  graisse  qu’on  a  généralement  adoptée 
comme  excipient  de  la  pommade  d’iodure  de 
potassium  présente  plusieurs  inconvénients; 
quand  elle  n’est  pas  parfaitement  fraîche;  elle 
contient  alors  des  acides  gras  qui,  en  réagis¬ 
sant  sur  l’iodure  de  potassium,  mettent  de 
l’iode  à  nu  qui  colore  la  pommade  en  jaune 
rougeâtre  ;  et  il  arrive  souvent  que,  lorsqu’on 
fait  préparer  la  même  pommade  dans  diffé¬ 
rentes  officines,  les  malades  sont  effrayés  de 
voir  ce  changement  de  couleur.  Si  la  pom¬ 
made  n’est  pas  immédiatement  colorée,  elle 
ne  tarde  pas  à  le  devenir  par  le  développe¬ 
ment  de  ces  mêmes  acides. 

Un  des  plus  graves  inconvénients  de  l’em¬ 
ploi  de  la  graisse  dans  la  préparation  de  la 
pommade  d’iodure  de  potassium ,  c’est  que 
lorsque  la  graisse  n’est  point  parfaitement 


fraîche  ou  que  la  pommade  est  conservée  pen¬ 
dant  quelques  jours,  les  frictions  déterminant 
souvent  l’irritation  des  parties,  on  est  forcé 
d’en  suspendre  l’emploi.  Cela  arrive  surtout 
dans  les  cas  de  tumeurs  du  sein,  où  il  faut 
employer  pendant  très  longtemps  ces  fric¬ 
tions.  Il  convient  donc,  soustousles  rapports, 
de  substituer  à  la  graisse  de  porc  le  cérat 
sans  eau,  préparé  avec  huile  d’amandes  douces 
fraîche  5,  et  cire  blanche  1. 

La  porphyrisation  recommandée  par  le  Co¬ 
dex  doit  être  longuement  continuée  pouf 
éviter  les  petites  parcelles  d’iodure  qui  déter¬ 
mineraient  une  irritation  mécanique;  il  est 
plus  simple  et  plus  convenable  de  dissoudre 
l’iodure  de  potassium  dans  son  poids  d’eau 
distillée  de  roses,  et  de  mêler  intimement 
cette  dissolution  au  cérat  sans  eau. 

Par  rapport  à  la  dose  d’iodure  de  potassium, 
les  formules  ont  présenté  des  variations. 
M.  Magendie  avait  d’abord  adopté  les  propor¬ 
tions  suivantes  : 

Iodure  de  potassium .  2  gram. 

Axonge .  45  gram. 

Mais  on  a  vu  que  la  proportion  d’iodure  pou¬ 
vait  être  augmentée  sans  inconvénient,  et  le 
Codex  nouveau  adoptant  la  formule  suivie 
dans  les  hôpitaux  prescrivit  : 

Iodure  de  potassium  (1  gros)  4  gram. 

Axonge . (1  onc.)  52  gram. 

Ces  rapports  étaient  simples  et  bons  lors¬ 
que  les  anciens  poids  étaient  usités.  Mainte¬ 
nant  il  convient  de  simplifier  cette  formule 
et  de  l’adapter  au  système  métrique  ;  les  pro- 


BULLETIN 

portions  suivantes  me  paraissent  convenables  : 


Iodure  de  potassium .  1  gram. 

Cérat  sans  eau .  10  gram. 

Eau  de  roses .  1  gram. 

Essence  de  roses .  2  gouttes. 


Lorsqu’il  s’agit  de  combattre  les  tumeurs 
accompagnées  de  vives  douleurs,  on  peut 
ajouter  à  la  pommade  précédente  ou  : 

Iodhydrate  de  morphine..  50  centig. 
ou  bien  : 

Camphre .  2  gram. 

Je  vais  actuellement  faire  connaître  plu¬ 
sieurs  préparations  externes  employées  en 
Allemagne  où  entre  l’iodure  de  potassium  ou 
l’iode  : 

Pommade  hydriodatée. 

(Dr  RIECKE.) 


Iodure  de  potassium .  4  gram. 

Savon  médicinal .  2  gram. 

Eau  de  roses .  Sgram. 

Onguent  rosat .  24  gram. 

M.  selon  l’art. 


Cette  pommade  présente  l’avantage  de  ne 


CLINIQUE.  253 

pas  rancir  avec  autant  de  rapidité  que  la  pom¬ 
made  ordinaire,  et  de  se  conserver  pendant 
.un  temps  plus  long. 

Emplâtre  ioduré,  ou  mieux  iodé. 

(Dr  RODERBURG.) 

R.  Iode  pur .  2  gram. 

Divisez -le  avec  quelques  gouttes  d’esprit 
de  vin,  ajoutez -y  alors  quelque  peu  d’huile 
d’olives,  puis  incorporez-le  tout  dans 

Emplâtre  simple . 32  gram. 

que  vous  avez  auparavant  fait  fondre  au  bain- 
marie.  Malaxer  avec  soin. 

Emplâtre  hydriodaté. 

(Dr  RODERBURG.) 

R.  Iodure  de  potassium —  5  gram. 

Broyez-le  avec  quelque  peu  d’esprit  de  vin, 
puis  incorporez-le  dans  : 

Emplâtre  simple . 40  gram. 

que  vous  avez  fait  fondre  au  bain-marie. 
Malaxez  avec  soin. 

A.  B. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Dans  notre  premier  article  sur  les  dangers 
du  traitement  ordinaire  des  fractures  de  la 
rotule,  on  a  vu  combien  était  pernicieux  pour 
les  fonctions  de  la  jointure  un  repos  trop  long¬ 
temps  prolongé.  Ce  qui  a  lieu  à  la  suite  des 
fractures  n’est  pas  moins  à  redouter  à  la  suite 
des  luxations  ;  et  plus  d’une  réduction  régu¬ 
lièrement  obtenue  n’a  abouti  qu’à  une  déplo¬ 
rable  ankylosé  ,  par  suite  d’une  immobilité 
trop  prolongée  du  membre.  En  attendant  que 
l’occasion  se  présente  de  dire  ce  que  l’expé¬ 
rience  nous  a  enseigné  sur  ce  sujet ,  nous 
pensons  qu’on  lira  avec  intérêt  l’observation 
suivante ,  recueillie  à  l’hôpital  militaire  de 
Barèges,  par  notre  excellent  et  habile  con¬ 
frère,  M.  Rigal,  de  Gaillac. 

luxation  scapulo-humérale  réduite  le  4e 
jour;  immobilité  du  membre  durant  un 
mois  ;  roideur  articulaire  vainement  trai¬ 
tée  par  les  bains  de  Barèges  et  les  dou¬ 
ches,  par  M.  Rigal,  de  Gaillac. 

Observation.  —  Picbard  (Michel-Pierre), 
âgé  de  52  ans,  d’une  constitution  sèche  et  na¬ 
turellement  maigre  ,  a  longtemps  servi  dans 
la  marine  royale.  Il  travaille  maintenant  à 
bord  d’un  navire  marchand;  je  le  laisse  con¬ 
ter  son  accident.  La  langue  du  métier  donne 
une  sorte  de  charme  et  un  vernis  d’authen¬ 
ticité  à  son  récit  : 

«  Le  5  avril,  étant  hissé  sur  un  râtelier  de 
quatre  pieds  d’élévation,  je  voulus  atteindre 
de  ma  main  droite  leboutd’une  corde.  N’étant 


pas  parvenu  à  la  saisir,  je  perdis  l’équilibre 
et  tombai  sur  le  bord  d’une  baye  (barrique 
sciée  en  deux).  Le  coup  porta  sur  le  moignon 
de  l’épaule  gauche ,  et  mon  bras  tomba  sous 
l’aisselle-.  Un  rebouteur  voulut  me  le  rhabiller. 
Pendant  deux  jours,  et  durant  une  demi-heure 
chaque  matin,  il  fit  des  efforts  inutiles ,  mais 
horriblement  douloureux.  Le  quatrième  jour, 
j’entrai  à  l’hôpital.  On  m’amarra  avec  un 
drap  plié  et  roulé  en  corde  qu’on  fit  passer 
sous  l’aisselle  malade.  Trois  hommes  saisirent 
ce  lien  ;  trois  autres  furent  mis  après  un  se¬ 
cond  drap  amarré  au  poignet,  puis  on  me 
hâla.  Le  major ,  qui  se  tenait  à  l’épaule,  or¬ 
donna  de  mollir  ;  puis  tout  d’un  coup  il  rap¬ 
procha  mon  coude  des  côtes ,  dont  il  était 
éloigné  depuis  l’accident.  Je  pus  immédiate¬ 
ment  porter  la  main  à  la  tête  comme  je  le  fais 
aujourd’hui,  mais  pas  davantage. 

«  On  amarra  le  bras  au  corps,  et  puis  le 
lendemain  on  me  fit  vider  l’hôpital  ;  la  cale 
était  trop  pleine. 

«Quatre  jours  plus  tard,  mon  bras  était 
horriblement  enflé.  Je  me  présentai  à  l’hô¬ 
pital  militaire.  On  dit  que  j’étais  parfaite¬ 
ment  remis,  et  que  je  n’avais  qu’à  prendre 
des  bains  Gela  m’était  impossible  chez  moi, 
et  je  restai  plus  d’un  mois  avec  mon  bras 
amarré.  Quand  j’ai  cru  être  guéri,  je  me  suis 
trouvé  estropié.  » 

Le  malheureux  marin  avait  donc  été  envoyé 
à  l’hôpital  de  Barèges  pour  essayer  l’action  des 
eaux  thermales  contre  l’infirmité  dont  il  était 


2  4  BULLETIN 

affecté;  et  ce  fut  là  qu’en  compagnie  de  M.  le 
docteur  Ballard,  nous  le  soumîmes  à  un  mi¬ 
nutieux  examen.  La  réduction  datait  alors  de 
5  mois  et  demi. 

Pichard  étant  déshabillé  ,  la  conformation 
de  son  épaule  gauche  est  parfaitement  régu¬ 
lière.  L’acromion  ,  la  tête  de  l’humérus  re¬ 
produisent,  des  deux  côtés,  des  saillies  égales. 
La  clavicule  droite  est  un  peu  plus  fortement 
arquée,  mais  c  est  la  le  résultat  de  la  prédo- 
minence  ordinaire  des  muscles  du  côté  droit; 
et  il  ne  faut  pas  oublier  à  cet  égard  que  la  vie 
active  d  un  matelot,  les  rudes  travaux  aux¬ 
quels  Pichard  a  été  assujetti  peuvent  avoir 
outré  les  elfets  des  tractions  musculaires  sur 
les  leviers  que  la  fibre  met  enjeu. 

La  peau  sèche,  mince  et  dure  du  sujet,  sa 
maigreur,  laissant  parfaitement  apercevoir 
les  rapports  mutuels  des  surfaces  arthrodia- 
les.  Ces  circonstances  nous  permettent,  en 
outre,  de  constater  les  phénomènes  suivants  : 

Le  muscle  pectoral  droit  se  dessine  pen¬ 
dant  l’élévation  et  l’abduction  du  bras,  de 
manière  a  montrer  tous  ses  faisceaux  con¬ 
vergents  vers  l’attache  humérale  de  ses  fi¬ 
bres.  A  gauche,  si  l’on  soulève  le  bras  (car  ce 
mouvement  spontané  est  impossible),  le  pec¬ 
toral  se  montre  divisé  en  deux  larges  masses, 

1  une  supérieure,  l’autre  inférieure,  séparées 
par  un  enfoncement  de  forme  triangulaire, 
dont  la  hase  regarde  le  sternum. 

Les  mouvements  orhiculaires ,  ceux  de 
pronation,  de  supination  forcée  sont  égale¬ 
ment  impossibles.  Le  coude  est  toujours  collé 
au  corps.  Pour  porter,  comme  immédiatement 
après  la  réduction,  la  main  à  la  tête ,  le  ma¬ 
lade  fléchit  l’avant-hras  contre  l’humérus; 
puis  il  élève  l’omoplate  par  les  muscles  de  la 
région  latérale  et  postérieure  du  cou.  Rien  de 
plus.  On  dirait  dans  ce  mouvement  qu’on  a 
affaire  à  une  ankylosé  complète.  Le  deltoïde 
n’est  accusé  par  aucune  sorte  de  saillie;  il  est 
atrophié,  ainsi  que  les  sus  et  sous-épineux. 

La  peau  porte  la  trace  de  l’action  d’un  em¬ 
plâtre  stibié,  fait  avec  la  poix  de  Bourgogne. 
Selon  Pichard,  ce  topique  a  diminué  des  dou¬ 
leurs  vives  dans  le  point  d’attache  des  mus¬ 
cles  dont  je  viens  de  parler. 

On  ne  peut  élever  le  bras  sans  entraîner  l’o¬ 
moplate.  Si ,  fixant  l’angle  inférieur  de  cet  os, 
on  imprime  des  mouvements  bornés  de  cir- 
cumduetion  à  la  tête  de  l’humérus,  il  se  pro¬ 
duit  dans  1  article  une  sorte  de  crépitation 
peu  douloureuse  pour  le  sujet,  et  que  la  main, 
posée  sur  le  moignon,  compare  à  ce  bruit ,  à 


CLINIQUE. 

cette  sensation  que  détermine  la  pression  sur 
une  masse  d’amidon  à  l’état  pulvérulent. 

Trente-six  jours  après,  Pichard  se  trouvait 
dans  le  même  état,  en  dépit  des  bains  et  des 
douches. 

L’observation  de  Pichard,  que  j’ai  voulu  re¬ 
cueillir  en  détail,  me  semble  prouver  : 

1°  Que  la  luxation  la  plus  simple  et  la 
mieux  réduite  peut  entraîner  après  elle  de 
graves  accidents; 

2°  Que  l’inflammation  consécutive  à  la 
luxation  d’abord ,  et  ensuite  aux  efforts  de 
réduction,  doit  être  combattue  d’une  manière 
active,  sous  peine  de  voir  les  déchirures  fi¬ 
breuses  contracter  des  adhérences  capables 
d’amener  l’ankylose; 

3°  Qu’il  ne  faut  pas  tarder  au  delà  de  15 
jours  pour  mobiliser  les  surfaces  arthrodiales 
ramenées  à  un  contact  régulier.  Ce  précepte , 
posé  par  M.  Malgaigne,  exige  cependant  la 
plus  grande  prudence. 

Rigal. 


Nous  ajouterons  quelques  réflexions  aux 
conclusions  de  M.  Rigal.  Deux  opinions  tou¬ 
chant  le  traitement  de  ces  fausses  ankylosés 
ont  obtenu  un  grand  crédit  dans  l’esprit  des 
chirurgiens.  Les  uns  estiment  que  le  temps 
opérera  de  lui-même  la  guérison,  et  renvoient 
les  malades  avec  cette  espérance,  le  plus  sou¬ 
vent  trompeuse;  les  autres,  un  peu  moins 
confiants,  ne  savent  cependant  rien  de  mieux 
que  l’emploi  des  bains  et  des  douches  ;  bains 
d’eau  de  tripes,  bains  de  sang,  bains  et  dou¬ 
ches  de  Barèges,  etc.  Or,  il  n’y  arien  de  plus 
empirique  et  de  plus  périlleux  que  ces  deux 
modes  de  traitement.  L’unique  remède  à  op¬ 
poser  à  une  roideur  articulaire  est  l’exercice 
de  la  jointure;  les  bains  et  les  douches  ne 
font  que  calmer  la  douleur  et  favoriser  les 
mouvements.  Si  donc  onabandonne  un  malade 
à  lui-même  avec  une  roideur  peu  considéra¬ 
ble,  et  qui  n’empêche  pas  les  mouvements 
spontanés,  le  temps,  joint  à  l’exercice  naturel 
du  membre,  suffira  pour  la  détruire;  si  elle  est 
plus  forte,  ni  le  temps,  ni  le  malade ,  privé 
des  secours  de  l’art,  n’en  viendront  complète¬ 
ment  à  bout.  Si ,  enfin  ,  elle  est  plus  ferme 
encore,  le  malade,  ne  pouvant  exécuter  aucun 
mouvement  par  lui-même,  l’envoyer  aux  eaux 
thermales  est  tout  simplement  le  condamner 
à  une  incurabilité  d’autant  plus  assurée  qu’on 
lui  fait  perdre  en  de  frivoles  tentatives  le 
temps  le  plus  précieux  pour  sa  guérison. 
Cette  question  est  grave,  et  nous  y  reviendrons. 


De  la  résection  dü  coude  et  d’un  nouveau  procédé  pour  la  pratiquer,  par  A.-M  Tho™ 
.-M.-P.,  anrnen  interne  des  hôpitaux.— 1  vol.  in-4°,  avec  deux  planches  lithographiées  par 

Médecine ,  n™)  3  W  C“t  “  A  Paris’  chez  Labé>  Place  de°  l'Ecole-de- 


BIBLIOGRAPHIE. 


255 


BIBLIOGRAPHIE. 


Œuvres  complètes  de  John  Hunter,  tra¬ 
duites  de  T anglais,  avec  des  notes,  par 
G.  Richelot,  D.-M.-P.,  etc.  ;  4  forts  vo¬ 
lumes  in-8°,  avec  atlas  in-4°  de  62  plan¬ 
ches.  —  Prix  :  56  francs.  —  Chez  Lahé,  li¬ 
braire,  ruedel’Ecole-de-Médecine,  n°  4. 
Depuis  que  la  chirurgie  s’est  échappée  des 
langes  du  moyen-âge,  elle  ne  compte  encore 
que  trois  grands  chefs  d’école,  trois  de  ces 
hommes  marqués  du  sceau  du  génie,  qui  don¬ 
nent  l’impulsion  aux  autres  et  leur  montrent 
le  chemin.  La  France  en  a  compté  deux,  Am¬ 
broise  Paré  et  J.-L.  Petit;  le  troisième,  et  le 
plus  puissant  peut-être,  fait  le  juste  orgueil  de 
l’Angleterre,  qui  l’appelle  le  grand  Hunter. 

Si  l’on  recherche,  à  part  l’intelligence  qui 
était  en  eux ,  quelles  sont  les  causes  qui  les 
ont  ainsi  élevés  si  haut  au  dessus  de  leurs 
contemporains  ,  comment  ils  sont  arrivés  à 
l’époque  et  comme  au  jour  fixé  et  non  à  une 
autre,  on  reconnaît  d’abord,  et  c’est  une  haute 
leçon  de  l’histoire ,  que  tous  trois  furent  pour 
la  chirurgie  les  représentants  d’une  idée  phi¬ 
losophique  nouvelle;  et  que  plus  l’idée  philo¬ 
sophique  était  large  et  féconde,  plus  grands 
aussi  sont  les  services  qu’ils  ont  rendus. 
Qu’ils  l’aient  su  et  qu’ils  l’aient  voulu,  cela 
est  douteux;  mais  peu  importe,  si  d’ailleurs 
ils  ont  assez  montré  par  leurs  œuvres  la  cou¬ 
leur  de  leur  drapeau.  A.  Paré  est  le  champion 
du  dogme  de  l’autorité,  non  pas  de  l’autorité 
servile  du  moyen-âge,  mais  de  l’autorité  dis¬ 
cutée,  acceptée  librement,  et  déjà  même  no¬ 
tablement  entamée  par  la  raison  humaine. 
Ce  que  Luther  avait  fait  pour  le  monde  moral 
et  religieux  ,  A.  Paré  le  fit  pour  la  chirurgie; 
son  école  dura  peu;  c’est  que  le  principe  de 
l’autorité  avait  fait  son  temps,  et  que  Des¬ 
cartes  allait  en  introniser  un  autre. 

Avec  Descartes  triomphe  la  raison  pure; 
tout  est  remis  en  discussion;  les  plus  respec¬ 
tables  autorités  sont  comptées  pour  rien;  les 
faits  mêmes  qui  ne  se  plient  pas  aux  nouvelles 
théories  sont  rejetés;  on  devine  plus  qu’on 
n’observe,  on  aime  mieux  imaginer  que  de 
chercher;  aussi  que  de  doctrines  brillantes 
qui  n’ont  que  le  malheur  de  pécher  par  la 
base  ;  que  d’édifices  trop  rapidement  édifiés  ! 
A  cette  époque ,  la  face  de  la  chirurgie  fut 
renouvelée  tout  entière,  et  J.-L.  Petit  fut  le 
chef  et  le  héros  de  cette  révolution. 

John  Hunter,  au  contraire,  est  un  secta¬ 
teur  de  Bacon ,  méprisant  l’autorité  comme 
un  cartésien,  estimant  peu  les  théories  pures, 
bien  qu’il  n’ait  pas  toujours  su  s’en  affran¬ 
chir,  aimant  mieux,  comme  il  l’écrivait  à  Jen¬ 
ner  ,  expérimenter  que  penser .  Mais,  cepen¬ 


dant,  il  ne  faut  pas  trop  prendre  les  choses  à 
la  lettre  ;  bien  que  J.-L.  Petit  ait  plus  pensé 
qu’expérimenté ,  il  n’en  reste  pas  moins  le 
premier  observateur  de  son  époque  ;  de  mê¬ 
me  que  Hunter,  l’expérimentateur,  est  en 
même  temps  le  plus  hardi  penseur  de  l’âge 
moderne.  Mais  Hunter  ne  pensait  qu’après 
l’expérience  faite,  et  il  vérifiait  encore  sa 
pensée  par  de  nouvelles  expériences;  et  voilà 
comment  il  a  marché  d’un  pas  si  ferme  et  si 
sûr  à  la  fois  ;  comment,  ayant  reçu  la  chirur¬ 
gie  comme  un  art ,  il  en  a  fait  une  science  ; 
comment  il  a  mérité  cet  éloge  de  sir  A.  Coo- 
per  ,  élève  digne  d’un  tel  maître,  qu’il  a 
donné  le  premier  à  la  chirurgie  les  principes 
dont  elle  manquait  avant  lui. 

Nous  nous  arrêterons  sur  ce  parallèle ,  ne 
voulant  pas  nous  laisser  emporter  trop  loin  ; 
ces  idées  sommaires  suffiront  d’ailleurs  à  faire 
comprendre  tout  le  prix  des  œuvres  complètes 
dont  M.  Richelot  nous  a  donné  la  traduction. 
Nous  ne  connaissions  guère  de  Hunter  que 
son  Traité  du  sang  et  de  V inflammation,  ou¬ 
vrage  à  peine  lisible,  car  Hunter  ne  se  pique 
pas  beaucoup  ni  de  clarté  ni  de  méthode  ;  mais 
qui  se  trouve  magnifiquement  illuminé  par  ses 
Leçons  de  chirurgie ,  commentaire  fait  par  le 
maître  lui-même,  bien  que  recueilli  par  ses 
élèves.  Ajoutez  le  Traité  des  dents  et  celui  de 
la  Syphilis,  et  vous  aurez  les  principales  pu¬ 
blications  de  Hunter;  mais  l’éditeur  anglais, 
M.  Palmer,  a  recueilli  avec  soin  tous  ses  opus¬ 
cules,  mémoires,  observations,  notes  éparses 
dans  les  journaux  et  dans  les  recueils  des  so¬ 
ciétés  savantes,  et  qui  ont  trait  à  presque 
toutes  les  parties  de  l’histoire  de  la  matière 
organisée;  anatomie  humaine  et  comparée, 
histoire  naturelle,  physiologie,  pathologie, ana¬ 
tomie  pathologique  ;  car  Hunter  s’était  pro¬ 
posé  d’étudier,  de  poursuivre  dans  l’universa¬ 
lité  des  êtres  cette  force  qui  constitue  la  vie, 
ce  principe  vital  dont  nul  mieux  que  lui  n’a 
démontré  l’existence,  autant  du  moins  qu’elle 
est  susceptible  d’être  démontrée.  Hunter  n’eut 
qu’un  seul  tort  :  ce  fut  de  dédaigner  l’érudi¬ 
tion  qui  est  la  science  et  l’expérience  écrite  ; 
de  son  vivant  il  eut  à  s’en  repentir;  et  les  chi¬ 
rurgiens  anglais,  trop  fidèles  à  ses  principes, 
ouvrent  à  peine  ses  propres  ouvrages,  où  se 
retrouvent  cependant  la  source  et  l’origine  de 
tout  ce  qui  s’est  fait  de  grand  et  de  beau  en 
chirurgie  depuis  cinquante  années.  Pour  nous, 
qui  savons  mieux  ce  qu’on  peut  gagner  au 
commerce  de  pareils  hommes,  nous  recom¬ 
mandons  vivement  la  lecture  et  l’étude  de 
Hunter  à  tous  les  amis  de  la  grande  chirur¬ 
gie  ;  et  nous  aurions  fort  mauvaise  opinion 


256 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


(l’une  bibliothèque  chirurgicale  où  cette  col¬ 
lection  précieuse  ferait  défaut. 

A  part  les  notes  de  M.  Richelot  lui-même, 
M.  Ricord  s’est  chargé  d’annoter  le  Traité  de  la 
syphilis,  M.  Oudet  le  Traité  des  dents;  ils  ont 
jugé  avec  j  uste  raison  qu’ils  s’honoraient  encore 
en  se  faisant  les  annotateurs  de  Hunter.  L’exé¬ 


cution  matérielle  du  livre  et  de  l’atlas  méri¬ 
tent  aussi  de  justes  éloges;  nous  ne  regrettons 
qu’une  seule  chose,  c’est  que  l’élévation  du 
prix  ne  mette  pas  immédiatement  cet  ouvrage 
à  la  portée,  non-seulement  des  praticiens, 
mais  de  tous  les  étudiants. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences. — Séance  du  19  juin. — M.  Colombat  réclame  un  tour  de  faveur  pour 
la  lecture  d’un  mémoire  sur  le  bégaiement. 

M.  Thierry  adresse  l’exposé  d’expériences  par  lui  faites  de  concert  avec  M.  Rigot,  en  1828, 
sur  les  divers  procédés  de  ligature  des  artères.  Ces  expériences  n’ont  fait  que  confirmer  celles 
de  Jones  et  de  Réclard;  la  conclusion  directe  est  qu’il  faut  accorder  la  préférence  à  la  ligature 
avec  un  fil  unique  rompant  les  deux  tuniques  de  l’artère. 

Séance  du  3  juillet.  — M.  Tanchou  adresse  un  mémoire  sur  la  fréquence  du  cancer  d’après 
des  recherches  sur  les  registres  des  décès  du  département  de  la  Seine.  Nous  reviendrons  sur 
ce  travail. 

M.  Alexandre  Colson  envoie  un  mémoire  sur  le  traitehent  des  plaies  résultant  deV ablation 
des  tumeurs  du  sein  et  de  l’aisselle  au  moyen  de  la  suture  entortillée  ;  il  conclut  que  cette 
suture  est  le  moyen  le  plus  certain  pour  obtenir  la  réunion  immédiate. 

M.  Recquerel  a  donné  communication  de  la  méthode  de  M.  Jourdan,  pour  la  guérison  du  bé¬ 
gaiement;  nous  en  avons  parlé  dans  notre  Revue. 

Académie  de  médecine.  —  Séance  du  20  juin.  —  M.  Colombat  demande  une  commission  pour 
examiner  des  bègues  et  suivre  le  traitement  qu’il  se  propose  de  leur  faire  subir.  La  commis¬ 
sion,  composée  de  MM.  Gerdy,  Poiseuille ,  Mélier,  A.  Bérard  et  Guéneau  de  Mussy,  procède 
immédiatement  dans  les  bureaux  à  l’examen  des  sujets. 

M.  Guérin,  à  l’occasion  d’une  pièce  anatomique  présentée  par  M.  Bouvier  dans  la  précédente 
séance,  demande  une  commission  qui  soit  chargée  d’examiner  ses  travaux  et  sa  méthode,  en 
comparaison  avec  les  travaux  et  la  méthode  de  M.  Bouvier. — Ordre  du  jour. 

M.  de  Castelnau  lit  un  mémoire  intitulé  :  De  l’inoculation  considérée  comme  hase  du  diagnos¬ 
tic  des  maladies  syphilitiques.  —  Commissaires  :  MM.  Bousquet,  Martin-Solon  et  Lagneau. 

11  a  été  décidé,  dans  cette  séance,  que  la  prochaine  élection  aurait  lieu  dans  la  section  de 
pathologie  médicale. 

4  juillet.  —  M.  Colombat  lit  un  mémoire  sur  les  caractères  distinctifs  et  le  traitement  du 
bégaiement.  Nous  en  avons  rendu  compte  dans  la  Revue  critique. 

M.  Laborie  lit  un  mémoire  sur  la  valeur  relative  des  amputations  partielles  du  pied. — 
Commissaires  :  MM.  J.  Cloquet,  Blandin,  et  A.  Bérard. 

M.  Bonnafont  lit  une  observation  de  surdité  guérie  après  la  perforation  de  la  membrane  du 
tympan. 

11  juillet.  —  M.  Colombat  représente  les  deux  bègues  qu’il  a  montrés  à  l’Académie.  On 
constate  que  l’amélioration  est  déjà  très  remarquable- 

M.  Deleau  lit  un  mémoire  sur  les  corps  étrangers  introduits  et  formés  dans  l’oreille  moyenne. 
—  Commissaires  :  MM.  Ribes  et  Breschet. 

La  fin  de  la  séance  est  occupée  par  la  présentation  et  l’examen  d’un  ieune  garçon  de  13  ans 
et  demi,  atteint  d’une  déviation  latérale  de  l’épine,  que  M.  Guérin  se  propose  d’opérer  par  la 
myotomie  rachidienne  à  l’hôpital  des  Enfants. 


Petit  atlas  complet  d’anatomie  descriptive  du  corps  humain,  par  J. -N.  Masse  ;  1  vol. 
grand  in-18,  anglais,  composé  de  112  planches  gravées  sur  acier.— Prix  de  l’ouvrage,  cartonné  : 
lre  partie,  fig.  noires,  14  fr.;  idem ,  fig.  coloriées,  24  fr.  —  2e  partie,  fig.  noires, "4  fr.  ;  idem, 
hg.  coloriées,  8  fr. 

La  première  partie  est  en  vente.— Elle  comprend  les  os,  les  articulations,  les  aponévroses, 
les  viscères,  les  artères  et  les  veines. 

La  deuxième  partie  paraîtra  tin  de  juillet  prochain— Elle  comprendra  les  lymphatiques,  le 
cerveau,  la  moelle  épinière  et  les  nerfs. 

Une  fois  l’ouvrage  terminé  ,  le  prix  en  sera  porté  à  20  fr. ,  fig.  noires,  et  à  36  fr. ,  fig. 
coloriées. 

Cet  atlas  est  destiné  à  compléter  tous  les  traités  d’anatomie  descriptive  ,  mais  principale¬ 
ment  celui  de  M.  A.-L.-J.  Bayle  ,  dont  la  5e  édition  va  paraître.— Paris ,  Méquignon-Marvis 
fils,  éditeur,  rue  de  l’Ecole-de-Médecine,  n°  5. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-8° 
Prix  de  1  abonnement  :  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s  abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honore,  n°  33.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction 
doivent  être  adresses,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne  ,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Petits-Champs,  n°  39.  ’ 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Cic,R'^e  de  Grenelle-Saiat-Honoré,55. 


TV 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Pas-  M.  MJJLCJ-AIGME. 


AOUT  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Iravaux  originaux. — De  quelques  illusions  orthopédiques,  à  l’occasion  du  Relevé  général 
du  service  orthopédique  de  M.  J.  Guérin. — De  l’hy dropisie  du  col  utérin,  par  M.  Jobert. — 
Mémoire  sur  le  traitement  abortif  de  la  blennorrhagie  par  l’azotate  d’argent  à  haute  dose, 
par  M.  Debeney.  —  II.  Revue  critique. — Chirurgie.  —  Recherches  sur  la  fréquence  du 
cancer.— Traitement  des  hydarthroses  par  les  injections  iodées. — Guérison  par  l’injection 
diode  d  une  collection  située  dans  l’interieur  du  bassin. — Obstétrique. — Rétention  du  pla¬ 
centa  dans  l’utérus  pendant  trois  mois,  après  un  avortement  à  cinq  mois  de  grossesse. — 
Pharmacologie  chirurgicale.— Des  pâtes  arsénicales  employées  pour  la  cautérisation  du 
cancer.  III.  Bulletin  clinique. — Ascite  considérable  survenue  au  9e  mois  de  la  grossesse,  et 
promptement  guérie  après  l’accouchement,  par  M.  Prestat. — IV.  Bibliographie. — Traité 
des  maladies  de  1  urèthre,  par  M.  Civiale. — V.  Nouvelles  et  variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


quelques  illusioug  ortltogrédiques .  à  l'occasion  du  Relevé 
général  du  service  orthopédique  de  M.  J.  ©sjériw. 

Nous  avons  à  remplir  un  triste  et  rigoureux  devoir,  que  nous  eussions  désiré  éloigner 
de  nous,  et  devant  lequel  enfin  nous  aurions  reculé  sans  doute,  si  la  dignité  et  la  moralité 
de  l’art  ne  nous  avaient  paru  si  fortement  intéressées.  Il  s’agit  du  Relevé  général  publié 
par  M.  J.  Guérin. 

Nous  avons  déjà  dit  quelques  mots  de  ce  Relevé  dans  notre  dernière  Revue  critique. 
M.  Guérin  nous  a  honoré  d’une  réponse  ,  et  voici  ce  que  disait  la  Gazette  médicale  du 
22  juillet: 

«  Un  journal  de  chirurgie  qui  se  pique  de  sévérité  dans  la  manière  dont  il  convient  de 
laire  la  critique  allègue,  un  peu  légèrement,  et  sur  la  foi  d’un  homme  dont  les  assertions  ne 
passent  pas  pour  bien  sévères  ni  bien  exactes,  qu’un  malade  de  la  consultation  orthopédique 
de  1  hôpital  des  Enfants  a  été  opéré  du  strabisme  et  a  perdu  la  vue  du  côté  opéré.  Or,  dit  le 
journal,  le  relevé  de  ce  service  ne  parle  que  rie  guérisons  complètes  et  d'améliorations. 
Quand  on  se  permet  d’incriminer  l’exactitude  et  la  bonne  foi  des  autres,  on  devrait  être  cer¬ 
tain  qu’on  ne  sert  pas  de  porte-voix  à  la  calomnie.  Il  eût  donc  été  utile  qu’avant  de  mettre 
les  succès  du  relevé  en  prétendue  contradiction  avec  des  revers  graves  (expression  du  iour- 
nal),  on  se  lût  bien  assuré  de  la  réalité  du  fait  allégué.  Nous  qui  sommes  un  peu  plus  certain 
de  la  vérité  des  faits  et  assertions  que  nous  avons  pris  sous  notre  responsabilité,  nous  deman¬ 
derons  au  journal  qui  parle  de  revers  graves  dont  il  est  question  dans  le  public  et  dont  il 
n’est  dit  mot  dans  le  relevé,  de  vouloir  bien  préciser  ces  insinuations,  et  notamment  de 
prouver,  relativement  à  l’opéré  de  la  consultation  qui  aurait  perdu  la  vue,  l’accusation  dont  il 
s’est  fait  l’écho;  sinon  nous  serons  bien  obligé  de  le  placer  dans  la  catégorie  des  journaux 
dont  il  admire  et  imite  les  procédés,  mais  auxquels,  en  toute  conscience  et  en  toute  dignité, 
nous  croyons  pouvoir  nous  dispenser  de  répondre.  » 

«  17 


258  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Notre  journal  ayant  paru  le  20,  M.  Guérin  n’avait  pas  eu  sans  doute  tout  le  temps  né¬ 
cessaire  pour  méditer  les  termes  de  sa  réponse;  mais  nous  n’aurions  pas  la  même  raison 
d’oublier  la  modération  commandée  ici  plus  que  jamais  par  la  gravité  du  débat.  Nous  laisse¬ 
rons  donc  de  côté  ce  qui  nous  regarde;  quant  à  l’insinuation  dirigée  contre  M.  Velpeau, 
nous  y  répondrons  immédiatement  pour  n’avoir  plus  à  y  revenir.  Il  y  a  eu  véritablement 
une  erreur  commise,  lorsqu’il  a  été  dit  que  le  malade  en  question  avait  été  opéré  à  l’hô¬ 
pital  des  Enfants  ;  nous  en  faisons  volontiers  l’aveu.  Mais  que  l’opération  ait  été  faite  par 
M.  Guérin,  que  l’opéré  ait  immédiatement  perdu  la  vue,  à  ce  point  qu’il  peut  regarder 
fixement  le  soleil  en  plein  midi  sans  recevoir  la  moindre  sensation  de  la  lumière,  c’est  la 
pure  et  simple  vérité;  nous  avons  examiné  le  malade,  nous  avons  recueilli  l’observation 
que  nous  publierons  pour  peu  que  M.  Guérin  le  désire;  nous  nous  faisons  même  un  plaisir 
d’ajouter  que  ce  malade  se  loue  hautement  des  soins  empressés,  des  bons  procédés  et  du 
désintéressement  de  M.  Guérin. 

Ce  premier  fait  ainsi  éclairci,  revenons  maintenant  au  Relevé  en  lui-même;  et  d’abord 
il  est  indispensable  de  le  mettre  en  entier  sous  les  yeux  de  nos  lecteurs. 


DIFFORMITÉS. 

Nombre 

des  cas. 

Guéri¬ 

sons 

complè¬ 

tes. 

Amélio¬ 

ration. 

Pas 

d’amélio¬ 

ration. 

Morts. 

Non 

traités 

ou 

en  traite¬ 
ment. 

Strabismes . 

155 

100 

8 

)> 

» 

47 

Fausse  ankylosé  de  la  mâchoire  infére. 

1 

1 

» 

y> 

» 

» 

Torticolis . 

46 

23 

8 

2 

1 

12 

Déviations  de  l’épine . 

J  V  M 

loo 

24 

28 

4 

1 

98 

Excurvations  tuberculeuses . 

112 

4 

46 

46 

2 

14 

Difformités  rachitiques  du  thorax  et 
des  membres . 

o  14 

66 

36 

» 

2 

210 

Courbures  des  membres  par  cal  vicieux. 

46 

8 

13 

2 

» 

23 

Difformités  du  coude  (  flexions  per- 
manentes,  etc.) . 

9 

2 

1 

1 

« 

» 

5 

Flexions  permanentes  de  la  main  et 
des  doigts . 

14 

.i 

4 

» 

» 

7  ' 

Luxations  congénitales  des  fémurs. . . . 

58 

.2 

)) 

1 

» 

35 

Difformités  de  la  hanche  sans  luxation. 

58 

10 

22 

6 

» 

» 

Difformités  des  genoux . 

263 

53 

72 

.  9 

5 

124 

Pieds  bots . 

157 

61 

49 

6 

7 

54 

Flexion  permanente  des  orteils . 

1 

1 

» 

)> 

» 

y> 

Totaux . . . 

1349 

358 

287 

77 

18 

609 

En  outre  de  ces  difformités,  34  abcès  froids  ou  par 

congestion,  et  11  épanchements 

articulaires  ont  été  traités  par  la  méthode  soi 

is-cutam 

3e.  En  v 

oici  les  î 

’ésultats 

• 

• 

20 

m 

7 

4 

3) 

2 

7 

Abcès  par  congestion . . . 

14 

4 

2 

» 

5 

3 

Epanchements  articulaires . 

11 

8 

3 

» 

» 

3) 

Totaux  . . . .  . . 

45 

19 

9 

» 

7 

10 

Totaux  réunis.. . . . . 

1394 

377 

296 

77 

25 

619 

DE  QUELQUES  ILLUSIONS  ORTHOPÉDIQUES.  259 

Il  faut  bien  le  confesser,  l’impression  produite  par  ce  document  fut  tout  d’abord  des 
plus  fâcheuses.  Autant  que  nos  relations  puissent  s’étendre,  nous  n’avons  pas  rencontré 
un  seul  chirurgien  disposé  à  croire  à  la  réalité  de  certaines  de  ces  guérisons  ;  et,  en  ce 
qui  nous  concerne,  sans  prétendre  ni  les  nier  ni  les  admettre,  nous  étions  du  moins 
résolument  de  cet  avis  que,  si  en  effet  M.  Guérin  les  avait  obtenues,  il  avait  fait 
faire  à  la  chirurgie  des  progrès  gigantesques,  et  tels  que  l’état  actuel  de  la  science  per¬ 
mettait  à  peine  de  les  espérer.  Mais  nous  craignions,  à  dire  vrai,  qu’il  n’y  eût  là  quel¬ 
ques-unes  de  ces  illusions  si  communes  aux  auteurs  de  procédés  nouveaux;  et  quand 
M.  Guérin,  répondant  à  M.  Maisonabe,  déclara  que  cette  statistique  n’était  pas  son  ou¬ 
vrage,  nous  demeurâmes  bien  mieux  convaincu  encore  qu’il  ne  devait  point  porter  la 
peine  de  quelques  exagérations  échappées  à  ses  élèves;  seulement  nous  espérions  qu’il 
prendrait  soin  lui-même  de  faire  à  ce  tableau  les  rectifications  nécessaires  ;  et  telle  était 
la  conclusion  de  notre  article.  On  vient  de  voir  quelle  fut  la  réponse. 

Manifestement  M.  Guérin  ne  voulait  point  de  discussion  publique.  Peut-être  compre¬ 
nait-il  la  difficulté  de  justifier  absolument  les  chiffres  de  sa  statistique  ;  et  alors  il  était 
encore  généreux  d’en  revendiquer  la  responsabilité,  et  de  ne  pas  délaisser  dans  ce  péril 
les  collaborateurs  qui  pour  lui  s’étaient  mis  en  avant.  Ne  voulant  aucunement  choquer 
ses  idées  à  cet  égard,  et  cependant  désirant  constater  par  nous-mêmes  quelques-uns  des 
laits  curieux  mentionnés  dans  le  Relevé,  nous  écrivîmes  à  M.  Guérin  pour  lui  demander 
s’il  voudrait  bien  nous  communiquer  ses  observations  de  guérisons  complètes  des  cour¬ 
bures  des  membres  par  cal  vicieux ,  ou  du  moins  nous  donner  l’adresse  des  sujets  guéris. 
Cette  question  n’avait  pas  seulement  pour  nous  l’intérêt  général  qui  s’attache  à  toute  dé¬ 
couverte;  nous  avions  à  en  traiter  dans  notre  ouvrage  sur  les  fractures ,  et  il  nous  im¬ 
portait  beaucoup  de  savoir  si  véritablement  la  chirurgie  des  fractures  s’était  enrichie 
d  une  aussi  merveilleuse  conquête.  M.  Guérin  nous  répondit  par  un  refus. 

Cette  fois,  s’il  faut  le  dire,  les  motifs  de  ce  refus  nous  échappaient.  Nous  avions  lu 
dans  la  Gazette  médicale  et  ailleurs  que,  pour  la  vérification  ultérieure  des  résultats 
exprimés  par  le  tableau ,  elle  serait  possible  à  tous  ceux  c[ui  voudraient  se  donner  cette 
peine.  Si  Von  désirait'immédiatement  des  renseignements,  on  pourrait  s’adresser  direc¬ 
tement  à  M.  Guérin.  Il  s’ empresserait  de  se  mettre  à  la  disposition  de  quiconque  se  présen¬ 
terait  dans  un  but  et  avec  le  caractère  scientifiques ,  etc.  Nous  avions  eu  foi  dans  ces  dé¬ 
clarations  ;  nous  venons  de  dire  ce  qui  advint. 

Mais  la  tactique  était  mauvaise;  car,  n’ayant  pu  nous  éclairer  en  aucune  façon  sur 
cette  petite  question  des  cals  vicieux,  il  nous  prit  alors  un  plus  vaste  désir,  celui  de  pé¬ 
nétrer  dans  les  secrets  de  cette  chirurgie  mystérieuse;  et  comme  chirurgien  des  hôpi¬ 
taux,  ayant  aussi  à  traiter  de  ces  difformités  rachitiques  du  thorax  et  des  membres,  de 
ces  excurvations  rachitiques,  de  ces  abcès  par  congestion,  et  bien  d’autres  choses  encore 
dont  jamais  nous  n’avions  obtenu  ni  vu  obtenir  la  guérison  complète,  nous  nous  résolûmes 
à  chercher  par  quels  moyens  on  arrivait  à  ces  guérisons,  et  avant  tout  si  ces  guérisons 
étaient  réelles. 

C’était  en  vérité  une  tâche  difficile.  Le  relevé  publié  comprenait  1394  malades  ;  mais 
plus  tard  la  Gazette  médicale  avait  déclaré  que  134  seulement  avaient  été  traités  dans 
le  service  ;  tous  les  autres  à  la  consultation.  Nous  aurions  voulu  prendre  communication 
du  tableau  détaillé  présenté  au  Conseil  des  hôpitaux;  M.  Guérin  l’avait  retiré  Nous  nous 
résignâmes  à  refaire  nous-mêmes  au  moins  la  statistique  des  sujets  traités  à  l’hôpital;  et 
tout  d’abord,  nous  obtînmes  dans  les  bureaux  un  renseignement  que  nous  n’eussions 
guère  soupçonné. 

À  voir  comment  les  collaborateurs  de  M.  Guérin  annonçaient  que  les  observations  dé¬ 
taillées  seraient  publiées  par  le  chef  du  service  en  temps  convenable  avec  le  nom  et 
V adresse  des  sujets,  nous  avions  cru  qu’en  effet  le  relevé  avait  été  fait  d’après  les  obser¬ 
vations  recueillies.  Il  n’en  est  rien;  l’auteur  est  venu  tranquillement  feuilleter  les 
registres,  prenant  les  noms,  âge  et  domiciles  des  sujets;  et  c’est  ainsi  qu’a  été  bâti  ce 
relevé,  maintenu  par  M.  Guérin  comme  parfaitement  exact. 

Nous  avions  donc  sous  la  main  les  mêmes  documents  qne'F'a'ntèur  du  relevé;  pour 


260 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


plus  de  sécurité,  nous  voulûmes  y  en  joindre  d’autres.  Nous  compulsâmes  à  la  fois  le 
registre  des  entrées,  le  registre  des  sorties ,  et  le  registre  des  morts  ;  et  enfin,  armée 
par  année  et  mois  par  mois ,  à  l’exception  de  deux  mois  de  1839  dans  lesquels  il  y  a 
eu  7  sorties,  pour  chaque  malade,  nous  avons  relevé  la  pancarte  qui  porte  l’énoncé 
de  la  maladie  et  l’état  du  sujet  à  la  sortie ,  avec  ou  sans  la  signature  du  chirurgien. 

Le  premier  résultat  de  cette  recherche  a  été  que  le  relevé,  au  lieu  d’être  parfaitement 
exact ,  était  tant  soit  peu  inexact.  Il  a  été  publié  le  1er  juillet;  or,  du  1er  août  1839, 
c’est-à-dire  depuis  l’ouverture  du  service  jusqu’au  1er  juillet  1843,  il  n’a  été  traité  dans 
le  service  que  131  malades.  Peut-être  a-t-on  voulu  indiquer  le  nombre  des  entrées,  car 
plusieurs  malades  sont  entrés  deux  fois  ;  mais  alors  il  y  a  une  autre  inexactitude  ;  le 
nombre  des  entrées  est  de  148. 

Mais  qu’importe  après  tout!  on  peut  fort  bien  oublier  quelques  entrées  en  feuilletant 
un  registre  à  la  hâte  ;  ce  qui  nous  importait,  c’étaient  les  noms  des  sujets  guéris  de  ces 
incurables  affections  que  nous  citions  tout  à  l’heure.  Or,  d’après  les  registres  qui  portent 
le  diagnostic  du  billet  d’entrée,  et  d’après  les  pancartes  qui  portent  le  diagnostic  du  chi¬ 
rurgien  lui-même,  voici  quelles  ont  été  les  affections  reçues  dans  le  service,  année  par 
année,  seulement  en  faisant  abstraction  des  doubles  emplois  : 


1 

MALADES  REÇUS  EN 

TOTAUX. 

1839. 

1 

1840. 

1841. 

1842. 

1843. 

Sous  le  titre  vague  de  Difformités ,  — 

| 

Orthopédie, —  Luxation, —  ou  même 

Il  sans  nom  de  maladie . 

22 

7 

î> 

)) 

2 

31 

Il  Contracture  de  la  mâchoire . 

1) 

» 

J) 

1 

» 

l 

ji  Torticolis . 

D 

1 

4 

» 

» 

h 

|  Déviations  de  l’épine . 

1 

10 

21 

7 

1 

40 

1  Excurvation  tuberculeuse  de  l’épine. . . 

J> 

J> 

1 

1> 

* 

1 

1  Affection  tuberculeuse  de  l’épine . 

» 

1 

» 

9 

» 

1 

[(Déviation  de  l’épine,  difformité  con- 

fj  géniale  de  la  poitrine . 

» 

» 

» 

1 

» 

1 

[Rachitisme . . 

» 

1 

» 

1 

» 

C) 

J* 

{  Courbure  des  membres  inférieurs. . . . 

y> 

» 

» 

1 

» 

1 

[  Courbure  rachitique  de  la  jambe . 

» 

r> 

» 

1 

» 

1 

[  Torticolis,  tubercules,  contracture  gé- 

I  nérale . 

» 

y> 

» 

1 

y> 

1 

1  Difformité  musculaire  générale  (sic) . . 

» 

» 

1 

» 

9 

1 

J  Courbure  anguleuse  du  fémur,  rota- 

I  tion  de  la  jambe  en  dedans . 

y> 

y> 

1 

» 

» 

1 

I  Fausse  ankylosé . 

9 

i 

» 

» 

9 

1 

|  Flexions  permanentes  des  doigts . 

» 

» 

» 

2 

y> 

2 

[  Luxations  coxo-fémorales . 

i 

i 

1 

»> 

\ 

4 

1  Difformités  de  la  hanche,  dont  une  avec 

i:  abcès  par  congestion . 

» 

» 

1 

» 

i 

2 

I  Déviations  des  genoux. . . . 

» 

8 

7 

1 

9 

46 

J  Difformité  du  genou . . . 

» 

» 

1 

y> 

1 

1  Flexion  du  genou . . . 

» 

» 

1 

1 

9 

2 

1  Pieds-bots,  dont  un  avec  paraplégie. 

s 

2 

<> 

2 

» 

14 

I  Pieds  plats . . . 

» 

» 

1 

D 

7 1 

I 

I  Paralysie . 

* 

î> 

1 

) > 

9 

1 

jj.'  f  0  T  As  TJX 

29 

32 

45 

20 

5 

131 

26  i 


DE  QUELQUES  ILLUSIONS  ORTHOPÉDIQUES. 


Nous  avons  rangé  ces  diverses  lésions  autant  que  possible  dans  l’ordre  du  Relevé 
de  M.  Guérin,  afin  que  le  lecteur  puisse  comparer  les  deux  tableaux  et  en  apprécier  la 
concordance.  Mais  nous  ne  saurions  dissimuler  le  désappointement  que  nous  éprouvâmes, 
en  rencontrant  si  peu  d’excurvations  tuberculeuses,  de  courbures  des  membres  par 
cal  vicieux,  de  ces  abcès  par  congestion,  de  ces  affections  que  nous  cherchions  de  pré¬ 
férence.  Se  trouvaient-elles  cachées  sous  ces  vagues  dénominations  de  difformités,  ortho¬ 
pédie,  etc.?  Avaient-elles  été  traitées  à  la  consultation?  C’est  ce  qu’il  nous  est  impossi¬ 
ble  de  décider. 

Après  tout,  il  nous  suffisait  de  rencontrer  pour  chaque  espèce  un  cas  unique  de  guéri¬ 
son;  et,  en  conséquence,  nous  recherchâmes  avec  soin  les  sujets  qui  étaient  sortis  gué¬ 
ris.  L’embarras  redevint  assez  grand.  Nombre  de  sujets  étaient  déclarés  guéris ,  mais 
sans  la  signature  du  chirurgien  ;  d’autres  même  avec  des  signatures  d’autres  méde¬ 
cins  de  l’établissement.  Pour  ces  derniers,  il  était  clair  que,  du  service  orthopédique,  ils 
avaient  été  transférés  dans  d’autres  services  pour  des  affections  médicales,  et  peut-être 
en  était-il  ainsi  des  autres.  Nous  en  trouvâmes  aussi  qui  étaient  sortis  sur  la  demande  des 
parents  y  dans  deux  cas  où  M.  Guérin  avait  signé,  le  mot  guéri ,  commencé  ou  achevé, 
avait  été  soigneusement  effacé  ;  ce  qui  nous  donna  le  légitime  espoir  que  lorsque  la  men¬ 
tion  de  la  guérison  serait  appuyée  de  cette  signature,  nous  serions  tombé  sur  des  guéri¬ 
sons  complètes.  Or,  ces  cas  sont  assez  rares  ;  on  en  trouve  4  pour  1839  ; — 12  pour 
1840; — 18  pour  1841  ; — 5  en  1842  ;  aucun  pour  les  sujets  entrés  en  1843.  Total  39.  Les 
décès  arrivés  à  l’hospice  sont  au  nombre  de  9;  mais  toujours  dans  d’autres  services,  ou 
on  les  fait  transférer  dès  qu’ils  sont  affectés  de  maladies  internes. 

Nos  39  guérisons  portaient  sur  les  affections  suivantes  : 


Déviations  de  l’épine . 

Pieds-bots . 

Pieds  plats . 

Déviations  du  genou . 

Torticolis . 

Courbure  rachitique  de  la  jambe' . 

Luxation  congéniale  des  deux  fémurs . 

Difformité  de  la  hanche  ;  abcès  par  congestion 
Affections  non  précisées . . . 


16 

7 

1 

7 

Q 

O 

1 

1 

1 

2 


Nous  entrons  à  dessein  dans  ces  détails,  afin  de  montrer  avec  quel  scrupule  nous  cher¬ 
chions  à  assurer  notre  marche.  Même  après  toutes  ces  précautions  prises,  il  nous  parut 
utile  de  supputer  le  séjour  de  chaque  sujet  guéri  à  l’hôpital  ;  et  la  plupart  y  étant  restés 
trois  mois,  six  mois,  un  an,  et  jusqu’à  deux  ans  et  demi,  pour  ceux-là  en  effet  la  cure  avait 
eu  tout  le  temps  de  se  faire.  Mais  d’autres  cas  nous  mettaient  fort  en  doute  ;  la  courbure 
rachitique  de  la  jambe  était  déclarée  guérie  au  bout  de  17  jours;  un  pied-bot,  après  un 
premier  séjour  d’un  mois  et  demi,  sorti  non  guéri,  était  rentré  et  se  trouvait  guéri  au 
bout  de  11  jours.  Dans  la  crainte  de  commettre  quelque  erreur,  nous  nous  adressâmes  de¬ 
rechef  à  M.  Guérin,  pour  le  prier  de  nous  permettre  de  confronter  nos  notes  avec  les 
siennes,  et  de  nous  aider  d’une  façon  quelconque  à  arriver  à  la  vérité.  Nous  n’avons  pas 
été  plus  heureux  cette  fois  que  la  première  ;  et  force  nous  a  bien  été  de  nous  fier 
aux  pancartes  signées,  et  de  nous  mettre  en  quête  des  guérisons  certifiées  par  la 
signature. 

Nous  n’avons  pu  vérifier  tous  ces  cas  comme  nous  l’eussions  désiré.  Plusieurs  enfants 
étaient  retournés  en  province;  d’autres  ayant  quitté  leur  quartierdansParismême  étaient 
devenus  introuvables  ;  et  enfin,  comme  on  le  verra,  il  y  a  certains  malades  que  M.  Guérin 
soustrait  expressément  aux  investigations.  Malgré  tous  ces  obstacles,  nous  en  avons  vu 
assez  pour  offrir  à  nos  lecteurs  des  faits  relatifs  à  8  grandes  classes  d’affection  ;  savoir  : 
1°  les  pieds-bots 2°  les  courbures  rachitiques  de  la  jambe  y  3°  les  déviations  du  genou y 
4°  les  difformités  de  la  hanche  avec  abcès  par  congestion y  5°  les  luxations  congéniales 


262 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


du  fémur  ;  6°  les  déviations  de  l’épine  ;  7°  le  torticolis  ancien ;  8°  et  enfin  la  contrac¬ 
ture  de  la  mâchoire.  Voici  le  compte-rendu  de  cette  petite  clinique  orthopédique. 

1°  Pieds-bots. 

Observation  Ire.— J.-B.  Vidart,  demeurant  rue  de  la  Tonnellerie,  n°  101;  entré  à  l’hôpi¬ 
tal  à  l’âge  de  9  mois,  le  22  août  1859,  sorti  le  9  octobre  suivant,  avec  la  note  guéri,  mais 
sans  signature;  rentré  le  15  février  1841,  sorti  le  24,  guéri:  signé  Guérin. 

Cet  enfant  était  affecté  d’un  double  pied-bot  eongénial.  Lors  de  son  premier  séjour  à  l’hô¬ 
pital,  on  lui  fit,  au  dire  delà  mère,  deux  ou  trois  opérations;  il  en  sortit  non  guéri,  et  fut 
visité  deux  ou  trois  fois  chez  ses  parents  par  M.  Kiihn,  collaborateur  de  M.  Guérin.  Lors  de 
son  deuxième  séjour  à  l’hôpital,  on  ne  lui  fit  rien,  et  il  faut  bien  que  la  mention  de  la  guéri¬ 
son  soit  une  inadvertance,  puisque  le  père  reporta  son  enfant  à  la  consultation  du  5  mars, 
où  M.  Guérin  l’opéra  de  nouveau.  Après  les  opérations,  on  mettait  les  jambes  dans  des  botti¬ 
nes  mécaniques,  fabriquées  par  le  mécanicien  de  M.  Guérin,  et  que  les  parents  étaient  obligés 
de  payer.  Ces  bottines  ne  duraient  guères  plus  de  six  semaines;  elles  coûtaient  de  20  à  25 
francs  et  fatiguaient  beaucoup  l’enfant;  de  telle  sorte  que  la  mère  désolée  a  fini  par  s’adres¬ 
ser  à  un  autre  fabricant,  dont  les  bottines,  à  son  dire,  coûtent  moins  cher  et  soulagent  mieux 
l’enfant  que  celles  de  M.  Guérin. 

Le  pied  droit,  à  peine  affecté,  peut  être  maintenu  dans  un  brodequin  ordinaire;  le  pied 
gauche  est  encore  tellement  déformé  que,  quand  l’enfant  n’a  pas  sa  bottine,  il  appuie  sur  le 
sol  par  la  tête  postérieure  du  5°  os  métatarsien. 

Ce  fait  nous  offre  un  premier  exemple  d’une  étrange  anomalie  ,  qui  ne  se  rencontre 
que  dans  les  services  orthopédiques,  de  malades  traités  dans  un  hôpital  et  obligés  d’y 
payer  les  appareils  dont  ils  ont  besoin.  Nous  ne  savons  trop  même  comment  nous  en  rendre 
compte  ;  car  nous  avons  sous  les  yeux  le  chiffre  des  dépenses  faites  par  l’administration 
pour  ce  service  même,  en  1840,  1841  et  1842,  et  qui  s’élèvent  à  plus  de  2000 francs. 
Quoi  qu’il  en  soit,  cette  sorte  de  contribution  exigée  des  parents  pourrait  enfin  se  justi¬ 
fier  par  des  raisons  de  nécessité  et  d’économie;  mais  il  s’y  en  joint  quelquefois  une 
autre  qui  n’a  plus  le  même  caractère. 

Observation  11e. — Eugénie  Briard,  âgée  de  6  ans,  demeurant  rue  de  l’École-de-Médecine, 
37;  entrée  le  31  août  1842,  désignée  comme  ayant  un  pied-bot  valgus,  sortie  le 29  septembre; 
la  pancarte  est  signée  Guérin,  mais  sans  aucune  note  touchant  l’état  de  la  cure.  J’ai  vu  cette 
jeune  fille  par  hasard  ;  elle  ne  doit  pas  compter  parmi  les  guérisons;  mais  son  observalion  est 
utile  à  conserver. 

Née  avec  une  très  belle  conformation,  elle  eut  à  deux  ans  des  convulsions  à  la  suite  des¬ 
quelles  la  jambe  gauche  demeura  paralysée.  Peu  à  peu  la  jambe  parvint  à  se  fléchir  et  à 
s’étendre;  mais  le  pied  pendait  sans  force  et  sans  mouvement;  M.  Bouvier  consulté  recon¬ 
nut  la  paralysie,  prescrivit  une  bottine  à  ressort  pour  assujétir  le  pied  dans  une  position 
normale,  et  pour  le  reste  s’en  remit  au  temps  et  à  la  nature.  Après  3  ans,  la  paralysie  avait 
bien  peu  diminué;  le  pied  pendait  en  bas  et  se  déviait  en  dehors;  on  la  porta  à  M.  Guérin 
qui  écrivit  sur  la  pancarte  :  pied-bot  valgus ;  et  qui,  au  dire  de  la  mère,  lui  coupa  le  tendon 
d’Achille.  A  sa  soitie,  il  la  munit  d’une  bottine  que  la  mère  paya  20  francs;  et  lui  promit 
que  l’enfant  guérirait  de  son  pied-bot,  mais  non  peut-être  de  sa  paralysie.  Au  moment  où 
nous  écrivons,  le  pied  est  dans  le  même  état  qu’avant  le  traitement;  la  démarche  est  extraor¬ 
dinairement  vacillante;  le  rachis  commence  à  se  dévier;  la  jambe  est  raccourcie  d’un  centi¬ 
mètre;  le  pied  d’autant;  le  mollet  a  3  centimètres  de  moins  que  celui  du  côté  sain. 

S’il  s’agissait  ici  d’une  discussion  de  thérapeutique,  nous  aurions  bien  quelque  chose 
à  dire  de  cette  section  du  tendon  pour  une  paralysie.  Mais  nous  avons  été  surtout  frappé 
d’une  circonstance  du  récit  de  la  mère;  le  pied  a  été  moulé  à  l’hôpital  ;  et  c’est  la 
mère  qui  a  payé  le  moulage.  Nous  devons  à  nous  et  à  nos  collègues  de  déclarer  que  cela 
ne  se  fait,  à  notre  connaissance,  dans  aucun  service  de  chirurgie  des  hôpitaux  de  Paris, 

2°  Courbure  rachitique  de  la  jambe. 

Observation  IIIe. — La  fille  Lâchât,  âgée  de  3  ans,  entrée  le  12  février  1842,  sortie  le 
l#r  mars,  guérie  :  signé  Guérin. 

Cette  guérison  obtenue  en  17  jours  nous  intéressait  vivement.  Nous  envoyâmes  d’abord  un 


263 


DE  QUELQUES  ILLUSIONS  ORTHOPÉDIQUES. 

de  nos  élèves  s’assurer  de  l’adresse,  rue  du  faubourg  Saint-Antoine,  151  ;  la  famille  avait 
déménagé  et  l’on  ignorait  sa  nouvelle  demeure.  Mais  les  voisins  interrogés  déclarèrent  que 
l’enfant  n’avait  jamais  marché,  et  qu’au  total  elle  était  morte  peu  de  temps  après  sa  sortie  de 
l’hôpital. 

3°  Déviation  essentielle  des  genoux. 

Observation  IVe.— Lemaître,  âgé  de  4  ans,  rue  Coquillère,  n°  11,  entré  le  25  août  1841, 
sorti  le  5  avril  1812,  guéri:  signé  Guérin. 

Né  avec  une  bonne  conformation,  cet  enfant  avait  été  mis  en  nourrice;  il  en  revint  à  l’âge 
de  3  ans  avec  une  déviation  du  genou  droit  en  dedans.  Plusieurs  médecins  successivement 
consultés  furent  d’avis  d’insister  sur  les  bains  d’eau  salée,  et  sur  l’exercice  au  grand  air.  Le 
mal  ne  fit  qu’empirer,  l’enfant  ne  se  traînait  qu’en  posant  presque  le  genou  à  terre,  lorsqu’il 
entra  dans  le  service  de  M.  Guérin.  Il  paraît  qu’on  lui  fit  une  ou  deux  sections  sous-cutanées  ; 
puis  on  lui  donna  une  vieille  machine  qui  avait  déjà  servi  à  un  autre;  et  il  fut  renvoyé, 
comme  il  a  été  dit,  après  223  jours  de  séjour  à  l’hôpital.  Au  dire  de  la  mère  il  n’était  pas 
si  bien  guéri  qu’au  dire  de  la  pancarte  ;  le  genou  était  toujours  un  peu  dévié;  l’enfant  ne 
pouvait  marcher  sans  sa  machine,  et  même  avec  elle  la  marche  était  encore  très  pénible;  on 
l’envoya  à  la  campagne  où  il  reprit  des  forces;  alors  la  marche  se  fit  mieux,  toutefois  sans 
quitter  la  machine.  Enfin  celle-ci  étant  hors  de  service  au  commencement  de  1843,  on  laiss 
l’enfant  à  lui-même,  et  l’on  ne  tarda  pas  à  s’apercevoir  que  la  difformité  tendait  à  s’accroître. 
La  mère,  fabricante  de  corsets,  lui  fit  un  bas  lacé  montant  jusqu’au  haut  du  genou  et  garni 
de  baleines;  avec  ce  secours,  dit-elle  ,  l’enfant  marche  assez  bien;  cependant  il  est  toujours 
un  peu  bancal ,  et,  du  reste,  comme  il  Vêtait  'a  sa  sortie  de  l’hôpital. 

4°  Difformité  de  la  hanche ;  abcès  par  congestion. 

Observation  Ve. — Fille  Champmartin,  âgée  de  8  ans,  rue  de  la  Grande-Truanderie,  47  bis; 
entrée  le  8  décembre  1841,  sortie  au  bout  de  14  jours;  rentrée  le  5  janvier  1842,  sortie  le  28 
mai  suivant,  guérie:  signé  Guérin. 

Nous  attachions  une  certaine  importance  à  ce  fait,  unique  exemple  de  guérison  d’un  abcès 
par  congestion  qu’il  nous  fût  donné  de  vérifier.  Nous  allâmes  nous-mêmes  à  l’adresse  indi¬ 
quée;  on  nous  répondit  que,  loin  d’être  guérie,  l’enlant  était  revenue  de  l’hôpital  dans  un  état 
pitoyable ,  et  qu’elle  était  morte  8  à  10  jours  après. 

5°  Luxation  congéniale  des  deux  fémurs. 

Observation  VIe.— J.  Geneviève  Quin,  âgée  de  14  ans,  entrée  à  l’hôpital  le  1er  août  1839, 
sortie  sans  note  le  24  septembre  suivant;  rentrée  le  3  octobre  de  la  même  année,  sortie  le 
25  mars  1843  ,  guérie:  signé  Guérin. 

Cette  jeune  fille  demeurant  rue  Mouffetard,  101,  je  priai  un  de  mes  élèves,  jeune  docteur 
des  plus  distingués,  de  la  visiter  d’abord;  elle  avait  déménagé  et  demeure  maintenant  rue 
Croulebarbe,  13. 

Elle  portait  depuis  sa  naissance  une  double  luxation  coxo-fémorale.  La  mère  dit  que, 
l’ayant  conduite  à  diverses  reprises  au  bureau  central,  toujours  on  lui  déclara  que  sa  fille  ne 
marcherait  plus  à  l’âge  de  10  ans,  si  elle  n’était  traitée  par  un  orthopédiste.  M.  Lisfranc  la 
recommanda  à  M.  Guérin,  lequel  la  traita  d’abord  chez  elle,  à  l’aide  d’un  lit  en  fer  sur  lequel 
elle  était  assujétie  par  un  corsage  et  des  courroies.  Après  dix-huit  mois  écoulés,  le  service 
orthopédique  ayant  été  ouvert,  M.  Guérin  l’y  fit  entrer  à  deux  reprises  comme  il  a  été  dit;  et 
continua  un  an  encore  le  traitement  déjà  commencé.  Au  bout  de  ces  deux  ans  et  demi,  il  fit 
une  première  opération;  et,  dix  mois  après,  une  deuxième  fut  pratiquée  sur  l’autre  hanche. 
Quelque  temps  après,  elle  fut  placée  dans  un  chariot  à  l’aide  duquel  elle  pouvait  faire  quel¬ 
ques  exercices.  Elle  ajoute  que  l’appétit  et  la  santé  générale  ont  notablement  gagné  durant 
son  séjour  à  l’hôpital. 

Voici  ce  que  l’on  a  pu  constater  de  son  état  actuel.  Les  membres  inférieurs  sont  très  mai¬ 
gres,  les  trochanters  très  saillants  et  ne  paraissent  pas  jouir  d’un  mouvement  de  rota¬ 
tion  aussi  étendu  qu’à  l’état  normal;  ce  mouvement  est  surtout  très  borné  pour  le  trochanter 
gauche.  La  démarche  est  singulièrement  vacillante;  le  tronc  renversé  en  arrière  décrit  à  cha¬ 
que  pas  des  oscillations  dont  l’arc  mesure  à  droite  et  à  gauche  de  la  verticale  des  angles  de  25 
à  30°;  les  deux  bras  manœuvrant  en  façon  de  balancier  pour  sauver  l’équilibre.  Elle  marche 
ainsi  seule  par  la  chambre;  elle  a  été  aussi  jusqu’à  la  barrière  Fontainebleau,  non  plus  loin, 


2M 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


et  encore  aidée  de  sa  mère;  il  est  vrai  que  M.  Guérin,  tout  en  la  déclarant  guérie,  a  expres¬ 
sément  recommandé  à  la  mère  de  ne  lui  laisser  monter  ni  escalier  ni  plan  ascendant  sans 
l’aider.  Les  jambes  étant  aussi  très  faibles,  il  a  recommandé  de  la  porter  dans  les  champs 
pour  lui  faire  reprendre  des  forces.  La  malade  garde  encore  un  appareil  à  courroies  pour 
soutenir  l’articulation  du  genou,  qui  est  affaiblie.  Ajoutons  entin  qu’on  la  conduit  de  temps  à 
autre  à  la  consultation  de  M.  Guérin,  à  la  Muette. 

Ces  renseignements  suffisent  pour  juger  si  en  effet  la  guérison  est  complète;  du  reste, 
ils  n’ont  pu  même  être  obtenus  que  par  une  sorte  de  surprise,  et  voici  comment.  Quand  M.le 
docteur  X - se  présenta,  la  jeune  tille  était  seule  et  se  prêta  sans  résistance  à  ses  in¬ 

vestigations;  mais  la  mère  survint  au  milieu  de  l’examen,  et  déclara  qu’elle  avait  pro¬ 
mis  à  M.  Guérin  de  ne  montrer  sa  fille  à  personne.  Fort  étonné  de  cette  mesure,  et  ayant 
peine  à  y  croire,  nous  allâmes  nous-même  lui  faire  visite;  nous  fûmes  arrêté  au  premier 
mot  par  cette  question  d’ordre:  Venions-nous  de  la  part  de  M.  Guérin?  Et  comme  cet 
indispensable  laissez-passer  nous  manquait,  non  pas  assurément  par  notre  faute,  mais 
par  les  raisons  que  connaît  le  lecteur ,  nous  ne  pûmes  pas  même  dépasser  le  seuil  de 
la  porte. 

Nous  ne  ferons  à  cet  égard  d’autre  réflexion  que  celle-ci:  nous  déclarons,  en  ce  qui 
nous  concerne,  que  jamais  nous  n’opposerons  d’aussi  tristes  obstacles  à  la  vérification  de 
résultats  chirurgicaux  que  nous  aurions  publiés;  et  nous  croyons  pouvoir  affirmer  que 
pas  un  de  nos  collègues  des  hôpitaux  n’aurait  eu  l’idée  d’y  recourir. 

6°  Déviation  latérale  de  V épine. 

Observation  VIIe. — Mademoiselle  Henry,  âgée  de  14  ans,  rue  Neuve-des-Petits-Ghamps,  5, 
entrée  le  3  novembre  1841,  sortie  sans  note  le  11  décembre;  rentrée  le  22  du  même  mois, 
sortie  le  12  février  1845,  guérie  :  signé  Guérin. 

Cette  jeune  tille  a  commencée  à  être  atteinte  à  l’âge  de  11  ans  d’une  déviation  de  l’épine 
à  gauche,  sans  cause  connue.  A  l’hôpital  on  lui  a  fait  deux  incisions  sous- cutanées,  puis  on 
lui  a  appliqué  une  ceinture  analogue  à  celle  de  Hossard,  qui  la  gênait  et  la  blessait  même,  en 
sorte  qu’elle  y  a  renoncé.  La  mère  a  payé  40  francs  pour  la  ceinture  et  6  francs  pour  le 
moulage.  Elle  est  sortie  non  guérie,  ne  voulant  plus  se  soumettre  à  aucun  traitement;  la 
mère  dit  même  que  la  déviation  a  augmenté  à  l’hôpital,  et  attribue  cet  accroissement  aux 
sections  qui  ont  été  faites. 

7°  Torticolis  ancien. 

Observation  VIIIe. — Fille  Crenel,  âgée  de  7  ans;  entrée  le  9  mai  1840,  sortie  le  4  août 
suivant,  guérie:  signé  Guérin.  Cette  jeune  fille  demeurait  alors  rue  du  Temple,  57;  aujour¬ 
d’hui  elle  reste  rue  du  Cloître-Saint-Merry,  5. 

Elle  avait  6  ans  et  demi  lorsque,  à  la  suite  d’une  scarlatine  pour  laquelle  on  lui  avaitappli- 
qué  des  sangsues  au  cou,  elle  eut  les  ganglions  du  côté  gauche  du  cou  engorgés,  et  la  tête 
demeura  inclinée  sur  l’épaule  gauche,  avec  un  mouvement  de  rotation  à  droite.  On  appliqua  des 
sangsues,  puis  des  vésicatoires  ;  on  parvint  à  résoudre  en  partie  les  ganglions,  mais  le  tor¬ 
ticolis  persistait.  Enfin  elle  fut  conduite  à  l’hôpital  des  Enfants,  où  M.  Guérin  fit  la  section 
du  muscle  et  la  garda  trois  mois.  A  sa  sortie,  il  fut  recommandé  à  la  mère  d’attacher  la  tête 
de  la  jeune  malade  dans  son  lit.  Le  torticolis  était  fort  amélioré;  mais  il  n’était  pas  et  n’a 
jamais  été  guéri  ;  et  la  tête  est  encore  aujourd’hui  inclinée  à  gauche  et  tournée  à  droite, 
comme  elle  était  à  sa  sortie  de  l’hôpital. 

Nous  noterons  ici  que  le  moulage  a  été  fait,  mais  que  les  parents  n’ont  rien  payé. 

8°  Contracture  de  la  mâchoire. 

Observation  IXe.  —  Marie  Denis,  âgée  de  9  ans,  rue  de  la  Vareine,  à  Saint-Maur,  n°  5; 
entrée  le  5  novembre  1842,  sortie  le  17,  sur  la  demande  de  son  père;  rentrée  le  26,  sortie  le 
14  février  1845,  sur  la  demande  expresse  de  sa  mère  ;  telles  sont  les  notes  des  deux  pancartes. 

En  conséquence,  nous  n’avions  pas  eu  d’abord  l’idée  de  nous  enquérir  de  l’état  de  cette 
jeune  fille,  puisque  le  traitement  paraissait  avoir  été  deux  fois  interrompu  contre  la  volonté 
de  M.  Guérin.  Mais,  en  examinant  le  relevé,  nous  fûmes  frappé  de  cette  circonstance,  qu’il 
ne  s’était  présenté  dans  le  service  qu’un  seul  cas  de  fausse  ankylosé  de  la  mâchoire  inférieure, 
et  que  ce  cas  était  porté  parmi  les  guérisons  complètes.  Il  n’y  avait  pas  à  s’v  tromper;  il  s’a- 


JOBKRT. 


DE  L’HYDftOPISIE  DU  COL  UTERIN. 


265 


gissait  de  la  même  malade  ;  et  sans  nous  arrêter  à  l’indication  de  la  pancarte,  il  nous  parut 
très  possible  que  la  guérison  eût  été  achevée  dans  des  consultations  particulières.  Nous  priâmes 
donc  M.  le  docteur  X...  de  vouloir  bien  rechercher  cette  enfant  ;  et  il  nous  transmit  les  dé¬ 
tails  qu’on  va  lire. 

A  l’âge  de  8  ans,  l’enfant  avait  été  atteinte  d’une  fièvre  typhoïde,  dans  le  cours  de  laquelle 
un  abcès  s’était  développé  dans  la  joue  gauche.  L’abcès  se  vida,  mais  il  resta  à  sa  place  un 
noyau  dur  qui  empêchait  la  mâchoire  de  s’ouvrir.  Plusieurs  dentistes  furent  consultés  inutile¬ 
ment;  et,  enfin,  on  la  mena  à  l’Hôpital  des  Enfants.  M.  Guérin  pratiqua  plusieurs  incisions 
sous-cutanées,  en  pénétrant  tantôt  par  la  joue,  tantôt  par  la  bouche;  le  tout  sans  amélioration 
bien  notable  ;  voici  quel  est  l’état  actuel. 

Quand  la  mâchoire  est  abandonnée  à  elle-même,  elle  peut  s’écarter  en  avant  d’un  centimètre 
de  la  mâchoire  supérieure  ,  et  jouit  de  mouvements  très  faciles  dans  cette  étendue,  mais  sans 
aller  au  delà.  Le  côté  droit  de  la  mâchoire  ne  présente  rien  d’anormal;  à  gauche,  à  l’extérieur, 
la  joue  abondamment  pourvue  de  tissu  adipeux  est  molle  au  toucher;  au  contraire,  en  portantle 
doigt  dans  la  bouche,  on  sent  une  bride  extrêmement  forte  et  résistante,  formée  principalement 
par  un  noyau  induré  de  2  à  5  centimètres  d’étendue.  Mais,  par  l'ordre  de  M.  Guérin,  la  jeune 
fille  porte  habituellement  entre  les  mâchoires  une  sorte  de  bâillon  en  bois,  taillé  en  mortaise  à 
son  extrémité  supérieure  pour  recevoir  les  dents  d’en  haut,  aplati  à  son  extrémité  inférieure 
pour  appuyer  sur  les  dents  d’en  bas.  Par  suite  de  cette  pression,  les  dents  inférieures  ont  été 
déviées,  de  telle  sorte  que  le  bâillon  n’est  plus  disposé  verticalement,  mais  obliquement  entre 
les  deux  mâchoires  ;  et  la  mère  craint  que  l’emploi  prolongé  de  ce  bâillon  ne  finisse  par  ava¬ 
rier  toutes  les  dents  sur  lesquelles  il  porte.  Du  reste,  elle  va  de  temps  à  autre  à  la  Muette, 
afin  que  M.  Guérin  juge  des  progrès  du  traitement. 

Ici  s’arrêteront  nos  observations.  Malgré  toutes  les  précautions  prises  pour  éviter  des 
erreurs,  nous  avons  été  assez  malheureux  pour  ne  pouvoir  pas  rencontrer  une  seule  gué¬ 
rison  complète;  dans  quelques  cas  il  y  a  eu  des  améliorations  évidentes  ;  dans  d’autres 
les  sujets  sont  restés  dans  le  même  état,  et  enfin  il  en  est  dont  manifestement  la  position 
est  devenue  pire.  Nous  serions-nous  toujours  trompé?  Ces  guérisons  indiquées  et  signées 
sur  les  pancartes  ne  comptent-elles  point  parmi  les  guérisons  du  tableau?  La  chose  après 
tout  est  possible;  cependant  nous  avons  visité  au  hasard  quelques-uns  des  malades  qui 
n’étaient  point  déclarés  guéris,  et  l’on  a  vu  dans  l’observation  IIe  avec  quelle  raison  l’on 
s’était  abstenu  de  noter  la  guérison. 

Mais,  après  tout,  il  y  aune  observation  sur  laquelle  le  doute  n’est  pas  possible.  C’est 
cette  fausse  ankylosé  de  la  mâchoire,  que  le  relevé  nous  donne  comme  complètement 
guérie;  et  ici  non-seulement  il  n’y  a  pas  eu  erreur  de  notre  part,  mais  il  n’est  guère  pos¬ 
sible  qu’il  y  ait  eu  illusion  de  la  part  de  M.  Guérin,  puisqu’il  suit  encore  le  traitement  de 
cette  malade  à  la  Muette. 

Toutefois,  nous  le  déclarons,  nous  ne  voulons  pas  nous  prononcer  encore.  Nous  avons 
appris  par  trop  d’illustres  exemples  comment  des  esprits  ardents  se  laissent  quelquefois 
décevoir  dans  l’appréciation  de  leurs  succès,  regardant  comme  des  faits  accomplis  des 
espérances  encore  lointaines,  et  prenant  leurs  désirs  pour  des  réalités.  Il  est  dur  alors  de 
reconnaître  qu’on  s’est  trompé;  mais  c’est  un  sacrifice  d’amour-propre  que  les  plus 
grands  maîtres  n’ont  pas  rougi  de  faire  à  la  science.  Peut-être  enfin  ne  s’agit-il  même 
en  cette  occasion  que  de  quelques  éclaircissements  qui  nous  ont  manqué;  quoi  qu’il  en 
soit,  au  point  où  les  choses  en  sont  arrivées,  nous  estimons,  pour  emprunter  les  paroles 
de  M.  Guérin,  qu’en  toute  conscience  et  en  toute  dignité  il  jugera  nécessaire  de 
répondre. 


Be  l’iiytlropisie  «lu  utérin?  par  M.  Jobert, 

chirurgien  de  f  hôpital  Saint-Louis. 

Parmi  les  nombreuses  maladies  qui  affectent  le  col  de  l’utérus,  il  en  est  une  qui  n’a 
encore,  je  crois,  été  décrite  par  personne,  c’est  sa  dilatation  anormale. 

J’ai  eu  déjà  plusieurs  fois  l’occasion  d’observer  cette  dilatation,  à  laquelle  j’ai  donné  le 
nom  d ’hydropisie  du  col  ;  et  j’en  ai  fait  le  sujet  de  conférences  cliniques  qui  ont  étére- 


m 


TRAVAUX  ORIGINAUX, 


produites  dans  la  Gazette  des  hôpitaux ,  par  un  jeune  médecin  fort  distingué,  M.  Laborie. 
Aujourd’hui  que  le  temps  m’a  permis  de  vérifier  mes  premières  données,  et  de  constater 
surtout  les  bons  effets  du  traitement  mis  en  usage ,  je  crois  faire  une  chose  utile  en  pré¬ 
sentant  aux  praticiens  l’histoire  d’une  affection  jusqu’ici  peu  ou  point  connue,  et  trop 
facile  à  confondre  avec  d’autres.  Je  rapporterai  d’abord  l’observation  d’une  de  mes  ma¬ 
lades,  qui  servira  comme  de  texte  et  de  base  à  la  description  générale. 

Observation. — La  nommée  L...,  âgée  de  38  ans,  couturière,  entra  à  l’hôpital  Saint- 
Louis  le  11  octobre  1841,  pour  y  recevoir  mes  soins. 

Forte  et  vigoureuse,  bien  que  d’un  tempérament  lymphatique  et  assez  habituellement 
souffrante,  cette  femme  n’avait  jamais  éprouvé  de  maladie  sérieuse.  Toutefois  elle 
raconta  que,  depuis  l’époque  de  la  puberté,  elle  avait  ressenti  des  pesanteurs  qu’elle 
rapportait  à  la  région  anale,  des  douleurs  dans  le  siège,  dans  les  aines,  dans  les  cuisses, 
dans  les  reins,  avec  une  sensation  de  poids  au  dessus  du  pubis,  le  tout  accompagné  de 
{lueurs  blanches  gluantes  et  qui  par  moment  s’écoulaient  en  grande  quantité,  ce  qui 
soulageait  beaucoup  la  malade.  Comme  ces  symptômes  s’étaient  aggravés  avec  le  temps, 
elle  crut  devoir  réclamer  les  conseils  d’un  chirurgien. 

En  procédant  d’abord  par  le  toucher,  je  reconnus  que  le  col  utérin  offrait  un  volume 
considérable,  qu’il  était  mou  et  comme  fluctuant,  et  je  ne  pus  découvrir  cependant  au¬ 
cune  déchirure  autour  de  son  orifice.  Cette  sensation  de  fluctuation  était  encore  plus 
distincte  lorsque  je  pressais  sur  la  région  hypogastrique  avec  l’autre  main.  Le  col  appuyait 
sur  le  rectum,  et  par  son  poids  il  gênait  nécessairement  les  fonctions  de  cet  intestin. 

Examiné  au  spéculum,  le  museau  de  tanche  offrit  un  orifice  extrêmement  rétréci  et 
a  peine  visible  ;  sa  circonférence  présentait  de  la  rougeur  et  quelques  excoriations.  En 
pressant  avec  les  valves  du  spéculum  sur  la  circonférence  du  col,  on  en  expulsait  une 
très  grande  quantité  de  mucus,  qui  d’abord  était  exempt  de  mélange,  et  qui  vers  la  fin  de 
l’écoulement  était  trouble  et  mêlé  à  du  pus. 

Le  col  était  excessivement  dilaté,  et  cette  dilatation  était  uniforme  partout.  Lorsque 
le  mucus  était  expulsé,  cet  organe  semblait  flétri,  diminué  de  volume,  flasque. 

J’employai  d’abord  des  injections  légèrement  astringentes,  le  repos,  les  cautérisations 
superficielles  faites  avec  le  nitrate  acide  de  mercure  liquide.  Après  un  repos  assez  pro¬ 
longé  et  l’usage  des  bains,  des  injections,  les  pesanteurs  que  cette  malade  ressentait  au 
périnée,  les  douleurs  qu’elle  éprouvait  dans  la  région  épigastrique,  et  contrelesquelles  la 
valériane  et  les  ferrugineux  avaient  été  administrés  en  vain,  avaient  diminué  d’intensité. 
Mais  aussitôtque  cette  femme  marchait,  les  mêmes  symptômes  se  reproduisaient,  et  il  fut 
évident  alors  que  la  dilatation,  dont  le  col  de  l’utérus  était  le  siège,  produisait 
tous  les  symptômes  dont  elle  se  plaignait;  et  il  me  parut  aussi  assez  clairement  prouvé 
que,  si  je  parvenais  à  dilater  l’orifice  du  col  et  à  rendre  l’écoulement  du  mucus  plus 
facile,  la  malade  guérirait;  et  c’est  en  effet  ce  qui  arriva. 

Je  proposai  donc  à  la  malade  de  dilater  le  col  de  l’utérus,  ce  qu’elle  accepta  de  suite. 
J’aurais  bien  pu  tenter  cette  dilatation  avec  l’éponge  préparée  ;  mais  les  essais  que  j’avais 
faits  dans  une  autre  circonstance  n’ayantpasété  satisfaisants,  j’eus  recours  à  la  dilatation 
par  le  bistouri.  Le  museau  de  tanche  fut  donc  saisi  avec  des  pinces  de  Museux  et  tiré  en 
bas,  puis  je  débridai  l’orifice  par  deux  incisions  latérales,  faites  avec  des  ciseauxà  lames 
étroites,  à  l’endroit  où  doivent  exister  les  commissures  et  dans  toute  l’épaisseur  des  tissus. 
A  l’instant  il  s’écoula  beaucoup  de  mucus  et  une  certaine  quantité  de  sang,  sans  aucune 
tendance  hémorrhagique  Le  col  s’affaissa,  et  dès  ce  moment  les  pesanteurs,  les  dou¬ 
leurs  que  la  malade  éprouvait  diminuèrent,  puis  disparurent  totalement.  Des  bourgeons 
se  développèrent  sur  les  lèvres  de  la  plaie,  mais  l’orifice  du  col  demeura  très  large, 
et  le  mucus  dès  lors  put  s’échapper  facilement  de  sa  cavité.  Peu  de  temps  après,  la 
malade  sortit  parfaitement  guérie  de  l’hôpital. 

Il  est  évident  que  chez  cette  femme  la  sécrétion  fournie  par  les  follicules  qui  entrent 
dans  la  structure  du  col  était  très  abondante,  et  que  l’orifice  du  museau  de  tanche  n’offrait 


«JOBER'T.  “-DE  l’HVDROMSIE  DU  CÔL  UTÉRIN.  *  267 

pas  une  dilatation  suffisante  pour  livrer  passage  à  ce  liquide.  De  là  une  accumulation  qui 
m’a  paru  justifier  la  dénomination  d ’hydropisie  du  col. 

Il  existe  en  ce  moment,  dans  une  de  mes  salles  ,  une  malade  atteinte  d’une  affection 
semblable,  mais  à  un  degré  moins  avancé.  C’est  une  jeune  fille  de  20  ans,  bien  consti¬ 
tuée,  quoique  d’un  tempérament  lymphatique  manifeste;  réglée  depuis l’àge de  15 ans, 
ses  menstrues  ont  toujours  été  abondantes  et  régulières  ;  elle  se  plaint  néanmoins,  depuis 
l’époque  de  leur  établissement,  de  maux  de  reins  presque  continuels  auxquels  se  joi¬ 
gnent,  par  intervalles,  des  tiraillements  dans  les  aines,  des  pesanteurs  au  périnée  et  des 
douleurs  d’estomac.  Elle  est  sujette,  en  outre,  à  un  écoulement  leucorrhoïque  abondant 
et  presque  continuel.  Examiné  au  spéculum,  le  col  se  présente  considérablement  déve¬ 
loppé,  et  sa  surface,  uniformément  bombée,  est  remarquable  par  sa  teinte  pâle.  Son 
centre  est  occupé  par  un  petit  orifice  circulaire,  par  lequel  s’écoule  un  mucus  clair  et 
abondant.  En  pressant  avec  l’extrémité  d’une  tige  en  bois  sur  le  tissu  du  col,  ce  tissu 
se  laisse  déprimer  et  revient  ensuite  sur  lui -même;  si  la  pression  est  exercée  au  voisi¬ 
nage  de  l’orifice,  on  voit  le  liquide  s’écouler  avec  plus  d’abondance  dans  le  vagin. 

Cette  affection  se  rencontre  ordinairement  chez  des  femmes  d’un  tempérament  lym¬ 
phatique  ;  mais  surtout  et  exclusivement  chez  les  femmes  qui  n’ont  jamais  eu  d’enfant, 
et  dont  la  menstr  uation  se  fait  mal  et  donne  lieu  à  une  très  faible  perte  de  sang.  Sans 
réagir  sur  la  santé  d’une  manière  grave,  cette  maladie,  en  outre  des  symptômes  locaux, 
donne  lieu  cependant  quelquefois  à  certains  phénomènes  sympathiques  qui  peuvent  en 
imposer  et  faire  croire  à  une  affection  plus  grave  de  l’utérus. 

Il  est  bien  entendu  que  cette  maladie  présente  des  degrés  divers,  lesquels  se  traduisent 
nécessairement  par  des  symptômes  qui  sont  en  raison  directe  du  développement  de  l’alté¬ 
ration.  Dans  tous  les  cas  ces  symptômes  sont  uniquement  déterminés  parla  compression, 
sans  que  l’on  puisse  découvrir  aucune  lésion  organique. 

Aspect  du  col.— L’orifice  du  col  est  extrêmement  étroit  et  à  peine  visible  ;  le  col  est  plus 
volumineux  que  dans  l’état  normal  ;  il  est  uniformément  développé,  comme  hypertrophié; 
on  ne  distingue  pas  le  museau  de  tanche. 

Quand  la  maladie  est  peu  développée,  on  distingue  à  l’orifice  du  col  une  sorte  de  petit 
bouton  comme  un  cul  de  poule. 

A  un  plus  haut  développement  de  l’affection,  cette  espèce  de  saillie  est  bien  moins 
marquée,  parce  que  tout  le  col  a  pris  bien  plus  de  volume. 

Du  reste,  généralement,  lorsque  cette  hydropisie  existe,  le  col  est  sain  à  sa  surface  ; 
seulement  la  muqueuse  est  plutôt  pale  que  rosée,  comme  si  le  sang  en  avait  été  exprimé 
par  la  compression. 

Dans  quelques  cas  cependant  on  rencontre  des  ulcérations  superficielles  à  la  surface 
du  col.  Je  considère  ces  ulcérations  comme  des  complications  qui  sont  survenues  indé¬ 
pendamment  de  l’altération  principale. 

Le  doigt,  porté  sur  le  col  de  l’utérus  par  le  vagin,  est  loin  d’y  rencontrer  la  dureté 
que  l’aspect  seul  aurait  pu  faire  diagnostiquer  ;  on  acquiert  la  preuve  que  le  tissu  du 
col  offre  peu  de  résistance,  et  on  perçoit  assez  manifestement  un  sentiment  de  fluctua¬ 
tion.  Le  toucher  par  le  rectum  est  moins  capable  de  faire  juger  de  la  consistance  du  col, 
mais  on  reconnaît  facilement  son  développement  anormal  jusqu’au  dessus  de  son  inser¬ 
tion  vaginale. 

Quand  la  maladie  est  sans  complication  d’ulcérations,  les  malades  ne  perdent  point  de 
liquide  purulent;  dans  le  cas  contraire,  on  aperçoit  à  la  surface  du  col  un  enduit  de  mu- 
co-pus  qui  pour  moi  devient  le  signe  pathognomonique  de  l’ulcération. 

Si  on  introduit  avec  précaution  une  sonde  de  femme  dans  l’orifice  utérin,  on  voit  sor¬ 
tir  une  très  grande  quantité  de  liquide,  et  immédiatement  le  col  perd  de  son  volume;  il 
s’affaisse. 

Le  liquide  qui  s’écoule  est  filant,  blanc,  jaunâtre,  transparent.  Il  arrive  quelquefois , 
sans  que  cela  ait  été  provoqué  par  aucune  manoeuvre ,  que  les  femmes  perdent  une  très 
grande  quantité  de  ce  liquide,  et  il  en  résulte  un  soulagement  instantané. 


268  '  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

On  comprend  facilement  la  gêne  que  fait  éprouver  le  développement  anormal  du  col 
par  cette  accumulation  de  liquide;  les  malades  éprouvent  alors  inévitablement  des  phé¬ 
nomènes  analogues  à  ceux  qui  accompagnent  les  hypertrophies  de  cet  organe;  c  est 
ainsi  qu’elles  ressentent  des  pesanteurs  sur  le  fondement,  quelquefois  des  tiraillements 
dans  les  aines,  etc.,  etc.;  aussi  cette  maladie  peut-elle  être  confondue  avec  1  hypertro¬ 
phie  :  c’est  ainsi  que  j’ai  observé  une  femme,  qui,  présentant  une  affection  de  ce  genre, 
avait  été  plusieurs  mois  en  traitement  pour  une  prétendue  hypertrophie  du  col  de  1  utérus. 
Les  traitements  suivis  par  la  malade  n’avaient  amené,  comme  on  le  pense  bien,  aucun 
soulagement.  Du  reste,  il  sera  facile  de  distinguer  ces  deux  affections  en  tenant  compte  , 
l°de  la  présence  de  ce  petit  tubercule  qui  persiste  d’une  manière  assez  marquée  à  1  ori¬ 
fice  du  col,  tant  que  cet  organe  n’a  pas  acquis  un  développement  trop  considérable  ;  2°  de 
la  mollesse  fluctuante  que  le  toucher  permet  de  reconnaître  ;  3°  enfin,  de  la  sortie  d  un 
liquide  dont  j’ai  donné  les  caractères,  lorsqu’on  pénètre  avec  une  sonde  dansl  intérieur 
du  col. 

Je  n’ai  pas  besoin  d’insister  sur  le  diagnostic  différentiel  ;  car,  avec  ces  trois  caractères 
constants,  il  ne  sera  pas  possible  de  confondre  l’hydropisie  du  col  de  1  utérus  avec  les 
autres  affections  de  cet  organe*  Je  dois  ajouter,  comme  caractère  bien  particulier  à  cette 
affection,  que  l’apparition  des  menstrues  détermine  un  soulagement  manifeste  ;  ce  qui 
s’explique  facilement,  car  le  liquide  menstruel,  en  se  faisant  jour,  doit  nécessairement 
aussi  entraîner  une  partie  ou  la  totalité  du  liquide  accumulé  dans  la  cavité  du  col. 

La  cause  de  cette  maladie  doit  évidemment  être  attribuée  à  une  dilatation  et  une  sécré¬ 
tion  anormales  des  follicules  que  l’on  rencontre  en  si  grande  quantité  dans  le  col,  et  qui 
se  laissent  distendre  à  la  manière  des  follicules  sébacés  de  la  peau. 

Traitement. — Tous  les  traitements  habituels  dirigés  contre  cette  maladie  méconnue  le 
sont  en  vain;  un  seul  moyen  peut  débarrasser  promptement  et  purement  les  malades. 
On  devra  pratiquer  des  incisions  sur  le  col  utérin  dans  le  sens  des  commissures.  En  dé¬ 
bridant  ainsi  le  col  on  se  rend  maître  de  la  maladie;  on  voit  immédiatement  s’écouler  une 
quantité  considérable  de  ce  liquide  filant  dont  j’ai  parlé,  et  le  col  s’alfaisse. 

Il  s’écoule  aussi  une  certaine  quantité  de  sang;  plus  tard  on  voit  se  développer  des 
bourgeons  charnus;  et  les  malades  guérissent  avec  un  agrandissement  de  l’orifice 
qui,  en  permettant  le  facile  écoulement  des  liquides  secrétés,  met  obstacle  à  une  récidive. 


Ulénaoire  @ttt®  le  t^aiteaaieBat  ale  la  lileBiBsapeSBagie  pua» 

l’azotate  «l’aegewt  a  liaiate  et  smb*  l’esaaploi  €le@  âiijee- 

tions  caustiques  à  toiates  les  ale  l’aseétlai-ite  %  par 

A.  lÏKSMENEir,  /_).  M.  P.,  chirurgien  aide-major  ail  \ 2e  de  Ligne. 

Une  grande  erreur  règne  généralement  en  France,  sur  l’effet  des  injections  causti¬ 
ques  dans  le  canal  de  l’urèthre  ;  l’azotate  d’argent  n’est  guère  employé  qu’à  très  faibles 
doses,  suivant  la  méthode  de  MM.  Serre  (de  Montpellier)  et  Ricord,  c’est-à-dire  dans 
la  blennorrhagie  passée  à  l’état  chronique.  On  essaie  alors  de  changer  le  mode  de  vita¬ 
lité  de  la  muqueuse ,  par  des  injections  où  l’azotate  d’argent  entre  dans  la  proportion 
d’un  à  10  centigrammes  au  plus,  pour  30  grammes  d’eau  distillée.  Le  traitement  abor¬ 
tif  connu  sous  le  nom  de  Carmichaël,  chirurgien  en  chef  de  l’hospice  des  vénériens  de 
Dublin,  et  dans  lequel  l’azotate  d’argent  est  employé  à  la  dose  de  50  centigrammes 
pour  30  grammes  d’eau,  est  très  peu  usité  en  France.  Le  professeur  de  Montpellier,  dans 
son  mémoire  de  1835,  se  récrie  contre  l’audace  d’un  médecin  qui  a  osé  introduire  dans 
l’urèthre  de  son  malade  une  telle  proportion  d’azotate  d’argent.  Tous  les  médecins  a  qui 
j’ai  parlé  de  ma  manière  d’opérer  à  haute  dose  m’en  ont  paru  fort  étonnés.  Enfin,  les 
auteurs  spéciaux  les  plus  récents  s’élèvent,  en  général,  contre  la  méthode  abortive  de 
Carmichaël.  Les  plus  favorables,  tout  en  reconnaissant  comme  un  axiome  incontestable 
de  pathologie  et  de  thérapeutique  générales,  qu’au  début  d’une  phlegmasie  une  irritation 


A.  DEBENEV. — T)U  TRAITEMENT  ABORTIF  DE  LA  BLENNORRHAGIE. 


2(39 


artificielle  peut  arrêter  le  développement  de  la  maladie,  professent  que  cette  méthode 
quand  elle  n’est  pas  appliquée  à  temps  ou  avec  assez  d’énergie,  a  pour  effet  d’augmenter 
les  accidents  qu’on  cherche  à  prévenir,  et  qu’elle  ne  peut  être  tentée  avec  quelque 
chances  de  succès  que  tout  à  fait  au  début,  avant  que  les  caractères  de  l’inflammation 
se  soient  prononcés. 

De  nombreuses  expériences  m’ont  démontré  la  fausseté  de  cette  manière  de  voir.  Il 
sera  prouvé,  par  les  faits  que  je  vais  exposer,  que  les  craintes  des  auteurs  et  les  prohi¬ 
bitions  théoriques  ne  sont  fondées  que  sur  des  idées  préconçues,  contraires  à  la  réalité; 
que  la  cautérisation  de  la  membrane  muqueuse  de  l’urèthre  par  l’azotate  d’argent,  de¬ 
puis  la  proportion  d’un  demi-gramme  jusqu’à  celle  d’un  gramme  et  plus  par  trente 
grammes  d’eau,  peut  être  pratiquée  à  toutes  les  périodes  de  la  blennorrhagie,  sans  acci¬ 
dents  consécutifs  ;  enfin  que,  si  cette  cautérisation  ne  supprime  pas  toujours  immédiate¬ 
ment  l’écoulement,  elle  a  pour  effet  ordinaire  de  faire  avorter  l’inflammation  au  début, 
ou  de  l’éteindre  après  son  développement. 

Ces  expériences  sont  nombreuses,  et  les  résultats  en  sont  trop  positifs,  pour  que  j’hé¬ 
site  plus  longtemps  à  les  faire  connaître. 

1°  Injections  au  début  de  la  blennorrhagie ,  ou  abortives. 

J’ai  commencé  à  employer  les  injections  caustiques  dans  les  cas  où  la  méthode  abor¬ 
tive  est  en  quelque  sorte  tolérée,  c’est-à-dire  au  début  de  l’uréthrite,  avant  que  les 
symptômes  de  l’inflammation  fussent  développés. 

Placé  sous  l’influence  des  idées  générales  sur  le  danger  des  injections  caustiques  dans 
le  canal  de  l’urèthre,  je  n’aurais  point  osé  en  essayer  l’emploi,  si  les  faits  dont  j’avais 
été  témoin  à  l’infirmerie  des  Invalides  ne  m’avaient  rassuré  à  cet  égard. 

J’avais  observé,  en  1838,  à  la  clinique  de  M.  Pasquier  fils,  chirurgien  en  chef, 
sous  les  ordres  duquel  je  servais  en  qualité  de  sous-aide,  que  les  inflammations  détermi¬ 
nées  par  la  cautérisation  du  canal  de  l’ urèthre,  pour  la  cure  des  rétrécissements,  étaient 
fort  superficielles,  et  n’excédaient  pas  la  durée  de  vingt-quatre  heures. 

Observation  Ire.— M.  X...,  officier  du  66e  de  ligne,  voyageant  de  Lyon  à  Paris,  s’aper¬ 
çut,  le  11  avril  1840,  à  sept  heures  du  matin,  qu’il  était  atteint  de  blennorrhagie.  L’uréthrite 
marchait  assez  vite  ;  le  soir  ,  l’écoulement  était  déjà  considérable ,  l’extrémité  du  méat  très 
rouge,  et  la  miction  accompagnée  d’une  vive  cuisson.  A  neuf  heures  du  soir,  je  pratiquai  une 
injection  à  la  dose  de  60  centigrammes  d’azotate  d’argent  cristallisé,  pour  50  grammes  d’eau 
distillée.  Douleur  atroce  dans  le  canal,  retentissant  dans  les  testicules  et  le  long  des  cor¬ 
dons  ;  inflammation  violente  ;  excrétion,  pendant  la  nuit,  d’un  pus  blanc,  abondant,  épais. 
Le  lendemain,  à  huit  heures  du  matin,  les  urines,  rendues  assez  difficilement  et  avec  une 
douleur  modérée,  expulsent  devant  elles,  sous  forme  de  pellicules  blanches,  l’escarre  de  la 
muqueuse.  A  onze  heures,  1  écoulement  est  taii,  le  canal  est  sec,  et  la  miction  sans  douleur. 
Aucun  accident  n’a  reparu. 

Observation  IL— Le  6  juin  1840,  M.  Z...,  officier  au  66°  de  ligne,  vint  me  confier  qu’il 
avait  été  pris,  dans  la  nuit,  d’un  écoulement  qui  s’accompagnait  déjà  de  douleur,  et  dont  il  rap¬ 
portait  l’origine  à  un  coït  pratiqué  cinq  jours  auparavant.  Le  soir,  à  neuf  heures,  je  lui  fis  une 
injection  à  la  dose  de  60  centigrammes  d’azotate  d’argent,  pour  50  grammes  d’eau.  Le  7,  à 
midi,  il  me  dit  qu’il  avait  trouvé  à  son  réveil  les  traces  d’un  écoulement  très  abondant,  qui 
était  tari  depuis  près  de  deux  heures;  le  méat  était  sec,  le  pénis  non  gonflé,  et  la  miction 
sans  douleur.  Je  lui  recommandai  de  garder  le  régime  pendant  quelques  jours,  de  s’abstenir  de 
vin  pur,  de  café,  et  surtout  de  bière.  Mais  M.  Z...,  enchanté  d’une  guérison  si  prompte,  ne 
tint  nul  compte  de  ces  recommandations.  Le  jour  même,  il  alla  dîner  en  ville,  prit  du  café, 
et  passa  la  soirée  à  boire  de  la  bière.  Le  lendemain  l’écoulement  était  revenu.  Comme  il 
étaitpeu  abondant  et  sans  douleur,  je  pensai  qu’il  s’arrêterait  de  lui-même;  mais  au  contraire 
il  alla  en  augmentant;  des  signes  d’irritation  aiguë  se  manifestèrent,  et  la  douleur  était  vive 
le  quatrième  jour. 

Le  12,  au  soir,  deuxième  injection,  dans  la  même  proportion  que  la  première  fois.  Le  15 
au  matin,  14  heures  après  l’injection,  la  douleur  est  supprimée;  il  reste  un  léger  écoulement. 


270 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Je  fais  pratiquer  quatre  injections  par  jour  avec  une  solution  d’acétate  de  plomb.  Le  16, 
l’écoulement  a  cessé;  il  ne  reste  plus  dans  le  canal  qu’une  sensation  de  chatouillement, 
qui  se  dissipe  au  bout  de  quelques  jours.  J’ai  remarqué  que  cette  sensation  de  chatouillement, 
accompagnée  de  spasmes,  fort  incommode  et  quelquefois  plus  intolérable  que  la  douleur,  est 
la  suite  assez  ordinaire  des  injections  avec  l’acétate  de  plomb. 

Cette  expérience  ne  me  parut  pas  moins  concluante  que  la  première.  D’abord,  j’avais 
eu  un  succès  complet  ;  puis,  l’uréthrite  s’étant  développée  de  nouveau  sous  l’influence 
d’une  surexcitation  alcoolique,  une  seule  cautérisation  avait  fait  avorter  cette  inflamma¬ 
tion  déjà  assez  avancée,  et  replacé  la  muqueuse  dans  un  état  tel  que  l’usage  des  astringents 
pendant  trois  jours  avait  arrêté  la  sécrétion  anormale. 

Observation  III. — Je  n’eus  plus,  pendant  mon  séjour  à  Orléans,  qu’une  seule  occasion 
d’employer  l’injection  caustique  au  début  de  la  blennorrhagie,  et  avec  un  plein  succès;  c’est- 
a- dire  qu’une  seule  injection  suffit  pour  supprimer  l’uréthrite  chez  un  soldat  du  66e,  après 
deux  jours  d’invasion. 

11  est  rare  que  les  militaires  ne  négligent  pas  la  blennorrhagie  au  début;  ils  se  plaisent 
à  ne  la  considérer  que  comme  un  simple  échauffement ,  en  sorte  que,  généralement,  on 
ne  peut  les  traiter  que  lorsque,  à  la  revue  mensuelle  de  santé,  on  les  surprend  en  fla¬ 
grant  délit  d’infection,  ou  lorsque  la  douleur  et  la  crainte  qu’elle  fait  naître  les  engagent, 
à  une  époque  trop  avancée,  à  réclamer  les  secours  du  médecin. 

Observation  IV.— En  arrivant  à  l’étape  d’Arpajon,  pendant  la  route  d’Orléans  à  Versail¬ 
les,  X...,  sergent  au  66e,  vint  me  consulter  pour  une  blennorrhagie  qui  s’etait  déclarée  au 
départ  d'Orléans,  cinq  jours  auparavant,  et  qui  lui  rendait  la  marche  très  pénible.  Le  pénis 
était  gonflé,  l’orifice  du  méat  très  rouge,  et  l’écoulement  fort  abondant.  Je  lui  demandai  s’il 
voulait  se  soumettre  à  une  médication  douloureuse,  mais  dont  il  ne  resterait  pas  de  trace 
le  lendemain  :  sur  sa  réponse  affirmative,  je  lui  pratiquai  une  injection  à  la  dose  de  60  centi¬ 
grammes  d’azotate  d’argent  pour  30  grammes  d’eau  distillée,  à  une  heure  de  relevée.  Je  dois 
dire  que  cet  homme  souffrit  horriblement.  Le  soir,  à  huit  heures,  la  diminution  de  la  dou¬ 
leur  avait  ramené  le  calme:  le  lendemain,  à  cinq  heures  du  matin,  c’est-à-dire  seize  heures 
après  l’injection  caustique,  le  sergent  vint  tout  radieux  me  dire  que  je  l’avais  guéri,  qu’il  ne 
souffrait  plus  du  tout,  et  qu’il  avait  rendu  son  urine,  le  matin,  sans  difficulté. 

Il  me  dit  aussi  qu’il  avait  pissé  un  peu  de  sang  au  commencement  delà  nuit.  Je  cherchai  à 
m’expliquer  ce  fait  de  cette  manière:  les  capillaires  sanguins  qui  rampent  à  la  surface  de 
la  muqueuse,  développés,  et  turgescents  par  le  fait  du  mouvement  inflammatoire,  ont  pu 
être  intéressés  dans  l’escarre  superficielle  faite  à  la  membrane:  de  là  l’écoulement  de 
quelques  gouttes  de  sang.  Du  reste,  cette  circonstance  que  je  regardais  alors  comme 
fâcheuse,  je  l’ai  observée  depuis  dans  une  proportion  que  j’estime  au  dixième  des  cas,  et 
je  ne  l’ai  jamais  vue  suivie  d’aucun  accident;  je  me  crois  donc  fondé  à  ne  lui  attribuer 
aucune  importance.  Pour  revenir  au  sujet  de  l’observation,  l’écoulement  ne  fut  point 
supprimé,  il  fut  seulement  très  diminué  ;  les  jours  suivants,  l’irritation  reprit  de  l’acuité, 
ce  qui  s’explique  suffisamment  par  les  fatigues  d’une  route  faite  dans  les  plus  grandes 
chaleurs  de  l’été,  et  par  l’absence  du  régime.  Arrivé  à  Versailles,  mon  éloignement  du 
corps  m’a  fait  perdre  ce  sujet  de  vue.  Mais  le  cas  n’en  reste  pas  moins  avec  toute  sa  si¬ 
gnification,  comme  exemple  d’une  injection  caustique  pratiquée  dans  le  canal  de  l’urè¬ 
thre  après  le  développement  des  symptômes  inflammatoires  ;  injection  qui,  non-seulement 
n’a  pas  été  suivie  de  l’exaspération  de  l’inflammation,  ce  que  la  théorie  aurait  pu  faire 
craindre,  mais  qui  a,  au  contraire,  supprimé  cette  inflammation  en  peu  d’heures;  qua¬ 
rante  sangsues  au  périnée  n’auraient  certes  pas  produit  un  résultat  aussi  prompt  et  aussi 
complet. 

Observation  V. — Le  14  août  1840,  M.  Z...,  du  66e  du  ligne,  me  dit  qu’il  s’est  aperçu,  le 
matin,  d’un  suintement  inaccoutumé  par  l’urèthre;  je  lui  propose  la  cautérisation  abortive;  il 
la  refuse  en  me  disant  que  ce  peut  bien  n’être  qu’un  échauffement  produit  par  la  boisson  et  par 
U  répétition  fréquente  de  l’acte  vénérien.  Quatre  jours  après,  il  revient  me  trouver  avec  un 
écoulement  bien  établi  et  de  la  douleur  dans  le  canal.  Je  prescris  une  injection  à  la  dose  de 


À.  DEBENEY.  —  DU  TRAITEMENT  ABORTIF  DE  LA  BLENNORRHAGIE,  271 

60  centigrammes  d’azotate  d’argent  dans  30  grammes  d’eau,  qu’il  doit  faire  à  cinq  heures  du 
soir.  Je  vais  le  voir  à  neuf  heures  :  l’injection  a  été  faite,  la  douleur  qui  l’a  suivie  est  déjà 
calmée;  il  m’avoue  que,  dans  la  crainte  d’une  trop  grande  souffrance,  il  a  mélangé  d’eau 
l’injection  ordonnée,  dans  la  proportion  de  moitié.  Sur  mes  observations,  il  se  soumet  à  l’in¬ 
jection  suivant  la  dose  prescrite ,  et  je  la  lui  pratique  moi-meme  sur-le-champ.  Le  lende¬ 
main,  à  une  heure  de  relevée,  il  n’y  a  plus  de  douleur,  et  l’écoulement  est  supprimé.  11  n’a 
pas  reparu. 

Observation  VI. — Le  13 janvier  1S41,  M.  X. . du  12e  de  ligne,  s’aperçut  d’un  écoulement 
à  7  heures  du  matin.  Nous  étions  dans  une  petite  ville;  le  pharmacien  de  la  localité  n’avait 
pas  d’azotate  d’argent  cristallisé,  et  me  demandait  jusqu’au  lendemain  pour  en  préparer.  Je 
me  résignai  à  employer  l’azotate  d’argent  fondu;  mais,  imbu  de  cette  idée,  fort  exagérée  sans 
doute,  que  l’azotate  fondu  était  beaucoup  moins  pur  que  le  même  sel  cristallisé,  je  fis  tritu¬ 
rer  un  gramme  et  demi  du  premier  dans  30  grammes  d’eau  distillée.  L’injection  fut  faite  à  neuf 
heures  du  soir.  Je  ne  remarquai  pas  que  l’inflammation  produite  fût  plus  intense  que  celle 
que  j’avais  déterminée  précédemment  par  des  injections  moins  chargées  de  caustique.  Je  vis 
mon  malade  le  lendemain  à  midi;  toute  trace  d’inflammation  était  dissipée  depuis  le  matin; 
l’écoulement  n’a  point  reparu. 

Ces  résultats  tenaient  du  prodige,  et  je  m’étonnais  qu’une  médication  aussi  puissante 
et  aussi  sûre,  qu’un  moyen  aussi  héroïque  ne  fût  pas  plus  connu  et  plus  pratiqué.  Voilà, 
sur  six  cas,  quatre  succès  complets  après  une  seule  cautérisation.  Dans  l’un  des  deux 
autres  cas,  le  sujet  (observation  2e)  avait  été  guéri  d’abord,  et  la  réapparition  de  l’écou¬ 
lement  peut,  avec  toute  raison,  être  attribuée  à  l’excès  de  régime  commis  le  lendemain 
de  l’injection  ;  dans  l’autre  (observation  4e),  l’inflammation  était  trop  développée  pour 
que  j’eusse  espéré  l’anéantir  en  un  seul  coup  :  c'était  beaucoup  déjà  d’avoir  supprimé  les 
symptômes  de  l’état  aigu.  J’aurais  cru  à  l’infaillibilité  de  la  méthode,  si  je  n’avais  su 
que  trop  d’éléments  compliquent  les  cas  pathologiques,  et  les  différencient,  pour  qu’on 
puisse  attendre  d’une  même  médication  un  effet  identique  dans  tous  les  cas.  Les  diffé¬ 
rences  dans  la  constitution  des  individus,  dans  la  vitalité  de  la  membrane,  dans  l’inten¬ 
sité  de  l’affection,  et  sans  doute  aussi  dans  la  nature  et  l’origine  de  la  phlegmasie  uré¬ 
thrale,  doivent  nécessairement  faire  varier  les  résultats  produits  par  l’action  d’un  même 
modificateur. 

Observation  VII.— M.  Z. . .,  du  12e  de  ligne,  est  affecté  d’une  blennorrhagie  dont  il  ressent 
les  premières  atteintes  pendant  un  bal,  dans  la  nuit  du  19  au  20  février  1841.  Le  20,  à  dix 
heures  du  soir,  la  douleur  étant  faible  encore,  et  l’écoulement  peu  considérable,  injection 
caustique,  à  la  dose  de  60  centigrammes  d’azotate  d’argent  cristallisé  pour  30  grammes  d’eau 
distillée.-  Le  lendemain,  l’inflammation  produite  par  l’injection  s’est  dissipée;  il  reste  un  peu 
d’écoulement.  Cet  écoulement,  tari  pendant  le  jour,  reparaît  le  lendemain,  22.  Le  soir,  à  dix 
heures,  seconde  injection,  cette  fois  à 70  centigrammes.  Le  23,  l’écoulement  est  supprimé;  il 
ne  reparaît  pas  jusqu’au  25  inclusivement.  Ce  jour-là  M.  Z —  se  livre  au  coït.  Le  26  au 
matin,  l’écoulement  reparaît.  Le  26  au  soir,  injection  caustique  semblable  à  la  précédente. 
Le  27,  il  reste  un  suintement  léger  qui  persiste  pendant  trois  jours.  Le  2  mars,  je  prescris 
six  injections  par  jour,  avec  une  solution  concentrée  d’acétate  de  plomb.  A  dater  du  6  mars, 
l’écoulement  a  été  supprimé  et  n’est  pas  revenu. 

Dans  cette  observation,  l’écoulement  supprimé  par  la  première  injection  reparaît.  Une 
deuxième  injection  le  supprime  de  nouveau;  mais  deux  jours  après,  la  congestion  pro¬ 
duite  dans  la  muqueuse  de  l’urèthre  par  l’exercice  du  coït  rétablit  l’irritation  sécrétoire. 
Une  troisième  injection  caustique  modifie  de  nouveau  la  vitalité  de  la  membrane,  et 
l’usage  des  astringents  pendant  quatre  jours  suffit  pour  tarir  le  flux  blennorrhagique. 

Observations  VIII  et  IX.— Le  18  mars  1842,  un  caporal  et  un  soldat  du  12e  de  ligne  se  pré¬ 
sentent  avec  un  écoulement,  établi  chez  l’un  depuis  trois,  chez  l’autre  depuis  quatre  jours. 
L’irritation,  chez  tous  les  deux,  est  faible  encore.  Je  prescris  l’injection  à  60  centigrammes 
d’azotate  d’argent  cristallisé  pour  30  grammes  d’eau  distillée.  Le  19,  quinze  heures  après 
l’injection,  chez  l’un  il  n’y  a  plus  de  douleur  et  l’écoulement  est  moindre,  chez  l’autre  l’écou¬ 
lement  est  augmenté  et  la  douleur  est  plus  vive.  En  examinant  la  fiole  qui  contient  la  matière 


272 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 

à  injection  commune  à  ces  deux  hommes,  je  remarque  que  . cette  tiole  qui  devait  ne  contenir 
primitivement  que  30  grammes  de  liquide,  en  contient  encore  plus  de  60.  J’apprends  alors  que 
le  pharmacien  a  représenté  à  mes  soldats  que  la  proportion  prescrite  d’azotate  d’argent  était 
beaucoup  trop  forte,  par  conséquent  dangereuse,  et  qu’il  a  jugé  à  propos  de  porter  à  une 
quantité  triple  la  proportion  du  véhicule.  J’envoie  prendre  une  injection  chez  un  pharmacien 
sûr,  et  je  pratique  aces  deux  hommes  une  injection  à  60  centigrammes  d’azotate  d’argent 
pour  30  grammes  d’eau;  le  lendemain,  chez  tous  les  deux  l’écoulement  a  cessé,  et,  huit  jours 
après ,  je  m’assure  qu’il  n’a  pas  reparu. 

Cette  observation  présente  cela  de  singulier,  que  l'injection  à  moindre  proportion 
d’azotate  d’argent  a  augmenté  l’irritation  chez  un  des  sujets,  tandis  qu’elle  l’a  diminuée 
chez  l’autre.  L’injection  franchement  caustique  a  produit  le  même  résultat  chez  tous  les 
deux,  bien  qu’ils  ne  fussent  plus  dans  des  conditions  semblables. 

Observation  X.— M.  Z.. .  du  12e de  ligne,  s’aperçoit,  le  10  août  1841 ,  qu’il  a  un  écoule¬ 
ment;  il  m’assure  n’avoir  pas  vu  de  femme  depuis  douze  jours.  Le  10  au  soir,  injection  à  60 
centigrammes  d’azotate  d’argent  pour  30  grammes  d’eau  distillée.  Le  il,  à  cinq  heures  du 
matin,  1  inflammation  produite  par  l’injection  caustique  est  assez  calmée  pour  que  M.  Z... 
puisse  se  rendre  sans  peine  à  l’exercice  au  grand  camp;  dans  le  jour  l’écoulement  cesse,  pour 
recommencer  le  lendemain.  Le  12  au  soir,  deuxième  injection.  Le  13,  un  faible  écoulement 
persiste.  Le  14,  injection  à  70  centigrammes.  Le  13,  après  midi,  il  n’y  a  plus  d’écoulement, 
non  plus  que  le  16,  le  17  et  le  18. 

Ce  dernier  jour,  le  sujet  exerce  le  coït  deux  fois  de  suite.  Le  19  au  matin,  l’écoulement  est 
revenu.  Le  20,  injection  à  80  centigrammes  d’azotate  d’argent  pour  30  grammes  d’eau. 
L’écoulement  s’arrête  le  21  et  reparaît  le  25.  Le  &3,  injection  à  la  même  dose.  Le  24,  un 
faible  écoulement  persiste  :  injection  avec  l’eau  blanche;  le  chatouillement  et  les  spasmes  de 
l’uréthre,  déterminés  par  cet  astringent,  le  rendent  insupportable  au  malade,  et  je  le  rem¬ 
place  parle  sulfate  de  zinc  pendant  quatre  jours.  Le  suintement  avec  la  goutte  le  matin  per¬ 
siste.  Du  29  au  3  septembre,  injection  avec  une  dissolution  de  tannin.  Ces  astringents  irri¬ 
tent  un  peu  le  canal  de  l’urèthre,  et  la  miction  produit  une  légère  cuisson.  Deux  grands  bains. 
Le  8  septembre,  injection  à  80  centigrammes  d’azotate  d’argent  pour  30  grammes  d’eau. 
Violente  uréthrite  comme  à  l’ordinaire.  Au  bout  de  dix  heures,  lorsqu’elle  commence  à  se 
calmer,  nouvelle  injection  dans  les  mêmes  proportions.  Quinze  heures  après,  l’écoulement 
est  supprimé;  il  n’a  pas  reparu,  bien  que  le  sujet  de  l’observation  ait  couché  avec  une  femme 
au  bout  de  cinq  jours. 

Dans  cette  observation,  T  écoulement  reparaît  trois  fois,  et  une  fois  après  trois  jours 
de  guérison  ;  mais,  cette  fois,  son  retour  peut  être  expliqué  par  la  congestion  opérée  dans 
la  muqueuse  par  une  double  copulation.  A  quoi  tient  cette  persistance  que  nous  n'a¬ 
vons  point  rencontrée  jusqu’ici?  Est-ce  à  une  disposition  particulière  de  la  membrane? 
Est-ce  à  la  force  avec  laquelle  agit  le  virus  ou  cause  spécifique,  qui,  il  faut  le  remar¬ 
quer,  n’a  ici  manifesté  son  action  qu’ après  douze  jours  d’incubation?  J’imagine  que  le 
virus  infectant  avait  pris  assez  de  force  pour,  après  trois  avortements  de  l’inflammation,  la 
ranimer.  ïl  me  semble  difficile,  en  effet,  de  ne  pas  admettre  de  différence  entre  une 
cause  qui  se  manifeste  deux  ou  trois  jours  après  qu’elle  a  été  appliquée  à  l’économie,  et 
une  cause  qui  ne  se  manifeste  qu’après  douze  jours  d’incubation.  Le  virus,  dans  ce  dernier 
cas,  ne  doit-il  pas  être  plus  inhérent  aux  tissus,  et  partant  plus  opiniâtre?  Quoi  qu’il  en 
soit,  cette  observation  est  un  témoignage  éclatant  de  l’innocuité  des  injections  caustiques. 

Il  en  a  été  pratiqué  sept  :  deux  à  60  centigrammes  du  sel  pour  30  grammes  d’eau  distil¬ 
lée  ;  une  à  70  centigrammes,  et  quatre  à  80  centigrammes,  sans  que  la  muqueuse,  qui  a 
été  ainsi  le  siège  de  sept  inflammations  artificielles  violentes  et  successives,  en  ait  gardé 
aucun  ressentiment. 

Le  même  individu  vint  me  trouver  deux  mois  après,  avec  un  écoulement  existant 
depuis  six  heures.  Injection  à  70  centigrammes  d’azotate  d’argent  cristallisé  pour  30 
grammes  d  eau  distillée.  L  écoulement,  supprimé  le  lendemain,  n’a  pas  reparu,  et  aucun 
accident  ne  s  est  manifesté,  bien  que  le  sujet  n’ait  pas  attendu  plus  de  quatre  jours  pour 
se  livrer  à  de  nouveaux,  plaisirs, 


A.  DEBENEY.  —  DU  TRAITEMENT  ABORTIF  DE  LA  BLENNORRHAGIE.  273 

Il  est  bon  de  noter,  en  passant,  que  ce  sujet,  atteint  d’un  commencement  de  rétrécis¬ 
sement  qu’il  fait  remonter  à  six.  années,  m’a  dit  avoir  remarqué  que,  depuis  les  cau¬ 
térisations,  il  urine  plus  librement. 

Je  crois  inutile  de  rapporter  un  plus  grand  nombre  d’exemples  de  blennorrhagie 
prise  au  début  et  traitée  par  les  injections  caustiques.  Je  me  bornerai  à  donner  le  résumé 
numérique  des  observations  dans  lesquelles  l’injection  caustique  a  été  faite  au  début, 
c’est-à-dire  dans  l’intervalle  d’un  à  quatre  jours  d’invasion. 


Cas  où  une  seule  injection  caustique  a  suffi  pour  supprimer  l’écoulement .  14 

Cas  de  guérison  après  deux  injections,  à  24  heures  d’intervalle .  4 

Cas  de  guérison  après  trois  injections,  à  24  heures  d’intervalle .  2 


Cas  de  guérison  après  trois  injections  caustiques,  plus  les  astringents  pendant  quatre 

jours . 

Un  cas  de  guérison  après  deux  injections  caustiques,  plus  les  astringents  pendant  qua¬ 


tre  jours .  1 

Trois  injections  caustiques,  astringents  pendant  quatre  jours,  repos  pendant  quatre 

jours;  puis  quatrième  injection  caustique .  2 

Un  seul  cas  où  sept  injections  caustiques  furent  nécessaires . . .  1 


T  otal . . .  26 


2°  Injections  caustiques  à  toutes  les  périodes  de  Vuréthrite ,  ou  résolutives . 

Dans  le  commencement,  j’avais  cru  devoir  m’astreindre  à  n’employer  les  injections 
caustiques  qu’au  début  de  la  blennorrhagie.  Ce  n’est  que  lorsque  les  expériences  précé¬ 
dentes  m’eurent  prouvé  que  la  cautérisation  est  ce  qu’il  y  a  déplus  antiphlogistique 
que  je  fus  amené,  par  une  conséquence  nécessaire,  à  la  pratiquer  à  toutes  les  périodes  de 
l’inflammation. 

Observation  XI. — M.  X...,  officier  au  12e  ligne,  avait,  depuis  cinq  semaines,  une  blen¬ 
norrhagie  pour  laquelle  il  n’avait  fait  aucun  traitement,  et  pendant  le  cours  de  laquelle  il  ne 
s’était  pas  abstenu  du  coït.  Elle  était  sur  son  déclin  lorsque,  tout  à  coup,  après  une  nouvelle 
infection  sans  doute,  il  y  eut  recrudescence.  L’écoulement  était  si  abondant,  que  le  sujet 
était  obligé  d’envelopper  la  verge  d’un  mouchoir,  pour  empêcher  la  matière  de  s’écouler  dans 
le  pantalon.  Cette  recrudescence  durait  depuis  sept  jours.  Le  7  octobre  1841,  injection  à  la 
dose  de  70  centigrammes  d’azotate  d’argent  pour  30  grammes  d’eau  distillée;  grandes  souf¬ 
frances  pendant  la  nuit,  suppuration  abondante  et  épaisse;  le  lendemain,  à  cinq  heures 
du  soir,  l’écoulement  est  beaucoup  moindre;  il  s’arrête  dans  la  nuit,  pour  ne  pas  repa¬ 
raître. 

Observation  XII.— X. . .,  soldat  au  12e  de  ligne,  avait  un  écoulement  depuis  cinq  semaines. 
Pendant  les  quinze  premiers  jours,  on  s’était  borné  à  lui  faire  boire  de  la  tisane  de  graine 
de  lin,  puis  on  lui  avait  fait  faire  des  injections  avec  de  l’eau  blanche  pendant  quinze  autres 
jours.  A  cette  époque,  comme  l’écoulement  était  très  faible,  le  sujet  était  sorti  de  l’infirme¬ 
rie.  Huit  jours  après,  l’écoulement  avait  augmenté,  mais  sans  douleur.  Le  27  octobre  ,  pre¬ 
mière  injection  à  60  centigrammes  d’azotate  d’argent.  Le  28,  suppression  de  l’écoulement, 
qui  reparaît  le  29:  injection  à  40  centigrammes.  Le  30,  l’écoulement  est  suppr.mé  defini¬ 
tivement. 

Huit  jours  après,  cet  homme  se  présente  à  ma  visite  avec  un  bubon  à  l’aine  droite,  de  la 
grosseur  d’un  petit  œuf  de  poule,  presque  indolent.  Je  prescris  le  repos  et  des  cataplasmes 
émollients  pendant  quatre  jours,  puis  je  fais  appliquer  sur  la  tumeur  un  emplâtre  de  Vigo 
cum  mercurio.  Au  bout  de  quelques  jours,  la  résolution  est  complète. 

Observation  XIII.— X...,  sergent  au  12e  de  ligne  ;  blennorrhagie  ;  quinze  jours  d’invasion  ; 
pas  de  traitement.  Le  23  mars  1842,  au  matin,  injection  à  la  dose  d’un  gramme  d’azotate  d’argent 
cristallisé  pour  30  grammes  d’eau  distillée.  Le  soir,  le  malade  rend  quelques  gouttes  de  sang. 
Le  24,  au  matin,  l’écoulement  paraît  supprimé,  mais  il  revient  le  soir.  Le  25,  deuxième  in¬ 
jection  à  la  même  dose.  Le  26,  il  reste  un  peu  d’écoulement  ;  troisième  injection.  Le  27, 
l’écoulement  est  de  nouveau  supprimé,  mais  il  reparaît  pendant  la  nuit;  injection  avec  l’eau 

e.  18 


274  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

blanche  pendant  trois  jours.  Le  50,  même  état;  quatrième  injection  à  un  gramme  du  sel. 
Le  lGr  avril,  l’écoulement  est  supprimé  définitivement. 

Chez  cet  homme,  ainsi  que  chez  trois  de  ses  camarades  qui  étaient  à  l’infirmerie  en 
môme  temps,  et  dont  il  est  inutile  de  rapporter  les  observations,  l’azotate  d’argent  a  été 
employé  dans  la  proportion  d’un  gramme  du  sel  pour  30  grammes  d’eau  distillée.  Chez 
un  seul,  il  y  a  eu  un  écoulement  sanguin  après  la  première  injection,  ce  qui  ne  m  em¬ 
pêcha  pas  d’y  revenir,  sans  que  l’écoulement  du  sang  se  reproduisît.  Il  ne  m’a  pas  paru 
que  l’injection,  à  la  dose  d’un  gramme,  se  comportât  autrement  qu’à  celle  de  GO  ou  70 
centigrammes.  11  me  semble  que,  pourvu  que  le  liquide  soit  caustique,  peu  importe  qu’il 
le  soit  à  un  degré  plus  ou  moins  élevé;  car  l’escarre,  une  fois  formée,  met  la  membrane 
à  l’abri  de  toute  action  ultérieure  du  caustique. 

Chez  deux  sapeurs,  porteurs  de  vieilles  blennorrhagies ,  deux  injections  successives, 
dans  la  même  proportion  que  ci-dessus,  n’ont  produit  qu’une  augmentation  accidentelle 
de  l’inflammation  pendant  la  durée  ordinaire  de  l’irritation  artificielle  ;  et,  le  lendemain 
des  injections,  j’ai  trouvé  ces  hommes  dans  le  même  état  que  la  veille.  Sans  doute  il  au¬ 
rait  fallu  un  plus  grand  nombre  d’injections  pour  modifier  un  état  de  la  muqueuse  aussi 
habituel  et  aussi  ancien;  mais,  rebutés  par  le  peu  de  succès  des  premières  tentatives,  ils 
ont  refusé  de  se  soumettre  à  de  nouveaux  essais. 

Il  serait  fastidieux  de  rapporter  un  plus  grand  nombre  d’observations  ;  je  m’en  tiendrai 
au  résumé  suivant  : 

Blennorrhagies  de  5  à  15  jours  d’invasion. 


Guérison  après  une  seule  injection  caustique .  5  cas. 

Deux  injections  caustiques  à  vingt-quatre  heures  d’intervalle . .  5 

Guérison  après  trois  injections  caustiques .  4 


Guérison  après  trois  injections  caustiques,  plus  les  astringents  pendant  trois  ou 

quatre  jours . - 

Guérison  après  trois  injections  item,  astringents  item,  puis  une  quatrième  injec¬ 
tion  caustique . . . 

Guérison  après  trois  injections  item,  astringents  item,  quatre  jours  de  repos,  puis 
deux  injections  caustiques  à  dix  heures  d’intervalle . 

Invasion  de  15  à  50  jours  et  au-delà. 


Guérison  après  une  seule  injection  caustique . *  2 

Guérison  après  deux  injections  à  vingt-quatre  heures  d’intervalle .  2 

Guérison  après  trois  injections  item,  et  les  astringents  pendant  quatre  jours .  2 

Guérison  après  trois  injections  item,  astringents  item,  quatrième  injection  causti¬ 
que . . . . .  3 

Guérison  après  trois  injections  item,  astringents  item,  repos  de  quatre  jours;  qua¬ 
trième  et  cinquième  injections  caustiques. . . . .  4 

Total . * .  40 


Il  y  a  de  plus  dix-sept  sujets  que  j’ai  perdus  de  vue  après  une,  deux  ou  trois  injections 
caustiques,  et  chez  lesquels  le  traitement  n’a  pas  été  terminé,  mais  que  je  cite  pour 
compléter  la  preuve  de  f  innocuité  de  la  cautérisation,  parce  que  chez  tous  il  a  été  con¬ 
staté  que  l’injection  caustique  n’a  déterminé  aucun  accident,  et  a  éteint  l’inflammation 
aiguë  quand  elle  existait.  Ces  observations  n’ont  pas  été  terminées,  soit  que  les  hommes 
aient  cru  inutile  de  continuer  après  la  diminution  des  accidents,  soit  qu’ils  aient  été 


éloignés  par  les  déplacements  du  service  militaire .  17 

Plus  les  deux  sapeurs  chez  lesquels,  après  deux  injections  caustiques,  aucun  résul¬ 
tat  n’a  été  produit . . .  2 

En  ajoutant  les  cas  du  premier  résumé . . .  26 


Nous  avons  un  total  général  de. , 


85 


A  DEBENEY.  —  DU  TRAITEMENT  ABORTIF  RE  LA  BLENNORRHAGIE.  27 O 

Ces  quatre-vingt-cinq  cas  représentent  toutes  les  blennorrhagies  que  j’ai  eu  à  traiter 
depuis  vingt  mois. 

J’ajouterai  aux  faits  que  je  viens  de  présenter  deux  observations  qui  m’ont'  été  com¬ 
muniquées  par  deux  médecins  de  Lyon,  lesquels  ont  essayé  récemment  la  méthode  des 
injections  caustiques  dans  deux  cas  de  blennorrhagie  fort  ancienne. 

Observation  XIV,  par  M.  le  docteur  Lericiie.— X. . .,  bijoutier,  quarante  ans,  constitution 
lymphatique,  épuisée  par  les  excès.  Il  avait  depuis  longues  années  une  succession  incessante 
de  blennorrhagies,  de  telle  sorte  que,  par  cette  suite  d’uréthrites  aiguës  entées  sur  des  chro¬ 
niques,  depuis  vingt  ans  il  n’avait  jamais  été  sans  écoulement.  Depuis  six  mois  seulement, 
ayant  le  projet  de  se  marier,  il  a  suivi  divers  traitements,  mais  sans  succès.  Il  se  présente, 
enfin  au  dispensaire,  et,  le  12  avril  1842,  il  fait,  sur  la  prescription  du  docteur  Leriche,  deux 
injections  coup  sur  coup,  dans  la  proportion  de  50  centigrammes  d’azotate  d’argent  pour 
50  grammes  d’eau  distillée.  Trois  jours  après,  l’écoulement  était  supprimé;  il  reparut  le 
quatrième  jour,  mais  moins  abondant.  Le  18,  deux  nouvelles  injections;  il  reste  un  suinte¬ 
ment.  Enfin,  le  21,  deux  nouvelles  injections.  Le  22,  l’écoulement  est  de  nouveau  supprimé, 
et  cette  fois  définitivement. 

Il  ne  fallait  rien  moins  qu’un  modificateur  aussi  puissant  que  l’injection  caustique 
pour  changer  ici,  en  si  peu  de  temps,  la  vitalité  de  la  muqueuse,  pervertie  depuis  tant 
d’années. 

Observation  XV,  par  M.  le  docteur  Gérard,  de  Lyon.—X.. . ,  commis,  22  ans;  blennorrha¬ 
gie  depuis  treize  mois.  Divers  traitements  ont  été  suivis  et  abandonnés.  Depuis  quinze  jours 
le  malade  était  revenu  au  eopahu,  dont  il  prenait  une  grande  quantité.  L’écoulement  était 
fort  abondant,  et  le  jeune  homme,  d’une  constitution  robuste  d’ailleurs,  maigrissait  sensible¬ 
ment.  Une  seule  injection  à  la  dose  de  60  centigrammes  d’azotate  d’argent  pour  30  gram¬ 
mes  d’eau  distillée,  lui  fut  pratiquée.  Il  y  eut  un  léger  pissement  de  sang  ,  qui  inquiéta  le 
malade  et  le  médecin.  Deux  jours  après,  l’écoulement  était  réduit  à  la  goutte  du  matin,  que 
des  injections  avec  l’eau  froide  firent  disparaître  en  huit  jours. 

Ainsi  mes  deux  confrères,  effrayés  d’abord  de  la  grande  proportion  d’azotate  d’argent 
que  je  leur  proposais  d’employer,  n’ont  eu  qu’à  se  louer  de  leur  tentative,  couronnée 
d’un  plein  succès. 

Il  m’a  semblé  nécessaire,  pour  apprécier  parfaitement  l’action  des  injections  causti¬ 
ques,  d’examiner  leur  effet  sur  la  muqueuse  de  l’urèthre  dans  l’état  physiologique.  Pour 
cela,  je  n’ai  pu  expérimenter  que  sur  moi-même. 

Le  2  septembre  1841,  mon  canal  de  l’urèthre  étant  dans  une  condition  tout  à  fait  phy¬ 
siologique,  je  me  suis  pratiqué,  à  9  heures  du  soir,  une  injection  dans  la  proportion  de 
80  centigrammes  d’azotate  d’argent  cristallisé  pour  30  grammes  d’eau  distillée,  et  voici 
ce  que  j’ai  observé:  l’introduction  de  l’injection  ne  produit  d’abord  aucune  autre  sensa¬ 
tion  que  celle  d’un  liquide  froid  ;  au  bout  de  25  à  30  secondes,  une  douleur  atroce  éclate, 
et  retentit  le  long  des  cordons;  elle  dure  près  de  cinq  minutes  avec  la  même  violence; 
alors  elle  commence  à  diminuer,  et  au  bout  d’une  heure  elle  est  très  supportable.  La 
matière  d’une  sécrétion  épaisse  et  blanche  est  excrétée  assez  abondamment  pendant  la 
nuit  ;  à  7  heures  du  matin,  les  urines,  rendues  avec  difficulté,  et  avec  une  vive  cuisson, 
expulsent  en  débris  de  pellicules  blanches,  l’escarre  de  la  muqueuse.  A  10  heures  du 
matin,  il  y  a  encore  un  peu  d’écoulement,  moins  épais;  la  miction  a  lieu  librement  et 
sans  douleur,  ce  qui  annonce  que  tout  gonflement  a  cessé  et  que  l’irritation  est  terminée  ; 
à  midi  le  canal  est  sec,  et  les  choses  restent  dans  cet  état. 

Ainsi,  loi  générale:  l’injection  caustique  produit  sur  la  membrane  muqueuse  de  l’urè¬ 
thre  un  effet  constamment  le  même,  à  l’état  sain,  et  aux  divers  degrés  de  la  phlegma- 
sie:  inflammation  plus  ou  moins  violente,  plus  ou.  moins  vivement  sentie,  suivant  le 
degré  de  sensibilité  des  individus,  qui  se  dissipe  dans  une  durée  de  douze  à  quinze 
heures.  Cette  loi  se  fonde  sur  plus  de  quatre-vingts  cas.  Peut-on  trouver,  en  pathologie, 
une  plus  complète  justification,  et  n’étais-je  pas  en  droit  de  dire  que  les  craintes  et  les 
prohibitions  élevées  contre  les  injections  caustiques  dans  l’ urèthre  reposent  sur  des  idées 
préconçues,  contraires  à  la  réalité  des  faits? 


276 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Les  faits  que  je  viens  d’exposer  sont  assez  concluants  pour  que  je  sois  sobre  de  ré¬ 
flexions.  Je  dois  faire  remarquer  que  tous  les  cas  étaient  simples  et  sans  complications. 
Je  ne  connais  pas  désignés,  ces  complications  à  part,  qui  distinguent  la  blennorrhagie 
syphilitique  du  simple  catarrhe  uréthral;  dans  l’hypothèse  de  l’existence  des  blennorrha¬ 
gies  syphilitiques,  que  je  n’ai  aucune  raison  de  rejeter,  il  serait  étrange  que  pas  une  ne 
se  fût  présentée  avec  ce  caractère  parmi  les  cas  nombreux  que  j’ai  observés.  Peut-être 
faut-il  reconnaître  le  cachet  de  la  nature  syphilitique  dans  les  écoulements  qui  se  sont 
montrés  le  plus  rebelles,  et  où  la  suppuration,  plusieurs  fois  supprimée,  s’est  plusieurs 
fois  reproduite.  Les  choses  se  passent  alors  comme  si  le  virus,  ou  la  cause  spécifique,  qui 
a  pris  son  siège  dans  la  muqueuse,  venait  plusieurs  fois  faire  sentir  son  action  sur  cette 
membrane,  et  ranimer  la  phlogose,  jusqu’à  ce  que  son  épuisement  soit  complet.  Cet 
épuisement  de  la  cause  infectante  est  facile,  lorsque,  manifestée  récemment,  elle  est 
encore  à  l’état  de  germe  ;  de  là  le  succès  plus  grand  des  injections  au  début;  la  réussite 
devient  plus  difficile,  à  mesure  que  ce  germe  s’est  développé  et  a  poussé,  pour  ainsi 
dire,  de  plus  profondes  racines.  Je  livre,  du  reste,  pour  ce  qu’elles  valent,  ces  idées  pu¬ 
rement  hypothétiques.  Toutefois,  il  n’y  a  pas  de  doute  pour  plusieurs  auteurs,  et  c’est 
l’opinion  du  professeur  Serre  entre  autres,  que  faire  avorter  la  blennorrhagie  et  préve¬ 
nir  la  suppuration  est  le  meilleur  moyen  de  s’opposer  au  développement  de  l’infection 
syphilitique,  quand  son  point  de  départ  est  dans  la  muqueuse  de  l’urèthre.  Cette  considé¬ 
ration  donne  une  nouvelle  importance  à  la  méthode  abortive. 

Quant  au  traitement  de  la  blennorrhagie  après  la  période  de  début,  les  injections  caus¬ 
tiques  se  présentent  encore  comme  le  moyen  le  plus  fidèle  et  le  plus  prompt.  Pour  moi, 
mon  opinion  ne  saurait  être  douteuse  ;  les  résultats  que  je  viens  de  faire  connaître,  com¬ 
parés  à  ceux  des  traitements  que  j’ai  eu  occasion  d’appliquer  antérieurement,  lorsqu’une 
infirmerie  régimentaire  m’a  été  confiée,  en  juin  et  juillet  1840,  m’ont  démontré  la  su¬ 
périorité  des  injections  caustiques  sur  les  résineux  et  sur  les  injections  d’azotate  d’argent 
à  faible  dose.  Je  traitais  alors  la  blennorrhagie,  la  période  d’acuité  passée,  soit  par  la 
résine  de  copahu,  soit  par  des  injections  d’azotate  d’argent,  en  commençant  par  la  dose 
de  2  centigrammes  sur  30  grammes  d’eau,  et  élevant  graduellement  la  dose,  suivant  la 
méthode  de  MM.  Ricord  et  Serre.  J’ai  vu  que,  dans  le  traitement  par  le  copahu,  à  la 
dose  de  30  grammes  par  jour,  le  plus  grand  nombre  des  blennorrhagies  résistaient,  et 
que  les  autres  ne  guérissaient  que  dans  un  espace  de  temps  assez  long,  de  8  à  15  jours 
et  au-delà.  De  plus,  l’emploi  de  cette  résine  n’était  pas  toujours  possible:  quelquefois 
elle  avait  contre  elle  la  répugnance  insurmontable  des  malades;  et,  souvent,  des 
signes  d’irritation  gastro-intestinale,  des  superpurgations  obligeaient  de  cesser  son  em¬ 
ploi.  D’après  ces  considérations,  j’ai  renoncé  depuis  cette  époque  à  la  médication  parles 
résineux. 

Quant  aux  injections  d’azotate  d’argent  à  faible  dose,  voici  ce  que  j’ai  observé:  chez 
quelques  malades,  notamment  dans  les  blennorrhagies  dont  l’écoulement  forme  le  seul 
caractère,  on  parvient  sans  accident  à  supprimer  l’écoulement,  dans  un  espace  de  temps 
variable,  de  8  à  15  jours  et  plus;  mais  le  plus  souvent,  les  injections  produisent  une  sur- 
excitation,  et  l’on  est  obligé  à  plusieurs  reprises  de  les  suspendre,  comme  cela  m’est 
arrivé  chez  le  sujet  de  mon  observation  15e.  Ce  résultat  est  analogue  à  celui  consigné  par 
M.  le  professeur  Serre,  dans  son  mémoire  de  1835;  souvent,  en  effet,  ce  praticien  est 
obligé  de  suspendre  les  injections,  et  de  pratiquer  des  émissions  sanguines  locales  avant 
d’y  revenir,  d’où  résulte  une  grande  perte  de  temps. 

Il  fut  donc  établi  pour  moi  que  je  devais  renoncer  aux  injections  à  faible  dose'  pour 
les  injections  caustiques.  Les  motifs  de  cette  préférence  sont,  du  reste,  évidents  à  d’au¬ 
tres  titres.  En  effet,  que  se  propose-t-on?  De  changer  le  mode  de  vitalité  de  la  mem¬ 
brane  muqueuse:  or,  il  n’est  pas  de  modificateur  plus  puissant  et  plus  prompt  à  opérer 
que  l’injection  caustique.  En  outre,  loin  d’exposer  à  cette  exagération  morbide  dans  la 
sensibilité  de  la  muqueuse,  signalée  par  les  praticiens  après  les  injections  à  faible  dose, 
la  cautérisation,  au  contraire,  est  propre  à  éteindre  cette  sensibilité  anormale  quand  elle 
existe,  ainsi  que  j’en  ai  rapporté  un  exemple  remarquable. 


A.  DEBENEY.  —  DU  TRAITEMENT  ABORTIF  DE  LA  BLENNORRHAGIE.  277 

Je  ne  crois  pas  que  Ton  puisse  considérer  comme  sérieuse  l’objection  qui  a  été  élevée 
contre  la  cautérisation  clu  canal  de  l’urèthre,  de  pouvoir  produire  le  rétrécissement.  Il 
est  établi  que  les  rétrécissements  proviennent  de  l’épaississement  delà  muqueuse  génito- 
urinaire,  de  l’infiltration  ou  de  l’induration  du  tissu  cellulaire  sous-muqueux,  ou  bien 
de  la  cicatrisation  de  quelque  ulcération  :  toutes  ces  causes  de  rétrécissement  reconnais¬ 
sent  pour  générateur  commun  la  phlogose  chronique;  or,  les  injections  caustiques  sont 
le  meilleur  moyen  de  prévenir  la  chronicité  ou  d’y  mettre  un  terme. 

Je  dois  dire  quelques  mots  de  la  manière  dont  je  pratique  les  injections  caustiques.  Je 
n’ai  pas  d’autres  données  sur  la  méthode  de  Carmichaël  que  ce  qui  en  est  dit  dans  l’ou¬ 
vrage  de  M.  Ricord:  on  sait  que  le  praticien  de  Dublin  fait  faire,  au  début  de  la  blen¬ 
norrhagie,  trois  injections  caustiques  à  10  heures  d’intervalle.  Pour  moi,  comme  très 
souvent  une  seule  injection  suffit,  je  n’en  fais  qu’une,  et  j’attends  24  heures  ;  si,  à  l’expi¬ 
ration  de  ce  temps,  l’écoulement  n’est  pas  terminé,  je  recommence. 

Lorsque  la  blennorrhagie  est  au  début,  l’inflammation  est  ordinairement  bornée  à  une 
petite  étendue  du  canal  de  l’urèthre,  à  partir  de  l’orifice  du  méat;  j’ai  remarqué  qu’il 
suffit  alors  de  cautériser  cette  surface  circonscrite  au  moyen  d’une  très  faible  quantité 
de  liquide  (le  quart  de  la  seringue),  pour  faire  avorter  la  blennorrhagie.  Dans  ce  cas 
M.  Ricord  préfère  toucher  avec  l’azotate  d’argent  solide,  introduit  dans  l’urèthre  selon 
le  mode  ordinaire,  la  partie  de  la  muqueuse  qui  est  le  point  de  départ  de  l’inflammation. 
Mais  on  ne  contestera  pas  que  si  ce  procédé  est  aussi  efficace  que  celui  des  injections, 
il  est  infiniment  plus  douloureux,  et  que  l’on  trouve  peu  de  malades  qui  veuillent  s’y 
soumettre. 

Lorsque  la  blennorrhagie  a  passé  la  période  de  début,  il  est  nécessaire  de  pousser  l’in¬ 
jection  dans  toute  l’étendue  du  canal;  je  n’ai  jamais  pris  la  précaution  de  comprimer  le 
perinée  au  moment  de  l’injection,  et  je  n’ai  jamais  vu  d’accident  survenir  par  suite  de 
la  pénétration  du  liquide  caustique  dans  la  vessie.  Plusieurs  auteurs  citent  comme  des 
suites  fréquentes  des  injections  à  faible  dose  l’ischurie  et  la  strangurie.  Ce  serait  une 
nouvelle  preuve  que  l’azotate  d’argent  à  faible  dose  agit  comme  stimulant,  à  la  diffé¬ 
rence  du  même  sel  à  dose  caustique. 

L  azotate  d’argent  ne  doit  pas  se  comporter  autrement  sur  la  muqueuse  de  la  vessie 
que  sur  celle  de  l’urethre,  et  je  ne  verrais  pas  d’inconvénient  à  l’employer  contre  le  ca¬ 
tarrhe  vésical:  on  sait  que  la  conjonctive  et  la  pituitaire  sont  modifiées  d’une  manière 
avantageuse  par  ce  caustique,  qui  guérit  souvent  leurs  flux  purulents. 

Serait-ce  dépasser  les  bornes  d’une  rigoureuse  analogie  que  de  déduire  de  ces  faits 
une  conclusion  générale,  et  de  dire  :  la  cautérisation  par  l’azotate  d’argent  agit  sur  les 
membranes  muqueuses  enflammées,  de  manière  à  éteindre  l’inflammation,  et  à  les 
ramener  à  leur  mode  de  vitalité  normal? 

Post-Scriptum.  Depuis  le  mois  de  mai  1842,  où  ce  mémoire  fut  écrit  pour  le  Conseil 
de  santé  des  armées,  quarante  nouveaux  sujets  ont  été  traités  par  moi,  suivant  la  méthode 
des  injections  à  haute  dose,  avec  des  résultats  pleinement  confirmatifs  de  ceux  consignés 
dans  le  susdit  mémoire. 

De  ces  faits  réunis  résultent  les  conclusions  suivantes  : 

1°  Innocuité  absolue  des  injections  caustiques.  Dans  aucun  cas  je  n’ai  observé  d’acci¬ 
dent  consécutif.  Cette  condition ,  la  première  à  exiger  de  tout  moyen  héroïque,  a  été  lar¬ 
gement  vérifiée  au  dispensaire  spécial  pour  les  affections  vénériennes  de  Lyon,  où  la 
méthode  des  injections  d’azotate  d’argent  à  haute  dose  a  été  appliquée  sur  une  grande 

échelle  par  M.  le  docteur  Leriche,  c’est-à-dire  sur  plus  de  trois  cents  malades  depuis 
un  an  ; 

2°  Loin  de  provoquer  la  réaction  tant  redoutée  par  les  auteurs,  l’injection  caustique  a 
pour  effet  constant  d’éteindre  l’inflammation,  quel  que  soit  le  degré  de  son  développement. 
Cette  loi  s  appuie,  pour  ne  parler  que  des  faits  recueillis  dans  ma  pratique,  sur  près  de 
cent  trente  observations,  fournies  par  des  militaires,  c’est-à-dire  par  des  sujets  jeunes  et 


278  RETUE  CRITIQUE. 

-vigoureux,  placés  à  tous  égards  dans  les  conditions  les  plus  favorables  à  la  réaction 
inflammatoire  ; 

3°  Lorsque  la  blennorrhagie  est  tout  à  fait  au  début,  l’avortement  est  presque  certain  ; 
en  effet,  sur  38  cas,  il  a  eu  lieu  21  fois  après  une  seule  injection,  et  6  fois  après  deux 
injections.  Restent  donc  onze  cas,  où  l’écoulement  s’est  reproduit,  toujours  sans  le  cortège 
inflammatoire,  et  le  plus  souvent  par  la  faute  des  malades  ;  car  il  ne  faut  pas  oublier  que 
nous  avons  eu  affaire  presque  exclusivement  à  des  militaires,  espèce  de  gens  peu  dociles 
en  général,  et  très  réfractaires  à  l’endroit  du  régime  ; 

4°  Lorsque  la  blennorrhagie  a  passé  la  période  de  début,  les  effets  de  T  inflammation 
substitutive  ne  sont  plus  aussi  constants,  je  veux  dire  aussi  vite  et  aussi  facilement  obte¬ 
nus,  car  on  les  obtient  toujours.  Suivant  l’àge  de  la  maladie,  et  d’autres  circonstances 
suffisamment  indiquées  dans  mon  mémoire,  plusieurs  tentatives  sont  alors  nécessaires  pour 
changer  la  nature  de  la  phlegmasie  et  la  ramener  à  l’état  d’inflammation  en  quelque  sorte 
traumatique. 


REVUE  CRITIQUE. 


CS&ÎFtiE’gie* 


RECHERCHES  SUR  LA  FREQUENCE  DU  CANCER  ; 

par  M.  Tanchou. 

La  statistique  a  pris  de  nos  jours  un  large 
développement  en  chirurgie  comme  en  médeci¬ 
ne  ;  et,  quels  que  soient  les  reproches  dont  elle 
a  été  l’objet,  il  faut  bien  reconnaître  qu’elle 
a  déjà  servi  puissamment  à  redresser  nombre 
d’erreurs  et  à  mettre  au  jour  des  vérités  nou¬ 
velles.  Qu’elle  se  soit  trompée  quelquefois, 
cela  devait  être;  d’abord,  c’était  un  instru¬ 
ment  nouveau  à  manier;  et  puis  elle  avait  à 
agir  fréquemment  sur  des  matériaux  moins 
exacts  qu’ils  le  seront  plus  tard;  mais  il  était 
déjà  utile  de  commencer,  de  planter  des  jalons, 
de  faire,  en  un  mot,  ce  que  fait  toute  science 
qui  progresse,  étudier  les  faits  acquis,  sans  se 
laisser  décourager  par  l’idée  qu’il  surviendra 
des  faits  nouveaux. 

Nous  avons  eu  à  examiner,  il  y  a  quelques 
mois  (voyez  page  184),  un  travail  statistique 
de  M.  Leroy  d'Etiolle  sur  les  affections  cancé¬ 
reuses,  et  nous  avions  noté  dans  les  conclu¬ 
sions  des  lacunes  que  les  recherches  de 
M.  Tanchou  tendent  à  combler.  Il  a  fouillé 
les  registres  de  l’état  civil  du  département  de 
la  Seine,  pour  il  années  complètes,  de  1830 
à  1840  inclusivement;  et  il  a  trouvé  d’abord 
sur  le  chiffre  général,  382,831  décès,  9, 118  rap¬ 
portes  à  des  cancers.  Sans  doute  on  pourrait 
demander  si  le  diagnostic  a  toujours  été  bien 
exact,  d  autant  plus  qu’on  voit  figurer  dans  ce 
tableau  des  cancers  du  cerveau,  du  cœur,  du 
mésentère,  etc.;  et  peut-être  aussi  l’ancien 
mode  de  vérification  des  décès  ne  méritait  pas 
autant  de  confiance  que  le  nouveau.  Mais,  en 
définitive,  il  fallait  prendre  ces  matériaux  ou 
s’abstenir,  et  nous  croyons  que  M.  Tanchou  a 
fait  une  chose  utile,  même  quand  sa  statistique 


ne  devrait  être  regardée  que  comme  un  travail 
provisoire;  et  les  erreurs  de  diagnostic  possi¬ 
bles  doivent  se  perdre  en  grande  partie  dans 
cette  masse  de  9,000  faits.  Voyons  maintenant 
ce  qu’  1  a  su  en  tirer  pour  établir  l’influence  des 
sexes,  des  âges,  de  la  civilisation,  et  enfin  les 
prédispositions  des  divers  organes. 

1°  M.  Tanchou  cherche  d’abord  à  prouver 
l’influence  de  la  civilisation  sur  la  production 
du  cancer;  et  dans  ce  but  rapprochant  les  décès 
de  Paris  et  des  deux  arrondissements  ruraux,  il 
trouve  que  les  décès  dus  au  cancer  atteignent 
ponr  Paris  le  chiffre  de  7,999  :  soit  2,  54  pour 
100,  comparé  à  la  mortalité  générale;  tandis  que 
pour  la  banlieue  le  chiffre  est  de  1119,  seu¬ 
lement  1,  63  pour  100.  D’où  il  conclut  que  le 
cancer  est  plus  fréquent  à  Paris  que  dans  ses 
environs ,  et  plus  fréquent  dans  les  villes  que 
dans  les  campagnes. 

Nous  sommes  assez  enclins  à  admettre  cette 
conclusion;  mais  il  faut  convenir  qu’elle  ne 
ressort  pas  assez  légitimement  des  chiffres 
apportés  par  M.  Tanchou;  et  Paris  est -peut- 
être  la  ville  du  monde  où  ces  sortes  de  calculs 
sont  le  plus  sujets  à  erreur.  Plus  d’un  tiers 
des  décès  de  la  capitale  ont  lieu  dans  les  hô¬ 
pitaux;  et  comment  distinguer  sur  de  simples 
registres  de  décès,  si  tel  individu  mort  du  can¬ 
cer  l’avait  réellement  gagné  à  Paris,  ou  s’il 
ne  l’apportait  pas  de  sa  province?  Bien  plus, 
le  cancer  étant  une  de  ces  affections  désespé¬ 
rantes  qui  n’ont  guère  de  ressources  que  dans 
la  médecine  opératoire,  les  hôpitaux  de  Paris, 
par  leur  proximité  et  la  renommée  de  leurs 
chirurgiens,  attirent  inévitablement  une  bonne 
partie  des  cancéreux  des  environs;  ce  qui 
charge  d’autant  le  chiffre  des  décès  de  la  ca¬ 
pitale,  en  diminuant  celui  de  la  banlieue,  et 


REVUE  CRITIQUE. 


rend  ainsi  toute  comparaison  impossible ,  à 
moins  d’un  triage  scrupuleux  exercé  sur  tous 
les  cas  dont  on  veut  faire  usage. 

M.  Tancliou  s’efforce  également  d’établir 
que  le  nombre  des  cancers  augmente;  et,  don¬ 
nant  le  chiffre  des  décès  durant  ses  11  années, 
il  trouve  que  l’année  1830  n’a  eu  que  668  morts 
par  suite  de  cancers,  tandis  qu’on  en  compte 
889  en  1840.  Mais  est-ce  donc  un  procédé  lé¬ 
gitime  que  de  prendre  ainsi  deux  années  iso¬ 
lées  dans  une  longue  série?  A  ce  compte, 
nous  nous  chargerions  volontiers  de  fournir 
une  conclusion  toute  contraire  à  celle  de  l’au¬ 
teur,  d’après  ses  chiffres  mêmes;  ainsi,  il  y  a 
eu  906  morts  en  1833.  Pour  arriver  à  un  ré¬ 
sultat  tant  soit  peu  solide,  il  eût  fallu  compa¬ 
rer  entre  elles  deux  ou  trois  séries  d’années 
égales  ;  faire,  par  exemple,  deux  séries  de  5  an¬ 
nées  ou  3  séries  de  3  années.  Nous  avons  fait 
ces  calculs;  et,  partageant  ainsi  en  deux  épo¬ 
ques  les  dix  ans  compris  entre  1831  et  1840, 
nous  avons  trouvé, 

De  1831  à  1833  4,236  morts. 

De  1836  à  1841  4,194 

Dirons-nous  cependant  que  le  chiffre  des 
cancers  tend  à  diminuer?  Voici  à  l’instant  un 
autre  calcul  qui  tend  à  montrer  le  contraire. 
Nous  faisons  cette  fois  des  périodes  de  3  an¬ 
nées,  et  nous  trouvons, 

De  1832  û  1834  2,483  décès. 

1833  à  1837  2,521 
1838  à  1841  2,579 

Or,  même  quand  cette  série  ascendante  ne 
serait  pas  contrariée  par  la  première,  même 
quand  elle  porterait  sur  un  bien  plus  grand 
nombre  d’années,  non-seulement  nous  ne  vou¬ 
drions  pas  dire  que  le  nombre  des  cancers 
augmente,  mais  la  présomption  serait  plutôt 
pour  le  contraire.  En  effet,  il  y  a  un  au¬ 
tre  élément  essentiel  dont  M„  Tanchou  a 
oublié  de  tenir  compte;  il  ne  suffit  pas  de 
comparer  entre  eux  les  décès  des  cancéreux 
à  diverses  époques  ;  il  faut  voir  dans  quel  rap¬ 
port  ils  se  trouvent  avec  le  chiffre  de  la  po¬ 
pulation.  Lors  du  recensement  de  1831,  Paris 
avait  774,000  âmes  ;  en  1841,  on  en  comptait 
875,000,  sans  parler,  bien  entendu,  de  la  po¬ 
pulation  flottante  des  collèges,  des  écoles,  des 
casernes,  etc.  C’est  une  augmentation  de  13 
pour  100  ;  les  décès  cancéreux  se  sont-ils  accrus 
dans  la  même  proportion?  C’était  là  la  question 
à  résoudre;  et  manifestement  la  solution  est, 
quant  à  présent,  tout  à  fait  contraire  à  celle 
de  M.  Tanchou. 

2°  Influence  des  sexes.  Sur  le  chiffre  total 
il  y  avait  2,163  hommes,  6,935  femmes;  la 
proportion  est  de  plus  de  trois  femmes  pour 
un  homme.  Nous  verrons  tout  à  l’heure  ce  qui 
explique  cette  différence  effrayante. 

3°  Influence  d.es  âges.  No.us  reproduisons 
ici  le  tableau, 


279 


es. 

morts. 

hommes. 

femmes. 

De  0  à 

10 

23 

9 

14 

10  à 

20 

26 

13 

15 

20  à 

30 

231 

62 

169 

30  à 

40 

1012 

190 

822 

40  à 

50 

1973 

339 

1636 

50  à 

60 

2108 

488 

1620 

60  à 

70 

2067 

598 

1469 

70  à 

80 

1315 

398 

917 

80  à 

90 

335 

62 

273 

90  à  100 

26 

4 

22 

M.  Tanchou  n’a  publié  jusqu’à  présent  que 
ces  chiffres  bruts;  il  faut  donc  que  nous  cher¬ 
chions  nous-mêmes  à  en  tirer  des  conséquences. 
D’abord  il  saute  aux  yeux  que  le  cancer,  fort 
rare  dans  les  vingt  premières  années  de  la  vie, 
peu  commun  encore  de  20  à  30  ans,  prend  tout 
à  coup  un  développement  énorme  entre  30  et 
40,  frappe  le  plus  grand  nombre  de  ses  victimes 
de  40  à  70  ans;  et  qu’alors  même  il  est  loin 
de  cesser  ses  ravages,  et  pèse  encore  forte¬ 
ment  sur  les  dernières  années  de  la  vie. 

Mais  cette  façon  d’étudier  les  chiffres  est 
trop  superficielle  ;  et  encore  ici,  pour  évaluer 
la  fréquence  d’une  maladie  ou  des  décès  qu’elle 
occasionne,  il  faut  la  considérer  en  regard  de 
la  population. 

Le  recensement  de  1831  donne  au  départe¬ 
ment  de  la  Seine  935,000  âmes  ;  celui  de  1841, 
1,194,000  âmes.  Comme  il  en  faut  déduire  en¬ 
viron  60,000  âmes  de  population  flottante,  il 
reste  pour  moyen  terme  un  million  d’ames, 
qui  ont  eu,  en  onze  années,  9,118  décès  par 
suite  de  cancers,  année  moyenne  827  décès  ; 
oui  sur  1,220.  Voilà  le  chiffre  général,  chiffre 
trompeur  en  ce  qu’il  associe  à  la  mortalité 
tous  les  âges  indifféremment,  tandis  qu’il  en 
est  qui  ne  lui  fournissent  qu’un  contingent  à 
peine  sensible.  Si  l’on  cherche  le  rapport 
réel  de  la  mortalité  à  la  population  pour  cha¬ 
que  période  de  la  vie,  en  se  servant  des  tables 
de  l’Annuaire  des  longitudes,  on  trouvera  pour 
un  million  d’ames  : 


ans 

âmes 

décès 

De  0 

à 

10 

218,197 

2 

1  sur  109,098 

10 

à 

20 

183,619 

2 

1 

91,809 

20 

à 

30 

163,741 

21 

1 

7,797 

30 

à 

40 

140,437 

92 

1 

1,526 

40 

à 

50 

116,047 

179 

4 

* 

647 

50 

à 

60 

$9,194 

192 

1 

464 

’  60 

à 

70 

57,749 

188 

1 

307 

70 

à 

80 

23,469 

119 

1 

214 

80 

à 

90 

5,032 

30 

1 

*  168 

90 

à 

100 

515 

,2 

1 

237 

1,000,000  827 

Donc,_  en  admettant  comme  justes  tous  les 
termes  de  cette  statistique,  sur  214  individus, 
de  70  à  80  ans  par  exemple,  il  y  en  a  un  qui 
meurt  chaque  année  d’un  cancer.  La  propor¬ 
tion  est  bien  autre  pour  les  femmes  ;  comme  il 
est  permis  à  chacun  de  le  vérifier. 


280 


REVUE  CRITIQUE. 


4°  Prédisposition  des  divers  organes.  — 
C’est  ici  surtout  que  les  documents  de  M.  Tan- 
chou  laissent  à  désirer;  car  de.  ses  9,000  cas 
il  y  en  a  819  étiquetés  cancers,  sans  désigna¬ 
tion  d'organes;  et  nous  avons  déjà  dit  com¬ 
bien  d’autres  fois  le  diagnostic  pouvait  paraître 
précaire.  Quoi  qu’il  en  soit,  nous  allons,  sans 
autre  remarque,  reproduire  le  tableau  de  l’au¬ 
teur  ;  seulement,  au  lieu  de  ranger  les  cancers 
par  ordre  absolu  de  fréquence,  nous  les  clas¬ 
serons  sous  des  titres  généraux  qui  y  jetteront 
peut-être  plus  de  clarté. 

Les  cancers  viscéraux,  et  qui  n’intéressent 
nullement  la  chirurgie,  montent  tout  d’abord 
au  chiffre  de  3425,  ainsi  répartis: 

1°  Encéphale,  29. 


Cerveau . 

28 

Cervelet . 

1 

2°  Poitrine,  14. 

Poumon . . 

7 

Cœur . 

6 

Plèvre . 

1 

3°  Abdomen,  3382. 

Estomac . 

.  2303 

Intestins . 

157 

Mésentère . 

,  66 

Epiploon . . . . 

5 

Péritoine . . 

1 

Foie . 

578 

Rate . 

.  13 

Reins . 

3 

Pancréas  . 

9 

Ovaires . . 

.  64 

Fosse  iliaque . 

2 

Dans  l’abdomen  (sic) . 

188 

Les  autres,  qu’on  pourrait  appeler  cancers 

chirurgicaux,  se  répartissent  entre  les  tégu- 

ments,  les  os,  les  muqueuses  et  les  organes 

spéciaux  qu’elles  recouvrent,  et  les  glandes. 

Mais  la  variété  de  leur  siège 

demande  ici 

d’autres  subdivisions  : 

I.  CANCERS  DES  TEGUMENTS 

.,  227. 

1°  Cancers  du  crâne  et  de  la  face,  129. 

Face . 

71 

Tète . 

6 

Tempe . . . 

2 

Oreille . 

4 

Nuque . 

1 

Front . 

4 

Joue . 

12 

Nez . 

11 

Lèvres . . 

16 

Menton . 

2 

2°  Cancers  du  tronc ,  44, 

Cou . . . . 

13 

Thorax . 

8 

Ombilic . 

2 

Dos . . . 

2 

Fesse .  1 

Périnée .  4 

Scrotum .  7 

Verge . .  10 

3°  Cancers  des  membres  supérieurs,  26. 

Aisselle .  8 

Epaule .  4 

Bras .  6 

Avant-bras .  3 

Main .  5 

4°  Cancers  des  membres  inférieurs,  28. 

Région  inguinale .  7 

Hanche .  2 

Cuisse .  10 

Jambe .  9 

II.  CANCERS  DES  OS,  32. 

Crâne .  1 

Os  ethmoïde .  1 

Apophyse  mastoïde .  1 

Mâchoire .  24 

Sternum .  1 

Omoplate .  1 

Bassin,  os  des  îles  et  sacrum  3 


Il  est  à  présumer  que  bon  nombre  des  can¬ 
cers  de  la  face  et  des  membres,  à  la  main 
par  exemple,  avaient  également  envahi  le 
squelette. 

III.  CANCERS  DES  MUQUEUSES  ET  DES  ORGANES 
QU’ELLES  RECOUVRENT,  3427. 

1°  Cancers  de  Vœil,  26. 


OEil .  24 

Orbite .  1 

Rétine .  1 

2°  Cancers  de  la  bouche,  77. 

Bouche .  11 

Palais .  3 

Langue . 36 

Amygdales..... .  3 

Gorge  (sic) .  4 

Pharynx .  4 

Larynx .  3 

Œsophage .  13 


Ici  pourraient  se  retrouver  les  cancers  des 
lèvres  que  nous  avons  mis  parmi  ceux  de  la 
face. 

3°  Cancers  du  rectum,  234. 


Rectum .  221 

Anus .  13 

4°  Cancers  des  voies  génito-urinaires,  3090. 

Vulve .  2 

Urèthre  chez  la  femme ....  1 

Vagin .  14 

Utérus .  2996 

Vessie . . . . . .  72 

Prostate . .  5 


REVUE  CRITIQUE. 


IV.  CANCERS  DES  GLANDES,  1184. 

Mamelles  chez  la  femme..  1147 
—  chez  l’homme. . .  5 

Testicules .  21 

Glande  parotide .  5 

Corps  thyroïde .  8 

Le  total  est  de  9124,  ce  qui  fait  6  de  plus 
que  M.  Tanchou  n’en  annonce  ;  erreur,  du  reste, 
insignifiante  et  qu’il  suffit  d’indiquer.  On  pour¬ 
rait  déduire  de  ce  tableau  des  considérations 
déplus  d’une  sorte;  nous  nous  bornerons  à 
faire  remarquer  que  l’estomac,  l’utérus  et  les 
mamelles  donnent  ensemble  plus  des  trois 
quarts  des  cancers  dont  le  siège  est  indiqué, 
6446  sur  8289;  —et  que  la  matrice  et  le  sein 
chez  la  femme  en  comptant  déjà  la  moitié, 
ou  4143,  sans  que  le  petit  nombre  de  cancers 
de  la  verge  et  du  testicule  chez  l’homme 
puissent  être  seulement  mis  en  balance,  n’ex¬ 
pliquent  que  trop  cette  excessive  disproportion 
de  la  mortalité  par  le  cancer  chez  le  sexe 
féminin. 


Traitement  des  iiydarthroses  par  les  injec¬ 
tions  iodées,  par  M.  Velpeau. 

Nous  avons  déjà  traité  cette  question  (ci- 
devant  ,  page  57  )  en  rendant  compte  des 
tentatives  de  M.  Bonnet ,  de  Lyon.  Comme 
M.  Velpeau  est  le  seul ,  jusqu’à  présent,  qui 
l’ait  imité,  le  résumé  de  ses  opérations  com¬ 
plétera  l’histoire  actuelle  de  ce  nouveau  mode 
de  traitement. 

Ce  préambule  semble  juger  la  question  de 
priorité  d’une  façon  plus  absolue  que  nous 
n’avions  fait  au  mois  de  janvier  dernier.  C’est 
qu’alors,  en  effet,  M.  Velpeau  n’avait  pas  en¬ 
core  eu  l’occasion  de  reconnaître  aussi  loya¬ 
lement  les  droits  de  M.  Bonnet;  et  c’est  dans 
son  travail  même  que  nous  puisons  les  docu¬ 
ments  qui  suivent.  En  avril  1839,  M.  Velpeau, 
pratiquant  une  injection  iodée  dans  un  kyste 
situé  sous  le  bord  interne  du  jarret,  vit  tout  le 
genou  se  gonfler,  et  présuma  que  l’injection 
avait  pénétré  dans  l’articulation  même.  Mais 
diverses  considérations ,  et  l’incertitude  du 
diagnostic  d’abord,  firent  que  ce  fait  fixa  peu 
son  attention,  et  ne  lui  parut  point  concluant. 
L’incertitude  était  plus  grande  encore  dans  un 
cas  du  même  genre  qui  se  présenta  à  l’hôpital 
en  juillet  de  la  même  année;  et  deux  années 
s’étaient  passées  lorsque  M.  Velpeau  pratiqua, 
pour  la  première  fois  à  dessein  ,  l’injection 
iodée  dans  une  hydarthrose  du  genou.  C’était 
le  2  mars  1841  ;  le  succès  fut  médiocrement 
satisfaisant,  et,  avant  de  renouveler  cette 
tentative  ,  M.  Velpeau  avait  cru  devoir  com¬ 
mencer  une  série  d’expériences  sur  les  ani¬ 
maux  vivants  ,  quand  enfin  ,  au  mois  d’août, 
les  essais  du  chirurgien  de  Lyon  parvin¬ 
rent  h  la  connaissance  du  chirurgien  de 


281 

Paris,  et,  suivant  son  expression,  l’enliardi- 
rent  à  reprendre  les  siens.  On  ne  saurait 
s’exécuter  de  meilleure  grâce  ;  et  M.  Velpeau 
a  donné  là  un  bel  exemple  de  probité  scienti¬ 
fique. 

Cette  première  question  vidée,  et  il  était 
bon  qu'elle  le  fût ,  examinons  la  portée  des 
résultats  obtenus.  M.  Velpeau  rapporte  l’his¬ 
toire  de  huit  opérés.  En  voici  l’analyse  suc¬ 
cincte.  , 

1°  Jeune  homme  de  18  ans;  hydarthrose 
datant  de  plusieurs  mois.  Injection  iodée  dans 
la  proportion  d’un  cinquième  de  teinture  sur 
quatre  parties  d’eau.  De  vives  douleurs,  une 
inflammation  aiguë  ,  accompagnée  de  fièvre, 
inspirent  d’abord  de  vives  inquiétudes.  Du 
troisième  au  quatrième  jour,  le  calme  revient; 
point  d’amélioration;  on  a  recours  au  calomel 
poussé  jusqu’à  salivation,  puis  aux  sangsues, 
à  la  teinture  de  colchique,  et  enfin  aux  bains 
de  vapeur;  et  le  malade  sort  guéri  51  jours 
après  l’opération.  C’est  le  premier  essai,  dont 
M.  Velpeau  lui-même  ne  se  déclare  que  modé¬ 
rément  satisfait. 

2°  Femme  de  27  ans  :  hydarthrose  datant 
de  trois  ans.  Injection  suivie  des  mêmes 
symptômes  que  chez  le  sujet  précédent;  mais 
nous  n’avons  ni  dates  précises  ,  ni  détails 
exacts  ;  il  est  dit  seulement  que  le  genou  di¬ 
minua  régulièrement,  et  que  l’hydarthrose  se 
dissipa  absolument  à  la  manière  d’un  hydrocèle 
traité  de  la  même  façon. 

3°  Chez  un  cordonnier  qui  portait  à  la  fois 
un  hydrocèle  et  une  hydarthrose,  on  pratiqua 
le  même  jour  l’injection  iodée  pour  l’une  et 
l’autre  affection.  L’hydrocèle  retint  le  malade 
à  l’hôpital  17  jours;  la  résolution  de  l’hydar- 
throse  s’était  complétée  auparavant.  «  J’ai 
revu  plusieurs  fois  cet  opéré  depuis  sa  sortie, 
dit  l’auteur,  et  son  genou,  parfaitement  guér^ 
d’ailleurs,  ne  conserve  aucune  trace  de  l’hydar- 
throse  dont  il  a  été  pris,  a  retrouvé  tous  ses 
mouvements  et  toute  sa  force.  » 

4°  Un  grand  garçon,  jeune,  arrive  de  pro¬ 
vince,  est  opéré  le  surlendemain,  et  si  vite 
guéri  qu’il  repart  huit  jours  après  ;  et  l’on  écrit 
que  la  guérison  s’est  maintenue. 

5°  Jeune  homme  de  22  ans,  malade  depui  s 
près  d’un  an,  sorti  guéri  le  dix-huitième  jour. 
M.  Velpeau  l’a  revu  près  de  quatre  mois  après, 
et  s’est  assuré  que  l’hydarthrose  était  radica¬ 
lement  guérie. 

6°  Malade  souffrant  depuis  longtemps  dans 
diverses  jointures,  maigre,  sujet  à  la  diarrhée, 
légèrement  ictérique,  toutefois  sans  aucun  si¬ 
gne  positif  de  lésion  viscérale  sérieuse.  Injec¬ 
tions  iodées  ;  on  le  croyait  guéri  du  douzième 
au  quinzième  jour,  lorsque  des  douleurs  va¬ 
gues  se  déclarèrent  dans  tous  les  membres  ; 
après  quoi  survint  un  état  général  qui  mena¬ 
çait  de  devenir  sérieux,  mais  qui  s’améliora 
bientôt;  bref,  le  malade  finit  par  s’ennuyer  à 


REVUE  CRITIQUE. 


282 

l’hêpital,  et  sortit  avant  d’être  parfaitement 
guéri. 

7°  Homme  de  30  ans,  porteur  d’une  double 
hydarthrose;  on  opère  un  genou  d’abord,  puis, 
trois  jours  après,  l’autre,  à  la  demande  du 
malade  lui-même.  Au  bout  de  12  jours  pour 
chaque  genou,  la  résolution  paraît  complète; 
mais  plus  tard  le  genou  gauche  se  gonfle  de 
nouveau;  puis  le  coude-pied  droit,  puis  le  ge¬ 
nou  droit;  «  il  est  vrai  que  ces  deux  jointures 
n’ont  plus  paru  se  remplir  de  liquide ,  que 
leur  augmentation  de  volume  semble  tenir  à 
des  grumeaux,  a  des  fongosités  synoviales 
de  la  capsule  articulaire  ;  mais  il  n’en  est 
pas  moins  certain  que  les  injections  iodées 
ne  l’ont  point  guéri.  » 

8°  Vieillard  de  68  ans;  l’injeetion,  à  parties 
égales  d’eau  et  de  teinture  d’iode,  bien  que 
poussée  en  abondance  et  laissée  à  demeure,  ne 
produisit  d’abord  aucune  douleur  ;  mais  la  dou¬ 
leur  et  le  gonflement  survinrent  dans  la  soi¬ 
rée.  Au  bout  de  quatre  jours,  la  résolution 
commença;  quinze  jours  après  il  put  se  lever 
et  marcher  «  Son  genou  reste  inégal ,  gonflé, 
un  peu  gros  :  mais  le  genou  de  l’autre  mem¬ 
bre  présente  les  mêmes  inégalités  sans  conte¬ 
nir  de  liquide.  » 

Tels  sont  les  faits  rapportés  par  M.  Vel¬ 
peau.  Or,  nous  aurons  d’abord  deux  remarques 
assez  importantes  à  faire;  la  première,  c’est 
qu’il  ne  semble  pas  qu’il  ait  donné  toutes  ses 
opérations  ;  la  seconde,  c’est  que  presque  tous 
ces  faits  manquent  de  détails  suffisants  ,  et 
échappant  ainsi  en  apparence  à  la  critique  , 
laissent  des  doutes  même  involontaires  sur  la 
portée  réelle  du  résultat.  Ainsi,  dans  un  ar¬ 
ticle  intitulé  Appréciation  ,  nous  lisons  cette 
phrase  : 

«  Chez  une  femme  dont  le  mal  datait  de 
cinq  ou  six  ans,  dont  l’hydarthrose  était  com¬ 
pliquée  de  fongosités ,  et  selon  toute  appa¬ 
rence  d’altération  étendue  des  cartilages  ,  le 
genou  reste  raide  et  la  rotule  en  partie  soudée 
aux  condyles  du  fémur.  » 

Voilà  un  neuvième  fait  à  ajouter  aux  huit 
autres;  mais  pourquoi  ne  se  trouve-t-il  pas 
à  la  suite?  Pour  une  opération  aussi  grave,  il 
ne  fallait  pas  de  choix,  et  il  fallait  tout  dire. 
Un  peu  plus  loin ,  nous  trouvons  eette  autre 
phrase  : 

«  Chez  le  vieillard ,  l’épanchement  un  mo¬ 
ment  dissipé  a  paru  vouloir  se  reproduire  au 
bout  d’un  mois,  pour  céder  définitivement  à 
l’emploi  d’un  vésicatoire  volant.  » 

Ces  nouveaux  détails  semblent  en  contra¬ 
diction  avec  ceux  de  l’observation  même  ;  et 
cela  était  au  moins  facile  à  éviter.  Loin  de 
nous,  du  reste,  d’incriminer  en  rien  l’inten¬ 
tion  de  l’auteur;  nous  lui  devons,  au  con¬ 
traire,  cet  éloge,  qu’il  ne  cherche  nullement  à 
exagérer  les  bienfaits  de  ses  injections  ;  pour 
la  lenteur  des  guérisons  et  les  insuccès 


partiels,  il  convient  que  les  observations  de 
M.  Bonnet  ne  diffèrent  pas  notablement  des 
siennes.  En  effet,  sur  cinq  malades,  M.  Bonnet 
en  avait  guéri  deux;  M.  Velpeau  en  a  guéri 
tout  au  plus  quatre  sur  neuf.  Mais  M.  Velpeau 
semble  avoir  un  plus  grand  avantage ,  puis¬ 
qu’il  a  obtenu  la  cure  d’hydarthroses  d’un  à 
à  trois  ans,  si  vraiment  la  cure  a  été  com¬ 
plète. 

Gomment  s'opère  cette  guérison  ?  Ici  M. 
Velpeau  reproduit  sa  théorie  de  l’agglutina¬ 
tion  des  parois,  qui  ensuite  redeviendraient 
libres  par  l’effet  du  mouvement.  Mais  il  re¬ 
connaît  cette  fois  que  c’est  une  hypothèse 
pure  :  Je  me  hasarde  à  supposer,  dit-il  ;  et 
nous  pouvons  bien  à  notre  tour  nous  hasarder 
à  dire  que  cette  hypothèse  est  tout  à  fait 
invraisemblable  dans  les  cas  pareils  à  celui 
de  ce  jeune  homme  qui  repartit  pour  la  pro¬ 
vince,  huit  jours  après  l’opération. 

Au  total,  ces  nouveaux  faits  sont-ils  de 
nature  à  modifier  le  jugement  que  nous 
portions  sur  les  injections  articulaires ,  et  à 
séduire  beaucoup  les  praticiens?  Nous  ne  le 
croyons  pas.  Ce  qui  en  résulte  de  plus  clair, 
c’est  que  le  moyen  nouveau  n’est  guère  plus 
efficace  que  les  autres,  et  qu’il  échoue  dans 
plus  de  la  moitié  des  cas.  Qu’importe,  dira- 
t-on,  puisqu’il  est  si  bénin  et  si  inoffensif  de 
sa  nature?  Mais  précisément  nous  ne  sommes 
qu’à  demi  rassurés  sur  son  innocuité;  et  si, 
par  quelque  effroyable  exception ,  un  chirur¬ 
gien  développait  ainsi  dans  le  genou  d’un 
malade  une  inflammation  suppurative,  et  se 
voyait  réduit  à  amputer  la  cuisse,  nous  ne 
savons  jusqu’à  quel  point  il  serait  dégagé  de 
cette  lourde  responsabilité. 

(. Annales  de  la  chirurgie.) 


guérison  par  l’injection  d’iode  d’uné  col¬ 
lection  située  dans  l’intérieur  du  bassin ; 
par  le  même. 

Le  cas  suivant  est  assurément  l’un  des  plus 
brillants  succès  dont  un  chirurgien  puisse 
s’applaudir  ;  l’article  est  trop  concis,  d’ailleurs 
pour  l’analyser,  et  nous  reproduirons  le  texte 
de  l’auteur  même. 

«  lise  développe  souvent  autour  des  organes 
génitaux,  dans  la  cavité  pelvienne,  chez  les 
femmes  principalement,  des  collections  pu¬ 
rulentes,  hématiques,  ou  séreuses.  Ces  collec¬ 
tions,  sur  lesquelles  j’ai  depuis  longtemps  ap¬ 
pelé  l’attention,  soit  dans  mes  leçons  à  l’hô¬ 
pital,  soit  dans  quelques-uns  de  mes  ouvrages, 
compromettent  gravement  la  vie  des  malades. 
La  seule  opération  qu’on  osât  leur  appliquer, 
l’incision,  n’amenait  qu’un  soulagement  pas¬ 
sager.  Pas  plus  que  l’incision  simple  d’une 
cavité  close  extérieure ,  elle  ne  détermine 
une  guérison  radicale.  Après  cette  opération, 
la  collection,  un  instant  détruite,  ne  tarde  pas 


REVUE  CRITIQUE. 


m 


à  reparaître.  De  plus,  elle  expose ,  si  la  plaie 
ne  se  réunit  pas  par  première  intention,  à 
tous  les  dangers  des  opérations  qui  font  naître 
les  inflammations  purulentes ,  e’est-à-dire 
qu’elle  provoque  souvent  une  inflammation 
aiguë  de  mauvaise  nature  dans  l’intérieur  du 
bassin,  inflammation  qui  s’est  transformée 
plus  d’une  fois  en  péritonite  mortelle.  Lors¬ 
que  ces  collections,  qui  ont  lieu  tantôt  dans 
une  cavité  close  accidentelle  du  tissu  cellu¬ 
laire  sous-péritonéal,  tantôt  dans  une  cavité 
close  accidentelle  de  l’épaisseur  même  des  pa¬ 
rois  du  vagin,  de  l’utérus,  de  la  vessie  ou  du 
rectum,  tantôt  dans  un  cul-de-sac  du  péri¬ 
toine  transformé  en  cavité  close  par  quelques 
adhérences  ou  quelque  condition  pathologi¬ 
ques  ,  sont  formées  par  du  pus,  l’ouverture 
simple,  soit  par  incision,  soit  par  ponction, 
qu’on  laisse  ou  non  une  canule  dans  la  plaie, 
est  la  seule  ressource  chirurgicale  qu’il  soit 
jirudent  d’invoquer.  Mais  si  la  collection  est 
représentée  par  du  sérum  ou  par  un  liquide 
hématique,  la  propriété  des  injections  iodées 
revient  naturellement  à  l’esprit;  l’occasion  de 
les  mettre  à  l’épreuve  s’est  présentée  à  moi 
dans  le  courant  de  l’année  1841. 

«  Une  jeune  dame,  mariée  depuis  deux  ans, 
impressionnable,  nerveuse  au  dernier  degré  et 
un  peu  lymphatique,  avait  cessé  d’être  exac¬ 
tement  réglée  peu  de  temps  après  son  ma¬ 
riage;  bientôt  des  douleurs  vives  s’étaient 
établies  dans  le  bassin  et  tout  le  côté  droit  du 
bas-ventre.  La  santé  générale  se  détériora  à 
tel  point  que  cette  dame  ,  d’ailleurs  douée 
d’un  moral  excellent  et  de  beaucoup  de  cou¬ 


rage,  fut  obligée  de  s’aliter  complètement. 
Divers  médecins  de  son  pays  furent  consultés. 
Pendant  dix-huit  mois,  des  traitements  aussi 
nombreux  que  variés  furent  essayés  sans 
succès.  La  famille  de  la  malade,  désespérée , 
voyant  d’ailleurs  que  les  médecins  appelés  va¬ 
riaient  d’opinion ,  ou  plutôt  n’avaient  pas 
d’opinion  bien  arrêtée  sur  la  nature  de  l’af¬ 
fection,  prit  le  parti  de  l’amener  à  Paris. 
L’ayant  examinée  conjointement  avec  mon 
honorable  collègue  M.  Amiral,  et  M.  le  doc¬ 
teur  Faivre,  je  crus  pouvoir  diagnostiquer 
une  collection  de  liquide  brunâtre ,  couleur 
chocolat,  derrière  l’utérus,  collection  qui  re¬ 
montait  vers  la  fosse  iliaque  droite. 

«  Je  conseillai,  en  conséquence,  de  ponction¬ 
ner  la  tumeur  par  le  vagin,  et  d’injecter  par 
là  une  certaine  quantité  de  liquide  iodé, 
comme  s’il  se  fût  agi  d’une  hydrocèle.  Je  pro¬ 
cédai  huit  à  dix  jours  plus  tarda  l’opération; 
un  verre  et  demi  environ  de  liquide  rouge 
brunâtre,  évidemment  hématique,  mais  très 
fluide,  sortit  par  la  canule;  je  poussai  dans  la 
cavité,  d’abord  de  l’eau  tiède  à  titre  de  lavage, 
puis  de  la  teinture  d’iode  étendue  d’eau.  L’o¬ 
pération,  qui  eut  d’abord  les  suites  les  plus 
simples,  se  compliqua  au  bout  d’une  douzaine 
de  jours  d’accidents  nouveaux  ,  qui  m’inspi¬ 
rèrent  quelques  inquiétudes.  Ces  accidents , 
qui  se  sont  reproduits  à  des  degrés  variables 
depuis,  nous  ont  toujours  paru  étrangers  à  la 
tumeur  injectée.  Toujours  est-il  que  cette  tu¬ 
meur  n’a  point  reparu,  qu’elle  est  complète¬ 
ment  oblitérée,  et  que  Mme  J. . .  ne  s’en  res¬ 
sent  plus  aujourd’hui.  »  {Ibid.) 


Obstétrique* 


ÏIJÎTENTÎON  DU  PLACENTA  DANS  L’üTÉRUS  pen¬ 
dant  trois  mois,  après  un  avortement  à  cinq 
mois  de  grossesse. 

Le  docteur  Advena  de  Labîschin  fut  appelé, 
au  milieu  d’août,  auprès  de  la  femme  d’un 
drapier  qui  avait  une  hémorrhagie.  Cette 
femme,  âgée  de  41  ans,  avait  fait  le  5  mai 
une  fausse  couche  précédée  d’une  légère  perte 
de  sang.  L’insignifiance  des  douleurs  et  la 
faiblesse  de  l’écoulement  firent  qu’on  n’ap¬ 
pela  point  de  sage-femme  et  qu’on  ne  ré¬ 
clama  pas  les  soins  d’un  médecin.  La  femme 
assurait  qu’elle  était  enceinte  d’environ  cinq 
mois,  et  que  le  fœtus  avait  cinq  à  six  pouces 
de  longueur.  D’ailleurs  elle  ne  savait  pas  si 
le  placenta  avait  été  ou  non  expulsé,  avec  ou 
après  le  fœtus,  ou  avec  les  caillots.  Depuis 
lors  elle  n’avait  pas  cessé  d’être  souffrante. 
Pour  le  moment  elle  ne  se  croyait  pas  en¬ 
ceinte;  car  chaque  mois  elle  avait  eu  ses  rè¬ 
gles,  plus  abondantes  que  de  coutume  et  à 
de?  intervalles  plus  rapprochés.  On  attribua 
d’abord  les  accidents  à  la  cessation  prochaine 
de  la  menstruation,  et  l’on  prescrivit  les  hé¬ 
mostatiques  à  l’intérieur  et  à  l’extérieur.  Au 


bout  de  trois  jours  l’hêmorrhagie  devint  plus 
considérable,  et  il  s’y  joignit  des  douleurs 
expulsives  s’étendant  du  sacrum  au  pubis. 
La  malade  qui  avait  eu  six  enfants  ne  se 
méprit  pas  sur  la  nature  de  ces  douleurs. 
L’orifice  utérin  était  dilaté  d’un  pouce  à  un 
pouce  et  demi,  et  occupé  par  un  corps  étran¬ 
ger,  qu’à  sa  structure  spongieuse  Advena  re¬ 
connut  pour  le  placenta.  Il  était  libre  à  l’in¬ 
térieur  de  l’utérus,  mais  la  dilatation  était 
trop  peu  considérable  pour  permettre  l’ex¬ 
traction  de  ce  corps.  De  demi-heure  en  demi- 
heure  ou  d’heure  en  heure,  on  administra  du 
seigle  ergoté  combiné  avec  l’acide  phospho- 
rique.  Au  bout  de  six  heures,  la  dilatation 
était  assez  grande  pour  qu’on  pût  facilement 
procéder  à  l’extraction.  Une  odeur  d’une  féti¬ 
dité  pénétrante  se  répandit  au  moment  de 
l’opération.  Il  n’y  avait  pourtant  aucune  trace 
de  putréfaction  et  le  placenta  était  intact.  Il 
avait  la  largeur  de  la  paume  de  la  main,  en¬ 
viron  o  pouces  4/2  de  diamètre,  et  paraissait 
avoir  appartenu  à  un  fœtus  de  5  à  6  mois, 
ce  qui  répond  à  l’objection  qu’on  pourrait 
faire  qu’il  y  avait  nouvelle  grossesse. 


284 


REVUE  CRITIQUE. 


La  science  possède  d’autres  faits  sembla¬ 
bles  à  celui-ci,  et  elle  ne  doit  pas  négliger 
d’enregistrer  tous  ceux  du  même  genre  qui 
pourront  s’offrir  aux  divers  observateurs. 
Ces  faits  n’infirment  point,  sans  doute,  la  va¬ 
leur  de  ceux  qui  établissent  la  possibilité  de 
1  absorption  du  placenta.  Mais  ils  montrent 
avec  quelle  réserve  il  faut  admettre  les  preu¬ 
ves  d’un  phénomène  au  moins  extraordinaire, 
et  qui  n’a  pas  trop  de  l’appui  des  noms  les 
plus  illustres  et  de  l’autorité  des  plus  irrécu¬ 
sables  témoignages.  En  se  hâtant  trop  de 
conclure,  on  pourra  considérer  comme  un 
exemple  d’absorption  ce  que  l’avenir  dé¬ 
montrera  n’être  qu’un  cas  de  rétention  plus 
ou  moins  prolongé  du  placenta.— On  doit  re¬ 
gretter  que  l’auteur  n’ait  pas  fait  connaître 


plus  exactement  l’état  de  la  masse  expulsée. 
En  pareil  cas  elle  se  moule  sur  la  cavité  qui 
la  contient  ,  et  d’autant  plus  qu’elle  y  est 
plus  longtemps  retenue  ;  et  le  tissu  du  pla¬ 
centa  soumis  à  une  compression  prolongée 
acquiert  une  densité,  une  compacité  qui  le 
rendent  d’abord  méconnaissable.  —  L’odeur 
fétide  observée  au  moment  de  l’extraction , 
bien  que  le  placenta  n’offrît,  aucune  trace  de 
putréfaction  ,  ne  peut  s’expliquer  que  par  la 
décomposition  de  quelque  caillot  formé  de¬ 
puis  le  commencement  de  l’hémorrhagie  qui 
précéda  cette  délivrance  tardive.  Il  ne  paraît 
pas,  au  reste,  que  cette  circonstance  ait  mis 
obstacle  à  la  guérison. 

{Berlin.  Med.  Zeitung ,  1843,  n°  13.) 


Pharmacologie 

des  pates  arsenicales  employées  pour  la 
cautérisation  du  cancer. 

L’arsenic  a  joui  de  temps  immémorial 
d’une  grande  réputation  dans  le  traitement 
du  cancer  ;  mais,  soit  qu’on  en  ait  forcé  les 
doses,  soit  qu’on  n’ait  pas  apporté  dans  son 
emploi  toutes  les  précautions  nécessaires, 
trop  souvent  il  a  déterminé  des  accidents 
d’empoisonnement  sérieux  et  même  mortels; 
en  sorte  que  de  tout  temps  les  praticiens  sont 
restés  partagés  entre  l’admiration  pour  son  in¬ 
contestable  efficacité  et  l’effroi  de  sa  redou¬ 
table  énergie.  La  question  ayant  repris  de¬ 
puis  peu  une  certaine  actualité ,  il  ne  sera 
pas  sans  intérêt  de  jeter  un  coup  d’oeil  sur 
les  principales  préparations  recommandées 
pour,  l’usage  externe. 

La  formule  la  plus  anciennement  connue 
est  celle  de  Roussclot^  et,  de  toutes,  c’est 
celle  qui  contient  la  plus  énorme  quantité 
d’arsenic. 

Pâte  arsenicale  de  Rousselot. 

Arsenic  blanc.  2  grammes  (40  grains). 

Sang-dragon..  0,60  —  (12 grains). 

Cendre  de  se¬ 
melle  brûlée.  0,40 — •  (8  grains). 

Cinabre . 8  »  —  (2  gros). 

L’arsenic  est  ici  dans  la  proportion  de  20 
p.  0/0,  ce  qui  est  véritablement  un  peu  trop; 
aussi  de  tous  côtés  a-t-on  jugé  nécessaire  de 
corriger  cette  composition;  et,  par  exemple, 
la  dose  est  affaiblie  de  plus  de  moitié  dans 
la  formule  donnée  par  M.  Malgaigne,  dans  sa 


Médecine  opératoire  : 

Oxide  blanc  d’arsenic......  0,08 

Sang-dragon .  o,22 

Oxide  sulfuré  rouge  de  mer¬ 
cure .  0,70 


L’arsenic  n’entre  plus  là  que  dans  la  pro¬ 
portion  de  8  p.  0/0;  toutefois,  le  Codex  a 
jugé  cette  quantité  trop  forte  encore,  et  l’a 
réduite  à  6  p.  0/0. 


Formule  du  Codex. 


Arsenic  blanc .  2 

Sang-dragon .  16 

Cinabre .  16 


Cette  formu'e  du  codex  n’a  jamais  joui 
d’une  grande  faveur.  On  en  attribue  à  A.  Du¬ 
bois  une  autre  où  l’arsenic  est  encore  dimi¬ 
nué  d’un  tiers  ;  la  voici  : 

Formule  d’A.  Dubois. 


Oxide  blanc  d’arsenic .  4 

Sang-dragon .  32 


Sulfure  rouge  de  mercure.  64 

Il  est  assez  remarquable  que  Dupuytren , 
de  son  côté,  ait  adopté  la  même  proportion  de 
4  p.  0/0;  mais  il  avait  surtout  pris  à  cœur 
de  simplifier  la  formule,  qui  ne  comportait 
plus  que  deux  ingrédients. 

Formule  de  Dupuytren. 

Arsenic .  4  parties. 

Calomel . 96  — 

Dupuytren,  cependant ,  ne  trouvait  pas 
toujours  sa  préparation  assez  forte,  et  il  por¬ 
tait  la  dose  de  l’arsenic  jusqu’à  5  et  6  p.0/0, 
bien  que  des  accidents  assez  nombreux  lui 
eussent  montré  le  danger  même  de  sa  poudre 
ordinaire. 

On  conçoit  qu’avec  de  telles  variations 
dans  la  proportion  de  l’arsenic,  les  pâtes  ar¬ 
senicales  aient  fini  par  inspirer  aux  praticiens 
une  grande  méfiance,  justifiée,  du  reste,  par 
de  trop  nombreux  revers.  Aussi  étaient-elles 
presque  abandonnées,  et  l’on  a  vu  dans  ces 
derniers  temps  les  partisans  des  caustiques 
dans  le  traitement  du  cancer,  demander  à  la 
chimie  de  nouveaux  moyens  ,  tour  à  tour 
prônés  et  remplacés  par  d’autres. 

Il  était  cependant  resté  dans  la  tradition 
que  le  frère  Côme  employait  contre  les  can¬ 
cers  une  pâte  arsenicale  à  laquelle  il  avait  dû 
de  nombreux  succès,  particulièrement  pour 
les  ulcères  cancéreux  de  la  face,  du  nez  et  des 


BULLETIN  CLINIQUE, 


285 


lèvres.  Frère  Côme  était  mort  sans  en  publier 
la  composition  ;  et  M.  Souberbielle,  son  pa¬ 
rent  et  son  èlève,  avait  seul  continué  à  en 
faire  usage  avec  autant  de  succès  que  son 
maître.  M.  Souberbielle  ayant  donné  sa  for¬ 
mule  à  M.  Manec ,  celui-ci  l’a  appliquée 
avec  des  résultats  tellement  avantageux 
qu’il  a  cru  devoir  les  communiquer  à  l’Aca¬ 
démie  des  sciences.  Tout  récemment  on  en  a 
vu  de  même  des  effets  tout  à  fait  satisfaisants 
à  l’hôpital  Clinique  dans  le  service  de  M.  Mal- 
gaigne.  Cette  formule  mérite  donc  à  tous 
égards  d’être  sauvée  de  l’oubli. 

Formule  du  frère  Côme. 

if  Arsenic  blanc .  30  centigr. 

Cinabre .  1,50 

Eponge  calcinée .  75 

Pulvérisez. 

La  proportion  d’arsenic  est  ici  de  H  à  12 
pour  100,  plus  forte  conséquemment  que  dans 
aucune  des  formules  précédentes,  à  l’ex¬ 
ception  de  celle  de  Rousselot.  La  proportion 
de  cinabre  est  un  peu  moins  forte  ;  mais  la 
poudre  d’éponge  y  entre  pour  plus  d’un  tiers, 
comme  le  sang-dragon  dans  la  formule 
d’A.  Dubois  et  celle  qui  avait  été  adoptée 
par  M.Malgaigne.  Mais,  après  tout,  on  voit 
que  c’est  bien  moins  à  la  quantité  d’arsenic 
contenue  dans  la  formule  qu’il  faut  attribuer 
les  accidents  qu’à  la  façon  de  s’en  servir  ;  et 
c’est  surtout  au  procédé  d’application  qu’il 
faut  avoir  égard,  si  l’on  veut  agir  avec  sé¬ 
curité. 

Au  moment  de  s’en  servir,  on  délaie  la 
poudre  dans  un  peu  d’eau  jusqu’à  consistance 
de  bouillie;  on  l’étend  légèrement  avec  un 
pinceau  sur  les  surfaces  ulcérées,  en  ayant 


soin  de  n’en  employer  qu’une  médiocre  quan¬ 
tité;  il  vaut  mieux  recourir  à  de  nouvelles 
applications  que  de  s’exposer  à  une  trop  forte 
absorption.  On  la  recouvre  ensuite  d’un  mor¬ 
ceau  d  agaric  encore  mouillé.  Cet  agaric  se 
détache  au  bout  de  10,  15,  20,  50  jours,  quel¬ 
quefois  plus  tard,  et  tombe  avec  l’escarre. 
Après  la  chute  de  celle-ci,  M.  Souberbielle 
panse  avec  la  pommade  jaune  de  frère  Côme, 
dont  voici  la  formule: 

^  Cire  jaune .  52  grammes. 

Huile  rosat .  48 

Camphre .  75 

Extrait  de  saturne...  150 

Cette  pommade  peut,  sans  grand  inconvé¬ 
nient,  être  remplacée  par  le  cerat  ordinaire. 
Quoi  qu’il  en  soit,  on  l’applique  étendue  sur 

un  linge  jusqu’à  ce  que  la  plaie  soit  détergée 
de  la  couche  blanchâtre  qui  la  recouvre.  Si 
alors  les  excroissances  fongueuses  reparais¬ 
sent,  on  fait  une  nouvelle  application  de  pâte, 
et  on  réitère  jusqu’à  la  destruction  complète 
du  cancer. 

Il  y  a  une  remarque  fort  importante  à  faire 
touchant  l’étendue  de  l’ulcère;  s’il  dépasse  3 
centimètres  carrés,  il  faut  diviser  le  traite¬ 
ment,  afin  de  ne  jamais  s’exposer  à  l’absorp¬ 
tion  par  une  surface  trop  considérable;  et 
pour  cela  ne  cautériser  une  nouvelle  portion 
qu’après  la  chute  de  la  première  escarre 
produite.  De  plus,  quand  les  bords  sont  cal¬ 
leux,  il  faut  les  aviver  par  un  vésicatoire,  le 
caustique  n’agissant  que  sur  des  chairs  vives 
et  humides.  Quelquefois  le  caustique  déter¬ 
mine  des  douleurs  assez  fortes,  un  gonflement 
érysipélateux  et  même  un  mouvement  de  fièvre; 
mais  ces  accidents  ne  sont  jamais  graves  et 
se  dissipent  facilement. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


L’observation  suivante  nous  a  été  adressée 
par  un  de  nos  confrères,  M.  le  docteur  E. 
Prestat,  ancien  interne  de  la  clinique  d’ac¬ 
couchement  de  la  Maternité  de  Paris.  Le  fait 
dont  il  s’agit,  curieux  et  rare,  offre  surtout 
de  l’intérêt  sous  le  rapport  de  la  rapidité  et 
et  de  la  facilité  de  la  guérison,  dans  un  cas  où 
la  nature,  même  secondée,  reste  le  plus  sou¬ 
vent  impuissante.  Il  nous  a  paru  digne  de 
prendre  place  dans  les  annales  de  la  science, 
pour  être  opposé  aux  cas  du  même  genre  or¬ 
dinairement  si  graves  qu’on  trouve  de  loin 
en  loin  dans  les  recueils  périodiques. 

ascite  considérable  survenue  au  neuvième 
mois  de  la  grossesse. — Accouchement  na¬ 
turel  a  terme. — Prompte  guérison  de  l'as¬ 
cite  après  l’accouchement. 

Madame  D.,  âgée  de  dix-neuf  ans,  et  mariée 
depuis  plusieurs  mois,  devint  enceinte  ep* 


mars  1841.  Cette  dame,  d’une  très  petite 
taille  et  très  délicate,  jouissait  d’une  bonne 
santé  habituelle.  Dès  les  commencements  de 
sa  grossesse,  elle  éprouva  des  vomissements 
très  fréquents  et  des  maux  de  reins  très  forts 
qui  la  forcèrent  à  garder  la  chambre  pen¬ 
dant  plusieurs  mois,  et  à  rester,  la  plus 
grande  partie  du  jour,  couchée  sur  une  chaise 
longue.  Ces  symptômes  disparurent  presque 
complètement  pendant  les  6^,  7e  et  8e  mois, 
à  la  suite  d’une  saignée  pratiquée  pour  des 
symptômes  de  pléthore.  Vers  le  milieu  du 
9e  mois,  le  ventre,  qui  avait  toujours  paru 
assez  gros,  à  cause  de  la  petite  taille  de  ma¬ 
dame  D.,  commença  à  prendre  un  volume 
vraiment  extraordinaire.  Comme  d’ailleurs 
elle  se  portait  bien  et  sentait  distinctement 
les  mouvements  de  son  enfant,  madame  D 
ne  réclama  aucun  soin. 

A  la  suite  d’une  assez  vive  émotion  mo~ 


BULLETIN  CLINIQUE, 


286 

raie ,  madame  D.  éprouva  des  pesanteurs  de 
tête,  des  vertiges  très  forts  et  me  fit  deman¬ 
der  le  12  décembre.  Frappé  du  volume  de 
son  ventre,  je  le  palpai  et  je  constatai  qu’il 
y  avait  un  épanchement  considérable  dans  le 
péritoine.  En  effet,  à  droite  et  à  gauche  de 
l’utérus  qu’on  circonscrivait  assez  facilement 
à  travers  les  parois  abdominales,  on  sentait 
une  fluctuation  manifeste. 

Le  pouls  était  plein,  dur,  sans  fréquence. 
La  respiration  était  assez  difficile,  surtout  la 
nuit,  où  la  malade  était  obligée  de  dormir 
presque  assise.  Quoiqu’elle  eût  de  l’appétit  et 
que  la  langue  fût  belle,  madame  D.  ne  pou¬ 
vait  prendre  que  très  peu  d’aliments,  proba¬ 
blement  à  cause  de  la  gêne  que  l’ascite  et  la 
grossesse  apportaient  à  l’ampliation  de  l’es¬ 
tomac.  Les  garderobes  et  les  urines  étaient 
très  rares,  les  jambes  très  légèrement  in¬ 
filtrées. 

Je  fis  à  madame  D.  une  saignée  de  douze 
onces  et  lui  prescrivis  des  boissons  nitrées. 
La  malade  ne  pouvait  boire  qu’en  très  petite 
quantité,  ce  qui  m’engagea  à  avoir  recours  aux 
frictions  sur  l’abdomen  avec  la  teinture  de 
digitale.  Sous  l’influence  de  cette  médication, 
les  vertiges  cessèrent,  mais  le  ventre  conti¬ 
nua  à  croître  d’une  manièresensible,  et  l’œ¬ 
dème  des  jambes  augmenta. 

Cet  état  persista  jusqu’au  21  décembre, 
que  les  douleurs  de  l’enfantement  se  déclarè¬ 
rent.  La  malade  se  plaignit  constamment  de 
maux  de  reins  qui  lui  laissaient  peu  de  repos. 
Le  travail  fut  régulier  et  dura  douze  heures. 
L’enfant  se  présentait  en  position  céphalo¬ 
latérale  gauche.  La  seule  chose  digne  de  re¬ 
marque  fut  que,  lors  de  la  rupture  des  mem¬ 
branes,  il  s’écoula  une  énorme  quantité  d’eau 
sans  que  le  volume  du  ventre  parût  sensible¬ 
ment  diminué.  L’enfant,  du  sexe  féminin,  est 
très  petite,  mais  vivace;  elle  doit  peser  de 
cinq  à  six  livres.  La  délivrance  fut  naturelle. 

Après  l’accouchement,  le  ventre  resta  si 
gros  que  je  dus  m’assurer  par  le  toucher 
qu’il  n’existait  pas  un  second  enfant.  Mais 
l’utérus  était  bien  revenu  sur  lui-même ,  et 
cependant  l’abdomen  avait  encore  le  volume 
de  celui  d’une  femme  à  terme.  Les  parois 
abdominales  étaient  toujours  distendues,  et  le 
flot  très  marqué  me  fit  estimer  à  plusieurs 
litres  la  quantité  d’eau  contenue  dans  le  pé¬ 
ritoine.  Il  fallut  un  napperon  pour  bander  le 
ventre  de  l’accouchée.  Bien  que  l’etat  géné¬ 
ral  fût  très  satisfaisant,  et  que  l’hydropisie 
me  semblât  déterminée  seulement  par  la 
compression  de  la  veine  cave,  compression 
qui  devait  cesser  par  le  fait  de  l’accouche¬ 
ment,  je  crus  devoir  avertir  la  famille  de  ce 
que  pouvait  avoir  de  fâcheux  une  circon¬ 
stance  aussi  insolite.  M.  D.  pria  un  de  nos 
amis  communs,  M.  Diday,  chirurgien  de  l’An¬ 
tiquaille  de  Lyon,  qui  se  trouvait  alors  à  Pa¬ 
ris,  de  venir  voir  sa  femme,  et  il  vérifia 


vingt-quatre  heures  après  l’accouchement  qu’il 
existait  encore  une  ascite  considérable.  Ce¬ 
pendant,  sous  l’influence  d’une  compression 
méthodique  de  l’abdomen  et  des  boissons 
nitrées,  et  surtout  grâce  à  la  facilité  de  la  cir¬ 
culation  ,  madame  D.  avait  déjà  rendu  plu¬ 
sieurs  litres  d’une  urine  presque  incolore. 
Les  lochies  très  aqueuses  étaient  peu  abon¬ 
dantes  ,  l’état  général  des  plus  satisfaisant. 

Les  jours  suivants,  l’urine  continua  à  être 
rendue  avec  autant  d’abondance,  et  le  ventre 
diminua  rapidement  de  volume.  Les  seins  ne 
se  gonflèrent  pas  ;  il  y  eut  absence  complète 
de  sécrétion  laiteuse  et  de  fièvre  de  lait. 
L’appétit  reparut,  et  on  permit  à  madame  D. 
une  nourriture  substantielle  en  petite  quan¬ 
tité  d’abord,  puis  en  plus  grande. 

Au  bout  de  huit  jours,  l’abdomen  était 
complètement  revenu  à  son  état  naturel  ; 
mais  comme  je  craignais  que  l’extrême  ten¬ 
sion  des  parois  abdominales  et  le  relâche¬ 
ment  qu’avait  dû  amener  l’ascite  dans  les 
ligaments  utérins  ne  prédisposassent  ma* 
dame  D.  à  un  abaissement  ou  à  un  déplace¬ 
ment  de  l’utérus,  je  lui  fis  garder  le  lit  pen¬ 
dant  quinze  jours. 

Madame  D.  s’est  complètement  rétablie,  et 
depuis  deux  ans  sa  santé  ne  s’est  pas  dé¬ 
mentie  un  seul  instant. 

Prestat. 

On  peut  considérer  comme  une  circon¬ 
stance  favorable  l’apparition  tardive  de  l’as¬ 
cite.  Si,  au  lieu  de  se  développer  au  9e  mois, 
elle  fût  survenue  à  une  époque  peu  avancée, 
ou  seulement  à  5  ou  6  mois,  comme  cela 
s’est  vu  dans  la  plupart  des  cas,  il  est  pro¬ 
bable  que  le  développement  persistant  et 
croissant  de  l’utérus  eût  donné  lieu  à  un  épan¬ 
chement  de  plus  en  plus  considérable,  qui  eût 
à  la  fin  déterminé  des  accidents  assez  graves 
pour  que  l’art  dût  intervenir.  Heureusement 
l’accouchement,  en  délivrant  les  vaisseaux  de 
la  compression  fâcheuse  à  laquelle  ils  étaient 
soumis,  a  promptement  arrêté  les  progrès  du 
mal. 

Le  peu  d’ancienneté  de  l’épanchement  a  dû 
rendre  aussi  la  résorption  plus  facile.  Aussi 
huit  jours  ont-ils  suffi  à  faire  disparaître 
une  quantité  de  liquide  assez  grande  pour 
laisser  à  l’abdomen,  après  l’accouchement, 
un  volume  qui  avait  fait  croire  un  instant  à 
la  présence  d’un  second  enfant.  Au  contraire, 
dans  une  observation  de  M.  Ollivier  d’An¬ 
gers  ( Archives ,  YI,  185),  l’épanchement  étant 
de  date  beaucoup  plus  ancienne,  la  résorp¬ 
tion  ne  put  être  obtenue  par  les  seuls  efforts 
de  la  nature,  et  la  ponction  fut  nécessaire. 

Cette  opération  est  quelquefois,  même  avant 
la  déplétion  de  l’utérus,  la  seule  ressource  à 
opposer  à  des  accidents  formidables.  Elle  ne 
saurait  être  faite,  dans  ces  circonstances,  sui¬ 
vant  la  méthode  ordinaire.  Scarpa  assigne 


BIBLIOGRAPHIE, 


comme  la  région  la  plus  convenable  l’hy- 
pochondre  gauche;  M.  Ollivier  préfère 
avec  raison  l’ombilic  qui  est  élargi,  saillant, 
et  où  le  liquide  n’est  recouvert  que  par  des 
membranes  minces,  faciles  à  transpercer  avec 
la  pointe  d’une  lancette.  Une  observation 
rapportée  par  ce  savant  médecin  justifie  tout 
ce  qu’il  dit  des  avantages  et  de  l’innocuité  de 
sa  méthode.  Le  fait  d’une  autre  femme  non 
enceinte  et  qui,  sans  accident,  se  pratiqua 
ainsi  à  elle-même  à  diverses  reprises  la  ponc¬ 
tion  avec  un  tuyau  de  plume,  semble  sous  ce 
dernier  rapport  tout  à  fait  concluant.  Qu’on 
se  garde  toutefois  de  céder  au  désir  et  à 
l’espoir  d’obtenir  un  écoulement  plus  pro¬ 
longé  du  liquide  en  plaçant  une  mèche,  quel¬ 
que  petite  qu’elle  soit,  dans  l’ouverture  faite 
à  la  petite  poche  saillante  de  l’ombilic.  J’ai  vu 
une  péritonite  mortelle  en  30  heures  être  la 
conséquence  de  cette  pratique. 

L’accouchement  prématuré  artificiel  pour¬ 
rait-il  être  utilement  pratiqué  dans  quelques 
cas  d’ascite  compliquant  la  grossesse  ?  Gette 


2S7 

opération  ne  pourrait  convenir  qu’à  certains 
termes  de  la  gestation,  et  sous  ce  rapport  la 
ponction,  praticable  à  toutes  les  époques,  offre 
un  avantage  incontestable.  Mais  la  ponction 
n’est  qu’un  palliatif,  et  la  reproduction  de  l’é¬ 
panchement  par  la  persistance  des  causes  qui 
l’ont  produit  pourra  exiger  l’emploi  d’un 
moyen  plus  définitivement  utile.  La  vie  me¬ 
nacée  de  l'enfant  pourra  même  faire  un  de¬ 
voir  d’y  recourir,  pourvu  qu’on  ait  l’espoir 
fondé  qu’il  continue  de  vivre  hors  du  sein  de 
sa  mère.  L’état  de  santé  de  celle-ci  peut,  de 
prime  abord,  si  la  grossesse  est  suffisam¬ 
ment  avancée,  réclamer  l’accouchement  pré¬ 
maturé  artificiel.  Tel  était  le  cas  d’une 
femme  opérée  par  Siebold.  (Journal,  IV,  311.) 
Si  l’on  considère  que,  dans  tous  les  cas,  il  y 
avait  en  même  temps  hydropisie  de  l’amnios, 
la  méthode  qui  consiste  à  provoquer  la  con¬ 
tractilité  utérine  par  la  ponction  des  mem¬ 
branes  paraîtra  préférable  à  toute  autre,  en 
raison  de  la  déplétion  considérable  et  du  sou¬ 
lagement  immédiat  qu’elle  produira.  A.  D. 


BIBLIOGRAPHIE. 


TRAITÉ  PRATIQUE  SUR  LES  MALADIES  DES  OR¬ 
GANES  GÉNITO-URINAIRES,  pal*  M.  ClVIALE. 

— Première  partie ,  maladies  de  V urèthre. 
—  Un  vol.  in-S°,  avec  trois  planches;  — 
édition  considérablement  augmentée. 

La  première  édition  de  cet  ouvrage  a  paru 
en  1837.  Le  succès  qu’il  a  eu  nous  dispense 
assurément  d’en  faire  une  analyse  très  étendue; 
il  suffira  de  quelques  mots  pour  rappeler  le 
plan  général;  après  quoi  nous  dirons  sur 
quelles  parties  ont  spécialement  porté  les  ad¬ 
ditions  de  cette  nouvelle  édition. 

L’ouvrage  commence  par  une  longue  étude 
de  l’anatomie  et  de  la  physiologie  de  la  vessie 
et  de  l’urèthre.  Cette  partie  n’a  pas  éprouvé  de 
changements  notables  ;  l’auteur  admet  que 
l’urèthre  chez  les  adultes  et  les  vieillards  a 
une  longueur  qui  varie  de  5  à  7  pouces,  ce  qui 
donne  6  pouces  pour  terme  moyen.  Il  y  a  à 
cet  égard  une  étrange  contradiction  entre  les 
mesures  prises  sur  le  vivant  et  sur  le  cadavre  ; 
et  M.  Civiale  ne  croit  pas  pouvoir  l’expliquer 
autrement  que  par  un  racornissement,  un  af¬ 
faissement  qui  ont  souvent  lieu  par  le  fait  de 
la  mort.  C’est  là  une  hypothèse  pure  ;  et 
l’observation  clinique  nous  a  enfin  donné  le 
mot  de  l’énigme.  Comme  nous  démontrions 
un  jour  sur  un  vieillard  de  Bicêtre,  à  l’aide 
d’une  sonde  graduée,  que  l’urèthre  avait  moins 
de  6  pouces,  la  discussion  s’étant  un  peu  pro¬ 
longée,  nous  fûmes  fort  surpris,  au  moment  de 
retirer  la  sonde,  de  voir  que  l’urèthre  s’était 
alongé  jusqu’à  6  pouces  et  demi.  L’attouche¬ 
ment  des  doigts,  le  titillement  de  la  sonde, 
avaient  déterminé  une  légère  dilatation  des 


corps  caverneux ,  une  sorte  de  demi-érection, 
et  par  suite  un  alongement  de  la  verge.  Ce 
phénomène,  vérifié  depuis  sur  nombre  de  su¬ 
jets,  nous  permet  de  poser  la  règle  suivante. 
Sur  le  vivant,  la  verge  étant  dans  un  état  de 
flaccidité  complet,  l’urèthre  n’est  pas  plus  long 
que  sur  le  cadavre  ;  quand  la  sonde  est  intro¬ 
duite,  si  cette  introduction  n’éveille  pas  de 
sensibilité,  l’alongement  est  peu  considérable  ; 
mais  il  l’est  beaucoup  dans  le  cas  contraire, 
et  d’autant  plus  que  le  sujet  est  plus  disposé 
à  l’érection. 

Mais  le  sujet  essentiel  du  livre  est  l’histoire 
du  rétrécissement;  anatomie  pathologique, 
siège,  diagnostic,  causes,  traitement;  varié¬ 
tés  ,  récidives,  et  affections  qui  en  sont  la 
suite.  Ce  sont  surtout  les  articles  relatifs 
au  traitement  et  à  1  anatomie  pathologique 
qui  ont  reçu  de  notables  augmentations.  Pour 
le  traitement,  M.  Civiale  préfère  la  dilatation 
d’une  manière  générale;  et  nous  nous  ran¬ 
geons  absolument  de  son  avis.  Quant  à  l’ana¬ 
tomie  pathologique ,  l’auteur  a  eu  occasion, 
dans  un  voyage  en  Angleterre,  d’examiner 
les  îiches  musées  de  Londres;  il  a  étudié  avec 
soin  les  pièces  nombreuses  qui  se  rattachaient 
à  son  sujet;  il  a  corrigé  par  cet  examen  per¬ 
sonnel  de  notables  erreurs  qui  s’étaient  glis¬ 
sées  jusque  dans  les  catalogues,  et  l’on  peut 
dire  que  nulle  part  on  ne  trouvera  l’anatomie 
pathologique  des  rétrécissements  exposée 
d’une  manière  plus  large  et  surtout  plus  posi¬ 
tive.  Shaw  avait  dit  et  nous  avions  constaté 
après  lui  que  le  siège  de  prédilection  des  ré¬ 
trécissements  se  trouve  sous  la  symphyse 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


288 

pubienne,  au  point  où  l’urèthre  se  recourbe 
pour  remonter  vers  la  prostate;  M.  Civiale  a 
vérifié  ce  fait  important  sur  un  très  grand 
nombre  de  préparations  anglaises  qui  avaient 
été  mises  à  sa  disposition. 

On  trouve  dans  ce  livre  une  clarté  et  une 
méthode  toutes  françaises,  tandis  que,  par  le 
nombre  et  la  variété  des  laits,  il  se  rapproche 
delà  manière  anglaise  ;  et  jusque  là  nous 
n’avons  rien  qu’a  louer.  Mais  nous  aurions 
désiré  qu’en  rapportant  ses  propres  faits  et 


ses  propres  idées,  l’auteur  fît  quelquefois  une 
plus  large  part  aux  idées  des  autres  ;  qu’il  mît 
à  môme  de  vérifier  ses  citations  par  des  no¬ 
tes  plus  fréquentes;  en  un  mot,  qu’il  eût 
montré  moins  de  dédain  pour  une  juste  et 
saine  érudition.  Nous  savons  d’avance  tout  ce 
qu’il  pourrait  nous  répondre;  mais  nous  avons 
en  notre  faveur  un  argument  inattaquable;  le 
livre  n’y  aurait  rien  perdu  d’abord  ;  et  pour 
plus  d’un  lecteur  il  y  aurait  gagné. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences. — Il  y  a  eu  une  petite  guerre  fort  animée  au  sujet  de  la  thérapeu¬ 
tique  du  bégaiement,  entre  M.  Colombat  et  M.  Jourdant.  Le  débat  ayant  porte  principalement 
sur  la  question  de  priorité,  nous  nous  abstiendrons  de  la  reproduire  jusqu’à  ce  que  les  faits 
aient  d’abord  décide  qui  des  deux  contendants  réussit  le  mieux. 

— M.  Marchai  de  Calvi  a  soulevé  une  autre  discussion  relativement  au  droit  exclusif  d’em¬ 
baumement  par  l’injection  dans  les  carotides  que  s’attribue  M.  Gannal.  11  a  cité  les  expérien¬ 
ces  de  Tranehina  sur  les  injections  arsenicales  ;  il  aurait  pu  ajouter  qu’elles  ont  été  employées 
à  Calcutta  pour  la  conservation  des  sujets  destinés  à  la  dissection  avant  que  M.  Gannal  fît  ses 
essais  à  l’Ecole  pratique,  et  que  M.  Dujat  a  montré  à  l’Ecole  pratique  même  que  le  résultat 
des  injections  arsénicales  était  bien  préférable  à  celui  des  injections  alumineuses  pour  la 
coloration  des  organes. 

■ — M.  Mandl  a  lu  un  remarquable  travail  sur  la  composition  du  tartre  des  dents.  Il  résulte 
de  ses  observations  que  le  tartre  n’est  qu’un  dépôt  de  squelettes  d’infusoires  morts,  agglutinés 
par  le  mucus  desséché,  à  peu  près  comme  certains  terrains  sont,  d'après  les  recherches 
d’Ehrenberg,  composés  presque  entièrement  d’infusoires  fossiles.  Ces  infusoires  sont  tout  à  fait 
semblables  à  ceux  que  décrivent  les  auteurs  sous  le  nom  de  vibrions. 

Ils  existent  aussi  en  grande  quantité  dans  les  mucosités  buccales,  chez  les  malades  mis  à 
la  diète  depuis  plusieurs  jours;  et  ils  constituent  la  majeure  partie  des  enduits  muqueux  de 
la  langue  chez  les  personnes  dont  la  digestion  est  troublée  M.  Mandl  en  conclut  que  le  tartre 
ne  peut  être  considéré,  ni  comme  un  dépôt  des  matières  calcaires  de  la  salive,  ni  comme  une 
sécrétion  particulière. 

Académie  de  médecine. — '8  juillet. — M.  J.  Guérin  représente  le  malade  auquel  il  a  fait  la 
myotomie  rachidienne  pour  une  déviation  latérale  de  l’épine.  Un  vif  débat  s’étant  élevé 
entre  lui  et  M.  Bouvier,  il  prie  l’Academie  de  surseoir  à  son  jugement  jusqu’à  ce 
qu’il  représente  le  sujet,  dans  trois  semaines  ou  un  mois;  il  espère  qu’alors  le  redressement 
sera  complet. 

M.  Auzoux  a  présenté  une  série  de  pièces  d’anatomie  artificielle  humaine  et  comparée,  qui 
ont  excite  des  applaudissements  dans  l’Académie. 

1er  août. — M.  Moreau  Boutard,  aide-major  au  Val-de-Grâce,  lit  un  mémoire  sur  V excision 
de  la  muqueuse  dans  les  plaies  intestinales  traitées  par  V entéroraphie. — Pour  arriver  à  la 
réunion  directe  et  sans  renversement  aucun  des  plaies  intestinales,  il  excise  le  bourrelet  formé 
par  la  muqueuse  qui  se  renverse  en  dehors  des  lèvres  de  la  plaie  ;  s’il  s’agit  alors  d’une  plaie 
longitudinale,  la  suture  suffit  pour  mettre  en  contact  des  lèvres  partout  saignantes  et  dispo¬ 
sées  à  se  réunir;  pour  une  section  transversale  complète,  on  peut  employer  la  suture  simple 
ou  l’invagination.— Commissaires  :  MM.  Gimelle,  Amussat  et  Jobert. 

8  août. — M  le  maire  de  Bourg  écrit  à  l’Académie  que  le  monument  élevé  en  l’honneur 
de  Bichat,  par  une.  souscription  nationale,  et  grâce  au  talent  aussi  éleve  que  désintéressé  de 
M.  David,  sera  inauguré  à  Bourg  le  24  août.  Si  l’Académie  juge  convenable  d’envoyer  des 
représentants  à  cette  cérémonie,  la  ville  et  les  principaux  habitants  de  Bourg  tiendront  à 
honneur  de  recevoir  dignement  de  pareils  hôtes. — M.  Pariset  a  été  désigné  pour  représenter 
l’Académie. 

—Société  de  chirurgie  de  Paris.— Nous  annonçons  avec  plaisir  la  constitution  de  cette 
société  nouvelle,  qui  peut  être  appelée  à  rendre  de  grands  services  à  l’art  que  nous  cultivons. 
Elle  s’est  déjà  réunie  trois  fois  sous  la  présidence  de  M.  A.  Bèrard  ;  ses  séances  ont  lieu  à 
l’Hôtel-de-Ville,  tous  les  mercredis  à  5  heurts  et  demie.  Ses  fondateurs,  au  nombre  de  17, 
sont  tous  chirurgiens  des  hôpitaux  civils  ou  du  bureau  central;  le  nombre  des  membres  titu¬ 
laires  est  fixé  a  35,  et  tous  les  chirurgiens  actuellement  en  exercice  dans  les  hôpitaux  civils 
et  militaires  de  Paris  seront  invités  à  s’y  rallier  jusqu’au  complément  de  ce  chiffre.  Nous 
rendrons  compte  des  travaux  de  la  société. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-8° 
Prix  de  l’abonnement  :  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine—  On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne,  Rédacteur  en  chef,  rue  Neuve-des- 
Petits- Champs,  n°  39. 


FÀRIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Ci4,Rue  de  Grenelle-Saiüt-Honoré, 55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Far  M,  MASi&AIGXE, 


SEPTEMBRE  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux.  —  Nouvelle  méthode  de  traitement  pour  les  fractures  très  obliques 
de  la  jambe,  par  M.  Malgaigne. — De  quelques  modes  de  guérisons  naturelles  des  hernies, 
et  particulièrement  du  rôle  du  collet  du  sac  dans  ces  guérisons ,  par  M.  Roustan. — 
Mémoire  sur  les  luxations  causées  par  le  relâchement  et  l’allongement  des  ligaments,  par 
M.  Putegnat. — II.  Revue  critique. — Chirurgie. — Sur  les  guérisons  orthopédiques  de 
M.  Guérin.  —  Du  siège  de  l’étranglement  dans  les  hernies  crurales.  —  Obstétrique. — « 
Grossesse  extra-utérine  ovarique. — Pharmacologie. — De  quelques  nouveaux  traitements 
de  la  gale.  —  III.  Bulletin  clinique.  —  Ligature  de  l’artère  linguale,  pratiquée  pour  un 
nævus  ulcéré  de  la  langue,  chez  un  enfant  de  2  ans  et  demi,  par  M.  Déguisé  fils. — IV.  Biblio¬ 
graphie— Bibliothèque  du  médecin-praticien,  tome  Ier;  Maladies  des  femmes.— V.  Nou¬ 
velles  et  Variétés. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Nouvelle  métbode  fie  traitement  poiar  les  fractures  très 
obliques  tle  la  jambe;  communiquée  à  la  Société  de  chirurgie , 
le  13  septembre  1843  ;  par  M. 

Je  désire  entretenir  la  Société  d’une  méthode  nouvelle,  dont  l’innocuité  et  l’efficacité 
ont  déjà  été  constatées  par  l’expérience,  et  qui  s’applique  au  traitement  de  certaines 
fractures  et  même  de  certaines  luxations,  dans  des  cas  où  les  moyens  connus  seraient  in¬ 
suffisants  ou  nuisibles  ;  je  veux  parler  de  l’implantation  de  griffes  ou  de  pointes 
d’acier  sur  les  os  mêmes,  afin  d’agir  sur  eux  à  la  fois  avec  la  plus  grande  puissance 
et  dans  la  plus  petite  étendue,  sans  lésion  notable  des  chairs  et  des  téguments. 

On  sait  combien  les  plaies  par  piqûre  paraissaient  redoutables  aux  chirurgiens  qui  nous 
ont  précédés.  L’un  des  premiers,  et  le  premier  peut-être  dans  l’âge  moderne,  je  me 
suis  élevé  contre  cette  opinion  ;  et  les  auteurs  du  Compendium  de  chirurgie  pratique 
m’ont  fait  l’honneur  de  rappeler  mes  idées  à  cet  égard.  Je  me  fondais  alors  sur  trois 
ordres  de  faits  :  1°  l’innocuité  de  la  ponction  avec  le  trocart,  même  dans  les  grandes 
cavités  séreuses,  et  l’innocuité  de  l’emploi  des  aiguilles  dans  les  sutures;  2°  les  succès 
empiriques  obtenus  parle  fameux  pansement  du  secret,  c’est-à-dire  par  la  succion  des 
plaies  piquantes,  ou  même  par  l’expectation  simple  déguisée  sous  des  formules  magi¬ 
ques;  3°  et  enfin  la  prompte  guérison  de  plaies  par  instruments  piquants  sur  des  blessés 
confiés  à  mes  soins  et  que  j’avais  traités  par  le  repos  pur  et  simple.  Depuis  lors  les 
beaux  résultats  fournis  par  la  ténotomie  ont  complété  la  démonstration  ;  mais  il  y  avait 
loin  de  ces  premiers  faits  à  l’idée  plus  hardie  d’une  ponction  en  quelque  sorte  perma- 


290 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


nente,  avec  un  instrument  laissé  dans  la  plaie,  appuyant  sur  un  os  par  sa  pointe,  l’autre 
extrémité  demeurant  à  l’extérieur.  - 

Ce  ne  fut  donc,  comme  je  l’ai  dit  ailleurs,  qu’après  avoir  longtemps  hésité  et  médité, 
que  je  me  déterminai  à  tenter  l’emploi  de  mes  griffes  dans  les  fractures  transversales  de 
la  rotule.  Le  résultat,  sous  certains  rapports,  dépassa  mes  espérances;  et  surtout  je  n’au¬ 
rais  jamais  soupçonné,  avant  l’expérience,  que  des  pointes  d’acier  enfoncées  durant  plu¬ 
sieurs  semaines  à  travers  les  téguments,  les  tendons  et  le  périoste,  auraient  pu  être 
retirées  sans  donner  lieu,  ni  avant  ni  après  leur  extraction,  à  la  moindre  trace  de  suppu¬ 
ration.  Une  pareille  innocuité,  en  laissant  même  à  part  l’utilité  de  la  méthode,  est 
encore  à  mon  avis  l’un  des  faits  les  plus  surprenants  qu’on  puisse  citer  en  pathologie 
chirurgicale. 

On  comprend  que  ce  merveilleux  phénomène  devait  m’encourager  grandement  à 
poursuivre  l’application  de  ma  méthode.  Toutefois,  sans  vouloir  généraliser  à  l’avance, 
j’attendais  que  les  occasions  se  présentassent  d’elles-mêmes;  et  c’est  même  comme 
à  peu  près  contraint  et  forcé  que  j’eus  recours  à  la  pointe  d’acier  dans  le  premier  cas 
de  fracture  de  jambe  dont  je  vais  avant  tout  rapporter  l’histoire. 

Obs.  1. — Le  6  octobre  1840,  on  apporta  dans  mon  service  à  Bicètre,  le  nommé  Alexan¬ 
dre  Renard,  aliéné,  qui  venait  de  se  casser  la  jambe.  Cet  homme,  âgé  de  44  ans,  d’abord 
tailleur,  ensuite  cordonnier ,  était  entré  depuis  3  ans  1/2  dans  la  section  des  aliénés, 
après  avoir  tenté  de  se  couper  la  gorge.  Il  s’était  donné  un  coup  de  tranchet  au  dessous 
du  cartilage  cricoïde.  Il  avait  été  bien  guéri  de  cette  plaie,  et  la  voix  même  était 
demeurée  bien  nette  ;  et  de  ce  premier  accès  de  folie  il  ne  lui  était  guère  resté  qu’une 
légère  paralysie  de  la  jambe  gauche  qu’il  traînait  un  peu  en  marchant,  n’ayant  besoin 
d’ailleurs  ni  de  bâton  ni  de  béquille.  Il  était  habituellement  doux  et  tranquille,  en  sorte 
qu’on  lui  permettait  de  sortir  de  la  section  pour  travailler  dans  la  maison  de  son  état  de 
cordonnier.  Le  5  octobre  il  s’était  tenu  caché  dans  une  cour  extérieure  ;  il  passa  la  nuit 
à  méditer  des  moyens  de  fuite  ;  vers  5  heures  du  matin,  il  réussit  on  ne  sait  comment  à 
grimper  suri’ un  des  toits  de  l’enceinte,  et  se  lança  delà  dans  le  fossé,  où  il  tomba  debout 
sur  le  pied  droit;  delà  la  fracture,  qui  lui  arracha  des  cris  violents;  on  accourut,  et  il  fut 
immédiatement  transporté  à  l’infirmerie. 

Les  deux  os  de  la  jambe  étaient  cassés;  la  fracture  du  péroné,  profondément  cachée 
dans  les  chairs,  ne  pouvait  être  reconnue  que  par  la  mobilité;  seulement  elle  siégeait 
manifestement  fort  au  dessus  de  celle  du  tibia.  Celle-ci,  située  tout  à  fait  inférieure¬ 
ment,  était  oblique  de  haut  en  bas  et  d’arrière  en  avant;  le  fragment  supérieur, 
taillé  en  bec  de  flûte  très  aigu  sur  la  crête  et  la  face  interne  de  l’os,  descendait  ainsi  jus¬ 
qu’à  deux  centimètres  environ  des  malléoles;  sa  pointe  soulevait  la  peau  en  avant  à 
5  millimètres  au  dessus  du  niveau  de  la  peau  qui  recouvrait  le  fragment  inférieur  ;  encore 
celle-ci  paraissait-elle  soulevée  elle-même  au  dessus  de  ce  fragment  qui  semblait  très 
profondément  enfoncé.  Le  talon  était  fortement  incliné  en  arrière,  en  sorte  que  les  deux 
fragments  faisaient  un  angle  saillant  en  avant.  On  tenta  la  réduction  du  mieux  qu’il  se 
put;  le  talon  fut  relevé  avec  soin,  et  la  jambe  enveloppée  d’un  appareil  de  Scultet  et 
fixée  par  deux  coussins  et  deux  attelles  latérales.  Le  malade  reposa  bien  ce  jour-là  et 
le  suivant  ;  il  était  tout  à  fait  tranquille  et  n’accusait  aucune  douleur  ;  néanmoins,  in¬ 
quiet  de  cette  saillie  de  l’os,  j’enlevai  l’appareil  le  troisième  jour,  et  je  vis  que  j’avais 
bien  jugé. 

La  saillie  soulevait  la  peau  avec  plus  de  force  que  le  premier  jour.  Il  y  avait  peu  d’in¬ 
flammation;  mais  la  peau  fortement  ecchymosée  paraissait  noire,  tendue,  disposée  à  la 
gangrène.  J’avais  fait  faire  une  gouttière  en  bois  pour  contenir  la  jambe  et  le  pied  ;  je  mis 
le  membre  dans  cette  gouttière,  essayant  d’élever  le  talon  le  plus  possible,  en  accumu¬ 
lant  au  dessous  des  compresses  ;  la  saillie  ne  diminuait  pas.  Jugeant  que  l’action  des 
extenseurs  de  la  jambe  y  contribuait  essentiellement ,  je  disposai  le  membre  sur  un  plan 
incliné  comme  pour  les  fractures  delà  rotule,  le  talon  élevé  le  plus  possible,  la  jambe 
fixée  àl  aide  de  la  gouttière  et  de  deux  attelles  latérales,  La  saillie  diminua  ainsi  quelque 


MALGAIGNE. —TRAITEMENT  DES  FRACTURES  TRÈS  OBLIQUES  DE  LA  JAMBE.  291 

peu  ;  j’eus  alors  l’idée  d’attirer  le  pied  en  dedans  à  l’aide  d’une  bande  fixée  à  l’attelle 
interne  ;  la  diminution  fut  encore  plus  grande,  et  je  me  tins  pour  satisfait. 

Mais  le  lendemain  et  les  jours  suivants,  c’était  toujours  à  recommencer.  Les  coussins 
s’affaissaient,  et  le  talon  baissait  d’autant;  la  gouttière  glissait  du  côté  du  genou,  et  alors 
le  talon  basculait  en  arrière  ;  le  malade,  devenu  indocile,  prenait  encore  un  malin  plaisir 
à  remuer  le  membre;  et  par  dessus  tout  l’action  musculaire  suffisait  seule  pour  repro¬ 
duire  en  quelques  heures  la  saillie.  Le  19,  M.  de  Villepin,  mon  interne,  remarquant 
que  la  saillie  ne  disparaissait  efficacement  que  sous  la  pression  de  la  main,  voulut  essayer 
de  remplacer  cette  pression  à  l’aide  d’un  coussin  épais  couché  sur  toute  la  moitié 
supérieure  du  tibia ,  et  d’une  cravate  passant  sur  ce  coussin  et  nouée  sous  la 
gouttière. 

C’était  là  sans  doute  le  moyen  le  plus  naturel;  mais  j’en  avais  vu  faire  l’épreuve  à  la 
clinique  de  Dupuytren,  et  la  gangrène  survenue  rapidement  sous  la  pression  m’avait 
ôté  l’envie  d’y  revenir.  Cependant,  pour  gagner  du  temps  et  pour  montrer  aux  élèves 
l’effet  de  cette  pression,  je  consentis  à  la  tenter,  en  prenant  soin  d’examiner  la  peau 
toutes  les  24  heures.  La  pression  en  effet  diminua  plus  fortement  la  saillie  qu’aucun 
autre  moyen;  mais,  aü  bout  de  48  heures,  les  téguments  étaient  tellement  comprimés, 
amincis,  livides  et  comme  déjà  desséchés,  que  la  gangrène  parut  imminente  à  tout  le 
monde  si  l’on  continuait;  et  je  remis  les  attelles. 

Nous  arrivâmes  ainsi  au  16e  jour  ;  et  à  cette  époque,  l’ecchymose  ayant  en  partie 
disparu,  les  chances  d’inflammation  étant  à  peu  près  dissipées,  j’appliquai  un  appareil 
qui  me  semblait  devoir  atteindre  le  but  désiré.  La  jambe  située  dans  sa  gouttière,  le 
mollet  et  le  talon  appuyés,  le  lieu  de  la  fracture  portant  à  faux,  deux  aides  faisant  1  ex¬ 
tension,  la  peau  garantie  par  un  bandage  roulé,  je  lis  disparaître  presque  en  entier  la 
saillie  en  pressant  de  toutes  mes  forces  sur  le  fragment  supérieur  ;  et  dans  cet  état  des 
choses,  je  fis  couler  du  plâtre  autour  du  pied,  du  talon,  des  malléoles  ;  autour  de  la 
moitié  supérieure  de  la  jambe  et  au  dessous  de  la  moitié  inférieure  ;  enveloppant  ainsi  le 
membre  d’une  gaîne  complète,  hormis  un  espace  suffisant  à  la  face  antérieure  pour 
examiner  l’état  de  la  fracture. 

Un  premier  phénomène  m’inspira  quelque  doute  sur  l’efficacité  de  mon  appareil. 
J’avais  maintenu  la  pression  avec  le  pouce  jusqu’à  l’entière  solidification  du  plâtre;  dès 
que  je  retirai  le  pouce,  la  saillie  reparut,  bien  qu’ assez  légère.  Il  y  avait  manifeste¬ 
ment  une  force  vive  qui  relevait  le  fragment  supérieur,  et  lui  faisait  compri¬ 
mer  la  peau  contre  la  voûte  formée  par  le  plâtre.  Cependant  comme  celui-ci  exerçait 
une  pression  partout  égale  et  répartie  sur  la  plus  large  surface  possible,  j’espérais  encore 
que  l’échec  n’irait  pas  plus  loin- Je  fus  détrompé  le  lendemain;  dans  ces  vingt-quatre 
heures,  le  fragment  supérieur  avait  tellement  comprimé  les  téguments,  que  le  bord  infé¬ 
rieur  de  la  gaine  de  plâtre  semblait  enfoncé  dans  leschairs  ;  d’autant  plus  qu’au  dessous  un 
notable  gonflement  s’était  emparé  de  la  peau.  A  l’aide  d’une  gouge  et  d’un  maillet,  j’en¬ 
levai  tout  le  rebord  du  plâtre  qui  écrasait  ainsi  les  téguments  contre  la  face  interne  de 
l’os  ;  la  saillie  augmenta  incontinent.  Dans  la  journée,  le  gonflement  s’étant  accru,  il  fallut 
rogner  encore  le  rebord  du  plâtre  dans  toute  sa  circonférence  ;  mais  alors  la  gaîne  fut 
trop  faible  pour  résister  ;  et  le  lendemain  matin  nous  la  trouvâmes  cassée.  On  remit  l’ap¬ 
pareil  ordinaire. 

Le  21e  jour,  le  gonflement  était  dissipé;  les  fragments  étaient  plus  mobiles  même 
que  dans  les  premiers  jours,  précisément  à  raison  de  la  disparition  du  gonflement  ;  cha¬ 
que  matin  nous  trouvions  la  saillie  énorme,  et  la  peau  commençait  à  prendre  une  teinte 
rouge  sombre  de  mauvais  augure.  J’essayai  de  fléchir  la  jambe  en  la  laissant  reposer  sur 
sa  face  postérieure,  la  saillie  augmentait.  Je  la  fis  fléchir  et  coucher  sur  sa  face  externe, 
à  la  manière  de  Pott;  1a.  saillie  parut  diminuer;  puis  le  lendemain  je  la  trouvai  aussi  forte 
que  jamais. 

Malgré  mes  répugnances  pour  l’extension  permanente,  je  ne  voulus  pas  1  omettre; 
et  comme  le  plan  incliné  m’avait  mieux  réussi  que  toute  autre  position,  je  le  repris,  en 


292 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


faisant  fixer  une  semelle  solide  au  bas  de  ma  gouttière,  et  sur  cette  semelle  j’essayai 
l’extension  avec  tout  le  soin  possible.  Le  lacs  à  extension  fut  passé  en  arrière  des  mal¬ 
léoles  et  vint  se  croiser  sur  le  coude-pied  ;  mais  les  chefs  tirés  dans  cette  position  refou¬ 
laient  le  talon  en  arrière,  et  faisaient  faire  un  angle  aux  deux  fragments.  J’embrassai 
alors  la  plante  du  pied  et  le  coude-pied  avec  le  lacs  dont  les  deux  chefs  noués  sous  le 
talon  tendaient  à  le  relever  ;  et  la  traction  faite  sur  ces  deux  chefs  parut  en  effet  un 
peu  mieux  réussir.  Mais  le  lendemain  le  lacs  était  relâché,  et  la  saillie  reparue  de 
plus  belle. 

Ce  fut  alors  que,  toutes  mes  ressources  étant  épuisées,  je  m’arrêtai  à  un  projet  que  je 
méditais  depuis  quelques  jours,  et  qui  consistait  à  exercer  une  pression  permanente  sur 
le  fragment  supérieur  sans  comprimer  la  peau  elle-même.  Pour  cela  je  fis  faire  une  sorte 
d’arc  en  forte  tôle  qui  embrassait  les  trois  quarts  antérieurs  de  la  jambe  à  une  distance 
d’un  travers  de  doigt;  aux  deux  bouts  de  cet  arc  étaient  deux  mortaises  horizontales 
laissant  passer  un  fort  ruban  de  coutil,  qui  passait  par  dessus  l’arc,  par  dessous  la  gout¬ 
tière  du  plan  incliné,  et  se  serrait  à  l’aide  d’une  boucle.  Enfin,  du  centre  de  l’arc,  à  tra¬ 
vers  un  écrou  solide,  descendait  une  vis  de  pression  à  pointe  très  aiguë  ;  de  telle  sorte 
qu’en  tournant  la  vis,  la  pointe  devait  traverser  les  téguments  et  se  fixer  sur  la  face 
antérieure  du  tibia ,  tout  près  de  sa  crête  ;  et  que  la  striction  du  ruban  lui  offrant 
un  point  d’appui  solide,  chaque  tour  de  vis  devait  enfoncer  de  plus  en  plus  le  fragment 
sur  lequel  elle  était  fichée.  Je  ne  saurais  donner  une  meilleure  idée  de  l’action  de  l’ap¬ 
pareil  qu’en  le  comparant  au  tourniquet  de  J.-L.  Petit,  sauf  la  substitution  d’une  vis 
pointue  à  la  pelote  large  et  rembourrée  de  cet  instrument. 

Je  fus  en  mesure  de  l’appliquer  le  29  octobre,  23e  jour  de  la  fracture.  La  jambe  étant 
étendue  sur  une  planchette  postérieure  suffisamment  garnie,  maintenue  en  outre  sur  les 
côtés  par  deux  coussins  et  deux  attelles,  mais  tout  à  fait  libre  par  sa  face  antérieure, 
deux  aides  firent  l’extension  et  la  contre-extension,  à  l’aide  de  lacs  qui  furent  fixés 
d’une  part  au  haut  de  la  planchette  et  d’autre  part  à  la  semelle;  après  quoi  seulement 
je  fis  marcher  la  vis.  Le  malade  montra  une  grande  frayeur  et  cria  beaucoup  avant, 
pendant  et  après  l’application.  Nous  n’en  fîmes  pas  grand  compte;  car  il  avait  crié  de 
même  tout  un  jour  et  toute  une  nuit  qu’on  lui  avait  lié  très  mollement  l’autre  jambe 
pour  l’empêcher  de  défaire  ses  divers  appareils.  Toutefois,  afin  de  mieux  juger  si  en 
effet  ces  cris  étaient  dus  à  la  souffrance,  je  le  fis  jaser  durant  un  quart  d’heure  sur  sa 
vie  antérieure,  sans  que  la  conversation  fût  interrompue  une  seule  fois  par  une  plainte, 
ou  même  par  un  simple  frémissement  des  fibres  du  visage.  L’action  de  la  vis  avait  été 
toute  puissante  ;  dès  les  premiers  pas  la  saillie  avait  disparu  à  l’œil  ;  à  la  fin,  il  était  im¬ 
possible  de  la  reconnaître  au  toucher  sur  la  face  interne  de  l’os;  seulement  la  crête 
du  fragment  supérieur  continua  à  déborder  en  avant  l’autre  fragment  peut-être  d’un 
millimètre;  et  cette  proéminence  résista  même  à  la  pression  la  plus  exagérée  de 
la  vis. 

Malgré  ce  léger  déplacement,  la  fracture  était  maintenue  comme  si  elle  eût  été  soudée; 
et,  chose  curieuse,  on  pouvait  remuer  le  pied  et  le  talon  dans  la  jointure  tibio-tarsienne, 
sans  communiquer  le  moindre  mouvement  perceptible  au  fragment  inférieur.  La  frac¬ 
ture  du  péroné  demeurait  toujours  cachée  dans  les  chairs  ;  il  est  à  noter  que,  tandis  que 
le  tibia  paraissait  net  et  sans  gonflement  sous  la  peau  au  niveau  de  la  fracture,  à  3  cen¬ 
timètres  au  dessus  l’on  rencontrait  un  empâtement  paraissant  appartenir  au  périoste, 
comme  si  la  tumeur  du  cal,  entravée  au  centre  par  la  mobilité  des  fragments,  n’avait 
pu  se  faire  que  vers  cette  extrémité. 

Cependant  le  malade  avait  recommencé  à  crier,  et  il  prétendait  que  si  l’on  avait  inter¬ 
posé  un  coin  de  bois  entre  l’os  et  la  pointe,  l’os  aurait  été  mieux  ménagé.  Pour  couper 
court,  je  fis  marché  avec  lui  qu’il  se  tairait  à  condition  que  je  commanderais  ce  coin  de 
bois;  à  ce  prix  les  cris  cessèrent  presque  à  l’instant. 

Le  30,  calme  complet;  le  malade  qui  avait  craint  d’être  tourmenté  la  nuit  par  la  pi¬ 
qûre  prétend  qu’il  n’a  pas  dormi  ;  le  surveillant  affirme  le  contraire.  Du  reste  nulle  don- 


MÀLGAÏGNE. — TRAITEMENT  DES  FRACTURES  TRÈS  OBLIQUES  DE  LA  JAMBE.  293 

leur  du  côté  de  la  pointe  ;  mais  il  paraît  y  avoir  de  l’engourdissement  et  des  tiraillements 
dans  la  cuisse  et  le  jarret. 

Le  31,  le  malade  déclare  qu’il  a  bien  dormi.  Il  n’est  plus  question  delà  cuisse  ni  du 
jarret;  maintenant  il  accuse  de  la  douleur  au  genou  et  aux  malléoles.  Je  détache  le  lacs 
du  talon  qui  en  effet  avait  imprimé  ses  plis  sur  la  peau  des  malléoles  ;  je  maintiens  l’autre, 
et  cependant  je  profite  de  cette  demi-concession  pour  donner  deux  tours  de  pins  à  la  vis 
qui  semblait  relâchée.  Le  coin  de  bois  n’est  pas  fait,  bien  entendu;  mais  je  m’emporte 
contre  l’ouvrier  retardataire,  et  je  donne  ordre  qu’on  aille  le  presser. 

Le  1er  novembre,  le  ruban  qui  serre  l’instrument  est  relâché  ;  je  le  resserre  et  je  donne 
un  nouveau  tour  à  la  vis.  Il  n’y  a  encore  autour  de  la  pointe  ni  rougeur,  ni  gonflement, 
ni  suppuration. 

Le  2,  on  aperçoit  une  teinte  à  peine  rosée  le  long  du  tibia,  et  le  mollet  paraît  un  peu 
tuméfié.  Le  malade  nous  rassure  à  cet  égard  en  disant  que  depuis  longtemps  le  membre 
droit  est  plus  gros  que  le  gauche,  la  paralysie  ayant  amoindri  ce  dernier  ;  et  il  assure 
qu’il  a  lui-même  constaté  plusieurs  fois  entre  la  circonférence  des  deux  mollets  une 
différence  de  trois  pouces.  Il  a  bien  dormi,  mangé  la  demi-portion  avec  appétit;  il  ne 
souffre  nulle  part,  et  demande  maintenant  qu’on  ne  touche  plus  à  son  membre. 

Le  3,  la  teinte  rosée  n’existe  plus;  il  y  a  à  peine  une  légère  douleur  sous  le  talon, 
qu’une  friction  momentanée  avec  le  doigt  suffit  à  soulager.  Je  fis  voir  le  malade  ce  jour- 
là  à  M.  le  docteur  Wéber  de  Mulhouse  et  à  un  docteur  allemand  de  ses  amis. 

Le  5,  je  priai  également  M.  Rochoux  de  constater  le  bon  état  du  membre,  et  surtout 
cette  absence  merveilleuse  de  toute  suppuration. 

Le  6,  la  peau  paraît  un  peu  rouge  autour  de  la  piqûre;  on  dirait  que  la  pointe  tend  à 
glisser  sur  le  plan  déclive  de  la  face  interne  du  tibia. — Le  7,  elle  avait  en  effet  glissé  en 
dedans  à  environ  deux  millimètres;  et  partie  par  cette  cause,  partie  par  l’affaissement 
des  coussins,  la  saillie  du  fragment  avait  augmenté.  J’ ôtai  la  vis  pour  la  reporter  à  4 
centimètres  plus  haut.  La  fracture  était  encore  très  mobile,  il  n’y  avait  nul  gonflement  à 
1  entour  ;  néanmoins  tous  mes  efforts  pour  obtenir  une  exacte  coaptation  furent  de  rechef 
inutiles  ;  j’obtins  seulement  le  même  résultat  qu’à  la  première  application. 

Le  8,  tout  va  bien;  le  malade  se  plaint  seulement  un  peu  du  talon.  La  plaie  laissée 
par  la  pointe  est  fermée  par  une  petite  croûte  noirâtre  ;  il  y  a  un  peu  de  rougeur 
autour. 

Le  10,  cette  rougeur  a  cessé  ;  il  s’en  montre  un  peu  autour  de  la  nouvelle  piqûre ,  et 
le  plissement  de  la  peau  à  son  côté  interne  semble  indiquer  une  tendance  de  la  pointe  à 
glisser.  Cependant  cette  crainte  ne  s’était  point  réalisée,  lorsque  le  12  novembre  dans 
la  nuit,  le  malade  relâcha  à  demi  lavis,  de  telle  sorte  que  la  pointe  sortie  des  chairs  était 
seulement  à  fleur  de  peau;  et  il  avait  repoussé  l’instrument  en  masse  à  environ  3  cen¬ 
timètres  plus  bas  en  éraillant  l’épiderme.  Je  vis  toutefois  avec  satisfaction  que  la  saillie 
n’avait  que  peu  augmenté,  et  que  les  fragments  tenaient  déjà  l’un  à  l’autre.  En  consé¬ 
quence  je  crus  pouvoir  me  dispenser  de  replacer  la  vis;  je  mis  simplement  une  cravate 
entre  la  fracture  et  la  première  piqûre  ;  de  plus,  entre  la  deuxième  piqûre  et  le  genou,  je 
disposai  une  bande  roulée  à  deux  globes  dont  l’un  appuyait  sur  la  face  interne  du  tibia  et 
l’autre  sur  les  muscles  antérieurs,  la  crête  de  l’os  restant  libre  entre  les  deux;  et  je  pressai 
sur  ces  globes  avec  mon  arc  de  fer  dépouillé  de  sa  vis. 

Le  lendemain,  cet  appareil  avait  assez  bien  réussi;  et  la  compression  exercée  par  les 
deux  globes  n’avait  nullement  contus  la  peau.  Au  contraire  la  cravate  avait  meurtri  et 
rougi  la  peau  au  niveau  de  la  crête  tibiale,  et  il  fallut  y  renoncer.  M.  Carron  du 
Villards  vit  le  malade  avec  moi  ;  la  seconde  piqûre  était  fermée  par  une  petite  croûte 
noire  comme  la  première. 

Le  15,  le  globe  qui  appuyait  sur  la  face  interne  du  tibia  avait  excorié  la  peau  ;  de  plus 
il  avait  glissé  vers  la  piqûre  supérieure  qui  était  dépouillée  de  sa  croûte  et  d’un  rouge  vif. 
J  ôtai  la  bande  à  deux  globes,  et  la  remplaçai  par  une  cravate  qui  comprimait  le  tibia  le 
plus  près  du  genou  possible. 


294  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Le  16,  la  piqûre  mise  à  nu  la  veille  s’est  recouverte  d’une  pellicule  mince;  il  n’y  a 
pas  eu  une  goutte  de  pus,  et  il  n’y  a  plus  de  rougeur. 

Enfin,  pour  abréger,  nous  atteignîmes  le  30  novembre,  55e  jour  de  la  fracture;  les 
fragments  tenaient  l’un  à  l’autre,  mais  le  cal  était  mou  ;  je  plaçai  un  appareil  dextriné 
qui  ne  fut  enlevé  que  le  15  janvier.  Alors  la  consolidation  était  complète,  sans  nulle  tu¬ 
meur  autour  de  la  fracture,  mais  avec  une  saillie  du  fragment  supérieur  de  2  à  3  milli¬ 
mètres,  et  une  roideur  comme  on  peut  l’imaginer.  De  plus,  les  deux  piqûres  sous  l’appa¬ 
reil  qui  les  recouvrait  s’étaient  transformées  en  deux  petites  plaies  superficielles,  vives, 
rouges,  pareilles  à  celle  d’un  vésicatoire  de  la  grandeur  d’un  franc  ;  elles  étaient  soli¬ 
dement  cicatrisées  5  jours  après.  Je  dois  ajouter  qu’avant  Inapplication  de  l’appareil 
dextriné,  nous  avions  constaté  à  la  face  postérieure  du  talon  la  présence  d’une  large 
escarre  sèche  et  noire,  qui  s’était  détachée  dans  l’appareil  et  avait  laissé  une  troisième 
plaie  superficielle  qui  demanda  près  de  15  jours  pour  se  fermer.  Le  malade  fut  mis  alors 
à  l’usage  des  béquilles,  qu’il  garda  plusieurs  mois;  après  quoi  il  put  marcher  comme 
avant  sa  fracture,  sans  bâton  ni  autre  soutien. 

Ce  sujet  était  encore  dans  la  première  section  des  aliénés  lorsque  je  quittai  Bicêtre  en 
novembre  1842;  et  je  l’ai  revu  à  plusieurs  reprises  durant  tout  ce  temps;  car,  toutes 
les  fois  que  j’allais  dans  cette  section,  il  s’empressait  de  se  faire  reconnaître  et  de  me 
montrer  sa  jambe.  Je  l’ai  fait  voir  ainsi  à  beaucoup  de  médecins  ;  et  pendant  ces  deux 
années,  la  fracture  est  restée  parfaitement  consolidée ,  il  ne  s’est  fait  aucun  gonflement  â 
l’entour  ,  et  il  était  impossible  de  sentir  le  moindre  gonflement  de  l’os  ou  du  périoste  au 
niveau  des  piqûres  qui  ne  se  sont  jamais  rouvertes. 

Je  me  suis  étendu  longuement  sur  les  détails  de  cette  observation  ;  la  nouveauté  du 
cas,  les  difficultés  sans  nombre  que  j’ai  rencontrées,  et  après  tout  l’heureuse  issue  d’un 
premier  essai  seront  sans  doute  une  excuse  suffisante.  Essayons  maintenant  d’apprécier 
la  portée  de  ce  fait. 

Il  est  peu  de  praticiens  qui  n’aient  rencontré  de  ces  fractures  obliques  de  la  jambe, 
déterminées  généralement  par  une  chute,  et  avec  une  obliquité  telle  que  si  le  bout  du 
fragment  taillé  en  pointe  n’a  pas  percé  la  peau  de  prime  abord,  il  la  soulève  plus  tard  avec 
tant  de  force  qu’elle  s’ulcère  ou  se  gangrène,  et  qu’une  fracture  simple  se  trouve  trans¬ 
formée  en  une  fracture  compliquée  des  plus  graves.  Si  cette  fatale  conséquence  parvient 
à  être  évitée,  il  reste  toujours  une  saillie  telle  du  fragment  en  question  que  la  jambe  en  de¬ 
meure  difforme,  les  téguments  amincis  et  toujours  disposés  à  s’ulcérer  ;  et  enfin  trop  sou¬ 
vent  la  réunion  des  deux  fragments  est  anguleuse,  l’angle  saillant  en  avant  et  en  dedans, 
et  à  la  difformité  se  joint  une  claudication  irrémédiable,  et  quelquefois  la  triste  nécessité  de 
garder  les  béquilles  toute  la  vie.  J’ai  vu  un  cas  dans  lequel  la  peaufut  ainsi  perforée;  le  bout 
du  fragment  se  nécrosa  ;  des  fusées  purulentes  effroyables  dévastèrent  la  jambe,  et  une 
consultation  fut  réunie  pour  agiter  la  question  de  l’amputation  de  la  cuisse.  Le  blessé 
échappa  à  cette  douloureuse  extrémité  et  conserva  son  membre;  mais  au  prix  de  com¬ 
bien  de  douleurs,  d’incisions,  de  contr’  ouvertures,  et  de  temps,  c’est  ce  que  l’on  peut 
facilement  présumer.  Quant  à  des  sujets  guéris  avec  une  consolidation  vicieuse  et  les 
tristes  conséquences  que  j’ai  signalées,  j’en  ai  vu  à  Bicêtre  de  si  nombreux  exemples 
qu’à  la  fin  j’avais  renoncé  à  en  recueillir  les  observations.  Ils  venaient  à  cet  hospice  de 
presque  tous  les  hôpitaux  de  la  capitale;  c’est-à-dire  que  devant  des  lésions  aussi  graves 
tous  les  chirurgiens  se  trouvaient  également  impuissants  et  désarmés. 

Il  pourrait  dès  lors  sembler  étrange  que  l’on  ait  tellement  négligé  la  thérapeutique 
de  ces  fractures  obliques,  si  des  négligences  et  des  lacunes  toutes  pareilles  ne  se  ren¬ 
contraient  à  chaque  pas  en  chirurgie.  Pott  dit  qu’un  chirurgien  de  son  temps  avait 
imaginé  une  machine  analogue  au  tourniquet  de  J.-L.  Petit,  et  n’avait  pas  craint 
d’en  faire  usage  dans  une  fracture  simple  de  la  jambe,  qui  se  convertit  promptement 
en  fracture  compliquée.  Pott  lui-même,  attribuant  la  saillie  de  l’un  des  fragments  au 
poids  de  l’autre,  joint  à  l’action  musculaire,  prétendait  y  remédier  toujours  par  la  posi¬ 
tion,  M.  Mayor  a  bien  vu  que  la  pression  était  nécessaire  et  a  préconisé  ses  cravates. 


MALGAIGNE. — TRAITEMENT  DES  FRACTURES  TRÈS  OBLIQUES  DE  LA  JAMBE.  295 

Dupuytren,  pour  le  cas  très  analogue  de  la  luxation  du  pied  en  arrière,  exerçait 
une  compression  toute  semblable  à  l’aide  d’un  bandage  roulé. 

J’ai  publié  autrefois  l’ histoire  d’une  luxation  de  ce  genre,  favorisée  par  une  fracture 
oblique  du  tibia  ;  Dupuytren  appliqua  son  bandage  roulé,  qui  ne  réussit  jamais  à  réduire 
la  saillie,  et  qui,  dès  le  7e  jour,  avait  produit  une  escarre  superficielle.  L’interne  eut 
alors  la  même  idée  que  le  chirurgien  dont  parle  Pott  ;  il  se  servit  du  tourniquet  ;  au 
bout  de  24  heures  il  y  avait  des  traces  de  gangrène.  Chez  notre  aliéné  nous  avons 
essayé  la  position,  les  cravates,  et  bien  d’autres  choses  encore;  tout  a  également 
échoué. 

En  désespoir  de  cause,  M.  Laugier,  marchant  sur  les  traces  de  M.  Meynier  d’Ornans, 
a  tenté  la  section  sous-cutanée  du  tendon  d’Achille;  et,  avant  d’en  savoir  l’issue, 
j’avais  moi-même  été  séduit  par  l’apparente  simplicité  de  ce  moyen.  M.  Laugier  a 
loyalement  rendu  compte  des  conséquences;  l’observation  mérite  d’être  rappelée. 

C’était  «un  cas  de  fracture  de  la  jambe  dans  le  voisinage  de  l’articulation  du  pied,  avec 
déplacement  de  l’extrémité  inférieure  (sic)  du  tibia  en  avant.  La  réduction  n’avait  pas  été 
tout  à  fait  complète;  la  peau  tendue  au  devant  de  l’extrémité  du  tibia  avait  une  teinte  rouge 
qui  faisait  craindre  une  inflammation  prochaine  et  probablement  la  gangrène.  Les  muscles 
gastro-cnémiens  me  parurent  tendus  et  raccourcis  ;  la  section  du  tendon  d’Achille  était  le 
moyen  le  plus  prompt  et  le  plus  efficace  pour  faire  cesser  cette  contraction,  et  peut-être 
aussi  pour  obtenir  la  réduction  parfaite  de  la  fracture.  Elle  fut  pratiquée,  et  la  saillie  du  tibia, 
sans  avoir  disparu  tout  à  fait,  diminua.  Mais  au  bout  de  quelques  jours  un  phlegmon  se  dé¬ 
veloppa  sur  le  trajet  qu’avait  parcouru  le  ténotome;  une  fusée  purulente  s’étendit  au  devant 
du  bout  supérieur  du  tendon  d’Achille  et  des  muscles  du  mollet  ;  d’autres  foyers  purulents 
s’établirent  autour  des  foyers  de  la  fracture,  et  après  avoir  résisté  plusieurs  semaines  à  ces 
accidents,  le  malade  finit  par  succomber.  » 

Cela  suffirait  bien  pour  retenir  déjà  quelque  peu  les  praticiens  qui  seraient  tentés 
de  recourir  à  la  ténotomie;  mais  d’autres  études  que  j’ai  entreprises  depuis  lors 
me  rendraient  tout  aussi  réservé,  quand  même  la  section  du  tendon  d’Achille 
n’aurait  jamais  été  si  funeste.  On  dit  qu’elle  a  mieux  réussi  à  un  habile  professeur 
de  la  Faculté  dans  deux  cas  du  même  genrè;  mais  les  observations  n’étant  pas 
encore  publiées,  nous  ne  savons  pas  ce  qu’a  produit  cette  section  sur  les  forces  mus¬ 
culaires  et  sur  la  marche  des  sujets.  On  coupe  beaucoup  trop  de  muscles  et  de 
tendons,  à  mon  avis;  et  il  serait  désirable  que  l’on  sût  à  l’avance  un  peu  mieux 
ce  qu’on  fait,  c’est-à-dire  à  quoi  l’on  expose  ses  malades.  J’aurai  occasion  de  revenir 
sur  cette  question. 

D’où  vient  cependant  la  résistance  opiniâtre  de  ces  fractures  à  une  juste  coaptation  ? 
M.  Laugier,  pour  la  saillie  en  avant  du  fragment  inférieur,  accuse  presque  exclusivement 
les  muscles  du  talon.  S’il  en  était  ainsi,  la  flexion  du  genou  suffirait  pour  anéantir  ou 
du  moins  affaiblir  beaucoup  leur  action  ;  et  cependant  dans  cette  position  la  saillie  persiste, 
et  s’accroît  même  si  l’on  porte  la  flexion  trop  loin.  Pour  moi,  luttant  contre  le  fragment 
supérieur,  où  je  recueillais  mon  observation,  j’étais  plus  frappé  de  l’influence  des  muscles 
rotuliens.  Aujourd’hui  j’admets  non-seulement  l’action  des  uns  et  des  autres,  mais  celle 
de  tous  les  muscles  de  la  jambe  ;  et  j’ajoute  qu’il  y  a  un  autre  obstacle  encore.  Sans 
cela,  comment  M.  Laugier  en  coupant  le  tendon  d’Achille,  comment  moi-même  dis¬ 
posant  de  la  formidable  puissance  de  ma  vis,  n’aurions-nous  pu  arriver  qu’à  une  réduc¬ 
tion  incomplète?  Il  faut  qu’il  y  ait  là  un  obstacle  mécanique  ;  et,  après  mûres  réflexions, 
je  présume  que  cet  obstacle  est  dû  à  trois  causes,  isolées  ou  réunies.  Premièrement, 
il  y  a  un  léger  degré  de  chevauchement,  très  facile  à  constater  sur  les  pièces  sèches  de 
nos  musées  ;  et  on  comprend  que  la  pointe  du  fragment  antérieur  ne  saurait  s’ajuster 
dans  l’échancrure  de  l’autre,  si  elles  ne  sont  pas  exactement  de  niveau.  Deuxièmement, 
même  au  niveau,  les  fractures  ne  sont  pas  si  nettes  que  nos  traités  classiques  le  donne¬ 
raient  à  croire;  et  le  plus  souvent  elles  offrent  des  dentelures  et  des  anfractuosités 
multipliées,  qui  ont  besoin  de  se  rencontrer  toutes  pour  que  la  réduction  soit  bien  parfaite, 


m 


TUA  VAUX  ORIGINAUX. 


Enfin ,  pour  la  fracture  de  la  jambe  en  particulier ,  f  un  des  fragments  du  péroné 
porté  aussi  devant  l’autre ,  et  sur  lequel  la  coaptation  n’a  pas  de  prise,  est  arrêté 
par  ce  dernier  dans  les  efforts  qu’on  fait  pour  refouler  la  saillie  du  tibia  en  arrière, 
et  aide  encore  à  la  résistance.  Au  reste,  on  ne  saurait  affirmer  que  cette  résistance 
sera  toujours  invincible,  puisque,  dans  le  cas  delà  luxation  de  Dupuytren,  qui  n’était  à 
vrai  dire  qu’une  fracture  oblique  du  tibia,  le  tourniquet  avait  fait  disparaître  toute 
saillie  appréciable. 

Qu’importent  après  tout  et  la  nature  des  obstacles  et  le  degré  variable  du  succès  qu’il 
est  permis  d’espérer?  Il  y  a  là,  devant  vous,  en  face,  un  immense  péril,  qu’il  est  de 
votre  devoir  de  conjurer.  Avez-vous  même  le  choix  des  moyens  ?  Non  ;  pour  mon 
propre  compte,  je  ne  saurais  dire  que  j’en  connaisse  unautre  que  celui  que  j’ai  été 
forcé  d’innover. 

La  question  de  nécessité  ainsi  résolue,  la  question  d’efficacité,  quand  on  considère  la 
puissance  de  l’instrument,  n’offrant  guères  plus  de  doute,  il  reste  la  question  d’inno¬ 
cuité.  A  en  juger,  non-seulement  par  notre  premier  fait,  mais  encore  par  les  résultats 
analogues  obtenus  pour  des  fractures  de  la  rotule,  la  méthode  tiendrait  plus  qu’il  n’était 
permis  de  lui  demander.  Point  de  nécrose  ni  de  carie,  point  de  gonflement  du  périoste 
ni  de  l’os,  point  de  suppuration  dans  les  parties  molles;  le  seul  inconvénient  grave  est  la 
douleur  et  l’escarre  déterminées  par  la  pression  du  talon.  Cependant  l’état  mental  du 
blessé  laissait  désirer  quelque  chose  de  plus  net  sur  l’intensité  de  la  douleur  produite 
par  la  piqûre,  sur  cette  tension  du  jarret  et  quelques  autres  phénomènes  du  môme 
genre;  en  outre,  son  indocilité  n’avait  pas  permis  de  poussér  le  traitement  nou¬ 
veau  jusqu’à  son  terme;  et  il  fallait  enfin  s’assurer  si  le  glissement  de  la  pointe,  si  le 
relâchement  de  la  striction  pouvaient  être  évités.  Une  occasion  favorable  s’est  récem¬ 
ment  présentée  dans  mon  service  à  l’hôpital  des  Cliniques  ;  et  dans  ce  fait  nouveau  on 
pourra  mieux  juger  de  la  valeur  réelle  de  la  méthode,  les  circonstances  ayant  été 
plus  favorables,  et  tout  le  monde,  le  chirurgien,  les  aides  et  le  malade,  ayant  fait 
leur  devoir. 

Obs.  IL — André  Fers,  plombier,  âgé  de  52  ans,  d’une  santé  florissante  et  d’une  bonne 
constitution,  revenait  chez  lui  le  1  8  mai  1843,  à  9  heures  du  soir,  par  un  chemin  de  traverse, 
lorsqu’il  trébucha  tout  à  coup,  le  pied  gauche  ayant  porté  à  faux;  il  perdit  l’équilibre 
et,  dans  sa  chute,  se  cassa  la  jambe.  Il  resta  ainsi  étendu  jusqu’à  trois  heures  du  matin, 
que  des  pêcheurs  le  virent  et  le  rapportèrent  chez  lui.  Il  se  tint  au  lit  toute  la  journée  du 
19,  sans  rien  faire  autre  chose  que  d’arroser  sa  jambe  avec  de  l’eau  fraîche;  le  20  de 
bon  matin  on  le  coucha  dans  une  voiture  et  on  l’amena  à  Paris,  d’une  distance  d’environ 
quatre  lieues.  Il  fut  immédiatement  présenté  et  admis  à  la  Clinique. 

La  jambe  gauche  présentait  à  sa  partie  inférieure  un  gonflement  irrégulier,  avec  dé¬ 
formation  manifeste,  le  pied  déjeté  en  dehors,  une  saillie  anormale  du  tibia  en  dedans 
au  dessus  de  sa  malléole.  La  peau  était  fortement  ecchymosée,  d’un  rouge  violacé, 
mollasse ,  et  comme  distendue  par  une  extravasation  de  sang  sous-cutanée.  A  5 
centimètres  environ  au  dessus  de  la  malléole  était  une  petite  plaie  saignante  de  quel¬ 
ques  millimètres  d’étendue,  que  le  malade  disait  avoir  été  produite  par  l’issue  du 
fragment  supérieur.  Les  deux  os  étaient  manifestement  fracturés,  et  l’extrême  mobilité 
du  bas  de  la  jambe  ne  laissait  à  cet  égard  aucun  doute  ;  mais  le  péroné  fort  au  dessus 
du  tibia,  et  sa  fracture  cachée  dans  les  chairs  se  dérobait  à  une  exploration  précise. 
Quant  au  tibia,  la  fracture  était  très  oblique  de  haut  en  bas,  d’arrière  en  avant,  et  de 
dehors  en  dedans,  de  telle  sorte  que  son  extrémité  très  aiguë  était  découpée  en  grande 
partie  sur  la  face  interne.  Le  fragment  supérieur  était  déjeté  fort  en  dedans  de  l’autre^ 
et  faisait  en  même  temps  saillie  en  avant.  Je  reconnus  la  fracture  en  bec  de  flûte,  et  je 
prévins  les  élèves  des  difficultés  du  traitement.  Cependant,  pour  ne  rien  brusquer,  je 
commençai  par  tenter  la  réduction  à  l’ordinaire  ;  tout  d’abord  je  repoussai  en  dehors  le 
fragment  supérieur  pour  l’écarter  de  la  plaie  extérieure,  ce  qui  se  fit  aisément;  et  la  saillie 


MALGAIGNE. — TRAITEMENT  DES  FRACTURES  TRÈS  OBLIQUES  DE  LA  JAMBE.  297 

parut  dès  lors  dirigée  presque  directement  en  avant.  Je  fis  faire  l’extension  et  la  contre- 
extension,  placer  une  planchette  sous  le  membre,  disposer  deux  coussins  avec  deux  at¬ 
telles  latérales,  soulever  le  talon  et  attirer  le  pied  en  dedans.  Ni  compresses,  ni  bandes; 
je  voulais  avoir  sous  les  yeux  toute- la  face  antérieure  de  la  jambe,  qui  n’était  recouverte 
que  par  les  lacs  nécessaires  pour  maintenir  l’appareil.  Un  peu  de  charpie  imbibée  de 
sang  fut  collée  sur  la  petite  plaie. 

Le  lendemain  21,  la  saillie  en  avant  était  aussi  forte  que  jamais.  La  veille,  le  membre 
était  resté  froid  ;  le  soir  et  toute  la  nuit,  bien  que  tenu  à  une  diète  absolue,  le  malade 
avait  eu  un  mouvement  fébrile  très  prononcé,  qui  ne  s’était  calmé  qu’au  matin  ;  enfin 
il  n’avait  pas  uriné  depuis  24  heures.  On  le  sonda;  et  la  rétention  d’urine  ne  reparut 
plus. — Réapplication  de  l’appareil;  diète. 

Le  22 ,  pas  de  fièvre  ;  le  malade  a  dormi ,  toutefois  fréquemment  réveillé  en  sursaut 
par  des  tiraillements  de  la  jambe,  comme  si  quelqu’un,  disait-il,  la  lui  soulevait  brus¬ 
quement.  La  saillie  revient  toujours  ;  je  fais  commander  à  M.  Charrière ,  sans  délai ,  un 
appareil  à  pointe. — Bouillons. 

Le  23,  l’appareil  fut  placé.  Le  blessé  jeta  un  cri  lors  de  l’entrée  de  la  vis;  il  crai¬ 
gnait  beaucoup  son  action  sur  l’os,  et  fut  agréablement  surpris  de  ne  sentir  de  douleur 
qu’à  la  peau.  J’avais  prescrit  des  pilules  d’opium  au  cas  où  la  douleur  persisterait;  mais 
elle  avait  cessé  spontanément  au  bout  de  dix  minutes.  La  vis  parut  ici  remplir  admira¬ 
blement  sa  fonction  ;  et  toute  saillie  disparut  au  niveau  de  la  crête  tibiale. 

Le  24,  la  nuit  a  été  bonne,  bien  que  troublée  encore  par  quelques  soubresauts  de  la 
jambe.  L’appétit  augmente;  seulement  le  malade  s’inquiète  de  son  avenir,  et  ne  se  rassure 
qu’à  grand’ peine  quand  je  lui  ai  affirmé  qu’il  marcherait  comme  auparavant.  On  resserre 
la  vis  qui  paraît  un  peu  relâchée. 

Dans  la  journée  du  24,  le  malade  commença  à  se  plaindre  vivement  du  talon.  Vaine¬ 
ment  on  l’avait  posé  sur  de  la  ouate;  et  tout  aussi  vainement  on  chercha  à  localiser  la 
pression  au  dessus  du  calcanéum  et  sur  le  tendon  d’Achille.  Les  douleurs  allèrent  en 
croissant  ;  la  nuit  fut  sans  sommeil,  et  enfin  vers  3  heures  du  matin,  le  blessé  n’en  pou¬ 
vant  plus,  fit  appeler  l’interne  de  garde,  réclamant  du  soulagement  à  tout  prix.  L’appa¬ 
reil  était  en  parfait  état;  l’interne  ne  voulant  pas  y  toucher,  administra  une  pilule  de 
5  centigrammes  d’opium.  Une  heure  après,  la  douleur  était  presque  entièrement  calmée. 
On  donna  3  autres  pilules  dans  la  journée  du  25;  et  dès  lors  la  douleur  du  talon  ne 
reparut  plus  que  très  affaiblie. 

Tout  alla  bien  les  jours  suivants;  le  29,  comme  le  blessé  n’avait  pas  été  à  la  selle 
depuis  son  entrée,  on  administra  15  grammes  d’huile  de  ricin  qui  procurèrent  quatre 
selles,  et  le  lendemain  on  donna  des  aliments  solides. 

Le  31,  la  saillie  avait  quelque  peu  reparu  ;  je  reconnus  que  la  courroie  qui  devait  fixer 
mon  arc  de  cercle  s’était  fort  allongée;  il  fallait  en  resserrer  la  boucle,  et  pour  cela 
dégager  d’abord  la  pointe.  La  boucle  resserrée,  je  cherchai  à  replacer  la  vis  dans  le 
môme  trou,  ce  qui  fut  difficile  et  pénible;  mais  la  petite  douleur  causée  par  cette  ma¬ 
nœuvre  ne  dura  pas  plus  de  quelques  minutes.  Dès  ce  moment  il  ne  fut  plus  besoin  de 
toucher  à  l’appareil;  les  fragments  étaient  comme  cloués  l’un  à  l’autre;  et  cependant, 
chose  curieuse  et  dont  je  ne  me  rends  pas  encore  bien  compte,  nous  pouvions  mouvoir  le 
pied  sans  secousse  et  sans  effort  dans  son  articulation  tibio-tarsienne. 

Jusqu’au  31,  il  n’y  avait  pas  même  eu  de  rougeur  autour  de  la  piqûre.  Le  1er  juin,  il 
se  forma  autour  de  la  pointe  une  petite  croûte  jaune,  produit  sans  doute  de  l’ irritation 
excitée  la  veille  ;  je  crus  qu’il  y  aurait  de  la  suppuration,  mais  point  ;  et  les  choses  restè¬ 
rent  dans  cet  état  jusqu’au  20  juin.  Durant  cet  espace  de  temps,  le  malade  n’accusa  que 
quelques  soubresauts  qui  allaient  en  diminuant  de  -force  et  de  fréquence  ;  sa  principale 
souffrance  était  un  engourdissement  étrange  du  talon  et  de  toute  la  plante  du  pied  ;  et  il 
suffisait  pour  le  calmer  de  changer  le  coton  disposé  sous  le  tendon  d’Achille. 

Le  20  juin,  33e  jour  de  la  fracture,  28e  de  l’application  de  la  pointe,  celle-ci  fut  re¬ 
tirée,  sans  douleur,  sans  suintement  de  pus  ni  de  sang;  la  consolidation  paraissait  faite, 


298 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


mais  sans  trace  de  cal  provisoire  ;  au  contraire,  le  gonflement  des  parties  molles  ayant  en 
entier  disparu,  nous  pûmes  sentir  en  arrière  de  la  face  interne  du  tibia  une  petite  saillie 
d  un  à  2  millimètres  environ  de  tout  le  bord  tranchant  du  fragment  supérieur,  qui  dé¬ 
bordait  l’autre  en  dedans  ;  en  revanche,  il  était  impossible  de  constater  la  moindre  saillie 
le  long  du  bord  antérieur.  Sous  le  calcanéum ,  on  reconnut  une  petite  escarre  sèche  et 
noire  de  la  grandeur  de  l’ongle. 

Je  laissai  encore  14  jours  le  malade  dans  son  lit,  pour  assurer  la  consolidation,  en  lui 
recommandant  toutefois  d’imprimer  des  mouvements  au  membre.  Dès  le  lendemain  de 
l’ablation  de  l’appareil,  la  piqûre  avait  été  recouverte  d’une  croûte  de  bonne  nature  qui 
tomba  d’elle -même  sans  suppuration.  La  petite  plaie  faite  par  le  fragment  était  depuis 
longtemps  guérie. 

Le  4  juillet,  l’escarre  du  talon  tombée  et  la  plaie  cicatrisée,  le  malade  commença  à 
marcher.  Il  avait  les  jointures  assez  roides;  il  y  avait  même  un  peu  de  synovie  épanchée 
dans  le  genou;  quelques  jours  d’exercice  la  lirent  résorber.  Dès  le  10  juillet  le  malade 
ne  se  servait  plus  que  d’une  béquille.  Le  20,  il  désira  quitter  l’hôpital;  le  genou  ne  se 
pliait  encore  qu’à  angle  droit.  Je  l’ai  revu  trois  semaines  plus  tard,  marchant  sans  bâton, 
bien  que  la  flexion  du  genou  ne  fût  pas  encore  complète;  et  de  temps  à  autre,  il  ressen¬ 
tait  un  peu  d’engourdissement  dans  la  plante  du  pied.  Du  reste,  ni  gonflement  ni  œdème 
nulle  part,  ni  près  de  la  fracture,  ni  près  de  la  pointe,  et  nulle  douleur  dans  l’un  et 
l’autre  point. 

Cette  observation  n’a  pas  besoin  de  commentaire;  le  fait  parle  de  lui-même  et  plus 
haut  que  ne  le  feraient  toutes  réflexions.  J’ajouterai  seulement  quej’ai  fait  voir  l’appa¬ 
reil  appliqué  et  constater  l’absence  de  suppuration,  d’abord  aux  nombreux  élèves  em¬ 
pressés  autour  de  ce  malade,  qui  était  alors  le  joyau  de  la  Clinique,  à  plusieurs  chirur¬ 
giens  mes  collègues  dans  les  hôpitaux  et  à  la  Faculté,  à  tous  ceux,  en  un  mot,  qui  ont 
bien  voulu  me  faire  l’honneur  de  le  visiter. 


lîe  quelques  moiles  «le  affilés*  s  son»  BaatiBi*eïïe@  des  Iterwies, 

et  particulièrement  du  rôle  du  collet  du  sac  dans  ces  guérisons;  par 

M.  Ifc  OUST  AM,  D.  M.  P. 

La  question  de  la  cure  radicale  des  hernies,  depuis  quelques  années,  a  fortement 
préoccupé  les  chirurgiens.  D’abord  on  a  recherché  ce  que  pourraient  produire  les  moyens 
les  plus  simples,  le  séjour  au  lit  prolongé,  l’application  du  bandage,  les  pelotes  médica¬ 
menteuses  ;  après  quoi,  le  désir  de  résultats  plus  rapides  et  aussi  plus  certains  a  fait 
recourir  à  toutes  sortes  de  procédés  opératoires,  qui  ont  eu  tour  à  tour  leurs  jours  de 
triomphe  et  leur  période  de  discrédit  et  d’oubli.  La  plupart  de  ces  procédés  sont  délais¬ 
sés  aujourd’hui  par  leurs  propres  inventeurs;  sans  doute  parce  que  leur  application  était 
demeurée  trop  empirique,  et  que  l’on  n’avait  pas  suffisamment  étudié  les  indications  et  les 
contre-indications.  La  chirurgie  ne  réussit  jamais  si  bien  que  quand,  prenant  la  nature 
pour  guide,  elle  l’imite  dans  ses  procédés,  elle  la  seconde  sans  vouloir  lui  faire  changer 
ses  voies,  sans  lui  demander  plus  qu’on  ne  saurait  obtenir. 

Or,  il  n’y  a  guère  qu’un  quart  de  siècle  que  l’on  s’est  occupé  sérieusement  de  recher¬ 
cher  comment  la  nature  procède  à  la  guérison  des  hernies.  Auparavant,  on  peut  bien 
rencontrer  quelques  cas  de  cures  merveilleuses,  quelques  essais  de  théorie  tentés  au 
hasard  ;  mais  il  faut  arriver  à  M.  J.  Cloquet  pour  voir  enfin  l’anatomie  pathologique 
scrupuleusement  interrogée  sur  ce  point  important,  aussi  bien  que  sur  beaucoup  d’au¬ 
tres.  M.  J.  Cloquet  se  présentait  le  premier  dans  cette  voie  nouvelle ,  avec  six  cents 
dessins,  cinq  cents  observations,  deux  cents  préparations  anatomiques  ;  véritable  travail 
d’hercule  qui  fut  suivi  d’un  long  repos.  Tout  récemment  enfin,  M.  Demeaux,  dans  un 
intéressant  mémoire  sur  V évolution  du  sac  herniaire,  a  repris  la  question  à  peu  près  au 
point  où  M.  J.  Cloquet  l’avait  laissée,  et  a  cherché  à  déterminer  plus  nettement  le  rôle 
du  collet  du  sac  dans  l’oblitération  du  sac  herniaire. 


RÔUSTAN.  *— DE  QDELOUES  modes  de  guérisons  naturelles  des  hernies.  299 

M.  Demeaux  s’appuie  sur  une  soixantaine  de  dissections,  chiffre  déjà  recommandable 
sans  doute,  mais  qui  demeure  bien  faiblQ  en  comparaison  des  autopsies  dues  à  M.  J. 
Cloquet  ;  et  peut-être  les  conclusions  du  nouvel  auteur  pèchent-elles  surtout  parce  qu’il 
n’a  pas  eu  à  examiner  un  nombre  de  faits  plus  considérable.  Je  me  propose,  dans  ce 
travail,  d’étudier  quelques-uns  des  modes  suivis  par  la  nature  pour  la  guérison  des 
hernies,  et  de  contrôler  en  passant  la  théorie  trop  facilement  adoptée  par  M.  Demeaux. 
Durant  deux  années  passées  dans  le  service  chirurgical  de  Bicêtre,  j’avais  été  spéciale¬ 
ment  chargé  par  M.  Malgaigne,  et  sous  sa  direction,  de  l’examen  des  bernieux,  de  l’ap¬ 
plication  des  bandages,  et  enfin  des  autopsies;  j’ai  pu  voir  ainsi  en  très  peu  de  temps 
plus  de  mille  hernies  sur  le  vivant,  et  faire  plus  de  cinq  cents  dissections  ;  et  c’est  à  cette 
source  féconde  que  j’ai  puisé  les  idées  que  je  vais  développer  tout  à  l’heure. 

Avant  d’entrer  en  discussion,  disons  d’abord  qu’on  entend  généralement  par  collet , 
l’orifice  du  sac  renforcé,  épaissi  par  des  cicatrices  ou  stigmates  (1).  Pour  M.  Demeaux, 
cet  épaississement  du  collet  est  bien  dû  quelque  peu  aux  adhérences  des  plis  du  péritoine 
froncé  par  l’anneau  qui  livre  passage  à  la  hernie  ;  mais  par  dessus  toutes  choses,  dans 
son  origine  et  dans  son  développement,  le  collet  serait  une  transformation  du  tissu  cellu¬ 
laire  péritonéal  en  tissu  de  nature  dartoïque  et  même  musculaire  ,  et  plus  tard  en  tissu 
fibreux.  Voici  comment  cette  transformation  s’opère;  dès  que  le  sac  herniaire  a  complè¬ 
tement  franchi  les  anneaux,  le  tissu  cellulaire  sous-séreux,  au  niveau  de  son  orifice, 
devient  le  siège  d’un  nisus  formativus  qui  se  traduit  par  une  injection  périphérique; 
plus  tard,  si  les  viscères  ne  tiennent  pas  cet  orifice  distendu,  le  tissu  dartdique  qui  con¬ 
stitue  le  collet  commence  à  se  montrer  là  où  existent  les  plis  du  péritoine.  Plus  tard 
encore  ce  tissu  s’épaissit,  se  resserre,  présente  la  dureté  et  la  résistance  du  tissu  fibreux  ; 
et  le  resserrement  du  collet  faisant  toujours  des  progrès,  aboutit  enfin  à  son  oblitération 
complète. 

Je  suis  entièrement  de  l’opinion  que  M.  Demeaux  quant  au  point  par  lequel  débute 
le  collet;  quant  à  l’injection,  je  ne  l’ai  jamais  vue,  et  si  c’était  ici  le  lieu,  je  pourrais  citer 
des  cas  de  hernies  récentes  sur  lesquelles  je  l’ai  vainement  cherchée.  Du  reste,  cette 
injection,  nécessaire  peut-être  dans  la  théorie  de  l’auteur,  ne  l’est  en  aucune  façon  pour 
la  formation  des  stigmates.  J’ai  observé  un  bien  grand  nombre  de  ces  derniers,  et 
en  les  examinant  avec  soin,  j’ai  toujours  cru  pouvoir  les  attribuer  à  des  adhéren¬ 
ces  de  la  séreuse,  dont  les  unes,  comme  l’a  très  bien  vu  M.  J.  Cloquet,  se  font  comme 
par  dessèchement  des  surfaces  séreuses  en  contact,  les  autres  à  la  suite  des  phlegmasies 
de  cette  membrane.  M.  J.  Cloquet  a  parfaitement  éclairci  ce  point  de  doctrine;  et  je  me 
bornerai,  pour  l’intelligence  des  faits,  à  rapporter  deux  observations  qui  viennent  à 
l’appui  de  cette  manière  de  voir. 

Obs.  Ire. — Le  nommé  Lecoq,  soumis  àmon  examen  le  23  juin  1842,  ne  présentait  alors  rien 
de  notable  aux  aines,  soit  qu’on  le  fît  tousser  ou  se  baisser.  Il  n’avait  jamais  eu  non  plus  de 
hernies  avant  cette  époque.  Du  jour  de  son  inspection  au  jour  de  son  décès,  il  ne  se  plaignit 
d’aucune  douleur  aux  aines,  et  ne  demanda  point  de  bandage.  II  mourut  le  12  décembre  de  la 
même  année;  voici  le  résultat  de  l’autopsie  faite  27  heures  après  la  mort. 

Du  côté  gauche,  on  voit  dans  l’anneau  crural  un  infundibulum  du  péritoine  qui  pourrait 
bien  loger  une  noix;  l’orifice  en  est  évasé  et  plus  large  que  le  fond.  Injection  capillaire  uni¬ 
forme  de  tout  le  sac,  excepté  en  dedans,  au  point  où  le  péritoine  se  réfléchit  du  ligament  de 
Gimbernat  dans  le  canal;  on  voit  là  un  stigmate  unique,  d’un  blanc  mat,  formé  par  la  sou¬ 
dure  de  quelques  plis  du  péritoine  ramassés  en  ce  point,  et  affectant  la  direction  d’une  ligne 
qui,  du  fond  du  sac,  se  porterait  vers  la  symphyse  pubienne  et  la  ligne  blanche.  Ces  plis  sont 
fixés  par  une  bride  horizontale  de  deux  millimètres  de  hauteur,  au  dessous  de  laquelle  ils  se 
terminent;  de  telle  sorte  que  cette  bride,  fixée  d’avant  en  arrière  par  ses  extrémités  qui  se 
perdent  sur  le  péritoine,  est  légèrement  soulevée  sur  ses  côtés  par  ces  plis  qui  se  portent  au 


(1)  M.  J.  Cloquet  a  désigné  sous  ce  nom  les  cicatrices  que  l’on  observe  sur  la  séreuse  des 
sacs  herniaires;  ces  stigmates  sont  de  grandeur  et  d’épaisseur  variables,  ils  ne  sont  quelque¬ 
fois  dus  qu’à  un  peu  de  lymphe  qui  s’est  organisée  là  même  où  elle  a  transsudé. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


3ÔD 

dessous  d’elle.  Le  sac  enlevé  avec  le  péritoine  de  la  région  iliaque  conserve  à  peu  près  sa 
forme,  déterminée  par  le  stigmate  que  j’ai  décrit. 

Quelle  était  la  structure  de  ce  stigmate?  Il  est  difficile  de  voir  là  autre  chose  qu’une 
simple  adhérence  des  plis  de  l’orifice  du  sac.  Cette  bride  fixée  par  ses  extrémités,  et 
presque  libre  à  la  partie  moyenne ,  se  portant  d’un  pli  à  l’autre  à  la  manière  d’un  pont, 
est  une  marque  certaine  que  la  face  libre  du  péritoine  a  seule  été  le  siège  d’un  travail 
pathologique.  Maintenant  ce  travail  a-t-il  été  déterminé  par  l’inflammation,  ou  bien 
serait-ce  simplement  une  adhérence  par  dessèchement  des  surfaces  séreuses?  Tout  ce 
qu’on  peut  dire  à  cet  égard,  c’est  que  rien,  ni  pendant  la  vie,  ni  sur  le  cadavre,  n’a  pu 
faire  supposer  une  réaction  inflammatoire.  Quelle  que  soit  du  reste  la  cause  qui  a  pré¬ 
sidé  à  la  formation  du  stigmate,  il  n’en  est  pas  moins  vrai  qu’il  n’a  pris  naissance  que 
dans  la  soudure  des  plis.  Dans  l’observation  qui  va  suivre,  on  trouvera  décrite  une  autre 
sorte  de  stigmate  dont  la  cause  cette  fois  bien  manifeste  était  une  inflammation. 

Obs.  II.— Labuglie,  âgé  de  87  ans,  employé  de  la  direction  de  Bicêtre,  entra  à  l’infirmerie 
le  15  mars  à  midi,  et  mourut  à  quatre  heures,  sans  avoir  pu  être  examiné  ni  par  le  chef  ni  par 
les  élèves  du  service.  Comme  il  portait  dans  le  côté  gauche  du  scrotum  une  hernie  volumi¬ 
neuse  et  dans  un  état  de  tension  assez  prononcé,  je  fus  chargé  d’en  faire  l’autopsie;  mais 
auparavant  je  voulus  connaître  les  antécédents  et  voici  ce  que  j’ai  appris:  Depuis  trois  mois 
ce  vieillard  était  affecté  d’un  rhume,  auquel  s’étaient  joints,  quinze  jours  avant  la  mort,  des 
coliques  et  du  dévoiement;  craignant  peut-être  de  perdre  sa  place  s’il  montait  à  l’infirmerie, 
ce  malheureux  cachait  son  état;  on  le  voyait  seulement  plus  courbé  et  avec  une  démarche 
traînante;  enfin,  dans  les  trois  derniers  jours,  les  coliques  et  le  dévoiement  étaient  devenus 
tellement  violents,  qu’il  ne  pouvait  plus  prendre  un  instant  de  repos;  et  la  douleur  lui  arra¬ 
chait  des  gémissements  continuels. 

Le  bandage  qu’il  portait  dans  les  derniers  temps,  était  double,  et  le  ressort  du  côté  gauche 
rompu  au  collet;  il  l’avait  raccommodé  avec  une  lame  de  fer  blanc  assujettie  par  une  ficelle 
pour  rétablir  la  continuité  du  ressort.  Comme  on  le  pense  bien ,  l’élasticité  de  ce  dernier 
était  nulle,  et  on  pouvait,  sans  beaucoup  d’effort,  en  augmenter  ou  diminuer  la  courbure.  Le 
ressort  du  côté  droit  était  encore  en  assez  bon  état. 

En  méditant  sur  ces  antécédents,  j’étais  arrivé  à  cette  conviction  que  le  sujet  avait  suc¬ 
combé  à  une  péritonite  du  sac,  compliquée  d’entérite:  accidents  développés  par  le  rhume 
d’abord,  aggravés  ensuite  par  le  mauvais  état  du  bandage,  qui  ne  pouvait  plus  maintenir 
sûrement  une  hernie  d’un  pareil  volume. 

Autopsie. — Je  passerai  brièvement  sur  quelques  détails  purement  anatomiques,  parce  qu’ils 
se  rattachent  peu  au  sujet  qui  nous  occupe. 

L’anneau  inguinal  gauche  a  cinq  centimètres  de  largeur;  les  enveloppes  du  sac  herniaire  sont 
un  peu  épaisses,  quoique  encore  assez  distinctes;  je  noterai  seulement  le  développement  exces¬ 
sif  du  crémaster,  dont  quelques  faisceaux  n’ont  pas  moins  d’un  centimètre  de  large  sur  deux 
millimètres  d’épaisseur.  L’abdomen  ouvert,  ce  qui  frappe  au  premier  aspect  ce  sont  les  chan¬ 
gements  de  rapport  du  tube  intestinal:  ainsi  l’S  iliaque  du  côlon  est  contournée  sur  elle-même 
et  placée  en  haut  à  côté  de  l’estomac  et  du  côlon  transverse;  l’épiploon  enfoui  dans  la  masse 
intestinale;  l’intestin  grêle  pelotonné  dans  le  petit  bassin,  et  d’un  rouge  d’autant  plus  foncé 
qu’on  se  rapproche  davantage  de  l’orifice  du  sac  herniaire  gauche;  deux  doigts  peuvent  entrer 
dans  cet  orifice  qui  contient  encore  l’intestin;  on  retire  ensuite  celui-ci,  en  ayant  soin  de  placer 
sur  lui  une.  ligature  pour  séparer  la  portion  contenue  dans  le  sac  de  celle  qui  se  trouve 
dans  l’abdomen. 

Les  deux  orifices  du  canal  présentent  encore  un  peu  d’obliquité;  elle  est  due  à  la  résistance 
de  la  lame  réfléchie  du  transverse  qui  n’a  pu  être  repoussée  en  dedans.  Le  sac  ouvert  dans 
toute  sa  hauteur,  il  s’en  écoule  un  peu  de  sérosité;  ses  parois  sont  fortement  injectées,  rouges, 
mais  cette  rougeur  dépasse  à  peine  l’orifice.  Celui-ci  présente  en  dedans  un  stigmate  très  fort, 
marqué  de  quelques  taches  noires  :  en  dehors,  en  haut  et  en  bas,  une  fausse  membrane  récente, 
adhérente  seulement  par  ses  extrémités;  je  ne  saurais  dire,  pourtant,  si  elle  n’adhérait  pas 
aussi  aux  intestins,  ne  l’ayant,  remarquée  qu’après  le  déplacement  de  ces  derniers,  qui  la  ca¬ 
chaient.  Elle  résiste  à  des  tractions  assez  fortes,  et  laisse  après  elle  la  trace  de  ses  adhé¬ 
rences  plus  marquées  aux  extrémités.  On  voit  sur  les  parois  du  sac  une  foule  de  granulations 
et  de  taches  d’un  beau  noir,  qui  en  quelques  points  prennent  l’aspect  piqueté;  au  fond 


ROUSTAN.— DE  QUELQUES  MODES  DE  GUÉRISONS  NATURELLES  DES  HERNIES.  301 

sont  deux  plaques,  larges  de  deux  centimètres  et  de  trois  millimètres  d’épaisseur  ;  ces  plaques 
sont  plus  rouges  que  le  reste  du  sac ,  et  sont  couvertes  entièrement  de  granulations.  On 
trouve  en  outre  quelques  membranes  flottantes,  ou  fixées  par  leurs  extrémités,  ou  dans  toute 
leur  étendue;  la  portion  du  péritoine  qui  constituait  le  sac  a  dix-huit  centimètres  de  hauteur, 
sur  quatorze  de  large  à  la  partie  moyenne  et  onze  trois  quarts  au  collet. 

Les  anses  qui  forment  la  masse  intestinale  contenue  dans  le  sac,  appartiennent  à  l’intestin 
grêle  ;  elles  sont  unies  par  des  fausses  membranes  récentes.  Au  dessous  de  ces  dernières, 
l’intestin  apparaît  rougeâtre  et  comme  tomenteux;  il  est  distendu  par  des  gaz  comme  le 
reste  du  tube  intestinal.  Sur  une  des  anses,  on  trouve  un  noyau  dur,  rougeâtre,  faisant  beau¬ 
coup  plus  de  saillie  du  côté  de  la  séreuse  que  de  la  muqueuse;  ce  noyau  ressemble  à  une 
ecchymose  et  a  cinq  millimètres  d’épaisseur:  l’intestin  ouvert,  on  n’y  trouve  que  quelques 
matières  muqueuses;  la  membrane  muqueuse  est  d’un  rouge  framboisé;  cette  portion  d’in¬ 
testin  était  longue  de  cent  vingt-neuf  centimètres,  et  distante  du  cæcum  de  vingt-cinq  centi¬ 
mètres.  Le  bout  supérieur  présente  une  invagination  de  trente  centimètres  qui,  après  avoir 
été  dévidée ,  tranche  sur  le  reste  des  intestins  par  sa  couleur  normale.  Les  autres  viscères  ne 
présentent  aucune  altération  notable  ;  seulement  le  rectum  est  fortement  contracté  et  sa 
muqueuse  rougeâtre.  L’estomac  contracté  aussi,  quoique  distendu  par  des  gaz,  renferme  un 
liquide  trouble,  dans  lequel  nagent  quelques  flocons  blanchâtres. 

Cette  fausse  membrane  du  côté  externe  de  F  orifice,  aurait  pu,  en  s’organisant  par  la 
suite,  rétrécir  le  collet  du  sac,  et  former  un  stigmate  de  la  deuxième  espèce,  dont  il  est 
question  en  ce  moment.  Je  possède  plusieurs  observations  de  ces  fausses  membranes,  qui, 
en  se  fixant  ainsi  d’un  point  de  l’orifice  à  l’autre,  en  avaient  retranché  la  portion  de  cir¬ 
conférence  qu’elles  sous-tendaient.  J’en  ai  même  vu  d’assez  larges  pour  diviser  le  sac  en 
deux  portions,  et  faire  croire  à  l’existence  d’un  sac  multiple.  Au  total,  d’après  toutes 
mes  observations,  les  stigmates  du  collet  du  sac  ne  sont  donc  que  des  cicatrices 
résultant  d’adhérences  de  la  séreuse;  ces  adhérences  ayant  pour  cause  tantôt  une  in¬ 
flammation,  tantôt  le  dessèchement  des  faces  séreuses  en  contact,  ou,  si  l’on  veut,  une 
sub-inflammation.  Quand  elles  reconnaissent  pour  cause  une  inflammation,  elles  se  font 
par  l’intermédiaire  d’une  quantité  variable  de  lymphe  plastique;  mais  d’autres  fois 
celle-ci  s’organise  sur  le  point  même  où  elle  a  transsudé,  et  ne  donne  lieu  qu’à  un  simple 
épaississement  du  péritoine. 

On  peut  voir  dès  à  présent  quelles  différences  capitales  séparent  la  théorie  de  M.  De- 
meaux  de  celle  que  je  professe.  Pour  lui  le  collet  du  sac  consiste  dans  une  transformation 
du  tissu  cellulaire  sous-péritonéal  ;  pour  moi  il  est  constitué  par  les  adhérences  de  quel¬ 
ques  points  du  péritoine  de  l’orifice  du  sac,  ou  par  l’épanchement  de  la  lymphe  plasti¬ 
que  ;  pour  lui  le  rétrécissement  du  collet  est  dû  à  sa  nature  musculaire;  pour  moi,  à  des 
adhérences  successives  qui  finissent  par  amener  la  guérison.  Je  nie  donc  d’une  manière 
absolue  le  rétrécissement  spontané  du  collet  ;  et  pour  se  convaincre  du  peu  de  fondement 
de  tout  ce  qui  a  été  écrit  à  cet  égard,  il  suffit  d’observer  ce  qui  se  passe  au  collet 
lorsqu’il  est  devenu  épais,  arrondi,  et  formé  par  un  bourrelet  circulaire  qui  ne  lui  per¬ 
met  plus  de  s’affaisser  par  le  rapprochement  de  ses  bords.  Dans  ce  cas  la  guérison  par 
le  collet  du  sac  m’a  toujours  paru  impossible;  et  cette  opinion,  diamétralement 
opposée  à  celle  de  M.  Demeaux ,  sera  suffisamment  légitimée  entre  autres  par  le  fait 
suivant. 

Obs.  IIIe. — Pigeonat,  âgé  de  77  ans,  examiné  au  mois  de  janvier  1842,  ne  présentait  rien 
de  notable  dans  les  régions  inguinales,  sauf  un  peu  d’épaississement  du  cordon  du  côté  droit 
et  de  ses  enveloppes.  Il  avait  eu  autrefois  une  hernie  de  ce  côté  ;  mais  depuis  plus  de  quinze 
ans  elle  avait  entièrement  disparu,  et,  il  avait  cessé  de  porter  bandage  sans  avoir  jamais 
vu  rien  reparaître. 

Ces  renseignements  étaient  courts,  mais  il  devinrent  précieux  lorsque  nous  pûmes  les  com¬ 
parer  avec  les  résultats  de  l’autopsie,  qui  fut  faite  le  28- septembre  1842. 

Autopsie. — La  peau  et  le  fascia  superficialis  enlevés,  on  voit  l’anneau,  des  bords  duquel  se 
dégage  l’enveloppe  la  plus  extérieure  du  cordon  un  peu  épaissie.  Cette  enveloppe  incisée,  et 
la  section  continuée  jusque  sur  l’aponévrose  de  l’oblique  externe,  on  aperçoit  un  sac  à  parois 
épaisses  et  d’un  blanc  jaunâtre  occupant  tout  le  canal  et  l’anneau  inguinal.  Ce  sac  n’est  pas 


302 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


très  adhérent  aux  tissus  ambiants,  excepté  à  son  point  d’émergence.  Sa  cavité  est  sillonnée 
par  des  rides  et  des  plis  profonds  ;  un  doigt  poussé  du  côté  de  son  orifice  ne  peut  arriver 
dans  l’abdomen,  bien  qu’il  n’y  ait  pas  d’oblitération ,  et  le  doigt  se  trouve  fortement  étreint 
par  le  collet.— Le  sac  complètement  isolé  du  canal  inguinal,  on  voit  que  c’est  une  hernie 
directe  qui  s’est  fait  jour  à  travers  une  éraillure  de  l’aponévrose  réfléchie  du  muscle  trans¬ 
verse,  en  dedans  de  l’artère  épigastrique.— L’orifice  du  sac,  qui  a  un  centimètre  de  diamètre, 
est  placé  au  milieu  d’un  stigmate  saillant  duquel  partent  dans  tout  son  contour  une  foule  de 
plis.— Les  bords  de  ce  collet  sont  mousses  et  résistants.  Si  saississant  d’un  côté  le  péritoine, 
de  l’autre  le  sac  à  l’extérieur,  on  opère  des  tractions  comme  pour  dégager  ce  dernier  de 
féraillure  qui  lui  livre  passage,  on  remarque  de  légères  adhérences  entre  le  collet  et  l’érail- 
lure  de  l’aponévrose.  —  Le  collet  est  formé  par  un  noyau  dur,  fibreux,  au  centre  duquel  se 
trouve  comme  sculpté  l’orifice  du  sac. 

Il  est  bien  certain  que  si,  comme  l’a  avancé  M.  Demeaux,  le  collet  était  doué 
d’une  force  contractile,  il  aurait  dû  fermer  ce  sac  qui,  depuis  quinze  années  était  dans 
le  même  état.  Tout,  en  effet,  concourait  à  favoriser  l’oblitération  :  le  collet  était  arrivé 
à  son  apogée  d’organisation,  les  intestins  ne  s’engageaient  jamais  dans  cet  étroit  orifice; 
c’est  ce  que  disait  le  sujet,  et  ce  que  j’ai  pu  constater  moi-même  plus  de  huit  mois  avant 
sa  mort,  puisque  quelque  effort  que  je  lui  fisse  faire,  je  n’ai  jamais  pu  discerner  la  moin¬ 
dre  saillie  vis-à-vis  le  canal  ou  les  anneaux.  Il  reste  donc  bien  prouvé  pour  moi  que  le 
collet  n’avait  pas  de  tendance  à  se  resserrer. 

Mais  allons  plus  loin,  et  voyons  si,  dans  les  cicatrices  résultant  des  guérisons  des  her¬ 
nies,  la  théorie  que  je  combats  aurait  plus  de  réalité.  Je  ne  le  crois  pas,  et  si  M.  Demeaux 
avait  suivi  l’évolution  du  sac  jusqu’à  cette  période,  peut-être  ses  conclusions  eussent-elles 
été  toutes  différentes. 

Il  est  extrêmement  rare,  en  effet,  de  trouver  de  ces  cicatrices  sans  deux  ou  plusieurs 
petites  lacunes,  qui  se  prolongent  plus  ou  moins  dans  le  noyau  fibreux  résultant  de 
l’oblitération  du  collet  du  sac  ou  du  sac  lui-même.  On  trouve  aussi  au  milieu  de  ce 
tissu  des  cellules  séreuses,  isolées  ou  communiquant  entre  elles,  et  dont  la  présence 
s’explique  très  bien  par  une  agglutination  incomplète  des  parois  du  sac,  mais  dont  on 
ne  saurait  rendre  compte  avec  la  théorie  du  rétrécissement  spontané.  D’après  ce  que  j’ai 
observé,  ces  cicatrices  résultant  de  l’adhérence  plus  ou  moins  rapide  des  lèvres  de 
l’orifice,  présentent  des  traits  et  des  formes  que  l’on  pourrait  déterminer  d’avance,  l’aspect 
de  l’orifice  du  sac  étant  connu,  et  que  l’on  peut  reproduire  jusqu’à  un  certain  point 
par  une  expérience  bien  simple.  En  effet,  les  orifices  des  sacs  herniaires  étant  de  forme 
très  variable  (il  en  est  d’ovalaires,  de  triangulaires,  etc.),  si  l’on  comprime  par  l’exté¬ 
rieur  le  col  du  sac  de  manière  que  sa  face  antérieure  vienne  s’appliquer  contre  le  bord 
inférieur  et  interne  de  l’orifice,  il  se  dessinera  à  sa  place,  s’il  est  ovalaire,  une  ligne 
plus  ou  moins  courbe,  et,  s’il  est  triangulaire,  deux  lignes  qui  se  rencontreront  à  angles 
divers  dont  le  sommet  sera  dirigé  en  bas  et  en  dehors.  Ces  deux  formes  sont  celles 
que  l’on  rencontre  le  plus  souvent:  on  les  retrouvera  dans  les  deux  observations 
suivantes. 

Obs.  IV.— Pour  le  premier  de  ces  deux  cas ,  je  ne  pus  avoir  aucun  antécédent.  C’était 
un  fou  à  l’autopsie  duquel  j’assistais  ;  je  remarquai  la  cicatrice  du  péritoine,  et,  sur  la  seule 
inspection  de  cette  cicatrice,  je  pensai  qu’elle  devait  résulter  de  la  guérison  d’une  hernie.  Elle 
était  linéaire,  d’un  centimètre  et  demi  de  longueur,  et  oblique  de  haut  en  bas  et  de  dehors  en 
dedans.  Je  procédai  à  la  dissection  de  l’aine  du  côté  correspondant,  et  je  trouvai  la  tunique 
vaginale  descendant  moins  bas  que  celle  du  côté  opposé;  mais  elle  se  prolongeait  aussi  jusque 
dans  le  canal  inguinal.  Ce  devait  donc  être  une  hernie  congéniale  qui  avait  existé  de  ce  côté- 
là.  En  tirant  sur  la  tunique  vaginale  on  faisait  mouvoir  la  cicatrice  du  péritoine  ;  mais  comme 
il  restait  encore  au  moins  un  centimètre  de  distance  entre  elles,  j’enlevai  minutieusement  tout 
ce  qui  cachait  la  partie  au  moyen  de  laquelle  la  tunique  vaginale  se  rattachait  à  la  cicatrice.  Je 
pus  alors  reconnaître  parfaitement  que  cette  partie  n’était  autre  que  le  goulot  de  la  tunique 
vaginale,  oblitéré,  mais  creusé  encore  de  plusieurs  lacunes  dont  une  très  grande  mesurait 
l’espace  de  séparation  du  stigmate  à  la  séreuse  du  testicule.  Cette  petite  cavité,  arrondie  du 
côté  de  la  tunique  vaginale,  présentait  en  haut  une  forme  allongée  dont  la  direction  était  la 


MJTÉGNAT.  SUR  LES  LUXATIONS  PAR  RELACHEMENT.  30S 

même  que  celle  de  la  cicatrice  péritonéale.  Il  ne  restait  plus  dès  lors  le  moindre  doute  que 
cette  cicatrice  ne  résultât  de  l’occlusion  delà  tunique  vaginale. 

Ne  connaissant  pas  les  antécédents  de  ce  sujet,  je  ne  saurais  affirmer  si  la  guérison  a 
été  opérée  par  le  bandage  ou  un  autre  agent;  mais  on  ne  peut  méconnaître  qu’elle  s’est 
faite  par  adhérence  des  parois  du  col  du  sac. 

Obs.  Y.— Le  1er  avril  1842,  j’eus  à  examiner  le  nommé  Thirion,  porteur  de  deux  hernies 
inguinales;  mais  je  laisserai  de  côté  tout  ce  qui  regarde  la  hernie  du  coté  droit.  La  gauche 
datait  d’environ  16  ans,  elle  était  survenue  sans  cause  connue.  Depuis  11  ans  le  sujet  portait 
un  bandage  double,  et  s’il  essayait  de  le  quitter  pour  faire  une  course  ou  se  livrer  à  quelque 
travail  pénible,  la  douleur  qu  il  ressentait  dans  les  deux  hernies  le  forçait  bien  vite  à  le 
remettre.  La  hernie  gauche  avait  été  très  considérable  ;  elle  était  réduite  actuellement  au 
volume  d’un  petit  œuf,  et  apparaissait  à  peine  à  l’anneau  externe. 

Six  mois  après  cet  examen,  Thirion  fut  transporté  dans  le  service  de  M.  Horteloup  pour 
une  encéphalite  chronique,  à  laquelle  il  succomba  le  28  octobre  1842. 

Autopsie—  On  trouve  sur  le  péritoine,  vis-à-vis  l’anneau  abdominal,  un  stigmate  formé  de 
deux  branches  qui  se  rencontrent  à  angle  droit.  Cet  angle  est  dirigé  en  bas  et  en  dedans  ;  à 
son  sommet  on  voit  deux  petites  lacunes ,  dont  l’une ,  capable  de  loger  une  lentille , 
est  tapissée  de  ce  beau  noir  qu’on  observe  si  souvent  sur  les  sacs  herniaires  anciens.  Plusieurs 
plis  viennent  se  perdre  dans  cette  cicatrice,  et  quelques-uns  en  partent  sous  forme  de  rayons 
blanchâtres.  Le  canal  inguinal  ouvert,  on  trouve  au  devant  du  cordon,  mais  dans  une  gaine 
distincte,  un  petit  sac  herniaire  revenu  sur  lui-même,  dont  la  cavité  est  encore  en  partie 
libre  d’adhérences.  Les  parois  de  ce  petit  sac  sont  épaisses  et  jaunes;  il  a  3  centimètres  de 
longueur,  et  ne  communique  plus  avec  le  péritoine.  Le  tissu  qui  rattache  ce  petit  sac  à  la 
cicatrice  péritonéale  est  un  noyau  fibreux,  dans  l’épaisseur  duquel  sont  encore  quelques 
lacunes  de  grandeur  variable ,  dont  les  unes  communiquent  entre  elles  et  les  autres  sont 
isolées. 

L’aspect  de  la  cicatrice  de  cette  hernie,  les  lacunes  existant  dans  son  épaisseur, 
et  l’usage  du  bandage,  laissent  peu  de  doute,  ce  me  semble,  sur  le  mécanisme  de  cette 
guérison  qui  a  eu  lieu  à  l’orifice  du  sac.  Je  ne  saurais  assez  insister  sur  ce  point,  que  si  la 
guérison  se  faisait  au  collet  par  une  coarctation  insensible,  il  devrait  en  résulter  une  cica¬ 
trice  arrondie,  au  lieu  de  stigmates  à  plusieurs  branches;  et  l’on  ne  devrait  pas  observer, 
non  plus,  de  ces  lacunes  que  j’ai  signalées  et  qui  sont  si  communes  cependant  dans  les 
cicatrices  herniaires.  Les  deux  faits  précédents  viennent  donc  encore  à  l’appui  de  cette 
opinion  que  les  stigmates  ou  le  collet  sont  le  résultat  d’adhérences. 

{La  fin  au  prochain  numéro.) 


Mémoire  smp  les  luxations  causées  par  fie  relàeliement  et 
l’allongement  «les  ligaments  ç  par  le  docteur  Putégmat  (de 
Lunéville)  (1). 

En  composant  ce  travail,  mon  but  est  d’appeler  l’attention  des  chirurgiens  sur  un 
point  de  pathologie  négligé  et  peu  connu.  Si  l’on  consulte  les  ouvrages  les  plus  famés 
qui  traitent  des  luxations,  l’on  sera  tout  surpris  de  voir  que  l’on  ne  s’est  encore  occupé 
que  bien  superficiellement  des  luxations  qui  reconnaissent  pour  cause  le  relâchement  des 
ligaments. 

Je  ne  parlerai  point  du  relâchement  ligamenteux,  conséquence  de  l’affection  articu¬ 
laire  désignée  sous  le  nom  de  tumeur  blanche,  parce  que  les  luxations  spontanées  ou 


(1)  Ce  travail  a  été  adressé  par  l’auteur  à  la  Société' des  sciences  médicales  et  naturelles 
de  Bruxelles,  qui  l’a  inséré  dans  son  journal.  Nous  avons  jugé  utile  de  le  reproduire,  non 
pas  que  nous  soyons  toujours  d’accord  avec  M.  Putégnat  sur  l’interprétation  des  faits;  mais  à 
cause  du  grand  nombre  d’observations  nouvelles  et  intéressantes  sur  un  sujet  en  réalité  fort 
peu  étudié  jusqu’à  présent. 


304 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


consécutives  sont  bien  connues  ;  je  m’occuperai  spécialement  du  relâchement  congénital 
et  de  celui  qui  se  montre  accidentellement. 

Ce  travail,  devant  être  essentiellement  pratique,  renfermera  toutes  les  observations  que 
je  connais  et  dont  plusieurs  sont  fort  intéressantes. 

1°  Luxation  du  maxillaire  inférieur . 

J.-L.  Petit,  dans  son  excellent  Traité  des  maladies  des  os ,  nous  dit:  «  On  voit  quel¬ 
ques  personnes  à  qui  l’articulation  de  la  mâchoire  est  si  lâche,  qu’elle  se  luxe  très  faci¬ 
lement  en  bâillant.  »  Tous  les  praticiens  reconnaissent  aussi  que  cette  luxation  récidive 
fréquemment. 

Obs.  I. — J’ai  vu  à  la  clinique  de  Dupuytren,  un  jeune  homme  de  25  à  30  ans,  qui  en 
était  à  la  troisième  luxation  du  même  condyle  du  maxillaire  inférieur  (voir  aussi  la 
13e  observation).  Evidemment,  chez  cet  individu,  il  existait  un  relâchement  des  liga¬ 
ments  de  l’articulation  temporo-maxillaire. 

2°  Luxation  de  la  clavicule. 

Obs.  II. — Un  de  mes  confrères  recherchant  quelle  pouvait  être  la  cause  delà  faiblesse 
des  membres  thoraciques  chez  mademoiselle  M.,  âgée  de  17  ans,  rencontra  T  extrémité 
sternale  de  chaque  clavicule  luxée  en  avant.  Alors,  cette  demoiselle  fit  voir  qu’elle  pro¬ 
duisait  à  volonté  cette  double  luxation,  et  avoua  même  qu’elle  en  faisait  son  amusement. 
En  rappelant  ses  souvenirs,  elle  dit  à  M.  le  docteur  [Benoist  que  c’était  à  la  suite 
d’une  violente  chute  sur  les  mains  qu’était  apparue  pour  la  première  fois  cette  double 
luxation. 

Evidemment  ces  faciles  luxations  reconnaissaient  pour  cause  le  grand  relâchement 
des  ligaments  qui  font  partie  de  chaque  articulation  sterno-claviculaire  ;  et,  en  dernier 
lieu,  probablement  aussi  l’usure  du  bord  antérieur  du  cartilage  qui  encroûte  la 
facette  sigmoïde  du  sternum,  dans  laquelle  vient  s’emboîter  l’extrémité  sternale  de  la 
clavicule. 

Les  auteurs  anciens  et  modernes  citent  bien  quelques  cas  de  luxation  en  avant  de 
l’extrémité  interne  de  la  clavicule,  et  donnent  même  l’explication  de  cet  accident  ; 
mais  ils  ne  rapportent  aucune  observation  de  la  double  luxation  en  avant,  et  à  plus  forte 
raison  de  la  double  luxation  volontaire. 

Boyer  dit  avec  justesse  que  la  luxation  de  l’extrémité  sternale  de  la  clavicule  est  plus 
facile  chez  les  jeunes  sujets.  En  effet,  je  l’ai  rencontrée  sur  une  petite  fille  de  11  ans;  et 
l’on  a  vu  que  le  sujet  de  l’observation  précédente  avait  17  ans. 

3°  Luxations  de  V humérus. 

Obs.  III.— Dans  le  courant  du  mois  de  janvier  1841,  j’ai  été  appelé  dans  un  café  de 
Lunéville,  par  un  homme,  âgé  de 32  ans,  qui  venait  de  se  luxer  l’humérus  droit,  en 
jouant  avec  ses  amis.  A  mon  arrivée,  la  luxation  était  déjà  réduite  et  le  blessé  ne  souf¬ 
frait  plus.  Un  seul  individu,  étranger  à  la  médecine,  avait  suffi  pour  remettre  à  sa  place 
la  tète  de  l’humérus;  le  blessé  me  dit  alors  qu’un  chirurgien  lui  avait  déjà  réduit  six 
fois  cette  luxation. 

Je  ne  sache  pas  que  l’on  rencontre  dans  les  auteurs  beaucoup  défaits  semblables  à 
celui  que  je  viens  de  rapporter,  et  qui  offre  de  l’intérêt  sous  trois  points  de  vue:  1°  le 
grand  nombre  de  fois  que  la  luxation  s’était  déjà  opérée;  2°  la  facilité  extraordinaire 
avec  laquelle  celle-ci  s’opérait  ;  3°  l’extrême  facilité  avec  laquelle  on  pouvait  la  réduire. 
Dans  cette  observation,  la  laxité  des  ligaments  me  paraît  de  toute  évidence. 

Obs.  IV. — Dans  le  mois  de  novembre  1840,  pendant  qu’un  de  mes  confrères  siégeait 
comme  juré,  l’un  de  ses  clients,  qui  est  employé  comme  homme  de  peine  par  les  bou¬ 
chers  de  Lunéville,  eut  recours  à  moi.  Cet  individu,  âgé  de  37  ans,  portait  une  luxation 
de  l’humérus  gauche,  reconnaissant  pour  cause  le  choc  produit  par  la  chute  d’un 


PUTÉGNAT.  — SUR  LES  LUXATIONS  PAR  RELACHEMENT.  305 

quartier  de  bœuf.  Ce  malheureux  en  était  alors  à  la  cinquième  luxation  du  même 
humérus. 

Remarquons  combien,  dans  ce  cas,  la  laxité  devait  être  grande,  puisque  cette  cinquième 
luxation  s’était  opérée  malgré  la  résistance  des  muscles;  résistance  qui  était  tellement 
forte  que,  pour  parvenir  à  opérer  la  réduction,  il  m’a  fallu,  après  avoir  affaibli  le  ma¬ 
lade  par  une  saignée  d’un  kilogramme,  employer  la  force  de  onze  hommes.  Cette 
résistance  musculaire,  extraordinaire  pour  le  blessé,  habitué  à  ne  voir  que  deux  indivi¬ 
dus  employés  à  la  réduction  de  chacune  des  quatre  luxations  antécédentes,  ne  m’étonna 
point ,  parce  que  cet  homme ,  avant  de  se  présenter  chez  moi,  avait  bu  une  assez 
forte  quantité  d’eau-de-vie,  dans  l’intention  de  se  donner  des  forces  pour  supporter 
V  opération. 

Ors.  Y.— Le  29  novembre  1841,  à  huit  heures  du  soir,  j’ai  réduit  une  luxation  sca- 
pulo-humérale  droite,  au  sieur  Voisin,  boucher  à  Lunéville,  lequel  m’a  affirmé,  en  pré¬ 
sence  de  nombreux  témoins,  que  c’était  au  moins  la  quarantième  fois  que  cet  accident 
lui  arrivait  dans  l’intervalle  de  moins  de  deux  années,  et  que  deux  hommes  suffisaient 
pour  remettre  l’os  à  sa  place.  Ce  jour,  j’ai  employé  huit  hommes  robustes  pour  réduire 
la  luxation;  l’énergie  musculaire  étant  augmentée  parles  boissons  alcooliques  que  Voisin 
avait  prises  avant  son  accident,  qui  lui  était  arrivé  en  levant  brusquement  le  bras  pour 
donner  un  coup  de  poing. 

J’engage  le  lecteur  à  lire  l’observation  que  M.  Fizeau  a  publiée  dans  le  tome  X 
du|  Journal  de  Boyer,  Leroux  et  Corvisart,  page  386. 

Il  me  semble  impossible  de  nier  la  laxité  des  ligaments  dans  ces  luxations  humé¬ 
rales,  que  l’on  fera  bien  de  rapprocher  de  celles  que  je  citerai  encore  en  parlant  de 
l’étiologie. 

4°  Luxation  de  la  tête  du  radius . 

La  luxation  en  arrière  de  la  tête  du  radius  est  un  accident  assez  commun  chez  les 
adultes  et  très  fréquent  chez  les  enfants.  Boyer  l’attribue  au  tiraillement  des  ligaments, 
joint  à  la  pronation  forcée.  Tout  praticien  sait  aussi  que  ce  déplacement  de  la  tête  du 
radius,  chez  quelques  individus,  se  reproduit  avec  une  telle  facilité  qu’il  finit  par  être 
permanent  par  suite  du  relâchement  successif  des  ligaments,  comme  nous  ledit  le  pro¬ 
fesseur  cité. 

5°  Luxation  du  grand  os  du  carpe. 

Bien  que  cette  luxation  soit  assez  rare,  cependant  j’ai  pu  l’observer  deux  fois. 

Obs.  VI.  —  Une  personne  qui  me  l’a  présentée  la  produisait  et  la  réduisait  à 
volonté.  Elle  se  luxait  en  arrière  le  grand  os,  en  fléchissant  fortement  la  main;  et  elle  le 
faisait  rentrer  dans  sa  cavité  formée  par  les  os  scaphoïde  et  semi-lunaire,  en  exerçant 
une  légère  pression  sur  lui,  en  même  temps  qu’elle  redressait  graduellement  la  main. 
Le  sujet  de  cette  observation  est  un  &  jeune  demoiselle  blonde ,  et  l’on  sait  que  Boyer  a  dit: 
«  j’ai  observé  que  cette  luxation  est  plus  commune  chez  la  femme  que  chez  l’homme; 
sans  doute,  parce  que,  dans  la  femme,  les  ligaments  sont  en  général  moins  forts  et 
moins  serrés.  » 

6°  Luxation  de  la  première  phalange  du  pouce. 

Cette  luxation,  aujourd’hui  connue  de  tout  praticien,  était  ignorée  de  Duverney,  de 
J.-L.  Petit,  c  Nous  avons  eu  l’occasion,  dit  Boyer,  d’examiner  le  pouce  de  plusieurs 
personnes  qui  se  trouvaient  dans  ce  cas,  et  il  nous  serait  difficile  de  dire  si  cette 
disposition  de  la  première  phalange  à  se  luxer  en  arrière,  tenait  au  relâchement  des 
ligaments ,  ou  à  une  conformation  toute  particulière  des  surfaces  articulaires.  »  L’obser¬ 
vation  suivante  démontrera  le  râle  que  joue  le  relâchement  des  ligaments  dans  cette 
luxation. 


c. 


20 


306  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Obs.  VII.  —  Une  jeune  tille,  âgée  de  21  ans,  accompagnée  de  son  père,  riche  pro¬ 
priétaire,  demeurant  dans  une  commune  voisine  de  Lunéville,  vient  me  consulter  pour 
deux  chapelets  de  glandes  énormément  engorgées  qu’elle  porte  sur  le  cou. 

Pendant  que  je  l’examine,  le  hasard  veut  que  je  remarque  que  cette  jeune  fille,  un 
peu  intimidée,  se  luxe  en  arrière  maintes  et  maintes  fois  la  première  phalange  du  pouce 
droit.  Âussitôtj’examine  attentivement  T  articulation,  je  ne  rencontre  rien  de  vicieux 
dans  la  conformation  des  parties  osseuses,  mais  un  notable  relâchement  des  ligaments. 
J  ai  dit  que  cette  jeune  villageoise  était  scrofuleuse,  chose  que  l’on  ne  doit  point  oublier. 

7°  Luxation  ou  diducüon  des  os  du  bassin. 

Dans  certaines  grossesses  et  dans  quelques  accouchements,  l’écartement  des  os  du 
bassin  peut  se  présenter.  Cette  espèce  de  luxation,  admise  par  Pineau,  par  Guillemeau, 
par  Fabrice  de  Hilden,  par  Harvey,  par  Smellie,  etc.;  rejetée  par  Dulaurens,  par 
Dionis,  Palfyn,  Rœderer,  et  avant  tous  par  A.  Paré,  qui  plus  tard  lit  loyalement  l’aveu 
de  son  erreur  ;  cette  sorte  de  luxation,  dis-je,  n’est  plus  contestée  aujourd’hui.  Ainsi 
Hunter,  Morgagni  et  tous  les  accoucheurs  modernes  reconnaissent  la  possibilité  de 
cet  écartement,  déjà  admis  par  Hippocrate  qui  nous  dit  :  «  Les  douleurs  se  font  sentir 
dans  tout  le  corps,  surtout  aux  lombes,  et  à  l’ischium  qui  se  sépare  ( Traité  de 
la  nature  de  V enfant,  livre  I,  chapitre  X).  » 

Obs.  VHL— -En  1835,  la  femme  d’un  fabricant  de  parapluies,  demeurant  à  Lunéville, 
descendit  brusquement  de  son  lit,  et  fit  quelques  pas  dans  sa  chambre,  quatre  jours  après 
avoir  mis  au  monde  deux  jumeaux.  Le  lendemain  de  cette  imprudence,  elle  accusa  une 
douleur  dans  les  symphyses  pubienne  et  sacro-iliaque,  augmentant  au  moindre  mouve¬ 
ment  qu’exécutaient  les  membres  abdominaux.  Quelques  mois  plus  tard  elle  alla  à 
Nancy  consulter  le  docteur  Bonfils,  qui  lui  conseilla  une  nouvelle  grossesse.  Celle-ci  eut 
lieu,  la  parturition  fut  facile;  mais  la  dame  Bé  ne  fut  point  guérie.  A  cette  époque  où  je 
lus  demandé,  le  mouvement  des  os  du  bassin  était  sensible  à  la  main  ;  quand  la  malade 
marchait,  ou  montait  et  descendait  un  escalier,  l’os  coxal  correspondant  au  membre 
abdominal  sur  lequel  le  tronc  était  porté,  remontait  sensiblement.  Cette  femme  boitait 
donc  fortement,  et  le  balancement  de  son  corps  était  semblable  à  celui  que  présente  le 
corps  d’un  enfant  dont  les  membres  pelviens  sont  arqués  à  concavité  interne.  De  nom¬ 
breuses  ventouses  scarifiées,  des  grands  bains  tièdes,  une  serviette  serrée  autour  du 
bassin,  le  repos  absplu,  puis  des  frictions  toniques,  amenèrent  une  guérison  radicale.  Je 
dis  radicale  ;  car,  trois  ans  plus  tard,  je  délivrai  cette  dame  avec  le  forceps,  et  la  diduc- 
tion  ne  reparut  point. 

Obs.  IX. — Pendant  que  je  donnais  des  soins  à  madame  Bé,  j’ai  traité  une  autre  femme 
de  sa  connaissance.  Le  traitement  conseillé  fut  le  même  que  j’ai  fait  connaître;  mais  je 
ne  sais  s’il  a  réussi,  car  la  malade  a  quitté  Lunéville. 

Dans  les  deux  cas  que  je  viens  de  rapporter,  l’écartement  des  os  du  bassin  n’a  point 
été  l’ellet  de  la  déchirure  des  ligaments,  puisqu’il  avait  lieu,  dans  le  dernier,  déjà  pen¬ 
dant  la  gestation  ;  on  ne  peut  en  accuser  que  le  relâchement  des  ligaments.  Je  ne  pense  pas 
qu’il  existât  une  tumeur  blanche  des  articulations,  comme  le  veut  Boyer,  donnant  à 
l’appui  de  son  opinion  une  observation  publiée  par  Lhéritier  dans  1  e  Journal  de  Fourcroy. 
D’ailleurs,  les  observations  de  Bassius  (Obs.  anat.  chirurg.  medic.;  decad.  1,  obs.  III),  de 
Kayserliz,  de  Deventer,  prouvent  évidemment  qu’il  ne  faut  pas  toujours  croire  en  pareils 
cas  à  une  tumeur  blanche. 

Voici  les  symptômes  que  j’ai  rencontrés  dans  les  observations  précédentes,  et  qui  me 
font  dire  qu’il  y  avait  relâchement:  douleur  fixe  à  la  région  de  chaque  symphyse, 
augmentant  par  la  station  sur  les  pieds,  par  la  marche,  et  surtout  pendant  l’action  de 
monter  et  de  descendre  un  escalier  ;  raccourcissement  et  allongement  successifs  des 
membres  pelviens,  chaque  trochanter  conservant  exactement  son  rapport  avec  la  crête 
iliaque  correspondante;  membres  abdominaux  non  infiltrés  :  nouvelle  preuve  de  l’absence 
de  tumeur  blanche. 


PUTÉGN AT . * — SUR  LES  LUXATIONS  PAR  RELACHEMENT.  307 

8°  Luxations  de  la  rotule. 

Je  vais  rapporter  deux  observations  très  curieuses. 

Obs.  X. — Une  jeune  personne,  assise  devant  une  table,  ayant  les  membres  abdomi¬ 
naux  étendus  et  appuyés,  se  luxa  involontairement  une  rotule  en  faisant  exécuter  un 
mouvement  au  membre  pelvien  correspondant.  Jusqu’ici  rien  d’extraordinaire,  puisque 
tout  praticien  peut  observer  pareil  accident,  et  qu’il  était  déjà  arrivé  à  cette  demoiselle 
au  milieu  d’une  soirée  ;  mais  ce  qui  est  très  rare,  c’est  que  la  rotule,  luxée  complète¬ 
ment  en  dedans,  était  renversée  de  telle  sorte  que  sa  surface  articulaire  était  devenue 
antérieure. 

Pour  comprendre  cet  accident,  il  faut  nécessairement  admettre  que  le  ligament  rotu- 
lien  et  les  muscles  extenseurs  de  la  jambe  étaient  dans  le  relâchement  au  moment  de 
l’accident.  Effectivement  il  en  était  ainsi,  puisque  la  jambe  était  soutenue  dans  l’exten¬ 
sion.  Mais  chaque  jour  on  voit  des  individus  qui,  bien  qu’ayant  les  membres  abdomi¬ 
naux  dans  cette  position,  n’ont  pas  cependant  de  luxation  rotulienne.  Ï1  suit  de  là  qu’il 
faut  admettre  chez  cette  jeune  fille  une  certaine  prédisposition,  je  veux  dire  un  relâche¬ 
ment  constant  des  ligaments  de  la  rotule,  relâchement  qui  s’était  déjà  manifesté 
par  une  luxation  antérieure,  et  qui  avait  pour  cause  prédisposante  la  constitution 
scrofuleuse. 

Je  dois  faire  remarquer  en  passant  que  cette  observation  de  luxation  spontanée  com¬ 
plète  en  dedans  de  la  rotule,  avec  un  renversement  de  cet  os,  est  la  seule  que  l’on  ren¬ 
contre  dans  les  annales  delà  science  avec  celle  que  je  vais  donner.  L’on  sait  même  que 
la  simple  luxation  complète  en  dedans,  admise  d’abord  par  A.  Paré,  ensuite  par  Petit, 
Monteggia,  B.  Bell,  Callisen  et  Latta,  est  excessivement  rare,  malgré  l’avis  de  ces 
grands  observateurs.  En  effet,  M.  Malgaigne,  dans  son  Mémoire  sur  la  détermination  des 
diverses  espèces  de  luxation  delà  rotule,  n’ en  cite  qu’une  observation  trouvée  dans  le 
Musæum  anatomicum  de  Walther. 

Voici  une  seconde  observation  que  je  regarde  comme  unique.  Je  dis  unique,  car 
Heister  qui  parle  d’un  homme  qui  se  luxait  à  volonté  la  rotule  et  la  replaçait  de  même, 
ne  dit  rien  de  l’espèce  de  luxation  ;  car  la  jeune  fille  dont  parle  A.  Cooper  ne  pouvait 
se  luxer  la  rotule  en  dehors;  car  je  ne  connais  dans  la  science  qu’une  seule  observa¬ 
tion  de  luxation  complète  en  dehors  par  l’action  musculaire,  je  veux  dire  celle  de 
M.  Chrétien,  insérée  à  la  page  214  du  Journal  de  Médecine ,  de  Chirurgie  et  de 
Pharmacie  militaires ;  car  enfin  je  n’ai  trouvé  dans  aucun  ouvrage  ancien  ou  mo¬ 
derne  ,  et  même  dans  celui  de  Monteggia ,  le  plus  complet  qui  existe  sur  les 
luxations  rotuliennes,  ni  dans  aucun  Journal  et  Mémoire,  une  observation  de  luxa¬ 
tion  complète  en  dehors  avec  renversement,  se  reproduisant  à  la  volonté  du  sujet 
dont  les  membres  abdominaux  ne  sont  déviés  ni  en  dedans  ni  en  dehors,  et  qui  jouit 
en  même  temps  de  la  faculté  de  pouvoir  à  volonté  produire  la  luxation  complète  en 
dedans. 

Obs.  XL— Le  23  août  1841,  la  femme  d’un  marchand  de  vin  de  Lunéville  amena 
dans  mon  cabinet  une  jeune  fille,  âgé  de  13  ans  et  demi.  Il  s’agissait  alors  de  remédier 
à  des  chutes  fréquentes  et  subites  auxquelles  était  exposée  cette  jeune  personne  que, 
quelques  années  auparavant,  j’avais  guérie  d’une  méningo-encéphalite.  Ne  trouvant 
aucune  raison  nerveuse  qui  pût  m’expliquer  ces  chutes,  je  procédai  à  l’examen  des 
membres  abdominaux.  La  mère  me  voyant  examiner  attentivement  la  conformation  des 
genoux,  me  fit  comprendre  que  quelquefois  les  deux  rotules  étaient  luxées,  et  toujours 
une  au  moins  au  moment  de  la  chute.  Voici  quels  autres  renseignements  j’obtins  alors: 
il  y  a  cinq  ans,  cette  jeune  fille,  droite  sur  une  chaise,  se  laissa  tomber  sur  le  plancher, 
les  deux  genoux  recevant  le  choc  principal  ;  et  depuis  cette  époque  les  deux  rotules  se 
luxent.  Ces  luxations  sont  tellement  faciles  que  cette  jeune  personne  s’amuse  à  les  pro¬ 
duire  et  à  les  réduire  souvent  plus  de  cent  fois  dans  une  heure.  Les  luxations  internes 
sont  si  complètes  que,  les  membres  abdominaux  rapprochés,  les  faces  antérieures  des 


308  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

rotules  se  trouvent  parallèles  et  s’appliquent  exactement  l’une  sur  l’autre.  Je  dois  ajouter 
que  la  rotule  droite  se  luxe  plus  facilement  en  dehors  ;  que  la  gauche  se  luxe  plus 
aisément  en  dedans,  et  que  toutes  deux  se  renversent  dans  le  sens  indiqué.  Les  genoux 
sont  très  saillants  ;  et  la  seule  contraction  des  extenseurs  des  jambes  ne  peut  étendre 
complètement  celles-ci. 

Chez  cette  personne,  il  existait  évidemment  un  allongement  des  extenseurs  des  jambes 
et  des  ligaments  rotuliens,  et  même  un  très  grand  allongement,  surtout  si  l’on  réfléchit  à 
ce  qu’a  écrit  M.  Malgaigne,  que  les  luxations  spontanées  de  la  rotule,  ou  celles  qui  se  lont 
habituellement  et  sans  effort  pour  ainsi  dire,  soîit  dues  uniquement  à  /’  allongement  anormal 
des  ligaments.  Je  sais  que,  selon  plusieurs  auteurs,  la  simple  et  ordinaire  luxation  spon¬ 
tanée  de  la  rotule  est  due  à  une  conformation  particulière  de  l’articulation;  que  la 
luxation  en  dehors  ne  peut  avoir  lieu  que  sur  des  sujets  cagneux  (J.  Guérin,  et  Gazette 
médicale  de  Londres,  9  février  1833)  ;  mais  dans  l’observation  précédente,  les  genoux 
du  sujet  n’étaient  point  cagneux;  et  il  n’y  avait  point  absence  des  bords  articulaires  du 
fémur,  comme  Sanson  présumait  que  cela  avait  toujours  lieu  en  pareil  cas. 

Chez  ce  sujet,  le  relâchement  était  tellement  grand  que  les  jambes  étaient  continuelle¬ 
ment  un  peu  fléchies,  et  que  les  membres  pelviens,  étant  placés  et  appuyés  horizontale¬ 
ment,  je  pouvais  facilement  soulever  les  rotules  et  même  beaucoup  les  écarter  des  surfaces 
articulaires. 

Maintenant,  on  le  voit,  j’ai  eu  raison  de  dire  que  cette  observation  n’avait  pas  de  sœur 
dans  les  annales  de  la  science. 

9°  Luxation  du  péroné. 

Â.  Cooper  pense  que  les  luxations  de  la  tête  du  péroné  sont  souvent  produites  par  le 
relâchement  des  ligaments  qui  l’unissent  au  tibia. 

10°  Luxation  tibio-tar sienne. 

Il  n’est  point  de  praticien  qui  ne  sache  que  l’entorse  de  l’articulation  tibio-tarsienne 
est  une  cause  puissante  et  prédisposante  d’entorses  subséquentes  de  la  même  articula¬ 
tion,  surtout  chez  les  sujets  scrofuleux.  Il  est  bien  entendu  que  je  parle  seulement  de 
ces  luxations  dans  lesquelles  les  ligaments  sont  tiraillés  ;  car  je  ne  m’occupe  point  dans 
ce  mémoire  des  luxations  qui  reconnaissent  pour  causes  les  ruptures  tendineuses  et  les 
tumeurs  blanches. 

Ors.  XII.  —  J’ai  soigné ,  il  y  a  deux  ans,  un  homme  de  40  ans  environ,  qui  en  était  à 
la  sixième  entorse  du  même  pied.  Cet  individu  portait  de  nombreuses  cicatrices  scro¬ 
fuleuses. 

Écoutons  encore  Boyer:  «  Par  rapport  à  l’articulation  du  pied,  dit  ce  chirurgien, 
nous  observons  qu’il  est  des  cas  où  la  prédisposition  à  la  diathèse  scrofuleuse  en 
est  une  aussi  à  l’entorse;  ce  sont  ceux  où  les  extrémités  articulaires  des  os  longs 
ayant  été  gonflés  en  bas  âge,  les  ligaments  ont  souffert  un  allongement ,  un  relâchement 
notable.  » 

Ici  se  termine  la  première  partie  de  ce  travail,  essentiellement  pratique.  Maintenant , 
à  l’aide  des  observations  que  je  viens  de  citer,  et  d’autres  que  je  rapporterai,  j’essayerai 
de  donner  ce  qu’on  n’a  point  encore  fait,  l’histoire  générale  des  luxations  causées  par  le 
relâchement  et  l’allongement  des  ligaments. 

Étiologie. — Guy  de  Chauliac,  Petit,  Duverney  et  A.  Cooper  admettent  la  paralysie 
comme  une  cause  du  relâchement  des  ligaments.  Voici  ce  que  dit  Petit  :  <r  Dans  la  para¬ 
lysie,  quoique  les  ligaments  aient  leur  élasticité  naturelle,  il  arrive  des  luxations,  parce 
que  la  pesanteur  du  membre  agissant  continuellement  sur  les  ligaments,  ils  perdent 
bientôt  nécessairement  leur  ressort.  » 

A.  Cooper  cite  un  jeune  officier  de  marine  dont  les  luxations  humérales  fréquentes 
et  faciles  à  réduire  reconnaissaient  cette  cause.  Ce  chirurgien  parle  encore  d’un  jeune 


TUTÉGNAT.  — -SUR  LES  LUXATIONS  PAR  RELACHEMENT.  309 

homme  qui,  paralyse  d’un  côté  par  suite  de  la  dentition,  jouissait  de  la  faculté  de 
projeter  la  tête  de  l’humérus  au  dessus  du  bord  postérieur  de  la  cavité  glénoïde. 

Le  très  grand  tiraillement  des  ligaments  est  une  cause  puissante  de  leur  allongement. 

Obs.  XIII. — Le  8  mars  1843,  après  avoir  réduit  une  luxation  complète  du  maxillaire 
inférieur  à  la  dame  Martin,  demeurant  près  de  l’octroi  du  faubourg  dit  de  Nancy,  a  Luné¬ 
ville,  voici  ce  que  j’appris.  Il  y  a  huit  ans,  me  dit  cette  femme,  un  officier  de  santé  me 
causa  cet  accident  pour  la  première  fois,  en  m’arrachant  une  dent.  Depuis  lors  il  m’arrive 
au  moins  une  fois  par  semaine,  et  je  parviens  chaque  fois,  moi  seule,  à  remettre  l’os  à  sa 
place.  Aujourd’hui  je  n’ai  pu  réduire  cette  luxation,  c’est  pourquoi  je  vous  ai  fait 
appeler. 

L’exercice  forcé  produit  le  même  résultat  que  le  grand  tiraillement. 

A.  Cooper  parle  d’une  jeune  fille  atteinte  de  luxations  fréquentes  de  la  rotule,  et  qui 
attribuait  la  faiblesse  dont  elle  était  atteinte  aux  efforts  qu’elle  avait  faits  dans  la  danse. 

Lf  accouchement,  ainsi  que  V exercice  forcé,  peut  aussi  produire  la  distension  de  cer¬ 
tains  ligaments.  Comme  preuve  de  ce  que  j’avance,  je  renvoie  à  la  8e  observation  de 
ce  mémoire. 

Quelquefois  une  cause  produisant  les  mêmes  effets  que  ceux  de  la  paralysie,  du  grand 
tiraillement,  de  l’ exercice  forcé ,  peut  se  rencontrer  :  je  veux  dire  le  développement 
extraordinaire  des  muscles. 

Le  docteur  de  Lamarre,  traducteur  de  la  Pathologie  chirurgicale  de  S.  Cooper, 
rapporte  le  fait  suivant:  un  homme  d’une  force  prodigieuse  se  luxa  un  jour  l’humé¬ 
rus  en  faisant  un  mouvement  étendu  et  sans  doute  violent.  Depuis  ce  temps,  cette 
luxation  se  reproduisait  toutes  les  fois  qu’il  faisait  un  mouvement  étendu  et  assez  fort 
avec  ce  membre.  Du  reste,  ajoute  ce  chirurgien,  la  réduction  était  aussi  aisée  à  effectuer 
que  la  luxation  l’était  à  se  produire:  cet  homme  avait  fini  par  la  pratiquer  lui-même  (voir 
aussi  la  5e  observation). 

Hippocrate  dit  que,  en  général,  les  membres  maigres  et  décharnés  sont  exposés  à  la 
luxation  spontanée. 

Tous  les  auteurs  reconnaissent  l’influence  du  vice  scrofuleux,  qui  produit,  dans  cer¬ 
tains  cas,  le  gonflement  des  extrémités  articulaires  des  os  longs  et  le  relâchement  des 
ligaments.  A  l’appui  de  cette  assertion,  je  cite  les  observations  7e,  10e  12e,  et  enfin 
celle  de  M.  Chrétien. 

Ce  que  je  viens  de  dire  du  vice  scrofuleux ,  s’applique  au  rachitisme. 

L’on  rencontre  des  individus  qui,  sans  être  ni  scrofuleux  ni  rachitiques,  ont  cepen- 
pendant  les  chairs  et  les  tendons  très  abreuvés  de  sérosité.  Ces  personnes  sont  étiolées, 
par  suite  d’une  alimentation  insuffisante,  d’un  séjour  prolongé  dans  un  lieu  humide, 
non  aéré,  et  privé  des  rayons  du  soleil.  Chez  ces  individus,  dit  J.-L.  Petit, 
on  ne  doit  point  s’étonner  que  les  os  se  luxent ,  quoique  les  muscles  ne  soient 
point  paralysés;  parce  que  ceux-ci  ne  sont  pas  toujours  en  contraction  et  que  la  pesan¬ 
teur  du  membre  agit  toujours.  Hippocrate  a  écrit  :  là  où  la  mucosité  abonde  sans  inflam¬ 
mation,  les  luxations  sont  plus  faciles.  Cet  observateur  a  encore  dit  :  on  voit  bien  des 
gens  d’un  tempérament  humide,  en  qui  les  articulations  sont  si  lâches,  qu’ils  se  dislo¬ 
quent  les  membres  à  volonté  et  les  remettent  en  place  sans  douleur  (Traité  des  articles). 
A  l’appui  de  ce  que  je  viens  de  dire,  je  puis  citer  les  observations  8e  et  9e.  En  effet, 
tous  les  accoucheurs  enseignent  que,  pendant  la  grossesse,  les  ligaments  articulaires 
du  bassin  sont  plus  imbibés  de  sérosité  qu’à  une  autre  époque. 

Ainsi  le  tempérament  humide  et  la  grossesse  sont  des  causes  de  la  luxation  produite 
par  le  relâchement  des  ligaments. 

Vices  de  conformation  osseuse.  La  jeune  fille  qui  fait  le  sujet  de  la  10e  observation 
avait  les  genoux  cagneux,  et  la  jeune  Durand  (voir  la  11e  observation)  portait  des 
condyles  fémoraux  un  peu  écrasés. 

J.-L.  Petit  admet  T  abondance  de  synovie  comme  cause  de  l’allongement  des  ligaments. 


310 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


S.  Cooper  nous  dit  que  les  collections  de  liquide  dans  le  genou,  en  causant  un  allonge» 
ment  des  ligaments  de  la  rotule,  disposent  à  la  luxation  de  cet  os  ( Pathol .  chirurg.). 

Lorsqu’un  os  a  été  une  fois  luxé,  la  production  d’une  luxation  subséquente  s’effectuera 
plus  aisément  que  la  première  fois.  En  effet,  qui  ne  sait  que  quelques  individus  ne 
peuvent  rire  ou  bâiller  sans  s’exposer  à  une  récidi  ve  de  la  luxation  du  maxillaire  inférieur 
(voir  .la  13e  observation).  Ainsi,  me  première  luxation ,  surtout  chez  certains  individus , 
peut  être  cause  de  V  allongement  des  ligaments. 

En  terminant  cet  article,  je  dois  citer,  comme  causes  prédisposantes  naturelles :  le 
petit  nombre  des  ligaments  ;  V action  des  muscles  dans  certaines  positions  des  articula¬ 
tions;  la  grande  latitude  des  mouvements  que  permet  une  articulation  ;  enfin  la  longueur 
du  levier  représentée  parla  longueur  des  os  cylindriques. 

Je  ne  parlerai  point  de  l’inflammation  des  os,  des  cartilages,  de  la  membrane  et  des 
glandes  synoviales,  etc.,  comme  cause  du  relâchement  des  ligaments;  attendu  que,  et 
je  l’ai  déjà  dit,  je  n’ai  point  pour  objet  de  traiter,  dans  ce  travail,  des  luxations  dites 
spontanées,  ou  qui  reconnaissent  pour  cause  cette  affection  complexe  connue  sous  le 
nom  de  tumeur  blanche. 

Symptômes. — Réduction  et  déplacement  faciles  de  Vos ;  parce  que  les  ligaments  et 
les  muscles  ayant  perdu  leur  ressort  ne  peuvent  s’opposer  à  la  réduction,  ni  retenir  la 
partie  que  l’on  a  réduite  (J.-L.  Petit).  Douleur  légère  ou  nulle  (Petit).  Le  membre 
s’accourcit  et  souffre  toutes  les  mauvaises  conformations  que  la  contraction  des  muscles 
cause  dans  les  autres  articulations  (Petit).  Les  muscles  sont  atrophiés  quand  il  y  a  para¬ 
lysie,  comme  dans  l’observation  d’A.  Cooper.  Chez  certains  malades  les  muscles  sont 
très  puissants,  le  fait  du  docteur  Delamarre  en  offre  un  exemple.  Quelquefois  les  mem¬ 
bres  sont  maigres,  décharnés  (Hippocrate)  ;  chez  d’autres  individus  ils  sont  plus  ou 
moins  déviés  (  J.  Guérin)  ;  chez  d’autres  il  y  a  dépression  des  apophyses  articulaires 
(Sanson  ;  voir  aussi  l’observation  11e). 

Diagnostic.  ■ —  Le  diagnostic  est  facile  quand  on  rencontre  les  symptômes  que  je 
viens  d’énumérer,  sur  un  sujet  exposé  à  l’une  ou  à  plusieurs  des  causes  que  j’ai  fait 
connaître. 

Pronostic.— La  gravité  est  en  raison  directe  de  la  facilité  avec  laquelle  s’opère  la  luxa¬ 
tion,  du  nombre  de  fois  que  celle-ci  a  déjà  eu  lieu;  elle  dépend  aussi  beaucoup  de  l’arti¬ 
culation  considérée  sous  les  points  de  vue  de  sa  complication  et  de  son  importance.  En 
général,  le  pronostic  est  grave  quand  il  y  a  paralysie,  déviation  des  membres,  hypertro¬ 
phie  ou  atrophie  musculaire,  viciation  des  surfaces  articulaires,  et  quand  il  subsiste- une 
cause  prédisposante  générale. 

Traitement. — Mon  but  n’est  point  de  dire  les  moyens  de  réduction;  mais  seulement 
d’indiquer  le  traitement  auquel  il  faut  avoir  recours  pour  guérir  le  relâchement  des  liga¬ 
ments  et  pour  s’opposer  à  ses  conséquences. 

Et  d’abord,  la  luxation  réduite  et  maintenue  à  l’aide  d’un  bandage  approprié  et  plus 
solide  que  pour  toute  autre  luxation,  comme  le  dit  J.-L.  Petit,  l’articulation  doit  être 
placée  de  telle  sorte  que  les  ligaments  soient  dans  le  plus  grand  relâchement  possible, 
et  que,  par  conséquent,  ils  ne  soient  pas  tiraillés  par  le  poids  du  membre. 

Hippocrate  recommande  les  frictions  {nam  etjusto  laxiorem  articulum  frictio  vincire 
potest).  Elles  seront spiri tueuses,  toniques;  ainsi,  la  décoction  de  sauge,  l’eau  de  Gou- 
lard,  l’eau-de-vie  camphrée,  P  hydrochlorate  d’ammoniaque  dissous  dans  1  eau,  la  tein¬ 
ture  de  quinquina,  le  baume  de  Fioravanti,  pourront  être  employés  avec  succès.  Les 
vésicatoires  volants  sont  recommandés  par  Duverney  et  A.  Cooper.  Duverney  dit  encore 
que  rien  n’est  plus  efficace  que  l’usage  des  bains,  des  boues,  des  eaux  minérales  :  ainsi, 
les  eaux  de  Bourbonne,  les  boues  de  Saint-Amand. 

Il  est  bien  entendu  que  le  malade  ne  doit  se  livrer  à  aucun  exercice  fatigant  et  qu’il 
évitera  l’humidité.  Le  chirurgien  aura  recours  à  certains  moyens  orthopédiques  pour 
remédier  à  la  direction  vicieuse  des  membres,  et  conseillera  les  meilleurs  moyens  théra¬ 
peutiques  et  hygiéniques  contre  le  rachitisme  et  la  constitution  scrofuleuse. 


REVUE  CRITIQUE 


311 


REVUE  CRITIQUE. 


Chirurgie. 


SUR  LES  GUERISONS  ORTHOPÉDIQUES  DE 
M.  GUÉRIN. 

Après  avoir  tant  de  fois  déclaré  qu’il  ne  ré¬ 
pondrait  point,  M.  Guérin  a  compris  cepen¬ 
dant  que  le  sentiment  public  ne  s’accommo¬ 
dait  point  de  ce  silence  absolu,  et  il  s’est  décidé 
à  le  rompre.  D’abord  il  a  adressé  une  lettre 
assez  longue  à  la  Gazette  des  hôpitaux  qui  avait 
analysé  notre  article  ;  et  il  a  reproduit  cette 
même  lettre  dans  sa  Gazette  médicale.  Puis, 
comme  nous  avions  fait  une  réplique  à  sa 
lettre,  il  a  répliqué  de  rechef.  Puis  il  a  écrit 
au  Conseil  des  hôpitaux  pour  demander  une 
commission  chargée  de  s’enquérir  des  résul¬ 
tats  par  lui  annoncés,  et  de  suivre  son  ser¬ 
vice  pendant  un  certain  temps,  afin  de  lui 
décerner  une  éclatante  réparation.  Puis  enfin 
il  a  bien  voulu  nous  adresser  une  longue  pa¬ 
raphrase  de  sa  lettre  à  la  Gazette  des  hôpi¬ 
taux,  en  19  pages  in-4°,  se  rendant  d’ailleurs 
à  lui-même  cette  justice,  qu’il  est  loin  d’a¬ 
voir  usé  du  bénéfice  de  la  loi ,  qui  accorde  à 
la  défense  le  double  d’étendue  de  l’attaque. 
C’est  un  système  d’une  invention  assez  heu¬ 
reuse,  et  qui  empêcherait  à  l’avenir  toute  dis¬ 
cussion  scientifique  un  peu  étendue  sur  les 
œuvres  de  M.  Guérin  :  car  un  article  de  10 
pages  se  prêtant  ainsi  à  20  pages  de  réponse, 
le  journal  tout  entier  s’y  absorberait.  Le 
malheur  est  que  nous  ne  sommes  nulle¬ 
ment  disposé  à  nous  y  prêter.  Quand 
M.  Guérin  voudra  nous  adresser  une  réponse 
scientifique ,  nous  lui  laisserons  volontiers 
tout  l’espace  nécessaire,  et  comme  il  le  disait 
lui-même  dans  une  occasion  que  nous  lui 
avons  déjà  rappelée  :  «  On  insérera  quand  il 
voudra  six  colonnes  de  réclamations,  pourvu 
qu’il  s’abstienne  de  personnalités  exprimées 
en  mauvais  termes.  Nous  n’avons  pas  accou¬ 
tumé  nos  lecteurs  à  ce  langage.  » 

Toutefois,  comme  il  importe  que  le  public 
soit  édifié  sur  tous  les  points,  nous  allons  exac¬ 
tement  reproduire  toutes  les  parties  de  sa 
réponse;  nos  réflexions  viendront  après  : 

1°  M.  Guérin  remonte  à  notre  premier  ar¬ 
ticle,  puis  à  la  réponse  qu’il  y  a  faite  (voir  notre 
dernier  numéro),  et  dans  laquelle  il  nous  de¬ 
mandait  la  preuve  de  nos  imputations.  C’est, 
dit-il,  parce  que  ces  preuves  nous  manquaient 
que  nous  nous  sommes  mis  en  campagne.  Le 
seul  fait  précisé  n’appartenait  pas  à  la  con¬ 
sultation.  Il  insiste  sur  cette  circonstance, 
que  nous  n’avions  aucune  espèce  de  preuves 
par  devers  nous  lorsque  nous  l’avons  accusé ; 
et  notre  seul  but  en  reprenant  la  plume  n’a 


été  que  de  justifier  à  tout  prix  une  accusa¬ 
tion  qui  avait  tous  les  caractères  d’une  ca¬ 
lomnie. 

2°  En  conséquence,  notre  caractère  étant 
celui  d’un  homme  qui  ne  cherche  pas  la  vé¬ 
rité,  mais  qui  veut  trouver  des  revers  graves 
à  tout  prix,  M.  Guérin  a  dû  nous  refuser  la 
communication  de  ses  observations  et  de  ses 
tableaux  ;  et  ce  ne  sont  pas  là  des  prétextes 
derrière  lesquels  il  chercherait  à  s’abriter;  car 
il  a  fait  nommer  lui-même  une  commission 
parle  Conseil  des  hôpitaux,  et  il  mettra  cette 
commission  a  même  de  voir  que  sur  aucun 
point  ni  ses  collaborateurs  ni  lui  ne  se  sont 
trop  avancés.  * 

3°  M.  Guérin  soutient  que  le  relevé  a  été 
fait  d’après  des  observations  qu’il  possède,  et 
que  le  nombre  des  malades  est  en  effet  de 
134,  et  non  de  131  comme  nous  l’avions  dit. 

4°  En  nous  adressant  aux  pancartes  pour 
avoir  quelques  lumières  sur  les  guérisons, 
nous  avons  été  victime  de  la  plus  lourde,  de 
la  plus  grosse  mystification.  Jamais  M.  Gué¬ 
rin  n’a  écrit  sur  les  pancartes  le  résultat  du 
traitement;  il  l’affirme  sur  l’honneur;  et 
l’on  trouve  de  ces  erreurs  sur  les  pancartes 
de  tous  les  services  de  l’hôpital  des  Enfants. 

5°  Sur  le  fait  du  paiement  des  appareils  par 
quelques  malades,  M.  Guérin  donne  les  éclair¬ 
cissements  qui  suivent  : 

«  Pendant  les  premiers  temps  du  service, 
il  n’y  avait  pas  de  difficulté,  de  prétexte,  de 
mauvais  vouloir  qu’on  n’apportât  à  la  demande 
des  appareils.  Souvent  les  malades  les  atten¬ 
daient  inutilement  pendant  des  trois  et  quatre 
mois.  Et  si  j’avais  le  malheur  de  les  ordonner 
avant  que  le  bon  revînt  avec  l’ordre  de  l’ad¬ 
ministrateur,  ces  appareils  restaient  à  ma 
charge.  C’est  alors  que  j’ai  pris  le  parti  de 
conseiller  aux  parents  qui  avaient  le  moyen 
de  payer  leurs  appareils,  d’en  taire  les  frais 
pour  ne  pas  les  attendre  ;  tandis  que,  de  mon 
côté,  j’en  ai  parfois  payé  de  mes  propres 
deniers  pour  des  malheureux  qui  n’auraient 
pu  faire  cette  dépense.  Je  me  rappelle  d’ail¬ 
leurs  qu’à  une  certaine  époque,  on  s’était 
avisé  de  m’interdire  toute  demande  d’appa¬ 
reils  pour  qui  ne  présenterait  pas  un  certifi¬ 
cat  d 'indigence.  Force  était  bien  aux  parents 
non  indigents  de  faire  eux-mêmes  les  frais 
des  machines,  à  moins  qu’on  n’eût  voulu  que 
je  les  supportasse  moi-même.  En  fait  de  dif¬ 
formités,  l’appareil  c’est  le  médicament;  et 
je  ne  sache  pas  qu’un  chef  de  service  soit  tenu 
d’en  faire  les  frais.  « 


312 


REVUE  CRITIQUE. 


Nous  renvoyons  ces  éclaircissements  au 
Conseil  des  hôpitaux,  qui  en  sera  certaine¬ 
ment  édifié. 

6°  A  l’occasion  du  moulage  payé  par  les 
parents  : 

«  Ici,  dit  M.  Guérin,  nouvelle  remarque 
de  votre  part,  où  vous  dites  vous  devoir  et 
devoir  à  vos  collègues,  de  déclarer  que  cela 
ne  se  fait  à  votre  connaissance  dans  aucun  des 
services  de  chirurgie  des  hôpitaux  de  Paris.  Je 
le  crois  bien,  vous  ai-je  dit;  on  n’a  pas  besoin 
de  faire  mouler  une  carie,  une  fracture,  un 
bec-de-lièvre,  un  ulcère,  une  hernie.  Mais 
nous,  qui  dans  une  seule  année,  avons  été 
obligé  de  faire  exécuter  pour  près  de  500  fr. 
de  moulage ,  afin  d’assurer  l’exacte  fabrica¬ 
tion  des  appareils,  nous  avons  prié,  à  défaut 
de  l’administration  qui  s’y  refuse,  les  parents 
capables  de  supporter  cette  dépense  de  la 
supporter,  et  nous  avons  fait  faire  à  nos  frais 
le  moulage  des  véritables  indigents.  Cette 
charge  du  service  nous  a  coûté  jusqu’ici  plus 
de  500  fr.  » 

M.  Guérin  commet  ici  une  petite  erreur.  Il 
n’est  pas  un  chirurgien  des  hôpitaux  qui  n’ait 
eu  à  mouler  des  luxations,  d’anciennes  frac¬ 
tures  ,  des  difformités  de  tout  genre  ;  et  nous 
déclarons  de  nouveau  que  jamais  les  malades 
n’ont  été  mis  à  contribution  à  cet  effet. 

7°  Arrive  enfin  la  discussion  des  observa¬ 
tions.  M.  Guérin  n’en  nie  aucune;  mais  il 
déclare  que  nous  avons  été  trompé  par  les 
pancartes.  Il  faut  en  excepter  cependant  la  8° 
et  la  9e  ;  M.  Guérin  fait  à  cet  égard  les  ré¬ 
flexions  suivantes  : 

«  J’ai  réuni  à  dessein  ces  deux  observations 
parce  qu’elles  peuvent  être  appréciées  '  de  la 
même  manière.  Dans  l’une  comme  dans  l’au¬ 
tre,  les  rédacteurs  du  relevé  avaient  vu  une 
guérison  de  la  difformité.  Je  pourrais  main¬ 
tenir  leur  appréciation,  et  vous  contester  qu’il 
n’y  ait  eu  qu’une  forte  amélioration  dans  un 
cas  et  une  simple  amélioration  dans  l’autre, 
et  cela  par  de  très  bonnes  raisons.  *Je  vous 
dirais,  par  exemple,  qu’à  l’époque  où  ces  deux 
enfants  ont  quitté  le  service,  ils  étaient  dans 
un  état  qui  pouvait  être  regardé  comme  la 
guérison  de  la  difformité,  d'après  les  idées 
que  Von  se  forme  communément  de  ce  mot; 
et  j’ajouterais,  ce  qui  est  un  fait  réel,  que,  par 
suite  d’un  défaut  de  précaution,  le  retrait  des 
cicatricesa  réduit  insensiblement  et  jusqu’à  un 
certain  degré  le  bénéfice  des  opérations.  Mais, 
pour  simplifier  les  choses,  je  préfère  vous 
accorder  qu’il  n’y  avait  qu’une  forte  améliora¬ 
tion  dans  un  cas  et  une  amélioration  dans 
l’autre.  » 

Voilà  le  résumé  de  cette  incroyable  défense. 
Que  d’habileté  mal  employée ,  que  de  peine 
tristement  perdue,  que  de  pauvres  et  déplora¬ 
bles  ressources  pour  éviter  une  toute  petite 
réponse  directe  à  ces  deux  questions  :  Le  re¬ 


levé  est-il  exact?  Les  guérisons  sont-elles 
réelles  ?  Et  cependant  à  travers  toutes  ses  diva¬ 
gations  et  ses  dénégations,  alors  qu’enfin  nous 
avons  mis  la  main  sûrement  sur  deux  de  ses 
prétendues  guérisons,  il  se  débat  vainement, 
il  avoue,  il  confesse  que  ce  ne  sont  pas  là 
des  guérisons  ;  il  nous  accorde,  pour  simpli¬ 
fier  les  choses,  qu’il  n’y  avait  qu’améliora- 
tion.  Générosité  rare  !  et  pourtant  nous  eus¬ 
sions  été  ravi  de  connaître  les  très  bonnes 
raisons  à  l’aide  desquelles,  s’il  n’avait  préféré 
simplifier  les  choses,  il  eût  fait  passer  ces 
améliorations  pour  des  guérisons  complètes. 
Que  dis-je?  nous  les  avons  ces  raisons  ;  l’état 
de  ces  deux  enfants  pouvait  être  regardé 
comme  la  guérison  de  la  difformité,  d’après 
les  idées  qu’on  se  forme  communément  de  ce 
mot.  Qu’on  se  forme  communément  !  Et  dans 
quelle  étrange  école  de  chirurgie  se  fait-on 
communément  l’idée  qu’on  a  guéri  complète¬ 
ment  des  sujets  qui  ne  sont  pas  guéris? 

Nous  attacherons-nous  maintenant  à  ripos¬ 
ter  aux  injures,  aux  sarcasmes ,  aux  gentil¬ 
lesses  de  toute  sorte  dont  M.  Guérin  s’est 
montré  si  libéral  à  notre  égard?  A  Dieu  ne 
plaise;  nous  avons  été  dirigé  dans  tout  ce  dé¬ 
bat  par  une  trop  haute  ambition  pour  nous 
en  laisser  détourner  par  d’aussi  frivoles  di¬ 
versions.  Avec  tous  les  chirurgiens  dignes  de 
ce  nom  ,  nous  voulons  maintenir  la  réalité 
dans  la  science ,  la  moralité  dans  l’art;  qui¬ 
conque  ne  marchera  pas  sous  cette  bannière 
peut  s’attendre  à  nous  trouver  sur  son  che¬ 
min.  M.  Guérin  annonce  qu’il  a  fait  nommer 
une  commission  pour  .vérifier  ses  cures  mira¬ 
culeuses;  soit,  nous  verrons  bien  ce  que  la 
commission  saura  en  dire ,  et  nous  déclarons 
que  nous  sommes  tout  prêt  à  lui  soumettre 
notre  relevé  du  service  de  M.  Guérin  afin 
qu’elle  puisse  le  comparer  avec  l’autre;  et 
décider  de  prime  abord  cette  question  assez 
délicate  :  si  l’on  n’a  pas  fait  figurer  154  ma¬ 
lades  là  où  il  n’en  est  entré  que  151.  Il  ne 
faut  pas  que  la  commission  se  le  dissimule, 
elle  a  un  grand  devoir  à  remplir;  c’est  à  elle 
à  dire  aux  praticiens  si  ces  merveilles  ortho¬ 
pédiques  sont  réelles  ou  imaginaires  ;  si  ces 
annonces  fastueuses  tiennent  vraiment  tout 
ce  qu’elles  promettent;  et  si  l’orthopédie  est 
enfin  une  industrie  ou  un  art. 

Nous  ne  finirons  point  sans  rappeler  à 
M.  Guérin  une  négligence  dont  il  s’est  rendu 
coupable  envers  l’Académie  royale  de  méde¬ 
cine.  Le  18  juillet  il  présentait  à  cette  com¬ 
pagnie  un  sujet  par  lui  myotomisé  le  15 ,  et 
il  promettait  de  ramener  le  sujet  dans  trois 
semaines  ou  un  mois,  espérant  (  nous  copions 
la  Gazette  médicale),  qu’il  serait  complète¬ 
ment  guéri.  Deux  mois  se  sont  écoulés  depuis; 
M.  Guérin  prétend-il  aussi  cacher  cette  gué¬ 
rison  ? 

—  Au  moment  de  mettre  sous  presse, 


313 


REVUE  CRITIQUE. 


M.  Guérin  nous  fait  prier  de  lui  communi¬ 
quer  les  épreuves  de  sa  réponse  ;  et  sur  notre 
refus,  il  nous  déclare  qu’il  s'oppose  à  son  in¬ 
sertion  dans  notre  journal.  Nous  approuvons 
pleinement  une  détermination  aussi  sage,  et 
nous  nous  félicitons  d’avoir  si  heureusement 
prévenu  les  désirs  de  M.  Guérin. 


# 

DU  SIEGE  DE  L'ÉTRANGLEMENT  DANS  LES  HER¬ 
NIES  crurales,  par  M.  Demeaux. 

Toute  idée  véritablement  fondée  sur  les 
faits,  quelle  que  soit  d’abord  l’opposition 
qu’elle  soulève,  finit  par  gagner  peu  à  peu  du 
terrain  et  par  triompher  de  tous  les  obstacles. 
On  sait  les  fortes  luttes  que  nous  avons  eues 
à  soutenir  pour  établir  ce  simple  fait ,  que 
jusqu’à  présent  il  n’y  a  pas  une  seule  obser¬ 
vation  qui  démontre  la  réalité  de  l’ étrangle¬ 
ment,  soit  par  l’un  des  anneaux  inguinaux, 
soif  par  l’anneau  crural;  et  certes  M.  Vel¬ 
peau  ne  s’est  montré  ni  le  moins  résolu  , 
ni  le  moins  redoutable  de  nos  adversaires. 
Qui  aurait  cru  que  nous  dussions  rencontrer  si 
vite  un  ferme  et  puissant  auxiliaire  dans 
l’école  même  de  M.  Velpeau,  et  parmi  ses 
élèves  les  plus  dévoués?  Voici  ce  qu’on  lit 
dans  une  thèse  dédiée  à  M.  Velpeau,  soute¬ 
nue  sous  la  présidence  'de  M.  Velpeau,  par 
M.  Demeaux,  aide  d’anatomie  de  la  Faculté, 
et  l’un  de  nos  jeunes  anatomistes  qui  s’est 
occupé  avec  le  plus  de  persévérance  et  de  ta¬ 
lent  de  cette  difficile  question  des  hernies. 

«  J’ai  décrit  longuement,  dans  un  autre 
passage  de  ma  thèse,  que  la  hernie  crurale  ne 
parcourait  pas  un  canal;  que  son  collet  n’avait 
pas  la  forme  d’un  goulot  de  bouteille,  mais 
qu’il  était  pour  ainsi  dire  linéaire  et  presque 
sans  étendue  ;  et  que,  de  plus,  ce  collet  n’exis¬ 
tait  jamais  au  niveau  de  l’anneau  crural, 
mais  au  niveau  de  la  paroi  de  l’infundibulum. 
D’après  cela,  je  dirai,  avec  M.  Malgaigne,  que 
jamais  l’étranglement  de  la  hernie  crurale 
n’est  produit  par  l’anneau  de  ce  nom,  et  j’a¬ 
jouterai  qu’il  n’a  même  jamais  lieu  à  ce  niveau, 
et  j’émettrai  la  proposition  suivante  :  l’étran¬ 
glement  delà  hernie  crurale  a  lieu  constam¬ 
ment  au  niveau  de  la  paroi  de  l’entonnoir  qui 
lui  a  livré  passage.  Je  vais  discuter  successi¬ 
vement  chacune  de  ces  propositions. 

«  1°  U  étranglement  n’a  jamais  lieu,  ni  par 
Vanneau ,  ni  au  niveau  de  l’anneau  crural.  — 
Comme  argument  principal,  je  signalerai  en 
premier  ordre  l’observation  directe,  qui  m’a 
constamment  démontré,  dans  les  cas  nombreux 
que  j’ai  pu  observer,  que  l’anneau  ne  jouait 
aucun  rôle.  Il  suffit,  du  reste,  de  se  rappeler 
les  diamètres  relatifs  de  l’anneau  crural  et  du 
volume  d’une  hernie  crurale  ordinaire,  pour 
comprendre  que  celle-ci  ne  pourrait  jamais 
éprouver,  dans  cette  ouverture,  une  eonstric- 
tion  suffisante  pour  produire  l’étranglement. 


D’ailleurs,  dans  un  mémoire  que  j’ai  publié  sur 
la  formation  du  collet  du  sac,  j’ai  démontré  que 
le  collet  venait  se  mouler  sur  l’ouverture  fibreu¬ 
se  qui  lui  donnait  passage.  Or,  je  n’ai  jamais 
rencontré  de  collet  au  niveau  de  l’anneau  cru¬ 
ral.  Ne  puis-je  pas  rapporter  aussi  l’argument 
queM.  Malgaigne  a  fait  valoir,  et  que  j’ai  cité 
précédemment  :  que  les  vaisseaux  cruraux  de¬ 
vraient  être  étranglés  en  même  temps  que  la 
hernie?  Un  peu  plus  loin,  du  reste,  je  citerai 
d’autres  faits  confirmatifs.  On.  ne  peut  invo¬ 
quer,  pour  soutenir  l’opinion  contraire,  que 
des  résultats  d’opérations  faites  sur  le  vivant, 
ou  des  autopsies  souvent  fort  incomplètes. 

«  2°  L’ étranglement  de  la  hernie  crurale  a 
lieu  au  niveau  de  la  paroi  de  l’entonnoir  que 
la  hernie  a  traversée. — C’est  surtout  ici  que 
je  crois  démontrer  sans  réplique  la  vérité  de 
ma  proposition  ,  et  infirmer  par  conséquent 
l’opinion  contraire,  que  j’ai  déjà  combattue  par 
des  arguments  de  peu  de  valeur  comparati¬ 
vement  à  ceux  qu’il  me  reste  à  faire  valoir. 
Sur  un  grand  nombre  de  hernies  crurales,  le 
sac  étant  rempli,  soit  d’intestin,  soit  d’épi¬ 
ploon,  j’ai  pu  couper  le  ligament  de  Fallope 
et  une  portion  du  fascia  lata  placé  au-dessous, 
sans  que  l’entrée  du  sac  fût  dilatée.  J’ai  pu 
aussi  couper  le  ligament  de  Gimbernat,  en  res¬ 
pectant  l’anneau  fibreux  au  niveau  duquel  le 
collet  était  placé,  et  le  résultat  a  été  le  même. 
On  pourra  m’objecter  que,  dans  ces  cas,  le 
collet  du  sac  était  très  résistant,  et  formait  le 
seul  obstacle  à  la  réduction.  Je  répondrai  à 
cette  objection  que,  plusieurs  fois  après  avoir 
divisé  l’anneau  fibreux,  sans  toucher  à  l’an¬ 
neau  péritonéal,  la  réduction  s’opérait  immé¬ 
diatement.  Dans  d’autres  circonstances,  j’ai 
fait  d’autres  expériences  non  moins  probantes. 
J’enlevais  complètement  le  sac,  soit  en  Texci- 
sant  au  dehors,  soit  en  le  réduisant  du  côté 
du  ventre  par  de  légères  tractions,  ce  qui  peut 
se  faire  avec  beaucoup  de  facilité  sur  les  her¬ 
nies  qui  n’ont  jamais  subi  d’étranglement. 
Ensuite  la  pulpe  du  doigt  étant  portée  dans 
l’ouverture  fibreuse  de  laquelle  j’avais  re¬ 
tiré  le  sac  herniaire ,  j’ai  pu  couper  suc¬ 
cessivement  le  ligament  de  Fallope  dans  un 
ou  plusieurs  points ,  le  ligament  de  Gim¬ 
bernat  même ,  sans  qu’il  fût  possible  de 
constater  le  moindre  agrandissement  de  l’ou¬ 
verture;  j’ai  répété  ces  expériences  un  grand 
nombre  de  fois  dans  mes  conférences  sur 
les  hernies,  et  en  présence  de  mes  collè¬ 
gues  MM.  Debrou,  Gosselin  et  Rendu.  Une 
occasion  s’est  présentée  de  démontrer  que, 
dans  une  hernie  étranglée,  la  disposition  était 
la  même  ;  je  l’ai  saisie  avec  empressement. 
Une  femme  fut  apportée  à  l’Hôtel-Dieu,  au 
mois  de  février  1842,  dans  le  service  de 
M.  Guéneau  de  Mussy.  Cette  malade  était  af¬ 
fectée  d’une  hernie  étranglée,  qui  avait  été 
méconnue  en  ville  ;  aussi  fut-elle  envoyée  par 


REVUE  CRITIQUE. 


m 

erreur  dans  un  service  de  médecine.  A  ma 
visite  du  soir,  je  fus  averti  qu’il  y  avait  dans 
le  service  une  femme  affectée  de  choléra;  je 
l’examinai  avec  soin,  et  je  constatai  une  her¬ 
nie  crurale  étranglée.  La  malade  était  à  l’ago¬ 
nie.  Je  fis  néanmoins  prévenir  un  chirurgien, 
quoique  j’eusse  jugé  l’opération  inutile.  Une 
heure  après  la  malade  était  morte  ;  je  prévins 
mes  collègues  de  l’occasion  qui  se  présentait 
de  démontrer  ma  proposition.  Le  cadavre  fut 
apporté  dans  mon  cabinet  à  l’Ecole  pratique  ; 
et  après  avoir  fait  constater  que  la  hernie , 
sous  tous  les  rapports,  avait  bien  la  disposi¬ 
tion  normale,  je  pratiquai  moi-même  la  dis¬ 
section,  sous  les  yeux  de  MM.  Dcbrou  et 
Gosselin.  Toutes  les  parties  étant  mises  à  nu, 
je  coupai  le  ligament  de  Fallope  dans  toute 
son  épaisseur,  et  je  fis  constater  que  la  résis¬ 
tance  au  collet  du  sac  était  la  même;  je  fis 
constater  aussi  que  cette  résistance  n’existait 
pas  seulement  au  niveau  du  collet  du  sac,  mais 
bien  sur  un  anneau  fibreux  au  niveau  duquel 
celui-ci  était  placé.  Plus  tard,  sur  cette 
même  pièce,  j’ai  pu  couper  aussi  le  ligament 
deGimbernat,  et  après  cette  dernière  section, 
le  collet  et  l’anneau  fibreux  déjà  mentionnés 
opposèrent  la  même  résistance. 

«  L’étranglement  au  niveau  de  la  paroi  de 
l’infundibulum  peut  avoir  lieu  par  le  collet  du 
sac  :  c’est  ce  que  démontrent  des  exemples 
nombreux,  entre  autres  ceux  dans  lesquels  les 
hernies  ont  été  réduites  en  masse  ;  mais  il  peut 
aussi  avoir  lieu  par  l’anneau  fibreux.  M,  Mal- 


gaigne  lui-même  ne  l’a  pas  nié,  et  d’ailleurs 
j’en  ai  moi-même  observé  des  exemples, 
entre  autres  dans  le  cas  que  j’ai  cité  plus  haut, 
où,  après  avoir  réduit  l’intestin  en  exerçant 
des  tractions  sur  le  sac  du  côté  du  ventre,  on 
déplissait  complètement  le  collet,  au  point  qu’il 
n’existait  plus;  et  cependant  l’étranglement 
avait  été  si  complet  que  l’anse  intestinale 
herniée  était  gangrenée.  Il  me  serait  difficile 
d’établir  dans  quelles  proportions  existe  l’é¬ 
tranglement  par  le  collet  ou  par  l’ouverture 
fibreuse  ;  ne  pouvant  donner  à  ce  sujet  que 
des  résultats  hypothétiques,  je  préfère  m’abste¬ 
nir.  » 

Outre  cette  négation  si  ferme  et  si  abso¬ 
lue  de  l’étranglement  par  l’anneau,  il  y  a 
dans  cet  article  un  fait  nouveau  qui  n’est  pas 
de  peu  d’importance  pour  l’intelligence  de 
l’opération  du  débridement;  c’est  l’abaisse¬ 
ment  du  collet  au  dessous  du  niveau  de 
l’anneau  crural.  Ce  fait  est-il  aussi  constant 
que  M.  Demeaux  l’avance?  Ses  recherches 
sont  fondées  sur  plus  de  soixante  dissections 
de  hernies  crurales;  ce  qui  est  une  base  déjà 
solide;  et  nous  ajouterons  que  M.  Rous- 
tan,  dont  nous  publions  un  travail  intéressant 
dans  ce  numéro,  avait  été  frappé  de  quelque 
chose  de  semblable  dans  ses  autopsies  à  Bi- 
cêtre  ;  ce  qui  ne  porte  aucune  atteinte  au  droit 
de  priorité  de  M.  Demeaux,  et  ce  qui  déjà 
peut  être  regardé  comme  une  première  con¬ 
firmation  de  la  justesse  de  son  observation  à 
cet  égard. 


©Sê§tétiBi(î|tt€î« 


GROSSESSE  EXTRA-UTÉRINE  OVARIQUE,  par  le 

docteur  lehwess. 

Parmi  beaucoup  de  points  encore  contestés 
de  l’histoire  des  grossesses  extra-utérines,  on 
peut  citer  l’existence  de  la  grossesse  ovarique, 
positivement  rejetée  par  les  uns,  admise,  au 
contraire,  sur  preuves  par  les  autres.  Qu’elle 
répugne  ou  non  à  l’idée  qu’on  peut  se  faire 
de  la  conception ,  quelle  objection  sérieuse 
s’élèverait  contre  les  cas  dans  lesquels 
les  membranes  de  l’ovaire,  et  la  tunique  pro¬ 
pre  en  particulier,  devenue  musculeuse,  enve¬ 
loppaient  le  kyste  foetal?  De  ce  nombre,  sans 
doute,  n’est  pas  l’observation  suivante;  mais, 
bien  qu’elle  manque  de  quelques  détails  impor¬ 
tants  ,  il  ne  nous  paraît  pourtant  pas  impos¬ 
sible  de  justifier  le  titre  qui  lui  a  été  donné. 

«  Une  dame  de  54  ans ,  bien  constituée  et 
d’une  excellente  santé ,  devint  enceinte  pour 
la  première  fois  après  quatre  ans  d’un  second 
mariage.  Un  soir  elle  sentit  tout  à  coup  une 
douleur  dans  le  ventre,  accompagnée  de  vo¬ 
missements  ,  d’envie  d’aller  à  la  garde-robe, 
et  bientôt  suivie  d’altération  des  traits.  La 


nuit  fut  signalée  par  une  insomnie  complète 
et  de  fréquentes  vomituritions.  Le  lendemain, 
la  face  était  couleur  de  cire ,  le  pouls  petit, 
à  150;  vomissements  de  mucosités  blanch⬠
tres,  sensibilité  exquise  de  l’épigastre  et  de  la 
région  sous-ombilicale,  menaces  de  syncope 
dans  la  station  assise,  respiration  libre  ;  intel¬ 
ligence  nette.  Une  émulsion  d’huile  de  ricin, 
quelques  ventouses  scarifiées  sur  le  ventre, 
de  la  glace  en  petits  fragments  dans  la  bouche 
furent  prescrites.  Des  évacuations  eurent  lieu, 
les  vomissements  cessèrent,  la  sensibilité  du 
ventre  disparut.  La  fréquence  du  pouls  seule 
persista.  La  nuit  suivante,  il  y  eut  un  peu  de 
sommeil.  Le  lendemain,  la  malade  pouvait  se 
tenir  assise  et  se  retourner  dans  son  lit  ;  le 
ventre  était  à  peine  tendu,  peu  douloureux  à  la 
pression.  A  midi,  M.  Lehwess,  appelé  en  toute 
hâte,  trouva  l’abdomen  développé,  pâteux  au 
toucher,  douloureux,  la  respiration  gênée  et 
bruyante ,  le  pouls  plus  fréquent  encore  et 
tout  à  fait  misérable,  les  fonctions  sensoriales 
troublées.  Ces  accidents  augmentèrent  rapide¬ 
ment,  et  la  mort  eut  lieu  50  heures  après  l'ap¬ 
parition  des  premiers  symptômes. 


REVUE  CRITIQUE. 


«À l’autopsie  faite  par  le  professeur  Froriep, 
oïl  trouva  :  épanchement  de  sang  presque 
entièrement  liquide  autour  du  grand  cul- 
de-sac  de  l’estomac  et  de  la  rate;  accu¬ 
mulation  de  sang  liquide  et  en  caillots  dans 
le  petit  bassin  ;  à  l’ovaire  gauche  pendait  un 
œuf  complètement  formé,  ouvert,  dont  toutes 
les  membranes  étaient  parfaitement  recon¬ 
naissables,  assez  volumineux  pour  avoir  con¬ 
tenu  un  embryon  de  six  à  huit  semaines,  qui 
toutefois  ne  put  être  retrouvé  au  milieu  des 
caillots.  On  remarquait  une  cicatrice  fraîche 
à  l’ovaire  gauche.  —  La  suspension  des  règles 
avait  d’abord  fait  croire  à  cette  dame  qu’elle 
était  enceinte;  mais  une  perte  avec  caillots 
qu’elle  avait  eue  ensuite  lui  avait  fait  renoncer  h 
cette  idée.  »  ( Caspar’s  Wochenschrift,  n°  50, 
1842.) 

L’apparition  irrégulière  des  menstrues  n’est 
point  un  phénomène  propre  aux  grossesses 
extra-utérines  ;  encore  bien  moins  un  phéno¬ 
mène  constant, 


m 

On  remarquera,  et  cette  marche  est  assez 
commune  lors  de  la  rupture  du  kyste,  que  la 
déchirure,  à  en  juger  par  les  symptômes,  n’a 
été  que  médiocre  d’abord  et  n’a  sans  doute 
produit  qu’un  épanchement  de  sang  peu  con¬ 
sidérable  ,  mais  qu’elle  s’est  étendue  tout  à 
coup  plus  tard,  et  a  donné  lieu  à  une  hémor¬ 
rhagie  violente  et  rapidement  mortelle.  Rela¬ 
tivement  à  l’espèce  de  grossesse  extra-utérine, 
nous  ne  pouvons  choisir  qu’entre  l’ovarique 
et  l’abdominale  primitive.  En  l’absence  des 
détails  propres  à  lever  tous  les  doutes,  nous 
pouvons  au  moins  faire  valoir  les  considéra¬ 
tions  suivantes  :  l’autorité  qu’on  ne  peut  re¬ 
fuser  au  médecin  qui  a  fait  l’autopsie;  la  rup¬ 
ture  du  kyste  fœtal  à  une  époque  très  peu 
avancée  de  la  grossesse ,  circonstance  com¬ 
mune  dans  la  grossesse  ovarique  ,  presque 
sans  exemple  dans  la  grossesse  abdominale 
qui  atteint  et  très  souvent  dépasse  de  beau¬ 
coup  le  terme  ordinaire  de  la  gestation;  et 
enfin  l’absence  de  toute  espèce  d’adhérence 
du  kyste  à  d’autres  organes  qu’à  l’ovaire. 


PhaFinâeologie  eîlair$iis||*i©g&l© 


DE  QUELQUES  NOUVEAUX  TRAITEMENTS 
DE  LA  GALE. 

On  sait  combien  sont  nombreux  les  onguens, 
les  pommades,  les  liniments  tour  à  tour  pré¬ 
conisés  contre  la  gale.  Les  uns  ont  été  rejetés 
pour  le  peu  de  constance  de  leur  action;  et 
les  plus  efficaces  ont  encore  ce  grand  incon¬ 
vénient  de  salir  tout  le  corps  et  le  linge. 
M.  Dornbîueth  a  récemment  publié  une  nou¬ 
velle  formule,  qui  a  donné,  comme  la  plupart 
des  autres,  d’excellents  résultats;  c’est  sur¬ 
tout  à  la  pratique  des  campagnes  qu’il  appar¬ 
tiendra  de  dire  si  elle  est  destinée  à  remplacer 
la  pommade  soufrée  populaire.  Voici  d’abord 
la  formule  : 

LOTION  CONTRE  LA  GALE.  ( Dombllieth .) 


P.  Savon  noir .  125 gram. 

Poudre  de  racine  d’ellé¬ 
bore  blanc .  60  gram. 

Eau  de  fontaine  chaude  q.  s. 


M.  et  F.  s.  a.  une  mixture  de  consistance 
sirupeuse. 

Ce  liniment  s’applique  avec  la  paume  de  la 
main  ou  au  moyen  d’un  pinceau,  et  l’on  doit 
avoir  le  soin  d’appuyer  assez  fortement  sur 
toutes  les  parties  du  corps  qui  présentent  la 
moindre  trace  de  l’exanthème  ,  notamment 
sur  les  articulations  des  quatre  membres,  sur 
les  hanches,  sur  le  dos  et  l’abdomen.  On  doit, 
du  reste,  proportionner  la  force  de  la  friction 
au  degré  de  sensibilité  de  la  peau.  Aussitôt 
que  les  points  frictionnés  commencent,  après 
la  seconde,  la  troisième  ou  la  quatrième  ap¬ 
plication  du  remède,  à  rougir  et  à  devenir  le 
siège  d’un  sentiment  de  brûlure  au  lieu  de  la 
démangeaison  qui  s’y  faisait  sentir  aupara¬ 


vant,  et  qu’on  n’y  voit  plus  apparaître  de 
nouveaux  boutons ,  on  cesse  d’y  appliquer  du 
liniment. 

Le  lendemain  de  la  dernière  friction,  on 
frotte  le  corps  entier  avec  125  grammes  de 
savon  noir  ;  puis  on  le  lave  soigneusement 
avec  de  l’eau  chaude  tenant  en  dissolution 
une  dose  du  même  savon  égale  à  celle  qui 
vient  d’être  indiquée.  Il  ne  s’agit  plus  ensuite 
que  de  donner  du  Jinge  blanc  et  de  nouveaux 
vêtements ,  les  anciens  devant  être  soumis, 
avant  de  servir,  au  lavage  et  à  la  désinfection 
par  l’acide  sulfureux  gazeux. 

Ce  traitement  de  la  gale  est  sûr  et  écono¬ 
mique;  le  savon  noir  détache  bien  la  peau,  et 
le  principe  actif  de  l’ellébore  blanc  tue  l’aca- 
rus  ;  mais  l’emploi  d’une  substance  aussi  ac¬ 
tive  peut  quelquefois  avoir  des  inconvénients. 

Maintenant  que  l’on  connaît  bien  la  cause 
de  la  gale  ,  il  est  facile  de  choisir  des  moyens 
sûrs  de  tuer  l’acarus  et  qui  ne  sont  pas  dan¬ 
gereux  pour  l’homme. 

M.  Aubé  a  montré  qu’une  friction  générale 
avec  l’essence  de  térébenthine  suffisait  quel¬ 
quefois  pour  détruire  tous  les  parasites  et 
guérir  complètement. 

M.  Cazenave  a  préconisé  dans  ces  derniers 
temps  la  solution  d’iodure  de  soufre  dans  l’io- 
dure  de  potassium;  cet  habile  praticien  a 
montré  également  que  les  lotions  aromatiques 
avec  des  solutions  hydro-alcooliques  d’huiles 
essentielles  guérissaient  promptement  la  gale, 
et  cela  sans  nul  inconvénient. 

Parmi  toutes  les  huiles  volatiles ,  celle  qui 
m’a  paru  le  plus  énergique  pour  tuer  les  ani¬ 
maux  inférieurs  est  celle  d’anis  :  viendrait  en¬ 
suite  celle  de  menthe  poivrée.  A.  B. 


316 


BULLETIN  CLINIQUE. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


La  ligature  de  l’artère  linguale  est  une  des 
opérations  les  plus  rarement  pratiquées;  et 
cette  rareté  suffirait  déjà  pour  donner  du 
prix  à  l’observation  qu’on  va  lire;  mais  elle 
emprunte  un  intérêt  bien  plus  puissant  encore 
et  de  l’àge  de  l’enfant ,  et  des  circonstances 
graves  et  tout  à  fait  exceptionnelles  dans  les¬ 
quelles  elle  a  dû  être  adoptée  comme  der¬ 
nière  ressource.  Enfin  c’est  le  premier  exem¬ 
ple  à  nous  connu  dans  lequel  ait  été  appliqué 
sur  le  vivant  le  procédé  opératoire  publié  dès 
-1838  par  M.  Malgaigne;  et  en  faisant  une 
part  bien  légitime  à  l’habileté  et  au  sang- 
froid  du  jeune  opérateur,  on  verra  quelle  sé¬ 
curité  imprimait  à  la  marche  du  bistouri  la 
connaissance  exacte  des  points  de  ralliement 
qui  font  la  base  du  procédé  indiqué. 

ligature  de  l’artère  linguale  ,  pratiquée 
pour  un  nævus  ulcéré  de  la  langue  chez 
un  enfant  de  deux  ans  et  demi ,  par 
M.  Déguisé  fils,  chirurgien  adjoint  de  la 
maison  royale  de  Charenton. 

Le  25  juin  de  cette  année,  un  nommé  Bou- 
notte,  serrurier  à  Nogent-sur-Marne  ,  amena 
à  la  consultation  de  la  Maison  Royale  de  Cha¬ 
renton,  un  enfant  âgé  de  2  ans  4/2,  qui  sai¬ 
gnait  de  la  bouche  depuis  une  huitaine  de 
jours. 

Un  premier  examen,  auquel  le  petit  malade 
se  prêtait  fort  difficilement,  ne  laissa  d’abord 
rien  apercevoir  ;  et  nous  eussions  peut-être, 
mon  père  et  moi,  méconnu  la  cause  de  cette 
hémorrhagie,  si  Bounotte  ne  nous  eût  assuré 
qu’il  existait  un  bouton  sur  la  langue  de  son 
enfant.  Une  seconde  exploration ,  faite  avec 
beaucoup  de  soin,  nous  fit  effectivement  dé¬ 
couvrir  une  petite  tumeur  située  sur  le  bord 
droit  de  la  langue,  vers  la  réunion  du  tiers 
antérieur  avec  les  deux  tiers  postérieurs  de 
cet  organe.  Son  volume  pouvait  égaler  celui 
d’un  petit  pois;  sa  couleur  était  violacée;  sa 
surface  comme  chagrinée  laissait  suinter  un 
sang  vermeil  par  la  partie  supérieure  légère¬ 
ment  érodée. 

Bounotte  ne  put  nous  donner  que  des  ren¬ 
seignements  très  vagues  sur  l’apparition  et 
le  développement  de  cette  petite  tumeur; 
suivant  lui ,  elle  datait  seulement  de  huit 
jours. 

L’enfant,  très  vigoureusement  constitué  , 
s’était  toujours  bien  porté  jusqu’à  l’apparition 
de  l’hémorrhagie  ;  les  dents  du  côté  droit  ne 
présentaient  aucune  saillie,  aucune  inégalité 
qui  pussent  blesser  la  langue.  Ce  dernier  or¬ 
gane  avait  ses  dimensions  accoutumées;  sa 
consistance  était  normale.  La  base  de  sus¬ 


tentation  et  les  environs  de  la  petite  tumeur 
paraissaient  sains. 

Ces  différentes  circonstances  nous  firent 
croire  à  l’existence  d’une  tumeur  érectile, 
d’un  nævus  qui  s’était  ulcéré. 

Effectivement,  les  caractères  extérieurs  de 
cette  petite  tumeur  ressemblaient  assez  à  ceux 
que  l’on  observe  dans  ce  genre  d’affections, 
et,  pour  ma  part,  en  y  réfléchissant  à  loisir, 
je  me  confirmai  dans  ma  première  opinion, 
ne  voyant  pas  quelle  autre  affection  j’aurais 
pu  confondre  avec  celle  à  laquelle  j’avais 
affaire.  Je  pensais  aussi  que  l’origine  do  cette 
tumeur  pouvait  bien  être  plus  ancienne  que  ne 
le  disait  Bounotte  ;  peut-être  remontait-elle 
jusqu’à  la  naissance;  et  son  petit  volume,  et 
l’absence  de  signes  morbides  avaient  empê¬ 
ché  qu’elle  fût  reconnue  jusqu’au  moment  où 
parut  l’hémorrhagie  buccale  et  où  l’atten¬ 
tion  des  parents  fut  vivement  sollicitée  de 
ce  côté. 

Quoi  qu’il  en  soit,  un  médecin,  M.  Le- 
quesne,  de  Nogent,  avait  déjà  été  appelé  au 
début  de  cette  hémorrhagie,  et  il  avait  cau¬ 
térisé  le  bouton  saignant,  avec  un  crayon  de 
nitrate  d’argent.  Ce  moyen  ayant  échoué, 
Bounotte  s’était  décidé  à  conduire  son  en¬ 
fant  à  la  consultation  de  la  Maison  de  Cha¬ 
renton. 

Comme  ce  petit  enfant  avalait  avec  sa  sa¬ 
live  le  sang  à  mesure  qu’il  était  exhalé,  il 
n’était  pas  possible  d’en  apprécier  la  quantité. 
Cependant  elle  ne  nous  parut  point  avoir  été 
très  considérable,  d’après  l’examen  du  pouls 
qui  était  normal,  et  celui  de  la  face  qui  offrait 
une  coloration  très  prononcée.  Aussi,  mon 
père  et  moi  nous  pensâmes  que  les  moyens 
suivants  suffiraient  pour  arrêter  cet  écoule¬ 
ment  sanguin. 

Limonade  minérale  a  la  glace.  —  Intro¬ 
duire  dans  la  bouche  et  faire  sucer,  s'il  se 
peut,  de  petits  morceaux  de  glace.  —  Seize 
grammes  d’huile  de  ricin.--  Cataplasmes  si- 
napisés  sur  les  membres  inférieurs. 

Le  27,  Bounotte  me  ramène  son  enfant. 
Le  sangv  disait-il,  n’avait  cessé  de  couler  en 
abondance. 

Cette  fois,  la  langue  fut  saisie  avec  une 
pince  de  Museux,  fortement  attirée  au  dehors  : 
la  petite  tumeur  broyée  et  déchirée  avec  une 
pince,  et  toute  la  surface  saignante  cautéri¬ 
sée  avec  un  fer  rouge. 

J’espérais  que  ma  petite  opération  suffirait 
pour  arrêter  définitivement  cette  hémorrha¬ 
gie;  néanmoins  je  conseillai  d’insister  sur  les 
boissons  froides,  les  révulsifs  aux  extrémités; 
et  je  prescrivis  12  grammes  d’huile  de  ricin 


BULLETIN  CLINIQUE. 


pour  évacuer  le  sang  qui  avait  pénétré  dans 
l’intestin. 

Le  29,  je  suis  fort  étonné  de  voir  revenir 
mon  petit  malade  :  il  était  pâle,  évidemment 
affaibli  ;  l’hémorrhagie  qui  avait  été  suppri¬ 
mée  pendant  plusieurs  heures  n’avait  pas 
tardé  à  reparaître. 

La  langue  est  de  nouveau  saisie  avec  une 
pince  de  Museux  ;  j’excise  avec  des  ciseaux 
courbes  sur  le  plat  une  portion  de  la  langue 
correspondant  à  la  surface  saignante,  et  j’ap¬ 
plique  successivement  deux  cautères  rougis  à 
blanc.  On  continue  les  moyens  adjuvants  con¬ 
seillés  plus  haut. 

Le  50,  Bounotte  m’amène  à  Paris  son  mal¬ 
heureux  enfant:  il  était  très  pâle,  très  affai¬ 
bli  ;  son  pouls  était  petit  et  fréquent.  La 
seconde  cautérisation  n’avait  point  été  plus 
heureuse  que  la  première. 

Je  ne  pouvais  plus  me  fier  à  la  cautérisa¬ 
tion,  et  j’étais  décidé  à  lier  l’artère  lin¬ 
guale,  ligature  à  laquelle  j’avais  déjà  songé 
lorsque  ma  première  cautérisation  eut  échoué. 
Cependant,  je  ne  voulus  pas  prendre  cette  dé¬ 
termination  avant  d’avoir  consulté  mon  père. 
Je  ne  redoutais  point  l’opération  en  elle- 
même,  mais  les  suites  et  le  cas  me  parais¬ 
saient  trop  graves  pour  ne  pas  chercher  à  m’é¬ 
clairer. 

Mon  père  ne  s’opposa  point  à  la  ligature 
de  l’artère  linguale;  mais  il  fut  d’avis  qu’a¬ 
vant  de  la  pratiquer  on  pouvait  faire  une  der¬ 
nière  tentative  sur  le  tissu  même  de  la 
langue.  Cette  résolution  prise  fut  aussitôt  exé¬ 
cutée.  La  langue  est  saisie  et  attirée  avec  une 
pince  de  Museux;  je  la  traverse  avec  une  ai¬ 
guille  munie  de  deux  fils  de  soie  doubles  et 
cirés,  à  quelques  lignes  en  dedans  de  la  plaie; 
puis  je  circonscris  cette  dernière  au  moyen  de 
deux  ligatures,  l’une  en  avant ,  l’autre  en 
arrière.  Ces  ligatures  convenablement  ser¬ 
rées  et  maintenues  par  un  double  nœud  de¬ 
vaient  intercepter  complètement  le  cours  du 
sang  à  travers  la  plaie.  ^Effectivement,  l’hé¬ 
morrhagie  s’arrêta  et  Bounotte  retourna  à 
Nogent  croyant  son  enfant  sauvé. 

Quant  à  nous ,  si  nous  n’espérions  un  suc¬ 
cès  définitif,  nous  comptions  du  moins  sur  une 
suspension  momentanée  de  l’hémorrhagie,  que 
nous  voulions  mettre  à  profit  pour  relever 
les  forces  de  l’enfant  et  le  mettre  ainsi  dans 
des  conditions  meilleures  pour  supporter 
plus  tard  l’opération  que  j’avais  projetée. 

Eau  vineuse  froide. — Bouillon  froid. — Ré¬ 
vulsifs  aux  extrémités. 

Le  1er  juillet  au  matin,  je  fus  mandé  à 
Nogent. — Mon  petit  malade  était  presque  ex¬ 
sangue;  le  sang  avait  reparu  la  veille  au  soir 
et  n’avait  cessé  de  couler  en  abondance.  Il  y 
avait  un  commencement  d’œdême  général; 
la  face  était  d’une  pâleur  extrême,  les  lèvres 
décolorées;  les  extrémités  froides;  le  pouls 


317 

irrégulier,  intermittent,  filiforme,  par  mo¬ 
ments  tout  à  fait  imperceptible. 

Il  n’y  avait  plus  de  temps  à  perdre,  cet 
enfant  allait  mourir.  Aussi,  après  avoir  pré¬ 
venu  les  parents  de  la  seule  et  bien  faible 
chance  de  salut  qui  nous  restait,  je  pratiquai 
la  ligature  de  l’artcre  linguale  du  côté  malade, 
c’est-à-dire  du  côté  droit,  avec  l’assistance 
de  M.  Lequesne ,  médecin  à  Nogent,  et  de 
mon  excellent  ami  et  ancien  collègue  M.  Ma- 
lespine. 

Cette  opération  fut  pénible  et  laborieuse  : 
pénible,  parce  qu’il  y  avait  grandement  à 
craindre  que  le  malade  ne  succombât  entre 
mes  mains  ;  laborieuse  ,  parce  que  ,  malgré 
le  vif  désir  que  j’avais  de  la  terminer  prompte¬ 
ment,  il  se  présenta  plusieurs  difficultés  inhé¬ 
rentes  à  l’opération  elle-même  et  à  certaines 
circonstances  que  j’avais  mentionnées. 

L’enfant  fut  couché  sur  le  dos,  la  tête  légè¬ 
rement  inclinée  à  gauche;  un  petit  coussin 
fut  placé  en  arrière  sous  la  nuque  de  manière 
à  tendre  le  cou  en  avant. 

Après  m’être  assuré  de  la  position  de  l’os 
hyoïde,  je  fis,  sur  le  côté  droit  du  cou,  une 
incision  horizontale  longue  de  5  centimètres 
environ,  qui  suivait,  autant  que  possible ,  la 
direction  de  la  grande  corne  de  cet  os; 
je  dis  autant  que  possible,  parce  que  je  ren¬ 
contrai  là  une  première  difficulté  due  à 
l’état  œdémateux  dont  j’ai  parlé  plus  haut. 
Cette  première  incision  intéressa  la  peau 
dans  toute  son  épaisseur,  et  une  partie  de  la 
couche  adipeuse  sous-cutanée.  —  Cette  cou¬ 
che  avait  une  épaisseur  assez  considérable, 
j’achevai  la  section  à  petits  coups  de  bistouri. 
Le  peaucier  se  présenta  pâle  et  très  mince  ;  il 
fut  incisé  avec  ménagement,  et  bien  m’en  prit  : 
car  je  faillis  couper  une  grosse  veine  située 
vers  l’angle  externe  de  la  plaie,  et  qui  devait 
être  l’embouchure  de  la  veine  faciale  dans  la 
jugulaire  externe.  La  glande  sous-maxillaire 
était  assez  volumineuse,  elle  atteignait  pres¬ 
que  l’os  hyoïde,  elle  fut  repoussée  et  mainte¬ 
nue  en  haut.  Le  muscle  digastrique  fut  mis  à 
découvert  presque  aussitôt.  J’incisai  un  peu 
au  dessous  de  son  bord  inférieur  pour  aller  à 
la  recherche  du  muscle  hyo-glosse.  Ce  fut  le 
temps  le  plus  difficile  de  toute  l’opération,  et 
cela  parce  que  gêné  par  un  tissu  adipeux 
abondant,  baigné  de  sérosité,  je  ne  pus  agir 
qu’avec  une  extrême  lenteur  dans  la  crainte 
de  me  fourvoyer.  Dans  cette  dissection,  je 
rencontrai  le  nerf  hypoglosse  (1),  et  en 

(1)  Je  puis  assurer  que  rien  ne  ressemble 
plus  au  premier  abord  à  une  artère  que  ce 
nerf,  et  j’avoue  que  j’eusse  peut-être  commis 
cette  méprise  (laquelle  j’espère  n’eût  été  que 
momentanée),  si  je  n’eusse  eu  bien  présentes 
à  l’esprit  toutes  les  parties  sur  lesquelles 
j’opérais;  mais  j’étais  prévenu  de  la  rencon- 


BULLETIN  CLINIQUE. 


3(8 

cherchant  au  dessous  de  lui,  tantôt  avec  la 
sonde  cannelée,  tantôt  avec  la  pointe  du  bis¬ 
touri,  je  finis  par  mettre  à  nu  le  muscle  hyo- 
glosse.  Il  était  très  pâle,  assez  mince  pour 
laisser  se  dessiner  derrière  lui  l’artère  lin¬ 
guale,  dont  il  était  très  facile  d’apprécier  les 
battements.  J’écartai  avec  précaution  quel¬ 
ques  fibres  de  ce  muscle,  j’isolai  l’artère  et  la 
liai  avec  un  fil  de  soie  double  et  ciré. 

Pendant  l’opération,  il  y  eut  deux  syn¬ 
copes,  de  courte  durée  heureusement.,  mais 
qui  néanmoins  me  parurent  assez  inquiétantes 
pour  suspendre  ma  dissection.  Chaque  fois 
nous  fîmes  revenir  le  petit  malade  en  lui  pro¬ 
jetant  de  l’eau  au  visage. 

Au  total  l’enfant  n’avait  perdu  que  fort  peu  de 
sang  durant  cette  opération.  Les  bords  de  la 
plaie  furent  maintenus  rapprochés  au  moyen 
de  trois  points  de  suture;  deux  petites  bande¬ 
lettes  de  diachylon  gommé  composèrent  tout 
le  pansement. 

L’hcmorrhagic  buccale  parut  arrêtée;  car 
on  ne  pouvait  donner  ce  nom  à  un  liquide 
légèrement  noirâtre  qui  s’écoulait  de  la  bou¬ 
che  et  qui  nous  sembla  être  formé  par  de  la 
salive.  La  teinte  noire  qu’elle  présentait  était 
due,  sans  aucun  doute,  à  la  dilution  d’une 
certaine  quantité  de  matière  colorante,  appar¬ 
tenant  à  un  caillot  qui  occupait  une  grande 
partie  de  la  face  dorsale  de  la  langue. 

Le  petit  opéré  buvait  avec  avidité  ;  il 
fut  convenu  qu’on  satisferait  souvent  à  ce 
besoin  avec  du  bouillon  froid  dans  lequel  on 
ajouterait  un  peu  de  bon  vin.  Je  recomman¬ 
dai  qu’on  observât  le  plus  profond  silence, 
que  l’air  de  la  pièce  fut  fréquemment  renou¬ 
velé,  et  qu’on  maintînt  sans  cesse  de  la  cha¬ 
leur  vers  les  extrémités  inférieures. 

Après  notre  départ  l’enfant  ne  tarda  pas  à 
s’endormir:  son  sommeil  fut  calme  et  tran¬ 
quille.  A  son  réveil  il  montra  quelque  gaîté, 
et  ses  parents  reprirent  tout  à  fait  espoir. 

Cet  état  satisfaisant  continua  le  lendemain 
et  les  jours  suivants.  L’œdême  disparut,  et 
les  forces  ne  tardèrent  pas  à  revenir  un  peu. 

Le  5,  à  huit  heures  du  soir,  Bounotte  qui 
ne  quittait  pas  son  enfant  est  tout  surpris  de 
voir  couler  du  sang  par  la  bouche;  il  en- 
tr’ouvre  les  lèvres  avec  précaution,  et  il  croit 
s’apercevoir  que  l’hémorrhagie  a  lieu  par  la 
partie  inférieure  de  la  langue.  Il  fait  préve¬ 
nir  de  suite  M.  Lequesne  qui  constate  la  meme 
chose.  Les  extrémités  sont  couvertes  de  sina¬ 
pismes,  et  le  sang  s’arrête  tout  à  fait  à  onze 
heures,  trois  heures  après  son  apparition. 


tre  de  ce  nerf,  et  j’avais  la  certitude  absolue 
de  ne  pas  encore  avoir  intéressé  les  fibres 
musculaires  de  l’hyo-glosse,  derrière  lesquel¬ 
les  je  devais  trouver  l’artère  linguale. 


Cette  hémorrhagie  avait  été  peu  abondante, 
l’enfant  ne  parut  point  beaucoup  en  souffrir, 
et  nonobstant  cet  accident,  le  mieux  continua. 

Le  7 ,  nouvelle  hémorrhagie  vers  deux 
heures  de  l’après-midi.  Cette  fois  elle  fut  in¬ 
quiétante;  le  sang  rouge  et  vermeil  sortait 
bien  évidemment  de  la  face  inférieure  de  la 
langue;  malgré  les  sinapismes  il  continua  de 
couler  avec  force  jusqu’à  onze  heures  du  soir, 
où  l’enfant  notablement  affaibli  parut  s’en¬ 
dormir.  Avec  cet  état  syncopal,  disparut  l’hé¬ 
morrhagie. 

La  vie  de  ce  pauvre  petit  malheureux  était 
donc  à  chaque  instant  menacée.  Après  toutes 
les  tentatives  que  j’avais  faites  pour  le  sauver, 
il  y  avait  là  pour  moi  quelque  chose  de  cruelle¬ 
ment  désespérant. 

Quelle  était  donc  la  cause,  quelle  était 
donc  la  source  de  ces  deux  nouvelles  hémor¬ 
rhagies?  Fallait-il  en  accuser  la  présence  des 
fils  qui  traversaient  la  langue,  les  piqûres 
produites  par  les  pinces  de  Museux,  ou  bien 
une  nouvelle  ulcération  survenue  spontané¬ 
ment.  Le  sang  revenait-il  par  l’artère  linguale 
du  côté  gauche?  Existait-il  quelque  disposition 
artérielle  anormale?  Enfin,  dans  l’attente  de 
nouveaux  accidents  que  fallait-il  faire? 

Il  était  au  moins  inutile  de  rien  tenter 
sur  la  langue  elle-même  ,  j’en  avais  fait  la 
triste  expérience.  Devais-je  lier  l’artère  lin¬ 
guale  du  côté  gauche  ? 

Cette  seconde  ligature  pouvait  bien  faire 
espérer  quelque  chance  de  réussite  dans  le 
cas  où  l’artère  linguale  gauche  eût  été  la 
source  de  l’hémorrhagie,  mais  je  pouvais  ren¬ 
contrer  une  anomalie. 

Les  dernières  hémorrhagies,  ai-je  dit, 
avaient  eu  lieu  par  la  face  inférieure  de  la 
langue,  très  probablement  par  une  artère 
sublinguale;  or,  l’artère  sublinguale  est  fré¬ 
quemment  fournie  par  la  sous-mentale  ou 
même  directement  par  la  faciale. 

Ces  questions  m’embarrassaient  beaucoup: 
je  consultai  de  nouveau  mon  père,  M.  Males- 
pine  etM.  Lequesne.  Ces  messieurs  jugèrent 
prudent  de  s’abstenir  de  toute  opération ,  vu 
l’état  de  l’enfant,  et  de  s’en  tenir  à  la  médica¬ 
tion  astrigente,  tonique  et  révulsive. 

Ce  conseil  fut  suivi  en  tous  points,  et  j’eus 
lieu  de  m’en  applaudir:  il  ne  survint  point 
de  nouveaux  accidents,  et  sous  l’influence  de 
toniques  sagement  administrés,  l’enfant  ne 
tarda  point  à  reprendre  ses  forces. 

Le  11,  la  ligature  de  l’artère  linguale  tomba 
d’elle-même  ;  la  plaie  du  cou  se  cicatrisa  quel¬ 
ques  jours  après. 

Le  19,  je  coupe  les  fils  qui  tiennent  encore 
à  la  langue.  La  guérison  est  complète;  jus¬ 
qu’aujourd’hui  elle  ne  s’est  point  démentie. 

Déguisé  fils. 


BIBLIOGRAPHIE 


BIBLIOGRAPHIE. 


BIBLIOTHÈQUE  DU  MÉDECIN  PRATICIEN,  OU  Ré¬ 
sumé  général  de  tous  les  ouvrages  de  clini¬ 
que  médicale  et  chirurgicale ,  etc.,  etc.; 

par  une  société  de  médecins,  sous  la  di¬ 
rection  du  docteur  Fabre.  Tome  1er.  — 

MALADIES  DES  FEMMES. 

S’il  est  des  époques  où  Ton  ne  s’instruit  pas 
faute  de  livres,  il  en  est  d’autres  où  il  est  dif¬ 
ficile  de  s’instruire  parce  qu’on  en  a  trop.  La 
fécondité  de  la  nôtre  deviendrait  bientôt  em¬ 
barrassante,  si  ce  que  la  science  dissémine, 
éparpille  en  quelque  sorte  dans  mille  traités, 
monographies  ou  journaux  n’était  de  temps  en 
temps  rassemblé,  concentré  dans  un  seul  foyer. 
Les  dictionnaires  se  sont  proposé  et  ont  at¬ 
teint  plus  ou  moins  heureusement  ce  but: 
œuvres  utiles,  d’une  forme  commode  pour  les 
recherches,  mais  peu  favorable  à  une  exposi¬ 
tion  d’ensemble,  à  une  classification  méthodi¬ 
que,  et  dont  le  genre  exclut  d’ailleurs  les  dé¬ 
veloppements  étendus  et  le  récit  détaillé  des 
faits.  Forcé  de  chercher  ailleurs  ces  deux 
sources  de  toute  solide  conviction,  ces  essen¬ 
tiels  fondements  de  toute  pratique  conscien¬ 
cieuse,  le  médecin  auquel  sont  encore  réservés 
quelques  loisirs  studieux  pourra,  par  de  judi¬ 
cieux  extraits  et  par  l’analyse  des  observations 
les  plus  saillantes,  se  créer,  sur  le  sujet  de 
son  choix ,  la  plus  riche  et  la  plus  commode 
de  toutes  les  bibliothèques.  Que  tous  ces  ma¬ 
tériaux  classés  à  mesure  dans  un  cadre  arrêté 
d’avance  soient  fondus  et  liés  avec  art,  que 
cette  habile  assimilation  de  l’œuvre  des  autres 
soit  rehaussée  par  de  judicieuses  réflexions, 
quelques  vues  nouvelles,  une  saine  critique, 
par  tout  ce  qui  donne  sinon  l’originalité,  au 
moins  la  couleur,  et  l’ouvrage  qui  naîtra  d’un 
pareil  travail,  prendra  rang  parmi  les  plus 
utiles. 

Il  serait  à  désirer  sans  doute  que  chaque 
médecin  pût  ainsi  se  composer  son  propre  li¬ 
vre  sur  chaque  matière.  L’esprit  se  fortifierait 
sans  contredit  à  ce  travail  et  s'emparerait  plus 
complètement  du  sujet.  Mais  l’accomplisse¬ 
ment  d’une  pareille  tâche  exige  la  possession 
de  sources  nombreuses  qui  sont  loin  d’être  à 
la  disposition  de  tous,  et  par -dessus  tout  un 
temps  et  une  persévérance  qui  manquent  à  la 
plupart.  L’auteur  de  la  Bibliothèque  du  Mé¬ 
decin  praticien  a  donc  été  dirigé  par  une 
bonne  et  heureuse  pensée  lorsqu’il  s’est  pro¬ 
posé  d’offrir  sur  chacune  des  branches  prin¬ 
cipales  de  l’art  et  sur  quelques  unes  de  leurs 
divisions  secondaires  dont  la  spécialité  n’est 
contestée  par  personne,  une  série  de  traités 
essentiellement  pratiques,  débarrassés  de  toute 
vaine  érudition,  de  toute  discussion  théorique 
sans  intérêt  réel,  et  de  l’indication  de  toutes 
les  méthodes  ou  médications  inusitées  que 
l'expérience  a  définitivement  rejetées  :  une  sé¬ 


rie  de  traités  enfin  tels  que  chacun  de  nous 
voudrait  pouvoir  en  extraire  et  en  composer 
pour  son  propre  usage. 

Cette  collection  comprendra  36  livraisons 
formant  12  vol.  in-8°  sur  double  colonne; 
elle  est  dignement  inaugurée  par  le  premier 
volume  que  nous  avons  sous  les  yeux  et  qui 
s’occupe  des  maladies  des  femmes. 

On  peut  en  effet ,  d’après  ce  premier  traité, 
juger  la  manière  générale  de  l’auteur.  Partout 
nous  le  trouvons  fidèle  à  son  programme.  An¬ 
ciens,  modernes,  nationaux,  étrangers,  tous 
les  auteurs  ont  été  mis  à  contr  ibution,  et  non 
seulement  les  traités  généraux,  mais  les  plus 
minces  mémoires  quand  ils  renfermaient  quel¬ 
que  chose  d’utile,  les  simples  articles  de  jour¬ 
naux  ou  comptes-rendus  de  clinique  ont  fourni 
leur  contingent.  Non  content  de  renvoyer 
exactement  aux  sources  quand  il  emprunte 
quelque  opinion  et  de  rendre  bonne  et  com¬ 
plète  justice  à  chacun,  il  cite  souvent  textuel¬ 
lement  soit  l’exposé  des  signes  d’une  maladie, 
soit  les  réflexions  que  suggèrent  les  difficultés 
d’un  diagnostic,  soit  la  description  d’un  pro¬ 
cédé  opératoire,  soit  une  observation  propre 
à  mettre  en  saillie  un  ou  plusieurs  de  ces 
points  mieux  qu’il  ne  croirait  pouvoir  le  faire 
lui-même. 

Cette  manière  d’introduire  les  auteurs  et  de 
leur  donner  en  quelque  sorte  la  parole  a  l’a¬ 
vantage  de  n’altérer  en  rien  leur  pensée ,  de 
mettre  en  relief  les  qualités  qui  les  distin¬ 
guent,  de  favoriser  la  publicité  de  leurs  idées 
et  de  leur  témoigner  ainsi  la  part  de  recon¬ 
naissance  qui  leur  est  due.  Elle  diminue  en 
outre  la  sécheresse  d’une  forme  trop  stricte- 
temcnt  didactique,  et  le  choix  judicieux  des  ci¬ 
tations  atteste  que  l’œuvre  y  gagne  non  seu¬ 
lement  en  exactitude,  mais  même  en  précision. 

On  aurait  tort  pourtant  de  croire  que  tout 
le  mérite  de  l’œuvre  ne  consiste  que  dans 
l’ajustement  plus  ou  moins  habile,  plus  ou 
moins  harmonique  de  parties  détachées.  Il 
suffit  de  voir  avec  quel  soin  les  causes  sont 
recherchées,  les  signes  discutés,  la  valeur  res¬ 
pective  des  uns  et  des  autres  déterminée,  à 
quel  consciencieux  examen  les  diverses  mé¬ 
thodes  de  traitement  sont  soumises,  avec 
quelle  rigoureuse  déduction  les  préférences 
sont  motivées,  pour  reconnaître  que  l’auteur, 
tout  en  mettant  en  relief  l’œuvre  des  autres 
et  en  se  proposant  un  but  d’utilité  et  non  de 
gloire,  ne  renonce  nulle  part  au  rôle  qu’il  de¬ 
vait  se  proposer  dans  une  pareille  œuvre,  celui 
de  critique  impartial  et  d’appréciateur  éclairé. 
Faut-il  donc,  comme  dit  Montaigne,  se  couvrir 
des  armes  d’autrui  jusqu’au  point  de  ne  pas 
montrer  le  bout  des  doigts  ? 

En  ce  qui  concerne  spécialement  le  traité 
des  Maladies  des  femmes,  on  peut  dire  que  nul 


320 


NOUVELLES 

n’est  plus  complet,  plus  pratique.  Il  suffit  de 
jeter  un  coup  d’œil  sur  la  table  pour  voir  qu’il 
n’est  pas  une  affection  qui  ait  été  passée  sous 
silence,  qu’un  grand  nombre,  certaines  mala¬ 
dies  de  la  vulve,  par  exemple,  font,  pour  la 
première  fois,  partie,  d’un  ouvrage  didactique 
sur  la  matière.  Les  fistules  vaginales,  les  af¬ 
fections  de  l’utérus,  les  déplacements  de  cet 
organe,  etc.,  sont  traités  avec  tous  les  déve¬ 
loppements  convenables  au  point  de  vue  de  la 
pratique.  On  remarquera  un  chapitre  impor¬ 
tant  sur  les  erreurs  de  diagnostic  qu’il  est 
possible  de  commettre,  et  qui  ont  en  effet  été 
plusieurs  fois  commises  entre  plusieurs  mala¬ 
dies  des  organes  généraux.  Peut-être  le  désir 
de  ne  rien  omettre  a-t-il  fait  entrer  dans  le 
cadre  des  maladies  ou  des  accidents  dont  la 
description  aurait  été  mieux  placée  dans  le 
traité  d'accouchements  qui  doit  faire  partie  de 
la  collection  :  ainsi  les  ruptures  de  l’utérus, 


ET  VARIÉTÉS. 

dont  l’histoire  ne  forme  pas  un  des  moins 
bons  chapitres  de  l’ouvrage  ;  ainsi  les  affec¬ 
tions  puerpérales.  Mais  comme  l’introduction 
de  ces  sujets  un  peu  étrangers  n’a  pas  nui 
au  développement  des  autres  parties,  on  peut 
espérer  que,  quitte  de  ce  côté  envers  ses  lec¬ 
teurs,  l’auteur  enrichira  de  plus  de  matériaux 
son  traité  spécial  d’accouchements,  et  que  cette 
malposition  tournera  encore  à  l’avantage  de 
l’œuvre. 

En  résumé,  nous  croyons  la  Bibliothèque 
du  Médecin  praticien  appelée  à  un  succès 
qu’assurent  d’avance  la  grande  quantité  de 
matériaux  dont  elle  se'composera  sous  un  petit 
volume,  et  la  modicité  du  prix;  et  que  justi¬ 
fieront  de  plus  en  plus ,  nous  n’en  doutons 
pas,  le  bon  esprit  et  le  bon  ton  de  la  critique, 
l’exécution  consciencieuse  de  l’ouvrage,  et  son 
incontestable  utilité.  A.  D. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.  — Séance  du  28  août.  —  M.  Guyon  adresse  une  observation  re¬ 
lative  à  l’introduction  d’une  sangsue  (  hœmopis  vorax  )  dans  le  vagin  d’une  femme.  Cette 
femme  habitant  Bone  depuis  trois  semaines  était  affectée  d’une  perte  continuelle  qui  résis¬ 
tait  à  tous  les  moyens.  Enlin  la  femme  vint  à  Alger  ;  M.  Lebrun  lit  faire  des  injections  d’eau 
et  de  vinaigre  plusieurs  fois  par  jour  ;  le  4e  jour  la  malade  trouva  dans  ses  linges  la  sangsue 
vivante,  et  dès  le  lendemain  tout  écoulement  avait  cessé.  —  Ce  fait  est  curieux  par  sa  ra¬ 
reté  sans  doute;  mais  on  se  demande  comment  les  médecins  qui  traitaient  cette  malade  ont 
omis  d’explorer  le  vagin  avec  le  doigt,  et  au  besoin  avec  le  spéculum. 

M.  Jobert  adresse  un  nouveau  mémoire  sur  la  grenouillette.  Nous  y  reviendrons  prochaine¬ 
ment. 

Académie  de  médecine.  —  Séance  du  11  août. — M.  Bouvier  lit  une  note  sur  les  caractères 
physiques  des  muscles  du  dos  pendant  la  vie,  dans  les  déviations  latérales  de  l’épine.  Cette 
note  a  pour  objet  de  contester  la  valeur  des  signes  donnés  par  M.  Guérin  comme  propre  à  la 
rétraction  musculaire ,  et  de  combattre  la  section  des  muscles  de  l’épine ,  au  moins  comme 
inutile.  —  M.  Guérin  conteste  les  assertions  de  M.  Bouvier. 

22  août.  —  M.  Jobert  lit  un  rapport  très  favorable  sur  un  mémoire  de  M.  Morel-Lavallée, 
qu’il  considère  comme  la  monographie  la  plus  complète  des  luxations  de  la  clavicule.  Nous 
reviendrons  sur  le  mémoire  et  sur  le  rapport. 

29  août. — M.  Léon  Rattier  présente  un  nouvel  urétrotome  pouvant  opérer  les  scarifications 
d’arrière  en  avant  comme  d’avant  en  arrière.  Il  signale  également  à  l’Académie  un  nouveau 
procédé  à  l’aide  duquel  il  parvient  à  porter  la  lumière  dans  des  cavités  jusqu’à  présent  inac¬ 
cessibles  à  l’œil.  Nous  en  donnerons  la  description  dans  le  prochain  numéro. 

5  septembre.  —  M.  Bonnafont  lit  une  observation  de  surdité  guérie  par  la  perforation  de  la 
membrane  du  tympan. 

12  septembre.  —  M.  Villeneuve  fait  un  rapport  sur  une  observation  de  gastrotomie  pra¬ 
tiquée  dans  un  cas  de  rupture  spontanée  de  l’utérus,  par  M.  Castelli  de  Puy-Lévêque  ;  il 
examine,  entre  autres  points,  la  question  du  choix  à  faire,  dans  les  cas  de  ce  genre  entre  la 
gastrotomie  ou  l’extraction  du  fœtus  par  la  plaie  accidentelle ,  et  il  se  prononce  en  faveur  du 
premier  parti.  —  M.  Velpeau  pense  au  contraire  qu’il  est  presque  toujours  possible  d’extraire 
1  enfant  parle  vagin,  et  que  cette  extraction  est  bien  préférable  à  la  gastrotomie. —  M.  Ville- 
neuve  répond  que  sur  15  cas  d’extraction  cités  dans  son  rapport,  il  n’y  a  pas  eu  un  seul  cas 
de  réussite. 

M.  Villeneuve  avait  aussi  émis  quelques  doutes  sur  la  réalité  du  bruit  allégué  comme 
signe  de  la  rupture  de  la  matrice.  —  M.  Capuron  a  réclamé;  M.  Gérardin  a  rappelé  un  cas 
observé  à  la  Maternité,  et  dans  lequel  la  rupture  se  fit  avec  un  bruit  assez  sensible  pour  être 
entendu  de  la  sage-femme  et  des  assistants.  Enfin  M.  Velpeau  déclare  avoir  lui-même  en¬ 
tendu  ce  bruit  chez  une  dame  auprès  de  laquelle  il  avait  été  appelé  par  M.  Réveillé-Parise. 
—L’Académie,  suivant  les  conclusions  du  rapporteur,  décide  qu’il  sera  adressé  des  remer- 
cîments  à  l’auteur. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-8°, 
Prix  de  l’abonnement  :  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine.— On  s’abonne  à  Paris,  au  bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55.— Tous  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne  ,  rédacteur  en  chef,  rue  de  l’Arbre- 
Sec ,  n°  22. 


PAMS,  I9IPIUWERIK  DK  PAUt.  DUPOJNT  KT  Cu,R«e  de  Grendle-SakU-Honoré ,  55, 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Par  M,  MAIÆ*AÏ»]tfE. 


OCTOBRE  1843. 


SOMMAIRE. 

Nouvelle  simplification  des  discussions  orthopédiques  ;  procès  intenté  au  Journal  de  Chirur¬ 
gie.—  Déclaration  de  principes  des  médecins  et  chirurgiens  de  France.— I.  Travaux  ori¬ 
ginaux.  De  quelques  modes  de  guérisons  naturelles  des  hernies,  et.  particulièrement  du 
rôle  du  collet  du  sac  dans  ces  guérisons,  par  M.  Roustan  {suite  et  fin).  —  Note  sur 
l’hydrophthalmie  et  l’exophthalmie  en  Afrique;  par  M.  Furnari. — Mémoire  sur  l’application 
du  froid  en  thérapeutique;  par  M.  Alliot. — II.  Revue  critique .  —  Chirurgie. — De  la 
valeur  symptomatique  des  ulcérations  du  col  utérin.— Sur  la  cure  spontanée  des  polypes 
utérins— Sur  les  fractures  transversales  de  la  rotule.— De  la  ténotomie  appliquée  au 
traitement  des  fractures  de  la  malléole  externe.— Nouvelle  méthode  pour  la  cure  de  la 
grcnouillette.— Guérison  des  varices  des  paupières,  par  l’excision  des  veines  dilatées.— 
Obstétrique.  —Hémorrhagie  promptement  mortelle  produite  par  la  rupture  d’une  varice 
à  la  grande  lèvre.-- Pharmacologie  chirurgicale .  —  Sur  une  meilleure  préparation  des 
pommades.— III.  Bulletin  clinique.— Hernie  scrotale  étranglée  et  sphacélée  sans  signes 
de  gangrène,  par  M.  Delaporte.— IV.  Bibliographie.— Nouveaux  éléments  complets  de 
la  science  et  de  l’art  du  dentiste,  par  MM.  Désirabode.— V.  Nouvelles  et  Variétés. 


BfoisveUë  simplification  des  discussions  ©rtlfoogsediques. — 
Procès  iaiteMte  sut  Journal  de  Cli&K’urgie. 

Dans  la  discussion  que  nous  soutenons  depuis  quelque  temps  au  sujet  du  Relevé 
statistique  de  M.  J.  Guérin,  les  praticiens  consciencieux  avaient  été  particulièrement 
frappés  de  cette  curieuse  défense  de  notre  antagoniste,  lequel,  pour  simplifier  les  choses , 
voulait  bien  confesser  que  deux  de  ses  guérisons  complètes  n’étaient  pas  des  guérisons. 
Il  paraît  que  les  remarques  dont  cette  simplification  a  été  l’objet  n’ont  pas  été  du  goût 
de  M.  Guérin;  nous  lui  avions  également  demandé  comment  son  malade  présenté  à  F  Aca¬ 
démie,  qui  devait  être  complètement  guéri  dans  trois  semaines  ou  un  mois,  ne  l’était 
pas  encore  au  bout  de  deux  mois  (il  y  a  aujourd’hui  trois  mois  révolus).  Pour  mettre 
un  terme  à  cette  fatigante  curiosité,  pour  couper  court  à  ces  discussions  désagréables, 
en  un  mot ,  pour  simplifier  les  choses ,  M.  Guérin  nous  a  intenté  un  procès  en  police 
correctionnelle. 

Nous  devons  le  confesser  ;  une  pareille  façon  de  répondre  ne  nous  a  pas  médiocrement 
surpris.  Nous  ne  sachons  pas  qu’elle  soit  d’usage  en  aucun  pays  du  monde;  mais,  dans 
le  nôtre  particulièrement,  il  est  difficile  de  dire  ce  que  M.  Guérin  a  cru  pouvoir  en 
espérer.  Bien  qu’il  soit  étranger,  M.  Guérin  a  vécu  assez  longtemps  parmi  nous  pour 
prendre  une  idée  plus  exacte  de  notre  caractère;  nous  sommes  un  peuple  douteur  par 
nature,  qui  ne  croyons  pas  facilement  aux  miracles;  et  de  tous  les  principes  de  Des¬ 
cartes,  le  doute  philosophique  est  celui  que  nous  avons  le  plus  scrupuleusement  conservé, 
(b  21 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


322 

Que  l’on  nous  administre  unie  démonstration  péremptoire,  à  la  bonne  heure,  nous  ne  résis¬ 
tons  point  à  la  preuve;  mais  si,  sans  preuve,  sans  démonstration,  on  veut  nous  imposer 
la  foi,  comme  qui  dirait  par  un  jugement  de  police  correctionnelle,  nous  passons  volon¬ 
tiers  à  la  révolte  et  ne  croyons  plus  rien  du  tout. 

M.  Guérin  nous  paraît  donc  avoir  ici  manqué  de  tact.  U  s’est  trompé  d’époque  et  de 
pays;  et,  à  part  l’opinion  publique,  qui  mérite  bien  un  peu  d’égard  ,  il  y  a  aussi  quelque 
chose  de  trop  exorbitant  à  s’en  aller  demander  à  des  juges  un  brevet  d’infaillibilité.' 

Voilà  certes  le  côté  le  moins  sérieux  de  l’affaire;  nous  ne  saurions  cependant  dissimu¬ 
ler  qu’elle  en  a  un  autre  infiniment  plus  grave.  C’est  la  libre  discussion  en  matière  scien¬ 
tifique  qui  est  en  cause  ;  c’est  le  droit  le  plus  sacré  de  la  science  que  M.  Guérin  n’a 
pas  craint  d’attaquer.  Et  c’est  un  critique  de  profession  qui,  dans  un  intérêt  si  misérable 
que  notre  plume  répugne  à  l’exprimer,  a  eu  l’idée  de  bâillonner  la  critique!  Et  c’est  un 
homme  de  science  qui  prétend  confisquer  à  son  profit  la  liberté  de  discussion,  sans  la¬ 
quelle  il  n’y  a  pas  de  science  !  Du  moins,  nous  le  répéterons  avec  orgueil ,  nul  de  nous  ne 
portera  la  responsabilité  d’un  dessein  aussi  insensé,  et  nous  dirions  presque  aussi  impie; 
c’est  un  médecin  étranger,  c’est  un  orthopédiste  belge  qui,  après  avoir  reçu  de  la  chi¬ 
rurgie  française  une  si  libérale  hospitalité,  lui  paye  ainsi  sa  dette  de  reconnaissance. 

Cependant,  devant  cette  triste  et  honteuse  et  déplorable  attaque,  qu’a  fait  la  chirurgie 
française?  La  chirurgie  française  a  fait  son  devoir,  et  la  médecine  française  n’a  pas  man¬ 
qué  au  sien.  Une  protestation,  une  véritable  déclaration  de  principes  a  été  aussitôt  rédigée 
et  couverte  de  signatures  :  membres  de  l’Institut,  membres  de  l’Académie  royale  de 
médecine ,  professeurs  de  la  Faculté,  médecins  et  chirurgiens  des  hôpitaux,  praticiens 
delà  ville,  tous  ont  tenu  à  honneur  d’y  apposer  leur  nom.  Le  mouvement  ne  s’est  point 
arrêté  à  Paris  ;  il  va  s’étendre  dans  les  provinces:  et  déjà  même,  avec  les  adhésions  iso¬ 
lées,  viennent  des  adhésions  délibérées  par  les  sociétés  savantes;  manifestation  jusqu’ici 
sans  exemple  dans  la  médecine,  et  véritablement  nationale. 

Un  semblable  mouvement,  réalisé  en  quelques  jours,  atteste  hautement  l’esprit  de 
l’époque,  et  répond  de  reste  à  ceux  qui  l’accusent  de  tiédeur  pour  les  intérêts  de  la 
science.  Heureusement,  nous  ne  serons  pas  cette  fois  appelés  à  de  plus  grandes  luttes  ; 
les  magistrats  qui,  pour  la  première  fois ,  auront  à  juger  cette  question  inouïe,  sont 
aussi  de  leur  temps;  ils  savent  que  la  libre  discussion  dans  les  arts  et  dans  les 
sciences  a  fait  une  partie  de  la  gloire  et  de  la  grandeur  de  la  France;  et  c’est  un 
intérêt  qui  vaut  bien  celui  d’un  orthopédiste  embarrassé  de  prouver  la  réalité  de  ses 
guérisons. 

Pour  nous,  àquiM.  Guérin  a  fait  l’honneur  de  nous  choisir  pour  champion  d’une. si 
belle  cause,  nous  n’en  marcherons  pas  moins  ferme  à  la  découverte  de  la  vérité,  mé¬ 
prisant  les  injures,  souriant  aux  menaces,  trop  sûr  de  nous  pour  nous  écarter  jamais 
de  notre  modération  accoutumée,  et  n’écoutant  que  l’intérêt  de  la  science.  On  a  voulu 
bâillonner  la  critique,  elle  n’en  élèvera  qu’une  voix  plus  forte.  Si  les  choses  eussent  suivi 
leur  cours ,  nous  avions  dessein  de  donner  à  nos  lecteurs,  dans  ce  numéro,  un  Mémoire 
sur  la  valeur  réelle  de  V orthopédie  et  spécialement  de  la  myotomie  rachidienne  dans  le 
traitement  des  déviations  de  l’épine y  les  praticiens  auraient  jugé  en  silence,  et  tout  eût 
été  dit  sur  ce  point.  Mais  puisque  M.  Guérin  a  jugé  convenable  d’appeler  à  son  secours 
les  tribunaux  extrà-scientifiques,  nous  prétendons  avoir  aussi  nos  tribunaux,  nos  tri¬ 
bunaux  légitimes  ;  et  c’est  à  l’Académie  royale  des  sciences,  c’est  à  l’Académie  royale 
de  médecine  que  nous  irons  demander  des  juges  compétents. 

Ce  n’est  pas  là  le  seul  procès  que  nous  aurons  à  soutenir.  M.  Guérin  nous  a  fait  inti¬ 
mer  par  huissier  d’avoir  à  insérer  sa  réponse  ;  nous  ne  l’insérerons  pas.  Ferme  dans 
notre  droit,  nous  offrons  pour  la  seconde  fois  d’insérer  une  réponse  décente,  qui  ne  soit 
point  chargée  d’injures  contre  nous  et  contre  d’autres;  et  nous  nous  féliciterons,  après 
avoir  soutenu  la  liberté  de  la  discussion  scientifique,  d’avoir  à  la  défendre  contre  une 
licence  devenue  intolérable  pour  tous  les  honnêtes  gens. 


RÔUSTAN.  —DE  QUELQUES  modes  de  guérisons  naturelles  des  hernies. 


32a 


Déelaratioaa  d©  iiririeipeg  «les  Ilédeelias  et  Chirurgleais  «I© 

France. 

Nous,  soussignés,  professeurs  de  la  Faculté  de  médecine  de  Paris,  membres  de  l’Aca¬ 
démie  royale  des  sciences,  membres  de  l’Académie  royale  de  médecine  ou  d’autres 
sociétés  savantes,  docteurs  en  médecine  et  en  chirurgie  des  trois  facultés  du  royaume; 

Consultés  par  deux  de  nos  confrères  présentement  poursuivis  en  police  correctionnelle 
pour  des  articles  de  critique  médicale; 

Sans  prétendre  nous  immiscer  dans  le  fond  ni  dans  les  détails  du  procès,  déclarons 
adhérer  pleinement  et  sans  réserve  aux  principes  suivants: 

La  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique  est  le  droit  le  plus  sacré 
et  l’une  des  bases  fondamentales  de  toute  science. 

La  discussion  peut  et  doit  s'exercer  sur  les  doctrines  et  sur  les  faits. 

La  discussion  des  faits  porte  essentiellement  sur  leur  valeur ,  sur  leur 
degré  d  exactitude  ,  et  entraîne  nécessairement  le  droit  de  les  nier,  lorsque 
leur  fausseté  a  été  découverte. 

En  médecine  et  en  chirurgie  particulièrement ,  il  est  de  droit  de  discu¬ 
ter  toute  méthode  et  toute  opération  nouvelles ,  de  rechercher  la  valeur 
des  succès  annoncés,  de  les  nier  lorsqu’on  a  la  preuve  qu’ils  ne  sont 
pas  réels. 

Hors  de  ces  principes ,  il  n’y  a  plus  ni  discussion  ,  ni  art ,  ni  enseigne¬ 
ment  possibles,  ni  garantie  pour  la  santé  publique  ;  et  la  science  serait  livrée 
sans  défense  à  la  merci  de  tous  les  charlatans. 

Paris,  8  octobre  1843. 

En  quelques  jours  cette  déclaration  a  été  signée  d’une  foule  de  noms  honorables,  en 
tête  desquelles  on  lit  ceux  de  MM.  Marjolin,  Fouquier,  Moreau,  Cruveilhier,  Trousseau, 
Bérard,  Yillermé,  Husson,  Guéneau  de  Mussy,  Emery, -Cornac ,  etc.  ;  la  Gazette  des 
hôpitaux  du  19  octobre  a  publié  une  première  liste  de  près  de  150  signatures.  Nous 
invitons  nos  confrères  des  départements  à  se  réunir  pour  nous  envoyer  leurs  adhésions 
collectives;  ceux  de  Paris  pourront  signer  à  l’une  des  trois  adresses  suivantes,  où  des 
exemplaires  de  la  déclaration  ont  été  déposés  : 

Pour  le  Journal  de  chirurgie ,  chez  M.  Malgaigne,  rue  de  F  Arbre-Sec,  22; 

Au  bureau  des  Annales  de  chirurgie ,  chez  M.  J. -B.  Baillière,  rue  de  l’Ecole-de-Mé- 
decine,  17  ; 

Et  au  bureau  de  la  Gazette  des  hôpitaux ,  rue  Dauphine,  24. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


He  (gueltguea  fiBtocles  cl®  3®càfnis©ll©g  des  I&essiaieg? 

et  particulièrement  du  rôle  du  collet  du  sac  dans  ces  guérisons ;  par 
M.  RoutiTAN9  D *  M.  P.  —  (  Suite  et  fin.) 

Ainsi  le  collet  du  sac,  observé  soit  au  début  de  sa  formation ,  soit  à  son  plus  haut 
degré  d’organisation,  et  même  dans  les  stigmates  résultant  des  guérisons,  s’établit  tou¬ 
jours  par  adhérence  médiate  ou  immédiate  de  la  séreuse,  tantôt  par  l’intermédiaire 
d  une  quantité  variable  de  lymphe  plastique,  tantôt  par  le  simple  dessèchement  des  sur¬ 
faces  en  contact.  Cependant,  dira  quelqu’un,  il  est  possible  que  des  stigmates  se  forment 
comme  vous  l’avez  observé,  mais  cela  ne  prouve  en  rien  que  le  collet  ne  suive  quelque¬ 
fois  la  marche  que  d’autres  lui  ont  reconnue.  En  admettant  cette  objection ,  il  s’ensui- 


324 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


vrait  déjà  que  le  resserrement  spontané,  donné  par  M.  Demeaux  comme  le  mode  le  plus 
général  de  guérison,  ne  serait  plus,  au  contraire,  qu’un  procédé  exceptionnel;  mais  je 
ne  saurais  même  lui  accorder  cette  part  modeste.  Il  faudrait  avant  tout  qu’il  me  fût  bien 
démontré  que  le  collet  décrit  par  M.  Demeaux  diffère  des  stigmates  que  j  ai  observés  moi- 
même;  leur  siège  est  le  même,  ainsi  que  le  côté  de  l’orifice  par  lequel  ils  débutent;  et 
pour  d’autres  points  sur  lesquels  nos  descriptions  diffèrent ,  les  faits  de  M.  Demeaux 
me  paraissent  par  trop  rares  et  peu  concluants.  Ainsi  sur  quoi  se  base-t-il  pour 
établir  la  part  que  la  nature  prend  à  la  guérison  ?  sur  un  seul  fait  de  b .  de  Hilden,  d  un 
individu  qui  avait  une  hernie  volumineuse,  et  qui,  étant  resté  au  lit  pendant  six  mois 
pour  une  autre  cause,  se  trouva  guéri  de  la  hernie  au  bout  de  ce  temps.  Que,  dans  ce 
cas,  la  guérison  doive  être  attribuée  totalement  à  la  nature,  ce  n  est  pas  ce  que  je  con¬ 
teste  ici;  mais,  ce  que  je  ne  saurais  admettre,  c’est  que  ce  soit  par  le  collet  du  sac  que 
s’est  faite  la  guérison.  Il  avance  aussi  que  le  bandage  n’agit  point  par  pression, 
comme  l’ont  enseigné  Scarpa  et  la  plupart  des  chirurgiens,  mais  seulement  en  éloignant 
les  viscères  du  collet.  Mais  toutes  ces  assertions  sont-elles  fondées  sur  une  seule  autopsie  ? 
pas  le  moins  du  monde.  11  y  a  lieu  véritablement  d’être  étonné  de  voir  trancher  ces 
questions  avec  des  documents  si  incomplets ,  surtout  lorsqu’on  a  observé  combien 
sont  variés  les  modes  de  guérison  des  hernies.  Pour  mon  compte,  j’ai  observé  aussi  des 
cas  de  guérisons  par  le  séjour  au  lit;  j’ai  eu  plusieurs  fois  T  occasion  de  les  vérifier  à  l’au¬ 
topsie,  et  jamais  je  n’ai  observé  le  mécanisme  invoqué  par  M.  Demeaux. 

Les  deux  cas  suivants  feront  voir  que  si  le  séjour  au  lit  favorisait  toujours  la  forma¬ 
tion  du  collet,  et  par  lui,  la  guérison  de  la  hernie,  on  aurait  dû  remarquer  d’autres  ré¬ 
sultats  que  ceux  qui  ont  eu  lieu;  car  l’un  des  malades  dont  il  y  est  question  n’est  pas 
resté  six  mois,  mais  six  ans  au  lit  depuis  l’apparition  de  sa  hernie. 

Obs.  VIe. — 20  juillet  1842.— Le  nommé  Margny,  âgé  de  76  ans,  ancien  tailleur,  n’a  pas  quitté 
le  lit  depuis  plus  de  7  ans.  Il  y  a  six  ans  il  fut  pris  d’un  rhume  à  la  suite  duquel  il  s’aper¬ 
çut  d’une  hernie  à-  droite.  Elle  n’a  augmenté  ni  diminué  depuis  cette  époque,  elle  ne  lui  a 
jamais  occasionné  aucune  douleur;  elle  sort  et  se  réduit  avec  la  plus  grande  facilité.  Elle  est 
encore  interstitielle;  on  en  voit  aussi  une  commençant  du  côté  opposé.  Cet  individu  suc¬ 
comba  quelque  temps  après  cet  examen;  mais  je  ne  pus  faire  son  autopsie.  . 

Ce  fait  perd  certainement  beaucoup  de  sa  valeur,  quant  à  l’existence  du  collet,  par 
l’absence  d’autopsie;  mais  il  est  probable  qu’il  n’y  avait  pas  de  collet  au  sac,  si  l’on 
s’en  rapporte  à  la  facilité  avec  laquelle  la  hernie  entrait  et  sortait.  Dans  tous  les  cas, 
il  est  positif  qu’elle  n’avait  pas  diminué  pendant  l’espace  de  six  ans  de  séjour  dans 
le  lit. 

Ocs.  VIIe.  —  Juin  1842.—' Thiard,  âgé  de  64  ans,  présente  une  hernie  inguinale  à  droite, 
datant  de  l’enfance.  Depuis  bientôt  deux  ans  qu’il  n’a  pas  quitté  le  lit,  il  a  pris  beaucoup 
d’embonpoint.  Voici  l’accident  à  la  suite  duquel  il  fut  obligé  de  s’aliter.  Le  2D  décembre 
1841,  sans  avoir  rien  éprouvé  auparavant,  il  fut  frappé,  au  moment  où  il  urinait,  d’une  atta¬ 
que  d’apoplexie,  et  tomba  par  terre.  11  fut  traité  chez  lui  pendant  12  jours,  et  transporté  en¬ 
suite  à  Beaujon  qu’il  n’a  quitté  que  pour  se  rendre  à  Bieêtre.  Les  suites  de  l’hémorrhagie 
cérébrale  sont  une  paralysie  du  côté  droit.  Quant  à  la  hernie,  il  n’en  connaît  pas  la  cause; 
elle  a  eu  un  volume  plus  considérable;  cependant  il  n’a  porté  que  des  suspensoirs  et  jamais 
de  bandage.  Elle  était  sujette  à  de  grandes  variations  de  volume  suivant  la  force  et  la 
durée  du  travail  auquel  il  se  livrait;  et  elle  devenait  aussi  un  peu  douloureuse  dans  ces 
circonstances. 

Le  malade  étant  couché,  l’on  remarque  du  côté  affecté  un  relief  plus  considérable  que  du 
côté  sain.  La  hernie  rend  un  son  clair  à  la  percussion,  se  réduit  en  bloc,  et  sans  bruit 
de  gargouillement  bien  sensible.  Après  sa  réduction  on  peut  avec  le  doigt  explorer  l’espace 
qu’elle  occupait,  en  ayant  la  précaution,  toutefois,  de  relever  la  peau  de  la  bourse  corres¬ 
pondante  que  l’on  invaginé  dans  le  canal;  sans  cela  on  n’arriverait  pas  même  à  l’anneau 
externe  masqué  par  un  coussinet  graisseux  qui  recouvre  tout  le  pubis.  Mais  avec  la  précau¬ 
tion  indiquée,  on  parvient  facilement  à  reconnaître  le  vide  assez  notable  que  laisse  le  sac 
après  sa  réduction.  Si  l’on  Tait  tousser  le  sujet,  la  hernie  ressort  brusquement  comme  si 


KOUSTÂN.  —  DE  QUELQUES  MODES  DE  GUERISONS  NATURELLES  DES  HERNIES.  325 

elle  s’échappait  à  travers  un  orifice  étroit.  Jamais  depuis  sou  alitement  ce  sujet  n’a  eu  de 
rhume,  et  il  se  trouverait  très  satisfait  de  sa  santé  si  la  paralysie  ne  le  forçait  h  garder 
le  lit. 

J’ai  revu  Tliiard  pour  la  dernière  fois  en  juillet  1845,  la  hernie  est  absolument  dans  le 


même  état. 

Pour  celui-ci,  je  regarde  comme  très  probable  que  la  hernie  avait  un  collet,  eü  égard 
à  la  résistance  que  l’on  éprouvait  pour  la  réduction  et  cet  aveu,  bien  que  la  constatation 
de  l’autopsie  fasse  défaut,  semble  d’abord  une  concession  à  la  doctrine  de  M.  Demeaux. 
Mais  de  mon  côté  je  demanderai  comment  il  se  fait  que,  dans  l’espace  de  deux  années, 
le  collet,  s’il  existait,  comme  je  le  pense,  n’ait  pas  produit  la  guérison?  Pour  moi  il  ré¬ 
sulte  bien  clairement  de  la  comparaison  de  ces  deux  faits  que  le  séjour  au  lit  ne  favorise 
point  le  développement  et  l’organisation  du  collet;  bien  plus,  je  dirai  que  le  séjour  au 
lit,  seul,  n’a  aucune  influence  sur  lui. 

On  ne  doit  pas  être  étonné  qu’ayant  omis,  dans  ses  études  anatomiques  sur  le  collet, 
des  dispositions  que  je  regarde  comme  si  importantes,  M.  Demeaux  ait  été  conduit  à  ad¬ 
mettre  pour  sa  formation  des  conditions  tout  autres  que  celles  que  j’ai  observées.  Mais 
si  d’autre  part  il  est  démontré  que  les  stigmates  dont  j’ai  parlé  ne  diffèrent  pas  du 
collet  du  sac,  qu’ils  en  forment  l’élément  essentiel,  indispensable,  je  ne  vois  pas  com¬ 
ment  une  théorie  qui  n’en  tient  aucun  compte  aurait  la  force  de  se  soutenir.  Du  reste, 
comme  le  point  de  départ  était  mal  assuré,  les  conséquences  ne  sont  pas  plus  solides. 
Ainsi,  M.  Demeaux  dit  que  le  collet  ne  peut  se  former  si  les  intestins  descendent  dans 
le  sac,  et  les  faits  démontrent  non-seulement  que  le  collet  peut  se  former  incomplète¬ 
ment  dans  ces  conditions  ,  mais  que  quelquefois  il  peut  s’organiser  au  point  de  produire 
l’étranglement.  J’ai  déjà  rapporté  dans  ma  première  observation  un  très  bel  exemple  de 
collet  incomplet;  on  a  vu  que  cet  individu  n’avait  jamais  porté  de  bandage,  qu’il  igno¬ 
rait  même  s’il  avait  une  hernie,  et  l’on  se  rappelle  aussi  qu’à  l’autopsie  je  trouvai  un 
stigmate  très  solide  du  côté  interne  de  l’orifice  ;  laissant  de  côté  toute  explication,  on  ne 
peut  nier  que  les  intestins  ne  fussent  continuellement  descendus  dans  cet  infundibu- 
lum  dont  l’orifice  était  plus  large  que  le  fond,  et  qu’ils  11  eussent  dû,  d’après  l’opi¬ 
nion  de  M.  Demeaux,  s’opposer  à  ce  commencement  de  collet.  Dans  le  cas  suivant,  le 
collet  était  bien  complet,  et  même  séparé  en  deux  par  une  bride  fortement  organisée. 


Obs.  YIlïe.— J’ai  examiné  le  nommé  Dubois  le  18  mai  1842.  Je  remarquai  en  le  faisant 
tousser  un  soulèvement  au  pli  de  l’aine  du  côté  gauche ,  mais  qui  ne  disparaissait  pas  tout 
à  fait  lorsqu’il  était  en  repos.  On  voyait  aussi  une  hernie  interstitielle  dans  le  canal  inguinal 
du  côté  droit.  Il  m’assure  ne  s’être  jamais  aperçu  de  rien  qui  pût  lui  faire  craindre  une  hernie. 
Je  me  proposai  de  l’examiner  de  nouveau,  lorsqu’il  mourut  le  13  août  suivam. 

Autopsie—  On  trouve  à  chaque  anneau  abdominal  un  infundibulum  péritonéal  plus  marqué 
à  droite  qu’à  gauche,  présentant  partout  un  aspect  également  rosé ,  excepté  du  coté  de 
l’artère  épigastrique  où  se  voit  un  petit  nuage  blanchâtre.  Ces  petits  oucs  ont  a  peu  pies  un 
centimètre  de  profondeur. 

A  l’anneau  crural  du  côté  gauche,  on  voit  un  fort  stigmate  dun  blanc  mat,  autour 
duquel  viennent  se  rendre  des  plis  plus  ou  moins  longs.  Deux  des  plus  grands  partent  des 
cornes  d’un  orifice  en  croissant  dont  la  concavité  est  tournée  \ers  les  vaisseaux  cruiaux; 
cet  orifice  conduit  dans  un  petit  sac  de  deux  centimètres  et  demi  de  profondeur,  et  se  trouve 
séparé  d’un  autre  plus  en  dedans  par  une  bride  charnue  de  trois  millimètres.  De  ces  deux 
ouvertures,  dont  les  grands  diamètres  sont  perpendiculaires  1  un  à  1  autre,  la  plus  interne  est 
située  au  centre  du  stigmate  entre  la  bride  de  séparation  et  le  bord  du  ligament  de  Gim- 
bernat;  l’autre  se  trouve  en  dehors  du  stigmate,  et  le  péritoine  qui  forme  son  bord  externe 
est  parfaitement  sain. 

Du  côté  delà  cuisse,  la  peau  et  le  fascia  superficialis  enlevés,  on  aperçoit  au  dessous  du 
ligament  de  Poupart  et  dans  l’anneau  de  la  saphène  mie  tumeur  graisseuse  du  volume  dune 
noix.  Cette  tumeur  énucléée  de  la  fosse  ovale,  et  le  péritoine  de  la  région  crurale  détaché,  on 
ne  put  même  par  une  forte  traction  sur  ce  dernier  attirer  le  sac  dans  l’abdomen.  On 
éprouva  beaucoup  moins  de  difficulté  à  l’extraire  par  l’extérieur.  On  put  observer  après  que 
ce  sac  passait  à  travers  une  ouverture  d’un  centimètre  de  diamètre  tout  au  plus.  Cet  anneau 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


326 

fibreux  est  pratiqué  dans  la  partie  du  fascia  transversale,  qui,  du  ligament  de  Gimbernat,  se 
réfléchit  sur  la  gaine  des  vaisseaux  fémoraux,  comme  l’a  décrit  M.  Estevenet.  Il  y  a  aussi 
un  anneau  plus  antérieur,  formé  en  haut  par  la  corne  de  l’anneau  de  la  saphène  qui  se 
porte  à  l’épine  du  pubis  avec  le  ligament  de  Poupart,  et  complété  en  bas  par  une  bandelette 
fibreuse  qui  contournait  le  col  du  sac  et  se  portait  de  la  gaine  des  vaisseaux  sur  la  lame 
fibreuse  du  pectiné. 

Ce  qui  doit  surtout  étonner  dans  ce  fait,  c’est  la  hernie  crurale  dont  l’existence  n’avait  ja¬ 
mais  été  connue  du  sujet,  mais  dont  je  m’étais  douté  lorsque  je  l’examinai.  Les  intestins  ne 
sortaient  probablement  plus  à  cette  époque,  car  ce  qui  avait  éveillé  mon  attention  de  ce 
côté,  c’était  plutôt  la  tumeur  que  l’impulsion  communiquée  au  doigt  par  la  toux.  Ce  rétré¬ 
cissement  du  col  herniaire  m’a  paru  être  le  résultat  d’adhérences  des  orifices  formées  en 
plusieurs  temps.  Si,  en  effet,  on  fait  abstraction  de  la  bandelette  charnue  qui  sépare  les  deux 
ouvertures  constatées,  on  aura  reconstitué  l’orifice  du  sac,  et  l’on  verra  que,  comme 
chez  Lecoq,  le  collet  doit  avoir  commencé  du  côté  du  ligament  de  Gimbernat;  car,  sur  le 
péritoine  du  bord  externe  de  l’orifice  en  croissant  qui  formait  celui  du  sac  primitif,  on 
n’observe  pas  le  moindre  stigmate,  tandis  que  l’autre  orifice,  qui  se  trouve  plus  en  de¬ 
dans,  et  qui  formait  la  partie  de  l’ancien  orifice  qui  était  en  rapport  avec  le  ligament  de 
Gimbernat,  présente  de  ce  côté  un  rebord  saillant  et  blanchâtre.  Quant  à  la  bride  qui 
séparait  ces  deux  ouvertures,  je  pense  qu’elle  était  consécutive  à  quelque  irritation  pro¬ 
duite  peut-être  par  le  pincement  de  l’intestin  dans  l’anneau  fibreux  si  étroit.  Cette 
irritation  a  donné  naissance  à  une  pseudo-membrane  qui,  en  s’organisant,  a  barré  le  pas¬ 
sage  aux  viscères,  et  la  guérison,  commencée  de  cette  façon,  tendait  à  se  compléter  par 
le  développement  de  graisse  dans  les  enveloppes  du  sac. 

Il  est  facile  de  comprendre  que  si  chez  ce  sujet  un  effort  subit  eut  fait  rentrer  les  in¬ 
testins  dans  cet  ancien  sac  à  demi  oblitéré,  le  rétrécissement  du  collet  aurait  déterminé 
un  étranglement  des  plus  intenses.  Mais  sans  nous  arrêter  à  de  simples  déductions,  toutes 
légitimes  qu’elles  puissent  être,  montrons  tout  de  suite  un  étranglement  mortel  produit 
par  un  collet  spontanément  développé,  sans  séjour  au  lit  et  sans  pression  de  bandage. 

Obs.  IXe.  —  Le  nommé  Faule  s’était  aperçu  depuis  un  an  d’une  hernie  inguinale  volumi¬ 
neuse  à  droite  dont  il  ignorait  la  cause.  Il  n’avait  jamais  porté  de  bandage  pour  cette  hernie: 
c’est  ce  que  lui  et  sa  famille  ont  affirmé  à  plusieurs  reprises.  Il  se  bornait  à  la  réduire 
lorsque,  étant  sortie,  elle  lui  occasionnait  quelques  coliques.  Le  25  mars  1842,  cette  hernie 
s’étant  étranglée,  le  sujet  succomba  aux  suites  de  l’étranglement.  Il  était  âgé  de  82  ans. 

A  l’autopsie  on  apporta  beaucoup jde  soin  pour  constater  le  siège  de  l’étranglement;  parce 
que  le  malade  n’avait  jamais  porté  de  bandage,  on  s’attendait  a  le  voir  produit  par  un  anneau 
fibreux.  Il  n’en  fut  rien,  l’étranglement  siégeait  au  collet  du  sac,  «  qui  était  épaissi,  dur;  et  le 
«  fond  du  sac  était  blanchi  par  des  cicatrices  pareilles  à  celles  des  brûlures.  » 

Quelque  ingénieuses  que  soient  les  théories,  elles  n’auraient  aucune  utilité  si  elles 
n’étaient  l’expression  de  faits  observés  avec  soin.  Je  crois  avoir  établi  clairement  la 
marche  et  le  mécanisme  que  suivent  les  stigmates  pour  constituer  le  collet  du  sac ,  les 
causes  et  les  conditions  dans  lesquelles  celui-ci  se  forme.  Je  terminerai  ce  travail  par 
deux  observations  de  guérison  complètes,  l’une  et  l’autre  déterminées  par  la  pression  du 
bandage,  et  opérées  par  l’organisme.  Dans  l’une  il  n’y  avait  eu  aucune  réaction  inflamma¬ 
toire;  il  s’est  fait  une  adhérence  par  dessèchement;  l’autre,  au  contraire,  venait  d’être 
le  siège  d’une  inflammation  violente,  et  la  lymphe  plastique  exsudée  a  servi  de  moyen 
de  guérison,  et  par  ces  deux  faits  se  trouveront  légitimées  les  deux  sortes  de  guérisons 
au  col  du  sac  que  j’avais  établies  au  commencement  de  ce  mémoire. 

Observation  X.—Ferrero,  âgé  de  77  ans,  est  porteur  d’une  hernie  scrotale  à  droite;  il  y  a 
29  ans,  en  voulant  soulever  une  malle  du  sol  pour  la  mettre  sur  son  dos,  il  ressentit  un 
craquement  à  l’aine,  et  peu  après  il  fut  obligé  de  prendre  un  bandage.  Il  vient  aujourd’hui 
17  avril  1842  changer  celui  qu’il  a  pour  un  nouveau.  La  hernie  est  entièrement  intestinale, 
résonne  à  la  percussion,  se  réduit  très  bien  et  avec  gargouillement.  J’engage  le  sujet  à  ne 
point  quitter  son  bandage  et  à  le  garder  même  étant  au  lit.  Quelques  mois  plus  tard,  ce 


ROUSTAN.  •*—  DE  QUELQUES  MODES  DE  GUÉRISONS  NATURELLES  DES  HERNIES.  327 


sujet  passa  en  médecine  pour  une  affection  de  poitrine  à  laquelle  il  a  succombé  le  25  juillet 
1842. 


Autopsie.— La  peau  et  le  fascia  superficialis  enlevés,  on  voit  l’anneau  externe  dont  les  bords 
distendus  se  perdent  insensiblement  sur  le  fascia  qui  s’en  dégage;  entre  ce  dernier  et  la  cavité 
du  sac  herniaire  oblitérée  par  des  adhérences  faciles  à  détruire,  il  y  a  une  couche  blanchâtre, 
épaisse,  sans  élasticité  et  qu’on  peut  subdiviser  en  plusieurs  autres  couches  presque  de  même 
nature.  Au  fond  du  scrotum  ces  enveloppes  sont  si  épaisses,  qu’elles  ont  une  consistance 
presque  cartilagineuse;  elles  sont  friables  et  ne  sont  séparées  du  testicule  que  par  la  tunique 
vaginale.  L’abdomen  ouvert,  apparaît  l’orifice  du  sac  herniaire  situé  en  dehors  de  l’artère 
épigastrique,  et  garni  vis-à-vis  d’elle  d’un  stigmate  très  fort,  marqué  de  deux  taches  d’un  noir 
d’ébène  de  quatre  à  cinq  millimètres  de  largeur.  Si  l’on  enfonce  le  doigt  dans  cet  orifice,  on 
est  arrêté  au  niveau  de  l’anneau  externe;  et  le  canal  ouvert  ainsi  que  le  sac  dans  toute  leur 
étendue,  on  trouve  dans  celui-ci  que  les  adhérences  se  sont  faites  suivant  une  ligne  oblique 
de  haut  en  bas,  de  dehors  en  dedans,  entre  la  face  antérieure  et  la  face  postérieure  ; 
ces  adhérences  ne  sont  pas  très  intimes,  et  permettent  de  passer  un  stilet  du  fond  du  sac  in¬ 
terstitiel,  dans  la  portion  du  sac  oblitérée,  à  travers  de  petits  conduits  qu’ont  respectés  les 
adhérences. 


%  * 

Il  me  paraît  démontré  dans  ce  cas,  par  la  direction  et  le  siège  des  adhérences  que 
nous  avons  constatées  au  col,  qu’elles  ont  été  déterminées  par  la  pression  de  cette  par¬ 
tie  entre  la  pelote  du  brayer  et  le  ligament  de  Poupart;  et  pour  mon  compte  je  n’ai  pas 
à  cet  égard  le  plus  léger  doute. 

Dans  l'observation  suivante,  la  guérison  ayant  été  effectuée  à  la  suite  d’un  pseudo¬ 
étranglement  (dont  nous  avons  vu  un  autre  fait  dans  la  2e  observation),  on  verra  com¬ 
bien  les  justes  prévisions  de  M.  Malgaigne,  consignées  page  44  et  suivantes  de  son  mé¬ 
moire  remarquable  sur  Y  Inflamma  tion  si  mple  des  hernies ,  sont  encore  plus  prompte¬ 
ment  réalisables  que  n’osait  l’espérer  ce  chirurgien  ;  car  la  guérison  a  ici  été  complète. 


Observation  XI.— Nicoud,  âgé  de  71  ans,  est  entré  le  10  octobre  1841,  à  l’infirmerie  de 
Bicêtre,  pour  des  accidents  survenus  à  une  hernie  inguinale  gauche,  qui  date  de  10  ans.  Il  en 
a  une  autre,  beaucoup  moins  ancienne,  à  droite,  dont  la  cause  lui  est  tout  aussi  inconnue  que 
celle  de  la  première;  il  ne  porte  un  bandage  que  depuis  quatre  ans  ,  et  le  dernier  qu’il  avait 
laissait  couler  quelquefois  la  hernie  sous  lui.  Le  9  octobre,  il  revenait  de  la  Glacière,  portant 
trois  huches  de  bois,  pesant  ensemble  une  trentaine  de  kilos.  A  l’entrée  de  l’hospice,  il  ren¬ 
contra  un  de  ses  camarades  qui  l’entraîna  chez  un  marchand  de  vin  ;  il  était  huit  heures  du 
matin.  Sur  les  dix  heures,  après  de  nombreuses  libations,  il  sentit  que  la  hernie  gauche  était 
sortie  et  douloureuse;  il  essaya  de  la  faire  rentrer,  mais  en  vain.  Elle  était  dure  et 
tendue;  la  douleur  était  tellement  forte,  qu’il  lui  semblait,  disait-il,  qu’on  lui  arrachait 
l’estomac.  Rentré  dans  son  dortoir,  il  fit  de  nouvelles  manœuvres  pour  la  réduire  ;  elles 
n’aboutirent  qu’à  exaspérer  les  douleurs.  Il  ne  put  dormir  de  la  nuit;  déjà  il  éprouvait  des 
nausées.  Le  JO,  sur  les  six  heures  du  matin,  il  eut  un  vomissement,  peu  après  une  selle; 
il  alla  prendre  un  bain  de  deux  heures,  espérant,  mais  inutilement ,  obtenir  la  réduction. 
Il  eut  quelques  vomissements  dans  la  matinée,  et,  sur  les  deux  heures  après  midi,  il 
se  décida  à  monter  à  l’infirmerie.  Deux  internes  appelés  immédiatement,  firent  quelques  ten¬ 
tatives  de  taxis,  administrèrent  ensuite  un  lavement  de  tabac,  puis  essayèrent  encore 
de  réduire,  mais  toujours  sans  succès.  Le  malade  avait  bien  eu  deux  selles  depuis  la  veille, 
mais  les  matières  des  vomissements  qui  se  répétaient,  avaient  l’odeur  de  matières  fécales  ;  on 
alla  alors  chercher  M.  Malgaigne  qui,  après  quelques  mouvements  imprimés  à  la  tumeur,  la  fit 
rentrer,  à  la  grande  satisfaction  du  malade,  qui  se  trouva  subitement  soulagé.  La  douleur 
qui  commençait  à  s’irradier  dans  l’abdomen,  était  bornée  le  lendemain  au  sac  et  à  la  fosse 
iliaque  correspondante  ;  suivant  l’instruction  de  M.  Malgaigne,  je  profitai  de  cette  intïamma- 
tion  du  sac  pour  appliquer  un  bandage  ;  je  favorisai  même,  l’action  de  la  pelote,  à  l’aide  de 
compresses  graduées,  pour  rendre  la  pression  plus  exacte  ;  et,  grâce  à  ce  moyen  et  au  séjour 
au  lit,  j’eus  la  satisfaction  de  voir  la  douleur  disparaître,  et  lorsque  le  malade  sortit,  le  17 
octobre,  la  hernie  n’avait  pas  encore  reparu.  Je  l’engageai  à  ne  jamais  quitter  son  bandage, 
lui  promettant  une  guérison  certaine,  s’il  suivait  mon  avis. 

Une  année  s’est  écoulée  depuis  que  Nicoud  est  sorti  du  service  de  chirurgie;  dans  cet  in¬ 
tervalle  de  temps  je  l’ai  examiné  plusieurs  fois,  et  jamais  je  ne  pus  retrouver  la  plus  petite 


328  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

saillie  à.  l’aine  gauche,  soit  qu’on  le  fit  tousser,  se  baisser,  etc.  11  porte  toujours  le  bandage 
qui  n’est  plus  une  gêne  pour  lui,  et  qui  l’assure  contre  toute  chance  de  récidive  de  ce  côté. 

J’aurais  pu  apporter  un  plus  grand  nombre  de  faits  à  l’appui  des  idées  émises 
dans  ce  mémoire,  en  puisant,  soit  dans  les  observations  de  M.  J.  Cloquet,  soit  dans 
les  miennes  propres;  mais  j’ai  craint  de  fatiguer  le  lecteur.  Du  reste,  comme  plusieurs 
de  ces  observations,  outre  les  phénomènes  qui  se  passent  au  collet ,  en  renferment 
d’autres  non  moins  curieux,  ainsi  qu’on  a  pu  le  voir  par  le  fait  de  Dubois,  j’espère 
y  revenir  dans  un  travail  plus  complet  sur  les  modes  de  guérisons  des  hernies 
autres  que  celles  qui  sont  produites  par  le  collet  du  sac. 

Je  crois  pouvoir  toutefois,  des  faits  qui  précèdent,  tirer  les  conclusions  suivantes  : 

1°  Que  le  mécanisme  de  la  formation  du  collet  du  sac  est  tout  autre  que  celui  qu  a 
imaginé  M.  Demeaux; 

2°  Que  le  collet  n’a  par  lui-même  aucune  force  de  coarctation,  mais  qu’on  peut  le  con¬ 
sidérer  comme  un  progrès  vers  la  guérison,  par  la  raison  qu’il  résiste  énergiquement  à  la 
force  distendante  des  viscères  ; 

3°  Que  le  collet  peut  se  former  en  l’absence  du  brayer  tout  comme  sous  l’influence  de 
ce  dernier  ; 

4°  Enfin  que  l’influence  du  bandage  et  du  séjour  au  lit  n’est  pas  la  même  sur  les  her¬ 
nies,  et  qu’on  peut  les  considérer  comme  deux  moyens  de  thérapeutique  excellents, 
mais  différents  dans  leur  manière  d’agir. 


3$T©te  sut»  I’lay«li8©platls^las»ie  ©i  l’ex©|ïl&t!a»Iaaaie  eai  : 

V 

par  le  docteur  (!)• 

L’hyuroph  thaï  mie  est  très  fréquente  en  Afrique;  elle  affecte  de  préférence  la  classe 
juive  et  mauresque:  rarement  elle  sévit  contre  les  Arabes,  presque  jamais  contre  les 
Européens.  L’hydroph  thaï  mie  n’est  jamais  instantanée;  elle  est  ordinairement  lente  dans 
sa  marche,  et  presque  toujours  le  résultat  d’une  dégénérescence  quelconque  des  parties 
constituantes  du  globe  de  l’œil.  Nous  avons  observé  plusieurs  cas  d’hydrophthalmie  de 
r humeur  aqueuse  et  de  l’humeur  vitrée  parmi  les  juifs  d’Oran,  d’Alger,  de  Bone  et  de 
Constantine  ;  dans  la  plupart  des  cas  ces  hydrophthalmies  étaient  accompagnées  d’af¬ 
fections  scrofuleuses  chroniques,  ou  suivies  d’exanthèmes  répercutés  brusquement.  (7 est 
dans  ces  cas  seulement  et  lorsque  la  maladie  est  très  ancienne  que  la  dégénérescence  des 
membranes  peut  avoir  lieu;  alors  presque  tous  les  tissus  de  l’œil  sont  ramollis,  la  mem¬ 
brane  de  l’ humeur  aqueuse  et  la  cornée  devenues  opaques  et  obscurcies  ;  le  cristallin  ca- 
taracté,  et  les  parties  postérieures  de  l’œil  plus  ou  moins  dégénérées,  quelquefois  même 
carcinomateuses. 

Quant  à  la  question  de  l’hérédité  chez  les  personnes  affectées  d’hydrophthalmie  en 
Afrique,  je  m’en  réfère  à  ce  qui  a  été  dit  par  M.  Grellois  dans  son  excellente  thèse  inau¬ 
gurale  sur  l’hydrophthalmie.  Des  observations  faites  par  ce  praticien  il  résulte:  1°  que 
chez  les  hydrophthalmiques  étudiés  à  Alger,  il  est  rare  que  le  père  et  les  enfants  ne 
soient  pas  atteints  du  môme  mal,  et  que  l’affection,  ne  frappe  jamais  l’Européen,  le  soldat, 
quelles  que  soient  les  circonstances  défavorables  où  le  jettent  les  chances  de  la  guerre. 
I)e  là  ne  pourrait-on  pas  conclure  à  la  transmissibilité  héréditaire  de  l’hydrophthalmie, 
puisque,  d’une  part,  elle  attaque  ordinairement  plusieurs  générations  d’une  même  famille 
indigène  et  que,  d’une  autre  part,  elle  épargne  les  étrangers  quelles  que  soient  les  cir- 


(i)  On  sait  que  M.  Furnari  a  été  charge  par  le  gouvernement  d’une  mission  scientifique 
en  Algérie;  il  a  donc  été  mieux  que  personne  à  même  de  voir  et  de  bien  voir.  Aussi  pen¬ 
sons-nous  qu’on  lira  avec  intérêt  la  note  suivante,  extraite  d’un  travail  plus  considérable 
qu’il  prépare  en  ce  moment. 


(  Note  du  Rédacteur.) 


S.  FURNAIU. 


—  note  son  l’iiydropiithalmie  et  l’exopiithalmie  EN  AERIQUE.  329 

constances  clans  lesquelles  ils  se  trouvent  placés?  Cependant,  pour  que  cette  conclusion 
fut  rigoureuse,  il  faudrait  qu’on  eût  observé  cette  maladie  sur  un  sujet  né  de  parents 
hydroplithalmiques,  mais  soustrait  à  l’empiredes  causes  habituelles  ;  et  cette  expérience 
n’a  pas  pu  encore  être  faite. 

Parmi  les  causes  de  l’hydrophthalmie  en  Afrique,  M.  Grellois  cite  la  blancheur  écla¬ 
tante  des  maisons  et  des  terrasses  qui,  reflétant  les  rayons  d’un  soleil  ardent,  exercent 
une  action  spéciale  sur  l’organe  visuel,  d’où  résulte  fréquemment  l’ hydrophtalmie  soit 
primitive ,  soit  consécutive  à  une  ophthalmie.  «  Cette  dernière  influence  (celle  de  la  blan¬ 
cheur  des  maisons),  dit  M.  Grellois,  me  paraît  tellement  puissante  que,  dans  un  court 
séjour  que  j’ai  fait  à  Bone,  où  les  maisons  sont  blanchies  comme  à  Alger,  j’ai  rencontré 
cette  affection  un  aussi  grand  nombre  de  fois  proportionnellement,  tandis  qu’à  Bougie  où 
cette  circonstance  n’existe  pas,  je  ne  l’ai  point  vue  pendant  un  séjour  de  huit  mois. 
N’est-ce  pas  un  douloureux  spectacle  que  de  voir  dans  les  étroites  rues  d’Alger  des  Aies 
de  six  à  huit  aveugles  se  suivant  les  uns  les  autres,  et  se  servant  réciproquement  de 
conducteurs?  Chez  presque  tous  la  cécité  est  due  à  l’hydrophtlmlmie.  Formons  des  vœux 
pour  qu’une  sage  administration  ramène  bientôt  ces  infortunés  à  une  condition  plus 
heureuse.  » 

Tout  en  admettant  avec  M.  Grellois  que  la  blancheur  éclatante  des  maisons  contribue 
en  partie  à  la  production  des  ophthahnies,  nous  croyons  cependant  qu’il  lui  accorde  une 
importance  exagérée  ;  car  dans  les  tribus,  et  même  dans  les  plus  petits  Douairs, 
l’ophthalmie  est  tout  aussi  fréquente  que  dans  les  villes  blanchies  de  Constantine, 
d’Alger  et  de  Bone;  et  cependant  dans  les  Douairs,  non-seulement  il  n’y  a  pas  de  maisons 
peintes,  mais  il  n’y  a  pas  même  de  maisons;  il  n’y  a  que  des  tentes,  et  elles  sont  d’un 
gris  noirâtre.  Mais  en  supposant  que  la  blancheur  soit  une  des  principales  causes  des 
ophthahnies,  on  ne  peut  pas  du  moins  admettre  qu’elle  produise  des  hydrophthalmies 
primitives ;  car  l’expérience  journalière  prouve  que  l’action  continue  des  couleurs  trop 
vives,  en  produisant  quelques  conjonctivites  primitives  affecte,  plutôt  le  nerf  optique  et 
la  rétine  que  les  humeurs  aqueuse  et  vitrée  de  l’œil. 

Nous  croyons  plutôt  cpie  l’hydrophthalmie  est  souvent,  en  Algérie,  symptomatique, 
d’une  affection  générale  et  surtoutùl’un  vice  scrofuleux;  comme  en  Europe,  elle  recon¬ 
naît  aussi  pour  cause  principale  l'influence  des  vicissitudes  atmosphériques,  la  mauvaise 
alimentation,  et  les  habitations  humides  et  marécageuses. 

Le  traitement  de  l’hydrophthalmie  doit  consister  dans  les  moyens  antiphlogistiques  les 
plus  énergiques  au  début  de  la  maladie;  et  lorsqu’elle  est  consécutive  à  une  affection 
générale  il  faut  la  combattre  par  la  manière  la  plus  appropriée  à  la  nature  du  mal.  Dans 
les  cas  où  l’hydrophthalmie  est  très  opiniâtre  et  où  l’œil  a  acquis  un  volume  tellement 
considérable  qu’il  ne  peut  plus  être  abrité  par  les  paupières  ;  lorsqu’ enfin  l’air  et  les 
corps  étrangers  irritent  et  ulcèrent  l’organe  jusqu’à  produire  des  douleurs  très  vives  qui 
se  transmettent  à  l’enccphalc,  il  faut  recourir  à  la  paracenthèse  de  l’œil,  ayant  soin  de 
vider  l’humeur  aqueuse  à  l’aide  d’une  incision  faite  avec  un  couteau  à  cataracte  et  non 
avec  la  ponction,  comme  le  conseillent  quelques  auteurs.  Si  ce  moyen  palliatif  ne  réussit 
pas  et  que  l’œil  se  remplisse  d’humeur  une  seconde  fois  et  fasse  saillie  hors  de  l’orbite, 
l’excision  complète  de  la  cornée  pour  vider  l’organe  devient  indispensable.  Enfin  si, 
malgré  cette  dernière  opération,  l’œil  présente  des  excroissances  fongueuses  et  carcino¬ 
mateuses  (1)  qui,  en  transmettant  l’inflammation  au  cerveau  et  à  ses  enveloppes,  fini- 


(1)  Dans  quelques  cas  d’hydrophthalmic,  la  dégénérescence  de  l’œil  après  l’excision  de  la 
cornée  est  tellement  précoce,  qu’en  peu  de  jours  l’œif  devient  aussi  volumineux  qu’avant 
l’opération;  nous  avons  observé  trois  cas  de  cette  nature  dans  notre  dispensaire,  et  tout 
récemment  nous  avons  vu  à  l’hôpital  de  la  Pitié,  dans  le  service  de  M.  Bérard,  une  jeune  tille 
hydrophthalmique  dont  on  avait  vidé  complètement  l’œil,  se  présenter  à  la  Clinique  six  jours 


après  l’excision  de  la  cornée,  ayant  à  la  place  de  l’œil  une  excroissance 
nature,  ce  qui  a  nécessité  immédiatement  l’extirpation  du  globe. 


noirâtre  de  mauvaise 


330  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

raient  par  amener  peu  à  peu  la-  mort  du  malade  ;  il  faut  se  hâter  d’extirper  le  globe 
de  l’œil. 

L’hydrophthalmie,  ainsi  que  nous  venons  de  le  dire,  est  toujours  lente  dans  sa  marche, 
et  l’œil  ne  peut  sortir  de  l’orbite  qu’à  la  longue  et  après  un  commencement  de  dégé¬ 
nérescence  du  tissu.  Dans  1  exoplithalmie  au  contraire,  l’œil  peut  grossir  jusqu’au  double 
de  son  volume  ordinaire  en  très  peu  de  temps,  et  même  dans  l’espace  de  24  heures  ;  je 
crois  qu’en  Europe  cette  rapidité  effrayante  du  mal  est  excessivement  rare,  tandis  qu’en 
Afrique  elle  est  au  contraire  très  fréquente. 

Nous  allons  rapporter  ici  un  cas  que  nous  avons  observé  avec  le  médecin  en  chef  de 
l’hôpital  de  Constantine,  M.  le  docteur  Vital,  sur  une  mauresque  de  cette  ville.  Cette 
observation  est  remarquable  par  la  rapidité  avec  laquelle  la  maladie  a  marché;  et  par  sa 
disparition  sans  laisser  aucune  trace  de  lésion  organique  dans  l’œil  ni  aucun  dérange¬ 
ment  dans  les  fondions  visuelles. 

Zora-Ben-Zobdallah,  iille  publique,  âgée  de  13  ans,  d’un  tempérament  lymphatique, 
ayant  le  matin  lavé  son  linge  à  l’époque  de  l’apparition  des  règles,  se  couche  pour  faire 
la  sieste;  lorsqu’elle  se  réveille,  vers  les  trois  heures  de  l’après-midi,  l’œil  devient  le 
siège  de  douleurs  très  vives  et  d’un  sentiment  de  tension  très  prononcé;  les  paupières 
engourdies  ne  permettent  pas  l’ouverture  du  globe  oculaire;  24  heures  après  la  période 
d’invasion,  l’œil  a  deux  fois  son  volume  ordinaire,  il  présente  au  toucher  une  dureté 
considérable;  la  vue  est  complètement  abolie  ;  au  cinquième  jour,  la  conjonctive  très 
injectée  offre  des  vascularisations  très  prononcées  vers  la  circonférence  de  la  cornée  ; 
cette  dernière  membrane,  malgré  son  agrandissement  proportionnel ,  reste  transparente 
et  lucide.  L’iris  conserve  sa  coloration  naturelle,  mais  il  est  poussé  en  avant  au  point 
d’oblitérer  presque  complètement  la  chambre  antérieure  ;  les  parties  postérieures  et 
internes  de  l’œil,  poussées  en  avant,  n’offrent  rien  qui  ne  soit  à  l’état  normal.  A ers  le 
septième  jour,  l’ apparition  des  règles  fait  disparaître  la  douleur  ;  le  globe  diminue  de 
volume  à  mesure  que  le  sang  menstruel  devient  plus  abondant,  et  au  bout  de  dix  jours  la 
malade  est  tout  à  fait  guérie. 

Un  officier  distingué  du  service  de  santé,  demeurant  à  Alger,  a  éprouvé  lui-même, 
à  la  suite  d’une  violente  congestion  vers  la  région  orbitaire,  les  attaques  de  cette  terrible 
maladie. 

L’exophthalmie  se  guérit  promptement  ;  mais  il  faut  se  hâter  d’employer  un  traitement  , 
énergique  dès  le  début  ;  les  saignées  abondantes  et  répétées,  les  dérivatifs  de  toute 
espèce  sont  indiqués.  Le  malade  doit  être  soumis  à  une  diète  rigoureuse  ;  les  résultats 
consécutifs  de  l’ exoplithalmie  ne  sont  pas  en  rapport  avec  la  violence  de  l’invasion  ;  tout 
au  plus  ceux  qui  en  ont  été  affectés  ressentent-ils  pendant  quelques  temps  une  pesan¬ 
teur  dans  l’œil  et  quelques  légers  symptômes  de  mouches  volantes. 


HScsitoii0©  cl  «a  froid,  en  tliepapeiitifft&ie! 

par  M.  liMOT. 

Parmi  les  nombreux  agents  compris  dans  la  sphère  de  l’art  de  guérir,  il  en  est  peu 
qui  soient  soumis  à  des  conditions  plus  délicates  d’application,  et  dont  il  faille  mieux 
connaître  les  lois  spéciales  dans  leur  mise  en  rapport  avec  l’économie  humaine,  que  le 
froid.  On  ne  se  convainc,  d’abord,  nulle  part  plus  ostensiblement  qu’ici,  delà  proportion 
qui  doit  exister  entre  le  moyen  que  l’on  met  en  œuvre  et  la  fin  qu’on  se  propose,  entre 
la  cause  à  combattre  et  le  degré  des  ressources  qui  doivent  lui  être  opposées:  Si  l’action 
est  trop  puissante,  elle  dépasse  le  but  au  détriment  de  la  nature  ;  si  elle  est  trop  faible, 
elle  n  y  atteindra  pas  ;  le  principe  morbide  est  incomplètement  saisi;  on  n’arrête  qu’à 
demi  ses  ravages.  Le  praticien,  appréciant  tout  à  la  fois  le  modificateur  que  l’art  ou  son 
génie  lui  livre  et  le  mal  qu’il  s’agit  de  dompter,  doit  donc  faire  concorder,  et  pour  la 
mesure  et  pour  la  durée,  l’un  à  l’autre.  Ses  insuccès,  pour  la  plupart  du  temps,  ne  vieil- 


ALLIOr.  —MÉMOIRE  SUR  L’APPLICATION  DU  FROID  EN  THÉRAPEUTIQUE,  331 

nont  que  du  défaut  d’harmonie  entre  les  deux  termes  ;  mais  pour  calculer  avec  une  pré¬ 
cision  suffisante  l’énergie  relative  des  éléments  que  l’on  va  commettre  aux  prises,  combien 
ne  faut-il  point  de  connaissances  déliées,  puisées  dans  les  faits  observés  avec  autant  de 
profondeur  que  de  sagacité,  et  restées  avec  leur  cachet  toujours  pur,  sans  altération  ni 
confusion,  dans  les  cadres  d’un  entendement  fidèle.  Cherchons  à  déterminer,  d’après 
l’expérience,  les  lois  intéressantes  de  l’agent  soumis  à  notre  examen. 

Un  jeune  homme  se  brûle  au  doigt  légèrement  :  application  de  la  glace  ;  douleurs  into¬ 
lérables.  Il  pose  son  doigt  dans  son  mouchoir  qui  ne  lui  offre  qu’une  fraîcheur  ordinaire, 
et  change  de  place  à  mesure  que  celle  qu’il  occupait  se  réchauffe,  aucune  douleur  ne  se 
fait  plus  sentir;  l’harmonie^  établie  entre  le  froid  et  le  degré  de  la  souffrance  la  fait 
disparaître. 

Une  femme  se  brûle  la  main  et  le  bras  dans  un  naissant  incendie.  Rougeur  vive  du 
membre,  chaleur  violente,  gonflement.  On  applique  de  la  pulpe  de  pomme  de  terre 
râpée,  selon  qu’il  est  assez  d’usage  dans  ces  sortes  de  cas  ;  mais  l’impression  du  froid 
que  ce  topique  communique  est  trop  faible,  le  bras  s’embrase  d’ardeur  et  la  malade 
cherche  en  vain  quelque  soulagement.  Alors  application  d’eau  à  la  glace,  puis  de  la  glace 
pilée  et  mise  dans  une  vessie;  bien-être  inexprimable.  L’agent  de  destruction  est  com¬ 
battu  par  un  élément  qui  soutient  et  neutralise  ses  efforts.  Au  bout  de  trente-six  heures, 
disparition  complète  des  symptômes. 

C’est  là,  dans  son  véritable  sens,  la  célèbre  loi  de  tolérance ,  du  systémateur  Rasori; 
loi  juste,  rigoureuse,  considérée  dans  la  mesure  comparative  du  mal  avec  la  force  du 
remède  ;  mais  vicieuse  et  homicide  entre  les  mains  des  partisans  de  la  secte  rasorienne, 
lorsqu’ils  n’examinent  point  assez  si,  en  succombant,  l’ affection  qu’ils  attaquent  n’en 
fera  pas  surgir  une  autre  sous  l’empire  des  remèdes  qui  vont  lui  être  appliqués,  même 
efficacement.  L’instant  où  la  nature  se  soulève  à  la  présence  d’un  remède,  n’est  pas 
toujours  celui  où  elle  commence  à  en  être  blessée.  Tous  les  poisons  11e  révoltent  pas  les 
organes  où  ils  déposent  des  germes  de  trépas.  O11  peut  enchaîner  un  malheureux  dont 
on  ouvre  le  sein  ;  ainsi  des  remèdes.  Et  leurs  pernicieux  effets  dans  des  situations  patho¬ 
logiques  graves,  sont  d’autant  plus  perfidement  masqués,  qu’un  mal  plus  avancé  absor¬ 
bant  la  puissance  de  la  sensibilité,  et  faisant  saillir  davantage  ses  traits  à  travers  tous 
les  organes,  empêche  les  autres  d’être  remarqués.  Celui  qui,  dans  l’ivresse  ou  le  trans¬ 
port  d’une  soudaine  passion,  se  rompt  un  membre,  ou  reçoit  une  atteinte  mortelle  sans 
le  sentir ,  n’en  est  pas  moins  meurtri  ou  frappé  à  mort  ;  que  prouve  alors  la  tolérance 
des  organes?  On  a  vu  plus  d’un  malheureux,  boire,  dans  le  délire,  une  liqueur  meur¬ 
trière,  et  n’en  éprouver  que  des  impressions  bienfaisantes,  à  l’instant  même  que  son 
action  dévorait  sourdement  dans  les  entrailles  les  principes  de  l’existence. 

Le  froid,  dans  ses  autres  règles  d’emploi,  semble  se  jouer  de  toutes  les  présomptions 
que  la  raison  pourrait  hasarder  par  avance.  Si  la  sensibilité  la  plus  exquise,  le  délabre¬ 
ment  de  la  constitution  la  plus  épuisée,  ou  la  nature  invétérée  du  mal,  en  rendent  quel¬ 
quefois  pernicieux  les  effets,  ils  lui  présentent,  dans  d’autres  cas,  les  occasions  de  ses 
plus  beaux  triomphes. 

Deux  jeunes  personnes  de  Craon,  sœurs,  âgées  de  19  à  22  ans,  l’une  d’une  sensibilité 
excessive,  et  l’autre  plus  calme,  sont  prises  en  même  temps,  au  milieu  de  la  plus  florissante 
santé,  d’une  fièvre  ataxique.  On  applique  à  toutes  les  deux  une  calotte  de  glace  sur  la 
tète.  Cette  application  pacifie  les  accès  de  la  malade  moins  sensible,  mais  accroît  les 
mouvements  désordonnés  de  l’autre  qui  succombe  bientôt.  J’ai  vu,  nombre  de  fois,  la 
glace  à  la  tète  amener  la  même  issue  sur  des  sujets  qui  présentaient  des  attributs  sem¬ 
blables  de  constitution. 

La  mamelle  est  un  autre  organe  où  l’exaltation  morbide  d’une  sensibilité  vive  ne 
laisse  à  l’usage  médicatif  du  froid  que  des  chances  de  nocuité. 

Madame  N...,  épouse  d’un  adjudant  de  place  au  château  de  Yincennes,  vint,  en  1831,  _ 
me  demander  des  conseils  pour  une  tumeur  au  sein  droit,  dure,  violacée,  à  large  base, 
occupant  presque  toute  la  glande,  et  dégageant  une  chaleur  élevée;  elle  datait  de  quinze 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


0  0  41 

OOÂ 


à  dix-huit  mois.  Tous  les  remèdes  à  peu  près  connus  avaient  été  vainement  épuisés  ;  la 
marche  rapide  du  mal  ne  s’était  point  ralentie.  Je  tentai  alors  le  froid  gradué  ;  les  souf¬ 
frances  s’exaspérèrent,  et  la  persistance  dans  ce  moyen  eut  amené  infailliblement  des 
convulsions.  Les  sangsues  mises  en  grand  nombre  avaient  de  même  empiré  l’état  de 
madame  N...  Et,  chose  remarquable,  lorsque  Je  froid  a  échoué  au  sein,  à  l’organe' en¬ 
céphalique  et  dans  quelques  affections  des  articulations  avec  légère  chaleur,  j’ai  vu 
constamment  les  émissions  sanguines  par  les  sangsues  aggraver  les  phénomènes  ou  de¬ 
meurer  sans  résultat.  La  piqûre  de  ces  animaux,  et  le  sang  qu’ils  enlevaient  à  l’écono¬ 
mie,  la  livraient  parfois  à  des  spasmes  cruels.  J’ai  répété  sur  vingt  sujets  les  épreuves 
du  froid  gradué  et  continu  au  sein,  dans  les  circonstances  de  cancers  invétérés  et  d’orga¬ 
nisation  irritable,  sans  avoir  eu  jamais  à  m’en  applaudir.  Les  névralgies  des  mêmes 
régions  n’ont  point  subi,  sous  cette  influence,  de  modifications  plus  heureuses. 

Madame  Kan,  de  Mitry,  ressentait  dans  les  tissus  profonds  du  sein  gauche,  sans  tumé¬ 
faction  du  reste  ni  rougeur,  une  chaleur  dévorante  et  des  angoisses  accompagnées 
d’intervalles  de  rémission.  Les  personnes  du  lieu,  à  demi-initiées,  lui  conseillèrent 
d’appliquer  à  côté  du  sein  un  vésicatoire;  mais  l’irritation  produite  par  ce  dérivatif 
s’étendit  jusque  dans  la  glande,  et  compliqua  d’uncancér  commençant  l’affection  primitive 
qui  n’en  subsistait  pas  moins  dans  toute  son  intensité.  Le  froid  gradué  fut  essayé  avec 
toutes  les  précautions  que  la  prudence  peut  suggérer  pour  en  limiter  l’irradiation  et  en 
assurer  le  succès  ;  mais  il  ne  tempéra  point  la  souffrance,  et  n’apporta  aucune  modifica¬ 
tion  propice  à  la  tumeur  ;  il  fallut  l’interrompre.  Une  demoiselle,  fixée  dans  la  même 
habitation,  et  affligée  de  la  même  maladie,  n’en  recueillit  aucun  bien.  Combien" d’autres 
femmes  ne  peuvent  découvrir,  sans  des  sensations  pénibles,  leur  sein  malade,  tant  l’im¬ 
pression  du  froid  y  suscite  de  funestes  effets! 

L’œil,  lorsqu’il  est  très  sensible,  se  trouve  mal  des  atteintes  ou  du  contact  du  froid 
dans  scs  affections  chroniques.  Madame  M...,  sage-femme  à  Villers-Cotterets,  a  habi¬ 
tuellement  l’œil  d’une  excitabilité  fort  exquise.  Par  intervalles,  cette  disposition  s’élève 
au  degré  d’acuité  morbide;  mais  le  froid  y  détermine  toujours  de  la  douleur,  et  des 
applications  douces  y  appellent  le  bien-être  (1). 

M.  F...,  opéré  d’un  staphylôme,  et  ayant,  depuis  cette  opération,  l’œil  très  affecti- 
ble,  ne  peut  supporter  le  froid,  encore  moins  l’impression  d’un  air  frais  et  humide.  L’eau 
pure  et  adoucie,  dans  les  moments  d’exaspération,  replace  l’organe  dans  un  état  beaucoup 
meilleur. 

On  serait  tenté  de  conclure  de  ces  faits  que  le  froid  est  inopportun  dans  les  affections 
anciennes  surtout,  où  les  lésions  de  la  sensibilité  dominent,  c’est-à-dire  où  les  nerfs  sont 
principalement  offensés.  îl  n’en  est  point  ainsi. 


M.  X...,  de  Sentis,  d’une  taille  courte,  d’un  tempérament  sanguin,  âgé  de  près  de 
cinquante  ans,  souffrait  depuis  treize  ans  d’une  névralgie  très  douloureuse  et  habituelle 
de  la  face.  Presqu’à  chaque  instant  des  accès  soudains  avaient  lieu,  et  forçaient  le  ma¬ 
lade  à  des  contorsions  bizarres,  signes  trop  expressifs  de  ses  secrètes  angoisses.  Traité  à 
Paris  par  A.  Dubois  et  d’autres,  et  dans  sa  ville  par  les  médecins  du  lieu  ,  il  n’ avait 
point  vu  s’améliorer  sa  situation.  Le  désir  d’être  affranchi  d’un  ennemi  si  opiniâtre, 
lui  faisait  prodiguer  les  plus  magnifiques  promesses.  Je  l’entrepris,  et  la  première  des 
méthodes  de  traitement  que  je  lui  exposai  comme  devant  être  successivement  pratiquées 
pour  opérer  une  guérison  durable,  fut  le  froid  gradué.  On  appliqua  donc  sur  la  face,  pen¬ 
dant  deux  jours,  des  linges  que  Ton  imbibait  d’eau  tiède  de  temps  en  temps.  Les  mêmes 
linges,  restés  d’une  manière  permanente  sur  les  trajets  du  mal,  furent  humectés  d’eau 
seulement  dégourdie,  les  deux  jours  suivants.  De  l’eau  très  peu  froide  fut  appliquée  le 
cinquième  jour  du  traitement;  puis  de  l’eau  froide  vive,  enfin  de  la  glace  pilée  et  conte- 


(1)  Je  viens  de  revoir  cette  dame;  la  sensibilité  de  l’œil  étant  diminuée,  les  bains  froids 
lui  font  beaucoup  de  bien;  mais  l’air  frais  et  chargé  d’humidité  lui  rend  toujours  très  pénible 
la  vision. 


ALLIOT. 


MÉMOIRE  SUR  l’ APPLICATION  DU  FROID  EN  THÉRAPEUTIQUE.  333 

nue  dans  une  vessie.  Neuf  ou  dix  jours  à  peine  écoulés,  la  douleur  se  calma; 
plus  de  torsions  de  labouclie,  plus  d’indices  d’intimes  déchirements;  tout  le  monde  con¬ 
templait  ce  changement  avec  surprise.  Mais  cet  homme  avait  fait,  comme  tant  d’autres, 
des  promesses  qu’il  n’entrait  guères  dans  son  intention  de  tenir.  Se  croyant  guéri  sans 
retour,  et  pensant  n’avoir  plus  besoin  de  mes  conseils,  il  se  garda  bien  de  venir  en  solli¬ 
citer  la  continuation.  Je  ne  le  revis  plus  ;  mais  trois  ou  quatre  mois  après  le  mal  assoupi 
avait  reparu. 

Madame  Gaillet,  de  Saint-Patu,  âgée  de  près  de  cinquante  ans,  d’une  constitution 
lymphatico-nerveuse,  était,  depuis  quatre  années,  époque  d’une  perte  douloureuse  dont 
elle  se  montrait  inconsolable,  en  proie  à  des  mouvements  convulsifs  périodiques,  et  à 
des  maux  de  tête  qui  lui  laissaient  peu  d’intervalles  de  relâche.  Son  aisance  lui  permit 
de  recourir  aux  conseils  des  hommes  les  plus  célèbres  et  d’en  varier  les  prescriptions,  mais 
elle  les  trouva  peu  efficaces.  Elle  voulut  bien,  vers  le  milieu  de  1832,  me  faire  appeler.  Je  lui 
conseillai,  avec  un  régime  sage,  pour  toute  médication,  de  se  promener  le  matin,  excepté 
les  jours  humides,  la  tête  d’abord  peu  couverte,  ensuite  nue  un  demi  quart-d’ heure, 
après  un  quart-d’heure ,  enfin  plusieurs  heures  le  même  jour,  et  de  se  laver  en  outre  le 
front  et  les  tempes  trois  ou  quatre  fois  dans  la  matinée  avec  de  l’eau  fraîche.  Au  bout  de 
cinq  mois  d’un  traitement  si  facile,  où  le  froid  gradué  fut  le  seul  agent  de  curation, 
madame  Gaillet  n’éprouvait  plus  de  convulsions  ni  de  névralgies  cérébrales,  et  la  guéri¬ 
son,  ne  s’est  pas  démentie  depuis  un  seul  instant. 

Les  érysipèles  simples,  sous  l’action  du  froid  même  non  gradué,  ont  disparu  constam¬ 
ment  dans  l’espace  de  deux  fois  vingt-quatre  heures,  ou  de  trois  jours  pour  la  plus  longue 
durée.  On  va  voir  que  d’autres  inflammations  plus  graves  de  la  peau  ont  cédé  d’une 
manière  non  moins  étonnante. 

M.  A...,  négociant  à  Paris,  âgé  de  cinquante-cinq  ans  environ,  homme  épais, 
d’une  haute  stature,  d’habitudes  peu  tempérantes,  visibles  sur  sa  figure  fortement 
coloriée,  présentait  sur  toute  la  surface  interne  de  la  cuisse  gauche  et  de  la  jambe  cor¬ 
respondante,  un  gonflement  avec  rougeur  vive,  chaleur  ardente,  et  des  squammes  dar- 
treuses  qui,  des  nombreuses  découpures  qui  les  sillonnaient,  laissaient  suinter  des  filtres 
d’humeur  purulente.  Je  fis  appliquer  sur  toute  cette  surface,  pendant  vingt-quatre  heures, 
de  l’eau  légèrement  dégourdie  au  feu.  Ce  temps  expiré,  un  demi  jour  d’eau  fraîche  suc¬ 
cède;  ensuite  de  la  glace  que  l’on  broie  et  que  l’on  enveloppe  d’une  vessie,  ou  que  l’on 
se  contente  quelquefois  de  trancher  par  larges  morceaux,  pour  les  faire  reposer  à  nu  sur 
les  chairs;  après  deux  jours  seulement  de  cette  dernière  application,  plus  de  symptômes 
inflammatoires,  ni  de  suintements  d’aucune  sorte;  la  desquammation  s’opère  heureuse¬ 
ment  sur  le  membre  rentré  dans  les  limites  de  son  état  naturel. 

Les  phlegmons  avortent,  ou  l’intensité  des  symptômes  se  pacifie  sous  l’empire  de 
cette  méthode  curative.  Pendant  plusieurs  années,  habitant  des  pays  assez  pauvres, 
je  n’ai  pas  traité  autrement  les  engorgements  récents  et  aigus  de  la  glande  mam¬ 
maire. 

Madame  Sansonnet,  d’Ormes,  jeune  femme  d’une  trentaine  d’années,  avait  reçu  dans 
le  sein  un  coup  qui  occasionna  bientôt  une  tuméfaction  douloureuse.  L’organe  se  durcit, 
devint  rouge  et  brûlant.  Consulté  le  troisième  jour,  je  fis  appliquer  sur  le  ma!  des  com¬ 
presses  que  l’on  arrosa  jour  et  nuit  d’une  eau  fraîche  récemment  puisée  à  la  source. 
Au  bout  de  trois  jours,  guérison  aussi  entière  qu’on  pouvait  le  souhaiter. 

Une  jeune  domestique  fut  frappée  à  la  mamelle  droite  de  la  corne  d’un  taureau  irrité. 
Appelé  un  mois  après  je  trouvai  le  sein  gonflé,  livide,  développant  une  haute  tempé¬ 
rature;  des  douleurs  lancinantes  commençaient  à  le  traverser  ;  la  même  indication  fut 
prescrite;  en  même  temps  tisane  rafraîchissante  et  diète.  Le  sein  s’amollit  peu  à  peu, 
s’abcèda,  et,  après  une  vingtaine  de  jours  de  suppuration,  l’ulcère  fut  parfaitement  cica¬ 
trisé.  i 

Dans  ces  circonstances,  ma  plus  grande  difficulté  était  de  persuader  aux  malades 
qu’un  moyen  si  ordinaire  que  l’eau  fraîche,  et  qui  ne  coûtait  que  la  peine  de  vouloir 
en  faire  usage,  fût  susceptible  d’apporter  quelque  soulagement, 


334 


TRAVAUX  ORIGINAUX, 


On  sait  que  le  froid  s’applique  pareillement  avec  avantage  à  U  extérieur  dans  les  péri¬ 
tonites  intenses.  Il  calme  les  battements  épigastriques  dans  les  ardeurs  de  l’estomac, 
même  sur  des  personnes  délicates.  Il  ne  réussit  pas  moins  dans  les  affections  ner¬ 
veuses,  dont  il  est  si  difficile  de  triompher  ordinairement,  lorsqu’on  l’administre  à 
l’intérieur. 

Mademoiselle  Euphémie  Lefébur,  de  Provins ,  âgée  de  vingt-deux  ans,  d’une  taille 
moyenne,  grêle,  amaigrie,  douée  d’une  sensibilité  rare,  vomissait  depuis  six  années. 
A  des  douleurs  fréquentes  de  tout  l’abdomen  se  joignait  une  insomnie  opiniâtre, 
des  brisures  de  membres,  des  maux  de  tête  habituels,  de  suffocantes  palpitations, 
et  tous  les  symptômes  secondaires  qui  dérivent  constamment  de  ceux-là  et  qu’il 
serait  superflu  d’énumérer.  Malgré  les  avantages  d’une  condition  aisée  et  des 
occupations  douces,  l’existence  lui  était  devenue  insupportable.  Une  maladie  si  an^- 
cienne,  si  grave,  dans  un  organisme  épuisé,  ne  me  laissa  entrevoir  d’autres  chances 
de  salut  que  dans  le  froid  gradué ,  et  i’ emploi  des  médications  extérieures  et  dé¬ 
rivatives,  propres  à  seconder  les  effets  de  celle-là.  Après  avoir  fait  garnir  sur  plusieurs 
points  le  corps  de  la  jeune  malade  de  pièces  de  flanelle  propres  à  circonscrire  le  rayon¬ 
nement  du  froid,  et  à  concentrer  ses  impressions  sur  l’organe  affecté,  je  fis  d’abord  pren¬ 
dre,  d’espace  en  espace,  durant  le  jour,  de  l’eau  médiocrement  fraîche  et  battue,  pour 
en  rendre  l’ingestion  plus  propice  en  l’imprégnant  d’air  atmosphérique,  mais  à  la  dose 
d’une  seule  cuillerée  à  la  fois.  On  s’éleva,  au  bout  de  huit  jours,  à  la  dose  d’une  cuille¬ 
rée  toujours  à  l’eau  vive  sortant  de  la  source,  et  enfin  à  la  glace  qui  fut  continuée  par 
petits  fragments  pendant  trois  mois.  On  appliquait,  concurremment  avec  cette  prescription, 


vers  le  soir,  sur  le  centre  épigastrique,  des  cataplasmes  d’une  température  douce,  faits  de 
tarine  de  graine  de  lin  cuite  dans  une  décoction  de  guimauve,  avec  addition  d’une  once 
de  thériaque.  Chaque  matin  des  frictions  de  teinture  de  cantharides  étaient  pratiquées  aux 
jambes  pour  y  rappeler  la  chaleur  et  stimuler  la  circulation;  la  malade  prenait,  très 
peu  à  la  lois,  des  aliments  légers,  que  l’on  put  augmenter  insensiblement,  à  mesure  que 
1  estomac  reprenait  sa  première  énergie.  Au  bout  de  quatre  mois,  cette  malade  m’écri¬ 
vait  ces  propres  paroles  que  je  vais  rapporter  textuellement:  «  Je  ne  vomis  plus,  l’ap¬ 
pétit  et  le  sommeil  ont  reparu  ;  je  me  trouve  dans  un  autre  monde,  et  je  rends  tous  les 
jours  grâces  à  Dieu  d’un  état  si  différent  de  celui  où  j’étais  naguères.  »  Des  nouvelles 
ultérieures,  plusieurs  mois  après  cette  lettre,  m’ont  appris  que  cette  cure  recevait  des 
épreuves  du  temps  son  dernier  sceau ,  et  que  la  santé  continuait  à  refleurir. 

D  après  ces  expérimentations  diverses,  on  remarque  que,  ni  l’ancienneté  du  mal,  ni 
la  délicatesse  extrême  d  un  tempérament  fragile  et  anéanti,  ne  sont  une  contre-indica- 
iion  rationnelle  à  1  application  du  froid  gradué  aux  névroses  de  l’estomac  ;  de  même 
aux  névralgies  de  la  face,  et  aux  affections  du  cerveau.  Une  observation  que  j’ai 
consignée  dans  la  Gazette  médicale ,  démontre  que  dans  les  mêmes  circonstances 
le  même  remède  peut  être  également  employé  pour  les  ulcères  cancéreux  de  la  matrice, 
et  qu  il  offre  une  ressource  précieuse  dans  les  cas  désespérés.  Les  tentatives  infruc¬ 
tueuses  auxquelles  je  me  suis  livré  sur  un  grand  nombre  de  sujets  affectés  de  cancers 
,  ^  ^  mamelle>  témoignent,  il  est  vrai ,  que  ces  maladies  redoutables  échappent 

à  1  influence  de  ce  moyen  puissant  de  curation.  Je  suis  loin  cependant  d’accepter 
(fins  leur  sens  absolu  ces  exceptions  affligeantes,  et  je  présume  qu’en  plongeant  les 
sujets  qui  portent  des  affections  cancéreuses  de  la  mamelle  dans  un  bain  chaud , 
comme  je  l’ai  fait  quelquefois  pour  des  affections  de  l’utérus,  et  bornant  le  contact 
du  liquide  froid  au  sein,  on  pourrait  faire  arriver  exclusivement  sur  le  mal  des  affu¬ 
sions  graduées  qui ,  étant  puissamment  contrebalancées  par  la  haute  température 
de  toutes  les  autres  parties  du  corps,  n’auraient  aucun  mauvais  résultat  sur  le  système 
nerveux,  et  dompteraient  efficacement,  dans  cette  innocuité  générale ,  la  nature  d’un 
mal  dévorant  qui  fait  grâce  à  peu  de  victimes.  Au  fait,  il  n’y  a  point  de  convulsions 
m  d  angoisses  possibles  sans  la  perception  définitive  de  T  encéphale  ;  mais,  dans  les 
cas  exposés,  l’impression  du  froid  ,  n’arrivant  à  l’organe  central  qu’avec  l’impression 


ALLIOT. — 1  MEMOIRE  SUR  l’ APPLICATION  DU  FROID  EN  THERAPEUTIQUE.  355 

d’une  chaleur  assez  vive  appliquée  sur  toute  la  périphérie  de  l’organisme,  trouverait 
en  elle  un  contrepoids  à  ses  excessifs  résultats.  Je  me  propose,  à  la  première  occa¬ 
sion,  de  l’employer  d’une  manière  différente  encore,  en  faisant  alterner  sur  la  mamelle 
les  affusions  chaudes  et  les  contacts  réfrigérants  à  des  mesures  différentes,  méthode  qui 
aurait  quelque  analogie  avec  ce  que  l’on  nomme  les  bains  russes.  Toutefois,  c’est  une 
maxime  éternelle  de  l’application  du  froid,  qu’il  produit  des  effets  d’autant  plus  heureux 
et  d’autant  plus  sûrs,  que  la  chaleur  en  limite  mieu-x  l’action  aux  organes  qu’il  doit 
soulager.  Le  calorique  détermine,  en  effet,  dans  les  régions  demeurées  saines,  dont  il 
dilate  les  tissus,  une  salutaire  dérivation,  en  y  appelant  le  torrent  des  humeurs,  et  dissé¬ 
minant  au  loin,  sur  une  -vaste  surface,  l’excès  de  l’élément  vital,  en  même  temps  que  le 
froid  le  refoule  d’un  point  envahi  de  l’économie.  L’irradiation  encéphalique  du  principe 
nerveux,' contrainte  de  s’éloigner  du  lieu  où  le  mal  s’est  fixé  momentanément,  est  évoquée 

dans  d’autres  champs  d’action,  et  projetée  avec  force  dans  tout  le  reste  de  l’or¬ 
ganisme. 

On  compiend,  d  après  ces  idées,  que,  sous  1  empire  de  la  saison  rigoureuse,  l’em¬ 
ploi  du  froid,  dans  la  curation  des  infirmités  humaines,  doit  moins  réussir,  parce  que 
les  parties  saines  sont  habituellement  soumises  aux  même  sédations.  Lavie,  partout 
comprimée,  verrait  enrayé  pour  toujours,  par  des  congestions  mortelles,  le  jeu  brillant 
de  ses  mouvements.  On  ne  peut  même  employer  le  froid  sur  les  régions  moyennes  du 
corps,  à  moins  que  le  malade  ne  soit  enlevé  aux  périls  du  temps  actuel,  par  une  excita¬ 
tion  ardente,  où  qu’il  soit  plongé  dans  une  atmosphère  artificielle  très  chaude.  Au  milieu 
de, l’hiver,  le  froid  est  de  même  appliqué  presque  continuellement  à  l’intérieur,  puis¬ 
qu’il  entre  avec  la  colonne  respirée  dans  les  voies  pulmonaires,  et  qu’il  pénètre  dans 
les  cavités  digestives  par  le  canal  continu  qui  y  conduit. 

Les  surfaces  muqueuses,  pourvues  d’une  sensibilité  moins  développée,  supportent 
mieux  le  froid  que  la  surface  tégumentaire.  C’est  pour  cela  que  les  organisations  les 
plus  délicates,  qui,  à  1  extérieur  ne  pourraient  souffrir ,  sans  des  spasmes  alarmants  le 
contact  continu  d’un  corps  froid,  en  soutiennent  avec  avantage  les  impressions  à  l'in¬ 
térieur,  dans  les  affections  des  viscères,  certaines  coliques  du  bas-ventre  exceptées.  Et 
peut-être,  même  dans  ces  cas,  serait-il  possible  d’en  obtenir  de  bons  effets  encore  en 
en  faisant  usage  avec  les  modifications  correctives  que  je  viens  d’exposer;  car  dans 
les  actions  de  l’homme  et  dans  ses  paroles,  presque  tout,  pour  le  résultat,  se  subor¬ 
donne  à  des  formes  accidentelles,  et  dépend  de  la  manière.  Aussi  bien  n’est-il  rien 
d’absolu  dans  les  choses  de  cet  univers ,  et  ce  qu’il  nous  plaît  d’appeler  assez 
légèrement  accessoire  n’est  souvent  que  l’objet  lui-même  dans  la  nature  propre  qui  le 

En  chirurgie,  à  notre  époque,  il  semble  que  l’on  ait  connu  toute  l’importance  des 
applications  réfrigérantes  contre  l’état  inflammatoire  des  tissus  ;  mais  on  en  a  fait  un  trop 
fréquent  usage;  car  des  plaies  assez  étendues  et  assez  profondes,  lorsque  les  bords  peu¬ 
vent  en  être  juxtà-posés,  guérissent  sans  mouvement  inflammatoire  dans  les  parties 
divisées,  ni  fièvre  ou  dérangement  dans  les  fonctions  générales  de  l’économie  pourvu 
que  le  sujet  s’astreigne  à  une  diète  sévère.  A  quoi  bon  inonder  d’eau  ces  plaies?  Les 
plumaceaux  de  charpie,  les  linges  qui  composent  l’appareil,  le  pus,  couverts  du  liquide 
'qui  y  ruissèle,  et  échauffés  par  la  température  du  membre,  entrent  en  fermentation  et 
apportent  autant  d’entraves  à  la  simplicité  de  la  marche  de  la  nature.  La  plaie  est-elle 
réunie  par  première  intention,  les  torrents  qui  l’humectent  par  intervalles  détachent  les 
moyens  d’union,  corrompent  les  fils,  rouillent  le  fer,  et  s’interposant  entre  les  lèvres  en- 
tr’ ouvertes  delà  division,  s’opposent  au  contact  intime.  Si  la  blessure  a  été  laissée 
boante,  les- affusions  froides,  lorsque  la  chaleur  locale  ne  les  indique  pas  suffisamment 
provoquent  en  irritant  les  extrémités  nerveuses  mises  à  nu,  des  névralgies  dont  on 
ignore  souvent  plus  tard  l’origine,  ou  d’autres  phénomènes  non  moins  graves 

C  est  le  cas  de  poser  en  maxime  que  là  où  le  froid  n’est  pas  utile,  il  est  •meurtrier-  que 

oisqu  il  ne  sauve  pas,  il  tue.  Quand  les  affusions  froides  sont  indispensables  et  doivènt 


330  REVUE  CRITIQUE. 

être  appliquées  longtemps,  il  faut  avoir  soin  de  changer  fréquemment  l'application  des 
linges,  sans  quoi  la  décomposition  des  appareils  suscite  là  on  ils  sont  posés  des  éruptions 
et  déterminent  des.  érysipèles  qui  doivent  étonner  beaucoup  ceux  qui  réfléchissent  peu 
et  qui  voient  se  former  sous  leurs  yeux  des  phénomènes  inflammatoires  sous  l’empire 
des  remèdes  qu’ils  avaient  employés  pour  les  prévenir.  Combien  de  fois  les  lotions  de 
guimauve,  si  calmantes  et  si  douces,  n’ ont-elles  point  étendu  une  rougeur  morbide  sur 
le  membre  qu’elles  n’avaient  cessé  de  détremper?  Y  a-t-il  danger  à  lever  l’appareil 
dans  un  cas  positif  d’affusions  froides  nécessaires,  employez  le  liquide  dans  des  corps 
qui  le  contiennent,  et  qui  ne  livrent  passage  qu’à  ses  transmissions  répercussives  et  non 
humides.  Cette  méthode  médicale  offre  une  foule  d’avantages ,  bien  que  pourtant  elle 
ne  doive  pas  être  toujours  préférée. 


REVUE  CRITIQUE. 


Cltîirurgfie* 


DE  LA  VALEUR  SYMPTOMATIQUE  DES  ULCÉRA¬ 
TIONS  du  col  utérin  ;  par  M.  Gosselin. 

Travail  d’une  véritable  importance  pratique 
et  sur  lequel  nous  n’hésitons  pas  à  appeler 
l’attention  de  nos  lecteurs. 

La  plupart  des  écrivains  modernes  ont  dé¬ 
crit  dans  des  articles  séparés  la  leucorrhée, 
le  catarrhe  utérin,  les  engorgements;  et  enfin 
les  ulcérations  du  col ,  sans  avertir  suffisam¬ 
ment  que,  dans  un  grand  nombre  de  cas,  toutes 
ces  affections  existent  ensemble.  Or,  dans  ces 
cas  complexes,  à  laquelle  de  ces  affections 
doit-on  attacher  le  plus  d’importance?  Dans 
l’état  actuel  des  opinions,  cette  question  fait  à 
peine  doute ,  et  l’ulcération  est  regardée  com¬ 
me  la  maladie  principale. 

«  Pour  moi,  au  contraire,  dit  M. 'Gosselin, 
ayant  eu  l’occasion  d’observer  un  grand  nom¬ 
bre  de  ces  affections  complexes  de  l’utérus, 
j’ai  pu  me  convaincre  que,  dans  la  majorité  des 
cas,  l’ulcération  du  col  n’est  qu’une  partie 
fort  accessoire  delà  maladie,  et  que  celle-ci 
est  réellement  constituée  par  la  phlogose  du 
tissu  utérin  (engorgement)  et  surtout  par  la 
phlogose  de  la  surface  interne  de  la  matrice  ; 
considération  importante,  car,  si  elle  est  vraie, 
c’est  contre  ces  dernières  et  non  contre  l’ul¬ 
cération,  comme  on  le  fait  généralement,  que 
le  praticien  devra  diriger  les  efforts  de  sa 
thérapeutique.  » 

Pour  arriver  à  ce  résultat,  M.  Gosselin  a 
examiné  et  comparé  trois  ordres  de  faits,  sa¬ 
voir:  1°  ceux  dans  lesquels  l’ulcération  exis¬ 
tait  seule,  c’est-à-dire  sans  catarrhe  utérin 
ni  engorgement  ;  2°  ceux  dans  lesquels  le 
Catarrhe  utérin  existait  avec  ou  sans  engor¬ 
gement,  mais  l’ulcération  manquant  ;  3°  enfin 
ceux  dans  lesquels  il  y  avait  tout  à  la  fois 
ulcération,  catarrhe  et  engorgement.  Suivons- 
le  dans  sa  démonstration. 

1°  Ulcérations  simples.  —  Disons  d’abord 


qu’il  s’agit  uniquement  ici  d’ulcérations  non 
syphilitiques.  Ces  cas  d’ulcérations  simples  du 
col  utérin,  sans  engorgement  ni  catarrhe 
concomitant,  sont  rares;  on  ne  les  observe 
guère  que  dans  la  vaginite. 

«  Si  l’on  introduit  le  spéculum,  on  trouve 
alors  que  les  deux  lèvres  du  museau  de  tan¬ 
che  ne  sont  ni  gonflées  ni  hypertrophiées; 
son  orifice  ne  laisse  rien  échapper,  ou  seule¬ 
ment  un  peu  de  mucosité  transparente.  Sa 
surface,  baignée  et  comme  macérée  dans  le 
produit  de  la  sécrétion  vaginale,  est  excoriée 
dans  une  étendue  plus  ou  moins  considérable, 
mais  qui  n’est  jamais  très  grande,  puisque  le 
col  a  conservé  son  volume  normal.  L’ulcéra¬ 
tion  est  rouge,  quelquefois  granuleuse;  au 
toucher,  le  col  présente  sa  souplesse  natu¬ 
relle,  et  sa  pression  est  peu  douloureuse.  Du 
reste,  les  malades  ne  se  plaignent  d’aucune 
autre  douleur  que  de  celles  d’ailleurs  peu 
vives  de  la  vaginite;  dans  le  plus  grand  nom¬ 
bre  des  cas,  elles  n’accusent  rien  qui  indique 
une  maladie  de  l’utérus. 

«  Je  possède,  ajoute  l’auteur,  six  observa¬ 
tions  dans  lesquelles  l’ulcération  s’est  ainsi 
développée  et  a  disparu,  en  quelque  sorte, 
sous  mes  yeux,  sans  qu’un  seul  instant  il  y 
ait  eu  ni  gonflement  du  col  ni  catarrhe  uté¬ 
rin;  et  dans  aucun  cas  les  malades  n’ont 
accusé  ni  fièvre,  ni  douleurs  à  l’hypogastre  et 
aux  régions  lombaires,  ni  tous  les  symptômes 
que  nous  verrons  accompagner  habituellement 
les  divers  états  pathologiques  de  l’utérus. 
Dans  tous  les  cas,  l’ulcération  a  disparu  dans 
l’espace  de  3  à  G  semaines,  à  mesure  que  la 
vaginite  elle-même  ou  disparaissait  ou  seule¬ 
ment  diminuait.  » 

Voilà  donc  un  premier  ordre  de  faits  bien 
tranchés,  dans  lesquels  l’ulcération  du  col 
existant  sans  engorgement  et  sans  catarrhe 
ne  donne  lieu  à  aucun  accident  et  disparaît 
promptement,  dans  lesquels  par  conséquent 


REVUE  CRITIQUE, 


elle  n’a  qu’une  valeur  bien  secondaire.  Nous 
admettons  pleinement  ici  et  le  fait  et  l’inter¬ 
prétation  ;  bien  plus,  il  se  rencontre  à  la  sur¬ 
face  du  col  utérin  d’autres  lésions  bien  capa¬ 
bles  d’effrayer  un  praticien  inexpérimenté, 
et  qui  cependant  n’ont  pas  plus  de  valeur  que 
les  ulcérations  simples.  M.  Chomel  nous  ra¬ 
contait  tout  récemment  qu’il  avait  vu  six  ou 
sept  cas  d’une  lésion  jusqu’ici  non  décrite, 
consistant  en  granulations  isolées,  jaunâtres, 
du  volume  d’un  grain  de  millet,  ou  tout  au 
plus  d’une  lentille,  donnant  l’idée  de  granula¬ 
tions  tuberculeuses,  éparses  à  la  surface  du 
col  utérin,  et  ne  déterminant  ni  douleur  ni 
aucun  phénomène  morbide,  malgré  leur  per¬ 
sistance  durant  des  années  entières  ;  en  un  mot, 
le  hasard  seul  les  avait  fait  découvrir,  et  une 
observation  scrupuleuse  avait  constaté  ensuite 
leur  parfaite  innocuité.  Il  en  va  tout  autre¬ 
ment  de  la  plilogose  intérieure  du  col,  en 
d’autres  termes  du  catarrhe  utérin. 

2°  Catarrhe  utérin  simple.  —  M.  Gosselin 
essaie  d’abord  d’établir  une  démarcation  es¬ 
sentielle  entre  le  catarrhe  utérin  et  la  leu¬ 
corrhée.  Pour  lui,  le  nom  de  leucorrhée 
doit  demeurer  affecté  à  ce  flux  muqueux  qui 
se  fait  naturellement  à  la  surface  interne  de 
l’utérus,  et  qui  chez  certaines  femmes  aug¬ 
mente  de  temps  à  autre  en  quantité,  sans 
perdre  sa  ténuité  et  sa  transparence.  Avec 
ces  trois  conditions,  que  le  flux  n’augmente 
que  d’une  manière  passagère  et  qu’il  demeure 
transparent  et  peu  consistant,  M.  Gosselin 
juge  qu’il  n’y  a  point  inflammation,  mais  seu¬ 
lement,  exagération  de  la  sécrétion  normale; 
c’est  la  leucorrhée  ou  les  flueurs  blanches. 
Supposez  les  trois  conditions  contraires; — 
défaut  de  transparence,  liquide  blanchâtre, 
jaunâtre  ; — consistance  anormale,  liquide  épais 
et  adhérent  ;  —  et  enfin  flux  abondant  habi¬ 
tuel;  il  y  aura  inflammation  de  la  muqueuse 
utérine,  ou  catarrhe  utérin. 

Le  catarrhe  utérin,  ainsi  considéré,  peut  se 
développer  seul,  sans  ulcération  ni  gonfle¬ 
ment,  sous  l’influence  de  plusieurs  causes. 
M.  Gosselin  l’a  surtout  observé  consécutive¬ 
ment  à  la  blennonhagie,  l’inflammation  sem¬ 
blant  se  propager  du  vagin  à  l’extérieur  du  col, 
et  du  col  à  l’intérieur  de  la  matrice;  c’est  ce 
que  M.  Gibert  a  appelé  la  blennorrhagie  uté¬ 
rine.  Une  remarque  assez  curieuse,  déjà  faite 
par  M.  Mélier,  c’estqu’il  affecte  de  préférence, 
à  l’état  simple,  les  femmes  qui  n’ont  point  eu 
d’enfants;  tandis  qu’il  se  complique  plus  vo¬ 
lontiers  d’ulcérations  chez  celles  qui  sont  ac¬ 
couchées  une  ou  plusieurs  fois. 

Les  symptômes  du  catarrhe  simple  sont 
assez  graves  :  douleurs  sourdes ,  profondes  à 
la  région  hypogastrique,  et  quelquefois  dans 
les  régions  lombaires;  tiraillements  dans  les 
aines,  difficulté  à  marcher  ;  les  malades  pré¬ 
fèrent  la  position  horizontale.  Parfois  on  trouve 


337 

un  léger  mouvement  fébrile,  la  nuit  principa¬ 
lement. 

Les  douleurs  sont  très  variables;  souvent 
elles  sont  peu  intenses  ;  quelquefois  même 
elles  manquent  ou  ne  reviennent  qu’à  des  in¬ 
tervalles  éloignés.  D’autres  fois  les  malades 
accusent  une  sensation  de  feu  à  i’hypogastre  ; 
on  a  vu  même  les  douleurs  devenir  expultri - 
ces,  s’exaspérant  à  certains  moments,  et  sui¬ 
vies  de  l’issue  de  mucosités  purulentes  plus 
ou  moins  abondantes.  Enfin  il  est  des  fem¬ 
mes  chez  lesquelles  le  catarrhe  utérin  s’ac¬ 
compagne  de  désordres  vers  les  organes  di¬ 
gestifs. 

Si  l’on  pratique  le  toucher,  on  détermine 
souvent  de  la  douleur  en  pressant  un  peu 
avec  le  doigt  sur  la  surface  du  col.  Ceci  est 
important  ;  car  nous  allons  trouver  tout  à 
l’heure  que  le  toucher,  dans  les  cas  d’ulcé¬ 
ration,  n’est  pas  plus  douloureux,  bien  qu’il 
semblerait  devoir  l’être  davantage. 

Le  catarrhe  utérin  est  remarquable  par  la 
lenteur  de  sa  marche  et  par  sa  durée;  et  cette 
circonstance  n’est  pas  non  plus  sans  impor¬ 
tance  ;  car  dans  les  cas  où  il  se  compliquera 
d’ulcération,  il  n’y  aura  nulle  raison  d’attri¬ 
buer  la  longue  durée  de  la  maladie  à  l’ulcé¬ 
ration  plutôt  qu’au  catarrhe. 

«  Toutes  les  malades  que  j’ai  observées, 
dit  M.  Gosselin,  sont  sorties  de  l’hôpital  après 
%  3  et  4  mois  de  séjour  et  même  plus,  con¬ 
servant  encore  leur  catarrhe  utérin  ;  les  unes 
soulagées  complètement  de  leurs  douleurs,  les 
autres,  les  voyant  reparaître  de  temps  en 
temps,  surtout  à  l’époque  des  règles,  ou 
bien  lorsqu’elles  se  livraient  au  coït.  J’en  ai, 
entre  autres,  observé  une  qui,  une  année  après 
sa  sortie  de  l’hôpital,  n’avait  pas  encore  cessé 
d’avoir  des  écoulements^nucoso-purulents,  et 
des  douleurs  hypogastriques  et  lombaires  qui, 
habituellement  sourdes,  reprenaient  de  temps 
à  autre  de  l’acuité.  » 

Il  s’agirait  maintenant  d’étudier  l’engorge¬ 
ment  pur  et  simple  du  col  ou  du  corps  de  la 
matrice  ;  mais  son  existence  est  douteuse,  et 
M.  Gosselin  en  particulier  ne  croit  pas  qu’il 
puisse  exister  sans  catarrhe  utérin.  Son 
plus  grand  état  de  simplicité  est  donc  quand 
il  est  seulement  joint  au  catarrhe  et  sans 
ulcération. 

5°  Catarrhe  avec  engorgement. — Donc,  en 
même  temps  que  le  catarrhe,  souvent  il  ar¬ 
rive  un  gonflement  du  col  ou  du  corps  de 
l’utérus,  que  l’on  constate  à  l’aide  du  spécu¬ 
lum  et  du  toucher.  Tantôt  alors  les  deux 
lèvres  du  museau  de  tanche  sont  hypertro¬ 
phiées,  tantôt  l’une  des  deux  seulement,  et 
plus  souvent  la  postérieure.  Quelle  sera , 
dans  les  symptômes,  la  part  de  cet  engorge¬ 
ment? 

«  Les  accidents,  répond  M.  Gosselin,  ne 
sont  pas  plus  intenses  que  dans  le  catarrhe 


G» 


REVUE  CRITIQUE. 


338 

utérin  simple,  et  je  suis  porté  à  penser  que 
la  présence  de  l’engorgement  contribue  peu  à 
aggraver  la  maladie.  » 

Ces  premières  données  établies,  nous  arri¬ 
vons  à  la  partie  la  plus  importante  de  ce 
travail,  dans  laquelle  il  s’agit  de  rechercher 
le  rôle  de  l’ulcération  lorsqu’elle  se  joint  à  la 
fois  au  catarrhe  et  à  l’engorgement. 

4°  Catarrhe  utérin  avec  ulcération  et  en¬ 
gorgement  du  col.— Ces  cas  sont  incompara¬ 
blement  plus  fréquents  que  les  autres  ;  on  les 
désigne  généralement  sous  le  nom  d’ulcéra¬ 
tion  du  col,  parce  qu’on  tient  peu  compte  de 
l’écoulement  mucoso-purulent  qui  les  accom¬ 
pagne,  et  qu’on  s’occupe  exclusivement  de 
l’état  extérieur  du  col.  M.  Gosselin  les  re¬ 
garde  comme  une  métrite  chronique  com¬ 
plexe,  dans  laquelle  tous  les  éléments  de  l’uté¬ 
rus  sont  envahis,  mais  où  la  phlogose  de  la 
muqueuse  utérine  est  toujours  la  partie  domi¬ 
nante  de  la  maladie. 

D’abord,  si  l’on  réfléchit  sur  ce  fait  bien 
constaté,  que  cette  métrite  complexe  survient 
presque  toujours  après  la  parturition  ou  après 
un  avortement,  il  est  difficile  de  se  défendre 
de  cette  idée,  que  le  point  de  départ  et  le 
siège  primitif  de  la  maladie  sont  à  la  sur¬ 
face  interne  de  la  matrice,  et  que  la  première 
lésion  en  date  est  le  catarrhe  utérin. 

Si  l’on  explore  le  col  à  l’aide  du  toucher,  il 
est  très  difficile  et  presque  impossible  de  re¬ 
connaître  l’ulcération  ;  le  doigt  n’y  détermine 
aucune  douleur,  à  moins  que  l’on  ne  presse 
fortement  sur  le  col,  et  alors  la  douleur  qu’on 
réveille  peut  être  légitimement  rapportée  au 
catarrhe,  puisque  le  catarrhe  suffit  pour  la 
faire  naître  en  l’absence  de  toute  ulcération. 

On  peut  remarquer  encore  que  l’étendue 
de  l’ulcération  est  en  rapport  presque  néces¬ 
saire  avec  le  gonflement  plus  ou  moins  consi¬ 
dérable  du  col  :  ii  mesure  que  celui-ci  se  pro¬ 
duit,  la  première  augmente  aussi,  comme  si 
la  muqueuse  du  col  n’étant  pas  assez  exten¬ 
sible  pour  se  prêter  à  ce  gonflement,  se  dé¬ 
chirait  de  plus  en  plus. 

Enfin  ,  l’ulcération  ne  détermine  aucun 
accident  spécial,  de  telle  sorte  que  la  métrite 
la  plus  complexe  ne  donne  jamais  lieu  à  d’au¬ 
tres  symptômes  que  ceux  du  catarrhe  simple, 
sauf  toutefois  l’abaissement  et  l’antéversion, 
qui  sont  fréquemment  l’effet  de  l’engorge¬ 
ment. 

La  conclusion  thérapeutique  est  fort  claire; 
on  voit  que  l’ulcération  mérite  à  peine  d’oGcu- 
per  le  praticien ,  et  l’étude  des  cas  dans  les¬ 
quels,  suivant  la  méthode  ordinaire,  l’ulcéra¬ 
tion  est  principalement  combattue,  ne  vient 
pas  peu  à  l’appui  des  idées  de  M.  Gosselin. 

«  Quel  que  soit,  dit-il,  le  mode  de  traite¬ 
ment  que  j’aie  vu  employer  dans  les  divers 
hôpitaux  où  j’ai  observé,  j’ai  toujours  constaté 
que  la  guérison  des  malades  affectées  de  mé¬ 


trite  complexe  n’était  réelle  que  lorsqu’a- 
vaient  disparu  et  le  catarrhe  utérin ,  et  l’en¬ 
gorgement,  et  l’ulcération.  Or,  il  m’est  plu¬ 
sieurs  fois  arrivé  d’observer  des  malades 
chez  lesquelles,  l’ulcération  ayant  disparu,  les 
mêmes  accidents  continuaient,  parce  que  le 
catarrhe  utérin  existait  toujours  ;  et  j’ai  vu 
des  praticiens  tellement  imbus  de  l’idée  que 
l’ulcération  du  col  constitue  seule  la  maladie, 
que  ne  retrouvant  plus  cette  ulcération  et  ne 
faisant  nulle  attention  au  liquide  visqueux 
blanchâtre  toujours  sécrété  par  la  membrane 
utérine,  ils  voulaient  persuader  à  leurs  mala¬ 
des  qu’elles  étaient  guéries,  guéries  malgré 
les  douleurs  toujours  existantes,  malgré  les 
désordres  incessants  de  la  menstruation;  et 
voilà  comment  bien  souvent  on  a  voulu  attri¬ 
buer  à  des  accidents  nerveux,  à  l’hystérie  et 
même  à  une  imagination  frappée  ou  prévenue, 
les  accidents  persistant  ainsi  après  la  guéri¬ 
son  de  l’ulcération. 

«  Pour  moi  cela  tient  à  ce  que  celle-ci  dispa¬ 
raissant,  si  le  catarrhe  utérin,  si  l’engorge¬ 
ment  persistent,  la  malade  est  exactement 
dans  le  même  état  qu’avant.  L’observation 
des  faits  m’a  trop  bien  instruit  de  ce  que 
j’avance  ici  pour  que  je  n’hésite  pas  à  l’affir¬ 
mer  positivement.  » 

Donc  il  ne  suffit  pas  de  ^cicatriser  l’ulcéra¬ 
tion,  et  c’est  même  là  la  moindre  indication  ; 
l’important  est  de  combattre  l’engorgement 
et  le  catarrhe.  Quant  aux  moyens  les  plus 
efficaces,  M.  Gosselin  révoque  d’abord  en 
doute  l’efficacité  des  cautérisations  ;  les  ma¬ 
lades  non  cautérisées  n’en  ont  pas  moins  guéri, 
et  quelquefois  plus  vite.  Le  seul  cas  qui  les 
réclame  est  le  développement  de  bourgeons 
charnus  sur  les  ulcérations  ;  il  convient  alors 
de  les  cautériser  pour  les  détruire,  tout  comme 
on  le  fait  sur  les  plaies  extérieures. 

Il  n’a  pas  vu  non  plus  les  tampons ,  les 
pommades  portées  sur  le  col  utérin  produire 
une  cicatrisation  plus  rapide.  Les  injections 
intra-utérines  sont  trop  périlleuses  pour  être 
employées  par  un  praticien  prudent. 

En  définitive,  «  je  ne  connais  de  véritable¬ 
ment  utiles,  dit  M.  Gosselin,  que  les  injections 
émollientes  et  astringentes,  les  bains,  le  repos, 
les  antiphlogistiques  modérément  employés , 
]es  saignées  générales  répétées  de  temps  en 
temps,  surtout  si  les  règles  viennent  à  man¬ 
quer,  les  dérivatifs  sur  le  canal  intestinal, 
les  cataplasmes  émollients  sur  le  bas-ventre.  » 

Cette  thérapeutique  est  véritablement  ra¬ 
tionnelle  ,  mais  elle  est  un  peu  maigre  ;  et 
pour  la  compléter  nous  engageons  nos  lectéurs 
à  consulter  le  mémoire  de  M.  Récamier,  in¬ 
séré  dans  notre  numéro  de  mai. 

SUR  LA  CURE  SPONTANEE  DES  POLYPES  UTERINS, 

par  M.  Marchai  de  Calvi. 

Un  fait  curieux,  qui  s’est  offert  dans  la  pra- 


REVUE  CRITIQUE.  339 


tique  de  l’auteur,  lui  a  donné  occasion  de  faire 
sur  ce  sujet  des  recherches  intéressantes.  Re¬ 
produisons  d’abord  son  observation  : 

«Madame  X...,  demeurant  rue  Saint-Jac¬ 
ques,  ayant  toujours  été  bien  portante,  très 
active,  éprouva,  vers  l’âge  de  45  ans,  des  per¬ 
tes  utérines  non  très  abondantes,  mais  fré¬ 
quentes.  Elle  se  plaignait  en  môme  temps  de 
douleurs  dans  les  aines  et  dans  les  reins. 
M.  D...,  qu’elle  consulta,  l’examina,  crut  à  un 
engorgement  de  l’utérus,  et  prescrivit  des  ap¬ 
plications  de  sangsues  réitérées  ,  des  bains  , 
des  lavements,  un  régime  doux ,  le  repos  gé¬ 
néral,  et  surtout  celui  de  l’organe  malade.  Ce 
traitement  ne  produisit  aucune  amélioration  ; 
il  n’en  fut  pas  moins  continué  pendant  plu¬ 
sieurs  années.  Mme  X...  affaiblie  par  les  sang¬ 
sues,  affaiblie  par  les  métrorrhagies,  commen¬ 
çait  à  se  décourager  ,  lorsqu’un  jour  ,  en  se 
préparant  à  elle-même  un  bain,  elle  souleva 
un  cylindre  très  pesant ,  et  sentit  un  objet 
s’échapper  de  ses  parties  génitales.  S’étant 
aussitôt  saisie  de  cet  objet,  elle  s’écria  qu’elle 
venait  de  rendre  un  cœur  de  volaille.  En 
fait ,  elle  venait  d’être  débarrassée,  par  un 
violent  effort  ,  d’un  polype  qui  avait  effecti¬ 
vement  quelque  vague  ressemblance  dans  la 
forme  avec  un  cœur  de  poulet.  C’était  ce 
polype  qui  avait  amené  les  pertes  et  tous  les 
symptômes  précités  ,  pour  lesquels  ,  en  vue 
d’une  métrite  supposée,  cette  pauvre  femme 
avait  été  soumise  au  traitement  antiphlogisti¬ 
que  pendant  un  si  long  temps. 

«  Le  corps  anormal  était  entièrement  formé 
de  tissu  utérin.  Je  l’ai  présenté k  l’Académie; 
plusieurs  membres  l’ont  examiné  attentive¬ 
ment;  et  aucun  doute  ne  s’est  élevé  sur  sa 
texture.  C’est  donc  avec  raison  que  j’ai  re¬ 
gardé  le  cas  comme  doublement  remarquable; 
il  l’est  en  effet  et  par  l’élimination  du  polype, 
et  par  la  nature  de  celui-ci. 

«  Un  petit  écoulement  de  sang  eut  lieu  à  la 
suite  de  la  brusque  élimination  du  polype,  et 
s’arrêta  presque  aussitôt.  Dès  ce  jour,  MmeX... 
n’éprouva  plus  aucune  espèce  d’incommodité 
du  côté  des  voies  génitales.  Je  l’ai  revue  plu¬ 
sieurs  fois  pour  une  légère  affection  intesti¬ 
nale,  et  elle  ne  cesse  de  se  louer  de  ce  qu’elle 
appelle  la  cure  du  cylindre.  » 

La  figure  de  ce  polype  donnée  par  M.  Mar¬ 
chai  porte  15  millimètres  de  diamètre  trans¬ 
versal,  et  5  centimètres  de  hauteur;  la  por¬ 
tion  inférieure  est  arrondie;  mais  la  supé¬ 
rieure  est  comme  déchirée,  et,  à  5  millimètres 
au-dessous  de  la  déchirure,  présente  un  rétré¬ 
cissement  d’un  centimètre ,  comme  si  le  po¬ 
lype  avait  été  étranglé  par  le  col  utérin.  Un 
fait  curieux  qui  ressort  de  cette  description  , 
c’est  que  la  séparation  n’a  pas  eu  lieu  au 
niveau  du  rétrécissement,  mais  au-dessus. 

Les  polypes  utérins  peuvent  être  éliminés 
par  gangrène,  ou  par  expulsion. 


1°  L’élimination  par  gangrène  est  rare.  M. 
Marchai  n’en  a  rencontré  que  deux  cas,  l’un 
appartenant  à  M™  Roivin,  l’autre  M.  Cru- 
veilhier.  Dans  le  premier  cas  la  femme  se 
rétablit  parfaitement;  dans  l’autre  la  gan¬ 
grène  dépassa  les  limites  du  polype  et  en¬ 
traîna  la  mort. 

2°  L’élimination  par  expulsion  est  plus  com¬ 
mune  et  moins  périlleuse.  M  Marchai  en  rap¬ 
porte  21  cas.  Mais  tous  ces  exemples  ne  doi¬ 
vent  pas  être  rapportés  à  une  même  sorte  de 
polypes.  L’auteur  lui-même  établit  d’abord  , 
à  la  suite  de  M.  Velpeau  ,  une  catégorie  de 
polypes  fibrineux  qui  ne  seraient  autre  chose 
que  des  caillots  de  sang  concrété  et  durci.  A 
cette  catégorie  paraissaient  se  rattacher  un  fait 
consigné  dans  le  5e  livre  des  Épidémies  de  la 
collection  hippocratique  et  plusieurs  obser¬ 
vations  de  Mauriceau.  Nous  trouvons  ensuite 
deux  cas  de  polypes  fonyueux  ,  observés  par 
M.  P.  Dubois  ,  qui  regarde  cette  espèce  de 
polypes  comme  très  susceptibles  d’être  spon¬ 
tanément  éliminés.  Puis  enfin  il  en  est  qui  con¬ 
cernent  de  véritables  polypes  fibreux  ayant  pour 
noyau  un  corps  fibreux ,  ou  bien  constitués 
eux-mêmes  par  une  expansion  du  tissu  de  la 
matrice. 

Il  est  toujours  utile  de  réunir  en  faisceau 
les  observations  rares  et  éparses;  de  leur 
rapprochement  jaillit  une  lumière  qu’on  n’au¬ 
rait  pu  attendre  d’un  fait  isolé.  Le  travail  de 
M.  Marchai  est  tout  à  fait  propre  à  démontrer 
les  ressources  de  la  nature  dans  des  cas  où 
l’on  aurait  à  peine  pensé  qu’elle  pût  jamais  se 
suffire  ;  mais  la  peine  même  qu’il  a  prise  pour 
rassembler  laborieusement  ses  22  observations 
montre  aussi  combien  peu  il  faudrait  se  fier 
à  ce  secours  trop  incertain.  Il  a  cherché  une 
autre  conséquence  pratique  ,  et  il  a  rappelé  , 
sans  y  insister  toutefois,  que  l’on  avait  pensé 
à  solliciter  l’action  de  l’utérus  ,  à  l’aide  du 
seigle  ergoté,  pour  expulser  les  polypes.  A  no¬ 
tre  avis,  il  en  ressort  deux  enseignements  bien 
plus  positifs  et  qui,  bien  que  n’ayant  rien  de 
nouveau,  méritent  d’être  rappelés  cà  l’attention 
des  praticiens  ;  le  premier  est,  que  l’élimina¬ 
tion  du  polype  est  l’unique  moyen  de  guérir 
les  malades;  le  second,  que  cette  expulsion 
peut  être  opérée  brusquement  sans  crainte 
d’hémorrhagie,  et,  en  conséquence,  que  la  mé¬ 
thode  la  plus  simple  et  la  mieux  d’accord  avec 
les  procédés  de  la  nature  est  fiexcision. 

( Annales  de  la  Chirurgie.) 


Sur  les  fractures  transversales  de  la 
ROTULE ,  PAR  M.  LE  Dr  VroUk. 

Camper  est  le  premier,  dit  M.  Vrolik,  qui 
ait  étudié  avec  succès  les  fractures  de  la  ro¬ 
tule  et  qui  les  ait  envisagées  sous  leur  véri¬ 
table  point  de  vue  :  plusieurs  parties  de  leur 
histoire  n’ont  toutefois  pas  été  complètement 


3  A 


REVUE  CRITIQUE. 


élucidées  par  ce  grand  chirurgien,  et  les  re¬ 
cherches  qui  ont  été  faites  depuis  n’ont  pas 
amené  un  résultat  plus  satisfaisant. 

L’étiologie ,  en  particulier  ,  est  loin  d’être 
définitivement  établie  ,  et  l’opinion  qui  consi¬ 
dère  la  contraction  musculaire  comme  cause 
des  fractures  transversales  n’est,  en  réalité, 
qu’une  hypothèse  assez  mal  assise. 

Une  contraction  exagérée  des  muscles  de 
la  cuisse  ne  devrait-elle  pas  déterminer  la 
rupture  des  muscles  eux-mêmes  ou  de  leurs 
tendons  ,  plutôt  que  la  séparation  de  l’os  ? 
Quelques  faits  sont  venus  répondre  affirmati¬ 
vement  à  cette  question  (Grandham,  London 
med.  gaz.  Septemb.  1841,  —  Froriep’s  neiie 
notizen.  Décemb.  1841,  n°  438 ,  p.  320).  Ne 
voit-on  pas  souvent  des  efforts  musculaires 
extraordinaires  être  produits  sans  donner  lieu 
àaucun  accident,  et  d’un  autre uôté  la  fracture 
transversale  de  la  rotule  n’a-t-elle  pas  maintes 
fois  lieu  après  un  effort  ou  un  mouvement  très 
modéré  ? 

Ledran  paraît  avoir  soupçonné  l’existence 
d’une  cause  prédisposante  :  «  On  ne  doit  pas 
s’étonner,  dit-il,  de  ce  qu’on  peut  se  casser 
la  rotule  en  se  relevant ,  comme  en  tombant, 
vu  le  poids  du  corps  joint  à  la  forte  contrac¬ 
tion  des  quatre  muscles  extenseurs  qui  agis¬ 
sent  de  concert,  si  d’ailleurs  il  y  a  dans 
la  rotule  une  disposition  a  cet  accident.  » 
Plus  loin,  il  raconte  qu’une  femme  ayant  eu 
la  rotule  droite  fracturée  ;  environ  un  an 
après,  elle  éprouva  dans  le  genou  gauche 
une  légère  douleur  et  «  je  ne  sais  quoi ,  qui 
lui  faisait  croire  que  la  rotule  gauche 
pourrait  bien  se  casser  comme  l’autre ,  »  ce 
qui  eut  lieu  en  effet.  ( Consultations  sur  la 
plupart  des  maladies  qui  sont  du  ressort  de 
la  chirurgie,  Paris,  1763;  p.  533-) 

Ruysch  ( Oper .  omn.  Amst.  1721,  t.  Rr,  p.  9) 
indique  un  ramollissement  général  du  tissu  os¬ 
seux. 

M.  Vrolik  pense  que  les  fractures  transver¬ 
sales  de  la  rotule  qui  ont  lieu  sans  cause  ap¬ 
préciable,  ou  à  la  suite  d’un  effort  musculaire, 
doivent  être  attribuées  aune  altération  parti¬ 
culière  et  locale  de  cet  os,  et  il  appuie  son 
opinion  sur  les  pièces  suivantes  : 

Il  y  a  quelques  années,  il  trouva  sur  un  ca¬ 
davre  une  rotule  qui,  à  sa  surface  articulaire, 
présentait  transversalement  et  dans  sa  partie 
moyenne  une  division  qui  s’étendait  à  toute 
la  portion  cartilagineuse  et  aune  petite  partie 
du  tissu  osseux  :  depuis  ,  il  a  rencontré  deux 
autres  pièces  semblables. 

M.  Vrolik  appelle  l’attention  des  chirur¬ 
giens  sur  cette  altération  ;  il  croit  qu’elle  fera 
connaître  la  véritable  cause  des  fractures 
transversales  de  la  rotule  attribuées  à  une 
contraction  musculaire  exagérée  ,  et  qu’elle 
expliquera  pourquoi  il  est  souvent  si  difficile, 
sinon  impossible,  d’obtenir  la  consolidation  de 


ces  fractures,  tandis  que  la  consolidation  est 
si  facilement  obtenue  dans  les  fractures  pro¬ 
duites  par  une  violence  extérieure. 

(. Bulletin  de  V Acad,  des  Sciences 
d’ Amsterdam,  n°  4.) 

Nous  sommes  loin  de  partager  toutes  les 
opinions  émises  par  le 'savant  Hollandais;  et 
nous  ne  saurions  même  considérer  de  la  même 
manière  les  trois  faits  remarquables  qu’il  a 
cités.  Nous  avons  décrit  un  cas  du  même  genre 
(Voir  le  mémoire  sur  quelques  dangers  du 
traitement  généralement  adopté. dans  les  frac¬ 
tures  de  la  rotule,  ci-devant  page  243),  et  tout 
en  hésitant  sur  l’interprétation,  nous  inclinons 
plutôt  à  y  voir  un  commencement  de  rupture 
mécanique  qu’un  signe  d’affection  organique. 
Mais  les  vues  étiologiques  de  M.  Vrolik  nous 
paraissent  d’une  grande  justesse;  bien  plus, 
nous  les  regardons  comme  plus  généralement 
applicables  qu’on  ne  serait  tenté  de  le  croire  ; 
et  nous  ne  saurions  mieux  présenter  notre 
opinion  à  cet  égard  qu’en  transcrivant  ce 
passage  d’un  ouvrage  que  nous  imprimons  en 
ce  moment  : 

«  Une  cause  beaucoup  plus  fréquente  et  que 
l’on  a  beaucoup  trop  négligée  est  l’inflamma¬ 
tion  locale  du  tissu  osseux.  J’appelle  ainsi , 
par  conjecture  ,  une  affection  qui  se  traduit 
généralement  à  l’extérieur  par  des  douleurs 
sourdes,  que  le  malade  rapporte  h  une  contu¬ 
sion  antérieure  ou  à  quelque  atteinte  de  rhu¬ 
matisme  ;  rarement  assez  forte  pour  exciter 
une  réaction  générale,  et  n’attirant  guères  l’at¬ 
tention  que  lorsqu’enfin  on  voit  ,  sous  un  ef¬ 
fort  peu  considérable,  se  produire  une  fracture 
au  lieu  même  qu’occupait  la  douleur.  J’ai  vu 
un  jeune  homme  de  20  ans  ,  fort  et  bien  con¬ 
stitué,  se  fracturer  le  fémur  en  tombant  de  sa 
hauteur  sur  un  sol  parfaitement  uni:  depuis 
quelques  semaines  il  avait  ressenti  sur  le  lieu 
même  de  la  fracture  des  douleurs  qu’il  rap¬ 
portait  à  un  rhumatisme. 

«  La  plupart  des  fractures  des  os  longs  par 
l’action  musculaire  se  préparent  pour  ainsi 
dire  de  cette  manière.  Nicod  en  a  cité  deux 
cas  remarquables.  Un  garçon  menuisier  éprou¬ 
vait  depuis  quelques  mois  des  douleurs  rhu¬ 
matismales  assez  vives  dans  le  bras  gauche  ; 
une  fracture  se  fit  en  appuyant  fortement  la 
main  sur  la  poignée  d’un  vilbrequin  qu’il 
fesait  tourner  de  la  main  droite.  Un  la¬ 
boureur  se  cassa  le  bras  droit  en  lançant 
une  pierre;  on  apprit  qu’il  avait  toujours 
joui  d’une  bonne  santé  ,  excepté  depuis  un 
mois  que  des  douleurs  au  bras  droit  s’étaient 
accrues  au  point  de  l’empêcher  de  travailler; 
du  reste,  il  n’avait  point  eu  de  fièvre,  ni 
perdu  l’appétit  un  seul  jour.  Je  citerai  des 
faits  du  même  genre  à  l’occasion  des  frac¬ 
tures  de  la  rotule  ;  aussi ,  toutes  les  fois 
qu’il  s’agit  de  faire  supporter  aux  os  des  efforts 
énergiques ,  comme  dans  la  réduction  des 


REVUE  CRITIQUE. 


luxations  anciennes ,  je  regarde  comme  une 
précaution  fort  importante  de  s’assurer  par 
avance  si  le  malade  n’a  pas  éprouvé  des  dou¬ 
leurs  fixes  dans  un  point  du  membre  luxé.  » 
( Traité  des  fractures  et  des  luxations,  tom.  1, 
page  22.) 

Il  convient,  d’ailleurs,  de  rassurer  les  pra¬ 
ticiens  sur  les  conséquences  de  cette  prédispo¬ 
sition.  Toutes  les  fractures  ainsi  produites  se 
réunissent  aussi  bien  et  aussi  promptement 
que  les  autres,  pourvu  que  l’on  maintienne  les 
fragmens  en  contact  ;  et  c’est  principalement 
à  l’absence  du  contact  que  l’imperfection  du 
cal  dans  les  fractures  de  la  rotule  doit  être 
rapportée. 

•  ^ 

DE  LA  TÉNOTOMIE  APPLIQUÉE  AU  TRAITEMENT 

des  fractures  de  la  malléole  externe , 

'par  M.  A.  Bérard. 

Dans  notre  dernier  numéro,  à  l’occasion 
du  traitement  des  fractures  de  la  jambe  qui 
se  refusent  à  la  réduction,  après  avoir  men¬ 
tionné  les  essais  de  M.  Laugier,  nous  avions 
dit  quelques  mots  d’autres  tentatives  faites 
par  M.  A.  Bérard  et  que  l’on  disait  avoir  été 
plus  heureuses.  Nous  trouvons  dans  le  Jour¬ 
nal  de  médecine  et  de  chirurgie  pratiques 
un  article  qui  vient  tout  à  propos  compléter  nos 
documents  sur  la  ténotomie  appliquée  au  trai¬ 
tement  des  fractures;  comme  on  le  verra,  il  ne 
s’agissait  pas  dans  ces  nouveaux  faits  de  frac¬ 
tures  obliques  de  la  jambe,  mais  de  fractures 
de  la  malléole  externe  avec  renversement  du 
pied.  Le  rédacteur  paraît  parfaitement  con¬ 
vaincu  de  la  simplicité,  de  l’innocuité,  de 
l’efficacité  de  l’opération  ;  pour  notre  compte, 
il  s’en  faut  de  beaucoup  que  nous  soyons  éga¬ 
lement  édifié  sur  tous  ces  points.  Nous  allons 
d’ailleurs  reproduire  intégralement  l’article; 
nos  lecteurs  auront  ainsi  de  quoi  baser  leur 
jugement. 

«  Parmi  les  faits  tributaires  de  la  ténotomie, 
il  en  est  un  sur  lequel  M.  Bérard  a  plusieurs 
fois  appelé  l’attention  de  ses  auditeurs  ;  nous 
voulons  parler  de  la  section  du  tendon  d’A¬ 
chille  dans  les  cas  de  fracture  de  la  malléole 
externe  avec  renversement  du  pied. 

«  Pour  bien  comprendre  les  services  que 
cette  opération  peut  rendre  en  pareil  cas ,  il 
devient  nécessaire  que  le  praticien,  faisant 
appel  à  ses  connaissances  anatomiques,  se 
représente  exactement  le  mécanisme  de  la 
lésion.  Or,  s’il  a  étudié  la  disposition  de  l’ar¬ 
ticulation  de  la  jambe  avec  le  pied,  il  verra 
l’astragale  emboîté  comme  un  tenon  dans  une 
mortaise,  formée  en  dedans  par  le  tibia ,  et 
en  dehors  par  le  péroné.  Cela  étant,  suppo¬ 
sez  que  le  pied  placé  à  faux,  sur  un  caillou, 
par  exemple,  reçoive  brusquement  le  poids 
du  corps;  ou  bien  que,  posé  sur  un  ,plan 
horizontal,  il  soit  heurté  violemment  :  le  te¬ 
non,  porté  à  droite  ou  à  gauche ,  presse 


341 

des  côtés  de  la  mortaise  et  fait  éclater  le 
moins  résistant,  c’est-à-dire  l’extrémité  infé¬ 
rieure  du  péroné.  Alors  on  voit  arriver  ce 
que  Dupuytren,  dans  ses  écrits  et  dans  ses 
cliniques,  considérait  à  bon  droit  comme  une 
des  complications  les  plus  dangereuses  de 
cette  fracture,  le  renversement  du  pied  en 
dehors  par  le  seul  fait  de  l’intervention 
musculaire:  en  effet,  le  côté  externe  de  la 
mortaise  n’ayant  plus  sa  solidité,  l’action 
des  muscles  qui  portent ,  le  pied  en  dehors 
s’exerce  en  toute  liberté ,  et  comme  elle 
est  plus  puissante  que  celle  des  muscles  an¬ 
tagonistes,  il  en  résulte  que  cette  action  de¬ 
vient  une  cause  incessante  de  déviation. 

«  Maintenant,  ce  qui  constitue  la  gravité 
de  la  déviation  du  pied  en  dehors,  c’est,  la 
tension  outre  mesure  des  parties  molles,  et 
notamment  de  la  peau  qui  recouvre  la  mal¬ 
léole  interne.  Cette  tension,  en  effet,  peut 
acquérir  un  si  haut  degré  d’intensité,  que 
bientôt  il  se  développe  des  phlyctènes  rem¬ 
plies  de  sérosité  rougeâtre  ;  la  peau  devient 
livide,  froide,  insensible ,  et  en  peu  de  temps 
le  membre  est  sphacélé  en  partie  ou  en  tota¬ 
lité.  L’escarre  est -elle  bornée  aux  tégu¬ 
ments,  on  doit  s’en  féliciter;  mais  presque 
toujours  les  désordres  sont  tels  que,  au  dire 
même  de  Dupuytren,  il  devient  urgent  d’am¬ 
puter. 

«  Ainsi  l’on  comprend  qu’il  est  de  la  plus 
haute  importance  de  mettre  les  tissus  dans  le 
relâchement,  en  ramenant  le  pied  à  sa  recti¬ 
tude  normale  et  en  l’y  maintenant.  Mais  com¬ 
ment  y  parvenir?  C’était  là,  il  faut  le  dire, 
une  des  grandes  difficultés  du  traitement. 
Quelquefois,  il  est  vrai,  le  redressement  du 
pied  s’opère  avec  facilité;  mais  aussitôt  qu’on 
abandonne  l’organe  à  lui-même,  les  muscles 
reprennent  leur  empire,  le  tendon  d’Achille 
et  ceux  des  péronés  latéraux  se  roidissent,  et 
l’on  voit  reparaître  la  difformité.  D’autres  fois 
la  contracture  musculaire  est  telle  que  toute 
tentative  de  réduction  est  inutile:  aussi,  les 
obstacles  provenant  de  cette  résistance  ont- 
ils,  de  temps  immémorial,  exercé  le  génie 
des  chirurgiens.  Dupuytren  faisait  fléchir  la 
jambe  sur  la  cuisse,  et  appelait  ailleurs  l’at¬ 
tention  du  malade.  Pai\ces  moyens,  disait-il, 
les  muscles  perdent  leur  tension ,  les  ré¬ 
sistances  tombent  comme  par  enchantement, 
et  les  parties  reprennent  leurs  rapports  nor¬ 
maux.  Bien  de  plus  vrai  sans  doute  dans  un 
grand  nombre  de  cas.  Une  fois  sa  réduction 
obtenue,  on  n’a  plus  qu’à  lutter  contre  sa 
tendance  à  la  reproduction,  et  c’est  alors 
qu’interv-ient  l’appareil  aussi  simple  qu’ingé¬ 
nieux  auquel  Dupuytren  a  donné  son  nom; 
mais  ici  surgit  une  difficulté  qui  ne  laisse  pas 
de  jeter  parfois  le  praticien  dans  un  grand 
embarras.  Car  un  des  points  d’appui,  sur  le¬ 
quel  porte  le  coussin,  est  précisément  la  mal- 


342 


REVUE  CRITIQUE. 


léole  interne:  or,  nous  venons  de  voir  que, 
dans  certains  cas ,  la  tension  prolongée  de  la 
peau  sur  cette  partie  dispose  l’enveloppe  cu¬ 
tanée  à  la  gangrène.  Donc  toute  compression 
exercée  sur  ce  point  tendra  à  accélérer  la 
mortification  des  tissus.  A  plus  forte  raison, 
si  l’escarre  existe  déjà  lorsqu’on  est  appelé 
à  réduire  la  fracture,  il  sera  moins  possible 
que  jamais  de  mettre  en  usage  l’appareil  d’ail¬ 
leurs  si  avantageux  de  Dupuytren. 

«  Eh  bien!  voilà  les  circonstances  graves 
dans  lesquelles  on  est  heureux  d’avoir  pour 
soi  le  bénéfice  de  la  ténotomie.  Cette  opéra¬ 
tion  est  simple,  dépourvue  de  dangers,  immé¬ 
diatement  efficace  ;  il  y  a  donc  toute  raison 
pour  la  pratiquer.  Pour  son  compte,  M.  Bé- 
rard  y  a  eu  recours  quatre  fois  depuis  le  com¬ 
mencement  de  l’année.  Chez  trois  malades, 
le  tendon  d’Achille  seul  a  été  coupé;  chez  le 
quatrième,  il  fallut  y  joindre  la  section  des 
tendons  des  péroniers  latéraux;  mais  chez 
tous,  la  réduction  fut  instantanée.  Les  deux 
premières  opérations  ont  eu  lieu  il  y  a  huit 
mois,  et  aujourd’hui  les  sujets  sur  lesquels 
elles  ont  été  pratiquées  marchent  avec  fa¬ 
cilité. 

«  Quant  aux  derniers  opérés,  ils  ont  suc¬ 
combé  à  une  série  de  désordres  et  de  com¬ 
plications  tellement  graves  ,  qu’il  y  avait 
peu  d’espoir  de  les  conserver.  Cependant  ces^ 
cas,  quoique  malheureux ,  n’ont  pas  été  sans 
intérêt  au  point  de  vue  de  la  question  dont  il 
s’agit  :  ils  ont  prouvé  deux  choses  importantes, 
l’innocuité  et  l’utilité  de  la  ténotomie.  Car, 
malgré  la  circonstance  des  abcès  multiples  qui 
s’étaient  formés  dans  la  partie  inférieure  de 
la  jambe,  les  bords  de  la  section  tendineuse 
n’ont  présenté  aucune  trace  d’inflammation  ni 
de  communication  avec  les  foyers  purulents  ; 
on  reconnut  un  dépôt  de  lymphe  organisable, 
destinée  à  former  un  nouveau  tendon,  mais 
rien  qui  pût  faire  soupçonner  la  participa¬ 
tion  de  la  ténotomie  à  la  production  des 
accidents. 

«  En  ce  qui  touche  l’utilité  de  cette  opéra¬ 
tion  ,  il  n’a  pas  été  non  plus  possible  de  la 
nier.  Dans  un  cas,  l’écrasement  des  parties 
rendait  les  efforts  de  réduction  tellement 
douloureux  que  ,  sans  la  section  du  ten¬ 
don  d’Achille,  on  ne  fût  certainement  pas 
parvenu  à  ramener  le  pied  dans  sa  posi¬ 
tion  normale.  Dans  l’autre,  au  contraire,  la 
réduction  s’opéra  sans  difficulté.  Mais  ce  qui 
décida  M.  Bérard  à  pratiquer  la  ténotomie, 
ce  fut  la  difficulté  de  maintenir  les  parties 
réduites,  jointe  à  l’impossibilité  de  se  servir 
de  l’appareil  de  Dupuytren.  C’est  pourquoi 
l’on  peut  dire,  nonobstant  la  terminaison  fa¬ 
tale  de  la  maladie,  que,  chez  ces  sujets,  la 
ténotomie  eut  un  succès  complet.  Quelques 
mots  maintenant  sur  le  mode  opératoire. 

«  Les  muscles  jumeaux  et  soléaire  étant, 


suivant  M.  Bérard,  les  principaux  agents  de 
la  déviation  du  pied,  c’est  au  tendon  d’A¬ 
chille  qu’il  convient  par  conséquent  de  s’adres¬ 
ser  en  premier  lieu.  Plus  tard,  s’il  le  faut,  on 
coupe  les  tendons  des  péroniers;  mais,  en 
général,  il  est  de  saine  pratique  de  n’agir 
qu’au  fur  et  à  mesure  que  les  résistances 
musculaires  se  font  sentir. 

«  L’opération  résolue ,  il  faut  la  faire  sui¬ 
vant  les  règles  de  la  méthode  sous-cutanée, 
sans  s’astreindre  à  diviser  le  tendon  au  lieu 
dit  d 'élection;  ce  lieu  doit  varier  en  effet, 
suivant  les  indications  particulières  ;  cepen¬ 
dant,  s’il  s’agit  du  tendon  d’Achille,  il  est  bon 
de  le  couper  autant  que  possible  à  une  distance 
du  calcanéum  telle  qu’en  cet  endroit  la  peau 
soit  lisse  et  mobile  ;  on  est  plus  sûr  alors 
de  n’attaquer  la  gaine  que  dans  un  point, 
sans  la  diviser  en  totalité,  si  l’on  a  la  pré¬ 
caution  surtout  de  ne  pas  faire  tendre  outre 
mesure  le  tendon.  Il  en  résulte  que  l’épanche¬ 
ment  de  lymphe  se  fait  dans  cette  gaine  seu¬ 
lement,  et  ne  donne  pas  lieu  à  des  adhérences 
qui  plus  tard  gêneraient  l’exercice  des  mou¬ 
vements.  » 

Au  total,  quatre  opérés,  deux  morts  ;  ces 
résultats  rapprochés  de  ceux  de  M.  Laugier 
sont  bien  faits  pour  justifier  une  certaine  ré¬ 
serve,  l’opération  fût-elle  aussi  innocente  que 
nous  voulons  le  croire  des  accidents  qui  sont 
venus  la  compliquer.  Mais,  même  pour  les 
sujets  guéris,  et  qui  marchent  avec  facilité, 
nous  voudrions;  savoir  s’ils  marchent  avec 
autant  de  facilité  et  autant  de  force  qu’aupa- 
ravant;  c’est  là  aussi  une  partie  essentielle 
de  la  question. 


NOUVELLE  MÉTHODE  POUR  LA  CURE  DE  LA 

grenouillette  ,  par  M.  Jobert. 

On  sait  combien  les  procédés  opératoires 
applicables  au  traitement  de  la  grenouillette 
ont  été  multipliés ,  et  combien  chacun  de  ces 
procédés  est  sujet  à  échouer  après  avoir  ce¬ 
pendant  obtenu  quelques  succès.  M.  Jobert 
expliquer  cette  inconstance  des  résultats  par 
la  nature  diverse  des  tumeurs  confondues  sous 
le  nom  de  grenouillette.  Il  pense  que  la  ponc¬ 
tion  et  l’incision  ont  pu  réussir  pour  des  kys¬ 
tes  muqueux  de  peu  de  volume  ;  l’excision 
et  la  cautérisation  pour  des  kystes  plus  con¬ 
sidérables;  mais  quand  il  s’agit  d’une  tumeur 
formée  par  un  amas  de  salive  avec  oblitération 
et  dilatation  du  canal  de  Wharton ,  il  estime 
que  toutes  les  méthodes  sont  insuffisantes  et 
infidèles. 

Ces  vues  sont  certainement  très  ingénieuses; 
mais  est-il  vrai  d’abord  que  les  tumeurs  sous- 
linguales  comprises  sous  le  nom  de  la  gre- 
noiiillette  soient  si  différentes  de  leur  nature  ; 
et  ensuite  comment  parvenir  à  en  établir  sur 
le  vivant  le  diagnostic  différentiel?  Nous  po- 


REVUE  CRITIQUE. 


sons  ces  questions  comme  difficultés  résultant 
de  l’état  actuel  de  la  science.  M.  Jobert  an¬ 
nonce  qu’il  s’occupe  d’établir  une  classification 
définitive  des  tumeurs  situées  à  la  base  de  la 
langue  ;  nous  l’engageons  fortement  à  hâter 
la  publication  de  ce  travail. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’auteur  propose,  en  outre, 
une  méthode  nouvelle  ,  qui  aurait  ce  grand 
avantage  de  rendre  le  diagnostic  différentiel 
inutile  ,  puisqu’elle  s’appliquerait  aussi  bien 
aux  kystes  purs  qu’aux  dilatations  du  conduit 
salivaire.  Nous  reproduirons  textuellement  sa 
première  observation  ,  qui  fera  parfaitement 
comprendre  le  manuel  opératoire. 

«  Observation.  —  Mme....  est  âgée  de..., 
et  d’une  bonne  constitution.  C’est  pour  la  pre¬ 
mière  fois  qu’elle  est  atteinte  de  grenouillette. 
Quand  je  la  vis,  la  tumeur  existait  depuis  un 
certain  temps.  Elle  est  grosse  comme  un  œuf 
de  pigeon ,  transparente;,  rosée  ,  et  placée  cà 
droite  sous  la  langue ,  dont  elle  gêne  modéré¬ 
ment  les  mouvements. 

«  C’est  le  16  juin  que  je  l’ai  opérée,  et  de  la 
manière  suivante  : 

«  La  langue  étant  portée  en  haut  et  en  ar¬ 
rière  ,  je  fis  saisir  avec  une  pince  le  côté  ex¬ 
terne  de  la  tumeuri  par  un  aide;  puis,  en  pla¬ 
çant  moi-même  une  seconde  au  point  opposé, 
j’enlevai  sur  la  face  antérieure  du  kyste  une 
portion  de  la  muqueuse  buccale,  de  forme  ellip¬ 
tique,  et  de  trois  lignes  au  moins  de  hauteur 
sur  6  à  8  de  largeur.  Cette  excision  fut  faite 
de  manière  à  ne  point  intéresser  l’enveloppe 
propre  à  la  cavité  dans  laquelle  se  trouvait 
renfermé  le  liquide  qui  constituait  la  tumeur. 
Il  s’écoula  si  peu  de  sang  pendant  ce  premier 
temps  qu’il  ne  fut  pas  besoin  de  porter  l’é¬ 
ponge  sur  la  plaie.  J’ouvris  alors  le  kyste  dans 
toute  son  étendue;  il  s’en  échappa  environ 
une  cuillerée  abouche  d’un  liquide  visqueux, 
légèrement  trouble,  et  semblable  à  de  l’albu- 
inine  un  peu  condensée.  Quand  la  tumeur  fut 
vidée ,  je  renversai  à  droite  et  à  gauche  les 
parois  libres  du  kyste  ,  et  à  l’aide  du  serre- 
nœud  de  Graëfe  armé  d’une  aiguille  courbe 
chargée  d’un  fil,  je  traversai  à  la  fois  les  lèvres 
de  la  division  du  kyste  lui-même  et  de  la 
muqueuse  buccale.  Je  les  maintins  ensuite  en 
contact  à  l’aide  d’un  point  de  suture  isolé , 
placé  de  chaque  côté. 

«  Dans  ce  cas ,  et  après  que  l’opération  fut 
parfaitement  terminée,  il  était  facile  d’aper¬ 
cevoir,  dans  l’espace  placé  entre  les  deux 
points  de  suture ,  un  véritable  infundibulum , 
au  fond  duquel  se  voyait  l’orifice  du  conduit 
salivaire  et  par  où  suintait  le  liquide. 

«  La  salive  fut ,  pendant  quelques  jours , 
rendue  en  plus  grande  quantité  que  d’habi¬ 
tude  ;  mais  peu  à  peu  cette  espèce  d’incon¬ 
tinence  accidentelle  disparut ,  et  elle  ne  fut 
plus  sécrétée  que  dans  les  limites  normales. 


343 

Il  ne  se  développa  qu’une  inflammation  très 
modérée. 

«  Etat  (les  parties  M  jours  après  V  opération. 
—  Le  côté  droit  de  la  base  de  la  langue  est 
revenu  a  son  état  normal.  Quand  la  langue 
est  légèrement  soulevée  en  haut,  on  aperçoit 
l’orifice  du  conduit  salivaire  droit ,  d’où  s’é¬ 
chappe  une  gouttelette  de  liquide,  et  d’où  par¬ 
tent  trois  lignes  blanchâtres ,  superficielles  , 
traces  des  incisions  pratiquées,  et  qui  donnent 
à  la  cicatrice  un  aspect  étoilé.  L’infundibulum 
qui  existait  au  début,  immédiatement  après 
l’opération,  et  quand  les  parois  du  kyste  vidé 
avaient  été  renversées  à  droite  et  à  gauche , 
a  disparu  complètement.  L’orifice  du  conduit 
salivaire  est  â  fleur  de  la  muqueuse,  et  le 
liquide  sécrété  est  versé  constamment  et  li¬ 
brement  dans  la  bouche.  Il  n’existe  aucun 
engorgement  superficiel  ou  profond,  prochain 
ou  éloigné,  dans  les  parties  qui  ont  été  le 
siège  de  la  grenouillette.  » 

Dans  un  autre  cas,  le  succès  était  aussi 
complet  cinq  semaines  après  l’opération.  Peut- 
être  sera-t-il  à  propos  de  revoir  les  malades  à 
une  époque  plus  éloignée  ;  cependant  la  na¬ 
ture  du  procédé  est  telle  qu’il  est  difficile  de 
concevoir  même  la  possibilité  d’une  récidive. 
La  seule  objection  est  que  l’opération  est 
moins  rapide  et  plus  compliquée  que  l’excision 
ordinaire. 

Il  manque  toutefois  quelque  chose  à  la  des¬ 
cription  d’ailleurs  si  claire  du  manuel  opéra¬ 
toire.  M.  Jobert  se  sert  d’une  suture  particu¬ 
lière,  qu’il  applique  non  seulement  à  la  gre¬ 
nouillette,  mais  encore  cà  la  réunion  des 
muqueuses  avec  la  peau ,  toutes  les  fois  qu’on 
a  été  obligé  de  les  diviser  ensemble,  pour  re¬ 
médier  à  l’occlusion  de  la  bouche  ou  de  la 
vulve,  par  exemple.  Voici  comment  il  la  décrit 
lui-même. 

«  Cette  suture  peut  s’opérer  avec  des  épin¬ 
gles  sur  lesquelles  on  place  ensuite  des  anses 
de  fil ,  ou  bien  avec  des  aiguilles  chargées  de 
ligatures  qu’on  rapproche  ensuite  comme  dans 
les  cas  ordinaires.  Dans  les  deux  circonstances, 
les  épingles  ou  les  aiguilles  chargées  doivent 
être  conduites  dans  les  tissus  ainsi  qu’il  va 
être  indiqué. 

«  Je  prends  pour  exemple  le  cas  où  l’on  se 
sert  d’une  épingle.  Celle-ci  est  présentée  .à  la 
muqueuse,  de  dedans  en  dehors ,  et  la  traverse 
ainsi  que  le  tissu  cellulaire  sous-muqueux 
dans  l’épaisseur  d’une  ligne  seulement.  Puis, 
se  renversant  toujours  dans  le  même  sens  en 
décrivant  un  mouvement  de  bascule,  elle  passe 
au  dessus  de  la  plaie,  vient  s’implanter  à  son 
bord  externe  dans  le  tissu  cellulaire  que  longe 
la  peau ,  et  pénètre  profondément  dans  les 
chairs,  de  manière  à  sortir  de  nouveau  par  la 
muqueuse,  mais  de  dehors  en  dedans ,  à  deux 
ou  trois  lignes  du  point  par  lequel  elle  y  était 


344 


i 


[REVUE  CRITIQUE. 


primitivement  entrée.  Elle  supporte  et  semble 
former  ainsi  un  bourrelet  charnu ,  dont  le 
bord  externe  offre,  réunies  ensemble  ,  les  lè¬ 
vres  libres  de  la  muqueuse  et  de  la  peau.  » 

Le  caractère  essentiel  de  cette  suture  nou¬ 
velle  est  en  effet  de  ne  pas  embrasser  la  peau 
qui  se  trouve  seulement  accolée  à  la  muqueuse, 
et  celle-ci  est  attirée  vers  la  peau  et  réunie 
au  tissu  cellulaire  sous-jacent  sans  décollement 
ni  tiraillement  violent.  M.  Jobert  a  déjà  mis 
deux  fois  ce  nouveau  procédé  à  exécution , 
une  fois  pour  une  atrésie  incomplète  de  la 
vulve  ;  une  autre  fois  pour  un  rétrécissement 
de  la  bouche  consécutif  à  l’ablation  d’une  tu¬ 
meur  cancéreuse  de  la  lèvre.  Dans  les  deux 
cas,  la  suture  a  complètement  réussi. 

( Annales  de  la  Chirurgie.) 


GUÈRISOX  DES  VARICES  DES  PAUPIÈRES  ( vai'iCO - 

blépharon),  par  V excision  des  veines  di¬ 
latées,  par  M.  Heidenreich. 

On  sait  combien  toutes  les  affections  qui  se 
rattachent  à  la  dilatation  des  petits  vaisseaux 
présentent  de  difficultés  au  praticien ,  soit 
par  la  nature  de  la  lésion  et  le  peu  de 
sécurité  de  la  plupart  des  procédés  opératoires, 
soit  à  raison  du  siège  de  ces  tumeurs ,  qui 
souvent  avoisinent  et  envahissent  même  des 
organes  importants.  On  ne  lira  donc  pas  sans 
intérêt  le  fait  suivant,  qui  se  rattache  d’ail¬ 
leurs  à  l’une  des  variétés  les  plus  rares  des 
tumeurs  comprises  sous  le  nom  général  de 
tumeurs  érectiles. 

Une  jeune  fille  de  22  ans,  d’une  santé  flo¬ 
rissante,  avait  remarqué  il  y  a  8  à  dix  ans 
qu’elle  portait  à  la  paupière  supérieure  une 
petite  tumeur  du  volume  d’une  lentille,  et,  ne 
sachant  à  quoi  l’attribuer,  la  regardait  comme 
congénitale.  Cette  tumeur,  d’une  couleur 
bleuâtre,  devenait  d’un  bleu  foncé  sous  l’im¬ 
pression  du  froid.  Elle  devint  de  plus  en  plus 
volumineuse,  lorsque,  il  y  a  six  ans,  à  la  suite 
d’un  coup  reçu  sur  la  paupière,  il  se  déclara 
une  abondante  hémorrhagie  qui  fut  suivie  de 
l’affaissement  de  ia  tumeur.  Dans  ces  trois 
dernières  années  elle  avait  de  nouveau  re¬ 
commencé  à  grandir  et  à  se  développer  ;  la 
jeune  fille  crut  alors  devoir 'réclamer  les  con¬ 
seils  de  l’art  ;  et  un  examen  attentif  permit 
de  constater  les  particularités  suivantes  : 

La  paupière  supérieure  gauche  était  tumé¬ 
fiée,  boursouflée  et  fortement  refoulée  en  bas;  et 
tout  d’abord  elle  offrait  l’aspect  du  prolapsus 
ordinaire;  mais  de  plus,  dans  les  deux  tiers  de 
son  étendue,  elle  présentait  une  couleur  rouge 
bleuâtre,  et  l’engorgement  dont  elle  était  le 
siège  était  mollasse,  parsemé  de  nodosités, 
et  donnant  cette  sensation  si  caractéristique 
d’un  peloton  de  vers  entrelacés.  Une  com¬ 
pression  prolongée  diminuait,  puis  faisait  dis¬ 
paraître  cette  tuméfaction,  qui  ne  tardait  pas 


à  revenir  quand  on  cessait  la  compression. 
L’œil  se  trouvait  presque  entièrement  recou¬ 
vert  par  la  paupière  tuméfiée,  que  l’on  ne 
pouvait  aucunement  soulever  vers  l’angle  ex¬ 
terne  ;  à  l’angle  interne,  on  parvenait,  bien 
qu’assez  difficilement,  à  découvrir  quelque  peu 
l’œil,  dont  la  faculté  visuelle  se  trouvait  con¬ 
sidérablement  gênée.  La  partie  supérieure 
de  la  paupière  jusqu’au  sourcil  était  égale¬ 
ment  tuméfiée,  d’une  couleur  rouge  bleuâtre, 
mollasse,  élastique.  Cette  tuméfaction  dispa¬ 
raissait  aussi  par  la  pression.  Depuis  l’origine 
du  sourcil  jusqu’à  deux  pouces  environ  vers  le 
front,  on  apercevait  trois  grosses  veines  très 
dilatées  et  très  saillantes. 

Dans  le  dessein  d’obtenir  l’oblitération  de 

* 

ces  veines,  M.  Heidenneich  plaça  huit  liga¬ 
tures  immédiates  sur  ces  vaisseaux  depuis  le 
bord  inférieur  de  la  paupière  jusqu’à  deux 
pouces  au  dessus  de  l’arcade  sourcilière , 
après  avoir  préalablement  fait  refluer  le  sang 
qu’ils  pouvaient  contenir.  Il  survint  après  l’opé¬ 
ration  de  la  douleur,  de  la  tuméfaction  et  tous 
les  phénomènes  d’une  inflammation  intense, 
qui  fut  combattue  par  des  applications  froides 
et  des  sels  purgatifs-  à  l’intérieur.  L’inflam¬ 
mation  se  propagea  à  la  conjonctive,  aux  voies 
lacrymales,  et  il  en  résulta  un  flux  de  larmes 
et  du  mucus  assez  abondant,  qui  détermina 
M.  Heidenrcich  à  détacher  les  ligatures  du 
5e  au  7ejour.  Les  phénomènes  inflammatoires 
cédèrent  alors,  et  il  parut  en  être  résulté 
quelque  amélioration  pour  les  paupières , 
amélioration  qui  fut  encore  accrue  par  l’usage 
de  lotions  astringentes.  Mais  quatre  semaines 
après  l’opération  ,  la  dilatation  variqueuse 
était  revenue  plus  forte  et  plus  intense  qu’au- 
paravant.  M.  Heidenneich  se  décida  alors  à 
avoir  recours  au  procédé  suivant,  qui  fut  mis 
à  exécution  six  semaines  environ  après  la 
première  tentative. 

Il  fit  à  la  paupière  supérieure  un  pli  com¬ 
prenant  les  tégumens  jusqu’au  muscle  orbi- 
culaire,  et  s’étendant  d’un  angle  de  la  pau¬ 
pière  à  l’autre  ,  comme  pour  l’opération  de 
l’ectropion;  et  il  l’excisa  avec  des  ciseaux 
courbes  sur  le  plat.  Il  put  alors  facilement 
réséquer  avec  les  pinces  et  les  ciseaux  tous 
les  vaisseaux  variqueux  mis  à  découvert,  et 
dont  quelques  uns  avaient  le  volume  d’une 
plume  de  pigeon  et  de  corbeau  Ces  vaisseaux 
furent  recherchés  dans  le  tissu  cellulaire  jus¬ 
que  dans  le  cartilage  tarse;  quelques-uns  d’en- 
tr’cux  contenaient  encore  du  sang  coagulé, 
dernier  vestige  sans  doute  de  la  première 
opération.  Trois  petites  artérioles  qui  donnè¬ 
rent  du  sang  pendant  l’opération  furent  tor¬ 
dues  ou  liées.  Les  bords  de  la  plaie  furent 
réunis  par  trois  points  de  suture. 

Cette  première  dissection  avait  été  insuffi¬ 
sante  pour  détruire  toutes  les  varicosités. 
Pour  compléter  l’œuvre,  M.  Ileidenreich  pra- 


REVUE  CRITIQUE. 


tiqua  au  dessous  du  sourcil  gauche  et  dans 
une  direction  parallèle  une  incision  d’un  pouce 
et  demi  de  long  et  d’un  demi-pouce  de  pro¬ 
fondeur,  afin  de  pouvoir  en  partie  couper  les 
veines,  en  partie  les  exciser  comme  il  avait 
fait  sur  la  paupière.  Cette  nouvelle  plaie  fut 
également  réunie  par  trois  points  de  suture. 
Il  restait  encore  les  trois  grosses  veines  di¬ 
latées  qui  du  sourcil  gagnaient  le  milieu  du 
front  :  l’opérateur  plaça  une  ligature  au¬ 
tour  de  chacune  d’elles.  Vingt-cinq  jours  après 
l’opération,  la  guérison  était  parfaite. 

(Ammon’s  Monatsschrifft,vo\.  Il,  n°  1.) 

Dans  un  cas  de  ce  genre,  il  serait  vraiment 
difficile  d’indiquer  un  procédé  plus  sûr  que 


345 

celui  auquel  M.  Heidenreich  a  eu  recours. 
L’opération  était  donc  rationnelle  et  devait 
être  tentée.  Serait-il  prudent  toutefois  de  se 
fier  absolument  au  succès  qu’il  dit  avoir  ob¬ 
tenu,  et  d’aller  inconsidérément  en  promettre 
un  semblable  ?  Que  la  cicatrisation  ait  été  par¬ 
faite  au  bout  de  vingt-cinq  jours,  cela  n’a  rien 
qui  nous  surprenne;  mais  partout  où  il  s’agit 
de  varices,  il  faut  revoir  les  sujets  longtemps 
après  l’opération  pour  s’assurer  qu’il  n’y  a 
pas  eu  de  récidives.  Ni  l’art,  ni  le  chirurgien 
ne  sont  sans  doute  infaillibles  ;  ce  qui  fait 
la  haute  moralité  de  l’un  et  de  l’autre,  c’est  de 
reconnaître  les  limites  'de  leur  puissance ,  et 
de  ne  pas  promettre  plus  qu’ils  ne  peuvent 
tenir. 


ftlistétrique# 


HEMORRHAGIE  PROMPTEMENT  MORTELLE  PRO¬ 
DUITE  PAR  LA  RUPTURE  D’UNE  VARICE  A 

LA  GRANDE  LÈVRE ,  par  le  dOCteUT  HESSE, 

d’Emmerich. 

Une  femme ,  enceinte  pour  la  quinzième 
fois,  avait  depuis  longtemps,  au  rapport  de 
son  mari,  une  tumeur  volumineuse  à  la  grande 
lèvre  gauche.  Le  7  novembre,  cette  femme, 
après  avoir  mangé  de  bon  appétit ,  venait  de  se 
mettre  au  lit,  lorsqu’elle  fut  prise  tout-à-coup 
d’une  perte  de  sang  si  considérable,  que  son 
mari  alla  chercher  la  sage-femme  ;  elle  arriva 
aussitôt,  et  manda  en  toute  hâte  le  docteur 
Hesse  qui  trouva  la  malade  à  l’agonie.  Le  lit  et 
le  plancher  étaient  couverts  de  caillots  de  sang 
noir.  L’orifice  utérin  était  fermé,  le  vagin  sec. 
La  femme  succomba  au  bout  de  quelques  in¬ 
stants.  L’opération  césarienne  fut  pratiquée, 
mais  l’enfant  avait  cessé  de  vivre.  La  matrice 
était  vide  de  sang,  le  placenta  fut  trouvé  par¬ 
tout  adhérent.  La  tumeur  n’existait  plus  ;  la 
grande  lèvre  encore  volumineuse  était  fiasque. 
En  la  pressant ,  on  fit  sortir  un  jet  de  sang 
noir  par  une  ouverture  de  près  d’un  demi- 
pouce  de  largeur.  Cette  ouverture  conduisait 
tant  en  dehors  qu’en  arrière  jusqu’au  périnée 
dans  des  veines  variqueuses.  C’était  une  grosse 
varice  qui  s’était  rompue.  ( Berlin .  medic. 
Zeitung,  n°  48,  1842.) 

Les  varices  des  grandes  lèvres  ou  du  vagin 
forment  quelquefois  une  complication  bien 
fâcheuse  de  la  parturition,  surtout  lorsque  la 
tête  du  fœtus  est  volumineuse  et  peu  com¬ 
pressible,  ou  le  bassin  rétréci.  L’obstacle  au 
retour  du  sang  veineux  qui  résulte  d’une  com¬ 
pression  forte  et  longtemps  prolongée  donne 
lieu  à  la  distension  de  la  tumeur  variqueuse 
et  à  sa  rupture.  L’hémorrhagie  qui  en  est  la 
conséquence  est  en  général  considérable,  et 
peut  être  très  rapidement  mortelle.  Sur  sept 
observations  rapportées  par  Stendel,  Elsæsser 
et  Riecke  ( Arch .  gén.  de  Méd,  2»  série,  t.  V,p. 


146  et  608),  cinq  fois  la  rupture  eut  lieu  pendant 
le  travail  et  la  mort  en  fut  la  conséquence.  Le 
résultat  fut  le  même,  dans  des  circonstances 
semblables,  chez  une  femme  observée  par 
Seulen  ( Siebold’ s  Journ.  IX.  188).  La  rupture 
a  quelquefois  lieu  au  moment  même  de  la  sor¬ 
tie  de  l’enfant ,  comme  on  le  voit  dans  une 
observation  de  Riecke  (Z.  c.)  et  dans  une  autre 
de  Siebold  (  Journ.  VIII.  573  ).  L’hémor¬ 
rhagie  peut  encore  alors  être  assez  grave, 
mais  elle  est  certainement  moins  compromet¬ 
tante  pour  la  vie  de  la  femme.  Enfin,  le  dan¬ 
ger  est  moins  grand  encore  et  peut  être  plus 
facilement  conjuré,  lorsque  la  rupture  n’a  lieu 
qu’après  l’accouchement.  C’est  ce  qu’attestent 
un  cas  observé  par  Siebold  (  Journ.  IX. 
77),  un  second  rapporté  par  Wittcke  (N eue 
Zeitschrift  fur  Geburtskunde ,  VIII.  249)  et 
quelques  autres  consignés  dans  l’ouvrage  de 
Mme  Lachapelle.  Ces  différences  tiennent  sans 
doute  au  degré  de  rétraction  de  l’utérus,  nulle 
ou  presque  nulle  avant  la  sortie  de  l’enfant, 
fort  incomplète  encore  au  moment  même  de 
l’expulsion,  très  marquée  au  contraire  après. 
La  communication  des  veines  des  grandes 
lèvres  avec  le  plexus  veineux  vaginal,  de  celui- 
ci  avec  les  veines  utérines,  communication 
beaucoup  plus  large  dans  le  cas  de  varices, 
explique  l’abondance  de  l’hémorrhagie,  la  ra¬ 
pidité  de  la  déplétion,  la  promptitude  de  la 
mort,  alors  que  les  veines  de  l’utérus  conser¬ 
vent  l’énorme  développement  qui  est  le  résul¬ 
tat  de  la  grossesse.  On  comprend  au  contraire 
que  le  resserrement  considérable  de  ces  vais¬ 
seaux  qui  a  lieu  après  la  rétraction  de  l’or¬ 
gane,  c’est-à-dire  après  l’accouchement,  pré¬ 
serve  la  femme  de  ces  écoulements  à  fiots 
pressés  qu’on  voit  dans  le  premier  cas  ;  et  que 
l’hémorrhagie  ne  saurait  être  aussi  immédiate¬ 
ment  dangereuse,  aussi  promptement  funeste. 
Pendant  la  grossesse,  les  conditions  particu¬ 
lières  qui  peuvent  rendre  ces  hémorrhagies 


346 


REVUE  CRITIQUE. 


presque  foudroyantes  existent  au  plus  haut 
degré.  On  ne  s’étonnera  donc  pas  de  l’issue 
malheureuse  du  cas  que  nous  venons  de  rap¬ 
porter.  Nul  doute  pourtant  qu’entre  des  mains 
habiles  et  expérimentées  le  résultat  n’eût  été 
plus  heureux.  La  compression  faite  à  temps 
eût  sauvé  la  femme. 

Les  varices  des  grandes  lèvres  ne  se  rom¬ 
pent  que  fort  rarement  pendant  la  gros¬ 
sesse.  Un  coup,  une  chute,  un  choc,  parais¬ 
sent  avoir  été  la  cause  occasionnelle  de 
cette  rupture  dans  quelques-uns  des  cas  ci¬ 
tés  par  les  auteurs.  Dans  celui  de  Massot , 
qui  a  été  l’occasion  d’un  excellent  mémoire 
de  M.  Deneux,  la  rupture  avait  été  spontanée 
et  subite  ;  mais  un  thrombus  se  forma  d’abord, 
circonstance  favorable  qui  oppose  quelquefois 
une  barrière  momentanée  et  laisse  le  temps 
d’agir.  Dans  le  cas  de  Hesse,  le  sang,  au  lieu 
de  s’épancher,  jaillit  immédiatement.  Ce  n’est 


Plaarm&eologie 

SUR  UNE  MEILLEURE  PRÉPARATION  DES  POM¬ 
MADES;  par  M.  Deschamps ,  d’Avallon. 

Frappé  du  peu  d’altérabilité  de  l’onguent 
populéum,  et  pensant  que  sa  conservation 
n’était  due  qu’à  la  matière  résineuse  que  la 
graisse  peut  extraire  des  bourgeons  de  peu¬ 
pliers,  M.  Deschamps  eut  l’idée  de  voir,  il  y  a 
quelques  années ,  si  la  partie  du  benjoin  qui 
est  soluble  dans  la  graisse  ne  jouirait  pas  de 
la  même  propriété  que  la  matière  résineuse 
des  bourgeons  de  peuplier,  et  si,  tout  en  don¬ 
nant  un  produit  agréablement  aromatisé  ,  elle 
n’empêcherait  pas  son  altération.  Il  prépara 
donc,  d’après  ces  vues ,  deux  espèces  de 
graisse,  l’une  avec  le'  benjoin  {graisse  benzi- 
née),  l’autre  avec  les  bourgeons  de  peuplier 
(i graisse  populinêe). 

^Benjoin  grossièrement  pul¬ 
vérisé .  120  gramm. 

Axonge  nouvellement  fondue  5000  — 

Chauffez  au  bain-marie  pendant  deux  ou 
trois  heures,  passez  sans  exprimer  et  agitez 
de  temps  en  temps  pendant  le  refroidissement. 


^Bourgeons  de  peupliers .  500  gramm. 

Axonge  nouvellement  fondue  5000  — 
Eau .  250  — 


Chauffez  dans  une  bassine  étamée,  jusqu’à 
ce  qu’il  n’y  ait  plus  d’humidité  ,  passez  à  tra¬ 
vers  un  linge  et  agitez  de  temps  en  temps 
pendant  le  refroidissement. 

Ces  graisses  benzinée  et  populinêe  ne  pré¬ 
sentaient  à  l’odorat  aucune  altération  ,  après 
plusieurs  années.  M.  Deschamps  les  soumit  à 
l’action  de  divers  réactifs  capables  de  faire 
connaître  si  cette  conservation  était  réelle, 
et  il  reconnut  qu’il  n’existait  aucune  diffé- 


point  ainsi  que  les  choses  se  sont  passées  dans 
la  plupart  des  cas.  Lorsqu’il  y  a  eu  hémor¬ 
rhagie  à  l’extérieur,  le  thrombus  avait  très 
souvent  précédé;  ce  qui  n’a  pourtant  point 
empêché  la  mort  d’avoir  presque  toujours  lieu 
très  promptement  après  la  rupture  de  la  poche. 
Ce  que  Hesse  a  observé  pour  une  varice  de  la 
grande  lèvre ,  Murat ,  chirurgien  de  Bicêtre, 
l’a  vu  à  la  saphène  interne;  la  rupture  d’une 
varice  de  cette  veine  chez  une  femme  enceinte 
produisit  une  hémorrhagie  mortelle.  ( Archi¬ 
ves ,  lre  série,  XIV.  609.)  On  voit,  par  l’obser¬ 
vation  que  nous  empruntons  à  la  Gazette 
médicale  de  Berlin ,  que  sans  effort ,  sans 
cause  occasionnelle  quelconque ,  pendant  le 
repos,  dans  la  situation  horizontale,  dans  les 
conditions  enfin  les  plus  propres  à  prévenir 
l’accident  dont  nous  nous  occupons,  les  fem¬ 
mes  ne  sont  pas  toujours  préservées  du  dan¬ 
ger  qui  les  menace. 


©lainargicaïe» 

rence  entre  elles  et  les  corps  gras  ordinaires. 
Ces  graisses  ainsi  préparées  sont  donc  beau¬ 
coup  moins  altérables  que  celles  qu’on  em¬ 
ploie  pour  la  confection  des  pommades;  elles 
en  assurent  la  conservation  ;  aussi  M.  Des¬ 
champs  propose-t-il  d’en  substituer  désor¬ 
mais  l’emploi  à  celui  de  l’axonge,  et  voici  à 
cet  égard  les  formules  qu’il  donne. 

Pommade  d’iodure  de  potassium. 


^Iodure  de  potassium .  4  gramm. 

Eau . » .  4  — 

Graisse  benzinée. . . .  . . 50  — 


Cette  pommade  peut  encore  être  préparée 
avec  de  la  graisse  populinêe  ou  avec  - du 
beurre  (1),  parce  que,  six  mois  après  sa 
préparation ,  elle  ne  présente  aucune  altéra¬ 
tion. 

Pommade  de  Lyon. 

Oxide  rouge  de  mercure,. . . .  2  gramm. 


Graisse  benzinée .  52  — 

Huile  volatile  de  rose.. .  2  — 


Cette  pommade' peut  être  préparée  avec  du 
beurre  ;  mais  elle  ne  se  conserve  pas  aussi 
bien  que  lorsqu’elle  a  été  faite  avec  de  la 
graisse  benzinée. 

Pommade  de  Régent. 


Acétate  plombique .  4  gramm. 

Oxyde  rouge  de  mercure .  4  — 

Camphre .  SOcentigr. 

Graisse  benzinée . 80  gramm. 

Huile  volatile  de  roses,,...  8  gouttes. 


(1)  M.  Deschamps  a  reconnu  que  le  beurre 
fondu  avec  soin  était ,  après  les  graisses 
benzinée  et  populinêe,  le  moins  altérable  de 
tous  les  corps  gras. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


Cette  pommade  ne  peut  être  préparée  qu’a¬ 
vec  la  graisse  benzinée.  Un  an  après  sa  pré¬ 
paration,  elle  est  aussi  belle  que  si  elle  ve¬ 
nait  d’être  faite. 

Pommade  de  Janin . 


Préparée  d’après  la  formule  suivante,  cette 
pommade  n’est  pas  rance  un  an  après  sa  pré  - 
paration  : 


^Graisse  populinée . 

Tuthie  préparée . 

Bol  d’Arménie . 

Oxychlorure  ammoniacal 

de 

mercure . 

...  5  — 

Huile  volatile  de  roses. .....  5  gouttes. 


Onguent  rosat. 

Pour  avoir  un  onguent  rosat  d’une  très 
longue  conservation,  il  suffit  d’ajouter,  en  le 
préparant,  soixante  grammes  de  bourgeons  de 
peuplier  par  kilogramme  d’axonge. 

Onguent  mercuriel  double. 

Cet  onguent,  préparé  avec  la  graisse  po- 
pulinée ,  n’est  pas  rance  onze  mois  après  sa 
préparation. 

Pommade  pour  les  lèvres. 

La  pommade  pour  les  lèvres  se  prépare 
dans  presque  toutes  les  pharmacies,  en  em¬ 
ployant  de  la  cire,  de  l’huile  d’amandes,  et 
quelquefois  une  petite  quantité  de  blanc  de 


347 

baleine.  La  préparation  suivante  donne  une 
bonne  pommade  qui  ne  rancit  pas,  et  qui  ne 
produit  pas  sur  les  lèvres  une  impression 
désagréable,  due  à  la  granulation  de  la  pom¬ 
made,  granulation  qui  se  forme  dans  une 
pommade  même  bien  faite ,  par  une  variation 


brusque  de  température. 

%  Graisse  populinée .  120  gramm . 

Suif  nouvellement  fondu,  ou 

suifpopuliné .  40  — 

Orcanète .  S  — 

Placez  le  tout  dans  un  poêlon  étamé , 


chauffez  a  une  faible  température ,  passez  à 
travers  un  linge,  aromatisez  avec  : 

Huile  volatile  de  roses .  12  gouttes. 

Mêlez  et  faites  refroidir  promptement  en 
remuant  de  temps  en  temps. 

—  La  graisse  populinée,  en  raison  de  la 
matière  colorante  qu’elle  enlève  aux  bour¬ 
geons  de  peuplier,  reçoit,  de  la  part  des 
substances  alcalines  ou  de  celles  qui  agissent 
de  la  même  manière,  une  coloration  orangée; 
il  importe  donc  de  préférer  la  graisse  ben- 
zinée,  à  raison  de  sa  blancheur  ,  lorsque  les 
pommades  doivent  être  blanches ,  ou  lors¬ 
que  dans  leur  composition  il  entre  un  corps 
qui  peut  agir  comme  un  alcali, 

(  Journal  de  Pharmacie.) 


BULLETIN  CLINIQUE. 


OBSERVATION  ü’üNE  HERNIE  SCR0TALE,  ÉTRAN¬ 
GLÉE,  sphacélée,  sans  causer  les  accidents 
principaux  de  V étranglement  et  de  la  gan¬ 
grène ;  par  M.  Delaporte,  membre  corres¬ 
pondant  de  l’Académie  royale  de  médecine 
a  Vimoutiers  (Orne). 

Tous  les  signes  que  l’on  a  indiqués  jus¬ 
qu’ici  comme  pathognomoniques  des  hernies 
étranglées,  considérés  en  particulier  et  iso¬ 
lément  ,  peuvent  être  sujets  dans  beaucoup 
de  cas  à  contestation  ;  leur  ensemble  même 
laisse  quelquefois  du  doute  dans  l’esprit  des 
praticiens  qui  ont  observé  souvent  ce  genre  de 
maladie.  Or,  à  plus  forte  raison,  des  méde¬ 
cins  de  province,  moins  expérimentés  que 
ceux  qui  exercent  sur  un  grand  théâtre,  doi¬ 
vent-ils  rencontrer  des  difficultés  pour  dia¬ 
gnostiquer  les  tumeurs  herniaires. 

C’est  à  la  complaisance  de  mon  confrère 
M.  Aury  du  Sap  que  je  dois  les  renseigne¬ 
ments  suivants. 

Jean-Louis  Ledoux,  âgé  de  55  ans,  d’une 
bonne  constitution  et  d’un  tempérament  assez 
fort,  a  vu  se  manifester,  il  y  a  cinq  ans,  la 
hernie  inguinale  qu’il  porte  au  côté  droit. 
Cette  hernie  était  parfaitement  réductible  ; 
aussi  les  parties  qui  la  composaient,  ayant 


fait  saillie  plusieurs  fois  dans  le  scrotum ,  il 
avait  toujours  réussi  à  les  faire  rentrer  par 
le  repos  au  lit  et  par  la  pression.  Depuis 
deux  ans  seulement  il  se  servait  d’un  bandage 
qu’il  s’était  appliqué  tant  bien  que  mal , 
comme  le  font  ordinairement  la  plupart  des 
personnes  affectées  de  hernies. 

Enfin,  le  20  janvier  au  soir,  à  la  suite  d’un 
effort  assez  léger  pour  soulever  un  panier  ou 
mannequin,  la  tumeur  herniaire  mal  conte¬ 
nue  se  reproduisit.  Le  malade  ne  prévint 
personne  de  l’accident  qui  lui  était  arrivé, 
s’attendant  à  réduire  la  hernie,  mais  il  ne 
put  y  parvenir.  Il  resta  donc  seul  toute  la 
nuit  sans  secours,  et  ce  ne  fut  que  le  lende¬ 
main  matin,  vers  huit  heures  et  demie,  que 
ses  plaintes  furent  entendues,  et  que  M.  Aury 
fut  appelé. 

Voici  la  position  dans  laquelle  ce  jeune  pra¬ 
ticien  le  trouva. 

La  tumeur  oblongue,  du  volume  du  poing  à 
peu  près-,  était  dure,  tendue ,  rénitente  ,  mais 
sans  douleur  ni  trace  d’inflammation.  Cepen¬ 
dant  la  figure  du  malade  exprimait  la  souf¬ 
france  et  l’anxiété.  En  effet,  il  avait  eu  dans 
la  nuit  plusieurs  vomissements  de  matières 
alimentaires  et  bilieuses,  puis  des  coliques 


348 


BULLETIN  CLINIQUE. 


qui  continuèrent  dans  la  journée  ainsi  que  la 
constipation,  malgré  des  lavements.  Du  reste 
le  pouls  n’offrait  aucun  changement  notable. 

Le  chirurgienrlu  Sap  n’hésitant  pas  à  recon¬ 
naître  l’utilité  du  taxis,  le  pratiqua  longtemps 
et  de  différentes  manières  inutilement.  Il 
prescrivit  un  bain,  et,  en  attendant  son  ad¬ 
ministration,  un  cataplasme  émollient  fut  appli¬ 
qué  sur  la  tumeur  ;  puis,  pendant  et  après  le 
bain,  et  aussi  après  une  saignée  copieuse,  il 
essaya  à  diverses  reprises  d’obtenir  la  réduc¬ 
tion,  toujours  avec  aussi  peu  de  succès.  Néan¬ 
moins  le  malade  fut  assez  calme  durant  tout  le 
jour;  il  put  dormir  dans  l’intervalle  des  coli¬ 
ques,  qui  ne  furent  accompagnées  qu’une  fois 
d’un  vomissement  de  bile  pure  pour  ainsi  dire. 
Le  soir  il  prit  un  autre  lavement,  et  on  con¬ 
tinua  le  cataplasme. 

22.  La  position  du  malade  ne  s’aggrava 
point  ;  il  eut  peu  de  soif  et  quelques  coliques, 
sans  fièvre  et  sans  vomissements;  en  sorte 
qu’on  espérait  triompher  de  l’obstacle  au 
cours  des  matières  intestinales  par  les  moyens 
ordinaires,  avec  d’autant  plus  de  facilité  que 
l’on  croyait  qu’il  y  avait  plutôt  engouement 
qu’étranglement.  En  conséquence  le  taxis  fut 
répété,  un  lavement  de  tabac  fut  administré, 
et  la  tumeur  fut  couverte  d’une  vessie  à  moitié 
remplie  d’un  mélange  réfrigérant. 

25.  L’application  du  froid,  au  dire  du  ma¬ 
lade,  produisit  un  bon  effet,  au  point  que, 
vers  deux  heures  du  matin,  il  aurait  désiré 
avoir  un  médecin  près  de  lui,  pensant  que 
la  rentrée  de  l’intestin  eût  été  possible. 
Mais  bientôt  survint  une  réaction  inflamma¬ 
toire.  A  sept  heures,  la  tumeur  fut  trouvée 
plus  volumineuse  qu’elle  n’avait  été  jusqu’a¬ 
lors,  et  la  douleur,  qui  n’était  sensible  près 
de  l’anneau  inguinal  que  lorsqu’on  exerçait 
une  pression  un  peu  forte,  envahit  toute  la 
tumeur;  puis  le  ventre  parut  ballonné.  Si 
même  on  doit  en  croire  la  garde-malade, 
il  y  aurait  eu  dans  la  nuit  des  vomisse¬ 
ments  d’une  odeur  suspecte.  Pour  moi,  j’en 
doute;  car,  depuis  ce  moment,  l’examen'des 
matières  rendues  n’a  fait  découvrir  aucune 
matière  fécale. 

Ce  fut  alors  que  M.  Bataille,  autre  chirur¬ 
gien  du  Sap,  fut  adjoint  à  son  confrère,  et 
qu’ils  convinrent  ensemble  de  faire  une  ap¬ 
plication  de  vingt  sangsues,  qui  fut  suivie  de 
l’usage  d’un  bain  prolongé,  dont  l’effet  fut  de 
diminuer  considérablement  la  tumeur  et  de 
la  rendre  indolente.  Ces  messieurs  prescri¬ 
virent  en  outre  un  lavement  purgatif,  après 
avoir  fait  de  nouvelles  tentatives  de  réduc¬ 
tion. 

24.  Ce  jour-là  je  reçus  l’invitation  de  visi¬ 
ter  aussi  le  malade,  et  comme  il  était  encore 
dans  le  bain,  je  profitai  de  cette  circonstance 
pour  opérer  le  taxis;  mais  je  ne  fus  pas  plus 
heureux  que  mes  confrères. 


Ensuite,  réuni  en  consultation  avec  eux,  je 
me  fis  rendre  compte  de  tout  ce  qui  avait 
précédé  mon  arrivée,  et,  vu  l’absence  des 
symptômes  caractéristiques  de  l’étranglement, 
je  fus  d’avis  que  l’on  pouvait  différer  la  her¬ 
niotomie.  En  effet ,  pas  de  hoquets ,  pas  de 
vomissements,  rien,  en  un  mot,  qui  dût  faire 
soupçonner  l’existence  d’un  calme  trompeur, 
tel  que  cela  arrive  dans  le  cas  de  hernie  avec 
gangrène.  Je  proposai  donc  l’emploi  de  di¬ 
vers  moyens  dont  j’avais  moi-même  constaté 
l’efficacité.  Mais,  après  tout,  il  fallut,  le  27  au 
soir,  se  décider  à  tenter  les  chances  d’une 
opération  que  je  croyais  doublement  contre- 
indiquée  ,  car  il  pouvait  exister  aussi  une 
entéro-péritonite  à  marche  insidieuse.  Mais 
la  vérité  est  que  ce  fut  l’absence  des  symptô¬ 
mes  vrais  de  la  hernie  étranglée  qui  me  fit 
considérer  l’opération  comme  inutile  et  dan¬ 
gereuse. 

Enfin,  pressé  par  les  circonstances,  je  me 
mis.  en  devoir  d’agir,  et  fus  très  surpris  de 
trouver,  à  l’ouverture  du  sac  herniaire,  l’anse 
intestinale  sphacélée  et  perforée.  Cependant 
je  ne  me  déconcertai  pas  trop ,  de  peur  de 
compromettre  la  vie  du  malheureux  patient 
qui  était  attentif  à  tout  ce  qui  se  passait  au¬ 
tour  de  lui,  et  afin  de  justifier,  aux  yeux  des 
assistants,  ma  conduite  opératoire.  J’eus  donc 
la  prudence  de  respecter  l’anneau  inguinal, 
dans  la  crainte  de  détruire  des  adhérences 
salutaires  qui  devaient  empêcher  l’intestin  de 
se  retirer  dans  l’abdomen  et  prévenir  par 
conséquent  un  épanchement  de  matières  ster- 
corales  dans  cette  cavité.  Mes  efforts  ont  été 
couronnés  de  succès,  sous  le  rapport  de  la 
conservation  des  jours  du  malade ,  ce  qui 
du  reste  étonne  beaucoup  après  les  dangers 
auxquels  il  a  été  en  butte  avant,  pendant  et 
après  l’opération  de  la  hernie.  Mais,  à  notre 
grand  regret,  il  nous  a  été  impossible  de  nous 
opposer  à  la  formation  d’un  anus  contre-na¬ 
ture,  infirmité  d’autant  plus  déplorable  qu’elle 
expose  sans  cesse  l’individu  qui  en  est  affecté 
à  éprouver  des  maux  de  plus  d’une  espèce  et 
le  tient  dans  un  état  de  santé  qui  le  con¬ 
damne  à  traîner  pour  le  reste  de  ses  jours 
une  existence  malheureuse. 

Réflexions.  —  Maintenant  je  vais  entrer 
dans  quelques  détails,  afin  de  faire  ressortir 
toutes  les  conséquences  que  l’on  peut  tirer 
de  cette  observation,  et  dans  le  but  égale¬ 
ment  de  mettre  le  lecteur  en  garde  contre 
des  apparences  souvent  trompeuses  qui  ont 
lieu  aussi  bien  en  pratique  chirurgicale  qu’en 
pratique  médicale. 

Déjà  j’avais  eu  occasion  de  présenter  des 
considérations  tendant  à  démontrer  qu’il  en 
est  des  symptômes  caractéristiques  de  l’en¬ 
gouement  et  de  l’étranglement  comme  de  tous 
les  symptômes  sans  exception,  qui,  chacun 
isolément,  n’ont,  dans  la  presque  totalité  des 


BULLETIN 

cas  aucune  valeur  positive  (1).  Mais  l’obser¬ 
vation  ci-dessus  rapportée  est  un  nouvel 
exemple  de  liernie  inguinale  donnant  lieu  à 
des  signes  négatifs  du  véritable  étranglement 
et  de  la  gangrène. 

Voici  donc  un  singulier  cas  pathologique, 
qui  justifie  l’état  d’incertitude  où  je  me  suis 
trouvé  auprès  du  malade  en  question.  En 
effet,  j’ai  dû  craindre  de  compromettre  l’art 
et  la  vie  de  ce  malade,  en  lui  pratiquant  une 
opération  non  commandée  par  la  nécessité,  et 
qui  est  fort  dangereuse  par  elle-même. 

Dupuytren  regardait  le  vomissement  qui 
n’avait  pas  l’odeur  stercorale  comme  un 
symptôme  négatif  de  l’étranglement.  Bref,  il 
11e  basait  son  diagnostic  que  sur  ce  caractère. 
Or,  je  me  plais  à  croire  que  l’on  ne  me  fera  pas 
un  crime  de  citer  une  pareille  autorité,  ainsi 
que  le  nom  de  M.  le  docteur  Amussat,  chaud 
partisan  du  taxis  prolongé  et  gradué  métho¬ 
diquement.  Et,  comme  les  faits  sont  plus 
puissants  que  les  paroles ,  j’ajouterai  que 
beaucoup  de  médecins  conseillent  de  ne  pas 
se  presser  d’opérer  les  hernies  étranglées  ; 
d’ailleurs,  d’après  l’expérience  de  M.  Houx,  la 
conséquence  pratique  de  cette  doctrine  est 
que  la  guérison  n’est  pas  toujours  en  raison 
du  peu  de  temps  qu’a  duré  l’étranglement 
herniaire. 

D’un  autre  côté,  d’habiles  chirurgiens  si¬ 
gnalent  les  dangers  de  la  temporisation  et 
veulent  que  l’on  opère  quelques  heures  après 
l’étranglement,  dès  que  l’on  n’a  pas  réussi  par 
le  taxis  à  opérer  la  réduction  d’une  hernie 
étranglée,  parce  qu’il  arrive  quelquefois  qu’en 
opérant  on  rencontre  de  graves  désordres 
qui  n’ont  point  été  indiqués  par  la  nature  des 
symptômes  ordinaires  de  l’étranglement.  A 
l’appui  de  cette  manière  de  voir,  M.  Ordinaire, 
médecin  à  St-Laurent-lès-Mâcon  (Ain),  a  cité 
un  cas  de  hernie  étranglée,  avec  sphacèle  de 
l’intestin,  sans  symptômes  de  l’étranglement. 
Et,  pour  rassurer  les  opérateurs,  il  est  bon 
de  leur  rappeler  le  cas  rare  d’une  hernie 
étranglée  opérée  avec  succès  sur  un  homme 
de  107  ans  (2). 

En  vérité,  c’est  une  position  désespérante 
pour  le  chirurgien  non  encore  expérimenté 
de  ne  pas  savoir  quel  parti  prendre  entre  ces 
deux  opinions  diamétralement  opposées.  Mais 
il  existe  quelque  chose  de  plus  difficile  en- 


(1)  C’est  à  la  Société  de  médecine  de  Pa¬ 
ris,  dont  j’ai  eu  l’honneur  de  recevoir  une 
médaille  d’émulation,  avec  le  titre  de  corres¬ 
pondant,  que  j’ai  adressé,  il  y  a  15  ans,  l’his¬ 
toire  d’une  hernie  qui  m’a  confirmé  dans 
l’opinion  que  le  diagnostic  des  maladies  chi¬ 
rurgicales  n  était  point  exempt  d’erreurs 
graves. 

(2)  Voyez  plus  haut,  page  96  de  ce  volume. 


CLINIQUE.  349 

core  relativement  au  diagnostic  des  hernies. 

Suivant  M.  Malgaigne,  l’engouement  n’est 
qu’un  péritonite  partielle  qui  réclame  une  mé¬ 
dication  antiphlogistique.  Aussi  pour  lui,  dans 
toutes  les  hernies  intestinales  anciennes , 
volumineuses,  il  n’y  a  pas  d’étranglement 
réel ,  l’anneau  étant  beaucoup  plus  large 
que  11e  le  requiert  le  volume  du  pédicule  de 
la  hernie  ;  et  dans  les  épiplocèles  purs,  de 
quelque  volume  qu’ils  soient,  c’est  une  pé¬ 
ritonite  que  l’on  prend  pour  un  étranglement. 

Conséquemment,  dans  ces  deux  cas  bien 
spécifiés,  M.  Malgaigne  rejette  toute  opération, 
à  part  le  taxis  au  début  et  au  déclin  de  l’in¬ 
flammation  ;  mais  il  insiste  sur  le  traitement 
antiphlogistique. 

Ce  chirurgien  distingué  sait  très  bien  que 
sa  doctrine  sur  les  hernies  a  excité  la  cri¬ 
tique  de  ses  confrères;  mais,  loin  de  re¬ 
fuser  le  débat,  il  le  provoque  au  contraire 
dans  un  mémoire  qu’il  a  publié  dans  son 
journal,  lequel  contient  de  nouvelles  ob¬ 
servations  sur  les  pseudo-étranglements  :  et, 
pour  ne  pas  dénaturer  ses  propres  idées,  je 
vais  le  laisser  parler: 

«  Deux  doctrines  tout  opposées  se  parta- 
«  gent  en  ce  moment  le  monde  chirurgical; 
«  l’une  qui  attaque  toute  hernie  soi-disant 
«  étranglée  par  le  taxis  forcé ,  l’autre  qui 
«  ose  à  peine  essayer  le  taxis  et  se  hâte 
«  de  recourir  à  l’opération.  Je  les  rejette 
«  toutes  les  deux ,  comme  purement  empi- 
«  riques  et  comme  dangereuses  à  divers  de- 
«  grés;  attendu  qu’elles  confondent  sous  le 
«  même  nom  deux  états  fort  divers  et  qui  ne 
«  sauraient  s’accommoder  d’une  thérapeuti- 
«  que  uniforme.  Pour  les  étranglements 
«  vrais ,  oui ,  il  est  plus  sûr  de  procéder 
«  promptement  à  l’opération  que  de  perdre 
«  un  temps  précieux  à  des  tentatives  de  ré- 
«  duction  presque  toujours  inutiles:  pour  les 
«  faux  étranglements,  presque  jamais  il  n’est 
«  besoin  de  recourir  àl’opération,  et  fréquem- 
«  ment  le  taxis  même  est  nuisible. 

«  Cela  étant,  on  peut  se  demander  si  ces 
«  faux  étranglements  sont  bien  communs,  et 
«  s’il  est  vrai  que  l’opération  doive  être  si 
«  souvent  rejetée.  Or,  d’après  mon  expé- 
«  rience,  il  y  a  au  moins  trois  faux  étrangle- 
«  ments  pour  un  étranglement  réel  ;  et,  par 
«  exemple,  depuis  que  j’ai  pris  le  service  de 
«  M.  Cloquet,  j’ai  été  appelé,  soit  à  l’hôpital, 

«  soit  en  ville,  pour  cinq  prétendus  étrangle- 
«  ments  qu’on  voulait  opérer;  sur  ces  cinq 
«  cas  un  seul  était  un  étranglement  réel.  J’ai 
«  opéré,  la  femme  est  morte  ;  les  quatre  au- 
«  très  étaient  des  pseudo-étranglements  et 
«  ont  guéri  sans  opération.  » 

L’auteur  ajoute  : 

«  Il  y  a  tel  cas  d’inflammation  où,  si  vous 
«  avez  le  malheur  de  réussir  dans  votre  taxis, 

«  le  malheur  de  réduire  la  hernie,  vous  don- 


BIBLIOGRAPHIE. 


«  nez  lieu  à  une  inflammation  générale  du 
«  péritoine,  au  lieu  de  l’inflammation  locale  du 
«  sac  herniaire,  et  le  malade  paye  de  sa  vie 
«  ce  déplorable  succès  (i).  » 

Il  est  donc  de  l’intérêt  de  la  science  et  de 
l’humanité  que  toutes  ces  questions  soient 
vidées  au  plus  tôt.  Que  chacun  y  mette  de  llat- 
tention  et  delà  bonne  foi,  et  on  obtiendra  des 
résultats  satisfaisants  qui  éclaireront  et  qui 
guideront  les  hommes  de  l’art  que  leur  posi¬ 
tion  ne  permet  pas  de  se  conduire  par  eux- 
mêmes  faute  d’expérience. 

Avant  de  terminer  cette  notice,  je  dirai 
quelques  mots  sur  le  mode  opératoire  que 
j’ai  suivi,  afin  que  mes  lecteurs  apprécient 
ma  conduite  dans  cette  circonstance  dé¬ 
licate. 

L’opération  étant  reconnue  indispensable, 
comme  moyen  extrême,  je  l’ai  faite  de  ma¬ 
nière  à  ne  pas  intéresser  les  parties  qu’il  im¬ 
portait  de  respecter,  parce  qu’il  est  d’une 
saine  pratique  de  ne  pas  débrider  quand  on  a 
à  craindre  des  adhérences  dont  la  destruction 
entraînerait  inévitablement  la  mort.  Aussi, 
un  célèbre  chirurgien,  Louis,  a  dit  quelque 
part  que,  dans  les  hernies  avec  gangrène,  le 
défaut  absolu  de  secours  n’est  pas  toujours 
mortel,  et  que  les  ressources  de  la  nature 
abandonnée  à  elle-même  sont  plus  sûres  en 

(1)  Voyez  ce  mémoire  dans  ce  volume, 
page  129. 


pareil  cas  que  les  secours  de  la  chirurgie 
opératoire  qui  seraient  mal  dirigés.  Or,  je 
crois  avoir  été  fidèle  à  ce  précepte,  et  c’est  ce 
qui  m’a  valu  un  demi- succès.  Pouvait -on 
faire  mieux?  Cela  ne  me  paraît  pas  vraisem¬ 
blable.  Seulement  si  l’on  n’avait  pas  été  d’abord 
induit  en  erreur  sur  le  diagnostic,  par  l’ob¬ 
scurité  des  accidents  inflammatoires,  on  au¬ 
rait  pu  prévenir  la  terminaison  gangréneuse 
à  l’aide  des  antiphlogistiques  que  l’on  aurait 
employés  avec  plus  de  persévérance.  Et  les 
antiphlogistiques  n’étaient  pas  moins  indiqués 
pour  combattre  l’inflammation  du  sac  her¬ 
niaire],  s’il  est  vrai  que  cette  lésion  simulait 
ou  l’étranglement  ou  l’engouement. 

En  définitive,  un  anus  contre-nature  sub¬ 
siste,  et  sans  doute  il  n’est  pas  possible  de  le 
guérir.  Cependant  j’ai  vu  en  1852  un  cas  de 
guérison  opérée  par  les  seuls  efforts  de  1  or¬ 
ganisme.  Mais  ce  résultat  heureux  est  si  rare 
qu’on  doit  le  considérer  comme  une  exception 
thérapeutique,  de  telle  sorte  que  le  plus  sou¬ 
vent  on  est  réduit  à  rendre  l’infirmité  en 
question  le  moins  insupportable  possible. 

Cependant  celui-ci  paraissant  avoir  son 
siège  sur  le  gros  intestin,  le  pronostic  en  est 
beaucoup  moins  grave;  et  en  effet,  la  santé 
générale  est  si  bien  conservée  que  personne, 
en  voyant  le  malade  ,  avec  son  ancienne 
bonne  figure,  aller  et  venir  à  ses  petites 
affaires,  ne  se  douterait  qu’il  porte  une  pa¬ 
reille  infirmité. 


BIBLIOGRAPHIE. 


NOUVEAUX  ÉLÉMENTS,  COMPLETS  DE  LA  SCIENCE 
et  de  l’art  du  dentiste;  par  M.  DÉSIRA- 
bode,  chirurgien-dentiste  du  roi,  et  ses  fils, 
docteurs  en  médecine.  —  2  vol.  grand  in-8°. 
—  Chez  Labbé,  libraire  de  la  Faculté  de 
Médecine,  place  de  V Ecole-de-Médecine,  4. 
Il  ne  manque  pas  d’Essais  et  de  Traités 
sur  l’art  du  dentiste  ;  mais,  soit  que  leurs 
auteurs  aient  espéré  d’autres  lecteurs  que  les 
gens  de  l’art ,  soit  qu’absorbés  par  la  partie 
mécanique  de  leur  profession  ils  se  soient 
par  dessus  tout  préoccupés  des  travaux  de 
l’atelier,  il  est  bien  peu  de  ces  ouvrages  dont 
la  lecture  puisse  être  fructueuse  ou  même 
supportable ,  et  bien  peu  aussi  qui  figurent 
même  dans  les  bibliothèques  les  mieux  gar¬ 
nies.  Celui  que  nous  annonçons  nous  paraît 
appelé  à  de  meilleures  destinées;  et  tout 
d’abord  par  le  choix  et  l’abondance  des  maté¬ 
riaux,  par  la  saine  et  ferme  critique  à  laquelle 
ils  ont  été  soumis,  enfin  par  l’ordonnance 
générale  de  l’œuvre ,  il  se  présente  comme 
un  livre  vraiment  scientifique. 

Le  plan  que  les  auteurs  ont  adopté  est 


aussi  simple  que  complet.  La  première  partie, 
comprenant  le  premier  volume  ,  se  rattache 
plus  particulièrement  à  la  science  ;  la  deuxiè¬ 
me  partie  à  l’art.  La  première  se  divise  en 
quatre  chapitres,  où  sont  traitées  successive¬ 
ment  l’ anatomie,  la  physiologie,  Y hygiène  et 
Y  orthopédie  ,  et  enfin  la  pathologie  et  la  thé¬ 
rapeutique  du  système  dentaire.  La  deuxième 
partie  comprend,  sous  deux  titres  distincts, 
la  médecine  opératoire,  puis  la  prothèse  ou 
mécanique  dentaire.  Et  enfin  l’ouvrage  est 
terminé  par  un  aperçu  historique  et  chrono¬ 
logique  des  principaux  travaux  publiés  sur 
l’art  du  dentiste,  depuis  Hippocrate  jusqu’à 
nos  jours. 

Pour  l’anatomie  et  la  physiologie,  les  au¬ 
teurs  ont  recouru  aux  sources  les  plus  récen¬ 
tes  comme  aux  plus  éloignées,  et  nous  y 
avons  trouvé  bon  nombre  de  faits  qui  ne  sont 
pas  suffisamment  connus.  D’une  analyse  de 
M.  Lassaigne,  par  exemple,  il  résulte  que  les 
dents  d’un  enfant  de  deux  ans  contiennent 
plus  de  sels  calcaires  et  moins  de  matière 
animale  que  les  dents  d’un  enfant  de  six  ans  ; 


351 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


celles-ci  plus  que  les  dents  d’un  adulte,  celles- 
ci  plus  que  les  dents  d’un  vieillard.  A  ces 
quatre  termes,  les  proportions  de  la  matière 
animale  vont  en  croissant  dans  les  termes 
suivants,  23,  28,  29,  33.  L’ingénieuse  explica¬ 
tion  de  l’accroissement  continu  des  dents  des 
rongeurs,  généralement  attribuée  à  M.  Oudet, 
est  restituée  par  M.  Désirabode  à  Lavagna 
qui  écrivait  en  1812.  Nos  auteurs  ont  à  eux 
peu  de  faits  et  ^d’expériences  en  propre  ; 
mais  ce  qui  leur  est  propre,  c’est  la  critique 
des  faits  acquis  et  souvent  les  conclusions 
nouvelles  qu’ils  en  ont  tirées. 

C’est  dans  le  chapitre  qui  traite  de  la  mé¬ 
decine  opératoire  que  l’expérience  de  M.  Dé¬ 
sirabode  père  lutte  le  plus  fortement  contre 
certains  préceptes  généralement  répandus. 
Maury  avait  dit  qu’on  peut  plomber  une  dent 
toutes  les  fois  qu’elle  est  cariée  et  doulou¬ 
reuse;  M.  Duval  ,  grande  autorité,  suivi  en 
ce  point  par  M.  Malgaigne ,  défend  au  con¬ 
traire  de  plomber  les  dents  dans  cet  état. 
M.  Désirabode  admet  bien  en  général  ce  der¬ 
nier  principe  ;  mais  il  y  pose  des  exceptions; 
et  il  est  démontré  qu’un  grand  nombre  de 
personnes  ne  cessent  de  souffrir  de  dents  ca¬ 
riés  que  lorsqu’on  en  a  soustrait  la  cavité  à 
l’action  de  l’air  et  des  aliments.  Nous  avons 
nommé  là  M.  Malgaigne;  MM.  Désirabode  lui 
font  en  effet  plusieurs  fois  l’honneur  de  criti¬ 
quer  certaines  assertions  par  lui  émises  dans 
sa  Médecine  opératoire  ;  et  quelques-unes  de 


ces  critiques  sont  parfaitement  fondées.  D’au¬ 
tres  pourraient  être  discutées;  et  surtout 
nous  ne  saurions  admettre  le  dédain  que  pro¬ 
fessent  nos  auteurs  pour  le  tirtoir,  que  nous 
considérons  comme  l’instrument  le  plus  ingé¬ 
nieux  et  le  plus  utile  pour  l’extraction  des 
dents  de  devant.  Il  faut  que  MM.  Désirabode 
ne  l’aient  jamais  employé,  ou  qu’ils  n’en  aient 
eu  entre  les  mains  que  de  mauvais  ;  nous  en 
appelons  à  eux-mêmes  après  une  expérience 
ultérieure. 

L’aperçu  historique  nous  a  paru  plus  com¬ 
plet  que  ce  qui  avait  été  auparavant  publié 
sur  le  même  sujet;  les  auteurs  reconnais¬ 
sent  ce  qu’ils  doivent  ici  à  M.  Duval  et  à 
d’autres  ;  mais  nous  regrettons  de  dire  qu’ils 
n’ont  pas  mis  dans  cette  partie  de  leur  œu¬ 
vre  la  même  critique  que  dans  les  autres  ;  ils 
ne  semblent  plus  là  sur  leur  terrain.  Par 
exemple,  ils  font  d’Aétius  un  médecin  arabe 
vivant  dans  le  IVe  siècle  ;  Aétius  était 
Grec;  il  vivait,  à  ce  qu’om  présume,  dans 
le  VIe  siècle,  et  au  IVe  siècle  il  n’y  avait 
point  de  médecins  arabes.  A  la  page  sui¬ 
vante  ,  nous  lisons  qu’Érasistrate  était  pe¬ 
tit-fils  d’Aristote;  nous  ne  saurions  deviner 
d’où  viennent  de  pareilles  erreurs.  Mais  elles 
déparent  un  livre  bien  fait  et  utile  ;  nous  en¬ 
gageons  donc  vivement  les  auteurs  à  les  faire 
disparaître,  ce  qui  sera  l’objet  d’un  carton 
ou  deux. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.— 25  septembre.— M.  Maleboucbe  écrit  à  l’Académie  que  le  sieur 
Jourdant,  inventeur  prétendu  de  la  nouvelle  méthode  de  traitement  du  bégaiement,  à  l’aide 
de  laquelle  il  se  serait  guéri  lui-même,  n’a  rien  inventé  du  tout;  qu'il  doit  en  réalité  sa 
guérison  à  feuM.  Malebouche  son  frère;  et  qu’il  tient  une  déclaration  signée  par  M.  Jour¬ 
dant,  dans  laquelle  celui-ci  s’engage  sur  l’honneur  à  ne  jamais  appliquer  sur  d’autres  per¬ 
sonnes  ni  divulguer  les  moyens  curatifs  qui  lui  avaient  été  communiqués. — M.  Jourdant  n’a 
pas  répliqué,  et  cette  affaire  peut  être  regardée  comme  finie. 

M.  Plouvier  communique  des  expériences  sur  la  kératoplastie,  ou  transplantation  de  la  cor¬ 
née  d’un  animal  sur  l’œil  d’un  autre.  Sur  des  lapins,  M.  Plouvier  est  parvenu  plus  d’une  fois 
à  obtenir  la  réunion  de  la  cornée  étrangère.  Mais  même  dans  ces  cas  exceptionnels  la  nou¬ 
velle  cornée  avait  perdu  sa  transparence,  et  contracté  avec  l’iris  des  adhérences  qui  faisaient 
obstacle  à  la  vision.  Ce  sont  donc  des  expériences  curieuses  et  rien  de  plus. 

M.  Guépin  communique  a  l’Académie  les  résultats  de  92  pupilles  artificielles  par  lui  prati¬ 
quées  depuis  trois  ans,  avec  les  conséquences  qu’il  a  cru  pouvoir  en  déduire.  La  première  de 
ces  conséquences  est  que  les  opérations  de  la  pupille  artificielle  réussissent  mieux  en 
général  que  les  opérations  de  cataracte.  Nous  adoptons  volontiers  cette  proposition.  Mais  les 
autres  étant  plus  controversables,  nous  attendrons  la  publication  du  travail  de  M.  Guépin 
pour  nous  en  occcuper. 

2  octobre. — M.  Cornay  adresse  l’histoire  de  quelques  essais  qu’il  a  faits  à  l’hôpital Beaujon, 
pour  extraire  la  gravelle  par  aspiration,  à  l’aide  d’un  instrument  qu’il  nomme  Lithéréteur . — 
Commissaires  :  MM.  Brescbet  et  Velpeau. 

9  octobre. — M.  Millot,  étudiant  en  médecine,  communique  des  expériences  tentées  par  lui 
dans  le  but  d’opérer  la  dissolution  des  calculs  urinaires  à  l’aide  du  suc  gastrique.  La  plupart 
des  calculs  soumis  à  l’action  de  ce  suc  ont  été  plus  ou  moins  ramollis,  usés  ou  altérés  dans 
leur  texture.  Le  suc  gastrique,  au  rebours  des  dissolvants  tentés  jusqu’à  ce  jour,  agit  fort  peu 


352 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

sur  les  matières  salines  des  calculs,  mais  essentiellement  sur  la  matière  organique  qui  leur 
sert  de  ciment.  Ajoutons  que  M.  Millot  n’a  fait  encore  que  des  expériences  de  laboratoire,  et 
qu’on  ignore  absolument  si  le  suc  gastrique  injecté  dans  la  vessie  n’attaquerait  pas  les  parois 
même  de  cet  organe— Commissaires:  MM.  Magendie,  Payen,  Chevreul  et  Dumas. 

Academie  de  médecine. — 26  septembre. — M.  Londe  fait  un  rapport  sur  diverses  observations  * 
adressées  par  M.  Levrat,  de  Lyon,  et  s’arrête  particulièrement  sur  trois  cas  de  superfétation. 
— D’après  M.  Levrat,  la  superfétation  ne  serait  pas  aussi  rare  qu’on  le  croit  communément. 

Si  elle  paraît  si  rare,  c’est  que  dans  les  cas  de  grossesse  multiple  les  accoucheurs  sont  dans 
l’usage  d’aller  chercher  le  second  enfant  aussitôt  après  la  sortie  du  premier,  au  lieu  d’at¬ 
tendre  le  moment  du  second  travail.  L’auteur  est  porté  à  croire  qu’il  y  a  superfétation  dans 
tous  les  cas  de  grossesse  double  ;  il  n’est  pas  besoin  pour  cela  que  la  matrice  soit  double. 
Enfin  il  rapporte  un  cas  dans  lequel  la  superfétation  aurait  eu  lieu  malgré  une  occlusion 
du  vagin. 

Ce  dernier  fait  a  d’abord  suscité  une  incrédulité  générale;  M.  Londe  a  répondu  que  l’oc¬ 
clusion  était  postérieure  au  dernier  accouchement,  ce  qui  enlève  tout  le  merveilleux  du  fait 
et  le  rend  infiniment  plus  croyable. 

M.  Royer-Collard  a  émis  à  cette  occasion  quelques  idées  qui,  si  elles  arrivaient  à  démons¬ 
tration,  auraient  une  portée  vraiment  étrange.  On  sait,  dit-il,  qu’une  chienne  qui,  après  avoir 
été  couverte  par  un  chien  d’une  certaine  espèce,  et  avoir  fait  sa  portée,  est  couverte  plus  tard  par 
un  chien  d’une  autre  espèce,  peut  faire  une  portée  dont  les  petits  ressemblent  au  premier.  Il 
semblerait  par  là  que  le  premier  père  a  laissé  quelque  chose  qui  s’est  empreint  sur  les  pro¬ 
duits  de  la  deuxième  copulation;  et  le  second  père  n’aurait  fait  que  donner  occasion  à  la 
naissance  d’un  enfant  déjà  fécondé,  par  le  premier.  En  d’autres  termes ,  ajoute  M.  Royer- 
Collard,  il  ne  me  paraît  pas  impossible  qu’une  femme  puisse  faire  des  enfants  d’un  premier 
mari  avec  un  second. 

Heureusement  l’auteur  a  déclaré  lui-même  qu’il  n’émettait  encore  ses  idées  que  sous 
forme  d’hypothèses  ;  nous  attendrons  donc  qu’il  ait  complété  ses  expériences  pour  les  juger. 

3  octobre.— M.  Velpeau  rend  compte  d’un  travail  de  M.  Delasiauve  sur  l’action  du  nitrate 
d’argent  dans  les  conjonctivites.  Nous  y  reviendrons. 

M.  Vannier  lit,  au  nom  de  M.  Delaporte,  une  observation  de  hernie  scrotale  étranglée  et 
gangrénée,  opérée  avec  succès.  Nous  avons  donné  cette  observation  dans  notre  Bulletin 
clinique. 

M.  Marchai  (de  Calvi),  met  sous  les  yeux  de  l’Académie  le  dessin  d’un  épispadias  observé 
chez  un  jeune  militaire,  et  qu’il  considère  comme  une  affection  très  rare. 

10  octobre. — M.  Blandin,  à  l’occasion  du  procès-verbal,  relève  l’opinion  émise  par  M.  Mar¬ 
chai  sur  la  rareté  de  l’épispadias,  et  dit  qu’il  l’a  vu  au  moins  une  dizaine  de  fois.— MM.  De- 
lens  et  Velpeau  font  observer  que  M.  Blandin  confond  l’épispadias  simple,  avec  l’épispadias 
qui  accompagne  l’extrophie  delà  vessie;  ce  dernier,  sans  être  bien  commun,  n’est  pas  à 
beaucoup  près  aussi  rare  que  l’épispadias  simple  dont  on  connaît  en  effet  très  peu 
d’exemples. 

M.  Leroy  d’Étiolle  écrit  à  l’Académie,  au  sujet  delà  communication  de  M.  Millot  à  l’Aca¬ 
démie  des  sciences  (voyez  plus  haut),  que  les  propriétés  lithontriptiques  du  suc  gastrique  ont 
été  déjà  dénoncées  par  un  élève  de  Spallanzani,  qui  avait  remarqué  aussi  qu’il  ne  dissout 
pas  la  pierre  elle-même,  mais  seulement  le  ciment  organique  qui  en  réunit  les  éléments. 

•  ( Expériences  sur  la  digestion  de  l’homme  et  des  différentes  espèces  d’animaux,  par  Spal¬ 
lanzani;  1773,  page  cii.)  M.  Leroy  ajoute  qu’il  a  injecté  du  suc  gastrique  dans  des  vessies 
d’animaux,  puis  dans  des  vessies  humaines,  à  la  vérité  en  petite  quantité;  la  vessie  ne  fut  pas 
attaquée,  mais  les  calculs  ne  furent  pas  dissous. 

M.  Villeneuve  lit  un  rapport  sur  deux  cas  d’accouchement,  à  la  suite  duquel  s’élève 
une  discussion  sur  l’évolution  spontanée  du  foetus.  Nous  reviendrons  sur  ce  sujet  dans  notre 
prochain  numéro. 

— M.  Malgaigne  vient  d’être  nommé  chirurgien  à  l’hôpital  Saint-Antoine. 

—  Traité  des  maladies  des  femmes,  qui  déterminent  des  ftueurs  blanches ,  des  leucor¬ 
rhées ,  etc.  ;  par  II.  Blatin  et  V.  Nivet;  Paris,  1842,  chez  Germer  Baillière,  libraire,  rue  de 
l’École-de-Médecine,  17.  —  Un  vol.  in-8°.  Prix  :  7  fr. 

—  Mémoire  sur  le  catarrhe  de  l’oreille  moyenne  et  sur  la  surdité  qui  en  est  la  suite ,  par 
E.  Hubert  Valleroux,  D.  M.  P.,  à  Paris,  chez  J. -B.  Baillière  ,  rue  de  l’École-de-Médecine ,  17. 

•— In-8°,  de  115  pages.  Prix  :  2  fr. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  52  pages  grand  in-8° 
Prix  de  l’abonnement  :  8  fr.  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  journal  de 
Médecine—  On  s’abonne  à  Paris,  au  Bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comp.,  rue  de 
Grenelle-St-Honoré,  n°  55. — Tqus  les  mémoires,  articles  et  réclamations  relatifs  à  la  rédaction, 
doivent  être  adressés,  francs  de  port,  à  M.  Malgaigne,  rédacteur  en  chef,  rue  de  l’Arbre- 
Sec ,  n°  22.  v 

1  ■■  -  ——————  —  ■■  — .  -  -  - 


PARIS,  iSîFïUMERiS  DE  PAUL  DUPONT  EX  C‘%  Rue  de  Greoelle-Saiût-lIouoré5  55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Par  M.  MALGAIGIVE. 


NOVEMBRE  1843. 


SOMMAIRE. 

I.  Travaux  originaux. — Mémoire  sur  le  cystocèle  vaginal,  par  M.  Malgaigne.— Observations 
sur  les  convulsions  puerpérales,  par  Robert  Johns. — II.  Revue  critique.' — Chirurgie. — Delà 
fréquence  relative  du  cancer  dans  les  divers  âges.— Nouvelle  manière  de  guérir  les  fistules 
de  la  portion  antérieure  du  conduit  parotidien. — Luxation  du  scaphoïde  et  du  calcanéum 
sur  l’astragale.—  Obstétrique. — Discussion  sur  l’évolution  spontanée  du  fœtus.— Pharma¬ 
cologie  chirurgicale.— Des  élixirs  et  poudres  dentifrices,  parM.  Désirabode. — III.  Bulletin 
clinique. — Fracture  du  calcanéum  après  une  chute  sur  les  pieds,  par  M.  A.  Bérenguier 
de  Rabastens. — IV.  Bibliographie. — De  pelvi  ovatâ  cum  ancylosi  sacro-iliacâ ,  aut. 
E.  Martin;  avec  une  planche.— V.  Nouvelles  et  Variétés.— Académies. — Nécrologie. — 
Correspondance. 

Supplément.— Procès  intenté  au  Journal  de  Chirurgie;  jugement ;  consécration  de  la  liberté 
de  discussion  scientifique. — Déclaration  de  principes  des  médecins  et  chirurgiens  de  France; 
adhésions  des  médecins  de  Paris  et  des  départements . — Déclaration  des  internes  des  hô¬ 
pitaux  de  Paris. — Déclaration  de  la  presse  médicale  de  Paris  et  des  départements. — Dé¬ 
clarations  des  Sociétés  savantes. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Mémoire  sur  le  ©ystacèle  vaginal  %  par  M*  ILilcuocüie. 

Dans  le  cours  de  mes  recherches  sur  les  hernies,  j’ai  eu  de  fréquentes  occasions 
d’agiter  des  questions  de  doctrine  qui  avaient  été  trop  témérairement  résolues,  et  dont 
quelques-unes  même  étaient  restées  complètement  négligées.  Ceci  s’applique  surtout  à 
ces  variétés  de  déplacements  des  viscères  abdominaux  qui  se  font  chez  la  femme  du  côté 
du  vagin,  et  qui  ont  reçu  le  nom  générique  de  prolapsus.  Il  en  est  un,  le  prolapsus  circu¬ 
laire  du  vagin,  dont  la  description  se  trouve  dans  tous  les  livres,  et  que  je  n’ai  pas  encore 
pu  rencontrer  dans  la  nature  ;  un  second,  beaucoup  plus  commun  que  le  précédent,  était 
resté  tellement  inconnu  qu’il  n’avait  pas  de  nom  dans  la  langue  chirurgicale,  et  que 
j’ai  été  obligé  de  lui  créer  celui  de  rectocéle  vaginal ;  enfin  je  veux  aborder  aujourd'hui 
l’histoire  d’un  autre  prolapsus  beaucoup  plus  fréquent  encore,  et  sur  lequel  cependant 
l’on  ne  possède  que  des  données  rares  et  fort  incomplètes ,  le  cystocèle  vaginal. 

Et  d’abord  cette  dénomination  même  soulève  déjà  une  discussion  qu’il  convient  de 
vider.  Le  mot  de  cystocèle  n’a  été  créé  que  dans  le  siècle  dernier,  pour  caractériser  une 
affection  jusqu’alors  inconnue;  Verdier,  dans  son  -travail  sur  la  hernie  de  la  vessie, 
publié  en  1753,  dit  qu’elle  a  reçu  de  quelques-uns  le  nom  de  hernie  cystique  ou  cysto¬ 
cèle ;  mais  il  évite  de  s’en  servir  dans  le  cours  de  son  mémoire.  Hoin,  dont  l’essai  parut 
à  la  suite  de  l’ouvrage  de  Leblanc,  en  1782,  adopta  le  dernier;  mais  il  le  fit  du  féminin, 
et  écrivit  la  cystocèlevaginale.  Chopart  suivit  cet  exemple,  imité  encore  par  Boyer;  et  ce 

23 


354 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


n’est  que  dans  ces  derniers  temps  qu’on  a  commencé  à  dire  le  cystocèle.  Cette  discordance 
grammaticale  se  rencontre  également  pour  d’autres  mots  qui  ont  la  même  désinence; 
quelques  chirurgiens  écrivent  un  hydrocèle,  d’autres  une  hydrocèle  y  et  jusque-là  rien 
ne  fait  encore  pencher  notre  choix.  Mais  il  est  constant  que  si  quelques-uns  de  ces  mots 
ont  usurpé  le  genre  féminin,  aucun  n’est  exclusivement  de  ce  genre;  tandis  qu’il 
en  est  que  tout  le  monde  reconnaît  comme  étant  masculins:  le  bubonocèle ,  le  varico¬ 
cèle ,  le  sarcocèle ,  etc.  Tous  venant  de  la  même  souche,  ayant  une  même  terminaison, 
me  paraissent  devoir  être  rattachés  au  même  genre;  c’est  pourquoi  j’écris  un  hydrocèle , 
un  rectocèle ,  et  par  suite  un  cystocèle. 

Le  cystocèle  vaginal ,  du  moins  à  l’état  simple,  n’a  été  signalé  que  très  tard,  et  il  passe 
encore  aujourd’hui  pour  une  affection  fort  rare.  La  première  observation  que  je  sache 
est  celle  de  Robert,  publiée  par  Verdier  ;  la  deuxième  fut  communiquée  à  Hoin  par 
Chaussier;  une  troisième  fut  publiée  par  Sandifort  en  1777  ;  Chopart,  en.  1791,  n’en 
citait  encore  que  deux  autres,  l’une  d’Enjourbaut,  chirurgien  d’Avranches,  et  l’autre  de 
Baudelocque;  Sabatier,  qui  avait  oublié  de  consulter  Chopart,  ne  connaissait  que  les 
deux  faits  de  Robert  et  de  Chaussier,  auxquels  sa  vaste  expérience  ne  lui  avait  permis 
d’en  ajouter  qu’un  troisième  ;  et  Boyer,  plus  pauvre  encore;  édifiait  son  article  avec 
les  trois  faits  de  Robert,  de  Chaussier  et  de  Sandifort.  Richter  en  Allemagne,  Monteggia 
en  Italie,  n’en  savaient  pas  davantage  ;  sir  A.  Cooper  en  Angleterre,  n’en  avait  vu  qu’un 
cas  unique,  auquel  il  en  avait  joint  un  autre  communiqué  par  le  docteur  John  Sims  (1). 
Enfin,  en  1833,  lorsque  M.  Rognetta  entreprit  d’élucider  l’histoire  de  cette  maladie,  il  ne 
put  que  réunir  à  grand’peine  les  trois  observations  relatées  par  Boyer,  les  deux  autres  de 
sir  A.  Cooper,  une  sixième  extraite  d’un  journal  anglais,  une  septième  qu’il  avait  re¬ 
cueillie  lui-même;  et  complétant  ces  documents  pratiques  à  l’aide  de  quelques  expé¬ 
riences  tentées  sur  le  cadavre,  Userait  sans  doute  parvenu  à  tracer  une  description  plus 
exacte  que  ses  devanciers,  s’il  n’avait  eu  la  malheureuse  idée  de  rattacher  au  cystocèle 
vaginal  le  cystocèle  périnéal,  et  de  regarder  comme  deux  nuances  ou  deux  degrés  delà 
même  maladie,  deux  déplacements  essentiellement  différents. 

Là  s’arrête,  pour  ainsi  dire,  la  première  période  de  l’histoire  du  cystocèle  vaginal.  Jus¬ 
que-là  il  est  regardé  comme  une  lésion  rare,  exceptionnelle,  que  n’ont  pu  rencontrer  dans 
leur  vaste  clientèle  les  plus  renommés  praticiens  ;  et  il  n’a  fallu  guère  moins  d’un  siècle 
pour  en  ramasser  péniblement  une  dixaine  d’observations.  Tout  ce  qui  se  rattache  à  son 
histoire  est  donc  considéré  comme  une  chose  curieuse  plutôt  que  comme  une  chose 
utile;  il  y  a  à  cet  égard  un  consentement  universel. 

C’est  à  partir  de  1835  seulement  que  quelques  voix  s’élevèrent  contre  cette  opinion 
générale;  et  d’abord,  une  sage-femme  fort  distinguée,  Mme  Rondet,  ayant  à  faire  préva¬ 
loir  certains  pessaires  pour  lesquels  elle  avait  pris  un  brevet  d’invention,  se  trouva  ainsi 
à  portée  d’examiner  un  grand  nombre  de  femmes  affectées  de  divers  prolapsus;  elle 
réunit  en  quelques  années  jusqu’à  27  observations  de  cystocèles  vaginaux,  et  écrivit  sur 
ce  sujet  un  petit  mémoire  qu’elle  adressa  à  l’Académie  royale  de  médecine.  Un  rapport 
fut  fait  à  cette  savante  compagnie  ;  mais  tout  en  ayant  l’air  d’accepter  comme  positifs  les 
faits  deMme  Rondet,  la  commission  déclarait  pourtant  qu’elle  regardait  toujours  le  cysto¬ 
cèle  vaginal  comme  peu  commun,  en  ajoutant  qu’il  était  facile  de  le  confondre  avec  d’autres 
hernies.  L’Académie,  visiblement  préoccupée  de  la  même  idée,  fit  un  accueil  très  froid 
à  ce  mémoire;  la  presse  ne  fut  guère  moins  dédaigneuse,  et  je  fus  le  seul  à  cette  époque 
qui,  dans  la  Gazette  médicale,  soutint,  contre  la  commission  et  contre  l’Académie,  qu’en- 


(!)  Voyez  Mémoires  de  l'Académie  royale  de  Chirurgie,  tom.  II,  page  33.— Leblanc,  Précis 
d' opérât,  de  chirurgie,  t.  II,  p.  368;  —  Sandifort,  Obs.  anatomico-pathologicce,  tom.  I;  — 
Chopart,  Traité  des  maladies  des  voies  urinaires,  édit,  de  1821,  tom.  I,  pag.  393;  — 
Sabatier,  Médecine  opératoire,  édit,  de  1832,  tom.  III,  pag.  678;  — A.  Cooper,  Œuvres 
complètes,  trad.  française,  pag.  364  et  365. 


355 


MALGAIGNE.  —  MÉMOIRE  SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL. 

tre  les  hernies  par  le  vagin  le  cystocèle  était  une  des  plus  fréquentes  ;  et  quelques  mois 
plus  tard,  je  le  signalais  comme  étant  la  plus  fréquente  de  toutes  (1). 

Depuis  cette  époque  il  a  été  publié  peu  de  documents  nouveaux  pour  l’histoire  du  cys¬ 
tocèle  vaginal;  et  je  ne  vois  guère  à  citer  que  quelques  articles  de  M.  Eguisier  puisés 
dans  la  pratique  de  M.  Tanchou,  et  plus  récemment  un  mémoire  deM.  Jobert  lu  à  l’Aca¬ 
démie  de  médecine  (2).  Or,  de  ces  deux  auteurs,  le  premier  se  borne  à  insister  sur  la 
fréquence  du  cystocèle  et  du  rectocèle,  qu’il  semble  mettre  à  cet  égard  sur  le  même  plan; 
le  second  professe  que  le  cystocèle  est  toujours  accompagné  de  chute  de  la  matrice ,  ce 
qui  ne  tend  à  rien  moins  qu’à  rayer  de  la  pathologie  externe  le  cystocèle  vaginal 
simple,  tel  que  je  vais  le  décrire. 

Je  reviens  donc  aujourd’hui  sur  mes  assertions  antérieures,  et  je  me  propose  avant 
tout  de  démontrer,  non  plus  que  le  cystocèle  vaginal  est  une  affection  très  fréquente,  non 
pas  même  qu’il  est  le  plus  commun  des  prolapsus  vaginaux ,  mais  d’abord  qu’à  l’état 
simple  il  est  plus  commun  qu’à  l’état  compliqué,  et  ensuite  qu’en  le  considérant  dans 
l’un  et  l’autre  état,  il  est  à  lui  seul  aussi  commun  pour  le  moins  que  toutes  les  autres 
variétés  de  prolapsus  prises  ensemble.  - 

Je  sais  bien  tout  ce  qu’une  assertion  aussi  tranchée  et  en  quelque  sorte  aussi  violente 
peut  rencontrer  d  opposition.  Lorsque  Mme  Rond  et  s’en  alla  dire  timidement  à  l’Académie 
qu’elle  avait  vu  à  elle  seule  en  quelques  années  plus  de  cystocèles  que  depuis  80ans  tous 
les  observateurs  ensemble,  elle  eut  grand  soin  de  rechercher  pourquoi  elle  avait  été  si 
heuieuse,  de  ménager  une  porte  de  salut  à  l’ amour-propre  des  chirurgiens,  et  elle  allé¬ 
gua  que  les  femmes  éprouvent  une  répugnance  invincible  à  se  soumettre  à  l’exploration 
des  hommes.  On  lui  répondit  d’une  façon  assez  fière  que  trop  de  femmes  acceptent  le 
ministère  des  accoucheurs  pour  que  son  explication  fût  valable;  et,  en  effet,  je  crois  bien  que 
cette  raison  n  est  pas  la  bonne.  Dites,  si  vous  le  voulez ,  que  les  chirurgiens,  habitués  à 
toucher  sans  voir  et  préoccupés  de  l’idée  de  la  rareté  extrême  du  cystocèle,  ont  glissé  à 
côté  sans  le  reconnaître,  ou  l’ont  confondu  avec  leur  prétendu  prolapsus  du  vagin;  que, 
fréquemment  aussi,  consultés  pour  des  accidents  qui  pouvaient  dépendre  d’une  pareille 
tumeur,  ils  les  ont  attribués  à  toute  autre  cause,  et  n’ont  pas  même  songé  à  l’explora¬ 
tion  directe  ;  enfin  peut-être  est-il  arrivé  pour  cette  affection  ce  qui  a  eu  lieu  pour  bien 
d  auties  legardées  aussi  comme  rares,  et  qui  se  sont  révélées  plus  communes  dès 
qu’on  s’est  occupé  avec  succès  de  leur  traitement;  quoi  qu’il  en  soit,  les  chiffres  sont 
inexorables,  et  il  n  est  pas  inutile  d’ajouter  qu’avant  de  me  prononcer  d’une  manière 

aussi  explicite,  j’ai  consommé  cinq  années  à  la  vérification  de  résultats  obtenus  déià 
dès  1835.  J 

Durant  les  deux  mois  d’octobre  et  novembre  1835,  il  s’était  présenté  au  bureau  cen¬ 
tral  des  hôpitaux  de  Paris  435  individus  venant  chercher  des  bandages  herniaires  ou 
des  pessaires ;  sur  ce  nombre  il  y  avait  100  femmes;  sur  ces  100  femmes  30  por¬ 
taient  des  prolapsus  vaginaux.  Ces  trente  femmes  étaient  réparties  de  la  manière 
suivante  : 


8  étaient  affectées  de  cystocèles  simples. 

—  —  de  rectocèles  simples. 

—  —  de  chutes  de  matrices  ou  métrocèles  simples. 

—  —  d’un  cystocèle  ou  d’une  hernie  inguinale. 

— *  —  d’un  cystocèle  et  d’une  hernie  crurale. 

—  —  d’un  cystocèle  et  d’une  hernie  ombilicale. 

—  —  d’un  cystocèle  avec  une  exomphale  et  une  hernie  de  la  ligne  blanche. 

6  présentaient  un  cystocèle  compliqué  d’un  rectocèle. 

2  —  un  cystocèle  joint  à  une  chute  de  matrice. 


(1)  Voyez  Gazette  médicale ,  1855,  pag.  666  et  751  ;  et  1856  ,  pag.  220. 

(2)  Gazette  des  Hôpitaux,  1858,  pag.  265,  561  et  381  .-Mémoires  de  Y  Académie  royale 
de  méd-ecine,  1810,  tom.  VIII. 


356 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


2  —  un  cystocèle  avec  chute  de  matrice  et  rectocèle . 

l  —  un  rectocèle  avec  une  chute  de  matrice. 

l  —  un  rectocèle  avec  une  hernie  ombilicale. 

i  —  une  chute  de  matrice  au  2e  degré  avec  un  relâchement  de  la  paroi 

vaginale  postérieure,  ou  si  l’on  veut  un  petit  prolapsus  partiel  du 
vagin. 

J’ai  présenté  ainsi  les  cystocèles  avec  les  hernies  proprement  dites  qui  s’y  surajoutent 
quelquefois,  afin  de  mettre  le  lecteur  à  même  de  juger  du  rapport  qui  existe  entre 
les  uns  et  les  autres;  et,  pour  le  dire  ici  par  avance,  à  l’exception  de  quel¬ 
ques  femmes  malheureusement  constituées,  on  voit  que  presque  toujours  les  pro¬ 
lapsus  vaginaux  ou  les  hernies  abdominales  se  montrent  isolément  ;  et  que  l’une  de 
ces  affections,  en  épuisant  la  tendance  des  viscères  à  élargir  la  cavité  abdominale,  sem¬ 
ble  être  une  garantie  contre  l’autre.  Mais  il  doit  demeurer  bien  entendu  qu’un  cystocèle 
existant  en  même  temps  qu’une  hernie  inguinale,  par  exemple,  restera  toujours  pour 
nous  un  cystocèle  simple;  et  je  n’admettrai  comme  complication  réelle  que  la  présence 
de  quelque  autre  prolapsus  vaginal. 

Ceci  bien  établi,  si  vous  considérez  d’abord  les  cystocèles  simples ,  vous  en  trouverez 
12  pour  10  cystocèles  compliqués.  En  ne  comparant  que  les  prolapsus  simples,  vous 
avez  12  cystocèles,  4  rectocèles,  2  chutes  de  matrice.  Si  vous  examinez  ensuite  les  cas 
où  plusieurs  prolapsus  se  compliquent,  vous  trouverez  encore  là,  sur  12  cas,  10  femmes 
affectées  de  cystocèles,  9  de  rectocèles,  6  de  chutes  de  matrices,  1  de  chute  du  vagin. 
Enfin,  isolez  chaque  espèce  de  prolapsus ,  pour  les  additionner  ensuite  sans  vous  in¬ 
quiéter  du  nombre  des  malades  ;  il  se  trouvera  pour  les  30  femmes,  44  prolapsus  ainsi 
répartis  : 

22  cystocèles. 

13  rectocèles. 

8  chutes  de  matrices . 

1  prolapsus  de  la  muqueuse  vaginale. 

C’est-à-dire  la  moitié  juste  pour  les  cystocèles.  Je  pourrais  ajouter  ici  que  dans  l’es¬ 
pace  de  cinq  années  passées  au  bureau  central,  j’ai  toujours  retrouvé  la  même  fré¬ 
quence  des  cystocèles.  Je  l’avais  annoncée  à  l’avance,  dans  le  cours  public  que  je  fis  au 
bureau  central  ennovembre  et  décembre  1839  ;  etalors,  comme  d’habitude,  j’avais  fait  voir 
et  toucher  à  mes  élèves  une  grande  quantité  de  cystocèles,  quelques  rectocèles,  fort 
peu  de  chutes  de  matrices,  et  pas  un  seul  cas  de  prolapsus  limité  au  vagin.  Mais  quand 
je  me  décidai  à  mettre  en  ordre  ce  travail,  je  compris  que  ces  résultats  que  je  trouvais  au 
fond  de  mes  souvenirs  ne  pouvaient  entraîner  pour  les  autres  une  certitude  égale  à  celle 
d’une  nouvelle  série  d’observations  bien  recueillies;  et  quelque  ennui  qu’il  y  eût  à  ras¬ 
sembler  encore  les  faits  un  à  un  sur  une  affection  devenue  pour  moi  si  vulgaire,  je 
résolus  de  profiter  du  dernier  service  que  j’avais  à  faire  au  bureau  central  dans  les  mois 
de  mai  et  juin  1840,  pour  prendre  des  notes  exactes  sur  toutes  les  femmes  qui  se  pré¬ 
senteraient  à  la  visite  avec  des  hernies  ou  des  prolapsus. 

Or,  à  part  celles  qui  se  présentèrent  le  12  juin,  jour  où  une  indisposition  m’empêcha 
de  me  rendre  au  cours  ;  à  part  aussi  peut-être  quelques  retardataires  qui  venaient  après 
que  nous  avions  quitté  la  salle  des  visites,  nous  soumîmes  à  l’examen  dans  ces  deux  mois 
89  femmes,  sur  lesquelles  26  accusèrent  des  prolapsus  par  le  vagin.  Je  me  sers  à  des¬ 
sein  de  cette  expression  ;  en  effet,  de  ces  26  femmes,  l’une,  dont  je  rapporterai  plus  loin 
l’histoire,  avait  eu  un  prolapsus  disparu  depuis  spontanément;  une  autre  venait  requé¬ 
rir  unpessaire  pour  un  prolapsus  dont  il  n’existait  dans  le  moment  aucun  vestige,  mais 
qui  se  manifestait,  au  dire  de  la  malade,  dès  qu’elle  travaillait;  il  nous  resta  donc 
seulement  24  sujets  bien  examinés.  La  répartition  s’en  faisait  de  la  manière  suivante 

9  cystocèles  simples. 

3  rectocèles. 

2  chutes  de  matrice. 


MALGAI  GNE.  —  MÉMOIRE  SUR  LE  CVSTOCÈLE  VAGINAL. 


357 


2  cystocèles  avec  hernie  inguinale  simple  ou  double. 

1  cystocèle  avec  une  exomphale. 

4  cystocèles  avec  chutes  de  matrice. 

1  cystocèle  avec  prolapsus  partiel  de  la  muqueuse  vaginale  ou  cysto-élytrocèle. 
1  rectocèle  avec  hernie  inguinale. 

1  rectocèle  avec  chute  de  matrice. 


Vous  voyez  là  12  cystocèles  simples  contre  5  compliqués; — sur  6  femmes  atteintes 
de  plusieurs  prolapsus  à  la  fois,  5  portant  des  cystocèles  ; — et  enfin,  sur  un  total  de  30 
prolapsus ,  17  cystocèles,  5  rectocèles,  7  chutes  de  matrice,  et  un  prolapsus  de  la  mu¬ 
queuse  vaginale.  Comme  je  me  suis  assuré  qu’aucune  des  femmes  comprises  dans  le  pre¬ 
mier  tableau  ne  se  retrouvait  dans  le  second,  on  peut  donc  établir  un  total  général  d’où 
ressortiront  les  proportions  suivantes:  pour  74  prolapsus, 

59  cystocèles. 

18  rectocèles. 

15  chutes  de  matrices; 

2  élytrocèles. 


D’où  l’on  voit  que  mon  assertion  est  pleinement  justifiée ,  et  que  les  cystocèles 
forment  au  moins  la  moitié  du  nombre  de  tous  les  prolapsus  vaginaux  pris  ensemble. 

J’ai  attaché  une  grande  importance  à  bien  établir  d’abord  cette  fréquence  du  cystocèle, 
parce  que  je  la  crois  de  nature  à  faire  une  petite  révolution  et  dans  le  dogme  et  dans  la 
pratique.  Dans  ces  traités  classiques  où  l’on  parlait  si  complaisamment  de  Ja  chute  de 
matrice,  accident  assez  rare,  et  de  la  chute  du  vagin,  lésion  infiniment  plus  rare  encore, 
il  faudra  bien  désormais  accorder  la  première  place  au  cystocèle  et  au  rectocèle,  dont 
on  ne  s’occupait  pas.  Dans  la  pratique,  lorsque  le  chirurgien  sera  consulté  pour  certains 
accidents  qui  relèvent  de  l’un  ou  de  l’autre,  il  aura  désormais  les  yeux  ouverts  sur  cette 
cause  nouvelle  ;  et,  dans  d’autres  cas,  si  le  toucher  lui  révèle  un  prolapsus  quelconque  à 
travers  la  vulve ,  il  saura  mieux  de  quelle  importance  est  be  diagnostic  différentiel, 
attendu  que  les  moyens  qui  conviennent  à  la  chute  de  l’utérus,  par  exemple,  seraient  sans 
efficacité  pour  la  hernie  de  la  vessie  ou  du  rectum. 

Abordons  maintenant  l’étude  des  causes,  et  d’abord  celle  des  prédispositions. 

Certains  âges  n’apportent-ils  pas  ici  une  prédisposition  réelle  ?  M.  Jobert  écrit  que  le 
cystocèle  apparaît  à  un  âge  avancé,  presque  toujours  au  moins  après  la  40e  année. 
Cela  paraîtra  d’autant  plus  hasardé  que  les  trois  femmes  dont  M.  Jobert  rapporte 
l’histoire  en  avaient  été  atteintes  précisément  toutes  trois  avant  40  ans.  De  même,  sur  les 
22  femmes  de  ma  première  série, 

2  avaient  eu  leur  cystocèle  de  22  à  27  ans. 


9 

6 

1 

1 

t 


de  30  à  40 
de  40  à  50 
à  52  ans. 
à  63 
à  72 


Sur  les  17  femmes  de  la  seconde  série , 

1  avait  eu  son  prolapsus  à  27  ans. 

7  — ■  —  de  30  à  40  ans. 

3  —  —  de  40  à  50 

3  —  —  de  50  à  60 

2  —  —  à  62  ans. 

A  s’en  rapporter  à  ces  chiffres,  ce  serait  donc  surtout  dans  l’intervalle  de  30  à  40  ans, 
puis  dans  celui  de  40  à  50  que  se  produiraient  le  plus  communément  les  cystocèles  ;  il  y 
en  aurait  fort  peu  de  20  à  30 ,  et  point  avant  l’âge  de  20  ans.  Mais  ce  serait  trop  hâti¬ 
vement  conclure  :  d’une  part  les  faits  ne  sont  pas  assez  nombreux  sans  doute;  et  d’autre 
part  nous  ne  saurions  faire  abstraction  de  ceux  que  possède  déjà  la  science.  En  réunis¬ 
sant  les  observations  rapportées  par  Robert,  èandifort,  Chaussier,  Sabatier,  sir  A.  Cooper, 


358 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Mme  Rondet,  MM.  Rognetta,  Eguisier  et  Jobert,  on  arrive  à  un  total  de  19  cas  ou  l’épo¬ 
que  d’apparition  du  cystocèle  a  été  suffisamment  indiquée  ;  et  l’on  en  trouve  alors, 

1  à  17  ans. 

1  à  18 

6  de  20  à  30  ans. 

6  de  30  à  40 
4  de  40  à  50 
1  à  53  ans. 

D’où  l'on  voit  qu’il  peut  avoir  lieu  dans  un  âge  beaucoup  plus  jeune  qu’il  ne  m’a  été 
donné  de  l’observer  ;  et  comme  d’un  autre  côté  je  l’ai  vu  arriver  à  63  et  même  à  72  ans, 
il  en  résulte  que  nul  âge,  si  ce  n’est  l’extrême  jeunesse  avant  la  puberté,  et  l’extrême 
vieillesse,  ne  peut  jusqu’à  présent  s’en  dire  à  l’abri.  Je  le  répète  d’ailleurs  ;  il  faut,  pour 
établir  cette  influence  des  âges,  un  nombre  de  laits  bien  plus  considérable,  sous  peine  de 
voir  une  série  nouvelle,  même  très  faible,  ruiner  les  conséquences  témérairement  tirées  ; 
c’est  ainsi  que,  dans  mon  mémoire  sur  le  rectocèle  vaginal,  j’avais  noté  que  12  femmes 
sur  13  avaient  eu  leur  rectocèle  avant  50  ans  ;  tandis  que  sur  les  cinq  rectocèles  observés 
en  mai  et  juin  1840,  je  n’en  trouve  qu’un  seul  développé  à  36  ans,  et  les  quatre  autres 
entre  50  et  60.  On  pourrait,  il  est  vrai,  se  demander  si  le  cystocèle  simple  n’affection¬ 
nerait  pas  d’autre  période  de  la  vie  que  celui  qui  est  compliqué  de  chute  de  matrice 
par  exemple  ;  mais  en  examinant  toutes  mes  observations  sous  ce  nouveau  point  de 
vue,  je  n’ai  trouvé  aucune  différence  assez  sensible  pour  mériter-  quelque  attention. 

Toutefois,  les  cas  de  cystocèles  apparus  avant  l’âge  de  20  ans,  et  passé  celui  de  50, 
sont  si  rares  qu  ils  peuvent  passer  pour  des  exceptions  ;  et  il  y  a  une  prédilection 
manifeste  pour  cette  période  de  la  vie  où  la  conception  joue  un  si  grand  rôle.  Cette  pré¬ 
dilection,  nous  l’avions  trouvée  de  même  pour  le  rectocèle  vaginal,  et  elle  se  trouvait  liée 
à  une  prédisposition  résultant  d’accouchements  antérieurs.  Le  cystocèle  n’échappe  pas 
non  plus  à  cette  autre  influence.  Dans  la  série  de  1835,  sur  20  femmes  qui  purent  pré¬ 
ciser  le  nombre  des  couches  qui  avaient  précédé  l’apparition  du  prolapsus, 

7  avaient  eu  i  enfant. 

2  — -  2  enfants. 

3—3 
2—4 
2—5 
1  —  6 

1  -  7 

1  —  11 

1  —  15 

Et  enfin  revient  ici  cette  femme  dont  il  a  été  question  dans  mon  mémoire  sur  le  recto- 


cèle,  laquelle  avait  eu  17  enfants  dont  9  en  trois  couches,  et  qui  avait  gagné  à  la  fois  un 
cystocèle  et  un  rectocèle  durant  sa  dernière  grossesse. 

Dans  la  série  de  1840,  trois  femmes 
14  autres , 

ne  furent  point  interrogées  sur  ce  point  ;  sur  les 

1  avait  eu  1  enfant. 

1  — 

2  enfants. 

4  — 

3 

1  — 

7 

1  — 

8 

1  — 

9 

2  _ 

11 

La  douzième  avait  eu  plusieurs  enfants  auparavant,  mais  en  ayant  eu  encore  plusieurs 
après,  elle  ne  pouvait  fixer  le  nombre  de  ceux  qui  avait  précédé  le  cystocèle.  Les  deux 
dernières  n’avaient  jamais  été  enceintes. 

La  plupart  des  observations  des  auteurs  montrent  également  le  cystocèle  préparé  pour 


MALGAIGNE.  —  MÉMOIRE  SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL. 


359 


ainsi  dire  par  un  ou  plusieurs  accouchements  antérieurs.  Dans  quelques  cas  ce  point 
n’est  pas  noté,  et  il  demeure  douteux  s’il  faut  accuser  la  négligence  de  l’observateur  ou 
si  le  cystocèle  s’était  montré  avant  toute  grossesse.  Mais  pour  deux  malades  au  moins  le 
doute  n’est  pas  permis.  Le  premier  fait  appartient  à  Sandifort;  il  concerne  une  vierge, 
virgo,  âgée  de  25  ans,  sujette  depuis  plusieurs  années  à  de  violentes  attaques  d’hystérie, 
et  à  une  toux  convulsive  sèche  qui  résistait  à  tous  les  antispasmodiques.  Après  ces 
accès  de  toux  survenait  une  rétention  d’urine,  et  ce  fut  en  explorant  alors  la  vessie  que 
Sandifort  reconnut  le  prolapsus.  L’autre  exemple,  dû  à  sir  À.  Cooper,  est  celui  d’une 
jeune  fille,  a  girl ,  âgée  de  17  ans,  qui  entra  à  l’hôpital  de  Guy  pour  un  cystocèle  vagi¬ 
nal  assez  volumineux;  l’observateur  ne  dit  rien  de  la  cause  qui  l’avait  produit.  Pour  ma 
part,  jusque  dans  ces  derniers  temps,  je  n’avais  pas  rencontré  de  cas  de  ce  genre,  sans 
doute  parce  que  j’avais  négligé  de  m’enquérir  de  cette  circonstance  sur  toutes  les  femmes 
qui  m’avaient  passé  sous  les  yeux.  Il  est  probable  en  effet  que  cela  ne  doit  pas  être  excessi¬ 
vement  rare,  puisque  j’en  ai  vu  deux  exemples  dans  le  cours  du  mois  de  juin  1840.  Le 
premier  concernait  une  femme  mariée,  âgée  de  48  ans,  et  qui  avait  eu  un  cystocèle  simple 
à  45  ans,  par  suite  d’une  chute  sur  le  siège.  L’autre  femme  était  une  veuve,  âgée  de 
02  ans  ;  le  cystocèle  ne  datait  que  de  quelques  mois,  et  était  venu  lentement  ;  elle  en 
attribuait  la  cause  à  ce  qu’elle  avait  porté  des  baquets  pleins  d’eau.  L’une  et  l’autre 
m’affirmèrent  qu’elles  n’avaient  jamais  été  enceintes  ;  leur  âge,  leur  état  civil  ne  lais¬ 
saient  guère  soupçonner  de  motif  de  mensonge;  et  l’état  de  l’abdomen,  de  la  vulve  et 
du  col  utérin  était  parfaitement  en  accord  avec  leur  assertion.  Enfin,  tout  récemment  j’ai 
eu  occasion  de  traiter  un  cystocèle  chez  une  demoiselle  de  29  ans  dont  l’orifice  vaginal 
fort  étroit  semblait  témoigner  l’intacte  virginité  ;  le  prolapsus  était  survenu  à  l’âge 
de  27  ans. 

Mme  Rondet  a  rangé  parmi  les  prédispositions  les  professions  qui  exigent  un  grand 
développement  des  forces  musculaires  ;  plusieurs  de  ses  malades  étaient  blanchisseuses, 
d’autres  domestiques,  chargées  du  frottage  des  appartements.  M.  Jobert  adopte  cette 
idée,  et  signale  de  plus  la  station  debout  habituelle,  et  l’exercice  fréquent  des  membres 
inférieurs.  Cela  est  spécieux  sans  doute;  mais  l’habile  chirurgien  que  je  viens  de  citer 
appuyant  ses  assertions  sur  les  faits  publiés  avant  lui  et  non  sur  les  siens  propres,  il 
faut  bien  établir  que  ces  faits  antérieurs  sont  trop  peu  nombreux  et  trop  peu  circonstan¬ 
ciés  pour  démontrer  rien  de  semblable.  Les  vues  étiologiques  de  Mme  Rondet,  mieux 
fondées  en  apparence,  ne  doivent  encore  être  admises  qu’avec  une  certaine  réserve;  si 
1  on  traite  des  femmes  du  peuple,  presque  toutes  travaillent  plus  ou  moins  ;  si  l’on  ne 
prend  ses  observations  que  dans  les  classes  aisées,  il  n’y  a  plus  de  profession  à  accuser. 
J’ai  noté  la  profession  de  21  de  mes  malades,  et  j’ai  trouvé  qu’elles  se  répartissaient 
entre  14  professions  différentes  ;  d’ailleurs  l’étude  des  causes  déterminantes  fera  voir 
que  l’influence  de  la  profession  doit  être  fort  limitée.  Il  m’a  paru  toutefois  assez  remar¬ 
quable  de  trouver  sur  ces  21  femmes,  cinq  blanchisseuses  ;  l’humidité  dans  laquelle  elles 
vivent  aurait-elle  pour  effet  de  relâcher  les  tissus? 

Il  y  a  quelque  chose  de  singulier  dans  la  manière  dont  se  développe  le  cysto¬ 
cèle.  Sur  les  22  femmes  de  ma  première  série,  20  seulement  furent  interrogées  sur  la 
cause  qui  1  avait  déterminé  ;  et  sur  ces  20,  dix  me  répondirent  que  la  tumeur  était 
venue  à  la  suite  de  couches  ;  aucune,  notez  ceci,  durant  le  travail  de  l’enfantement.  La 
plupart  ne  pouvaient  même  fixer  le  jour  où  le  cystocèle  s’était  produit;  elles  s’en  étaient 
aperçues  lorsqu  enfin  elles  avaient  quitté  le  lit.  Chez  quelques-unes  l’apparition  ou  du 
moins  la  découverte  du  prolapsus  datait  d’un  peu  plus  tard  ;  ainsi ,  chez  une  femme  de 
22  ans,  le  cystocèle  s’était  révélé  quinze  jours  après  un  premier  accouchement  qui 
d  ailleurs  avait  été  très  facile;  mais  aucune  de  ces  femmes  n’accusait  d’efforts,  de 
chute,  en  un  mot  aucune  cause  violente  extérieure  ou  intérieure.  Sur  les  17  malades 

de  la  deuxième  série,  8  se  trouvaient  dans  le  même  cas*  et  faisaient  des  réponses 
analogues. 


300 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Sur  les  19  femmes  restant  dans  les  deux  séries , 

2  avaient  eu  leur  cystocèle  durant  la  grossesse  ;  l’une  à  7  mois  ;  l’autre,  sans  fixer  aussi 

précisément  l’époque ,  nous  dit  vers  la  fin ,  la  cause  déterminante  demeurant 
inconnue  ; 

6  hors  du  temps  de  la  grossesse  et  des  couches,  également  sans  cause  connue;  l’une 
d’elles,  qui  ne  s’en  aperçut  que  neuf  mois  après  ses  couches,  regardait  celles-ci 
comme  l’ayant  de  loin  déterminé  ; 

1  à  la  fin  de  la  grossesse,  trois  jours  avant  l’accouchement ,  mais  cette  fois  en  portant 
une  charge; 

4  hors  du  temps  des  couches  ou  de  la  grossesse,  en  soulevant  ou  portant  des  fardeaux  ; 

3  à  l’occasion  de  chutes  ;  entre  autres  une  femme  de  45  ans  en  tombant  sur  le  siège; 

3  en  travaillant  :  de  ces  trois  l’une  accusait  ses  occupations  habituelles,  sans  pouvoir 
fixer  le  jour  de  l’apparition  de  la  tumeur  ;  chez  les  deux  autres  elle  était  venue 
plus  manifestement  par  suite  d’efforts  :  l’une  l’avait  gagnée  en  balayant ,  l’autre  en 
tirant  une  voiture  de  porteur  d’eau. 

De  telle  sorte  qu’en  résumé,  sur  un  total  de  37  observations, 

21  femmes,  ou  plus  de  moitié,  avaient  eu  leur  cystocèle  en  temps  de  grossesse  ou  de 
couches;  et  une  seule  sur  ces  21  accusait  un  effort; 

26,  ou  plus  des  deux  tiers,  l’avaient  eu  ainsi  sans  cause  déterminante  connue; 

11  seulement,  par  suite  d’efforts  ou  de  chutes,  à  l’exclusion  de  toutes  autres  vio¬ 
lences  extérieures. 

Je  rappellerai  ici  que  dans  mon  mémoire  sur  le  rectocèle  vaginal,  je  n’avais  trouvé 
également  que  4  femmes  sur  14,  moins  du  tiers,  qui  accusassent  des  efforts  ou  des 
violences  du  dehors  ;  toutes  les  autres  avaient  été  affligées  de  leur  prolapsus  à  la  suite  de 
couches  ou  durant  la  grossesse. 

Il  resterait  maintenant  une  question  à  élucider  :  les  efforts  de  l’accouchement  ne  peu¬ 
vent-ils  passer  pour  une  cause  déterminante  suffisante  ;  et  les  femmes  qui  ont  reporté  à 
quelques  jours  plus  tard  la  date  de  leur  cystocèle  ne  le  portaient-elles  pas  à  partir  de 
l’accouchement  même?  On  pourrait  penser,  en  effet,  que  tant  que  la  femme  garde  le  lit, 
le  cystocèle,  faisant  moins  de  saillie,  sera  demeuré  inaperçu,  pour  se  révéler  tout  à  coup 
dès  que  la  marche  l’aura  fait  proéminer  davantage.  Cette  conjecture  est  spécieuse,  et 
surtout  elle  satisfait  l’esprit  en  assignant  une  cause  matérielle,  efficace,  à  une  lésion  qui 
autrement  ne  s’explique  pas  aussi  bien  ;  mais  jusqu’à  plus  ample  informé,  il  ne  fau¬ 
drait  pas  se  hâter  de  prendre  une  hypothèse  pour  une  réalité  ;  et  il  faut  se  souvenir  que 
d’autres  cas  fort  nombreux  de  cystocèles,  survenus  en  dehors  du  temps  des  couches, 
njanquent  également  d’une  cause  déterminante  au  moins  appréciable. 

(La  fin  au  prochain  numéro.) 


Observations  sur  les  eonvnlsions  puerpérales  *  lues  à  la  société 
obstétricale  de  Dublin,  par  Robert  «Johns  ,  vice-président  de  cette 
société,  médecin  assistant  à  l’hôpital  des  femmes  en  couche,  etc.  (1). 

Parmi  les  affections  qui  surviennent  chez  les  femmes  en  couche,  il  y  en  a  peu  qui  offrent 
plus  de  danger,  qui  exposent  plus  à  une  terminaison  fatale,  et  certainement  il  n’en  est 
pas  de  nature  à  exciter  plus  d’effroi  parmi  les  assistants,  que  les  convulsions  puerpéra¬ 
les.  Je  ne  veux  pas  ici  essayer  d’en  faire  l’histoire  complète;  je  désire  seulement  signa¬ 
ler  quelques  faits  pratiques  sur  lesquels  les  auteurs  n’ont  pas  assez  fortement  insisté,  et 
d’autres  qui  ont  été  complètement  passés  sous  silence.  Peut-être  plusieurs  de  ces  faits,  si¬ 
non  tous,  sont-ils  déjà  connus  des  accoucheurs  vieillis  dans  la  pratique  ;  car  on  ne  sau¬ 
rait  nier  que  la  mortalité  dans  les  convulsions  puerpérales  a  considérablement  décru  de¬ 
puis  quelques  années,  circonstance  que  l’on  ne  peut  guère  expliquer  que  par  une  meil- 


(1)  The  Dublin  Journal  of  med.  science  ;  septembre  1845, 


R.  JOHNS.  —  OBSERVATIONS  SUR  LES  CONVULSIONS  PUERPÉRALES.  361 

leure  entente  de  la  maladie  et  un  traitement  mieux  approprié  ;  mais  ils  peuvent  avoir 
échappé  aux  jeunes  praticiens,  et  je  désire  qu’ils  trouvent  à  la  fois  de  l’intérêt  et  de  l’uti¬ 
lité  dans  ces  observations,  empruntées  au  livre  de  la  nature,  le  seul  qui  mérite  une 
entière  confiance. 

Le  premier  fait  important  sur  lequel  je  veuille  appeler  l’attention,  c’est  que  cette 
redoutable  affection  ne  se  montre  pas  sans  avertissements  valables  et  suffisants,  mais 
qu’elle  a  des  phénomènes  précurseurs,  qui,  si  l’on  y  porte  une  attention  convenable, 
peuvent  servir  à  faire  éviter  entièrement  les  convulsions.  L’expérience  m’a  donné  à 
cet  égard  une  conviction  pleine  et  entière;  et  d’ailleurs  il  me  sera  facile  de  le  démontrer 
d’une  manière  péremptoire,  à  l’aide  des  observations  que  la  bienveillance  du  docteur 
Johnson  m’a  permis  d’extraire  des  registres  de  notre  hôpital. 

Tout  le  monde  sait  que  dans  les  derniers  mois  de  la  grossesse,  il  survient  très  fré¬ 
quemment  un  gonflement  et  un  oedème  des  extrémités  inférieures,  et  ces  symptômes 
sont  justement  considérés  comme  une  complication  légère  et  sans  danger.  Mais  si 
une  pareille  affection  s’observe  aux  parties  supérieures  du  corps,  comme  aux  mains  et 
aux  bras,  au  cou  et  à  la  face,  le  cas  requiert  alors  un  examen  plus  attentif  et  plus 
sévère;  car  si,  en  même  temps  que  ce  symptôme,  il  existe  de  la  céphalalgie,  de  la  pe¬ 
santeur  de  tête  ou  des  étourdissements,  des  bourdonnements  dans  les  oreilles,  une  perte 
temporaire  de  la  vision,  de  vives  douleurs  à  l’estomac,  avec  la  face  colorée,  il  y  aura 
risque  de  convulsions,  risque  qui  se  convertira  en  certitude,  i°  si  la  femme  est  à  sa  pre¬ 
mière  grossesse  ou  a  éprouvé  de  semblables  accidents  dans  ses  premières  couches  ;  2°  si  la 
tête  de  l’enfant  se  présente  comme  dans  l’accouchement  naturel  ;  et  3°  si  la  femme  est 
d’une  constitution  replète  et  pléthorique. 

1° — Je  sais  parfaitement  que  l’on  a  rapporté  quelques  cas  rares  de  femmes  qui  avaient 
eu  pour  la  première  fois  des  convulsions  dans  des  grossesses  postérieures  ;  toutefois, 
sans  combattre  leur  authenticité,  ces  cas  sont  en  si  petit  nombre  qu’ils  ne  sauraient  in¬ 
firmer  le  principe  général  que  je  cherche  à  établir;  ce  sont  purement  des  exceptions  à  la 
règle.  Et  cette  règle,  à  mon  sens,  peut  être  démontrée  avec  une  évidence  suffisante  pour 
satisfaire  tout  observateur  consciencieux  et  impartial.  Je  n’attache  que  peu  de  poids  à 
mon  expérience  personnelle;  mais,  si  limitée  qu’elle  soit,  elle  porte  directement  sur  la 
question;  car  je  n’ai  jamais  vu  de  convulsions  que  dans  des  premières  grossesses,  ou 
chez  des  femmes  qui  en  avaient  été  déjà  auparavant  atteintes.  Yoici  d’ailleurs  d’autres 
preuves. 

On  peut  voir,  dans  les  observations  empruntées  au  registre  de  notre  hôpital,  que  9 
femmes  qui  eurent  des  convulsions  et  12  qui  en  furent  menacées  dans  le  cours  des  deux 
dernières  années,  étaient  toutes  enceintes  pour  la  première  fois,  à  l’exception  de  2,  les¬ 
quelles  avaient  eu  des  convulsions  dans  leurs  premières  couches. 

Le  docteur  Collins,  dans  son  excellent  Practical  Treatise  on  Midwifery ,  rapporte  30 
cas  de  cette  affection,  survenus  dans  cette  institution  pendant  sa  maîtrise;  sur  les  30 
femmes  29  étaient  primipares  :  la  dernière  avait  déjà  eu  un  enfant,  mais  elle  avait  eu 
des  convulsions  dans  ses  premières  couches. 

Sur  19  cas  rapportés  par  le  docteur  Clarke,  16  se  rattachaient  à  des  premières  gros¬ 
sesses. 

Des  48  cas  de  convulsions  énumérés  par  le  docteur  Merriman,  36  concernaient  égale¬ 
ment  des  femmes  primipares. 

Des  46  femmes  dont  les  observations  ont  été  publiées  par  le  docteur  Robert  Lee  de 
Londres,  30  étaient  à  leur  premier  enfant. 

Et  dans  aucun  des  cas  exceptionnels  rapportés  par  les  docteurs  Clarke,  Merriman  et 
Lee,  et  dont  ils  ont  été  témoins,  il  n’est  dit  en  aucune 'manière  si  les  femmes  avaient  eu, 
oui  ou  non,  des  convulsions  dans  leur  premier  travail. 

2°— Les  convulsions  arrivent  si  rarement  dans  les  présentations  non-naturelles ,  que 
quand  l’enfant  présente  une  partie  autre  que  la  tête ,  il  y  a  nécessairement  très  peu  à 
craindre  de  les  voir  survenir.  Ainsi,  dans  les  21  cas  que  j’ai  vus  à  l’hôpital,  la  tète  se 


362  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

présentait  invariablement;  et  je  n’ai  jamais  rencontré  pour  ma  part  d’autre  présen¬ 
tation. 

Sur  les  30  cas  du  docteur  Collins,  il  y  avait  29  présentations  de  la  tête,  et  une  seule 
des  pieds. 

Dans  tous  les  cas  du  docteur  Lee,  le  foetus  présentait  la  tête;  et  je  tiens  de  lui  qu’il 
n’a  jamais  observé  de  convulsions  dans  un  accouchement  non' naturel. 

Le  docteur  Johnson  m’a  informé  qu’il  avait  vu  une  fois,  mais  rien  qu’une  fois,  des 
convulsions  dans  une  présentation  des  fesses. 

Mais,  à  part  la  position  de  l’enfant,  la  longueur  du  travail  paraît  avoir  une  influence 
considérable  sur  la  production  des  convulsions  ;  car  une  femme  peut  en  avoir  présenté 
tous  les  symptômes  précurseurs,  et  cependant  y  échapper  quand  le  travail  se  fait  avec 
une  grande  rapidité  ;  tandis  que  s’il  se  prolonge,  elle  n’a  que  peu  de  chances  de  les  éviter, 
à  moins  qu’on  n’emploie  de  bonne  heure,  à  cet  effet,  des  mesures  actives.  Ainsi,  il  résulte 
des  faits  observés  dans  notre  hôpital,  aussi  bien  que  du  tableau  du  docteur  Collins,  que 
rarement  les  convulsions  arrivent  avant  que  le  travail  ait  déjà  duré  plusieurs  heures.  Ce 
sont  là  deux  points  importants  pour  lesquels  je  suis  arrivé  à  des  conclusions  différentes 
de  celles  de  M.  Velpeau,  qui  professe  que  la  mauvaise  position  de  l’enfant  est  une 
cause  de  convulsions,  et  qui  compte  le  travail  accéléré  parmi  leurs  causes  excitantes. 

En  confirmation  de  ces  idées,  on  peut  observer  que  dans  la  plupart,  sinon  dans  tous 
les  cas  qui  se  sont  offerts  à  mon  observation,  les  mêmes  symptômes  précurseurs  s’étaient 
montrés  avant  le  travail;  et  je  pense  que  si  on  leur  avait  donné  à  cette  période  toute  l’at¬ 
tention  requise,  les  convulsions  subséquentes  auraient  pu  être  évitées,  attendu  que, 
chez  d’autres  femmes  qui  avaient  présenté  les  mêmes  symptômes,  l’adoption  d’un  trai¬ 
tement  préventif  dans  le  dernier  mois  de  la  grossesse  a  produit  évidemment  l’effet  désiré. 
Ce  traitement  consiste  (pour  les  cas  légers),  dans  l’administration  de  potions  pur¬ 
gatives  ou  laxatives,  de  manière  à  régulariser  l’action  des  intestins  et  à  tenir  le  ven¬ 
tre  modérément  ouvert,  en  y  joignant  des  diurétiques,  et  la  libre  exposition  de  la 
femme  au  grand  air  ;  et  cela  est  généralement  suffisant.  Mais  si  le  cas  est  urgent  ou 
menaçant,  il  faut  recourir  à  la  saignée  par  la  lancette.  Règle  générale,  cette  évacuation 
doit  se  faire  très  largement,  en  se  dirigeant  toutefois,  comme  dans  tout  autre  cas,  selon 
la  force,  le  tempérament  et  la  constitution  des  malades,  et  peut-être  aussi  selon  la 
période  à  laquelle  on  est  appelé.  La  saignée  peut  être  modérée  en  proportion  de  l’éloi¬ 
gnement  du  travail;  mais  quand  celui-ci  est  commencé,  il  n’y  a  pas  de  temps  à  per¬ 
dre;  le  traitement  doit  être  actif,  énergique  et  décisif;  à  cette  période  l’administration 
du  tartre  émétique  à  doses  nauséeuses  est  une  excellente  ressource. 

Les  convulsions,  sous  l’influence  de  ce  traitement,  deviennent  rarement  fatales  par 
elles-mêmes  ;  mais  elles  semblent  fréquemment  prédisposer  à  l’inflammation  du  péri¬ 
toine  ou  de  l’utérus,  qui  peut  apparaître  vers  le  deuxième  ou  troisième  jour  après  la 
délivrance,  et  qui  suit  généralement  une  course  rapide.  Ainsi,  la  femme  échappée  aux 
convulsions  a  un  autre  danger  à  courir,  et  l’autopsie  des  malades  mortes  après  les  atta¬ 
ques  prouvent  que  la  mort  est  due  à  une  métrite  ou  à  une  péritonite.  Chez  les  deux 
femmes  qui  ont  succombé  dans  notre  hôpital,  on  verra  que  la  péritonite  s’est  déclarée 
dans  un  très  court  délai,  et  a  été  très  rapidement  mortelle;  et  plusieurs  autres  qui  ont 
guéri  ont  été  frappées  de  la  même  affection,  bien  qu’à  un  moindre  degré  d’intensité. 
Dans  trois  des  cinq  cas  rapportés  par  le  docteur  Collins,  il  y  avait  aussi  des  traces  ma¬ 
nifestes  d’une  inflammation  abdominale.  La  connaissance  de  ce  fait  contribuera  à  dimi¬ 
nuer  la  mortalité  après  cette  redoutable  maladie,  si  elle  conduit  à  faire  adopter  un  plan 
de  traitement  prophylactique,  tel  que  l’administration  du  mercure  à  petites  doses  ;  et  si 
nos  efforts  échouent,  et  que  la  péritonite  se  déclare,  nous  avons  encore  l’avantage 
d’avoir  fait  prendre  à  la  malade  une  certaine  quantité  de  ce  médicament,  circonstance 
de  la  plus  grande  importance  si  l’on  considère  la  marche  rapide  de  ces  sortes  de  cas. 

Des  faits  que  je  viens  de  signaler,  résulte  une  conséquence  trop  évidente  pour  avoir 
besoin  d’y  insister  :  c’est  qu’il  importe  à  tout  médecin  de  visiter  sa  malade  et  de  s’assu- 


U.  JOHNS.  —  OBSERVATIONS  SUR  LES  CONVULSIONS  PUERPÉRALES.  363 

rer  de  la  santé  générale  durant  les  derniers  mois  de  la  grossesse,  et  plus  particulièrement 
si  elle  est  enceinte  pour  la  première  fois. 

Feu  le  docteur  John  Clarke  de  Londres,  dans  ses  Practical  Essays  on  the  management 
of  Pregnancy  and  Labour ,  a  donné  sur  ce  point  quelques  remarques  d’une  haute  valeur; 
j’en  reproduirai  l’extrait  suivant: 

e  En  ce  qui  concerne  le  régime  général  des  femmes  grosses ,  nous  devons  toujours 
nous  rappeler  que  la  marche  du  prochain  travail  et  ses  conséquences  dépendront  beau¬ 
coup  de  l’état  antérieur  de  la  santé  de  la  femme.  Dans  toutes  les  prescriptions  laites 
durant  la  grossesse,  il  faut  donc  considérer  les  effets  qu’elles  peuvent  produire  et  sur 
l’accouchement  et  sur  la  santé  delà  femme  après  l’accouchement. 

«  La  disposition  naturelle  des  femmes  enceintes  tourne  vers  la  pléthore,  et  vers  ces 
affections  qui  ont  été  dénommées  maladies  par  accroissement  d’action.  Si  cette  dispo¬ 
sition  pléthorique  et  cette  action  augmentée  sont  entretenues  ou  aggravées  par  une  ali¬ 
mentation  peu  convenable  ou  échauffante,  par  un  violent  exercice,  par  l’usage  immo¬ 
déré  et  imprudent  des  liqueurs  fortes,  il  est  évident  que  l’excitation  produite  par  le 
seul  effet  du  travail  de  l’enfantement  sera  suffisante,  dans  une  constitution  ainsi  pré¬ 
disposée,  pour  produire  de  la  fièvre.  Pour  s’en  tenir  à  l’abri,  les  femmes,  durant  leur 
grossesse,  doivent  éviter  avec  le  plus  grand  soin  tout  excès  de  table,  et  suivre  un  régime 
de  nourriture  qui  ne  les  excite  ni  durant  la  digestion  ni  après.  Les  fruits,  les  légumes, 
le  laitage,  sont  particulièrement  convenables,  en  y  joignant  l’usage  très  modéré  des 
viandes,  des  liqueurs  fortes  et  des  épices.  L’exercice  est  utile,  mais  pris  également  avec 
modération,  et  autant  que  possible  dans  un  air  pur. 

«  Avec  une  attention  constamment  dirigée  sur  tous  ces  points,  nous  conduirons  si 
bien  les  femmes  à  travers  la  grossesse,  qu’elles  arriveront  à  l’accouchement  en  parfaite 
santé,  avec  la  constitution  préparée  à  soutenir  tous  les  efforts  du  travail,  et  sans  les 
exposer  le  moins  du  monde  aux  affections  qui  en  sont  la  suite.  a 

Je  n’ai  plus  qu’à  répéter  ce  que  j’ai  déjà  avancé  avec  une  conviction  entière,  que  les 
convulsions  puerpérales  n’arrivent  presque  jamais  que  dans  les  cas  de  premières  cou¬ 
ches,  ou  quand  l’enfant  présente  la  tête  ;  d’où  il  suit  pour  la  pratique,  que  la  même  classe 
de  symptômes  qui,  avec  ces  deux  conditions,  donneraient  à  craindre  une  attaque  de  con¬ 
vulsions,  deviennent  presque  entièrement  insignifiants  quand  la  femme  a  déjà  eu  des 
enfants  sans  avoir  d’attaques  de  ce  genre,  ou  quand  la  présentation  est  non  naturelle. 
Mais  lorsque  ces  symptômes  précurseurs  montrent  le  péril  imminent,  il  est  de  la  plus 
grande  importance  de  prévenir  les  convulsions  autant  que  possible,  non-seulement  à 
cause  du  danger  qu’elles  entraînent  immédiatement  et  directement,  mais  parce  qu’elles 
laissent  un  germe  de  maladies  formidables  pour  plus  tard,  ainsi  que  le  montre  le  fait 
suivant  : 

Une  dame  âgée  de  40  ans,  ayant  eu  une  attaque  d’apoplexie,  en  est  restée  paralysée  d’un 
côté,  et  traîne  ainsi  sa  misérable  existence,  ayant  aussi  presque  perdu  l’intelligence.  Par 
l’histoire  des  antécédents,  on  voit  qu’elle  a  eu  ce  gonflement  à  la  face  et  aux  membres  supé¬ 
rieurs  que  j’ai  décrit  plus  haut,  accompagné  de  céphalalgie,  dans  sa  première  grossesse. 
Le  médecin  n’y  fit  pas  attention;  et  quand  le  travail  arriva,  elle  fut  prise  d’une  violente 
attaque  de  convulsions  puerpérales.  Depuis  cette  époque  jusqu’à  l’intervention  de  l’hé¬ 
miplégie,  la  malade  avait  de  temps  à  autre  éprouvé  des  maux  de  tête,  qu’elle-même  et 
ses  amis  considéraient  comme  la  conséquence  des  convulsions  puerpérales,  attendu 
qu’elle  n’en  avait  jamais  souffert  auparavant. 

Il  reste  à  signaler  un  autre  fait  qui  se  rattache  aussi  à  f  histoire  des  convulsions  puer¬ 
pérales,  et  qui  n’est  pas  sans  importance.  Lorsqu’une  femme,  sujette  antérieurement  à 
des  attaques  d’épilepsie,  se  marie  et  devient  enceinte,  on  peut  demander  si  l’affection 
antérieure  exercera  une  influence  fâcheuse  sur  la  grossesse  et  sur  l’accouchement.  Or, 
bien  que  l’épilepsie  ait  été  regardée  par  quelques-uns  comme  une  prédisposition  aux 
convulsions  puerpérales,  et  que  les  deux  affections  semblent  être  de  même  nature,  je 
dirai  cependant  que  l’épilepsie  paraît  soumise  à  une  toute  autre  loi,  tellement  que  les 


364  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

femmes  qui  en  étaient  atteintes  semblent  moins  sujettes  à  ses  attaques  durant  la  grossesse 
que  dans  tout  autre  temps. 

Baudelocque  dit  que,  lorsque  l’épilepsie  est  une  affection  constitutionnelle,  les  accès 
qui  surviennent  durant  la  grossesse  n’ont  aucune  influence  fâcheuse  sur  la  gestation. 
Velpeau  écrit  que  la  grossesse  paraît  suspendre  entièrement  les  accès  d’épilepsie.  Je  ne 
saurais  adopter  ce  sentiment  dans  toute  son  étendue  ;  car  il  est  des  femmes  qui  ont  des 
accès  de  temps  à  autre  durant  la  gestation  ;  et  tout  récemment  il  s’en  est  présenté  un 
cas  remarquable  dans  notre  hôpital.  Une  femme  entra  dans  la  salle  de  travail  avec  des 
brûlures  à  la  face  fort  étendues  et  non  encore  guéries  ;  ces  lésions  provenaient  d’un  accès 
d  épilepsie  qu’elle  avait  eu  quelques  jours  avant  l’accouchement,  et  pendant  lequel  elle 
était  tombée  dans  le  teu.  L’accouchement  n’en  fut  pas  moins  heureux,  et  elle  n’eut  ni 
convulsions  ni  rien  qui  y  manifestât  la  moindre  tendance. 

Mais  il  ne  saurait,  à  mon  avis,  rester  aucun  doute  sur  ce  point,  que  souvent  les  femmes 
épileptiques,  durant  leur  grossesse,  demeurent  exemptes  de  tout  accès,  ou  du  moins  que 
la  rigueur  de  ceux-ci  est  fort  mitigée.  J’ai  ouï  le  docteur  Johnson  faire  cette  remarque 
dans  ses  cours,  et  pour  mon  compte  j’ai  eu  de  nombreuses  occasions  de  la  vérifier.  Des 
cas  multipliés  que  la  pratique  de  l’hôpital  m’a  fourni  l’occasion  d’observer,  il  n’y  en  a 
pas  eu  un  seul  dans  lequel  des  convulsions  soient  survenues,  ni  durant  la  grossesse,  ni 
dans  le  travail,  ni  même  immédiatement  après  ;  mais  quelques  femmes  ont  éprouvé  un 
retour  de  leurs  attaques  quelques  jours  après  la  délivrance,  attaques  du  reste  qui  se  ter¬ 
minaient  sans  aucun  traitement.  Nous  en  avons  vu  l’année  dernière  à  l’hôpital  un  cas 
remarquable,  et  qui  aurait  bien  dû  amener  des  convulsions  puerpérales,  s’il  y  avait  le 
moindre  rapport  entre  les  deux  maladies.  Une  femme  sujette  à  l’épilepsie  depuis  son  en- 
lance,  d’une  petite  taille,  avec  un  bassin  peu  développé,  enceinte  pour  la  première  fois, 
et  chez  qui  le  travail  fut  lent  et  difficile,  n’en  demeura  pas  moins  tranquille  durant  son 
séjour,  et  quitta  l’hôpital  sans  avoir  eu  le  moindre  symptôme  de  convulsions. 

OBSERVATIONS. 

1°  Symptômes  précurseurs  négligés,  suivis  des  convulsions  dans  le  travail. 

Obs.  L—  Mary  Horan,  26  ans,  primipare,  entra  à  l’hôpital  le  15  février  1841.  Après 
27  heures  de  travail  elle  donna  naissance  â  un  garçon  vivant.  Dès  que  la  tète  qui  se  pré¬ 
sentait  la  première  fut  sortie,  la  femme  fut  prise  de  convulsions  qui  cédèrent  à  la  saignée 
et  à  la  potion  émétisée.  11  paraît  que,  dans  les  derniers  mois  de  sa  grossesse,  elle  avait 
beaucoup  souffert  de  maux  de  tête  avec  obscurcissement  de  la  vision  et  paralysie 
du  bras  droit  ;  elle  se  rétablit  parfaitement  et  quitta  l’hôpital  le  8e  jour  après  son 
entrée. 

Obs.  IL— Mary-Anne  Dunne,  21  ans,  primipare,  fut  admise  à  l’hôpital  le  19  avril 
1841  ;  elle  était  prise  de  convulsions  qui  étaient  survenues  après  16  heures  de  travail. 
Tous  les  fœtus  (elle  en  portait  trois,  deux  garçons  et  une  fille)  se  présentèrent  naturelle¬ 
ment,  bien  qu’il  fallût  recourir  aux  instruments  pour  les  extraire.  Les  convulsions  furent 
vaincues  par  le  traitement  accoutumé,  la  saignée,  la  purgation  et  la  potion  émétisée  (1); 

mais,  le  deuxième  jour  après  la  délivrance ,  éclatèrent  des  symptômes  de  péritonite  qui 
T  enl  evèrent  en  36  heurés . 

L  autopsie  fut  faite  12  heures  après  la  mort.  Le  péritoine  était  généralement  enflam¬ 
me,  surtout  dans  la  région  des  ovaires  ;  la  cavité  abdominale  contenait  un  peu  de 
sérosité  et  de  lymphe  coagulée,  mais  molle  et  sans  consistance;  les  ovaires,  accrus  jus- 


(1)  Ce  traitement  n’étant  pas  donné  avec  tous  les  détails  nécessaires,  nous  croyons  devoir 
transcrire  ici  ce  qu’en  dit  le  docteur  Collins,  qui  paraît  avoir  le  premier  employé  l’émétique 
dans  ces  circonstances  à  l’hôpital  des  femmes  en  couche  de  Dublin. 

«  Dans  tous  les  cas  graves  de  convulsions  puerpérales  ,  dit-il ,  après  une  large  saignée , 
et  après  avoir  agi  vigoureusement  sur  les  intestins  avec  le  calomel  et  le  jalap,  je  cherche  à 
mettre  les  malades  sous  l’influence  du  tartre  émétique  administré  de  manière  à  produire  des 


R.  JOHNS. — OBSERVATIONS  SUR  LES  CONVULSIONS  PUERPÉRALES.  365 

qu’au  triple  de  leur  volume  naturel,  étaient  infiltrés  de  sérosité,  dans  une  désorganisa¬ 
tion  complète,  contenant  dans  leur  intérieur  beaucoup  de  petits  corps  d’apparence 
vasculaire.  Les  ligaments  larges  et  les  trompes  de  Fallope  étaient  fortement  vascu¬ 
larisés. 

Cette  femme,  durant  les  derniers  mois  de  sa  grossesse,  avait  beaucoup  souffert  d’un 
gonflement  œdémateux  aux  mains,  à  la  face  et  aux  pieds,  sans  compter,  de  temps  à 
autre,  des  maux  de  tète  violents. 

Obs.  III.' — Maria  Galbraith,  25  ans,  primipare,  entrée  à  l’ hôpital  le  11  juin  1841. 
L’enfant,  qui  était  une  fille,  présentait  la  tête  ;  au  bout  de  40  heures  de  travail,  la  mère 
fut  prise  de  convulsions  qui  furent  combattues  avec  succès  par  la  saignée,  la  purgation, 
la  potion  émétisée;  et  l’on  retira  l’enfant  à  l’aide  du  crochet.  Elle  se  rétablit  lentement 
et  quitta  l’hôpital  le  3  juillet. 

Devenue  enceinte  une  seconde  fois,  elle  eut  également  durant  le  travail  des  convul¬ 
sions  ,  suivies  cette  fois  de  péritonite,  de  laquelle  elle  se  rétablit  lentement,  mais  heu¬ 
reusement. 

Obs.  IV.— Catherine  Skelly,  19  ans,  primipare,  entra  à  l’hôpital  le  29  juillet  1841; 
l’enfant,  qui  était  une  fille,  présentait  la  tête,  et  sortit  morte  au  bout  de  5  heures  de  tra¬ 
vail.  Immédiatement  après  la  délivrance  elle  fut  prise  de  convulsions  ;  mais  celles-ci 
cédèrent  promptement  à  l’administration  de  la  potion  émétisée;  et  le  5  août  la  femme 
quitta  l’hôpital,  8  jours  après  son  entrée. 

Durant  sa  grossesse,  elle  avait  beaucoup  souffert  de  maux  de  tête,  compliqués  de  gon¬ 
flement  et  d’œdème  aux  membres  supérieurs. 

Obs.  V.— Sarah  Maypowdre,  17  ans,  primipare,  entra  le  28  octobre;  l’enfant  était  une 
fille  mort-née,  qui  avait  présenté  la  tête.  Après  14  heures  de  travail,  les  convulsions 
survinrent  et  cédèrent  à  la  saignée,  à  la  purgation  et  à  la  potion  émétisée.  Le  4e 
jour  après  les  couches,  il  se  déclara  une  péritonite  qui  fut  combattue  avec  succès,  et  la 
femme  quitta  l’hôpital  en  parfait  état  le  31  du  même  mois,  12  jours  après  l’accou¬ 
chement. 

On  sut  ensuite  qu’elle  avait  souffert  de  violents  maux  de  tête,  et  avait  eu  quelques 
accès  de  convulsions  durant  le  dernier  mois  de  sa  grossesse.  Elle  revint  faire  à  l’hôpital 
ses  deuxièmes  couches,  et  cette  fois  n’eut  point  de  convulsions. 

Obs.  VL— Rosanna  Capper,  20  ans,  primipare,  entrée  le  19  février  1842.  Après  10 
heures  de  travail  elle  fut  prise  de  convulsions,  et  ne  tarda  pas  à  accoucher  d’une  petite 
fille  vivante  qui  s’était  présentée  par  la  tète.  Les  accès  furent  apaisés  et  finalement  dis¬ 
sipés  par  le  traitement  ordinaire:  saignée,  purgation,  potion  émétisée.  Le  4e jour 
après  l’ accouchement,  survint  une  métrite,  dont  la  femme  guérit;  et  elle  quitta  l’hôpi¬ 
tal  le  15  mars,  parfaitement  rétablie. 

Dans  les  derniers  mois  de  sa  grossesse,  cette  malade  avait  beaucoup  souffert  de  maux 
de  tête,  d’un  œdème  considérable  aux  mains  et  à  la  face,  avec  des  rougeurs,  et  une 
douleur  fixe  au  centre  du  front. 


nausées  sans  vomissement.  Dans  ce  but  on  donne  chaque  demi-heure  une  cuillerée  à  bouche 
de  la  potion  suivante  : 

^Eau  de  pouliot .  |  iij  (90  grammes). 

Tartre  émétique . gr.  viij  (40  centigr.). 

Teinture  d’opium .  gutt.  xxx. 

Sirop  simple .  5  ij  fi  (10  grammes). 

«  La  quantité  d’émétique  est  augmentée  ou  diminuée  suivant  l’urgence  des  symptômes  et  la 
force  de  la  malade.  » 

La  dose  du  calomel,  d’après  le  docteur  Halpin  qui  a  -vu  ce  traitement  réussir  nombre  de 
fois  dans  le  même  hôpital,  est  de  10  à  15  grains ,  en  une  fois,  seul  ou  combiné  avec  le  jalap. 
La  potion  émétisée  est  surtout  héroïque  dans  le  cas  de  travail  lent  et  pénible,  où  la  rigi¬ 
dité  du,  col  utérin  empêche  d’introduire  la  main  dans  la  matrice  et  d’accélérer  l’accouchement. 

(  Même  journal  et  même  numéro.)  ■ 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


m 

Ors.  VII.— Eliza  Lawrence,  25  ans,  primipare,  fat  apportée  à  l’hôpital  le  18  mai 
1842,  durant  un  accès  de  convulsions  qui  l’avaient  prise  après  17  heures  de  travail.  Le 
foetus  était  mort-né;  c’était  une  petite  fille  qui  s’était  présentée  naturellement.  Les  con¬ 
vulsions  furent  arrêtées  par  le  traitement  ordinaire  :  saignée,  purgation,  potion  émétisée. 
Le  3e  jour  après  l’accouchement  la  malade  fut  attaquée  d’une  métro-péritonite,  à  laquelle 
elle  succomba  le  lendemain. 

A  l’autopsie,  on  trouva  une  abondante  quantité  de  sérosité  couleur-paille,  avec  des 
lambeaux  de  lymphe  flottante,  épanchée  dans  la  cavité  abdominale;  un  peu  de  lymphe 
coagulée  adhérait  aussi  aux  intestins,  qui  étaient  plus  pâles  qu’à  l’état  normal,  et  consi¬ 
dérablement  distendus  par  des  gaz.  L’utérus  était  mou,  non  suffisamment  revenu  sur 
lui-même;  sa  surface  externe  était  pâle,  et  l’interne  recouverte  d’un  mucus  noir  sécrété 
par  ses  parois;  le  tissu  du  col,  dans  l’épaisseur  d’une  ligne  intérieurement,  de  même  que 
le  museau  de  tanche,  étaient  fortement  colorés  en  noir  et  dans  un  état  de  putrilage.  Les 
ovaires  mollasses,  contenant  un  liquide  séreux.  Un  corps  jaune  existait  dans  l’ovaire 
droit,  mais  l’on  eut  beaucoup  de  peine  à  le  découvrir,  étant  presque  entièrement  désor¬ 
ganisé. 

Cette  femme,  durant  les  derniers  mois  de  sa  grossesse,  avait  beaucoup  souffert  de 
maux  de  tête,  auxquels  s’étaient  joints  du  gonflement  et  de  l’œdème  à  la  face  et  aux 
membres  supérieurs  et  inférieurs. 

Obs.  VIII. — Anne  M’Fadden,  âgée  de  22  ans,  enceinte  pour  la  seconde  fois,  fut 
admise  à  l’hôpital  le  7  juin  1842,  et  mit  au  monde  une  petite  fille  mort-née,  après  huit 
heures  d’un  travail  naturel.  Elle  fut  prise  de  Convulsions  8  heures  et  demie  après  l’ ac¬ 
couchement,  et  en  fut  délivrée  par  le  traitement  ordinaire.  Le  lendemain  se  déclara  une 
péritonite  de  laquelle  elle  réchappa  encore,  et  elle  quitta  l’hôpital  parfaitement  rétablie 
le  8e  jour  de  ses  couches. 

Cette  femme,  dans  les  derniers  temps  de  sa  grossesse,  avait  eu  de  violents  maux  de 
tête,  compliqués  de  gonflement  et  d’œdème  des  extrémités  supérieures,  et  avait  déjà  eu 
des  convulsions  dans  sa  première  couche.  Elle  est  aujourd’hui  enceinte  pour  la  troisième 
fois,  et  prend  les  mesures  propres  à  prévenir  des  convulsions  nouvelles,  ayant  déjà  la 
plupart,  pour  ne  pas  dire  tous  les  symptômes  précurseurs. 

Obs.  IX. — Mary  Callaglaan,  21  ans,  primipare,  entrée  le  7  juin  1842,  accouchée 
d’un  garçon;  présentation  naturelle.  Après  50  heures  de  travail,  elle  fut  prise  de  con¬ 
vulsions  qui  cédèrent  au  traitement  ordinaire;  et  finalement  l’enfant  fut  extrait  à  l’aide 
du  crochet.  Trois  jours  après  survint  une  péritonite  de  laquelle  elle  réchappa,  et  elle 
quitta  l’hôpital  parfaitement  rétablie  le  12e  jour  après  son  accouchement. 

Cette  femme  avait  souffert  de  vives  douleurs  de  tête,  combinées  avec  un  gonfle¬ 
ment  et  un  œdème  des  extrémités  supérieures  durant  les  derniers  mois  de  sa  grossesse, 
Elle  avait  été  menacée  de  convulsions  qu’on  avait  évitées  parle  traitement  approprié, 

2 0  Symptômes  précurseurs  ;  convulsions  évitées  par  le  traitement  approprié , 

Obs.  X. — Mary  Rynd,  âgée  de  20  ans,  enceinte  pour  la  première  fois,  fut  admise  à 
l’hôpital  le  19  novembre  1841,  souffrant  beaucoup  de  maux  de  tête,  compliqués  de  gon¬ 
flement  et  d’œdème  à  la  face  et  aux  membres  supérieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  prit 
la  potion  émétisée,  eut  un  accouchement  naturel  qui  se  termina  en  4  heures,  et  mit  au 
monde  un  garçon  vivant.  Le  lendemain  se  déclara  une  péritonite  qui  céda  au  traite¬ 
ment.  Le  27,  8  jours  après  son  entrée,  elle  sortit  parfaitement  rétablie,  sans  avoir 
éprouvé  un  seul  accès  de  convulsions,  ni  aucun  retour  des  symptômes  précurseurs. 

Obs.  XI. — Maria  Carroll,  24  ans,  primipare,  entrée  le  17  octobre  1841.  Après  40 
heures  de  travail  apparurent  quelques-uns  des  symptômes  précurseurs  des  convulsions, 
une  céphalalgie  intense,  compliquée  de  gonflement  et  d’œdème  aux  membres  supérieurs. 
Néanmoins,  après  avoir  été  saignée,  purgée  et  émétisée,  elle  se  délivra  rapidement  d’une 
fille  mort-née,  et  quitta  l’hôpital  10  jours  après,  parfaitement  rétablie ,  et  n’ayant  eu  ni 
convulsions  ni  retour  des  symptômes  précurseurs. 


R.  JOHNS. — OBSERVATIONS  SUR  LES  CONVULSIONS  PUERPÉRALES.  367 

Obs.  XII.— Honora  Reilly,  30  ans,  primipare,  entrée  le  17  décembre  1841.  Après 

22  heures  de  travail,  elle  se  plaignait  beaucoup  de  mal  de  tète,  et  était  extrêmement 
agitée.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée;  et  peu  après  elle  mit  au  monde  un  garçon 
vivant  qui  était  venu  par  la  tète.  Huit  jours  plus  tard  elle  quitta  l’hôpital  parfaitement 
rétablie,  n’ayant  eu  ni  convulsions  ni  retour  des  symptômes  précurseurs. 

Obs.  XIII. — Anna  Smith,  âgée  de  18  ans,  enceinte  pour  la  première  fois,  entra  le 

23  décembre  1841,  se  plaignant  beaucoup  d’un  mal  de  tête  combiné  avec  du  gonfle¬ 
ment  et  de  l’œdème  aux  membres  supérieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée,  et 
après  4  heures  de  travail  donna  le  jour  à  une  fille  vivante.  Le  8e  jour  elle  sortit  par¬ 
faitement  rétablie,  sans  avoir  eu  de  convulsions  ni  de  retour  des  symptômes  pré¬ 
curseurs. 

Obs.  XIV. — Mary  Conway,  âgée  de  23  ans,  enceinte  pour  la  seconde  fois,  entra  le  8 
mars  1842,  avec  une  céphalalgie  intense  et  un  gonflement  œdémateux  des  membres 
supérieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée,  et  après  8  heures  de  travail  mit  au  monde 
un  garçon  vivant.  Elle  sortit  parfaitement  rétablie,  huit  jours  après  son  accouchement, 
sans  avoir  eu  ni  convulsions  ni  retour  des  symptômes  précurseurs. 

Cette  femme  avait  eu  des  convulsions  dans  ses  premières  couches. 

Obs.  XV. — Elisabeth  Barnes,  âgée  de  24  ans,  primipare,  entra  le  10  août  1842,  se 
plaignant  beaucoup  d’une  céphalalgie  combinée  avec  un  gonflement  et  un  œdème  des 
membres  supérieurs,  phénomènes  qui  dataient  des  derniers  mois  de  la  grossesse.  Elle 
fut  saignée,  purgée,  émétisée ,  et  après  un  travail  naturel  qui  dura  22  heures,  accoucha 
d’une  fille  vivante.  Elle  sortit  huit  jours  après,  sans  avoir  eu  ni  convulsions,  ni  retour 
des  symptômes  précurseurs. 

Obs. XVI. — Sarah  Pepper,  âgée  de 24  ans,  entra  le  21  mars  1842,  souffrant  d’une 
céphalalgie  intense,  combinée  avec  du  gonflement  et  de  l’œdème  aux  membres  supé¬ 
rieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée,  et  accoucha  naturellement  après  un  travail  de 
8  heures,  d’une  petite  fille  vivante,  sans  avoir  ni  convulsions  ni  retour  des  symptômes 
précurseurs. 

Trois  jours  après  survint  une  péritonite,  qui  fut  conjurée  par  le  traitement,  et  elle 
sortit  parfaitement  rétablie,  le  8e  jour  après  son  entrée. 

Obs.  XVII.— Ellen  Kelly,  âgée  de  19  ans,  entra  le  13  mai  1842,  accusant  un  violent 
mal  de  tête,  ayant  en  outre  un  gonflement  œdémateux  aux  membres  supérieurs,  une 
paralysie  du  bras  droit  et  une  grande  douleur  dans  l’épaule.  Elle  fut  saignée,  purgée, 
émétisée,  eut  un  travail  de  8  heures  de  durée  et  accoucha  d’une  petite  fille  vivante. 
Elle  sortit  huit  jours  après,  sans  avoir  eu  ni  convulsions  ni  retour  des  symptômes  pré¬ 
curseurs. 

Obs.  XVIII.— Margaret  Reynolds,  âgée  de  21  ans,  primipare,  se  présenta  à  l’hôpital 
durant  le  dernier  mois  de  sa  grossesse,  pour  être  traitée  d’une  céphalalgie  intense 
compliquée  d’une  vive  douleur  à  l’estomac,  et  d’un  gonflement  œdémateux  à  la  face 
et  aux  membres  supérieurs.  Elle  fut  purgée,  saignée,  tenue  constamment  en  plein  air  ; 
et  lorsqu’elle  rentra  à  l’hôpital  le  10  juin  1842  (environ  un  mois  après),  elle  accoucha 
naturellement,  après  12  heures  de  travail,  d’un  garçon  mort-né;  et  elle  sortit  huit  jours 
après  parfaitement  rétablie,  sans  avoir  eu  ni  convulsions  ni  retour  des  symptômes  pré¬ 
curseurs. 

Obs.  XIX. — Ellen  Robinson,  âgée  de  20  ans,  primipare,  entra  le  8  juin  1842  accu¬ 
sant  un  fort  mal  de  tête  compliqué  d’un  gonflement  œdémateux  aux  membres  supé¬ 
rieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée,  et,  après  15  heures  de  travail,  accoucha 
naturellement  d’un  garçon  vivant.  Huit  jours  plus  tard  elle  quittait  l’hôpital  en  parfait 
état,  n’ayant  eu  ni  convulsions  ni  retour  des  premiers  symptômes. 

Obs.  XX.— Esther  Boyle,  âgée  de  25  ans,  primipare,  vint  à  l’hôpital,  dans  le  dernier 
mois  de  sa  grossesse,  réclamer  des  soins  pour  un  violent  mal  de  tête  compliqué  de 
gonflement  œdémateux  à  la  face  et  aux  membres  supérieurs.  Elle  fut  saignée,  purgée, 
on  lui  recommanda  le  grand  air  ;  à  la  fin  du  mois,  le  4  juillet  1842,  elle  revint  à  l’hôpi¬ 
tal,  où  elle  accoucha  naturellement  en  6  heures  d’une  petite  fille  vivante.  Huit  jours 


368  REVUE  CRITIQUE. 

après  elle  sortait  parfaitement  rétablie,  sans  avoir  eu  ni  convulsions  ni  retour  des 
symptômes  précurseurs. 

Obs.  XXL— Joan  Moore,  âgée  de  22  ans,  primipare,  entra  le  10  août  1842,  souffrant 
d’une  céphalalgie  intense,  compliquée  d’un  gonflement  œdémateux  aux  membres  su¬ 
périeurs.  Elle  fut  saignée,  purgée,  émétisée,  et,  après  24  heures  de  travail,  accoucha 
naturellement  d’un  garçon  vivant.  Huit  jours  après  elle  quittait  l’établissement  comme 
les  précédentes,  en  parfait  état  de  santé,  et  n’ayant  eu  ni  convulsions  ni  retour  des 
symptômes  précurseurs,  ^ 


REVUE  CRITIQUE. 
Cliiriii'gie. 


DE  LA  FRÉQUENCE  RELATIVE  DU  CANCER  DANS 
LES  DIVERS  AGES. 

Nous  avons  reproduit  (v.  p.  278  de  ce  vo¬ 
lume)  les  recherches  de  M.  Tanchou  sur  cette 
question  ;  il  ne  sera  pas  sans  intérêt  de  les 
comparer  avec  un  tableau  de  même  nature, 
dressé  par  M.  Farr  en  Angleterre.  Dans  l’un 
comme  dans  l’autre,  les  chiffres  expriment  le 
nombre  des  morts  déterminées  par  le  cancer. 


AGES. 

HOMMES. 

FEMMES. 

TOTAL 

pour 

les  deux 
sexes. 

A  2  mois . 

0 

1 

1 

—  3  mois . 

0 

1 

1 

—  1  an  ...  . 

2 

1 

1 

—  2  ans . 

4 

5 

—  3  ans . 

0 

0 

3 

1 

1 

—  4  ans . 

1 

1 

De  5  à  10  ans. 

2 

5 

—10  à  15  — 

1 

4 

5 

—  15  à  20  — 

5 

5 

8 

—  20  à  25  — 

4 

2 

6 

—  25  à  30  — 

1 

13 

14 

—  30  à  35  — 

6 

23 

29 

—  33  à  40  — 

15 

43 

58 

—  40  à  45  — 

19 

77 

96 

—  45  à  50  — 

23 

98 

121 

—  50  à  55  — 

34 

150 

164 

—  55  à  60  — 

35 

120 

155 

—  60  à  65  — 

44 

110 

154 

— 65  à  70  — 

45 

88 

155 

—  70  à  75  — 

i-r  M 

oo 

69 

104 

—  75  à  80  — 

30 

49 

79 

—  80  à  85  — 

16 

28 

44 

—  85  à  90  — 

1 

8 

9 

—  90  à  95  — 

2 

1 

3 

Au  dessus  de  93 

1 

0 

1 

Totaux . 

321 

879 

1200 

Le  Mémoire  dont  ce  tableau  est  extrait 
(Byron’s  on  Malignant  cutaneous  Diseases  of 
the  extremities  and  Trurik ,  in  the  Dublin 
Journal ,  septemb.  1843)  ,  l’a  transcrit  lui- 
même  d’un  autre  ouvrage,  et  ne  dit  rien  de 
la  manière  dont  il  a  été  recueilli.  Quoi  qu’il 
en  soit,  en  le  comparant  avec  celui  de  M.  Tan¬ 
chou  ,  nous  arrivons  aux  conséquences  sui¬ 
vantes  : 

En  Angleterre  comme  en  France,  «  le  can¬ 
cer  ,  fort  rare  dans  les  vingt  premières  an¬ 
nées  de  la  vie,  peu  commun  encore  de  20  à 
30  ans,  prend  tout  à  coup  un  développement 
énorme  entre  30  et  40,  frappe  le  plus  grand 
nombre  de  ses  victimes  de  40  à  70  ans;  et 
alors  même  il  est  loin  de  cesser  ses  ravages, 
et  pèse  encore  fortement  sur  les  dernières 
années  de  la  vie.  »  —  C’était  là  une  de  nos 
conclusions ,  que  nous  n’avons  eu  qu’à  repro¬ 
duire  littéralement. 

Quant  aux  sexes,  M.  Tanchou  a  compté  à 
Paris  plus  de  3  femmes  pour  l  homme;  la 
proportion  en  Angleterre  est  un  peu  plus 
faible,  et  ne  s’élève  qu’à  2,  74  à  1.  Peut-être 
cela  tient-il  à  ce  que  le  cancer  de  l’utérus 
est  moins  bien  étudié  chez  nos  voisins  que 
chez  nous. 

Nous  n’avions  rien  dit  alors  de  la  propor¬ 
tion  fort  diverse  des  décès  dans  les  deux 
sexes  pour  les  divers  âges  ;  il  est  curieux  de 
rechercher  ce  que  les  deux  documents  en¬ 
seignent  sous  ce  rapport. 

Il  est  d’abord  extrêmement  remarquable 
qu’à  tous  les  âges  la  femme  soit  plus  sujette 
au  cancer  que  l’homme  ;  même  dans  les  dix 
premières  années  de  la  vie,  où  la  différence 
des  sexes  ne  se  fait  pas  encore  sentir,  on 
trouve  dans  le  relevé  deM.  Tanchou, 

9  garçons,  14  filles  ; 
et  dans  celui  de  M.  Farr, 

6  garçons ,  11  filles. 

De  10  à  20  ans,  le  chiffre  était  égal  pour 
les  deux  sexes  dans  le  tableau  de  M.  Tanchou; 
il  est  toujours  supérieur  pour  les  femmes 
dans  celui  de  M.  Farr.  Au  rebours  ,  M.  Farr 
compte  3  hommes  pour  1  femme  au  dessus 
de  90  ans  ;  M.  Tanchou  trouve  4  homme15 
seulement  pour  22  femmes;  ces  petites  diffé" 


REVUE  CRITIQUE. 


rences  tiennent  à  la  faiblesse  des  chiffres 
eux-mêmes.  Dès  que  les  chiffres  sont  très 
considérables,  les  deux  tableaux  se  montrent 
d’accord. 

Pour  la  période  de  20  à  50  ans,  tous  deux 
nous  présentent  le  chiffre  des  femmes  triple 
de  celui  des  hommes.  De  50  à  40,  cette  pro¬ 
portion  est  dépassée  ;  en  France,  il  y  a  plus 
de  4  femmes  pour  1  homme  mort  de  cancer. 
De  40  à  50,  le  rapport  est  de  5  à  1 ,  dans 
l’un  et  l’autre  pays  ;  —  de  50  à  60 ,  il  redes¬ 
cend  à  5  et  demi  pour  1  ;  — de  60  à  70,  il  est 
au  dessous  de  2  et  demi  ;  —  de  70  à  80 ,  il 
baisse  encore  un  peu  ;  mais  par  un  revire¬ 
ment  des  plus  étranges,  il  y  a  au  dessus  de  cet 
âge  une  époque  où  tout  d’un  coup  le  chiffre 
des  femmes  s’accroît  prodigieusement.  De  80 
à  90  et  même  au-delà,  à  Paris,  les  femmes 
mortes  de  cancer  sont  presque  dans  le  rap¬ 
port  de  5  à  1  avec  les  hommes;  et  dans  la 
période  spéciale  de  85  à  90  ans,  M.  Farr  a 
compté  en  Angleterre  8  femmes  pour  i  homme. 
Est-ce  là  un  simple  jeu  du  hasard?  ou  se¬ 
rait-ce  l’indice  d’une  loi  encore  obscure,  que 
de  nouvelles  recherches  aideront  à  formuler 
plus  clairement?  Toujours  est-il  qu’en  thèse 
générale,  c’est  de  50  à  50  ans  que  le  cancer 
sévit  chez  les  femmes  avec  le  plus  de  vio¬ 
lence;  et  que  dans  les  deux  périodes  décen¬ 
nales  placées  immédiatement  avant  et  après 
cette  période  fatale,  la  mortalité  redescend 
à  peu  près  à  la  moyenne  générale  qui  est 
environ  de  5  pour  ]. 


NOUVELLE  MANIÈRE  DE  GUÉRIR  LES  FISTULES 

de  la  portion  antérieure  du  conduit  paroti¬ 
dien;  par  M.  Ribéri,  professeur  a  Turin . 

M.  Ribéri  entend  par  portion  antérieure 
ou  buccale  du  conduit  de  Sténon  la  portion 
comprise  entre  l’orifice  de  ce  conduit  et  le 
bord  antérieur  du  masséter  ;  c’est  celle  qui  est 
le  plus  fréquemment  affectée  de  fistules ,  et 
il  n’a  pas  même  eu  occasion  d’en  voir  sur  la 
portion  postérieure. 

Cela  posé,  l’idée  essentielle  de  la  méthode 
qu’il  propose  est  d’ouvrir  le  conduit  en  arrière 
de  la  fistule  même,  et  d’établir  une  fistule  in¬ 
terne  qui,  versant  la  salive  dans  la  bouche, 
l’empêche  d’arriver  à  la  fistule  externe,  et 
met  conséquemment  celle-ci  dans  les  meil¬ 
leures  conditions  de  cicatrisation.  Nous  re¬ 
produisons  d’ailleurs  littéralement  les  deux 
procédés  de  l’auteur: 

«  Premier  procédé.— Supposons  une  fistule 
du  conduit  parotidien  gauche.  On  place  et 
fixe  convenablement  le  patient.— 1er  Temps. 
I/opérateur  introduit  dans  la  bouche  le  doigt 
indicateur  de  la  main  gauche,  enveloppé  d’un 
linge,  et  l’applique  contre  l’endroit  de  la  fis¬ 
tule;  il  porte  en  même  temps  le  pouce  de  la 
même  main  sur  le  point  correspondant  de  la 


face  externe  de  la  joue,  et  tire  celle-ci  dans 
la  direction  de  la  ligne  médiane,  de  manière 
à  effacer  le  coude  du  conduit,  et  le  rectifier 
en  l’allongeant. — 2e  Temps.  11  reconnaît  avec 
le  bout  du  doigt  indicateur  de  l’autre  main  le 
bord  antérieur  du  masséter,  ce  qui  est  très 
aisé;  ensuite,  avec  un  petit  bistouri  à  tran¬ 
chant  convexe  il  coupe  verticalement  la  joue, 
sur  un  endroit  sain,  au-delà  du  lieu  fistuleux[ 
et  parallèlement  au  bord  antérieur  du  même 
muscle,  dans  le  but  de  découvrir  le  conduit 
de  Sténon,  comme  on  découvrirait  une  artère 
ou  un  nerf.  C’est  donc  par  petits  coups  qu’il 
faut  procéder;  une  petite  incision  et  un  peu 
d’habitude  font  découvrir  et  isoler  ce  con¬ 
duit  avec  une  grande  facilité.  Cela  fait,  on  lie 
le  conduit  avec  un  cordonnet  de  soie  ciré, 
absolument  comme  une  artère  dans  la  mé¬ 
thode  de  Hunter ,  et  l’on  coupe  l’un  des 
chefs;  on  coupe  ensuite  le  conduit  lui-même 
au  dessus  de  la  ligature. — 5e  Temps.  Avec  un 
bistouri  droit,  le  chirurgien  complète  alors 
la  plaie  ,  en  perforant  directement  d’un  seul 
trait  la  joue,  assez  amplement,  surtout  en 
dedans,  ce  qui  s’exécute  en  un  clin  d’œil; 
il  fait  passer  alors  le  fil  dans  la  bouche,  en 
lui  laissant  une  longueur  de  27  à  50  milli¬ 
mètres  (un  pouce  environ),  et  réunit  la  plaie 
externe  par  première  intention,  à  l’aide  d’é¬ 
pingles  fines  à  insectologie  et  d’un  fil,  etc. 
Ces  épingles  doivent  être  implantées  de  ma¬ 
nière  qu’elles  n’arrivent  pas  jusqu’au  conduit 
du  Sténon,  et  à  une  petite  distance  l’une  de 
l’autre ,  c’est-à-dire  à  deux  ou  trois  millimè¬ 
tres  (une  ligne  et  demie). 

«  La  plaie  externe  se  cicatrise  prompte¬ 
ment,  et  ne  laisse  qu’une  cicatrice  linéaire  à 
peine  visible.  Le  fil  laissé  dans  la  bouche  est 
toléré  sans  incommodité,  et  tombe  du  seizième 
au  vingt-cinquième  jour;  il  sert  de  conduc¬ 
teur  à  la  salive  provenant  du  bout  supérieur 
du  conduit;  son  nœud  favorise  la  formation 
de  la  fistule  interne  que  l’art  a  cherché  à 
établir,  en  empêchant  l’oblitération  du  bout 
supérieur  et  de  la  division  de  la  muqueuse 
buccale.  La  guérison  est  constante  et  dura¬ 
ble.  Après  la  chute  du  fil,  qu’on  peut  hâter 
au  besoin  à  l’aide  de  légères  tractions,  le 
cathétérisme  de  la  moitié  inférieure  du  con¬ 
duit  fait  voir  que  celui-ci  est  oblitéré  à  l’en¬ 
droit  lié. 

«  Deuxième  procédé.  —  Le  premier  temps 
est  comme  dans  le  précédent.  Le  chirurgien 
prend  alors  uh  bistouri  droit  et  étroit,  et  per¬ 
fore  la  joue  d’un  seul  trait,  à  l’endroit  indi¬ 
qué,  et  sans  disséquer  préalablement  le  con¬ 
duit,  ce  conduit  doit  se  trouver  ainsi  divisé 
de  prime-abord.  Le  doigt  indicateur,  qui  est 
dans  la  bouche,  relève  de  dedans  en  dehors 
les  bords  de  la  petite  plaie  ;  l’opérateur 
l’absterge  et  voit  saillir  le  bout  inférieur 
du  conduit  de  Sténon  ;  il  le  saisit  avec  une 

24 


c. 


REVUE  CRITIQUE. 


pince,  et  le  lie  comme  précédemment.  Le 
reste,  ut  suprU. 

«  Ce  procédé  est  plus  expéditif  et  moins 
douloureux,  mais  il  offre  l’inconvénient  de 
couper  un  petit  rameau  de  la  septième  paire, 
qui  marche  parallèlement  et  à  peu  de  distance 
du  conduit  salivaire.  Je  dois  cependant  faire 
remarquer  que  je  n’ai  observé  rien  de 
fâcheux  à  la  suite  de  la  division  de  ce  nerf. 
En  conséquence  je  l’ai  adopté  comme  le  pré¬ 
cédent,  et  je  m’en  sers  indifféremment.  » 

Ce  qui  a  suggéré  au  professeur  de  Turin 
l’idée  de  son  opération,  c’est  l’observa¬ 
tion  de  ce  fait  que  les  blessures  du  conduit 
de  Sténon  ne  se  terminent  point  par  fistule 
externe,  si  l’on  a  l’attention  de  bien  réunir 
la  plaie  par  première  intention,  au  moyen  de 
la  suture  entortillée ,  aidée  de  bandelettes 
agglutinatives  et  d’une  légère  compres¬ 
sion. 

«  Dans  ma  longue  carrière  clinique  dans  un 
grand  hôpital,  dit-il ,  j’ai  plusieurs  fois  eu 
affaire  à  des  divisions  de  ce  conduit,  soit  acci¬ 
dentellement,  par  suite  de  blessures,  soit  par 
nécessité,  dans  des  opérations  chirurgicales 
que  j’ai  dû  pratiquer  dans  cette  région;  je 
ne  me  suis  pas  inquiété  de  l’avenir  d’une  pa¬ 
reille  division  ;  seulement  j’ai  eu  la  précaution 
de  bien  réunir  la  plaie  externe,  et  la  guérison 
a  toujours  eu  lieu  sans  fistule.  Percy,  P .  Por¬ 
tai,  Bégin,  Gensoul ,  rapportent  des  observa¬ 
tions  pareilles.  M.  Bégin  avait  même  eu  la 
précaution,  dans  les  cas  de  ce  genre,  de  per¬ 
forer  la  muqueuse  buccale  si  elle  ne  l’avait 
pas  été  par  la  blessure,  dans  le  but  précisé¬ 
ment  d’établir  une  fistule  interne.  C’est  là  le 
résultat  constant  de  cette  pratique  de  la 
réunion  ;  le  contraire  est  une  exception.  » 

Néanmoins  comme  les  insuccès,  si  rares 
qu’ils  soient,  sont  toujours  à  craindre,  M.  Ri- 
béri  préfère  lier  dans  tous  les  cas  le  bout  an¬ 
térieur  du  conduit,  pour  assurer  la  formation 
d’une  fistule  interne.  11  n’est  pas  même  né¬ 
cessaire  que  la  ligature  porte  sur  le  conduit, 
qui  serait  souvent  difficile  à  reconnaître  au 
milieu  des  chairs  divisées ,  et  la  ligature  ne 
faisant  en  réalité  que  l’office  de  séton,  peut 
être  aussi  bien  appliquée  sur  le  tissu  cellu¬ 
laire  voisin.  En  voici  un  exemple  : 

«  Un  militaire  a  été  reçu  à  ma  clinique 
pour  un  coup  de  sabre  qu’il  avait  reçu  à  la  joue 
gauche  ;  la  plaie  ne  pénétrait  pas  dans  la  bou¬ 
che,  mais  le  conduit  sténonien  était  complè¬ 
tement  divisé;  j’ai  essayé  en  vain  de  saisir 
et  de  lier  le  bout  inférieur;  j’ai  donc  lié  en 
masse  le  tissu  cellulo-graisseux  qui  l’entoure, 
j’ai  coupé  assez  largement  les  couches  pro¬ 
fondes  de  la  joue,  j’ai  introduit  par  cette 
plaie  l’un  des  chefs  du  fil  dans  la  bouche, 
l’autre  étant  excisé,  et  j’ai  réuni  la  plaie  ex¬ 
terne  à  l’aide  de  la  suture  entortillée.  La  plaie 
était  fermée  le  cinquième  jour;  le  fil  de  l’iiu 


térieur  de  la  bouche  est  tombé  le  quinzième 
jour.  Guérison  parfaite.  » 

On  peut  alléguer  contre  cette  façon  de 
faire,  que  si  la  ligature  porte  sur  le  bout 
antérieur  du  conduit,  elle  s’oppose  a  la 
réunion  immédiate  des  deux  bouts.  Mais  cette 
réunion  peut  à  peine  être  regardée  comme 
possible  ;  Boyer  citait  déjà  le  fait  de  Garnier 
dans  lequel  le  bout  antérieur  avait  été  trouvé 
oblitéré;  et  M.  Ribéri  ajoute  qu’ayant  lui- 
même  sondé  le  canal  de  Sténon  par  son  ou¬ 
verture  naturelle  ,  chez  des  sujets  qu’il  avait 
guéris  de  ces  sortes  de  blessures,  il  a  trouvé 
constamment  une  oblitération  sur  le  point 
de  la  lésion.  En  transportant  le  procédé  à  la 
cure  des  fistules  déjà  établies,  il  obtenait  de 
nombreux  avantages  sur  les  procédés  anté¬ 
rieurs.  D’abord,  on  agit  sur  des  tissus  sains; 
on  fait  une  perforation  à  la  fois  large  et  di¬ 
recte  ;  le  fil  qu’on  y  laisse  à  demeure  entre¬ 
tient  le  passage  sans  le  fermer  par  son  propre 
volume;  enfin  on  évite  la  cause  probablement 
la  plus  fréquente  des  insuccès  des  procédés 
ordinaires ,  dans  lesquels  on  opère  vis-à-vis 
la  fistule  externe;  c’est  que  souvent  cette 
fistule  ne  correspond  pas  immédiatement  à 
l’obstacle  du  conduit,  mais  se  trouve  au  des¬ 
sus,  au  dessous,  en  avant,  etc.;  il  est  même 
des  cas  dans  lesquels  plusieurs  trajets  cor¬ 
respondent  à  un  seul  orifice  fistuleux ,  de 
telle  sorte  qu’en  guérissant  sur  un  point,  on 
voit  la  fistule  reparaître  sur  un  autre.  En 
définitive ,  les  procédés  ordinaires  opèrent 
sur  le  lieu  de  nécessité  et  avec  tous  les  avan¬ 
tages  de  cette  condition;  tandis  que  M.  Ri¬ 
béri  fait  son  opération  au  lieu  d’élection.  Il 
ne  cite  qu’un  seul  exemple  de  succès  ainsi 
obtenu;  nous  le  reproduirons  textuellement. 

«  MlleN...,  âgée  de  17  ans,  d’une  famille 
élevée,  d’une  constitution  nervoso-lymphati- 
que,  bien  réglée,  habituellement  bien  por¬ 
tante,  portait  depuis  dix-neuf 'mois  une  fistule 
salivaire  sur  la  joue  gauche,  à  peu  de  distance 
(quelques  lignes)  du  muscle  masséter.  Elle  et 
sa  famille  étaient  dans  la  désolation.  Le  mal 
avait  été  précédé  d’une  phlogose  ulcérative 
chronique  de  la  face  interne  de  la  joue,  oc¬ 
casionnée  probablement  par  une  dent  très 
aiguë  qui  avait  fait  irruption  sur  la  face 
alvéolaire  correspondante.  Je  l’ai  opérée  par 
mon  second  procédé  ;  la  plaie  externe  s’est 
cicatrisée  promptement  ;  l’ulcération  fistuleuse 
externe  s’est  cicatrisée  à  son  tour  après  la 
troisième  cautérisation  avec  la  pierre  infer¬ 
nale  ;  le  fil  buccal  est  tombé  le  dix-huitième 
jour.  Guérison  durable.  Les  cicatrices  à  la 
joue  sont  à  peine  visibles  :  elles  ressemblent  à 
celles  qu’on  se  procure  quelquefois  avec  un 
rasoir  bien  affilé.  » 

Ne  pourrait-on  simplifier  encore  cette  opé¬ 
ration,  et  couper  le  conduit  par  la  bouche, 
sans  intéresser  la  peau  de  la  joue?  M.  Ribéri 


REVUE  CRITIQUE. 


y  a  renoncé  à  raison  des  difficultés  d’exécu¬ 
tion;  il  est  donc  assez  inutile  de  parler  du 
procédé  qu’il  décrit  et  qu’il  rejette. 

Il  reste  seulement,  avant  de  finir,  à  exami¬ 
ner  une  question  de  priorité  qu’il  a  soulevée 
lui-même. 

On  lit  dans  la  Médecine  opératoire  de 
M.  Velpeau,  tom.  III,  pag.  532:  —  «  Peut- 
être  aussi  pourrait-on  se  borner  à  percer 
d’une  manière  quelconque  le  conduit  paroti¬ 
dien  en  arrière,  à  quelque  distance  de  l’ori¬ 
fice  fistuleux  et  à  établir  sur  la  voie  que  par¬ 
court  la  salive  une  fistule  interne  afin  de  pou¬ 
voir  fermer  celle  du  dehors.  Mais  ce  procédé, 
que  fai  proposé  en  1823  ,  n’a  point  encore 
été  mis  à  l’épreuve,  et  les  faits  de  Trécourt 
et  de  Charve,  qui  s’y  rapportent,  sont  peu 
concluants.  » 

M.  Ribéri,  après  avoir  cité  ce  passage, 
ajoute  qu’entre  l’idée  de  M.  Velpeau  et  la 
sienne,  la  différence  est  grande.  Pas  si  grande 
peut-être  qu’il  veut  bien  le  dire  ;  seulement 
M.  Velpeau  n’a  pas  donné  suite  à  son  idée, 
et  semble  même  en  laisser  la  priori  té  à  d’au¬ 
tres;  et  la  question  serait  de  savoir  si 
M.  Ribéri  a  été  précédé  par  Charve  ou  par 
Trécourt. 

Le  fait  de  Charve  a  été  rapporté  par  Lom¬ 
bard,  Opuscules  de  Chirurgie,  p.  21.  —  «  Il 
y  a  environ  18  ans,  dit-il,  qu’un  jeune  homme 
reçut  un  coup  de  pied  de  cheval  qui  lui  frac¬ 
tura  la  mâchoire  inférieure,  et  déchira  tous 
les  muscles  de  la  joue  du  côté  gauche.  L’ori¬ 
fice  du  conduit  salivaire  fut  détruit,  ou  peut- 
être  confondu  dans  la  cicatrice  de  cette 
grande  plaie.  On  ne  pouvait  pas  espérer  que 
la  salive  reprendrait  jamais  son  cours  natu¬ 
rel,  puisque  l’orifice  du  canal  n’existait  plus. 
Feu  M.  Charve,  chirurgien  de  réputation  à 
Rôle,  perça  la  joue  de  part  en  part  vis-'a-vis 
et  tout  près  de  l'extrémité  de  la  portion  du 
canal  conservée,  et  y  passa  de  suite  un  petit 
séton.  La  cure,  quoique  heureuse,  fut  très  lon¬ 
gue.  J’ai  observé  pendant  le  cours  de  cette 
maladie  que  la  compression  n’est  point  inu¬ 
tile.  On  pourrait  reprocher  à  M.  Charve  de' 
l’avoir  négligée  pendant  les  quatre  premiers 
mois.  Il  est  sûr  qu’elle  soutient  le  petit  appa¬ 
reil  que  l’on  oppose  à  la  sortie  de  la  sa¬ 
live  par  la  plaie,  et  qu’elle  contribue  à  for¬ 
mer  l’ouverture  artificielle  en  maintenant  le 
séton  en  place.  » 

On  voit  que  Charve  n’avait  fait  que  mettre 
en  usage  le  procédé  du  séton,"  et  qu’il  n’a 
rien  à  démêler  avec  la  nouvelle  méthode. 

Quant  à  Trécourt,  il  nous  a  été  impossible 
de  nous  procurer  son  livre,  et  la  note  concise 
que  donne  Haller  sur  son  observation  ne 
laisse  pas  même  soupçonner  quelque  nou¬ 
veauté  dans  le  procédé. 

On  voit  donc  que  jusqu’à  présent,  du  moins, 
la  priorité  de  l’idée  revient  bien  à  M.  Velpeau \ 


371 

mais  outre  que  M.  Ribéri  a  puisé  son  idée 
ailleurs  que  dans  les  livres,  il  l’a  le  premier 
transformée  en  méthode,  et  peut  légitimement 
réclamer  le  mérite  de  l’invention. 

(  Annales  de  thérapeutique.) 


LUXATION  DU  SCAPHOÏDE  ET  DU  CALCANÉUM 
SUR  l’astragale. 

Reaucoup  d’auteurs,  même  de  notre  temps, 
en  vue  de  compléter  leur  icadre  ,  s’ingénient 
encore  à  décrire  des  luxations  possibles,  sans 
se  douter  qu’ils  laissent  en  arrière  bon  nom¬ 
bre  de  luxations  réelles.  Vous  lirez  partout, 
par  exemple ,  l’histoire  de  la  luxation  du  pied 
en  avant,  qui  n’a  jamais  été  observée  ;  et  nulle 
part,  peut-être,  vous  ne  trouverez  d’indica¬ 
tions  suffisantes  sur  les  déplacements  bizarres 
que  peuvent  subir,  par  l’effet  de  grandes  chu¬ 
tes,  les  os  si  serrés  du  tarse  et  du  métatarse. 
C’est  pourquoi  nous  recueillons  avec  intérêt 
l’observation  suivante,  empruntée  à  la  Clini¬ 
que  de  Marseille. 

«  Maurandi  (Joseph),  âgé  de  63  ans,  jour¬ 
nalier,  employé  à  un  des  pontons  qui  servent 
à  nettoyer  le  port ,  voulait  faire  tourner  la 
roue  de  cette  machine,  en  grimpant  sur  la 
face  concave  des  planches  de  sa  circonférence, 
quand  d’autres  ouvriers  lui  imprimèrent  un 
mouvement  en  sens  inverse  à  celui  qu’il  vou¬ 
lait  lui  donner.  Maurandi  fut  alors  subitement 
élevé  jusqu’au  niveau  de  l’axe  de  la  roue;  là, 
ses  pieds  manquèrent  de  point  d’appui ,  et  il 
fit  une  chute  de  la  hauteur  de  trois  mètres 
environ.  Ce  malheureux  n’a  pas  su  nous  dé¬ 
crire  la  disposition  des  surfaces  sur  lesquelles 
il  est  tombé ,  ni  de  quelle  manière  son  corps 
s’est  comporté  par  rapport  à  ces  surfaces. 
Néanmoins  la  chute  ne  lui  fit  pas  perdre  con¬ 
naissance,  et  il  demanda  à  être  transporté 
immédiatement  à  l’Hôtel-Dieu.  C’était  dans 
la  matinée  du  14  octobre  1842. 

«  Ce  malade ,  quoique  un  peu  maigre  et 
.âgé,  avait  une  constitution  assez  bonne.  Les 
désordres  qui  existaient  dans  son  pied  gauche 
étaient  graves  et  lui  occasionnaient  des  souf¬ 
frances  horribles.  L’axe  du  pied  avait  pris 
une  direction  presque  transversale ,  c’est-à- 
dire  que  les  orteils  étaient  fortement  portés 
en  dehors  et  le  talon  en  dedans,  tandis  que  le 
reste  du  membre  n’avait  pas  éprouvé  de  dé¬ 
viation.  Cet  axe  légèrement  brisé  formait  un 
angle  saillant  en  dedans ,  dont  la  tête  de  l’as¬ 
tragale  était  le  sommet.  On  pouvait  fléchir  le 
pied  sur  la  jambe  au  delà  de  la  flexion  natu¬ 
relle;  mais  le  centre  de  ce  mouvement  se  pas¬ 
sait  dans  l’articulation  calcanéo-astragaliénne. 
Il  y  avait  eu  ensuite  une  plaie  allongée  qui , 
partant  du  dos  du  pied,  passait  à  deux  lignes 
en  avant  de  la  malléole  interne  et  se  termi¬ 
nait  au  tendon  d’Achille  près  de  son  insertion 
au  calcanéum  ;  les  téguments  qui  environ- 


REVUE  CRITIQUE. 


372 

liaient  cette  plaie  n’étaient  point  contus,  et 
celle-ci  paraissait  être  le  résultat  de  l’exten¬ 
sion  forcée  de  la  peau.  Le  scaphoïde  ayant 
abandonné  la  face  antérieure  de  l’astragale, 
avait  été  entraîné  avec  le  reste  du  pied  en  de¬ 
dans  et  en  haut.  La  tête  de  ce  dernier  os  fai¬ 
sait  saillie  à  travers  la  plaie,  et  avait  été  dé¬ 
primée  un  peu  en  bas  par  le  tendon  du  mus¬ 
cle  jambier  postérieur  qui ,  entraîné  par  la 
déviation  du  pied ,  était  venu  se  placer  sur  la 
partie  supérieure  de  son  col;  de  manière  que 
celui-ci  se  trouvait  embrassé  par  ce  tendon 
supérieurement,  et  en  dessous  par  le  ligament 
caloanéo-scaphoïdien  inférieur.  Ces  deux  cor¬ 
des  fibreuses  formaient  en  effet  une  bouton¬ 
nière  fortement  tendue,  qui  s’opposait  à  la  ré¬ 
duction  des  surfaces  déplacées.  La  gaîne  des 
tendons  du  muscle  jambier  postérieur  avait 
été  ouverte,  ainsi  que  l’articulation  calcanéo- 
astragalienne,  tandis  que  l’articulation  calca- 
néo-cuboïdienne  avait  conservé  toute  solidité. 
On  voyait  au  fond  de  la  plaie  le  paquet  vas¬ 
culaire  et  nerveux  fortement  tendu  et  placé 
sous  la  malléole  interne  :  aucun  vaisseau  ne 
paraissait  ouvert;  du  moins  il  n’y  a  pas  eu 
d’hémorrhagie  immédiate.  Enfin  on  a  pu  cons¬ 
tater  encore  une  fracture  comminutive  de  la 
malléole  externe  près  de  son  extrémité  infé¬ 
rieure. 

«  La  réduction  ne  fut  possible  qu’après  la 
section  du  muscle  jambier  postérieur.  Alors 
l’extension  modérée  du  pied,  unie  à  des  efforts 
qui  poussaient  la  tête  de  l’astragale  en  arrière, 
suffit  pour  rétablir  les  parties  déplacées  dans 
leurs  rapports  respectifs. 

«  Après  avoir  réuni  la  plaie  par  première 
intention  au  moyen  de  bandelettes  agglutinati- 
ves,  et  l’avoir  pansée  avec  de  la  charpie  sèche, 
on  plaça  le  pied  dans  un  appareil  approprié 
qui  le  maintenait  immobile. 

«  Quelques  heures  après  l’accident ,  il  y  eut 
une  légère  hémorrhagie  qui  s’arrêta  d’elle- 
même  ,  et  ne  fut,  pas  assez  abondante  pour 
nécessiter  un  nouveau  pansement;  les  dou¬ 
leurs,  qui  étaient  si  vives  avant  la  réduction, 
ne  furent  pas  très  intenses  dans  la  journée  : 
le  pouls  et  la  chaleur  restèrent  presque  à  l’é¬ 
tat,  normal.  —  (Prescriptions  :  saignée  100  gr. 
décoct.  d'orge;  diète.) 

«  Le  soir  il  n’y  eut  rien  de  particulier,  la 
nuit  fut  tranquille. 

«  Le  lendemain ,  le  malade  accusait  une 
douleur  un  peu  plus  vive  à  la  plaie  ;  le  pouls 
devint  plus  fréquent  et  plus  fort,  la  tempéra¬ 
ture  du  corps  plus  élevée ,  la  peau  plus  sèche. 
De  temps  à  autre  on  observait  des  mouve¬ 
ments  spasmodiques;  les  facultés  intellec¬ 
tuelles  étaient  libres.  (Prescriptions:  diète, 
infusion  de  tilleul.) 

»  Le  10,  douleurs  très  intenses  ,  pouls  dé¬ 
primé  et  fréquent;  peau  sèche  et  brûlante; 
le  malade  s’inquiète  sur  son  sort;  la  sensibi¬ 


lité  était  très  vive.  (Mêmes  prescriptions  que 
la  veille.) 

«  Le  soir  les  craintes  et  les  souffrances 
augmentèrent,  le  pouls  conserva  sa  fréquence 
et  la  peau  sa  chaleur.  L’appareil  entièrement 
humecté  par  du  sang  et  de  la  sérosité  fut  en¬ 
levé  pour  la  première  fois;  les  bords  de  la 
plaie  n’étaient  pas  réunis;  ils  étaient  très 
enflammés  ainsi  que  les  parties  environnantes. 
Ce  premier  pansement  fut  remplacé  par  un 
cataplasme  émollient. 

«  La  nuit  suivante  le  malade  délira  ;  vou¬ 
lant  sortir  de  son  lit,  il  se  renversa  au  milieu 
de  la  salle. 

«  Dans  la  matinée  du  17 ,  le  délire  n’avait 
pas  cessé ,  le  pouls  était  faible  et  irrégu¬ 
lier,  la  température  du  corps  très  élevée  et  la 
langue  très  sèche.  (Prescriptions  :  décoct.  d’or¬ 
ge;  diète.) 

«  Le  soir  le  pouls  se  releva  un  peu,  mais  il 
conserva  sa  fréquence  et  son  irrégularité  ;  le 
malade  reprit  un  instant  l’usage  de*son  intel¬ 
ligence.  Dans  le  courant  de  la  nuit  le  délire 
reparut ,  le  pouls  augmenta  de  fréquence  à 
mesure  qu’il  s’affaiblit  davantage  ;  et  le  malade 
mourut  à  sept  heures  du  matin. 

«  Autopsie.  —  Les  muscles  de  la  jambe 
étaient  fortement  ecchymosés;  il  y  avait  un 
commencement  de  suppuration  du  tissu  cellu¬ 
laire  qui  environne  les  gaînes  tendineuses  ; 
l’astragale  n’avait  pas  subi  de  déplacement  : 
il  était  encore  fortement  fixé  dans  la  mortaise 
formée  par  les  deux  malléoles.  Le  ligament 
astragalo-scaphoïdien  était  déchiré  à  sa  partie 
interne  ;  le  ligament  calcanéo-scaphoïdien  au 
contraire  était  intact;  c’est  entre  la  partie 
non  déchirée  du  premier  et  le  second  que  la 
tête  de  l’astragale  faisait  saillie  au  dehors.  Le 
calcanéum  avait  conservé  ses  rapports  avec  le 
cuboïde  et  le  scaphoïde  ;  tous  les  ligaments  qui 
unissent  ces  os  entre  eux  existaient  encore. 
En  reproduisant  la  luxation,  ce  qui  n’offrait 
pas  de  difficulté ,  le  pied  tournait  sur  le  mi¬ 
lieu  de  la  face  inférieure  de  l’astragale  comme 
sur  un  pivot,  et  pouvait  faire  facilement  un 
angle  droit  avec  l’axe  antéro-postérieur  de  la 
jambe.  Le  centre  de  ce  mouvement  se  passait 
sur  la  partie  externe  du  ligament  calcanéo- 
astragalien  inter-osseux,  dont  la  portion  in¬ 
terne  avait  été  arrachée  avec  un  fragment 
osseux  appartenant  à  la  partie  postérieure  et 
interne  de  la  face  inférieure  de  l’astragale. 
Dans  ce  mouvement  du  pied  auquel  ce  der¬ 
nier  os  seul  ne  participait  pas,  la  partie  respec¬ 
tée  de  ce  ligament  éprouvait  une  torsion  d’un 
quart  de  circonférence.  La  partie  antérieure 
de  la  face  supérieure  du  calcanéum  portée  en 
dehors  et  en  haut ,  c’est-à-dire,  dans  le  sens 
de  la  luxation,  venait  heurter  la  malléole  ex¬ 
terne  :  c’est  probablement  par  ce  mécanisme 
que  la  tête  du  péroné  a  été  fracturée  en  plu¬ 
sieurs  fragments,  dont  le  plus  gros  avait  la 


373 


REVUE  CRITIQUE. 


largeur  d’une  pièce  de  cinquante  centimes, 
fragments  qui  appartenaient  à  la  partie  sous- 
cutanée  et  inférieure  de  la  malléole.  Aucun 
vaisseau  important  n’avait  été  ouvert;  la  por¬ 


tion  supérieure  du  jambier  postérieur  qu’on 
avait  divisé,  avait  éprouve  une  rétraction  de 
dix  centimètres  environ.  » 


Obstétrique* 


DISCUSSION  SUH  L’ÉVOLUTION  SPONTANÉE  DU 
FOETUS. 

A  propos  d’un  rapport  de  M.  Villeneuve,  une 
discussion  intéressante  a  eu  lieu  à  l’Acadé¬ 
mie  de  Médecine  sur  l’évolution  spontanée 
du  fœtus,  ce  merveilleux  mécanisme  à  Faide 
duquel  la  nature  achève  quelquefois  sans  se¬ 
cours  une  œuvre  ordinairement  au  dessus  de 
ses  forces. 

Une  observation  de  M.  Letellier,  médecin 
à  Saint-Leu-Taverny ,  avait  été  l’occasion  de 
ce  rapport. -Femme  arrivée  au  terme  de  sa 
troisième  grossesse;  au  bout  de  quatre  heu¬ 
res,  rupture  des  membranes ,  issue  du  bras 
droit.  On  temporise;  bientôt  le  siège  s’en¬ 
gage,  et  l’accouchement  se  termine  assez 
promptement. — L’enfant  était  mort,  et  il  pa¬ 
raît  que  l’état  du  bras  sorti  ne  laissait  point 
de  doute  à  cet  égard,  même  avant  la  termi¬ 
naison  de  l’accouchement.  Ceci  fait  présumer 
qu’il  s’agissait  d’un  enfant  mort  et  putréfié, 
circonstance  importante  à  noter  àpropos  d’un 
mode  d’expulsion  exceptionnel  et  possible  à 
certaines  conditions  seulement. 

Les  présentations  de  l’épaule  exigent, 
dans  l’immense  majorité  des  cas,  l’interven¬ 
tion  de  Fart.  Les  exceptions  à  cette  règle 
sont  fort  rares.  La  mobilité  du  fœtus  dépen¬ 
dant  de  son  petit  volume  et  de  l’abondance  du 
liquide  amniotique  rend  quelquefois  possibles 
des  mutations  favorables  :  la  tête  ou  l’extré¬ 
mité  pelvienne  prend,  au  détroit  supérieur, 
la  place  de  l’épaule.  Ce  changement  dans  la 
présentation  constitue  la  version  spontanée , 
mode  de  terminaison  essentiellement  diffé¬ 
rent  de  l’évolution.  La  distinction  fondamen¬ 
tale  faite  dans  ces  derniers  temps  entre  l’une 
et  l’autre,  ne  pouvait  manquer  d’être  rappelée 
dans  la  discussion  par  M.  Velpeau,  dont  le 
travail  sur  ce  sujet  constitue  un  des  meil¬ 
leurs  chapitres  de  son  excellent  Traité  d’ac¬ 
couchements.  L’intégrité  des  membranes  n’est 
pas  une  condition  absolument  indispensable, 
et  la  version  spontanée  s’est  quelquefois  opé¬ 
rée  après  la  rupture  de  la  poche,  —  L’issue 
du  bras  n’admet  guère  que  deux  modes  de 
terminaison  spontanée,  celui  de  la  sortie  du 
fœtus  en  double  et  celui  de  l’évolution. 

Tels  sont  les  moyens  par  lesquels  la  nature 
échappe  quelquefois  à  l’intervention  de  l’art, 
et  rend  inutile  la  version  au  moment  où  on 
se  disposait  à  la  pratiquer,  et  d’autres  opé¬ 
rations  plus  graves  lorsque  celle-ci  avait  été 


vainement  tentée.  Quelques  ressources  que 
déploie  ici  la  nature  ,  ce  serait  une  faute,  dans 
la  plupart  des  cas,  de  compter  sur  elle,  et  la 
conclusion  tirée  par  M.  Letellier  de  son  ob¬ 
servation,  à  savoir  que  l’issue  du  bras  ne  rend 
pas  la  version  indispensable,  est  au  moins 
présentée  d’une  manière  beaucoup  trop  géné  ¬ 
rale.  La  version  faite  en  temps  convenable 
sera  toujours  le  meilleur  moyen  de  secourir 
une  femme  dont  l’enfant  se  présente  par  l’e~ 
paule.  Beaucoup  d’enfants  pourront  être  ainsi 
sauvés  qui,  s’ils  étaient  expulsés  spontané¬ 
ment  plus  tard,  ne*  le  seraient  qu’après  avoir 
cessé  de  vivre,  et  ne  pourraient  l’être  qu’à  la 
faveur  d’un  ramollissement  considérable  et 
d’une  compressibilité  auparavant  presque 
nulle.  Sans  doute  quelques  enfants  sont  nés 
vivants  par  l’évolution  spontanée,  et  M.  Vel¬ 
peau  a  eu  raison  de  le  rappeler  à  M.  Capuron. 
Aux  exemples  connus  nous  pourrions  joindre 
un  fait  que  nous  avons  souvent  entendu  rap¬ 
porter  par  M.  Dubois,  celui  d’une  femme 
chez  laquelle  un  second  jumeau  à  terme  na¬ 
quit  ainsi  facilement,  rapidement  et  en  bon 
état.  Ce  résultat  heureux  ne  doit  donc  pas 
être  espéré  seulement  dans  le  cas  de  fœtus 
abortifs  ;  des  fœtus  à  terme  d’un  petit  vo¬ 
lume,  qui  n’auront  à  traverser  que  des  voies 
très  souples,  facilement  dilatables  et  déjà  pré¬ 
parées,  pourront  aussi  être  expulsés  vivants. 
Nous  n’en  croyons  pas  moins  ces  cas  rares, 
très  rares  même.  Parmi  les  faits  observés 
depuis  plus  de  trois  ans  et  demi  à  la  Mater¬ 
nité,  huit  fois  l’accouchement  s’est  termine 
seul,  bien  que  l’enfant  présentât  l’épaule. 
Deux  fois  l’expulsion  eut  lieu  en  double,  six 
fois  par  évolution  spontanée.  Tous  ces  fœtus 
étaient  morts  ;  parmi  les  six  derniers,  quatre 
étaient  âgés  de  six  mois,  un  de  sept,  un  de 
huit.  Celui-ci  était  dans  un  état  de  putréfac¬ 
tion  assez  avancé,  il  pesait  2  kilogr .  ;  les  au¬ 
tres  étaient  d’un  poids  moindre.  Dans  aucun 
cas  l’expulsion  spontanée  n’a  eu  lieu  à  terme. 

Les  faits  que  j’indique,  et  beaucoup  de  ceux 
cités  par  les  auteurs,  n’ont  rien  de  surprenant. 
Un  plus  grand  nombre  encore  paraîtrait  ad¬ 
missible  aux  yeux  mêmes  des  plus  incrédules, 
si  l’on  avait  toujours  pris  soin  de  faire  con¬ 
naître  l’âge,  le  volume,  ou  au  moins  le  poids 
et  l’état  de  ramollissement  plus  ou  moins  con¬ 
sidérable  des  fœtus  ainsi  expulsés.  Ces  indi¬ 
cations  sont  particulièrement  nécessaires 
quand  il  s’agit  d’enfants  nés  vivants.  Sous  ce 


374 


REVUE  CRITIQUE. 


rapport,  les  exigences  de  M.  Capuron  nous 
semblent  parfaitement  naturelles,  et  son  op¬ 
position  nous  paraît  très  légitime,  si  elle  a, 
comme  nous  n’en  doutons  pas ,  pour  but  de 
préserver  les  praticiens  d’une  confiance  trop 
grande  dans  les  [efforts  de  la  nature.  L’évo¬ 
lution  spontanée  ne  sera  jamais  qu’un  de  ces  ré¬ 
sultats  imprévus  que  le  petit  volume  du  fœ¬ 
tus  ou  la  largeur  des  voies  à  parcourir  et  l’é¬ 
nergie  des  contractions  utérines  produiront 
au  grand  étonnement  des  spectateurs,  ou  une 
de  ces  ressources  extrêmes  ou  réparatrices 
qui  sauvent  quelquefois  les  femmes  de  l’im¬ 
péritie  des  personnes  auxquelles  elles  se  sont 
confiées. 

L’évolution  spontanée  n’en  est  pas  moins 
un  des  plus  curieux  mécanismes  qu’on  puisse 
observer  dans  la  pratique  des  accouchements, 
et  M.  Velpeau,  en  le  rappelant,  a  ajouté  à 
l’intérêt  de  la  discussion.  La  nature  se  sert 
des  mêmes  moyens  qu’elle  emploie  pour  opé 
rer  l’engagement,  la  progression  et  le  déga¬ 
gement  d’autres  régions  du  fœtus  ;  en  un 
mot,  on  voit  ici  la  reproduction  de  ce  qu’on 
observe  dans  les  présentations  du  sommet, 
par  exemple.  Le  fœtus,  déjà  fléchi  sur  le  côté 
opposé  à  celui  qui  se  présente,  se  fléchit  da¬ 
vantage  encore.  A  ce  premier  mouvement, 
semblable  à  celui  que  la  tête  exécute,  et  qui, 
dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  a  pour  but 
de  diminuer  le  volume  des  parties  qui  doi¬ 
vent  s’engager,  succède  un  mouvement  de 
descente,  par  suite  duquel  l’épaule  arrive  au 
niveau  du  détroit  inférieur,  entraînant  dans 
l’excavation  le  col  et  la  partie  supérieure  de 
la  poitrine.  En  troisième  lieu,  un  mouve¬ 
ment  de  rotation  s’opère;  le  moignon  de 
l’épaule,  comme  l’occiput  dans  la  présen¬ 
tation  du  sommet,  arrive  sous  l’arcade  des 
pubis  ;  et  lorsqu’il  a  pris  un  point  d’appui  fixe 
et  solide  au  sommet  de  cette  arcade  comme 
fait  la  nuque,  le  quatrième  mouvement,  celui 
d’extension,  commence.  C’est  alors,  pour  nous 
servir  de  la  comparaison  de  M.  Velpeau,  que 
l’espèce  d’arc  formé  par  le  fœtus  se  débande  ; 
c’est  alors  qu’après  avoir  parcouru  la  paroi 
postérieure  du  bassin,  paraissent  successive¬ 
ment  et  se  dégagent  à  la  vulve  le  côté  de  la 


poitrine,  le  flanc,  la  hanche  et  les  fesses, 
exactement  comme  paraissent  et  se  dégagent 
le  sommet,  le  bregma,  le  front  et  la  face. 
Or,  qu’on  mesure  successivement  les  lignes 
qui  de  l’acromion  s’étendent  aux  divers  points 
du  plan  latéral  du  fœtus,  et  spécialement  celle 
qui  mesure,  dans  un  état  de  flexion  latérale 
outrée  du  tronc,  la  distance  acromio-fessière  ; 
qu’on  fasse  surtout  les  mensurations  sur  des 
fœtus  putréfiés,  ou  morts  et  ramollis  par 
l’effet  d’un  long  travail,  et  l’on  verra  que  ces 
diverses  lignes  pourront  traverser,  dans  un 
grand  nombre  de  cas,  le  diamètre  antéro¬ 
postérieur  du  détroit  périnéal  et  de  la  vulve, 
tout  aussi  facilement  que  le  font  les  diamè¬ 
tres  sous  -  occipito- sagittal  ,  sous  -  occipito- 
bregmatique  ,  sous-occipito-frontal,  etc.  On 
verra  même  que  le  passage  pourra  être  pos¬ 
sible,  sinon  facile,  pour  des  fœtus  non  putré¬ 
fiés  ,  non  ramollis ,  mais  d’un  volume  mé¬ 
diocre. 

Un  grand  nom  s’est  trouvé  en  cause  dans 
cette  discussion.  L’honorable  rapporteur  avait 
émis  des  doutes  sur  le  nombre  d’évolutions 
spontanées  observées  parDenman.Se  livrant 
à  un  calcul  basé  sur  -  le  nombre  d’évolutions 
fourni  par  la  pratique  de  Mme  Lachapelle,  il 
estime  que  l’illustre  accoucheur  anglais  au¬ 
rait  dû  faire  plus  de  54,000  accouchements 
pour  observer  50  cas  d’évolution  spontanée. 
Nous  avons  vu  avec  plaisir  M.  Velpeau  pren¬ 
dre  la  défense  de  Denman.  Il  ne  faut  point 
oublier  en  effet  que  Denman  a  pendant  long¬ 
temps  occupé  à  Londres  le  premier  rang  dans 
la  pratique  obstétricale  ;  que  sa  haute  et  lé¬ 
gitime  réputation  devait  engager  ses  Qpnfrères 
à  l’appeler  dans  les  cas  difficiles  ;  qu’il  y  a 
d’ailleurs  des  praticiens  auxquels  le  hasard 
envoie  plus  qu’à  d’autres  des  cas  extraordi¬ 
naires  d’un  même  genre;  enfin  que  l’on  ob¬ 
serve  surtout  d’une  manière  complète  ce  que 
l’on  sait  d’avance  et  que  l’on  s’attend  à  voir. 
Ne  peut-on  pas  admettre  en  conséquence,  que 
des  faits  qui  seraient  passés  inaperçus  par 
d’autres  ou  n’auraient  pas  été  interprétés, 
n’ont  point  échappé  à  la  sagacité  de  Denman, 
et  ont  été  par  lui  rapportés  au  mécanisme 
qu’il  avait  un  des  premiers  entrevu  ? 


PltaFBStaeologie  cîti®,asB,gs®ale* 


DES  ÉLIXIRS  ET  POUDRES  DENTIFRICES, 

par  M.  Désirabode. 

Le  nettoiement  de  la  bouche,  au  moyen 
d’une  brosse  imprégnée  d’eau  aromatisée  par 
quelques  gouttes  d’une  liqueur  spiritueuse, 
suffit  généralement  pour  maintenir  les  dents 
dans  un  état  de  propreté  convenable  à  leur 
conservation.  Mais  pour  bien  des  personnes, 
pour  celles,  par  exemple,  chez  lesquelles  la 
carie  aurait  fait  quelques  ravages ,  qui  au¬ 


raient  l’habitude  de  fumer,  ou  dont,  soit  une 
mauvaise  constitution,  soit  un  état  maladif, 
auraient  altéré  l’haleine,  il  y  a  nécessité 
d’avoir  recours  à  des  moyens  plus  puissants. 
Cette  nécessité  est  devenue  la  base  d’une  in¬ 
dustrie  qui,  par  malheur,  s’est  bien  souvent 
exercée  au  détriment  de  la  santé  publique. 
Nous  ferons  seulement  observer,  avec  Gariot, 
que  «  toutes  les  recettes  dans  lesquelles  on 
fait  entrer  une  foule  de  drogues  qui  ont  des 


REVUE  CRITIQUE. 


375 


propriétés  analogues,  et  quelquefois  dispara¬ 
tes  ,  forment  des  mélanges  bizarres  qui  ne 
valent  souvent  pas  ceux  qu’on  obtient  par  la 
combinaison  de  deux  ou  trois  substances  dont 
les  qualités  sont  bien  reconnues.  » 

Elixir  propre  à  être  employé  le  matin  pour 
se  rincer  la  bouche. 


Huile  essentielle  de  can¬ 
nelle .  12 

Huile  essentielle  de  Né- 

roli .  8 

Esprit  d’ambre  musqué  et 
rosé . 4 


Autre,  d’après  Milne  Edwards  et  Vavasseur. 


if  Eau-de-vie  de  gaïac - 187  grammes. 


Eau  vulnéraire  spiritueuse.  id. 

Huile  essentielle  de  men¬ 
the  ou  de  girofle,  ou  de 
rose  ou  d’œillet .  4  gouttes. 


Deux  ou  trois  gouttes  suffisent  pour  aro¬ 
matiser  un  verre  d’eau;  il  cônvient  aux  per¬ 
sonnes  dont  la  bouche  est  dans  un  état  de 
santé  parfaite  ;  mais  celles  qui  auraient,  soit 
les  gencives  habituellement  saignantes,  soit 
l’haleine  forte,  feraient  bien  de  lui  substituer 
la  préparation  suivante  qui  s’emploie  de  la 
même  manière  : 

Eau-de-vie  de  gaïac  pré¬ 


parée .  187  grammes. 

Eau-de-vie  camphrée..  • .  4 

Essence  de  menthe .  égouttés. 

Essence  de  cochléaria. . .  6 

Essence  de  romarin .  6 

Autre  élixir  tonique. 

Racine  de  ratanhia . 123  grammes. 

Eau  vulnéraire  spiritueuse  2  litres. 
Huile  essentielle  de  men¬ 
the . 4  grammes. 

Huile  d’écorce  d’oranges.  6 


Concassez  la  racine  de  ratanhia,  faites-la 
infuser  pendant  huit  jours  dans  l’eau  vulné¬ 
raire  ;  filtrez  ensuite  cette  teinture,  et  ajou- 
tez-y  les  essences  que  vous  aurez  préalable¬ 
ment  dissoutes  dans  24  grammes  d’alcool. 


Quinquina . i  de  chaque 

Magnésie  calcinée . \  16  grammes. 

Cannelle . .  4 

Huile  essent.  de  girofle..  1  goutte. 

Cette  préparation  est,  à  notre  avis,  supé¬ 
rieure  aux  deux  précédentes.  Elle  est  surtout 
très  bonne  pour  les  personnes  qui  auraient 
les  gencives  habituellement  blafardes  et  re¬ 
lâchées. 

Autre,  d’après  M.  Lefoulon. 

Cochléaria  , 

Raifort , 

Gaïac  , 

Quinquina  , 

Menthe , 

Pyrèthre  , 

Calamus  aromaticus  , 

Ratanhia. 

Il  est  évident  qu’en  composant  sa  poudre  de  la 
réunion  de  tout  ce  qu’on  est  habitué  à  regarder 
comme  odontalgique,M.  Lefoulon  a  eu  pour  but 
bien  plus  de  sacrifier  a  l’opinion  publique  que 
de  satisfaire  à  une  indication  positive.  Au¬ 
cune  des  substances  composant  sa  poudre  ne 
peut  nettoyer  les  dents,  et  leur  assemblage 
est  plus  propre  à  échauffer  la  bouche  qu’à 
conserver  à  l’émail  son  poli  et  son  brillant. 

Les  Anglais,  suivant  une  note  insérée  dans 
le  Journal  de  pharmacie  et  de  chimie  (août 
1842),  emploient  souvent  la  préparation  sui¬ 
vante  comme  poudre  dentifrice  : 


Elixir  connu  sous  le  nom  d’Eau  de  Botot. 

Alcool  à  35° .  2  litres. 

Girofle  concassé . \  de  ch 

Cannelle  de  Ceylan . (32  grammes. 

Anis  vert . J 

Cochenille  concassée . i  de  chaque 

Essence  de  menthe  poivrée  (  16  grammes. 

Poudre  dentifrice,  d’après  Alibert. 

Magnésie . 187  grammes. 

Coque  rouge .  32 

Iris  de  Florence .  160 

Surtartrate  acidulé  de  po¬ 
tasse .  64 

Autre,  d’après  Maury. 

Magnésie  anglaise . i  de  chaque 

Crème  de  tartre..- - (  500  grammes. 

Sulfate  de  quinine .  20 

Cochenille .  48 

Huile  essentielle  de  men¬ 
the  anglaise . !..  16 


Craie  blanche  de  Cham¬ 
pagne  bien  séchée....  3  grammes. 

Camphre  en  poudre  ex¬ 
trêmement  fine .  1  gramme. 

On  mélange  bien  intimement  par  tritura¬ 
tion,  puis  on  renferme  pour  conserver  dans 
un  flacon  de  verre  hermétiquement  bouché. 

Nous  avons  de  la  peine  à  concevoir  l’addi¬ 
tion  du  camphre  qui,  ensi petite  quantité  qu’il 
soit,  doit  donner  à  la  bouche  une  saveur  pé¬ 
nétrante  toujours  fort  désagréable. 

Enfin,  voici  une  autre  poudre  qui,  à  l’avan¬ 
tage  de  blanchir  parfaitement  les  dents,  joint 
celui  de  donner  aux  lèvres  et  aux  gencives 
une  belle  couleur  rose  qui  dure  une  partie  de 
la  journée  ; 

Corail  rouge .  128  grammes. 

Sangdragon .  32 

Carmin  fin .  25  centigr. 

Ecorce  de  citron .  1  gramme. 

Sucre  blanc .  46  grammes. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


376 

Le  parti  avantageux  qu’on  a  retiré  dans  ces 
derniers  temps  du  chlore,  comme  agent  dés¬ 
infectant  et  décolorant,  a  porté  quelques 
dentistes  à  l’introduire  dans  les  poudres  den¬ 
tifrices.  En  quelque  faible  quantité  que  soit 
cette  substance,  elle  agit  toujours  sur  les 
dents.  Aussi  doit-elle  n’être  employée  que 
deux  ou  trois  fois  avec  prudence  pour  étein¬ 
dre  la  couleur  jaune  très  prononcée  que  pour¬ 
raient  offrir  les  dents  de  quelques  personnes. 
M.  Taveau  l’a  fait  entrer  dans  des  pastilles 
dont  il  a  recommandé  l’usage  aux  fumeurs. 
Voici  la  composition  de  celles  que  M.  le  pro¬ 
fesseur  Magendie  a  indiquées  pour  le  même 
usage  : 


Chlorure  de  chaux  sec. . .  8  grammes. 

Sucre . 25o 

Amidon .  52 

Gomme  adragante .  4 

Carmin .  25  centigr. 

Faites  des  pastilles  de  15  à  20  centigram¬ 
mes,  dont  on  prendra  de  deux  à  quatre  dans 
l’espace  de  deux  heures. 

M.  Magendie  conseille  encore,  pour  ren¬ 
dre  aux  dents  jaunes  leur  blancheur  natu¬ 
relle,  de  promener  sur  elles  une  brosse  légè¬ 
rement  mouillée  et  trempée  dans  la  poudre 
suivante  : 

Chlorure  de  chaux  sec. . .  80  centigr. 

Corail  rouge .  8  grammes. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


FRACTURE  DU  CALCANÉUM  APRÈS  UNE  CHUTE 

sur  la  plante  des  pieds  ;  observation  re¬ 
cueillie  par  M.  Adrien  Bérenguier,  d.-m.-p. 

de  Rabastens  {Tarn). 

Un  charpentier  âgé  de  74  ans,  mais  encore 
fort  et  robuste,  travaillait  à  réparer  le  plan¬ 
cher  d’une  cage  d’escalier  ;  l’échafaudage  fait 
un  mouvement;  l’ouvrier  se  croit  au  moment 
de  tomber  sur  les  degrés  qu’il  voit  à  plusieurs 
mètres  au  dessous  de  lui  ;  pour  éviter  une 
chute  si  dangereuse,  il  fait  un  bond  par  côté 
vers  le  palier  le  plus  voisin  placé  seulement 
à  deux  mètres  plus  bas  que  l’échafaudage,  et 
tombe  d’aplomb  sur  ses  deux  pieds.  Au  même 
instant  une  vive  douleur  au  pied  gauche  l’ar¬ 
rête  et  l’empêche  de  marcher.  Ce  n’est  qu’a¬ 
vec  la  plus  grande  peine  qu’il  se  traîne  jus¬ 
qu’à  son  logement,  heureusement  peu  distant 
du  lieu  de  l’accident;  j’arrivai  auprès  de  lui 
tout  au  plus  dix  minutes  après  la  chute:  voici 
ce  que  je  pus  dès  lors  constater. 

Au  dessous  de  la  malléole  externe  existe  un 
gonflement  sur  lequel  la  pression  détermine 
une  vive  douleur.  Ce  gonflement  est  circon¬ 
scrit,  rénitent,  non  dépressible  ;  il  ne  re¬ 
monte  pas  le  long  du  péroné,  il  ne  s’étend 
pas  sur  les  côtés  du  tendon  d’Achille,  il  se 
dessine  à  la  manière  d’une  demi-lune  ren¬ 
versée,  embrassant  par  sa  concavité  l’extré¬ 
mité  inférieure  du  péroné.  Il  y  a  aussi  un 
peu  de  gonflement  au  dessous  de  la  malléole 
interne;  mais  il  est  à  peine  appréciable;  sur 
ce  point  la  pression  ne  détermine  qu’une 
douleur  très  supportable.  En  examinant  le 
talon  du  côté  malade  il  me  paraît,  abstraction 
faite  du  gonflement  sous -malléolaire,  être 
plus  court  et  plus  gros  que  celui  du  côté  sain  ; 
les  mouvements  de  flexion  et  d’extension, 
ceux  de  latéralité  imprimés  au  pied  n’augmen¬ 
tent  pas  la  douleur;  mais  dès  que  le  malade 
essaie  de  marcher  et  que  le  poids  du  corps 


repose  sur  la  voûte  calcanéo-tarsienne,  il  est 
arrêté  par  une  vive  douleur  qui  répond  au 
gonflement  placé  sous  la  malléole  externe. 

Il  n’existait  encore  aucun  changement  de 
couleur  à  la  peau, -bien  que  la  tuméfaction 
augmentâtàvue  d’œil  et  s’ étendît  vers  le  talon  ; 
néanmoins  ,  l’état  des  choses  ne  permettant 
pas  de  soupçonner  une  lésion  du  péroné,  mes 
recherches  durent  se  porter  par  voie  d’exclu¬ 
sion  vers  le  calcanéum,  là  où  les  conduisaient 
la  douleur  et  le  gonflement.  Il  y  avait  à 
peine  quelques  jours  que  j’avais  lu  dans  le 
Journal  de  Chirurgie  les  observations  toutes 
nouvelles  de  M.  Malgaigne  sur  la  fracture  du 
calcanéum  par  écrasement  (1);  j’avais  été  frappe 
par  l’exposé  clair  et  précis  des  symptômes 
d’une  lésion  non  encore  décrite  dans  nos  ou¬ 
vrages  classiques.  Ce  fut  donc  vers  le  talon 
lui-même  que  je  portai  toute  mon  attention; 
en  l’examinant  avec  soin,  en  essayant  de  lui 
imprimer  divers  mouvements,  je  crus  sentir 
la  crépitation.  Alors  le  pied  du  malade  étant 
fixé  sur  le  bord  d’une  chaise,  la  main  gauche 
appuyant  fortement  sur  les  malléoles,  et  sai¬ 
sissant  le  talon  tout  entier  dans  ma  main 
droite  pour  chercher  à  imprimer  au  calca¬ 
néum  des  mouvements  de  torsion  dans  le  sens 
de  sa  longueur,  je  sentis  très  distinctement 
une  crépitation  osseuse;  je  dis  une  crépita¬ 
tion  osseuse,  car  elle  me  donna  exactement 
la  sensation  de  deux  corps  durs  et  rudes 
raclant  l’un  sur  l’autre  ;  et  si  la  différence 
du  râle  crépitant  ou  râle  sous-crépitant  est 
quelquefois  facile  à  apprécier,  on  nesauraitnon 
plus,  dans  certains  cas,  confondre  la  crépita¬ 
tion  osseuse  avec  celle  qui  se  passe  dans  les 
gaînes  tendineuses.  Par  la  manœuvre  que  j’ai 
indiquée  tout  à  l’heure,  je  pus  reproduire  plu¬ 
sieurs  fois  cette  crépitation  et  l’étudier  à  mon 


(1)  Numéro  de  janvier  1842,  page  2. 


BULLETIN  CLINIQUE. 


aise;  de  plus,  en  comparant  le  pied  malade 
avec  le  pied  resté  sain,  je  crus  trouver  au 
dessous  de  la  malléole  externe,  et  un  peu  en 
arrière,  une  saillie  que  le  gonflement  de  cette 
région  m’avait  d’abord  cachée ,  mais  qui 
n’existait  pas  de  l'autre  côté. 

Dès  lors  j’annonçai  qu’il  y  avait  fracture 
de  l’os  du  talon,  et  pour  ma  conviction  per¬ 
sonnelle,  je  me  livrai  à  divers  essais  de  men¬ 
suration  du  pied.  Ainsi,  du  sommet  de  la 
malléole  péronière  à  la  partie  la  plus  déclive 
du  talon,  je  trouvai  six  centimètres  et  demi 
pour  le  côté  malade,  tandis  qu’à  l’autre  pied 
il  y  en  avait  sept  et  demi,  ce  qui  me  signala 
un  raccourcissement  d’un  centimètre. 

Je  considérai  avec  soin  la  plante  des 
pieds,  mon  œil  ne  sut  remarquer  aucune  dif¬ 
férence  ;  cet  homme  avait  les  pieds  fortement 
cambrés ,  par  conséquent  la  voûte  tarsienne 
était  chez  lui  très  prononcée  et  devait  être 
d’autant  mieux  disposée  pour  supporter  le 
poids  du  corps.  Cependant,  en  plaçant  les  deux 
pieds  l’un  à  côté  de  l’autre,  le  talon  fracturé 
ne  parut  pas  se  prolonger  plus  loin  en  arrière 
que  celui  du  membre  sain.  Pour  m’en  assurer, 
je  mesurai  la  distance  comprise  entre  la  par¬ 
tie  la  plus  postérieure  du  talon  et  l’extrémité 
du  gros  orteil;  pour  le  pied  malade  je  décou¬ 
vris  un  excédant  de  longueur  de  près  d’un 
centimètre. 

Je  voulus  encore  essayer  un  autre  genre 
de  mensuration.  Un  cordon  de  soie  fut  con¬ 
duit  du  sommet  de  la  malléole  externe  à  l’ex¬ 
trémité  du  talon,  et  de  là  relevé  jusqu’au  som¬ 
met  de  la  malléole  externe.  La  longueur 
totale  de  ce  cordon  fut  de  22  centimètres  du 
côté  de  la  fracture,  et  de  20  centimètres  et 
demi  pour  le  côté  sain. 

Assuré  de  l’existence  de  la  fracture,  je  crus 
devoir  essayer  quelques  moyens  de  réduction. 
J’exerçai  de  violentes  tractions  sur  le  talon  ; 
elles  déterminèrent  des  douleurs  atroces,  rien 
ne  cédait  ;  la  tubérosité  anormale  que  j’avais 
observée  sous  la  malléole  externe  ne  paraissait 
pas  s’effacer  ;  je  n’insistai  pas.  Je  posai  une 
simple  bande  roulée  embrassant  tout  le  talon, 
l’avant-pied  et  le  tiers  inférieur  de  la  jambe; 
je  prescrivis  des  irrigations  souvent  réitérées 
avec  l’eau  froide  aromatisée  avec  l’alcool  de 
lavande.  Tout  cela  se  passa  dans  la  soirée  du 
2  juin  1843. 

Je  revis  le  malade  dès  le  lendemain  matin; 
il  souffrait  horriblement,  la  douleur  ne  lui 
avait  pas  laissé  fermer  l’œil.  Tout  le  pied  était 
tuméfié  et  avait  pris  une  couleur  bleuâtre,  le 
gonflement  remontait  des  orteils  jusqu’à  moi¬ 
tié  jambe;  il  était  surtout  très  prononcé  aux 
environs  des  malléoles,  et  principalement  au 
dessous  de  la  malléole  interne,  tandis  que  la 
veille  il  s’était  d’abord  prononcé  au  dessous 
de  la  malléole  tibiale.  Je  remarquai  toutefois 
qu’il  était  très  peu  marqué  sur  les  côtés  du 


377 

tendon  d’Achille.  La  couleur  bleuâtre  due  à 
l’ecchymose  était  d’autant  plus  prononcée  qu’on 
la  considérait  plus  près  des  malléoles.  Je  ne 
pus  ce  jour-là  reproduire  la  crépitation,  et  je 
ne  doutai  pas  un  instant  que,  si  je  n’avais  pas 
vu  le  malade  la  veille  quelques  minutes  après 
l’accident,  j’aurais  pu  croire  à  une  lésion  du 
péroné  ou  à  une  violente  entorse. 

La  jambe  fut  élevée  sur  des  paillassons  et 
posée  en  demi-fiexion,  en  même  temps  que 
des  petites  compresses  superposées  devaient 
exercer  une  compression  modérée  au  dessous 
des  malléoles.  Une  attelle  de  carton  fut  placée 
directement  sur  le  tendon  d’Achille  de  ma¬ 
nière  à  ramener  le  talon  en  avant.  Continua¬ 
tion  des  irrigations  froides  aromatiques. 

Pendant  toute  cette  journée  (le  lendemain 
de  l’accident)  et  la  nuit  suivante,  les  douleurs 
ne  laissèrent  pas  un  instant  de  repos  à  notre 
malade  :  il  lui  semblait  qu’une  tenaille  le  tenait 
serré  au  dessous  des  malléoles.  Rapportant 
ses  douleurs  à  l’appareil  qu’il  accusait  d’être 
trop  serré,  il  l’arracha  et  n’obtint  qu’un  sou¬ 
lagement  de  quelques  minutes  ;  aussi,  dès  le 
lendemain  matin,  il  consentit  à  se  le  laisser 
remettre. 

Le  4  juin,  le  gonflement  semble  avoir  di¬ 
minué.  Le  malade  n’a  pas  cessé  d’arroser 
son  pied.  Cependant  les  douleurs  sont  encore 
atroces;  absence  presque  complète  de  som¬ 
meil  ;  agitation  ;  reaction  fébrile  ;  l’âge  avancé 
du  sujet  me  fait  ajourner  encore  les  émissions 
sanguines.— Continuation  des  mêmes  moyens. 

Le  5  juin  ,  c’est-à-dire  trois  jours  après 
l'accident,  les  souffrances  du  malade  sont  un 
peu  diminuées,  il  y  a  eu  deux  heures  de  som  ¬ 
meil  et  beaucoup  moins  d’agitation  ;  la  fièvre 
a  cessé. 

Le  10  juin,  la  tuméfaction  a  diminué  con¬ 
sidérablement,  et  semble  se  concentrer  dans 
les  limites  des  malléoles.  A  l’extrémité  du 
talon,  les  douleurs  sont  encore  très  vives  ; 
mais  elles  laissent  dormir  le  malade,  quoique 
souvent  des  élancements  viennent  l’éveiller 
subitement.  11  a  essayé  de  se  lever  pour  aller 
de  son  lit  à  la  fenêtre  ;  mais  dès  que  le  pied  a 
appuyé  sur  le  sol,  la  douleur  ne  lui  a  pas  laissé 
faire  un  pas  et  l’a  forcé  de  se  recoucher  au 
plus  vite. 

Rien  ne  me  paraissait  changé  dans  la  di¬ 
rection  du  pied;  je  renonçai  à  l’idée  que 
j’avais  eue  un  instant  d’appliquer  une  attelle 
sur  le  côté  externe  du  membre.  Je  continuai 
d’exercer  une  compression  modérée  au  des¬ 
sous  des  malléoles,  au  moyen  de  compresses 
superposées  et  maintenues  par  une  bande 
roulée  disposée  de  manière  à  ramener  le 
talon  en  avant.  Les  irrigations  froides  fu¬ 
rent  continuées,  mais  moins  fréquemment  ré¬ 
pétées. 

Le  15  juin,  dans  l’intention  d’obtenir  une 
immobilité  plus  complète  du  pied  ,  j’applique 


378  BULLETIN 

une  bande  amidonnée;  cet  appareil  ne  peut 
ôtre  supporté.  Dans  la  nuit  le  malade  l’ar¬ 
rache  pour  reprendre  les  irrigations  froides. 

Le  20,  les  douleurs  ont  cessé,  le  malade 
dort.  11  a  encore  essayé  de  se  lever;  mais  la 
douleur  le  force  de  rentrer  dans  son  lit. 

Le  1er  juillet,  la  pression  ne  détermine 
aucune  douleur  au  dessous  des  malléoles.  Je 
permets  au  malade  d’essayer  de  faire  quel¬ 
ques  pas  en  se  soutenant  sur  des  béquilles. 

Le  10  juillet,  le  malade  s’est  beaucoup 
exercé  à  la  marche  ;  mais  il  ne  peut  encore 
confier  au  membre  malade  tout  le  poids  de 
son  corps  :  il  a  adopté  un  béquillon  sur  le¬ 
quel  il  s’appuie  en  marchant  afin  de  dimi¬ 
nuer  la  pression  supportée  par  le  talon.  Il  y 
a  encore  un  peu  de  gonflement  sous  les  mal¬ 
léoles;  du  reste  les  mouvements  de  flexion 
et  d’extension  du  pied  ne  sont  pas  du 
tout  douloureux  ;  cependant  le  malade  est 
tourmenté  par  des  élancements  qui  du  ta¬ 
lon  remontent  vers  les  malléoles,  qui  l’éveil¬ 
lent  en  sursaut,  et  dans  la  journée  vont  quel¬ 
quefois  jusqu’à  lui  faire  pousser  un  cri. 

Le  18  juillet,  c’est-à-dire  46  jours  après 
l’accident,  le  malade  n’a  pu  encore  reprendre 
ses  travaux  ordinaires.  Ce  n’est  qu’avec  les 
plus  grandes  précautions  qu’il  peut  appuyer 
le  pied  gauche  sur  le  sol.  Il  y  a  encore  un 
peu  d'œdème  au  dessous  de  la  malléole  in¬ 
terne.  Il  n’en  existe  pas  au  dessous  de  l’extré¬ 
mité  inférieure  du  péroné;  mais  là  on  ren¬ 
contre  une  saillie  osseuse  anormale  qui  n’existe 
pas  sur  le  pied  opposé. 

Je  mesurai  de  nouveau  la  distance  comprise 
entre  le  sommet  de  la  malléole  externe  et  le 
point  le  plus  déclive  du  calcanéum,  et  je  trou¬ 
vai  un  peu  plus  d’un  demi-centimètre  de  moins 
pour  le  pied  malade  )  les  deux  pieds  comparés 
l’un  à  l’autre  sous  le  rapport  de  leur  lon¬ 
gueur  ne  m’offrirent  aucune  différence  appré¬ 
ciable. 

Mon  malade  est  venu  à  ma  consultation  le 
30  juillet:  il  ne  boitait  pas  lorsqu’il  marchait 
dans  un  appartement  dont  le  plancher  est 
bien  uni;  mais  s’il  descendait  dans  la  rue,  la 
moindre  inégalité  du  sol  lui  procurait  de 
vives  douleurs  et  le  faisait  chanceler. 

J’ai  revu  cet  homme  le  2  septembre  ;  les 
bains  de  rivière  que  j’avais  conseillés  ont 
amené  un  grand  soulagement.  Il  a  repris  les 
travaux  de  sa  profession  ;  il  boite  cependant 
un  peu  vers  la  fin  de  la  journée,  il  y  a  tou¬ 
jours  raccourcissement  de  la  ligne  calcanéo- 
malléolaire.  Il  ne  reste  plus  de  traces  de 
l’œdème  sous-malléolaire. 

Réflexions. — La  crépitation  manifestement 
perçue,  le  raccourcissement  de  la  ligne  qui 
s’étend  des  malléoles  au  talon,  le  gonflement 
sous-malléolaire,  une  saillie  osseuse  anormale 
existant  au  dessous  de  la  malléole  externe, 
la  persistance  de  la  douleur,  etc.;  tels  sont 


CLINIQUE. 

les  signes  qui  m’ont  fait  reconnaître  la  frac¬ 
ture  du  calcanéum. 

Quelques  différences  essentielles  semblent 
cependant  séparer  le  fait  que  je  viens  de  rap¬ 
porter  des  observations  publiées  parM.Mal- 
gaigne,  et  pourraient  au  premier  aspect  jeter 
quelques  doutes  sur  la  légitimité  du  diagnostic. 
Dans  les  observations  de  M.  Malgaigne,  la 
tumeur  osseuse  anormale  et  le  point  le  plus 
douloureux  se  trouvaient  sous  la  malléole  ti¬ 
biale,  tandis  que  chez  mon  malade  je  les  ai 
rencontrées  sous  la  malléole  péronière.  La 
disposition  des  fragments  me  semble  pouvoir 
expliquer  cette  différence.  L’ouvrier,  comme 
je  l’ai  dit  plus  haut,  fit  un  bond  par  côté,  ce 
qui  pourrait,  jusqu’à  un  certain  point,  faire 
comprendre  que  le  poids  du  corps  dut  au 
moment  de  la  chute  être  déversé  aussi  par 
côté,  et  entraîner  le  fragment  supérieur  en 
dedans  de  manière  à  provoquer  une  saillie 
du  fragment  inférieur  en  dehors  :  enfin  il 
paraîtrait  qu’une  disposition  à  peu  près  sem¬ 
blable  aurait  été  observée  dans  une  fracture 
du  calcanéum  qui  s’est  présentée  tout  récem¬ 
ment  dans  le  service  de  M.  le  professeur  A. 
Bérard.  Ce  fait,  non  encore  publié  en  entier, 
se  trouve  indiqué  au  dernier  paragraphe  de 
l’excellente  thèse  de  M.  Nadal  (Paris,  10 
avril  1843),  qui  constitue  le  travail  le  plus 
complet  qui  ait  été  écrit  jusqu’à  ce  jour  sur 
cette  matière. 

Dans  le  fait  que  je  viens  de  rapporter,  y  a-t- 
il  eu  véritablement  écrasement  du  calcanéum? 
Je  ne  le  pense  pas  :  le  mot  écrasement  suppose 
une  fracture  dans  laquelle  l’os  est  réduit  en 
un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  fragments, 
et  j’ai  dit  plus  haut  que  chez  mon  malade  les 
mouvements  de  flexion  et  d’extension  du 
pied  n’excitaient  pas  une  grande  douleur- ,  ce 
qui  serait  inexplicable  avec  une  fracture  corn- 
minutive.  Dans  les  observations  de  M.  Mal¬ 
gaigne  ,  dans  celle  que  M.  Robert  vient  de 
publier  tout  récemment  ( Gazette  des  Hôpi¬ 
taux  du  25  juillet),  les  mouvements  du  pied 
étaient  très  douloureux  et  presque  impossi¬ 
bles.  Chez  mon  malade  le  calcanéum  ne  doit 
pas  avoir  été  fracturé  dans  le  sens  de  sa  lon¬ 
gueur,  de  manière  à  ce  que  les  solutions  de 
continuité  aient  pu  intéresser  les  surfaces 
qui  s’articulent  avec  l’astragale.  Cependant, 
avons-nous  dit,  il  y  avait  raccourcissement  de 
la  ligne  qui  s’étend  des  malléoles  jusqu’au  point 
le  plus  déclive  du  talon.  Faut-il  en  induire  qu’il 
y  a  eu  enfoncement  des  fragments  les  uns  dans 
les  autres?  Je  ne  saurais  l’admettre.  N’ou¬ 
blions  pas  que  le  talon  s’était  fortement  porté 
en  arrière  au  point  d’augmenter  la  longueur 
du  pied  et  que  cette  disposition  suffit  à  elle 
seule  pour  expliquer  le  raccourcissement  de 
la  ligne  calcanéo-malléolaire.  Du  reste,  je  ne 
crois  pas  du  tout  que  le  poids  du  corps  ait  été 
l’agent  principal ,  la  seule  cause  efficiente  de 


BIBLIOGRAPHIE. 


379 


la  fracture.  La  voûte  calcanéo-tarsienne  me 
semble  représenter  un  arc  dont  la  corde  se¬ 
rait  constituée  par  l’aponévrose  plantaire  et 
les  muscles  fléchisseurs  qui  du  calcanéum 
vont  jusqu’aux  phalanges  des  orteils.  Lors¬ 
qu’un  homme  tombe  sur  la  plante  des  pieds, 
la  voûte  ou  plutôt  l’arc  calcanéo-tarsien  tend 
à  s’affaisser,  à  s’aplatir  ;  mais  un  arc  pressé 
contre  un  plan  résistant  ne  peut  s’affaisser, 
c’est-à-dire  se  rapprocher  de  la  ligne  droite 
sans  que  ses  extrémités  ne  tendent  à  s’écar¬ 
ter  ;  ce  qui  nous  ramène  à  une  remarque  de 
Bichat  {Anatomie  descriptive,  tom.  1er,  page 
443,  édit,  de  1829),  qui  avait  observé  que  le 
pied  tend  à  s’allonger  lorsqu’il  est  vive¬ 
ment  pressé  contre  le  sol  par  le  poids  du 
corps.  Si  maintenant  la  corde  fihro-muscu- 
laire  ,  représentée  par  l’aponévrose  et  les 
muscles  plantaires,  s’oppose  à  cet  allonge¬ 
ment  du  pied ,  il  faudra  que  l’arc  casse,  et  ce 
sera  le  plus  fréquemment  vers  le  calcanéum  ; 
car  cet  os,  plus  mince  dans  sa  diaphyse  qu’à 
ses  extrémités,  composé  presque  exclusive¬ 
ment  de  substance  spongieuse  et  se  trouvant 
seul  en  arrière,  constitue  la  portion  la  moins 
solide  de  l’arc  calcanéo-tarsien. 

J’ai  dit  plus  haut  que,  pour  le  vieux  char¬ 
pentier  qui  fut  l’objet  de  cette  observation, 
la  chute  n’avait  eu  lieu  que  d’une  hauteur  de 
deux  mètres.  A  une  si  petite  élévation,  j’ai 
de  la  peine  à  comprendre  que  le  poids  du 
corps  puisse  écraser  le  calcanéum  comminu- 
tivement  et  faire  entrer  les  fragments  les 
uns  dans  les  autres  comme  dans  l’observa¬ 
tion  première  de  M.  jVlalgaigne.  Je  crois  que 
cet  os  s’est  fracturé  parce  que  l’arc  dont  il 
fait  partie  n’a  pu  s’affaisser,  vu  l’inextensi- 
bilité  de  la  corde  formée  par  les  muscles 
fléchisseur  commun,  adducteur  du  gros  or¬ 
teil  et  abducteur  du  petit  orteil  :  explication 
d’autant  plus  admissible,  que  cet  homme  avait 
naturellement  le  pied  excessivement  cambré, 
et  le  talon  très  proéminent  en  arrière. 

Ce  n’est  pas  seulement  par  une  inextensibi- 
litô  inerte  que  les  muscles  plantaires  s’oppo¬ 
sent  à  l’allongement  de  l’arc  calcanéo-tarsien, 
mais  encore  par  une  véritable  contraction  ac¬ 
tive,  sur  laquelle  j’appelle  l’attention,  parce 
que,  lorsqu’un  homme  tombe  sur  la  plante 
des  pieds,  elle  est  instinctive  et  inévitable. 


Ainsi,  tandis  que  les  muscles  qui  concourent 
à  la  formation  du  tendon  d’Achille  rendraient 
la  fracture  du  calcanéum  plus  difficile  en  favo¬ 
risant  l’allongement  du  pied  par  un  véritable 
mouvement  dit  de  sonnette,  qui  ramènerait 
cet  os  en  haut  et  en  arrière,  la  contrac¬ 
tion  des  muscles  plantaires  arrête  ce  mou¬ 
vement,  s’oppose  à  l’aplatissement  de  l’arc 
calcanéo-tarsien,  et  force  le  calcanéum  à  se 
fracturer. 

Boyer  et  Desault,  trop  préoccupés  de  la 
force  du  solaire  et  des  jumeaux,  n’ont  pas  en¬ 
trevu  cet  antagonisme  entre  les  muscles  du 
mollet  et  ceux  de  la  plante  des  pieds;  ils  ont 
tout  rapporté  à  la  puissante  traction  que  le 
tendon  d’Achille  peut  exercer  sur  l’extrémité 
postérieure  du  calcanéum.  M.  Nadal ,  qui  a 
soumis  cette  théorie  à  une  analyse  critique 
des  plus  judicieuses,  n’a  pas  manqué  de  signa¬ 
ler  cet  antagonisme  auquel,  pour  mon  compte, 
j’attache  une  grande  importance;  mais  il  n’a 
pas  entrevu  par  quel  mécanisme  la  contrac¬ 
tion  des  muscles  plantaires ,  en  empêchant 
l’aplatissement  de  l’arc  calcanéo-tarsien ,  le 
forçait  à  se  casser. 

Je  ne  sais  si  la  théorie  que  je  viens  de  dé¬ 
velopper  serait  également  admissible  pour 
les  fractures  du  calcanéum  qui  peuvent  avoir 
lieu  après  une  chute  sur  la  pointe  des  pieds. 
Je  m’en  tiens  donc  à  l’observation  qui  a  servi 
de  thème  à  mes  réflexions,  et  dans  laquelle 
l’ouvrier  étant  tombé  d’aplomb  sur  la  plante 
des  pieds,  les  choses  me  paraissent  s’être 
succédé  de  la  manière  suivante  :  1°  le  pied 
s’est  trouvé  violemment  et  subitement  pressé 
entre  la  résistance  du  sol  et  le  poids  du  corps 
augmenté  par  la  vitesse  de  la  chute.  2°  L’in¬ 
extensibilité  de  l’aponévrose  plantaire  ,  la 
contraction  des  muscles  fléchisseur  com¬ 
mun,  adducteur  du  gros  orteil,  etc.,  ont  em¬ 
pêché  l’arc  calcanéo-tarsien  de  s’allonger 
assez  pour  s’aplatir  sur  le  sol  qui  lui  résis¬ 
tait,  et  l’ont  forcé  à  se  casser  vers  le  point  le 
moins  solidement  constitué,  c’est-à-dire  vers 
le  calcanéum.  3°  Cet  os  étant  fracturé,  la 
contraction  des  muscles  du  mollet  l’a  em¬ 
porté  sur  celle  des  muscles  plantaires,  et 
dès  lors  s’est  produit  le  déplacement  du 
fragment  inférieur  et  avec  lui  le  raccourcisse¬ 
ment  du  talon.  A.  Bérenguier. 


BIBLIOGRAPHIE. 


DE  PELY1  OBLIQUE  OVATA  CUM  ANCYLOSI  SACRO- 

iliaca.  Programma  quo  ad  orationem  quâ 
munus  professons  medicince  extraordina- 
riisibi  demandatum  anspicaturus  est,  etc., 
D.  Eduardus  Martin.— Ienæ,  mdcccxli. 

Le  docteur  Martin  a  choisi  comme  sujet 


de  son  discours  d’introduction  au  professorat 
à  la  Faculté  d’Iéna,  la  description  de  deux 
bassins  difformes,  présentant  une  difformité 
toute  spéciale,  et  qu’il  désigne  sous  le  nom 
d'oblique-ovale  avec  ankylosé  sacro-iliaque  ; 
et  il  a  tiré  de  ses  recherches  des  consé- 


380 


BIBLIOGRAPHIE. 


quences  qui  11e  sont  sans  interet  ni  pour  la 
science  ni  pour  la  pratique. 

Ce  travail  est  divisé  en  deux  parties,  dont 
la  première  est  consacrée  à  décrire  tout  ce 
que  ces  bassins,  qui  se  trouvent  dans  les 
collections  des  universités  de  Halle  et  d’Iéna, 
ont  de  particulier  dans  leurs  formes  et  leurs 


diamètres  respectifs;  au  lieu  de  reproduire 
cette  description  qui  serait  difficile  à  suivre 
pour  le  lecteur,  nous  préférons  mettre  sous 
ses  yeux,  sous  de  moindres  dimensions,  le 
dessin  fidèle  de  l’un  de  ces  bassins  ;  c’est  celui 
qui  appartient  à  la  Faculté  d’Iéna. 


La  seconde  partie  traite  de  la  nature  et 
de  l’origine  de  ces  bassins,  et  c’est  là  particu¬ 
lièrement  que  l’auteur  a  abordé  des  questions 
d’une  grande  importance  relative,  et  où  il  ex¬ 
pose  une  manière  de  voir  différente  des  opi¬ 
nions  des  maîtres  dont  la  parole  fait  auto¬ 
rité  dans  la  science. 

Voici  les  points  principaux  de  ses  asser¬ 
tions  : 

«  Il  est  inutile  de  prouver  de  nouveau, 
après  l’illustre  Nægèlé,  que  le  bassin  difforme 
dont  il  s’agit  n’a  rien  de  commun  avec  celui 
qui  est  le  résultat  de  l’ostéomalacie  ;  il  est 
certain  que  dans  le  dernier  cas  l’altération  du 
tissu  osseux  est  complètement  différente  de 
celle  du  bassin  dont  nous  parlons  ;  aussi  l’an- 
kylose  sacro-iliaque,  dans  le  bassin  difforme 
produit  de  l’ostéomalacie,  n’est  que  très  rare¬ 
ment  complète  {in  illis  si  non  mmquarn,  ta - 
men  certè  rarissimè  reperiiur).  » 

Ce  vice  de  conformation  du  bassin  oblique- 
ovale  avec  ankylosé  sacro-iliaque  ne  saurait 
être  comparé  à  la  scoliose  du  thorax  ,  et 
voici  pourquoi  : 

1°  L’incurvation  latérale  de  l’os  sacrum  et 
des  vertèbres  voisines  dans  le  bassin  qui  nous 
occupe,  n’est  point  assez  considérable  pour 
pouvoir  être  mise  en  parallèle  avec  la  courbure 
de  la  colonne  vertébrale  thoracique  dans  les 
cas  de  scoliose  du  thorax  ;  il  n’y  a  de  compa¬ 
raison  à  établir  qu’entre  la  difformité  du  tho¬ 
rax  et  celle  des  os  iliaques. 

2°  L’incurvation  de  la  colonne  vertébrale 


dans  le  bassin  oblique-ovale  n'est  qu  appa¬ 
rente;  elle  existera  toujours  et  sera  très 
visible  à  la  colonne  en  cas  de  scoliose  du 
thorax  ; 

3°  L’ankylose  de  nos  bassins  se  trouve 
toujours  du  côté  convexe  des  lausses  vertè¬ 
bres;  elle  existe  rarement  dans  la  scoliose 
du  thorax,  et  alors  même  elle  se  trouve  tou¬ 
jours  au  côté  concave  ; 

4°  La  partie  antérieure  et  postérieure  de 
l’os  innommé  devenu  compacte  se  présente 
plus  aplatie  qu’à  l’ordinaire,  tandis  que  les 
côtes  dans  la  scoliose  thoracique  sont  plus 
bombées  à  leurs  parties  postérieures,  et  for¬ 
ment  des  saillies  très  considérables  ; 

5°  Il  existe  cependant  des  bassins  obliques- 
ovales  qui  peuvent  être  comparés  au  thorax 
scoliotique;  ces  bassins  ne  présentent  ni 
ankylosé  sacro-iliaque,  ni  déviation  du  sa¬ 
crum. 

M.  Martin,  ayant  ainsi  établi  ses  prémisses, 
procède  à  l’examen  des  raisons  que  M.  Næ¬ 
gèlé  a  données  sur  l’origine  du  bassin  oblique- 
ovale  ; 

M.  Nægèlé  y  voit  un  vice  de  conforma¬ 
tion  primitif,  «  car,  dit-il,  l’ankylose  sacro- 
iliaque  complète  le  prouve.  » 

M.  Martin  répond  que  l’on  voit  dans  d’au¬ 
tres  jointures  des  ankylosés  aussi  complètes 
qui  sont  manifestement  acquises;  et  consé¬ 
quemment  que  la  présence  de  l’ankylose  ne 
prouve  en  rien  que  la  difformité  soit  conge- 
niale. 


BIBLIOGRAPHIE. 


381 


M.  Nægèlé  appuie  son  assertion  sur  le  dé¬ 
veloppement  défectueux  de  tout  un  côté  de 
l’os  sacrum  ;  sur  cela  M.  Martin  s’efforce  de 
prouver  qu’aucune  défection  n’existe  réelle¬ 
ment  (au  moins  dans  ses  exemplaires);  ce 
sont  seulement  les  trois  fausses  vertèbres 
qui  se  sont  amincies  de  moitié;  mais  cette  di¬ 
minution  de  volume  avec  accroissement  de 
compacité  de  l’os  ne  saurait  être  un  vice  de 
conformation  primitive,  celui-ci  se  manifes¬ 
tant  toujours  sans  altération  dans  le  tissu. 

«  Mais,  dit  M.  Nægèlé,  des  synostoses  et  des 
difformités  s’observent  aussi  sur  d’autres  os 
par  suite  d’un  vice  de  première  conformation  ; 
des  synchondroses  congénitales  se  rencontrent 
même  ordinairement  avec  des  ankylosés  for¬ 
mant  des  arrêts  de  développement.  » 

M.  Martin  n’a  jamais  rencontré  de  telles 
synostoses  ,  et  quand  même  on  admettrait 
leur  existence,  elles  ne  devraient  entraîner 
aucune  altération  dans  la  texture  des  os , 
cette  altération  de  texture  étant  propre  ex¬ 
clusivement  aux  ankylosés  acquises.  Et  en 
laissant  même  de  côté  cet  argument,  on  ne 
voit  pas  pourquoi  une  synostose  empêcherait 
le  développement  des  os;  ce  qu’elle  ne  fait 
pourtant  pas  et  ne  peut  pas  faire  dans  la  ca¬ 
vité  cotyloïde. 

M.  Nægèlé  dit  encore  :  «  La  ressemblance 
des  os  de  ces  bassins  entre  eux  indique 
une  ressemblance  d’origine.  »  Cela,  répond 
M.  Martin,  ne  saurait  passer  pour  une  preuve 
suffisante  d’un  vice  de  conformation  primitive. 

«  On  n’a  pu,  ajoute  M.  Nægèlé,  rattacher 
cette  difformité  à  aucune  maladie  ou  cause  de 
maladie.  »  Sur  cela  notre  auteur  répond  que 
dans  aucun  cas  on  n’a  découvert  pendant  la  vie 
l’existence  d’une  si  fâcheuse  conformation 
du  bassin  ;  cela  prouve  seulement  que  la 
maladie  ne  se  trahit  pas  ordinairement  par 
des  signes  clairement  développés,  et  il  en  est 
de  î’ankylose  du  bassin  comme  de  beaucoup 
d’autres  lésions  qui  ne  révèlent  leur  existence 
qu’à  l’autopsie. 

On  a  prétendu  que  la  scoliose  était  la  cause 
du  bassin  oblique-ovale;  mais  M.  Nægèlé  a 
démontré  que  des  femmes  qui  en  étaient  affec¬ 
tées  étaient  du  reste  bien  faites  (dum  virè¬ 
rent  nullo  formez  ftguræve  vitio  laborasse, 
immo  eas  optime  constitutas  fuisse)  ;  il  est 
donc  clair  qu’il  existe  une  différence  bien 
manifeste  entre  ces  deux  classes  de  bassins. 

Quant  à  ceux  qui  ont  voulu  prouver  qu’une 
force  extérieureauraitainenéune  pression  dans 
la  direction  des  diamètres  obliques,  ils  ont 
oublié  que  cette  force  aurait  dû  agir  depuis 
longtemps,  et  en  conséquence  devenir  évi¬ 
dente;  il  y  aurait  plus  de  vraisemblance  à 


supposer  que  des  distorsions  et  contusions  de 
lasymphyse  sacro-iliaque  auraient  été  la  cause 
d’une  inflammation  et  de  ses  conséquences. 
L’auteur  lui-même  est  d’avis  qu’une  inflam¬ 
mation  dans  cette  synchondrose  est  la  cause 
de  l’ankylose  avec  accroissement  de  compa 
cité  du  tissu  osseux.  Par  l’effet  de  cette  in¬ 
flammation  ,  les  canaux  nutritifs  se  ferment 
ou  se  rétrécissent,  le  développement  des  os 
souffre,  et  les  parties  voisines,  à  leur  tour, 
changent  leurs  formes;  mais  la  cause  de  l’in¬ 
flammation  peut  cependant  être  ou  mécanique 
ou  dyscrasique  ( causas  autem  inflammations 
ancylosin  adducentes  diversam  et  vim  me - 
clianicam  et  dyscrasiam  rheumaticam  aut 
scrophulflsam  statut  posse  accuratiore  expli- 
catione  non  opus  est). 

Après  tout  ce  qui  a  été  dit,  voici  les  con¬ 
clusions  de  notre  auteur: 

1°  Il  existe  plusieurs  espèces  de  bassins 
obliques-ovales,  et  celui  dont  nous  avons  traité 
doit  être  appelé  bassin  oblique-ovale  avee 
ankylosé  sacro-iliaque  ; 

2°  Ce  bassin  forme,  d’après  sa  particularité 
et  son  origine,  une  classe  spéciale  parmi  les 
bassins  difformes; 

3°  Cependant  l’ankylose  n’est  pas  le  résul¬ 
tat  d’un  vice  de  première  conformation,  elle 
est  acquise  dans  le  jeune  âge  (hoc  autem 
vitium  non  primez  conformation is,  sed  ancy- 
losi  prima  œtate  acquisita  atque  cum  vicina- 
rum  ossium  partium  induratione  conjuncta 
efficitur.  Reliquez  vero  ossium  pelveos  diffor- 
mitates  secundariæ  sunl). 

4°  Plus  la  difformité  du  bassin  est  considé¬ 
rable,  plus  nous  croyons  qu’elle  a  été  pro¬ 
duite  dans  le  jeune  âge:  c’est,  plutôt  un  déve¬ 
loppement  trop  accéléré  qu’arriéré. 

5°  Le  signe  pathognomonique  du  bassin 
oblique-ovale  avec  ankylosé  sacro  -  iliaque 
semble  se  trouver  dans  la  distance  trop  petite 
des  apophyses  épineuses  du  sacrum  et  l’épine 
postérieure  de  l’un  des  os  iliaques. 

Nous  n’avons  à  ajouter  que  quelques  mots 
au  travail  du  professeur  d’Iéna,  que  nous 
recommandons  à  la  lecture  de  tous  les  hom¬ 
mes  de  l’art;  nous  nous  plaisons  à  y  re¬ 
connaître  des  tendances  salutaires  pour  le 
progrès  de  la  science  ;  nous  aimons  ce  ton 
de  piété  avec  lequel  il  aborde  et  discute  les 
opinions  de  notre  illustre  maître  de  Heidel¬ 
berg  ;  et  bien  que  sur  beaucoup  de  points 
nous  restions  attachés  aux  opinions  deM.  Næ¬ 
gèlé,  nous  n’en  féliciterons  pas  moins  la  Fa¬ 
culté  d’Iéna  d’admettre  dans  son  sein  des 
hommes  qui  débutent  ainsi  dans  la  carrière 
de  l’enseignement. 

Dr  Otterburg. 


.  Hu.  traitement  des  fausses  ankylosés  et  de  la  contracture  des  membres  par  la  compres¬ 
sion,  aidée  de  l  extension,  sans  V emploi  de  la  ténotomie,  avec  quelques  réflexions  sur  ce 
dernier  mode  opératoire,  par  M.  Dancel.  in-8°.  Prix,  2  fr.  chez  J. -B.  Baillière,  rue  de 
l’Ecole-de-Medecine,  n. 


382 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


Académie  des  sciences.— 16  octobre. — M.  Desmarres  communique  les  conclusions  d’un 
travail  expérimental  qu’il  a  entrepris  sur  la  transplantation  de  la  cornée  ou  kératoplastie.  11 
espère,  dit-il,  convaincre  l’Académie  de  l’utilité  pratique  de  cette  opération,  et  continue  d’ail¬ 
leurs  ses  expériences  sur  les  lapins. 

M.  Lcroy-d’Etiolle  adresse  une  lettre  relative  à  la  dissolution  des  calculs  urinaires  par  le 
suc  gastrique.  «  J’ai  pu,  cette  semaine,  dit-il,  faire  quelques  expériences.  L’action  a  été  nulle 
sur  les  calculs  d’oxalate  de  chaux,  à  peu  près  nulle  sur  l’acide  urique,  extrêmement  faible  sur 
les  phosphates  triples  de  chaux,  d’ammoniaque  et  de  magnésie ,  de  même  que  sur  une  con¬ 
crétion  d’urate  de  soude  provenant  d’une  articulation  de  goutteux.  A  ces  résultats  négatifs  je 
joindrai  celui  de  M.  Donné,  qui,  depuis  trois  semaines  déjà,  tient  des  fragments  d’acide  urique 
dans  du  suc  gastrique,  sans  qu’ils  aient  éprouvé  d’altération  marquée.  Je  n’ai  observé  des 
effets  dignes  d’être  notés  que  sur  les  calculs  alternants.  La  couche  la  plus  épaisse  de  mucus  qui 
unit  les  deux  espèces  de  concrétions  a  perdu  sa  cohésion  ;  et  ces  couches  se  sont  séparées, 
mais  par  une  cassure  nette  et  sans  renouvellement  de  fragments. 

25  octobre. — M.  Schuster  envoie  un  nouveau  mémoire  sur  l’application  de  l’électro-punc- 
ture  à  diverses  maladies,  parmi  lesquelles  il  range  les  dégénérescences  tuberculeuse  et  en- 
céphaloïde  (!)  ;  et  il  signale  particulièrement  la  certitude  de  ce  moyen  pour  la  cure  radicale  de 
l’hydrocèle. 

50  octobre. — M.  Morel  Lavallée  rapporte  l’histoire  d’un  sujet  mort  au  15e  jour  d’une  frac¬ 
ture  du  fémur  au  dessus  des  condyles,  et  sur  lequel  il  a  étudié  avec  soin  l’état  du  cal  com¬ 
mençant. 

M.  Ducros  adresse  un  mémoire  sur  la  guérison  des  surdités  torpides  sans  boursouflement 
inflammatoire  de  la  muqueuse,  par  la  compression  douloureuse  des  nerfs  faciaux  au  moyen  de 
l’application  des  pouces  à  la  région  parotidienne.  Il  propose  la  même  méthode  contre  la 
surdi-mutité. 

Académie  de  médecine. — 17  octobre. — M.  P.  Bernard  présente  un  malade  sur  lequel  il  a 
pratiqué  l’ablation  de  la  glande  lacrymale  pour  un  larmoiement  chronique  des  plus  intenses  ; 
et  il  propose  le  même  moyen  contre  les  fistules  lacrymales  rebelles. 

24  octobre. — M.  Kicord  annonce  qu’il  y  a  17  jours  il  s’est  blessé  au  pouce  de  la  main  gau¬ 
che  avec  des  ciseaux  dont  il  s’était  servi  pour  le  pansement  d’un  ulcère  vénérien  primitif.  La 
plaie  s’enflamma  d’abord  et  prit  un  aspect  de  mauvaise  nature.  Quelques  doutes  s’étant  élevés 
dans  son  esprit  sur  le  caractère  de  cette  plaie,  il  s’inocula  le  pus  qui  en  sortait  sur  l’avant- 
bras  du  même  côté;  24  heures  après  une  pustule  vénérienne  s’y  était  développée  ;  il  la  cau¬ 
térisa  avec  le  caustique  de  Vienne;  et  malgré  la  certitude  acquise  de  la  vraie  nature  delà 
maladie,  il  pense  qu’il  n’éprouvera  pas  de  symptômes  consécutifs,  d’après  cette  loi  qu’il  cher¬ 
che  à  établir,  que,  de  même  que  la  variole,  on  n’est  susceptible  d’avoir  la  vérole  constitu¬ 
tionnelle  qu’une  fois. 

Cette  assertion  a  suscité  une  certaine  rumeur;  on  a  demandé  si  la  vérole  constitutionnelle 
ne  se  gagnait  qu’une  fois,  parce  qu’une  fois  acquise  on  ne  pourrait  pas  s’en  débarrasser. 
M.  Ricord  a  nettement  expliqué  sa  loi;  et  d’après  lui,  quand  un  sujet  a  eu  la  vérole  consti¬ 
tutionnelle,  etqu  il  en  est  guéri,  il  peut  bien  encore  attraper  des  chancres  ou  d’autres  symp¬ 
tômes  primitifs,  mais  ils  ne  produiront  plus  de  symptômes  secondaires. 

51  octobre. — M.  A.  Bérard  fait  un  rapport  sur  un  choix  d’observations  chirurgicales  adres¬ 
sées  par  M.  Lépine,  chirurgien  à  Châlons-sur-Saône.  La  plus  intéressante  a  trait  à  une-plaie 
de  l’abdomen  avec  issue  de  l’estomac  et  du  colon.  La  réduction  fut  longue  et  difficile;  et 
M.  Bérard  demande  si,  dans  les  cas  de  ce  genre,  il  n’y  aurait  pas  lieu  de  faire  une  ponction  à 
l’estomac  pour  donner  issue  aux  gaz  et  faciliter  sa  rentrée. 

M.  Blandin  a  connaissance  d’un  fait  dans  lequel  la  ponction  a  été  suivie  d’une  fistule  ster- 
corale.  Il  pense  donc  que  mieux  vaudrait  débrider,  et  que  le  meilleur  parti  serait  encore  de 
réduire  sans  piquer  ni  débrider,  ainsi  que  l’a  fait  avec  succès  M.  Lépine. 

M.  Bérard  fait  remarquer  que  la  plaie  avait  16  centimètres  de  largeur.  Donc  ce  n’était  pas 
l’étroitesse  de  la  plaie  qui  s’opposait  ici  à  la  réduction,  mais  bien  la  distension  de  l’estomac  par 
les  gaz.  L’indication  est  donc  toute  naturelle;  A. Paré  et  Desault  ont  usé  de  la  ponction  sans  la 
voir  suivie  de  fistule  ;  et  il  faudrait  savoir  si,  dans  le  sujet  cité  par  M.  Blandin,  la  fistule  n’a 
pas  été  due  à  une  autre  cause. 

— Nécrologie. — La  chirurgie  a  fait  récemment  quelques  pertes  douloureuses;  nous  accor¬ 
derons  ici  un  juste  tribut  de  regrets  à  deux  éminents  praticiens  de  la  province  :  M.  Cham¬ 
pion  de  Bar-le-Duc,  et  M.  Fabre  de  Marseille.  M.  Champion,  dans  une  cité  peu  considérable, 
avait  su  se  faire  une  renommée  d’habileté  et  de  savoir  qui  ne  redoutait  nulle  compa¬ 
raison  ;  il  passait  à  bon  droit  pour  le  premier  entre  tous  les  chirurgiens  de  l’est  de  la 
France;  sa  longue  et  heureuse  pratique,  son  érudition  si  étendue  et  si  sûre-,  le  faisaient  sou¬ 
vent  consulter  par  ses  confrères  les  mieux  placés  de  la  capitale;  et  M.  Velpeau  et  nous- 
mêmes,  qu’il  honorait  aussi  de  son  amitié,  nous  lui  avons  dû  plus  d’un  renseignement  pré¬ 
cieux.  Sa  mort  a  été  un  deuil  populaire. 

Pour  M  Fabre,  nous  ne  saurions  mieux  faire  que  d’emprunter  aux  journaux  de  Marseille, 
du  Ier  octobre,  les  détails  suivants  : 

«  M.  le  docteur  Fabre,  ancien  chirurgien  de  l’hôpital  de  la  Charité,  a  succombé  ces 
jours  derniers  à  une  courte  maladie,  qui  était  loin  d’annoncer  d’abord  une  issue  si 
prompte  et  si  malheureuse.  Attaché  à  l’hospice  pendant  quarante  années,  chéri  de  la  popula¬ 
tion  de  la  vieille  ville,  à  laquelle  il  donnait  tous  ses  soins,  sa  carrière  médicale  fut  honorable 


383 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

autant  qu’heureuse;  et  quand  les  suites  d’une  attaque  d’apoplexie  l’obligèrent,  il  y  a  deux  ans, 
à  quitter  sa  maison  pour  celle  de  sa  fille,  une  foule  immense  suivit  avec  attendrissement  la 
chaise  à  porteurs  qui  l’enlevait  à  son  quartier.  Sa  maladie  ne  porta  atteinte  ni  à  ses  facultés 
intellectuelles,  ni  même  à  ses  traits  si  remarquables  par  leur  conservation.  Il  vivait  en  pa¬ 
triarche  au  milieu  de  trois  générations  d’enfants,  et  son  humeur  ne  se  ressentait  point  de  ses 
infirmités ,  quand  un  mal  peu  dangereux  en  apparence  est  venu  l’atteindre.  Il  ne  s’est  pas 
mépris  sur  sa  gravité,  et  a  demandé  et  reçu  les  derniers  secours  de  la  religion  avec  un  em¬ 
pressement  digne  de  la  piété  dont  il  se  faisait  honneur.  Son  seul  regret  en  mourant  a  dû  être 
de  ne  pas  voir  auprès  de  son  lit  un  (ils  dont  les  travaux  étaient  l’honneur  de  sa.  vieillesse, 
M.  le  docteur  Fabre  (de  Paris),  rédacteur  de  la  Gazette  des  Hôpitaux ,  auteur  de  plusieurs 
ouvrages  importants  sur  les  sciences  médicales,  et  qui  se  fit  comme  poète  une  juste  réputation 
par  des  satires  pleines  de  verve,  dirigées  contre  les  abus  qui  déparent  sa  noble  profession.  » 


CORRESPOKOAÏVCK* 


Nous  avons  reçu  à  l’occasion  de  nbs  discussions  avec  M.  J.  Guérin,  deux  lettres  auxquelles 
l’épreuve  judiciaire  que  nous  venons  de  subir  a  ôté  sans  doute  une  partie  de  leur  intérêt, 
mais  qu’il  importe  cependant  de  connaître  pour  se  faire  une  idée  exacte  de  toutes  choses. 

M.  Guérin  avait  publié  dans  la  Gazette  médicale  du  19  août  une  lettre  par  lui  adressée  au 
conseil  des  hôpitaux,  à  l’effet  de  demander  une  commission  qui  serait  chargée,  entre  autres 
choses,  de  s’enquérir  des  résultats  qu'il  avait  annoncés;  et  dans  le  même  numéro,  il  annon¬ 
çait  que  le  conseil  avait  pris  sa  demande  en  considération  et  nommé  une  commission.  Cette 
commission  fut  plus  de  deux  mois  sans  se  réunir;  mais  enfin  sa  première  réunion  ayant  dû 
avoir  lieu  le  5  novembre,  nous  lui  avions  écrit  une  lettre  par  laquelle  nous  mettions  à  sa  dis¬ 
position  les  documents  que  nous  avions  recueillis  jusque-là  sur  le  fameux  Relevé  statistique. 
La  lettre  ne  put  lui  être  communiquée  que  le  12  novembre;  et  le  lendemain  nous  reçûmes 
la  réponse  suivante:  „ 


«  Paris,  le  12  novembre  1843. 


«  Monsieur, 

«  J’ai  communiqué  ce  matin,  à  la  commission  chargée  d’examiner  le  service  orthopédique 
(aux  Enfants  malades),  la  lettre  en  date  du  3  de  ce  mois  que  vous  m’avez  fait  l’honneur  de 
m’écrire,  La  commission  ayant  pensé  que  l’article  2  de  l’arrêté  du  conseil  des  hospices  limi¬ 
tait  ses  attributions  à  l’examen  des  malades  qui  devaient  être  soumis  au  traitement  orthopé¬ 
dique,  n’a  pas  cru  devoir  accueillir  la  proposition  que  vous  lui  faisiez.  Je  joins  ici  copie  de 
l’article  précité. 

«  Art.  2. — En  conséquence,  tous  les  enfants  qui  devront  être  soumis  au  traitement  orthopé¬ 
dique  seront  préalablement  présentés  h  cette  commission,  et  lui  seront  représentés  à  l’issue 
du  traitement,  quelle  que  soit  la  cause  qui  le  fasse  cesser  ou  interrompre. 

«  Agréez,  Monsieur,  l’assurance  de  ma  considération  distinguée , 

«  Orfila, 

«  Président  de  la  commission.  » 


On  voit  que  M.  Guérin  était  dans  l’erreur  et  avait  induit  ses  lecteurs  en  erreur,  en  leur 
annonçant  la  commission  comme  chargée  de  s’enquérir  des  résultats  annoncés. 

La  deuxième  lettre  est  de  M.  Dechambre,  l’un  des  rédacteurs  du  Relevé  statistique. 


Paris,  ce  13  novembre  1843. 


Monsieur, 

Quelques  mots  échappés  à  votre  défense  du  14  novembre  dernier,  devant  le  tribunal  de 
police  correctionnelle  delà  Seine,  dans  l’affaire  engagée  entre  vous  et  M.  Guérin;  quelques 
mots  que  la  nature  même  du  procès  m’interdit  de  reproduire,  mais  que  vous  vous  rappelez 
certainement,  m’engagent  à  vous  prier  de  déclarer  publiquement  si  vous  avez  ou  non  par 
devers  vous  la  preuve  d’une  contradiction  ou  d’une  erreur  dans  la  partie  du  Relevé  qui  con¬ 
cerne  le  strabisme.  C’est  la  seule,  vous  le  savez,  pour  laquelle  j’ai  prêté  ma  collaboration. 

Pour  vous  mettre  à  même  de  répondre  à  cette  question*catégoriquement  et  en  toute  con¬ 
naissance  de  cause,  il  est  indispensable  de  vous  prévenir  que,  appelé  à  remplir  un  cadre  sta¬ 
tistique  tout  préparé  et  où  les  résultats  devaient  tous  se  ranger  sous  ces  indications:  guéris, 
améliorés,  morts,  etc. ,  je  n’ai  dû  et  pu  prendre  pour  base  de  mon  appréciation  que  l’élément 
principal  et  essentiel  du  strabisme,  la  direction  du  globe  oculaire.  Partant ,  il  est  bien  en¬ 
tendu  que  le  mot  amélioration  a  signifié  seulement  dans  mon  esprit  redressement  partiel  de 
l’œil,  quels  que  fussent  d’ailleurs  les  résultats  relatifs  aux  autres  éléments  de  la  difformité. 
Le  mot  guérison  n’a  pas  besoin  de  commentaires. 

Veuillez  agréer,  etc.  .  Dechambre. 


On  ne  comprendrait  pas  bien  la  lettre  de  M.  Dechambre,  si  nous  ne  rappelions  que  dans  le 
Relevé  statistique  (v.  ci-devant,  page  238)  sur  108  strabismes  opérés,  on  comptait  100  guéri - 


384  NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

sons  complètes ,  8  améliorations.  La  qualité  toute  spéciale  de  ces  améliorations  nous  explique 
comment  M.  Velpeau,  M.  A.  Bérard  et  nous-mêmes  nous  avons  vu  de  ces  malades  atteints  de 
diplopie,  d’embarras  dans  les  mouvements  de  l’œil;  comme  l’amélioration  ne  concerne  que 
la  rectilication  du  globe  oculaire,  et  que  nous  n’avons  pas  vu  les  sujets  avant  l’opération, 
nous  ne  pouvons  réellement  pas  dire  s’ils  ont  été  ou  non  améliorés.  Nous  nous  bornerons 
donc  à  constater  qu’ils  ne  se  regardent  pas  comme  tels,  et  qu’ils  regrettent  fort  leur  pre¬ 
mier  état. 

Nous  poserons  cependant  deux  questions  à  M.  Dechambre.  Le  sujet  qui  a  perdu  la  vue  de 
l’œil  opéré  (à  la  vérité  en  dehors  du  service  de  l’hôpital)  a  cependant,  d’après  son  dire,  l’œil 
un  peu  moins  dévié  qu’auparavant;  est-ce  que  par  hasard  ce  sujet,  s’il  avait  été  opéré  dans  le 
service,  aurait  été  compté  dans  les  améliorés ? 

Et  si  ce  même  sujet  ou  un  autre  avait  eu  l’œil  tout  à  la  fois  perdu  et  entièrement  redressé, 
où  l’aurait-on  mis?  Parmi  les  guérisons  complètes?  La  lettre  de  M.  Dechambre  laisse  ce 
point  quelque  peu  obscur;  et  les  praticiens  seraient  charmés  sans  doute  qu’on  voulût  bien  les 
édifier  à  cet  égard. 


îibb  •$«!38e,ëï»1  «Se  «•IrisiuiiBrjKie. — JTugemeB&S. — - 
CoissécratÈOEî  «Se  fa  liberté  «le  discussion  scientifique. 

Nous  devons  avant  tout  nous  excuser  du  retard  apporté  à  l’apparition  de  ce  numéro-  L’exac¬ 
titude  est  la  politesse  des  journaux  aussi  bien  que  des  rois;  et  il  n’a  pas  moins  fallu,  pour 
nous  en  départir,  que  la  gravité  des  circonstances  et  le  désir  d’apprendre  à  nos  lecteurs  le 
résultat  d’une  lutte  à  jamais  déplorable.  Justice  est  faite;  la  liberté  de  discussion  en  matière 
scientifique  a  reçu  une  consécration  solennelle,  dont  nous  ne  soupçonnions  guère  qu’elle  aurait 
besoin  ;  et  M  Guérin  paiera  les  frais  du  procès  qu’il  a  intenté  au  Journal  de  chirurgie. 

11  est  difficile  de  rendre  l’agitation  que  cette  affaire  a  excitée  dans  le  public  médical,  et 
même  dans  une  certaine  partie  de  la  population  parisienne.  Durant  quatre  longues  audiences , 
occupées  par  les  plaidoieries,  l’enceinte  du  tribunal  de  police  correctionnelle  s’est  trouvée  trop 
étroite  pour  contenir  les  auditeurs;  et  à  chaque  audience  nouvelle  la  foule  se  pressait  de 
plus  en  plus  serrée  et  profonde.  Le  prétoire  était  envahi  par  les  avocats  en  robe  ;  dans  l’en¬ 
ceinte,  dans  les  couloirs  et  jusque  près  des  juges,  se  remarquaient  des  professeurs,  des  mem¬ 
bres  de  l’Académie  royale  de  médecine  et  de  l’Institut,  des  députés,  des  magistrats  de  l’ordre 
le  plus  élevé. 

A  notre  affaire,  trop  simple  et  trop  claire  en  elle-même  pour  supporter  la  discussion, 
M.  Guérin  en  avait  réuni  trois  autres,  de  façon  à  en  faire  au  premier  abord  un  complot 
colossal.  Tant  d’habileté  a  tourné  contre  lui-même;  au  lieu  d’un  adversaire,  il  s’en  est 
trouvé  quatre  ;  tandis  que  tout  le  talent  reconnu  de  Me  Crémieux  ployait  sous  le  fardeau  de 
cette  triste  attaque,  les  défenseurs ,  Béthmont,  Me  Plocque,  Me  Favre,  semblaient  lutter 
à  qui  l’emporterait  de  verve  et  d’éloquence;  et  Me  Béthmont  surtout,  répondant  à  M.  l’avo¬ 
cat  du  roi,  a  déconcerté  l’accusation  par  un  des  plus  magnifiques  plaidoyers  dont  le  palais'  ait 
gardé  le  souvenir.  Le  Journal  de  chirurgie  était  défendu  par  son  rédacteur  en  chef,  et  la 
sainteté  de  la  cause  que  nous  défendions  a  donné  aussi  à  nos  paroles  assez  d’éclat  et  de 
force,  pour  porter  la  conviction  dans  l’esprit  des  magistrats.  Ceux  qui  n’ont  pas  assisté  à  ces 
débats,  ceux  qui  n’ont  pas  vu  l’auditoire  tout  entier,  frémissant,  bouillonnant,  emporté  même 
quelquefois  jusqu’à  des  applaudissements  aussitôt  réprimés  par  le  respect  de  la  justice,  ceux- 
là  ne  sauraient  se  faire  une  juste  idée  des  impressions  produites  par  les  divers  incidents  de  ce 
grand  drame  judiciaire. 

On  sait  que  la  loi  défend  de  rien  répéter  des  plaidoiries  en  affaires  de  diffamation;  cette 
défense  nous  est  d’ailleurs  plus  lçgère  qu’à  tout  autre,  et  nous  plaignons  trop  sincèrement 
notre  adversaire  d’avoir  subi  le  supplice  de  ces  quatre  audiences  pour  avoir  le  moindre  désir 
de  lui  en  renouveler  l’amertume. 

Aujourd’hui  que  tout  ce  bruit  est  dissipé,  que  les  passions  si  violemment  excitées  parla  lutte  sont 
rentrées  dans  le  silence,  nous  allons  reprendre  comme  par  le  passé  nos  études  scientifiques, 
avec  la  même  modération,  avec  la  même  fermeté;  secouant  de  nos  souliers  la  poudre  de  ce 
tribunal  de  police  correctionnelle  devant  lequel  nous  avons  été  si  étonnés  de  nous  asseoir,  et 
ne  voulant  conserver  d’autre  souvenir  que  celui  de  la  dignité  des  magistrats  et  de  la  justice 
qu’ils  nous  ont  rendue. 

Mais  en  dehors  du  tribunal,  nous  avons  trouvé  aussi  parmi  nos  confrères  une  justice  et  des 
sympathies  dont  nous  sommes  fiers  à  bon  droit,  parce  qu’elles  ont  montré  à  tous  la  grandeur 


385 


et  l’équité  de  notre  cause.  Ce  sont  là  des  souvenirs  qui  ne  doivent  point  périr;  qu’il  faut  con¬ 
server  avec  soin,  au  contraire,  afin  que  le  monde  médical  connaisse  bien  la  force  qu’il  peut 
puiser  dans  son  union.  Les  médecins  des  départements  ont,  joint  leurs  voix  à  ceux  de  Paris- 
les  internes  des  hôpitaux  ont  protesté  à  l’exemple  de  leurs  maîtres  ;  la  presse  médicale  s’est 
levée  comme  un  seul  homme;  et  enfin  la  Société  de  chirurgie,  prenant  une  vigoureuse  ini¬ 
tiative,  a  entraîné  les  sociétés  savantes.  Toutes  ces  adhésions  avaient  été  publiées  par  la 
Gazette  des  hôpitaux,  qui,  par  sa  publicité  plus  fréquente,  pouvait  seule  se  faire  l'apôtre  et  le 
Moniteur  de  ce  grand  mouvement  médical ,  et  qui  a  dignement  et  courageusement  accompli  sa 
mission.  Mais  nous  avons  cru  qu’il  était  aussi  de  notre  devoir  d’enregistrer  ces  protestations  si 
éclatantes  et  si  nombreuses,  et  nous  y  avons  consacré  un  supplément.  Nous  n’avons  pas  publié 
toutes  les  lettres  particulières  que  nous  avons  reçues;  le  même  sentiment  animait  tous  nos 
confrères  sur  tous  les  points  du  royaume;  nous  les  prions  seulement  ici  d’agréer  l’expression 
d’une  reconnaissance  qui  ne  mourra  qu’avec  nous. 


Oédnration  tle  principes  des  médecins  et  chirurgiens 

«le  France. 


La  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique  est  le  droit  le  plus  sacré 
et  Tune  des  bases'  fondamentales  de  toute  science. 

La  discussion  peut  et  doit  s'exercer  sur  les  doctrines  et  sur  les  faits. 

La  discussion  des  faits  porte  essentiellement  sur  leur  valeur ,  sur  leur 
degré  d'exactitude  ,  et  entraîne  nécessairement  le  droit  de  les  nier ,  lorsque 
leur  fausseté  a  été  découverte. 

En  médecine  et  en  chirurgie  particulièrement ,  il  est  de  droit  de  discu¬ 
ter  toute  méthode  et  toute  opération  nouvelles ,  de  rechercher  la  valeur 
des  succès  annoncés,  de  les  nier  lorsqu'on  a  la  preuve  qu’ils  ne  sont 
pas  réels. 

Hors  de  ces  principes ,  il  n’y  a  plus  ni  discussion  ,  ni  art ,  ni  enseigne¬ 
ment  possibles,  ni  garantie  pour  la  santé  publique  ;  et  la  science  serait  livrée 
sans  défense  à  la  merci  de  tous  les  charlatans. 


Paris,  8  octobre  1843. 

Marjolin,  professeur  de  pathologie  chirur¬ 
gicale  à  la  Faculté,  membre  de  l’Académie 
royale  de  médecine. 

Velpeau  ,  professeur  de  clinique  chirurgicale 
à  la  Faculté,  membre  de  l’Académie  des 
sciences  et  de  l’Académie  royale  de  méde¬ 
cine. 

Fouquier,  professeur  de  clinique  médicale, 
premier  médecin  du  roi,  membre  de  l’Aca¬ 
démie  royale  de  médecine. 

Cruveilhier  ,  professeur  d’anatomie  patho¬ 
logique  à  la  Faculté,  membre  de  l’Académie 
royale  de  médecine. 

Moreau  ,  professeur  d’accouchements  à  la  Fa¬ 
culté,  membre  de  l’Académie  royale  de  mé¬ 
decine. 

A.  Bérard  ,  professeur  de  clinique  chirurgi¬ 
cale  à  la  Faculté,  membre  de  l’Académie  de 
médecine. 

Trousseau  ,  professeur  de  thérapeutique  à  la 
Faculté, 

Villerme',  membre  de  l’Institut  et  de  l’Aca¬ 
démie  de  médecine. 


Husson  ,  médecin  de  l’Hôtel-Dieu ,  membre 
de  l’Académie  de  médecine. 

Gimelle,  médecin  de  l’hôpital  du  Gros-Cail¬ 
lou,  membre  de  1  Académie  de  médecine 

Ollivier  (d’Angers),  membre  de  l’Académie 
de  médecine. 

Bricheteau  ,  -  médecin  de  l’hôpital  Necker, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 

Collineau,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Gérardin,  médecin  de  la  Maternité,  membre 
de  l’Académie  de  médecine. 

Guéneau  de  Mussy,  médecin  de  THôtel-Dieu, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 

Guersant,  médecin  de  l’hôpital  des  Enfants, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 

A.  Pasquier,  chirurgien  du  roi,  chirurgien 
en  chef  des  Invalides ,  etc. 

Cornac,  médecin  en  chef  des  Invalides,  mem¬ 
bre  de  l’Académie  de  médecine. 

Gerdy,  professeur  de  pathologie  chirurgicale 
à  la  Faculté  de  Paris,  membre  de  l’Acadé¬ 
mie  de  médecine. 


SUPPLÉMENT. 


25 


386 

Piorry,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 

Pariset,  secrétaire  perpétuel  de  l’Académie 
de  médecine. 

F.-V.  Mérat,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

P.-J.  Roux,  chirurgien  de  l’Hôtel-Dieu,  pro¬ 
fesseur  à  la  Faculté,  membre  de  l’Institut. 
Honoré,  médecin  de  l’Hôtel-Dieu,  membie  de 
l’Académie  de  médecine. 

P.  Bérard  ,  professeur  de  physiologie  à  la 
Faculté,  chirurgien  de  l’hôpital  Saint-An¬ 
toine. 

Breschet  ,  professeur  à  la  Faculté ,  meinbi  e 
de  l’Institut  et  de  l’Académie  de  médecine. 
Baron ,  médecin  de  l’hôpital  des  Enfants, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Baffos,  médecin  de  l’hospice  de  Laroche- 
foucauld ,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Renauldin  ,  médecin  de  l’hôpital  Beaujon, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Pâtissier  ,  membre  de  l’Académie  de  méde¬ 
cine. 

Bourdon  ,  D.-M.-P. 

Bouciiardat,  pharmacien  en  chef  de  l’Hôtel- 
Dieu. 

Valleix,  médecin  des  hôpitaux. 
Denonvilliers ,  chirurgien  des  hôpitaux, 
agrégé  et  chef  des  travaux  anatomiques  de 
la  Faculté. 

Robert,  chirurgien  de  l’hôpital  Beaujon, 
agrégé  de  la  Faculté. 

Dupré,  D.-M.-P. 

Martin  ,  D.-M.-P. 

Colombat  (de  l’Isère),  D.-M.-P. 

Lucien  Boyer,  D.-M.-P. 

Cazeaux,  ex-chef  de  clinique  de  la  Fa¬ 
culté. 

Depaul,  D.-M.-P. 

Laborie ,  D  -M-P. 

Marchal  de  Calvi,  D.-M.-P. 

Aubert-Roche,  D.-M.-P. 

DANYAupère,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Puel  ,  D.-M.-P. 

Maissiat,  agrégé  de  la  Faculté. 

Guérard,  médecin  de  l’hôpital  Saint-Antoine. 
Kapeler,  médecin  de  l’hôpital  Saint-Antoine. 
Manec  ,  chirurgien  de  l’hospice  de  la  Vieil¬ 
lesse  (femmes). 

Natalis  Guillot,  médecin  de  l’hospice  de  la 
Vieillesse  (  hommes  ),  agrégé  à  la  Faculté 
de  Paris. 

Devergie  ,  médecin  de  l’hôpital  Saint-Louis. 
Marrotte  ,  médecin  du  Bureau  central. 
Laugier  ,  chirurgien  de  l’hôpital  Beaujon. 
Chassaignac,  chirurgien  du  bureau  central. 
Félix  d’ARCET,  D.-M.-P. 

Henry  Blàtin,  D.-M.-P. 

Riciielot,  D.-M.-P. 

Homolle  ,  D.-M.-P. 


Dobigny,  D.-M.-P. 

Bourdin,  D.-M.-P. 

A.  Tessereau,  D.-M.-P. 

Jacques  ,  D.-M.-P. 

Aubrun  ,  D.-M.-P. 

Bonnassies  ,  D.-M.-P. 

Compérat,  D.-M.-P. 

Labarraque  ,  D.-M.-P. 

Belhomme,  D.-M.-P. 

V.  SzOKALSKl  ,  D.-M.-P. 

Larraine,  D.-M.-P. 

Iaunz,  D.-M.-P. 

Smith  ,  D.-M.-P. 

Hubert-Valleroux  ,  D.-M.-P. 

Dronsart,  D.-M.-P. 

VOILLEMIER,  D.-M.-P. 

Bonneau,  médecin  de  l’hôpital  des  Enfants. 
Hardy,  médecin  du  Bureau  central. 

G.  Monod  ,  chirurgien  de  la  Maison  royale  de 
santé. 

H.  Roger,  médecin  du  Bureau  central. 

P.  Guersant,  chirurgien  de  l’hôpital  des  En¬ 
fants. 

V.  Gerdy,  agrégé  à  la  Faculté  de  médecine 
de  Paris. 

Michon,  chirurgien  à  l’hôpital  Cochin,  agrégé 
à  la  Faculté. 

Raige-Delorme  ,  D.-M.-P. 

G.  Blaciie  ,  médecin  de  l’hôpital  Cochin, 
médecin  du  prince  royal. 

R.  Marjolin,  chirurgien  du  Bureau  central. 
L.  Gontier,  D.-M.-P. 

Al.  Cazenave,  médecin  de  l’hôpital  Saint- 
Louis,  agrégé  à  la  Faculté. 

Pii.  Boyer,  chirurgien  de  l’hôpital  Saint- 
Louis. 

Beau  ,  médecin  des  hôpitaux. 

F.  Dubois,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 

A.  Dumont,  D.-M.-P. 

Barth  ,  médecin  des  hôpitaux,  agrégé  à  la 
Faculté. 

Nélaton  ,  chirurgien  de  l’hospice  de  la  Vieil¬ 
lesse  (hommes),  agrégé  à  la  Faculté. 
Monneret,  médecin  du  Bureau  central,  agrégé 
à  la  Faculté. 

Legroux  ,  médecin  des  hôpitaux  ,  agrégé  à  la 
Faculté. 

Breton,  D.-M.-P. 

Nonat,  médecin  des  hôpitaux,  agrégé  à  la 
Faculté. 

Maisonneuve  ,  chirurgien  du  Bureau  central. 
Emery,  médecin  de  l’hôpital  Saint-Louis, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Bonamy,  D.-M.-P. 

Cardeilhac  ,  D.-M.-P. 

Lenoir,  chirurgien  de  l’hôpital  Necker,  agrégé 
de  la  Faculté. 

B.  Horteloup  ,  médecin  de  l’institution  de 
Sainte-Périne,  médecin  du  roi  par  quartier. 

A.  Danyau,  chirurgien  professeur- adjoint  à 
l’hospice  de  la  Maternité. 

Jolly,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 


387 


Huguier,  chirurgien  de  l’hôpital  de  Lourcine, 
agrégé  à  la  Faculté  de  médecine. 

Mialhe  ,  agrégé  à  la  Faculté. 

Sestier  ,  agrégé  à  la  Faculté. 

Martins  ,  agrégé  à  la  Faculté. 

Bouchut,  D.-M.-P. 

B.  de  Larroque  ,  médecin  à  l’hôpital  Necker. 
Roche,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Pidoux  ,  D.-M.-P. 

Cullerier,  chirurgien  du  Bureau  central. 
Piedagnel  ,  médecin  des  hôpitaux. 

Foy,  D.-M.-P. 

Gillette,  médecin  du  Bureau  central. 

A.  Roustan,  D.-M.-P. 

Desequibes,  D.-M.-P. 

Bouvier,  médecin  des  hôpitaux,  membre  de 
l’Académie  de  médecine. 

Allibert,  D.-M.-P. 

Rochoux,  médecin  de  l’hospice  de  Bicêtre, 
membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Bayle,  D.-M.-P. 

Amussat,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Devilliers,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Lachèze,  D.-M.-P. 

Beaugrand  ,  D.-M.-P. 

Baron  ,  médecin  du  Bureau  central. 
Grisolle  ,  médecin  du  Bureau  central. 
Poumet,  D.-M.-P. 

Fauvel,  chef  de  clinique  de  la  Faculté. 
Poirson  ,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Ch.  Londe,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Lagneau  ,  membre  de  l’Académie  de  méde¬ 
cine. 

Caffe  ,  D.-M.-P. 

Thirial,  D.-M.-P. 

Andrieux  de  Brioude,  D.-M.-P. 

Masson  de  Saint-Félix,  D.-M.-P. 

Prus  ,  médecin  de  l’hospice  de  la  Vieillesse 
(femmes). 

Cerise,  D.-M.-P. 

Janin,  D.-M.-P. 

Balmette,  membre  de  la  Société  médico- 
pratique. 

Duval,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Bégin,  membre  du  Conseil  de  santé  des  ar¬ 
mées  et  de  l’Académie  de  médecine. 

Baron  H.  Larrey  ,  chirurgien  au  Val-de- 
Gràce,  agrégé  à  la  Faculté. 

Fabre,  D.-M.-P. 

Guitton,  D.-M.-P. 

Moreau  (de  Tours),  médecin  de  Bicétre. 
Jacob,  D.-M.-P. 

Roussel,  D.-M.-P. 

Sarrazin,  D.-M.-P. 

Desmarres,  D.-M.-P. 

Hélie,  D.-M.-P. 

Quatrevaux,  D.-M.-P. 

Martin,  D.-M.-P. 

Capuron,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 
Ségalas,  membre  de  l’Académie  de  médecine. 


Pauly,  D.-M.-P. 

Noël  Guéneau  de  Mussy,  D.-M.-P. 

Ribail,  D.-M.-P. 

Gueury,  D.-M.-P. 

P.  Puche,  médecin  de  l’hôpital  du  Midi. 
Emmanuel  Rousseau,  D.-M.-P. 

Bernast,  D.-M.-P. 

Aimé  Grimaud,  D.-M.-P. 

L.  Bassereau,  D.-M.-P. 

Carrère,  D.-M.-P. 

Tournié,  D.-M.-P. 

Giraldès,  D.-M.-P. 

A.  Brierre  de  Boismont,  D.-M.-P. 

Mojon,  professeur  honoraire  de  l’Université 
royale  de  Gènes,  correspondant  de  l’Aca¬ 
démie  de  médecine. 

SÉVESTRE,  D.-M.-P. 

L.  Fleury,  D.-M.-P. 

Godier,  D.-M.-P. 

Chailly,  D.-M.-P. 

Genest,  D.-M.-P. 

Duval,  D.-M.-P. 

Andrieux,  D.-M.-P. 

Deschamps,  D.-M.-P. 

Dieuhem  Chotomski,  D.-M.-P, 

Tanquerel  des  Planches,  D.-M.-P. 

J.  Snowden,  D.-M.-P. 

Tavernier,  D.-M.-P. 

Ricord,  chirurgien  de  l’hôpital  du  Midi. 
Sandras,  médecin  de  l’Hôtel-üieu  annexe. 
Sellière,  D.-M.-P. 

Félix  Legros,  D.-M.-P. 

Dancel,  D.-M.-P. 

Planté  de  Mengelle,  D.-M.-P. 

Maisonabe,  agrégé  à  la  Faculté. 

Fleurus  Léger,  vice-président  de  la  Société 
Médico-Pratique. 

Prosper  Basile,  D.-M.-P. 

Schuster,  D.-M.-P. 

J.-B.  Maurial,  D.-M.-P. 

Amédée  Latour,  D.-M.-P, 

Ducros  (de  Marseille),  D.-M.-P. 

Rampon,  D.-M.-P. 

Josse,  D.-M.-P. 

Plisson,  D.-M.-P. 

Miquel,  D.-M.-P. 

Vanier,  D.-M.-P. 

Lubanski,  D.-M.-P. 

Cahen,  D.-M.-P. 

Lalanne,  D.-M  -P- 

Quévenne,  pharmacien  en  chef  de  l’hôpital  de 
la  Charité. 

À.  Putel,  D.-M.  à  Neuilly. 

Max.  Vernois,  D.-M.-P. 

A.  Paulin,  D.-M.-P. 

Blanchard,  D.-M.-P. 

Raciborski,  ancien  chef  de  clinique. 

Ch.  Flandin,  D.-M.-P. 

Pellarin,  D.-M.-P. 

Jallat,  D.-M.-P. 

Morel-Lavallée,  D.-M.-P. 

Dumas,  D.-M.-P. 


Souberbielle,  D.-M.-P.,  membre  de  l’an¬ 
cienne  Académie  de  chirurgie. 

Sichel,  D.-M.-P. 

Delasiauve,  D.-M.-P. 

Léon  Husson,  D.-M  -P. 

Falone,  D.-M.-P. 

Pédelaborde,  D.-M.-P. 

Regnart,  D.-M.-P. 

Alexandre  Dupuis,  D.-M.-P. 

Charruau,  D.-M.-P. 

Desprez,  prosecteur  de  la  Faculté. 

F.  Hillairet,  D.-M.-P. 

E.  Lacroix,  ex-prosecteur  à  la  Faculté. 
Vigla,  chef  de  clinique  de  la  Faculté. 

P.  Delamotte,  D.-M.-P 
Lélut,  médecin  de  la  Salpêtrière. 

D’Astros,  chef  de  clinique  médicale  de  la  Fa¬ 
culté. 

Beaude,  membre  du  conseil  de  salubrité. 
Renaut,  D.-M.-P. 

A.  Pointis,  D.-M.-P 
J.  Fau,  D.-M.-P. 

Drache,  D.-M.-P. 

J.  Sterlin,  D.-M.-P. 

Pailloux,  D.-M.-P. 

Taupin,  D.-M  -P. 

Serré,  D.-M  -P. 

J.  Loir,  D.-M  -P. 


Lacournêre,  membre  de  l’Académie  de  mé¬ 
decine. 

Cherest,  D.-M.-P. 

Riembault,  D.-M.-P. 

Deramond,  D.-M.-P. 

Magne,  D.-M.-P. 

Gosselin,  prosecteur  de  la  Faculté. 

Lustreman,  professeur  au  Val-de-Grâce. 

Casimir  Broussais,  professeur  au  Val-de- 
Grâce. 

Léhu,  Dr. 

Martin,  Dr,  de  Deuil. 

Olinet,  Dr. 

Beslières,  D.-M.-P. 

L.  Mailliot  ,  D.-M.-P- 

Lacorbière,  D.-M.-P. 

Dufresse,  D.-M.-P. 

De  Fernex,  D.-M.-P. 

Déguisé  père,  chirurgien  en  chef  de  la  mai¬ 
son  royale  de  Charenton. 

Déguisé  fils ,  chirurgien-adjoint  du  même 
établissement. 

Mêlier,  membre  de  l’Académie  royale  de  mé¬ 
decine. 

Dezeiméris,  député,  bibliothécaire  de  la  Fa¬ 
culté  de  médecine. 

Lesueur,  agrégé  et  chef  des  travaux  chimiques 
de  la  Faculté, 


Paris,  Hôtel  royal  des  Invalides,  le  4  novembre  1843. 

Nous,  soussignés,  docteurs  en  médecine,  déclarons  adhérer  pleinement  et  sans  réserve 
aux  principes  contenus  dans  la  déclaration  en  faveur  de  la  liberté  de  discussion  en  ma¬ 
tière  scientifique. 


A.  Pasqüier,  D.-M.-P. 
L.  Bezu,  D.-M.-P. 
Lallemand,  D.-M.-P. 
Doquin,  D.-M.-M. 

B.  Borrel,  D.-M.-M. 


J. -B.  Huard,  D.-M.-M. 
Barüdel,  D.-M.-M. 
Aron,  D.-M.-S. 
Valette,  D.-M. 
Gerrier,  D.-M. 


Adhésions  des  médecins  des  déitactenients. 


Le  Havre,  20  octobre  1843. 

Nous,  soussignés,  docteurs  en  médecine  des  trois  Facultés  du  royaume  résidant  an 
Havre,  etc. 

Déclarons  adhérer  pleinement  et  sans  réserve  aux  principes  suivants,  formulés  par 
les  médecins  de  Paris. 

(Suit  le  texte  de  la  déclaration.) 

Marchesseaux,  D.-M.-P  ,  ancien  journaliste.  A.  Duchesne,  D.-M.-P. 

Huet,  D.-M.-P.,  chirurgien  en  chef  de  l’hô¬ 
pital. 

Pihorel,  D.-M.-P.,  chirurgien-adjoint  de 
l’hôpital 

Bourgueneuf  ,  Dr,  médecin  en  chef  de  l’hô¬ 
pital. 

Df.verre,  D.-M.-P. 


Desjardins,  D.-M. 

H.  Langevin  ,  D.-M.-P. 
Desnouette  ,  Dr. 

Marie  ,  D.-M  -P. 
Hébert,  D.-M  -P 
N.  Gousture,  D.-M.-P. 
Falize,  D.-M  -P. 


389 


Saint-Malo,  21  octobre  184”. 
A.  M.  le  Rédacteur  du  Journal  de  Chirurgie. 


Monsieur  le  Rédacteur  , 

Je  viens  à  l’instant  d’ouvrir  votre  journal,  et  ce  n’est  pas  sans  un  étonnement  inouï 
que  j’ai  lu  les  quelques  lignes  où  il  est  ^question  d’un  procès  en  police  correctionnelle 
qui  vous  est  intenté  par  M.  J.  Guérin,  pour  avoir  critiqué  justement  et  avec  un  ton 
parfaitement  convenable,  les  miracles  orthopédiques  du  rédacteur  en  chef  de  la  Gazelle 
médicale. 

Mes  confrères  de  Saint-Malo  et  moi,  déclarons  donc  avec  les  médecins  et  chirurgiens 
de  France,  que  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique  est  le  droit  le  plus  sacré, 
que  sans  elle  la  science  ne  pourrait  exister,  et  que  nous  réprouvons  tout  acte  attenta¬ 
toire  à  cette  liberté  que  tout  médecin  ami  du  progrès  et  des  lumières  doit  détendre  et 


respecter. 

Vos  confrères:  ChapecAIs,  D.-M.-P. 

E.  Léchelle,  D.-M. 


CHAPELpère,  D.-M.-P.  Béhier,  D.-M.-P. 
Eguisier,  D  -M.-P. 


/ 


Bordeaux  ,  22  octobre  1845. 


Monsieur  et  honoré  confrère , 

Je  vous  prie  de  signer  en  mon  nom  la  déclaration  contenue  dans  votre  journal  d  octo¬ 
bre,  qui  commence  par  : 

«  La  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique  est  le  droit  le  plus  sacré  et  1  une  des 
bases  fondamentales  de  toute  science.  » 


Emile  Gaubric  ,  médecin  et  chirurgien  du  dépôt  de  mendicité. 


Gaillac  ,  le  22  octobre  1845. 
AM.  le  Rédacteur  de  la  Gazette  des  Hôpitaux. 


Monsieur  et  très  honorable  confrère , 

Le  n°  du  19  octobre  courant  de  votre  excellent  journal,  m’apporte  une  Déclaration 
en  faveur  de  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique.  Veuillez  enregistrer  dans 
vos  colonnes  mon  adhésion  pleine  et  entière  aux  principes  qui  y  sont  formulés. 

Personne  au  monde  ne  professe  plus  d’estime  que  moi  pour  le  talent  de  M.  Guérin, 
par  cela  même  je  déplore  plus  que  personne  la  voie  malheureuse  dans  laquelle  il  vient 
d’entrer.  Si  par  impossible  MM.  Malgaigne  et  Yidal  (de  Cassis)  étaient  reconnus  coupa¬ 
bles,  judiciairement  parlant,  l’exemple  du  propriétaire  de  Y  Etablissement  orthopédique 
. — je  me  trompe — de  Y  Institut  orthopédique  du  château  de  la  Muette ,  n  en  resterait  pas 
moins  pour  prouver  à  quels  expédients  sont  condamnés  les  meilleurs  esprits  quand  des 
intérêts  matériels  se  mettent  forcément  pour  eux  à  la  place  des  intérêts  de  la  science, 
quand  l’art  est  obligé  de  descendre  au  niveau  d’une  industrie. 


Agréez,  etc., 


Rigal  ,  D.-M.,  chirurgien  de  l’hôpital  Saint- André-de- Gaillac , 
membre  correspondant  de  l’Académie  royale  de  médecine. 


Saint-Malo  ,  24  octobre  1845. 
A  M.  le  Rédacteur  du  Journal  de  Chirurgie. 


Monsieur , 

J’adhère  pleinement  et  sans  réserve  à  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et  chi¬ 
rurgiens  de  France.  Le  procédé  de  M.  J.  Guérin  est  si  étrange  que  tous  les  vrais  amis  de 
la  chirurgie  vous  assureront,  je  n’en  doute  pas,  de  leur  sympathie  en  cette  circonstance. 

Mon  illustre  compatriote,  Broussais,  n’a  pas  agi  delà  sorte  envers  M.  Guérin.  Lorsque 
ce  dernier  attaquait  si  vivement  l’auteur  de  la  doctrine  physiologique,  Broussais  a-t-il 
appelé  le  rédacteur  de  la  Gazette  médicale  devant  les  tribunaux?  Une  pareille  démarche 


390 


eût  paru  dénuée  de  toute  dignité  à  l’homme  qui,  toute  sa  vie,  fut  sur  la  brèche  de  la  po¬ 
lémique  et  respecta  constamment  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique. 

Veuillez  agréer,  je  vous  prie,  l’expression  des  vœux  que  je  forme  pour  le  triomphe  du 
droit  que  vous  défendez  avec  tant  de  courage  et  de  talent,  etc., 

Cabaret,  D.-M.-P. 

Vimoutiers  (Orne),  ce  24  octobre  1843 

La  liberté  de  penser,  de  parler  et  d’écrire  est  un  droit  tellement  acquis  à  l’homme 
qu’il  faut  une  appréciation  bien  superficielle  des  choses  et  des  principes  pour  vouloir 
empêcher  la  libre  discussion  en  matière  scientifique....  C’est  pourquoi  je  déclare,  en 
dehors  de  toute  arrière-pensée  de  parti,  acquiescer  à  la  déclaration  indiquée  à  la  page 
133  du  Journal  de  Chirurgie.  Cette  vigoureuse  protestation  ne  peut  manquer  d’être 
accueillie  par  le  public  médical,  toujours  prêt  à  défendre  ses  droits  et  à  désapprouver 
toute  atteinte  portée  à  la  liberté  de  discussion  en  fait  de  médecine  et  de  chirurgie. 

Dr  Delaporte,  correspondant  de  l’Académie  de  médecine. 


Adhésions  des  médecins  de  Strasbourg . 


Arronssohn,  agrégé  à  la  Faculté  de  méde¬ 
cine,  médecin  consultant  du  roi. 

Bach  ,  agrégé  à  la  Faculté  de  médecine. 

Eug.  Beeckel,  D.-M.-P. 

Boyer  ,  professeur  de  physiologie  à  la  Faculté. 

D’Eggs,  D.-M. 

Fee  ,  professeur  d’histoire  naturelle  médicale 
à  la  Faculté. 

Deyber  ,  D.-M. 

Forget,  professeur  de  clinique  médicale  à  la 
Faculté. 

Godelier,  professeur  à  l’hôpital  militaire. 

Rigaud  ,  professeur  de  chirurgie  et  de  patho¬ 
logie  chirurgicale  à  la  Faculté. 

Ubersaal  ,  D.-M. 

Sédillot,  professeur  à  la  Faculté  et  à  l’hôpi¬ 
tal  militaire. 

Langlois,  professeur  à  l’hôpital  militaire. 


Strasbourg,  26  octobre  1843. 

Scoutetten,  chirurgien  en  chef,  premier  pro¬ 
fesseur  à  l’hôpital  militaire. 

Lereboullet,  professeur  à  la  Faculté  des 
sciences,  D.-M. 

Tourde's  père,  professeur  à  la  Faculté. 

Hirtz,  agrégé  à  la  Faculté. 

Held,  agrégé  à  la  Faculté. 

Strohl,  agrégé  à  la  Faculté. 

Boeckel  aîné,  D.-M. 

Schoeffer,  D.-M. 

Libermann,  D.-M. 

Zeyzolff,  D.-M. 

Clausing,  médecin  cantonal. 

Gerhard,  D.-M. 

Schaller,  D.-M. 

Lauth,  D.-M. 

Lambert,  D.-M. 


Joyeux,  D.-M. 

—  M.  L.  Boyer,  D.-M.  à  Longjumeau  (Seine-et-Oise),  nous  prie  de  joindre  son  nom  à  ceux 
des  signataires  de  la  protestation. 


Adhésions  des  médecins  de  V arrondissement  de  Pau  (Basses-Pyrénées) . 

— Les  médecins  et  chirurgiens  de  l’arrondissement  de  Pau  (Basses-Pyrénées) ,  après 
avoir  pris  connaissance  de  la  déclaration  de  principes  rédigée  par  leurs  confrères  de 
Paris,  et  dont  copie  suit,  déclarent  adhérer  complètement  à  toutes  les  dispositions  con¬ 
tenues  dans  ladite  déclaration  de  principes  : 

(Suit  le  texte  de  la  Déclaration.) 


Baile,  médecin  en  chef  de  l’hôpital,  inspec¬ 
teur  des  Eaux-Chaudes. 

J.  Loyson,  D.-M.-P. 

Cazenave,  M.,  directeur  de  l’asile  des  aliénés. 
H.-M.  Honneau,  D.-M.-M.,  médecin  desprisons. 
Mespec,  D.-M. 

Barracq,  chirurgien. 

L.  Daran,  D.-M.-P. 

S.  Jacob,  D.-M.-P. 

Pfcamilh,  D.-M.-P. 

Iribarue,  D.-M.-P. 

Terrier,  D.-M.-P. 


Roussille,  D.-M.-P. 

Marcel,  chirurgien  en  chef  de  l’hospice. 

F.  Daran  ,  médecin-inspecteur  des  Eaux- 
Bonnes. 

Bergeret,  D.-M.-P. 

Routille,  médecin. 

Labessin,  chirurgien. 

Bidourel,  chirurgien 
Pédaugé,  chirurgien. 

Suberbielle,  D.-M. 

Chéreau,  aide-major  retraité. 


391 


Adhésions  des  médecins  de  Pontoise. 


Deslions,  D.-M.-P.,  médecin  en  chef  de  l’Hô- 
tel-Dieu. 

David,  D.-M.-P.,  chirurgien  en  chef. 

Borel,  D.-M.-M.,  médecin  adjoint. 

Prestat,  D.-M.-P.,  chirurgien-adjoint. 


Pontoise ,  le  10  novembre  1843. . 
Vigier,  D.-M.-P-,  membre  correspondant  de 
l’Académie  de  médecine. 

Miramond,  D.-M.-P. 

Peyron,  D.-M.-P.  à  Marines. 

Bastide,  D.-M.-P.  à  Marines. 

E.  Prestat,  D.-M.-P. 


Adhésions  des  médecins  de  Tours. 

Tours,  ce  7  novembre  1845. 


Bretonneau,  ex-médecin  de  l’hôpital  général 
de  Tours,  membre  correspondant  de  l’Insti¬ 
tut  et  de  l’Académie  de  médecine. 

F.  Leclerc,  médecin  en  chef  de  l’hôpital  de 
Tours. 

F.  Herpin  fils,  chirurgien  en  chef  de  l’hôpital 
de  Tours. 

Anglada,  D.-M.-P. 

Hulin-Origet,  président  de  la  Société  médi¬ 
cale  d’Indre-et-Loire. 

Leclerc  père,  D.-M.-P. 

Thurcellus,  D.-M.-P. 

H.  Allain-Dupré,  D.-M.-P. 


Ollivry,  D.-M.-P. 

Haime,  D.-M.-P. 

F.  Herpin,  D.-M.-P. 

Auguste  Millet,  D.-M.-P. 

Chraude,  D.-M. 

Morand,  médecin  de  l’hôpital  général  de 
Tours. 

Tonnelle  père ,  D.-M.-P. 

H.  Crozat,  D.-M.-P. 

L.  Desmoulins,  officier  de  santé. 

B.-J.-J.  Bauge,  D.-M.-P. 

Thomas,  D.-M.-P. 

Menou,  D.-M. 


Adhésions  des  médecins  d’Alençon. 

Nous  soussignés,  docteurs  en  médecine  de  la  Faculté  de  Paris,  médecins  et  chu  lu 

rurgiens  des  hôpitaux  et  de  l’asile  départemental  des  aliénés  de  la  ville  d  Alen¬ 
çon  (Orne),  etc. 

Déclarons  adhérer  pleinement  et  sans  réserve  aux  principes  suivants  : 

{Suit  le  texte  de  la  déclaration.) 


A.  Rotureau,  D.-M.-P. 
A.  Chevallier,  D.-M.-P. 
Châmblay,  D.-M.-P. 
Clérambault,  D.-M.-P. 
Marchand,  D.-M.-P. 
Letaillinet,  Dr. 


L.  Laveille,  Dr. 
Cangrain,  D.-M.-P. 
Léger,  D.-M.-P. 
Renaud,  Dr. 

L.  Boislambert,  Dr. 
Poullain,  Dr. 


Adhésions  des  médecins  de  Mayenne. 

Adhèrent  à  la  déclaration,  les  soussignés  docteurs  en  médecine  à  Mayenne. 

Godefroy.  Gondais. 

Gü  YARD.  PONTHAULT. 

—  MM.  les  docteurs  Cambray,  chirurgien  en  chef  de  l’hôpital  civil  de  Cambrai  (Nord)  ; 
Moreau,  à  Saulieu,  près  Semur  (Côte-d’Or),  et  Neuville,  à  Bernay  (Eure),  nous  prient  de 
joindre  leurs  noms  à  ceux  des  signataires  de  la  protestation. 

—  MM.  les  docteurs  Bissey  et  Fauconnet,  de  Précy  (Côte-d’Or),  nous  font  aussi  parvenir 
leur  adhésion. 

—  Ont  adhéré  à  la  déclaration  :  MM.  les  docteurs  G.  Debrou,  ancien  prosecteur  de  la  Fa¬ 
culté;  A.  Pereira,  professeur  à  l’Ecole  préparatoire  d’Orléans. 

Léon  Caucal,  Dr,  à  Saint-Germain-des-Bois  Jules  Caucal,  Dr,  chirurgien  de  l’hôpital  civil 
(Saône-et-Loire).  de  Louhans  (Saône-et-Loire). 

Korewa,  D.-M.-P.  à  Longues  (Seine-et-Oise). 


392 


Adhésions  des  médecins  d’Evreux. 


Evreux,  le  29  octobre  1845. 


Les  médecins  et  chirurgiens  soussignés  donnent  une  adhésion  pleine  et  entière  à  la 
déclaration  de  principes. 


G.  Bougarel,  D.-M. 'P. 
Fortin,  D.-M.-P. 
Riçhard,  D.-M.-P. 

8.  Aport,  D.-M.-P. 


Malseur,  D.-M.-P. 
Patel,  D.-M.-P. 
Duhûrdel,  D.-M.-P. 
Baudry,  D.-M.-P. 


Alger,  50  octobre  1845. 

Monsieur  et  très  honoré  confrère , 

L  est  par  delà  les  mers  que  nous  arrive  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et 
chirurgiens  de  France  en  faveur  de  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique,  et 
,j  ai  hâte  de  vous  prier  de  joindre  mon  nom  à  ceux  qui  figurent  sur  la  liste  que  vous  avez 
publiée;  trop  heureux  de  trouver  l’occasion  de  déclarer  que,  hors  ces  principes,  la 
science  serait  à  la  merci  de  tous  les  charlatans. 

Malle,  chirurgien  en  chef  de  l’hôpital  de  Mustapha-Pacha,  professeur 
agrégé  à  la  Faculté  de  médecine  de  Strasbourg,  de  l’Académie  de 
médecine  de  Paris,  etc. 

Hagueneau  ,  1er  novembre  1845. 

Monsieur  et  très  honoré  confrère , 

L  inimaginable  procès  intenté  à  la  presse  scientifique  a  fait  bruit  jusque  dans  ma  petite 
garnison. 

Veuillez  m  ajouter,  je  vous  prie,  au  nombre  des  signataires  à  la  déclaration  de  prin¬ 
cipes  formulée  dans  votre  estimable  Journal.  Au  milieu  de  si  bonne  compagnie,  mon 
nom  perdra  de  son  obscurité. 

J.-Poyer,  D.-M.-P.,  ex-aide-major  de  la  garde  municipale, 
chirurgien-major  du  5e  lanciers. 

— M.  le  docteur  Od.  Chevillion,  de  Vitry-le-Français,  nous  écrit  également  pour  nous  prier 
de  taire  connaître  son  adhésion  à  la  déclaration. 

—  M.  Poulain,  D.-M.  à  Châteauneuf  en  Thimerais  (Eure-et-Loir),  adhère  à  la  décla¬ 
ration. 

—  Nous  recevons  également  l’adhésion  de  M.  le  Dr  Tenain,  médecin  en  chef  de  l’hôpital 
Archange  d’Orsay  (Seine-et-Oise). 


La  Clinique  de  Marseille  nous  apporte  les  adhésions  suivantes  : 


Adhésions  des  médecins  de  Marseille. 


Nous  soussignés,  docteurs  en  médecine  des  trois  Facultés  du  royaume,  médecins  et 
chirurgiens  des  hôpitaux  de  Marseille,  professeurs  à  l’école  préparatoire  de  cette  ville, 
déclarons  adhérer  sans  réserve  aucune  à  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et 
chirurgiens  de  Paris,  publiée  dans  le  dernier  numéro  de  la  Clinique . 


Cauvière,  professeur  de  clinique  chirurgicale 
à  l’école  préparatoire. 

Ducros  aîné,  professeur  de  clinique  médicale. 

Heymonet  ,  chirurgien  en  chef  de  l’Hôtel- 
Dieu. 

Coste  ,  professeur-adjoint. 

Goze,  médecin  en  chef  des  salles  militaires 
de  l’Hôtel-Dieu. 

Magnial  ,  D.-M.-P. 

Dor,  D.-M.-P. 

Girard,  chirurgien,  chef  interne  à  l’hôpital 
de  la  Charité. 


Seux,  D.-M.-P. 

Pardigon,  D.-M.-P. 

Fouillot,  D.-M.-P. 

Thomas,  D.-M.,  ancien  chef  interne  de  l’Hô¬ 
tel-Dieu. 

Dencolens,  D.-M. 

Blanchard  ,  D.-M. 

Blaude  de  Blavy,  D.-M. 

J.  Perrin,  D-M.-P. 

G.  Janselme,  D.-M.-P. 

Pélissot,  rédacteur-gérant  de  la  Clinique. 


393 


Adhésions  des  médecins  d'Aix. 

Aix,  15  novembre  1843. 

Goyrand,  D.-M.-P.  Savournin. 

Arnaud.  Giraud. 

Guiraud.  Valérian. 

Omer. 

Ont  encore  adhéré  : 


Guibert,  médecin  en  chef  de  l’hôpital  de  la 
Ciotat. 

Jules  Janselme,  médecin  dans  la  même  ville. 
Tournon,  médecin  à  Istres. 


Fabien  Pastourel,  médecin  à  Charges  (Hau¬ 
tes-Alpes). 

Medynski,  D  -M.  à  Cassis. 

Lalande,  D.-M.  à  Gémenos. 


M.  Reboul,  D.-M.-P.,  à  Neuve-Lyre,  envoie  son  adhésion. 

—Nous  recevons  également  celle  de  M.  Froment,  chirurgien-major  du  1er  lanciers,  à  Com- 
piègne;  et  de  M.  Schweiger,  docteur  médecin  à  Laval  (Mayenne). 


Rignac  (Aveyron),  17  novembre. 

Adressent  leur  adhésion,  MM.  dant  de  l’Académie  royale  de  médecine  ; 

Auzouy,  D.-M.-P.,  inspecteur  des  eaux  miné-  Théodore  Auzouy,  D.-M.-P. 
nérales  de  Cransac,  membre  correspon-  Colomb,  D.-M.-P. 


Heclaratioit  des  mteraaes  des  fi&og&itaiax  de  i*ariw. 

Paris,  6  novembre  1845. 

Nous  soussignés,  internes  en  médecine  et  en  chirurgie  des  hôpitaux  de  Paris; 
Convaincus  de  la  nécessité  de  donner  aux  discussions  scientifiques  le  plus  de  publi¬ 
cité  possible  ; 

Considérant  que  le  contrôle  de  la  presse  médicale,  exercé  sans  entraves,  est  le  plus  sûr 
garant  de  l’authenticité  des  faits  annoncés,  et  l’obstacle  le  plus  sérieux  aux  envahisse¬ 
ments  du  charlatanisme; 

Déclarons  adhérer  pleinement,  pour  le  présent  et  pour  l’avenir,  à  la  récente  manifes¬ 
tation  de  principes  des  médecins  et  chirurgiens  de  France. 

% 

Hôtel-Dieu. — MM.  C  -E.  Figuières,  Bailly,  Champeaux,  Fr.  de  Saint-Laurent,  Guignard,  C.  de 
Puisaye,  Ant.  Imbert-Gourbeyre,  J.  Jarjavay,  Ed.  Gelez,  Relin ,  Demarquay,  Guérin, 
J.  Hélot,  Siméon  Rornet,  Désormeaux,  Alp.  Milcent. 

Charité.  —  MM.  Fiaux,  Oulmont,  Jamain,  Veyne,  Houel,  Richet,  Delpech,  Guéneau  de  Mussy. 
Pitié.  —  MM.  Serré,  Aubry,  Laroche,  Gaubric,  Damoiseau,  Cloquet,  Bodinier,  Dequevauvil- 
liers,  Clerc,  Chayet. 

Cliniques. — MM.  J.  Caron,  F.  Neucourt. 

Beaujon. —  MM.  Routier,  Roulland,  Lacanal/Vaussin,  Lagout,  Ferra. 

Saint-Louis. — MM.  Roussel,  Bourguignon,  Bodart,  Desruelles,  Gougeon. 

Saint- Antoine.  —  MM.  Déville,  Mayor,  Boucher,  Sée,  Bergeron. 

Hôtel-Dieu-Annexe.  —  MM.  Chauffard,  Bidault,  Hérard. 

Necker. —  MM.  Salmon,  Bonnefous,  Tavignot,  Peste. 

Enfants  malades. — MM.  Bâcle,  de  Louzon,  Dufresne,  BartoJi. 

Maison  de  santé.  — MM.  Catien,  Valude,  Levavasseur. 

Cochin.  —  MM.  Potier,  Desayvre,  Leroy. 

Lourcine.  —  MM.  Faget,  Gros. 

Hôpital  du  Midi.  — M.  Bigot. 

Salpétrière.  — MM.  Piégu,  Decrosant,  Tonné,  M.  Martin,  Lafaurie,  Marqueis,  D'Acrebey. 
Bicêtre.  — MM.  Bernutz,  Michard,  Jousset,  Thibault. 

MM.  De  Castelnau  et  Cossy,  ont  déjà  signé  comme  membres  de  la  Société  médicale  d’ob¬ 
servation. 

Bédaration  de  la  presse  médicale  de  Paris  et  des  dégmr- 

teisaents. 

Nous  ,  soussignés ,  rédacteurs  en  chef  des  journaux  de  médecine  et  de  chirurgie  de 
Paris,  et  rédacteurs  de  journaux  consacrés  aux  sciences. 


394 

Vu  la  déclaration  de  principes  ci-après,  déjà  signée  par  un  grand  nombre  de  notabi¬ 
lités  médicales,  et  les  circonstances  qui  l’ont  nécessitée  ; 

Considérant  que  si  la  liberté  de  discussion  est  en  effet  le  droit  le  plus  sacré  de  la 
science,  il  importe  principalement  à  la  presse  qu’elle  n’en  reçoive  aucun  dommage: 
et  que  sans  la  libre  critique  aucun  journal  sérieux  ne  pourrait  exister  ; 

Déclarons  adhérer  pleinement ,  et  sans  réserve ,  au  nom  des  journaux  que  nous  ré¬ 
digeons,  à  ladite  déclaration ,  ainsi  conçue  : 

(Suit  le  texte  de  la  déclaration.) 

Paris,  ce  20  octobre  1843. 

Pour  la  Gazette  des  Hôpitaux,  Fabre,  rédacteur  en  chef. 

Pour  les  Archives  générales  de  Médecine,  Raige-Delorme,  rédacteur  principal. 

Pour  le  Bulletin  de  Thérapeutique,  Miquel,  rédacteur  en  chef. 

Pour  les  Annales  d'hygiène  publique  et  de  médecine  légale ,  Ollivier  (d’Angers) ,  rédacteur 
principal. 

Pour  les  Annales  médico-psychologiques,  Cerise,  rédacteur  principal. 

Pour  la  Clinique  des  Hôpitaux  des  Enfants,  Vanier  (du  Havre),  rédacteur  en  chef. 

Pour  les  Annales  de  Thérapeutique  et  de  Toxicologie,  Rognetta,  rédacteur  en  chef. 

Pour  le  Journal  des  Découvertes  en  Médecine,  Chirurgie,  Pharmacie,  etc.,PussoN,  rédacteur 
en  chef. 

Pour  les  Annales  d’ Obstétrique  et  des  maladies  des  femmes  et  des  enfants ,  Andrieux  ,  de 
Brioude,  et  Lubanski,  rédacteurs  en  chef. 

Pour  l’ Ency  cio  graphie  médicale,  Alf.  Lartigue,  rédacteur  en  chef. 

Pour  le  Journal  des  Connaissances  médicaTes,  Tavernier,  l’un  dés  rédacteurs-propriétaires. 
Pour  le  Journal  de  chimie  médicale,  A.  Chevallier,  l’un  des  rédacteurs. 

Pour  le  Journal  de  Médecine,  Beau,  rédacteur  en  chef. 

Pour  la  Revue  des  spécialités,  Duval,  rédacteur  en  chef. 

Pour  la  Revue  médico-chirurgicale  de  la  Revue  scientifique,  Beaugrand,  D.-M.-P. 

Je  me  joins  à  regret  à  mes  confrères.  Genest,  rédacteur  de  la  partie  médicale  de  la  Gazette 
médicale. 

MM.  Cayol,  rédacteur  en  chef  de  la  Revue  médicale,  et  Lucas-Championnière  ,  rédacteur 
en  chef  du  Journal  de  Médecine  et  de  Chirurgie  pratiques,  ne  sont  pas  à  Paris. 


Bordeaux,  le  1er  novembre  1843. 

Monsieur  et  honoré  confrère , 

Il  suffit  d’appartenir  à  une  publication  scientifique  pour  rester  convaincu  de  la  né¬ 
cessité  d’adhérer  aux  principes  de  la  Déclaration  des  médecins  et  chirurgiens  de  Paris 
en  matière  de  presse. 

La  vérité  ne  luirait  jamais ,  au  grand  détriment  de  la  science  et  de  l’humanité,  si  la 
liberté  de  discussion  en  matière  scientifique  n’était  pas  un  droit  sacré. 

Les  faits  ne  seraient  plus  la  base  des  sciences  s’il  n’était  pas  permis  d’en  constater 
l’authenticité. 

Tant  pis  pour  celui  qui  aurait  intérêt  à  altérer  les  faits,  si  en  les  ramenant  à  la  vérité 
on  le  dépouille  du  prestige  qu’auraient  pu  lui  prêter  ceux  qui  seraient  reconnus  faux. 

J’adhère  donc,  avec  la  plus  profonde  conviction,  à  la  déclaration  de  principes  que  vous 
avez  publiée  dans  votre  numéro  du  19  octobre. 

J’ai  l’honneur,  etc. 

Coste,  D.-M.,  rédacteur  en  chef  du  Journal  de  médecine  de  Bordeaux. 

— Les  adhésions  que  demande  la  Société  de  chirurgie  de  Paris  ne  lui  manqueront 
pas,  Marseille  ne  sera  pas  en  retard  ;  nous  nous  en  occupons  activement,  et  nous  pou¬ 
vons  dire  d’avance  que  tous  nos  confrères  se  feront  un  devoir  de  donner  une  pleine  et 
entière  approbation  à  la  déclaration  de  principes  que  nous  venons  d’exposer. 

Nous  regrettons  vivement  que  les  limites  de  notre  publication  ne  nous  permettent  pas 
d’entrer  aujourd’hui  dans  plus  de  détails  sur  ce  procès  et  sur  la  discussion  qui  en  a  été  le 


395 


motif,  mais  nous  aurons  plus  d’une  fois  occasion  d’y  revenir.  Nous  dirons,  en  terminant, 
que,  quoi  qu’il  advienne,  MM.  Malgaigne  et  Vidal  (de  Cassis)  auront  bien  mérité  de  la 
science  et  de  tous  leurs  confrères. 

(La  Clinique  de  Marseille.) 

— M.  Guérin  a  lancé  une  statistique  incroyable  ;  des  chirurgiens  honorables  ont  voulu 
discuter  les  faits  annoncés  dans  cette  statistique,  M.  Guérin  leur  a  répondu  par  un  procès 
devant  la  police  correctionnelle. 

A  ce  propos  est  intervenue  la  déclaration  suivante  (suit  le  texte  de  la  déclaration), 
signée  par  MM.  Marjolin,  Velpeau,  Fouquier,  Cruveilhier,  etc.,  qui  recevra  l’approbation 
de  tout  le  corps  médical  et  à  laquelle  nous  nous  associons  entièrement. 

(La  Clinique  de  Montpellier.) 

—  Dans  son  numéro  du  15  novembre,  la  Gazette  médicale  de  Montpellier ,  annonce 
qu’elle  donne  son  assentiment  à  la  déclaration,  et  elle  ajoute  : 

«  Nous  ouvrons  même  au  bureau  de  notre  Journal  une  liste  d’adhésion  pour  ceux  de 
nos  honorables  confrères  qui  voudront  la  signer.  » 

Vailhé  et  Chrestien. 


Déclarations  «tes  Sociétés  savantes* 

SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE  DE  PARIS. 

La  Société  de  Chirurgie  de  Paris ,  séant  à  l’ Hôtel-de-Ville ,  le  18  octobre  1843,  sous 
la  présidence  de  M.  Auguste  Bérard; 

Considérant  : 

Que  son  institution  a  pour  but  l’étude  et  les  progrès  de  la  chirurgie  ; 

Que  la  libre  discussion  des  faits  est  une  condition  indispensable  à  cet  objet; 

Que  le  droit  de  libre  discussion  en  matière  chirurgicale  a  été  mis  en  question  dans  un 
procès  pendant  devant  les  tribunaux  ,  et  que  déjà  une  déclaration  de  principes ,  formu¬ 
lée  à  cet  égard ,  a  été  signée  par  un  grand  nombre  de  médecins  et  de  chirurgiens  de 
Paris;  mais  qu’il  est  digne  de  cette  grande  manifestation  d’être  corroborée  par  les 
adhésions  des  Sociétés  savantes  ,  et  que  la  Société  de  chirurgie  ne  saurait  mieux  rem¬ 
plir  le  but  de  son  institution  qu’en  provoquant  elle-même  ces  adhésions  dans  tout  le 
royaume,  a  délibéré  et  arrêté  ce  qui  suit  : 

Art.  1er.  La  Société  de  chirurgie  de  Paris  adopte,  pleinement  et  sans  réserve,  la  dé¬ 
claration  de  principes  ci-après,  et  invite  toutes  les  Sociétés  savantes  de  France  à  y 
donner  leur  adhésion. 

Art.  2.  A  cet  effet,  un  exemplaire  de  ladite  déclaration  sera  adressé  à  toutes  les  So¬ 
ciété  savantes,  avec  une  copie  de  la  présente  délibération. 

Art.  3.  Toutes  les  adhésions  réunies  seront  imprimées  en  tête  du  premier  volume 
des  Mémoires  de  la  Société  de  chirurgie ,  et  les  originaux  déposés  dans  les  archives  de 
la  Société. 

Paris,  ce  18  octobre  1843. 

Le  président  :  A.  Bérard. 

Le  Secrétaire  :  G.  Monod. 

Scellé  du  sceau  de  la  Société  avec  cet  exergue  :  réalité  dans  la  science,  moralité  dans  l’art. 

(Suit  le  texte  de  la  déclaration) . 


SOCIÉTÉ  ANATOMIQUE  DE  PARIS. 

Paris,  8  novembre  1843. 

La  Société  anatomique  de  Paris,  dans  sa  séance  du  8  novembre  i843,  par  une  déci- 


396 


sion  prise  à  l’unanimité,  a  chargé  les  membres  de  son  bureau  d’adhérer  en  son  nom  à 
la  déclaration  de  principes  qui  lui  a  été  soumise  par  la  Société  de  chirurgie  de  Paris. 

Cruveilhier,  président.  J.-B.Pigné,  trésorier. 

Ambroise  Tardieu,  D1',  vice-président.  Alfred  Contour,  vice-secrétaire. 

H.  Gauhier,  secrétaire.  H.  Bourdon,  archiviste. 


SOCIÉTÉ  MÉDICALE  D’ÉMULATION  DE  PARIS. 

A  M.  le  secrétaire  de  la  Société  de  Chirurgie. 

Paris,  9  novembre  1843. 

Monsieur  et  honoré  confrère,  , 

J’ai  l’honneur  de  vous  annoncer  que  la  Société  médicale  d’ Emulation  de  Paris,  par 
décision  du  8  novembre  courant,  adhère  à  la  déclaration  de  principes  que  vous  lui  avez 
adressée,  et  qu’en  conséquence  elle  vous  autorise  à  insérer  dans  la  liste  des  signatures 
celle  des  membres  de  son  bureau  : 

Cornac,  président.  Améb.  Forget  et  Cherest,  secrétaires  parti- 

Brière  de  Boismont,  vice-président.  culiers. 

Gillette,  secrétaire-général. 

Pour  copie  conforme ,  Gillette,  secrétaire  général. 


SOCIÉTÉ  MÉDICO-PRATIQUE  DE  PARIS. 

A  M.  le  président  de  la  Société  de  Chirurgie. 

Monsieur  le  président , 

Conformément  au  désir  qui  nous  a  été  exprimé  par  la  Société  de  chirurgie  de  Paris, 
la  Société  médico-pratique  de  la  même  ville  a  délibéré  sur  la  déclaration  de  principes  et 
elle  lui  a  donné  son  adhésion,  que  nous  sommes  chargés  de  vous  transmettre. 

Veuillez  agréer,  etc., 

H.  Thirial,  président. 


ua  ■  m 


Lagasquie  ,  secrétaire  général. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  SEINE. 

Paris,  le  3  novembre  1843. 

La  Société  de  médecine  du  département  de  la  Seine ,  séant  à  1  Hôtel-de-Ville ,  a 
décidé ,  dans  sa  séance  du  3  novembre  1843 ,  que  le  bureau  adhérerait  au  nom  de  la 
Société  à  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et  des  chirurgiens  de  France. 

Deville,  président  de  la  Société.  Nonat,  secrétaire  annuel. 

Bouvier,  vice-président.  Prus,  secrétaire  général. 

Boys  de  Loury,  secrétaire  annuel. 


SOCIÉTÉ  MÉDICALE  DU  TEMPLE. 


Paris,  le  7  novembre  1843. 

La  Société  médicale  du  Temple,  dans  sa  séance  du  /  novembre  courant ,  a  donne  son 
adhésion  a  l’exposition  de  principes  contenus  dans  la  présente  déclaration  qui  lui  a  été 
adressée  par  la  Société  de  chirurgie  de  Paris. 

(Suit  le  texte  de  la  déclaration). 

Ali».  Toirac,  D.-M.  P.,  président.  Félix  Legros,  secrétaire. 

Belhomme,  vice-président.  Bertot,  trésorier. 

Edouard  Louis,  D.-M.-P.,  secrétaire  général. 

—La  Société  médicale  d'observation  de  Paris  a  également  donné  son  adhésion. 


I 


397 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE,  CHIRURGIE  ET  PHARMACIE  DE  TOULOUSE. 

La  Société  de  médecine,  chirurgie  et  pharmacie,  dans  sa  séance  du  2  novembre  1843, 
a  délibéré  qu’elle  adhérait  à  la  déclaration  de  principes  ci-dessus,  et  ont  signé  : 


Latour,  Dr. 

Bessières,  Dr. 

Duclos. 

C.  Magnes. 

G.  Cany,  Dr. 

Popis. 

A.  Dassier. 

Causerand,  pharmacien. 
Cayrel  père. 


Cayrel  fils. 

Aug.  Larrey. 

Fourquet. 

Bernard,  vétérinaire. 

Magne  Lepère. 

Roque  d’ORBCASTEL  fils. 

Mondouï,  archiviste. 

Desbarreaux  Bernard,  président. 
Dumanoir,  secrétaire  général. 


SOCIÉTÉ  ROYALE  D’ÉMULATION  DU  DÉPARTEMENT  DE  LA  SOMME. 

Abbeville,  le  28  octobre  1843. 

Le  président  de  la  Société  royale  d’ Emulation  à  M.  Monod ,  secrétaire  de  la  Société  de 

Chirurgie. 

Monsieur, 

J’ai  communiqué  à  la  Société  royale  d’Emulation,  dans  sa  séance  d’hier,  votre  cir¬ 
culaire  du  19  octobre ,  concernant  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et  chirur¬ 
giens  de  France.  Après  une  délibération  qui  a  été  inscrite  au  procès-verbal  delà  séance, 
la  Société  a  adhéré  pleinement  à  ladite  déclaration. 

J.  Boucher  de  Perthes,  président  de  la  Société  royale  d’émulation  de  la  Somme. 


SOCIÉTÉ  DES  SCIENCES  NATURELLES  DE  LA  CHARENTE-INFÉRIEURE. 

La  Rochelle,  30  octobre  1843. 


A  M.  le  secrétaire  de  la  Société  de  chirurgie  de  Paris. 

La  Société  des  sciences  naturelles  de  la  Charente-Inférieure,  que  vous  avez  invitée  à 
émettre  son  opinion  sur  la  déclaration  de  principes  des  médecins  et  chirurgiens  de 
France  sur  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique,  annoncée  par  votre  lettre  du 
19  de  ce  mois,  s’empresse  de  déclarer  qu’elle  y  adhère  complètement. 

Les  membres  constituant  le  bureau  de  la  Société  : 

Fleuriau  de  Bellevue,  président.  Hubert. 

Blutel,  vice-président.  Fauré,  secrétaire. 

C.  d’ORBiGNY  père,  archiviste. 


SOCIÉTÉ  PHILOMATIQUE  DE  VERDUN  (MEUSE). 

Conformément  à  la  demande  faite  à  la  Société  philomatique  de  Yerdun-sur-Meuse  par 
la  Société  de  Chirurgie  de  Paris,  de  donner  son  adhésion  à  la  déclaration  de  principes 
ci-dessus  exprimés,  la  Société  philomatique,  réunie  en  séance  le  2  novembre  1843,  sans 
connaître  la  cause  qui  a  provoqué  ladite  déclaration,  juge  néanmoins  ces  principes  telle¬ 
ment  incontestables  que  les  révoquer  en  doute  serait  aussi  absurde  que  de  nier  la 
lumière  du  soleil.  En  conséquence ,  elle  ne  peut  que  donner  son  assentiment  à  cette 
déclaration,  ainsi  que  le  désire  la  Société  de  chirurgie. 

Pour  extrait  conforme  au  registre  des  délibérations  , 

Le  secrétaire  perpétuel,  F.  Clouet. 


398 


CERCLE  MÉDICAL  DE  LILLE. 

A  M.  le  secrétaire  de  la  Société  de  chirurgie. 

Lille,  8  novembre  4843. 

Monsieur , 

Dans  sa  séance  générale  du  samedi  4  courant,  le  Cercle  médical  de  Lille  a  reçu  une 
communication  de  la  déclaration  de  principes  dont  vous  avez  adressé  un  exemplaire  à 
M.  le  président  ;  nous  avons  l’honneur  de  vous  faire  part  que  les  membres  de  notre 
Société,  au  nombre  de  soixante,  partagent  les  opinions  professées  par  leurs  collègues 
de  la  capitale,  et  se  joignent  à  eux  pour  faire  entendre  leurs  justes  réclamations. 

Agréez,  etc. 

Les  membres  de  la  commission  administrative:  Dourlen,  D.-M.-P.  H.  ChatteleyiV. 

V.  Meurcin,  secrétaire.  Boutillier. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  D’ANGERS. 

,  Angers,  7  novembre  1843. 

Dans  sa  séance  du  6  novembre  courant,  la  Société  de  médecine  d’Angers,  après  avoir 
examiné  et  discuté  la  déclaration  ci-contre  des  médecins  et  des  chirurgiens  de  France,  a 
formulé  par  un  vote  spécial  son  adhésion  pleine  et  entière  aux  principes  qui  font  l’objet 
de  cette  déclaration.  Le  bureau  a  reçu  mission  de  signer  au  nom  de  la  Société,  dont  tous 
les  membres  se  trouvaient  dans  l’impossibilité  d’apposer  ici  leur  signature  à  bref  délai. 

Laroche,  fds  aîné,  D.-M.,  président.  Grille,  vice- président. 

Eugène  Favier,  D.-M.-P.,  secrétaire. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  DE  BOURGES. 

Bourges,  8  novembre  1843. 

La  Société  de  médecine  de  Bourges  adhère  à  la  déclaration  de  principes  des  médecins 
et  chirurgiens  de  France;  elle  est  convaincue  que  toute  critique  scientifique  doit  être 


permise  dans  l’ intérêt  môme  de  la  science. 
Modier,  président. 

Minier,  Dr. 

Guérin,  Dr. 

Ripart,  Dr. 

P.  Cambournac. 

Lebal. 

Larippe,  D.-M.-P. 

J.  Cardoue,  Dr. 

Brunet,  D.-M.-P. 

Lhomme,  Dr,  secrétaire. 

- 

SOCIÉTÉ  MÉDICALE  D’iNDRE-ET-LOIRE. 

La  Société  médicale  du  département  d’ Indre-et-Loire,  à  Messieurs  les  membres  de  la 

Société  de  Chirurgie. 

Messieurs, 

Nous  nous  empressons  de  vous  faire  savoir  que,  dans  sa  séance  ordinaire  du  2  novem¬ 
bre  1843,  la  Société  médicale  du  département  d’Indre-et-Loire,  déférant  à  votre  invita¬ 
tion,  a  unanimement  donné  son  adhésion  aux  principes  formulés  dans  la  déclaration 
rédigée  et  signée  le  8  octobre  dernier,  par  un  grand  nombre  de  médecins. 

Nous  avons  l’honneur,  etc. 

Hulin-Origet,  D.-M.-P.,  président.  Anglada,  D.-M.-P.,  secrétaire  général. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  DE  MARSEILLE. 

Le  secrétaire  général  de  la  Société  de  médecine  de  Marseille,  à  M.  Monod,  secrétaire 

de  la  Société  de  chirurgie  de  Paris. 

Monsieur, 

J’ai  l’honneur  de  vous  informer  que,  dans  la  séance  du  28  octobre  1843,  la  Société 


399 


royale  de  médecine  de  Marseille  a  délibéré  que  la  déclaration  de  principes  des  médecins 
et  des  chirurgiens  de  France  est  juste  et  noble,  et  digne  du  corps  des  médecins.  Elle  a 
adhéré  pleinement  et  sans  réserve  à  tous  les  points  de  cette  déclaration  de  principes,  et 
suivant  le  désir  manifesté  par  la  Société  de  chirurgie  de  Paris,  tous  les  membres  rési¬ 
dants  ont  apposé  leur  signature  au  bas  de  la  présente  adhésion. 


Chargé,  D.-M.-P.,  président. 

P.  Dor,  secrétaire-général. 

J.  Aubert,  D.-M.-P. 

Sollier,  D.-M. 

Beüllac  père,  M. 

B.  Feuillot,  D.-M.-P. 

Gassier,  D.-M. 

J.  Beüllac,  D.-C.-P. 

Roux  de  Brignolles,  Dr. 

P.-M.  Roux,  D.-M.-M. 

Vlo,  D.-M.-M. 

Lieutier,  D.-M.-P. 

A.  SlCARD,  D.-M. 

Flory,  Dr. 

Seux,  Dr. 

Theudore  Beüllac,  Dr. 

Giraud  Saint-Rome  père,  D.-M. 


Giraud  Saint-Rome  fils,  D.-M.-P. 

Rey,  D.-M.-P. 

A.  Giraud,  D.-M.-M. 

D.  H.  Mallet,  D.-M.-P. 

Th.  Mollin  ,  médecin  de  la  marine  royale, 
D.-M.-M. 

Rampal,  D.-M.-P. 

Deuil,  Dr. 

Bailly,  D.-M. 

Daniel,  D.-M. 

Martin,  D.-C.-M. 

Trabuc,  Dr. 

Despitzer,  Dr. 

Gabrielli,  D.-M. 

A.  Marsseille,  D.-M. 

B.  Féraud,  D.-M.-P. 

Trémollière,  Dr. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  DE  NÎMES. 

La  Société  de  médecine  de  Nîmes  adhère  aux  principes  de  la  liberté  de  discussion  en 
matière  scientifique.  Les  membres  présents  : 

Cas.  Martin. 

L.  Carcassonne,  Dr. 

Froment  jeune,  Dr. 

Pleindoux  père,  D1'. 

S.  Raizon,  Dr. 


S.  Raizon,  D1’. 

Héraud,  D.-M.-M.,  vice-président. 
E.  Pleindoux,  Dr. 

J.  Alric,  Dr. 

Fl.  Recolin,  D.-M.-M. 


SOCIÉTÉ  DE  MÉDECINE  DE  NANTES. 


La  section  de  médecine  de  la  Société  royale  académique  de  Nantes,  dans  sa  séance  du 
8  novembre  1843,  sous  la  présidence  de  M.  Maisonneuve  père, 

Adopte  pleinement  et  sans  réserve,  la  déclaration  de  principes  ci-après. 

(Suit  le  texte  delà  déclaration.) 


Maisonneuve  père,  D.-M.,  président. 
Maisonneuve,  D.-M.-P.,  secrétaire. 
Sallion,  vice-président. 

Leguerré,  D.-M.-P.,  secrétaire-adjoint. 


Palois,  D.-M.-P.,  ancien  membre  du  jury  de 
médecine  du  département. 

Gignard.  D.-M.-P. 

Ménard,  D.-M. 


SOCIÉTÉ  MÉDICALE  DE  LA  ROCHELLE. 

La  Rochelle,  4  novembre. 

A  M.  le  secrétaire  de  la  Société  de  chirurgie. 

Monsieur, 

La  déclaration  de  principes  relative  à  la  liberté  de  discussion  en  matière  scientifique 
que  vous  nous  avez  adressée  au  nom  de  la  Société  de  chirurgie,  paraît  à  la  Société 
médicale  de  la  Rochelle  contenir  des  principes  si  incontestables  qu’elle  est  étonnée  qu’ils 


400 


aient  pu  être  mis  en  question.  Elle  proclame  y  adhérer  pleinement  et  entièrement. 


R.  Casimir,  président. 

Sauvé,  secrétaire. 
Vanderbach,  vice-président. 
C.  D’Orbigny  père,  archiviste. 
Godelier. 

Yivielle. 

L.  Gaudin. 

Drouineau. 


Deletant. 

Mallet. 

Brossard. 

Bailluet. 

Cormurais. 

Meyer. 

Hubert. 

Ed.  Romieux  fils. 


SOCIÉTÉ  D’AGRICULTURE,  SCIENCES  ET  BELLES-LETTRES  DE  R0CHEF0RT. 

Rochefort,  le  5  novembre. 

A  M.  le  secrétaire  de  la  Société  de  chirurgie. 


Monsieur, 

La  Société,  dans  sa  séance  du  25  octobre  1843,  sans  s’occuper  des  questions  particu¬ 
lières  qui  ont  provoqué  la  déclaration  de  principes  exprimés  dans  votre  circulaire  du  19 
octobre  1843,  a  adhéré  complètement  à  ces  principes  qui  lui  ont  paru  d’une  évidence 
incontestable. 

Le  président  de  la  Société ,  Le  secrétaire , 

Lefèvre.  Magné. 

SOCIÉTÉ  MÉDICALE  ANGLO-PARISIENNE. 


15  novembre  1843. 

Dans  une  réunion  extraordinaire  du  Conseil  de  la  Société  anglo-parisienne,  la  Société 
elle-même  étant  en  vacances,  il  a  été  décidé  ce  qui  suit: 

Considérant  que  la  science  étant  indépendante  de  toute  distinction  nationale,  la  So¬ 
ciété  est  appelée  à  témoigner  sa  sympathie  pour  ses  confrères  français,  et  à  revendiquer 
autant  qu’il  dépend  d’elle  des  principes  essentiels  à  l’existence  de  la  médecine  comme 
science. 

Le  Conseil,  au  nom  de  cette  Société,  a  conclu  à  l’adoption  de  la  déclaration  de  prin¬ 
cipes  faite  par  la  Société  de  chirurgie  de  Paris. 

J  .-F.  Oliffe,  président.  John  Hoff. 

J.  -F.  Churchill,  vice-président.  John.  Hannahan. 

W.  Davies,  trésorier.  J. -B.  Walker. 


Encyclopédie  anatomique,  comprenant  l’Anatomie  descriptive,  l’Anatomie  Anémie  l’Ana 
tomie  pathologique,  l’Histoire  du  développement  et  celle  des  races  humaines  m r  Tir 
DUchoff,  J.  Henle,  E.  Hrnchke,  S. -T.  Sæmmerring,  F. -G.  Theile,  G.  VcSenttu  J  Vcâel 
R.  Wagner,  G.  et  E.  Weber,  traduit  de  l’allemand  par  A.-J.-L.  Jourdan  membre  de  YAca 
démie  royale  de  médecine.  ~ 

Les  trois  livraisons  publiées  comprennent: 

1°  Traité  de  Nécrologie,  par  G.  Valentin,  in-8°  de  XXXII  -f  700  pages 
2°  Traité  d’anatomie  générale  ou  Histoire  des  tissus  et  de  la  composition  chimique  du  coros 
humain,  par  J.  Henle  ;  2  vol.  in-8°,  ensemble  XXIV  +  U 16  pages  avec  3  planches  P 
5°  Traité  de  Myologie  et  d’ Angeiologie,  par  F.-G.  Theile  ;  Wde  XV  +  692  pages. 

Traité  cl  Ostéologie  et  de  Syndesmologie,  par  S.-T.  Soemmerring.  Traité  'de  la  mécani- 

de^l^plan^ches65  ^  ^  ocomotlon’  Par  G-  et  E-  Weber,  in-so  de  XII  h- 528  pages,  avec  atlas 

5o  Traité  du  développement  de  Thomme  et  des  mammifères,  suivi  d’une  Histoire  du  déve- 

ZnZ  as  t  iHlathfer  ln^de  X"  +  708  Pages,  accompagné 

Prix  de  chaque  volume,  7  fr.  50  c.;  — des  deux  atlas  in-4°,  7fr.  30  c. 


Le  journal  de  Chirurgie  paraît  le  20  de  chaque  mois,  par  livraisons  de  32  pages  grand  in-So 
Prix  de  1  abonnement  :  8  fr  par  an;  et  12  fr.  pour  recevoir  en  même  temps  le  ourna"  de 
Médecine.— On  s  abonne  a  Paris,  au  Bureau  du  journal,  chez  Paul  Dupont  et  Comn  rue  de 
Grenelle-St-Honore,  n°  55.  Tous  les  mémoires,  Srticleset  réclamation s  relatifs  à la?édéction! 
doivent  être  adresses,  francs  de  port,  à  M.  Macgajgne  ,  rédacteur  en  chef,  rue  dé  l'Arbre- 

Ovb  y  II  JLjÙ  • 


PARIS,  IMPRIMERIE  DE  PAUL  DUPONT  ET  Cie,  Rue  de  Greuelle-SairU-Honoré,  55. 


JOURNAL 


DE  CHIRURGIE. 

Pu**  I?ï.  MAÏiGAlCî-üVK. 


DÉCEMBRE  1843. 


SOMMAIRE. 


I.  Travaux  originaux.  —  Mémoire  pratique  sur  le  Cysticerque  (  Cysticercus  cellulosœ  ), 
observé  dans  l’œil  humain;  avec  quatre  observations  inédites  de  l’auteur;  parM.  Sichel. — 
Mémoire  sur  le  cystocèle  vaginal  ( suite  et  fin),  par  M.  Malgaicne. —  II.  Revue  critique. 
— Chirurgie . — De  la  nature  des  mouches  volantes.  — Luxation  de  champ  de  la  rotule.— 
Obstétrique . — Accouchement  prématuré  chez  une  primipare.— Pharmacologie  chirurgicale . 
—  Desopiats  et  mixtures  dentifrices.  —III.  Bulletin  clinique.  —  Sur  quelques  prolapsus 
utéro-vaginaux,  par  M.  Cangrain. — Sur  le  cystocèle  vaginal,  par  M.  Bourdon. — IV.  Biblio¬ 
graphie.— Cours  de  microscopie  complémentaire  des  études  médicales,  par  M.  Donné. 
— V.  Nouvelles  et  Variétés. 

Table  des  matières  du  premier  volume. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


Mémoire  pratique  sw»  le  Cysticerque  eeiiti" 

ittsœj,  observé  dans  £  œil  humain;  avec  quatre  observations  inédites  de 
l'auteur;  parie  docteur  Sicvvktj*  (Premier  article.) 

Les  observations  d’entozoaires  dans  l’œil  humain,  bien  que  devenues  plus  fréquentes 
dans  ces  derniers  temps,  sont  cependant  restées  encore  assez  rares  pour  que  chaque 
nouveau  fait  présente  un  intérêt  tout  particulier  et  mérite  d’être  porté  à  la  connaissance 
du  public  médical.  Nous  nous  empressons  donc  de  publier  quatre  cas  de  cysticerques 
trouvés  dans  l’œil  humain,  les  seuls  qui  aient  été  observés  en  France.  Nous  ferons 
tout  d’abord  remarquer  à  cet  égard  que  ces  quatre  faits  ne  se  sont  offerts  à  nous  que 
depuis  peu,  après  que  nous  n’en  avions  pas  vu  un  seul  jusqu’alors  dans  toutes  les  années 
précédentes  d’une  pratique  spéciale  longue  et  étendue.  Cette  circonstance  peut  encore 
servir  à  prouver  combien  il  serait  dangereux  de  vouloir  faire  de  la  statistique  médi¬ 
cale  dans  des  bornes  étroites  sous  le  rapport  des  années  et  du  nombre  des  malades, 
ainsi  que  sous  celui  des  localités. 

Prenant  pour  base  les  faits  qui  nous  sont  propres,  sans  négliger  ceux  des  auteurs, 
nous  aborderons  en  détail  l’histoire  de  ce  curieux  parasite  observé  dans  l’œil  humain. 
Toutefois ,  afin  d’éviter  des  répétitions  fastidieuses  pour  nos  lecteurs ,  les  faits 
qui  ne  nous  appartiennent  point  personnellement  ne  seront  reproduits  avec  détails  que 
lorsque  nos  prédécesseurs  ne  les  auront  point  connus  ou  les  auront  passés  sous  silence, 

2b 


c. 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


402 

ou  enfin  ne  les  auront  point  rapportés  complètement  et  exactement  ;  rarement  nous  nous 
permettrons  une  exception  à  cette  règle. 

Après  ces  quelques  mots  d’introduction  indispensable,  entrons  immédiatement  en 
matière. 

I.  —  Généralités  zoologiques. 

Le  Cysticerque  (de  jfûanç,  vessie,  et  xspxo;,  queue),  entozoaire  de  T  ordre  des  cystoïdes 
ou  cysiiques  ( vers  vésiculaires),  étant  peu  connu  des  médecins,  il  sera  nécessaire,  avant 
tout,  d’en  tracer  une  description  claire  et  un  peu  détaillée,  que  nous  ferons  précéder  des 
définitions,  données  par  Rudolphi,  du  genre  en  général  et  de  l’espèce  cysticerque  du  tissu 
cellulaire  ( Cysticercus  cellulosæ )  en  particulier. 

Genre.  —  Cysticercus. — Vessie  extérieure  simple,  contenant  un  seul  individu,  dont 
le  corps  un  peu  cylindrique  ou  déprimé  se  termine  en  une  vésicule  caudale.  Tête  (sem¬ 
blable  à  celle  des  ténias  armés)  pourvue  de  quatre  suçoirs  et  d’un  petit  museau  ( rostel - 
lum,  petit  rostre)  garni  de  crochets. 

Espèce.' — Cysticercus  cellulosæ  ;  Rud. 

Cysticerque  à  tête  quadrangulaire;  cou  très  court,  s’élargissant  à  sa  partie  antérieure; 
corps  cylindrique  assez  long;  vessie  caudale  elliptique  transversale. 

Rremser  ajoute  à  ces  caractères  :  «  Museau  arrondi  ( rostellum  teres)  garni  de  crochets.  » 
Il  a  omis,  à  raison,  autant  que  je  puis  en  juger,  de  parler  de  l’élargissement  delà  partie 
antérieure  du  cou. 

Passons  maintenant  à  une  description  plus  détaillée  de  cet  entozoaire,  à  l’aide  de  la- 
quelle  on  pourra  s’en  faire  une  idée  nette,  et  déterminer  parfaitement  si  un  ver  vési¬ 
culaire  extrait  de  l’œil  de  l’homme  ou  d’un  animal  est  ou  non  un  cysticerque  de  la 
celluleuse. 

La  plus  grande  masse  de  l’animal  est  formée  par  la  vessie  caudale,  composée  d’une 
membrane  séreuse  et  de  forme  variable.  Ovalaire  ou  ellipsoïde,  selon  Rudolphi  et  les 
dessins  de  Bremser  ;  assez  régulièrement  arrondie,  au  contraire,  d’après  ce  que  j’ai  vu 
sur  les  individus  extraits  de  l’œil  humain;  elle  est  d’un  volume  plus  ou  moins  considé¬ 
rable,  ayant  dans  son  plus  grand  diamètre  de  quatre  à  douze  millimètres  et  même  davan¬ 
tage.  Sa  forme  et  sa  grandeur  pourraient  bien  dépendre  en  grande  partie  de  la  structure 
des  organes  et  de  la  disposition  particulière  des  cavités  dans  lesquelles  se  développent 
ces  parasites,  ainsi  que  de  la  différente  manière  dont  ils  y  sont  attachés.  Au  moins,  sur 
onze  de  ces  entozoaires  représentés  par  Bremser  (  Vers  intestinaux  de  l’homme ,  Paris, 
1824,  pl.  VIII,  fig.  1),  j’en  vois  dix  plus  ou  moins  ellipsoïdes,  et  de  sept  à  quinze  mil¬ 
limètres  environ  dans  leur  plus  grand  diamètre,  tous  plus  ou  moins  placés  dans  le  tissu 
cellulo-graisseux.  Un  seul,  de  quatre  à  cinq  millimètres  de  diamètre  ,  est  régulièrement 
circulaire;  aussi  semble-t-il  avoir  été  primitivement  logé  dans  les  interstices  des  fibres 
musculaires  mêmes.  Peut-être  est-il  permis  de  supposer  que  T  animal,  petit  et  rond  dans 
le  commencement,  se  développe  librement  dans  tous  les  sens,  lorsque  la  structure  et  la 
conformation  des  parties  ambiantes  n’y  mettent  point  obstacle  ;  tandis  que,  entouré  de 
tissus  d’une  inégale  consistance  et  limité  par  cela  même  dans  son  accroissement  dans 
une  certaine  direction,  il  s’étend  davantage  dans  une  autre.  Par  exemple,  qu’il  soit 
flottant  librement  dans  la  chambre  antérieure  de  l’œil  ou  dans  d’autres  cavités,  ou  bien 
simplement  recouvert  par  la  conjonctive,  membrane  mince  et  également  extensible  en 
tous  sens,  il  prend  une  forme  plus  ou  moins  sphérique  ;  tandis  que,  plongé  primitivement 
dans  la  substance  même  des  organes  où  le  tissu  cellulaire  n’est  ni  également  dense,  ni  éga¬ 
lement  abondant  sur  tous  les  points,  il  peut  s’allonger  plus  ou  moins  et  prendre  une  figure 
ovalaire  ou  autrement  irrégulière.  C’est  ainsi  que,  dans  la  chambre  postérieure  de  l’œil,  j’ai 
observé  un  de  ces  parasites  d’une  forme  tout  à  fait  anomale.  Les  mêmes  considérations 
peuvent  s’appliquer  à  la  capsule  qui  l’entoure.  Ces  idées  qui  sont  la  conséquence  directe 
de  ce  que  j’ai  pu  observer  jusqu’ici  sur  le  vivant  sont  confirmées  par  l’opinion  de  Brem¬ 
ser  (pag.  293)  :  «  Tous  les  cysticergues  se  ressemblent  surtout  par  la  forme  de  la  tête 


SICHEL.  —  MÉMOIRE  PRATIQUE  SUR  LE  CYSTICERQUE.  403 

qui  est  constante y  la  forme  de  la  vessie  caudale  n’est  qu’  accidentelle,  par  la  raison  que 
sa  structure  dépend 9  dans  mon  idée ,  de  V organe  dans  lequel  le  ver  se  développe .» 

La  vessie  dont  nous  venons  de  parler,  remplie  d’une  petite  quantité  de  liquide  lim¬ 
pide  qui  s’écoule  quand  elle  est  entamée,  se  compose  d’une  membrane  séreuse  très 
mince,  semi-diaphane,  blanc  bleuâtre  ou  presque  incolore;  elle  ressemble  assez  à  un 
kyste  hydatique,  lorsque  l’animal  est  en  repos,  sauf  qu’elle  montre  à  l’une  de  ses  sur¬ 
faces  un  petit  disque  blanchâtre  et  opaque  sur  lequel  nous  reviendrons  plus  tard.  Lisse 
et  sans  rides,  elle  est  continue,  par  un  point  quelconque  de  sa  surface,  avec  l’ extrémité 
postérieure  du  corps  dont,  selon  Bremser,  elle  n’est  en  effet  qu’un  appendice.  Le  corps 
enfin  forme  une  petite  masse  cylindrique  ou  allongée,  d’une  teinte  blanc  grisâtre,  de 
deux  à  huit  millimètres  de  long  et  de  un  à  quatre  millimètres  de  large.  Il  est  opaque 
et  sillonné  de  rides  transversales.  A  sa  partie  antérieure  il  se  prolonge  en  un  cou  très 
mince,  recouvert  d’un  grand  nombre  de  petites  élévations  semi-diaphanes  et  visibles 
>seulement  sous  le  microscope.  L’extrémité  antérieure  du  cou  supporte  la  tète  qui  est 
irrégulièrement  arrondie,  presque  quadrangulaire,  entourée  de  quatre  suçoirs,  et  terminée 
en  avant  par  un  petit  museau  conique  et  plus  ou  moins  pointu.  Les  suçoirs,  placés 
symétriquement  au  pourtour  de  la  tête,  représentent  des  disques  circulaires  élevés  et 
munis  au  centre  d’une  plaque  arrondie  composée  de  points  noirâtres,  d’après  les  dessins  de 
Bremser.  Quant  à  moi,  lors  de  mon  dernier  examen  microscopique  qui  pourrait  bien  avoir 
été  inexact  par  suite  de  mon  manque  d’habitude  en  ce  genre  de  recherches,  ils  m’ont 
paru  ellipsoïdes  et  lisses,  presque  de  la  couleur  du  corps,  et  enchâssés  dans  un  anneau 
noir  brunâtre  mince.  Lç  museau,  placé  au  centre  et  à  la  partie  antérieure  de  la  tète, 
est  entouré  d’une  double  couronne  de  crochets  recourbés,  d’une  teinte  brunâtre  foncée 
et  d’une  disposition  assez  irrégulière,  mais  très  caractéristique.  C’est,  comme  on  voit, 
la  tète  qui  offre  la  réunion  des  caractères  les  plus  tranchés  du  cysticerque. 

A  l’état  d’activité  de  l’animal,  toutes  les  parties  que  nous  venons  de  décrire  sont  visi¬ 
bles.  Lorsqu’il  est  libre,  il  peut  probablement,  à  l’aide  de  la  couronne  de  crochets,  se 
fixer  aux  parties  desquelles  il  tire  sa  nourriture  à  l’aide  de  ses  suçoirs.  11  est  toutefois 
plus  rare  de  le  trouver  mobile  dans  les  cavités  et  les  liquides  qu’elles  contiennent, 
qu’attaché  aux  organes  d’une  manière  permanente  et  par  l’intermédiaire  d’une  espèce 
de  capsule,  pour  nous  servir  de  l’expression  de  Bremser,  ou,  d’après  nos  recherches, 
d’un  véritable  kyste  fibreux  qui  l’enveloppe,  kyste  sur  lequel  nous  aurons  besoin  d’en¬ 
trer  plus  tard  dans  quelques  détails. 

A  l’état  de  repos,  selon  Bremser,  aussitôt  que  le  ver  se  présente  hors  de  cette  capsule, 
la  tête,  le  cou  et  le  corps  se  rétractent  d’avant  en  arrière  vers  la  vessie  caudale  et  ren¬ 
trent  successivement  en  eux-mêmes  et  les  uns  dans  les  autres  d’abord,  puis  dans  la 
cavité  de  la  vessie,  en  se  renversant  de  dehors  en  dedans,  comme  les  tentacules  d’un 
limaçon.  Ce  mouvement  de  rétraction  commence  par  l’extrémité  antérieure  du  ver, 
c’est-à-dire  par  la  partie  la  plus  saillante  du  museau;  c’est  aussi  le  museau  qui,  pour 
nous  servir  des  paroles  de  Bremser,  «  devenu  le  point  le  plus  inférieur ,  sort  le  dernier 
lors  del  exsertion  de  ces  parties.  »  Revenues  sur  elles-mêmes,  elles  restent  visibles  à  la 
face  externe  du  kyste  sous  forme  d’un  disque  opaque,  irrégulièrement  arrondi,  d’un  blanc 
sale,  un  peu  crétacé;  ou,  comme  dit  Bremser,  «  d ’ une  tache  blanche  comme  du  lait , 
un  peu  dure  au  toucher.  »  Ces  parties,  saillantes  dans  la  cavité  de  la  vessie  caudale  à 
leur  état  de  contraction,  ne  sont  pas  autrement  reconnaissables  à  l’œil  nu  ni  même  au 
microscope.  Pour  les  voir,  il  faut  ouvrir  la  vessie,  la  disséquer  et  l’enlever  avec  précau¬ 
tion,  lambeau  par  lambeau,  en  tout  ou  en  partie,  et  mettre  à  nu  le  corps,  le  cou  et  sur¬ 
tout  la  tète  du  parasite  ;  ou  bien  faire  sortir  celui-ci  de  la  cavité  de  l’ampoule  séreuse. 

«  En  pressant  la  vessie  avec  les  doigts  ou  au  moyen-  de  V instrument  de  Goeze  dont  je 
ne  me  suis  jamais  servi  (dit  Bremser,  pag.  282)^  l’on  peut  forcer  le  corps y  le  cou  et  la 
tète  à  sortir  de  la  vessie  y  mais ,  en  employant  ces  moyens ,  on  déchire  toujours  la  vessie 
du  cysticerque y  car  celui-ci ,  en  se  rétractant,  prend  une  forme  plus  ou  moins  ovalaire , 
et  les  différentes  parties  de  son  corps  occupent  alors  le  diamètre  transversal  de  la  vessie. 


404  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

Pour  éviter  cet  inconvénient,  on  fera  mieux  de  mettre  les  vers  extraits  de  leur  capsule 
dans  de  l’eau  tiède,  et  en  tâchant  d’entretenir  ce  liquide,  pendant  quelque  temps,  à  la  même 
température,  il  arrive  alors  que  l’un  ou  l’autre  de  ces  cysticerques  fait  sortir  sponta¬ 
nément  la  tête  et  le  cou.  Un  des  vers  représentés  avait  déjà  le  cou  allongé ;  mais  aussi¬ 
tôt  que  l’eau  commença  à  serefroidir ,  il  se  rétracta.  Les  personnes  qui  ont  la  vue  home , 
remarquent,  même  à  l’œil  nu,  sur  un  individu  complètement  développé ,  la  tête  et  le  cou 
très  court.  » 

Pour  mon  propre  compte,  sur  les  cysticerques  que  j’ai  extrait  de  l’œil  humain  vivant, 
je  n’ai  réussi  que  par  la  dissection  ci-dessus  indiquée,  en  les  plaçant  sous  quelques  gouttes 
d’eau  dans  une  plaque  de  verre  munie  d’une  petite  concavité.  Le  procédé  de  la  pression, 
même  à  l’aide  d’une  lame  de  verre  très  mince,  lorsqu’on  ne  possède  qu’un  seul  indi¬ 
vidu  dont  l’identité  bien  constatée  décide  du  diagnostic,  me  paraît  trop  dangereux, 
comme  pouvant  altérer  la  forme  et  structure  d’une  partie  aussi  délicate  et  en  même 
temps  aussi  essentielle  que  la  tête.  Nul  doute  que  des  recherches  nouvelles  faites  par  un 
homme  habitué  aux  dissections  microscopiques  trouveraient  à  ajouter  et  à  corriger  dans 
cette  description.  Toutefois,  elle  sera  parfaitement  suffisante  pour  faire  comprendre  la 
partie  pratique  de  notre  travail.  Nous  commençons  par  trois  observations  inédites  de 
cysticerques  logés  sous  la  conjonctive  oculaire  humaine,  observations  qui  nous  sont  pro¬ 
pres  et  qui  offriront  d’autant  plus  d’intérêt  que  la  science  n’en  possédait  en  tout  que 
cinq  autres,  auxquelles  nous  ajouterons,  comme  on  voit,  un  notable  contingent. 

II. — Observations  inédites  de  cysticerques  logés  sous  la  conjonctive  de  l  oeil  humain, 

EX  EXTRAITS  sur  le  vivant. 

Ons.  L — Cysticerque  développé  sous  la  conjonctive  de  l’œil  gauche  d’une  enfant  de  sept  ansf 

et  extirpé  avec  succès. 

Céline  D.,  âgée  de  7  ans,  d’une  bonne  constitution  et  parfaitement  bien  portante,  se 
présente  à  ma  clinique  le  22  juin  1842.  Elle  n’a  jamais  reçu  de  coup  sur  les  yeux,  ni  subi 
aucune  autre  lésion  traumatique  de  ces  organes  ou  de  leur  voisinage.  Dans  la  partie 
externe  de  la  conjonctive  de  l’œil  gauche,  à  4  millimètres  (2  lignes)  environ  du  bord  de 
la  cornée  et  dans  le  grand  diamètre  transversal  du  globe  oculaire,  elle  porte  une  tumeur 
arrondie  assez  mobile,  recouverte  par  la  conjonctive  qui  est  d’un  rose  pâle  à  la  surface  delà 
tumeur  et  d’un  rouge  plus  foncé  à  sa  base  et  à  son  pourtour.  Le  volume  de  la  tumeur  est 
celui  d’un  gros  pois,  c’est-à-dire,  d’environ  5  millimètres  (2  lignes  et  demie)  dediamètre  ; 
elle  a  près  de  3 millimètres  (une  ligne  et  demie)  d’élévation.  On  ne  connaît  aucune  cause 
qui  ait  pu  la  produire.  Je  déclare  immédiatement  que  je  regarde  cette  tumeur  comme 
contenant  très  probablement  un  cysticerque  ;  le  même  diagnostic  est  fait  dans  le  même 
moment  par  les  docteurs  Desmarres,  Baum  de  Dantzig  (qui  lui-même  a  publié  une 
observation  d’un  cysticerque  enlevé  de  dessous  la  conjonctive;  voir  la  2e  section) 
et  Spiess  de  Francfort-sur-le-Mein,  présents  ce  jour-là  à  ma  clinique.  L’extirpation 
est  faite  immédiatement.  Le  globe  oculaire  est  fixé  en  dehors  par  M.  Desmarres  à 
l’aide  d’une  pince  à  dents  implantée  dans  un  pli  delà  partie  externe  de  la  conjonctive  ; 
tandis  que,  saisissant  cette  membrane  sur  le  côté  interne  de  la  tumeur  avec  une 
pince  mousse,  j’y  pratique  une  incision  à  l’aide  d’une  paire  de  ciseaux  courbés  sur 
le  plat  ;  puis  je  la  dissèque  tout  autour  de  là  tumeur.  Le  kyste  très  dur  n’est  adhérent 
qu’à  sa  base  ;  cette  adhérence  me  force  à  renoncer  à  l’idée  que  j’avais  d’abord  de  }’ex- 
traire  avec  un  instrument  mousse  pour  mieux  ménager, son  contenu.  Il  est  indispensa¬ 
ble  d’implanter  dans  sa  surface  une  petite  érigne,  de  tirer  fortement,  et  de  disséquer  sa 
base  qui  est  attachée  par  un  tissu  cellulaire  dense  et  serré.  Il  s’écoule  beaucoup  de 
sang  ,  ce  qui,  avec  les  mouvements  de  l’enfant,  rend  l’opération  un  peu  plus  laborieuse 
que  je  n’avais  pensé  d’abord,  bien  qu’elle  ait  été  terminée  assez  vite. 

Le  kyste  incisé  présente  une  très  grande  dureté  et  une  épaisseur  très  considérable  de 
la  membrane  externe,  en  qui  nous  fait  abandonner  à  tous  pour  un  moment  notre  pre- 


SICHEL. 


MÉMOIRE  PRATIQUE  SUR  LE  CYSTICERQUE. 


405 


mier  diagnostic,  et  croire  que  nous  avons  affaire  à  un  kyste  fibreux  ordinaire.  Pressé  par 
le  temps  à  cause  de  plusieurs  autres  opérations  qu’il  me  reste  à  faire  le  même  jour,  j’ai 
l’imprudence,  après  l’ablation  de  la  tumeur,  de  me  servir  sans  précaution  des  ciseaux 
pour  en  disséquer  la  membrane  fibreuse  externe  très  dense  et  très  dure  qui  a  près  d’un 
millimètre  d’épaisseur,  et  j’incise  en  même  temps  une  seconde  membrane  très  mince  et  très 
blanche,  lisse,  froncée,  que  je  prends  pour  la  membrane  séreuse  du  kyste.  La  membrane 
fibreuse  est  un  peu  inégale  à  sa  surface  externe,  recouverte  dans  un  grand  nombre  de 
points  de  tissu  cellulaire  épaissi;  sa  couleur  est  d’une  teinte  gris-jaunâtre  un  peu  rosé  ; 
ce  mélange  de  rose  pâle  tient  probablement  à  du  sang  épanché  dans  le  tissu  cellulaire 
pendant  l’opération  ;  car  la  tumeur,  placée  pendant  quelque  temps  dans  de  l’eau,  ne  con¬ 
serve  aucune  nuance  rouge.  Sa  surface  interne  est  lisse,  blanche  et  séreuse. 

Une  pression  douce  fait  sortir  du  kyste  fibreux  incisé  une  petite  masse  froncée  d’un 
blanc  lactescent  très  pur,  formée  par  ce  que  j’avais  pris  pour  la  membrane  séreuse  du 
kyste.  Placée  dans  de  l’eau,  cette  membrane  plissée  très  fine  et  semi-diaphane  se  dé¬ 
ploie,  et  au  milieu  de  ses  plis  nous  reconnaissons  une  petite  plaque  irrégulièrement 
arrondie,  opaque,  d’un  blanc  beaucoup  plus  foncé  et  crayeux,  faisant  saillie  dans  F in¬ 
térieur  de  la  cavité  de  la  membrane,  cavité  qui  est  ouverte  à  peu  près  dans  son  plus 
grand  diamètre  et  en  face  de  l’éminence  blanche.  Cette  circonstance  nous  fait  revenir  à 
notre  premier  diagnostic  ;  ce  que  nous  avons  devant  nous  est  évidemment  la  vésicule 
caudale  du  cysticerque  que  j’ai  ouverte  pendant  la  dissection;  l’éminence  ou  petite  pa¬ 
pille  blanchâtre  placée  à  la  surface  interne  de  la  membrane  séreuse,  en  face  de  l’inci¬ 
sion,  n’est  rien  autre  chose  que  la  tête,  le  cou  et  le  corps  de  F  animal  retirés  à  l’intérieur 
de  l’ampoule  séreuse  terminale.  Nous  portons  immédiatement  cette  membrane  séreuse  à 
M.  le  docteur  Donné,  qui  a  la  bonté  de  l’examiner  sans  délai  avec  nous  à  son  cours,  sous  un 
bon  microscope  et  en  présence  de  ses  auditeurs.  Tous  ont  pu  se  convaincre  que  l’objet 
examiné  était  bien  une  vessie  à  parois  minces  et  lisses,  ouverte  sur  l’un  de  ses  côtés,  et 
présentant  sur  la  partie  opposée,  à  sa  surface  interne,  une  saillie  offrant  tous  les  ca¬ 
ractères  génériques  du  cysticerque ,  savoir  :  une  tète  entourée  de  plusieurs  suçoirs 
arrondis,  portant  près  de  son  museau  pointu  une  couronne  de  crochets  noirs,  et  se  ter¬ 
minant  dans  un  cou.  Je  regrette  de  n’avoir  pas  examiné  avec  exactitude  les  caractères 
spécifiques. 

La  plaie  s’est  guérie  par  suppuration,  et  par  le  rapprochement  insensible  des  lambeaux 
de  la  conjonctive  disséquée.  Un  bourgeon  assez  volumineux  a  été  enlevé  d’un  coup  de 
ciseaux  courbés  sur  le  plat,  quinze  jours  environ  après  l’opération.  Peu  de  jours  plus 
tard  les  lèvres  de  la  plaie  se  sont  rapprochées,  et  la  cicatrice  ,  formée  rapidement,  est 
devenue  presque  linéaire. 

Obs.  IL  —  Homme  de  46  ans— Cysticerque  contenu  dans  un  kyste  sous-conjonctival  d’un 

volume  double  de  celui  de  la  première  observation  et  couvert  en  grande  partie  par  la 

membrane  semi-lunaire.  Extirpation  plus  difficile  ;  prompte  guérison  par  rapprochement 

spontané  des  lèvres  de  la  plaie  de  la  conjonctive. 

M.  J.,  brigadier  de  gendarmerie  à  Saint-Cloud,  âgé  de  46  ans,  vient  me  consulter  le 
27  janvier  1843  pournne  tumeur  du  grand  angle  de  l’œil  gauche.  C’est  un  kyste  arrondi, 
un  peu  plus  large  que  haut  et  épais,  de  la  forme  et  de  la  grandeur  à  peu  près  d’une  fève  de 
haricot,  mais  d’un  diamètre  vertical  et  entéro-postérieur  un  peu  plus  considérable.  Ce 
kyste,  recouvert  par  la  conjonctive,  rouge  et  un  peu  inégal  à  sa  surface,  assez  mobile 
dans  sa  moitié  externe,  mais  presque  immobile  dans  sa  partie  interne,  c’est-à-dire  près 
du  grand  angle,  est  placé  dans  la  direction  du  diamètre  transversal  de  la  sclérotique. 
Tout  son  tiers  interne  est  caché  sous  la  caroncule  lacrymale  et  sous  le  repli  semi-lunaire 
de  la  conjonctive,  lequel,  par  suite  de  la  tension  et  de  la  pression  qu’il  a  éprouvées,  est 
considérablement  élargi  et  épaissi ,  sans  paraître  adhérent  à  la  surface  externe  de  la 
tumeur.  Le  malade  pense  que  cette  grosseur  contient  un  corps  étranger.  L’analogie 
qu’elle  présente  avec  celle  que  nous  venons  de  décrire  dans  la  première  observation 


400 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


me  fait  déclarer  au  contraire  qu’elle  doit  contenir  un  cysticerque,  bien  qu’elle  soit 
beaucoup  plus  volumineuse  et  qu’elle  ait  des  parois  beaucoup  plus  épaisses  et  plus  bos¬ 
selées.  Cette  tumeur  nT  existe  que  depuis  quinze  jours;  elle  s’est  formée  rapidement 
après  l’application  d’un  cataplasme  de  farine  de  graines  de  lin.  Elle  gène  beaucoup  pen¬ 
dant  les  mouvements  de  l’œil,  surtout  lorsque  le  malade  regarde  en  dehors,  c’est-à- 
dire  à  gauche.  L’œil  est  très  rouge  depuis  sept  mois.  Il  y  a  quatre  mois,  un  corps  étran¬ 
ger,  introduit  entre  les  paupières,  a  beaucoup  augmenté  l’ophthalmie. 

L’extirpation  de  ce  kyste  est  faite  le  30  janvier.  Elle  est  difficile  ,  parce  que  les  deux 
tiers  internes  de  sa  base  sont  étroitement  adhérents  à  la  sclérotique.  Aucun  moyen  n’est 
employé  pour  fixer  le  globe,  le  malade,  très  courageux  et  doué  d’ une  grande  force  de  volonté, 
tenant  l’œil  parfaitement  bien  dirigé  en  dehors.  Une  double  érigne  est  implantée  dans  la 
paroi  antérieure  du  kyste,  après  qu’il  a  été  entièrement  mis  à  nu  par  la  dissection  de  la 
conjonctive  qui  le  recouvre,  et  qui  a  été  d’abord  soulevée  en  pli  transversal  à  l’aide  d’une 
pince  et  incisée  verticalement  dans  son  milieu  avec  des  ciseaux  droits.  L’opération  a  été 
terminée  avec  un  petit  scalpel  convexe.  L’érigne  ayant  lâché  prise  plusieurs  fois,  il  en 
•  résulte  une  petite  ouverture  par  laquelle  la  moitié  du  cysticerque  sort  en  forme  de  vési¬ 
cule  transparente:  Après  avoir  essayé  en  vain  d’agrandir  l’ouverture  avec  des  ciseaux 
tins  et  de  faire  sortir  l’entozoaire,  afin  de  le  garantir  contre  des  lésions  qui  pourraient 
altérer  ses  caractères,  je  termine  la  dissection.  La  sclérotique  est  mise  à  nu  dans  toute 
l’étendue  de  la  base  du  kyste;  ce  n’est  qu’en  dedans  qu’elle  reste  couverte  dans  un 
très  petit  espace  par  un  peu  de  tissu  cellulaire  épaissi  et  rouge.  La  membrane  semi-lu¬ 
naire  et  la  caroncule  lacrymale  étant  décollées  dans  une  grande  étendue,  je  ferme  her¬ 
métiquement  l’œil  avec  des  bandelettes  de  taffetas  agglutinatif,  pour  établir  une  légère 
compression  à  l’aide  des  paupières  mômes,  après  avoir  préalablement  fait  faire  des  fo¬ 
mentations  froides  pendant  une  demi-heure.  Ces  fomentations  seront  reprises  lorsque  le 
malade  sera  arrivé  à  Saint-Cloud,  et  continuées  jusqu’à  demain. 

La  partie  du  cysticerque  qui  sort  par  la  déchirure  de  la  paroi  antérieure  du  kyste 
appartient  à  sa  moitié  postérieure,  c’est-à-dire  à  l’extrémité  de  sa  vessie  caudale,  à  tra¬ 
vers  laquelle  on  reconnaît  très  bien  le  corps  et  la  tête  de  l’animal  en  forme  d’une  petite 
plaque  d’un  blanc  de  craie.  En  agrandissant  avec  précaution  l’ouverture  du  kyste  fibreux 
à  l’aide  de  ciseaux  oculaires  très  fins,  je  parviens  à  mettre  à  nu  tout  cetentozoaire;  mais 
pour  le  faire  sortir  de  la  cavité  qu’il  occupe,  il  faut  que  je  saisisse  avec  deux  pinces  les 
lèvres  de  la  plaie  du  sac  fibreux,  et  que  j’arrache  ses  parois  de  la  surface  du  cysticerque 
qui  y  est  légèrement  adhérent  par  la  face  externe  delà  moitié  antérieure  de  sa  vésicule. 
La  surface  interne  du  kyste  est  doublée  d’une  membrane  séreuse  fine,  lisse  et  blanchâtre. 
Sa  substance  est  fibreuse,  épaisse  d’un  millimètre  et  demi,  et  dans  plusieurs  endroits 
de  2  millimètres  et  au  delà  ;  sa  couleur  est  jaune  pâle  sale,  mêlée  d’une  légère  nuance 
rose  avant  son  immersion  dans  l’eau,  et  sa  surface  externe  tapissée  d’une  très  large 
couche  de  tissu  cellulaire  épaissi  et  granulé,  coloré  par  du  sang  qu’y  ont  épanché  les 
petits  vaisseaux  venant  de  la  conjonctive  et  coupés  pendant  l’opération. 

Un  examen  microscopique  superficiel,  auquel  la  pièce  anatomique  est  soumise  le  même 
jour  par  M.  Donné  et  moi,  fait  parfaitement  reconnaître  la  tête  du  cysticerque  garnie, 
près  du  museau  pointu,  de  son  anneau  de  crochets  noirs,  et,  un  peu  plus  loin,  à  sa  partie 
la  plus  large  et  arrondie,  de  ses  suçoirs  circulaires. 

Le  31  janvier,  lendemain  de  l’opération,  le  pli  semi-lunaire ,  déjà  beaucoup  moins  sou¬ 
levé,  s’est  en  partie  soudé  contre  la  sclérotique.  Je  ne  réapplique  point  de  bandelettes 
et  fais  continuer  les  fomentations  froides.  La  tête  du  cysticerque,  conservé  dans  de  l’eau 
depuis  hier  et  de  nouveau  soumis  à  l’examen  microscopique  par  moi  et  mon  aide,  pré¬ 
sente  avec  une  grande  netteté  tous  ses  caractères  génériques.  Malheureusement  j’avais 
négligé  de  plonger  l’animal  dans  l’eau  immédiatement  après  son  extraction  du  kyste  ; 
la  vessie  terminale  ouverte  s’était  ridée  et  contractée  autour  du  corps,  et  je  n’ai  plus 
réussi  à  la  déplisser  suffisamment  pour  bien  déterminer  les  caractères  spécifiques ,  que 
je  crois  cependant  avoir  été  ceux  du  cysticercus  cellulosœ. 


407 


SICHEL.  —  MÉMplRE  PRATIQUE  SUR  UE  CYSTICERQUE. 

Le  6  février,  le  pli  semi-lunaire  est  entièrement  rattaché  au  globe,  et  ia  cicatrice 
de  la  conjonctive  commence  à  attirer  cette  membrane  vers  elle  en  forme  de  plis 
rayonnants.  La  conjonctive  du  grand  angle  est  encore  d’un  rouge  foncé.  Je  conseille  au 
malade  d’exercer  très  fréquemment  une  forte  abduction  de  l’œil. — (Collyre  d’acétate  de 
plomb  cristallisé,  5  centigr.  pour  10  grammes  d’eau  dist.,  en  instillation  3  à  4  fois  par 
jour.  Continuer  les  fomentations  froides). 

Le  9  février,  la  cicatrice  est  linéaire  et  presque  complète;  autour  d’elle  la  conjonc¬ 
tive  est  encore  rouge.  Les  mouvements  du  globe  ne  sont  point  gênés.  Le  collyre  a  pro¬ 
duit  d’abord  une  forte  douleur. — (Le  mitiger  avec  partie  égale  d’eau  distillée,  ou,  au 
besoin,  en  cesser  entièrement  l’usage.  Continuer  les  fomentations.  Quelques  pédiluves 
irritants). 

Le  malade  finit  par  supporter  le  collyre  pur.  La  rougeur  de  la  conjonctive  autour  de 
la  cicatrice  s’efface  peu  à  peu  et  se  dissipe  complètement  au  bout  de  huit  jours  environ. 
Vers  le  20  février  la  guérison  est  complète. 

S’il  m’arrivait  encore  d’avoir  à  faire  l’extirpation  d’une  tumeur  semblable,  je  me 
garderais  d’implanter  l’érigne  à  la  surface  antérieure  du  kyste  où  il  semble  toujours 
avoir  le  moins  d’épaisseur.  Je  le  disséquerais  d’abord  sur  l’un  de  ses  côtés,  jusqu’à  sa 
base  et  à  sa  surface  postérieure,  qui  généralement  est  épaissie  par  un  tissu  cellulaire  serré 
et  condensé;  après  quoi  je  fixerais  l’érigne  dans  cette  surface  postérieure  aussi  près  que 
possible  du  centre,  ou  au  moins  dans  la  base  ou  dans  la  partie  latérale  du  kyste,  où 
l’augmentation  delà  densité  commence  déjà.  Cela  pourra  servir  à  abréger  l’opération  et 
surtout  à  prévenir  la  rupture  du  kyste  fibreux  et  la  lésion  de  l’entozoaire  qu’il  contient, 
dont  l’intégrité  est  nécessaire  pour  la  détermination  de  l’espèce  sur  laquelle  il  y  a  eu 
quelque  dissidence,  comme  nous  verrons  plus  tard. 

Obs.  III.  —  Cysticerque  placé  sous  la  conjonctive  d’une  enfant  de  6  ans  et  demi,  enveloppé 

d'un  kyste  fibreux  dans  sa  moitié  postérieure  et  presque  séreux  dans  sa  partie  antérieure. 

Extirpation  très  difficile  à  cause  des  mouvements  de  l'enfant.  Guérison  prompte. 

Mlle  Céleste  B.,  âgée  de  six  ans  et  demi  ,  d’une  constitution  délicate  et  légèrement 
lymphatique,  ayant  les  yeux  gris  bleuâtre,  est  amenée  à  ma  clinique,  le  3  octobre  1843, 
pour  une  affection  de  l’œil  droit  que  sa  mère  a  découverte  il  y  a  15  jours  seule¬ 
ment.  Une  tumeur  arrondie  se  voit  à  la  partie  supérieure  interne  de  la  conjonctive,  un 
peu  au  dessus  du  diamètre  transversal  du  globe ,  à  3  millimètres  du  bord  interne  de 
la  cornée,  et  entièrement  cachée  sous  la  paupière  supérieure  lorsque  la  petite  malade  re¬ 
garde  droit  devant  elle.  Son  bord  interne,  surtout  en  haut  et  en  dedans,  est  caché  sous  la 
partie  correspondante  et  un  peu  épaissie  du  pli  semi-lunaire  de  la  conjonctive.  La 
tumeur  est  assez  régulièrement  arrondie,  d’environ  7  millimètres  de  diamètre,  d’un 
jaune  grisâtre  un  peu  rosé,  entourée  et  traversée  par  quelques  vaisseaux  sanguins  qui  la 
parcourent  de  dedans  en  dehors  et  qui  sont  placés  dans  la  conjonctive.  Cette  membrane 
est  mobile  sur  la  grosseur  qu’elle  recouvre.  Celle-ci  remue  un  peu  pendant  les  mouve¬ 
ments  des  paupières  ;  elle  se  déplace  facilement  dans  une  petite  étendue  et  semble  un 
peu  transparente.  La  conjonctive  palpébro-oculaire  est  légèrement  injectée,  probable¬ 
ment  à  cause  d’un  long  cil  renversé  en  dedans  que  j’extrais.  Un  peu  au  dessous  du 
centre  de  la  tumeur,  on  voit  à  travers  la  conjonctive  une  tache  ronde  d’un  blanc  jau¬ 
nâtre  que  j’estime  être  la  tête  et  le  corps  rétractés  du  cysticerque,  et  qui,  au  bout  de 
quelques  jours,  devient  moins  apparente ,  la  conjonctive  qui  recouvre  la  tumeur  se  vas- 
cularisant  davantage.  Avec  la  diminution  de  la  vascularité  elle  redevient  plus  manifeste. 

L’œil  malade  présente  en  outre  une  cicatrice  légèrement  creuse  et  assez  étendue  de  la 
partie  interne  et  inférieure  de  la  cornée,  s’avançant  un  peu  en  face  de  la  partie  inférieure 
interne  de  la  pupille. 

D’après  ce  résultat  de  l’exploration  de  l’œil  malade,  je  déclare  positivement  que  nous 
avons  affaire  à  un  cysticerque  placé  sous  la  conjonctive,  dont  la  tète  et  le  corps,  rentrés 
dans  la  vessie  caudale,  forment  le  petit  disque  que  l’on  aperçoit  au  confise  de  la  tumeur. 


408  TRAVAUX  ORIGINAUX. 

La  circonstance  que  ce  disque  est  visible  à  travers  la  conjonctive  me  fait  présumer  qu’ ici 
il  n’y  a  pas,  comme  dans  les  deux  cas  précédemment  observés  par  moi,  un  kyste  hbreux 
enveloppant  l’animal  et  adhérant  à  la  sclérotique.  J’espère  donc  que  le  cysticerque  sera 
facile  à  énucléer. 

L’examen  oral  ne  nous  révèle  qu’un  petit  nombre  de  circonstances  commémoratives 
peu  importantes.  La  petite  malade  digère  mal,  a  fréquemment  la  fièvre,  mais  n’a  jamais 
rendu  de  vers.  Il  y  a  trois  mois  elle  a  éprouvé  une  ophthalmie,  beaucoup  plus  forte  à 
droite,  qui,  d’après  la  description  de  la  mère,  paraît  avoir  étéblennorrhagique,  et  dans  le 
cours  de  laquelle  s’est  formée  fulcération  de  la  cornée  dont  nous  avons  parlé.  Je  prescris 
30  grammes  de  manne,  l’enfant  étant  actuellement  constipée  ;  des  fomentations  d’eau 
froide  et  des  pédiluves  salés. 

L’extraction  del’entozoaire  logé  sous  la  conjonctive  est  proposée  et  acceptée.  Cette  opé¬ 
ration  est  pratiquée  le  17  octobre,  à  ma  clinique,  en  présence  de  M.  Malgaigne  et  de  plu¬ 
sieurs  autres  médecins.  Avant  d’y  procéder,  je  fais  de  nouveau  examiner  la  tumeur,  et 
je.  rappelle  mon  diagnostic  qui  paraît  un  peu  téméraire  à  M.  Malgaigne  et  aux  autres  as¬ 
sistants.  L’enfant,  assise  sur  les  genoux  d’un  aide  qui  la  fixe  le  mieux  possible,  bien 
que  maintenue  par  plusieurs  personnes  ,  oppose,  par  les  mouvements  vifs  et  étendus  de 
la  tête,  de  grands  obstacles  à  l’opération  qui  est  extrêmement  diflicile.  Ces  difficultés 
sont  encore  augmentées  par  l’abondance  du  sang  qui  s’écoule  delà  conjonctive  injectée. 
Les  paupières  sont  fixées  par  des  élévateurs  et  des  abaisseurs,  et  l’oeil  par  une  pince 
appliquée  à  la  partie  externe  de  la  conjonctive.  Placé  derrière  la  malade  et  l’aide  qui  la 
tient,  position  incommode  que  je  me  garderai  bien  de  prendre  une  autre  lois,  je  soulève, 
au  moyen  d’une  pince  fine  et  mousse,  un  pli  de  la  conjonctive  sur  la  circonférence  ex¬ 
terne  de  la  tumeur,  et  je  l’incise  verticalement  à  l’aide  de  ciseaux  oculaires  fins,  courbés 
sur  le  tranchant  ;  puis  je  dissèque  la  conjonctive  sur  toute  la  surface  de  la  tumeur.  Im¬ 
médiatement  après,  la  tête  et  le  cou  du  cysticerque  viennent  faire  saillie  au  dessus  de  la 
surface  antérieure  sous  forme  d’un  petit  cylindre  semi-transparent,  ce  qui  me  con¬ 
firme  dans  mon  opinion  de  l’absence  d’un  kyste  fibreux.  Mais  à  peine  ai-je  commencé  à 
détacher  la  partie  de  la  tumeur  continue  à  la  sclérotique  que  je  suis  détrompé  d’une  ma¬ 
nière  très  fâcheuse,  en  trouvant  un  tissu  épais,  fibreux  et  fortement  adhérent.  Par  pré¬ 
caution,  j’avais  chargé  une  personne  de  tenir  un  petit  bocal  à  moitié  plein  d’eau  tiède, 
pour  recevoir  l’animal,  s’il  s’échappait  pendant  l’opération ,  ce  qui  arriva  en  effet, 
lorsque,  par  suite  d’ un  mouvement  brusque  et  violent  de  la  tête  de  l’enfant,  le  sang  re¬ 
couvrant  toute  la  tumeur,  un  coup  de  ciseaux  entama  la  partie  latérale  de  sa  surface 
antérieure  très  fine,  transparente  et  presque  séreuse,  comme  on  a  vu.  L’animal  s’échap¬ 
pa  en  roulant  sous  l’aspect  d’un  petit  kyste  séreux,  semi-transparent,  d’un  blanc  lactes¬ 
cent  et  du  volume  d’un  petit  grain  de  groseille,  offrant  à  sa  surface  supérieure  le  disque 
crétacé  caractéristique  formé  par  le  cou  et  la  tête  rétractés.  Son  peu  de  volume  me  sem¬ 
bla  naturel,  et  non  déterminé  par  une  lésion  qu’il  aurait  pu  subir  durant  l’opération  et 
par  l’écoulement  d’une  partie  du  liquide  contenu  dans  la  vessie  caudale.  Examiné  long¬ 
temps  à  l’œil  nu  par  M.  Malgaigne  et  les  autres  médecins  présents,  l’animal  conserva  sa 
lorme  sphérique  un  peu  aplatie  et  plissée,  sans  qu’on  pût  toutefois  apercevoir  la  moindre 
trace  de  lésion:  il  présentait  tous  les  caractères  d’un  cysticerque.  Lorsque  plus  tard, 
avant  de  le  soumettre  au  microscope,  j’en  ouvris  la  vessie  caudale  d’un  coup  de  ciseaux, 
il  en  sortit  quelques  gouttes  d’un  liquide  séreux  limpide.  Le  kyste  fibreux  vidé  s’était 
en  partie  rétracté  sous  la  conjonctive.  Il  fut  très  difficile  à  retrouver  et  à  saisir,  à  cause 
du  sang  dont  il  s’était  infiltré  par  imbibition  pendant  l’opération,  ce  qui  le  faisait  res¬ 
sembler  à  la  conjonctive.  Les  adhérences  de  sa  face  postérieure  n’étaient  pas  complè¬ 
tement  détachées  au  moment  où  sa  surface  antérieure  fut  incisée.  Je  l’excisai  d’un  coup 
de  ciseaux,  mais  il  restait  une  grande  partie  de  son  feuillet  postérieur.  Des  fomentations 
froides  furent  appliquées  sur  l’œil. 

J’essayai  de  placer  convenablement  sous  le  microscope  le  cysticerque  extrait  de  la  tu¬ 
meur  ;  mais  ayant  peu  l’habitude  de  ce  genre  d’investigation,  je  voulus  m’aider,  comme 


409 


MALGAIGNE.  — -  MÉMOIRE  SUR  LE  CVSTOCÈLE  VAGINAL. 

d’ordinaire,  de  l’expérience  de  MM.  Donné  et  Mandl;  l’un  fut  empêché  de  se  rendre  à 
mon  invitation  par  des  occupations  pressantes,  et  l’autre  se  trouvait  absent  de  Paris  ;  je 
ne  réussis  donc  que  très  tard  à  disséquer  et  à  placer  convenablement  sous  le  microscope 
la  tète  et  le  cou  de  l’animal.  Cependant  chacun  put  alors  voir  avec  une  parfaite  netteté 
les  nombreuses  petites  taches  élevées ,  transparentes  et  comme  granulées  du  cou  de  l’a¬ 
nimal  ,  ainsi  que  la  double  couronne  de  crochets  placée  autour  de  sa  bouche,  entourée 
elle-même  par  les  quatre  suçoirs  ovalaires  et  lisses.  Ces  caractères  bien  constatés  11e 
laissèrent  aucun  doute  dans  l’esprit  des  personnes  présentes. 

La  présence  de  la  paroi  postérieure  du  kyste  que  j’avais  été  forcé  d’abandonner,  ainsi 
que  la  distension  de  la  conjonctive  disséquée  et  infiltrée  de  sang,  me  faisait  craindre  une 
inflammation  intense  et  une  guérison  lente.  Heureusement  l’événement  démentit  cette 
appréhension.  La  phlegmasie  très  peu  violente  diminua  dès  le  quatrième  jour  par  le  seul 
usage  des  fomentations  froides,  d’un  régime  antiphlogistique,  de  limonade  pour  boisson, 
de  bains  de  pieds  et  de  quelques  laxatifs  doux  ;  elle  se  dissipa  complètement  au  bout  de 
huit  jours.  Un  léger  gonflement  de  la  conjonctive,  reste  pendant  quinze  jours  environ, 
disparut  aussi  complètement.  La  cicatrice  de  la  cornée  s’est  consolidée  sans  aucune 
médication  et  sans  perdre  de  sa  transparence.  Dans  la  partie  de  la  conjonctive  qui  re¬ 
couvrait  autrefois  la  tumeur,  on  voit  à  peine  une  cicatrice.  La  digestion  est  parfaitement 
rétablie  et  la  santé  générale  beaucoup  meilleure  qu’avant  l’opération. 


Mesa&füire  sur  le  vs&gifiiaï  ;  par  M.  Maiæiaicine. 

( Suite  et  fin.) 

De  ce  qui  a  été  dit  jusqu’à  présent,  il  résulte  déjà  que,  dans  le  plus  grand  nombre  des 
cas,  le  cystocèle  se  produit  lentement,  sans  que  la  fermée  en  soit  d’abord  avertie,  sans 
qu’elle  puisse  fixer  l’instant  de  l’apparition;  voyons  à  présent,  dans  les  cas  où  il  y  a 
•une  cause  déterminante  connue,  comment  se  fait  le  développement  de  la  tumeur. 

Une  seule  fois  alors  j’ai  vu  la  tumeur  lente  à  sedévelopper,  ce  qui  s’expliquepar  legenre 
de  travail  de  la  femme,  occupée  presque  continuellement  à  transporter  des  baquets  pleins 
d’eau.  Dans  tous  les  autres  cas  la  tumeur  apparut  subitement,  le  plus  communément 
avec  des  tiraillements  aux  aines  et  des  douleurs  de  reins  ;  cependant  quelques  femmes 
n’ accusèrent  rien  de  semblable,  soit  par  oubli,  soit  que  réellement  la  tumeur  n’eût  dé¬ 
terminé  aucun  phénomène  autre  que  la  gêne  locale  résultant  de  l’écartement  delà  vulve. 
Deux  fois  il  y  eut  un  craquement  perçu  par  les  malades  ;  chez  l’une,  les  accidents  furent 
si  légers  qu’elle  fut  longtemps  sans  s’occuper  de  son  mal;  chez  l’autre,  au  contraire,  il 
y  eut  des  maux  de  cœur,  de  l’étouffement;  et,  pour  me  servir  de  son  expression,  elle 
croyait  qu’elle  allait  mourir.  Le  cystocèle  produit  par  une  chute  sur  le  siège  amena  des 
douleurs  de  reins  et  d’estomac  avec  la  sensation  d’une  boule  hystérique  ;  enfin,  chez  une 
seule  femme,  l’apparition  brusque  d’un  cystocèle  simple  s’accompagna  d’une  perte,  à  la 
vérité  peu  considérable. 

Du  reste,  je  dois  ajouter  ici  que  pour  ces  phénomènes  primitifs  j’étais  obligé  d’en 
appeler  à  la  mémoire  de  ces  femmes,  et  que  je  n’avais  leurs  cystocèles  sous  les  yeux 
pour  ainsi  dire  qu’à  l’état  chronique  ;  dans  le  seul  cas  où  j’ai  été  appelé  pour  un  pro¬ 
lapsus  de  ce  genre,  récemment  et  brusquement  survenu,  les  choses  se  sont  passées  un 
peu  différemment.  Voici  le  fait  : 

En  mars  1835,  Mme  D...,  sage-femme,  âgée  de  45  ans,  ayant  eu  plusieurs  enfants, 
mais  toujours  forte  et  robuste,  assistait  une  femme  en  travail;  et  pour  activer  les  dou¬ 
leurs,  elle  la  faisait  marcher  par  la  chambre  en  la  soutenant  par  dessous  les  bras ,  lors¬ 
que,  dans  un  effort  nécessité  par  cette  manœuvre,  elle- sentit  une  tumeur  descendre  brus¬ 
quement  à  la  vulve,  avec  des  tiraillements  aux  aines  et  des  douleurs  de  reins.  Elle  con¬ 
tinua  cependant  à  assister  la  femme  ;  revint  chez  elle,  et  put  encore  retourner  chez  sa 
malade  qui  logeait  à  un  quatrième  étage  ;  mais,  vers  le  soir,  les  douleurs  devinrent  si 
fortes  qu’elle  fut  obligée  de  se  coucher.  La  nuit  fut  sans  sommeil,  agitée  par  des  souf- 


410 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


franees  excessives;  aux  tiraillements  déjà  signalés  s’ajoutaient  des  envies  d’uriner  à 
chaque  instant ,  et  T  urine  en  passant  sur  la  tumeur  y  déterminait  une  sensation  de 
brûlure.  La  malade  avait  tenté  de  faire  rentrer  la  tumeur  ;  mais  celle-ci  était  ressortie, 
et  à  force  d’être  mouillée  par  l’urine,  elle  était  devenue  si  douloureuse  que  le  moindre 
contact  excitait  des  contractions  de  tous  les  traits  du  visage,  la  malade  résistant  autant 
que  possible  au  besoin  de  se  plaindre  et  de  crier. 

Je  la  vis  à  dix  heures  du  matin.  Elle  était  couchée  sur  le  dos,  le  pouls  agité,  mais 
sans  fièvre  ;  l’urine  d’un  jaune  rougeâtre,  rendue  en  petite  quantité  et  à  chaque  instant. 
Je  sentis  au  toucher  une  tumeur  qui  dépassait  la  vulve  comme  la  moitié  d’un  petit  œuf 
de  poule  environ,  parsemée  de  rides  fortement  dessinées  et  transversales,  excessivement 
douloureuse  au  toucher  et  surtout  à  la  pression;  le  doigt  pouvait  filer  entre  elle  et  la 
paroi  postérieure  du  vagin  ;  en  avant,  au  contraire,  la  tumeur  et  la  paroi  vaginale  étaient 
en  contact  très  serré  ;  le  doigt  sentait  une  résistance  qui  faisait  présumer  qu’il  y  avait 
un  cul-de-sac  très  peu  éloigné;  mais  la  douleur  occasionnée  par  l’effort  pour  pénétrer 
était  telle  que  je  ne  voulus  pas  insister.  D’ailleurs  il  ne  pouvait  rester  de  doute  sur 
la  nature  de  la  tumeur ,  et  le  plus  pressant  était  évidemment  de  la  repousser  dans  le 
vagin. 

J’y  procédai  avec  le  doigt  index  et  le  doigt  médius  de  la  main  droite;  la  malade 
n’avait  pas  voulu  se  découvrir  à  la  vue.  Les  premiers  efforts  de  pression,  bien  que  très 
modérés,  causèrent  des  douleurs  atroces  ;  je  continuai  donc  très  lentement,  poussant  un 
peu,  puis  me  bornant  à  maintenir  le  peu  de  terrain  que  j’avais  gagné.  Il  me  fallut  près 
d’une  demi-heure  pour  faire  totalement  disparaître  la  tumeur;  elle  était  rentrée  dans  le 
vagin  sans  s’effacer,  et  ne  s’affaissa  que  sous  une  compression  prolongée;  mais  enfin  le 
but  fut  atteint,  et  il  ne  resta  plus  qu’à  la  maintenir. 

Pour  cela  je  pris  une  petite  éponge  que  j’enveloppai  d’une  compresse  taillée  en  croix 
de  Malte  pour  faire  moins  de  plis  ;  le  tout  fut  imbibé  d’huile  ;  et  pendant  ces  préparatifs, 
la  malade  tenait  les  deux  grandes  lèvres  rapprochées  et  enfoncées  dans  le  vagin  à  l’aide 
des  deux  doigts  index  et  médius  de  la  main  droite.  Mon  tampon  étant  prêt,  je  cherchai 
à  l’introduire;  mais  le  frottement  contre  la  paroi  antérieure  du  vagin,  irritée  par  l’urine, 
était  douloureux;  la  malade  se  chargea  de  cette  introduction,  qu’elle  opéra  très  bien  et 
avec  moins  de  douleur  que  je  ne  lui  en  faisais  moi-même.  L’éponge  étant  dans  le  vagin, 
les  bouts  de  la  croix  de  Malte  à  la  vulve  ,  je  mis  quelques  fines  compresses  pardessus; 
puis  je  refermai  les  grandes  lèvres  que  je  soutins  avec  des  compresses  plus  épaisses, 
et  le  tout  fut  maintenu  par  un  mouchoir  en  cravate  attaché  en  manière  de  chauffoir. 
Puis  je  fis  mettre  la  malade  sur  le  dos,  le  bassin  soulevé  par  un  oreiller,  et  on  dut  arroser 
les  compresses  et  le  tampon  avec  une  solution  très^ concentrée  de  sulfate  de  zinc. 

Les  tiraillements  des  aines  et  des  lombes  persistèrent  une  partie  de  la  journée,  mais 
moins  forts,  et  seulement  par  intervalles.  Le  besoin  d’uriner  était  vif;  l’urine  en  sortant 
causait  des  douleurs  brûlantes,  et  la  solution  de  sulfate  de  zinc  en  déterminait  de  sem¬ 
blables.  Deux  jours  après,  la  malade  ôta  le  tampon  sans  m’en  rien  dire  ;  le  3e  jour  elle 
se  leva  sur  son  séant  ;  le  4e  elle  fit  quelques  tours  par  la  chambre  ;  mais  quelques  ti¬ 
raillements  l’ayant  avertie  de  son  imprudence,  elle  garda  le  lit  encore  quelques  jours,  après 
lesquels  elle  se  leva  sans  autre  précaution  et  se  trouva  guérie. 

Elle  me  conta  que  18  ou  20  ans  auparavant  elle  avait  eu  une  descente  en  tout  sem¬ 
blable,  avec  les  mêmes  douleurs  et  une  aussi  courte  durée;  depuis  elle  ne  s’en  était  ja¬ 
mais  ressentie,  malgré  des  couches  réitérées.  Huit  ans  se  sont  passés  depuis  la  récidive 
et  la  deuxième  guérison ,  et  le  cystocèle  n’a  pas  reparu.  Mme  D....  porte  à  la  ligne 
blanche  au  dessous  de  l’ombilic  une  petite  hernie  qui  est  assez  sujette  à  se  gonfler,  et 
que  l’on  réduit  cependant  sans  beaucoup  de  difficulté. 

J’ai  rapporté  ce  fait  avec  tous  ses  détails,  parce  que  je  n’en  connais  pas  de  semblables 
dans  la  science  ;  et  moi-même  je  n’ai  pas  observé  depuis  des  douleurs  si  intenses  ni 
une  telle  résistance  de  la  tumeur.  Je  répète  que  le  diagnostic  ne  pouvait  laisser  aucun 
doute  ;  le  col  utérin  était  à  sa  place  ;  et  la  tumeur,  nettement  circonscrite  par  en  haut, 


MALGAIGNE,  —  MÉMOIRE  SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL.  411 

repoussait  l’idée  d’une  hernie  intestinale  entre  la  vessie  et  le  vagin.  II.  n’existe  pas  non 
plus,  que  je  sache,  d’autre  exemple  d’une  guérison  ausi  prompte  et  aussi  persistante.  J’ai 
bien  vu,  chez  une  plâtrière  de  Montmartre,  âgée  de  33  ans,  un  cysto-rectocèle  survenu  a 
sept  mois  de  grossesse  qui  disparut  après  les  couches ,  mais  pour  revenir  quelques  mois 
après.  J’ai  vu  aussi  une  blanchisseuse  qui  avait  eu  une  tumeur  du  même  genre  à  sa 
deuxième  couche,  disparue  pendant  quelques  années,  mais  revenue  à  la  sixième  couche 
pour  ne  plus  disparaître.  Enfin,  j’ai  rapporté  dans  mon  Mémoire  sur  le  rectocèle 
vaginal  l’observation  d’un  rectocèle  récent  disparu  en  quelques  jours;  mais  je  n’ai  pu 
m’assurer  si  la  guérison  avait  persisté. 

Je  reviens  maintenant  à  la  symptomatologie  du  cystocèle,  lorsqu’il  existe  depuis  un 
temps  plus  ou  moins  long. 

Le  premier  phénomène,  et  sans  aucun  doute  le  plus  important  à  étudier,  est  la  tumeur 
même  qui  constitue  le  prolapsus.  En  général,  le  cystocèle  se  révèle  aux  malades  par  la 
sensation  d’un  corps  étranger  qui  tend  à  s’échapper  par  la  vulve;  et  si  on  les  examine 
debout,  les  cuisses  écartées,  surtout  en  recommandant  de  pousser  un  peu,  on  voit 
proéminer  entre  les  grandes  lèvres  une  tumeur  rougeâtre,  sphéroïde  ou  ovoïde,  humide 
à  sa  surface  qui  a  l’aspect  d’une  muqueuse,  remplissant  et  dilatant  l’orifice  du  vagin, 
refoulant  les  petites  lèvres  sur  les  côtés ,  et  soulevant  l’urètre  et  le  clitoris.  Elle  est 
parsemée  de  plis  transversaux,  plus  marqués  à  sa  partie  antérieure,  et  qui  tendent  à 
disparaître  à  un  certain  degré  de  développement.  Au  toucher  elle  est  molle,  peu  élasti¬ 
que,  cédant  à  la  môindre  pression,  facile  en  conséquence  à  réduire.  Tantôt  elle  com¬ 
prend  plus  spécialement  la  portion  de  la  paroi  vaginale  qui  répond  au  col  de  la  vessie 
et  même  à  l’urètre  ;  toujours  cependant  l’orifice  de  l’urètre  garde  sa  direction  nor¬ 
male,  et  la  tumeur  ne  commence  qu’à  2  ou  3  millimètres  en  arrière.  D’autres  fois 
l’urètre  demeure  en  place  tout  entier;  c’est  la  portion  moyenne  de  la  vessie  qui  se  dé¬ 
place.  Dans  tous  ces  cas,  le  doigt  porté  dans  le  vagin  et  longeant  sa  paroi  antérieure 
arrive  au  cul-de-sac  qui  sépare  la  vessie  du  col  utérin  ,  et  retrouve  ce  col  faisant  sa 
saillie  accoutumée.  Il  est  beaucoup  plus  rare  de  voir  la  tumeur  entraîner  d’abord  la 
partie  supérieure  de  la  vessie,  de  telle  sorte  que  le  cul-de-sac  indiqué  soit  entière¬ 
ment  effacé ,  et  que  la  lèvre  antérieure  du  museau  de  tanche  se  confonde  avec  la 
muqueuse  qui  recouvre  la  tumeur.  Je  n’ai  vu  cela  qu’une  seule  fois,  chez  une  femme  de 
45  ans  qui  portait  en  même  temps  un  rectocèle  ;  le  cystocèle  était  du  volume  d’un  œuf, 
et  l’utérus,  loin  d’avoir  été  entraîné  par  la  tumeur,  se  trouvait  même  à  une  hauteur  peu 
ordinaire.  Je  n’entends  parler  ici  que  du  cystocèle  simple  ;  les  complications  seront 
étudiées  plus  tard. 

La  tumeur  est  fort  loin  d’avoir  toujours  le  même  volume.  Généralement  elle  atteint 
au  moins  la  grosseur  d’un  œuf  de  pigeon,  sans  dépasser  celle  d’un  œuf  de  poule.  J’en 
ai  vu  une  qui  sortait  au  dehors,  sans  aucun  effort  préalable,  du  volume  du  poing,  lorsque 
la  femme  ôtait  son  pessaire.  Deux  malades  m’ont  dit  que  leur  cystocèle,  habituellement 
fort  léger,  devenait  aussi  gros  que  le  poing  dans  certaines  circonstances.  Une  autre  femme 
m’a  même  affirmé  que  sa  tumeur  descendait  quelquefois  à  sept  pouces  au  dessous  de  la 
vulve  ;  elle  ne  portait  cependant  qu’un  cystocèle  simple.  Ici  l’exagération  est  trop  évi¬ 
dente.  D’un  autre  côté,  on  rencontre  des  cystocèles  d’un  fort  petit  volume,  et  auxquels 
on  ne  ferait  pas  attention  ,  s’ils  ne  déterminaient  des  inconvénients  tout  pareils  à  ceux 
des  tumeurs  plus  considérables.  J’en  ai  vu  plusieurs  qui  semblaient  limités  à  l’urètre  et 
tout  au  plus  au  col  de  la  vessie,  et  qui  se  montraient  comme  une  saillie  vermiculaire 
de  la  ligne  médiane  de  la  paroi  vaginale  antérieure. 

On  voit  déjà ,  par  ce  qui  vient  d’être  dit,  que,  suivant  les  circonstances,  le  cys¬ 
tocèle  offre  plus  ou  moins  de  volume.  A  la  vérité,  cela  se  pourrait  dire  de  toutes  les  her¬ 
nies,  et  il  est  assez  rare  qu’une  hernie  ne  semble  pas  augmenter  par  un  effort  de  toux.  De 
même,  si  volumineux  que  paraisse  un  cystocèle,  on  lui  donnera  certainement  plus  d’am¬ 
pleur  et  de  tension  en  faisant  tousser  ou  moucher  la  malade.  Mais  ce  n’est  pas  de  cette 
augmentation  légère  que  je  veux  parler  ;  un  fait  bien  autrement  digne,  d’attention  est 


412 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


celui-ci,  savoir:  qu’un  cystocèle^  examiné  dans  un  moment  de  repos ,  offrira  un  volume 
très  restreint  et  que  ni  la  toux  ni  d’autres  efforts  ne  pourront  beaucoup  accroître,  qui 
cependant,  sous  l’influence  de  certaines  circonstances,  se  montrera  avec  un  accroisse¬ 
ment  démesuré. 

Une  femme  de  35  ans  avait  eu  un  cystocèle  à  30  ans,  quelques  jours  après  sa  troisième 
couche.  Depuis  lors  elle  était  encore  accouchée  une  quatrième  fois,  et  n’avait  rien  opposé 
aux  progrès  de  son  cystocèle,  qui  finit  cependant  par  l’inquiéter.  Lorsqu’ elle  vint  se  faire 
examiner,  je  ne  trouvai  que  cette  petite  saillie  vermiculaire  sous-urétrale  que  j’ai  men¬ 
tionnée  tout  à  l’heure  ;  et  tous  les  efforts  possibles  ne  purent  accroître  ce  déplacement  si 
léger.  Cependant,  lorsque  la  femme  faisait  de  longues  courses ,  quand  elle  avait  marché 
une  heure  et  demie,  par  exemple,  la  tumeur  sortait  avec  le  volume  d’un  œuf  de  poule;  et 
alors  arrivaient  des  tiraillements  du  ventre  et  des  besoins  très  fréquents  d’uriner,  qu’elle 
n’apaisait  qu’en  faisant  rentrer  la  tumeur  ;  la  réduction  était  facilement  obtenue  à 
l’aide  de  lotions  d’eau  froide.  Dans  son  état  habituel ,  avec  cette  saillie  si  légère  de  là 
paroi  vaginale  antérieure,  elle  avait  bien  des  envies  assez  fréquentes  d’uriner  ;  mais  elle 
pouvait  y  résister  et  n’y  céder  que  quatre  fois  par  jour.  La  nuit  elle  éprouvait  un  autre 
phénomène  fort  bizarre  :  c’était,  avec  le  besoin  d’uriner,  une  difficulté  d’y  satisfaire  qui 
demandait  quelquefois  jusqu’à  cinq  minutes  d’efforts. 

Une  autre  femme,  âgée  de  50  ans,  portait  depuis  trois  mois  seulement  un  cystocèle 
du  volume  d’un  œuf  de  pigeon.  Mais  de  temps  à  autre,  particulièrement  lorsqu’elle 
portait  de  lourdes  charges,  il  sortait  tout  à  coup  du  volume  du  poing,  avec  des  maux  de 
cœur  et  des  douleurs  très  vives.  Lorsque  le  cystocèle  reprenait  son  volume  habituel, 
elle  n’éprouvait  plus  de  douleur  d’aucune  sorte,  ni  d’autre  incommodité  que  d’être 
obligée  d’uriner  à  tout  moment. 

J’ai  vu  enfin  une  autre  femme,  âgée  de  56  ans,  qui,  depuis  quatre  ans,  nous  dit  être 
atteinte  d’un  prolapsus  par  le  vagin  pour  lequel  elle  venait  réclamer  un  pessclire.  Ce 
prolapsus  se  reproduisait  de  temps  à  autre  dans  la  journée  ;  depuis  15  jours,  disait  la 
femme,  il  avait  même  notablement  augmenté  et  était  arrivé  au  volume  du  poing  ;  les 
accidents  étaient  bien  ceux  d’un  cystocèle;  toutefois,  lors  de  l’examen,  il  nous  fut 
impossible  d’en  constaler  le  moindre  vestige,  et  le  diagnostic  dut  rester  incertain. 

Dans  les  hernies  proprement  dites,  il  y  a  cependant  quelques  variétés  qui  offrent  une 
intermittence  analogue.  J’ai  été  consulté  par  une  femme  de  la  Normandie  qui  disait 
avoir  au  pli  de  l’aine  droite  une  hernie  du  volume  d’une  grosse  noix.  Son  médecin 
avait  vu  la  tumeur  ;  cependant  M.  Marjolin,  consulté  avant  moi ,  ne  trouva  pas  la 
moindre  trace  de  hernie,  et  moi-même  je  ne  pus  découvrir  qu’une  très  petite  pointe 
dans  le  canal.  Les  hernies  des  enfants  présentent  beaucoup  plus  fréquemment  ce  phé¬ 
nomène;  et  nombre  de  fois  j’ai  vu  et  j’ai  montré  dans  mes  cours  de  ces  hernies 
inguinales  dites  congéniales,  qui  remplissent  tout  un  côté  du  scrotum,  qu’on  ré¬ 
duit,  et  qui  une  fois  réduites  ne  veulent  plus  reparaître,  déliant  tous  les  efforts 
du  chirurgien.  Mais  cela  s’explique  par  l’étroitesse  ou  par  l’obliquité  de  l’orilice 
qui  leur  livre  passage;  tandis  que,  pour  le  cystocèle,  l’explication  m’échappe  abso¬ 
lument. 

Du  reste,  comme  les  hernies  ordinaires,  le  cystocèle  diminue  ou  même  disparaît  dans 
le  décubitus  dorsal,  reparaît  dans  la  station  debout,  augmente  durant  la  marche  et  les 
efforts,  et  surtout  quand  la  malade  va  à  la  selle.  Quelques  malades  se  plaignent  que  la 
tumeur  s’accroît  après  chaque  repas;  une  autre  m’a  dit  qu’elle  augmentait  particulière¬ 
ment  toutes  les  fois  qu’il  lui  arrivait  de  manger  des  pommes  de  terre,  des  choux  ou  des 
haricots  ;  ce  qui  est  assez  commun,  comme  on  sait,  pour  les  hernies. 

Parmi  les  conséquences  d’un  pareil  déplacement,  il  faut  compter  d’abord  le  change¬ 
ment  de  direction  de  l’urètre,  qui,  au  lieu  de  se  diriger  en  arrière  et  en  haut,  tend  à  de¬ 
venir  horizontal  et  même  à  s’incliner  en  arrière  et  en  bas.  Mais  ce  changement  est  loin 
d  être  constant,  et  ne  se  remarque  guère  que  dans  les  cystocèles  énormes  et  accompa¬ 
gnés  de  chute  de  matrice. 


MALGAIGNE.  —  MÉMOIRE  SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL.  413 

Il  semblerait  aussi  au  premier  abord  que  la  tumeur  formée  par  la  vessie  dût  augmen¬ 
ter  de  volume  par  F  accumulation  de  T  urine,  diminuer  par  l’expulsion;  et,  en  effet, 
cela  est  très  marqué  chez  quelques  malades.  Mais  il  s’en  faut  de  beaucoup  que  ce  soit  là 
la  règle,  et  l’étude  des  troubles  apportés  dans  les  fonctions  urinaires  n’est  pas  la  partie 
la  moins  curieuse  de  l’histoire  du  cystocèle. 

Dans  son  mémoire  déjà  cité,  M.  Jobert  note  que,  chez  presque  tous  les  malades ,  le  col 
vésical  est  déplacé  au  point  que  V  excrétion  des  urines  est  difficile  ou  impossible  ;  et  une 
comparaison  superficielle  verrait  là  une  contradiction  inexplicable  avec  ce  que  nous 
allons  décrire.  Il  importe  donc  de  rappeler  que,  dans  l’opinion  de  M.  Jobert,  cette  espèce 
de  cystocèle  est  toujours  accompagnée  de  chute  de  la  matrice.  On  verra  tout  à  l’heure 
que  quand  cette  complication  existe,  la  symptomatologie  de  l’habile  chirurgien  de  Saint- 
Louis  est  en  effet  fort  exacte;  mais  elle  ne  convient  nullement  au  cystocèle  simple  dont 
nous  avons  d’abord  à  nous  occuper. 

Celui-ci  a  en  effet  pour  symptôme  très  remarquable  et  presque  constant ,  le  fréquent 
renouvellement  du  besoin  d’uriner,  sans  aucune  difficulté  d’y  satisfaire.  Chez  quelques 
femmes,  ce  besoin  revient  si  souvent  qu’on  aurait  peine  à  le  croire;  j’en  ai  vu  qui,  obli¬ 
gées  d’attendre  leur  tour  une  demi-heure  pour  avoir  un  pessaire,  sortaient  trois  ou 
quatre  fois  dans  cet  espace  de  temps.  Une  fille  de  48  ans,  qui  portait  depuis  trois  mois  un 
très  petit  cystocèle,  disait  que  dans  l’origine  elle  urinait  au  moins  75  fois  par  jour;  plus 
tard  des  cautérisations  pratiquées  pour  des  ulcérations  du  col  utérin  avaient  notablement 
diminué  le  nombre  de  ces  envies;  mais  elle  était  encore  obligée  de  se  relever  3  à  4  fois 
la  nuit.  Chez  une  femme  de  50  ans  qui  portait  sa  tumeur  depuis  11  ans,  les  choses 
avaient  suivi  une  marche  inverse  ;  dans  les  commencements,  à  peine  ressen  tait-elle  quel¬ 
que  incommodité;  puis  peu  à  peu  les  envies  d’uriner  se  prononcèrent;  quand  je  la  vis, 
elle  urinait  de  25  à  30  fois  par  jour,  et  déclarait  que  si  elle  ne  se  retenait  pas,  elle  uri¬ 
nerait  toutes  les  cinq  minutes.  Il  en  est  donc  qui  ont  de  ces  envies  qu’elles  peuvent  ré¬ 
primer;  il  en  est  d’autres  qui  ne  pourraient  y  résister  sans  risquer  de  pisser  dans  leur 
chemise.  Rien  de  plus  inégal  d’ailleurs  que  ce  phénomène.  A  côté  des  exemples  que  je 
viens  de  citer,  j’ai  vu  des  femmes  qui  urinaient  seulement  4  ou  5  fois  par  jour  et  2  ou 
3  fois  la  nuit.  Mais,  je  le  répète,  la  fréquence  du  besoin  et  la  facilité  d’uriner  sont  les 
phénomènes  habituels  du  cystocèle. 

Il  y  a  cependant  des  exceptions ,  et  qui  méritent  d’autant  mieux  d’être  notées,  que 
les  investigations  les  plus  attentives  n’ont  pu  m’en  révéler  la  cause.  Ces  exceptions  sont 
de  plusieurs  sortes. 

J’ai  déjà  rappelé  l’histoire  de  cette  femme  qui  urinait  facilement  pendant  le  jour,  et 
qui  la  nuit  éprouvait  une  véritable  difficulté.  —  Première  anomalie  dont  je  n’ai  pas  ren¬ 
contré  d’autre  exemple. 

Une  femme,  âgée  de  58  ans,  avec  un  cystocèle  du  volume  ordinaire  d’un  œuf,  avait 
de  fréquents  besoins  d’uriner  et  ne  pouvait  les  satisfaire  qu’avec  beaucoup  de  difficulté, 
aussi  bien  de  jour  que  de  nuit.  Une  autre,  âgée  de  34- ans,  portant  à  la  fois  un  cystocèle 
et  un  rectocèle,  éprouvait  non-seulement  des  difficultés,  mais  de  la  douleur,  lorsqu’elle 
voulait  céder  à  ses  fréquents  besoins  ;  son  cystocèle  avait  le  même  volume  que  le  précé¬ 
dent. — Deuxième  anomalie. 

J’ai  vu  deux  cas  d’un  autre  genre.  Une  vieille  femme  de  73  ans  portait  depuis  10  ans 
un  cystocèle  qui  avait  peu  à  peu  acquis  le  volume  d’un  œuf.  Elle  le  négligea  d’abord  ; 
mais  les  envies  d’uriner  devinrent  enfin  si  fréquentes  quéelle  se  fit  mettre  un  pessaire  en 
gimblette.  Ce  pessaire  ne  retenait  qu’à  demi  la  tumeur;  et  quand  il  était  placé,  les 
besoins  d’uriner  étaient  fréquents  et  faciles  à  satisfaire.  Le  pessaire  ôté,  l’expulsion 
des  urines  était  difficile.  A  côté  de  cette  malade  peut  se  placer  une  femme  de  56  ans  qui 
n’avait  jamais  eu  de  pessaire,  et  qui  ne  pouvait  uriner  qu’en  faisant  rentrer  son  cystocèle 
avec  la  main. — Troisième  anomalie. 

En  voici  une  quatrième  beaucoup  plus  étrange ,  et  dans  laquelle  même  on  pourrait 
en  compter  deux.  Deux  femmes,  qui  se  présentèrent  au  bureau  central  en  juin  1840, 


414 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


% 

n’éprouvaient  pas  plus  de  besoins  que  de  coutume,  et  en  général  urinaient  sans  diffi¬ 
culté.  Mais  l’une  était  obligée  de  s’ accroupir,  attendu  que,  debout,  le  jet  d’urine  se  diri¬ 
geait  en  avant  contre  la  chemise;  l’autre  au  contraire  ne  pouvait  uriner  ni  couchée  ni 
accroupie,  et  était  obligée  de  se  tenir  debout.  Le  cystocèle  dans  ces  deux  cas  dépassait 
un  peu  le  volume  d’un  œuf  ordinaire  ;  il  diminuait  d’ailleurs  au  fur  et  à  mesure  de  l’ex¬ 
pulsion  de  l’urine. 

Enfin  j’ai  vu  trois  cas  dans  lesquels  le  besoin  d’uriner  était  resté  aussi  rare  qu’ aupa¬ 
ravant,  mais  ne  pouvait  se  satisfaire  sans  difficulté.  Dans  l’un  de  ces  cas  la  tumeur 
n’avait  qu’une  grosseur  ordinaire;  dans  les  deux  autres  elle  atteignait  le  volume  du 
poing. 

Ce  sont  là  toutes  les  exceptions  que  j’ai  rencontrées  à  la  loi  générale,  et,  je  le  répète, 
j’ai  vainement  cherché  à  m’en  rendre  compte.  Ni  la  portion  de  la  vessie  déplacée,  ni  le 
volume  de  la  tumeur,  ni  son  ancienneté,  ni  l’âge  des  malades  ne  m’ont  donné  de  lumières 
suffisantes.  Pour  la  femme  qui  pissait  contre  sa  chemise,  on  peut  bien  soupçonner  une 
déviation  plus  forte  de  l’urètre  ;  mais  je  dois  confesser  que  cette  déviation  ne  m’a  point 
paru  plus  considérable  que  chez  d’autres  femmes  urinant  à  l’ordinaire.  La  seule  induc¬ 
tion  qui  ait  quelque  légitimité,  c’est  que  le  cystocèle  atteignant  au  volume  du  poing  ne 
s’accompagne  plus  de  ces  fréquentes  envies  d’uriner,  et  au  contraire  rend  l’expulsion 
difficile;  mais  comment  concilier  avec  la  règle  ainsi  posée  le  cas  de  cette  femme  dont  le 
cystocèle  descendait  quelquefois  à  7  pouces,  d’après  son  dire,  et  qui  cependant  était  tel¬ 
lement  tourmentée  du  besoin  d’uriner  qu’elle  pissait  à  chaque  instant  dans  ses  bas,  dans 
sa  chemise,  sans  avoir  le  temps  de  choisir  une  place  pour  s’accroupir? 

Cependant  je  ne  dois  pas  omettre  un  rapport  frappant  qui  existe  entre  le  cystocèle 
simple,  mais  arrivé  à  un  grand  volume ,  et  le  cystocèle  compliqué  de  chute  de  matrice, 
que  j’appellerais  volontiers  métro-cystocèle,  et  dans  lequel  la  précipitation  de  l’utérus  a 
généralement  entraîné  très  bas  la  vessie.  Dans  l’étude  que  nous  venons  de  faire  des  dé¬ 
rangements  des  fonctions  vésicales,  j’ai  fait  entrer  indifféremment  les  cystocèles  simples 
ou  compliqués  de  rectocèle,  parce  que  ce  dernier  prolapsus  n’exerce  sur  la  vessie  aucune 
influence.  Mais  j’en  ai  soigneusement  séparé  les  cystocèles  avec  chute  de  matrice,  qui 
étaient  an  nombre  de  8 ,  et  sur  lesquels  il  est  utile  de  dire  quelques  mots. 

Cinq  de  ces  cas  pouvaient  être  considérés  comme  légers,  le  col  utérin  se  trouvant  en¬ 
core  dans  le  vagin  ou  du  moins  ne  dépassant  pas  la  vulve.  Chez  quatre  malades  les  uri¬ 
nes  étaient  librement  et  facilement  rendues  ;  la  cinquième,  qui  portait  à  la  fois  un  cysto¬ 
cèle  gros  comme  un  œuf,  un  rectocèle  du  volume  d’une  noix,  et  une  chute  de  matrice 
arrêtée  à  3  centimètres  au  dessus  de  la  vulve,  souffrait  beaucoup  au  contraire  de  la  dif¬ 
ficulté  d’uriner. 

Dans  les  trois  derniers  cas,  la  précipitation  était  énorme  ;  une  seule  fois  le  rectum  s’y 
trouvait  compris.  La  femme  qui  portait  ce  triple  prolapsus  l’avait  eu  à  35  ans,  à  la  suite 
de  sa  quatrième  couche;  elle  n’urinait  que  difficilement,  par  petites  gouttes,  et  en  quel¬ 
que  sorte  par  regorgement  ;  les  selles  étaient  également  difficiles.  Une  seconde,  bien  que 
sans  rectocèle,  avait  aussi  beaucoup  de  peine  à  expulser,  soit  les  urines,  soit  les  matières 
fécales  ;  mais  la  troisième  urinait  sans  difficulté.  Ces  observations  se  rapportent,  comme 
on  le  voit,  à  celles  de  M.  Jobert;  mais  il  reste  toujours  à  chercher  la  raison  de  cette  sin¬ 
gulière  immunité  de  certaines  malades,  dont  la  vessie  conserve  ses  fonctions  libres  dans 
le  prolapsus  le  plus  prononcé. 

Les  autres  symptômes  locaux  sont  moins  importants,  et  ont  aussi  beaucoup  moins  de 
valeur.  Quelques  femmes  éprouvent  des  cuissons  en  urinant,  mais  c’est  le  plus  petit 
nombre.  Quand  la  tumeur  dépasse  de  beaucoup  la  vulve ,  elle  s’irrite  au  frottement  des 
cuisses;  cela  est  également  très  rare.  Je  n’ai  vu  que  trois  fois  des  flueurs  blanches  qu’on 
pût  rapporter  au  prolapsus;  encore  dans  un  cas  il  avait  duré  onze  ans  sans  en  détermi¬ 
ner.  Mais  dans  un  autre ,  les  flueurs  blanches,  datant  de  la  même  époque  que  le  cysto¬ 
cèle,  étaient  continuelles  ;  et,  dans  un  dernier  cas  tout  semblable,  l’application  d’un  pes- 
saire  les  avait  notablement  diminuées 


MALGÀIGNE. —  MÉMOIRE  SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL.  415 

Restent  eniinles  phénomènes  éloignés,  qui  sont  d’une  inconstance  remarquable.  Quel¬ 
ques  malades  n’en  présentent  aucun;  d’autres  accusent  des  coliques,  des  tiraillements 
qui  répondent  à  l’estomac,  aux  aines,  et  plus  particulièrement  aux  reins  ;  de  la  faiblesse 
pour  marcher  ou  faire  des  efforts.  J’ai  vu  une  jeune  femme  qui  était  obligée  de  se  cour¬ 
ber  en  avant  pour  échapper  à  la  douleur  ;  et  plusieurs  qui  ne  pouvaient  marcher  sans 
que  la  tumeur  fût  soutenue.  Mais  cela  n’est  jamais  si  prononcé  que  lorsqu’au  cystocèlc 
se  joint  quelque  dérangement  de  l’utérus. 

Telle  est,  aussi  exacte  et  complète  que  mes  observations  m’ont  permis  de  la  faire,  la 
description  du  cystocèle  vaginal.  Cherchons  maintenant  à  en  assurer  le  diagnostic,  en  di¬ 
sant  avec  quelles  affections  on  pourrait  la  confondre. 

Que  des  médecins  purs,  s’en  fiant  aux  premiers  dires  d’une  malade,  et  dédaignant  de 
voir  et  de  toucher,  aient  pris  quelquefois  le  cystocèle  pour  une  leucorrhée ,  pour  une 
maladie  de  l’utérus;  que  des  bandagistes,  regardant  et  touchant  au  hasard,  l’aient  con¬ 
fondu  avec  la  chute  de  matrice,  ou  même  y  aient  découvert  une  loupe  du  vagin;  bien 
que f  aie  constaté  plus  d’une  fois  ces  méprises,  je  ne  pense  pas  néanmoins  qu’il  soit  né¬ 
cessaire  d’insister  beaucoup  sur  les  moyens  de  les  éviter.  La  tumeur  n’offre  rien  qui 
ressemble  au  col  utérin;  et  quand  l’utérus  est  descendu  en  même  temps  que  la  vessie, 
celle-ci  forme  toujours  en  avant  une  proéminence  à  part,  et  que  ses  rapports  avec  l’ urè¬ 
tre  rendent  trop  facile  à  reconnaître.  Les  kystes  séreux  du  vagin  sont  plus  durs, 
n’augmentent  point  par  les  efforts,  ne  s’affaissent  point  sous  la  pression,  et  enfin  n’ont 
aucune  influence  sur  les  fonctions  vésicales.  Et,  au  besoin,  l’introduction  de  la  sonde 
dans  la  vessie  et  du  doigt  dans  le  vagin  lèverait  toute  espèce  de  doute. 

Mais  il  y  a  des  erreurs  plus  graves,  qui  ont  été  commises  par  les  plus  habiles  prati¬ 
ciens,  et  contre  lesquelles  on  ne  saurait  trop  se  tenir  en  garde.  Une  femme  accuse  des 
incommodités  qui  éveillent  l’attention  sur  l’utérus  et  ses  dépendances  ;  d’après  la  méthode 
ordinaire,  on  l’explore  à  la  fois  par  la  vue,  le  toucher  et  le  spéculum  ;  mais,  pour  favoriser 
ces  explorations,  on  commence  par  coucher  la  malade  ;  et  alors  la  tumeur  diminue  assez 
pour  échapper  à  des  yeux  préoccupés.  Si  nous  faisions  coucher  avant  tout  examen  les 
sujets  qui  portent  des  hernies  réductibles,  combien  de  ces  hernies  dont  l’existence  ne 
serait  même  pas  soupçonnée  !  Il  en  est  ainsi  du  cystocèle,  et  j’ai  vu  des  femmes  sou¬ 
mises  pendant  des  mois  et  des  années  entières  à  un  régime  et  à  un  traitement  fort  sévères, 
pour  un  prolapsus  de  la  vessie  qui  ne  réclamait  qu’un  appareil  de  contention. 

Je  dis  donc  qu'il  y  a  un  point  essentiel  à  changer  dans  T  exploration  des  organes  gé¬ 
nitaux  de  la  femme;  il  faut  la  toucher  dans  le  décubitus  si  l’on  veut,  mais  encore  et 
surtout  debout,  en  la  faisant  pousser ,  tousser  ,  se  moucher  ;  il  faut  regarder  ce  qui  se 
passe  entre  les  grandes  lèvres  et  à  l’orifice  du  vagin  ;  enfin,  et  avant  tout,  il  faut  s’assu¬ 
rer  immédiatement,  par  un  examen  approfondi,  de  la  nature  des  symptômes  qu’elles 
éprouvent,  afin  de  diriger  immédiatement  les  investigations  là  où  elles  doivent  porter. 

Deux  questions  capitales  résument  presque  tout  l’examen  oral  des  femmes  qu’on 
soupçonne  atteintes  de  cystocèle.  Sentent-elles  une  grosseur  entre  les  grandes  lèvres  ? 
et  urinent-elles  à  l’accoutumée?  Peu  importe,  comme  on  l’a  vu,  que  les  symptômes 
dont  elles  se  plaignent  soient  survenus  lentement,  sans  effort,  sans  cause  connue;  rien 
ne  saurait  suppléer  la  vue  et  le  toucher;  et  le  toucher  seul,  et  hors  des  conditions  que 
j’ai  dites,  est  quelquefois  plus  propre  à  induire  en  erreur  qu’à  procurer  quelque  lumière. 
Mais  avec  la  vue  et  le  toucher,  le  diagnostic  ne  m’a  jamais  offert  de  difficulté,  et  je  n  ai 
pas  encore  eu  besoin  jusqu’à  ce  jour  de  recourir  au  cathétérisme. 

J’insiste  à  dessein  sur  ce  point;  car,  après  avoir  dénoncé  des  erreurs  que  j'ai  vu 
commettre  par  d’autres,  il  faut  bien  confesser  aussi  que,  pour  avoir  négligé  ces  préceptes, 
j’ai  failli  tomber  moi-même  un  jour  dans  une  erreur  grossière.  J’avais  vu  si  souvent  le 
fréquent  besoin  d’uriner  accompagner  le  cystocèle  vaginal  ,  que  je  m’en  étais  fait  en 
quelque  sorte  un  signe  pathognomonique;  non  pas  que  je  l’eusse  vu  coexister  toujours; 
mais  je  ne  connaissais  dans  le  cadre  pathologique  aucune  lésion  chronique  qui  le  parta¬ 
geât  avec  le  cystocèle.  Or,  dans  une  de  mes  leçons  cliniques,  il  arriva  qu’une  femme 


416 


TRAVAUX  ORIGINAUX. 


accusant  une  pesanteur  dans  le  vagin  survenue  à  la  suite  d’un  effort,  et  en  même 
temps  des  envies  d’uriner  très  fréquentes  ;  j’annonçai  qu’il  y  avait  là  un  cystocèle  vagi¬ 
nal,  et  j’invitai  mes  internes  à  le  vérifier.  Ils  explorèrent  avec  soin;  pas  la  moindre 
trace  de  cystocèle.  Je  fis  l’examen  à  mon  tour,  et  au  lieu  de  ce  que  j’avais  annoncé,  je 
trouvai,  quoi?  une  simple  antéversion  de  la  matrice.  J’ai  vu  depuis  lors  un  autre  cas 
d’antéversion  déterminant  les  mêmes  phénomènes;  et  je  ne  sache  pas  que  personne  en 
ait  parlé.  En  conséquence,  et  je  le  répète  pour  la  dernière  fois,  quand  même  l’examen 
oral  vous  aurait  donné  des  présomptions  voisines  de  la  certitude,  ne  regardez  la  certi¬ 
tude  acquise  qu’avec  la  vue  et  le  toucher. 

Le  pronostic  n’est  pas  sans  quelque  gravité.  Le  cystocèle  récent  peut  disparaître  par  les 
seules  ressources  de  la  nature  ;  j’en  ai  cité  quelques  cas  rares  ;  mais  ces  cas  ne  sauraient 
être  prévus ,  et  la  guérison  n’est  pas  si  sûre  que  la  récidive  ne  menace  tôt  ou  tard.  Si 
nous  connaissions  bien  l’anatomie  pathologique  de  cette  lésion,  nous  aurions  quelque 
espoir  de  deviner  le  mécanisme  de  ces  guérisons,  et  d’arriver  peut-être  à  imiter  la  na¬ 
ture;  mais  jusqu’ici  le  scalpel  n’a  rien  dit  à  cet  égard  ;  les  rares  dissections  qui  on«t  été 
publiées  portaient  sur  des  cas  compliqués  de  chute  de  matrice;  l’unique  autopsie  que  j’ai 
eu  l’occasion  de  faire  se  rattachait  à  une  complication  de  même  nature  ;  et  les  expérien¬ 
ces  tentées  sur  le  cadavre  par  M.  Rognetta  ne  sauraient  suppléer  cette  lacune.  Constatons 
l’état  de  la  science,  et  faisons  des  vœux  pour  ses  progrès. 

On  n’en n  pas  moins  tenté  la  cure  radicale;  ici,  comme  pour  la  chute  de  matrice, 
comme  pour  le  rectocèle,  on  a  pensé  qu’en  rétrécissant  la  paroi  du  vagin  trop  élargie, 
on  opposerait  un  sûr  obstacle  au  retour  du  déplacement.  M.  Jobert  a  mis  en  pratique,  à 
cet  effet,  un  procédé  fort  ingénieux,  dans  lequel  il  a  combiné  l’action  préalable  du  ni¬ 
trate  d’argent  avec  l’action  du  bistouri,  réunissant  ensuite  les  bords  de  la  perte  de 
substance  par  la  suture  entortillée;  et  il  a  donné  l’histoire  de  deux  malades  opérées  ainsi 
avec  succès.  L’une  n’ayant  été  revue  que  deux  mois  après,  ne  fournit  pas  un  témoi¬ 
gnage  de  grande  valeur;  mais  chez  l’autre,  la  guérison  persistait  encore  après  plus  de 
six  mois;  et  il  faut  considérer  que  le  chirurgien  s’était  attaqué  à  des  métro-cystocèles, 
ce  qui  donnerait  des  espérances  bien  plus  légitimes  encore  pour  le  cystocèle  simple. 
Toutefois,  je  le  déclare,  six  mois  de  guérison  sont  peu  de  chose,  lorsqu’on  a  vu  pour 
des  cas  du  même  genre  des  opérations  analogues  être  suivies  de  récidive  après  une 
année,  lorsqu’on  sait  ce  qui  arrive  aux  hernies  à  large  pédicule  traitées  aussi  par  le 
bistouri,  le  feu  ou  les  aiguilles.  En  conséquence,  je  m’en  tiens  dans  ma  pratique  à  la  cure 
palliative.  A  .  -  ;  ' 

J’ai  exposé,  dans  mon  Mémoire  sur  le  rectocèle  vaginal ,  comment,  ayant  reconnu  le 
peu  d’utilité  des  pessaires  en  gimblette  pour  cette  sorte  de  prolapsus ,  j’avais  fait  fabri¬ 
quer  en  caoutchouc  pur  des  pessaires  en  sablier  qui  avaient  beaucoup  mieux  réussi. 
Pour  le  cystocèle,  l’indication  était  la  même;  il  fallait  exercer  sur  la  partie  inférieure 
de  la  vessie  une  pression  qui  l’empêchât  de  descendre,  et  en  même  temps  offrir  un  point 
d’appui  à  la  partie  supérieure.  Je  rapporterai  seulement  ici  le  premier  cas  dans  lequel 
j’en  fis  usage. 

La  veuve  Miolle,  âgée  de  64  ans,  mère  de  trois  enfants,  femme  de  ménage,  taille  mé¬ 
diocre,  constitution  chétive,  vint  au  bureau  central  le  23  octobre  1835,  réclamer  un  pes¬ 
saire  pour  une  chute  de  l’utérus ,  qui ,  à  l’examen,  se  trouva  être  un  pur  et  simple  cys¬ 
tocèle.  La  tumeur  avait  paru  à  l’âge  de  41  ans ,  tandis  que  la  femme  portait  un  lourd 
fardeau  ;  peu  considérable  d’abord,  elle  disparaissait  de  temps  à  autre ,  lorsque ,  à  l’âge 
de  48  ans,  la  malade  étant  tombée  de  2  à  3  pieds  de  haut ,  la  tumeur  acquit  subitement 
le  volume  d’un  œuf  et  dès  lors  ne  disparut  plus.  Delà  des  envies  continuelles  d’uriner 
dans  le  jour;  et,  chose  curieuse,  jamais  la  nuit.  Puis,  plus  tard,  des  tiraillements  aux 
aines ,  et  un  sentiment  de  faiblesse  quand  elle  vaquait  à  ses  occupations.  Je  lui  fis  mettre 
un  pessaire  en  gimblette,  n’en  ayant  pas  d’autre,  et  je  l’invitai  à  revenir. 

Je  la  revis  le  17  novembre ,  fort  contente  de  son  pessaire  qui,  disait-elle,  avait  bien 
relevé  la  tumeur;  seulement  il  avait  déterminé  de  fortes  démangeaisons  et  un  écoule- 


MALGàIGNE.  ‘—MÉMOIRE  SUR  LE  ÇYSTOGÈLE  VAGINAL. 


117 


ment  blane  considérable;  mais  les  envies  d’uriner  avaient  presque  entièrement  cessé. 
Des  bains  de  siège,  des  injections  émollientes  calmèrent  les  démangeaisons  et  diminuè¬ 
rent  1  écoulement.  Le  21  novembre,  tout  bien  examiné,  je  trouvai  qu’une  petite  portion 
du  cystocèle  glissait  sous  le  pessaire  ,  et  la  malade  ajouta  que  la  tumeur  grossissait  un 
peu  après  les  repas. 

Le  1er  décembre,  Y écouletnent reparut;  la  tumeur  qui  glissait  sous  le  pessaire  avait 
le  volume  d’un  œuf  de  pigeon,  s’en  allant  d’ailleurs  quand  la  femme  avait  uriné.  Les 
urines  étaient  gardées  trois  à  quatre  heures  ;  mais  quand  le  besoin  se  faisait  sentir ,  il 
fallait  le  satisfaire  sans  retard,  sous  peine  de  voir  l’urine  s’échapper  d’elle-même.  Les 
tiraillements  aux  aines  n  existaient  plus.  Restait  1  écoulement,  que  je  combattis  par  des 
injections  au  sulfate  de  zinc. 

Le  Lj,  le  pessaire  en  gimblette  laissant  de  plus  en  plus  passer  la  tumeur ,  j’appliqua 
mon  pessaire  en  tablier,  qui  d’abord  opéra  une  contention  parfaite.  Le  22 ,  je  l’examinai 
avec  soin  ;  le  pessaire  avait  remonté  au  niveau  du  col  vésical ,  et  laissait  faire  à  la  paroi 
deT  urètre  une  très  légère  saillie  vermiculaire  ;  mais  la  malade  ne  s’en  apercevait  pas,  et 
ne  sentait  aucune  tumeur  même  après  ses  repas.  L’urine  pouvait  être  gardée  presque 
toute  la  journée  ;  bref,  elle  se  trouvait  beaucoup  mieux  qu’avec  l’autre  pessaire. 

Cela  alla  ainsi  un  mois.  Mais,  le  19  janvier,  elle  revint  fort  agitée  ;  l’écoulement  avait 
repris  avec  une  telle  abondance  qu’elle  avait  ôté  son  pessaire  le  matin  même  et  ne  l’avait 
pas  remis.  Je  fut  fort  surpris  de  voir  que  la  tumeur  ne  reparaissait  plus.  Etait-ce  l’in¬ 
dice  d’une  guérison  réelle?  ou  bien  fallait-il  attribuer  ce  phénomène  à  l’irritation  du 
vagin,  qui  selon  l’expression  de  la  malade  était  fort  échauffé  par  la  présence  du  pes¬ 
saire?  Je  lui  conseillai  de  le  garder  seulement  dans  la  journée,  et  de  l’ôter  le  soir  pour 
le  remettre  le  matin. 

Dans  ces  conditions  nouvelles,  la  tumeur  reparut;  il  fallut  conserver  le  pessaire  à  de¬ 
meure.  Seulement  comme,  en  s’imbibant  des  liquides  vaginaux,  il  contractait  une  odeur 
infecte,  je  recommandai  à  la  malade  de  l’ôter  tous  les  huit  jours  pour  le  laver  dans  l’eau 
vinaigrée.  Je  la  revis  une  dernière  fois  sur  la  fin  de  l’année  ;  le  pessaire  était  ramolli , 
avait  perdu  en  partie  sa  forme,  et  ne  contenait  plus  aussi  bien  la  hernie  ;  elle  en  deman¬ 
dait  un  autre  que  les  circonstances  ne  permirent  pas  de  lui  donner. 

Chez  une  autre  femme  dont  j’ai  publié  l’histoire,  un  pessaire  semblable  avait  duré 
dix-huit  mois;  mais  il  n’avait  pas  été  baigné  sans  cesse  par  des  sécrétions  puriformes; 
et  c’est  un  très  grand  inconvénient  des  pessaires  en  caoutchouc,  de  s’imprégner  d’abord 
d’une  odeur  infecte  si  l’on  néglige  de  les  laver  à  temps,  puis  de  se  ramollir,  de  perdre 
leur  forme,  et  même  au  bout  d  un  certain  temps  de  se  réduire  en  une  sorte  de  putrilage. 
Pour  en  tirer  tout  le  parti  désirable,  il  les  faut  renouveler  tous  les  six  ou  huit  mois  et  en 
faire  ainsi  provision  d’avance.  J’ai  essayé  diverses  compositions  pour  remplacer  le  caout¬ 
chouc,  et  n’ai  encore  rien  trouvé  de  plus  satisfaisant. 

Us  ne  sont  pas  non  plus  toujours  convenables  ;  et  il  m’a  fallu  quelquefois  revenir  à  des 
pessaires  d’une  autre  matière  et  d’une  autre  forme.  Chez  les  femmes  qui  ont  eu  la  four¬ 
chette  largement  déchirée,  et  chez  qui  l’orifice  vaginal  a  une  ampleur  inaccoutumée 
aucun  pessaire  en  caoutchouc  pur  n’est  assez  solide  pour  résister  aux  efforts  deladéféca- 
tion;  ils  plient  et  glissent  à  travers  l’ouverture  trop  béante.  J’ai  eu  à  traiter  une  dame 
qui  était  dans  ces  conditions,  et  pour  laquelle  je  fus  très  heureux  de  recourir  aux 
pessaires  en  gimblette.  Il  me  fallut  pour  combler  ce  vaste  vagin,  un  pessaire  tellement 
ample,  que  M.  Lasserre,  qui  me  le  fournit,  le  gardait  plutôt  pour  la  montre,  et  en  façon 
d’enseigne,  que  dans  l’espoir  d’en  faire  jamais  usage.  Il  avait  près  de  quatre  pouces  de 
diamètre,  avec  une  épaisseur  proportionnée,  et  il  maintint  suffisamment  bien  la  vessie. 

Plus  récemment ,  des  circonstances  tout  opposées  m’ont  suggéré  l’idée  d’un  moven 
tout  différent  ;  et  le  succès  en  a  été  si  heureux  que  dorénavant,  pour  tous  les  cas"  de 
cystocèles,  il  conviendra  de  l’essayer  avant  de  condamner  les  malades  à  la  fâcheuse 
ressource  des  pessaires.  J’étais  consulté  par  une  demoiselle  de  29  ans,  qui  avait  toujours 
été  sage,  et  qui  n’avait  nullement  renoncé  a  se  marier;  aussi,  à  la  première  proposi- 

c-  27 


418 


REVUE  CRITIQUE. 

lion  d’un  pessaire,  s’écria-t-elle  qu’elle  aimerait  mieux  le  mal  que  le  remède.  J’avais 
plusieurs  fois  employé  avec  avantage,  comme  beaucoup  de  chirurgiens,  les  ceintures  ' 
hypogastriques  contre  Y  antéversion  de  l’utérus;  et,  peu  auparavant,  j’avais  traité  de 
cette  manière  une  antéversion  accompagnée  de  fréquents  besoins  d’uriner;  ce  qui 
m’avait  fait  penser  à  essayer  la  ceinture  hypogastrique  pour  le  cystocèle  même.  La  ma¬ 
lade  entra  avec  empressement  dans  mes  vues;  l’appareil  enleva  en  moins  de  24  heures 
toutes  les  incommodités  qui  l’affligeaient,  et  jamais  aucun  pessaire  n’a  produit  de  cure 
palliative  plus  prompte  et  plus  complète. 

J’ai  fait  depuis  un  autre  essai  qui  n’a  pas  moins  bien  réussi.  Est-ce  à  dire  cependant 
qu’on  peut  s’en  promettre  dans  tous  les  cas  les  mêmes  avantages?  Ce  serait  trop  préju¬ 
ger  sans  doute,  et  pour  l’antéversion  même,  le  succès  n’est  pas  constant  à  beaucoup 
près;  mais,  quoi  qu’il  en  puisse  être,  lespcssaires  ont  tant  d’inconvénients,  et  la  ceinture 
en  a  si  peu,  qu’il  sera  toujours  du  devoir  du  praticien  de  commencer  par  en  tenter 
l’emploi.  • 


REVUE  CRITIQUE. 


Chirurgie. 


DELA  NATURE  DES  MOUCHES  VOLANTES*, 

par  M.  Donné. 

On  connaît,  les  mouches  volantes,  les  fila¬ 
ments  qui  passent  devant  les  yeux,  qui  sem¬ 
blent  voltiger  dans  l’air  quand  on  regarde  le 
ciel.  Tout  le  monde  a  plus  ou  moins  de  dis¬ 
position  à  en  voir,  et  quelques  personnes  en 
sont  affectées  au  point  de  s’inquiéter,  de  se 
croire  menacées  de  cataracte  ou  de  quelque 
•autre  trouble  de  la  vue  ;  il  est  donc  impor¬ 
tant  de  savoir  à  quoi  s*en  tenir  sur  ce  point, 
afin  de  rassurer  ceux  qui,  s’exagérant  les  in¬ 
convénients  de  cette  circonstance,  croient 
être  atteints  d’une  infirmité  qui  n’est  qu’une 
disposition  générale  et  universelle.  Les  dé¬ 
butants  en  microscopie  sont  fréquemment  in¬ 
duits  en  erreur  par  ces  mouches  volantes, 
et  attribuent  un  mouvement  à  des  objets  im¬ 
mobiles,  uniquement  par  suite  du  déplacement 
de  ces  petits  lilamenis  en  forme  de  chapelets 
qui  voltigent  entre  l’œil  et  le  champ  du  mi¬ 
croscope;  c’est  là  ce  qui  a  porté  M.  Donné  a 
faire  une  étude  spéciale  de  ce  phénomène  sous 
le  rapport  de  ses  causes,  de  sa  nature  et  des 
formes  qu’il  affecte  ordinairement. 

Et  d’abord  il  est  évident  que  les  mouches 
volantes  n’appartiennent  ni  à  l’espace  ni  aux 
objets  qu’on  examine;  on  s’en  assure  en  pas¬ 
sant  la  main  devant  soi,  en  agitant  l’air  dans 
le  point  qu’elles  semblent  occuper,  enles  con¬ 
sidérant  dans  diverses  directions  et  divers 
points  du  ciel,  ou  bien  en  regardant  dans  un 
microscope  éclairé  mais  dépourvu  d’objets  à 
examiner;  on  remarque  que  ces  particules 
suivent  tous  les  mouvements  des  yeux,  et 
conservent  toujours  les  mêmes  formes.  Ap¬ 
partiennent-elles  aux  parties  extérieures  du 
globe  oculaire,  sont-elles  dans  les  larmes  qui 
lubréfient  la  surface  de  l’œil,  ainsi  qu’on  l’a 
prétendu?  Assurément  non;  car  les  frotte¬ 


ments  exercés  sur  les  yeux  ne  changent  rien 
à  ces  filaments,  dont  la  disposition  et  la 
forme  sont  à  peu  près  constantes  dans  chaque 
individu.  Il  est  beaucoup  plus  probable,  ajoute 
M.  Donné,  que  ce  sont  les  parties  intérieures, 
les  globules  de  quelqu’une  des  humeurs  internes 
que  l’on  aperçoit  dans  son  propre  œil;  et  ce  n’est 
pas  seulement  parce  que  nous  trouvons,  dans 
les  humeurs  de  l’œil,  des  globules  à  peu  près 
semblables  pour  l’aspect  à  ceux  dont  se  com¬ 
posent  ces  filaments  que  nous  émettons  cette 
opinion  ;  mais  où  placer  le  siège  de  ces  parti¬ 
cules,  de  ces  filaments,  lorsque  nous  voyons 
qu’ils  suivent  tous  les  mouvements  du  globe 
oculaire,  qu’on  augmente  à  volonté  leur  di¬ 
mension  en  regardant  près  ou  loin  dans  l’es¬ 
pace,  et  que  rien  de  ce  qui  vient  changer  les 
circonstances  extérieures  n’a  d’influence  sur 
leur  forme  et  leur  disposition? 

Dans  tous  les  cas,  et  quels  que  soient  le 
siège  et  la  nature  de  ces  corps,  toujours  est- 
il  que  chacun  les  voit,  qu’ils  sont  plus  ou 
moins  apparents ,  plus  ou  moins  opaques, 
qu’ils  existent  en  plus  ou  moins  grand  nom¬ 
bre  suivant  les  individus,  mouches  volantes, 
filaments,  toiles  d’araignées  ;  et  M.  Donné 
n’a  encore  rencontré  personne  qui  ne  se 
plaignît  d’en  être  affecté  à  un  plus  ou  moins 
haut  degré. 

Rien  de  plus  facile,  au  reste,  lorsqu’on 
veut  les  étudier,  que  de  les  faire  apparaître, 
il  suffit  de  cligner  les  yeux  en  regardant  un 
point  bien  éclairé,  un  mur,  ou  mieux  des 
nuages  blancs,  un  globe  de  lampe,  ou  même 
la  flamme  d’une  bougie,  pour  distinguer  ces 
filaments  avec  la  forme  qui  leur  est  propre 
dans  chaque  observateur;  ils  passent  devant 
les  yeux  en  s’abaissant,  en  tombant  pour  ainsi 
dire  vers  la  partie  la  plus  déclive.  Si  on 
les  examine  avec  attention,  on  voit  que  ces 


UE  VUE  CRITIQUE. 


filaments  ne  sont  pas  simples  clans  leur  struc¬ 
ture  ;  ils  paraissent  composés  de  petits  glo¬ 
bules  fixés  à  une  certaine  distance  les  uns 
des  autres;  et  pour  donner  une  idée  juste  de 
leur  apparence,  on  dirait  de  petits  vaisseaux 
contournés  sur  eux-mêmes ,  en  partie  vides 
et  en  partie  remplis  de  petits  globules  arrê¬ 
tés  et  immobiles  ;  aucun  signe  de  mouve¬ 
ment,  de  circulation  ne  se  manifeste  dans 
l’intérieur  de  ces  espèces  de  canaux.  M.  Donné 
a  dessiné  l’aspect  que  ces  filaments  affectent 
dans  l’un  de  ses  yeux,  et  dont  la  disposition 
est  stable. 

La  meilleure  manière  de  les  observer  est 
de  regarder,  à  travers  un  trou  d’épingle  percé 
dans  une  carte ,  un  point  bien  éclairé.  Ils 
viennent  fréquemment,  comme  il  a  été  dit, 
s’interposer  entre  l’œil  de  l’observateur  et  le 
champ  du  microscope. 

Certaines  personnes,  non  pas  toutes,  dé¬ 
couvrent  par  ce  même  procédé  d’autres  glo¬ 
bules  d’un  aspect  remarquable,  composés  de 
deux  anneaux  concentriques,  dont  l’un  est 
très  prononcé,  très  noir,  avec  un  point  bril¬ 
lant  au  centre;  ces  globules  rares  et  disper¬ 
sés  sont  libres  et  non  liés  entre  eux;  ils 
n’occupent  pas  toujours  le  même  point  dans 
le  champ  de  la  vision  :  tantôt  on  n’en  trouve 
aucun,  tantôt  on  en  voit  passer  plusieurs;  et 
il  arrive  souvent  qu’un  d’entre  eux  vient  se 
fixer  dans  l’axe  même  du  rayon  visuel,  de 
manière  à  gêner  beaucoup  la  vue  quand  on 
veut  étudier  de  très  petits  détails  au  micro  - 
scope;  de  telle  sorte  qu’il  faut  même  quel¬ 
quefois  renoncer  pour  le  moment  à  l’obser¬ 
vation  microscopique,  et  la  reprendre  un  peu 
plus  tard. 

Enfin,  en  considérant  avec  encore  plus 
d’attention  le  champ  de  la  vision  à  travers  un 
trou  d’épingle,  ainsi  qu’il  a  été  dit,  on  voit 
que  ce  champ  est  tout  entier  rempli  par  de 
très  petits  globules  très  transparents,  serrés 
les  uns  contre  les  autres,  et  occupant  absolu¬ 
ment  tout  l’espace  que  la  vue  embrasse.  Tout 
le  monde  ne  réussit  pas  du  premier  abord  à 
voir  cette  dernière  espèce  de  globules ,  et  il 
faut  quelquefois  des  observations  répétées 
pour  les  découvrir  ;  ceux-ci  ne  viennent  ja¬ 
mais  gêner  ni  troubler  l’observation  micro¬ 
scopique. 

M.  Donné  estime  qu’il  faut  rapporter  le 
siège  de  ces  corpuscules  voltigeants  à  la 
capsule  antérieure  du  cristallin,  à  l’humeur  de 
Morgagni  et  au  cristallin  lui  même  ;  mais  il 
se  hâte  d’ajouter  que  ce  n’est  là  qu’une  opi¬ 
nion.  On  comprend  qu’en  pareille  matière  la 
vérification  est  bien  difficile,  sinon  impossi¬ 
ble,  et  que  nous  en  serons  probablement  ré¬ 
duits  longtemps*  encore  aux  conjectures; 
chacun  peut  donc  accepter  ou  modifier  à 
son  gré  la  conjecture  offerte  ;  seulement  il 
nous  paraît  hors  de  doute  qu’en  effet  le 


4iD 

siège  de  ces  mouches  est  dans  l’œil  et  non  au 
dehors. 

Cette  curieuse  étude  des  mouches  volantes 
est-elle  le  seul  secours  que  l’ophthalmologie 
peut  espérer  de  la  microscopie?  C’est  là  une 
question  qui  n’est  pas  dépourvue  d’intérêt,  et 
que  nous  soumettons  volontiers  à  M.  Donné  lui- 
même.  Ainsi ,  dans  le  début  d’une  cataracte, 
lorsque  nous  pouvons  à  peine  saisir  quelques 
rares  filaments  opaques  à  travers  la  pupille 
du  malade,  celui-ci  ne  verrait-il  pas  assez 
bien,  à  l’aide  du  microscope ,  ces  linéaments 
grossis  et  développés,  pour  en  donner  une  des¬ 
cription  ou  une  figure  capable  d’éclairer  par 
avance  le  diagnostic?  Ces  recherches  nou¬ 
velles,  dans  le  champ  de  la  pathologie  ocu¬ 
laire,  auraient  peut-être  aussi  pour  résultat 
de  fixer  la  physiologie  sur  le  siège  réel  des 
mouches  ordinaires;  et  nous  nous  proposons, 
pour  notre  compte,  de  tenter  quelques  essais 
dans  cette  direction. 


LUXATION  DE  CHAMP  DE  LA  ROTULE  ;  par  le 

docteur  P.  Gazsan,  de  Pittsburg. 

Les  luxations  de  la  rotule  ont  été  jusqu’à 
nos  jours  fort  mal  connues;  et  l’on  sait  com¬ 
bien  le  travail  spécial  que  nous  publiâmes  il  y 
a  onze  ans  sur  cette  matière  eut  à  rectifier 
d’hypothèses  et  d’erreurs.  Aujourd’hui  encore 
nous  voyons  avec  regret  des  chirurgiens  qui 
semblent  en  être  réduits  pour  leur  pratique  à 
ce  que  peut  leur  fournir  leur  propre  imagi¬ 
nation,  égarée  par  de  frivoles  théories;  et  le 
cas  suivant  est  bien  propre  à  montrer  com¬ 
bien  il  importe  d'avoir  des  notions  exactes 
sur  ces  sortes  de  déplacements.  Nous  don¬ 
nerons  d’abord  l’observation  telle  que  l’au¬ 
teur  l’a  rapportée. 

«  James,  âgé  de  21  ans,  fils  de  Judge-Por- 
ter,  de  Pittsburg,  fut  renversé  en  luttant,  et 
immédiatement  se  trouva  incapable  de  se 
relever. 

«  A  l’examen ,  une  heure  environ  après 
l’accident,  je  trouvai  la  rotule  droite  luxée  sur 
son  axe,  c’est-à-dire  qu’elle  reposait  sur  l’un 
de  ses  bords,  sa  face  postérieure  tournée  en 
dehors,  l’antérieure  en  dedans,  le  bord  in¬ 
terne  reposant  dans  la  gouttière  intercondy- 
lienne  du  fémur. 

«  Je  fis  fléchir  la  cuisse  sur  le  bassin  et 
étendre  la  jambe  sur  la  cuisse,  et  j’essayai 
de  réduire  en  poussant  les  bords  de  l’os  dans 
des  directions  opposées  ;  mais,  après  des  efforts 
répétés  et  toujours  infructueux,  je  demandai 
que  l’on  transportât  le  malade  à  la  ville 
(l’accident  était  arrivé  à  trois  milles  de  la 
cité)  et  que  l’on  prît  l’avis  d’un  autre  chi¬ 
rurgien. 

«  Vers  midi  environ  le  malade  fut  ramené 
chez  son  père,  où  je  trouvai  le  docteur  Addi- 
son.  Après  des  tentatives  de  réduction  réité¬ 
rées  sans  succès,  il  fut  jugé  nécessaire  de  di- 


420 


REVUE  CRITIQUE, 


minuer  la  tension  de  la  jointure  par  la  section 
du  ligament  de  la  rotule  ;  ce  que  je  fis  en  in¬ 
troduisant  sous  la  peau  un  bistouri  à  lame 
étroite,  et  divisant  le  ligament  juste  à  son  in¬ 
sertion  à  la  tubérosité  tibiale.  Nous  revînmes 
alors  à  nos  tentatives  qui  échouèrent  encore. 
On  pouvait  imprimer  à  la  rotule  des  mouve¬ 
ments  sur  son  bord  avec  plus  de  facilité  qu’au- 
paravant  ;  mais  elle  n’en  résistait  pas  moins 
k  tous  nos  efforts  pour  la  replacer. 

«  Le  docteur  Speer  fut  alors  adjoint  à  la 
consultation,  et,  d’après  son  avis,  nous  fîmes 
tenir  le  malade  debout;  on  pratiqua  une  sai¬ 
gnée  et  on  laissa  couler  le  sang  jusqu’aux 
approches  de  la  syncope;  alors  les  efforts 
de  réduction  furent  renouvelés;  mais,  bien 
que  la  rotule  fût  mobile  sur  son  bord,  il  fut 
impossible  de  la  faire  sortir  de  la  gouttière 
dans  laquelle  elle  était  logée.  On  décida  alors 
qu’on  laisserait  reposer  le  patient  durant 
quelques  heures. 

«  A  notre  retour  la  cuisse  fut  fortement 
fléchie  sur  le  bassin,  le  talon  élevé  ;  alors  la 
jambe  fut  fléchie  sur  la  cuisse  avec  vigueur 
et  fermeté,  puis  brusquement  étendue.  Au 
moment  même  de  l’extension,  j’appuyais  très 
fortement  en  dehors  contre  le  bord  inférieur 
de  la  rotule  avec  une  clef  de  porte  bien  enve¬ 
loppée,  tandis  que  le  docteur  Addison  pres¬ 
sait  avec  ses  «deux  pouces  sur  le  bord  supé¬ 
rieur  de  l’os  pour  le  renverser  sur  le  condyle 
externe.  A  la  quatrième  tentative,  cette  ma¬ 
nœuvre  réussit,  et  l’os  se  réduisit  avec  un 
bruit  éclatant.  Une  attelle  suffisamment  gar¬ 
nie  fut  placée  derrière  le  genou  et  assujettie 
par  un  bandage  ;  on  eut  recours  aux  lotions 
évaporantes,  et  on  prescrivit  le  repos.  La 
guérison  se  fit  sans  accidents,  et  le  jeune 
homme  jouit  aujourd’hui  du  libre  usage  de 
son  membre.  » 

{American  Journal  of  med.  sciences.) 

Il  y  a  sur  cette  observation  plus  d’une  re¬ 
marque  h  faire.  D’abord  l’auteur  ne  se  faisait 
pas  une  juste  idée  de  sa  luxation ,  lorsqu’il 
croyait  le  bord  de  la  rotule  logé  entre  les 
condyles  ;  nous  avons  fait  voir  que  le  -bord 
de  la  rotule  est  alors  engagé  dans  le  creux 
sus-condylien  du  fémur,  fort  au  dessus  des 
condyles,  où  son  implantation  plus  ou  moins 


forte  apporte  plus  ou  moins  d’obstacles  k  la 
réduction.  Les  difficultés  quelquefois  très 
grandes  qu’on  éprouve  ne  tiennent  point  à  la 
résistance  musculaire;  dans  le  cas  de  Wolff, 
on  coupa  en  travers  le  tendon  des  muscles 
rotuliens  d’abord,  puis  le  ligament  rotulien,  et 
la  réduction  n’en  demeura  pas  moins  impos¬ 
sible.  M.  Gazsan  a  coupé  seulement  le  liga¬ 
ment  rotulien,  ce  qui  devait  bien  suffire  k  re¬ 
lâcher  les  muscles  ;  et  il  n’a  pas  mieux  réussi. 
Son  malade  n’a  pas  succombé  comme  celui 
de  Wolff;  et  il  est  dit  même  assez  briève¬ 
ment  qu’il  jouit  du  libre  usage  de  son  mem¬ 
bre;  assertion  trop  commune  pour  qu’il 
faille  s’en  étonner  beaucoup,  mais  aussi  trop 
téméraire  pour  mériter  beaucoup  de  foi.  En 
définitive,  le  chirurgien  est  venu  k  bout  de  sa 
réduction  par  hasard,  après  avoir  étrange¬ 
ment  torturé  son  blessé,  et  sans  que  le  suc¬ 
cès  si  péniblement  obtenu  lui  ait  fourni  de 
bien  grandes  lumières,  au  cas  où  il  se  retrou¬ 
verait  en  présence  d’une  luxation  du  même 
genre. 

Rappelons  donc  qu’en  pareille  circonstance 
l’art  possède  trois  procédés  d’accord  k  la  fois 
avec  la  théorie  et  l’expérience.  D’abord,  l’im¬ 
pulsion  des  deux  bords  de  la  rotule  en  sens 
contraire,  non  point  en  fléchissant  la  cuisse 
et  élevant  la  jambe;  car  on  se  prive  par  là  de 
point  d’appui  et  de  force,  mais  en  laissant  le 
membre  tout  appuyé  sur  le  sol  ou  sur  le 
plancher,  et  tout  au  plus  le  tronc  un  peu  re¬ 
levé  pour  relâcher  l’un  des  membres  rotuliens. 
Si  ce  procédé  échoue,  la  flexion  forcée  de  la 
jambe,  en  faisant  descendre  la  rotule,  tend  k 
la  dégager  par  en  bas  ;  et  en  effet,  dès  qu’elle 
arrive  sur  la  gouttière  intercondylienne,  elle 
ne  saurait  rester  de  champ  et  il  faut  qu’elle 
se  réduise  d’elle-même.  Enfin,  dans  les  cas  plus 
rebelles  encore,  on  pourrait  recourir,  ainsi 
que  l’a  fait  M.  Cuynat,  k  l’introduction  d’un 
levier  d’acier  dans  l’articulation  pour  soule¬ 
ver  le  bord  engagé  de  la  rotule  ;  seulement  il 
ne  faudrait  pas  d’incision,  et  l’innocuité  bien 
reconnue  de  l’introduction  du  trocart  dans 
cette  même  articulation  laisserait  fort  peu  de 
chose  à  craindre  de  l’introduction  d’un  le¬ 
vier  qui  n’aurait  guère  besoin  de  plus  d’é¬ 
paisseur. 


Obstétrique 


ACCOUCHEMENT  PRÉMATURÉ  ARTIFICIEL  CHEZ 

une  primipare;  par  le  docteur  Van- 
huevel. 

G.  S.,  51  ans,  entra  k  la  Maternité  de 
Bruxelles,  le  20  juin  1845.  Taille  5  pieds  8 
pouces  ;  colonne  dorsale  fortement  incurvée 
en  arrière  et  k  droite  ;  région  lombaire  dé¬ 
viée  à  gauche;  bassin  incliné  dans  le  même 
sens.  Extrémité  inférieure  gauche  amaigrie  et 
raccourcie  de  5  pouces;  fémur  arqué  en  dehors, 
tibia  en  dedans. 


Cette  femme,  enceinte  pour  la  première  fois, 
paraît  être  parvenue  au  8e  mois  révolu  de  sa 
grossesse  :  dernière  époque  menstruelle  vers 
le  milieu  d’octobre  1842;  fond  de  l’utérus 
dans  la  région  épigastrique;  col  légèrement 
entr’ouvert ,  offrant  encore  un  peu  de  lon¬ 
gueur. 

Mesuré  avec  un  pelvimètre  ingénieux ,  de 
l’invention  du  docteur  Vanhuevel,  le  bassin 
offrait,  au  détroit  supérieur,  les  dimensions 
suivantes  :  diamètre  sacro-pubien,  5  pouces  ; 


REVUE  CRITIQUE. 


diamètre  sacro-cotyloïdien  gauche,  2  pouces 
10  lignes;  diamètre  sacro-cotyloïdien  droit, 

2  pouces  8  lignes. 

L’accouchement  prématuré  artificiel  fut  ré¬ 
solu,  et  cette  opération  ayant  reçu  l’approba¬ 
tion  du  professeur  Seutin,  on  y  procéda  le 
22  juin,  en  suivant  la  méthode  de  Kluge.  A 
9  heures  du  matin,  premier  cône  d’éponge 
préparée  ;  le  soir,  second  cône  ;  le  lendemain, 
après  un  bain,  troisième  cône  plus  volumineux 
que  les  précédents.  Légères  contractions  uté¬ 
rines  dans  la  journée.  Le  soir,  quatrième  cône 
plus  volumineux  encore.  A  une  heure  du  matin, 
le  24  juin,  rupture  des  membranes;  expulsion 
de  l’éponge  par  le  flot  du  liquide.  L’orifice 
était  alors  dilaté  de  la  largeur  d’une  pièce 
de  2  francs.  Deuxième  position  du  sommet. 
Sous  l’influence  de  douleurs  de  plus  en  plus 
énergiques,  la  dilatation  se  compléta  ,  et  dans 
la  soirée  du  24,  la  tête  franchit  le  détroit 
supérieur;  elle  n’arriva  qu’assez  longtemps 
après  au  détroit  périnéal,  et  ne  fut  expulsée 
qu’ù  minuit,  63  heures  après  l’application  de 
la  première  éponge.  Le  tronc  suivit  de  près 
la  tête.  La  délivrance  fut  naturelle. 

L’enfant,  du  sexe  masculin,  vivant  et  bien 
développé,  avait  un  peu  plus  de  17  pouces  de 
longueur  ;  sa  tête  offrait  les  dimensions  sui¬ 
vantes  : 

Diamètre bi-pariétal,  5 pouces  1  ligne; 

Diamètre  bi-zygomatique,  2pouces  9  lignes  ; 

Diamètre  occipito-frontal,  4  pouces 3 lignes; 

Diamètre  occipito  -  bregmatique,  5  pouces 
4  lignes. 

Les  suites  de  couches  furent  tout  à  fait 
naturelles ,  et  la  mère  quitta  la  Maternité  le 
dixième  jour  en  parfaite  santé. 

L’enfant,  confié  à  une  bonne  nourrice , 
mais  dont  le  lait  s’altéra  au  bout  de  3  à  4 
jours  par  suite  d’une  émotion  morale,  pré¬ 
senta  tous  les  symptômes  d’une  irritation  in¬ 
testinale;  mais  sous  l’influence  d’un  traite¬ 
ment  émollient,  et  surtout  par  les  soins  et  à 
l’aide  du  lait  d’une  nouvelle  nourrice  ha¬ 
bitant  la  campagne,  sa  santé  se  rétablit  bien¬ 
tôt,  et  depuis  lors  n’a  subi  aucune  atteinte. 
L’accroissement  et  les  dimensions  en  font  foi. 
Ainsi,  le  18e  jour  après  sa  naissance,  sa  lon¬ 
gueur  totale  était  de  18  pouces;  le  diamètre 
bi-pariétal  de  3  pouces  3  lignes;  le  bi-zy¬ 
gomatique  de  3  pouces  ;  l’occipito-frontal  de 
4  pouces  '3  lignes  ;  l’occipito-bregmatique  de 

3  pouces  7  lignes. 

(. Annales  médicales  belges.) 

Rien  n’a  manqué  au  succès  du  docteur 
Vanhuevel,  et  il  doit  s’applaudir  de  n’avoir 
point  exposé  la  mère  ni  l’enfant  aux  chances 
d’un  accouchement  qui,  au  terme  de  la  gros¬ 
sesse,  eût  certainement  été  fatal  à  celui-ci. 
Son  observation,  jointe  à  quelques  autres, 
montre  que',  si  l’accouchement  prématuré  ar¬ 


421 

tificiel  n’est  ni  aussi  facile  ni  aussi  innocent 
chez  les  primipares  que  chez  les  femmes  qui 
ont  eu  des  enfants,  une  première  grossesse 
n’est  pourtant  pas  toujours  une  circonstance 
défavorable  ou  une  contre-indication.  La  dif¬ 
ficulté  de  l’introduction  de  l’éponge  k  travers 
un  orifice  qui  n’est  pas  en  général  entr’ou- 
vert  comme  chez  les  femmes  multipares,  les 
efforts  qu’il  faut  faire  pour  l’y  pousser  et  l’y 
maintenir,  et  la  nécessité  de  renouveler  à  di¬ 
verses  reprises  cette  application,  nous  sem¬ 
blent,  pour  quelques  cas  au  moins,  des  objec¬ 
tions  sérieuses.  Le  docteur  Vanhuevel  prétend 
qu’on  ne  peut  objecter  maintenant  l’incerti¬ 
tude  sur  le  degré  précis  du  rétrécissement  du 
détroit  supérieur,  et  que  la  connaissance  par¬ 
faite  de  l’étendue  du  diamètre  sacro-pubien  et 
des  distances  sacro-cotyloïdiennes,  désormais 
facile  à  obtenir  avec  son  pelvimètre  géométri¬ 
que  ,  autorise  la  pratique  de  l’accouchement 
prématuré  artificiel  dès  la  première  grossesse, 
sans  qu’il  soit  nécessaire  d’attendre  qu*un 
premier  accouchement  fatal  au  fœtus  ait  dé¬ 
montré  l’impossibilité  de  la  naissance  d’un 
enfant  vivant  k  terme.  Le  pelvimètre  du 
docteur  Vanhuevel  n’est  qu’une  modifica¬ 
tion  ,  très  heureuse  k  la  vérité  ,  du  pelvi¬ 
mètre  de  Wellenbergh.  Il  nous  a  semblé, 
d’après  la  démonstration  que  l’auteur  nous 
en  a  donnée  et  l’application  qu’il  a  bien  voulu 
en  faire  en  notre  présence  sur  un  bassin  sec, 
d’un  usage  plus  facile  et  surtout  beaucoup 
plus  sûr  que  l’instrument  du  médecin  hollan¬ 
dais.  En  effet,  d’après  quelques  mensurations 
auxquelles  nous  avons  employé  le  pelvi¬ 
mètre  de  Wellenbergh,  sur  des  femmes  en¬ 
ceintes,  en  travail  ou  récemment  accouchées, 
cet  instrument,  k  raison  des  difficultés  de 
l’application,  nous  a  paru  conduire  k  un 
genre  d’erreur  dont  les  conséquences  sont 
faciles  k  prévoir;  il  donnait  presque  tou¬ 
jours  des  dimensions  inférieures  aux  di¬ 
mensions  réelles.  Nous  ne  voulons  pas  dire 
qu’il  en  soit  de  même  avec  le  pelvimètre  de 
Vanhuevel.  La  supériorité  incontestable  de 
celui-ci  nous  fait  au  contraire  penser  qu’il 
doit  donner  des  résultats  parfaitement  exacts. 
Mais  une  application,  répétée  sur  le  vivant  par 
nous-mêmes  ou  sous  nos  yeux,  nous  convain¬ 
crait  davantage  ;  et  jusqu’à  cette  conviction 
parfaite,  nous  conserverons  pour  notre  part 
quelque  doute  sur  la  convenance  de  l’accou¬ 
chement  prématuré  artificiel  chez  les  primi¬ 
pares.  Nous  avons  vu  plus  d’une  fois  des 
femmes  dont  le  bassin  était  rétréci  au  point 
de  faire  présumer ,  si  elles  n’accouchaient 
pas  naturellement,  que  l’accouchement  pré¬ 
maturé  artificiel  pourrait  être  ultérieurement 
indique,  et  qui  n’en  ont  pas  moins  mis  au 
monde  des  enfants  k  terme  vivants  et  bien 
portants.  Nous  n’en  attachons  que  plus  de 
prix  aux  observations  qui,  semblables  k  celles 


m  REVUE  CRITIQUE. 

fia  docteur  Vanhuevel,  montrent  la  facilité  et  ticiel  provoque  au  terme  convenable  d’une 
l’innocuité  de  l’accouchement  prématuré  arti-  première  grossesse  (1). 

Pltannaeoloçie  diiffïargicale* 


DES  OPIATS  ET  MIXTURES  DENTIFRICES  ,  pal’ 

M.  Désirabode. — (  Voir  le  n°  précédent.) 

Ces  préparations  ne  diffèrent  des  poudres 
que  parce  que,  pour  leur  donner  un  peu  de 
mollesse  et  en  faire  une  sorte  de  pâte,  on  lie 
ces  dernières  entre  elles  au  moyen  d’une 
quantité  suffisante  de  sirop  ou  de  miel  de 
Narbonne  purifié.  Elles  n’ont  guère  sur  les 
poudres  d’autres  avantages  que  d’être  moins 
sujettes  à  se  répandre  sur  les  meubles  de 
toilette,  et  d’être  par  elles-mêmes  plus  porta¬ 
tives;  mais  elles  se  détériorent  assez  prompte¬ 
ment. 

Voici  la  formule  et  le  mode  de  préparation 
de  la  mixture  conseillée  par  Maury  : 


Miel  de  lre  qualité .  1  kilo. 

Alun  calciné .  62  grammes. 

Extrait  de  quinquina. ...  32 
Huile  essentielle  de  men¬ 
the  poivrée .  16 

—  de  cannelle .  16 

Esprit  d’ambre  musqué  et 
rosé .  8 


On  fait  réduire  le  miel  d’un  tiers,  on  le 
colore  avec  un  peu  d’orcanette,  on  y  mêle 
l’extrait  de  quinquina  et  on  passe  a  travers 
un  linge  tin.  Quand  il  est  presque  refroidi, 
on  y  incorpore  l’alun,  et  l’on  n’y  ajoute  les 
essences  que  lorsque  le  mélange  est  entière¬ 
ment  froid. 

Nous  devons  faire  remarquer  ici  que  l’em¬ 
ploi  des  élixirs  chargés  de  matières  rési¬ 
neuses  et  balsamiques  est  en  général  préféra¬ 
ble,  pour  l’entretien  des  dents  et  la  propreté 
de  la  bouche,  aux  poudres  et  aux  opiats.  Ces 
dernières  préparations,  formées,  en  effet,  de 
substances  porphyrisées,  n’ont  que  rarement 
une  assez  grande  ténuité  pour  ne  pas  faire 
craindre  les  inconvénients  qui  résultent  de 
leur  interposition  et  de  leur  séjour  entre  les 
dents  et  les  gencives. 

Comme  la  plupart  des  poudres  qui  entrent 
dans  les  préparations  dentifrices  sont  des  sels 
acides,  dont  l’action  peut  assez  promptement 
se  faire  sentir  sur  les  dents,  un  pharmacien 
distingué  (Pelletier)  avait  pensé  qu’il  serait 
utile  de  substituer  à  ces  acides  des  sels  alca¬ 
lins  ;  il  avait  en  conséquence  présenté  au  public, 
sous  le  nom  un  peu  recherché  d.' O  dontine,  un 
opiat,  ou  mieux,  un  savon  composé  tout  simple¬ 
ment  de  sous-carbonate  de  magnésie  et  de 
beurre  de  cacao.  L’Académie  s’est  un  peu 
avancée,  il  nous  semble,  en  laissant  mettre  cette 
mixture  sous  son  patronage  ;  car  l’action  des 
sels  alcalins  doit  sc  faire  sentir  sur  l’émail 
dentaire,  si  les  eaux  minérales  alcalines  ont, 


comme  on  l’avance,  la  propriété  de  dissoudre 
les  calculs  urinaires ,  et  si  les  boissons  de 
même  nature  hâtent  la  fusion  des  dépôts  to- 
phassés  qui  surviennent  au  pourtour  des  arti¬ 
culations  de  quelques  goutteux.  Nous  ferons 
d’ailleurs  observer  que  l’idée  de  composer 
des  dentifrices  avec  des  sels  alcalins  n’appar¬ 
tient  ni  à  Pelletier,  ni  à  M.  Oudet  qui  prétend  la 
lui  avoir  suggérée;  car  déjà,  avant  1836,  M.  le 
docteur  Donné  avait  indiqué  M.  Blondeau, 
pharmacien  ,  comme  l’ayant  mise  à  exé¬ 
cution. 

Quoi  qu’il  en  soit,  dans  la  confection  de 
ces  diverses  préparations,  on  doit  apporter  la 
plus  grande  attention  à  bien  porphyriser  toutes 
les  substances  dures  qui  doivent  les  compo¬ 
ser,  pour  les  réduire  en  poudres  impalpables, 
et  on  doit  les  mélanger  exactement  ;  car,  sans 
cette  précaution,  elles  ne  seraient  pas  seule¬ 
ment  désagréables,  mais  elles  érailieraient 
les  dents  par  leurs  propriétés  physiques. 

Un  grand  nombre  de  personnes  croient 
pouvoir  atteindre  le  but  auquel  sont  desti¬ 
nées  ces  préparations,  en  se  servant,  pour 
nettoyer  leurs  dents,  de  plusieurs  substances 
simples  qui  se  trouvent  communément  sous 
la  main,  comme  le  charbon,  la  suie,  le  sel 
marin  et  le  tabac. 

La  propriété  antiputride  du  charbon  lui  a 
valu  depuis  longtemps  d’être  placé  parmi  les 
agents  dentifrices  les  plus  avantageux;  son 
emploi  est  encore  aujourd’hui  populaire; 
mais  il  ne  mérite  assurément  pas  cette  su¬ 
périorité  qu’on  s’obstine  à  lui  accorder;  car. 
s’il  n’est  que  médiocrement  porphyrisé,  il  use 
toujours  un  peu  les  dents,  et  s’il  l’est  beau¬ 
coup,  il  s’insinue  entre  la  paroi  externe  de 
l’alvéole  et  la  gencive  à  laquelle  il  donne  une 
transparence  violette.  Nous  avons  été  quelque¬ 
fois  obligé  de  détacher  les  gencives,  pour 
favoriser  un  écoulement  de  sang  qui  en  en¬ 
traînait  les  parcelles.  Nous  ne  contestons 
pas  d’ailleurs  que  le  charbon  ait  une  action 
légèrement  antiseptique  qui  puisse  le  rendre 
utile  à  quelques  personnes,  surtout  à  celles 
dont  les  gencives  sont  molles  et  saignantes. 

11  en  est  de  même  du  sel  marin  ou  sel  de 
cuisine  (hydrochlorate  de  soude),  qu’on  peut 
employer  sans  inconvénients,  d’abord  parce 


(1)  Nous  n’avons  point  décrit  le  pelvimètre 
de  M.  Vanhuevel:  on  sait  assez  l’impossibilité 
de  faire  comprendre  par  une  description,  le 
mécanisme  d’un  instrumént  quelque  peu  com¬ 
pliqué.  Mais  ceux  de  nos  confrères  qui  habi¬ 
tent  Paris  pourront  l’examiner  à  loisir  chez 
M.  Charrière,  qui  en  a  déjà  fait  fabriquer. 


m 


BULLETIN  CLINIQUE. 


qu’il  agit  comme  toutes  les  poudres  calcaires, 
ensuite  parce  qu’il  est  composé  de  soude  et 
d’acide  hydrochlorique  dont  l’effet  peut  bien 
ne  pas  être  complètement  nul  dans  le  blan¬ 
chiment  des  dents;  son  emploi  occasionne 
d’ailleurs  une  abondante  salivation  qui,  bien 
qu’étrangère  au  but  dont  nous  nous  occupons, 
peut  néanmoins  être  utile  dans  quelques  cir¬ 
constances. 

Quant  k  la  suie  ,  son  emploi  comme 
dentifrice  vient  uniquement  de  ce  que  quel¬ 
ques  personnes ,  séduites  par  l’apparente 
blancheur  des  dents  des  ramoneurs,  ont 
pensé  que  par  son  usage  on  pourrait  obtenir 
le  même  avantage.  Mais ,  outre  que  cette 
substance  a  l’inconvénient  d’une  extrême 
malpropreté  et  de  laisser  à  la  bouche  une 
saveur  fort  désagréable ,  elle  communique 
encore  une  teinte  jaune  ou  brune  qu’il  est 
presque  impossible,  par  la  suite,  de  faire  dis¬ 
paraître,  et  qu’on  n’aperçoit  pas  chez  les  ra¬ 
moneurs  à  cause  de  la  couleur  habituelle¬ 
ment  noire  de  leur  visage.  Voici  dans  tous  les 
cas  une  formule  dont  la  suie  fait  la  base,  et 
que  préconise  le  docteur  E.  Kemmerer  : 


Poudre  de  suie  de  bois. . .  52  grammes. 

Poudre  de  fraisier _ _  20 

Eau  de  Cologne .  qq.  gouttes. 


Ce  que  nous  venons  de  dire  des  inconvé¬ 
nients  de  la  suie  peut  parfaitement  s’appli¬ 
quer  :  1°  au  tabac,  dont  la  propriété  narcoti¬ 
que  est  trop  douteuse  pour  atténuer  la  mal¬ 
propreté  de  son  emploi;  2°  au  quinquina, 
dont  le  principe  tannant  doit  toujours  finir  à 
la  longue  par  jaunir  l’émail.  Cependant , 
comme  la  poudre  de  quinquina  jouit  d’une 
action  tonique  bien  évidente,  on  l’associe  quel¬ 
quefois,  comme  nous  l’avons  déjà  vu,  à  d’au¬ 
tres  substances,  pour  former  une  poudre  den¬ 
tifrice  utile  en  quelques  circonstances  et  dont 
voici  un  modèle  : 

Charbon  de  bois  blanc 

porphyrisé .  64  grammes. 

Quinquina  en  poudre. ...  32 

Sucre  blanc .  64 

Huile  essentielle  de  men¬ 
the .  4 

—  de  cannelle .  1-50 

Essence  d’ambre  musqué 
et  rosé .  45 


BULLETIN  CLINIQUE. 


I 


La  première  partie  de  notre  mémoire  sur 
le  cystocèle  vaginal  a  frappé  l’attention  de 
plusieurs  chirurgiens  ;  et  nous  avons  reçu  a 
cette  occasion  deux  lettres  portant  l’empreinte 
de  convictions  bien  différentes ,  mais  toutes 
deux  également  intéressantes  par  les  faits  et 
les  idées  qu’elles  renferment.  Nous  les  trans¬ 
crirons  par  ordre  de  date. 

SUR  QUELQUES  PROLAPSUS  UTÉRO-VAGINAUX  ; 

par  M.  Cangrain,  D.-M.  à  Alençon. 

A  M.  le  Rédacteur  du  Journal  de  Chirurgie. 

Monsieur ,  v  - 

Permettez-moi  de  m’entretenir  un  instant 
avec  vous  de  votre  mémoire  sur  le  cystocèle 
vaginal.  Parmi  plusieurs  observations  de  pro¬ 
lapsus,  je  vais  me  bornera  vous  en  rapporter 
trois  qui  vous  rappelleront  que  la  pratique 
d’un  médecin  peut  se  trouver  quelquefois  en 
opposition  avec  celle  d’un  autre,  surtout 
quand  il  s’agit  de  maladies  encore  peu  étu¬ 
diées  et  mal  connues.  Vous  dites  n’avoir  ja¬ 
mais  rencontré  le  prolapsus  circulaire  du  va¬ 
gin;  je  crois  avec  vous  qu’il  est  rare,  je  l’ai 
cependant  observé  une  fois  chez  une  jeune 
fille  dont  je  vais  vous  rapporter  l’histoire. 

Obs.  I. — M. L.,  19  ans, (taille  élevée,  tempéra¬ 
ment  lymphatico-sanguin,  réglée  à  15  ans;  à  18 
ans  elle  devint  chlorotique  et  subit  le  traitement 
par  les  toniques  et  les  ferrugineux,  qui  la  gué 
rit  très  bien.  Voulant  un  jour  aider  sa  domes¬ 
tique  à  charger  un  lourd  fardeau,  elle  fit  un 


effort  violent  à  la  suite  duquel  elle  éprouva 
dans  le  bas  du  ventre  une  vive  douleur  ;  à  peine 
put-elle  rentrer  à  la  maison,  tant  la  marche 
était  pénible  ;  sa  physionomie  était  pâle,  dé¬ 
composée,  tout  en  elle  annonçait  la  souffrance. 
Rendue  chez  elle,  sa  mère  la  fit  coucher;  elle 
souffrit  toute  la  journée  et  les  jours  suivants  ; 
la  mixtion  et  la  défécation  étaient  accom¬ 
pagnées  de  douleur.  8a  mère  l’examina  et 
découvrit  une  tumeur  grosse  comme  un 
œuf,  à  peine  sensible  au  toucher.  On  fit  ve¬ 
nir  un  médecin  qui  prescrivit  le  repos,  le  ré¬ 
gime,  et  dit  qu’on  ne  pouvait  reconnaître  la 
maladie  qu’à  l’aide  du  spéculum  ;  je  fus  ap¬ 
pelé  près  de  la  malade,  qui  ne  consentit  qu’a¬ 
vec  peine  à  se  laisser  toucher.  Elle  était 
pale,  abattue,  souffrait  beaucoup  dans  les  par¬ 
ties,  comme  si  quelque  chose  voulait  sortir. 
Le  ventre  n’était  pas  douloureux  à  la  pres¬ 
sion  ;  l’entrée  du  vagin  permettait  à  peine 
l’introduction  du  doigt;  à  la  profondeur  de 
4  k  5  centimètres,  je  sentis  une  tumeur  molle 
chaude,  cédant  à  la  pression  ;  il  était  facile 
d’en  parcourir  la  circonférence,  et  de  sentir 
que  le  doigt  se  trouvait  alors  entre  la  tumeur 
et  les  parois  du  vagin;  elle  présentait  une 
surface  un  peu  rugueuse;  en  pressant  au 
centre  on  la  faisait  remonter  et  on  sentait 
alors  le  col  de  la  matrice  ;  en  retirant  le  doigt, 
}a  tumeur  reparaissait,  mais  beaucoup  moins 
grosse.  Le  vagin  ne  présentait  de  saillie  ni 
en  avant  ni  en  arrière  ;  la  vessie  me  parais¬ 
sait  à  sa  place.  Je  conseillai  un  pessairé,  que 


424  BULLE'l'liN 

« 

j’eus  beaucoup  de  peine  à  introduire,  avec  un 
bruit  semblable  à  une  détonation  de  pistolet 
au  moment  où  je  franchissais  le  muscle 
constricteur  du  vagin;  cependant  il  n’y  eut  pas 
de  déchirure.  Je  conseillai  les  injections  as¬ 
tringentes  et  le  repos.  Deux  mois  après  j’en¬ 
levai  le  pessaire  qui  donnait  lieu  à  des  flueurs 
blanches  abondantes  ;  j’eus  beaucoup  de  peine 
à  lui  faire  franchir  l’entrée  du  vagin,  la  ma¬ 
lade  souffrit  beaucoup  ;  on  fit  des  injections 
pendant  15  jours,  ni  tumeur,  ni  flueurs  blan¬ 
ches  ne  reparurent.  Depuis  5  ans  la  jeune  fille 
se  porte  très  bien. 

Dans  presque  tous  les  cas  il  m’a  été  facile 
de  m’assurer  que  des  efforts  étaient  la  cause 
déterminante  des  prolapsus.  Je  vais  en  rap¬ 
porter  brièvement  deux  cas. 

Obs.  II.— M.  F. ,39  ans,  couturière,  réglée  ù 
17  ans,  bilieuse-sanguine.  En  soulevant  une 
table  lourde,  elle  sentit  une  douleur  de  reins  et 
quelque  chose  qui  descendait  dans  les  parties; 
elle  avait  de  la  peine  à  uriner;  elle  se  coucha, 
et  le  lendemain  elle  souffrait  moins ,  mais 
quand  elle  restait  debout  la  tumeur  descen¬ 
dait  ;  elle  finit  par  avoir  des  flueurs  blanches 
très  abondantes  et  des  douleurs  de  reins  qui 
l’empêchaient  de  travailler.  Cette  fille  dévote 
me  fut  envoyée  par  son  curé.  Je  vis  à  l’en¬ 
trée  du  vagin  une  petite  tumeur  d’un  rouge 
vif,  dure  au  toucher,  qu’il  me  fut  facile  de 
reconnaître  pour  le  col  utérin  ;  la  pression  le 
fit  aisément  remonter;  j’appliquai  un  pessaire 
avec  peine,  tant  l’entrée  du  vagin  était  étroite  ; 
je  revis  la  malade  5  mois  après  :  elle  me  dit 
qu’elle  souffrait  h  peine. 

Obs.  III. — M.L.,68  ans,  fruitière,  tempéra¬ 
ment  sanguin,  mère  de  deux  enfants.  Depuis 
une  dizaine  d’années  elle  s’aperçoit  d’une  gros¬ 
seur  dans  le  vagin  qui  la  gêne  beaucoup  à 
marcher;  elle  ne  souffre  pas  en  urinant.  Son 
état  la  force  à  courir  la  ville  avec  un  assez 
lourd  fardeau.  Depuis  un  an  la  maladie  s’est 
aggravée  ;  elle  est  inondée  de  flueurs  blanches; 
la  tumeur  pend  à  l’extérieur  et  produit  des 
démangeaisons  qui  la  font  gratter.  Ne  pouvant 
plus  marcher,  elle  me  consulta.  Je  vis  à  l’ex- 
.  térieur  le  col  de  la  matrice  rouge ,  violacé , 
ulcéré,  donnant  lieu  à  un  écoulement  abon¬ 
dant  ;  je  le  fis  rentrer  facilement,  mais  il  re¬ 
paraissait  de  suite.  J’appliquai  un  pessaire 
qui  fit  tellement  souffrir  la  malade  qu’il  fallut 
l’enlever;  l’éponge  ne  réussit  pas  mieux.  La 
malade  ne  voulut  plus  rien  faire;  elle  reste 
assise  toute  la  journée. 

Je  vousavoue  que  je  n’ai  pas  encore  rencon¬ 
tré  de  cystocèle  simple  ;  ma  pratique  sur  ce 
point  est  en  rapport  avec  les  conclusions  de 
M.  Jobert.  Joint  à  une  chute  de  matrice,  je  l’ai 
observé  le  plus  souvent  de  40jà  50  ans;  les  filles 
même  vierges,  en  sont  assez  fréquemment  at¬ 
teintes  pour  que  je  ne  regarde  pas  i’accou- 


CLUNIQUE. 

chement  comme  une  cause  bien  puissante. 
J’ai  remarqué  que  les  professions  qui  forcent 
les  femmes  à  une  station  prolongée ,  quand 
elles  portent  ou  traînent  un  fardeau,  prédis¬ 
posent  à  la  maladie  Toutes  les  femmes  moins 
une  accusaient  un  effort  violent.  J’ai  rencon¬ 
tré  trop  souvent  des  chutes  de  matrice  pour 
adopter  votre  opinion  sur  le  cystocèle,  malgré 
les  chiffres.  Attendons  un  plus  grand  nombre 
de  faits,  et  je  pense  qu’on  arrivera  à  un  ré¬ 
sultat  opposé.  Je  regrette  de  ne  pas  avoir 
tenu  note  des  cas  que  j’ai  observés  pour  op¬ 
poser  chiffres  à  chiffres.  Je  me  propose  de 
le  faire  maintenant  et  de  vous  en  rendre 
compte,  quel  que  soit  le  résultat. 

Agréez,  etc.  Cangrain,  D.-M.-P. 

Alençon,  5  décembre  1843. 

— Nous  n’avons  rien  à  dire  touchant  les 
deux  dernières  observations  de  M.  Cangrain  ; 
ce  sont  de  simples  chutes  de  matrice,  et  nous 
aurons  l’occasion  plus  tard  de  donner  aussi 
notre  avis  sur  ce  point.  Mais  nous  demande¬ 
rons  à  notre  habile  et- excellent  confrère,  la 
permission  de  discuter  avec  lui  la  signification 
de  la  première.  Est-il  possible  d’y  voir  un 
prolapsus  circulaire  du  vagin?  Ce  diagnos¬ 
tic  s’accorde  bien  mal,  ce  nous  semble  ,  avec 
cette  tumeur  grosse  comme  un  œuf  aperçue 
par  la  mère  ;  avec  les  renseignements  don¬ 
nés  à  M.  Cangrain  lui-même  par  le  toucher; 
et  surtout  avec  cette  phrase:  Le  vagin  ne 
présentait  de  saillie  ni  en  avant  ni  en  arrière. 
Qu’est-ce  donc  que  cette  tumeur?  Nous  ne 
voudrions  pas  prendre  sur  nous  de  le  dire; 
mais  nous  regrettons  qu’on  n’ait  pas  recom¬ 
mandé  à  la  malade  de  faire  quelque  effort  ; 
la  tumeur  serait  arrivée  à  la  vulve,  et  la  vua 
en  aurait  plus  appris  peut-être  que  le  toucher. 
Du  reste,  dans  tous  les  cas  de  ce  genre, 
lorsqu’il  y  aura  le  moindre  doute,  nous  ne 
saurions  trop  engager  les  praticiens  à  user 
de  toutes  les  ressources  que  fournissent  la 
vue,  le  toucher  et  au  besoin  le  cathétérisme. 


SUR  LE  CYSTOCÈLE  VAGINAL,  par  M.  H.  BOUR¬ 
DON,  D.-M.-P. ,  interne  à  l’Hotel-Dieu  de 
Paris. 

Paris,  ra  décembre  1843. 

Monsieur  et  très  honoré  confrère , 

Je  viens  de  lire,  avec  beaucoup  d’intérêt, 
la  première  partie  de  votre  mémoire  sur  le 
cystocèle  vaginal,  et  je  m’empresse  de  vous 
communiquer  une  observation  qui  vous  pa¬ 
raîtra  sans  doute  remarquable  sous  plusieurs 
rapports. 

D’abord  la  jeune  fille  qui  en  fait  le  sujet 
n’était  âgée  que  de  14  ans  ;  elle  n’avait  ja¬ 
mais  été  enceinte,  et  elle  était  blanchisseuse , 
profession  qui ,  d’après  vos  intéressantes  re¬ 
cherches,  prédispose  plus  que  toute  autre  au 


425 


BULLETIN  CLINIQUE. 


cÿstocèle  vaginal.  Ensuite  la  tumeur  s’est 
montrée  après  un  violent  effort,  cause  qui 
11’est  notée  que  dans  un  peu  plus  du  tiers  de 
vos  observations.  Enfin  ce  fait  montre  tout 
le  parti  avantageux  qu’on  peut  tirer  du  pes- 
saire  élytroïde  de  M.  Cloquet ,  dans  des  cas 
analogues. 

Obs.  I  — Une  jeune  fille  de  14  ans,  blanchis¬ 
seuse,  fortement  constituée,  d’un  tempérament 
sanguin,  très  bien  réglée  depuis  un  an,  n’ayant 
jamais  été  enceinte,  éprouva,  il  y  a  4  mois,  de 
vives  douleurs  dans  l’hypogastre,  à  la  suite 
d’un  violent  effort  qu’elle  fit  pour  soulever  un 
cuvier  très  lourd.  Ces  douleurs  se  prolongè¬ 
rent  pendant  toute  la  journée ,  sans  qu’il  se 
montrât  aucun  autre  symptôme.  Les  jours 
suivants,  la  jeune  fille  ne  ressentit  rien  d’ex¬ 
traordinaire  ;  mais  le  quinzième  jour,  s’étant 
fatiguée  plus  que  d’habitude ,  elle  éprouva , 
pendant  la  marche,  de  la  gêne  vers  les  orga¬ 
nes  génitaux  externes ,  et  elle  découvrit  une 
petite  tumeur  arrondie  qui  sortait  de  la  vulve. 
Du  reste,  rien  de  particulier  dans  l’excrétion 
des  urines  ni  dans  les  autres  fonctions.  Pen¬ 
dant  5  mois ,  la  malade  ne  se  plaignit  pas  à 
ses  parents.  La  tumeur  augmentait  de  volume 
dans  la  position  verticale,  pendant  les  efforts 
de  toute  espèce,  et  quand  les  urines  étaient 
retenues  depuis  un  temps  un  peu  long  ;  elle 
diminuait  et  rentrait  même  dans  le  décubitus 
horizontal. 

Enfin,  la  mère  avertie  consulta  un  médecin 
qui  crut  reconnaître  un  prolapsus  de  l’utérus, 
et  qui  plaça  un  pessaire  rond  dit  en  gimblette. 
L’iutroduction  de  cet  instrument  fit  horrible¬ 
ment  souffrir  à  cause  de  l’étroitesse  de  la 
vulve.  On  fit  garder  le  lit  à  la  jeune  fille 
pendant  8  jours  et  la  tumeur  ne  parut  pas  ; 
mais  dans  la  situation  verticale  elle  se  repro¬ 
duisit  aussitôt  et  avec  tous  ses  caractères, 
au  devant  et  au  dessous  du  pessaire.  Alors 
la  tumeur  grossissant  de  jour  en  jour,  et  la 
mère  s’en  inquiétant,  la  jeune  malade  entra, 
le  19  juin  1840,  à  l’Hôtel-Dieu,  salle  Saint- 
Lazare,  n°  55  (service  de  M.  Récamier). 

Le  lendemain,  à  la  visite,  elle  dit  se  porter 
très  bien  ;  toutes  ses  fonctions  se  font  d’une 
manière  normale ,  même  l’émission  des  uri¬ 
nes  qui  se  fait  à  volonté,  avec  sa  rapidité  or¬ 
dinaire,  d’une  manière  complète,  et  sans  plus 
ni  moins  de  fréquence  que  dans  l’état  habi¬ 
tuel. 

Cette  jeune  fille  se  plaint  seulement  d’une 
petite  tumeur  qui,  placée  à  l’entrée  du  vagin, 
descend  hors  de  la  vulve  quand  elle  est  restée 
debout  pendant  un  peu  de  temps,  la  gêne  dans 
la  marche,  et  la  force  à  tenir  les  jambes 
écartées. 

Si  l’on  examine  les  organes  génitaux  ,  on 
trouve,  en  effet,  à  l’entrée  du  vagin,  une  tu¬ 
meur  du  volume  d’un  œuf  de  pigeon,  un  peu 


allongée,  dont  l’extrémité  inférieure  proéminc 
à  travers  la  vulve  ;  elle  est  très  régulière,  et 
sa  surface  parfaitement  lisse  et  polie  n’offre 
pas  la  moindre  trace  d’ouverture.  Sa  résis¬ 
tance  est  celle  d’une  poche  remplie  d’eau  qui 
se  vide  graduellement  quand  on  la  presse. 
Après  cette  opération  qui  provoque  immé¬ 
diatement  l’envie  d’uriner,  la  tumeur  est 
flasque  et  diminue  considérablement  de  vo¬ 
lume.  Mais  si  on  fait  tousser  la  malade,  la 
tumeur  reprend  aussitôt  son  volume  et  sa 
tension  ordinaire,  à  moins  qu’on  n’ait  vidé  la 
vessie  pçndant  la  réduction. 

Si  l’on  cherche  à  s’éclairer  par  le  toucher 
vaginal,  on  trouve  que  le  pédicule  est  large  et 
qu’il  estplacé  sur  la  paroi  antérieure  du  vagin, 
à  environ  5  centimètres  au  dessus  de  l’ori¬ 
fice  vulvaire.  Les  parties  qui  l’entourent  sont 
souples,  et  ne  forment  pas ,  comme  dans  les 
autres  hernies  ,  un  anneau  résistant  autour 
du  collet. 

En  introduisant  le  doigt  plus  profondé¬ 
ment,  on  rencontre,  à  une  hauteur  de  8  cen¬ 
timètres  à  peu  près,  le  museau  de  tanche, 
dans  sa  situation  normale  ,  au  dessus  et  en 
arrière  de  la  base  de  la  tumeur. 

De  plus,  ce  toucher,  aidé  du  toucher  rectal, 
permet  de  constater  que  le  corps  de  l’utérus 
a  son  volume  et  sa  position  ordinaire. 

Le  canal  de  l’urètre  a  subi  un  déplace¬ 
ment  dans  sa  moitié  postérieure  qui  est  des¬ 
cendue,  de  sorte  que  le  cathéter  suit  un  tra¬ 
jet  oblique  de  hautenbas  et  d’avant  en  arrière 
pour  arriver  au  col  vésical.  Par  la  vessie, 
il  pénètre  très  facilement  dans  la  tumeur, 
à  travers  sa  base  large  ;  et  le  doigt  placé  dans 
le  vagin  ne  sent  qu’une  paroi  mince  et  simple 
interposée  entre  lui  et  le  bec  de  l’instru¬ 
ment. 

On  ne  put  méconnaître  alors  un  cÿstocèle 
vaginal.  Pour  le  traitement,  on  commença  par 
vider  complètement  la  vessie  ,  on  réduisit 
la  tumeur,  et  l’on  introduisit  dans  le  vagin 
un  pessaire  tubuleux  élytroïde.  On  recom¬ 
manda  à  la  malade  d’uriner  le  plus  souvent 
possible  et  d’éviter  toute  espèce  d’efforts  ;  on 
prescrivit  des  lavements  pour  entretenir  la 
liberté  du  ventre. 

Pendant  15  jours  que  la  jeune  fille  est  restée 
à  l’hôpital,  la  tumeur  s’est  maintenue  parfai¬ 
tement  réduite,  et  ibn’est  résulté  aucun  incon¬ 
vénient  de  la  présence  du  pessaire. 

J’ai  eu  occasion  de  revoir  plusieurs  fois 
cette  malade  dans  les  années  suivantes.  Elle 
m’a  dit  se  trouver  toujours  très  bien  de  son 
instrument,  qui  lui  permettait  de  se  livrer  à 
tous  les  travaux  de  sa  profession.  Mais  j’ai 
constaté,  trois  ans  après,  que,  malgré  l’emploi 
continué  du  pessaire ,  la  maladie  existait  au 
même  degré. 

Outre  ce  cas,  j’ai  eu  occasion  d’en  observer 


BIBLIOGRAPHIE. 


426 

un  second  quelques  mois  plus  tard;  mais  le 
sujet  était  une  femme  de  40  ans,  qui  avait 
eu  des  enfants.  La  seule  chose  qui  m’ait  paru 
remarquable,  dans  ce  fait,  c’est  le  volume 
énorme  de  la  tumeur,  et  l’impossibilité  de  la 
maintenir  réduite  par  aucun  pessaire,  et  même 
par  une  bouteille  en  caoutchouc  du  volume 
d’une  orange. 

Je  me  félicite,  Monsieur,  de  ce  que  ma 
courte  expérience  vienne  appuyer  vos  idées 
sur  la  fréquence  du  cystocèle  vaginal  ;  en  effet, 


dans  4  ou  5  cas  de  prolapsus  vaginaux  que 
j’ai  eu  occasion  d’observer  pendant  mon  sé¬ 
jour  dans  les  hôpitaux,  il  s’est  trouvé  deux 
cas  de  cystocèle  ;  et  je  .suis  persuadé,  comme 
vous,  qu’on  rencontrera  ou  plutôt  qu’on  re¬ 
connaîtra  plus  souvent  cette  affection,  quand 
on  joindra  au  toucher  la  vue  et  le  cathété¬ 
risme  de  la  vessie. 

Agréez,  etc. 

H.  Bourdon  ,  D.-M.-P. 


BIBLIOGRAPHIE. 


COURS  DE  MICROSCOPIE,  COMPLEMENTAIRE  DES 

études  médicales  ;  anatomie  microscopi¬ 
que  et  physiologie  des  fluides  de  l’écono¬ 
mie;  par  Al.  Donné,  ex- chef  de  clinique 

de  la  Faculté  de  Paris,  etc.  (l). 

L’anatomie  humaine  est  une  science  limitée 
par  la  nature  du  sujet  dont  elle  s’oc¬ 
cupe.  Ce  sujet  n’est  pas  même  bien  vaste  en 
apparence;  c’est  un  cadavre  d'un  mètre  et 
demi  de  hauteur,  avec  moins  d’un  demi-mè¬ 
tre  sur  toutes  les  autres  dimensions  ;  et  de¬ 
puis  trois  siècles  que  les  plus  beaux  génies, 
que  les  . savants  les  plus  érudits,  que  les  plus 
laborieux  travailleurs  ont  usé  leurs  jours  et 
leurs  nuits  à  la  dissection  de  ce  cadavre,  il 
y  a  lieu  de  s’étonner  que  la  science  ne 
soit  pas  close  et>  qu’il  reste  encore  quelque 
chose  à  trouver.  Mais  peut-être  est-ce  là  un 
des  exemples  les  plus  frappants  de  cette  cu¬ 
riosité  infinie  qui  pousse  l’homme  à  tout  voir 
et  à  tout  savoir,  de  telle  sorte  que,  lorsque 
les  problèmes  semblent  épuisés,  il  se  pose  à 
lui-même  ce  problème  nouveau  de  trouver 
une  face  inconnue  derrière  toutes  les  faces 
connues,  de  se  découvrir  quelque  ignorance 
au  fond  même  de  sa  science,  plus  satisfait 
de  quelque  chose  à  conquérir  que  de  tout  ce 
qu’il  a  déjà  conquis.  Ces  trois  siècles  avaient 
suffi  à  peine  à  compléter  l’anatomie  descrip¬ 
tive;  Bichat  créa  l’anatomie  générale.  Grâce 
a  l’activité  inouïe  de  l’âge  moderne ,  ce 
magnifique  sillon  paraît  bientôt  épuisé  à  son 
tour;  d’infatigables  investigateurs,  en  creu¬ 
sant  plus  profondément,  découvrent  une  veine 
en  quelque  sorte  nouvelle,  l’anatomie  chimi¬ 
que.  Puis  tout  à  côté  et  parallèlement  en 
quelque  sorte,  voici  venir  l’anatomie  micro¬ 
scopique  ;  seulement,  lorsque  le  creuset  et  le 
microscope  nous  auront  donné  leurs  dernières 
révélations  ,  je  suis  en  peine  de  ce  que  pour- 


(1)  Un  vol.  in-8°  ;  prix,  7  fr.  50.  —  Chez 
J.-B.  Baillière,  libraire,  rue  de  l’Ecole-de- 
Médecine,  n°  17. 


ront  imaginer  les  âges  futurs  pour  découvrir 
quelque  chose  en  anatomie;  il  ne  leur  res¬ 
tera  guère  qu’à  chicaner  sur  les  détails. 

Parmi  les  savants  qui  ont  rendu  au  micro¬ 
scope  l’importance  que  déjà  personne  ne  lui  con¬ 
teste,  qui  en  ont  popularisé  l’emploi  en  ana¬ 
tomie,  qui  l’ont  fait  servir  avec  le  plus  de  fruit 
à  l’édification  de  cette  science  nouvelle  , 
M.  Donné  a  droit  d’êire -cité  au  premier  rang. 
Depuis  sept  ans  i]  s’est  livré  à  l’enseignement 
public  de  la  microscopie  appliquée  aux  études 
médicales;  il  a  eu  une  forte  lutte  à  soutenir 
pour  vaincre  l’indifférence  et  des  médecins  et 
des  élèves;  et  à  force  de  persévérance  il  en 
a  triomphé.  Ce  livre  qu’il  publie  en  est  le  plus 
beau  témoignage  ;  il  y  a  sept  ans,  il  n’aurait 
pas  trouvé  peut-être  dix  lecteurs;  aujour¬ 
d’hui  c’est  le  complément  nécessaire  de  tous 
nos  Traités  d’anatomie;  la  physiologie  y  trou¬ 
vera  des  documents  essentiels  ;  et  les  études 
cliniques  même,  pour  être  complètes,  ne 
sauraient  négliger  les  données  importantes 
qu’il  leur  apporte. 

On  ne  s’attend  pas  que  nous  en  fassions 
une  analyse  détaillée  ;  c’est  un  livre  qui  veut 
être  étudié  plutôt  que  lu;  comme  les  ouvra¬ 
ges  d’anatomie  qui  ne  sont  bien  compris  que 
le  scalpel  à  la  main,  les  nombreuses  expé¬ 
riences,  les  mille  détails  contenus  dans  ce¬ 
lui-ci  ont  besoin  d’être  revus  et  étudiés  au 
microscope.  Nous  indiquerons  seulement  la 
marche  que  l’auteur  a  suivie,  afin  que  l’on 
puisse  s’en  faire  une  idée  générale. 

Comme  l’ouvrage  porte  le  titre  de  Cours,  il 
est  divisé  en  leçons.  Quatre  leçons  sont  con¬ 
sacrées  à  l’étude  du  sang  ;  la  cinquième  traite 
du  mucus ,  la  sixième  du  pus ,  la  septième  de 
la  sueur ,  de  la  salive,  de  la  hile,  et  com¬ 
mence  l’étude  de  l 'urine,  qui  prend  à  elle 
seule  encore  les  deux  leçons  suivantes  ;  la 
dixième  et  la  onzième  s’occupent  du  sperme  ; 
les  quatre  suivantes  du  lait,  qui  n’occupe  pas, 
comme  on  le  voit,  une  moindre  place  que  le 
sang  lui-même  ;  et  enfin  la  dernière  comprend 
l’examen  du  chyle ,  de  la  lymphe,  de.  la  syno- 


-NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


vie,  du  vaccin,  de  Veau  de  Vamnios,  et  des 
matières  fécales. 

Nous  avons  dit  que  cette  anatomie  microsco¬ 
pique  fournissait  d’amples  renseignements  à  la 
physiologie  et  à  la  clinique  :  c’est  ce  qu’il  est 
facile  de  démontrer  en  jetant  un  coup  d’œil 
surYhistoire  du  sang.  Après  l’avoir  étudié  à 
l’état  normal  et  sous  le  verre  du  microscope, 
l’auteur  recherche  sa  marche  dans  les  vais¬ 
seaux,  dans  l’intérieur  des  follicules,  dans 
l’embryon  du  poulet;  il  poursuit  ses  altéra¬ 
tions  pathologiques  dans  la  chlorose,  la  fièvre 
typhoïde,  et  dans  d’autres  affections.  Un  des 
résultats  les  plus  importants  et  les  plus  im¬ 
prévus  de  ces  recherches,  c’est  qu’il  est  im¬ 
possible  de  reconnaître  au  microscope  s’il  y 
a  du  pus  dans  le  sang,  tant  les  globules 


427 

blancs  de  celui-ci  ressemblent  aux  globules 
de  l’autre. 

De  même  pour  le  lait,  on  lira  avec  un  grand 
intérêt  l’histoire  de  ses  altérations,  soit  phy¬ 
siologiques,  soit  pathologiques;  lait  purulent, 
lait  mélangé  de  sang,  lait  des  femmes  syphi¬ 
litiques,  etc. 

Nous  avions  dessein,  pour  finir  d’appeler 
l’attention  toute  spéciale  des  chirurgiens  sur 
un  article  qui  termine  la  dernière  leçon,  et 
qui  traite  des  objets  appartenant  à  l’œil 
même  de  l’observateur,  et  qui  peuvent  être 
confondus  avec  les  objets  réels  que  Von  exa¬ 
mine  au  microscope.  Mais  ce  sujet  nous  a 
paru  si  neuf  et  si  intéressant  pour  l’ophthal- 
mologie  que  nous  avons  reproduit  l’article 
presque  en  entier  dans  notre  Revue  critique. 


NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 


L  Académie  des  sciences  n’a  pas  reçu  de  communications  chirurgicales  importantes. 

Académie  de  médecine. — 14  novembre. — M.  Bérard  jeune  fait  un  i apport  sur  un  travail 
de  M.  Bonlilspère,  de  Nancy,  intitule:  Observations  tendant  à  prouver  la  possibilité  de  la 
cure  radicale  de  tumeurs  et  d'hydropisies  enkystées  au  moyen  d’une  simple  ponction .  Nous 
reviendrons  sur  ce  sujet  dans  notre  prochain  numéro. 

— Le  12  décembre,  l’Académie  a  tenu  sa  séance  annuelle  ;  M.  Dubois  (d’Amiens),  secrétaire 
annuel,  a  lu  le  rapport  sur  les  prix  de  1845,  et  le  programme  des  prix  de  1845.  Aucune  des 
questions  proposées  n’a  trait  à  la  chirurgie. 

— M.  Guérin  a  interjeté  appel  du  jugement  qui  le  condamne.  C’était  son  droit  sans  doute; 
mais  à  le  voir  poursuivre  avec  tant  d’acharnement  le  gain  impossible  d’une  cause  a  ja¬ 
mais  perdue;  il  faut  donc  que  la  liberté  de  discussion  et  de  critique  le  gêne,  à  un 
point  qu’on  n’auraitpu  soupçonner. 


I 

FIN  Dû  PREMIER  VOLUME- 


é 


* 


TABLE 


DES  MATIÈRES  CONTENUES  DANS  LE  PREMIER  VOLUME. 

(ire  ANNÉE,  1843.) 


Avant-propos . 1 

1.  —TRAVAUX  ORIGINAUX. 

mémoire  sur  tA  fracture  par  écrasement  du  calcanéum,  par  M.  Malgaigne.  2 

Voir  aussi  pages  62,  92  et  376.) 

mémoire  sur  la  rétroversion  de  la  matrice  dans  l’état  de  grossesse, 

par  M.  Amussat . 13 

de  l’opération  du  bec-de-liè vre  compliqué  de  saillie  des  os  inter-maxillaires, 

par  M.  Blandin .  33 

(  Voir  aussi  page  92.) 

tableau  des  hernies  étranglées  traitées  à  Wurtzbourg  de  1816  à  1842, 

par  M.  Textor .  37 

des  fractures  des  os  du  crane  du  fœtus  qui  sont  quelquefois  le  résultat 

d’accouchements  spontanés,  par  M.  Danyau . '..  40 

note  sur  une  nouvelle  thérapeutique  des  tumeurs  blanches,  par  M.  Mal- 

GAIGNE .  51 

CONSIDÉRATIONS  NOUVELLES  SUR  LES  ÉPANCHEMENTS  DE  SANG  et  les  tU- 

meurs  sanguines  qui  se  forment  après  la  blessure  des  artères,  par  M.  Amussat .  65 

note  sur  un  nouveau  signe  pathognomonique  des  abcès  par  congestion, 

par  M.  F.  d’Arcet .  70 

mémoire  sur  l’allongement  et  le  raccourcissement  des  membres  infé¬ 
rieurs  dans  les  coxalgies,  par  M.  Bonnet  de  Lyon.  -- lre  partie.  De  l’allongement 

dans  les  coxalgies..r .  72 

- Deuxième  partie  :  Du  raccourcissement  dans  les  maladies  de  la  hanche. . .  îll 

sur  l’innocuité  du  contact  de  L’air  dans  les  incisions  sous-cutanées,  par 

M.  Malgaigne . . 97 

recherches  expérimentales  sur  la  formation  des  cicatrices  artérielles  et  des 

anévrismes  traumatiques,  par  M.  Amussat .  103 

note  sur  le  tamponnement  à  queue  de  cerf-volant ,  par  M.  Bretonneau . 118 

NOUVELLES  OBSERVATIONS  SUR  LES  PSEUDO-ÉTRANGLEMENTS  ,  OU  SUT  l’in- 

tlammation  simple  dans  les  hernies,  par  M.  Malgaigne .  129 

sur  les  luxations  de  l’extrémité  supérieure  du  radius  chez  les  enfants,  par 

M.  Perrin .  135 

des  affections  vénériennes  des  testicules,  par  M.  Ricord . . . 461 

RECHERCHES  SUR  LES  MALADIES  VAGINALES  ET  UTERINES  étrangères  à  la 

menstruation,  à  la  grossesse,  à  l’ accouchement,  et  qui  sont  du  ressort  du  toucher  et 

du  spéculum,  par  M.  Récamier . 173 

mémoire  sur  la  périneoraphie  pratiquée  immédiatement  après  l’accouchement, 

par  M.  Danyau . 193 

de  quelques  dangers  du  traitement  généralement  adopté  pour  les  fractures 

de  la  rotule,  par  M.  Malgaigne.  —  Première  partie . 201 

- Deuxième  partie . . . . . 236 

études  sur  le  traitement  des  inflammations  et  des  abcès  du  sein ,  par  M.  de 

.Sandouville . 225 

EXPÉRIENCES  SUR  LA  RÉDUCTION  DES  LUXATIONS  DE  L’ÉPAULE,  pOUT  dé- 


TABLE  DES  MATIERES.  429 

terminer  les  lésions  qui  peuvent  survenir  dans  des  tractions  trop  violentes par 

M.  Gerdy .  233 

de  quelques  illusions  orthopédiques,  à  l’occasion  du  Relevé  général  du 

service  orthopédique  de  M.  J.  Guérin .  257 

DE  L’HYDROPISIE  DU  COL  UTÉRIN  ,  par  M„  JORERT .  265 

mémoire  sur  le  traitement  abortif  de  la  blennorrhagie  par  l’azotate  d’ar¬ 
gent  à  haute  dose,  et  sur  l’emploi  des  injections  caustiques  à  toutes  les  périodes  de 

l’urétrite,  par  M.  Debeney . 268 

nouvelle  méthode  de  traitement  pour  les  fractures  très  obliques  de  la 

jambe,  par  M.  Malgaigne . 289 

de  quelques  modes  de  guérisons  naturelles  des  hernies,  et  particulièrement 

du  rôle  du  collet  du  sac  dans  ces  guérisons,  par  M.  Roustan.  —  Première  partie . 298 

- Deuxième  partie . » . . 523 

mémoire  sur  les  luxations  causées  par  le  relâchement  et  l’allongement  des 

ligaments,  par  M.  Putêgnat . 505 

note  sur  l’hydrophthalmie  et  l’exophthalmie  en  Afrique,  par  M.  Furnari.  . . .  328 

mémoire  sur  l’application  du  froid  en  thérapeutique,  par  M.  Alliot . 330 

mémoire  sur  le  cystocèle  VAGINAL,  par  M.  Malgaigne. — Première  partie. . .  355 

- Deuxième  partie . . . . . .  409 

observations  sur  les  convulsions  puerpérales  ,  par  Robert  John 

de  Dublin . 560 

mémoire  pratique  sur  le  cysticerque  (  Cysticercus  cellulosœ  ),  observés 
dans  l’œil  humain,  par  M.  Sichel .  40! 

II.— REVUE  CRITIQUE. 

Cliirurgie. 

Discussion  sur  la  ténotomie. .. . .  49 

—  Fin  de  la  discussion  ;  question  de  moralité  scientifique....... . .  35 

De  la  mortalité  après  les  opérations  dans  les  hôpitaux  de  Paris. .  24 

Traitement  de  l’ophthalmie  des  nouveau-nés,  par  M.  Ammon . . .  27 

Du  traitement  des  hydarthroses  par  l’incision  sous-cutanée  de  la  synoviale,  par  M.  Goy- 

rand .  56 

—  Traitement  de  l’hydarthrose  par  les  injections  iodées,  par  M.  Bonnet  de  Lyon .  57 

—  Même  sujet,  par  M.  Velpeau .  281 

Lettre  k  M.  Malgaigne  sur  une  luxation  scapulo-humérale  en  bas,  par  M.  Robert .  83 

(Voir  aussi  page  219.) 

Delà  réduction  des  luxations  métacarpo-phalangiennes .  . ».  85 

—  Réduction  des  luxations  des  phalanges . . . . .  87 

Sur  la  prétendue  amaurose  abdominale  de  quelques  ophthalmologistes .  89 

Du  traitement  des  rétrécissements  de  l’œsophage,  par  le  professeur  Spitzer .  119 

Amputation  de  la  verge,  réunion  immédiate,  par  M.  Ricord. . . . . .  120 

Nouveau  traitement  de  l’hydrocèle,  par  M.  Baudens . . . 121 

De  la  trachéotomie  dans  le  croup,  par  M.  Trousseau .  147 

Nouvelle  opération  pour  la  cure  des  opacités  de  la  cornée,  par  M.  Malgaigne.. .  154 

—  Lettre  de  MM.  Desmares  et  Magne  sur  cette  opération .  192 

Sur  l’infection  purulente,  par  M.  Sédillot . 154-181 

—  Nouvelle  doctrine  de  l’infection  purulente,  par  M.  Tessier . . .  182 

Extraction  d’une  aiguille  engagée  dans  le  canal  de  l’urètre,  par  M.  Dieffenbach .  154 

De  l’inutilité  de  l’extirpation  des  cancers,  par  M.  Leroy  d’Etiolle . . 184 

—  Recherches  sur  la  fréquence  du  cancer,  par  M.  Tanchou .  278 

—  De  la  fréquence  relative  du  cancer  dans  les  divers  âges .  368' 

Mémoire  sur  la  résection  de  la  mâchoire  ‘inférieure  ,  considérée  dans  ses  rapports  avec 

les  fonctions  du  larynx  et  du  pharynx,  par  M.  Régin . . 186 

Recherches  anatomiques,  physiologiques  et  pathologiques  sur  les  cavités  closes,  naturelles 

ou  accidentelles,  de  l’économie  animale,  par  M.  Velpeau . . 210 

De  l’emploi  du  sulfate  de  cuivre  pour  obtenir  la  cicatrisation  des  plaies  et  des  ulcères, 

par  M.  Brunslow  de  Brandenbourg .  214 

De  la  nécrose  du  calcanéum,  par  M.  Malespine . . . .  214 


430 


TABLE  UES  MATIÈRES. 


Relevé  général  du  service  orthopédique  de  l’hôpital  des  enfants . k . . .  240 

(Voir  à  la  suite)  :  De  quelques  illusions  orthopédiques,  etc...- . 257 

—  Sur  les  guérisons  orthopédiques  de  M.  Guérin . .  311 

—  Nouvelle  simplification  des  discussions  orthopédiques  ;  procès  intenté  au  Journal  de 

Chirurgie . - . .  321 

—  Correspondance;  lettres  de  M.  Orfila  et.  deM.  Dechambre . 385 

—  Procès  intenté  au  Journal  de  Chirurgie. —Jugement.  —  Consécration  de  la  liberté  de 

discussion  scientifique, . . . . . .  384 

—Appel  de  M.  Guérin .  427 

—  Déclaration  de  principes  des  médecins  et  chirurgiens  de  France .  323  et  385 

—  Adhésions  des  médecins  de  Paris  et  des  départements. . .  0 .. . 385 

—  Déclaration  des  internes  des  hôpitaux  de  Paris .  395 

—  Déclaration  de  la  presse  médicale  de  Paris  et  des  départements . 395 

—  Déclaration  des  Sociétés  savantes . .  395 

Sur  les  caractères  distinctifs  des  divers  genres  de  bégaiement  et  sur  les  moyens  curatifs 

qui  leur  conviennent,  par  M.  Colombat .  247 

Des  injections  iodées  pour  la  cure  radicale  des  hernies . 251 

Guérison  par  l’injection  d’iode  d’une  collection  située  dans  l’intérieur  du  bassin,  par 

M.  Velpeau... . 282 

Du  siège  de  l’étranglement  dans  les  hernies  crurales,  par  M.  Demeaux . . 313 

De  la  valeur  symptomatique  des  ulcérations  du  col  utérin,  parM.  Gosselin . 35t» 

Sur  la  cure  spontanée  des  polypes  utérins,  par  M.  Marchai  de  Galvi .  358 

Sur  les  fractures  transversales  de  la  rotule,  par  M.  Vrolik .  559 

De  la  ténotomie  appliquée  ru  traitement  des  fractures  de  la  malléale  externe,  parM.  A. 

Bérard . 541 

Nouvelle  méthode  pour  la  cure  de  la  grenouillette,  par  M.  Jobert . 543 

Guérison  des  varices  des  paupières  par  l’excision  des  veines  dilatées,  parM.  Heidenreich.  344 
Nouvelle  manière  de  guérir  les  fistules  de  la  portion  antérieure  du  conduit  parotidien,  par 

M.  Ribéri . 559 

Luxation  du  scaphoïde  et  du  calcanéum  sur  l’astragale .  571 

De  la  nature  des  mouches  volantes,  par  M.  Donné .  4î8 

Luxation  de  champ  de  la  rotule,  par  M.  Gazsan  de  Pittsburg .  419 


Extraits  des  journaux  allemands . . .  27 

Dépression  considérable  du  frontal  chez  un  nouveau-né  produite  par  une  exostose  volumi¬ 
neuse  située  entre  la  4e  et  la  5e  vertèbres  lombaires . .  28 

De  la  perforation  du  placenta  dans  les  cas  d’implantation  de  cet  organe  sur  l’orifice 

utérin . . ■> .  59 

Dernier  résumé  statistique  des  faits  observés  à  la  Maternité  de  Stutlgard,  du  1er  juillet 

1840  au  50  juin  1841 . .  89 

Rupture  de  l’utérus  pendant  le  travail  de  l’accouchement  ;  opium  à  haute  dose;  guérison.  123 

Hémorrhagie  dépendant  de  l’implantation  du  placenta  sur  l’orifice  de  la  matrice .  124 

Accouchement  prématuré  artificiel  provoqué  à  l’aide  du  tampon ,  par  le  professeur 


Schœller . , .  455 

Rétention  prolongée  d’un  fœtus  mort  dans  l’utérus,  observée  à  deux  reprises  différentes 

chez  la  même  femme .  488 

Exsudation  pseudo-membraneuse  dans  les  voies  aériennes  d’un  fœtus,  par  le  profr  Hayn.  218 

Discussion  sur  la  phlegmatia  alba  dolens  .  251 

Rétention  du  placenta  dans  l’utérus,  après  un  avortement  à  trois  mois  de  grossesse - 285 

Grossesse  extra-utérine  ovarique .  314 

Hémorrhagie  promptement  mortelle  produite  par  la  rupture  d’une  varice  à  la  grande 

lèvre .  345 

Discussion  sur  l’évolution  spontanée  du  fœtus . 375 

Accouchement  prématuré  artificiel  chez  une  primipare,  par  M.  Vanhuevel .  420 


Note  sur  le  sparadrap  commun . . . 

Sur  l’emploi  de  la  pommade  au  précipité  blanc. . . . . 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


43 1 

91 


Sur  l’emploi  du  cyanure  de  mercure  sous  forme  de  pommade . . 

Sur  l’emploi  de  la  pommade  au  chloro-iodure  de  mercure  et  sur  la  nature  de  la  prépara¬ 
tion  de  ce  produit . .  .• . 

Caoutchouc  révulsif . . 

Papiers  dérivatifs  de  Berg  et  de  Pirwitz . 

Traitement  arabique  de  la  syphilis . . 

Des  moxas  de  Marmoral ,  par  M.  Guépratte . 

Note  sur  la  composition,  la  préparation  et  le  mode  d’administration  de  l’iodhydrargyrate 

d’iodure  de  potassium . 

Sur  la  pommade  d’iodure  de  potassium . 

Des  pâtes  arsénicales  employées  pour  la  cautérisation  du  cancer . 

De  quelques  nouveaux  traitements  de  la  gale . 

Sur  une  meilleure  préparation  des  pommades,  par  M.  Deschamps  d’Avallon . 

Des  élixirs  et  poudres  dentifrices,  par  M.  Désirabode . 

Des  opiats  et  mixtures  dentifrices,  par  le  même . 


124 

125 

125 

lot; 

189 

218 

252 

285 

515 

34t> 

374 

422 


III.  — BULLETIN  CLINIQUE, 


Fracture  par  écrasement  des  deux  calcanéum  ;  résultats  constatés  treize  ans  après  l’ac¬ 
cident,  parM.  Voillemier . 

—  Fracture  du  calcanéum  après  une  chute  sur  la  plante  des  pieds  ;  par  M.  Bérenguier. 
Nouveau  signe  de  consolidation  des  os  dans  le  cas  de  fractures  des  membres,  par  le 

docteur  Guenther . . 

—  Fracture  de  l’humérus  avec  chevauchement  ;  cal  volumineux  sans  arrêt  de  la  crois¬ 
sance  des  ongles,  par  M.  Malgaigne . 

Hypertrophie  du  cuir  chevelu  qui  a  rendu  une  opération  nécessaire,  par  M.  A.  Robert.. 
Observation  d’avortement  subit  à  5  mois  environ  de  grossesse,  compliqué  de  déchirure 
verticale  de  toute  la  hauteur  et  de  toute  l’épaisseur  du  col  utérin  et  suivi  d’une  hémor¬ 
rhagie  très  promptement  mortelle  ,  par  A.  Danyau . 

Observations  obstétricales,  parM  Fabrège . 

1°  Accouchement  par  l’épaule,  engagement  simultané  des  membres  thoracique  et  ab¬ 
dominal  gauches  ;  terminaison  par  les  seuls  efforts  de  la  nature . 

2°  Hydropisie  enkystée  de  la  poche  amniotique . 

3°  Analyse  philosophique  d’un  cas  d’anencéphalie . 

Nouvel  exemple  de  luxation  scapulo-humérale  en  bas,  par  M.  Bourguet . 

Luxation  scapulo-humérale  réduite  le  4*  jour;  immobilité  du  membre  durant  un  mois  • 
roideur  articulaire  vainement  traitée  par  les  bains  de  Barège  et  les  douches  mr 
M.  Rigal  de  Gaillac . . .  ’ 

Ascite  considérable  survenue  au  9«  mois  de  la  grossesse;  accouchement  naturel  à  terme  • 

prompte  guérison  de  l’ascite  après  l’accouchement,  par  M.  Prestat . 

Ligature  de  l’artère  linguale,  pratiquée  pour  un  naevus  ulcéré  de  la  langue  chez  un  enfant 
de  deux  ans  et  demi,  par  M.  Déguisé  tils . . 

Observation  d’une  hernie  scrotale  étranglée,  sphacélée,  sans  causer  les  accidents  prin¬ 
cipaux  de  l’étranglement  et  de  la  gangrène,  par  M.  Delaporte .  F 

Sur  quelques  prolapsus  utéro-vaginaux,  par  M.  Cangrain . 

Sur  le  cystocèle  vaginal ,  par  M.  Bourdon . 


85 

378 

92 

95 

■125 


158 
!  89 

189 

190 

191 
219 


253 

285 

518 


347 

425 

424 


IV.—  BIÜL] 

Traité  des  sections  tendineuses  et  musculaires  dans  le  strabisme  ,  la  myopie  etc  par 

*'  *  *  *••«••••««  » . ••••*#•*. 

Manuel  de  médecine  opératoire,  par  M.  Malgaigne,  4e  édition . 

Encyclopédie  anatomique,  comprenant  l’anatomie  descriptive,  l’anatomie  générale  été  '  94 

Ueber  die  Viedererzungung,  etc.  -  De  la  reproduction  du  cristallin  après  l’opération  dé 
la  cataracte,  par  M.  Textor  lils . 

*  '  *  •  •  . . . . .  .  .  .  |v|j 

De  circumvolut ionibus  funiculi  umbilicalis  fœtus  vitœ  haud  raro  infestis,  auct.  Mayer. .  !  iss 

Lehrbuck  der  Geburstshulfe.  —  Traité  d’accouchements ,  par  M.  Nægélé  lils . * _ 

Esquisse  militaire  du  service  militaire  de  santé  en  général ,  et  spécialement  du  service 
chirurgical  depuis  l’établissement  dos  hôpitaux  militaires  en  France,  par  M.  Gama _ 222 


TABLE  DES  MATIÈRES. 


432 

Œuvras  complotas  de  John  Hunter,  traduites  de  l’anglais  avec  des  notes,  par  M.Richelot.  255 
Traité  pratique  des  maladies  des  organes  génito-urinaires. —  Première  partie;  maladies 

de  l’urètre,  parM.  Civiale. — Nouvelle  édition . 287 

Bibliothèque  du  médecin  praticien,  sous  la  direction  du  docteur  Fabre. — Tome  1er,  mala¬ 
dies  des  femmes . .  319 

Nouveaux  éléments  complets  de  la  science  et  de  l’art  du  dentiste,  par  M.  Désirabode. ...  350 

Depelvi  oblique  ovatâ  cum  ancylosi  sacro-iliacâ,  auct.  Ed.  Martin . . 379 

Cours  de  microscopie  complémentaire  des  études  médicales;  anatomie  microscopique  et 
physiologie  des  fluides  de  l’économie,  par  M.  Al.  Donné .  426 

Y. — NOUVELLES  ET  VARIÉTÉS. 

Académie  des  sciences. — Candidats  à  la  place  de  Larrey,  p.  32. — Encouragements  décernés 
en  chirurgie  pour  1842;  prix  pour  1844,  p.  64.— Nomination  de  M.  Andral;  nouveaux  can¬ 
didats  à  la  place  de  Larrey,  p  93.  —  Mémoire  du  docteur  Schuster  sur  l’électro-puncture, 
p.  93,  382.  —  Lectures  des  candidats  à  la  place  de  Larrey;  présentation  de  la  commission, 
p.  127. — Nomination  de  M.  Velpeau.  — Commission  des  prix  de  médecine  et  de  chirurgie, 
p.  159.  —  Appareil  de  M.  Baudens  pour  les  fractures  des  membres  inférieurs,  p.  225.  — 
Cataracte  noire,  p.  223. — Procédé  de  M.  Négrier  pour  arrêter  l’épistaxis,  p.  224. — Méthode 
.fourdantpour  le  bégaiement,  p.  224,  256,  288,  55!.  —  Expériences  de  M.  Thierry  sur  la 
ligature  des  artères,  p.  256.  —  Discussion  sur  le  procédé  d’embaumement  de  M.  Cannai, 
par  M.  Marchai  de  Calvi. — Composition  du  tartre  des  dents  ,  p.  288. —  Expériences  sur  la 
kératoplastie,  p.  531,  382.  —  Résultats  de  91  opérations  de  pupille  artificielle,  p.  351.  — 
Expériences  sur  la  dissolution  des  calculs  urinaires  par  le  suc  gastrique,  p.  551,  552. — 
Traitement  des  surdités  torpides  par  la  compression  du  nerf  facial,  p.  582. 

• 

Académie  de  médecine.  —  Prix  de  1842  remis  pour  1844,  p.  32.  —  Elections  du  bureau  pour 
1843,  p.  64.—  Rétrécissement  de  l’œsophage.  —  Mode  d’union  du  muscle  droit  interne  de 
l’œil  coupé  23  mois  auparavant. — Symptômes  de  la  pierre  déterminés  par  une  affection  des 
reins,  p.  64.— Souscription  de  l’Académie  au  monument  de  Larrey. —  Souscription  pour  les 
victimes  de  la  Guadeloupe,  p.  128. — Mode  d’union  du  tendon  d’Achille  coupé  6  mois  aupa¬ 
ravant,  p.  159. — Disposition  anatomique  entraînant  l’incurabilité  de  certaines  fistules  vésico- 
vaginales,  p.  160. —  Discussion  sur  la  phlegmatia  alba  dolens,  p.  224. —  Tumeurs  anomales 
des  cicatrices,  p.  224.  —  Vacance  à  l’Académie,  p.  224,  256.  —  Présentation  de  bègues  par 
M.  Colombat,  p.  256.  —  Présentation  d’une  déviation  de  l’épine  par  M.  Guérin,  p.  256.  — 
Représentation  du  malade  après  l’opération,  p.  288. — Nouveau  procédé  d’entéroraphie  par 
M.  Moreau-Routard,  p.  288. — Inauguration  du  monument  de  Bichat,  p.  288.  —  Introduction 
d’une  sangsue  dans  le  vagin,  p.  520.^— Courte  discussion  sur  les  ruptures  de  la  matrice,  p. 
320. — De  la  superfétation;  idées  de  M.  Rover-Collard,  p.  332. — Epispadias,  p.  332. — Action 
du  suc  gastrique  sur  les  calculs  vésicaux,  p.  552.  —  Inoculation  du  pus  vénérien  par 
M.  Ricord,  p.  382.—  Hernie  de  l’estomac  à  travers  une  plaie;  utilité  de  la  ponction, p. 382. 
—Séance  publique  de  1845,  p.  427. 

Variétés. — Nombre  des  services  de  chirurgie  dans  les  hôpitaux  de  Paris,  p.  64. --Banquet  de 
Vassociation  des  chirurgiens  des  hôpitaux,  p.  64.— Hernies  étranglées  opérées  chez  un  en¬ 
fant  de  7  semaines  et  un  vieillard  de  107  ans,  p.  64. —  Prix  des  Annales  d’oculistique  pour 
la  détermination  du  siège  et  de  la  nature  de  la  cataracte,  p.  128.  —  Hunterian  oration  pro¬ 
noncé  par  M.  Arnott. — Anecdote  sur  une  paralysie  du  nerf  facial  prise  pour  une  apoplexie, 
p.  160.— Statistique  des  anévrismes  opérés  par  la  méthode  de  Hunter,  p.  160. —  Nouveau 
service  de  chirurgie  institué  à  l’hôpital  Saint-Antoine,  p.  192. — Nomination  de  M.  Mal- 
gaigne  à  cet  hôpital,  p.  352.  —  Constitution  de  la  Société  de  chirurgie  de  Paris,  p.  288.  — 
Mort  de  M.  Champion  de  Bar-le-Duc  et  de  M.  Fabre  de  Marseille,  p.  582. 


FIN  DF.  LA  TA  RLE. 


FARTS.  lAfPttl  IWERIR  DR  t»âüt.  MIVONT  K  T  Rite  Je  Grendle-Saint-Honoré,  55,